Skip to main content

INNOVATOR by The Red Bulletin CF 02/21

Page 1

Idées pour un avenir meilleur

CET  HOMME  MÈNE-T-IL

IDÉES POUR UN AVENIR MEILLEUR

UNE  VIE  PARFAITE ?    Le pionnier du biohacking  Ben Greenfield nous dit que non.  Mais il fait tout ce qui est en son  pouvoir pour rester en forme le  plus longtemps possible, et pour aider ses contemporains au mieux.

02 2021

ÉDITION SUISSE

3,80 CHF

INNOVATOR BY THE RED BULLETIN 02/2021

Le magazine de l’innovation par The Red B ulletin

ER I S S O DS P É C I A L I N G B I O H A C K  Dans lequel il est question  de lumière, d’alimentation,  de respiration, de chaleur,  de froid et de sommeil.  Mais surtout de  responsabilité individuelle.


La nouvelle Volvo C40 Recharge. Notre premier crossover complètement électrique. Découvrez notre interprétation d’un luxe respectueux. Le nouveau crossover complètement électrique à transmission intégrale est en même temps la première Volvo entièrement dépourvue de cuir. Et si jamais vous oubliez votre portable, plus besoin de faire demi-tour. En effet, grâce à Android Automotive OS et Google Assistant, vous êtes connecté à tout moment, même sans smartphone.

Commandez maintenant en ligne. Assurance, service et garantie inclus: volvocars.ch/C40


ÉDITORIAL CONTRIBUTEURS

Stefan Wagner

JOE PUGLIESE/AUGUST (COVER), MARTIN KREIL, BEN GREENFIELD FITNESS

Biohacker et chroniqueur passionné, Stefan Wagner a eu dans cette édition carte blanche pour s’étendre sur son sujet de prédilection, aux côtés d’Andreas Breitfeld, spécialiste du biohacking. Il nous fait découvrir son univers, en nous donnant envie de prolonger l’expérience au quotidien. Pour une vie (et une planète) plus belle. PAGE 21

Ben Greenfield Le biohacker le plus influent de la planète ouvre cette édition spéciale, dans une longue interview riche de conseils et de réflexions. À tel point d’ailleurs que l’expert américain en a tiré un podcast, histoire d’en faire profiter les millions d’auditeurs qui le suivent sur le net. PAGE 24

I N N O V AT O R

RESET YOUR LIFE ! Pionnier d’internet devenu milliardaire au grand cœur, Michael Greve s’est donné pour mission de nous débarrasser de tout ce qui nous gâche la vieillesse. Il nous parle, page 48, des dernières nouveautés d’un domaine passionnant et prometteur : la quête de la jouvence éternelle, avec en bonus ses conseils à suivre dès maintenant pour prendre de l’avance sur les autres. L’interview du magnat allemand fait partie de cette édition consacrée au biohacking, un sujet qui soulève une foule de questions : peuton entraîner son cerveau comme un muscle (réponse : oui) ? Pourquoi marcher pieds nus est-il bon pour la santé ? Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le biohacking sans jamais oser le demander. Booster sa forme, vaincre une pandémie, apprendre une langue ? Un jeu d’enfant, grâce au gaming ! Dix pionniers des jeux vidéo expliquent, page 70, comment doper sa vie et ses perfs en jouant des pouces et de la manette. L’innovation, c’est par ici ! Bonne lecture !

INNOVATOR

3


CONTENUS BULLEVARD 10 12 14 Comme une image

Un miroir malin qui projette ton coach personnel dans ton salon.

Émission Impossible On pourra bientôt prendre l’avion sans émettre de CO  : ² la preuve.

16 18

Modulable À la fois fourgon, pick-up et van électrique, le eBussy innove avec classe.

Idée propre Les feuilles à laver de Bluu sont pratiques et 100 % bio­ dégradables. On aime !

Signal d’alarme

Le bracelet BlueFox capte la profondeur de l’eau et donne l’alarme en cas de noyade.

GUIDE 90 94

SAVE THE DATE

À vos agendas ! Les rendez-vous de l’innovation en Suisse et ailleurs. CON CO U RS

Boîte à idées Red Bull Basement fait chauffer les neurones des étudiants.

96 98

CHRONIQ U E

Less is more Comment vivre mieux grâce au minimalisme. TECH AU TOP

Très très chaud Ce réacteur fait avancer la transition énergétique.

REPORTAGES

70

4

G AMIN G

Geeker malin Ces jeux vidéo sont bien plus qu’un simple passe-temps.

INNOVATOR


I N N O V AT O R

DOSSIER SPÉCIAL BIOHACKING

34

21 24 42 48 60

PL AIDOYER

Biohacking – une solution pour soi et la Terre Pourquoi nous devrions prendre notre santé en main et comment cela peut contribuer à changer le monde. PORTR AIT

Cet homme mène-t-il une vie parfaite ? Tests génétiques, séances cardio et bains de glace : Ben Greenfield est le biohacker le plus influent du monde. TR AINING

Smart Brain Ton cerveau est beaucoup plus malin, rapide, endurant et performant que tu ne le crois. VIEILLIR

Devenir vieux de plus en plus tard Michael Greve est un mécène obstiné : grâce à lui, vous allez peut-être vivre centenaire et au-delà. NATURE

Ça ne coûte rien Les dix cadeaux de Mère Nature pour se lancer dans le biohacking et se ­ressourcer… sans se ruiner.

GADGETS

NORMAN KONRAD

Sur mesure

Micro-courant, contrôle de l’insuline, et plus encore : les meilleurs gadgets de biohacking disponibles sur le marché. INNOVATOR

5


Nous avons les produits, vous avez la vie 32.– Campingaz Glacière Icetime Plus

195.– Fiam Chaise longue Amigo

39.– 24 Bottles Gourde Clima ( 0,5 l )


75.– Doppler Pa Line Neo

9.90 Sombo Aide à la flottabilité Pool Noodle

20.– Schwalbe Pneu de vélo Little Big Ben

63.– Vossen Serviette de plage Calypso Feeling 28.– Mikasa VXS Beach Attack


ET SI ON ACCÉLÉRAIT LE PROCESSUS DE DÉCISION ? Il faut agir maintenant et changer notre manière de voir le monde. Consommer différemment les énergies et modifier nos habitudes. VOTRE FUTUR, C’EST NOTRE PRÉSENT

groupe-e.ch


BULLEVARD

I N N O V AT O R

JOHANNES LANG

IDÉES POUR UN AVENIR MEILLEUR

INNOVATOR

9


B U L L E VA R D

U N COACH EN HOLO GRAMME

FITNESS

MIROIR ­MAGIQUE

La grande innovation de Vaha – qui affiche le modeste prix de 2 440 CHF – est une caméra capable de capter et d’analyser précisément chaque mouvement du corps. Sur la base d’un échantillon filmé, de séances-tests et de données enregistrées par l’utilisateur, Vaha établit un programme, taillé sur mesure selon ses ­besoins. Envie de travailler sa flexibilité ? Ni une, ni deux, un coach perso apparaît tout sourire sur le miroir pour proposer les exercices idoines. La caméra intégrée capte les

« ON RESSENT L’ÉNERGIE DU COURS COMME SI ON Y ÉTAIT. » erreurs de mouvement et les transmet à l’appareil, qui renvoie illico un petit message ­invitant l’intéressé à s’autocorriger. Un gain de temps ­selon Bures-Bönström : « Cet appareil est parfait pour celles et ceux qui veulent s’entraîner efficacement. » Vaha permet de tirer le meilleur d’une séance de sport, mais aussi de retrouver l’ambiance de groupe en participant à des sessions live. Autre fonction : le miroir peut projeter, en temps réel, un coach perso par hologramme, directement dans votre salon, « pour vous motiver et corriger vos mouvements pendant la séance ». Avec Vaha, plus question de tricher, même en restant dans son salon. vaha.com

JOHANNES LANG

r­ emplacer, mais c’était sans compter l’arrivée d’un appareil fitness high-tech : le miroir connecté Vaha. Lancé par ­Valerie Bures-Bönström – qui se trouve être la fondatrice de la chaîne de studios fitness Mrs. Sporty –, ce miroir intelligent est un croisement entre un miroir classique et un smartphone géant : installé dans le salon, il devient coach personnel et prof de gym, pour des sessions privées ou en groupe : « On ressent l’énergie du cours comme si on y était », promet l’entrepreneuse allemande de 41 ans.

DAVID MAYER

Alors que nous sommes de plus en plus inondés d’applis fitness, on peut se demander sérieusement si les jours des studios classiques ne sont pas comptés. Pourtant, la salle de sport a encore son public qui vient profiter de machines impossibles à installer chez soi, mais aussi et surtout de l’ambiance de groupe. Un atout jusque-là difficile à

CHRISTOPH MANNHARDT, PRIMOZ BEGAR

Coaching sur mesure ou workout en groupe : le miroir high-tech de Vaha fait venir le meilleur du fitness directement dans votre salon.

Un coach perso t­ oujours dispo : le miroir Vaha, entre bijou design et smartphone géant.

10

INNOVATOR


I N N O V AT O R

Experte en fitness : Valerie BuresBönström, ­créatrice de Vaha, est une personnalité ­incontournable du secteur. INNOVATOR

11


B U L L E VA R D L’avion pensé autrement : le ZEROe, à propulsion hydrogène, allie design révolutionnaire et redistribution de l’espace intérieur, comme cette version Blended Wing Body.

VO LE R SA NS C O²

ALEX LISETZ

JOHANNES LANG

ÉMISSION IMPOSSIBLE 12

AIRBUS

L’avion, destructeur de climat ? Oui. Heureusement, dès 2035, l’Airbus ZEROe, premier avion commercial sans émission de carbone, devrait permettre des vols climatiquement neutres.

INNOVATOR


I N N O V AT O R

L A F O R C E D E L’ E A U

Voler pollue. Un vol ­Zurich-New York rejette autant de CO² par personne dans l’air que le chauffage d’un foyer pendant un an. Un vol intérieur produit vingt fois plus de gaz à effet de serre que le même trajet en train. Mais l’avion pourrait bientôt devenir le moyen de transport le plus écologique. Airbus, l’un des grands consommateurs de kérosène actuels, a été le premier à s’en apercevoir. Le géant européen de l’aviation (50 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2020) développe actuellement le premier avion de passagers sans émission de gaz carbonique. Oui : zéro. Ce n’est pas un fantasme d’ingénieur en manque d’exutoire créatif, mais un projet bien réel : l’Airbus ZEROe devrait être mis en circulation en 2035, inaugurant une nouvelle ère dans l’industrie aéronautique.

Même si Airbus n’en est pas à ses premières expérimentations de prototypes proposant des alternatives durables et écologiques au kérosène, la technologie ZEROe est la première à reposer entièrement sur la propulsion à l’hydrogène. Trois concepts sont actuellement en développement à Brême et à Nantes : un avion à hélices pour 100 passagers et deux types d’appareils à double turboréacteurs pouvant accueillir 200 passagers. L’un des projets phare est ce jet en forme de goutte d’eau, le BWB (Blended Wing Body) qui redéfinit complètement la répartition de l’espace entre passagers, bagages et moteurs, avec des réservoirs d’hydrogène placés sous les ailes. En parallèle, Airbus développe les infrastructures nécessaires en collaboration avec les plus grands aéroports européens. Le projet Hydrogen Hubs at Airports prévoit l’installation de réservoirs d’hydrogène pouvant également servir aux véhicules de service. Espérons que la concurrence sera, elle aussi, au rendez-vous... airbus.com

Grâce à l’Airbus ZEROe, Greta Thunberg pourra prendre l’avion sans mauvaise conscience.

INNOVATOR

13


I N N O V AT O R

B U L L E VA R D

I­ mpossible d’installer des miradors sur tous les lieux de baignade ou d’employer des maîtres-nageurs bronzés et musclés sept jours sur sept. La solution, c’est un petit ­bracelet coloré fabriqué en Suisse. U N SYSTÈME U NIQU E

Deep Blue a déjà plusieurs années d’expérience dans le domaine des technologies sous-marines : l’entreprise a notamment développé des logiciels de sécurité pour les yachts à moteur et à voile. Elle vient désormais de lancer un dispositif antinoyade unique au monde : BlueFox. UN BALLON ET UNE ALARME

DISPOSITIF DE SECOURS

BAY-WATCH

liquide qui gonfle un ballon en quelques secondes. Celui-ci éjecte la capsule ­d’urgence hors du bracelet, remonte à la surface et déclenche une alarme qui retentit à 100 décibels pendant trois minutes. DES SOLUTIONS POUR TOUS

BlueFox peut-être programmé individuellement mais propose également des solutions communes, par exemple pour les piscines publiques. En plus de son dispositif d’urgence, le bracelet peut être utilisé comme système de paiement et d’accès à l’entrée des piscines et dans les v­ estiaires. bluefox-swiss.com

BlueFox : un bracelet qui crie à l’aide en cas d’urgence.

BLUEFOX-SWISS.COM

GÜNTER KRALICEK

La noyade est la 3e cause ­d’accident mortel au monde. Un groupe d’ingénieurs suisses a mis au point une solution pour y remédier : la BlueFox.

Ce bracelet de 70 grammes se compose d’un micro-­ ordinateur et d’une capsule équipée d’un dispositif de sauvetage. Le bracelet contrôle en permanence la profondeur à laquelle se trouve le nageur. Si celui-ci reste trop longtemps en dessous d’une certaine profondeur, le système d’urgence se déclenche : une valve libère le gaz stocké à l’état

LA PLUPART DES NOYADES ONT LIEU PRÈS DES CÔTES OU DES BATEAUX.

JOHANNES LANG

320 000 personnes sont victimes de noyade chaque année dans le monde, selon l’OMS. Des accidents qui, au vu des statistiques, ont souvent lieu à proximité des côtes ou des bateaux, et dont la plupart des victimes sont de bons nageurs. Que faire contre ce fléau?

14

INNOVATOR


omegawatches.com

JAMES BOND’S CHOICE Sur les traces d'un mystérieux ennemi, James Bond s'engage dans une ultime mission équipé de son OMEGA Seamaster Diver 300M : un garde-temps taillé pour l'action auquel

accorde toute

sa confiance, grâce à sa conception en titane ultraléger, son haut niveau de précision certifié Master Chronomètre et sa résistance inégalée aux champs magnétiques.


B U L L E VA R D

MOBILITÉ

BASIC INSTINCT

JOHANNES LANG

L’entreprise d’outre-Rhin Electric Brands a redéfini le concept de véhicule utilitaire. Résultat : l’eBussy, un véhicule hyper ­modulable de 20 CV au charme fou.

ELECTRICBRANDS.DE

ANDREAS WOLLINGER

Un caisson trop mignon : l’eBussy (3,65 m de long) est l’âme sœur de la 2CV, la légendaire deudeuche d’autrefois.

16

INNOVATOR


I N N O V AT O R

Le transport individuel est en pleine mutation et l’époque est aux idées neuves. Hélas, les grands ­acteurs de l’industrie auto­ mobile ont bien du mal à accepter les a ­ pproches radi­ cales. Leurs ­recettes ont beau être éprouvées, ils résistent bec et ongles aux idées révo­ lutionnaires. NOUVELLE APPROCHE

Ce n’est pas le cas d’Electric Brands. Cette jeune entreprise fondée en 2017 à Münster, en Allemagne, n’a pas hési­ té à redéfinir le concept même de voiture en se posant cette question: quels sont nos be­ soins en matière de mobilité ? LÉGER ET ÉCONOMIQUE

Des réflexions qui ont don­ né naissance à l’eBussy (char­ mant surnom qui n’est en fait que l’abréviation d’electric Bus System). Sorte de version car­ toon du bon vieux mini-van Volkswagen, il va révolution­ ner notre façon de voir la voi­ ture. Ce véhicule, qui sera pro­ duit en série en décembre, est extrêmement léger (poids de la version de base sans batte­ ries : 450 kilos) et est équipé de panneaux solaires sur le toit pour une autonomie supplémentaire allant jusqu’à 200 kilomètres par jour. Sa consommation est réduite de deux tiers par rapport à une voiture électrique classique. INNOVATOR

Son autonomie maximale, en revanche, est plus grande, pouvant atteindre jusqu’à 800 kilomètres. SYSTÈME M OD U L AIRE

Ajoutez à cela sa polyva­ lence : un système modu­ laire intelligent qui permet

200 KILOMÈTRES D’AUTONOMIE GRÂCE AUX PANNEAUX SOLAIRES. au ­propriétaire de moduler le bus en fonction de ses be­ soins : un minibus, une four­ gonnette (charge utile : une tonne) un pick-up ou encore un camping-car de luxe. Les prix, à partir de 17 000 CHF, sont ­assez modérés. VITESSE MAXIMALE : 100 KM/H

Il vous faudra un peu de temps pour vous habituer à son petit moteur de 20 CV. Celui-ci permet toutefois d’atteindre une vitesse de pointe de 100 km/h, et hon­ nêtement, a-t-on vraiment besoin d’aller plus vite? ebussy.at

17


I N N O V AT O R

B U L L E VA R D Les fondateurs de bluuwash Roman Stämpfli (à gauche) et Marko Vidmar.

MAISON

18

LES LINGETTES BLUU BIODÉGRADABLES NE CONTIENNENT AUCUN MICRO-PLASTIQUE. tous les types de textile, y compris la laine et le duvet. P R O C H A I N E É TA P E

Forts de ce succès, les deux Zurichois, avec leur société bluu Ventures, ont l’intention de révolutionner le monde des produits ménagers. Le coup d’envoi de la production est prévu fin 2021. De quoi soulager nos consciences et notre planète bleue. bluuwash.com

JOHANNES LANG

Tout a commencé le jour où Roman Stämpfli (39 ans) a dû ramener chez lui un lourd flacon de lessive liquide. L’absurdité de l’opération lui a paru si grande qu’il s’en est confié le soir même à son collègue Marko Vidmar (38 ans) : pourquoi, se sont demandé ces deux entrepreneurs et adeptes du zéro déchet, n’existe-t-il pas sur le marché d’alternatives pratiques et écologiques à ces lourds paquets et flacons de lessive, qui respectent l’environnement et soient faciles à transporter ?

La solution pensée par Marko et Roman et est aussi écolo que révolutionnaire : des feuilles de 3 grammes ultra concentrées en lessive, rangées dans un carton recyclable. Au final, pour le même nombre de lessives, un paquet de la marque bluu pèse 20 fois moins qu’un flacon de lessive classique, ce qui permet de réduire de 95 % les émissions de carbone pendant le transport. Ces lingettes de lessive sont 100 % biodégradables et ne contiennent ni micro-­ plastique, ni huile de palme, ni produit chimique agressif. Bonus : bluu verse 1 % de ses bénéfices à l’organisation Viva con Agua, qui lutte pour une eau potable accessible à tous.

SIMON SCHREYER

L’idée géniale de deux Zurichois pour révolutionner la corvée de lessive tout en préservant l’environnement.

LÉGER COMME UNE FEUILLE

FA C I L E À D O S E R

Le principe de ces lingettes de lavage est très simple : une feuille par tournée de lessive, directement dans le tambour. La lessive de bluu s’utilise pour toutes les couleurs, à des températures comprises entre 20 et 95 °C et convient à presque

SANDRA KENNEL

SOLUTION PROPRE

Idée de génie : 60 lingettes coûtent 19,90 CHF. INNOVATOR


Elegance is an attitude Simon Baker

The Longines Legend Diver Watch


SPÉCIAL BIOHACKING

PRENEZ VOTRE VIE EN MAIN… Rendez-la plus belle. Plus longue. Plus intense. Plus excitante. Qu’elle vaille la peine d’être vécue. INNOVATOR

21


SPÉCIAL BIOHACKING

...ET RENDEZ LE MONDE MEILLEUR. CAR C’EST DE CELA D O N T I L S ’A G I T. Texte Stefan Wagner

Les pages suivantes se sont donné tout un programme. Elles veulent rendre le monde meilleur via un petit ­détour, c’est-à-dire le détour de votre vie. Les pages ANDREAS BREITFELD

est une figure marquante de la scène internationale et le maître d’œuvre de ce dossier spécial biohacking. Dans son spectaculaire ­Biohacking Lab de Munich, le seul établissement de ce type en Europe, les outils, technologies et gadgets ­essentiels sont également à la disposition des visiteurs. breitfeld-biohacking.com, Insta : @breitfeld_biohacking

suivantes veulent réduire votre niveau d’irritation, faire de votre sommeil votre meilleur ami, vous faire entrer dans un bain de glace, vous montrer comment contrôler votre niveau de dopamine, vous rendre plus créatif et plus intelligent. En résumé, les pages suivantes ont pour but de vous familiariser avec le terme « biohacking ».


« Biohacking » est un terme relativement nouveau. Son père est l’Américain Dave Asprey. Génie de l’informatique (il a géré les premiers serveurs d’une start-up inconnue appelée Google), il a gagné des millions de dollars, les a perdus, a pris beaucoup de poids et a été très malade. Il a alors eu l’idée d’approcher son organisme comme un système informatique : il a commencé à rechercher expérimentalement les effets des manipulations – dans le jargon informatique, « hacks » – sur l’ensemble du système. Mais il ne s’agissait pas d’un système numérique, mais bien d’un système biologique. D’où le biohacking. Tout a bien fonctionné. Aujourd’hui, Asprey est le biohacker le plus célèbre du monde (à peu près au même niveau que Ben Greenfield, voir page 24). Il est riche, mince, en bonne santé et poursuit très publiquement le projet de ­célébrer son 180e anniversaire, c’est-à-dire de se rendre à l’année 2153 au moins. En français, on peut utiliser le terme « auto-optimisation  » pour désigner le « biohacking ». Mais cela n’en dit pas très long sur sa signification. Il s’agit en fait de réaliser que notre propre énergie, notre santé et notre vitalité sont les leviers les plus efficaces pour améliorer le monde. Un chirurgien en bonne santé procède à ses incisions avec plus de précision qu’un chirurgien malade. Une mère détendue élève ses enfants plus affectueusement que si elle est sous pression, un président de conseil d’administration énergique prend des décisions plus judicieuses que s’il souffre d’apathie, un prêtre dynamique prêche de manière plus convaincante qu’un homologue en proie aux doutes, un amoureux passionné aime avec plus d’empathie et de persévérance qu’un prétendant ouvert à tous les opportunités. Il ne tient finalement qu’à nous de déterminer à quel point nous voulons être détendus, énergiques, pleins de vie et passionnés dans notre vie. Nous avons un accès direct à tout cela. Notre propre bien-être physique, mental et spirituel, constitue la base de notre énergie vitale. Celle-ci est une condition préalable pour façonner et influencer notre propre vie et celle des autres afin qu’elle soit bonne, ­satisfaisante, épanouie et heureuse.

NOTRE PROPRE BIEN-Ê TRE PHYSIQUE, MENTA L E T SPIRITUEL CONSTITUE L A BASE DE NOTRE ÉNERGIE V ITA LE . INNOVATOR

Et si notre vie et tout ce qui va avec devenait agréable au point de vouloir en profiter davantage, alors nous ferions aussi en sorte de rester quelques années de plus ici-bas. Peut-être pas jusqu’à 180 ans cependant. Voilà notre ambition. Le biohacking, c’est ça. C’est pourquoi, nous, les biohackers, essayons de contrôler notre stress. Nous respirons et méditons, nous faisons de la musculation et buvons de l’eau filtrée, nous prenons des douches froides, nous avalons du magnésium et de la mélatonine, nous jeûnons, nous prenons des bains de forêts. Nous renforçons ainsi nos mitochondries, ces lointains descendants des bactéries qui vivent à l’intérieur de chacune de nos cellules et produisent l’énergie dont nous ne pouvons nous passer grâce à leur métabolisme bactérien : l’ATP ou l’adénosine triphosphate, le carburant de la vie. En bref : le caca bactérien. Dans les pages qui suivent, nous souhaitons vous donner l’envie de prendre votre vie en main. Nous souhaitons vous encourager à prendre la responsabilité de votre santé, de votre énergie vitale, de votre joie de vivre, de vos performances au travail et dans le sport. Nous souhaitons que vous traversiez la vie en étant plus affectueux, plus passionné, plus énergique, plus patient, plus persévérant, plus franc, plus confiant. Ce n’est pas si difficile. Quand je dis « nous », je veux dire Andreas Breitfeld et moi. Moi, c’est Stefan Wagner. Nous sommes fiers d’avoir conçu ensemble les pages suivantes. Andreas est un biohacker professionnel et pas n’importe lequel : il est au biohacking ce que Rafael Nadal est au tennis. (Quant à moi, je suis au biohacking à peu près ce que je suis au tennis, mais passons.) Nous vous souhaitons beaucoup de plaisir à parcourir nos pages, et avec ce que vous en ferez.

23


SPÉCIAL BIOHACKING

­Greenfield, le biohacker le plus influent du monde actuel, est aussi (sans doute) l’homme le plus sain de la planète. Son mode de vie atteint un tel degré de perfection(-isme) qu’il suscite autant l’enthousiasme que la sidération. Qui se cache derrière le phénomène médiatique ? Une rencontre inspirante où nous parlons de tests génétiques, de bains de glace, de consommation de vers solitaires, des bienfaits de la marche pieds nus, de la stupidité des égoïstes, de Dieu, du monde en général, et des raisons pour lesquelles il ne faut jamais répondre à ses mails avant midi.

JOE PUGLIESE/AUGUST

CET HOMME MÈNE-T-IL UNE VIE PARFAITE ?

Retenez ce nom : Ben

Texte Andreas Breitfeld, Stefan Wagner Photos Joe Pugliese 24

INNOVATOR


FUIS LE CONFORT ! INNOVATOR

Alternance chaud/ froid : « Une excellente habitude qui booste la longévité. Sortir régulièrement de sa zone de confort corporelle en

alternant l’exposition au froid et au chaud permet de renforcer la résistance au stress de tes cellules et leur santé en général. »   25


«  L’IN V ESTIS SEMENT POUR FA IRE UN TEST GÉNÉ TIQUE EST RIDICULE COMPA RÉ À TOUT CE QUE ÇA PEU T T’A PPRENDRE SUR TOI.  » 26

the red bulletin inno­vator : Le titre de cet article est « Cet homme mène-t-il une vie parfaite ? » Quelle est ta réponse ? ben greenfield : La perfection sur les plans physique, mental et spirituel ? Non. Par contre, à la question de savoir si j’aspire à mener la vie la plus parfaite possible, je répondrais oui. Mais mon mode de vie n’est pas parfait et d’ailleurs, ce n’est pas le but. Pourquoi pas ? Parce que ça fait partie de l’intérêt de la vie, d’être parfois blessé, malade, malheureux ou frustré. Cette bataille du quotidien à la Sisyphe nous ramène à l’humilité en nous rappelant que nous sommes tous mortels. Imaginez un instant que nous soyons tous parfaits : y aurait-il encore des progrès dans les domaines de la médecine, de la technique, de la santé ? Non, car nous n’en aurions plus la motivation ! Quand je me suis ­penché sur mes problèmes de digestion et de sommeil, j’ai appris énormément de choses dont j’ai pu ensuite faire profiter les autres et ainsi apporter ma petite contribution à l’amélioration de ce monde. Donc non, ma vie n’est pas p ­ arfaite et ne le sera jamais, mais j’y travaille un peu chaque jour, tout en sachant que je n’y parviendrai jamais. Est-ce que le sens de la vie, pour un professionnel du biohacking, ce n’est pas justement de tendre vers la perfection ? Il s’agit en tout cas, à mon avis, de faire en sorte que son corps, son esprit et son mental puissent fonctionner à un niveau optimal. Or nous avons désormais toute une palette d’outils incroyables à notre disposition : traditions ancestrales ou découvertes ultra modernes, appareils à infrarouges ou caissons à oxygène, compléments alimentaires ou « alicaments » et tout ce que nous savons aujourd’hui sur l’alimentation, l’hyperthermie, la thermogénèse… À nous d’en faire quelque chose ! Et ce niveau « optimal » est plus facile à atteindre qu’on ne croit. Dieu et la foi en général occupent une grande place dans ta vie. Comment arrive-t-on à concilier la croyance en une instance supérieure et l’idée de base du biohacking, qui sous-entend que l’on est responsable de sa propre santé ? Est-ce vraiment une question que je dois me poser ? Je suis judéo-chrétien et Dieu est pour moi l’instance de l’absolue vérité, mais j’ai aussi accepté le fait que cette instance ne peut être

JOE PUGLIESE/AUGUST, GETTY IMAGES, GETTY IMAGES, @SARAHCRESSWELLPHOTO, MASSINE, GABRIEL MACHADO

B

en Greenfield habite une ferme perdue en pleine forêt près de Spokane, dans l’état de Washington au nord-ouest des États-Unis. C’est là qu’il pratique quotidiennement ses bains de glace, ses séances de gym dans son studio privé, et qu’il assure avec sa femme l’école « à domicile » pour ses deux enfants – des jumeaux de treize ans. Les deux garçons animent un podcast ensemble et emmènent leurs arcs et leurs flèches quand ils partent chasser avec papa. Une fois ramené, le gibier sera d’ailleurs préparé par toute la famille avant de servir de repas. Quant au père de cette famille atypique, il a un emploi du temps bien chargé : lire un livre et publier deux podcasts chaque semaine, tenir des conférences dans le monde entier (pour des honoraires à cinq chiffres, évidemment), diriger une entreprise de compléments alimentaires (dénommée « Kion ») et assurer les ventes et la promotion de son bestseller, Boundless (trad. Sans limite), la bible actuelle en matière de biohacking. À côté de tout ça, ce Superman bien réel trouve encore le temps de vivre pleinement sa sexualité (il a d’ailleurs publié nombre de podcasts à ce sujet) et de soigner sa vie spirituelle. Levé généralement dès quatre heures du matin, il ne se met au travail que vers dix heures. Entretemps, Greenfield étudie, lit, écrit, fait du sport, de la méditation, s’occupe de sa petite famille et répond parfois aux questions

de journalistes curieux d’en savoir plus sur lui… The Red Bulletin Innovator s’est ainsi vu octroyer un créneau avant dix heures, et nous lui en savons gré ! Andreas Breitfeld et Stefan Wagner, qui ont mené l’entretien, avaient un certain penchant pour l’athéisme, mais depuis cette rencontre avec Greenfield, Breitfeld aurait presque envie de s’acheter une Bible…


BIOHACKING : L E S S TA R S

DAVE ASPREY Pionnier du biohacking, il a influencé durant des années la scène internationale du mouvement.

TIM GRAY Ce gourou de la santé est en Europe ce qu’Asprey et Greenfield sont aux USA.

SIMONE KOCH Médecin, cette ­Berlinoise est une mine de connaissances.

MAX GOTZLER Ancien athlète de haut niveau, il est un grand nom du biohacking en Allemagne.

MELINA VICARIO Experte du mental, elle a introduit la PNL dans le biohacking.

XIMENA DE LA SERNA

LA SÉANCE DE SPORT : COURTE, INTENSE, LENTE INNOVATOR

Deux heures de gym, « c’est bien, mais inutile : on peut atteindre les mêmes résultats en 20 à 30 minutes de High Intensity Training ou de

Super Slow Training. En sport comme dans tous les domaines du biohacking, la question est de trouver la dose minimale d’efficacité ».

Spécialiste du biohacking au féminin, cette Colombienne d’origine vit en Allemagne.

27


Reformulons la question : quel est le sens de la vie pour l’expert mondial du biohacking ? Pour moi, le sens de la vie, c’est d’apprécier et de jouir de la création de Dieu. C’est de se réveiller chaque jour avec le sourire parce qu’on a la chance de vivre sur cette planète merveilleuse. C’est d’aimer les autres et de suivre cette règle d’or : traite ton prochain comme tu aimerais qu’il te traite. C’est prendre des décisions en pensant d’abord aux autres et non à soi. C’est trouver quelles sont tes forces et les mettre à profit pour avoir une action dans le monde, chaque jour que tu as la chance de vivre sur cette planète. Voilà comment je le vois. Évidemment, à l’échelle de l’évolution, nous ne sommes peut-être que des amas de chair titubant sur un gros caillou perdu dans l’univers, et qui essaient d’assouvir tant bien que mal leurs besoins primaires, comme dans la pyramide de Maslow : manger, boire, se reproduire, avoir un statut social… Mais c’est un peu juste. Je préfère dire : fais ce que tu sais faire de mieux, aide à rendre ce monde meilleur et donne de l’amour. 28

Et le meilleur moyen d’y parvenir, c’est d’être en bonne santé, c’est ça ? Ouh là, non ! Pas du tout ! Il ne s’agit pas de s’occuper de sa santé, mais de celle des autres : du bien-être physique, spirituel et mental des personnes qui t’entourent. Ta propre santé n’est qu’un outil pour y parvenir. C’est ce qui va te permettre d’aider les autres. Beaucoup vouent un véritable culte à leur santé et sont obsédés par leurs performances, leur productivité, leur apparence physique, l’argent… C’est à la fois terriblement narcissique et égoïste, mais c’est aussi très frustrant : parce que l’idée n’est pas de t’améliorer, mais de rester en forme pour que tu puisses aider

les autres. Essaie de voir les choses sous cet angle et tu verras que c’est beaucoup plus gratifiant ! C’est là que la santé, le fitness et le biohacking prennent tout leur sens. Intégrer cette idée permet de mettre des limites au temps et à l’énergie qu’on va y consacrer. En appliquant des concepts très utiles comme la « dose minimale d’efficacité » par exemple. Pourquoi faire deux heures de sport quand un High Intensity Training ou un Super Slow Training t’apportent les mêmes résultats en seulement vingt à trente minutes ? Pourquoi s’exposer au froid trente minutes quand il suffit de plonger deux minutes dans de l’eau à zéro degré ? Optimiser son temps, c’est aussi un aspect du biohacking, parce que ça permet de le garder pour ce qui est vraiment important : la famille et les gens qui ont besoin de moi. Justement, où se situe concrètement la frontière entre l’essentiel et le superflu ? INNOVATOR

BEN GREENFIELD FITNESS

sondée ni maîtrisée. Si je ne peux influencer ma vie à 100 pourcent, je peux essayer d’influencer ce qui peut l’être, et c’est pour cela que chaque jour, je cherche des réponses à ces questions : comment avoir plus d’énergie, améliorer ses capacités physiques et cognitives, optimiser sa longévité et sa santé, mais aussi comment arriver à s’extraire des nuisances du monde extérieur, comme la pollution ou les ondes électromagnétiques non naturelles ? Comment se rapprocher de Dieu ? Chaque jour, je me lève avec une curiosité et une envie insatiables : envie de lire cet article ou ce livre, d’écouter ce livre audio, ce podcast, envie de me coucher le soir en me disant « J’ai appris quelque chose aujourd’hui sur le corps, l’esprit et le mental », quelque chose dont je peux évidemment me servir, mais surtout en faire profiter mon entourage et le reste du monde.


« IL EST INCROYA BLE DE SE DIRE QUE JE A NNE CA LMENT, QUI DÉ TIENT LE RECORD DE LONGÉ V ITÉ, S ’AUTORISA IT UNE CIGA RE T TE E T UN V ERRE D ’A LCOOL CH AQUE JOUR.  »

TESTER PUIS OPTIMISER Sport, alimentation, génétique, hormones, détente… « Fais analyser ton sang, ton ­microbiome, tes taux d’hormones, ta salive, ton urine, tes gènes : tout ! Ça coûtait une fortune il y a quelques années encore, alors qu’on peut en faire aujourd’hui pour quelques dollars. » ... Et dormir ! « Il existe de très bons appareils pour mesurer le sommeil. Utilise-les pour savoir exactement ce qui se passe dans ton corps. »

Tout est une question d’optimisation et d’efficacité. Il y a donc trois choses essentielles. La première, c’est de connaître son corps : ça passe par des analyses complètes du sang, des selles (pour le microbiome), des taux d’hormones, de la salive, de l’urine et des gènes. Tous ces tests coûtaient une fortune il y a quelques années encore, alors qu’il est possible de les faire aujourd’hui pour quelques dollars. On peut aussi mesurer sa fréquence cardiaque et son sommeil : tout cela va t’aider à savoir comment ton corps fonctionne, pour éviter que tu gaspilles ton temps et ton énergie sur des aspects qui n’en ont pas besoin. Première étape : procure-toi une montre qui mesure ton sommeil, ton pouls, le nombre de tes pas, ta température. Fais un test génétique. Fais une analyse de selles pour voir si tout va bien dans tes intestins, s’il n’y a aucune inflammation. Vérifie ton taux d’hormones ainsi que tes neurotransmetteurs en faisant un test de salive et d’urine. Et fais-toi un check-up sanguin complet qui indique tout, y compris les micronutriments. Faire un test génétique, cela n’est pas vraiment entré dans les mœurs ! On ne peut pas commencer par quelque chose de plus basique ? Mais il n’y a aucune raison de ne pas en faire un ! On te met un coton-tige dans la bouche, rien de plus. Il s’agit d’un effort ridicule à fournir en comparaison de tout ce que ça peut t’apprendre sur toi.

JOE PUGLIESE/AUGUST

Premier impératif : se faire ­tester. Et le deuxième ? Il faut prendre conscience de l’importance d’être là pour les autres et de leur donner de l’amour. C’est en fait le point central, le pilier de ta vie. Si tu INNOVATOR

le perds, tu te réveilleras le matin en te demandant ce que tu peux faire pour toi. C’est là que surgissent des phrases comme : « Je suis génial, je suis capable de faire tout ce que je veux. » Bref, des foutaises de narcissiques qui se regardent le nombril. Quelle est la première chose que tu fais en te levant ? Je me pose cette question : « À qui ou à quoi ai-je envie de dire merci ? À qui puis-je apporter mon aide ? » Et le soir, avant de m’endormir : « Y a-t-il quelque chose que j’aurais pu mieux faire aujourd’hui ? À quel moment de la journée me suis-je senti le plus en harmonie avec le vrai sens de la vie ? Si ce jour-là, j’ai passé plusieurs heures entre la salle de sport, le caisson d’oxygène et le sauna, il est évident que je n’ai pas pu être là pour les autres. On peut voir ça comme la journée parfaite de biohacking, mais pour moi, c’est une journée perdue.   29


Comment ferais-tu, face à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler, pour le convaincre en deux minutes de se lancer dans le biohacking et dans la perspective de rendre sa vie et celle des autres plus belle, en prenant en main sa santé et son bien-être ? Je lui dirais : le corps humain n’est pas un ordinateur, certes, mais on peut le programmer. Il ressemble sur certains points à une machine et on peut faire en sorte de le faire fonctionner au mieux. Que conseillerais-tu à un biohacker débutant ? De se demander d’abord ce qu’il ou elle cherche à changer dans sa vie. Si cette personne est déjà consciente de l’importance du sport et qu’elle en fait suffisamment, nul besoin de se pencher sur le sujet, dans un premier temps. De même, je ne vais pas te donner des conseils sur ton sommeil si tu as déjà les bonnes habitudes : se coucher à une heure raisonnable dans une pièce sombre, fraîche et bien isolée, qui sert uniquement de chambre et non de bureau ou de salle de télé. Évidemment, on peut toujours optimiser et refroidir sa température corporelle : en s’allongeant, muni de bonnes chaussettes chaudes, sur un matelas rafraîchissant de type Chilipad, qui diffuse de l’eau à 12-13 degrés sous le corps. Ou en prenant une douche froide, trois heures avant de se coucher. Quant aux troubles de la digestion, l’étape inévitable est de faire une analyse de selles, un test d’allergies et un test ADN : cela permettra de savoir de quelle région viennent tes ancêtres, quels aliments te conviennent d’un point de vue génétique et lesquels tu dois absolument éviter. Trouver son alimentation idéale est quelque chose que l’on peut et que l’on doit faire soi-même, en pratiquant

«  DONNE AU X AU TRES DE L’ÉNERGIE, A PPORTE-LEUR TON AIDE. CELA NE COÛTERA RIEN, E T TE PROCURER A PLUS D ’ÉNERGIE !  » 30

l’auto-analyse, car ce qui te convient ne va pas forcément convenir à quelqu’un d’autre. Quels sont les principes de base à respecter, en termes d’alimentation ? Fuir les produits transformés et raffinés ainsi que les huiles végétales, réduire le sucre, l’alcool et la caféine. Manger des produits naturels et pratiquer le jeûne de temps à autre. Ce n’est qu’après avoir maîtrisé ces trois piliers de base – le sport, le sommeil et l’alimentation – que l’on peut passer aux choses sérieuses, c’est-à-dire au véritable biohacking ? Disons que l’on peut alors passer à l’étape supérieure, autrement dit from good to great. En premier lieu : utiliser l’énergie des photons. La lumière du soleil est une source incroyable d’énergie pure. Sors tous les jours, de 20 à 60 minutes, et si tu veux optimiser les effets de l’exposition, prends du bleu de méthylène ou de l’extrait de Chaga. Ça permet à ton corps de mieux assimiler les photons pour augmenter la production d’électrons et de molécules d’ATP (l’adénosine triphosphate est la molécule utilisée par les cellules pour leur fonctionnement, ndlr). Il est également conseillé de s’exposer aux rayons infrarouges, en installant des panneaux dans son bureau ou en s’asseyant de temps en temps dans une cabine. On peut aussi maîtriser son rythme circadien (l’horloge interne du corps humain, ndlr) en s’exposant de manière ponctuelle à la lumière bleue, notamment le matin, avec des appareils spéciaux comme le « Human Charger » ou les lunettes « ReTimer ». En résumé : la lumière est la première des choses à prendre en compte après avoir intégré les trois principes de bases, à savoir le sport, le sommeil et l’alimentation. Deuxième chose : utiliser l’énergie électrique de la planète où nous vivons. Pour cela, il suffit d’être en contact le plus possible avec l’écorce terrestre : marche pieds nus dans l’herbe, par terre, dans la forêt. Grimpe aux arbres, aux falaises, nage dans les rivières,

JOE PUGLIESE/AUGUST

Pour viser l’optimisation et l’efficacité, il faut donc connaître son corps et donner de l’amour : quelle est la troisième et dernière chose essentielle pour y parvenir ? Je sais que certains vont trouver ça bizarre, mais bon : le centre des émotions humaines n’a jamais été et ne sera jamais le cerveau. C’est dans le cœur, ou plutôt dans les tripes, que ça se passe. Le troisième et dernier impératif, c’est donc d’être franc et honnête avec soi-même et d’écouter son cœur. Lui seul connaît la vérité.

INNOVATOR


LE SENS DE LA VIE ? « Profiter de la création de Dieu ! Se réveiller chaque jour avec le sourire parce qu’on a la chance de vivre sur cette planète merveilleuse. »

enlève ton tee-shirt et roule-toi dans l’herbe : ça empêche les inflammations et augmente ta production d’ATP, bref, ça va te faire un bien fou, comme l’énergie du soleil ! Troisième et quatrième éléments à prendre en compte : la chaleur et le froid. Il est évident que pour vivre longtemps et renforcer sa santé cellulaire, il faut savoir quitter sa zone de confort corporelle en s’exposant au froid et au chaud. Prochain point sur la liste : l’eau et les minéraux. Utiliser de l’eau qui se rapproche le plus possible de l’eau de source pour te fournir ce dont tes cellules ont besoin. Ces propositions sont pour la plupart acceptées par la communauté scientifique. D’autres, en revanche, suscitent plus d’interrogations. Que penses-tu par exemple de cette tendance de reconnexion à la terre baptisée « Earthing » ? Regarde le documentaire The Earthing Movie et le livre écrit par Clinton Ober : de nombreuses études scientifiques ont apporté la preuve des effets anti-inflammatoires du « Earthing ». De même, la NASA a publié quantité d’études sur les champs électromagnétiques pulsés (appelés PEMF pour Pulsed Electromagnetic Fields, ndlr), qu’on peut décrire comme la forme biohackée, donc plus intensive, du « ­Earthing ». Mais admettons par exemple qu’un « hack » ne fasse encore l’objet d’aucune étude scientifique : c’est là que tu peux commencer à tester sur toi, pour reprendre le principe « n = 1 » des biohackers, c’est-à-dire que INNOVATOR

31


tu deviens le seul élément de ton échantillon, le seul rat de ton laboratoire. À toi d’observer ce qui améliore ton sommeil, ta VFC (pour Variabilité de la Fréquence Cardiaque, ndlr), ton énergie à l’entraînement, ta température corporelle, tes résultats sanguins, etc. C’est d’ailleurs ce que je fais : je teste, j’analyse, j’observe et je vais ensuite vérifier sur le site PubMed pour m’informer sur les dernières études publiées. Ce site, PubMed, est la plus grande banque de données scientifiques en ligne : tu y consacres beaucoup de temps ? En y ajoutant la lecture d’articles spécialisés, j’y passe en moyenne sept à huit heures par semaine. Mais attention : tout ça fait partie de mon travail. Sur ton site, tu te décris comme un « fan absolu de l’auto-­ expérimentation » : depuis tes débuts de biohacker, quelle a été ton auto-expérimentation la plus folle ? Je ne fais rien de complètement dingue, comme ces biohackers des premiers temps, qui n’hésitaient pas à s’injecter de la chlorophylle dans les yeux pour améliorer leur vision nocturne. L’expérience la plus « extrême » que j’ai testée sur moi, c’est la thérapie « Helminthen », pour renforcer mon système immunitaire lorsque je passais mon temps dans les avions.

T I R E R L E M E I LL E U R D E S O I  ? Fais-le pour les autres ! « Beaucoup vouent un véritable culte à leur santé et sont obsédés par leurs performances, leur productivité, leur apparence physique, l’argent… C’est à la fois terriblement narcissique et égoïste, mais c’est aussi très frustrant : l’idée n’est pas de t’améliorer, mais de rester en forme pour que tu puisses aider les autres. »

32

BEN GREENFIELD FITNESS

Qu’est-ce que c’est ? J’avais lu pas mal d’études sur le fait que consommer certains types de vers permettait de renforcer son immunité : je me suis mis à consommer ces vers pendant six mois, et effectivement, je ne suis jamais tombé malade alors que je prenais l’avion deux à trois fois par semaine. Autre exemple : j’ai voulu voir si l’on pouvait faire du muscle sans aucun entraînement, uniquement par électrostimulation. Pendant huit semaines, je n’ai fait que des séances d’EMS, à haute intensité, mais aucun sport. Et j’ai constaté INNOVATOR


un gain de presque cinq kilos de masse musculaire. Ça paraît inconscient de se livrer à ce genre d’expériences, mais je dois dire qu’avant de me lancer, je me documente sur le sujet pendant des semaines. Pour ce qui est de l’EMS par exemple, on a des études qui remontent jusqu’à la Russie des années 50. Le but ultime des biohackers est toujours de vivre, ou plutôt de vivre vieux et en bonne santé, le plus longtemps possible. À quoi va ressembler la vieillesse de Ben Greenfield ? À l’heure actuelle, l’espérance maximale de vie est estimée entre 115 et 121 ans. D’ailleurs, c’est assez drôle de savoir que Jeanne Calment, qui détient le record actuel de longévité, s’autorisait une cigarette et un petit verre d’alcool chaque jour. Quel était son secret ? C’était une femme très entourée, qui a eu beaucoup d’amour. Pour ce qui est de la cigarette et du petit verre : on sait finalement qu’une exposition modérée aux poisons contenus dans certaines plantes, herbes ou épices est bénéfique. Idem pour tout le reste : trois heures dans un sauna, une heure dans une baignoire d’eau glacée ou un kilo de cannelle, non merci ! Mais avec modération : que des bienfaits ! On suppose même que c’est justement la petite cigarette quotidienne qui aurait permis à Jeanne Calment de conserver la forme aussi longtemps, selon le principe de l’hormèse : une exposition infime à une toxine peut entraîner une réaction positive de défense du corps. Jusqu’à quel âge veux-tu vivre ? Je me moque de vivre vieux. Ce qui m’importe, c’est de profiter le plus possible de ma vie pour aider les autres. Si je dois partir à 80 ans, aucun problème. Je ne cherche pas à atteindre un chiffre, mais à être utile à la société tant que je suis sur Terre. Et c’est d’ailleurs un conseil que je donne aux autres biohackers : à quoi ça va te servir de vivre jusqu’à 150 ans si tu souffres, que tu as froid ou faim, si tu passes la moitié de ton temps dans ta chambre de cryothérapie, ton sauna ou ton caisson à oxygène, et que tu n’as aucune libido ? Qu’est-ce que c’est, sinon de l’égoïsme pur, de la masturbation cérébrale autour de la satisfaction de vivre un peu plus longtemps que les autres ?

« TROU V E TA MIS SION DE V IE, L A R A ISON DE TA PRÉ SENCE SUR TERRE . UNE FOIS QUE TU L’AS DÉCOU V ERTE, IL TE SER A BE AUCOUP PLUS DIFFICILE DE NE PAS RESTER MOTI VÉ ( E ).  » INNOVATOR

Il y a toujours des moments où l’on manque totalement de motivation : que fais-tu quand ça t’arrive ? C’est un risque, mais on peut le minimiser de manière très efficace. Et pour cela, il faut découvrir quelle est ta mission de vie. J’en ai beaucoup parlé dans mes derniers bouquins, mais pour résumer : essaie de trouver, dans ta vie, ce que tu es capable de faire pendant des heures sans t’en rendre compte, ce en quoi tu es bon, naturellement. Fais-en un mantra, une phrase qui t’accompagnera toute ta vie, qui te rappellera toujours la raison de ta présence sur Terre et ce que tu peux apporter aux autres. Ce mantra est un peu comme le prisme par lequel tu considères chaque jour de ta vie. Quand tu as trouvé ce mantra, ça devient beaucoup plus difficile de manquer de motivation. Et si cela t’arrive quand même, la meilleure chose à faire – et je l’ai appris lors d’un camp extrême, calqué sur la fameuse « Navy SEALs’ Hell Week » – est tout simplement de donner de l’énergie aux autres, le plus possible. Parce qu’elle va te revenir. Apporte ton aide, occupe-toi des autres. Ça peut paraître bizarre, mais ça ne va pas te coûter de l’énergie, au contraire, ça va t’en procurer. Troisième conseil : n’oublie pas qu’il y a ce qu’on appelle la « lassitude décisionnelle », en anglais « decision fatigue ». Fais donc ce qui demande le plus de créativité et de concentration dans les premières heures de la journée. J’écris ainsi mes podcasts et mes livres entre quatre et onze heures du matin. L’après-midi peut être réservé aux activités moins exigeantes, comme répondre à ses e-mails, passer ses coups de fil. Enfin, le conseil à suivre en dernier recours : le meilleur moyen de se réveiller le corps et l’esprit, c’est l’eau froide. Un petit plongeon, une douche à l’eau froide ou de l’eau glacée sur son visage, ça te réveille les sens mieux que n’importe quelle substance chimique ou naturelle. Le podcast de Ben Greenfield : bengreenfieldfitness.com Instagram : @ bengreenfieldfitness

33


SPÉCIAL BIOHACKING BON PLAN

LA VIE EN HAUTE FRÉQUENCE

LE MICROCOURANT

Le microcourant suscite l’enthousiasme. Utilisé de manière ­ciblée, ce courant à très basse intensité stimule fortement la production d’ATP (molécule qui dégage de l’énergie), accélère la guérison des blessures et soulage la douleur. Je ne connais rien de mieux pour lutter contre les maux de tête. Le B-E-St de JeeCee (ci-dessous) est mon appareil préféré. (Son prix en découragera plus d’un, mais certains appareils d’entrée de gamme comme le Healy sont plus abordables.) Attention, très important : ne jamais utiliser d’appareils TENs ou autre sur la tête, car ils diffèrent totalement du microcourant.

Référence absolue du biohacking, Andreas Breitfeld nous révèle les bienfaits de la technologie sur notre santé et nous recommande les meilleurs gadgets en la matière depuis son labo à Munich.

Texte Andreas Breitfeld Photos Norman Konrad Coiffure et Maquillage Sabrina Reuschl

34

B-E-St von JeeCee, ­environ 17 300 CHF, b-e-st.com/de ; Healy (sans illustration), à partir de 540 CHF, healyworld.net

INNOVATOR


Anna Neubert a eu la gentillesse de participer à ce reportage. Elle est préparatrice physique, ­copropriétaire d’un cabinet de rééducation et compte parmi les cinq premiers coachs en biohacking que j’ai formés.

INNOVATOR

35


Human Charger 2 Pour une raison inconnue, Dame Nature a doté nos oreilles de capteurs de lumière. Une énigme exploitée par cet appareil qui, par le biais de la ­lumière bleue, agit sur notre rythme circadien afin de nous rendre plus alertes. Très efficace contre la dépression hivernale (TAS ou trouble affectif saisonnier) et le décalage horaire. Environ 237 CHF, de.humancharger.com

36

INNOVATOR


Head Ullitiunt quunt labore et quiantis volore consequas nonserum facquam qui re sequ

RÉGLÉ COMME UNE HORLOGE

LUMIÈRE BIENFAISANTE Aucun dispositif technique, aussi bon subs­ titut soit-il, n’égale la lumière naturelle. Cependant, utilisé de manière ciblée, ce substitut permet de mieux dormir, d’être plus alerte ou encore de mieux résister au décalage horaire. La lumière est à notre horloge interne ce que la couronne est à la montre : elle la remonte et s’applique, espérons-le, à la réguler.

Lunettes Pour plus de lumière bleue : Propeaq (un effet comparable à celui du Human Charger, ci-contre). Contre la lumière bleue : les lunettes Blue­blocker Prisma par innovative eyewear. À porter le soir pour stimuler la production de mélatonine, l’hormone du sommeil. Un must ! Propeaq environ 125 CHF, nomadperformance.de Prisma environ 107 CHF, innovative-eyewear.shop

INNOVATOR

HigherQI Helios Ici, je perds toute objectivité : mon enthousiasme pour les dispositifs à infrarouge et ma frustration quant à l’offre existante étaient tels que j’ai fondé HigherQI avec deux ­associés. De nos trois modèles, l’Helios est l’intermédiaire qui, comme les deux autres, irradie à 633 et 830 nanomètres pour un large éventail des bienfaits : augmentation de la production d’ATP, réduction du stress oxydant, stimulation des enzymes… Bref, utilisée de manière ciblée, la lumière rouge rime avec bien-être. ­Environ 757 CHF, higherqi.de

37


CONFIDENTIEL

TON TAUX DE GLUCOSE

La glycémie est, pour les années à venir, l’un des enjeux de santé et de société majeurs, et il me faut pour cela recourir à contrecœur au terme de « pandé­ mie ». En résumé, le pancréas produit de l’insuline dès qu’il détecte la présence de sucre (= des glu­ cides) dans l’orga­ nisme. Celle-ci permet au glucose présent dans le sang d’entrer dans les cellules du corps, sans quoi nos organes seraient mis à mal. En produisant de l’énergie, les cel­ lules brûlent ce sucre. Cependant, une sous ou surproduction ­d’insuline pourrait nous être fatale.

De ce fait, les lecteurs de ­glycémie qui existent depuis quelques années sont d’une grande utilité. Je vous invite à les essayer sans tarder !

AquaVolta H² Rocket Cet appareil est un géné­ rateur d’hydrogène des plus performants. Autre avantage, le malate de magnésium, qui permet de bien lier et assimiler l’hydrogène, est très ­apprécié des consom­ mateurs. Environ 1 700 CHF, aquacentrum.de

Abbott Freestyle Libre Tel est le nom de ce cap­ teur qui se plante dans le bras. Les résultats sont accessibles via des appli­ cation de suivi sur smart­ phone : Veristable, Super­ sapiens ou Million Friends s’apparentent à des jour­ naux de bord numériques de luxe, permettant de suivre et d’évaluer l’ali­ mentation et le mode de vie ainsi que leurs effets sur la glycémie. Un suivi très pertinent qui change la vie… au sens propre. Freestyle Libre 2-Sensor, Environ 87 CHF, freestyle.abbott SUPER A N TI OX Y DA N T

L’HYDROGÈNE

Je suis fan de l’hydro­ gène moléculaire, j’en inhale et j’en bois deux verres chaque matin. Le plus petit des élé­ ments du tableau pé­ riodique est excellent pour notre santé et nos performances, car c’est un très bon anti­ oxydant. La rédaction d’une chaîne de télévi­ sion a déclaré qu’il n’existait pas d’étude sur l’efficacité de l’hy­ drogène, omettant au passage la publication de plusieurs milliers d’articles sur le sujet, notamment en Asie…


Aquavolta Nano Très pratique et très efficace grâce à un rendement en hydrogène de 4,8 ppm, cet appareil portatif est idéal pour les débutants. Je l’utilise moimême volontiers. Environ 378 CHF, aquacentrum.de

(non visible à l’image) Hydroxyde de magnésium  en comprimés effervescents, env. 62 CHF, aquacentrum.de INNOVATOR

39


K I T D U D É B U TA N T

SOMMEIL & MÉDITATION

Comment obtenir rapidement les meilleurs résultats lorsque l’on débute en biohacking ? Compter sur les appareils sophistiqués ou des compléments alimentaires exotiques pour y parvenir serait une erreur. Par contre, une bonne qualité de sommeil et plus de moments de détente restent des valeurs sûres. Je n’insisterai jamais assez quant au Nanovi Une ingénieuse invention de Hans Eng, un Allemand émigré aux États-Unis. L’appareil vaut son pesant d’or tout comme son efficacité sans précédent. Environ 10 800 CHF, biosa.de/nanovi

L A R O L L S -­R OY C E D E L’A N T I - A G I N G

AIDER LES PROTÉINES À SE REPLIER

À chaque instant de notre vie, notre corps plie nos protéines avec ingéniosité, commettant au fil des ans de plus en plus d’erreurs. Résultat : nous vieillissons. Un processus

40

de création et de configuration de la vie dans lequel l’eau intracellulaire joue un rôle central. Celle-ci se présente sous l’aspect d’un gel et non sous forme liquide, glacée ou gazeuse (source : Prof. Gerald Pollack, Université de Washington). Le dispositif N ­ anovi produit cette eau dans un quatrième état d’agrégation : sous forme de brouillard. Le corps absorbe les fines gouttelettes, ce qui l'aide à plier les protéines de manière saine en préservant leur fraîcheur. Je le recommande ­vivement aux personnes de 40 ans et plus !

Ouran Ring L’équipement de base du biohacker : cette bague mesure la qualité de votre sommeil. Environ 340 CHF, ouraring.com

rôle clé que joue le sommeil sur la santé. Pour notre corps, le sommeil est l'équivalent du service pour notre voiture. On coupe le contact pour vérifier tous ses systèmes et réparer ceux qui clochent. Chaque rendez-vous d’entretien de notre corps doit être pris au sérieux. Celui-ci a lieu tous les soirs à partir de 22 heures. Afin de se maintenir dans un état de détente générale, rien ne vaut une séance de méditation quotidienne, même brève.

Biostrap Très bon produit qui se porte au poignet. Sans doute la meilleure alternative à l’Oura Ring à ce jour. 280 CHF, biostrap.com

INNOVATOR


Muse Headband Le neuroscientifique Philipp Heiler (voir page 42) n'y croit pas, car il ne s’agit pas d’un véritable EEG (appareil de mesure de l’activité électrique cérébrale). Qu’importe, le bandeau Muse m’aide à méditer, et à me motiver. Un précieux compagnon au quotidien. À partir de 290 CHF, choosemuse.com

INNOVATOR

41


SPÉCIAL BIOHACKING

VOTRE CERVEAU EST ... PLUS

PLUS

R APID E

RÉ SIS TANT

PLUS AS T U CIEUX PLUS INTELLI G ENT

FO R T

PLUS

AIMABLE GETTY IMAGES

PLUS


LA PLUS GRANDE MERVEILLE DU MONDE Le cerveau humain est si ingénieusement élaboré que tous ses mystères n’ont pas encore été ­explorés ni percés à jour. Mais il possible de le ­stimuler pour le renforcer. Et cela s’avère très avantageux.

... QUE VOUS NE LE PENSEZ Texte Stefan Wagner

L PLUS

CALM E

e cerveau humain demeure une partie du corps remplie de mystères : on ne sait toujours pas, par exemple, comment il produit la conscience. Mais nous avons au moins une certitude. Il ne dépend que de nous d’améliorer toutes les fonctions de notre cerveau tout au long de notre vie. Je dis bien : toutes, et je dis bien : tout au long de notre vie. Chaque jour, nous pouvons nous améliorer en termes de perspicacité, de rapidité, d’intelligence, de concentration et de lâcher-­prise. Chaque nouvelle journée nous permet d’apporter un peu plus de sérénité dans nos rapports avec nous-mêmes et avec

43


le reste du monde. Nous pouvons « entraîner » notre cerveau de la même manière que nous entraînons nos muscles et notre cœur. Voilà pour la mauvaise nouvelle : nous n’avons désormais plus d’excuses pour laisser notre cerveau se dégrader. Un très important bureau d’étude en termes de remise en forme du cerveau a son siège à Munich. Bienvenue à Brainboost, une start-up fondée par les frères Tobias et Philipp Heiler. Le premier est un scientifique spécialisé dans le sport, le second est médecin. Il y a deux ans, ils ont fait une apparition remarquée sur la scène du biohacking avec un circuit de voitures miniatures contrôlées non pas par des manettes classiques mais par des ondes cérébrales : plus on est détendu, plus les progrès sont rapides. Quotient de génialité Mais avant de laisser Philipp ­Heiler nous présenter sa salle de fitness pour l’entraînement du cerveau et nous expliquer les exercices à pratiquer chez soi, un peu de biologie : un cerveau humain pèse environ 1,5 kilo et est composé à 80 % d’eau, à 12 % de graisse et à 8 % de protéines. (Première leçon : le meilleur

GOOD VIBES Les ondes cérébrales nous indiquent l’intensité avec laquelle les cellules de notre cerveau communiquent entre elles.

44

moyen de s’abrutir le cerveau est de ne pas boire assez d’eau.) Il consomme environ 20 % de l’énergie totale générée par notre organisme au repos, soit plus que n’importe quel autre organe, que ce soit en valeur relative ou absolue. Véritable merveille de l’évolution, le cerveau humain justifie largement cette dépense d’énergie. Jusqu’à présent, nous n’avons pas été capables de concevoir un ordinateur aussi puissant que lui ; et il n’est pas assez performant pour inventer quelque chose de meilleur que lui-même. Mais ce qui fait de cette masse spongieuse placée dans notre boîte crânienne un trésor d’ingéniosité et de puissance, ce sont les X milliards de cellules qui le composent, ou plus précisément la manière dont elles interagissent (recevant, traitant, produisant et transmettant des stimuli électriques et chimiques), le moment où elles le font (nous parlons ici d’une précision de l’ordre de la milliseconde) et la fréquence à laquelle cela se produit. La notion de fréquence ne nous est pas inconnue : les ondes alpha, bêta, gamma, etc. sont des termes que nous employons souvent, mais ce que la plupart d’entre nous ignorent, c’est ce que l’on entend exactement par « ondes ». Symphonie vibratoire Les oscillations de notre activité cérébrale ne sont en rien comparables aux mouvements des vagues d’un océan. Les termes d’ondes ou de ­fréquences caractérisent l’ensemble du rythme auquel les cellules échangent des impulsions électriques et la fréquence à laquelle elles communiquent entre elles par seconde. Pour simplifier, on pourrait dire que les ondes cérébrales sont le pouls de notre cerveau. Quand on parle d’ondes delta (de 1 à 4 Hz), cela signifie que les cellules échangent des impulsions électriques une à quatre fois par seconde : c’est l’état de sommeil profond. À l’autre extrémité du spectre, on trouve les ondes gamma, qui oscillent entre 35 et 45 Hz. C’est grâce à elles que nous sommes

On peut comparer le pouls et les fréquences cérébrales : l’un et l’autre suivent et guident nos vies, déterminent le rythme de nos activités, et l’influencent plus que nous ne pouvons le percevoir consciemment. Voilà pourquoi mesurer la variabilité de la fréquence cardiaque est si important, et en quoi l’EEG et le neurofeedback constituent des données si précieuses.

Avec l’aide du neurofeedback, nous pouvons effectivement induire notre cerveau à se mettre dans des états différents, et ­ainsi améliorer notre vie. Dormir de façon plus réparatrice, se concentrer plus longtemps, se détendre plus profondément, réussir davantage : tout cela peut être entraîné en apprenant à influencer les fréquences de notre cerveau.

INNOVATOR


BRAINBOOST.DE

capables d’apprendre et d’assimiler de nouveaux concepts ou encore de nous décontracter lors d’une séance de méditation… voire de gagner des courses de voitures miniatures, comme mentionné plus haut. Le stress et l’anxiété oscillent entre 20 et 35 Hz, ce sont les ondes bêta hautes (encore appelées gamma) ; la créativité, quant à elle, s’épanouit entre 4 et 8 Hz, soit avec les ondes thêta. Autre détail qui a son importance : le cerveau, à la différence du rythme cardiaque, n’oscille pas de manière uniforme (ce qui serait le signal d’une crise d’épilepsie), mais fonctionne comme un chef d’orchestre dirigeant, à chaque milliseconde, sa propre symphonie composée de la totalité des milliards d’oscillations. Une symphonie qui dépend à la fois de la situation, de la personnalité ou encore de l’état du détenteur dudit cerveau. De plus, il est absolument unique : selon Philipp Heiler, on pourrait tout à fait substituer aux empreintes digitales la structure de base des fréquences cérébrales comme preuve d’identité incontestable. La science est également allée si loin qu’elle peut lire les traits de personnalité à partir du scan d’un cerveau. ­Heiler ajoute : « Un lobe frontal sous-activé, par exemple, indique une certaine tendance aux difficultés de concentration et aux symptômes dépressifs, un cortex sensoriel suractivé indique une hypersensibilité aux sons et des difficultés à s’endormir. Et ainsi de suite. » S’entraîner à se relaxer, c’est possible Après cette courte incursion dans la théorie, ­reprenons notre visite de Brainboost, le centre de remise en forme cérébrale munichois. Mon cerveau sort tout juste d’une séance d’entraînement. Je suis assis sur une chaise longue, les jambes surélevées, une sorte de filet en caoutchouc équipé d’électrodes ECG sur le crâne pour mesurer les impulsions électriques permettant aux cellules de mon cerveau de communiquer entre elles. Les données sont transmises à un

SOMMEIL Delta 1–4 Hz

INNOVATOR

RELAXATION Thêta 4–8 Hz

DIGRESSION Alpha 8–12 Hz

L A SCIENCE PEUT LIRE LES TR A IT S DE PERSONN A LITÉ À PA RTIR DU SCA N D ’UN CERV E AU. ordinateur qui les convertit et les projette sur un écran placé devant moi. Outre le circuit de voitures contrôlées par le cerveau, Brainboost a également développé plusieurs jeux vidéo. Sur l’écran qui me fait face, par exemple, apparaît un moine assis en tailleur. Plus je me détends, plus il prend de la hauteur. Je n’ai reçu qu’une seule consigne : générer des ondes cérébrales de relaxation, laisser les cellules de mon cerveau échanger des ­informations électriques et chimiques entre 35 et 45 fois par seconde, ni plus ni moins. J’expire plus consciemment et plus lentement : le moine flotte. J’essaie de respirer encore plus consciemment : le moine redescend. Compris, je ne suis pas ­assez détendu. « C’est l’objectif de cet exercice : le cerveau reçoit un feedback en direct. Il peut ainsi décider de la pertinence

CONCENTRATION Bêta 12–20 Hz

ACTIVITÉ Bêta hautes 20–35 Hz

HYPERFOCUS Gamma 35–45 Hz

45


PHILIPP HEILER Avec son frère Tobias, le ­médecin a fondé le studio de fitness cérébral Brainboost. brainboost.de

CE T TE M AS SE SPONGIEUSE DA NS NOTRE BO Î TE CR Â NIENNE EST UN TRÉ SOR D ’INGÉNIOSITÉ E T DE PUIS SA NCE . 46

Est-ce que le neurofeedback peut me permettre de développer ma créativité ? « Tout à fait, oui, tu peux apprendre à atteindre un état favorisant la créativité.» Une décontraction accrue ? « Également, oui. » Et pour la concentration ? « Pareil. » Le cerveau ne peut pas rester inactif Est-ce que cela peut m’aider à ne plus regarder mon téléphone portable toutes les trente secondes ? À ne plus manger une barre de ­chocolat tous les soirs ? Ou encore à freiner ma tendance à la procrastination ? « Le neurofeedback peut nous aider à combattre toutes les habitudes compulsives de la vie, que ce soit de boire cinq bières par jour, de courir dix kilomètres ou encore d’être rivé à son écran de téléphone. » Et concrètement, comment habituer mon ­cerveau à ne pas avoir envie d’une barre de ­chocolat tous les soirs ? « En gros, le cerveau ne peut pas ne rien faire : il ne peut pas ne pas manger de chocolat. Il ne peut que faire autre chose à la place, il faut donc l’habituer à faire autre chose. Définir une action de substitution à pratiquer chaque soir. Nous avons par exemple reçu une patiente souffrant de boulimie. Ensemble, nous avons mis un programme en place : elle devait faire une promenade de dix minutes après chaque repas, et ce de façon systématique, afin de séparer le ­stimulus “manger” de la réaction “vomir”. » Et ça a marché ? « Oui. » Combien de temps faut-il pour venir à bout d’une ancienne habitude très ancrée et en créer une nouvelle ? « À l’heure actuelle, la science considère qu’il faut 66 jours pour se défaire d’une habitude (avec mise en place d’un substitut) et 66 autres pour acquérir une nouvelle habitude. La clé du succès, c’est la persévérance. Quelques minutes par jour, étalées sur plusieurs semaines puis ­plusieurs mois, permettent de progresser à pas de géant. » Entretenir le cerveau de multiples manières Chez Brainboost, une séance d’entraînement dure environ quarante minutes. On en sort complètement lessivé, comme si notre tête venait de faire une séance super intensive. Combien de séances sont-elles nécessaires pour en ressentir les effets ? « C’est comme dans une salle de muscu, en fait. Une seule séance n’aura aucun impact. En moyenne, il faut au moins vingt ou trente séances pour observer des résultats à long terme. » Cela veut dire que pour optimiser mon cerveau, je dois faire au moins vingt séances en salle ? « Pas forcément. On peut faire beaucoup de choses chez soi, tout seul, et faire d’énormes progrès. » INNOVATOR

GETTY IMAGES

de ton action du moment », explique Philipp Heiler. Et mon cerveau est capable de traiter et de comprendre cela ? « Absolument. C’est le même principe que les muscles et la salle de fitness : ton organisme reçoit un stimulus d’entraînement qu’il assimile. La façon dont il le fait n’a aucune importance. On ne contrôle pas consciemment le fait que les muscles augmentent en volume et en puissance grâce à l’entraînement. Ça se fait tout seul. » D’accord, mais quand je m’entraîne, je peux isoler un muscle et lui appliquer un stimulus bien spécifique, en travaillant par exemple la zone des biceps, des mollets ou des pectoraux. Est-ce que le neurofeedback me permet de contrôler les différentes zones de mon cerveau avec la même précision ? « Dans une certaine mesure, c’est possible, oui. Mais en pratique, cela n’a aucune importance. L’objectif est de développer l’une de nos facultés, soit pour se défaire d’une habitude, soit pour en développer une nouvelle, soit pour se débarrasser d’un comportement compulsif. Ce sont généralement plusieurs zones du cerveau qui travaillent de concert. Le but recherché est de faire entrer en résonance certaines zones du cerveau. Fais confiance à ton cerveau, il peut faire cela tout seul. »


3 MINUTES « Chaque jour, prenez trois petites minutes les yeux fermés, pour respirer calmement et vous immerger dans vos pensées et vos rêves éveillés. C’est une excellente manière d’entraîner la ­capacité de votre cerveau à passer à l’état alpha et à se détendre en pleine conscience. Ces trois minutes seront très bénéfiques pour booster votre créativité. »

DORMIR « Le cerveau est la raison principale pour laquelle nous avons besoin de dormir. Sa capacité est limitée à environ 16 heures, après quoi il a besoin de faire une pause pour traiter tout ce qu’il a appris, pour récupérer et enfin pour construire de nouvelles connexions synaptiques. Un sommeil en quantité suffisante et de qualité est la condition de base du bon fonctionnement de notre cerveau. Cela n’est peut-être pas très original, mais prendre soin de son sommeil est la meilleure garantie d’un cerveau performant. D’ailleurs, une courte sieste pendant la journée favorise la créativité et la capacité à résoudre les problèmes, car elle amène notre cerveau dans la zone thêta. »

TENEZ UN JOURNAL DE GRATITUDE La peur est le problème le plus répandu de notre époque ; c’est un moteur d’une négativité extrêmement puissante. Derrière de très nombreuses actions compulsives et de très nombreux blocages se cache la peur. La peur des choses, des décisions, la peur de manquer, de ne pas avoir une vie aussi géniale que celle des autres, de ne pas avoir assez d’argent. Du point de vue de l’évolution, la peur est salvatrice (car toujours synonyme de prudence), c’est pourquoi elle est la plus puissante de toutes les émotions. Mais le problème, c’est qu’au lieu de nous aider, la peur détermine nos vies et nous rend malade. Que faire contre cela ? « Tenir un journal de gratitude : on écrit matin et soir trois choses qui nous font du bien et on les lit à voix haute. C’est l’entraînement par neurofeedback ! Chaque jour, vous amenez votre cerveau à un état affranchi de toute anxiété, l’espace de quelques minutes. Vous activez la boucle du sentiment positif qui s’oppose à la peur, ce qui vous rend plus résilient. Le fait de l’écrire et de le dire en renforce considérablement l’effet. »

C’EST PARTI ! Quels exercices est-ce que je peux faire chez moi ? La gym à domicile pour booster le cerveau avec Philipp Heiler.

POSEZ-VOUS LA QUESTION « La pleine conscience est bien plus qu’un terme à la mode : si vous parvenez à placer consciemment votre cerveau en mode alpha, vous créez un espace entre le stimulus et la réaction. En d’autres termes, vous passerez une journée plus équilibrée, plus calme, plus posée. La meilleure astuce pour s’entraîner à la pleine conscience au quotidien : notez deux fois par jour votre état physique, vos pensées, et vos sentiments. »

INNOVATOR

SUIVEZ LA TROTTEUSE « Un excellent exercice pour atteindre l’état bêta (celui qui affûte votre concentration) : pouvez-vous concentrer toute votre attention sur la trotteuse d’une montre pendant une minute ? Ne pensez à rien d’autre qu’à elle. Tenir une minute sans une seule pensée parasite est tout sauf simple ! »

47


SPÉCIAL BIOHACKING

Si vous avez la possibilité de vous maintenir en forme pendant les cinq, voire quinze prochaines années, faites-le : ça vaut le coup. Il se pourrait en effet que d’ici là, on se soit débarrassé d’au moins la moitié des maladies mortelles qui ac-

DEVENIR VIEUX DE PLUS EN PLUS TARD

cablent notre société ; que des fléaux comme le cancer, l’AVC, le diabète,

l’infarctus, Alzheimer, etc. soient de l’histoire ancienne. Et que votre histoire à vous, au lieu d’approcher de l’épilogue, se rallonge de quelques chapitres des plus excitants : votre premier semi-marathon à 110 ans ? Vos études de lettres entamées à 90 ans ? Votre première Harley à 80 ans ? Rester jeune n’est plus une utopie. Juste une question de (très peu de) temps.

Texte Stefan Wagner Photos Sebastian Arlt

48

INNOVATOR


CHANGEMYFACE.COM

157 A NS

Voilà à quoi pourrait ressembler Michael Greve dans cent ans. Nous sommes en 2121 : l’homme qui a gagné des milliards de dollars en tant que pionnier d’une technologie dépassée (Internet) et d’une question d’actualité (le rajeunissement) investit dans des projets expérimentaux d’impression 3D à base de molécules. Il y a dix ans, il s’est pris de passion pour les marathons. Son meilleur temps : 3 heures 14 minutes. INNOVATOR

49


les découvertes qui gravitent autour de l’allongement de la longévité, du rajeunissement du corps et de la santé (presque) éternelle.

A

vant d’imaginer ce que pourrait être votre nouvelle vie, passé l’âge de la retraite, commençons par expliquer pourquoi un simple mortel a eu l’idée, un jour, de repousser l’épilogue de sa propre histoire. Il faut dire que la sienne n’approchait pas vraiment du happy end. Tout commence alors que Michael Greve est très riche et en mauvaise santé. Michael Greve est allemand, nous sommes en 2006, et cet homme vient d’encaisser le jackpot en vendant, pour plusieurs centaines de millions d’euros, son entreprise, web.de. Celle qu’il a fondée avec son frère dans les années 90 fut l’une des pionnières et des plus importantes entreprises de services sur internet. Autant dire que Michael Greve n’a pas de souci à se faire pour l’avenir. Enfin, sur le plan financier. Parce que niveau santé, c’est un désastre : 25 années à vivre comme un hacker, entre la junkfood, l’alcool, le surpoids, les trois paquets de cigarettes par jour et la sédentarité d’une huître, ça laisse des traces. Michael Greve est très riche, mais aussi malade. Sa vie de multimillionnaire, il veut en profiter : tout en poursuivant son business d’investisseur – il soutient notamment trois start-ups qui deviendront des licornes, Babbel, Staffbase et Mambu –, Michael décide donc de prendre sa santé en main, une bonne fois pour toutes. Après tout, comme il se le répète à l’époque, « ce serait bête de claquer maintenant ». À quoi bon s’enorgueillir d’être le plus riche macchabée du cimetière ? Petit détail : notre Allemand ne sait pas vraiment faire dans la nuance. Investisseur dans l’âme, serial entrepreneur et jusqu’au-boutiste, pas question pour lui de simplement « se maintenir en forme ». Il se prend littéralement de passion pour la recherche et

Après avoir arrêté l’alcool, la clope, perdu vingt kilos et mis un terme à sa consommation de pizzas, il opère son premier gros investissement dans le domaine en 2016, en virant la somme de 10 millions de dollars à SENS (pour Strategies for Engineered Negligible Senescence), la fondation créée par le bio­ gérontologue britannique Aubrey de Grey, considéré comme le grand pionnier des recherches contre le vieillissement. La même année, sa propre fondation, la Forever Healthy Foundation, voit le jour dans les anciens locaux de web.de. Juillet 2021 : cinq ans après sa création Forever Healthy est devenue internationale. Elle compte avec des antennes à Istanbul et New York. Depuis le siège allemand (à Karlsruhe), Michael dirige, avec sa petite équipe, un panel de quatorze start-ups qui portent des projets de recherche particulièrement prometteurs. La conférence qu’il organise une fois par an avec la fondation SENS attire les grands noms du secteur, chercheurs et autres responsables (Undoing Aging, prochaine date : mai 2022 à Berlin). Pour accélérer les avancées de la recherche sur la longévité, il est vital de coordonner au niveau mondial, et de mettre à la disposition des autres, les découvertes qui se font aux quatre coins du monde. C’est le credo de Forever Healthy, dont les publications scientifiques rendent compte des avancées actuelles et compilent chacune pas moins de 2 000 travaux et 150 études sur un sujet précis, comme la fisétine ou l­ ’EDTA (nous y reviendrons). Pour avoir une idée de ce que Michael Greve a réussi à mettre en place : l’une de ses quatorze startups est désormais en mesure de faire disparaître des tumeurs par simple injection, une autre travaille avec succès sur la sclérose artérielle.

* Pour tout savoir sur les avancées de la recherche ­anti-­vieillissement  : brain.forever-healthy.org

GRE V E CONSIDÈRE LE PROCES SUS DE V IEILLIS SEMENT COMME UNE M A L A DIE CUR A BLE, E T NON COMME UNE FATA LITÉ INÉLUCTA BLE . 50

INNOVATOR


57 A NS Voici à quoi ressemble Michael Greve aujourd’hui. Nous sommes en 2021 : l’ancien hacker – trois paquets de cigarettes par jour, 20 kilos en trop – est devenu un biohacker. Incluant une routine ­matinale, un journal de gratitude, du yoga, un suivi du sommeil, et trente compléments alimentaires par jour. INNOVATOR

51


«   L’A BOLIS SEMENT DU CA NCER, DES CRISES CA RDI AQUES, DES DÉMENCES, E TC. N ’EST PLUS QU ’UNE QUESTION DE TEMP S.»

L’homme qui finance tous ces succès a 57 ans, un âge qu’on a beaucoup de mal à lui donner tant il paraît plus jeune. Il affiche une forme olympique. Son secret ? Il a intégré le biohacking dans sa vie, tient un journal de gratitude, fait du yoga et suit un régime ultra sain, qu’il complète par une trentaine de comprimés alimentaires. L’objectif : avoir, dans dix ans, la forme d’un mec de trente ans. Michael Greve en est persuadé : « Réussir à éliminer toutes les maladies liées au vieillissement comme le cancer, l’infarctus ou la sénilité n’est désormais plus qu’une question de temps. » Mais alors, concrètement : quand y parviendrons-­ nous ? « Pour certaines, disons entre cinq et quinze ans. En tous les cas, j’ai bien l’intention de profiter de ces avancées tant que je suis vivant. » Il marque une pause, histoire d’appuyer le caractère solennel de ce qui va suivre : « Le délai que je me suis donné, c’est ma présence sur Terre. » À l’écouter, on s’aperçoit que le type n’a rien d’un milliardaire fantasque obsédé par la jeunesse éternelle « à tout prix » : c’est un pragmatique qui pense en termes de visions, d’objectifs à atteindre et de ­résultats. Quelqu’un qui ne s’embarque pas dans un domaine encore très expérimental sans avoir pesé chaque risque, chaque investissement. Il faut bien avouer, rappelle-t-il, que les scientifiques font de piètres entrepreneurs. C’est dans ces lacunes qu’il intervient, pour servir de manager, de coordinateur, de cerveau : « Au-delà du financement, nous apportons un véritable savoir-faire. » Michael Greve n’est-il que le simple mécène passionné d’un secteur médical en devenir, ou rien de moins que le sauveteur de l’humanité vieillissante ? L’avenir (proche) nous le dira.

bref : une usure « naturelle » aux conséquences dramatiques, sur le plan humain mais aussi en termes de coûts pour la société. Face à ce constat (« vieillir, c’est moche, et c’est inévitable »), il semblerait que l’Homme ait appris à accepter son sort avec fatalisme et résignation. Michael Greve, lui, ne l’a jamais accepté : il se souvient de sa grand-mère sénile, de sa longue décrépitude et de l’impuissance de sa famille. « À la fin, elle ne reconnaissait plus personne, excepté mon frère. Faut-il considérer que cela est normal ? Faut-il l’accepter ? » « Des objectifs concrets et réalisables. » « Notre démarche est de prendre le mal à la racine. Définir la genèse, les causes – du cancer, de la maladie d’Alzheimer – mais surtout : comment s’y attaquer concrètement ? La recherche ne m’intéresse que si elle débouche sur quelque chose de concret, de sensé. Vous n’entendrez jamais parler chez nous de thérapies aux nématodes, de réglementations à modifier, ou de projets remis aux calendes grecques. Ce qu’on vise, c’est des thérapies ici et maintenant, pour tout le monde. On veut du réel, pas de la science-fiction. » Aujourd’hui, on en connaît déjà un rayon sur la plupart des maladies « classiques » du vieillissement : si chacune a des causes qui lui sont propres, au total, on a défini entre trente et quarante facteurs responsables du vieillissement et des maladies associées, facteurs qui se combinent et s’additionnent pour former un cocktail (toujours) fatal : la mort est un travail d’équipe. Or – et c’est la bonne nouvelle – il est désormais possible d’isoler chacune des causes et donc de les combattre une à une.

Comment l’histoire se poursuit-elle ? Sommesnous loin du happy end ? Où en sommes nous en septembre 2021 ? En attendant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : à l’heure actuelle, 150 000 décès sont enregistrés chaque jour, 50 000 étant causés par des accidents, des faits de violence, des guerres, etc. Les deux autres tiers sont dus à des maladies comme le diabète, le cancer, Alzheimer, l’infarctus… Autrement dit : 100 000 personnes décèdent chaque jour des suites du vieillissement. Et le vieillissement, ça se passe d’abord au niveau des cellules : des cellules qui s’encrassent, qui dégénèrent, qui disparaissent, 52

INNOVATOR


7 7 A NS Voilà à quoi pourrait ressembler Michael Greve dans 20 ans. Nous sommes en 2041 : les premières start-ups qu’il a financées à coups de milliards ont eu du succès. Son corps s’est complètement régénéré au niveau cellulaire, il a changé le monde. Et il a atteint l’objectif qu’il avait formulé en 2021 : «Je veux être aussi en forme qu’un trentenaire quand j’aurai septante ans.» INNOVATOR

53


DU POINT DE V UE D ’UN IN V ESTIS SEUR CL AS SIQUE, CE QUE FA IT GRE V E EST FOU  : «   JE M’EN FICHE . C ’EST MON A RGENT, JE N’A I DE COMP TES À RENDRE À PERSONNE .»

Pour un outsider, il est difficile d’imaginer à quel point la recherche médicale est devenue un business. C’est l’argent qui définit tout, qui attire en fin de compte les meilleurs cerveaux, et donc les meilleures équipes. Constat amère : pour sauver des vies, il faut savoir se plier à la loi du marché. Bizarrement, la recherche fondamentale (qui se fait en amont de la recherche appliquée) ne constitue qu’une infime étape du processus. On pourrait croire qu’il suffit, pour une start-up, de « traduire » la théorie en essais pratiques, de tester tout ça dans des éprouvettes et d’envoyer le résultat final à la production. C’est un peu plus compliqué. Dans le domaine de la recherche contre le vieillissement, s’engager dans une start-up est une expédition risquée : si l’on a une idée à peu près claire de l’objectif final, le chemin pour y parvenir est en général beaucoup plus flou (si chemin il y a…). Ce qui est certain, en revanche : sans un bagage de 200 à 400 millions d’euros, pas la peine de tenter l’aventure. Michael Greve est donc loin d’être un investisseur conventionnel : « Je le sais, mais je m’en fiche. Si la démarche scientifique nous semble convaincante, on fonce. On investit, on met en place une équipe. Je peux le faire parce que c’est mon argent et que je ne dois rien à personne. Si ça ne marche pas, tant pis, c’est mon problème. »

OÙ EN EST LA RECHERCHE ?

LA SÉNESCENCE DES CELLULES EXEMPLE :

Le corps humain est composé de 30 à 100 000 milliards de cellules, qui ont toutes une durée de vie limitée : certaines durent quelques jours, d’autres plusieurs années. Une fois détruite, une cellule est digérée, recyclée et remplacée par une nouvelle. Un système d’auto-régénération certes génial, mais qui a ses défauts : il y a par exemple des cellules dites « sénescentes » (ou vieillissantes) qui dégénèrent, mais qui, au lieu d’être éliminées comme elles le devraient, continuent à squatter le corps humain. Ce qui ne pose aucun problème tant qu’elles sont peu nombreuses. Le souci, c’est lorsque ces petits zombies se multiplient et empiètent sur le territoire des cellules saines, entraînant leur altération, avec à la clé : vieillissement et maladies. Que peut-on faire à l’heure actuelle ? Réponse de Michael : rien. À part, peut-être, prendre une dose de 1 500 mg de fisétine – un composé qu’on trouve aussi dans les fraises d’ailleurs – une à deux fois par mois. « Cela semble efficace, et les études ont montré que ça ne présente aucun risque. J’en prends moi-même, ça me coûte 32 CHF par mois, et c’est à la portée de tout le monde. S’il s’avère dans cinq ans que c’était du pipeau, tant pis, mais si l’on découvre que la fisétine a de réels bénéfices, j’aurai autant d’années d’avance sur vous. » Fisétine mise à part, parviendra-t-on un jour à résoudre le problème de la sénescence des cellules ? « De nombreuses boîtes planchent sur le sujet, pas seulement les nôtres (notamment Foxbio, une start-up basée à New-York, ndlr). L’idée, c’est qu’il y ait des avancées, peu m’importe qui les fera. »

54

OÙ EN EST LA RECHERCHE ?

EXEMPLE :

LE CANCER

Certaines personnes sont résistantes, par nature, au cancer : leur système immunitaire se débarrasse des cellules cancéreuses. Un super-pouvoir dont la start-up londonienne LifT BioSciences essaie de percer le mystère. « Le principe, en gros, est de récupérer le système immunitaire de ces personnes, de le reproduire en laboratoire et de l’injecter à des corps malades. Les expériences sur des souris ont montré qu’après avoir reçu une telle injection, les tumeurs, qui peuvent être grosses comme le pouce, disparaissent au bout de 48 heures. » Complètement ? INNOVATOR


« Oui. La thérapie ne marche pas pour la leucémie mais elle fonctionne sur les tumeurs. » Combien de temps encore avant qu’on teste la piqûre anti-cancer sur les premiers patients ? « Ça va dépendre des tests cliniques, mais je dirais entre cinq et dix ans. » Mais alors on va pouvoir bientôt… ? « On n’en sait encore rien. Cela se présente plutôt bien, mais une seule chose est sûre : si personne ne fait rien, dans dix ans, on en sera au même point qu’aujourd’hui. » Une expédition à l’issue (très) incertaine. Qu’un médicament fonctionne « en théorie » dans des éprouvettes et sur des souris ne veut finalement pas dire grand-chose, puisque la partie la plus importante et la plus difficile reste encore à faire : les tests cliniques. Quatre étapes doivent encore être validées avant la commercialisation : Durant la phase n° 1 réalisée par des contrôles intensifs sur des personnes saines, on vérifie officiellement que le produit testé n’est pas nocif pour l’Homme. Durant la phase n° 2, les premières utilisations sont réalisées auprès de patients intéressés, sous contrôle strict, en surveillant l’efficacité et l’innocuité du produit. Qu’un patient perde quelques cheveux ou fasse des insomnies, et cette phase est illico interrompue jusqu’à ce qu’il soit prouvé que ça n’a rien à voir avec le médoc testé. Arrivés à la phase n° 3, les tests sont réalisés sur des échantillons de mille personnes, une période de deux ans en moyenne et dans plusieurs hôpitaux. Une fois le précieux sésame obtenu, on passe à la dernière phase, la phase n° 4, durant laquelle le produit est certes commercialisé mais sous observation draconienne : à la moindre anomalie repérée, c’est le coup d’arrêt. Game over, retour à la case départ. Cinq à quinze ans de travail acharné pour rien. Si tout se passe comme prévu, on peut passer à la vitesse supérieure, à savoir : la phase de production à grande échelle, en injectant encore des millions d’euros pour produire des quantités commercialisables, avec tous les efforts techniques, logistiques et personnels que cela suppose. Mais on aperçoit enfin la lumière au bout du tunnel.

«  QUELLE M A L A DIE NE VOUDR A ITON PAS VOIR DISPA R A ÎTRE   ? DOIT-ON RESTER LES BR AS CROISÉS FACE AU CA NCER  ?   »

OÙ EN EST LA RECHERCHE ?

EXEMPLE :

INFARCTUS ET AVC

« Quand le cholestérol s’oxyde, cela crée une réaction de défense de la part du système immunitaire : les macrophages entrent en scène pour entraîner le cholestérol oxydé dans l’usine interne de traitement des déchets, formée par les lysosomes. Ce sont eux qui accueillent et traitent nos déchets internes, à un détail près : le cholestérol oxydé ne peut y être fragmenté, et donc décomposé. On n’a aucune enzyme prévue pour ça. Et c’est vraiment con. Du coup, le lysosome absorbe toujours plus de cholestérol, tout ça s’accumule dans les vaisseaux sanguins, entraînant la formation des plaques d’athérome, qui gênent la circulation sanguine et provoquent des accidents cardio-vasculaires, infarctus ou AVC. » L’une des pépites de notre investisseur s’appelle Underdog Pharmaceuticals : basée en Californie et axée sur la prévention des maladies cardio-vasculaires, sa démarche est particulièrement intéressante : « Elle travaille sur la cyclodextrine, un dérivé du glucose, et ses nombreuses propriétés : elle est notamment capable d’extraire le cholestérol du lysosome et l’éliminer du corps, avec, pour conséquence, la disparition progressive de la plaque, expulsée de l’organisme comme n’importe quelle toxine. » Il me suffirait donc d’avaler un petit comprimé de ce sucre pour nettoyer mes artères ? « C’est l’idée. » Et quand est-ce que… ? « Les tests sur les souris sont si concluants que nous passerons sans doute à la phase n° 1 d’ici un ou deux ans. » Comment être sûr que cela va marcher sur l’être humain ? « Les chances sont plutôt bonnes, étant donné que les plaques sont assez identiques chez les deux espèces. Cela dit, on ne peut pas savoir exactement combien de temps cela va prendre, c’est comme ça dans le domaine médical. Un exemple : on s’est rendu compte qu’un fort dosage de cyclodextrine pouvait entraîner des troubles auditifs. Pour l’instant, on n’en a pas trouvé la cause, alors on continue de plancher sur la question. » Ce qu’il vise, à terme, c’est arriver à produire un comprimé à base de cyclodextrine, qui puisse, en une seule prise par jour, agir en prévention des maladies cardio-vasculaires. Prix de vente : dix dollars par mois. « Tout ce que nous développons doit être accessible au plus grand nombre, j’y attache une grande importance. Ça me rend dingue de voir l’industrie pharmaceutique sortir un médicament contre le cancer et le vendre 100 000 dollars. C’est immoral. Avec dix dollars par mois, deux ou trois dollars dans les pays plus pauvres, on arrive encore à gagner assez d’argent. »

55


«   LE R AJEUNIS SEMENT EST COMME L A RÉ VOLUTION NUMÉRIQUE, M A IS EN BE AUCOUP, BE AUCOUP PLUS GR A ND   : CE SER A LE CH A NGEMENT LE PLUS FONDA MENTA L DE TOUTE NOTRE HISTOIRE .»

« La plus grosse industrie du monde. » Sous ses airs de mécène, Michael Greve avoue quand même avoir flairé le bon filon. « Le secteur des thérapies anti-vieillissement va devenir la plus grosse industrie du monde, j’en suis persuadé, dit-il avant de me montrer son iPhone. Regarde ça, actuellement, c’est la marque la plus chère au monde. Un téléphone. Mais si tu devais choisir entre ton téléphone et la possibilité de vieillir sans risque de cancer, d’AVC ou de sénilité, le choix serait vite fait. » Vu la carrière du bonhomme, on peut lui faire confiance dans ses pronostics : « J’ai été un pionnier de l’informatique, de la télécommunication mobile, d’internet, du Cloud et de tous ces trucs qui ont bouleversé le monde. Ce qui est en train de se préparer, ça va ressembler à la révolution numérique, mais en beaucoup, beaucoup plus gros : un bouleversement comme nous ne l’avons encore jamais vu. Pour comprendre l’ampleur que va avoir ce business au niveau mondial, il suffit de savoir compter : quatre milliards de personnes au-dessus de quarante ans, dix dollars par mois, ça fait 480 milliards de dollars de revenus annuels. Et même si aucune de nos startups n’arrive à sortir un médicament, peu importe, il y en aura toujours une qui y parviendra : la question n’est plus de savoir si, mais plutôt quand ça va arriver. »

OÙ EN EST LA RECHERCHE ?.

EXEMPLE :

LES MITOCHONDRIES

Les mitochondries sont de tout petits organites présents par centaines, voire par milliers dans une seule cellule. Elles agissent un peu comme la centrale énergétique des cellules puisqu’elles permettent la production d’ATP (pour Adénosine TriPhosphate, ndlr), c’està-dire rien de moins que l’essence du corps humain. Nous en consommons de très grandes quantités, la moitié de notre poids chaque jour, grosso modo, et notre vitalité dépend essentiellement de celle des mitochondries. Qu’elles s’arrêtent de bosser pendant cinq secondes, c’est la mort assurée. Or, avec le temps, elles perdent de leur tonus, et nous aussi, du coup : système immunitaire en chute libre, baisse de forme, 56

Au sein du bureau de la Forever Healthy Foundation Depuis Karlsruhe, Michael Greve, ancien ­pionnier d’internet, est en passe de changer fondamentalement nos vies.

fatigue, apparition de maladies… Pour résumer : quand la mitochondrie va, tout va. C’est à la lumière de ces connaissances que Michael a fait rentrer Cellvie dans son écurie : cette entreprise basée à Zurich, Boston et Houston travaille sur ce qu’on appelle le Therapeutic Mitochondrial Transfer, c’est-à-dire la transplantation de mitochondries. Exemple d’application : on prend un athlète de 25 ans en pleine forme, et on transplante une petite quantité de ses mitochondries sur un malade de 70 ans qui vient de subir une lourde opération chirurgicale, pour l’aider à se rétablir. Cellvie a également mis au point un « inhalateur de mitochondries », qui arrivent dans les poumons par simple respiration, et ça marche : quelle que soit la personne qui donne et celle qui reçoit. INNOVATOR


On travaille déjà sur un spray de mitochondries, qui permettra à des millions de gens atteints de maladies pulmonaires de mieux vivre. Les gens en pleine forme pourront aider ceux qui en ont besoin : d’ailleurs, c’est ce que l’on fait déjà pour sauver des bébés souffrant d’une anomalie cardiaque, en leur injectant les mitochondries de la mère. Résultat : un taux de mortalité passé de 80 à 30 %. Jusqu’à quel âge pourrons-nous vivre ? « On n’en sait rien : autour de 120, 150 ou 180 ans peut-être. C’est comme avec un Oldtimer : si tu ne fais rien, il va rendre l’âme au bout de 50 000 km. Mais si tu t’en occupes bien, en le mettant au garage, en l’entretenant, en faisant attention à la rouille… Il peut rouler jusqu’à combien ? 300 000, 500 000 km ? Et toi, tu veux vivre encore combien de temps ? « Ce n’est pas cette question que je me pose : ce qui m’importe, c’est plutôt comment je veux vieillir. Je veux pouvoir en profiter tant que je suis sur Terre, et non passer les dix dernières années de ma vie à crever lentement d’une maladie qu’on aurait pu éviter. Et je veux vivre dans un monde où chaque personne a les mêmes chances que moi d’échapper à ce sort. »

OÙ EN EST LA RECHERCHE ?

EXEMPLE :

LA CALCIFICATION

Les calcifications pathologiques sont comme des dépôts de plaque qui s’accumulent au fil du temps et qui peuvent affecter aussi bien des tissus que des organes : elles peuvent attaquer les artères, le système capillaire, les reins, les poumons, le cœur, avec des conséquences fatales à la longue. « On connaît depuis longtemps un moyen de lutter contre la calcification : l’EDTA (ou acide éthylène diamine tétra-acétique, de son petit nom, ndlr) était notamment utilisé au siècle dernier dans les usines pour guérir les ouvriers des intoxications au plomb. On s’est aperçu qu’ils devenaient alors moins sujets aux maladies cardio-vasculaires, grâce à la thérapie à l’EDTA. On peut s’en faire des infusions aujourd’hui, j’en fais moi-même régulièrement. Le souci, c’est qu’on n’arrive pas encore à diriger l’EDTA vers les zones du corps qui en ont besoin. » L’un des poulains de Michael travaille justement sur cette faille : Elastrin Therapeutics, basée en Caroline du Sud (USA), a développé une technique pour orienter l’EDTA vers les zones calcifiées. « On remplit des nanoparticules d’EDTA et on les équipe, en quelque sorte, pour qu’elles soient capables de détecter les tissus dont les fibres d’élastine sont endommagées, c’est-àdire là où il y a calcification. Pour le moment, les tests effectués sur des lapins montrent que cette technique permet d’éliminer les anévrismes. » À noter que ces anévrismes entraînent, quand ils rompent, la mort soudaine de 2 000 personnes chaque année.

INNOVATOR

À quoi ressemblera un monde où l’espérance de vie se situera aux alentours de 120 ans ? Admettons que Michael Greve et sa fondation ­Forever Healthy parviennent effectivement à sauver des vies : que va-t-il se passer, dès lors que l’espérance de vie (en bonne santé, précisons-le) de milliers, puis de millions de personnes aura doublé, faute de maladies ? Lorsque nous aurons remplacé notre shoot de caféine matinal par un petit « pschitt » de mitochondries dans les narines pour rester jeunes et beaux ? Une telle perspective ne fait-elle pas rêver ? Moins de souffrance évidemment, mais aussi moins de coûts pour les systèmes de santé, sans oublier le bouleversement que cela entraînera dans notre société. Imaginez un peu : Rafael Nadal remportant pour la 75e fois Roland Garros, les bancs des universités envahis d’octogénaires, les organisateurs de marathons obligés ­d’ouvrir une catégorie pour les « 120+ », etc. Plus sérieusement : quelles seront les conséquences pour nos sociétés et pour notre planète ? En l’absence de maladies, allons-nous risquer de mourir de faim ? L’espace dont nous disposons pour vivre est limité, après tout. Alors forcément, quand quelqu’un meurt, disons que… ça fait de la place pour les autres. Risquons-nous un jour de ne plus avoir assez de place pour vivre ? À la lumière de ces questions, on peut se demander quelles motivations poussent Michael Greve à poursuivre sa quête de la « jouvence éternelle pour tous ». Après tout, il pourrait passer le restant de ses jours à profiter de son immense fortune et de ses contacts auprès du gratin de la science anti-vieillissement pour en faire un projet strictement personnel. Mais ce n’est pas cela qui l’intéresse.

LES B A NCS DES UNI V ERSITÉS EN VA HIS D ’OCTOGÉN A IRES, LES ORGA NISATEURS DE M A R ATHONS OBLIGÉS D ’OU V RIR UNE CATÉGORIE 120+…


GRE V E V EU T CH A NGER NOS PERSPECTI V ES AU SUJE T DE L’AV ENIR, CA R IL POURR A IT Y EN AVOIR UNE MULTITUDE DA NS UN AV ENIR REL ATI V EMENT PROCHE .

OÙ EN EST LA RECHERCHE ?

EXEMPLE: LES RIDES ET L’HYPERTENSION Pour structurer et « cimenter » en quelque sorte les milliards de cellules qui nous composent, nous avons ce qu’on appelle une matrice extracellulaire : c’est elle qui fait en sorte de maintenir chaque cellule à sa place et, finalement, de nous donner les contours et l’aspect que nous avons. Composée essentiellement de collagène, elle perd, à mesure que le corps vieillit, de son élasticité et de sa fermeté, laissant apparaître à la surface les premières rides, qui ne sont finalement que des signes d’altération de la matrice. Aujourd’hui, on sait quel phénomène en est principalement responsable : c’est ce qu’on appelle la glycation (altération de la protéine par liaison de sucres), qui entraîne la formation de « produits terminaux de glycation » (en anglais : Advanced Glycation Endproducts ou AGEs, ndlr), c’està-dire des déchets qui s’accumulent dans les cellules et que l’on retrouve dans pléthore de problèmes liés à l’âge, comme l’hypertension, la cataracte, l’artériosclérose, Alzheimer, etc. En résumé, ces AGEs nous donnent des rides en même temps qu’ils nous pourrissent notre retraite.

Ils sont donc la cible d’une start-up particulièrement prometteuse dans laquelle a investi Michael Greve : Revel Pharmaceuticals, dont le siège est à San Francisco. Celle-ci travaille à la fabrication d’un enzyme au super-pouvoir, capable de venir à bout de ces petits vampires. Or, ces enzymes sont produits par une bactérie qui intervient dans notre organisme… après notre mort. Eh oui, les cadavres n’ont pas d’AGEs, bonne nouvelle ! Pour cultiver cette bactérie, Revel Pharmaceuticals utilise non pas du tissu humain mais des résidus de soupe de poulet. En isolant les adhérences qui résultent de la cuisson, on obtient un « bouillon de culture » au sens propre, parfait pour cultiver ladite bactérie anti-AGEs. Comme quoi, la science n’est jamais à court de bonnes idées. D’un objectif simple et de bon sens (vieillir en bonne santé), il en a fait une mission des plus ambitieuses. À toutes ces questions, Michael Greve rétorque : « Mais quelle maladie ne voudrait-on pas voir disparaître ? Doit-on rester les bras croisés, face au cancer, à toutes ces maladies ? Que devrait-on laisser de côté, dis-moi ! » Au risque de passer pour un vieux conservateur avec tous ces questionnements, je me permets d’insister : les perspectives d’une surpopulation ne sontelles pas effrayantes ? Allons-nous devoir nous entasser dans de gigantesques mégalopoles invivables ? Allons-nous devoir nous faire la guerre pour chaque petit mètre carré d’espace ? La Terre ne va-telle pas chercher à se débarrasser de nous, d’une façon ou d’une autre ? Mon interlocuteur, lui, ne voit pas les choses sous cet angle. Il s’agit en effet non seulement de changer notre rapport à la vieillesse, à la santé, mais aussi plus généralement à l’avenir et à toutes les possibilités qu’il nous réserve. Michael Greve croit en l’avenir, au génie humain. Il est et demeure un indécrottable optimiste qui voit des opportunités là où d’autres voient des menaces pour notre société. « Le monde change, de manière radicale mais

58

INNOVATOR


surtout exponentielle, explique-t-il. Que nous le voulions ou non : la conquête spatiale, l’Intelligence Artificielle, la robotique, les voitures autonomes, la 6G… On pourra un jour aller travailler au pôle Nord comme on fait aujourd’hui du home office. Regarde les nanotechnologies : la plupart des gens n’ont même pas idée de tout ce que ça va impliquer. La transformation de notre monde est inéluctable, que nous en soyons acteurs ou pas, que ces changements nous plaisent ou pas. Il s’agira de véritables bouleversements qui représenteront avant toute chose une quantité incroyable d’opportunités à saisir. Le mot de la fin : Michael Greve. « Imaginons que tu vives jusqu’à 150 ans, ça veut dire quoi ? Plusieurs carrières, plusieurs vies professionnelles. Médecin pendant cinquante ans, puis jardinier le demi-siècle suivant. Imagine un instant tout ce que cela signifie, de vivre mieux, plus longtemps, imagine l’immense savoir et toute l’expérience de ces ingénieurs, chercheurs, managers, artistes et politiciens d’un âge canonique, qui auront la vitalité d’un trentenaire ! Ce ne serait pas génial, ça ? » « Moi, je n’en doute pas une seconde : les gens du futur regarderont notre époque comme nous considérons aujourd’hui le Moyen-Âge, avec dédain et pitié. On dira de nous : “Les pauvres, ils étaient victimes de toutes ces horribles maladies, ils vivaient dans la pollution et consommaient toutes sortes de choses néfastes pour la santé. Ils se comportaient comme des ados attardés qui pissent dans leur propre chambre.” Voilà ce que les gens diront de nous, et ils seront bien contents d’être nés à une époque aussi civilisée que la leur, sur une planète propre et saine. Ma mission, c’est d’apporter ma contribution pour que nous puissions y parvenir le plus vite possible. Évidemment, il faudra de toute façon arrêter de “pisser dans notre chambre” : passer à l’agriculture durable, aux énergies renouvelables, à une protection draconienne de l’environnement – dès maintenant. Repenser complètement la question des salaires et du travail. Nous ne pourrons pas y échapper, que l’on soit capable de rajeunir ou pas. » « Ce dont je suis sûr à 100 %, c’est que nous ­pouvons y arriver. Nous sommes en mesure de bâtir une société, un monde où vivre vieux, voire très vieux, sera une partie de plaisir. »

INNOVATOR

ABONNEZVOUS

8 numéros The Red Bulletin +2 numéros Innovator

POUR CHF 35 SEULEMENT

getredbulletin.com


SPÉCIAL BIOHACKING

ÇA NE COÛTE RIEN

Les meilleurs biohacks sont gratuits. Andreas Breitfeld nous présente les dix cadeaux les plus généreux de la nature, en détaillant leurs bienfaits et comment les optimiser, avec conseils d’experts à l’appui. Illustrations Birgit Palma

60

INNOVATOR


LA FORCE EXTRAORDINAIRE La lumière, l’eau, le froid, le sommeil : l’être humain n’a encore inventé aucun gadget, aucun médicament ni aucun appareil qui soit aussi efficace que les inventions de Mère Nature.

INNOVATOR

61


LA LUMIÈRE Nos modes de vie actuels perturbent notre horloge biologique. Mais il n’est pas si compliqué de lui faire reprendre le bon rythme.

62

INNOVATOR


LA LUMIÈRE LE CHEF D’ORCHESTRE DE NOS CELLULES LES BIENFAITS

Nos cellules, nos organes, notre organisme tout entier ne peuvent fonctionner qu’en interaction : le foie, les poumons, les reins, le cœur, le cerveau, les muscles et la peau doivent savoir ce que font les autres afin de faire euxmêmes ce qui est ­nécessaire, à chaque instant, pour que l’ensemble du système fonctionne. Cela requiert une parfaite coordination, assurée par les hormones et les neurotransmetteurs. Mais le repère principal de notre horloge interne, c’est la lumière que nous absorbons par la peau et par les yeux. C’est le grand chef d’orchestre de notre vie : la bonne lumière au bon moment transforme l’amas chaotique des cent mille milliards de cellules de notre corps en un ensemble parfaitement accordé. Par ailleurs, les rayons UVB de la lumière sont indispensables à la production de vitamine D, qui est essentielle pour être en bonne santé.

DORIS WUNSCH, MATTHIAS WEISSENGRUBER, PROF. DR. MED. H.C. GÜNTHER W. AMANN-JENNSON

LA MARCHE À SUIVRE

Sortir en plein air ! Absorber la ­lumière naturelle matin, midi et soir, et à midi de préférence 10 à 15 minutes, avec le moins de peau couverte possible. (Petite astuce à propos de la vitamine D : la peau en produit lorsque l’inclinaison du soleil est à plus de 42 °. Il faut que votre ombre soit plus courte que vous pour que cela fonctionne.) Le soir, on évite la lumière bleue des écrans, des lampes à économie d’énergie et des LED et/ ou on utilise des lunettes anti-­lumière bleue. En parlant de l’interaction des cellules, je ne porte plus de lunettes de soleil. Pour une raison toute simple : quand on porte des lunettes de soleil, on a plus de risques d’attraper un coup de soleil. Le corps reçoit deux signaux contradictoires – ombre sur les yeux, lumière sur la peau –, il ne peut donc pas réagir correctement.

L’EXPERT EN LA MATIÈRE Dr. Alexander Wunsch. Ce médecin originaire de Heidelberg (Allemagne) est le plus grand biologiste de la

INNOVATOR

QUA ND ON DORT, ON DE V IENT PLUS INTELLIGENT, PLUS RÉSISTA NT E T ENDUR A N T, ON E ST EN MEIL L EUR SA NT É . A LORS FA ISONS DU SOMMEIL NOT RE PRIORIT É N° 1 .

lumière au monde. Il anime de nombreux podcasts passionnants et sa chaîne est disponible sur Vimeo. On lui doit la bible de la biologie de la lumière : Die Kraft des Lichts (trad. La puissance de la lumière).

LE SOMMEIL LE BIOHACK NUMÉRO 1 LES BIENFAITS

C’est très simple, et on ne le répétera jamais assez : pour bien vivre, il faut bien dormir. Le sommeil est l’outil le plus puissant, le plus important et le plus efficace pour réussir à se détendre, se reposer, récupérer et guérir. Le sommeil est la pierre angulaire de nos performances, de notre santé et de notre longévité. Quand on dort, on devient plus intelligent parce que le cerveau fait le tri de ce qu’il a appris durant la journée. On devient plus résistant et plus endurant parce que, non seulement on répare les dommages causés par chaque phase de veille, mais on a ­ méliore également notre condition de base – c’est ce que l’on appelle l’effet d’entraînement. On est en meilleure santé parce que le système lymphatique évacue les déchets du cerveau et parce que les cellules endommagées sont réparées dans tout le corps. On compare souvent le sommeil avec le fait de recharger la batterie de son téléphone portable, mais cela n’a rien à voir. Parce que nous, les humains, rechargeons nous-mêmes nos batteries – et cela ne s’arrête pas là. Nous allons même jusqu’à augmenter leur capacité de charge. Et pour que cela fonctionne, il suffit de faire du sommeil notre priorité absolue...

LA MARCHE À SUIVRE

Eh bien, justement : il faut faire du sommeil sa priorité absolue ! Pour mieux dormir, on arrête de manger trois heures avant d’aller se coucher, on éteint les lumières stimulantes deux heures avant (en limitant les écrans le plus possible, en privilégiant les lampes à incandescence et en utilisant des lunettes anti-lumière bleue) et on évite à tout prix le stress le soir. La chambre doit être obscure, idéalement plongée dans le noir, et fraîche, de préférence entre 16 et 20 °C. Le magnésium est souvent efficace, mais pas chez tout le monde, tout comme l’ashwagandha ou ginseng indien. Mais il faut absolument essayer les deux ! Deux à trois heures avant ­d’aller me coucher, je prends de la mélatonine (l’hormone du sommeil), qui donne envie de dormir, mais pas seulement. Certains médecins sont sceptiques à ce sujet, mais les dernières études sont formelles : le fait d’en ingérer n’empêche pas l’organisme de la synthétiser. Ça vaut le coup d’essayer.

L’EXPERT EN LA MATIÈRE Le professeur Günther AmannJennson, originaire du Vorarlberg (Autriche), a mis au point le système de sommeil Samina. Ce n’est pas donné, mais c’est certainement ce qui se fait de mieux sur le marché en ce moment. Médecin et psychologue, il fournit des contenus gratuits (en anglais et en allemand) de grande qualité sur son site : einfach-gesund-schlafen.com

63


L’A N C R A G E L E P O S I T I F D A N S L E N É G AT I F LES BIENFAITS

Cela peut sembler ésotérique, mais c’est de la physique pure et simple : l’échange d’ions avec la terre chargée négativement réduit le stress oxydatif et, par là même, les processus inflam­ matoires chroniques nocifs, car ces derniers chargent positivement notre organisme. (Le stress oxydatif est­ reconnu comme un accélérateur du processus de vieillissement.) La seule chose à faire, c’est se mettre en contact direct avec la terre. Cela per­ met aux électrons de circuler. Il suffit donc de marcher pieds nus dans un pré ou de se baigner dans des eaux naturelles, par exemple. Ce n’est pas le seul bienfait du contact direct avec la terre : la fréquence de 7,83 Hz à ­laquelle la terre vibre – que l’on ap­ pelle la résonance de Schumann – pourrait même permettre de réduire le stress électromagnétique. LA MARCHE À SUIVRE

Enlever ses chaussures et se balader dans son jardin, dans la forêt, dans un pré. De temps à autre, je profite aussi des eaux naturelles, je ne me contente pas de barboter dans la baignoire d’eau glacée de mon laboratoire. Je suis également connecté à la terre quand je dors, mais c’est un autre su­ jet. En effet, l’utilisation d’un plaid de mise à la terre ou de produits simi­ laires n’a de sens que s’il n’y a pas de pollution électromagnétique due au Wi-Fi ou autre. Dans le cas contraire, une mise à la terre ferait de l’utilisa­ teur une véritable antenne humaine… et c’est à peu près à l’opposé de l’ob­ jectif que l’on souhaite atteindre.

L’EXPERT EN LA MATIÈRE Marco Grosch, alias le « biohacker minimaliste ». L’un de ses domaines de prédilection est la mise à la terre, auquel il se consacre régulièrement sur son compte Instagram et son site : minimalist-biohacker.com

64

La mise à terre Le contact direct avec un sol naturel (ou un plan d’eau naturel) remet en ordre notre équilibre ionique.

L A BOUCHE EST FA ITE POUR M A NGER, POUR EMBR AS SER E T – J ’EN SA IS QUELQUE CHOSE – POUR PA RLER. M A IS PAS POUR RESPIRER . E T ENCORE MOINS POUR INSPIRER   ! INNOVATOR


L A R E S P I R AT I O N LA TÉLÉCOMMANDE DE NOTRE CERVEAU

SI NOTRE ORGA NISME N ’EST PAS A LIMEN TÉ EN ÉNERGIE DE L’ E X T ÉRIEUR, IL VA L A CHERCHER À L’INTÉRIEUR . LE JEÛNE EST L A MEILLEURE MÉ T HODE DE NE T TOYAGE IN T ERNE QUI SOIT   !

LES BIENFAITS

La respiration est un outil incroyablement puissant : on peut respirer aussi bien pour se calmer que pour s’enrager ou pour s’enivrer. Il n’y a aucune autre manière aussi directe d’accéder à son cerveau et à son système nerveux autonome. La respiration carrée, par exemple – inspirer quatre secondes, bloquer quatre secondes, expirer quatre secondes, bloquer quatre secondes, essayez ! – est idéale pour retrouver son calme, aussi bien quand on est tireur d’élite que quand on s’apprête à prendre la parole devant un auditoire. La célèbre respiration Wim Hof peut renforcer le système immunitaire et soulager la dépression quand elle est associée au froid. Et pour quelqu’un qui respirerait par la bouche dans la vie de tous les jours, rien que le fait de réussir à respirer systématiquement par le nez serait déjà un énorme progrès pour être en meilleure santé.

MARCO GROSCH MINIMALIST BIOHACKER, MAARTEN DE KOK

LA MARCHE À SUIVRE

Depuis quelque temps, je m’intéresse beaucoup à la respiration nasale, notamment par le biais du mouth taping : avant de dormir, je me scotche la bouche pour me forcer à respirer par le nez. Il faut un certain temps d’adaptation (pas seulement quand on a de la barbe), mais cela améliore considérablement le sommeil et la récupération. La bouche est faite pour manger, pour embrasser et – j’en sais quelque chose – pour parler. Mais pas pour respirer, et encore moins pour inspirer. Je recommande à tout le monde de faire des expériences avec sa respiration. Il y a tant à découvrir, rien qu’avec les méthodes de Wim Hof ou de Konstantin Buteyko, dont on entend encore trop peu parler ! Ça peut changer la vie.

INNOVATOR

LA MARCHE À SUIVRE

L’EXPERT EN LA MATIÈRE Kasper van der Meulen est mon gourou de la respiration. Aux Pays-Bas, Kasper propose des formations sur la respiration. C’est un type super sympa et extrêmement compétent. Pour en savoir plus, rendez-vous sur kaspersfocus.com ou sur son Instagram : @kaspersfocus

LE JEÛNE RÉCURER AU LIEU DE MANGER LES BIENFAITS

Jeûner, cela signifie ne pas alimenter l’organisme en énergie de l’extérieur, c’est-à-dire par des aliments solides ou liquides. (La lumière est aussi de l’énergie en réalité, mais cela ne compte pas ici). Au bout d’un certain temps, le corps a besoin d’énergie, donc il commence à puiser dans ses réserves. Et il n’en manque pas : du glycogène dans les muscles et le foie, c’est par là qu’il commence, et puis, bien sûr, de la graisse corporelle en grande quantité, même chez les personnes minces. Mais le fonctionnement de tout cela va bien au-delà de la simple consommation d’énergie stockée : en effet, en état de jeûne, l’organisme commence à décomposer ses propres cellules et à les utiliser pour la production d’énergie. Et ce qui est fascinant, c’est que c’est à des cellules endommagées et plus entièrement fonctionnelles qu’il s’attaque. Ce processus, appelé l’autophagie, est la méthode de nettoyage interne la plus efficace qui soit.

Je mange OMAD (pour one meal a day), c’est-à-dire que je ne prends qu’un seul repas par jour, généralement un dîner assez tôt. Mais à strictement parler, je ne suis pas réellement à jeun parce que je bois du café avec du beurre et de l’huile MCT le matin. Le jeûne est un terme relativement large : certains pensent qu’il suffit de supprimer les glucides et les protéines, d’autres sont assez radicaux et considèrent que le simple fait de boire du thé ou du café, de prendre quelques vitamines ou du magnésium va rompre le jeûne. Quoi qu’il en soit, au début, commencez par sauter le petit-déjeuner quelques jours par semaine (l’eau, le café noir et le thé non sucré sont autorisés). Dans un deuxième temps, attendez au moins 16 heures après votre dernier repas de la veille pour prendre votre premier repas de la journée.

L’EXPERTE EN LA MATIÈRE Julia Tulipan. La Viennoise est l’une des plus grandes expertes du régime cétogène, même en-dehors du monde germanophone. C’est une sorte de stade préliminaire du jeûne. Avec son mari, Julia a lancé la ligne de plats préparés keto « Tulipans » en supermarché. Elle anime un podcast : Evolution Radio Show, et propose de nombreux contenus gratuits sur Instagram : @paleolc et sur j­ uliatulipan.com

65


AU JA PON E T EN CORÉE DU SUD, LES MÉDECINS PRESCRI V ENT DES B A L A DES EN FORÊ T À L EURS PAT IENT S . L E B A IN DE FORÊ T EST UNE THÉR A PIE H AU TEMENT EFFICACE .

LA FORÊT I M M E R S I O N E N P L E I N E N AT U R E LES BIENFAITS

LA MARCHE À SUIVRE

L’EXPERT EN LA MATIÈRE Le Suisse Rolf Duda, alias Peakwolf, ancien consultant en entreprise, est une perle parmi les biohackers. Il a un penchant pour la nature, pour la forêt et, quel que soit le thème qu’il aborde, il maîtrise toujours son sujet, il est intelligent, passionnant, je suis un fan absolu. Sur peakwolf.ch, on a accès au monde de Rolf : son blog, son podcast et son compte Instagram.

LA MARCHE À SUIVRE

Marcher lentement dans la forêt, une ou deux heures par semaine, de préférence tout seul et, surtout, sans téléphone portable ou autre appareil électronique – cela fait du bien à tout le monde. L’idéal est de faire quelques pas pieds nus ou d’étreindre un arbre de temps à autre quand personne ne regarde afin de favoriser la mise à la terre et l’échange d’ions, dont on a parlé précédemment. Et pour ceux qui veulent encore plus ­optimiser leur balade en forêt, il faut savoir que la concentration en terpènes est à son maximum quand il pleut et qu’il y a du brouillard. Nous, les humains, avons besoin de la nature. Et ceux qui ont appris (ou réappris) à répondre à ce besoin le savent : notre corps a une sorte de jauge qui permet de savoir si l’on a notre dose de nature.

66

L’ E A U

Il faut boire de l’eau. Personnellement, je bois de l’eau filtrée et revitalisée, mais en Allemagne, en Autriche et en Suisse, l’eau du robinet est parfaitement consommable. Toute quantité inférieure à 0,03 litre par kilo de poids corporel nuit activement à votre productivité et à votre santé. Vous pesez 70 kg ? Alors il vous faudra 2,1 litres par jour, mais seulement si vous ne faites pas de sport, si vous n’êtes pas stressé et si vous n’allez pas au sauna. 0,03 litre par kilo de poids corporel, c’est le ­minimum. Vérifiez pendant une ­semaine que vous buvez réellement assez d’eau. (Principalement le ­matin, de sorte que votre urine soit totalement transparente à midi).

99/100 LES BIENFAITS

Seule une molécule sur 100 dans notre corps n’est pas une molécule d’eau. Vous avez bien lu : 99 % des molécules de votre corps sont constituées de deux atomes d’hydrogène et d’un atome d’oxygène. Nous, les humains, sommes une solution aqueuse (certes intelligemment structurée). L’eau est la condition sine qua non pour que tout fonctionne correctement, chaque processus métabolique, chaque détoxification, chaque influx nerveux, chaque pensée, chaque émotion. Il suffit qu’il manque un peu d’eau dans le corps, et je parle ici de seulement un ou deux litres, pour que nos performances soient radicalement réduites.

L’EXPERT EN LA MATIÈRE Thomas Hartwig. Avec sa start-up berlinoise Leogant, il met au point des systèmes qui permettent une filtration parfaite et un traitement optimal de l’eau. Thomas est un philosophe de l’eau. Pour en savoir plus, l’idéal est d’écouter les podcasts auxquels il a été invité, par exemple le Flowgrade Show de mon ami Max Gotzler.

TIM DOBROVOLNY

Le « bain de forêt » est une pratique de plus en plus répandue. Ça a l’air incroyable dit comme cela, mais en réalité, il s’agit tout simplement d’aller régulièrement dans la forêt et d’y marcher très lentement et en pleine conscience. Mais quel est l’intérêt – pour un biohacker ? Cela va bien au-delà de ce que l’on pourrait penser au premier abord. L’air de la forêt contient des milliers de terpènes, des substances aromatiques végétales qui stimulent notre système immunitaire et pourraient même réduire le risque de cancer. Le vert de la forêt et le calme de la nature diminuent les hormones de stress – non seulement pendant le bain de forêt, mais aussi pendant encore plusieurs jours. Au Japon et en Corée du Sud, le shirin-yoku ou bain de forêt a fait l’objet de recherches approfondies et c’est une méthode médicale r­ econnue. Là-bas, les médecins généralistes prescrivent effectivement des balades en forêt à leurs patients. Je trouve cela génial.

INNOVATOR


L’EAU C’est aussi simple que fondamental : le fait de boire moins de 0,03 litre par kilo de poids corporel par jour nuit à la santé.

INNOVATOR

67


L A M É D I TAT I O N POUR BOOSTER SON CERVEAU LES BIENFAITS

Il n’y a pas grand-chose de plus à dire que ce que des milliers et des milliers d’études ont confirmé : la méditation nous rend plus intelligents, plus créatifs et plus heureux. C’est probablement la chose la plus simple et la plus efficace que nous puissions faire pour notre cerveau. (Sans compter ses ­effets positifs sur la tension artérielle, la digestion et d’autres fonctions ­corporelles.) La méditation est un peu dans le prolongement de la respiration et dans la lignée du sommeil. En méditation, il n’y a rien de bien ou de mal, la seule erreur que l’on peut commettre, c’est de manquer de régularité. LA MARCHE À SUIVRE

L’EXPERT EN LA MATIÈRE Manuel Ronnefeldt. Le fondateur de 7Mind est l’un des pionniers de la méditation en Allemagne. De nombreuses informations très détaillées sont disponibles gratuitement sur 7mind.fr

68

LA MÉDITATION Fermer les yeux et se concentrer sur soi, quelques minutes par jour : s’il existait un médicament capable de rivaliser avec la ­méditation en termes d’efficacité, il vaudrait des dizaines de milliards d’euros.

POUR CEU X QUI AUR A IENT BESOIN D ’UN SUPP ORT NUMÉRIQUE , L A MEIL L EURE A PPLI GR ATUITE DE MÉDITATION EST OA K E T L A MEILLEURE EN FR A NÇA IS, C ’EST 7MIND. INNOVATOR

BENJAMIN MUELLER

L’année dernière, pendant mes vacances d’été, j’ai fait une sorte de grosse réinitialisation de mon cerveau en méditant vraiment à fond pendant quatre, cinq, six heures par jour sur deux semaines. Dans ma vie de tous les jours à Munich, je prends consciemment ces quelques minutes que l’on a tous par-ci, par-là pour fermer les yeux, inspirer calmement et expirer encore plus calmement, en me concentrant sur ma respiration. J’adore utiliser le bandeau Muse, qui mesure la profondeur de ma méditation. D’ailleurs, il existe d’excellentes applications pour faire de la méditation. La meilleure en version gratuite : Oak. La meilleure en français : 7Mind.


PAS TROP BRU TA LEMENT, PAS TROP SOU V EN T, M A IS RÉGULIÈREMENT  : SORTIR DE L A ZONE DE CONFORT DE L A TEMPÉR ATURE A MBI A NTE EST UN FORMIDA BL E E X ERCICE P OUR NOT RE SA NT É .

LA CHALEUR POUR AUGMENTER SON ESPÉRANCE DE VIE LES BIENFAITS

M.FRANK, CLEARLIGHT SAUNAS EUROPE GMBH

Gratuite, la chaleur ? Eh bien, une source thermale d’eau chaude pourrait faire l’affaire et, en été, on pourrait aussi se mettre en plein cagnard voire s’enfermer dans une voiture. (Cela pourrait fonctionner, mais le prix à payer sur l’échelle du ridicule serait comparativement ­élevé.) Ce dont je parle en réalité, c’est du sauna. En version classique ou infrarouge, les deux fonctionnent, ils n’ont pas les mêmes effets, mais le principe est le même. Le principal bienfait : la transpiration nettoie le corps par le biais de notre plus grand organe de détoxification, la peau. Deuxième et troisième bienfaits les plus importants (et il y en a beaucoup d’autres) : l’amélioration du système cardiovasculaire et la production de protéines de choc thermique par le corps. Pour faire simple, le sauna est un véritable Boot Camp pour nos cellules. Il existe des études finlandaises hallucinantes qui attestent de l’efficacité de la pratique régulière du sauna. Résultats : jusqu’à 40 % de mortalité en moins, toutes causes confondues. En effet, sur toute la période de l’étude – qui a duré plus de vingt ans – ceux qui se rendaient régulièrement au sauna avaient un risque de décès presque réduit de moitié. LA MARCHE À SUIVRE

Dans mon labo, j’ai un sauna infrarouge que j’utilise plusieurs fois par semaine. Parfois, je m’offre un bon bain chaud, une à deux heures avant d’aller me coucher, c’est parfait pour se préparer à bien dormir. Attention : chaleur et digestion ne font pas bon ménage. Après avoir mangé, il faut

INNOVATOR

attendre au moins deux voire trois heures avant de se rendre au sauna. La chaleur stresse le corps, et le stress n’est pas bon pour la digestion.

L’EXPERT EN LA MATIÈRE Johannes Kettelhodt, tête pensante des saunas infrarouges Clearlight. Avec son équipe, il a réussi quelque chose d’extraordinaire : produire des saunas sans pollution électromagnétique. Cela facilite considérablement la détoxification de l’organisme.

LE FROID L’ E N N E M I N AT U R E L D E S I N F L A M M AT I O N S

LA MARCHE À SUIVRE

Personnellement, je prends presque tous les jours un bain glacé de cinq minutes dans un congélateur aménagé dans mon laboratoire, avec de l’eau à environ trois degrés. Mais comment s’y prendre pour commencer ? Le plus simple pour les débutants, c’est le principe de la douche écossaise : on met de l’eau froide pendant 30 secondes après sa douche du matin, puis à nouveau de l’eau chaude pendant 30 secondes. Cette alternance de chaud et de froid est particulièrement efficace pour récupérer après le sport. Petit conseil pour les adeptes de musculation : si vous prenez une douche froide de plus de trois minutes après votre entraînement, vous récupérerez plus rapidement, mais cela freinera votre croissance musculaire. Optez donc pour des douches froides plus courtes, pour des douches écossaises ou ­attendez le lendemain matin pour votre prochaine douche froide.

LES BIENFAITS

L’inflammation est une bonne chose car c’est comme une alarme qui ­signale le début d’une réparation dans le corps. Elle ne freine pas la guérison d’une blessure, au contraire, elle l’accélère. Mais si elle s’installe, l’inflammation ­détruit aussi beaucoup de choses sur le long terme. Ce que l’on appelle les inflammations chroniques n’ont absolument rien à faire dans l’organisme. Le froid est un hack ultra-­puissant : il agit contre les inflam­mations, ­permet de récupérer plus vite après le sport, accélère la cicatrisation, améliore le fonctionnement du système immunitaire, renforce le tonus du nerf vague, donc la variabilité de la fréquence cardiaque et, par là même, notre capacité à nous ­détendre. Et bien plus encore… Le froid est un hack vraiment ultrapuissant !

L’EXPERTE EN LA MATIÈRE Josephine Worseck. Cette docteure en biologie moléculaire originaire de Berlin est instructrice Wim Hof et a publié l’un des ouvrages de référence sur ce thème : Die Heilkraft der Kälte (trad. Les vertus curatives du froid), que je recommande absolument, tout comme ses stages. Josephine partage énormément de contenus sur son site : josephineworseck.com

69


10 PIONNIERS DU GAMING QUI

VEULENT

Surmonter ses peurs, trouver sa communauté, apprendre une langue ou vaincre une pandémie : le gaming s’ancre de plus en plus dans nos vies quotidiennes, et c’est une bonne nouvelle. Dix experts du jeu vidéo nous expliquent ici pourquoi. 70

INNOVATOR


CHANGER

LE

MONDE

T E X T E  : M I C H A E L M O O R S T E D T

INNOVATOR

71


Quatre milliards. C’est le nombre de personnes dans le monde qui jouent régulièrement aux jeux vidéo. Difficile à concevoir, non ? Pour avoir une idée du poids que prend cette industrie dans notre société, il faut savoir qu’elle pèse 150 milliards de dollars US, soit trois fois plus qu’Hollywood. Les streamers les plus célèbres, qui retransmettent en direct leurs aventures, attirent chaque jour des milliers de fans. Le secteur de l’eSport est aujourd’hui un véritable phénomène, dont les tournois attirent des millions de spectateurs et qui pourrait tôt ou tard passer discipline olympique. En plus d’un impact financier indéniable, le gaming a un impact culturel : les nombreux jeux vidéo abordent désormais des sujets aussi difficiles que le changement climatique ou l’holocauste. Et finalement, n’est-ce pas une évolution logique, tant le gaming est devenu le premier vecteur d’expression de toute une génération ? Une histoire d’amour que la pandémie de Covid-19 n’a fait qu’exacerber : confinés pendant des mois dans leurs salons, jeunes et moins jeunes se sont retrouvés par écran interposé pour de longues sessions qui leur ont apporté la vie sociale qu’ils ne pouvaient avoir à l’extérieur. Fortnite, Animal Crossing et autres Roblox ressemblent désormais à de véritables réseaux sociaux. Si le gaming jouit à présent d’un statut et d’une importance jamais égalés depuis son apparition, peut-il avoir un rôle positif dans notre société ? Comment peut-il enrichir nos vies, nous aider à faire du sport, apprendre une langue, avoir une vie sociale ? Dix experts du jeu vidéo se sont penchés sur ces questions. Voici leurs réponses. 72

GARDER LA FORME La pratique des jeux vidéo améliore certaines capacités cognitives, mais est-elle aussi bénéfique pour la forme physique ? Grâce à Sphery, start-up fondée par Anna Martin-Niedecken, les choses pourraient bien changer : cette scientifique passionnée de gaming et de sport a inventé un concept FitTech qui combine gaming et fitness. Tout se passe dans l’ExerCube, un grand cube entouré de toiles blanches et de caméras. Les utilisateurs, équipés de

Dans les étoiles : les stimuli de l’Exer­Cube incitent au dépassement physique.

capteurs, effectuent différents exercices physiques pour passer les niveaux : ramper, enchaîner des sauts, etc. Les stimuli audiovisuels favorisent également la concentration mentale. « On sent moins la fatigue que lors d’une séance classique », constate la créatrice de ce jeu fitness immersif. Sphery donne un avant-goût du sport de demain. En attendant, la start-up zurichoise organise ses propres compétitions.

INNOVATOR

ZÜRCHER HOCHSCHULE DER KÜNSTE, URBAN TREE MEDIA/RED BULL CONTENT POOL, PHILIPP NEUBAUER, BERLIN INTERNATIONAL GAMING (BIG)

Q

ANNA MARTIN-NIEDECKEN


DANUSCH FISCHER

VIBRER ENSEMBLE Suivre un match de foot rend-il la vie plus belle ? Pour certains, la réponse est toute trouvée : mille fois oui ! Vibrer pour son équipe, admirer le jeu d’un Messi, trembler face au but final, partager la fièvre de la victoire ou les pleurs de la défaite, tout cela est bien réel. Et c’est exactement la même chose pour les fans d’eSports, nous assure Danusch Fischer. Cet entraîneur de la Team BIG, qui participe à la League of Legends, explique : « Nos joueurs pros doivent pouvoir prendre le plus vite possible des décisions très complexes. » Jeu d’action stratégique en ligne, il oppose des équipes de 5 joueurs qui choisissent leurs personnages parmi 150 avatars. Les plus avancés des joueurs s’entraînent dix heures par jour et développent un style qui leur est propre. Les championnats LoL rassemblent des milliers de personnes IRL et des millions en virtuel. Pour les initiés, le spectacle en vaut la chandelle : la finale 2019 a réuni 44 millions de spectateurs… De vrais champions : la Team de Danusch Fischer lors de leur victoire aux EU Masters. INNOVATOR

73


JANE McGONIGAL

ACTIVER SES SUPER-POUVOIRS Les jeux vidéo ne servent pas qu’à s’évader du réel grâce à des avatars de super­héros : ils nous aident parfois à l’affronter. Jane McGonigal en sait quelque chose, puisque cette passionnée de gaming a créé SuperBetter, une appli sur mesure pour améliorer sa résilience face aux défis du quotidien. Son idée : aborder les aléas de la vie comme les obstacles d’un jeu vidéo. Au moyen de quêtes, de power-ups et autres epic wins, les utilisateurs se retrouvent confrontés à toutes sortes de problèmes bien réels à résoudre, avec récompenses à la clé. La différence : on n’affronte pas de dragons cracheurs de feu mais des ennemis bien plus vicieux : la tendance à la flemme ou la procrastination, voire à l’anxiété ou même à la dépression. Un jeu pour faire de nous des héros du quotidien.

Aborder la vie comme un jeu : une idée que Jane McGonigal développe dans son beststeller SuperBetter.

74

SEBASTIAN MEYER

TROUVER SA COMMUNAUTÉ À une époque d’isolation intellectuelle (due aux fameuses « bulles de filtrage ») et physique (dans un contexte de distanciation sociale), nous avons plus que jamais besoin de contacts au sein d’une communauté. Cela explique le succès de Twitch, un service de streaming en ligne utilisé pour les sessions de gaming. Avec plus d’1,5 million de followers, Sebastian « Rewindside » Meyer est l’un des plus gros streamers germa-

nophones. Pour nombre de ses fans, la barre de chat de ses sessions live est devenue leur lieu de rendez-vous préféré, et Sebastian est aujourd’hui bien plus qu’un simple streamer : il fait rire son public, anime les discussions, écoute les petits tracas des uns et des autres. Un concept s’étend de plus en plus : les streamers proposent désormais des shows le samedi soir. Et conservent malgré tout leur côté « bon pote ». INNOVATOR


AT T I L A S Z A N T N E R

GETTY IMAGES, PARADOXSENSE, UNIVERSITY OF CAILLE, NEW EDEN, NICOLAS RIGHETTI/MMOS, 2021 CCP EHF

VAINCRE UNE PANDÉMIE

Les meilleurs streamers, comme Meyer, restent proches de leur communauté. Petit chouchou du public : le chien Arkani.

Dégommer des zombies, remporter une course automobile ou collectionner des armes – des objectifs très honorables, certes, mais pourquoi ne pas y ajouter un peu plus de sens ? C’est la question que s’est posée Attila Szantner et qui est à l’origine de MMO Eve Online, un jeu vidéo dont l’objectif est d’aider à résoudre les grands défis de l’humanité – de la pandémie de Covid-19 à la découverte d’exoplanètes. « Chaque jour, on

consacre des millions d’heures aux jeux vidéo. Nous nous sommes demandé comment mettre tout ce temps à profit. » Il a donc fondé, avec Bernard Revaz, un projet baptisé Massively Multiplayer Online Science, qui invite les joueurs à analyser les données de projets de recherche en cours. Exemple : on peut aider à déterminer les différents types de cellules d’un coronavirus, en indiquant lors d’un voyage spatial les différents types reconnaissables. Double gain : on marque des points tout en faisant avancer la recherche. Le premier projet prévoyait deux semaines de temps par analyse : le premier joueur en est venu à bout en seulement un jour et demi.

Tout le monde y gagne : avec MMO Eve Online, les gamers contribuent à faire avancer la recherche. INNOVATOR

75


Beyond Blue nous emmène à la découverte des océans, dans la peau d’un biologiste marin. Un jeu pour inciter à les protéger.

AL AN GERSHENFELD

DEVENIR ÉCOLO Protéger les océans est, en théorie, à la portée de tous : réduire sa consommation de plastique, préférer les produits cosmétiques écolos, manger moins de poisson. Mais en pratique, c’est plutôt « loin des yeux, loin du cœur » : pour sensibiliser le public à la protection des océans, Alan Gershenfeld a imaginé Beyond Blue, un jeu qui nous met dans la peau d’un biologiste marin en train d’étudier, par exemple, des barrières de corail. Objectif 76

caché : arriver à toucher toutes celles et ceux qui, sans habiter près de la mer, ne sauront résister au regard attendrissant d’une baleine croisée dans le Grand Bleu. Un tel pari tiendra-­ t-il face à la concurrence de jeux d’action comme Call of Duty ? Gershenfeld ne s’en fait pas : « On a parfois envie d’action, et parfois envie de contenus plus profonds ». Alors si cela vaut pour le cinéma, les livres et les séries, pourquoi pas pour le gaming ?

INNOVATOR


P R O F. I N G O F R O B Ö S E

BEYONDBLUEGAME.COM, SEBASTIAN BAHR, ESPORTWISSEN.DE, SEBASTIAN ST. SCHULZ, PAINTBUCKET.DE

BOOSTER SON CERVEAU Indiquer dans son CV qu’on est accro à la manette, voilà une idée judicieuse selon Ingo Froböse. Ce chercheur allemand sur les effets de l’eSport, à Cologne, a constaté que la pratique du jeu vidéo a de nombreux impacts positifs, notamment en termes de motricité fine. Un joueur pro effectue jusqu’à 400 mouvements par minute. Le jeu vidéo pose de nombreux défis à résoudre très vite (s’emparer d’un objet, éviter un danger, etc). Et pas juste pour le fun, car tout cela est excellent pour booster ses capacités de concentration, d’analyse

À fond les connexions (cérébrales) : ­spécialiste des sciences du sport, Ingo Froböse étudie les compétences des ­professionnels de l’eSport, notamment en motricité fine.

et de perception. « Sans oublier ce qu’on appelle les softskills : savoir travailler sous pression, résoudre des problèmes, rattraper les erreurs de son équipe… Bref, des compétences très appréciées par les employeurs », nous assure Ingo Froböse. Son conseil aux patrons pour doper leurs employés : 15 min de gaming, tous les matins. Aux intéressés, il recommande même LoL, « un jeu proche des échecs, mais en plus complexe ».

SEBASTIAN SCHULZ & JÖRG FRIEDRICH

VIVRE L’HISTOIRE AUTREMENT Les jeux vidéo qui se déroulent à l’époque nazie ont en général le même scénario : dégommer le plus possible de méchants en un minimum de temps. Jörg Friedrich et Sebastian Schulz, du studio berlinois Paintbucket Games, ont choisi de faire vivre la Résistance pour ce qu’elle était vraiment : un combat au quotidien. Dans Through the Darkest of Times, le joueur est un résistant lambda, chargé de tâches très dangereuses : cacher des fugitifs, distribuer des tracts… Le but n’est pas de gagner la guerre, mais d’arriver vivant jusqu’au bout. Un jeu haletant qui donne un aperçu de la vie quotidienne dans un système totalitaire. On en ressort l’estomac noué. En voulant apporter une contribution moderne à l’indispensable « travail de mémoire », les Allemands ont créé un jeu maintes fois récompensé et salué par les historiens.

Loin des clichés : Through the Darkest of Times plonge le joueur dans ­l’atmosphère angoissante d’un système totalitaire. INNOVATOR

77


K R Y S TA L H E R R I N G

ATTIRER LES FOULES Si les conférences en visio et les apéros sur Zoom font désormais partie de nos habitudes, force est de constater que la pratique a depuis longtemps été adoptée dans le monde du gaming. Il suffit de penser aux événements Fortnite, auxquels prennent part des millions

d’adeptes dans le monde via leurs avatars et qui peuvent attirer des stars comme le rappeur Travis Scott. Des moments de liesse générale, à vivre depuis son salon. Certains événements se déroulent désormais (en partie, voire totalement) en ligne, comme la Twitchcon, qui rassemble chaque année le monde du streaming. On y retrouve les plus gros streamers du monde, comme « Ninja ». A-t-on encore besoin de se rencontrer dans la vraie vie ? Pour Krystal Harris, Event Director chez Twitch, c’est évident : « Les gens se rendent à nos événements parce que cela permet de souder la communauté. » Mais pour ceux qui n’ont pas la possibilité de venir, y assister virtuellement est une alternative salutaire.

P R O F. L U I S V O N A H N

APPRENDRE LE JAPONAIS L’apprentissage d’une langue peut devenir décourageant, face à l’ampleur des connaissances à intégrer. Pourtant, il suffirait d’y mettre un peu de jeu et de fun pour que toutes ces règles de grammaire soient beaucoup plus digestes ! C’est ce qu’a voulu faire Luis von Ahn, un professeur du Guatemala, en créant l’appli Duolingo. Un concept qui mise sur l’encouragement et la récompense, comme un jeu vidéo. À chaque leçon apprise, on récolte des cœurs, des pierres précieuses ou des couronnes. Intelligente, l’appli s’adapte à l’apprenant et choisit les exercices en fonction de ses forces, ses faiblesses son rythme et son niveau. Résultat : on reste motivé sans être submergé d’infos. L’appli compte déjà 40 millions d’utilisateurs dans le monde, et des milliers d’universités reconnaissent sa qualité. « Duolingo est utilisé par des réfugiés syriens comme par Bill Gates », rappelle Luis von Ahn : un signe que son jeu a contribué à rendre le monde plus juste. Symbole de la sagesse : la petite chouette de ­Duolingo accompagne les progrès des apprenants – petits et grands.

78

INNOVATOR

AUDA & COUDAYRE PHOTOGRAPHY, TWITCH, DUOLINGO/JUSTIN MERRIMAN

Twitchcon, la convention annuelle de ­Twitch consacrée au streaming. Les événements organisés dans la vie réelle permettent de souder la communauté.


DES AIIILES POUR L’HIVER. AU GOÛT DE GRENADE.

U A E V U O N

STIMULE LE CORPS ET L’ESPRIT.


PERSONAL E-SSISTANT Entretien Alex Lisetz Photos Janosch Abel

80

INNOVATOR


Multi-entrepreneuse, pionnière du numérique et auteure passionnée par l’innovation, Sunnie Groeneveld est une femme pressée. Pour l’assister dans son quotidien surchargé, elle a trouvé le compagnon de route idéal : la nouvelle Audi Q4 e-tron, un modèle SUV 100 % électrique qui a su passer haut la main le crash-test qu’elle lui a fait subir et prouver qu’il était à la hauteur de ses ambitions.

Sunnie Groeneveld avec l’Audi Q4 e-tron devant le Kunsthaus de Zurich. Si vous tenez la page très près de votre oreille, vous pouvez entendre le bruit du moteur.

INNOVATOR

81


M Un bureau sur roues : l’écran tactile MMI ne facilite pas seulement la navigation.

ardi matin, Zurich, sur le Quaibrücke. Au milieu du trafic particulièrement dense, Sunnie Groeneveld est confortablement assise au volant d’une Audi Q4 e-tron bleu geyser. Grâce à son kit mains libres, elle discute des e-mails de la journée avec son assistante. Une compagnie d’assurance vient de l’inviter pour une table ronde ; la réunion d’un conseil d’administration a été repoussée ; et trois de ses étudiants à l’université ont des questions à lui poser sur son cours. Invitation acceptée, rendez-vous déplacé, réponses envoyées. La routine, quoi. Il faut dire que la jeune Zurichoise a un CV et une expérience professionnelle qui en imposent : cette entrepreneuse, fondatrice et administratrice de plusieurs entreprises, conférencière et auteure, est une pionnière de la transition numérique en Suisse et a été classée par Forbes dans la liste des « 30 under 30 » qui font bouger le monde germanophone. Aujourd’hui, Sunnie a appris à déléguer ce qui peut l’être, pour gagner du temps et l’aider à gérer un agenda bien rempli. Sa meilleure assistante ? Une voiture : Q4 e-tron, le SUV électrique d’Audi.

08 H 20

LA PREMIÈRE IMPRESSION 448. Le chiffre affiché sur le tableau de bord donne le sourire à Sunnie : l’autonomie annoncée en km dépasse en effet largement ce qu’elle a l’habitude de rouler dans la journée. « Je me rends souvent à Bâle, en Suisse orientale et au Liechtenstein, une telle autonomie me suffit donc largement », confirme-t-elle. Ce pronostic, qui est pour l’instant une simple estimation, va d’ailleurs se préciser au fur et à mesure des trajets, en s’adaptant au style de conduite général du véhicule – l’autonomie maximale étant théoriquement de 520 km. À peine installée, Sunnie note déjà quelques petits détails qui lui plaisent : l’emplacement pour sa tasse de café (« Sans mon café du matin, pas la peine de me parler »), deux ports USB-C (« Pratique : j’aime bien recharger mon iPhone et mon reMarkable en même temps ») et la température intérieure, qu’il est possible de régler au préalable avec ­l’appli Audi. La journée peut commencer. L’AJOUT DE SUNNIE

« Le matin, de ­petites contrariétés suffisent parfois à me mettre en rogne. Alors quand une voiture me donne le sentiment d’être armée pour la journée, ça me plaît. » 82

INNOVATOR


Arrêt sur la terrasse du toit de son bureau : avant son prochain rendez-vous, Sunnie potasse ses notes.

09 H 05

LE TEST EN VILLE

Lorsqu’il s’agit de chargement, Sunnie Groeneveld a le rire facile : Pour u ­n ­trajet Zurich-Bâle dix minutes de charge suffisent.

INNOVATOR

Si ce SUV compact n’a pas les ­dimensions discrètes d’une petite citadine, Sunnie Groeneveld le trouve « étonnamment maniable », alors qu’elle se fraye un chemin dans le centre-ville zurichois. Un atout qui lui a sauté aux yeux quand elle a dû effectuer un demi-­tour « pas vraiment autorisé » ­devant le Kunsthaus pour prendre une des places de stationnement situées juste à côté de son lieu de rendez-vous. C’est en effet le jour de son business breakfast mensuel avec le chef de Jung von Matt – une célèbre agence de publicité. Pas de temps à perdre : la voiture est garée en un clin d’œil, avec l’aide d’une caméra à 360 °. On dirait d’ailleurs qu’elle filme la voiture d’en haut, mais comment ? Le logiciel compile de nombreuses images réelles pour en faire une animation. Une fois son rendez-vous terminé, Sunnie continue sa tournée : elle rentre une deuxième adresse dans le

83


L’e-tron capte son environnement grâce à des caméras, des capteurs, un GPS et un radar de moyenne portée.

AUDI Q4 E - TRON VUE D’ENSEMBLE Prix : 61 850 CHF

L’AJOUT DE SUNNIE

« La taille imposante du véhicule se fait vite oublier, tant la conduite est intuitive. J’aime aussi les petits détails qui ajoutent de l’efficacité. »

84

Puissance : 299 chevaux / 220 kW

11 H 15

LE TEST À LA CAMPAGNE « Ayant eu pas mal de voitures de location dans le passé, j’ai souvent été déçue de leur puissance : on a le pied au plancher et rien ne se passe », raconte Sunnie, d’autant plus impressionnée aujourd’hui par la puissance de ce SUV électrique : « Super accélération », constate-t-elle en appuyant sur l’accélérateur à la sortie de la ville. Une impression que viennent attester les chiffres : l’Audi Q4 50 e-tron quattro à 220 kW passe de 0 à 100 en 6,2 secondes. Direction le sud, par le col de l’Albis : Sunnie enchaîne les courbes avec aisance. « J’ai une conduite respectueuse, mais quand je peux, j’aime bien aller vite », estime-telle. Si elle aime conduire, la première PDG de Digital Switzerland s’intéresse évidemment davantage aux nouveautés technologiques : notamment l’affichage tête-haute en réalité augmentée, une innovation inaugurée par ce modèle Audi. « Je connais bien la personne en charge de la RA chez Google Suisse, alors forcément, je suis très curieuse de voir tout ce qui

Consommation électrique combinée en kWh / 100 km : 19,9–18,0 (WLTP) Autonomie : jusqu’à 488 km 0–100 km/h : 6,2 secondes Coffre : 520–1 490 litres Points forts : Intérieur XL, affichage tête haute à réalité augmentée, signatures lumineuses numériques, système audio Sonos Modèle d’entrée de gamme : Audi Q4 35 e-tron (170 chevaux,47 800 CHF)

AUDI

GPS directement depuis l’écran du cockpit, auquel est relié son iPhone. Un simple clic sur l’adresse indiquée dans l’e-mail et la voilà sur l’interface du tableau de bord – encore un gain de temps. La jeune femme en profite pour tester un autre ­aspect de l’e-tron : sa capacité de recharge. Avant de sortir chercher des vêtements au pressing, elle branche le véhicule sur une borne, pour une recharge expresse. En dix minutes, elle aurait pu récupérer 130 km d’autonomie, mais la batterie est déjà chargée à bloc.

INNOVATOR


va sortir dans ce domaine. » Devant elle, les indications GPS et routières apparaissent sur le pare-brise, comme si elles étaient sur la route. « C’est beaucoup mieux que l’affichage sur écran central des GPS classiques, parce qu’on sait exactement où tourner, sans avoir besoin de quitter la route des yeux. » Dommage pour le passager : l’effet RA est uniquement visible pour la conductrice. L’AJOUT DE SUNNIE

Équipe backo∞ce bien rodée : voiture et smartphone interagissent pour la conductrice.

« Quand on a testé l’accélération d’une voiture électrique, on n’a plus envie de revenir à une voiture à essence. Avec la réalité augmentée, c’est encore plus facile de se repérer. »

Au col de l’Albis, Sunnie dit qu’on s’habitue tellement à l’e-tron que revenir à une voiture à essence sera difficile.

85


Toujours dans le coffre : l’équipement de stand-up paddle de Sunnie.

L’AJOUT DE SUNNIE

« La voiture peut s’envisager comme un second bureau, mais se prête aussi à la détente – à quoi servirait, ­sinon, ma playlist Sunnie Day sur Spotify ? »

15 H 25

LE TEST DU BUREAU MOBILE Après un rendez-vous à Bâle, ­retour au bureau à Zurich. L’absence de moteur thermique se ressent : pas un bruit dans la voiture, lancée à 120 km/h sur l’A1. Un silence qui permet à Sunnie de tenir deux conférences téléphoniques pendant le trajet. « Sur des autoroutes bien marquées, la voiture peut presque conduire toute seule. J’ai tellement hâte de voir arriver l’infrastructure et la législation nécessaires pour enfin autoriser la conduite autonome », espère-t-elle. Avec les systèmes de contrôle vocal, le plus grand souhait de Sunnie en matière de technologie, c’est en effet l’avènement de la voiture autonome : « Je pourrai alors faire beaucoup plus de tâches et ne prendre le volant que quand ça m’amuse vraiment. »

86

Le compartiment à bagages de l’etron peut contenir jusqu’à 1490 litres ou 188 boîtes à chaussures.


dès qu’on descend ou qu’on freine, précise-t-elle : Un côté “gamification” assez amusant, mais qui a aussi l’avantage de faire prendre conscience de sa propre conso. » Même engouement pour les phares LED, à la ­signature lumineuse personnalisable. Avec tout ça, Sunnie serait presque passée à côté d’un avantage pourtant bien visible : plutôt compact vu de l’extérieur, l’Audi e-tron Q4 affiche à l’intérieur des dimensions XL dignes d’un SUV. Avec un coffre qui passe de 535 à 1 460 litres en rabaissant les sièges, le paddle que Sunnie a embarqué avec elle a l’air minuscule. Après le sport et une douche rapide, elle file rejoindre des amis pour un verre. Sur le parking, Sunnie s’octroie quelques minutes de pause et passe la journée en revue. Verdict du test pour l’Audi e-tron Q4 ? « Je l’embauche ! » L’AJOUT DE SUNNIE

Après une semaine de travail intense, Sunnie a également besoin de recharger ses batteries, avec des amis au bord du lac de Zurich.

18 H 50

LE TEST EN ROUE LIBRE De retour à son bureau, sur Römerhof, Sunnie Groeneveld termine la correction de travaux d’étudiants qui suivent le cursus Digital Leadership. Enfin, la journée de travail s’achève : en route vers le lac, histoire de se détendre un peu. En chemin, Sunnie garde un œil sur la batterie – pas par inquiétude, mais pour étudier sa consommation. « On peut voir sur l’écran combien on consomme selon sa conduite. La batterie se recharge même automatiquement

INNOVATOR

« Côté émotions, j’apprécie ses performances de route et les innovations intégrées. Côté business, cette voiture a été d’un réel secours à de nombreuses reprises. Je crois bien que je la garderais ! »

87


GUIDE

I N N O V AT O R

Infos et événements Save The Date : les prochains rendez-vous de l’innovation // Red Bull Basement : Idées de jeunes pour un monde neuf // Point de vue : comment vivre mieux grâce au minimalisme // Tech au top : ce réacteur est plus chaud que le soleil //

INNOVATOR

89


À FA I R E

POUR ALLER PLUS LOIN

Voici de quoi rassasier votre soif de nouveauté et votre ­curiosité, avec quelques rendez-vous taillés sur mesure pour vous donner un avant-goût du monde de demain. L’assaut du Cervin, comme si on y était, grâce à la réalité ­virtuelle et à la réalisation d’un film à 360 ° : ­bluffant  !

depuis le

22

juin Red Bull The Edge

ROMINA AMATO, TEDXVIENNA

Les cheveux au vent, vous sentez monter l’adrénaline : à l’assaut des 4 478 m du Cervin, vous voilà dans la peau d’un alpiniste chevronné, le risque de chute en moins. Entouré à 360 ° d’un paysage à couper le souffle que vous admirez à travers vos lunettes 3D, tout y est pour une expérience plus vraie que nature, puisque vous devez vous concentrer pour savoir où mettre les mains afin d’avancer sur le mur d’escalade (bien réel, lui). L’immersion est totale, le réel et le virtuel se conjuguent pour une expérience unique. Musée suisse des transports, Lucerne ; redbull.com/ch-fr/projects/the-edge-matterhorn-vr/

90

INNOVATOR


S A V E T H E D AT E

Approchez l’oreille, nous allons vous révéler un secret… Une conférence TEDx à Vienne consacrée aux idées et savoirs les plus méconnus.

23 octobre

TEDxVienna: UNTOLD

« Untold », c’est le concept de cette série de mini-­ conférences organisée cet automne par TEDx et qui aura lieu à Vienne, dans la capitale autrichienne : comme le nom l’indique, il s’agit d’histoires et de connaissances « inédites », méconnues ou secrètes, et qui seront dévoilées au grand public sur la scène du Volkstheater. Des savoirs touchant aux technologies, aux sciences, au

18 INNOVATOR

­ esign ou aux questions morales et humaines : de quoi d satisfaire les curieux en tous genres ! Particularité des conférences « Untold » : la programmation et la liste des intervenants est gardée secrète jusqu’au jour de la conférence. Volkstheater, Vienne (Autriche) ; untold.tedxvienna.at

novembre Swiss Innovation Forum Grand rendez-vous de l’innovation, de la créativité et du design, la NZZ Connect organise le Swiss Innovation Forum. Avec un panel d’intervenants de choix, les participants puisent inspiration et conseils dans un programme d’ateliers et de présentations d’entreprises. Les Swiss Technology Awards récompensent les meilleures innovations de startups, d’universités et d’entreprises. swiss-innovation.com

1

er au 4 novembre Web Summit Le New York Times en parle ainsi : « conclave incontournable des grands prêtres du secteur des hautes technologies ». Une comparaison qui donne une idée de l’ampleur de l’événement qui se tient chaque année à Lisbonne (Portugal). Les leaders mondiaux de cette industrie se rassemblent pour discuter de l’avenir de la planète et définir les orientations des différents marchés. ­ climathon.climate-kic.org

91


Le champion du monde de F1 Nico Rosberg s’intéresse à la technique de demain.

20

92

et 21 janvier 2022 Bits and Pretzels Munich devient pour deux jours le grand carrefour international de l’innovation grâce à ce festival. Avec des invités de marque comme Barack Obama, Ariana ­Huffington ou encore Richard Branson, les éditions précédentes en ont fait un ­rendez-vous incontournable des entrepreneurs aux idées nouvelles : 2022 poursuit

la tradition, en réunissant 5 000 créateurs de start-ups, investisseurs et passionnés autour de rencontres, de masterclasses et d’échanges. Deux jours pour faire le plein d’inspiration et remplir son carnet d’adresses. Vous reprendrez bien une tranche d’innovation ? ICM Munich ; bitsandpretzels.com

INNOVATOR

STEFAN HOBMAIER, RAPHAËL LEIBUNDGUT, FIFTEEN SECONDS/LUKAS FASSL

À FA I R E


S A V E T H E D AT E

30

1

er et 2 décembre Slush De tous les événements dédiés aux start-ups, Slush est certainement l’un des plus cool. Avec des intervenants débarquant spécialement de Singapour ou New York pour instruire et motiver les jeunes entrepreneurs, le tout dans la dynamique capitale finlandaise. Une occasion à ne pas rater. Helsinki ; slush.org

27

octobre Future of Industries En quoi les avancées de l’IA vontelles booster la recherche scientifique ? Quels sont les nouveaux ­défis pour l’industrie du futur ? Des experts en innovation et en développement durable se retrouvent au Forum de la Finance et de l’Industrie pour discuter des évolutions et des tendances du secteur industriel. Institut Gottlieb Duttweiler, Rüschlikon ; fuw-forum.ch/foi

Catherine Riesen, responsable Communication de la Startup Academy de Bâle, enseigne l’art du pitch aux participants.

septembre et 1er octobre Fifteen Seconds Festival

Rendez-vous à Graz (en Autriche) pour le Fifteen Seconds Festival, consacré à l’innovation, la créativité, l’économie et la durabilité. Pendant deux jours, le festival vous convie à une rencontre internationale pour un programme particulièrement chargé. Avec huit scènes et quinze lieux de rencontre différents, l’édition 2021 se déroulera notamment au m ­ agnifique Schlossberg de Graz. Plus d’une centaine d’intervenants, issus des secteurs les plus v­ ariés, se réuniront pour débattre et échanger autour d’une quinzaine de sujets, mais aussi pour conseiller les entre­preneurs en herbe. Ville de Graz (Autriche) ; fifteenseconds.com

Ambiance détendue et bonne humeur : des visiteurs du ­Fifteen Seconds Festival.

15

novembre Startup Academy Basel: Pitching Workshop On peut dire que c’est du concret ! La Startup Academy ­propose des ateliers pratiques pour les jeunes start-ups à la recherche d’investisseurs ou de clients. Passage obligé : écrire un pitch parfait – avec le bon wording, la bonne attitude, la bonne argumentation… Pour profiter au mieux de ces précieuses secondes où tout se joue, l’atelier est gratuit pour les start-ups participant au programme, les autres y ont ­accès pour une contribution de 120 CHF. Places limitées. Bâle, Picassoplatz 4 ; startup-academy.ch/events/17898/

INNOVATOR

93


À FA I R E

RED BULL BASEMENT

Red Bull Basement : un accélérateur d’idées ­ouvert aux étudiants de toutes les disciplines. Quelle sera la meilleure idée pour changer le monde ?

Call to Action

À TOI DE JOUER !

Red Bull Basement

Red Bull Basement revient cet automne (du 1er septembre au 24 octobre) pour faire bouillonner les jeunes cerveaux.

O

uvert aux étudiants du monde entier, Red Bull Basement récompense l’innovation au service d’un monde meilleur. Depuis 2015, la plateforme reçoit chaque année une foule d’idées et de projets innovants conçus par des étudiants : les lauréats bénéficient, avec le prix, d’une aide pour développer leur projet et le commercialiser. L’an dernier, c’est un duo d’apprentis ingénieurs qui a remporté le prix, en inventant une petite machine à laver capable d’utiliser et de recycler l’eau de la douche.

94

25 – 31 octobre

Quelle innovation saura séduire le jury de cette édition 2021 ?

Conditions

Pas besoin d’être un petit génie ou de fonder une start-up pour participer au concours du Red Bull Basement (en collaboration avec Global Technology Services Company for a Connected Future NTT) : il suffit d’être étudiant, d’avoir plus de 18 ans, de parler anglais et de résider dans l’un des 45 pays participant au concours. C’est votre cas ? Vous pouvez dès maintenant envoyer votre projet et rejoindre la communauté.

DÉLIBÉRATIONS par des jurys locaux et internationaux, sur la base des critères suivants : faisabilité du projet, impact, créativité et préférence du public, qui peut voter en ligne.

2 novembre

ANNONCE des lauréats, élus dans les 45 pays associés. Phase de développement : tous les finalistes reçoivent une aide pro pour perfectionner leur présentation.

13 – 15 décembre

ÉLECTIONS du premier prix lors de la finale mondiale à Istanbul.

Teamwork

Les candidatures se font en solo ou en duo, quel que soit le nombre de personnes derrière le projet. redbullbasement.com, hello.global.ntt

INNOVATOR

ALEXANDER SCHWARZ/RED BULL CONTENT POOL (2)

PLACE AUX JEUNES !

1er septembre – 24 octobre

CANDIDATURES Présente ton idée dans une courte vidéo (max. 60 sec) et télécharge-la sur : redbullbasement.com


TU AS L’ÂME D’UN INVENTEUR? Les innovateurs, les designers et les développeurs se rencontreront au Swiss Innovation Forum, 18 Novembre 2021. Participes-y toi aussi!

FutureExpo AVEC PLUS DE 40 EXPOSANTS

S’inscrire maintenant WWW.SWISS-INNOVATION.COM

Main-Partner

Schweizerische Eidgenossenschaft Confédération suisse Confederazione Svizzera Confederaziun svizra Innosuisse – Agence suisse pour l’encouragement de l’innovation


CHRONIQUE

FAIS LE VIDE !

mais cette croissance est limitée car nous nous développons à un rythme qui est défini par les ressources dont nous disposons, notamment par la ressource la moins flexible de toutes : le facteur temps. En r­ ésumé : on ne peut pas avoir tout ce qu’on veut. Comment faire alors pour rester motivé et accepter ce manque de ressources de manière positive ?

C Marco Grosch Cet Autrichien originaire du Vorarlberg est le fondateur de « Minimalist Biohacker », un concept qu’il utilise pour aider professionnels et particuliers à reprendre le contrôle de leur corps et de leurs performances. Sa méthode : du biohacking combiné aux principes du minimalisme.

96

omme beaucoup de biohackers, je suis un indéfectible curieux, toujours à me demander : de quoi suis-je encore capable ? Quel niveau de performance puis-je encore atteindre ? Qu’est-ce que je peux encore apprendre à mon corps et à mon mental ? Cette quête du « toujours plus » et de ­l’optimisation permanente peut nous inciter à consommer encore plus, que ce soit du matériel de sport ou des appareils de biohacking. Mais si grands soient les avantages qu’ils nous apportent, ces machins nous emprisonnent plus qu’ils nous libèrent, car ils représentent un coût ­important en termes de : • Temps • Argent • Énergie • Espace • Charge mentale Car lorsqu’un appareil finit au bout de quelques semaines au fond du placard, il occupe encore une place dans un coin de notre tête : inconsciemment, nous sommes rongés par la mauvaise conscience d’avoir acheté ce truc pour rien. Ce gadget qui t’a coûté de l’argent a finalement pris possession d’un petit bout de ta vie. Et plus tu en consommes, plus ils t’emprisonnent de la sorte. On pourrait croire que ce « toujours plus » est en soi quelque chose de positif, non ? Plus de performances, plus d’énergie, plus de pêche ? En fait, ce n’est pas si simple : cette constante possibilité de « faire mieux » est une illusion. Évidemment, on peut toujours faire mieux en théorie,

Une nouvelle approche plus efficace

Sais-tu ce qu’est, en économie, la loi de l’utilité marginale décroissante ? Elle décrit un phénomène selon lequel il arrive un moment où un bien de consommation procure moins de plaisir ou d’utilité au fur et à mesure qu’on le consomme. Par exemple, si tu as faim et que tu manges une banane, elle va te sembler exquise et très « utile » pour combler ton appétit. La deuxième et la troisième vont aussi te paraître agréables, mais si tu continues à en manger, elles vont progressivement devenir inutiles, voire écœurantes. Ce concept peut s’appliquer à tous les domaines et toutes les choses matérielles. Car même lorsqu’on a des ressources financières illimitées, il y a un facteur qui nous limite tous de la même façon : le temps. Une journée fait, pour tout le monde, 24 heures. Il arrive donc un moment où on ne s’améliore plus en accumulant davantage, mais en optimisant ce que l’on a à disposition.

Pour toi, pour la planète

Concernant les biens matériels, une telle approche consiste à se débarrasser de tout ce à quoi on ne tient pas vraiment ou dont on ne se sert pas. Selon le diagramme de Pareto, il apparaît que dans 80 % des cas, on utilise seulement 20 % de nos affaires. Tu as bien une paire de chaussures ou de jeans préférée, non ? Si c’est le cas, il y a de fortes chances que certaines de tes affaires ne sortent jamais du placard. Pourtant, elles occupent de l’espace, dans le placard, certes, mais aussi dans ta tête. Le matin, au moment de décider ce que tu vas enfiler, ces objets t’imposent un gaspillage d’énergie. Et plus tu dois prendre ce genre de décisions, plus ça prend de la place dans ton cerveau. On est face au même gaspillage sur le plan environnemental : plus nous consommons de biens matériels, plus nous gaspillons de ressources. Le pire, c’est un objet qui n’a pas de réelle valeur à nos yeux, ou qu’on utilise à peine. Ne serait-­ce pas mieux d’avoir un appareil INNOVATOR

GÜNTHER W. AMANN-JENNSON & MARCO GROSCH MINIMALIST BIOHACKER

Se débarrasser du superflu pour une vie plus riche de sens, c’est bien. Si cela nous permet aussi d’être plus performant au quotidien, c’est mieux.


POINT DE VUE

POUR UNE VIE PLUS MINIMALISTE, COMMENCE PA R T E S É PA R E R D E 3 0 OBJETS PERSONNELS. de q ­ ualité qui dure dix ans, plutôt que dix petits gadgets qui rendent l’âme au bout d’un an ?

Retour sur investissement

On ne va pas se mentir : le secteur de l’optimisation personnelle obéit, comme tous les autres secteurs, au principe de la rentabilité économique. Cela dit, dans toute l’offre qui nous est proposée, on trouve de nombreux produits ou pratiques qui peuvent nous être utiles. À toi de juger si les bénéfices apportés valent vraiment toutes les ressources (en termes d’argent, de temps, d’énergie et de charge mentale) que tu y investis. Au ­final, le retour sur investissement doit être positif. S’il ne l’est pas, ou plus, mieux vaut te séparer de l’objet ou de la pratique en question.

Comment se lancer ?

Une vie plus minimaliste, c’est tentant, mais concrètement, comment s’y prendre ? La première étape consiste à dresser une liste de trente choses matérielles dont tu vas te débarrasser. Si tu ne sais pas trop par où commencer, divise ta liste en catégories : Vêtements / Cosmétiques / Appareils ménagers / Déco / Équipement sport / Suppléments (alimentation). Il y a certainement une catégorie où tu vas trouver beaucoup de choses à éliminer. Pas besoin de les jeter d’ailleurs : tu peux les vendre ou les donner. Si tu n’y arrives pas ou que tu hésites à te séparer d’un objet, pose-toi les questions suivantes : • Cet objet me procure-t-il vraiment de la joie ? • Est-ce que je m’en sers régulièrement ? • Si je devais le perdre, est-ce que je le rachèterais à nouveau ? Une fois l’exercice terminé, tu vas sans doute ressentir un grand soulagement, voire une certaine euphorie. Tu vas te rendre compte que ces objets te prenaient une petite part de tes ressources, et que toute cette énergie est désormais à ton entière disposition. minimalist-biohacker.com INNOVATOR

OURS

Direction générale The Red Bulletin Alexander Müller-Macheck (dir.), Sara Car-Varming Rédacteurs en chef The Red Bulletin Andreas Rottenschlager (dir.), Andreas Wollinger Rédacteur en chef Innovator Arek Piatek Directeurs créatifs Innovator Kasimir Reimann (dir.), Erik Turek Direction artistique Marion Bernert-Thomann, Miles English, Tara Thompson Maquette Martina de Carvalho-Hutter, Cornelia Gleichweit, Kevin Goll Rédaction photo Eva Kerschbaum (dir.), Marion Batty (adj.), Susie Forman, Tahira Mirza, Rudi Übelhör Rédaction digitale Christian Eberle-Abasolo (dir.), Marie-Maxime Dricot, Melissa Gordon, Lisa Hechenberger, Elena Rodriguez Angelina, Benjamin Sullivan Rédaction audio Florian Obkircher Cheffe de service Marion Lukas-Wildmann Gestion de l’édition Ulrich Corazza Publishing management Ivona Glibusic, Bernhard Schmied, Melissa Stutz, Anna Wilczek Directeur exécutif Stefan Ebner Directeur ventes médias & Partenariat Lukas Scharmbacher Directrice co-publishing Susanne Degn-Pfleger Management de projet co-publishing, B2B-Marketing & communication Katrin Sigl (dir.), Mathias Blaha, Katrin Dollenz, Thomas Hammerschmied, Teresa Kronreif (B2B), Eva Pech, Valentina Pierer, Stefan Portenkirchner (Communication), Jennifer Silberschneider Solutions créatives Verena Schörkhuber-Zöhrer (dir.), Sara Wonka, Julia Bianca Zmek, Edith Zöchling-Marchart Management commercial co-publishing Alexandra Ita Rédaction co-publishing Raffael Fritz (dir.), Gundi Bittermann, Mariella Reithoffer, Wolfgang Wieser Directeur exécutif de la création Markus Kietreiber Management de projet création Elisabeth Kopanz Direction artistique commerciale et co-publishing Peter Knehtl (dir.), Erwin Edtmayer, Simone Fischer, Martina Maier, Andreea Parvu, Carina Schaittenberger, Alexandra Schendl, Julia Schinzel, Florian Solly, Dominik Uhl, Sophie Weidinger, Stephan Zenz Ventes et abonnements Peter Schiffer (dir.), Marija Althajm, Nicole Glaser, Victoria Schwärzler, Yoldas Yarar Annonceurs Manuela Brandstätter, Monika Spitaler Fabrication & production Veronika Felder (dir.), Friedrich Indich, Walter O. Sádaba, Sabine Wessig Lithographie Clemens Ragotzky (dir.), Claudia Heis, Nenad Isailovic, Sandra Maiko Krutz, Josef Mühlbacher Finances Mariia Gerutska (dir.), Klaus Pleninger MIT Christoph Kocsisek, Michael Thaler Opérations Melanie Grasserbauer, Alexander Peham, Thomas Platzer Project management Dominik Debriacher, Gabriela-Teresa Humer Assistante du directeur général Sandra Artacker Éditeur et directeur général Andreas Kornhofer Adresse Am grünen Prater 3, 1020 Vienne Tél. +43 1 90221-0 Fax +43 1 90221-28809 Web redbulletin.com Propriétaire, éditeur et rédaction médias Red Bull Media House GmbH, Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, A-5071 Wals bei Salzburg, FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 Directeurs généraux Dietrich Mateschitz, Dietmar Otti, Christopher Reindl, Marcus Weber

INNOVATOR BY THE RED BULLETIN Suisse, ISSN 2308-5886 Country editor Arek Piatek Country coordinator Christine Vitel Traductions Willy Bottemer, Fred Fortas, Claire Schieffer, Jean-Pascal Vachon, Gwendolyn de Vries Relecture Lucie Donzé Country project management Melissa Stutz (dir.), Ivona Glibusic Responsable commercial & partenariats Stefan Bruetsch Ventes médias Marcel Bannwart (Suisse alémanique), marcel.bannwart@redbull.com Christian Bürgi (Suisse romande), christian.buergi@redbull.com Goldbach publishing Marco Nicoli ; marco.nicoli@goldbach.com Abonnements et courrier des lecteurs abo@ch.redbulletin.com

INNOVATOR BY THE RED BULLETIN Allemagne, ISSN 2079-4258 Country editor David Mayer Country project management Natascha Djodat Ventes médias & partenariats Thomas Hutterer (dir.), Alfred Vrej Minassian, Franz Fellner, Thomas Gubier, Daniela Güpner, Wolfgang Kröll, Gabriele Matijevic-Beisteiner, Nicole Okasek-Lang, Britta Pucher, Jennifer Sabejew, Johannes Wahrmann-Schär, Ellen Wittmann-Sochor, Ute Wolker, Christian Wörndle, Sabine Zölß Impression Quad/Graphics Europe Sp. z o.o., Pułtuska 120, 07-200 Wyszków, Polen

INNOVATOR BY THE RED BULLETIN Autriche, ISSN 1995-8838 Country editor Arek Piatek Publishing management Ivona Glibusic Ventes médias & partenariats Thomas Hutterer (dir.), Alfred Vrej Minassian, Franz Fellner, Thomas Gubier, Daniela Güpner, Wolfgang Kröll, Gabriele Matijevic-Beisteiner, Nicole Okasek-Lang, Britta Pucher, Jennifer Sabejew, Johannes Wahrmann-Schär, Ellen Wittmann-Sochor, Ute Wolker, Christian Wörndle, Sabine Zölß; Kristina Krizmanic (Team Assistant) anzeigen@at.redbulletin.com Ventes & développement Anna Schönauer (dir.), David Mühlbacher Divulgation conformément à l’article §25 de la loi sur les médias Les informations sur le propriétaire du média peuvent être trouvées en permanence et directement à l’adresse web suivante : redbulletin.at/impressum Contact redaktion@at.redbulletin.com

97


HOT TECHNOLOGIE Une idée qui fait fondre : en utilisant un champ magnétique artificiel, le réacteur EAST peut chauffer à 150 millions de degrés Celsius.

Soleil artificiel

98

AREK PIATEK

DIX FOIS PLUS CHAUD QUE LE SOLEIL EAST

En juillet dernier, des chercheurs chinois ont fait sensation en parvenant à faire fondre deux atomes d’hydrogène dans le réacteur de fusion nucléaire EAST (pour Experimental Advanced Superconducting Tokamak, ndlr). Un temps de fusion exceptionnellement long qu’ont rendu possible les performances du réacteur, capable de faire monter la température du plasma à quelques 150 millions de degrés Celsius, soit dix fois la température au centre du soleil. Objectif de l’expérience : la fusion nucléaire, qui permet de libérer une quantité phénoménale d’énergie complètement propre, car elle ne produit ni gaz à effet de serre, ni déchets nucléaires. Il faudra encore quelques années avant de voir fonctionner les premiers réacteurs de ce type, mais c’est déjà un pas de géant dans la quête aux énergies propres.

INNOVATOR


Le progrès en mouvement. La nouvelle Audi Q4 e-tron entièrement électrique. Allie un espace généreux au langage stylistique Audi du futur. Future is an attitude À tester dès maintenant

audi.ch


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook