FRANCE FÉVRIER 2021
HORS DU COMMUN
LA STAR DU ROC Comment le modeste Népalais des plaines NIMS PURJA s’est propulsé au top de l’alpinisme mondial
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Éditorial
PROBABILITÉS VACILLANTES Il est des endroits où il semble impossible de se projeter, physiquement comme mentalement. Vraiment trop hauts, vraiment trop ailleurs. Pour l’essentiel de l’humanité, ceux où évolue Nirmal « Nims » Purja ne seront jamais une réalité. Si vous n’êtes pas déjà parvenu sur l’un des plus hauts sommets du monde, comme le K2 ou l’Annapurna, et si vous n’êtes pas alpiniste, les chances que vous y accédiez un jour sont infimes. Mais la donne a changé pour un modeste gamin népalais. Et quand le jeune Nims fut en âge de rejoindre l’armée, les probabilités ont commencé à vaciller, à mesure qu’il y a développé de l’endurance et de la vitesse dans l’ascension. Jusqu’à devenir un alpiniste au-dessus du lot. Son histoire n’autorise aucun spoiler. Et elle pourrait bien avoir des pouvoirs d’élévation.
CONTRIBUTEURS NOS ÉQUIPIERS
SANDRO BAEBLER
Le photographe suisse passe du temps à photographier des acteurs à Los Angeles, mais grâce à une enfance passée dans un village de montagne, il s’est senti chez lui dans les Alpes, avec le grimpeur Nims Purja. « Nims était vraiment concentré sur le shooting, dit-il. Même dans le studio sans air conditionné, il a gardé sa combinaison d’altitude, bâtie pour le froid extrême… pendant deux heures ! » Page 52
Belle lecture ! Votre Rédaction SAM STRAUSS
SANDRO BAEBLER (COUVERTURE)
Photographe pro depuis huit ans, il connaît très bien le wakeboardeur Jules Charraud dont il a suivi le Tour de France. « Nous sommes partis à six dans un camping-car. Ce fut plutôt intense. Mais l’amitié et le travail d’équipe ont rendu cela possible, dit l’Autrichien. Jules est un super artiste, qui dessine et tatoue. Ça se ressent dans son riding : c’est frais et créatif. » Découvrez leur quête des spots de France en page 42.
Double mise au point : Sandro Baebler garde Nims Purja dans son objectif lors de notre shooting dans les Alpes. THE RED BULLETIN
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Jules prend son envol : avec son câble magique, il a redessiné la carte des spots de wake.
6 Galerie : si ces photos ne vous
donnent pas envie de rider !
la voilà transportée par l’amour 14 La première gratte à moteur ? 15 La vie sur la Lune ne sera bientôt plus de la science-fiction 16 Ces chansons que même Dave Grohl aurait voulu écrire… 18 L’histoire motivante de celui qui ne devait plus marcher 20 Nom : Christian Holl Métier : écouter la vie 22 Les meilleures instrus rap dYsos lui sont venues à l’instinct
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Le quotidien de Nims peut ressembler à ça, mais ça n’a pas toujours été le cas.
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THE RED BULLETIN
SAM STRAUSS, NIMS PURJA, JOSH CAMPBELL
12 Dépendante de son fauteuil,
CONTENUS février 2021
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Plus de respect parmi les gamers en ligne : c’est ce pourquoi se bat Anne Munition.
24 N umb Bum
La glace, c’est parfois chaud. Surtout pour les fondus qui se la donnent chaque année sur cette course moto bien givrée.
36 L’autre Nick Cave
Pas le rockeur ténébreux, mais cet artiste américain qui, derrière ses créations attrayantes, nous appelle à réfléchir sur nos heures les plus sombres.
4 2 Tour de force
Tu connais pas Charraud ?! Ce wakeboardeur acharné a une conception bien particulière du tourisme en France.
THE RED BULLETIN
52 M aître Nims
Il aurait pu rester encore quelques années un soldat doué pour l’alpinisme. Mais il préféra en devenir l’une des sommités.
66 E lle sonne l’alarme
Gameuse fière de sa très forte communauté, cette Américaine plaide pour une positivité en ligne. Tolérance et bienveillance sont en jeu.
81 À faire : escalader une paroi de
glace, en France, c’est possible
86 Montres : l’esprit Longines 87 Gaming : demain, tous cyber ? 88 Fitness : un coach nommé ADN 89 À voir : sur Red Bull TV 90 Matos : spécial neige (on y croit) 96 Ils et elles font The Red Bulletin 98 Image de fin : zone de confort
72 L e style Kyle
Le rider BMX anglais a tracé sa route pour atteindre le plus haut niveau, et libère son instinct créatif avec une ligne de mode. 5
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SALAVAS, FRANCE
Tout est là
JB LIAUTARD
« Lumière, action, composition. Ce qui rend les photographies spéciales est le fait que tout doit être parfait pendant un millième de seconde », explique le photographe français JB Liautard à propos de son récent projet photo soutenu par Shimano, avec le freerider VTT belge Thomas Genon. Si la photo a ses exigences, concevoir des images figées a aussi ses avantages aux yeux du lyonnais. « Peu importe au final comment vous arrivez à ce point, ou ce qui vient après. Seul le moment exact compte. » jbliautard.com
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ENGELBERG, SUISSE
Ça valait une heure La patience est une vertu, dit le proverbe. C’est aussi une qualité lorsque vous êtes un amateur de sports de neige en perpétuelle quête du nirvana. Le freeskieur Connery Lundin et le photographe Oskar Enander savaient que près du village alpin suisse d’Engelberg se trouvait une pente à l’abri du soleil et du vent, et qu’une neige parfaite était ainsi garantie. Mauvaise nouvelle : pour atteindre le sommet, il fallait compter une heure. Le skieur américain et le photographe suisse ont-ils abandonné et gagné le refuge le plus proche pour quelques verres d’eau-de-vie ? La réponse se trouve sur cette image. oskarenander.com
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OSKAR ENANDER
MUNICH, ALLEMAGNE
Surf de rue La rivière Eisbach, à Munich, est loin d’être un spot de surf typique. Bien que situé à 500 km de la côte, ce bras de l’Isar, long de 2 km, attire les surfeurs grâce à sa vague stationnaire, formée par la combinaison de remous, d’un barrage en béton et de planches submergées. Le Français Dom Daher a photographié ce groupe un jour enneigé de mars. Pour les professionnels du snowboard marquant une pause pendant le Freeride World Tour en Autriche, une touche de blanc n’a jamais eu d’effet dissuasif. domdaher.com
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DOM DAHER
THE RIG
Machine d’amour Zack Nelson a construit un fauteuil roulant tout-terrain pour que sa femme puisse partir à l’aventure. Aujourd’hui, ils les vendent à travers le monde. On dirait un buggy personnalisé, mais ce véhicule tout- terrain répond à un besoin vital. Ce fauteuil roulant conçu pour l’aventure, The Rig, a été construit par Zack Nelson pour sa femme Cambry – qui est paralysée à partir de la taille – afin qu’ils puissent se promener ensemble au grand air. Cambry, ancienne voltigeuse équestre, s’est brisé le dos en 2005 lors d’une mauvaise chute de cheval, la laissant incapable de marcher. Pendant de nombreuses années, Cambry a cru que son handicap l’empêcherait de trouver un conjoint mais en 2018, elle a rencontré Zack. 12
Elle a réalisé dès le début qu’il ne s’agissait pas d’un chevalier servant typique – cet amateur de bricolage basé en Utah dirige sa propre chaîne YouTube, JerryRigEverything, où il démonte des produits et les personnalise pour ses plus de six millions d’abonnés. Il n’a pas fallu longtemps à Zack pour poser son regard d’ingénieur vers sa chaise roulante. « Je pense qu’on peut dire que Zack y a pensé dès notre premier rendez-vous, dit Cambry. Je me souviens qu’il regardait les roues et se demandait : “Quelles améliorations pourrions-nous apporter à cela ?” »
En réalité, il essayait de trouver un moyen d’aider Cambry à retrouver les sentiers qu’elle aimait explorer. « J’ai regardé les fauteuils roulants d’extérieur, mais ils coûtaient plus de 12 000 €. Alors j’ai réalisé que je pouvais prendre deux vélos électriques, les rassembler et réaliser ma propre version. » Le résultat de l’expérience de Zack est bien plus qu’une bonne idée. The Rig est doté d’un solide cadre en aluminium, d’un pare-chocs amovible et de pneus de vélo tout-terrain d’épaisseur qui permettent de rouler sur les sols des forêts, le gravier et même la neige compactée. Avec une vitesse de pointe de plus de 19 km/h et une autonomie maximale de 56 km, il peut suivre le rythme d’une balade à vélo. « Je suis partie avec et n’ai senti aucune résistance, dit Cambry. Je me suis dit : “On peut vraiment faire quelque chose maintenant.” » Le couple s’est marié en septembre 2019, avec une bague que Zack avait forgée dans le titane du premier fauteuil roulant de Cambry. Zack a maintenant commencé à produire The Rig commercialement en maintenant le prix à environ 4 000 € – le coût du véhicule original de Cambry. « Aux États-Unis, si quelque chose passe par l’assurance médicale, les coûts explosent, explique Zack. Notre véhicule n’est pas un appareil médical, et il est principalement fabriqué à partir de pièces de vélo déjà produites en série. » Avec son bas prix, les Nelson ne feront pas de profit avec The Rig. Le but de ce projet résultant d’une passion est plutôt de donner aux autres la liberté dont Cambry jouit maintenant. « Il n’a été envoyé qu’à quelques personnes à ce jour, dit-elle, mais le plus cool pour moi, c’est le regard des gens quand ils le reçoivent, cet embarras du choix devant tous les endroits où ils peuvent aller. Il ouvre tellement de portes. » notawheelchair.com THE RED BULLETIN
LOU BOYD
Cambry et Zack Nelson (en haut à droite), et leur invention libératrice.
Val Thorens n,prop. Lieu de vacances où il n’est pas nécessaire de prendre l’avion pour être au dessus des nuages.
Sans guitare électrique, pas de rock’n’roll. Aujourd’hui, ce modèle innovant donne le ton... L’histoire de la musique – et plus particulièrement de ses instruments – est une série de grandes inventions. Les instruments que nous considérons aujourd’hui comme courants ont tous initialement été tenus pour subversifs et révolutionnaires, du piano, qui a évolué du clavecin vers 1700, à la première guitare électrique, dans les années 1930. Aujourd’hui, l’inventeur et concepteur Anthony Dickens, basé à Londres, pousse à son tour les limites avec sa Circle
Disque motorisé doté de 128 entailles magnétiques pour les plectres.
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On peut étouffer les cordes avec la main lorsqu’elles sont pincées par les plectres.
Le signal de chaque corde peut être traité différemment grâce à un c apteur hexaphonique.
Six touches agissent sur les notes ou les accords.
THE RED BULLETIN
LOU BOYD
La gratte motorisée
Guitar, un instrument doté d’un moteur électrique pouvant jouer des accords à des vitesses atteignant 250 bpm – plus vite qu’un humain – et avec plus de précision que n’importe quel guitariste pro. Dickens, 45 ans, affirme qu’il voulait explorer les « possibilités sonores » d’une nouvelle conception du jeu sur cet instrument iconique et créer de nouvelles sonorités, voire de nouveaux genres musicaux. « Je suis intéressé par l’étude des instruments traditionnels et par le recours à des interventions mécaniques pour modifier ou élargir ce que l’on fait normalement, dit-il. Si vous regardez les instruments traditionnels, ils sont conçus autour de l’ergonomie du corps humain. Mais une modification de cette conception pourrait faire entrer la guitare dans une nouvelle dimension. » Si le manche de la Circle Guitar conserve un aspect familier, la caisse comporte un disque mécanique « step sequencer » qui tourne sous les cordes et est « programmé » par le guitariste au moyen de boutons et plectres interchangeables pour produire des mélodies et des rythmes variés. « Au début, les gens pensent qu’il s’agit d’une guitare à cordes frottées et que la main droite n’a rien à faire, mais on se rend vite compte que ce n’est pas le cas. On peut faire des accords à deux mains, ou alors la main droite seule peut moduler les harmoniques ou étouffer les cordes. Vous avez la précision de la techno ou de la house avec la belle sonorité imparfaite d’une corde qui diffère à chaque fois qu’on la pince. » L’instrument a déjà été testé par Ed O’Brien de Radiohead et sera bientôt repris par le leader de Muse, Matt Bellamy, qui est en pourparlers pour le produire commercialement par le biais de sa propre entreprise. circleinstruments.co.uk
ANTHONY DICKENS
CIRCLE GUITAR
Vivre sur la Lune : on s’en rapproche de plus en plus.
PROJET OLYMPUS
Spacieux avec vue sur Terre
SEARCH, BIG B-JARKE INGLES GROUP
LOU BOYD
Lorsque la NASA a décidé qu’elle avait besoin d’une base lunaire, elle s’est tournée vers une entreprise parmi les plus innovantes ici-bas.
THE RED BULLETIN
Le roman d’Andy Weir, Seul sur Mars, publié en 2014, a été salué pour son souci de préci sion scientifique. Mais avec sa suite de 2017, Artémis, l’au teur américain est allé encore plus loin, en offrant une vision détaillée de la première colonie humaine sur la Lune – qui pourrait maintenant devenir réalité. La NASA a commandé le projet Olympus, son premier plan de construction lunaire et l’entreprise qu’elle a choisie affiche un palmarès unique pour la construction d’habitats innovants. En 2018, l’entreprise améri caine ICON a construit la pre mière maison imprimée en 3D à Austin, au Texas, pour seule ment 10 000 dollars (autour de 8 500 euros), en utilisant une énorme imprimante spé cialement conçue et un type particulier de béton. L’année suivante, les travaux ont com mencé sur un village complet de maisons pour des familles dans le besoin dans l’État de Tabasco, au Mexique.
Pour Jason Ballard, cofon dateur d’ICON, l’étape suivante allait constituer un pas de géant. « Dès le début, nous avons pensé à la construction d’un bâtiment ailleurs que sur Terre », dit-il. C’est dans cet esprit qu’en 2018, la société a participé à la compétition pour un habitat imprimé en 3D de la NASA. Elle a remporté un prix pour l’impression d’une struc ture entièrement étanche − essentielle pour une habitation qui doit protéger ses habitants du vide de l’espace ainsi que des températures extrêmes, des radiations et des impacts de micrométéorites. Comme la Lune se trouve à plus de 384 400 km de la Terre, le travail doit également être durable et utiliser des res sources indigènes telles que le sol lunaire et la glace que l’on trouve dans l’ombre des cra tères. Le projet, qui nécessite une imprimante 3D encore plus grande − le système de construction Olympus − offre des avantages supplémen taires pour nous tous, déclare Ballard : « Apprendre à construire dans d’autres mondes nous apportera les percées nécessaires pour résoudre nos propres pro blèmes de logement. » ICON s’est associée à deux autres lauréats du concours de la NASA : SEArch+ (Space Exploration Architecture), un cabinet de design basé à New York et spécialisé dans la réali sation d’habitations spatiales, et le cabinet d’architectes danois BIG. Le calendrier de la NASA est serré : son programme Artemis veut envoyer la première femme et le prochain homme sur la Lune d’ici 2024 et établir une colonie d’ici 2030. Huit pays ont déjà signé les accords Artemis sur l’occupation et le partage des ressources à la surface de la Lune. iconbuild.com 15
DAVE GROHL
« Lennon était mon prof » Voici quatre chansons que le Foo Fighter aurait rêvé avoir écrites et composées.
Bad Brains
John Lennon
Mildred & Patty Hill
Kids in America (1981)
Sailin’ on (1982)
Imagine (1971)
Happy Birthday to You! (1893)
« Tous les rockeurs que je connaissais étaient fous amoureux de Kim Wilde. Moi aussi. C’est pour cela que j’ai fait ma version de Kids In America. C’était juste une fantaisie avant de rejoindre Nirvana, en 1989. Je l’ai enregistrée chez un ami. Et ouais, c’est une mélodie iconique des années 80, et je l’aime autant que j’aime Kim. »
« Ils sont de Washington DC, c’est le plus grand groupe de hardcore-punk des années 80 aux US, et le meilleur groupe que j’ai vu en concert. Leur musique est si rapide, si brute... Elle me donnait envie de boire une centaine de bières et de péter des vitres. Si ça ce n’est pas une bonne raison pour avoir voulu l’écrire moi-même… »
« J’aurais vraiment aimé avoir écrit Imagine ! Car c’est une si belle chanson, elle est hors du temps. Elle ne se démode pas. Quand j’ai commencé à jouer de la guitare, vers dix ou onze ans, je pouvais gratter des heures en écoutant ses disques. C’est comme cela que j’ai appris à jouer de la guitare. Lennon était un peu mon prof. »
« Si je l’avais écrite, je gagnerais bien plus d’argent aujourd’hui. Ce serait comme de détenir les droits du terme pizza. Et peutêtre que ça en imposerait un peu plus à la maison. J’ai une fille qui veut faire de la musique, et les deux autres qui me voient comme leur concierge. Du genre :“Ah ouais, c’est le taf de papa.” Un jour peut-être… »
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THE RED BULLETIN
GETTY IMAGES
Kim Wilde
FLORIAN OBKIRCHER
2020 était censée être une grande année pour Dave Grohl. Avec son groupe de rock, les Foo Fighters, le batteur devenu leader du groupe âgé de 52 ans, avait un album à lancer au printemps et une tournée mondiale à sa suite. Le coronavirus a peut-être contrecarré ses plans, mais Grohl ne s’est pas tenu à carreau. Il a entre autres partagé des nouvelles biographiques sur son Instagram pour divertir ses fans pendant la pandémie, il s’est engagé dans un épique duel de batterie en ligne avec la prodige anglaise Nandi Bushell, 10 ans, et a réécouté beaucoup de musiques pour enregistrer un nouveau disque, celles avec lesquelles il a grandi comme celles qu’il aurait aimé avoir écrites lui-même. À l’occasion de la sortie du nouvel album des Foo Fighters, Medicine at Midnight, le Californien nous présente quatre d’entre elles. foofighters.com
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Après son accident, les médecins sont fermes : il ne marchera plus. L’an dernier, le Néerlandais a participé à la course Wings for Life World Run. Gert-Jan Oskam ne se souvient guère de son accident de la route en 2011. Seules des bribes de souvenirs subsistent : son réveil dans l’ambulance, la douleur atroce ; le médecin lui demandant s’il a de quoi payer les soins ; le moment où il comprend qu’il est paralysé des membres inférieurs… Dans le vol le ramenant aux PaysBas – à l’époque, Oskam est coordinateur logistique basé en Chine – il est convaincu que chez lui, on le remettra sur pied. Le médecin qui l’opère est ravi de voir qu’Oskam est encore capable de toucher son nez de la main : « Vous parvenez à vous gratter le nez, c’est bien. Malheureusement, nous ne ferons pas mieux », se souvient Oskam. Pour lui, cette injonction à accepter son état est une gifle. « Je suis du genre têtu, confie-t-il. Dès cet instant, j’ai décidé de lui prouver qu’il avait tort. » Les premières années sont rythmées par un entraînement intensif. Outre les séances de physiothérapie, Oskam fréquente une salle de muscu et joue au rugby en fauteuil roulant plusieurs fois par semaine. « S’entraîner est essentiel pour maintenir une bonne tonicité, explique-t-il. La moindre tâche, s’habiller par exemple, exige du temps et une énergie folle. »
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Puis, un jour, un médecin lui parle d’une nouvelle étude menée en Suisse, la STIMO (Stimulation Movement Overground). Oskam est emballé. « Pour un paralysé, l’essai clinique est l’unique espoir, confie-t-il. L’entraînement seul ne suffit pas à obtenir les résultats souhaités. » Oskam rejoint l’étude à l’hôpital universitaire de Lausanne en 2017 pour un essai de sept mois. Des électrodes sont d’abord insérées dans le bas de son dos. Ces électrodes stimulent ses muscles en diffusant des impulsions électriques dans la moelle épinière. Les nerfs épargnés par l’accident transportent ensuite les signaux du cerveau vers les jambes. Après l’opération, Oskam passe le reste de son séjour à Lausanne à pratiquer des étirements, réapprend à tenir debout et à marcher, d’abord à l’aide d’un harnais, puis de béquilles et finalement en se passant de toute assistance. Aujourd’hui, l’homme de 37 ans se déplace six fois plus vite qu’à son arrivée en Suisse. Au début, marcher se limite à mettre un pied devant l’autre péniblement sur une distance de 20 mètres tout au plus. À présent, Oskam effectue 100 mètres sans s’épuiser. « Cependant, ne vous y trompez pas, prévient-il, mon état s’est certes amélioré, mais le fauteuil roulant est toujours d’actualité. La guérison n’est pas pour demain. » En 2019, Oskam participe à la course Wings for Life World Run afin de sensibiliser le public. Organisé par la fondation éponyme, l’événement soutient la recherche contre les lésions de la moelle épinière. Au cours des seize dernières années, Wings for Life a financé plus de deux cents projets de recherche et études cliniques dont la STIMO, dans dixneuf pays. Red Bull prend en charge tous les frais de fonctionnement de
Wings for Life World Run Le 9 mai 2021, rejoignez les milliers de personnes à travers le monde et participez à cette course à pied mondiale en faveur de la recherche contre la paraplégie — coup d’envoi unique. Coureurs confirmés, débutants, u tilisateurs de fauteuils roulants… tout le monde est le bienvenu. Ici, point de ligne d’arrivée, 30 minutes après le départ, une voiture- balai prend en chasse les participants. Téléchargez l’application Wings for Life World Run et défiez la voiturebalai virtuelle, où que vous soyez et quelles que soient les restrictions COVID-19 en vigueur. Inscription : wingsforlifeworldrun.com
FLORIAN OBKIRCHER
En marche vers son avenir
la fondation. Ainsi, les dons et les frais d’inscription de la course sont entièrement consacrés à la recherche. « Cette course est unique, les gens sont enthousiastes et détendus, souligne Oskam à propos de l’esprit de la manifestation. Ici, la solidarité et la bienveillance passent avant la compétition. » Le Batave réussit à parcourir 100 mètres avec son déambulateur, une performance impressionnante loin de satisfaire son auteur : « Cela m’a pris trente minutes. À la maison, je mets deux fois moins de temps. » L’année dernière, une nouvelle inter vention oblige Oskam à mettre ses projets entre parenthèses, mais il compte bien être sur la ligne de départ en 2021, avec pour objectif d’atteindre 250 mètres.
RUTGER PAUW
GERT-JAN OSKAM
THE RED BULLETIN
« Il m’a dit que je ne marcherais plus jamais… J’ai décidé de lui prouver qu’il avait tort. »
THE RED BULLETIN
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Ce chasseur de sons d’un genre très particulier écoute la matière et compose la musique imperceptible de la Terre. Portrait d’un homme qui vit dans un monde à l’ouïe. Avec une seule oreille. 1989. À quatre pattes sous sa console d’enregistrement, Christian Holl, 61 ans aujourd’hui, vérifie ses câblages. Cet ingénieur du son cherche à comprendre pourquoi il n’entend plus rien du côté gauche. Un mauvais branchement ? Une enceinte défaillante ? Le problème ne vient visiblement pas du matériel mais de lui. Ce n’est sûrement rien mais le trouble persiste alors Christian cherche, pour se débarrasser de cette « sale ironie ». L’ingé son qui n’entend plus rien… la mauvaise blague. Depuis plusieurs années maintenant ce musicien s’est imposé comme ingénieur du son et compositeur pour les grands documentaires animaliers : « Ce chapitre de mon parcours m’a embarqué à travers 70 pays. Je crois que j’ai fait dix fois le tour du monde. J’ai vu les merveilles de cette planète. Et tout cela risquait de s’arrêter du jour au lendemain ? » C’est la préoccupation de Christian quand le diagnostic de sa gêne auditive tombe : tumeur à opérer d’urgence.
L’ingénieur chasseur
Après 11 heures d’opération – soit le maximum de ce que le corps peut supporter – il est tiré d’affaire mais devra désormais composer avec une surdité définitive de l’oreille gauche. Sa vie s’arrête là… avant de repartir. Plus loin. « Avec mes deux oreilles j’entendais le monde mais avec une seule, je me suis mis à l’écouter », envoie le garçon, comme la punchline de cette nouvelle vie qui débutera perchée dans un arbre du Gujarat en Inde quelques mois plus tard. Depuis sa rémission, Christian veut retrouver sa vie et repartir sans traîner à la rencontre des derniers
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lions d’Asie. De sympathiques mangeurs d’homme dont les derniers spécimens se trouvent en Inde. « Pour éviter de me faire bouffer, j’ai fait ce que font tous les éthologues : j’ai enregistré leur comportement sonore depuis un arbre puisque les lions n’y grimpent pas. Je suis resté un mois là-haut. J’ai fini par trouver le sommeil en équilibre sur une branche. » Et c’est là que la révélation sonore a lieu. « Mon oreille valide était posée sur la branche. Je me mets alors à entendre ce que je n’avais jamais entendu : une cathédrale de bois sonore. J’ai compris que c’était l’âme de l’arbre que j’entendais, et que je ne pouvais la percevoir que grâce ou à cause de ma condition auditive. » L’histoire aurait pu s’arrêter ici, et Christian de rejoindre les adeptes du Shinrin Yoku (ou sylvothérapie), mais son instinct lui dicte de pousser plus loin cette expérience, d’y adapter sa maîtrise du son afin de capter ce qu’il appellera l’âme sonore du monde.
Pour tout l’art du monde
Six mois de recherche et de bidouille en studio seront nécessaires pour obtenir une technologie sonore capable de capter et d’enregistrer ce qu’il perçoit. Les mondes animal, végétal et minéral ont désormais une oreille attentive, à l’écoute de la matière. « Mon but est de concevoir des capteurs toujours plus sensibles pour révéler aux oreilles humaines le bruit du monde. Le dernier en date n’est pas plus grand qu’une aiguille, afin d’être placé dans une toile d’araignée. J’arrive à enregistrer le galop de l’insecte comme s’il s’agissait de celui d’un troupeau de gnous ! » Ses aventures sonores font rapidement écho, jusque dans les murs de l’UNESCO qui le missionne au Cambodge. Au pied des temples d’Angkor, l’artiste recueil le témoignage
Fréquence du bien-être 528 Hz, c’est la fréquence d’énergie positive absolue sur laquelle se base la thérapie sonore. C’est aussi autour de cette fréquence que gravite l’essentiel des sons minéraux et végétaux que collecte Holl. Après s’être formé auprès de la thérapeute Milena Wenig, il adapte la sonothérapie classique et ses diapasons corporels à son travail, en développant des diapasons à conduction osseuse qu’il appose sur le patient, alors en contact direct avec les sons de la matière. Une néo-acuponcture contre les troubles liés au stress, mauvais sommeil et autres carences psychologiques. THE RED BULLETIN
DAVID KUHN
La playlist du monde
inéral et végétal du site. Il revisite m ce joyau du patrimoine en composant une partition qui met en évidence le rapport entre nature et culture, et révèle toute la spiritualité Khmer par le prisme de cet environnement. « C’est peut-être là que ma démarche a pris son sens, reconnaît le chasseur de sons. Elle devenait utile car chacun pouvait entendre son monde. » Christian ne se fixe aucune limite dans la création et part, depuis, en quête de toute la musique terrestre imperceptible. Partout, il conserve le patrimoine sonore de ce monde et s’autorise même des voyages dans le temps, toujours pour l’UNESCO, direction la préhistoire. « Le Varan du Komodo est l’un des derniers dinosaures vivants. C’est une créature dangereuse et difficile à approcher, mais sa musique intérieure est la même que toutes ces créatures disparues de la surface de la Terre. Il me fallait ce témoignage avant que l’espèce ne disparaisse. » Et le voilà parti au chevet de la bête, à prendre son pouls, consultation d’utilité publique ! Des nombreux artistes qui œuvrent aujourd’hui pour le patrimoine mondial, Christian Holl est celui qui fait le moins de bruit mais le plus de sons. Il navigue aujourd’hui entre ses premières amours – le documentaire – et la recherche constante de défis susceptibles de dessiner encore les contours de l’âme sonore du monde. Pour l’UNESCO, pour luimême, pour les autres… lesdiapasonsdumonde.jimdofree.com
CHRISTIAN HOLL
CHRISTIAN HOLL
« Grâce ou à cause de ma condition, c’était l’âme de l’arbre que j’entendais. » THE RED BULLETIN
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Très demandé depuis le succès de Zipette, composée pour le rappeur Ninho, le beatmaker (et youtubeur) Ysos, 22 ans, nous explique comment progresser dans l’industrie du rap sans brider sa créativité. En suivant une règle en particulier : faire confiance à son instinct.
the red bulletin : Quand avezvous compris que vous pouviez faire carrière en produisant des instrumentaux de rap ? ysos : J’ai découvert le rap vers 14 ans et j’ai toujours eu envie de monter un projet musical, mais je ne me voyais pas en tant que rappeur. J’aimais bien l’aspect producteur, parce qu’il fait partie intégrante du processus créatif mais reste un peu dans l’ombre. Alors j’ai appris les bases du beatmaking sur Internet, comme la majorité des producteurs. On y trouve énormément de ressources. J’ai compris qu’il y avait un avenir là-dedans quand j’ai commencé à gagner de l’argent en vendant des instrus. Puis j’ai été repéré par celui qui est aujourd’hui mon manager, Marc Lohore. Il m’a permis de faire certains placements, dont Zipette de Ninho. Internet a été le point de départ de toute ma carrière, ça m’a donné la confiance et les opportunités. Quand on regarde une vidéo d’Ysos, on voit un jeune homme qui maîtrise les outils et le langage de la prod. Comment avez-vous développé votre savoir technique ? On apprend les bases sur le web et on se réapproprie l’outil en travaillant. Il y a toujours une phase d’apprentissage, après, c’est du travail pour développer sa sensibilité artistique. Par exemple, de nombreux producteurs travaillent sur FL Studio, qui est un logiciel très ergonomique, avec un système de fonctionnement qui marche bien pour le rap : nous avons tous le même logiciel mais chacun a une façon différente de s’en servir.
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Sur quel matériel travaillez-vous ? À la base, je travaillais avec un ordinateur portable que j’utilisais pour mes études en communication, un HP qui tournait bien. MSI est venu me voir en me disant qu’ils aimaient bien mon travail. Ils m’ont envoyé un de leurs PC et depuis, je ne fais que travailler avec. L’avantage de MSI, c’est qu’ils proposent des configurations d’ordinateurs portables très puissantes. Le portable, c’est essentiel pour un beatmaker, car on passe beaucoup de temps à bouger de studio en studio. Donc il faut un ordinateur qu’on puisse emporter avec soi mais qui soit vraiment puissant. Il faut qu’il soit capable de tout faire tourner, même les plug-ins les plus lourds. Qu’est-ce qui est essentiel dans le PC d’un beatmaker ? Le processeur. Le logiciel de fond va énormément s’appuyer dessus, même avec une carte son externe. Si vous avez un processeur qui tient bien la route, vous savez que vous pourrez faire beaucoup de choses. Mes premiers placements, je les ai faits avec un bon ordinateur et un bon casque. Au début, ça suffit. Est-ce que le climat du studio est important pour s’exprimer créativement ? Le vôtre semble très propre, façon labo… C’est nécessaire pour faire du bon son ? Ça dépend. Certains beatmakers comme moi passent beaucoup de temps à travailler chez eux, dans leur home studio. Mais d’autres vont travailler dans des studios de labels, qui ne leur appartiennent pas. Peu importe où vous êtes, du moment que vous vous sentez à l’aise. L’important est de construire un environnement où vous serez stimulé créativement.
Ça vous rend plus créatif ? C’est dans ces moments qu’on peut expérimenter, amener de nouvelles idées, se surprendre soi-même. C’est le processus créatif que je préfère. Mes meilleures prods n’étaient destinées à personne. Et il en est sorti des choses auxquelles je ne m’attendais pas. Environ 50 % de mes productions répondent à des demandes spécifiques, et j’essaie de réserver l’autre moitié pour tester des choses, créer au sens propre. Quand vous envoyez des sons à un artiste, essayez-vous de coller à son univers ou de le surprendre ? J’envoie des instrus qui vont coller avec son univers, pas surprenantes mais qui vont faire le job, mais elles sont toujours accompagnées d’une ou deux prods décalées, genre « Je t’ai mis ça aussi, écoute et on voit ce que t’en penses ». Il faut savoir proposer des choses qui vont au-delà de ce qu’on connaît de l’artiste. Ça peut donner des gros morceaux. Existe-t-il une instru à laquelle vous ne croyiez pas du tout mais qui a finalement fait un carton ? Oui, un de mes premiers titres, que j’ai produit pour Hatik : Tu vas rien faire (TVRF, ndlr) sur sa mixtape Chaise pliante. J’étais content de cette prod, mais je l’avais déjà envoyée à quelques artistes et ça n’avait pas pris. Finalement, Hatik l’a prise et ça a donné un gros morceau, il en a même fait un clip. Je l’ai vécu un peu comme une revanche, je savais que cette prod avait un truc !
Retrouvez le Red Bull Studio Challenge entre Ysos et Bolémvn sur redbull.com ; ysosbeats.com
THE RED BULLETIN
SMAËL BOUAICI
Le rap à l’instinct
Est-ce qu’on vous demande souvent de créer des productions spécifiques pour un rappeur ? Parfois, on me demande tel type de morceau ou tel type d’ambiance. Dans ce cas, je vais créer un morceau en fonction des directives musicales. Mais le process le plus intéressant pour moi (c’est souvent comme ça que je crée mes meilleures prods), c’est de travailler sans avoir de guidelines en tête. Il faut se laisser porter.
APOLLINE CORNUET/LA CLEF PRODUCTION
YSOS
« Mes meilleures instrus n’étaient destinées à personne. » THE RED BULLETIN
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Sang froid ni loi ! Sur un lac gelé d’Edmonton, dans la province canadienne d’Alberta, un sport d’endurance unique en son genre attire des pilotes prêts à se mesurer aux pires températures pour la gloire du titre de champion du NUMB BUM. Texte KAITLYN KRASSELT Photos PHILIP VUKELICH
Des endurants
Remporter le Numb Bum 24 n’est pas qu’une question de vitesse. En fait, c’est un véritable test d’endurance, l’équipe gagnante étant celle qui complète le plus de tours possibles. Pour gagner, il faut pouvoir résister à des températures au-dessous de zéro, au vent, à la neige, au déluge et à tout ce que Dame Nature a encore en réserve à Sandy Beach, Alberta.
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À la pointe de l’adhérence
Pas facile de maintenir une bonne adhérence sur la glace. Les coureurs utilisent des pneus spéciaux équipés de pointes de 4 cm qui s’enfoncent dans la glace. Mais ils doivent faire preuve d’une extrême prudence : en 2015, un coureur s’est coincé la jambe dans sa roue arrière, les pointes lui sectionnant l’artère fémorale. Il n’a pas survécu à ses blessures, ce qui a rendu obligatoire la mise en place de garde-boues spéciaux sur les roues afin d’éviter d’autres accidents.
Terrain mutant
« Ôtez-lui sa piste et il manque quelque chose à ce lac », dit Dan Cheron, organisateur de la course. Il n’y a jamais deux pistes de Numb Bum identiques. Pendant près d’une semaine, plusieurs types se chargent de déblayer et de tracer la course, puis la météo et l’usure de la glace sous les roues des motards viendront altérer les conditions de course au cours de l’épreuve.
Rares sont ceux prêts à se frotter
au Numb Bum 24, l’une des courses de motos les plus longues, les plus froides et les plus terribles qui existent. Si la course sur glace à moto ou en quad fait partie des sports les plus répandus dans les États et les provinces d’Amérique du Nord (qui passent la plupart de l’année sous la neige), rares sont les candidats à même d’affronter la glace pendant 24 heures non-stop. « Il faut être un peu dingue », explique Dan Cheron, instigateur de cette course depuis des années. Le Numb Bum 2020, dont le départ a
été donné le 15 février dernier près de Sandy Beach, Alberta, revêt un caractère bien particulier pour Cheron. L’édition de 2019 ayant été annulée par manque de directeurs de course et de volontaires disponibles, d’investissements dans de nouveaux équipements, et pour des raisons politiques locales, il est déterminé à faire renaître l’événement de ses cendres (Evel Knievel lui-même y a participé dans ses heures de gloire). Cheron a tout mis en œuvre pour rassembler les 30 000 dollars nécessaires pour redorer le blason de la course. Et il a réussi.
Pour cette nouvelle édition, chaque coureur a payé 250 dollars en frais de participation, alors que les seules récompenses pour les gagnants (l’équipe qui complète le plus de tours en 24 heures) sont un trophée symbolique et l’occasion de se faire mousser. La plupart n’attendent rien de plus. Tab Sydor par exemple, dont l’équipe a remporté l’édition 2020, n’en est pas à sa première victoire sur le Numb Bum et celle-ci a toujours le même goût. « Évidemment qu’on reviendra, sourit-il après la course. Et maintenant, au pieu ! » 27
Un départ façon 24 Heures du Mans moto. Dès le drapeau vert baissé, le premier coureur de chaque équipe parcourt les 20 mètres le séparant de sa moto ou de son quad et s’élance sur la piste. Perdre quelques secondes peut être frustrant, mais pas tant que cela quand on dispose de 24 heures pour se refaire.
Dan Cheron est dévoué au Numb Bum. Même s’il n’a pas couru depuis des années, c’est lui qui organise la course, trouve des sponsors et collabore avec les autorités de la province car sans leur accord, l’épreuve ne pourrait pas avoir lieu sur le lac. Pour Dan, cette course est une vraie passion.
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De nuit, les conditions deviennent encore plus difficiles : la visibilité est réduite, la température chute.
Plus de la moitié de la course se déroule dans l’obscurité. La tombée de la nuit provoque une baisse des températures et de la visibilité, ce qui complique encore plus la course et les réparations. À la tombée de la nuit, les coureurs allument leurs feux arrière et avant ; une défaillance électrique provoquera une perte de temps hors piste et conséquemment, moins de tours sur le tableau de scores.
Les équipes changent de coureurs toutes les heures ou toutes les deux heures pour que ceux-ci puissent se ravitailler, dormir, se réchauffer et reposer leurs fessiers. Cette année, Luke Sydor (photo) a tenu treize heures en solo avant de faire sauter une transmission. Il court sous le nom de « Biking for Boobies » et collecte des fonds pour la recherche contre le cancer en l’honneur d’une proche. THE RED BULLETIN
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Une auberge espagnole
Sur la piste, il y a plusieurs catégories de coureurs en même temps : une catégorie moto pro, une catégorie moto amateur, une catégorie quad et une catégorie Red Eye pour les coureurs qui roulent seulement pendant les heures diurnes. Comme il y a des kilomètres de piste, les bouchons sont plutôt rares.
Quand le soleil se couche sur le Numb Bum, on aperçoit les lumières des coureurs à des kilomètres à la ronde et le rugissement des moteurs résonne à travers le lac.
Le Numb Bum 2020, avec des températures avoisinant les − 10° C, était assez doux en comparaison avec les autres éditions. En 2017, un blizzard a fait tomber 25 centimètres de neige pendant la nuit, glaçant les coureurs jusqu’aux os. Le Numb Bum 2017 reste pour les coureurs, l’expérience la plus difficile et la plus épuisante jamais vécue.
Sandy Beach, Alberta, à une heure au nord-ouest d’Edmonton, est une communauté qui connaît des pics de fréquentation l’été mais avec une modeste population d’environ 270 âmes le reste de l’année. Quand le soleil se couche sur le Numb Bum, on peut apercevoir les lumières des coureurs à des kilomètres à la ronde et le rugissement des moteurs résonne à travers le lac. Ceux qui ont une propriété avec vue sur le lac sont au top pour profiter du spectacle.
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“Nick Moir is a genuine soul who loves to document Mother Nature in all on.”
Une petite armée de chasse-neiges assure la sécurité de la course pendant 24 heures, aplanissant la surface de la piste là où les pics des roues ont fait des ornières dans la glace, et déblayant la neige accumulée. Il faut trente minutes à ces chasseneiges, qui roulent sans interruption, pour boucler un tronçon de route.
Les équipes utilisent des centaines de litres d’essence, et la plupart doivent faire le plein toutes les 60 à 90 minutes. Certains ont monté des réservoirs d’essence plus larges, ce qui leur permet de rester plus longtemps en course. Mais ils passent des relais plus longs, seuls sur la piste, à affronter les éléments déchaînés.
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Une équipe américaine a fait 29 h de route d’une traite pour participer au Numb Bum.
Leading the Charge
Nick Moir battles against a dust storm in Texas. “I trusted Nick and his 20 years of experience,” Wright says. “The rest of us were storm-chasing rookies. I wholeheartedly believe that Nick could get anyone interested in storms with his infectious attitude.
Culs engourdis
Le nom de l’événement fait référence aux conséquences des températures glaciales et du climat éprouvant, mais aussi à la longueur de la course et ses effets indésirables sur les fessiers. Il n’est pas rare de voir des coureurs se lever de leur siège pour soulager leur douleur tout en roulant, douleur qui atteint souvent son apogée après une série de virages serrés.
Esprit d’équipe
Chaque début de course est associé à une tradition immuable : avant l’annonce des règles ou le remerciement aux sponsors, chaque concurrent se tourne vers un participant qu’il ne connaît pas et se présente. Les coureurs sont peutêtre adversaires sur la piste, mais dans la difficulté, vous trouverez toujours un pilote pour vous venir en aide. Sur le lac, même les concurrents les plus coriaces sont vos potes.
Même les concurrents les plus coriaces sont vos potes. Vous trouverez toujours un pilote pour vous venir en aide.
Vingt équipes et 75 coureurs ont participé à l’édition 2020. Certains ont parcouru des milliers de kilomètres pour s’y rendre, comme cette équipe américaine du Wisconsin qui a traversé le pays d’une traite, 29 heures durant, pour participer à son premier Numb Bum. Ses membres voulaient la vivre et entrer dans la légende.
Tab Sydor, de l’équipe NASTE Shrinkage, victorieuse cette année, a franchi la ligne d’arrivée après que son équipe a bouclé 109 tours en 24 h, 3 min et 12,56 sec. Si cette équipe a déjà gagné la course à plusieurs reprises, l’euphorie de la victoire reste aussi intense.
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Sens caché Ses Soundsuits excentriques ont fait de lui une star dans le monde de l’art. Aujourd’hui, il veut réunifier une nation en division grâce à ses statues. L’artiste américain NICK CAVE explique comment transformer la détresse en espoir. Texte FLORIAN OBKIRCHER
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NICK CAVE/JACK SHAINMAN GALLERY
Au Momentary, vous vous retrouverez comme un enfant dans un magasin de bonbons. Plus de 16 000 mobiles en aluminium de formes et couleurs variées sont suspendues au plafond. Tout étincelle. Autour de vous, les éléments ne cessent de tournoyer et donnent le vertige. Au début, votre cerveau a du mal à se concentrer à cause de la surcharge sensorielle. Il vous faut quelques minutes pour vous habituer à cet environnement surréaliste, jusqu’à atteindre un état q uasi hypnotique et étrangement calme. C’est alors que vous remarquez des détails mystérieux qui vous réveillent brusquement… L’œuvre intitulée Kinetic Spinner Forest fait partie de la méga-installation immersive créée par l’artiste américain Nick Cave. Nommée Until, et visible jusqu’au 3 janvier 2021, cette installation couvre 2 300 m² au sein de The Momentary, un musée d’art contemporain situé à Bentonville (Arkansas). La plupart des mobiles de cette forêt ressemblent à ce que l’on trouve dans les magasins de souvenirs. Mais certains diffèrent : ils ont été fabriqués à partir d’images de balles, de revolvers et de larmes. Ce qui ressemble de prime abord à une expérience ludique est, en réalité, une exposition dénonçant la violence par les armes à feu, les diffiTHE RED BULLETIN
Un activisme à poils : les Soundsuits colorés et démesurés de Nick Cave dansent au rythme de percussions traditionnelles. Le projet ne se résume pas à de simples peluches : ces costumes qui cachent l’ensemble du corps parlent des préjugés liés à la race, à la classe ou encore au genre.
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En raphia et rehaussés de masques aux motifs asiatiques et africains, les Soundsuits équins de Nick ont ébahi les voyageurs du Grand Central Terminal de New York.
« Au début, c’est génial. Mais vous vous rapprochez, et vous vous dites que ce n’est pas si rose. » rure fluorescente, tandis que d’autres sont recouverts de boutons, de fils, de cheveux humains ou de perles. Il a également utilisé des objets trouvés dans des marchés aux puces et magasins d’occasion. Chacune de ses œuvres est une armure surdimensionnée qui masque la race, la classe et le genre de la personne qui la porte. Au travers des sons inattendus provoqués par ses ornements, le Soundsuit vous avertit de la présence de la personne qui le porte et, en raison de son apparence hors du commun, vous encourage à considérer cette personne sans la juger. « Dès le moment où vous le portez, vous êtes protégé. Votre identité devient inutile. » Pour Nick Cave, qui a étudié la danse moderne auprès de la compagnie du célèbre Alvin Ailey à New York dans les années 1980, le port des Soundsuits fait partie intégrante de son intention artistique. Ses performances s’inspirent des célébrations rituelles des ethnies bantoues en Afrique centrale. Elles regorgent de percussions, de danse, de joie et
d’exubérance. Les Soundsuits prennent alors vie. En 2013, Nick Cave a transformé le Grand Central Terminal de New York en une écurie surréaliste dans laquelle trente figures colorées ressemblant à des chevaux grandeur nature ont galopé et dansé dans leurs Soundsuits, à la stupéfaction des voyageurs. « Cette performance était un hommage à notre monde multiculturel, indique Cave. Le cheval est créé par deux individus qui lui donnent vie. Cela met en avant les modes collectifs de travail et notre évolution collective dans le monde. » En 2018, il a utilisé un ancien bâtiment militaire de New York pour proposer une expérience de danse immersive où les visiteurs étaient invités à « se lâcher » pendant des performances de Soundsuit, et des ateliers de danse pour laisser parler leur esprit par le biais de leurs mouvements, au cœur du tumulte politique ambiant. « Où trouver refuge pour libérer toute son angoisse et sa frustration de manière non verbale ?, se demandait-il à l’époque. J’ai observé un bâtiment municipal, puis je l’ai transformé en piste de danse. » L’an dernier, Nick Cave a organisé la première Joy Parade de Boston, une procession colorée de 5 km de long, avec 75 artistes et performeurs locaux, et aussi 500 membres du public, dans l’optique de réunir les différentes communautés de la ville. THE RED BULLETIN
JIM PRINZ/JACK SHAINMAN GALLERY, TRAVIS MAGEE
cultés liées aux relations interraciales, et la brutalité policière aux États-Unis. « L’idée consiste à créer un monde fantastique et à le chambouler au moyen de ces nombreuses formes et images particulièrement dures auxquelles nous, et surtout moi en tant qu’homme noir, devons faire face au quotidien, explique l’artiste. Nous nous efforçons de tourner le dos à cette imagerie… en vain. » Nick Cave emploie souvent cette approche artistique mêlant l’amusement au tragique pour apporter une touche de légèreté à un sujet d’une rare gravité. Cela peut sembler provocateur aux yeux de certains, mais son but est de créer un espace de dialogue et de célébrer la positivité. À 61 ans, l’artiste originaire du Missouri est aujourd’hui l’une des figures les plus respectées dans le monde de l’art contemporain. Les sculptures de Nick Cave se vendent 150 000 $ et sont exposées dans des institutions de renom, comme le Museum of Modern Art de New York (MoMA), mais aussi chez des stars férues d’art, comme Jay-Z et Beyoncé. Le galeriste de Nick Cave, Jack Shainman, le décrit d’ailleurs comme une rock star. « Quand des gens demandent un autographe à mes artistes, raconte Jack Shainman, on atteint d’autres sphères. » En ces temps d’incertitude, Nick Cave affiche un but incroyablement ambitieux : il veut se servir de l’art pour guérir un pays divisé. La carrière de Nick Cave a réellement commencé en 1992 sur le banc d’un parc de sa ville d’adoption, Chicago. Après l’agression de Rodney King, un AfroAméricain non armé, par la police de Los Angeles, ce qui a d’ailleurs déclenché des émeutes dans la ville cette année-là, l’artiste, sculpteur et danseur s’est posé de nombreuses questions : « Comment puis-je exister dans un monde qui me considère comme une menace ? » Bouleversé par ce sentiment de dislocation, Nick Cave a porté son attention sur les brindilles éparses qui jonchaient le sol autour de lui. Il en a rempli un énorme sac qu’il a rapporté à son atelier, sans savoir ce qu’il allait en faire. En fin de compte, il a créé son tout premier Soundsuit, un costume qui deviendra sa marque de fabrique. Au fil des ans, il a créé plus de 500 Soundsuits qui recouvrent entièrement les corps (allant parfois jusqu’à 3 mètres de haut) et il n’a cessé d’expérimenter les couleurs et les matériaux. Certains de ces costumes sont fabriqués avec de la four-
« Que mon travail se définisse par l’impact maximal que je peux avoir sur le monde. »
« Dès le moment où vous portez un costume, vous êtes protégé. Votre identité devient inutile. » Pour fabriquer ce Soundsuit, Nick Cave a utilisé des centaines de boutons et un boulier chiné aux puces. « Il m’a fait penser à une protection pour le visage. »
NICK CAVE/JACK SHAINMAN GALLERY, JIM PRINZ/JACK SHAINMAN GALLERY
Avant d’être un artiste, Nick Cave se considère comme un messager : « Je me sers de mon art pour faire changer les choses. J’aime penser que l’art représente une multitude d’options toutes plus originales les unes que les autres. Par exemple, comment ce travail pourrait-il engendrer l’action ? Je veux que mon travail se définisse par l’impact maximal que je peux avoir sur le monde. » Plus il suit cette voie, plus il s’éloigne des galeries traditionnelles. Selon Nick Cave, l’art devrait servir à créer des communautés et offrir des tribunes aux gens. Comme pour beaucoup de gens, l’optimisme de Nick Cave a été mis à rude épreuve en 2020. Lorsque le coronavirus a frappé au printemps dernier, il a créé Cultural Stimulus, une série de brèves performances vidéo mettant en scène des smileys colorés afin de réconforter ses abonnés pendant le confinement. Les choses se sont compliquées après le meurtre de George Floyd au mois de mai. « Je n’allais pas très bien, se souvient-il, et j’ai commencé à me dire que mon travail n’était pas assez utile. » Rapidement, Nick Cave et son partenaire et ami Bob Faust ont lancé un projet communautaire intitulé Amends, où voisins, amis et responsables locaux étaient invités à visiter leur galerie de Chicago et à décorer les fenêtres avec leurs contributions à Letters to the World Toward the Eradication of Racism. Dans ces messages, les participants pouvaient parler ouvertement de
Première statue du projet A•mal•gams, ou comment transformer les socles vides qui glorifiaient auparavant les icônes du colonialisme.
leurs privilèges et de leur rôle dans le contexte du racisme. Selon Nick Cave, seuls l’honnêteté et le dialogue peuvent réunifier une nation divisée. Cependant, au moment de notre interview, ce but semble plus lointain que jamais. Nous sommes au lendemain du premier débat présidentiel entre Joe Biden et Donald Trump, un
Exploration de la Kinetic Spinner Forest. L’installation de Nick à The Momentary (Arkansas) est tout d’abord vertigineuse, puis hypnotique, et enfin éclairante. THE RED BULLETIN
événement retransmis à la télévision et décrit par les médias américains comme une véritable catastrophe. « Pour vous dire la vérité, je suis scandalisé, affirme Nick Cave sur un ton aimable mais ferme. Mais je réfléchis aussi à la façon dont mon travail peut servir à séduire afin de nous rassembler, tous autant que nous sommes. » Il a trouvé un nom pour cette stratégie : conceal and reveal (trad. masquer et révéler). L’idée consiste à créer des mondes colorés qui semblent à première vue attrayants et très accessibles. Mais lorsque vous en découvrez les aspects sombres, il est trop tard : vous êtes pris au piège dans la toile tissée par Nick Cave. « Quand vous découvrez cette expérience, c’est génial. Mais soudain, vous y voyez de plus près et vous vous dites : “Oh merde ! C’est pas aussi rose que ça en a l’air !” Que faites-vous à ce moment-là ? Vous poursuivez l’expérience ? Ou vous faites marche arrière ? J’espère que vous choisirez la première solution ! » L’an dernier, Nick Cave a entamé une nouvelle série de statues de bronze, intitulée A·mal·gams, dans le cadre du projet Soundsuits 2.0. La première statue (photo de gauche) représente un personnage assis : la moitié inférieure a forme humaine et elle est décorée d ’éléments floraux, tandis que la partie supérieure ressemble à un arbre orné de sculptures d’oiseaux en céramique. A·mal·gams constitue la réponse de Nick Cave au débat actuel : que faire des socles vides sur lesquels trônaient les icônes de l’esclavage, du racisme et de la Confédération avant d’être renversées par les manifestants du mouvement Black Lives Matter ? Comment transformer ces anciens rappels de haine et de douleur en symboles d’espoir ? « J’ai alors eu l’idée d’un arbre de vie, raconte Nick Cave. En effet, les arbres sont des pôles de migration où des nuées d’oiseaux se rassemblent et construisent leur nid. » En termes de détails et d’exubérance, son nouveau projet n’a rien à envier aux précédents Soundsuits de Nick Cave, mais les différences sont notables : ces œuvres ne sont pas des costumes et elles ne produisent aucun son. Toutefois, pour Nick Cave, cela ne constitue pas une contradiction, mais plutôt une p rogression naturelle. La contribution de Nick Cave dans le spectacle en ligne de la Jack Shainman Gallery, intitulé States of Being, sur : jackshainman.com/states_of_being 41
Jules paie sa tournée
Dans sa valise, un winch portatif. Dans sa tête, une idée : rider des spots inédits, dessiner une carte de France d’un wakeboard sauvage et renouvelé. Le c hampion de la d iscipline, JULES CHARRAUD, nous déroule ses 200 mètres de câble nomade. On le suit ? Texte PATRICIA OUDIT Photos SAM STRAUSS
Baisse la tête ! Le wake boardeur français Jules Charraud, 20 ans, à toute blinde et à l’aise sur le canal d’Amiens.
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« On cherchait des idées originales. Celle du winch portatif s’est finalement imposée. »
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n quelques minutes, transformer une berge en un spot de folie. En quelques courbes, valider un nouveau terrain de jeu. Se frotter à des galères inédites, comme dans ce Tarn tourmenté, si compliqué d’accès. « Pour arriver à nos fins, il a fallu faire passer la remorque par la forêt, monter le tremplin au-dessus du barrage. Déjà, une grosse mission. Mais ce n’était que le début : dès que j’essayais le moindre trick, je tombais, je lâchais la corde, emportée par le courant. Obligé d’aller la rechercher en stand up paddle… Sans compter que je devais aussi nager avec la planche aux pieds ! » Vingt essais plus tard, Jules Charraud, vingt ans dont onze de wake, couronnés par une deuxième place au FISE 2019, a réussi. Dans la série créative pas de problèmes, que des solutions, l’athlète tient le haut du kicker. La crise sanitaire frappe, empêchant les voyages ? Jules a plus d’un trick dans sa valise. « En 2018, j’étais en trip avec Antoine Allaux de Blackbird Production, un ex-pro, devenu un peu mon mentor. On était en recherche d’idées originales pour tourner une vidéo, des ouvertures, l’idée étant de sortir des wakeparks, et celle du winch p ortatif
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s’est finalement imposée. Ne pouvant pas faire de repérages pour le choix des lieux, on a passé beaucoup de temps sur Google Maps. On s’est retrouvés avec une énorme liste de spots potentiels, sachant que les trois-quarts d’entre eux pourraient ne pas fonctionner et qu’il faudrait aviser sur place. » En septembre dernier, Jules embarque dans sa mallette ce fameux système synonyme de liberté : un treuil avec une grosse bobine détenant 200 mètres de câble, reliée à un moteur électrique alimenté par des batteries de visseuse. Au cas où tout cela ne serait pas dans le bon axe, on accroche une petite poulie à un arbre. Ensuite, le câble est déroulé à la main le long de la berge et c’est la bobine qui ramène le wakeboardeur. Son pote Maxime Giry se chargera de la coordination délicate de ce winch. Une logistique d’une simplicité biblique s’il n’était question que de cruising. Mais Jules, en rider polyvalent, ne voulait pas d’un Tour de France sans tremplin, ce qui, en termes de montage et démontage, s’avéra chronophage. Au final, il nous offre une superbe parenthèse hors du temps, à retrouver très prochainement sur redbull.com en vidéo. Instagram : @jules.charraud ; @la_source_wake_park THE RED BULLETIN
« Je connais le spot de Cergy par cœur. Il fallait que ce soit sur ma carte de France. »
Comme à la maison Jules à 35 km/h sur la terrasse sous le pont rouge de Cergy (voir page 50). « Né à Pontoise, j’ai vécu jusqu’à mes 17 ans à Cergy, je connais ce spot par cœur. Il fallait que ce soit sur ma carte de France. Sur ce tournage, je n’ai pas pu tenter de nouveaux tricks. Souvent la configuration des lieux rendait cela impossible. » Le choix des quinze spots freestyle et des vingt spots de cruising pour sa vidéo s’est fait sur des critères de performance et/ou d’esthétique.
Château d’eau Regards étonnés, éberlués, des touristes pensant faire une visite classique au château de Chantilly. « Ils ont sûrement halluciné de nous voir débarquer avec notre gros camping-car dans les allées du parc, puis sortir notre matos et me voir au final voler au-dessus de la fontaine… C’était super drôle. On a pas mal discuté avec les gens, curieux de savoir ce qu’on préparait. Au départ, on pensait juste faire du c ruising dans les douves (voir page 49). Puis on a repéré cette fontaine. J’ai vu qu’il était possible d’y faire un ollie et un 360° backside. Je me suis lancé. »
Il voyage léger. Grâce à sa valise contenant un winch, des endroits auxquels vous ne feriez pas attention deviennent des spots de wake.
« D’abord, je regarde si et où je peux installer le winch. »
Garde la pêche Dans la valise de Jules Charraud, outre son winch portatif magique (ci-contre), tout son équipement. Soit quatre planches (il faut bien des boards en réserve lorsque l’on ride du béton et de l’acier, matériaux qui abîment très vite le matériel), une paire de chausses, deux casques, une veste d’impact à placer sous la veste néoprène (il faut bien se prémunir des chocs). Ah, et aussi quelques cannes à pêche (il fallait bien revenir bredouilles, a contrario de la chasse aux spots, qui fut un carton plein). THE RED BULLETIN
La sécurité avant tout Avant de se lancer, Jules vérifie toujours plusieurs paramètres. « D’abord, je regarde si et où je peux installer le winch, s’il y a par exemple un arbre un peu haut pour qu’il y ait de la tension. Ensuite, je checke la profondeur et la nature du fond. À Chantilly, il n’y avait que 20 cm à la réception de la fontaine avec des cailloux. Sur les barrages, c’est souvent chaud aussi. Si on se fait bloquer dans l’écluse, on risque de se noyer. » Suffisamment raisonnable, le rider l’a été puisqu’aucune blessure n’est à déplorer tout au long des trois semaines de virée. « Il aurait été dommage d’interrompre notre tournage alors que je découvrais des régions que je ne connaissais pas comme la Normandie, la Bretagne, la Vendée et ses marais salants. » L’itinéraire emprunté ressemble finalement à un 8. Du nord de la Loire, descente vers le centre, que Jules connait bien pour y avoir passé de nombreuses vacances chez ses grands-parents. Puis, bifurcation dans les Alpes et ses lacs, enfin dans le Sud-Ouest, entre Albi et Toulouse, où l’athlète vit depuis quatre ans.
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Ce spot de rêve Découverte majeure du trip : l’île de Saint-Cado sur la Ria D’Etel dans le Morbihan, l’une des merveilles de la Baie de Quiberon. D’ordinaire, ce sont des marins qu’on y croise, pas des wakeboardeurs. Ici, la liberté vibre sous les pieds, à coup de belles courbes sur une mer d’émeraude. « Je voulais offrir une autre vision de ma discipline, m ontrer le côté sauvage. » Pari gagné.
Un peu d’herbe ? « Anecdote rigolote au MontSaint-Michel, carte postale qu’on ne pouvait pas zapper dans notre périple. On pensait y rider les petits canaux qui se remplissent au gré des marées, mais ça n’a pas été possible. Alors, on a ridé l’herbe avec des moutons comme spectateurs. Ils étaient bien curieux et certains passaient même par-dessus les câbles. Sans dommage. »
En mode douves Session cruising dans les douves du château de Chantilly. Si les autorisations ont parfois été compliquées à obtenir dans certains sites classés, big up aux gens de Chantilly, qui ont été de vraies crèmes. « C’est bien simple : non seulement ils nous ont dit oui tout de suite, mais ils nous ont laissé carte blanche. On a pu tout exploiter, et pu déplier notre tremplin home made en quatre parties auquel nous faisions très attention : s’il cassait, il aurait pu être vraiment dangereux. Mais tout a fonctionné parfaitement. J’ai même pu survoler la passerelle au-dessus des douves. »
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« Il nous fallait une entrée en matière symbolique, le cliché qui représente la France. »
Au quotidien, Jules loge dans un camping-car, au cœur de son wakepark favori, La Source, en Midi-Pyrénées. Paris a aussi son charme.
Passage éclair Le fameux pont rouge de Cergy, non loin de la base de loisirs du même nom où Charraud Junior traîna ses baskets. « Pour cette scène, je suis parti de la droite, puis je suis monté en ollie sur la terrasse et je suis ressorti côté gauche, avec une super réception. La configuration avec de l’eau de chaque côté permet ce genre de trick. » Spectaculaire et speed. Question vitesse, les runs de Jules oscillaient entre 32 et 37 km/ h. « J’ai explosé le compteur dans le canal d’Amiens (voir photo d’ouverture page 42) : on a fait des passages hyper rapides, où il fallait vraiment baisser la tête sous quatre ou cinq ponts d’affilée et tasser mon 1,80 mètre. » THE RED BULLETIN
L’effet Eiffel « Je n’avais jamais ridé la Seine. C’est ici qu’a débuté notre tournage. Il nous fallait une entrée en matière symbolique, le cliché qui représente la France. J’y ai juste cruisé, comme c’était prévu. Contrairement à d’autres spots où l’on a eu de petites déceptions. Des spots où l’on pensait être plus dans la technique et la performance (j’ai quand même une âme de compétiteur !), mais où les infrastructures manquaient. Comme dans les Alpes, où l’on s’attendait à ne plus savoir où donner de la tête, mais où l’on a dû se contenter de l’aspect purement visuel dans des petits lacs pas très connus de la région de Grenoble. En allant vers Montpellier, on a pu jouer davantage. Quant à la région d’Albi et de Toulouse, ça a été un véritable festival freestyle. On s’est particulièrement régalés dans les neuf écluses de Béziers et dans le canal du Midi. Magique. »
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En 2012, le Népalais NIRMAL « NIMS » P URJA escalade une montagne pour la p remière fois de sa vie. Huit ans plus tard, il révolutionne l’alpinisme. Et ce n’est qu’un d ébut… Texte TOM GUISE et MATT RAY Photos SANDRO BAEBLER
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Haute fidélité
Nims Purja sur le mont Blanc, septembre 2020. L’alpiniste népalais détient le record de l’ascension la plus rapide des 14 sommets les plus hauts du monde.
En 2017, les Gurkhas entreprennent une expédition au sommet de l’Everest. Pour la brigade militaire d’élite indo-népalaise, ce pèlerinage célèbre deux cents ans d’allégeance à la couronne britannique. Il s’agit de leur seconde tentative de gravir le plus haut sommet du monde. Le séisme de Gorkha, en 2015, avait déclenché une avalanche, balayé le camp de base et immobilisé les alpinistes au Camp 1. En 2017, l’expédition est à nouveau menacée. Des conditions météorologiques imprévisibles empêchent l’équipe officiellement chargée d’aménager les voies de reprendre l’ascension. Personne ne pourra atteindre le sommet...
« C’était impressionnant, raconte Nirmal “Nims” Purja qui, à 35 ans, faisait alors partie de l’unité de montagne des Gurkhas. Les Gurkhas sont connus pour être les plus braves de tous, sans compter que sur l’Everest, on jouait à domicile. Notre réputation était en jeu. J’ai donc décidé de mener l’équipe chargée d’aménager la voie. » Lorsque la nouvelle se répand dans le camp, les réactions sont unanimes : a-t-il bien conscience de ce qu’il est en train de faire ? « Alors que personne ne me connaissait, se souvient Nims Purja, j’ai 54
conduit les treize membres de l’expédition jusqu’au sommet. De retour à Katmandou, nous avons fait la fête pendant une semaine pour célébrer ça. » « Puis j’ai escaladé l’Everest à nouveau, ainsi que le Lhotse et le Makalu (quatrième et cinquième dans la liste des plus hautes montagnes du monde, ndlr), en cinq jours, sans o ublier de faire la fête pendant deux jours entre deux ascensions. » Aujourd’hui, tout le monde connaît Nims Purja. En 2019, il est le plus rapide à escalader les quatorze sommets de plus de 8 000 m. Le précédent
record était de sept ans, dix mois et six jours. Nims Purja prévoyait d’accomplir cet exploit en sept mois ; il l’a réalisé en six mois et six jours. Un record qui a braqué les projecteurs sur ce soldat des forces spéciales. Mais qui a aussi attiré des détracteurs parmi les alpinistes les plus puristes, notamment en raison de l’utilisation de réserves d’oxygène. « Je n’ai recours à l’oxygène que pour le sommet final. Je grimpe et j’installe ma corde sans oxygène jusqu’au Camp 4, se défend-il. Les gens disaient que c’était facile pour moi de faire le Népal parce THE RED BULLETIN
Nims Purja, le Gurkha
NIRMAL PURJA
Photo de la remise de diplômes de l’unité militaire d’élite ITC Catterick, en 2002. « Mon père et mes frères étaient Gurkhas… C’est une vie dont on peut être fier. Cela est très respecté dans la communauté népalaise. »
que j’allais au camp de base en hélico. Alors j’ai escaladé toutes les montagnes pakistanaises sans assistance par hélicoptère, en courant d’un camp de base à l’autre… Ça a duré 23 jours, pour les cinq sommets à 8 000 m. Je n’ai aucun problème avec la critique. Si quelqu’un bat mon record, je serai le premier à venir lui serrer la main. » « Vous écrirez que quand Nims a dit ça, il avait le sourire, d’accord ? » À première vue, le discours de Nims Purja peut sembler provocateur, mais en réalité, l’énergie du Népalais est tout THE RED BULLETIN
autre : son audace mâtinée d’impatience le rend fascinant, et pas antipathique. Dans sa chambre d’hôtel située au pied du mont Blanc où il a passé ses vacances d’été, il est tout sourire. Musclé, mais assez petit, avec son mètre soixante-dix, le gentleman explorateur du Project Possible de 2019 a rasé sa moustache sombre et dévoile un visage juvénile. « J’ai 38 ans… enfin, je crois. Je ne fête jamais mon anniversaire, car l’âge n’est qu’une vision de l’esprit, un moyen de vous faire croire que vous vieillissez et de vous en servir d’excuse. »
Son sens de l’introspection est surprenant. « J’ai grandi au Chitwan, qui est la région la plus plate et la plus chaude du Népal. C’est pratiquement au niveau de la mer. Nous étions très pauvres et nous vivions dans une petite maison avec des poules juste à côté. Je n’avais même pas de tongs. Tout a changé quand mes deux frères se sont engagés dans les Gurkhas. » Désireux de lui offrir une meilleure vie, les frères de Nims l’ont envoyé à l’internat où, selon ses dires, il a excellé. « J’étais dans les cinq premiers et j’aurais même pu être le meilleur, mais j’ai 55
Annapurna, avril 2019
terminé un examen de deux heures en une heure pour être le premier à quitter la salle. Comme je ne voulais pas être médecin ou ingénieur, j’avais deux solutions. Je pouvais devenir le Robin des Bois népalais et voler l’argent des riches qui ne paient pas d’impôts pour le redistribuer aux pauvres. » Au final, il a choisi la seconde solution : les Gurkhas. « Ça n’a pas été facile d’y entrer. Quand j’ai postulé, 32 000 jeunes Népalais avaient posé leur candidature et seuls 320 d’entre eux ont été acceptés. J’ai commencé à m’entraîner dès l’âge de 56
15 ans dans un foyer. Je me réveillais à 3 heures du matin et je courais avec des poids fixés sur les jambes. Je n’avais aucune idée de ce que je fabriquais, mais je retournais me coucher à 5 heures comme si je n’avais jamais quitté mon lit. J’ai été sélectionné à ma seconde tentative. » Nims Purja est particulièrement fier de sa carrière dans les forces armées : il a rejoint les Gurkhas en 2002, puis l ’Infantry Training Centre britannique à Catterick (il vit désormais dans le Hampshire), et le SBS (Special Boat Service) en 2009. S’il rechigne à en divulguer les moindres
étails (« Tout ce que je peux dire, c’est d qu’on m’a tiré dessus et que j’ai participé aux opérations les plus sensibles à l’échelle de la planète »), il évoque un point précis avec franchise : « J’avais un petit quelque chose en plus : je pouvais escalader un sommet de 8 000 m en deux semaines. Quand j’avais des congés, je vidais mon compte en banque et je partais escalader des montagnes. » En effet, après la fête qui a suivi son ascension de l’Everest, du Lhotse et du Makalu sur cinq jours en 2017, il est directement retourné travailler. THE RED BULLETIN
NIRMAL PURJA/PROJECT POSSIBLE
Plus de 30 % des alpinistes qui s’attaquent au dixième sommet sur la liste des plus hauts du monde meurent. Face au risque d’avalanche, l’équipe de Nims emprunte cet itinéraire rarement utilisé : la Dutch Rib.
« La frontière entre courage et stupidité – entre vivre le moment présent et se faire tuer – est mince. Je veux vivre le moment présent pendant encore très longtemps. »
« Je voulais montrer au monde ce qu’il est humainement possible de faire quand on se dévoue corps et âme à une cause. »
Purja s’exerce au speed flying sur le mont Blanc. La veille, il p artait violemment en vrille. « Si une force est trop puissante, vous ne pouvez que suivre le mouvement. »
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« Je suis un passionné, un vrai, et mon enthousiasme fait disparaître la fatigue. À 8 000 m, c’est là que tout prend son sens. »
Nims Purja sur la crête du Gasherbrum II (8 035 m), le 18 juillet 2019 : il s’agit du 9e sommet dans son projet des 14 sommets de plus de 8 000 m.
«JE PORTE MA FAMILLE AVEC MOI »
DAVID SHERPA/PROJECT POSSIBLE
Avant d’embarquer pour Project Possible, Nims a réalisé la dernière des quatre phases de son tatouage dans le dos. Il montre les 14 sommets, du plus petit (Shishapangma, 8 027 m) à la base de la colonne vertébrale jusqu’au plus haut (Everest, 8 848 m) sous le cou. Pas un tatouage ordinaire : il contient le code génétique de ses proches. Exécuté par la tatoueuse londonienne Valerie Vargas, le procédé – breveté en 2016 par l’exNavy SEAL Boyd Renner et son associé Patrick Duffy, et connu
« J’étais supposé rejoindre une mission des forces spéciales en hélicoptère mais l’appareil n’a pas pu se poser à cause du mauvais temps. Du coup, j’ai couru du camp de base jusqu’au lieu d’arrivée, soit un trek de 18 heures, nuit comprise, pour un parcours estimé à six jours. Et j’ai réalisé que j’avais un truc en plus. » Ce petit quelque chose, et même les critiques les plus acerbes en conviendront, c’est son incroyable capacité de récupération. Il faut généralement passer plusieurs semaines au camp de base à haute altitude pour s’habituer à la faible THE RED BULLETIN
sous le nom d’Everence – intègre l’ADN (chez Purja, cet ADN provenait d’un cheveu de ses parents, de ses frères, de sa sœur et de sa femme) dans un polymère médical utilisé pour fabriquer des microcapsules pouvant être mélangées à de l’encre de tatouage. Cette encre a servi à illustrer les drapeaux de prières marquant l’itinéraire sur son dos. « Je voulais emmener ma famille avec moi dans ce voyage spirituel. Mais c’était aussi un moyen de me rappeler que, si j’étais sur le point de franchir la frontière entre courage et stupidité, je devais revenir en vie pour m’occuper de mes proches. »
pression atmosphérique : le corps doit en effet produire plus d’hémoglobine (protéine qui absorbe l’oxygène) dans les globules rouges pour compenser. Ce n’est qu’après cette longue période d’acclimatation que vous pourriez tenter de gravir un sommet à plus de 8 000 m, et il vous faudra ensuite des semaines pour récupérer. Lorsque Nims Purja est retourné sur l’Everest, le Lhotse et le Makalu pour Project Possible en 2019, il a vaincu ces trois sommets en 48 heures et 30 minutes cumulées. « Je récupère vraiment vite, admet-il. C’est un état d’esprit. Je
suis un passionné et mon enthousiasme fait disparaître la fatigue. Un sommet à 8 000 m ? C’est là que tout prend son sens. Mes forces ne m’abandonnent pas : je suis sur mon terrain de jeu. » Nims Purja n’avait jamais enfilé de crampons avant l’âge de 29 ans. Et ce n’est qu’en 2012 qu’il atteint son premier sommet, le pic oriental du Lobuche à 6 119 m, sans aucune expérience préalable de la montagne. Deux ans plus tard, il gravit son premier sommet de plus de 8 000 m, le Dhaulagiri (8 167 m), et découvre son aptitude naturelle à é voluer 61
dans les forces spéciales, j’étais connu pour prendre de sacrés risques. Cependant, la notion de risque est propre à chacun. Ce n’est pas parce que l’on vit dans le moment présent que l’on n’évalue pas les risques. La frontière entre le courage et la stupidité – entre vivre le moment présent et se faire tuer – est mince. Je veux vivre le moment présent pendant encore très longtemps. »
Everest, 2017 Un cliché réalisé alors que Nims Purja équipait les voies vers le sommet lors de l’expédition Gurkha 200. « Un temps exécrable, dit-il. C’est si douloureux qu’on voudrait mourir, mais la mort n’est jamais la solution. »
en altitude. « J’ai escaladé ce sommet en quatorze jours sans aucune phase d’acclimatation et j’ai mené le groupe pendant 70 % du parcours », raconte-t-il. Mais Nims Purja n’est pas immunisé contre les effets de la « zone de la mort », située à plus de 8 000 m d’altitude. Il s’en est d’ailleurs rendu compte lors de sa première ascension de l’Everest en 2016. « J’étais au camp pour y porter tout mon équipement et mon oxygène. Les gens mettent habituellement six semaines pour accomplir cette phase, mais je l’ai terminée en cinq jours, se remémore-t-il. 62
Comme je faisais partie des troupes de montagne du SBS, je savais que je ne pouvais pas aller aussi vite, mais mon corps ne m’envoyait aucun signal d’alarme. Jusqu’à ce que je fasse un œdème pulmonaire. C’était comme si je me noyais. J’avais surtout honte, car j’avais toutes les connaissances requises pour l’éviter. Mais on ne connaît pas vraiment ses limites avant de les avoir franchies. » Ce comportement peut paraître imprudent. Pourtant Purja ne voit pas les choses de cette manière. « Beaucoup de gens percevront de l’imprudence. Même
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NIRMAL PURJA
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n 2018, Nims Purja a été désigné à la tête d’une opération en conditions de froid extrême au sein du SBS. « Je devais apprendre de nouvelles techniques d’alpinisme et les enseigner à mes camarades, explique-t-il. Puisque cela faisait partie de mon travail et qu’il me restait beaucoup de congés, j’ai prévenu mon commandement que je souhaitais prendre 18 jours de vacances pour escalader les cinq plus hauts sommets du monde. Cette expérience aurait profité à toute l’unité. » Ravis, ses supérieurs se sont renseignés sur son projet. « Ils m’ont dit que je ne pouvais pas prendre de tels risques. Alors j’ai décidé de démissionner. » Ce n’était pas une décision prise à la légère. « J’avais ma famille à nourrir. Tous les mois, j’envoyais une partie de mon salaire à mes parents. Mon père était à moitié paralysé et ma mère devait loger dans une chambre à Katmandou pour se rapprocher des hôpitaux. Je devais être fou pour tout abandonner à ce moment-là. Mon frère m’a appelé. Il m’a dit : “Aucun Gurkha n’a jamais servi dans le SBS : tu es le premier. Tu vas bientôt toucher ta pension. Pourquoi veux-tu tout perdre ?” Il était furieux. Il ne m’a pas parlé pendant deux mois. » Pendant ce temps, le plan de Nims Purja, devenu Project Possible, rencontrait de sérieux déboires. « Un ami qui gérait l’aspect financier m’a annoncé que malheureusement, en sept mois, il n’avait pas réussi à réunir les fonds. Il me restait seulement deux mois pour trouver 845 000 €. Ce n’était pas simple d’aller mendier auprès de chaque sponsor. J’obtenais 1 000 € par-ci, 5 500 € par-là, mais ça ne suffisait pas. Personne ne croyait en ma vision. Certains se posaient des questions : si j’étais si bon alpiniste, pourquoi n’avaient-ils jamais entendu parler de moi? Et je leur répondais : parce que j’étais dans les forces spéciales. Un gars m’a même dit que je ne trouvais peutêtre pas de sponsors à cause de ma couleur de peau. Je me le suis pris en pleine
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VERS LE SOMMET Tout ce dont Nims Purja a besoin pour réussir. 1. Une gourde Thermos d’un litre : « Je n’emporte pas d’autre bouteille d’eau. Je fais fondre de la neige en versant de l’eau chaude dessus. Avec un litre, je peux obtenir deux litres d’eau, et alléger mon sac. » 2. Piolets en fibre de carbone Cobra de Black Diamond : « Très légers et techniques. Vitaux au premier de cordée, notamment sur les passages techniques, ils permettent de stopper les chutes. » THE RED BULLETIN
3. Casquette : « Contre le soleil. » 4. Lunettes de soleil (absentes sur la photo) 5. Combinaison de haute montagne ThruDark Summit Suit : « Conçue par mes amis des forces spéciales : la troisième génération de combinaisons que j’utilise. Elle me permet de supporter des températures allant jusqu’à − 40° C. » 6. Bonnet
7. 40 mètres de corde d’alpinisme, légère et waterproof 8. Paire de crampons 9. Sac Duffel : « Pour tout mon équipement d’expédition. » 10. Baudrier léger : « Et tout mon matos d’escalade : deux vis à glace et un système de secours qui comprend un Ropeman [petit dispositif qui permet de grimper à la corde], un système d’assurage [pour contrôler la tension de la corde attachée à un compagnon de cordée situé en dessous], une sangle et un prussik [nœud amo-
vible fixé à la corde principale et qui peut freiner la descente en rappel]. » 11. Chaussettes épaisses 12. Trois paires de gants de différentes épaisseurs : « Des gants de travail et des gants de montagne. » 13. Première couche 14. Chaussures d’alpinisme 15. Sac à dos : « J’ai conçu le Nims 120 avec Osprey. Il est très léger, petit et compact, mais il peut contenir beaucoup de matériel : tente, oxygène et tout le reste. »
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« Si quelqu’un bat mon record, je serai le premier à venir lui serrer la main. »
Nims Purja : « Quelqu’un m’a dit d’attendre un an avant de le faire. Imaginez si j’avais reporté à cette année ! Lorsque vous choisissez le plan B dans la vie, vous vous dirigez tout droit vers l’échec. »
face. Et je lui ai répondu qu’il avait peutêtre raison. Mais à la fin, ça n’a plus d’importance. J’ai réhypothéqué ma maison. J’ai récupéré la plus grosse somme possible, soit un peu plus de 65 000 €, et j’ai mis de côté 10 000 € pour être en mesure de payer l’hypothèque en cas de problème. J’ai commencé le projet avec 5 % de la somme nécessaire. Un jour, sur l’autoroute, j’ai fondu en larmes. Je ne pleure jamais d’habitude, mais cette fois-là, je ne pouvais pas m’arrêter. Une seule question me venait à l’esprit : pourquoi m’embarquer dans ce projet ? » « C’était si douloureux que je voulais juste qu’une avalanche m’ensevelisse. Mais il ne s’agissait pas que de moi à ce moment-là. Il y avait une raison plus importante derrière tout ça. »
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orsque vous vous engagez dans un projet de cette ampleur, explique Purja, vous avez besoin de vous fixer un but. « Si j’avais voulu battre un record de huit ans, je me serais donné un objectif de sept ans. Mais je ne voulais pas être le meilleur. Je voulais montrer au monde entier ce qu’il est humainement possible de faire quand on se dévoue corps et âme à une cause. Et je voulais aussi mettre les alpinistes népalais à l’honneur. Pendant un siècle, nous avons fait partie du décor, mais la haute montagne et les sommets de plus de 8 000 mètres, c’est notre territoire. Je d evais faire quelque chose. Voilà comment je me booste. » Nims Purja n’est pas de l’ethnie sherpa, mais il s’identifie au terme utilisé pour décrire les Népalais travaillant dans le milieu de l’alpinisme. Son équipe est intégralement composée d’alpinistes népalais. Ces derniers ne sont pas des guides ou auxiliaires chargés d’aménager les voies. Ils sont ses égaux. « Lorsque les gens planifient une ascension, ils veulent faire appel à un sherpa parce qu’il connaîtra le chemin et pourra le leur montrer. Mais j’ai expliqué à mes équipiers que cette ascension était aussi une opportunité pour eux. Tout le monde aurait son heure de gloire. Eux aussi escaladeraient un nouveau sommet. Pour leurs prochaines missions en tant que guides, ils pourraient ainsi doubler leurs prix. » Les membres de l’équipe de Nims Purja sont désormais des étoiles montantes de l’alpinisme, à l’instar de Mingma David Sherpa qui, à l’âge de 32 ans, a été le plus jeune alpiniste à vaincre les quatorze sommets de plus de 8 000 m.
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« C’est mon bras droit et l’un des meilleurs sherpas que je connaisse », affirme Nims Purja, surnommé par son équipe « Nimsdai ». Dai signifie « grand frère » en népalais. Et c’est ce surnom qui apparaît sur la couverture de son nouveau livre, Beyond Possible: One Soldier, Fourteen Peaks – Life In The Death Zone. Le 23 avril 2019, l’équipe Project Possible a atteint le premier sommet de plus de 8 000 m, l’Annapurna au Népal, souvent considéré comme la montagne affichant le plus haut taux de mortalité au monde. Tandis que l’équipe effectuait sa descente, Nims Purja apprend qu’un autre alpiniste, Chin Wui Kin, un médecin malaisien, a été séparé de son équipe à 7 500 m. Nims Purja, Mingma David Sherpa et un troisième membre de l’équipe, Gesman Tamang, abandonnent leur mission pour revenir en arrière et lui porter secours. Deux jours plus tard, sur le Kangchenjunga (troisième dans la liste des plus hautes montagnes du monde), Nims Purja et ses comparses ont une nouvelle fois dévié de leur itinéraire pour venir en aide à deux autres personnes. Ces histoires ont fait la une des journaux, ainsi que le désormais célèbre cliché de Nims Purja montrant des alpinistes en train de faire la queue pour gravir l’Everest. « À mesure que je rayais les montagnes sur ma liste, les gens ont
« L’âge n’est qu’une vision de l’esprit, qui vous fait croire que vous vieillissez, et vous vous en servez d’excuse. »
commencé à faire des dons sur Go FundMe. » Mais surtout, les sponsors ont commencé à s’intéresser à Nims Purja. Ils ont fini par croire en lui.
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i le doute a un jour assailli Nims Purja, c’est lors de l’ascension du K2 et ses 8 611 mètres. « J’ai regardé une vidéo de l’endroit où les alpinistes avaient abandonné. Et quand le meilleur alpiniste népalais, qui a tout mon respect, m’a dit que c’était impossible, j’en suis venu à me demander si j’en était réellement capable. » Nims a décidé de faire l’ascension du K2 avec deux membres de son équipe. « Je leur ai dit : “Si nous n’y arrivons pas, nous redescendrons. Vous vous reposerez tous les deux et j’y retournerai avec deux autres membres de l’équipe. Et si nous n’y arrivons toujours pas, j’y retournerai avec deux autres encore. Nous ferons six rotations avant d’envisager l’abandon.” » Mais il a suffi d’une seule tentative. Le 24 juillet 2019, l’équipe de Nims Purja a atteint le K2, une montagne qui, encore aujourd’hui, reste invaincue pendant la saison hivernale. Lorsque Nims, qui a été fait membre de l’Ordre de l’Empire britannique pour ses exploits en tant qu’alpiniste, passe ses vacances au mont Blanc, ses 4 809 m, le point culminant des Alpes lui apparaît comme une promenade de santé. Voire un vol de plaisance. En effet, il a passé tout l’été à apprendre le speed flying, une version pimpée du parapente, avec sa voile plus rapide et plus légère qui peut rentrer dans un petit sac à dos, très appréciée par les alpinistes de l’extrême. Et Quand Purja s’amuse, c’est à fond. Il aime le hard rock, surtout AC/DC (« J’écoutais toujours Thunderstruck dans l’hélico des forces spéciales »). Nims reprend tout son sérieux lorsqu’il est question de son objectif. Car une autre raison vient s’ajouter à la liste : la sensibilisation au changement climatique. « Avant, je n’y croyais pas, avouet-il. Mais les faits sont là : quand j’ai escaladé l’Ama Dablam en 2014, il y avait de la neige que l’on pouvait faire fondre et utiliser pour cuisiner au Camp 1. Quand je suis revenu en 2018, nous avons dû apporter des bidons d’eau. » « Nous faisons tous partie de l’équation. J’ai ce moyen de me faire entendre, et mon influence ne fera qu’augmenter. Nous avons vingt ans pour opérer des changements. » nimsdai.com ; Instagram : @nimsdai 65
SOYEZ BON
La Californienne ANNE MUNITION, star du streaming, est digne de son pseudonyme : elle ne laisse aucune chance au harcèlement en ligne et s’impose avec sa gentillesse. Texte CHRISTINE FENNESSY Photos JOSH CAMPBELL
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nfant, elle avait déjà besoin d’énormément d’attention. Elle rêvait d’être une rockstar, et était la plus jeune, et aussi la plus bruyante de trois enfants. À treize ans, elle avait franchi toutes les étapes pour recevoir des acclamations lors d’événements open mic. De l’attention et des applaudissements, Anne Munition en récolte beaucoup aujourd’hui : la Californienne est l’une des streameuses les plus célèbres de la plateforme de jeux vidéo Twitch (son nom est un pseudo musclé pour protéger son identité). En 2014, lassée de son job de graphiste, elle découvre Twitch et y voit le potentiel pour faire avancer sa carrière de gameuse. En juin de la même année, Anne Munition lance son premier stream. Depuis la mi-2015, elle streame à plein temps. Elle compte aujourd’hui plus de 600 000 followers et a signé un partenariat avec Red Bull Gaming. Mais plus encore : elle utilise sa popularité pour expliquer aux internautes comment se comporter plus aimablement sur le net.
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the red bulletin : Vous avez un tatouage du soleil, de la lune et des étoiles qui sont censés représenter votre fratrie. Lequel de ces symboles incarnez-vous ? anne munition : Moi, je suis l’étoile – car j’aborde la vie comme une rock star. Ces tatouages, c’était votre idée ? Non, une idée de ma mère. Au lieu de nos prénoms, elle a toujours dessiné un soleil, une lune et des étoiles sur les paquets cadeaux de Noël. Elle nous disait que nous étions l’univers. Votre mère vous a aussi offert une console Nintendo à l’âge de sept ans. Qu’est-ce qui vous a fasciné dans les jeux vidéo ? J’aime bien faire des puzzles. Je crois que ce qui m’a vraiment interpellée, c’est que quand on joue à un jeu vidéo, il y a toujours un problème à résoudre. Vous aviez onze ans quand vous avez été confronté au harcèlement sur internet pour la première fois. Cela ne vous a pas fait peur ? Quand tu joues en ligne, il faut savoir gérer des personnes pas forcément sympas. J’étais têtue, et depuis que je suis THE RED BULLETIN
LA STAR D’À CÔTÉ Anne Munition, 30 ans, a plus de 600 000 fans qui la suivent quand elle streame. Pourquoi ? « Je peux être très divertissante. »
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gamine, j’ai un côté je-sais-tout. Quand les gens écrivaient des trucs pour m’empêcher de jouer, je voyais ça comme un défi. Un peu comme : « Tu ne veux pas que je fasse ça ? Alors je le ferai d’autant plus. » Quand vous avez commencé sur Twitch, qu’y avait-il de si palpitant à regarder les autres jouer ? Il faut s’imaginer ceci : il y a là quelqu’un en ligne qui est super doué(e) dans un truc que tu adores faire. Tu peux pratiquer ton hobby avec il ou elle, lui poser des questions, et il ou elle répond en temps réel. Avant, je travaillais à plein temps, alors je n’avais pas le temps de jouer moi-même bien que j’adore ces jeux. J’ai donc regardé les autres jouer et j’ai tout ressenti comme si je jouais moi-même. Qu’est-ce qui vous a motivé à démarrer votre propre stream ? On ne commence pas là-dedans en se disant : « Je vais avoir plein de succès en stream. » Moi je me suis dit : « Tiens, ça a l’air intéressant, j’ai envie d’essayer. » Il s’est avéré que ceux qui me regardaient me trouvaient rigolote. J’en suis fière. Je crois que je peux être très divertissante. Et c’est ainsi que vous vous êtes créé un cercle au sein duquel vous êtes réputée pour votre gentillesse ? Cela fait six ans que je streame. J’ai toujours été dévouée à mon ambition de créer une communauté dans laquelle les gens se sentent bien. Imagine, tu vas au travail tous les jours, mais tu détestes tes collègues, ou ils sont méchants avec toi. Et moi ça ne m’intéresse pas. On dit de ma communauté Twitch qu’elle est sympa, et c’est de cela dont je suis fière. Vous avez dit qu’on continue de sous-estimer combien il est difficile pour les femmes de ne pas être marginalisées en ligne ? Les gens cherchent ce qui te différencie des autres pour ensuite bien te piétiner.
« Je ne tolère personne d’irrespectueux envers moi ou n’importe qui d’autre. » 68
Je suis sûre que les sportives et sportifs pros et autres célébrités traversent la même chose, sauf qu’eux ne sont pas tous les jours en contact avec leurs fans. Nous, les streameurs, on essaie de construire une relation avec le public via nos chaînes et dans les chats, c’est sûrement pour cela que nous sommes plus vulnérables. Cela a eu un impact très négatif sur ma psyché. C’est difficile de continuer à voir le côté positif du boulot quand tu es constamment confrontée à ses aspects négatifs. Plein de gens me disent : « C’est THE RED BULLETIN
chiffres ne font que monter et descendre, ça peut flinguer le moral. On a toujours peur que ça ne cesse de chuter et qu’il faille se trouver un nouveau boulot. Et par-dessus ça, on devient parano par rapport aux autres streameurs. Il y en a qui viennent te chercher des poux, parce qu’ils savent que tu as du public. Certains ont réussi à s’infiltrer dans mon cercle par le biais de très bons amis à moi. Ça me fait douter, je ne sais plus à qui me fier. Je n’arrive plus à différencier qui veut réellement devenir mon ami(e), et qui ne fait que lorgner sur ma chaîne. Que faites-vous pour garantir que votre stream est un endroit où règne la bienveillance ? Je crois que beaucoup de streameurs ont peur d’être sévères avec leurs fans, ils ont peur de les faire fuir ou même de les b annir de leur chaîne. En ce qui me concerne, je n’ai pas de scrupules à virer quelqu’un qui dépasse les limites, car je ne veux tolérer personne qui soit irrespectueux envers moi ou n’importe qui d’autre. Même si cette personne me suit depuis longtemps, si elle commence à dire des choses désobligeantes, elle sort, c’est tout.
S’ENRICHIR À L’EXCÈS ? « Ceux qui pensent que streamer, c’est faire de l’argent facile ne voient pas toute la haine à laquelle vous êtes exposée », dit Anne Munition.
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facile de faire de l’argent en jouant aux jeux vidéo. » Ils ne voient pas toute la haine à laquelle il faut faire face. Par quoi cela s’est-il traduit pour vous psychiquement ? Je suis devenue complètement parano quant à ma vie privée. Et puis, on finit par croire qu’on peut évaluer sa propre valeur d’après des chiffres. Au final, c’est le nombre de tes abonnés qui va définir ton salaire, car le nombre de visiteurs positionne le site sur le ranking. Ces
Pouvez-vous nous raconter à quoi ressemble votre stress en tant que streameuse ? Au début, je streamais pendant huit à dix heures non stop. Je ne peux plus faire ça. Maintenant, je fais deux sessions de quatre heures chacune, avec une pause de deux heures entre les deux. Ce n’est pas bon de rester assis trop longtemps d’affilée. Pendant ma pause, je sors promener mon chien par exemple. Ce n’est pas une décision facile à prendre, car interrompre son stream, ça veut dire perdre des spectateurs. Même quand tu fais une pause technique, tu perds des gens. C’est comme de donner un concert, tu ne vas pas t’arrêter en plein milieu : « Désolée, faut que j’aille aux WC… » Si tu veux rester sous les feux de la rampe, il faut pouvoir le supporter. 69
Que faites-vous en matière de diététique et de fitness pour pouvoir être une meilleure streameuse ? Avant, j’avais un coach personnel, j’étais sûrement plus en forme que je ne l’avais jamais été. Depuis, je me suis acheté un rameur, que je continue d’utiliser, mais plus aussi souvent que je devrais. Une bonne alimentation est un sujet délicat pour les streameurs. Quand tu fais dix heures de stream, le plus simple, c’est de commander à manger par téléphone. Mais ce n’est pas très équilibré. Je fais en sorte de mieux manger. J’aimerais essayer de me préparer des menus que je puisse réchauffer au micro-onde. En gros, manger vite, mais bien. À quel moment avez-vous décidé de ne pas utiliser votre vrai nom ? J’avais déjà choisi ce pseudo avant même de savoir ce qu’était le streaming. Sur ma Xbox, Anne Munition c’était mon avatar. Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de ce pseudo ? Le roller derby (un sport américain presque exclusivement pratiqué par des femmes et qui se joue sur des patins à roulettes, ndlr). Dans ce sport, les nanas se trouvent des noms géniaux. J’ai cherché quelque chose de semblable à leur style, et comme je suis une grande fan de jeu de tir à la première personne, ça a collé. Et puis ça marche comme nom et prénom. On me demande souvent « Ton vrai nom, c’est Munition ? » et je réponds : « Bien sûr ! » La vérité, la voilà : mon vrai nom est très singulier. Et il est donc très facile de trouver plein d’infos sur moi. Donne trois pièces de puzzle à quelqu’un, il te finira le puzzle tout seul.
« Il est difficile de cerner intuitivement si quelqu’un a de bonnes intentions. » Pourquoi est-il si important pour vous de préserver votre identité civile ? Je crois que les personnes publiques en ligne, mais aussi les utilisateurs d’internet, devraient plus et mieux s’informer sur la protection des données et l’ingénierie sociale (la fraude en ligne pour obtenir des données sensibles, ndlr), bref en matière de sécurité de l’information. Les fraudeurs peuvent trouver ton adresse, ton numéro de téléphone, l’adresse de ta famille et de tes amis. Tu ne sais jamais si quelqu’un qui a l’air parfaitement normal l’est en fait vraiment. C’est en rencontrant les gens personnellement qu’on peut repérer des indices, ça vaut surtout quand on est une jeune femme. En contact virtuel, ce n’est pas possible. Il est difficile de cerner intuitivement si quelqu’un a de bonnes intentions. Il m’arrive d’avoir mauvaise conscience parfois parce que je m’en prends à des gens qui sont peut-être seulement curieux lorsqu’ils demandent : « Tu as grandi où ? » et moi : « Pourquoi ? Pourquoi tu veux savoir ça ? » Ça c’est mon côté parano.
Prudence ou paranoïa ? Anne ne veut révéler sa véritable identité à aucun prix.
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Pourtant vous avez partagé votre statut relationnel avec votre communauté. Comment jugez-vous ce qui peut être partagé de ce qui ne peut pas l’être ? Cela dépend de la personne qui parle. Et si je pense qu’elle peut vouloir utiliser cette information de manière mal intentionnée. J’ai un warning qui s’enclenche dans la tête à chaque fois que j’ai l’impression que quelqu’un me pose des questions sur des détails insignifiants qui ne servent pas ma chaîne. Avez-vous parfois du mal à faire la transition entre vos deux identités ? Oui. Parfois j’en oublie comment je m’appelle vraiment. Une fois, j’ai même écrit un mail à ma mère en signant Anne Munition tellement j’ai l’habitude de le faire dans mes autres mails.
CIBLE EN VUE « Je suis une je-saistout depuis que je suis gamine. » De là lui vient sa persévérance.
Comment allez-vous en ces temps de distanciation sociale ? Ma santé mentale en a pris un sacré coup. L’annulation, avec raison, des salons auxquels je participe normalement et le confinement m’ont profondément affectée. Ce qui rend le streaming en partie si difficile à gérer psychiquement, c’est qu’on passe son temps à côtoyer une minorité de personnes un peu barges qui se sentent plus fortes dans l’anonymat du net. Les salons et autres événements IRL, c’est l’exact opposé de cela. C’est là que je fais la connaissance de gens super enthousiastes à l’idée de me rencontrer en chair et en os. Ces gens-là sont franchement sympas. Ça me booste énormément au niveau de la confiance en moi, ça change de tous les petits coups bas qu’elle doit encaisser tous les jours. D’un autre côté, j’ai passé beaucoup de temps avec des gens qui m’ont chaleureusement remerciée d’avoir streamé en continu pendant la quarantaine. C’était un peu leur bulle de décompression dans un océan de mauvaises nouvelles.
Anne en action : twitch.tv/annemunition THE RED BULLETIN
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Rider de référence, KRISS KYLE a déjà atteint les sommets du BMX. Et il se lance aujourd’hui dans la belle étoffe avec la création de sa propre griffe de vêtements. Texte STUART KENNY Photos FRED MURRAY
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ouvert de tatouages de la tête aux pieds, Kriss Kyle est une œuvre d’art corporel. Mais, écrite en italique sur le côté droit de son cou, la formule « Unit 23 Home Forever » raconte une part de sa vie plus indélébile encore que l’encre du tatoueur. À l’âge de 14 ans, le rider BMX a quitté la maison familiale de la petite ville côtière écossaise de Stranraer pour rejoindre l’Unit 23, le plus grand skatepark couvert du RoyaumeUni, situé à environ 160 km plus au nord, à Dumbarton. Il finit par y vivre pendant les six années suivantes. Aujourd’hui âgé de 28 ans, il s’y rend encore régulièrement. C’est d’ailleurs à Unit 23 que The Red Bulletin l’a retrouvé lors d’une belle journée ensoleillée de juillet. « Parfois, je pouvais rider jusqu’à 4 heures du matin sur ce spot, explique Kyle. Peu de choses ont changé ici depuis mon adolescence. C’est ce que j’aime. Je voyage à travers le monde pour faire du BMX et j’adore ça. Mais c’est toujours un plaisir de revenir là. » Depuis son arrivée à Unit 23, Kyle a pris son envol, parcourant le monde en tant que rider pro, et il lance sa propre marque de sapes. Aujourd’hui, il est considéré comme l’un des riders les plus créatifs de la planète. En janvier 2019, il s’est élancé depuis un hélicoptère à 212 mètres au-dessus du niveau de la mer pour atterrir sur l’héliport de l’emblématique hôtel du Burj Al Arab à Dubaï. La vidéo Youtube de l’exploit cumule 13,2 millions de vues. Lors de son enfance à Stranraer, Kyle regardait son frère rouler en BMX au skatepark du coin. Il a longtemps imploré ses parents de lui acheter un vélo afin de le rejoindre. Pour son dixième anniversaire, il a reçu un Haro 360, son tout premier BMX. « À partir de là, c’est devenu la priorité dans ma vie, ajoute Kyle. Si on parle de BMX freestyle, c’est pour une bonne raison. Il n’y a pas de règles. Vous faites du vélo comme vous le souhaitez. Vous vous exprimez en le faisant. » Durant sa jeunesse, Kyle a dévoré tous les magazines de BMX qui lui passaient sous la main. Et il s’est régalé devant la série Road Fools qui montrait 74
les road trips de pros riders à travers l’Amérique. C’est à l’âge de 12 ans que Kyle a franchi pour la première fois les portes de Unit 23. « Quand je suis arrivé, j’ai vu ce quarter-pipe de 2,4 m de haut. Je ne pouvais pas y croire. J’avais l’habitude de rider sur des structures de 90 cm. Pour moi, c’était comme une méga rampe. C’était l’Everest. » Situé à trois heures de train de Stranraer avec un changement obligé à Glasgow, Unit 23 n’était pas vraiment le spot le plus proche de la maison de Kyle. Alors que son frère grandissait et laissait progressivement le BMX de côté, Kyle avait de plus en plus de mal à faire le voyage seul. « J’aurais fait n’importe quoi pour aller rider là-bas, explique-t-il. C’est certain que c’était un peu le bout du monde pour moi et que je devais aussi passer par le centre-ville de Glasgow sans vraiment savoir où j’allais. Mais ça en valait la peine. J’étais un enfant calme, mais finalement, j’ai réussi à me faire des amis de cette façon. Certains me proposaient
« Je ridais sur des structures de 90 cm. Ce quarter-pipe de 2,4 m de haut, c’était l’Everest. » THE RED BULLETIN
Kriss Kyle en plein tournage pour une vidéo TikTok, à Glasgow, en juillet 2020. Il savait dès son plus jeune âge que le BMX s erait sa vie.
Cette image est une superposition de Kyle exécutant la même ligne deux fois de suite, avec une tenue différente à chaque prise. La précision du rider de 28 ans est telle que les deux images s’ajustent parfaitement.
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même de rester chez eux pour éviter d’avoir à faire le voyage. Je devais demander à ma mère. Elle acceptait mais voulait juste que je sois de retour à l’école le lundi. C’est ce que je faisais, mais dès que j’étais en cours, la seule chose que je voulais faire, c’était de retourner rider. J’avais l’impression de perdre mon temps en étant à l’école. » « Tous les jours, je n’avais que le BMX en tête. Il m’arrivait de m’endormir en classe. Je n’étais pas un mauvais élève, mais je me faisais parfois renvoyer. Je rentrais à la maison, je prenais mon bike et j’allais rider. Ma mère était enseignante, mon père était le concierge de l’école et mon beau-frère était mon professeur de géographie. L’enseignement était donc très important dans notre famille. Maman m’appelait pour me demander où j’étais. Je lui disais que j’étais rentré à la maison parce que je ne me sentais pas bien. Mais en réalité, je roulais. J’étais tellement passionné par le BMX que rien ne pouvait m’empêcher d’en faire. C’était de l’amour pour cette discipline.
« Je n’aime pas me mettre en avant et je déteste rouler devant un public. » THE RED BULLETIN
C’est la première chose qui me motivait à me lever le matin. » Depuis ces moments particuliers, Kyle a changé et a même pris du temps pour venir parler à des enfants dans une école primaire afin de les pousser à poursuivre leur rêve. « J’ai toujours rêvé d’être un rider pro, mais venant de Stranraer, je n’ai jamais pensé que c’était possible. Aujourd’hui, je sais que si l’on est passionné par quelque chose et que la motivation est là, on peut réaliser n’importe quoi, peu importe l’endroit d’où l’on vient. Nous sommes tous faits de la même matière. Si vous en avez la volonté, vous pouvez le faire. » L’envie de rider n’a jamais quitté Kyle. Ses parents l’ont finalement laissé partir à Unit 23. Après avoir dormi quelques mois à droite et à gauche, le propriétaire du skatepark l’a invité à venir dormir directement dans la structure. « C’était comme un rêve pour moi », explique-t-il. La première année, il vivait seul. « Je ridais tous les jours et je travaillais parallèlement dans le café du skatepark. Je servais des frites et du fromage, se souvient-il. C’était une expérience incroyable pour moi. Mais j’avais peur la nuit car j’étais seul. Et puis, quelques-uns de mes amis ont emménagé avec moi et ça s’est amélioré. C’était les meilleurs moments de mon enfance. On vivait pour notre passion et Chick Mailey, le propriétaire de Unit 23, était comme un beau-père pour nous. » Kyle nous montre le premier endroit ou il a dormi au sein de ce park indoor de BMX. La pièce était située au bout d’un couloir sombre avec une lumière qui ne fonctionnait pas. Aujourd’hui s’y trouve un énorme half-pipe. « Avant, il y avait des rats ici. Ils nous couraient dessus et on essayait de les frapper avec une pelle. Quand j’y repense maintenant, c’était un peu dingue. » Une fois, Kyle a même été surpris par un cambrioleur qui s’était introduit dans le skatepark en pleine nuit. Un de ses amis l’avait chassé à coups de batte de baseball. Pourtant, malgré ces péripéties, Kyle semble ne rien regretter.
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i Unit 23 a pu être un temps envahi par les rats, le spot comptait aussi quelques commodités comme une petite cafétéria et un jacuzzi pour quatre personnes. « Je pense qu’on y est déjà rentré à quatorze », rit Kyle. Sur place se trouvait également une machine à tatouer. « Je l’ai utilisée un jour sur la jambe d’un ami, mais ce fut loin d’être concluant. » Kyle a lui aussi des tatouages dont une ancre sur sa main et d’autres aux jambes. « Les gens qui vivaient ici venaient de tout le pays. C’était comme les enfants perdus dans Peter Pan. C’est bizarre, mais maintenant, j’estime vraiment que ce sont mes meilleurs amis. Ils sont comme des frères pour moi. Nous avons tous des tatouages qui viennent de Unit 23. Même ma fiancée en a un. » Plus tard, un dortoir a été construit au sein du skatepark. « Il est toujours là, mais plus personne 77
« J’ai fait du mannequinat, dit Kyle, ambassadeur de marques comme SkatePro. Quand on me le propose, j’accepte toujours. J’aime bien ça. »
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« Les personnes qui évoluent dans la mode et dans le BMX sont très créatives. » ne vit ici désormais, précise Kyle. Pourtant, les chambres sont assez belles. » Au fond du couloir, le drapeau écossais a été accroché et l’ensemble fait penser à ces dortoirs basiques pour étudiants, mais avec un peu plus de confort quand même. « Voilà ma chambre, indique Kyle en ouvrant une porte. C’était la plus grande. » Vivre à temps plein dans un skatepark a permis à Kyle de progresser rapidement. Sponsorisé par Nike dès l’âge de 14 ans, il a ensuite rejoint la marque BSD (basée à Glasgow) et a fini par signer pour Red Bull le jour de ses 19 ans. Aujourd’hui, Kyle gagne sa vie en tant que rider BMX pro, mais il essaye surtout de passer des bons moments dans sa vie de sportif. « Il m’arrive d’appeler mes parents depuis l’Afrique du Sud ou l’Australie. Je n’ai plus la même vie qu’à 14 ans, mais j’ai toujours la même envie de rider tous les jours. »
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riss Kyle se consacre désormais davantage aux tournages de vidéos de BMX qu’à la compétition. « Je n’aime pas me mettre en avant et je déteste rouler devant les gens. Ça me rend nerveux. Je préfère essayer un truc pendant des heures et des heures de mon côté. Je peux saigner, transpirer… Mais une fois que j’ai réussi mon trick, c’est une sensation indescriptible. L’euphorie d’une compétition, ça peut durer une semaine alors qu’une vidéo qui marque la discipline, on en parle pendant des années. » Son film Kaléidoscope fait partie de ces vidéos incontournables. Ce projet de 2015 et cumule cinq millions de vues à ce jour sur YouTube. On y voit Kyle dans un décor façon science-fiction, évoluer sur des structures aux formes géométriques. Le niveau de riding est de tout premier ordre et sa créativité à son top. Sur l’une de ses lignes, il enchaîne un 360 footplant avec une réception sur un trampoline suivie d’un front flip. « Voir le résultat final après le tournage, c’était comme remporter une compétition. » Kyle est un féru d’Instagram. « Les réseaux sociaux sont le meilleur outil pour développer notre sport », confirme-t-il. Il poste chaque jour de nombreuses vidéos tournées dans les rues de Glasgow et la créativité est toujours au rendez-vous. « Parfois, j’ai l’impression d’être fou, se marre Kyle. Même lorsque je pars en vacances, j’ai toujours un œil sur le mobilier urbain pour voir ce que je pourrais en faire avec mon vélo. Je me demande si je ferai
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toujours ça à 50 ans. Je pense que oui, ce sera toujours au fond de moi. » S’il faut savoir être créatif dans les tricks, il faut aussi l’être lors du montage des vidéos. La photo d’ouverture de cet article a été prise lors du tournage d’une vidéo dévoilée sur le TikTok de Red Bull, dans laquelle on peut voir Kriss Kyle évoluer sur une même ligne avec plusieurs tenues différentes. Mises bout à bout, les images donnent l’impression que les vêtements changent de couleurs pendant que l’athlète réalise ses rides. Si Kyle est avant tout un rider BMX, il est aussi à l’aise en VTT et en motocross. Sa dernière réalisation concerne la création de sa propre marque de mode. « Quand j’étais jeune, avant même que les jeans moulants ne deviennent à la mode, j’essayais déjà d’en trouver. J’avais dû acheter des jeans pour petites filles parce que je n’étais pas très grand. Oui, vous avez bien compris, je portais des pantalons pour filles. » « J’ai toujours voulu créer ma propre marque de vêtements. Je pense que c’est le bon moment pour le faire. Je travaille avec un styliste, et ma sœur. On devrait dévoiler notre première collection en fin d’année. La marque s’appellera Nevontaii. C’est un nom tiré d’une puissante tribu écossaise qui a existé vers 100 ou 200 après J-C. Ils vivaient dans le comté appelé Dumfries and Galloway, là où je suis né. C’est une collection très personnelle. » On pourra y trouver notamment des jeans. « Il y a des similitudes entre la mode et le BMX, ajoute Kyle. Les personnes qui évoluent dans ces univers sont très créatives. Il s’agit de créer quelque chose d’original et de personnel. »
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utre le lancement de sa propre marque, la vie de Kyle a considérablement changé ces dernières années : il possède désormais sa propre maison, il a doublé une actrice dans un film hollywoodien (Alicia Vikander dans le rôle de Lara Croft pour Tomb Raider en 2018), il vient de devenir propriétaire d’un nouveau chiot (un labrador brun nommé Albert Kyle) et s’il n’y avait pas eu de confinement, il se serait marié avec sa fiancée Kayleigh et serait parti en lune de miel à Bali plutôt que de nous parler. Le mariage est désormais prévu pour 2021. Et d’autres projets vont arriver. « Finalement, c’est plutôt beau l’Écosse. Je mentirais si je disais que je n’aime pas la vie que je mène. » Alors que nous terminons notre visite du skatepark, Kyle s’arrête un moment dans l’immense Hall 2. « S’il n’y avait pas eu Unit 23, je ne serais pas là où j’en suis actuellement. Je dois tout à cet endroit. » D’une certaine manière, l’enfant qui a emménagé ici à l’âge de 14 ans est toujours le même. Si des choses ont changé depuis, Unit 23 restera toujours la maison de Kyle. Instagram : @krisskyle 79
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PERSPECTIVES Expériences et équipements pour une vie améliorée
ESCALADER UNE CASCADE DE GLACE
JONATHAN GRIFFITH
Argentière, France
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PERSPECTIVES voyage
« Avant les années 70, nul n’osait s’attaquer à la cascade de glace. Aujourd’hui, la discipline est en plein essor. » Tarquin Cooper, grimpeur de glace et commentateur
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L’auteur, Tarquin Cooper, s’assure.
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JONATHAN GRIFFITH
de compétition international. Il y a quinze ans, j’ai débuté dans ce sport fort de mon expérience d’alpiniste. Mais lorsqu’on m’a sollicité pour commenter la Coupe du monde UIAA pour la saison 2019-20, j’avais cessé de grimper depuis plusieurs années. Regarder les pros en action a rallumé ma flamme. Quelques semaines après la finale, rendez-vous était pris pour une séance avec Jon. Nous nous retrouvons sur le parking des Grands Montets à Argentière, à quelques kilomètres de Chamonix, plaque tournante des aventuriers, alpinistes, skieurs hors-piste et amateurs de sensations fortes de tout genre. Les chutes sont relativement acces-
TARQUIN COOPER
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es cascades d’Argentière, dans les Alpes françaises, sont un spectacle en soi – une puissante chute d’eau alimentée par l’immense glacier d’Argentière dans le massif du Mont-Blanc. Du moins en été. En hiver, perché à 2 000 mètres d’altitude et privé de soleil, le tumultueux torrent se fige et devient l’une des destinations d’escalade sur glace les plus prisées de la région. Nous sommes en février. J’escalade l’une de ses chutes, équipé de piolets et de crampons à pointes d’acier. Autour de ma taille, une corde de sécurité me relie à mon guide de montagne, Jon Bracey, suspendu 50 mètres audessus de moi. Il me crie ses consignes en vain, sa voix se perd dans le vent qui balaie la vallée. Soudain, la corde se tend – le signal m’invitant à avancer. L’un après l’autre, je libère les piolets de la glace et les plante un peu plus haut. J’en fais de même avec mes pointes… L’escalade de glace est une activité extrême, solitaire et très physique. Les alpinistes sont, depuis des décennies, accoutumés à la neige verglacée, mais avant les années 70, nul n’osait s’attaquer à la cascade de glace. C’était sans compter sur l’alpiniste américain Jeff Lowe, partisan du « style alpin » – une technique d’ascension rapide avec un matériel réduit – qui, en 1974, vient à bout des 110 mètres des chutes de Bridalveil dans le Colorado, avec Mike Weis. Il faudra attendre vingt ans pour disposer d’un matériel adapté à cette pratique. Les piolets incurvés (et non droits) avec une lame plus tranchante, et les broches à glace pour l’ancrage rendent l’escalade sur glace accessible à un plus grand nombre. La discipline connaît aujourd’hui un véritable essor, en témoignent les festivals à travers le monde et le circuit
PERSPECTIVES voyage
En hiver, les chutes d’Argentière se transforment en une structure de glace de toute beauté.
Rejoindre les chutes comprend trajet en téléphérique, rando et descente. THE RED BULLETIN
sibles. Un court trajet en téléphérique, une descente en skis, une petite rando et vous y êtes deux heures plus tard. La vue est spectaculaire. Derrière nous, les légendaires faces nord de l’Aiguille Verte, des Droites et des Courtes se dressent fièrement – des sommets de près de 4 000 mètres d’altitude. Désormais terrain de jeu des amateurs de ski extrême, ces parois abruptes et leurs ravines furent autrefois le théâtre d’ascensions pionnières. Je pose mon regard sur la glace au-dessus de nos têtes. Les voies vont de 40 à 120 mètres de hauteur, certaines légèrement intimidantes, d’autres absolument terrifiantes. Après avoir scruté le terrain, Jon entame l’ascension. Il avance sans effort, s’arrêtant ici et là pour poser des broches. Je me lance à mon tour. En quelques minutes, le sang chaud irrigue mes mains, jusque-là froides – c’est douloureux – tandis que les muscles restés inactifs et sollicités soudain au maximum de leur capacité atteignent le seuil anaérobie. L’émotion monte d’un cran, j’avance sur une glace pure, une réalité que mon cerveau peine à admettre. Le mouvement du piolet est relativement facile : on se penche en avant, on arme le bras, on le rabat en passant le poignet au-dessus de la tête pour planter le piolet à l’endroit souhaité. En pénétrant la glace, la lame émet un son reconnaissable et rassurant. On peut alors sans crainte y confier son poids. Mais ce n’est pas toujours le cas… À environ 20 mètres d’une voie de 50 mètres, sur une partie raide à 90°, j’abats mon outil sur la surface. Celleci se brise en une centaine de morceaux. J’essaie à nouveau, en vain. Encore deux ou trois coups, mais rien à faire, la glace est trop froide, trop friable. La tension monte : « Combien 83
PERSPECTIVES voyage
Une question d’équilibre : Cooper plantant son piolet lors de sa difficile, mais exaltante ascension.
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sommet, c’est l’euphorie, nous nous enlaçons comme de vieux amis. Puis Jon prépare les cordes pour la descente, tandis que je m’imprègne de la vue, des sommets scintillants qui nous entourent de toute part. Lorsqu’on affronte l’impossible, la vie semble moins intimidante.
Tarquin Cooper est alpiniste et commentateur officiel de la Coupe du monde d’escalade de glace UIAA ; theuiaa.org/ice-climbing
Royaume des glaces
Les meilleurs spots d’Europe Chamonix, France L’étendue des montagnes offre d’innombrables possibilités. Les deux versants du glacier d’Argentière cumulent des dizaines d’itinéraires. Rjukan, Norvège Théâtre d’un célèbre raid anti nazi durant la Seconde Guerre mondiale, ce bourg possède des vallées aux versants abrupts privés de soleil en hiver, gage d’une bonne glace. Cogne, Italie L’absence de stations de ski est l’occasion d’apprécier la nature en hiver. Croiser une chèvre de montagne n’est pas rare. Kandersteg, Suisse L’hiver, l’Oberland bernois devient un paradis de sommets et de cascades gelées. Certains parcours comptent parmi les plus difficiles des Alpes.
Solide comme un roc : Cooper et son guide, Jon Bracey.
Innsbruck, Autriche Dès que le mercure plonge, la vallée de l’Inn et ses nombreux flancs escarpés révèlent de multiples parcours de glace. THE RED BULLETIN
JONATHAN GRIFFITH
de temps vais-je tenir sur mes crampons d’acier avant que mes mollets ne cèdent ? » Avoir un tronc puissant est vital, mais le levage est assuré par les mollets. Alors que la glace continue à se détacher, je jette un œil sur mes pieds, en évitant de regarder le vide qui les sépare. Positionné à hauteur de poitrine, mon bras fort montre les premiers signes d’épuisement. Au sommet, ancré dans la glace, Jon tient solidement la corde. Si mon piolet venait à céder, ma situation prendrait un sale tour. Avec autant d’objets tranchants embarqués, mieux vaut éviter la chute, y compris pour le deuxième de cordée. Mon bras faible ballant s’étiole rapidement. Je maintiens ma tête penchée sur le côté au cas où le piolet viendrait à lâcher, chose qui n’est pas rare. Je déplace mes pieds pour changer de position, je lève les bras, recule et entreprends une ultime tentative avec la force du désespoir. En cas d’échec, c’est la chute assurée. Le coup n’est pas génial, mais il prend. Je monte le pied prudemment et plante le deuxième piolet pour re- prendre mon ascension, en suivant la corde sur un passage moins incliné et finis par rejoindre Jon, enfin. Au
HORS DU COMMUN Retrouvez votre prochain numéro en février en abonnement avec et avec dans une sélection de points de distribution et sur abonnement. LORENZ HOLDER/RED BULL CONTENT POOL
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PERSPECTIVES montres
LONGINES SPIRIT
L’esprit pionnier
Cette montre faite pour l’aventure s’est inspirée des exploratrices et des explorateurs qui se fiaient déjà à la précision et l’élégance Longines un siècle plus tôt. Elinor Smith, Howard Hughes, Paul-Émile Victor, Amélia Earhart… Quatre personnalités, pionnières des airs, qui ont vécu par et pour l’aventure. Dès les années 1920, ils confiaient déjà leur sécurité aux instruments Longines. La nouvelle collection Spirit rend hommage à ces esprits courageux et téméraires. longines.ch
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WOLFGANG WIESER
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PERSPECTIVES gaming NOUVELLE VERSION
Faites-vous augmenter Cyberpunk 2077 est un jeu dominé par les cyborgs, mais est-ce pour autant une projection réaliste de l’avenir ? Longtemps pilier de la science-fiction, le transhumanisme – courant de pensée selon lequel l’évolution de l’homme passe par son augmentation technologique – est aujourd’hui une science bien réelle, au cœur du nouveau Cyberpunk 2077. Le jeu vidéo met en scène Keanu Reeves dans un rôle de poète de rue au corps augmenté. Situé dans un futur dystopique où les gens troquent volontairement leurs membres et organes contre des versions améliorées, le jeu permet de vivre dans la peau de V, un mercenaire personnalisable avec des implants augmentant ses capacités. La conception même du jeu s’appuie sur une réelle technologie à la pointe du transhumanisme. La synchronisation labiale, par exemple, se déroule en temps réel via un réseau de neurones analysant le son. Le jeu peut ainsi être traduit dans plusieurs langues sans modifier le code d’animation. Est-ce dire que nous sommes à la veille d’un monde de cyborgs aux capacités corporelles décuplées ? Spécialiste du futur et gamer accro assumé, Tom Cheesewright nous livre sa vision d’un Cyberpunk 2077 réel…
Cyberpunk 2077 : voilà à quoi ressembleront les tutos maquillages YouTube dans cinquante ans.
Intelligence artificielle
Sujet phare de la science- fiction actuelle, l’humain augmenté sera bientôt bien réel selon Cheesewright. « Idem, dans moins de dix ans, un “assistant numérique personnel” accomplira nos tâches de la vie courante comme assurer sa voiture avec la possibilité d’actualiser le coût à tout instant. Caméras à 360°, microphones, capteurs cutanés galvaniques, rythme cardiaque et respiration aideront l’IA à anticiper nos besoins et à nous connaître intimement. »
MATT RAY
Devenir un cyborg
« Des bras et des jambes bioniques, c’est bien, mais comment l’énergie circulerait-elle ? questionne Cheesewright. Et comment éviter que ces puissants engins n’endommagent le corps auquel ils sont fixés ? » Les évolutions seront selon lui, plus subtiles et focalisées sur l’augmentation des sens existants. « Gilets vibrants, élecTHE RED BULLETIN
un courant électrique dans le cerveau pour accroître la concentration et le bien-être. Cela peut évoluer vers un implant sous-cutané. Un poussoir dans le lobe de l’oreille déclencherait un flux améliorant la performance sportive ou la créativité ».
trodes sur la langue, caméras miniatures intégrées aux lentilles entre autres. Le casque à réalité mixte constitue la prochaine étape. Il se généralisera dans moins de dix ans. »
Visée améliorée
Spécificité du Cyberpunk 2077, le pistolet connecté au cerveau, à la vision et aux cyber membres de votre avatar, réagit à une vitesse sur humaine et fait toujours mouche. « J’ai étudié la mécatronique [mécanique et électronique] et je vois comment la visée gyroscopique améliore la précision d’une arme de poing. Avec des lunettes intelligentes, un soldat pourrait réagir à une cible avant même de la visualiser. »
Bourrage de crâne
Tom Cheesewright, auteur de Future-Proof Your Business, conseille entreprises et institutions sur les mutations futures.
tomcheesewright.com
Nul n’a oublié Matrix et Keanu Reeves branchant un câble dans son crâne pour y télécharger le kung-fu. Cheese wright pense que les intrusions de contrôle seront moins invasives et plus indirectes à l’avenir. « Il existe déjà des appareils produisant
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Dans son roman Neuromancien, William Gibson, « père du cyberpunk », envisage le monde virtuel comme une « hallucination consensuelle ; une représentation graphique des données ». Pour Cheese wright, c’est la direction que prend toute l’interaction humaine avec les ordinateurs – un processus d’abstraction. « L’expérience est générative. Elle traduit les données en une forme physique avec laquelle l’homme peut interagir. Dans l’espace virtuel, l’interaction a lieu entre personnes, ou avec des IA dont la haute complexité multicouche ne permettra plus de les différencier d’un humain. Une perspective effrayante. Distinguer le réel de ce qui ne l’est pas deviendra difficile. ».
Cyberpunk 2077 sur PS4, PS5, Xbox One, Xbox Series X/S, Windows et Stadia ; cyberpunk.net 87
PERSPECTIVES fitness DÉCODER
L’ADN du sport Une perf sous influence
Votre miroir vous suggèret-il de faire de l’exercice ? Parlez-en à votre ADN.
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Le gène du sprinteur « La protéine ACTN3 agit sur la récupération après certains exercices », explique Grice (ci-dessus). Produite dans les fibres musculaires à contraction rapide, qui libèrent des poussées rapides de puissance, elle est régulée par le gène ACTN3, surnommé le gène de la vitesse. « Certains l’ont, d’autres pas. La plupart des sprinteurs d’élite en sont pourvus. Sa présence profite aux sports de force. »
tats d’analyse, conseils d’entraînement personnalisés et régime a limentaire génétiquement adapté vous sont accessibles via une application de la société. « Le but n’est pas de dire aux coaches d’une équipe cycliste comment rendre leurs coureurs plus rapides, explique Grice, mais de leur fournir des données individuelles sur chaque athlète, sur les variations internes liées au régime alimentaire, par exemple. » Il cite le cas d’une cycliste dont l’analyse d’ADN a révélé une tendance à la prise de poids après la saison. « Elle présentait de multiples variations génétiques liées à la suralimentation. Faire de l’exercice c’est bien, mais si
vous arrêtez, vous mangez plus. Nous lui avons conçu un programme d’intersaison. Résultat : l’athlète a cessé de grossir, et justice lui a été rendue en prouvant que la prise de poids n’était pas due à sa paresse. » Selon Stuart Grice, une blessure est au corps ce que la faillite d’une entreprise est à l’économie, nous en connaissons les tenants et les aboutissants, mais ignorons les impacts sur le fonctionnement futur du système dans son ensemble. « Là est l’avenir de notre industrie : fournir des prévisions clés pour anticiper les changements dans le système. Mais la route est encore longue », conclut-il.
fitnessgenes.com
L’horloge interne Le rythme circadien qui régit notre cycle de sommeil est lui-même régulé par certaines protéines. « Les mutations de ces protéines peuvent affecter le moment idéal pour manger et pour s’entraîner, explique Grice. Les meilleures performances ont lieu entre midi et 20 heures, c’est pourquoi de nombreuses compétitions d’élite se déroulent en début de soirée. Mais cela ne convient pas à certains athlètes. » Cure de légumes La variabilité génétique peut nuire à l’oxygénation des muscles par les vaisseaux sanguins. Il est possible d’y remédier par des moyens naturels, assure Grice : « Augmenter la consommation d’aliments à forte teneur d’azote comme la betterave peut chez certains avoir un effet positif. » THE RED BULLETIN
FLORIAN OBKIRCHER
Génie génétique : le programme d’entraînement qui fait saliver.
ALEX AULD
Alimentés par les données de navigation internet, les algorithmes permettent comme jamais auparavant une approche personnalisée de chaque individu. Ainsi, Netflix peut prédire nos choix de séries, Amazon nos achats. « Nous adorons choisir, avance Stuart Grice, biologiste et ancien chercheur en génomique à l’université d’Oxford. Une façon pour nous d’affirmer notre pseudo-indépendance. Comment comprendre alors, que notre approche de la santé ait jusqu’à récemment été uniforme ? On nous enjoint de ne pas fumer, de perdre du poids tout en négligeant la spécificité de chacun. » En 2013, Grice et deux collègues décident de créer des programmes de remise en forme basés sur l’analyse génétique. « Un outil qui vous suggère des exercices physiques, non pas en fonction de votre comportement passé, mais de vos prédispositions génétiques », résumet-il. Sept ans plus tard, la science tâtonne encore, tandis que l’industrie de la génomique personnelle, elle, prospère. Athlètes professionnels internationaux ou simples particuliers, les clients abondent chez FitnessGenes, la société de Grice. La démarche est simple : pour 150 €, vous recevez un kit de prélèvement salivaire que vous retournez à FitnessGenes. Celle-ci extrait votre ADN et l’analyse. Quelques jours après, résul-
Trois manières dont les gènes influencent nos performances.
PERSPECTIVES au programme
déjà disponible SKATE AFRICA Un documentaire qui dévoile les scènes skate en plein essor du Kenya et du Ghana, où l’on découvre deux des communautés de r iders qui se développent le plus rapidement sur le continent africain (et où l’on apprend qu’il y a plus de skateuses que de skateurs au Ghana).
déjà disponible LIFE OF KAI: REDEFINING POSSIBLE
BJARNE SALÉN, MATTIAS HAMMAR/RED BULL CONTENT POOL, GOLD AND GOOSE
déjà disponible THE MOUNTAIN WHY Les freeriders californiens Cody Townsend et Michelle Parker, potes de longue date, se lancent dans un trip de 1 500 bornes, à vélo puis à ski, voyage qui les changera à jamais et leur rappellera pourquoi ils font ce qu’ils font.
Qu’il s’agisse de se frotter aux plus grosses vagues du monde ou de redéfinir ce qui est possible sur une planche de surf, la série Life of Kai emmène les téléspectateurs dans un voyage immersif, à la poursuite des rêves du waterman hawaïen de 28 ans, Kai Lenny.
déjà disponible BRAD BINDER: BECOMING 33 Brad Binder pilote des motos depuis l’âge de dix ans. Il est passé de la Red Bull MotoGP Rookies Cup au Moto2, et a maintenant gagné sa chance sur MotoGP. Est-il prêt pour ce nouveau défi ? Découvrez-le avec ce documentaire dédié au pilote de vitesse sud-africain.
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MOUSTACHE FRIENDLY JULBO CYRIUS RANCHO EDITION Pour fêter la saison 7 du Rancho Web Show, le moustachu le plus célèbre de la planète ski paie sa collab’ : un masque frameless, traité antibuée, à mousse double densité doté d’un nouvel écran cylindrique miroité en vert, avec finitions métallisées classes comme une paire d’éperons neufs ! 189 € ; julbo.com
Objectif neige Avec vos skis ou sur une planche de snow, sur ou hors pistes : tout le n écessaire pour vous amuser cet hiver. Si c’est possible ! Texte PATRICIA OUDIT
PERSPECTIVES matos
À FOND DE SNOW
Une galerie d’art là-haut
FIXATIONS BURTON STEP ON X
G SHOCK BURTON MUDMASTER
LA BÊTE POUR LES BELLES
La connexion la plus intuitive du monde du snowboard mise à jour grâce à la réactivité de spoilers en mélange carbone, un système step-on qui facilite le chaussage, des crochets arrière au niveau des orteils pratiques au moment du déchaussage. Le tout doublé d’un confort d’amorti au top. 400 € ; burton.com
Modèle iconique, son bracelet avec motif camouflage enneigé est inspiré par le travail de Dean Blotto Gray, photographe de renom spécialisé dans le snowboard. Tracking d’activités, indicateur des calories brûlées… Sans oublier boussole, thermomètre, altimètre/baromètre. 429 € ; gshock.com
Les meilleures snowboardeuses au monde comme Laurie Blouin, Miyabi Onitsuka ou encore Christy Prior ont œuvré pour offrir à cette planche rapide et puissante un excellent touché de neige. Une bête de freestyle dédiée aux femmes. 589 € ; nitrosnowboards.com
PLANCHE CULTE
COOL, CHIC ET CHAUD
RIDE À RÉACTIONS
ESTHÉTIQUE TOCANTE
NITRO BEAUTY
BURTON SKELETON KEY
MANTEAU BURTON GORE-TEX BALSAM
LES BOARDS LES PLUS COURTES…
Ce modèle tout-terrain est cher aux cœurs des riders de la team. Pourquoi ? Parce que de la poudreuse japonaise aux pistes légendaires du mont Baker, son shape directionnel puissant associe à son cambre une largeur centrale légèrement augmentée qui tranche comme un couteau aiguisé. 580 € ; burton.com
Fermeture éclair asymétrique, zips arrière aux poignets, matériaux respirants : quand des lignes épurées se croisent avec une excellente protection et imperméabilité, les rideuses signent ! Style original + technologie discrète = garantie de glisser sans geler en toute élégance. 300 € ; burton.com
… sont parfois les meilleures : ce snow déchire toute la montagne, peu importe la qualité de neige. Légèrement en dessous de sa longueur normale, ce nouveau shape fuselé est aussi agile en poudreuse que pour carver ou réaliser un ollie au-dessus d’un filet. 529 € ; nitrosnowboards.com
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NITRO SLASH
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PERSPECTIVES matos
L’AMOUR DU SKI Et de votre terrain de jeu
SWITCH & RIDE ! SMITH SQUAD MAG Quand on ride fort, il faut pouvoir s’adapter fissa aux aléas du climat : ce masque est doté d’un système de changement d’écran ultra simple et rapide pour y voir clair par tous temps, ce grâce à six points de contact et deux leviers présents dans la monture. 220 € ; smithoptics.com
IMPERMÉABLE
Retourne ta veste… Timberland Climate Pack … Et tu découvriras une membrane en polyester résistante à l’eau ainsi qu’une isolation légère et respirante composée à 100 % de plastique recyclé. Dans la doublure, pour tripler la protection et réduire l’impact environnemental, se cache aussi un tissu constitué d’au moins 40 % de plastique recyclé. 250 € ; timberland.com
DOIGTS AU BUT Elles vous permettront de manipuler votre matériel comme si vous n’en aviez pas (de moufles).
COUP DE MAIN
Chaud le combo ! Dakine Excursion
LIGNES FLUIDES SALOMON STANCE 96 Et carver devint un jeu d’enfant ! Le secret de ce duo maniabilité/précision ? Deux plaques de titanal sur toute la longueur du ski procurant une accroche de feu dans les pires conditions, tout en libérant les forces de torsion nécessaires pour de puissants virages dynamiques. 650 € ; salomon.com
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Un extérieur tissé extensible, une paume en cuir durable, une isolation Primaloft et une doublure en laine polaire font un combo qui gardent vos doigts au chaud, le tout sans entraver votre dextérité ni vous faire transpirer. À noter : ces moufles existent aussi en gants. 109,95 € ; dakine.com
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PERSPECTIVES matos
NATURELLEMENT ICONIQUE
3 EN 1 SUR LA MAIN
ELEMENT ASCENT
PRIMALOFT REUSCH EXPLORER PRO R-TEX XT PCR LOBSTER
Le designer anglais Jeff Griffin, retiré dans sa ferme auto-suffisante, n’en finit plus d’être inspiré par la nature. Cette veste réversible composée à 90 % de matières recyclées et recyclables est un condensé et aboutissement de vingt ans de recherches. 450 € ; elementbrand.fr
Un 3 en 1 quasi intégralement composé de matériaux recyclés après consommation, et ne contenant ni PFC, ni chrome. La formule : un gant intérieur entièrement isolé, souple et remplaçable, combiné à un gant extérieur imperméable et très résistant. 200 € ; reusch.com
CHAUSSEZ-LES
Coques attack Roxa R/Fit 130 I.R.
CRISTAL COLLAB
À la recherche d’une chaussure rigide mais confortable et légère ? Confortable : coché ! Avec un chausson et une coque thermoformables et une possibilité d’ajustement aux mollets. Légère : coché ! Grâce, mais pas seulement, à la combinaison de design et d’un prototypage en 3D, réduisant l’utilisation de matériau. 449 € ; roxa.com
ELAN INSOMNIA BLACK EDITION SWAROVSKI Pour le plus grand bonheur des dames qui envoient du gros avec grâce, ELAN et Swarovski ont décidé de travailler une nouvelle fois ensemble. Ce ski, orné des célèbres cristaux est typé piste, large de 73 mm au patin, laissant envisager des runs et du carving de pros. 799 € ; elanskis.com THE RED BULLETIN
UN CHAUSSON Le confort de cette chaussure est redevable, entre autres, à la technologie BioFit.
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PERSPECTIVES matos
MODE BACK COUNTRY
Sous très bonne protection
NÉCESSAIRE
Votre garantie de survie…
FONCTIONNEL En charge de votre sécurité, ce bon gilet dispose d’espaces dédiés à vos essentiels de sortie.
Arva Airbag Reactor Vest 15 … si par malheur vous étiez pris sous une avalanche. Ce gilet airbag dispose de l’espace nécessaire pour stocker votre matériel de sécurité dans son dos thermoformé, soit 15L répartis en 3 compartiments sans oublier les 6 poches placées à l’avant. Le tout pesant 2160 g. 579 € ; arva-equipment.com
D’UN GESTE La tech’ Ridgelock vous permet de changer rapidement vos verres. Et ça reste étanche.
PROTECTEUR
Speed ! Oakley Flight Path XL
Développé en collaboration avec le champion du monde de ski alpin, le Norvégien Aleksander Aamodt Kilde, ce masque taille XL optimise le champ de vision à tous les angles, tandis que les nouveaux verres Ridgelock EV améliorent la visibilité vers le haut, offrant ainsi une zone de vision dégagée à grande vitesse. 211 € ; oakley.com 94
BIG MOUNTAIN, GROS PLAISIR ELAN FREERIDE RIPSTICK 116 Toujours cette même identité joueuse, le ski big mountain par excellence, rudement testé par les meilleurs skieurs au monde. Résultat : il flotte dans la peuf et sait tailler des courbes dans les murs. L’équilibre parfait entre légèreté, puissance et perf. 699 € ; elanskis.com THE RED BULLETIN
PERSPECTIVES matos
ARMURE ULTIME
GROS TEMPS
SALOMON OUTPEAK 3L SHELL
VESTE HAGLÖFS VASSI
Comme une carapace : son tissage résistant et respirant constitue la dernière couche, celle qui au-dessus de tous les autres vêtements apportera protection et flexibilité nécessaires pour s’adapter aux aventures et aux terrains extrêmes, malgré les grands froids. 500 € ; salomon.com
Fabriquée à partir de la dernière génération de tissu Gore-Tex, nec plus ultra de la protection contre les conditions météo extrêmes, cette veste spéciale freeride est équipée de nombreuses poches, d’ouvertures d’aération découpées au laser et d’une jupe pare-neige. 650 € ; haglofs.com
SON TRUC EN PLUS Sa boucle Fidlock est aimantée (et moult fois primée). Vous l’ouvrirez et la fermerez d’une seule main.
TRÈS SÛR
Sécurité hors-normes Casque Uvex Legend Pro Pendant 28 mois, ski-crosseurs et skieurs experts comme Paul Eckert l’ont testé sur le terrain. Résultat : un casque léger (400 g) répondant aux critères les plus élevés de sécurité, présentant une gestion de la température inédite, inspirée du système de respiration des grands requins. Disponible en 3 tailles. 149 € ; uvex.com THE RED BULLETIN
COUP DE POUDRE BLACK CROWS NOCTA Envie de s’amuser dans des conditions bien fats ? Voici le joujou ultime. La formule magique : grosse portance, cambre inversé et lignes de cotes tendues qui permettent à ce ski, par ailleurs stable et maniable, d’assurer une bonne grosse flottaison en poudreuse. 799 € blackcrows.com
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MENTIONS LÉGALES
THE RED BULLETIN WORLDWIDE
The Red Bulletin est distribué dans six pays. Voici la Une de l’actuelle édition en Autriche, avec Matt McIlvane, le nouvel entraîneur star du EC Red Bull Salzbourg. Le plein d’histoires hors du commun sur redbulletin.com
Les journalistes de SO PRESS n’ont pas pris part à la réalisation de The Red Bulletin. SO PRESS n’est pas r esponsable des textes, photos, illustrations et dessins qui engagent la seule responsabilité des auteurs.
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Direction générale Alexander Müller-Macheck, Sara Varming (adj.) Rédacteurs en chef Andreas Rottenschlager, Andreas Wollinger (adj.) Direction créative Erik Turek, Kasimir Reimann (adj.) Direction artistique Marion Bernert-Thomann, Miles English, Tara Thompson Maquette Martina de Carvalho-Hutter, Kevin Goll, Carita Najewitz Rédaction photo Eva Kerschbaum (dir.), Marion Batty (adj.), Susie Forman, Tahira Mirza, Rudi Übelhör Rédaction web Christian Eberle-Abasolo (dir.), Elena Rodriguez Angelina, Benjamin Sullivan Projets spécifiques Florian Obkircher, Arkadiusz Piatek Gestion de la rédaction Ulrich Corazza, Marion Lukas-Wildmann Gestion de l’édition Ivona Glibusic, Bernhard Schmied, Anna Wilczek Directeur exécutif Stefan Ebner Directeur ventes médias & partenariat Lukas Scharmbacher Directrice de coédition Susanne Degn-Pfleger Gestion de projet coédition, marketing & communication B2B Katrin Sigl (dir.), Mathias Blaha, Katrin Dollenz, Thomas Hammerschmied, Teresa Kronreif (B2B), Eva Pech, Valentina Pierer, Stefan Portenkirchner (communication) Solutions créatives Verena Schörkhuber-Zöhrer (dir.), Sara Wonka, Julia Bianca Zmek, Edith Zöchling-Marchart Gestion commerciale coédition Alexandra Ita Rédaction coédition Raffael Fritz (dir.), Gundi Bittermann, Mariella Reithoffer, Wolfgang Wieser Directeur exécutif de la création Markus Kietreiber Gestion de projets créatifs Elisabeth Kopanz Direction artistique coédition Dominik Uhl (dir.), Stefanie Werth, Andreea Parvu Design commercial Peter Knehtl (dir.), Simone Fischer, Martina Maier, Alexandra Schendl, Julia Schinzel, Florian Solly, Stephan Zenz Abonnements & distribution Peter Schiffer (dir.), Nicole Glaser (distribution), Victoria Schwärzler, Yoldaş Yarar (abonnements) Service de publicité Manuela Brandstätter, Monika Spitaler Fabrication & production Veronika Felder (dir.), Friedrich Indich, Walter O. Sádaba, Sabine Wessig Lithographie Clemens Ragotzky (dir.), Claudia Heis, Nenad Isailović, Sandra Maiko Krutz, Josef Mühlbacher Finances Klaus Pleninger, Mariia Gerutska MIT Christoph Kocsisek, Michael Thaler Opérations Melanie Grasserbauer, Alexander Peham, Yvonne Tremmel Gestion de projet Gabriela-Teresa Humer Éditeur et directeur général Andreas Kornhofer Adresse Heinrich-Collin-Straße 1, 1140 Vienne, Autriche Téléphone +43 1 90221-0 Fax +43 1 90221-28809 Web redbulletin.com Propriétaire, éditeur et rédaction médias Red Bull Media House GmbH, Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, 5071 Wals bei Salzburg, Autriche, FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 Directeurs généraux Dietrich Mateschitz, Dietmar Otti, Christopher Reindl, Marcus Weber
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Pour finir en beauté
Le prochain THE RED BULLETIN sortira le 25 février 2021.
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TIM ZIMMERMANN/RED BULL CONTENT POOL
Coussins neigeux C’est à cela que doit ressembler l’hiver : Blair Habenicht (à gauche) et Travis Rice, snowboardeurs pros américains, traversant la vallée de Kootenay en ColombieBritannique, au Canada. Ils descendent ce qu’ils appellent la Pillow Line, la ligne de coussins. Pour suivre l’aventure des deux esthètes de la neige dans cette poudreuse duveteuse, c’est par ici : redbull.com
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