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The Red Bulletin Février 2019 - FR

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FRANCE FÉVRIER 2019

HORS DU COMMUN Votre magazine offert chaque mois avec

L’INCLASSABLE

DU STAND-UP Le projet de FARY ? Ne plus vous faire rire !


ÉDITORIAL

PAS QUE DU SPORT ET DES TAUREAUX… Sachez-le : le magazine de Red Bull ne fait pas que dans le sport ! Oui, le casting improbable que nous proposons chaque mois n’est pas forcément en lien avec la canette qui donne des ailes. Pour preuves : l’humoriste Fary n’a d’extrême que son envie d’explorer chaque compartiment du stand-up. Quant au Volocopter, taxi volant de demain, il n’affiche aucun taureau rouge sur son carénage. Et pour l’éminent producteur Nile ­Rodgers, c’est sa très copieuse carrière qui est en soi énergisante.

Le photographe congolais Alexis Chabala a rejoint Paris depuis Londres pour notre shooting de une avec Fary. Une séance photo dans la rue, au rythme des salutations de fans parisiens. Page 24

ALEXIS CHABALA (COUVERTURE)

Le fil rouge de The Red Bulletin ? Que nos invité(e)s, hors du commun, vous inspirent, qu’importe leur talent. Être unique est leur réalité et notre a ­ mbition. Nous la partageons certainement avec les m ­ agazines Society et So Foot que nous accompagnons désormais chaque mois. Lisez plus ! Votre Rédaction

THE RED BULLETIN

CONTRIBUTEURS NOS ÉQUIPIERS

BERNARD LE BARS

« J’aime photographier le sport et tout ce qui touche à l’humain. » ­Sapeur-pompier de Paris vingt-six ans durant, Bernard est devenu photographe et a suivi pour nous la Race Across France, page 34. « J’ai été surpris et admiratif de la volonté des différents cyclistes capables de rouler dans une solitude totale jusqu’à 36 heures d’affilée, avalant des kilomètres de dénivelé », dit celui qui en connaît un rayon côté volonté et engagement.

JESS HOLLAND

Cette journaliste anglaise a défié une météo hostile pour suivre le nageur d’endurance Ross Edgley sur son bateau de survie. « On m’avait prévenue que je deviendrais sa meilleure pote avant même d’avoir quitté l’embarcation », se remémore-t-elle. En fait, il lui aura fallu cinq minutes à blaguer et à philosopher à ­propos des défis qui poussent l’homme à se dépasser. Tous à l’eau en page 64.

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SOMMAIRE février

REPORTAGES

2 4 E n mode alternatif

Le stand-up n’est plus ce que vous pensez, et l’humoriste Fary est bien décidé à explorer toutes ses possibilités.

3 4 D e l’autre côté

La Race Across France a mis 25 cyclistes à l’épreuve, sur 2 600 km parcourus en un peu plus de six jours pour le vainqueur.

4 6 L e miraculé du groove

Nile Rodgers a produit des dieux de la musique, et beaucoup fait la fête avec eux. Par chance, il est encore là pour le raconter.

5 2 P rofession : baston

Les fights de Nicky Larson et le parfum de Cupidon, c’est pour lui.

5 4 L es taxis, c’est du vol ! Eh oui ! Les taxis de demain voleront dans les airs !

6 4 V ogue le galérien

Faire le tour de la Grande-Bretagne à la nage, et réussir : un bon défi hors du commun comme The Red Bulletin les affectionne. L’histoire d’une renaissance, ou comment la maladie a contraint le populaire magicien britannique Dynamo à réinventer son art.

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LA FIN DES BOUCHONS ?

Le Volocopter, taxi des airs, devrait être un transport urbain viable d’ici quelques années.

OSSI PIISPANEN, TFO, BERNARD LE BARS

7 0 R edevenir magique

ET DYNAMO EST RÉAPPARU

Incapable de battre un jeu de cartes, Dynamo a repensé sa magie grâce au public et retrouvé un souffle.

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BULLEVARD Un mode de vie hors du commun

8 Cardi B : diplômée du rap 10 Le Tour de flat de Matthias

Dandois ou la France des spots

12 Cours de survie : renouez avec

l’essentiel 13 Pyroman met le feu aux nouveaux hits du rap français 14 Ne regardez pas que votre plat 16 Uzumaki expose sa fourrure 18 Quelle basket êtes-vous ? 20 Le Red Bull Knock Out ou ­l’enfer du motocross 2 2 Imaginez-vous aller sur la Lune pour… jouer au golf !

GUIDE

Voir. Avoir. Faire. 76 Voyage : plongez aux Açores 80 Red Bull TV : restez branché 82 Agenda : ils donnent des ailes 84 Guide spécial Enduropale du

Touquet Pas-de-Calais 86 S’équiper pour le fitness 96 Ours : ils et elles font le TRB 98 Makes you fly : ballon au vol

34 2 600 BORNES DANS LE DUR

Pour certains de ces cyclistes, joindre la moitié de la Race Across France était le défi.

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BULLEVARD U N

ST Y L E

D E

V I E

H O R S

D U

C O M M U N

Elle fait partie de ces gens qui ont su rebondir et réussir en dépit de l’adversité.

KAT MORGAN

CARDI B « FAITES PREUVE DE BON SENS » THE RED BULLETIN

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B U L L EVA R D

Cardi B La volubile tchatcheuse américaine aux origines ­caribéennes a atteint des sommets grâce à un style unique. L’impossibilité financière d’intégrer une faculté serait à l’origine de son ascension.

LA RAPPEUSE QUI RÊVAIT D’ÉTUDIER B

elcalis Almanzar alias Cardi B réalise très tôt que tout n’est pas possible. Intégrer l’université est un rêve qu’elle doit abandonner en raison de difficultés qui se multiplient. Ce qui ne l’empêche pas de créer des mixtapes, d’étoffer ses réseaux et son ­public. Elle se raccroche à ce qu’elle a à sa disposition, avec raison : « Le secret est de se laisser porter ; si un projet ne marche pas, il suffit d’essayer autre chose », déclare celle qui est devenue l’une des voix les plus respectées de la scène actuelle du hip-hop. À 26 ans, la chanteuse (dont les ­parents ont quitté les Caraïbes pour s’installer dans le Bronx) compte déjà deux nominations aux Grammy, a collaboré avec Bruno Mars et vendu plus de quatre millions de son p ­ remier album studio Invasion of Privacy. the red bulletin : Comment rester optimiste quand tout s’écroule autour de soi ? cardi b : En faisant preuve de bon sens ! Malgré tous les revers que l’on essuie, ça vaut toujours le coup d’essayer quand même. J’ai compris qu’un rêve brisé ne représente pas un obstacle insurmontable, mais que c’est au contraire ­l’occasion de rebondir et de prendre le risque de tenter autre chose. Quand j’ai dû abandonner mon souhait

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d’aller à la fac, je me suis tournée vers la musique, une activité qui était restée latente. C’est ainsi que vous avez pu surmonter ce renoncement ? Cela m’a aidée à rester motivée et à donner libre cours à ma créativité, sans retenue. Je ressentais un élan de productivité combiné au plaisir de faire. Ça a donné des résultats et ça m’a convaincue de poursuivre. Si vous aviez été obstinée… Je me serais bloquée, j’aurais trébuché encore et encore. Les choses auraient perdu tout leur sens, ce qui est très dangereux. Peut-être qu’un jour, je prendrai le temps de faire des études. Il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves… Avez-vous l’impression que c’est votre détermination qui vous a menée jusqu’ici ? En partant de zéro, on apprend dès le début ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Cela permet de se tromper quand c’est nécessaire et de continuer avec un peu plus de ­lucidité. Cette profession mêle art, d ­ ivertissement et affaires. En ne se concentrant que sur un aspect du job au lieu d’embrasser une vision ­globale, il est probable que tout ne fonctionne pas pleinement. Suivre chaque étape pas à pas permet d’orienter sa

carrière judicieusement. Quand il n’y a pas de limites, on s’emballe, on tombe dans le caprice ou l’incertitude, ce qui est désastreux. Quand vous vous concentrez sur la création, comment fonctionnez-vous ? Écrire une chanson, c’est un défi que j’adore. Traiter des idées intangibles et personnelles, les transformer en paroles qui vont provoquer des émotions, ça me motive. J’invente de nouvelles formes dans le hip-hop. Mon environnement m’inspire, il est comme un système qui s’auto-­alimente. Grâce à votre authenticité, vous vous êtes aménagé une place de choix sur la scène hip-hop… Et cette même authenticité peut justement me poser ­problème, comme quand on interprète mal mes paroles ou quand j’emploie des expressions qui ne sont pas ­politiquement correctes. Et les réseaux sociaux renforcent cela. Mais je m’en moque car j’assume ce que je ressens et ce que je pense. Vaut-il mieux emprunter la voie la plus difficile ? L’avantage de ne pas avoir de facilités au début, c’est que l’on doit bosser dur et faire preuve de ténacité et de patience pour y arriver. Il faut capitaliser ce que l’on a au lieu de focaliser sur ce que l’on n’a pas. Dans mon cas, j’ai examiné mes ­ressources : écrire des textes, les rapper, mettre une base musicale, aussi simple soit-elle, et tirer parti du net. J’ai persévéré, sans me sentir idiote, j’y ai cru. Partager ma vision du monde est une réalité qui me satisfait pleinement.

Instagram : @iamcardib

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« PEUT-ÊTRE QU’UN JOUR, JE PRENDRAI LE TEMPS DE FAIRE DES ÉTUDES. »

KAT MORGAN

BENJAMÍN ACOSTA

La rappeuse Cardi B faisait partie des cent personnalités les plus ­influentes de 2018 selon le ­magazine Time.

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VINCE PERRAUD

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Quête du spot

TOUR DE FLAT

Neuf villes, 75 spots, 250 personnes rencontrées… Quand le champion du monde de BMX flatland, Matthias Dandois, se lance pour un « tour de flat » au volant d’un ŠKODA KODIAQ, il met le paquet et termine en beauté aux pieds de la Tour Eiffel, avec une photo prise à l’intérieur du ŠKODA KODIAQ – et en stationnement – par Vince Perraud. Instagram : @skodawelovecyclingfrance

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Apprendre à pêcher

Une bonne trousse de survie inclut fil de pêche et hameçons. On peut aussi faire sans. « Roulée et tissée, la fibre d’ortie fera du bon fil, souple et résistant. » Pour l’hameçon, une épine fera l’affaire. « Au Royaume-Uni, j’utilise l’aubépine ou le prunellier. » Reste à trouver l’appât. « En creusant la boue ou sous les rochers, vous trouverez des crustacés et des vers. » Hunt pose 12 à 20 lignes. En eau douce, privilégiez les zones profondes, les berges pentues, les arbres en surplomb ou les remous, lieux généralement plus poissonneux. « En mer, installez vos longues lignes à marée basse dans les parties creuses et ­revenez à marée haute. »

Manger frais

… SURVIVRE EN PLEINE NATURE

Selon Thom Hunt, expert en bushcraft (l’art de vivre dans les bois) et en fourrageage (l’art de chercher sa nourriture), survivre dans la nature tient plus du bon sens que de l’omniscience.

T Notre expert Thom Hunt est ambassadeur de la marque ­Filson et dispense des cours de survie.

raverser le Sahara ­occidental à pied avec des Touaregs ? Élever des rennes avec le peuple Sami en Arctique ? ­Aucun problème pour Thom Hunt : pour cet Anglais spécialiste de la survie en milieu hostile, mieux vaut faire confiance à la nature qu'à la technologie. « J’adore la nature. C’est une expérience impitoyable et sans concession. Si vous ne connaissez pas ses règles de vie, elle vous punit. »

Avoir du nez

Pour savoir si des prédateurs rôdent à proximité, il suffit « d’observer les déjections. Celles des ours contiennent 12

des insectes et des baies. Si elles ne comportent pas de peau, que l’odeur est récente et leur aspect mou, soyez sur vos gardes, un animal est dans les parages ». Attention, les herbivores ne sont pas tous inoffensifs. « Le cerf élaphe n’hésitera pas à vous attaquer. Je mesure 1,85 m, sa taille au garrot ; il est énorme et pèse plus d’une tonne. »

Allumer le feu

Votre 4×4 tombe en panne alors qu’une nuit glaciale se profile. Comment faire du feu sans allumettes ni petit-bois ? « Court-circuiter les bornes d’une batterie de 12 volts, ou celle d’une voiture produit des étincelles. La laine de verre est efficace, son fil fin brûle comme le filament d’une ampoule et forme une bluette et un tison. » Les forêts fournissent aussi des allume-feux naturels. « Privilégiez le bois gras d’un arbre abattu contenant de la résine de pin. Prélevez des c­ opeaux à l’aide d’un couteau. Une étincelle suffit à enflammer la résine. »

Trouver refuge

« Faites de l’environnement votre allié, poursuit Hunt, qui a survécu à des tempêtes de neige de six heures avec une tribu sami. Par temps sec et sans vent, − 25 °C sont supportables, mais quand le vent et la neige s’en mêlent, le ressenti est de − 50 °C. » Il faut alors vite se mettre à l’abri. Tout est bon pour se protéger : une p ­ aroi rocheuse, une rangée d’arbres, ou la banquise. La glace est d’ailleurs un excellent ­isolant : Hunt ne part jamais en A ­ rctique sans sa pelle.

7thrise.co.uk THE RED BULLETIN

MATT RAY

Comment…

Dans la nature, Hunt suggère d’identifier trois végétaux ­comestibles pour se nourrir sans danger. « La menthe a des feuilles pointant dans des ­directions opposées et une tige angulaire », précise-t-il. Cette famille de plantes ne comptant pas de variété toxique est très fréquente dans les f­ orêts de hêtres et de chênes. Côté champignons, il en est un ­facile à reconnaître. « D’un jaune éclatant et dépourvue d’insectes, la girolle est très ­répandue. » Et pour finir, l’ail des ours. « Abondant au printemps et très parfumé, il se cuisine très bien. »

TOM KIRKMAN

Hunt vous prépare pour l’aventure, la vraie.


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Pyroman

PROFESSION : HITMAKER Comment fabrique-t-on un hit ? Le beatmaker des rappeurs Niska, Damso et Kalash raconte la genèse de ses plus gros succès.

S

FABIEN BREUIL

ANTOINE CARBONNAUX

on nom vous est peut-être inconnu. Pourtant, ses morceaux ont sûrement percuté vos oreilles récemment. Niska, Damso, Kalash, SCH… tous portent sa marque de fabrique, une signature vocale discrète, placée en début de morceau et répétant en cascade les trois syllabes du nom de ce producteur de hits en série : ­Pyroman. ­Débarqué de Guadeloupe à 18 ans, le beatmaker ne tarde pas à percer en métropole. Un aimant à disques d’or, de platine et de diamant, c’est désormais vers les USA que lorgne le jeune producteur. Entre deux ParisL.A., il revient sur les secrets de ­fabrication de quelques-uns de ses plus gros succès. @pyromanbeatz

Quand Pyroman produit un beat, il enflamme les streams.

KALASH BANDO (2015)

NISKA RÉSEAUX (2017)

KALASH FEAT. DAMSO MWAKA MOON (2017)

SCH LE CODE (2018)

« J’étais encore en Guadeloupe quand j’ai fait cette i­nstru. Je créais des beats tous les jours, dans mon salon, en rentrant des cours. Arrivé à Paris pour faire mes études, j’ai rencontré mon manager actuel. Il a fait écouter mes prods à Kalash, qui en a retenu une. Le morceau a explosé avec la sortie du clip. Le nombre de vues n’arrêtait pas d’augmenter, c’était fou. »

« J’ai commencé par produire des morceaux de crunk que j’envoyais à des rappeurs aux États-Unis puis Wacka Flocka a sorti Livin Life en 2009. On n’appelait pas encore ça de la trap mais c’était évident : il ­fallait que je m’oriente vers ce style très sombre, très street. L’instru de Réseaux était pour un artiste ricain, qui ne l’a pas prise. Niska y a cru et a battu les records de streams avec. »

« Ce jour-là, je me pointe en studio et Kalash y enregistre un morceau. J’ouvre mon ordi direct et je commence à produire une instru, comme ça, en vingt minutes. Quand il sort de cabine, je lui fais écouter et il dit : “J’y retourne.” Il a posé dessus, l’a envoyée à Damso, qui m’a lâché une dédicace : “Sur une bête de beat de ­Pyroman sous les feux de la rampe, je me brûle les ailes.” »

« Dans le Sud avec Soprano, je suis allé voir SCH et il a bloqué sur cette ébauche d’instru à l’abandon. J’ai demandé à un pote de m’envoyer des lignes de guitare, on en a gardé deux, en début et fin de morceau. Le Pyroman qu’on entend sur mes prods, c’est ma voix enregistrée alors que je n’avais pas encore mué. Ça fait partie de l’instru, comme un tableau, il est toujours signé. »

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Churchill, Canada

POIVRE ET CIEL

COLE MOSZYNSKI

Au Dan’s Diner, on sert des spécialités régionales, du c­ aribou et de l’élan notamment. Mais le plus surprenant dans le wagon-resto (posé sur essieux de 1,7 m !) du chef Jared Fossen, c’est le spectacle que l’on peut contempler par le toit panoramique : dans la solitude de la province de Manitoba qui borde la baie d’Hudson, on dîne sous la clarté des aurores boréales. dans-diner.com

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L

a carrière artistique de Uzumaki Cepeda débute grâce à un tableau raté. L’artiste dominicano-américaine essaie de percer depuis quelques années en expérimentant l’acrylique, l’aquarelle, la sculpture, la photographie et la céramique. Installée dans un loft qu’elle partage avec une dizaine d’autres artistes dans un quartier branché de Los Angeles, elle peint et revend des vêtements vintage sur le site Etsy pour gagner sa vie. Un jour, Uzumaki (née Julianna Cepeda) réalise une toile de 1,20×1,50 m. Le résultat ne lui plaît guère. Elle veut s’en débarrasser mais ne sait comment s’y prendre. La solution lui vient en chinant chez les grossistes de t­ issus de son quartier – son activité préférée pour tromper l’ennui. Uzu repère un échantillon de fausse fourrure bleu royal. Elle l’emporte chez elle, l’agrafe sur la toile et la montre à son petit ami. Le couple observe la toile recouverte de fourrure en fumant une cigarette. « Tu tiens là une idée en or », lui lance-t-il. Le lendemain, elle recouvre une table et ses chaises. Trois ans plus tard, les fourrures synthétiques et flashy d’Uzumaki, 23 ans, enveloppent toute sorte d’objets : cuisinière, boucles d’oreilles, jantes de voitures. Son art et son image (elle est aussi mannequin) investissent galeries d’art sous le patronage de marques comme Nike et UGG et les magazines comme Forbes et Glamour. Google et Vogue l’envoient en Europe, et son compte Instagram cumule

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UNE DOUCE ­RÉVOLUTION

Uzumaki Cepeda a fait de la fourrure un art et l'intègre à des espaces ­protégés dédiés aux minorités.

À travers ses installations en fausse fourrure, l’artiste revisite les souvenirs heureux et douloureux de son enfance.

47 000 abonnés. La relative notoriété de l’artiste afro-­ latine auprès du grand public est d’autant plus remarquable qu’elle crée aussi pour les exclus. En couvrant les objets du quotidien de fourrure et en ne photographiant que des sujets blacks ou métissés, son but est de procurer aux minorités discriminées, dont les femmes et la communauté LGBT, un cadre de vie empreint de douceur, de confort et de sécurité auquel ils n’ont pas accès. Uzumaki connaît bien ce sentiment. Alors qu’elle n’est encore qu’un bébé, son père est expulsé vers la République dominicaine, obligeant sa mère à élever seule Uzu et ses deux frères dans le Bronx. À huit ans, Uzu est victime d'un viol commis par un membre de sa famille dominicaine, un homme que sa tante continuera à voir pendant des

années. « Petite, j’ai vécu ­beaucoup de galères, confie Uzumaki, des expériences qui m’ont privée d’enfance. Aujourd’hui, grâce à mes expériences artistiques je renoue avec l’enfant que j’étais, tout comme ceux que mon art inspire. » Son travail nourrit chez les gens le sentiment d’innocence et l’imagination enfantine. Dans une installation, Uzumaki recrée une chambre d’ado recouverte de fourrure, avec une Nintendo et un téléphone hamburger. Dans un autre « espace protégé », elle sautille pieds nus parmi des échantillons de fourrure bariolés. Indigo Room, une installation plus émotionnelle, mettant en scène une femme à la coupe

afro hurlant dans un téléphone rouge – inspirée de l’enfance d’Uzu où elle essayait désespérément de joindre son père – inclut une touche cosy : un bébé noir, portant des couches de fourrure blanche, posé sur un tapis de fourrure jaune dont la douceur invite à y plonger les doigts. Uzu voit en son travail l’antidote du racisme et de la discrimination qu’elle observe. « Les Blacks et tous les gens de couleur en font constamment les frais dans le monde entier, explique-t-elle. D’un certain type en Amérique, le racisme prend en République dominicaine une tout autre forme, mais sa cible demeure la même. Les Dominicains d’antan étaient à leur insu enfermés dans l’impérialisme blanc. » Elle cite en exemple la haine de soi inconsciente au sein de sa famille afro-dominicaine, qui classe les cheveux très crépus en catégorie 4c, un mauvais cheveu, alors que le cheveu raide est un bon cheveu. « Le mal est profond », soupire-t-elle. Uzu pense que l’art a un rôle à jouer. « Je suis une jeune Dominicaine reconnue dans le monde de l’art. Il faut soutenir les artistes dominicains qui travaillent sur la santé mentale et contre le racisme, l’homophobie, la misogynie… des maux ancrés dans notre culture. » Lors d’une exposition, Uzu rencontre une jeune Dominicaine qui lui confie avoir pleuré en découvrant ses œuvres, véritables moteurs d’évolution de la communauté. À ceux qui aspirent à devenir des artistes activistes, elle suggère de « surmonter le manque d’inspiration. J’ai exploré beaucoup de supports avant de trouver le mien. Renoncer n’est pas une option. J’ai claqué jusqu'à mon dernier sou pour acheter le matériel dont j'avais besoin, avant de toucher mon premier gros chèque. Il faut croire en soi. Je me suis toujours considérée comme une artiste, même quand j’étais fauchée. » uzumaki.gallery THE RED BULLETIN

PAOLA CASTILLO, CRISTINE ARMOSILLA, REDGI WOODS

Uzumaki Cepeda

GLORIA LIU

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« J’AI BEAUCOUP EXPLORÉ AVANT DE TROUVER MON SUPPORT. »

Uzumaki explique qu’elle est une conteuse visuelle.


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La bible de la basket

SNEAKER EST-IL ?

Des premières chaussures de basket-ball de Chuck Taylor dans les années 1920 à la Yeezy à plus de 9 000 €, ce guide édité par le magazine Sneaker Freaker raconte (presque) toute l’histoire de la basket.

ike Air Force 1, ­ didas Yeezy 350, Reebok a ­Instapump Fury. Pour certains, de simples chaussures, pour beaucoup d’autres un art de vivre. La basket est passée en un siècle d’un statut de simple godasse de sport à celui de ­véritable objet de culte. Grand prêtre en cette église, l’Australien Simon « Woody » Wood, rédacteur en chef du magazine Sneaker Freaker, lui voue une obsession sans borne au point de passer ces cinq dernières années à en rédiger le bréviaire. Sneaker Freaker: The Ultimate Sneaker Book, publié chez Taschen, est un guide complet de l’univers extravagant des fous de baskets. Un pavé de

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que la Nike Dunk High du ­Wu-Tang Clan et la collection adidas du designer J­ eremy Scott, et explore l’effet Yeezy et l’envolée des prix dans la haute couture. La lecture donne au novice la sensation d’être un expert en la matière. Mais d’où vient cette folie pour la basket ? « Le truc avec elles, suggère Wood, est que peu importe où vous grandissez, Tokyo, New York, Londres ou ailleurs, arrive un moment où elles font partie de vous et de l’image que vous voulez renvoyer. » Avec des milliers de ­modèles dans sa collection, ­laquelle le reflète le plus ? « Je reviens toujours à la Air Force 1 de Nike. J’adore les grosses pompes. » taschen.com

Qui n’a jamais porté de baskets ? Novices et pros s’éclateront avec ce guide. THE RED BULLETIN

LOU BOYD

N

650 pages retraçant près de cent ans d’histoire de l’industrie agrémenté de milliers de photos, d’infos et d’anecdotes. Un grand nombre de modèles présentés provient de la collection personnelle de Wood. « C’est toute ma carrière ­professionnelle, explique-t-il. Trouver des données concernant cet objet m’obsède, je veux tout en comprendre, la fascination suscitée par cette industrie, son incroyable créativité, son attractivité. » Le livre part de l’iconique chaussure de Chuck Taylor ­datant des années 1920 et poursuit l’histoire de la basket avec ses créateurs, ses marques et les subcultures qu’elle a conquises. Il revisite également les modèles issus de ­célèbres collaborations telles

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3. 4.

5.

1. Des fétichistes s’émeuvent pour le dessous des baskets : semelles d’une Nike Air Max Plus, ou TN. 2. Malette « Top ­Secret » ultra collector pour les 35 ans de la adidas Superstar en 2005. 3. Cette Nike SB « eBay Dunk » mise aux enchères pour une association caritative en 2003 atteindra 30 000 $ (environ 26 000 €), l’acquéreur anonyme obtient une paire à sa pointure tandis que le prototype original est ­découpé au hachoir pour en assurer l’exclusivité. 4. Quand adidas produisait des baskets en Alsace… 5. Classique : des Vans Era à damier de 1977. THE RED BULLETIN

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Red Bull Knock Out

LE PREMIER À L'EAU… La longue plage de Scheveningen aux Pays-Bas attire tout au long de l'année les amateurs de chars à voile, de beach-volley et de kitesurf. À l'exception d'une ­journée, fin novembre, où la s­ tation balnéaire accueille une compétition nettement plus bruyante. Un m ­ illier de riders ­enduro se retrouvent alors sur le littoral pour défier les vents violents et les sables mouvants, dans une course sur plage considérée comme l'une des plus ­coriaces de la planète. L'édition 2018 s'est terminée par la victoire de l'Anglais Nathan Watson. redbull.com

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FUTURE7MEDIA/RED BULL CONTENT POOL

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Les participants du Red Bull Knock Out essaient de naviguer entre les bosses et les billots de la section X-Loop de la piste Scheveningen.

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BU L L E VA RD

Passion cosmique

ON A GOLFÉ SUR LA LUNE

Sa première balle a atterri dans un cratère. La deuxième a volé des « kilomètres, des kilomètres et des kilomètres » comme le déclare le commandant de la mission Apollo 14, le 6 février 1971. En réalité, ce ne furent que 400 mètres. La légende dit que pour cette avant-première lunaire, Alan Shepard, alors âgé de 47 ans, avait r­ éussi à transporter clandestinement son club dans la navette spatiale en le faisant passer pour un outil. En 2006, le Russe Mikhaïl Tiourine frappe une balle d’un seul bras depuis la station ISS et l’envoie faire 48 fois le tour de la Terre.

Le club de golf d’Alan S ­ hepard (avec son manche à visser).

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HENRY LEUTWYLER, NASA

CHRISTIAN EBERLE-ABASOLO

Image extraite de la vidéo montrant Alan Shepard après un swing difficile sur la Lune en 1971.


Red Bull France SASU, RCS Paris 502 914 658

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5 MAI 2019 - 13H

100% DES FONDS SONT REVERSÉS À LA RECHERCHE SUR LES LÉSIONS DE LA MOELLE ÉPINIÈRE WINGSFORLIFEWORLDRUN.COM


EN MODE ALTERNATIF

Du salon de sa prof d’histoire à l’AccorHotels Arena, l’humoriste FARY s’est déployé en militant du stand-up et prône la diversité d’une « forme » comique encore perçue comme limitée. S’il n’a pas les réponses, soyez assurés que Fary a bien les questions. Texte PH CAMY  Photos KAMUNIKA

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L’homme au micro d’argent : Fary au Comedia où il s’est produit un mois et demi devant mille personnes par date.


Pour le stand-up ! Amoureux de la vanne, l’humoriste y a trouvé un terrain de jeu sans limites.


«À

une certaine heure, juste avant mon spectacle, je sais que je dois prendre la manette, parce qu’on va jouer à FIFA. Et je ne la lâcherai que trois minutes avant de monter sur scène »… « On », c’est la clique de stand-uppers new school qui évoluent quotidiennement autour de Fary dans l’étage dédié aux loges du Comedia, salle à l’ancienne du boulevard de Strasbourg, en plein centre de Paris. « On », ce soir de novembre, c’est Jason Brokerss et Rachid Badouri (qui assure un show à 19 heures avant celui de Fary, à 21 heures), ou encore Panayotis Pascot (il glisse une tête furtive) avec lequel collabore Fary, lancé dans l’humour après avoir fait ses armes en télé parmi les young guns de Yann Barthès période Canal +. Pour Fary, ce n’est pas tant LE jeu vidéo de foot (le fameux FIFA) en mode deux contre deux qui vaut le coup, mais bien toutes les vannes qu’autorise chaque but. « Ce qu’on aime, ce n’est pas juste le fait de marquer un but, mais l’après, quand on va charrier l’adversaire pendant trois minutes », précise Fary. Il appuie bien sur l’après, comme il le fait dans ses spectacles. Pour rendre encore plus percussif le bon mot, la punchline ou la bonne question, celle qui fera rire autant que réfléchir. Car si cet humoriste original de 27 ans a bien digéré l’ADN humoristique du standup, il le rend particulier en y injectant ses réflexions, ses questions, souvent sans réponses. Avec Fary, on rigolera bien, mais on se prendra souvent à douter ou se questionner, bien incapables de se placer d’un côté ou de l’autre d’une notion, en l’occurrence celle de l’identité, au cœur de l’actuel spectacle d’un humoriste né en France de parents capverdiens. Le premier spectacle, celui qui esquissera le Fary de 2019, a lieu dans le salon de sa professeure d’histoire il y a une dizaine d’années, alors qu’il est lycéen ; elle l’aidera à écrire ce premier show, alors qu’il grimpe sur de petites scènes depuis ses onze ans. Depuis, Fary s’est imposé parmi les plus frais humoristes français, est le premier auquel Netflix France dédiera une production exclusive (filmée au Cirque d’Hiver à Paris, Gad Elmaleh étant le premier comique français à avoir collaboré avec Netflix, aux USA), a offert quelques saillies aux téléspectateurs de Laurent Ruquier, et achevé une Fary Week début 2017 (un marathon de huit salles en sept jours). Après un mois et demi à afficher complet au Comedia fin 2018 et

« Si je suis un spectateur de 35 ans, je n’ai pas envie qu’un petit jeune de 24 ans m’apprenne la vie. Je m’en fous. » THE RED BULLETIN

une tournée début 2019, Fary s’est calé un Accor­ Hotels Arena le 1er mars, sur une scène centrale. On se doute que son look sera particulièrement soigné (voyez ses affiches détournant des pubs de mode à l’ancienne), tout comme l’est son phrasé, son flow, cool et transpercé de fulgurances, de pétages de plomb. Sur comme hors la scène, Fary veille à son rythme, use de la pause, mais frappe fort. the red bulletin : Fary, cette prof d’histoire, vous l’aviez en quelle classe ? fary : Ma seconde Seconde... Pas dès votre première Seconde ? Tu veux appuyer le fait que j’ai fait une première ­Seconde, c’est ça ? (rires) Non, je pensais que si vous n’aviez pas redoublé, vous ne seriez peut-être pas l’un des humoristes les plus appréciés en France aujourd’hui ? Je ne veux pas pousser les gens à redoubler, mais leur dire que quand il se passe quelque chose de négatif dans ta vie, tu peux toujours y trouver du positif. Il faut juste bien regarder. Je montais sur scène bien avant ça, avec mon petit cousin, dès mes 11 ans, car mon oncle avait une association au profit des enfants du Cap Vert… Mais oui, ma profession à venir a commencé dans le salon de ma prof d’histoire, face à une douzaine de personnes : ses proches, les miens... Un cercle privé, en somme. À quel moment avezvous joué pour la première fois face à un public qui vous était totalement inconnu ? Sur une petite scène ouverte, le Chinchman Comedy Club, 158 rue Oberkampf, devant 60, 70 personnes, des inconnus complets. Tu viens, tu t’inscris, s’il y a de la place tu passes, et tu as cinq minutes. Là, est-ce qu’on se dit que ces cinq minutes vont déterminer le reste de ma vie ? Non, tu n’as pas conscience de ce que tu fais… C’est toujours bien de dézoomer, de voir les choses de très loin. En fait, sur l’instant, ça a l’air important mais ça ne l’est pas, c’est une petite goutte qui va te permettre d’apprendre, de t’aguerrir. Ton histoire se fait avec la multiplication de petites choses qui, mises bout à bout, t’amènent à une carrière. Le Chinchman Comedy Club et l’AccorHotels A ­ rena sont-elles deux petites choses comparables ? Cette petite scène, tu sais que tu vas la faire plusieurs fois, et que plein de gens peuvent la faire… L’Arena, ça va peut-être n’arriver qu’une seule fois dans ma vie, et nous sommes très peu à avoir pu jouer un spectacle devant 15 000 personnes. Pour vous, un projet d’envergure n’est pas vécu comme un challenge, un défi, mais comme quelque chose qui doit être fait, qui doit arriver, exact ? C’est un truc que ma prof d’histoire m’a mis dans la tête : « Dans deux ans et demi, tu fais la Cigale. » Pour elle, c’était évident, et je n’arrivais pas à comprendre ça. Longtemps, je me suis dit : « Pourquoi moi ? Il y a   27


Fary dans le quartier de Strasbourg-SaintDenis, l’un des plus hétéroclites de Paris. Avec ses spectacles, il veut « voir large ».


Un look, un flow… Mais qui est vraiment Fary ? La question de sa propre identité est au cœur de son spectacle, Hexagone.

« Me dire que dans la salle, j’ai des jeunes qui m’ont vu au Jamel Comedy Club et un monsieur qui m’a découvert dans le Figaro, c’est exceptionnel. » THE RED BULLETIN

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Des scènes de son enfance à celle de l’AccorHotels Arena, l’humoriste se produit depuis seize ans.


plein de mecs qui veulent ça, qui sont beaucoup plus drôles que moi dans la vie de tous les jours, je ne vois pas pourquoi ce serait moi. » Elle croyait plus en moi que je ne croyais en moi-même. Et petit à petit, elle a réussi à me mettre ce truc en tête : « C’est ça que je vais faire, quoi qu’il arrive… » Il y a un très jeune humoriste qui m’impressionne beaucoup, il s’appelle Paul Dechavanne. Il ne vit que de l’humour, c’est moins qu’un salaire moyen, mais il ne veut pas faire autre chose parce que c’est uniquement ça qu’il veut faire de sa vie. Je veux être animé de ce sentiment, de ce « quoi qu’il arrive, c’est ça que je veux faire ». C’est une leçon qu’il me donne. Vous parlez de lui comme d’un jeune humoriste. Vous n’en seriez donc plus un ? Ça fait seize ou dix-sept ans que je monte sur scène. Je suis un jeune homme, mais plus un jeune humoriste… (Fary esquisse un sourire.) En humoriste plus si jeune, appréhendez-vous toujours cette dureté de la scène : livrer son ­humour à un public ? Jamais, car je viens pour ça, pour rencontrer le ­public. Le meilleur compliment que l’on puisse me faire, c’est de me dire qu’on a la sensation que je parle à chacune des personnes présentes dans la salle. « On a oublié qu’il y avait mille personnes, j’avais l’impression que tu me parlais à moi. » C’est ça que je viens chercher, rencontrer des gens que je ne connais pas. Ça m’attire. Un AccorHotels Arena, c’est un gros club de ­rencontres... Dans ma tête, je suis un chef d’orchestre et mon instrument, c’est le public. Là, mon instrument, ça va être 15 000 personnes. On va voir comment on va gérer ça. Sentir le bruissement des réactions, aller chercher quelques visages, quelques ambiances, c’est un truc qui est galvanisant… Ça ne me fait pas peur, ça m’excite. Dans votre spectacle, Hexagone, vous évoquez le fait que ceux qui veulent ériger des murs entre les gens sont sûrs de leurs convictions, ce à quoi vous opposez une liberté de se questionner, de douter, de ne pas avoir de convictions... Pour l’artiste que je suis, mes croyances, ce que je vais penser foncièrement, c’est essentiel. Quand j’avais

« On dit que le stand-up est corrosif, impertinent, mais c’est tellement plus simple que ça. On peut juste rire… d’un trottoir. » THE RED BULLETIN

23 ou 24 ans, on m’a dit de faire attention à ne pas être un moralisateur : « Tu dois toucher large. » Si je suis un spectateur de 35 ans, je n’ai pas envie qu’un petit jeune de 24 ans m’apprenne la vie. Je m’en fous. J’ai gardé ça en tête pour ce spectacle, car dans la vie j’ai beaucoup plus de questions que de réponses. Les questions amènent une réflexion, un débat. C’est la discussion qu’elles vont créer qui m’intéresse. Ce n’est pas moi qui vais apporter des réponses sur des thématiques millénaires, mais je peux continuer le dialogue, créer un débat à travers ce que je vis. Qu’avez-vous apporté de nouveau en arrivant dans le stand-up ? Ça n’est pas à moi de te dire ça… Qu’est-ce qu’on dit souvent à votre propos, dans ce cas ? (Il se marre.) Bien joué ! On parle d’une façon de parler, d’un rythme, d’un phrasé, on dit qu’il y a quelque chose d’élégant dans ma manière de faire du standup. J’y vois une façon de faire changer le point de vue des gens sur l’idée que le stand-up, c’est forcément un truc de jeunes, un truc « street », communautaire, dans le mauvais sens du terme. Et puis, il y a un traitement des sujets. Je crois que c’est un croisement de deux mondes. Ma plus grande fierté aujourd’hui c’est de pouvoir passer sur Booska-P (un magazine en ligne dédié au rap et aux cultures urbaines, ndlr) et sur France Inter. Taper deux mondes totalement différents et me dire que j’ai les deux dans la salle : des jeunes qui m’ont vu au Jamel Comedy Club et un monsieur qui m’a découvert dans un a ­ rticle du ­Figaro. Ça, c’est exceptionnel. Il n’y a que les rappeurs qui y arrivent aujourd’hui. Est-ce que ces deux mondes perçoivent votre ­humour différemment  ? Ah, je ne sais pas… Je pense que le mec de Booska-P s’identifie plus à moi, beaucoup, à mes thématiques, et que le mec du Figaro est intéressé par une pensée, peut-être par un discours et quelque chose de ­différent de ce qu’on lui propose dans la vie de tous les jours. Ce soir, comme tous les jours, avant votre spectacle, vous êtes entouré d’autres humoristes, dont certains sont nouveaux. C’est important pour vous d’être auprès d’eux ? C’est ma vie, ça. C’est essentiel. C’est comme ça qu’on ne vieillit pas dans ce que l’on fait, qu’on ne stagne pas. Ce n’est pas simplement qu’ils sont nouveaux... Ces mecs font du nouveau. Ils sont dans le dur, ils vont chercher en toi la zone de doute, ça te nourrit, tu vois des trucs hyper différents, hyper variés, et tu te dis : « Ça, c’est possible ! » Et ça vient de types qui ont dix ans de métier de moins que toi. Qu’est-ce qu’ils apportent au stand-up à leur tour ? Ils ont beaucoup de personnalité. On a souvent ­critiqué le stand-up, comme le rap d’ailleurs, en disant que c’est toujours la même chose, toujours pareil. Je peux te monter un plateau avec des a ­ rtistes tous différents, dès les premières secondes, les   31


« Quand ma mère me rappelle que je ne suis pas né Français, c’est une explosion dans ma tête, je suis hyper déçu, je n’ai pas envie de ça. »

­ remières phrases, selon leur manière de parler, tu p sens que tu as affaire à un personnage digne d’un film. Il y a beaucoup de personnalité, un regard très différent, un jeu de langage, l’importance des petites choses… On dit souvent que le stand-up est corrosif, impertinent. Eux te montrent que c’est tellement plus simple que ça, qu’on peut juste rire… d’un trottoir. C’est du pur humour d’observation, tellement détaillé, ce sont des sociologues, en fait. On parlait de Paul Dechavanne, il y a aussi Jason Brokerss avec qui j’écris et qui est vraiment très efficace, il y a Djimo ou encore Romane Frayssinet qui lui, au-delà de tout ça, apporte de la poésie. La vanne peut-elle être poétique ? La poésie, c’est un certain regard. Tu passes devant quelque chose mais tu ne l’as pas vu de cette façon-là. La poésie c’est : « Regarde ce que tu n’as pas vu. » Votre prochain spectacle sera-t-il poétique ? Je suis déjà en train de l’écrire… Il va être complètement différent. J’ai envie de sentir que je suis vraiment un stand-upper tout terrain. Je n’ai pas envie d’être enfermé, et qu’on se dise : « Évidemment, il est sur ces thèmes-là. » Quitte à prendre des risques et qu’on me dise : « C’était mieux avant. » J’espère qu’on dira simplement : « C’est différent. » En quoi sera-t-il différent de Fary is The New Black et d’Hexagone ? J’ai envie de me tester sur autre chose, ce sera un truc uniquement sur l’amour. Car je me suis interdit de parler de couple dans Hexagone... Pourquoi ? Parce que c’est un reproche qui est souvent revenu avec le premier spectacle : « Le moment classique des relations homme-femme ! Toujours le même thème ! » Quand on parle de films ou de bouquins, ce sont toujours les mêmes thèmes, mais les gens ne disent pas ça, parce qu’ils s’intéressent à comment c’est raconté, qu’est-ce qui se passe, comment c’est traité. Je veux montrer cette réalité du stand-up. Oui, mon spectacle parle d’origines et d’identité, mais je vais te le montrer via mon prisme à moi, et ça va ­t’intéresser, parce 32

que c’est une vision particulière. Pour le p ­ rochain je me suis dit que puisque l’on avait peur de parler des relations homme-femme, je n’allais parler que de ça. Mais d’une manière différente. Votre look, votre flow, ce grand écart d’audience que vous appréciez… Être différent, est-ce un ­moteur pour vous ? Dans ma tête, je suis un militant du stand-up… Okay ? (Il sourit.) Dans ma tête, je suis un porte-­ drapeau. Je veux changer l’image qu’on se fait du stand-up. Le stand-up est une forme, la manière par laquelle je vais raconter des choses… C’est tellement vaste. C’est de cette idée-là que viennent ma façon de faire, de vouloir être différent, de parler d’une certaine manière, d’être comme je le suis sur scène. Le stand-up, nous, on le connaît, et ce n’est pas ce que vous en dites. C’est ce qu’on va vous en montrer. Avec mon premier spectacle, où je parle de mon style, ­d’homosexualité, de couple, de racisme, je ne savais pas vraiment quoi répondre quand on me demandait son thème. Et c’était une vraie frustration, que l’on pense que c’était un spectacle « fourre-tout », ce que l’on reproche aussi, souvent, au stand-up. Donc je me suis dit que pour le suivant, qui est devenu ­Hexagone, je n’allais parler que d’une seule chose. Ainsi, quand on me poserait la fameuse question, j’allais pouvoir répondre : « D’identité ! » Ce thème de l’identité est-il venu d’une envie de faire entendre d’autres réflexions et questionnements à son propos, non clivants ? C’est venu d’un truc hyper personnel, que je n’ai même pas mis dans mon spectacle, quand ma mère m’a rappelé quelque chose : je ne suis pas né Français. Parce que mes parents, venus du Cap Vert, n’étaient pas encore naturalisés. Je crois que c’est à l’âge de 7 ou 8 ans que je suis devenu Français. Quand ma mère me rappelle que je ne suis pas né Français, c’est une explosion dans ma tête, je suis hyper déçu, je n’ai pas envie de ça… Alors je me demande pourquoi je n’ai pas envie de ça, pourquoi je suis déçu, et je décide d’en parler, de questionner mon rapport à la France. Un spectacle où le rire serait moins prédominant que la réflexion, où l’on rirait finalement très peu, ça peut vous motiver ? J’adorerais pouvoir faire un TED talk d’une heure et quart. Mon objectif absolu c’est que, entre maintenant et mon quatrième spectacle, je m’instruise beaucoup, je lise beaucoup, j’échange beaucoup, pour pouvoir faire un spectacle entre stand-up et conférence. Pour moi, ce serait le niveau ultime du stand-up. Tu apprends vraiment des choses aux gens, tu es dans un débat intellectuel concret, et en même temps, tu arrives à les faire rire. Ça, ce sera mon ­quatrième spectacle. J’ai des spectacles prévus sur les dix prochaines années ! (Fary éclate de rire, et nous le saluons. C’est l’heure de FIFA.)

Fary dans Hexagone en tournée en France, et à l’AccorHotels Arena le 1er mars. fary.fr THE RED BULLETIN


Et demain ? Fary envisage de créer une forme hybride, entre spectacle comique et conférence.


ULTRACYCLISME :

de l’autre côté Pour la première édition de la très rude RACE ACROSS FRANCE, soit 2 600 km à vélo d'un bout à l'autre de l'hexagone, en une seule étape, The Red Bulletin était à bord de la voiture de son organisateur, Arnaud Manzanini. Il a décodé pour nous cet enfer sur goudron. Texte PATRICIA OUDIT Photos BERNARD LE BARS


Au bout de la route, quand la souffrance aura dépassé la limite, que se passera-t-il ?

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ARRIVÉE Le Touquet

2 600 km, 37 000 m de dénivelé 17,02 km de vitesse

Le Havre

Caen

moyenne pour Laurent ­Boursette, premier de la catégorie ultra sans assistance. Le dernier arrive plus de trois jours plus tard avec 11,08 km de moyenne.

Paris

19,56 km

de vitesse moyenne pour le vainqueur de la catégorie ultra avec assistance, Marcello Luca. Le dernier finit à 15,02 km de moyenne avec plus d'un jour de retard.

Le Mans

Race Across France

Genève Lyon

DÉPART Mandelieu

C

e 14 août, Luc Alajouanine, casquette et maillot vintage, arrive au gymnase de Mandelieu-la-­Napoule (Alpes-Maritimes) avec son vélo de course équipé d’une sacoche d’où dépasse une paire de tongs. On songe alors qu’il est venu en touriste, le coursier de Lyon. D’ailleurs quand on lui demande ses ambitions, ses yeux brillent comme s’il parlait d’une inaccessible étoile. « Si je finis, ce sera déjà super… Et si j’arrive à la moitié, j’aurai atteint mon but. » Dans le CV de l’humble coursier, du bagage tout de même : deux BTR (Born To Ride, course de vélo de 1 200 km en autonomie). Là, le régime avec selle sera beaucoup plus sévère : 2 600 km, 37 000 m de dénivelé positif, une enfilade de cols alpins à écœurer Charly Gaul. Sur le papier, les 12 km/h de moyenne à tenir pour rentrer dans la limite des neuf jours paraissent peu élevés, mais allez rouler 20 heures sur 24, pendant lesquelles vous aurez donné environ 80 000 coups de pédale, et nous en reparlerons.

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La Race Across France, ou RAAF, on a envie d’en faire un acronyme : Rouler à Fond, Réservé aux ­Forçats. Aux Furieux. Aux Fous ? Pas seulement, pas vraiment. Même si parmi la cinquantaine d’inscrits sur les six courses que compte l’épreuve, les deux ­formats d’ultra, 2 600 km avec ou sans assistance, ont constitué 80 % des demandes, les profils variés ne permettent pas de dépister de sérieux signes de ­maladies mentales. Outre Luc, le coursier français qui incarne ce retour en grâce du vélo de course, jadis considéré comme un sport populaire dont on n’était pas forcément fier, on trouve de tout dans le gymnase de Mandelieu-la-Napoule. Un producteur de fruits, un garagiste, un vendeur de vélo, un chercheur, un guide de haute-montagne, un avocat, un Thaïlandais venu pour visiter notre « si beau pays ». Question heures de sol, c’est du lourd, de la Transcontinentale, du ParisBrest et retour. « Ceux qui ne se seront pas entraînés a minima 15 000 heures pour faire cette course ne finiront pas », assure l’organisateur Arnaud Manzanini. Le 16 août, sous le cagnard du départ, on le retrouve, égrenant les départs toutes les deux THE RED BULLETIN


La Race Across France, ou RAAF, on a envie d’en faire un acronyme : Rouler à Fond, Réservé aux Forçats. Aux Furieux. Aux Fous ? « Ceux qui ne se seront pas entrainés a minima 15 000 h pour faire cette course, ne finiront pas » ARNAUD MANZANINI, Organisateur de la RAAF

David Hermans, futur ­deuxième, souffre en silence dans le Col de l’Iseran, sous un soleil de plomb, ­malgré un genou en vrac.


Fier finisher, Laurent Boursette sera à jamais le premier vainqueur de la Raaf.

LAURENT BOURSETTE, 48 ans, ultra sans assistance. Premier en 6 jours, 2 heures et 18 minutes. En arrivant à Talloires, km 1 100, soit à la mi-course, Laurent, qui tient un shop de vélos électriques, s’est exclamé : « J’ai eu ma dose de montagne. J’ai horreur des ­montées ! » Curieuse réflexion quand on habite dans le Vercors et qu’on a enchaîné les cols avec une telle apparente facilité… Mais Laurent est avant tout un homme de plaines, de bordures, le plat de la Brie où il a fait ses classes lui va comme un gant. Pour ce défi, l’ancien 1re catégorie s’est affiné, affûté comme jamais. « En février, je pesais 81 kilos pour 171 cm. Aujourd’hui, je n’en fais plus que 68… » À raison de 20 heures par semaine, il a accumulé 10 000 km au compteur. Laurent a toujours fait du vélo, après un passage par le triathlon à seize ans. En 2002, il se lance dans l’ultra, à coup de Bordeaux-Paris, puis en 2007 de Paris-Brest et retour. En 2017, il se met à l’ultra-trail. « Grâce à mon passé de triathlète, je sais m’entraîner, gérer le long. Et soigner mon alimentation : à chaque fois que je voyais une boulangerie, je m’arrêtais pour faire des provisions de croissants et pizzas ! »

minutes. Les premiers à partir sont les ultra self ­support, les coureurs sans assistance, qui portent leur maison sur leur cadre, quinze kilos au bas mot. Vingtcinq grognards qui partent en campagne pour découvrir la France et la souffrance. De la côte d’Azur à la côte d’Opale. À bord de sa voiture de directeur de course, Arnaud nous explique cette stratégie Sud-Nord. « Si j’avais mis tous les cols des Alpes à la fin, les coureurs risquaient de ne pas terminer la course. Et c’est clairement une course de finishers… » Lui sait ce que ce mot veut dire. Cet ancien cycliste 1re catégorie qui a arrêté le vélo pendant huit ans avant de remonter en selle et tout court suite à un douloureux divorce, a achevé deux fois l’interminable RAAM (Race Across America, près de 5 000 km d’Ouest en Est, avec assistance), en 2013 et 2015. Onze jours à pédaler 440 km quotidiens, lynché de fatigue, à insulter les éléments. L’ultra-distance, il en connaît tous les stigmates, l’engagement ultime, déraisonnable, irrationnel. « Je me souviens d’une nuit noire, au plus haut des Rocheuses. Je titubais tellement j’en bavais. Mais j’ai descendu à 100 km/h, en pleurant sur ma selle, la voiture suiveuse collée à moi pour m’éclairer. Ce jour-là, j’ai pris des risques fous, je suis allé au-delà 38

Arnaud, l'organisateur de la RAAF : « La mi-course, c’est le moment où commencent à apparaître les hallucinations, classiques de l’hyper fatigue. » THE RED BULLETIN


Seule femme engagée dans l’ultra avec assistance, Nicole menait la plus grosse partie de la course.

NICOLE REIST, 34 ans, ultra avec assistance. Deuxième en 5 jours, 8 heures et 23 minutes. Le moins que l’on puisse dire c’est que son frêle gabarit ne dégage pas une impression de puissance : et pourtant, Nicole Reist a une étonnante cadence de pédalage. Un rythme qui lui a permis de réaliser une performance mémorable lors de la dernière RAAM (Race Across America) en juin : finir troisième de la mythique épreuve au scratch en établissant le record féminin de l’épreuve en 9 jours, 23 heures et 57 minutes. Exploit considérable. Sur la RAAF, le combat de la Suissesse fut intense contre ­Marcello Luca, le puissant Italien. Après avoir mené la plus grosse partie de la course, Nicole, seule femme engagée dans l’ultra avec assistance, achevait l’épreuve 65 minutes seulement derrière le transalpin. Après la course, la jeune femme, technicienne du bâtiment dans la vie, qui travaille 42 heures par semaine, ­s’entraîne 5 heures par jour et davantage encore les week-ends, dira qu’elle vient de courir là la plus difficile mais aussi la plus belle course de sa vie. Et a déjà demandé quelles étaient les dates de la prochaine édition…

de mes limites… Après ça, plus rien ne pouvait plus m’arriver. » Sur le bon enrobé de la route de l’arrière-pays niçois, nous suivons le leader provisoire, le Belge Jochen Vankerckhoven, jeune chien fou parti comme une balle auquel Arnaud prédit, à sa vitesse outrancière, un retour de bâton. Sur le plat, l’Allemand Julian Eisenbeis, futur troisième de la course, lui aussi « envoie », tire un gros braquet. « C’est typique de l’ultra-distance, commente Arnaud. Au bout de quelques heures déjà, le corps ne supporte plus d’avoir une cadence de pédalage élevée. En tirant un gros braquet, le cœur ne monte pas trop et ainsi, on crée moins de toxines. »

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a première barrière horaire est le Mont ­Ventoux, km 350, déjà douze cols dans les cuisses. Pour ceux qui ne le passent pas en vingt-quatre heures, la course s’arrêtera là. Le mont Chauve et chaud dans l’ocre du petit matin fait plier quelques volontés. Pour ne pas trop souffrir du mercure, Luc le coursier l’a gravi la nuit, là où il faut être vigilant car les fans de tuning y font des rodéos. Arrivé au sommet à 1 h 30, par − 9 °C, il dormira après, dans la pampa, peu importe. Cette course,

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il la fait pour voir du pays, de jour comme de nuit. La France des petites routes où l’on se croise ric-rac déroule sous nos yeux, comme celles du Vercors et ses goulets étroits surplombant le vide entre deux tunnels. Au bistrot de la Poste de Vassieux-en-­ Vercors, Luc s’est arrêté prendre un petit café. Il vendrait son vélo pour un kebab. Il évoque la course avec assistance. « C’est inhumain, cette version. Nous, on s’arrête quand on veut. Eux ne font que rouler. » Nous y reviendrons. Avant les cols des Alpes, pas un ne manque à l­ ’appel : l’Alpe d’Huez, le Galibier, le Lautaret, l’Iseran pour ne citer que les stars du tour de France. David Hermans, futur deuxième de l’épreuve souffre du genou. Un médecin lui a conseillé d’arrêter, mais à voir comment il passe l’Iseran, au jour 3 de la course, on se rassure. David suivra son instinct et pas l’avis médical. « Sortir des Alpes, c’est l’assurance, hors souci mécanique ou grosse blessure, de finir la course. Cela supprime le doute », garantit Arnaud. Les statistiques lui donnent raison. La quasi-totalité des 30 % d’abandons ont eu lieu avant ou pendant les étapes de montagne. « L’expérience est essentielle dans ce format, poursuit Arnaud. Contrairement à ce que l’on pense, il faut dès le début gérer le moindre détail, car, sur   39


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« La course avec assistance, c’est inhumain. Nous, on s’arrête quand on veut. Eux ne font que rouler. » LUC ALAJOUANINE finisher

LUC ALAJOUANINE, 37 ans, ultra sans assistance. Cinquième en 7 jours, 3 heures et 50 minutes. Dans la vraie vie, Luc Alajouanine est coursier à Lyon. Son foncier, il le travaille à raison de 80 km par jour, 5 jours sur 7 dans les rues de la capitale des Gaules. Familier quand même de la longue distance avec deux Born To Ride à son actif, la première courue avec un vélo cargo chargé de plus de 20 kilos. La RAAF, il l’a courue sur son premier vrai vélo de course acheté il y a un an. Autre particularité du Lyonnais : son incroyable capacité à endurer les maux de selle. En 2 600 km, pas une coupure, « juste raisonnablement mal aux fesses », plaisante-t-il. L’organisateur de l’épreuve, Arnaud Manzanini, en est encore scotché. « D’autant que contrairement au premier, Laurent Boursette qui porte deux cuissards, Luc a fait toute la course sans peau de ­chamois, avec un simple bermuda de chez Décathlon ! » Dans l’épingle à cheveux, Luc Alajouanine tire la sienne du jeu et un sacré braquet. En maître des cols, il a calmement dominé un sujet pas forcément familier : la montagne.

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une épreuve aussi longue, tout peut très vite prendre des proportions dramatiques. Il ne faut surtout pas tomber dans le piège de calquer sa course sur celle des autres… » En bon briscard, Laurent Boursette, futur ­vainqueur, qui arrive dans le noir au basecamp de Talloires, seconde et dernière barrière horaire à franchir en 100 heures, au km 1 100, a su gérer son effort au cordeau. Assis, les pieds trempés dans ses chaussures trempées qu’il ne prend pas la peine d’enlever, il détaille son plan : « Rouler de nuit pour éviter la chaleur, ne pas dormir les trente premières heures, aller me reposer chez moi près de Grenoble, puis ­passer encore une nuit à l’hôtel à S ­ allanches pour diviser le gros des Alpes en deux. » À 6 heures 30 du matin, à Talloires encore, l’Allemand Julian Eisenbeis se réveille. Comateux, le regard aimanté par une autre galaxie. Le taiseux titube, les quelques heures de sommeil ne lui ont pas remis ses neurones de chercheur en place : il n’arrive même plus à remettre ses piles dans son GPS. Luc qui vient d’émerger aussi a l’air plus lucide, mais maintenant qu’il a atteint son premier objectif, cette fameuse mi-course, il a peur que son mental ne le lâche. Quelques heures plus tard, dans le col du Chat, superbe succession de lacets au-dessus du lac du ­Bourget, il assure pourtant, sort le pied dans la ­descente, comme un coursier habile qu’il est. La mi-course, Arnaud avait prévenu : c’est le moment où vont commencer à apparaître les hallucinations, classiques de l’hyper fatigue. « Sur la RAAM, j’ai vu des énormes chiens (en fait des gros rochers) et des étoiles filantes (des lucioles). Arrive un moment où, quelque soit sa forme physique, on ne sait plus où on habite. »

E

ntre Mâcon et Gueugnon, km 1 368, la sélection naturelle pronostiquée par Arnaud se concrétise : le cou qui ne tient plus, les genoux qui coincent, le ventre qui bloque. Insolation, fatigue, poids de la solitude, mental en déroute, blessures, vomissements deviennent des compagnons de voyage lancinants. « Dans les premiers jours, le corps ne comprend pas ce qui se passe, alors il envoie des signaux négatifs au cerveau, ce n’est que de la douleur. Puis, cela survient souvent dans le dernier tiers de la course, on atteint le pic d’euphorie. Parce qu’on pense avoir passé le plus dur, en l’occurrence, les Alpes. Mais le cerveau va encore faire des montagnes russes, la fatigue aidant. Et il va falloir gérer ce grand écart permanent entre euphorie et désespoir. La préparation va aider : il faut avoir visualisé ces instants pour ne pas s’affoler, manger   41


D’un côté, le vélo de Luc qui lui sert de sèche-linge... De l’autre, le monospace aménagé de Nicole Reist. Minimalisme roots contre barnum hi-tech. show… En danseuse, sa cadence de pédalage impressionne. Dans le cerveau, il s’agit de tenir la liste de ses motivations à jour. « Sur la RAAM, se souvient l’organisateur, j’avais rempli une page entière de raisons pour lesquelles je m’étais lancé ce défi. Et quand je craquais, je demandais à quelqu’un de me la lire. Mon courage, je le puisais dans ces pourquoi. » Jour 4. Le Thaïlandais vient d’abandonner dans la descente de Val-d’Isère. Jochen, le jeune chien fou, a fini par se cramer suite à son départ en fanfare. Laurent Boursette file sur Chambord, et loin de la Loire, Luc vient de casser son dérailleur. Pendant ce temps, Nicole Reist et sa voiture suiveuse, partie deux jours plus tard que les ultra sans assistance, a « torché » 925 km en deux jours de course. À la time station de Gueugnon, la maison des parents ­d’Arnaud, Luc s’en remet au père de celui-ci pour réparer son dérailleur. « Je n’y connais rien en mécanique, avoue-t-il. Ce que fait le père d’Arnaud, pour moi, c’est de la magie ! »

E S’hydrater après la première suée du matin au mont Ventoux.

pour relancer la machine, être patient si elle ne repart pas tout de suite. » Parmi les multiples raisons d’abandonner, l’une des plus classiques est la coupure à la selle. Sur la RAAM, Arnaud en a comptabilisé douze, à hurler de douleur. Son conseil est simple : les prévenir dès la moindre alerte, en y collant un pansement double peau. Dans les monts du Mâconnais, les trente kilomètres de rampes, faux-plats démoniaques ne laissent aucun répit. « Ces derniers efforts à produire peuvent abolir la volonté des plus résistants. D’autant que dans le coin (Arnaud le connaît bien, c’est sa région natale), si rien n’a été prévu question ravitaillement, c’est la fringale assurée : le dimanche, il n’y a rien d’ouvert ! » Sous le soleil couchant, c’est le désert, pas âme qui vive. C’est tout droit. La guidoline doublée peut alors soulager les mains. La crème anti-coupure a depuis longtemps transpercé le cuissard, imprégnant la selle, que l’on découvre graissée sous les fessiers. Et ce David Hermans, genou strappé, qui fait le 42

ntre deux clafoutis préparés par la maman, on se pose avec les coureurs, on évoque leur vie dans le civil, on les regarde manger comme des ogres, s’assoupir en une seconde dans les lits mis à disposition. On refait aussi des plans sur le chrono. Car si le monsieur Irma de l’Ultra avait tout annoncé, exploit en soi quand on sait à quel point l’ultra-distance est un format imprévisible, il n’avait pas anticipé une chose : la vitesse des concurrents. « J’avais tablé sur une jonction entre les deux courses, au sixième jour, et que tous les sans assistance seraient dépassés … (or cinq d’entre eux sont arrivés avant, ndlr). Toutes mes prévisions sont sous-estimées, de 3 à 4 km/h. Quand Laurent fait une moyenne de 415 km/jour, Nicole est à 500… Ce qui rehausse d’autant la performance du premier ! » La rencontre plus tôt que prévue entre ces deux mondes pourrait être résumée par la juxtaposition de deux images : d’un côté, le vélo de Luc qui sert de cintre et de sèche-linge ; de l’autre, le monospace spécialement aménagé de Nicole Reist. Minimalisme roots contre barnum hi-tech. À l’intérieur de la voiture suiveuse, un iPad affiche le tracé de la course, tandis que sur un autre ordinateur, un tableau Excel fait état de la diététique à respecter. Nicole est marquée au cuissard par une nutritionniste. Dans ce genre de course, on sait que tout peut se jouer sur l’alimentation. L’équipe de huit personnes qui tourne entre le monospace et le camping-car ne chôme pas, tout est calculé au millimètre. Arnaud applaudit leur travail. « C’est un sacré exploit aussi pour les suiveurs qui roulent des heures et des heures à 20 ou 30 km. Parfois, on flirte avec ses limites. Sur la RAAM, l’un des conducteurs a renversé son propre coureur après THE RED BULLETIN


DAVID HERMANS, 37 ans, ultra sans assistance. Deuxième en 6 jours, 11 heures et 28 minutes. Producteur de fruits, de pommes et de poires principalement à Herck (Belgique), il a failli ne pas venir à cause d’une récolte précoce. Cet homme qui a couru avec un genou abîmé ­auquel le médecin diagnostiquait un funeste ­destin n’a pas cédé. « Assez rapidement, on m’a strappé, je n’ai plus eu trop mal. J’ai quand même pris conseil auprès de la famille de mon amie, ils sont tous docteurs. Ils savaient, me connaissant, que ça n’allait pas m’arrêter. » Pendant la course, le cycliste qui a déjà couru un Paris-Brest-Paris en 43 heures, a très peu dormi. Sa plus longue pause a duré 4 heures. « Je n’avais pas pris de sac de couchage pour ne pas m’encombrer, et puis en Belgique il fait froid, je suis tout le temps dehors, j’ai l’habitude ! » David a réussi à s’endormir dans un ­abribus de la descente du Galibier, avec pour seule protection, un mince coupe-vent... Revoilà David Hermans, le Belge à l’inébranlable ­volonté que rien ne fait plier. Pas même les fauxplats diaboliques du Mâconnais, alors qu’on croyait en avoir fini avec les montées.


Pascal Paineau, pourtant un fin connaisseur de l’ultra-distance, en a particulièrement bavé. Il a crevé dans les derniers hectomètres de l’épreuve et a dû finir à pied, sous une pluie ­diluvienne. À croire que sur la RAAF, à chaque jour ne suffit pas sa peine…

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« Si tu as froid, tu dors moins, donc tu pédales plus longtemps ! Si tu as faim, tu vas plus vite pour te trouver à manger. » DAVID HERMANS finisher

s’être endormi au volant… » Nicole, bardée d’un casque avec oreillette sans fil dans lequel Beatrix, sa motivatrice, lui souffle encouragements et stratégies, roule à une moyenne de 19 km/h, dort une heure si son staff le juge nécessaire, se fait crémer les fesses à la pause, servir du poulet-pommes de terre à boire. Elle utilise deux vélos, un chrono et un classique. Abondance de matériel : on est bien au pays de la performance, illustrée par la cadence infernale de la Suissesse. « Elle tire gros, très gros, ce qui prouve qu’elle est super préparée, car là, elle tape dans le muscle. Elle est bluffante ! » En laissant s’échapper Nicole, alors en tête de la course, on s’interroge sur la présence de cette barre de LED sur la voiture. Réponse d’Arnaud : « Les LED effacent les ombres. Car se voir devant soi pendant 20 heures de suite, c’est très perturbant… »

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a vitesse ayant pris tout le monde de court, nous voici obligés d’écourter notre pause à Nevers chez Swanee, La Fée du Vélo, étonnant bouclard artistique. Il nous faut aussi zapper les bords de Loire et nous rendre directement au ­Touquet afin d’accueillir Laurent, le vainqueur. C’est là, sur la ligne d’arrivée, que nous aurons enfin l’occasion de traduire en mots les fameux pourquoi listés par Arnaud. Il est si complexe d’exprimer cet au-delà de la souffrance qui, vu d’une vie normale, pourrait s’apparenter à l’enfer de Dante. Où est donc le plaisir de « dormir après des milliers de kilomètres dans un local à cartons qui sent les poubelles » comme le raconte le Belge Kurt Verheyden ? De se sentir un « homme brisé » comme l’Allemand Sönke Meyer à mi-parcours ? « D’avoir une faim insatiable » comme l’Anglais Duncan Coulter aux yeux littéralement exorbités à la vision d’une part de gâteau ? « Parce qu’il y a un moment où la bascule se fait », résume Arnaud. Un moment où l’on passe de l’autre côté de soi-même, où l’on voit cette porte d’habitude fermée à double tour, qui s’entrebâille, puis s’ouvre en grand sur le champ des possibles. Cette fameuse euphorie dont parle Arnaud, « qui vous met dans un état mystique » de puissance, de grâce, de transe presque. La science parle d’endorphines, ces fameuses molécules du bonheur, proches des opiacées, secrétées durant les efforts physiques intenses. Plus terre à terre, David se dit « heureux » d’être arrivé, et évoque sa théorie radicale du verre à moitié plein : « Si tu as froid, tu dors moins, donc tu pédales plus longtemps ! Si tu as faim, tu vas plus vite pour te trouver à manger… » Quant au vainqueur, Laurent Boursette, il est un peu déçu. Il aurait voulu finir en moins de 6 jours, et ce sera 2 heures et 18 minutes de plus, mais à 17 km/h de moyenne tout de même. Pendant les ­derniers kilomètres, le coureur a repensé à ses neuf mois de préparation intensive, à « chaque bosse devenue torture ». La barre, il l’a mise très haut. Que les futurs RAAF men et women se le disent et se préparent comme des forçats, des fous, des furieux, peu importe, mais à rouler à fond, pour passer, comme lui et eux, de l’autre côté.

La prochaine édition aura lieu du 27 juillet au 5 août 2019. raceacrossfrance.cc THE RED BULLETIN

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Le travail de Rodgers en tant qu’auteur, producteur et interprète a contribué à la vente de 500 millions d’albums.


LE MIRACULÉ DU GROOVE Le légendaire musicien et producteur NILE RODGERS vous raconte la naissance du disco et comment certains ont voulu y mettre fin, l’improbable renaissance de son groupe Chic, ses années de défonce en compagnie des dieux du rock et sa passion inépuisable pour la création et l’évolution. Texte MARCEL ANDERS  Photos HÉLÈNE PAMBRUN/PARIS MATCH/CONTOUR

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« Il y a un nouveau besoin pour une musique qui fait chanter, danser et oublier la triste réalité pendant quelques minutes. »

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a première fois que j’ai mis les pieds dans une ­discothèque, c’était en 1974. J’étais avec une fille et on s’est retrouvés dans ce club où jouait une première version de Love to Love You Baby. C’était avant que ça ne devienne un succès pour Donna Summer. Le son était complètement différent. Et le DJ passait d’un morceau à l’autre sans coupure ; je n’avais jamais entendu cela auparavant. Jusque-là, une chanson allait toujours jusqu’au bout – il y avait un petit silence, puis la chanson suivante commençait. Mais ici, pas de silence, juste un beat sans fin et soutenu. À l’époque, je jouais dans un groupe rock qui marchait relativement bien mais ne proposait rien de nouveau. Cette expérience m’a vraiment époustouflé et m’a donné envie de réaliser quelque chose de semblable. Je voulais faire partie de ce monde excitant où la musique semblait ne jamais s’arrêter. J’ai fondé Chic en 1976 avec mon partenaire musical, Bernard Edwards, aujourd’hui disparu. La première fois que Bernard et moi sommes allés au Studio 54, Grace Jones nous avait invités, mais on ne voulait pas nous laisser entrer. C’est ce qui nous a fait écrire la chanson Le Freak qui s’est vendue à 13 millions d’exemplaires à travers le monde. C’était notre façon de nous venger d’eux. Au début, le chœur ne disait pas freak out mais fuck off. Mais heureusement, nous l’avons changé. La chanson la plus importante que Bernard et moi avons écrite – Good Times – est aussi la dernière que nous avons sortie en tant que membres de Chic. Ce fut très important parce qu’elle a été numéro un au hit-parade après la campagne « Disco Sucks » (trad. le disco, c’est nul). La façon dont les gens ont brûlé leurs disques de musique disco n’était rien de moins qu’un geste raciste. Ce sont les blancs de la Bible Belt américaine qui ont mené ce mouvement et cette musique ne s’adressait pas à eux – nous l’avons créée pour des gens comme nous, pour danser et pour s’amuser. Pas pour les ploucs du Wisconsin qui se baladent avec leurs tee-shirts aux couleurs du groupe Journey. Le succès de Good Times m’a fait réaliser la force d’une bonne chanson. Le fait qu’elle puisse surmonter une telle hystérie collective. Je suis sûr que beaucoup d’idiots qui ont participé à la campagne « Disco Sucks » l’ont aussi acheté. Finalement, Good Times a été le comble de l’ironie, tout comme ce qui l’a suivi, comme My Sharona de The Knack. L’influence de Chic sur cette chanson était si manifeste que c’en était presque risible. Et exactement un an après Good Times, le single n° 1 en Amérique était Another One Bites the Dust de Queen. Hey ! Si cela n’a pas été ­influencé par Good Times, alors rien ne l’a été. J’ai écrit toutes mes grandes chansons sur une guitare Fender Stratocaster. Je l’appelle « The Hitmaker ». Je ne toucherai plus ­jamais une autre guitare ! J’ai maintenant quelques répliques de 48

ce modèle que j’emporte lors de mes tournées pour que rien ­n’arrive à l’original, mais lorsque je compose ou enregistre en ­studio, j­’utilise cette guitare de 1960. Je l’ai achetée dans un ­magasin à Miami au début des années 70 quand Bernard et moi faisions la première partie des Jackson Five. On nous appelait ­encore le Big Apple Band et nous ne remportions qu’un succès modeste, ce qui n’est pas étonnant avec un tel nom. En fait, nous étions plutôt bons malgré la sonorité de ma guitare qui n’était pas vraiment funky. Ça sonnait bien, mais ça ressemblait à du George Benson ou du Wes Montgomery. Un jour, Bernard m’a dit : « Écoute, pose ta guitare jazz et ­essaie une Strat, comme Hendrix et Clapton. » Je n’étais pas très enthousiaste à l’idée au départ mais je suis entré dans ce magasin avec mon ampli acoustique et ma vieille guitare. Le vendeur a pris la Strat, l’a branchée à mon ampli et ça sonnait sacrément funky. C’était mon nouveau son. Je l’entretiens depuis. Et je ­serais stupide de le changer. L’une des raisons pour lesquelles je viens de signer un nouveau contrat de disque sous le nom de Chic, c’est que, pour ­l’instant, il y a très peu de groupes noirs aux États-Unis qui ont un contrat avec une major. Pour être honnête, je n’en vois que deux : The Roots et des gars réunis sous le nom d’Unlocking the Truth. Ils sont vraiment jeunes mais ils font du très bon heavy metal. Et c’est tout.

J’

ai l’impression qu’il y a un nouveau besoin pour une ­musique qui fait du bien à l’auditeur, qui fait chanter et danser les gens et qui fait oublier la triste réalité pendant quelques minutes, un peu comme une évasion dans un monde artificiel. Pas tant une réalité différente qu’un monde plus optimiste, où les choses sont comme nous voudrions qu’elles soient, plutôt que comme elles sont réellement. Je sais très bien qu’il y a de l’injustice dans le monde et que les gens ont des problèmes. Nos chansons reflètent cela, mais elles ont tendance à être positives, et il y a une philosophie simple derrière cela. Quand l’ère du disco a commencé, il était synonyme d’amour, de confiance et de plaisir – c’était un merveilleux refuge. Et Daft Punk prouve que le disco est toujours populaire. Ces robots sont géniaux. J’ai rencontré le duo il y a plus de vingt ans lors de la sortie de leur premier album. J’étais vraiment intéressé d’entendre un groupe sampler mes morceaux d’une manière créative, unique et originale. Ces gars étaient une bouffée d’air frais à une époque où les gens abusaient du produit du travail des autres pour en faire la base de leur propre matériel. Daft Punk faisait – et fait encore – vraiment quelque chose d’unique. J’ai tout de suite senti un lien profond avec les membres du groupe. Nous sommes devenus de bons amis et puis nous avons commencé à faire de la musique ensemble. THE RED BULLETIN


Rodgers, 66 ans, a été ­intronisé au Rock and Roll Hall of Fame en 2017.


Keith Richards, Madonna, Donna Summer, Bowie, Lady Gaga, ce type les connaît tous.

J’ai récemment sorti ce nouvel album, intitulé It’s About Time, sous le nom de Chic. C’est un mélange de vieux trucs de la formation classique de Chic et de nouveaux trucs avec le groupe ­actuel. Le catalyseur de cet album a été une boîte de démos et de prises de sons qui a été découverte en 2011. Après avoir tout écouté, ce qui m’a pris des mois, j’ai réalisé que ç’aurait été ­dommage de ne pas l’utiliser sous une forme ou une autre. 50

C’était le coup d’envoi d’un travail plus intense sur l’idée de ­l’album. C ­ omment la boîte est arrivée jusqu’à moi ? Le studio où nous avons enregistré à l’époque a changé plusieurs fois de proprio, et beaucoup de matériel s’est retrouvé dispersé dans les sous-sols, les garages, les greniers ou ailleurs. Et puis un jour, les proprios ­actuels du studio, une entreprise japonaise, tombent sur cette boîte et la rend à Warner Bros., parce qu’ils ne voulaient THE RED BULLETIN


pas en être responsables. Une fois là-bas, quelqu’un l’a d’abord classée dans la section Chic sans en vérifier le contenu. Cela ne s’est produit que lorsqu’ils ont pris le temps de numériser toutes les bandes analogiques des archives. Il y a assez de matériel inédit là-­dedans pour me suivre jusqu’à la fin de mes jours. Nous étions incroyablement créatifs et productifs à l’époque. Nous étions vraiment déchaînés… et pas que musicalement. J’ai fait ma première expérience avec les drogues à l’âge de 13 ans. J’étais avec mes parents à l’un des événements que ­Timothy Leary organisait à travers les États-Unis à la fin des ­années 60 et qui avaient pour but d’accroître la conscience avec le LSD, ce qui était merveilleux. Bien sûr, à l’époque, je n’avais ­aucune idée de ce qu’était le LSD, mais comme tout le monde en prenait, j’ai essayé aussi. Que dire ? Ce fut un changement ­radical dans ma vie. Comme un portail vers un autre monde. Pour être honnête, j’ai été donné pour mort très souvent mais je suis toujours là. Un soir, alors que j’étais avec Mickey Rourke, j’ai été emmené aux urgences et déclaré mort. Mon certificat de décès avait été établi parce qu’on avait essayé de me réanimer huit fois et que ça n’avait pas marché. Au neuvième et dernier ­essai, je suis revenu à la vie. C’est ce que le docteur m’a dit. J’ai des regrets, bien sûr. J’ai eu des conflits avec Eric Clapton dans le studio après qu’il avait juré de ne plus consommer de drogues ni d’alcool. Et j’étais probablement le plus grand consommateur de drogue au monde, et de loin. Et pour empirer les choses, son fils venait de mourir. Alors il était dévasté que je fasse la fête tous les jours en studio. Ce n’était pas par manque de respect envers lui mais c’est probablement comme ça que cela a été perçu. Bien sûr, je l’ai sincèrement regretté plus tard. Et on ne s’est pas parlé pendant des années. Je l’ai rencontré à un événement récemment, et il était complètement détendu et cool. Il a même demandé à son manager pourquoi je n’avais ­jamais participé à Crossroads, son festival de guitare. Mais je suis sûr à 100 % que ce qu’Eric a vraiment dit c’est : « Nile est un putain d’enfoiré. Quoi que tu fasses, ne l’invite pas. »

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lus tard, au milieu des années 90, j’ai été invité à une party chez Madonna. J’étais sorti pendant trois jours et j’avais sniffé tout ce que j’avais pu. J’ai commencé à entendre des voix dans ma tête, ce qui était effrayant, surtout quand elles me disaient que la mafia avait mis ma tête à prix. J’avais passé une folle nuit de sexe débridé avec deux femmes, dont l’une d’elles était la petite amie d’un tueur à gages bien connu. Et je savais qu’on ne rigole pas avec des gars comme ça. J’ai donc appelé un magasin qui vendait des armes d’Extrême-Orient et j’ai commandé une épée de samouraï qui m’a été rapidement livrée. Après ça, j’ai contacté deux gros durs que je connaissais. Ils ont apporté un revolver calibre .45. J’avais tout cela avec moi à cette party. Et je me suis caché dans un placard parmi les robes de Madonna. Et les voix ne s’arrêtaient pas. C’était complètement dément. J’ai abandonné la drogue peu de temps après, du moins les trucs durs. J’avais lu dans un magazine que Keith Richards avait arrêté et je m’étais dit : « S’il peut le faire, alors je peux aussi. » Puis je suis allé dans un centre de désintoxication. Le l­ endemain

« J’adore travailler avec des gens qui ont de nouvelles idées cool. Et je me fiche de leur âge. » THE RED BULLETIN

de ma sortie, Keith m’appelait pour me demander si je pouvais lui acheter de la coke. Ce qui prouve qu’il ne faut jamais croire ce qu’on lit dans les magazines.

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n tant que producteur, j’ai eu l’occasion de travailler avec des artistes et des personnages étonnants. Il n’y a qu’une seule fois dans ma vie où j’ai sciemment menti à quelqu’un, c’est quand j’ai fait chanter I’m Coming Out à Diana Ross. J’étais allé dans un club de drag queens à New York et j’avais vu à quel point ils adoraient Diana et combien de gens l’imitaient. C’était de la folie : même si elle était ultra conservatrice, elle était une icône drag sans même s’en rendre compte. Quelle ironie ! Alors Bernard et moi avons écrit une chanson intitulée I’m Coming Out, ce qui serait super pour les drags Diana, et pour Diana ellemême, bien sûr. Et comme elle n’avait aucune idée que c’était une expression du monde LGBT, elle était partante. Mais quand elle est allée en tournée promotionnelle, tous les intervieweurs lui ont demandé si elle était lesbienne. Elle était folle de rage, mais elle ne pouvait pas critiquer le succès. Alors j’ai fait comme si j’ignorais la cause de cette agitation. C’était trop drôle. J’ai traité avec Madonna en faisant preuve d’assurance. Je l’ai d’abord convaincue d’enregistrer les chansons de l’album Like a Virgin avec Chic – le groupe au complet – au lieu de simplement utiliser ses démos électroniques. J’y suis arrivé en disant : « Si nous utilisons ces déchets électroniques, tu sonneras comme tous les autres artistes, parce que qu’ils n’ont rien de spécial. Mais si mon groupe les joue, ça sonnera différent, original. » Elle avait des doutes au départ et aurait été totalement satisfaite du son de la démo. Mais j’ai fait preuve de fermeté. Je ne m’en suis probablement tiré que parce qu’elle était au tout début de sa carrière. Madonna a tellement maltraité le groupe, elle a été tellement insupportable qu’à un moment, je suis parti. Elle m’a couru après, m’a rattrapé sur le parking, a fait la moue et a dit : « Ça veut dire que tu ne m’aimes plus ? » Je n’ai pu qu’éclater de rire. Ma tentative de grève n’aura donc duré que 10 minutes. Et nous sommes restés les meilleurs amis jusqu’à aujourd’hui. J’adore travailler avec des gens qui ont de nouvelles idées cool. Et je me fiche de leur âge. Je veux toujours aller de l’avant. Je veux constamment faire face à de nouveaux défis. C’est ce qui me fait continuer. J’aime l’EDM (electronic dance music). Pour les jeunes d’aujourd’hui, c’est exactement ce que le disco a été pour moi, un son avec lequel on peut vraiment beaucoup s’amuser. On m’a diagnostiqué un cancer en 2011. Je pense que cela m’a poussé à travailler encore plus. Être aussi actif fait partie de ma routine maintenant. Je me suis lancé dans le travail pour ne pas avoir à penser à la maladie. C’était en fait une véritable tactique de diversion. Et je me suis délibérément imposé un rythme insensé pour tirer le meilleur parti du temps qu’il me restait. Mais cela a fini par développer une dynamique autonome et on a commencé à faire appel à mes services. J’ai passé une soirée à enregistrer avec Lady Gaga. Nous nous sommes rencontrés à New York par hasard et avons eu un de ces moments magiques. Ce fut une sorte de coup de foudre musical. On s’est donc arrangés pour se retrouver, puis on a traîné ensemble et on s’est incroyablement bien amusés. Et elle a dit : « Tu veux venir au studio avec moi ? » C’était complètement inattendu, ce que j’ai trouvé génial. Elle travaillait à l’époque sur la musique d’un film avec Diane Warren. Et quand je suis allé au studio, j’ai rencontré Diane pour la toute première fois. Et, comme avec Gaga, on s’est tout de suite bien entendus. Puis j’ai fait mon truc habituel, du Nile Rodgers, et c’est tout.

nilerodgers.com   51


TAK E F I V E

Comment le stuntman MARC DAVID est devenu réalisateur…

…DE SCÈNES D’ACTION

Avec 56 films à son actif, ce spécialiste de scènes de combats c­ horégraphiés s’est vu confier celles de Nicky Larson. Voici les ingrédients qui lui ont permis de relever le défi.

1 Un background costaud

Le truc de Marc David, 33 ans ? Les arts ­martiaux artistiques : un mélange de karaté, taekwondo, Viêt Vu Dao combiné à des acrobaties. À l’écran, ce sont ces fameuses bagarres à sensation dans les films d’action et les blockbusters. Depuis 2008, Marc David a participé à près de 60 films, dont Valerian et Mission ­Impossible: Fallout. « Ce n’est pas forcément sur les blockbusters que nous sommes le plus sollicités… Les téléfilms peuvent être très exigeants côté performance. L’une de mes scènes les plus périlleuses fut pour une prod’ TV : une “percussion voiture” avec une Renault Talisman lancée à 28 km/h… C’est la voiture qui a perdu », plaisante-t-il.

2 Une exigence d’authenticité

« Dans les films d’action, on trouve trop de scènes “cache-misère”, des shaky cam – on fait bouger la caméra pour donner un effet dynamique, mais en fait, c’est pour masquer les ­défauts – cadrage douteux ou mouvements peu crédibles des acteurs lessivés. » À force de voir des productions peu scrupuleuses sur l’authenticité des cascades, Marc a l’envie de réaliser lui-même des scènes d’action, en tournant ses propres courts-métrages. « Certains comme ­David Leitch (le réalisateur de John Wick, ndlr) sont eux-mêmes des stuntmen. Ça m’a inspiré. »

3 Des préproductions de précision

C’est justement l’un de ses courts-­métrages qui a permis la connexion entre Marc David et le réalisateur Philippe Lacheau (Baby-Sitting 1 et 2, Alibi.com). « Philippe s’est lancé le défi d’adapter sur grand écran le personnage de manga et dessinanimé Nicky ­Larson. Il voulait que les scènes de bagarre soient les plus crédibles possibles. Son frère lui a recommandé de me contacter après avoir vu l’un de mes courts-métrages. » Philippe 52

Lacheau confie donc la réalisation de toutes les scènes de baston de son nouveau film à Marc. « Avec mes équipes et le chorégraphe de combats Samuel Kefi Abrikh, nous avons monté des scènes préparatoires authentiques, intégrant tous les plans attendus, plus des effets spéciaux. Philippe a pu se faire une idée précise de ce que nous voulions apporter à son film. »

4 Une relation de confiance

Il fallait ensuite passer à la réalisation pure de ces scènes, avec Marc derrière la caméra, en tant que responsable du cadrage et du montage. « Philippe m’a fait 100 % confiance, il a accueilli mon équipe comme sa famille et m’a permis de mettre en valeur les scènes d’action. » Lacheau, à la fois réalisateur et acteur de Nicky Larson, ­délègue une lourde tâche à Marc David. « Avec toutes ses casquettes, des responsabilités énormes pesaient sur les épaules de Philippe. Il s’est vraiment impliqué auprès de nous, il nous consultait même à propos des gags, ou sur des images hors scènes d’action. »

5 Des acteurs en conditions

Principaux sujets des scènes d’action, ­ hilippe Lacheau et Élodie Fontan se sont révéP lés des collaborateurs de choix. « Élodie dispose d’un solide background sportif, ce fut un énorme avantage. Et Philippe a une mémoire de ouf, ce qui a facilité le tournage des scènes complexes. Nous avons tourné 300 plans au total. Pour la scène de la clinique, nous avons tourné 86 plans en deux jours, ce qui est costaud. » Boosté par ce Nicky Larson qu’il affectionne, Lacheau aura été quasi autonome sur ses scènes de combat.

Nicky Larson et le parfum de Cupidon, de Philippe Lacheau, le 6 février au cinéma Entretien PH CAMY THE RED BULLETIN


Les téléfilms peuvent être très exigeants côté performance. » MARC DAVID

De l’action, de la vraie : pour le film Nicky Larson, Marc David s’est assuré que les bastons à l’écran seraient ultra-crédibles. THE RED BULLETIN

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Taxi 2028

Volocopter est un taxi volant pour les transports urbains. Plus ­rapide que le bus et le train, plus silencieux qu’une voiture et entièrement électrique.

Adieu, les embouteillages ! À l’avenir, les taxis volants nous conduiront de l’aéroport à l’hôtel et du bureau à la salle de gym. De la science-fiction ? Non, c’est même ­possible dès aujourd’hui d’après Alex Zosel, la tête pensante de VOLOCOPTER. Il nous promet que les avions-taxis seront une réalité d’ici quelques années. Texte ALEX LISETZ 54

TFO

Les taxis, c’est du vol !


Au volant de son taxi jaune volant, Korben Dallas (Bruce Willis) sauve l’extraterrestre Leeloo (Milla Jovovich) qui est poursuivie par d’horribles méchants. La course-poursuite dans le célèbre taxi ­volant est l’un des meilleurs moments du film culte de science-fiction Le cinquième élément – et sonne le coup d’envoi de la bataille ultime entre le bien et le mal.

Bruchsal (Allemagne), 2018

Alex Zosel, cofondateur de l’entreprise Volocopter, n’est pas Bruce Willis. Mais il a une longueur d’avance sur le héros taciturne du futur : son taxi volant est déjà au point, 245 ans avant le taxi jaune du ­Cinquième élément. Pas moyen de savoir si son taxi volant à lui contribuera un jour à sauver le monde, mais une chose est sûre : il le fera changer, et pas qu’un peu. « Notre Volocopter, déclare Alex Zosel, va désengorger les métropoles du futur parce qu’il apporte une nouvelle dimension aux zones de circulation. Sans compter qu’il est plus silencieux, plus rapide et plus sûr que les moyens de transport classiques. »

Dans les airs depuis 2011

L’engin volant de la startup allemande est un multicoptère entièrement électrique de seulement 290 kg, qui décolle et atterrit à la verticale et peut atteindre les 100 km/h. Dix-huit hélices régulent la vitesse et l’altitude de vol grâce à leur fréquence de rotation, chacune étant équipée d’un moteur dédié. Le Volocopter se contrôle 56

D’un pôle à l’autre

Dans la vision d’Alex Zosel, les taxis volants sont la solution aux problèmes de circulation en ville. Ils décollent et atterrissent sur des plateformes multifonctions, des pôles, installées au sommet des immeubles et sont automatiquement transférés en zone d’embarquement et de débarquement à l’intérieur du bâtiment. Au passage, les batteries sont automatiquement remplacées, si bien que le Volocopter peut prendre de nouveaux passagers dès la sortie du pôle. C’est le même principe qu’un télésiège à la montagne. « Avec l’infrastructure adaptée, une flotte d’avions-taxis pourrait transporter 10 000 passagers par heure de l’aéroport de Newark à Manhattan », compte Alex Zosel en guise d’exemple. Les transferts aéroport ne seraient qu’une première étape. Si le système se développe bien, des pôles Volocopter pourraient être installés en des endroits stratégiques : immeubles de bureaux, gares, hôpitaux, centres commerciaux. Une course en taxi volant coûterait le prix d’un taxi classique. Et une appli permettrait de le réserver le plus simplement du monde. « Nous avons déjà les capacités techniques nécessaires pour concrétiser toutes ces idées, explique Zosel. Volocopter n’est pas qu’une abstraction, il est réel et il fonctionne. Ce qui nous manque, THE RED BULLETIN

NIKOLAY KAZAKOV/VOLOCOPTER, PICTUREDESK.COM

ew York (USA), 2263

très facilement à l’aide d’un joystick. Une simplicité d’utilisation démontrée voilà déjà sept ans à Karlsruhe par l’un des trois inventeurs lors du vol inaugural de 90 secondes du modèle de base VC1. L’expérience est couronnée de succès, le petit citadin v­ olant réussit son baptême de l’air. Le trio d’inventeurs composé de ­Stephan Wolf, développeur de logiciels, Alexander Zosel, ingénieur, et ­Thomas Senkel, chercheur (il a quitté l’entreprise depuis), réalise rapidement que pour garantir la sûreté et l’efficacité d’un moyen de transport, mieux vaut éviter de compter sur l’élément humain, trop peu fiable. Ce qui les amène à cette conclusion : pour que Volocopter puisse déployer au mieux ses capacités de taxi volant autonome, l’homme devra se contenter du statut de passager. Il sera intégré à un réseau numérique qui cadencera automatiquement le trafic à la seconde près entre les stations d’atterrissage définies. Loin au-­ dessus des files de voitures ­immobiles.


2 places assises

Protégé du bruit et des vibrations, le cockpit est à peu près aussi spacieux que celui d’une petite ­voiture (3,2 × 1,2 × 1,2 m). À un détail près : le pilote intégré.

Rotors multiples 18 moteurs électriques ­alimentent autant d’hélices. L’énergie provient de neuf batteries lithium haute performance (­autonomie : 27 km).

100 processeurs

Le pilotage est assuré par des systèmes d’assistance ultramodernes qui stabilisent le vol. Tous les réseaux de communication sont connectés les uns aux autres par fibre optique.

« Nos premiers taxis voleront dans cinq ans sur de courtes distances d’essai dans des villes sélectionnées. » Alexander Zosel

Cofondateur et conseiller d’innovation en chef de Volocopter, il évoque les perspectives d’avenir et la faisabilité du projet. THE RED BULLETIN

ce sont les autorisations officielles pour son exploitation à grande échelle parce qu’il n’existe pas encore de loi dans ce domaine. » Depuis mars 2016, le Volocopter VC200 a donc une autorisation de circulation provisoire en tant qu’engin aéronautique ultraléger et premier multicoptère électrique au monde. Mais la législation n’est pas encore prête à gérer un réseau de mille taxis autonomes volants. Cela ne freine pas Alex Zosel qui veut mettre ses idées en pratique dès que possible. Même s’il doit pour cela commencer par faire des compromis. « Nos premiers taxis voleront d’ici trois à cinq ans, promet-il. Pas partout, mais sur de courtes distances d’essai dans des villes sélectionnées. Et dans un premier temps avec un pilote, pour des raisons légales. Un vol coûtera à peu près autant qu’un service de limousine haut de gamme. » Zosel, 53 ans, veut établir sa flotte de taxis volants sur tous les continents avant la retraite. Cela signifie que d’ici une douzaine d’années, des milliers de personnes   57


ZONE D’ATTERRISSAGE

1

STATION DE CHARGEMENT ET REMPLACEMENT DES BATTERIES

ASCENSEURS VOLOCOPTERS

Le pôle ­ Volocopter

L’infrastructure des e-taxis ne nécessite aucun espace supplémentaire. Les pôles Volocopter – des zones d’embarquement et de ­débarquement où les taxis volants sont automatiquement entretenus et équipés de nouvelles batteries – pourraient par exemple être installés sur des toits d’immeubles.

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à New York, Singapour, Londres, Sydney et au Cap voleraient chaque jour en toute autonomie pour se rendre au travail, à la gare, etc. Un objectif ambitieux. Et si cela devait prendre plus de temps que prévu ? « Alors je travaillerai jusqu’à 68 ans ! »

Half-pipe, discothèque et labo technologique

Alex Zosel a toujours eu quelques années d’avance sur son entourage. Alors que peu de personnes en Allemagne ont déjà entendu parler des skateboards, le voilà qui construit un half-pipe dans le jardin de ses parents avec des amis de l’armée américaine. (Il en retirera une certaine expertise qui le mènera plus tard jusqu’en Coupe du monde de snowboard.) Alors qu’il est étudiant en génie civil, il développe un programme informatique qui

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ASCENSEURS PASSAGERS

SOUS-SOL : ZONE DE MAINTENANCE

génère des représentations graphiques de contrôle des matériaux. Plus tard, ­pendant sa carrière de DJ et de propriétaire de discothèque, il développe une machine à fumée qu’il fera breveter ainsi qu’un nouveau genre de lecteur MP3 à écran tactile. En parallèle, il commence à s’intéresser à l’aviation. « Au départ, j’avais pris une leçon d’initiation au parapente pour soigner ma peur du vide. Mais l’ambition m’a gagné et j’ai suivi une formation de... formateur. » Il dompte ses phobies tout en apprenant tout ce qu’il y a à savoir sur le délicat système qui maintient un engin volant dans les airs. « Auprès de mes élèves, j’ai aussi développé un sixième sens pour les situations à risque et les erreurs potentielles. » En 2011, il reçoit un e-mail qui pique sa curiosité. Un ancien copain de l’époque THE RED BULLETIN


ZONE DE DÉCOLLAGE

1

Station de ­chargement

Chaque Volocopter est ­automatiquement équipé de nouvelles batteries à son arrivée et est immédiatement prêt à repartir. Les batteries retirées sont rechargées (temps de charge : 120 min ; charge rapide : 40 min).

Volocopter a ­pulvérisé le record de crowdfunding en Europe : il ­récolte 500 000 € en 2,5 heures et 1,2 million en trois jours.

ZONE D’EMBARQUEMENT

où il faisait du skateboard, Stephan Wolf, ­devenu depuis développeur de logiciels spécialisés dans les technologies de ­réseaux, souhaite le rencontrer. Il a une idée en tête, « un truc dans l’aviation ». ­Zosel est tout de suite emballé. Et quelques mois plus tard, le VC1 décolle.

VOLOCOPTER

Décollage vertical pour le succès

Parallèlement à ses premiers prototypes, la jeune entreprise aussi décolle. En 2013, la startup de Zosel pulvérise le record de crowdfunding en Europe. En deux heures et demie, la barre des 500 000 euros est franchie et au bout de trois jours, cela se monte à 1,2 million d’euros. Et c’est là que les grosses pointures entrent en jeu : Lukasz Gadowski, l’investisseur berlinois spécialisé dans la technologie, THE RED BULLETIN

2

Maintenance

Les appareils sont contrôlés et entreposés dans la zone de stationnement et de maintenance. Leur mécanisme simple limite les risques de panne et ­diminue les coûts.

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Production en série

Depuis son premier vol en 2011, l’engin de Volocopter n’a cessé d’être optimisé. En 2017, ses créateurs associent Daimler et Intel au projet. L’objectif : produire en grande quantité et créer des infrastructures numériques efficaces.

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GETTY IMAGES

Depuis 2016, le VC200 a une ­autorisation de circulation provisoire en tant qu’engin aéronautique ­ultraléger et premier multi­ coptère élec­ trique au monde.

THE RED BULLETIN


Prêt à l’emploi

Selon ses inventeurs, le Volocopter (ici au siège de l’entreprise à Bruchsal, en Allemagne) pourrait entrer en service dès demain en tant que taxi volant. Il n’y a plus qu’à attendre l’aval des autorités. THE RED BULLETIN

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les sociétés Intel et Daimler. « Grâce à ces partenariats stratégiques, nous pouvons réaliser les écosystèmes numériques et les grandes quantités dont nous aurons bientôt besoin », déclare Zosel. Un essor qui a aussi de grosses répercussions au sein de l’entreprise : neuf mois auparavant, seules quinze personnes travaillaient chez Volocopter, désormais, ce sont plus de cent. La gestion passe entre les mains de spécialistes venus de l’extérieur, Zosel et Wolf se concentrant désormais sur le ­développement. « Nous négocions âprement avec les architectes et les urbanistes, ainsi qu’avec les autorités et les municipalités », explique Zosel. Aucun nom de ville n’a encore été dévoilé, seule une collaboration avec Dubaï a été officiellement confirmée : le premier vol public d’un taxi ­volant autonome a eu lieu l’an dernier dans une zone urbaine de la capitale de l’Émirat. Pendant huit minutes, à une altitude maximale de soixante mètres. Et en étroite coopération avec les autorités aéronautiques locales, pour qui ce projet pilote revêt une importance capitale. En effet, Dubaï veut devenir la « ville la plus intelligente au monde » et souhaite que le quart de ses transports publics passe en mode autonome d’ici 2030.

Vol planant

Mais pourquoi Volocopter raflerait-il la mise plutôt qu’un autre sur ce marché à plusieurs milliards ? Pourquoi pas l’un des cent autres projets qui rêvent de taxis ­volants ? Pourquoi pas Airbus ou le gouvernement chinois, ou bien encore une startup bien connectée de la Silicon Valley ? « D’abord parce que nous avons quelques années d’avance, déclare Alex Zosel. Le Volocopter existe depuis que

« Le Volocopter, qui n’est ni le plus rapide ni le plus puissant des engins volants, est optimal pour les transports publics. »

DES CONCURRENTS AUX CONCEPTS FORTS Taxis volants, drones de livraison et voitures volantes : ces concurrents se disputent la pole position pour un marché qui ne demande qu’à décoller.

cela est techniquement possible. Rien qu’un an auparavant, les batteries et les processeurs n’auraient pas été suffisamment au point pour pouvoir concrétiser un tel projet. Nous avions donc désormais sept ans pour continuer à développer et à optimiser le Volocopter. » Et deuxièmement ? « Parce qu’il n’est ni le plus rapide, ni le plus puissant, et qu’il n’a pas la plus longue autonomie… » Alex Zosel marque une pause calculée. « En revanche, il est parfaitement optimisé pour les transports publics. Actuellement, aucun de nos concurrents ne peut en dire autant. » Lors de la phase de développement, la priorité était d’en faire un engin sûr et utilisable au quotidien. Son design épuré en facilite la maintenance. Plusieurs systèmes indépendants et se supervisant mutuellement peuvent se remplacer les uns les autres en cas de panne. Mais si l’avion électrique de Volocopter ménage les nerfs de ses passagers, les riverains ne sont pas en reste : en ville, il ne va pas plus vite qu’une voiture et n’émet en outre aucun bruit ni aucun gaz d’échappement. « Le meilleur aspect, c’est que l’on découvrira la ville sous un tout nouvel angle, poursuit l’ingénieur. On va enfin lâcher nos portables. Chaque transfert à l’aéroport, chaque trajet en taxi au quotidien redeviendra une expérience palpitante. » Nul besoin qu’une extraterrestre poursuivie par des gros méchants passe à travers le toit du taxi.

volocopter.com 62


LILIUM JET

SUREFLY

PAL-V

CE QUE C’EST Avion à hélices à décollage ­vertical

Hélicoptère hybride à décollage vertical

Voiture volante 3 roues équipée d’un moteur essence se ­déplaçant au sol et dans les airs

DONNÉES ­TECHNIQUES PASSAGERS

5

ENVERGURE

10 mètres

CHARGE UTILE

200 kg

VITESSE MAXIMALE MOTEURS

36 moteurs électriques

PUISSANCE MOTEUR AUTONOMIE

300 km/h

320 kW 300 km

PASSAGERS

2

POIDS À VIDE VITESSE MAXIMALE MOTEURS

PASSAGERS

1

499 kg

DIMENSIONS

4 × 2 × 1,6 mètres

113 km/h

POIDS À VIDE

665 kg

1 moteur à essence 8 moteurs électriques

PUISSANCE MOTEUR

150 kW

AUTONOMIE

1 heure

VITESSE MAXIMALE MOTEURS

1 moteur à essence

PUISSANCE MOTEUR AUTONOMIE

180 km/h*

150 kW

1 200 km (au sol) 350–400 km (dans les airs)

LILIUM, WORKHORSE GROUP, INC., PAL V

* au sol et dans les airs

STADE DE ­DÉVELOPPEMENT La société Lilium est fondée en 2015. La même année, les premières tentatives de vol avec un prototype à l’échelle 1:2 sont un succès. Le premier prototype à taille réelle décollera un an plus tard et le premier vol habité devrait avoir lieu en 2019. D’ici 2025, on devrait pouvoir emprunter des taxis volants Lilium Jet en les réservant via une application. THE RED BULLETIN

Le vol inaugural de dix secondes a eu lieu en 2018. La commercialisation ­devrait se faire en 2020, en version drone de livraison autonome et en ­version engin volant pour les trajets quotidiens et les services de secours. Prix : environ 200 000 €.

L’entreprise travaille depuis 2001 à ce projet. Le premier prototype fonctionnel a démarré en 2012. Les premiers modèles devraient arriver sur le marché en 2019 (prix : environ 500 000€). Il faudra un permis de conduire et un brevet de pilote pour l’utiliser. La police néerlandaise ­serait déjà intéressée.

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UN GALÉRIEN SANS GALÈRE


Une éternité : Ross Edgley au large de Plymouth pour son Great British Swim, en juin 2018.

HARVEY GIBSON/RED BULL CONTENT POOL

À 33 ans, ROSS EDGLEY est le premier homme à boucler un tour de Grande-­ Bretagne à la nage. Il lui aura fallu 157 jours, plus d’un demi-million de calories et se frapper lui-même au visage. Rien que pour croiser un cétacé, ça valait le coup. Texte JESSICA HOLLAND

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Alors il continue à nager pendant encore deux heures avant de se hisser dans le bateau et de s’effondrer, en mode : « Manger. Dormir. La marée change dans six heures. Réglez tous vos réveils. » Que ce soit ici en Écosse au creux de la vague, quand The Red Bulletin le rejoint pour la première fois sur son bateau, l’Hecate, ou encore au large de la côte du Suffolk en octobre, Edgley a toujours la même chose en tête : Margate. La ville côtière du Kent a été le point de départ de son audacieuse (pour ne pas dire dingue) mission – l’atteindre à nouveau est sa seule chance de salut. Pour y parvenir, notre sportif originaire du Lincolnshire devra accomplir la plus longue distance jamais parcourue à la nage sur un circuit de 2 884 km autour de la Grande-Bretagne, sans jamais poser le pied à terre. On comprend aisément pourquoi personne n’a jamais relevé ce défi jusqu’à présent : il est d’une difficulté impitoyable. Mais pourquoi est-ce qu’un homme équilibré de 33 ans avec une famille proche et une fiancée aimante, un diplôme en sciences du sport et un guide de fitness très fouillé tout juste publié (The World’s Fittest Book) irait passer cinq mois de sa vie à alterner des périodes de six heures de nage entre une mer froide et dangereuse et une cabine humide et exiguë pour être le premier ? En fait, Edgley vient d’une famille de sportifs : son père est entraîneur de tennis, l’un de ses grandspères courait des marathons, l’autre était dans l’armée, et les conversations à la maison tournaient souvent autour des explorateurs britanniques célèbres, tels que George Mallory, Ernest Shackleton ou ­Matthew Webb, qui sont devenus les héros d’Edgley. Passionné de psychologie et de sociologie du sport, il cherche à savoir de quoi le corps humain est capable et quel genre d’entraînement et de nutrition peut aider à repousser ses limites. Les années précédentes, il a fait partie de l’équipe de water-polo de Grande-­ Bretagne, a couru un marathon en tirant une voiture derrière lui, tiré un arbre de 45 kilos pendant un triathlon entier, son tree-athlon comme il l’appelle. « Je l’ai fait pour le jeu de mots », précise-t-il. Ses capacités physiques grandissantes lui ont permis de réaliser des exploits de plus en plus difficiles, ce qui l’a aidé à cultiver un niveau de discipline ­mentale et de force d’âme qui, vu de l’extérieur, ­s’apparente dangereusement à un désir de mort. THE RED BULLETIN

OLAF PIGNATARO/RED BULL CONTENT POOL

R

oss Edgley sort la tête des eaux ­glaciales de l’océan Atlantique, au large de la côte est de l’Écosse, et appelle son équipe en hurlant. Il est environ à mi-parcours d’un périple à la nage qui fait grand bruit : le tour de la Grande-Bretagne en cinq mois. C’est à bord d’un catamaran qu’il récupère entre d’âpres sessions de nage de six heures à travers les vagues. Actuellement, il met toute son énergie à poursuivre sa progression sans se faire aspirer par l’un des plus gros tourbillons du monde qu’il croise sur sa route. À ce stade de l’aventure, il a désormais l’habitude des gifles de méduses venimeuses en plein visage, idem pour les déchirures ligamentaires, les ulcères profonds causés par l’eau de mer, la plaie ouverte dans le cou due au frottement de sa combinaison, la fatigue constante et la langue qui part en lambeaux à force d’être exposée au sel. Mais là, la sensation de piqûre qui lui échauffe le visage lui semble plus vive que d’habitude. « Mec, ça me brûle encore », dit-il à Taz, l’un des trois membres de l’équipage qui surveille la progression d’Edgley depuis un bateau pneumatique à moteur. Taz regarde Edgley et lui hurle : « Elle est encore sur ton visage ! ». Un tentacule de méduse à crinière de lion, dont la piqûre s’apparente à un choc électrique durable, s’est enroulé autour des lunettes de natation d’Edgley et s’est emplâtré sur sa joue et son front. Après quelques secondes d’apitoiement, il respire un bon coup et se débarrasse de l’intrus. Il remet ses lunettes mais elles fuient. Il vérifie le joint, puis réalise que son visage a tellement enflé à cause de toutes les piqûres que les lunettes ne lui vont plus – sachant qu’une seule de ces piqûres peut conduire quelqu’un à l’hôpital. Mais au lieu de demander une assistance médicale, Edgley continue : « J’ai remis mes lunettes sur le nez et j’ai tapé dessus pour me les enfoncer dans le visage. » Une décision que personne ne trouverait logique, sauf dans le monde d’Edgley. Alors qu’une partie de son cerveau est en mode survie absolue, l’autre est toujours en plein calcul. Il pourrait retourner au ­catamaran maintenant, mais il lui faudrait retourner dans l’eau exactement au même endroit au milieu de la nuit, quand la marée sera de nouveau à son avantage.


« Pas le temps de douter. C’est une baston dans ta tête. »


C’est un peu difficile à comprendre, surtout au vu du caractère profondément optimiste d’Edgley. Cet homme respire littéralement la joie de vivre et peut combler n’importe quel silence avec des blagues, des histoires et des questions. En général, il est le dindon de la farce de ses propres histoires plutôt que leur héros et il semble plus à l’aise à vanter les mérites de son équipe et d’autres sportifs qu’à analyser ce qui le rend capable d’accomplir des exploits extraordinaires. Mais sa folie ne manque pas de méthode. Au contraire, cette légèreté n’est qu’une preuve de plus de sa détermination. Il veut vivre sa vie à la limite de ce qui est possible et quand on est de mauvaise humeur, ça n’aide pas. « Je pourrais très bien nager en tirant la tronche et en serrant les dents pendant 150 jours, mais bonjour les hormones de stress, et il n’y a rien de pire pour les inflammations et le système immunitaire ! » Parfois, quand il nage dans l’obscurité, le visage tourné vers les profondeurs, il raconte qu’il lui arrive de se « taper de super private jokes et de rigoler tout seul. Je me suis bien marré en traversant la mer d’Irlande ».

D

ans les moments de fatigue intense, les idées se décousent : « On n’a pas le temps de douter de soi-même. C’est une vraie bataille dans la tête. » En mer, il peut décider à tout moment de retourner sur la terre ferme pour prendre un bon bain chaud et une petite pause – il est comme un prisonnier avec les clés de sa cellule dans la main. Mais comme il l’explique, « cette porte, il faut l’ignorer. La clé, on l’a balancée ». La fatigue, c’est le corps qui nous dit de tirer le frein à main. Ross a appris à ignorer ces messages à un point tel qu’il a l’impression de ne plus en recevoir. « En persévérant marée après marée, on finit par s’anesthésier ou carrément par éteindre cet instinct d’autopréservation. Il y a un risque de briser quelque chose dans ce lien entre le corps et l’esprit. La frontière est étroite entre la stupidité et l’héroïsme et on joue constamment avec les limites entre le bon sens et l’hypothermie, le bon sens et l’insuffisance surrénale, le bon sens et le corps qui ne répond plus. » Mais au final, c’est en jouant sur cette étroite frontière entre le succès et l’échec qu’Edgley parvient à lâcher prise. Sur le dernier kilomètre de son parcours, le 4 novembre 2018, avant de rallier en titubant la plage où tout a commencé, Edgley est rejoint par 300 nageurs en eau libre qui l’entourent dans une accolade groupée pour rejoindre la côte. « C’était ­indescriptible », se souvient-il quand nous nous revoyons à Londres une semaine plus tard – lui avec 68

de la barbe en moins et un sourire d’homme rassasié en plus. « Je naviguais entre joie, larmes et chair de poule. Tout ce que je m’étais interdit – larmes d’euphorie, soulagement, fierté peut-être, remontait à la surface. Je me disais : “Wow, wow, wow. Il te reste encore quelques mètres à accomplir.” » Ses pieds avaient tellement perdu l’habitude de supporter son poids qu’il a bien failli tomber face contre terre devant la foule rassemblée en son honneur. Mais ce défi que beaucoup pensaient impossible, il l’a relevé, il a battu plusieurs records et a été accueilli en héros à son retour à Margate. Aujourd’hui, il évoque les meilleurs moments de son périple : des communautés de pêcheurs qui l’arrosent de whisky le long de la côte ouest de l’Écosse, une femme voulant lui apporter à manger a nagé jusqu’à son bateau avec un gâteau sortant du four sur la tête, les dauphins, les phoques ou le requin pèlerin de 6 mètres de long avec qui il a nagé. Mais il admet volontiers que le fait d’enfoncer des lunettes dans un visage enflé à proximité d’un tourbillon mortel est plus représentatif de l’expérience dans son ensemble. Edgley, qui décrit son Great British Swim comme étant « de loin la chose la plus difficile que j’aie ­jamais faite », sait comment l’histoire se termine pour presque tous les explorateurs qu’il admire : Shackleton est mort d’une crise cardiaque dans l’Antarctique à 47 ans, Mallory en avait 37 quand il est mort en ­escaladant l’Everest. Captain Matthew Webb, qui a prouvé en 1875 qu’il était possible de traverser la Manche (à la brasse et en petit maillot de laine, s’il vous plaît), mourra peu après à l’âge de 35 ans en tentant de nager dans les Whirlpool Rapids au pied des chutes du Niagara. Sa tombe située non loin de là porte l’épitaphe suivante : « Accomplir quelque chose de grand, ce n’est jamais facile. » Alors quand les gens disent d’Edgley qu’il est le Captain Webb d’aujourd’hui et lui demandent ce qu’il compte faire ensuite, ça l’inquiète un peu. Il sait que ses prochains défis devront être relevés pour de bonnes raisons, avec l’assistance qu’il faut et ­suffisamment d’esprit logique pour compenser

HARVEY GIBSON/RED BULL CONTENT POOL

« Le dernier kilomètre ? Indescriptible. Des larmes d’euphorie, de soulagement et de f­ ierté. Tout ce que je m’étais interdit. »

1er juin, Edgley débute son épopée à la nage en goûtant la Manche au port de Margate. THE RED BULLETIN


Un bateau d’assistance a offert un repos bienvenu à Edgley entre ses sessions de nage de six heures qui lui ont permis de battre tous les records.

Le périple d’Edgley en chiffres 2 884 KM de nage (soit 85 traversées de la Manche et 57 680 longueurs dans une piscine olympique) 157 JOURS (soit près de 23 semaines) en mer 40 000 mouvements dans l’eau par jour 2 300 000 mouvements au total 15 000 CALORIES consommées par jour 314 RED BULL avalés 610 BANANES ingurgitées 35 KM NAUTIQUES plus longue distance nagée en une seule marée THE RED BULLETIN

8,7 NŒUDS vitesse de nage maximale 504 732 CALORIES brûlées (soit 1 964 Big Macs) ANIMAUX CROISÉS SUR LE PARCOURS 1 baleine de Minke 1 requin pèlerin (6 mètres) 1 banc de dauphins 1 colonie de macareux 2 aigles 6 loutres de mer 30 phoques 5 ROULEAUX de gaffer pour réparer les plaies cutanées 3 KILOS de Vaseline pour éviter les frottements 37 PIQÛRES de méduses

son incapacité à abandonner un défi une fois qu’il l’a commencé. Mais il veut aussi continuer à repousser les limites de ce qui est humainement possible. Même maintenant, alors qu’il réapprend à marcher avec des pieds atrophiés d’avoir été si peu utilisés, il pense déjà à sa prochaine aventure. Et même s’il ne peut rien dévoiler publiquement, le périple qu’il vient d’accomplir s’apparente à un petit bain de mer en comparaison de son nouveau projet. Pour beaucoup, les messages qu’Edgley reçoit de gens qui lui disent qu’il les incite à sortir de leur zone de confort n’en vaudraient pas la peine face à ces mois d’isolement, de souffrance et d’effort physique constant. Même ce jour mémorable où une baleine de Minke a nagé à ses côtés dans le canal de Bristol, le prenant pour un phoque blessé et le guidant vers des eaux peu profondes, ce jour non plus n’en vaudrait pas la peine pour eux. Mais pour Edgley, « cette expérience valait toutes les piqûres de méduses du monde, tout ». C’est cette belle image qui lui a permis de « s’échapper » quelques instants de sa grande mission en mer, avant de se reconcentrer sur les fonds marins pour une session de six heures de plus. « Il y aura un moment où mon corps ne me laissera plus faire cela. Mais quand je regarde en arrière, je peux le dire : “Je n’aurais pas pu en faire plus”. »

rossedgley.com   69


DYNAMO rebat les cartes

Réputé pour ses tours bluffants, le plus célèbre magicien du RoyaumeUni a dû faire face à une dure et nouvelle réalité lorsqu’une maladie chronique l’a privé de ses moyens. Voici le tour de réapparition le plus étonnant de sa carrière… Illusionniste de réputation mondiale, Dynamo sait comment réaliser d’impressionnants numéros de disparition. Mais celui qu’il nous a livré début 2017 fut le plus surprenant de sa carrière. Après quatre saisons de son émission à succès Dynamo : Magicien de l’impossible et de spectacles à guichet fermé dans le monde entier lors de la tournée Seeing Is Believing, une maladie chronique a forcé le showman originaire du Yorkshire à quitter la scène. Mais disparaître ne constitue que la moitié d’un tour de magie – la réapparition en est la récompense. Pour Dynamo, cela allait s’avérer très difficile à réaliser. « J’ai la maladie de Crohn (une maladie inflammatoire ­incurable de l’intestin, ndlr) depuis l’âge de 14 ans, dit l’illusionniste âgé de 36 ans dont le véritable nom est Steven Frayne. Mon état s’est aggravé après une forme d’intoxication alimentaire (en 2017, ndlr). C’était potentiellement mortel et j’ai été hospitalisé. Mais le médicament a eu des effets secondaires épouvantables. » Son visage a enflé et, pire encore, il s’est mis à souffrir d’arthrite. « Je ne pouvais même pas battre un jeu de cartes. C’était effrayant. » Cela aurait pu mettre fin à sa carrière mais ce gars a capté l’attention du monde en marchant sur la Tamise et en lévitant au-dessus du gratte-ciel londonien The Shard, à 310 mètres de hauteur. Face à l’impossible, il a recouru à son plus grand talent : la magie. Mais pas comme on pourrait s’y attendre. Texte TOM GUISE  Photos OSSI PIISPANEN 70

THE RED BULLETIN


« Je ne veux pas me laisser définir par ma maladie, mais par mon art. »


La scène clairsemée de La chambre abandonnée procure à Dynamo un cadre intime pour son nouveau spectacle. Loin des décors dramatiques de ses tours les plus spectaculaires comme marcher sur la Tamise et léviter devant le Christ Rédempteur de Rio.

« Puisque je ne pouvais pas utiliser mes mains, je me suis demandé ce qu’il se passerait si je mettais la magie entre celles du public, si je présentais un spectacle dans lequel il ferait luimême le travail. Même en n’étant plus en mesure de pratiquer mon art, je peux créer un espace privilégié où la magie opère. » Cet espace, il le trouve au Mandrake Hotel. « Le sous-sol de cet immeuble londonien est magique, dit Frayne, assis au bar de l’hôtel. Son visage a dégonflé et il a retrouvé son allure juvénile, peut-être plus frêle qu’avant. Il baptise son théâtre sur mesure La chambre abandonnée. « Pourquoi ne pas convier les spectateurs dans cette pièce abandonnée ? Dans mon esprit. » Fin novembre, l’an dernier, Dynamo présentait une courte série de spectacles à guichet fermé dans une salle de quatrevingt-dix spectateurs. « Je peux regarder chaque visiteur dans les yeux et l’emmener dans un voyage personnel à travers l’histoire de ma vie depuis deux ans et incarné par le biais de ma magie. Nous conversons vous et moi, et je vais vous dire comment j’ai surmonté les obstacles sur ma route, comment nous pouvons découvrir une force en nous dont nous ignorons l’existence. C’est ça la magie : donner vie à quelque chose qui n’existait pas un instant plus tôt. » 72

the red bulletin : Comment avez-vous conçu La chambre abandonnée ? dynamo : J’avais en tête de créer un ­spectacle intime depuis des années. Mais durant ma tournée, je faisais des tours de magie devant 10 000 personnes. Ma maladie fut à la fois une malédiction et une bénédiction : elle m’a contraint à faire une pause. J’ai passé ma convalescence à m’exercer pour une nouvelle forme de magie, une manière de trouver la magie chez les autres. J’invite aussi des artistes qui m’ont inspiré. Je veux représenter la magie à son top et baliser mon développement en tant qu’artiste de la scène. THE RED BULLETIN


Quand cet amour a-t-il commencé ? Quand j’avais 11 ans, je voulais faire peur aux autres gamins, parce qu’ils s’en prenaient à moi. Je me faisais tabasser tous les jours à l’école et je voulais qu’ils me laissent tranquille. Mon grand-père m’a montré des trucs bizarres pour les effrayer et ça a marché. Mes intentions de départ n’étaient pas les bonnes, j’utilisais la magie comme moyen de défense et protection. J’étais un enfant incompris et les tours m’ont permis de partager cette singularité de manière acceptable, pour émerveiller mon entourage.

Quelle est votre vision de la magie ? Il me semble que les gens ignorent ce dont il s’agit. Selon moi, c’est ce que l’on ressent quand on est le témoin d’un événement inexplicable : la naissance d’un enfant, voir Cristiano Ronaldo marquer un but incroyable, etc. Mes tours de passe-passe sont au croisement de la performance, de la danse, du mime et de la chorégraphie. Tout cela se mélange pour créer une émotion à partir de ce phénomène magique. Mon spectacle vise à ­éduquer le public sur ce qu’est la magie. D’où tirez-vous votre inspiration ? Essentiellement des films et des contes. Pendant mon enfance, j’allais régulièrement à l’hôpital ; je continue d’y aller plusieurs fois par semaine. Au début, il n’y avait pas de télé, alors je lisais. J’ai combiné les récits avec les compétences que j’avais acquises dans les livres de magie. Ces derniers mois, j’ai étudié l’art de raconter des histoires. Un bon magicien sait créer du drame, de la tension, de la peur, des larmes. Le spectacle a-t-il été une forme de thérapie pour vous ? J’ai dépassé ce stade. J’ai dû regarder ma situation en face et opérer un changement complet de mon mode de vie. C’est facile de considérer les choses comme acquises… jusqu’à ce que les ennuis surgissent. Ceux qui me sont arrivés m’ont fait réaliser que rien n’est garanti. Au fil des ans, j’ai collectionné les crises, mais je refusais de laisser ma maladie me définir ; je veux que ma magie le fasse. Je veux trouver quelque chose qui fasse progresser mon histoire. Est-ce que votre capacité de magicien à résoudre des problèmes vous a aidé à gérer ce qui vous arrive depuis un an ? Je fonctionnais à la manière d’un survivant, car je ne savais pas si ce sur quoi j’avais compté dans le passé allait encore marcher. À force de pratique, je savais que j’avais une affinité pour la psychologie, que j’étais doué pour les tours de passe-passe et pour manipuler des cartes. Sauf que je devais désormais faire sans tout cela : 95 % des tours que j’effectue dans La chambre abandonnée sont des techniques nouvelles que j’ai apprises ces douze derniers mois. Lorsque j’avais l’impression que tout s’écroulait, ce second souffle ravivait mon amour de la magie. THE RED BULLETIN

Où votre histoire vous mène-t-elle ? Je me suis caché derrière la magie parce que j’étais un e­ nfant anxieux. Je suis encore très réservé mais je n’ai pas peur d’être moi-même. Qu’est-ce qu’il pourrait arriver de pire ? Je me trouve dans une situation difficile mais il y a très peu de chances pour que mon problème n’ait pas été vécu ni résolu par quelqu’un d’autre avant moi. Où en êtes-vous côté forme ? À environ 70 % de ce que j’étais. Je n’ai plus la facilité de mouvement ni l’énergie que j’avais et je ne peux plus m’entraîner comme quand je faisais de la muscu. Maintenant, je fais un peu de natation tous les jours. Je regarde les vidéos du nageur Adam Peaty sur YouTube et je reprends ses exercices pour augmenter ma force et mon cardio. Même si mon corps est plus faible qu’avant à bien des égards, il est aussi devenu plus résistant. Vous étiez donc un bon nageur avant ? Pas vraiment, j’étais plus habitué à marcher sur l’eau.

abandoned-room.com   73


guide au programme

PASSION PLONGEON DE TRÈS HAUT VOL Un plan que seul Red Bull peut vous concocter : une virée aux Açores aux côtés du plongeur expert Orlando Duque.

SAMO VIDIC/RED BULL CONTENT POOL

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UN AGENDA QUI DONNE DES AILES

LE BON GOÛT DU SABLE EN HIVER

STYLÉ COMME UN PRO DE LA FORME

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Breakdance, ski, snow, tatouage ou festival ? L’embarras du choix !

THE RED BULLETIN

Au Touquet, pour un must de la course moto d’endurance sur sable.

Penser comme les spécialistes du fitness, c’est un pas en avant.

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Faire.

Le Red Bull Cliff Diving World Tour 2019 fait halte aux Açores sur l’îlot de Vila Franca do Campo.

L’ÎLE SÃO MIGUEL AUX AÇORES

PLONGEON DE HAUT VOL : À VOUS ! Avec Destination Red Bull, vos guides sont des athlètes de classe mondiale. Le cliff-diver Orlando Duque vous ­apprendra à surmonter le vertige et la peur des baleines.

J

e pratique le plongeon de haut vol en pro depuis plus de deux décennies en parcourant la planète au gré des compétitions. La jungle du Yucatán, ­l’Antarctique, l’Île de Pâques… Au fil des ans, j’ai découvert des lieux uniques. Dotée d’une

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nature f­ ascinante, l’île de São Miguel aux Açores, destination de notre voyage Red Bull, est l’un de ces endroits. Y revenir est un plaisir sans cesse renouvelé. L’archipel des Açores se trouve à environ 1 300 kilomètres à l’ouest des côtes portugaises, au beau milieu

Orlando Duque, plongeur de haut vol et guide de voyage VIP.

THE RED BULLETIN


Açores

INFOS VOYAGE

NOM D’OISEAU ET SOL CHAUD

C’est quoi ? C’est où ? Ce qu’il faut savoir sur cet archipel à la géographie aussi originale que ses spécialités locales. Les Açores se trouvent dans l’océan Atlantique à 1 369 km à l’ouest du Portugal et à 1 930 km à l’est de Terre-Neuve (­Canada). L’île principale de São ­Miguel (746 km²) est presque aussi grande que la Corse.

Açores

Orlando Duque en action : « Je vous transmets le plaisir du plongeon de haut vol. » Graciosa

Corvo Flores

Terceira

São Miguel

São Jorge

Faial Pico

Santa Maria

Ribeira Grande

São Miguel Ponta Delgada

ROMINA AMATO/RED BULL CONTENT POOL, DEAN TREML/RED BULL CONTENT POOL 82), RED BULL MEDIA HOUSE GMBH/ RED BULL CONTENT POOL, GETTY IMAGES ANDREAS ROTTENSCHLAGER

Ilhéu de Vila Franca

HISTOIRE

L’îlot, sa lagune formée par un cratère et l’île de São Miguel en arrière-plan.

de l’océan Atlantique. Ses côtes rocheuses volcaniques et ses versants verdoyants en sont les principales caractéristiques. Il n’est pas rare d’y croiser des dauphins ou des cachalots en nageant dans ses eaux. Les Açores sont l’endroit idéal pour découvrir l’Atlantique sous tous ses aspects. Là est bien notre intention. Le Santa Barbara Resort, point de départ de notre séjour, est situé sur la côte sud de São Miguel. ­Durant cinq jours, mes hôtes et moi allons littéralement nous jeter à l’eau et parfois depuis des hauteurs élevées car l’apprentissage du plongeon de haut vol fait bien sûr partie du programme. Le ­deuxième jour, le groupe en stage

THE RED BULLETIN

« Je m’adapte à tout niveau. L’île offre une centaine de spots de plongeon. » sera transféré sur l’îlot de Vila Franca do Campo, qui se trouve à environ 500 mètres au sud de São ­Miguel. Les photos aériennes ­permettent d’admirer à sa juste valeur l’anse intérieure de l’îlot marquant le cratère du volcan éteint. Ce joyau de la nature fait de la visite un moment magique. Le nombre de visiteurs annuel est aujourd’hui limité mais nous

LE NOM Les marins portugais qui l’ont découverte l’ont baptisée l’île aux autours des palombes (açores en portugais). Sauf qu’il ne s’agissait pas d’autours mais de buses. IMMIGRÉS ET ÉMIGRÉS Après des siècles d’immigration portugaise, 60 couples açoréens émigrent au Brésil et fondent Porto Alegre en 1752 (elle compte aujourd’hui plus d’un million d’âmes). TRAIT D’UNION Les premiers câbles sous-marins et les vols réguliers reliant l’Europe à l’Amérique passaient par les Açores.

SPÉCIALITÉS COZIDO Le sol volcanique fait office de four naturel pour cuire ce pot-au-feu à base de viande ou de poisson. BOLO LÊVEDO Pain sucré à la levure rappelant un muffin. Il se consomme à tout moment de la journée. CHUTNEY D’ANANAS L’ananas, cultivé en serre depuis le XIXe siècle, s’apprécie de différentes manières. Ce chutney ­accompagne idéalement les fromages locaux.

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Faire.

Açores

DESTINATION RED BULL

AVEC LA CRÈME DES ­ATHLÈTES

Pilotage dans le désert coaché par le ­quintuple vainqueur du Rallye Dakar, ­descente VTT dans le sillage d’un champion du monde et bien d’autres ­expériences. ­Florilège.

ABU DHABI

VIENNE

AVEC CYRIL DESPRES Foncez sur les dunes du désert à bord de ­l’authentique Mini du Rallye Dakar avec ­Cyril Despres au volant, quintuple vainqueur du Dakar.

AVEC ANDI GOLDBERGER L’ex-champion de saut à ski et adepte de la course à pied vous accompagne pour la course mondiale de Wings for Life. Préparation et dîner avec les athlètes inclus.

BARCELONE

ÎLES SALOMON

AVEC SETE GIBERNAU & DANI PEDROSA Enfourchez votre moto sur le circuit privé de Sete Gibernau et a­ ssistez au Grand Prix de Catalogne en VIP.

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AVEC CHRISTIAN ­SCHIESTER L’ancien ultra-traileur devenu circumnavigateur vous embarque à bord d’El Toro, son voilier de 18 m, pour un voyage inoubliable.

« Le retour à la surface est plus intense que la chute », confie Duque. Pas de doute.

­ urons le privilège d’y passer une a journée au cours de laquelle nous escaladerons les parois pittoresques du cratère ou découvrirons en masque et tuba les tunnels rocheux au pied de l’île. Ce qui frappe de prime abord à Vila Franca, ce sont les falaises abruptes et rugueuses. Un aspect qui n’a pas échappé à la communauté du cliff diving. Mais pas de panique, nul ne sera obligé de sauter de 27 mètres de haut à l’instar des plongeurs pros. L’île offre plus de cent emplacements, de hauteurs variées. Pour le stage, je prends en compte le niveau physique mais aussi les objectifs de chaque participant. Bien sûr, le but est de se dépasser un peu, mais le plaisir reste la priorité. Le saut de falaise est un défi mental. Il s’agit de lâcher prise pour se jeter à l’eau dans tous les sens du terme. ­Souvent, les gens se crispent en sautant. Savoir que la posture peut se corriger en vol permet d’éliminer cette crispation. J’enseigne à mes stagiaires la bonne technique de saut et de

pénétration dans l’eau et les accompagne pas à pas vers la hauteur de saut qu’ils souhaitent accomplir. Il est possible d’atteindre jusqu’à quatorze mètres de haut durant cette journée. Avec un peu de chance vous apprendrez quelque chose sur vous-même, à savoir que nous avons peur de ce que nous ne maîtrisons pas suffisamment. L’appréhension est normale lorsqu’on se trouve pour la première fois au bord d’une falaise. Mais la sensation de joie en refaisant surface est bien plus intense. De plus, deux plongeurs pros seront du voyage. Ils vérifient chaque site au préalable. Une tâche qu’ils connaissent bien puisqu’ils l’effectuent pour les meilleurs mondiaux lors de la Red Bull Cliff Diving World Series, à laquelle nous assisterons deux jours plus tard à bord d’un ­catamaran de quatorze mètres de long. Le soir, nous dînerons avec les athlètes et échangerons sur la discipline. À ce stade, vous serez devenu incollable sur le sujet.

Infos voyage et réservation sur

destination.redbull.com

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ANDREAS ROTTENSCHLAGER

LESOTHO AVEC ALFIE COX Explorez une semaine durant les plus belles pistes de moto sur le ­célèbre tracé du Roof of Africa aux côtés du Sud-Africain, star de l’enduro.

PREDRAG VUCKOVIC/RED BULL CONTENT POOL

VIRGIN AVEC GEE ATHERTON Suivez l’ex-champion du monde de descente VTT sur deux circuits à ­travers les pentes de grès de l’Utah, une ­visite VIP de Red Bull Rampage en prime.


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Voir.

REGARDE LE MONDE TOURNER

Roues de skate, de VTT, de voitures de rallye, ou platines de DJs... Elles ne cessent de tourner de par le monde. Et à chaque fois, Red Bull TV est là.

REGARDEZ RED BULL TV PARTOUT

Red Bull TV est une chaîne de télévision connectée : où que vous soyez dans le monde, vous pouvez avoir accès aux programmes, en ­direct ou en différé. Le plein de contenus originaux, forts et ­créatifs. Vivez l’expérience sur redbull.tv

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27 janvier   DIRECT

RED BULL MUSIC 3STYLE WORLD FINAL Depuis 2010, la compétition Red Bull Music 3Style offre au monde le meilleur de la culture DJ. Pour sa neuvième édition, le concours s’annonce encore plus relevé. ­Numéros 1 au niveau national, les finalistes venus du monde entier sont choisis sur ­vidéo de cinq minutes par d’ex-lauréats du concours. À présent, ces derniers et quelques jokers sélectionnés en parallèle s’affrontent en finale mondiale à Taïpei (Taïwan). L’an dernier, la couronne est ­revenue au DJ italien Damianito. Qui lui ­succédera ? Réponse fin janvier.

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janvier / février

Red Bull Music 3Style attire ­toujours plus de passionnés de musique.

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SONSTAR/RED BULL CONTENT POOL, GUSTAVO CHERRO/RED BULL CONTENT POOL, JAANUS REE/RED BULL CONTENT POOL, DANIEL KOLODIN/RED BULL CONTENT POOL, COLIN KERRIGAN/RED BULL CONTENT POOL, MAXWELL SCHIANO

DJ Doberman lors de la finale nationale 2017 en Corée du Sud.

Musique de très haute qualité et interviews d’artistes influents. Restez à l’écoute…

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février   DIRECT

RED BULL VALPARAÍSO

Cette course extrême de VTT de descente urbaine fête ses quinze ans avec, toujours, des virages plus serrés, des escaliers interminables et des sauts monstres dans les rues de Valparaíso, au Chili.

PEAK TIME

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2

au 27 janvier   DIRECT

WRC MONTE CARLO

Le Championnat du monde des rallyes débute sa saison 2019 à Monaco où la crème des pilotes bataillera sur ses routes hasardeuses et son célèbre col de Turini, étape la plus terrible de l’histoire du WRC.

au 3 février   DIRECT

SIMPLE SESSION

Pour la 19e édition de ce grand classique, l’élite mondiale du skateboard et du BMX débarque à Tallinn, en Estonie. Admirez les athlètes venus en découdre sur ce nouveau set-up devant des milliers de spectateurs.

24 janvier

SUR LES ONDES

Ces dernières années, Vivian Host a invité des artistes tels Björk, Erykah Badu, Robyn, Lil Wayne, Charlotte Gainsbourg et le ­cinéaste Werner Herzog. Avec sa quotidienne (en semaine, à 17 heures GMT), en direct des ­studios Red Bull Radio à New York, la DJ, animatrice et journaliste musicale présente nouveautés musicales, interviews fouillées, reportages, événements et actualités pour faire le plein de culture.

À ÉCOUTER SUR REDBULLRADIO.COM

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Faire.

Pendant deux semaines, plus de cinquante événements dans l’agglo nantaise font la prog du festival dédié à la culture hip-hop, sous toutes ses formes. Le danseur Diablo, nouveau membre du crew Red Bull (juge de la compétition hip-hop le 15) et Lil’G, des BC One All Stars (qui participera sur un format Bonnie and Clyde, homme et femme, avec Shekinah) ­animeront un workshop durant la quinzaine. Nantes ; hipopsession.com

2

février

RED BULL TOUT SCHUSS

Freiner, c’est tricher ! Ce pourrait être la devise du Red Bull Tout Schuss. 300 garçons et filles qui partent en sprint tous ensemble vers leurs skis ou snowboards pour ensuite descendre jusqu’au pied des pistes où un afterski les attend, tout est possible. Le p ­ remier ou la première en bas gagne la course. Six stations a­ ttendent l’événement, des P ­ yrénées (Ax 3 Domaines, en ouverture, le 2 ­février) jusqu’aux Alpes (Avoriaz, le 6 avril, en ­clôture). Pyrénées/Alpes ; redbull.com/toutschuss

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au 10 février Astropolis Hiver Brest L’édition hivernale du festival brestois envoie toujours du gros son dans les nuits de la pointe bretonne. Clubbers, rockeurs, ou simples amateurs, les scènes de la ville leur offrent une programmation éclectique. Et quand les lumières s'éteignent, l'ambiance se prolonge en journée avec des expos, un vinyl market et des masterclass. N’y loupez pas la projection de Quand tout le monde dort, dédié aux fêtes libres. Brest ; astropolis.org

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LITTLE SHAO, ALEX LAUREL/RED BULL CONTENT POOL, JACOB KHRIST, MARGAUX CHALMEL

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février au 3 mars Hip Opsession


Février / mars

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au 17 février Mondial du tatouage En moins de dix ans, il est devenu le plus grand événement du genre au monde. Sous la Grande Halle de La Villette, les visiteurs découvriront expos, ateliers et concerts et surtout le travail de 420 artistes venus de toute la planète. Le must : les concours qui laissent l’expression libre aux maîtres du tatouage. Paris, La Villette ; mondialdutatouage.com

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et 17 février Paris Manga Sci-Fi Show Conférences, dédicaces, guests, animations, gaming… Paris Manga Sci-Fi Show ­revient combler les amateurs de culture manga et de popculture japonaise déclinées sous toutes leurs formes : jeux vidéo, cinéma, séries, ­cosplay, graphic novels… Paris, Porte de Versailles ; ­parismanga.fr

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mars Spartan Stadium Le temps d’une épreuve (5 km), tout le Stade de France devient le théâtre d’une course à ­rebondissements. La pelouse n’est plus la seule aire de jeux. Les participants vont courir dans les tribunes, les coursives et autres itinéraires t­ ruffés d’obstacles pour faire monter le cardio. À la sortie de l’hiver, on testera son physique. St-Denis, Stade de France ; spartanrace.fr

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au 16 mars Tomorrowland Winter La version hivernale d’un des plus grands festivals de musique électro au monde prend de la hauteur dans la station de l’Oisans. Tout le domaine skiable de l’Alpe d’Huez est consacré à l’événement pendant la semaine. La scène principale au pied des pistes partage la programmation avec celles réparties entre station et pistes. Afrojack, Armin van Buuren, Joris Voorn, Kölsch ou Steve Aoki sont annoncés. L’Alpe d’Huez ; tomorrowland.com

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Voir.

1er au 3 février

De tous les pilotes au départ, combien arriveront au final ?

CRAMPONNEZ-VOUS

Imaginée par Thierry Sabine, futur créateur du Paris-Dakar alors attaché à la communication de la cité balnéaire, l’Enduropale du Touquet Pas-de-Calais est devenu un événement européen majeur et rassemble jusqu’à 500 000 spectateurs. Si le parcours évite désormais les dunes pour des raisons écologiques, les participants se livrent une b ­ ataille féroce sur les plages du Touquet-Paris-Plage,

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de Stella-Plage et de Merlimont. Avec plus de quarante éditions, une notoriété internationale et une retransmission télévisée en ­direct, il est LA référence des courses motocyclistes d’endurance tout terrain !

Mythique et dure

Mythique, la course l’est devenue de par sa difficulté : le sable, le vent, le froid, l’air marin chargé d’eau et de sel sont autant d’éléments que doivent dompter les pilotes et leurs machines pendant trois longues

heures. Son format open a également forgé sa légende. De 286 inscrits au départ en 1975, ils seront 1 200 cette année.

L’anonyme aussi

Mêlant amateurs et professionnels sur un même tracé, le circuit oblige les cracks de la discipline (dossards jaunes) à slalomer entre les anonymes qui, eux, peuvent se mesurer à leurs idoles. S’ils ne s’ensablent pas.

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MAINDRUPHOTO.COM, MX JULY, ALAN PERREARD/RED BULL CONTENT POOL, REMKO DE WAAL/RED BULL CONTENT POOL

ENDUROPALE DU TOUQUET PAS-DE-CALAIS

Sous les crampons, le sable ! La plus grande course d’enduro d’Europe et la plus longue course sur sable au monde est de retour du 1er au 3 février. Plus de 2 000 participants sont attendus pour les 5 courses de cette épreuve qui se déroule chaque année depuis 1975 sur les plages de la Côte d’Opale dans le Pas-de-Calais.


février À la lutte

PRÊTS POUR L’ENFER

Milko Potisek

Des pilotes à suivre de près sur les plages pas-de-calaisiennes !

« LA PLUS BELLE DE MES VICTOIRES ! » Vainqueur de l’épreuve en 2018, Milko Potisek entretient une longue histoire avec l’Enduropale du Touquet Pas-de-Calais. En pleine préparation pour ­défendre son titre en 2019, le pilote français de 29 ans a accepté de répondre à nos questions entre deux épreuves de championnat. Et prodigue quelques conseils avisés pour voir en ­premier le drapeau à damier.

C’est familial ! Milko à l’attaque comme son père et ses cousins avant lui.

l’épreuve deux fois en 2006 et en 2009. Mes cousins Sergeï et Mateï l’ont courue, mon père l’a couru aussi. Alors quand j’avais 19 ans, faire le Touquet était vraiment mon but. J’ai fini 7e sur ma première épreuve, et sept participations plus tard, l’an d ­ ernier, je l’ai enfin gagnée.

THE RED BULLETIN : L’Enduro

du Touquet Pas-de-Calais, c’est une histoire de famille ? MILKO POTISEK : C’est vrai ! Mon cousin Tim (Timoteï, ndlr) a ­laissé sa trace en remportant

« La clé c’est le travail. Il n’y a pas de hasard. » MILKO POTISEK

Au bout de huit épreuves, Milko Potisek est entré dans la légende.

Avec cette victoire en 2018, tu es entré dans la légende… C’est la plus belle de mes ­victoires ! J’avais fait trois podiums, deux fois 3e et une fois 2e, mais la victoire au Touquet, ça n’a pas d’équivalent. Il n’y a rien de plus exceptionnel. Je suis actuellement en tête du championnat mais le but, c’est de gagner l’Enduropale du ­Touquet Pas-de-Calais.

Une course folle en datas

13 000 THE RED BULLETIN

LA LONGUEUR en mètres du circuit 2019, avec des nouveautés cette année. En plus des chicanes et des trois tremplins de la première partie, le retour offrira une butte à étages de 8 m de haut et au moins une grande descente.

Quelle est la clé de la victoire sur cette course spéciale ? La clé, c’est le travail. Il n’y a pas de hasard, il faut arriver prêt pour remporter cette compétition. Ce sont cinq mois de préparation sur sable et maintenant tout le monde participe aussi à toutes les étapes du championnat de France des Sables pour être prêt pour le Touquet. L’ingrédient le plus important pour l’emporter, c’est la moto, le physique ou le mental ? Il faut les trois obligatoirement. Une bonne moto qui puisse ­tenir les trois heures de course est indispensable. J’associe le mental au physique car les deux sont liés, surtout avec la ­fatigue. C’est une course très éprouvante. Et il faut aussi un bon entourage, pour avoir les bonnes informations pendant la course et faire des ravitaillements rapides.

CAMILLE CHAPELIÈRE Troisième en 2018, le pilote français visera cette année la victoire. Pour sa quatrième participation au guidon de sa KTM, il a suivi une intense préparation et y a même ajouté des séances de sophrologie et de magnétisme.

JÉRÉMY HAUQUIER Multiple vainqueur chez les jeunes, Jérémy sera encore le cadet de la course. Surclassé l’an dernier à 17 ans, il avait cassé sa moto lors du 4e tour. Le Nordiste voudra sûrement suivre l’exemple de son père, vainqueur en 1997.

Instagram : @milkopotisek32

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COURSES sont organisées sur trois jours. Aux côtés de l’épreuve reine de moto, les catégories Espoirs (11-15 ans) et Juniors (13-17 ans), la course Vintage (motos d’avant 1990) et le Quaduro pour les quads rythment le week-end.

NATHAN WATSON L’ex-coureur motocross ­anglais est, à 23 ans, une des étoiles montantes de l’enduro. Sa 3e place aux championnats du monde d’Enduro GP 2018 et sa 2e place au Touquet l’an dernier en font l’un des ­favoris de l’épreuve.

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Retour en forme Attaquez 2019 avec au moins cette résolution : faire

plus de sport ! Et pour rester au top de la motivation, suivez les conseils de nos influenceurs fitness.

Photos ADAM CORBETT  Styling SARAH ANN MURRAY


« J’aime le défi mental, ­repousser les limites alors que le cerveau nous dit de nous arrêter. Le corps est capable de bien plus que ce que l’on croit. » James Yates Mannequin de fitness, influenceur, auteur du manuel de fitness A Scrapbook of ­Conditioning Workouts.

Débardeur OHMME Sagan, ohmme.com ; serre-­poignets ULTIMATE ­PERFORMANCE, ultimate-­ performance.co.uk Page de gauche : Legging technique et ­brassière sport anthracite à fleur de bruyère ROXY, roxy.fr ; chaussures ­ELLESSE Siena, ellesse. com ; montre GARMIN Vívomove HR, garmin.com ; boucles d’oreilles personnelles

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Casquette UNDER ­ARMOUR Train One Panel, underarmour.fr ; veste PEAK PERFORMANCE Hatcher J, ­peakperformance.com ; montre GARMIN Fenix 5 Plus, ­garmin.com

« Marcher est la façon la plus simple de faire de l’exercice. ­Prenez les escaliers, terminez votre trajet en métro à pied, ­promenez-vous pendant la pause déjeuner. Bougez autant que ­possible.  » James


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« Je me fixe des objectifs difficiles mais réalistes, de quoi me pousser sans me décourager. J’inclus aussi des objectifs intermédiaires histoire de varier les plaisirs et de rester ­motivée. » Revée Walcott-Nolan Championne d’Angleterre des U23, elle fait partie du top 10 des coureuses de 800 mètres au Royaume-Uni.

Brassière et short MONS ROYALE Stella X-Back, eu.monsroyale.com ; chaussettes STANCE Run, fr.stance.eu.com ; ­chaussures UNDER ARMOUR Breathe, ­underarmour.fr ; APPLE Watch Series 4 boucle sport nectarine, apple.com THE RED BULLETIN

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Brassière sport UNDER ­ RMOUR Vanish Mid et A chaussures d’entraînement Breathe, underarmour.fr ; short PEAK PERFORMANCE Go, peakperformance.com ; serre-poignets ULTIMATE PERFORMANCE, ­ultimateperformance.co.uk Page de droite : top court SEAFOLLY Sunflower, beachcafe.com ; écouteurs RHA MA750, rha-audio.com

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« Si je ne débute pas ma journée par une séance d’entraînement, mon moral en prend un coup. La séance lance ma journée, me donne de l’énergie et un premier objectif à atteindre. » Revée


Veste ARC’TERYX Incendo SL, arcteryx. com ; legging UNDER ARMOUR Storm ­Cyclone ColdGear, u ­ nderarmour.fr

« Fatigue, mauvaise humeur, baisse de forme… Ça arrive à tout le monde. S’acharner pendant une séance ne sert à rien : quand le corps a besoin de repos, il faut le lui accorder. » James


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« L’entraînement est plus sympa avec des amis ou un coach. Trouvez des partenaires dans votre quartier ayant des objectifs similaires. Des groupes existent dans la plupart des quartiers. » Revée

Top ELLESSE S ­ trettina, ellesse.com

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« J’aime m’entraîner tôt le matin, pour attaquer la journée du bon pied. Mais en termes de performance, je suis meilleure le soir, avec un corps bien nourri et les sens en éveil. Chaque personne est ­différente. À chacun de trouver son m ­ oment optimal. » Revée

James est en débardeur NEW BALANCE Q Speed, short Transform 2-en-1 et chaussures Fresh Foam Cruz v2 Knit, newbalance. fr ; chaussettes STANCE Run, stance.eu.com. Revée porte un haut SPEEDO H2O Active Stormza, un haut de compression Stormza et un short sport Stormza, speedo.com ; chaussures d’entraînement UNDER ARMOUR Breathe, underarmour.fr

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Débardeur MONS ROYALE Icon, eu.monsroyale.com ; pantalon de yoga OHMME Dharma, ohmme.com ; montre SUUNTO 3 Fitness, suunto.com Mannequins : JAMES YATES (@yatesy17), REVÉE WALCOTTNOLAN, (@reveewn) représentés par @ W MODEL MANAGEMENT

Assistant photographe DAVID DINIS Opérateur numérique HO HAI TRAN Maquillage AMBER SIBLEY avec des produits Tropic

« Rien de pire que de faire du sport pour se donner bonne conscience. Il faut aussi que ça vous fasse plaisir et que ça dope votre moral. J’aborde chaque séance avec ­l’envie de me surpasser et en ressors toujours avec le sentiment d’y être parvenu. » James


MENTIONS LÉGALES

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The Red ­Bulletin est ­actuellement distribué dans sept pays. L’édition anglaise ­dédie sa une à ­Richard Browning et son jetpack prêt-à-porter. Le plein d’histoires hors du commun sur redbulletin.com

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Rédacteur en chef Alexander Macheck Rédacteurs en chef adjoints Waltraud Hable, Andreas Rottenschlager Directeur créatif Erik Turek Directeurs artistiques Kasimir Reimann (DC adjoint), Miles English, Tara Thompson Directeur photos Fritz Schuster Directeurs photos adjoints Marion Batty, Rudi Übelhör Responsable de la production Marion Lukas-Wildmann Managing Editor Ulrich Corazza Rédaction Christian Eberle-Abasolo, Jakob Hübner, Arek Piatek, Stefan Wagner Maquette Marion Bernert-Thomann, Martina de Carvalho-Hutter, Kevin Goll, Carita Najewitz Booking photos Susie Forman, Ellen Haas, Eva Kerschbaum, Tahira Mirza Directeur global Media Sales Gerhard Riedler Directeur Media Sales International Peter Strutz Directeur commercial & Publishing Management Stefan Ebner Publishing Management Sara Varming (Dir.), Magdalena Bonecker, Manuela Gesslbauer, Melissa Stutz, Stephanie Winkler Marketing & Communication Alexander Winheim Directeur créatif global Markus Kietreiber Solutions créatives Eva Locker (Dir.), Verena Schörkhuber, Edith Zöchling-Marchart Maquette commerciale Peter Knehtl (Dir.), Sasha Bunch, Simone Fischer, Martina Maier Emplacements publicitaires Manuela Brandstätter, Monika Spitaler Production Wolfgang Stecher (Dir.), Walter O. Sádaba, Friedrich Indich, Sabine Wessig Lithographie Clemens Ragotzky (Dir.), Claudia Heis, Nenad Isailovi c,̀ Maximilian Kment, Josef Mühlbacher Fabrication Veronika Felder Office Management Yvonne Tremmel (Dir.), Alexander Peham Informatique Michael Thaler Abonnements et distribution Peter Schiffer (Dir.), Klaus Pleninger (Distribution), Nicole Glaser (Distribution), Yoldaş Yarar (Abonnements) Siège de la rédaction Heinrich-Collin-Straße 1, 1140 Vienne, Autriche Téléphone +43 (0)1 90221-28800, Fax +43 (0)1 90221-28809 Web redbulletin.com Direction générale Red Bull Media House GmbH, Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, 5071 Wals bei Salzburg, Autriche, FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 Directeur de la publication Andreas Kornhofer Directeurs généraux Dietrich Mateschitz, Gerrit Meier, Dietmar Otti, Christopher Reindl

THE RED BULLETIN France, ISSN 2225-4722 Country Editor Pierre-Henri Camy Country Coordinator Christine Vitel Country Project M ­ anagement Alessandra Ballabeni, alessandra.ballabeni@redbull.com Contributions, traductions, révision Étienne Bonamy, Frédéric & Susanne Fortas, Suzanne K ­ říženecký, Claire ­Schieffer, Jean-Pascal Vachon, Gwendolyn de Vries Abonnements Prix : 18 €, 12 numéros/an getredbulletin.com Siège de la rédaction 29 rue Cardinet, 75017 Paris +33 (0)1 40 13 57 00 Impression Prinovis Ltd. & Co. KG, 90471 Nuremberg Publicité PROFIL 134 bis rue du Point du jour 92100 Boulogne +33 (0)1 46 94 84 24 Thierry Rémond : tremond@profil-1830.com Elisabeth Sirand-Girouard : egirouard@profil-1830.com Arnaud Lietveaux : alietveaux@profil-1830.com

THE RED BULLETIN Allemagne, ISSN 2079-4258 Country Editor David Mayer Révision Hans Fleißner (Dir.), Petra Hannert, Monika Hasleder, Billy Kirnbauer-Walek Country Project Management Natascha Djodat Publicité Matej Anusic, matej.anusic@redbull.com

THE RED BULLETIN Autriche, ISSN 1995-8838 Country Editor Christian Eberle-Abasolo Révision Hans Fleißner (Dir.), Petra Hannert, Monika Hasleder, Billy Kirnbauer-Walek Country Project Management Manuela Gesslbauer Directeur Media Sales Alfred Vrej Minassian Sales Promotion & Project Management Stefanie Krallinger

THE RED BULLETIN Mexique, ISSN 2308-5924 Country Editor Luis Alejandro Serrano Rédactrice adjointe Inmaculada Sánchez Trejo Secrétaire de rédaction Marco Payán Relecture Alma Rosa Guerrero Country Project Management Giovana Mollona Publicité Humberto Amaya Bernard, humberto.amayabernard@redbull.com

THE RED BULLETIN Royaume-Uni, ISSN 2308-5894 Country Editor Ruth Morgan Rédacteur associé Lou Boyd, Tom Guise Rédacteur musical Florian Obkircher Directeur Secrétariat de rédaction Davydd Chong Secrétaire de rédaction Nick Mee Publishing Manager Ollie Stretton Publicité Mark Bishop, mark.bishop@redbull.com Thomas Ryan, thomas.ryan@redbull.com

THE RED BULLETIN Suisse, ISSN 2308-5886 Country Editor Arek Piatek Révision Hans Fleißner (Dir.), Petra Hannert, Monika Hasleder, Billy Kirnbauer-Walek Country Project Management Meike Koch Publicité Marcel Bannwart (CHD), marcel.bannwart@redbull.com Christian Bürgi (CHF), christian.buergi@redbull.com

THE RED BULLETIN USA, ISSN 2308-586X Rédacteur en chef Peter Flax Rédactrice adjointe Nora O’Donnell Éditeur en chef David Caplan Directrice de publication Cheryl Angelheart Country Project Management Melissa Thompson Publicité Todd Peters, todd.peters@redbull.com Dave Szych, dave.szych@redbull.com Tanya Foster, tanya.foster@redbull.com

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Le pilote du Red Bull Air Race Kirby Chambliss utilise des montgolfières pour ses séances d’entraînement au-dessus de Phoenix, Arizona. L’as de la voltige dirige son avion entre elles comme s’il négociait un passage dans une porte Air Gate, sauf que ces « pylônes » flottants sont habités.

THE RED BULLETIN n° 85 disponible dès le 21 février 2019 98

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