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Organics. The Lifetime Magazine CF 01/20

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1.2020  CHF 9,80

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KONSTANTIN FILIPPOU, SIENNA MILLER, LEON LÖWENTRAUT, REBEKKA REINHARD, DOMINIC THIEM, VIRGIL ABLOH, LISA PAC PLUS : ROADTRIP À HOLLYWOOD, JOIE DE VIVRE À PARIS, À LA VOILE AU LARGE D’ANTIGUA, L’ARCHITECTURE EN SUISSE

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La nouvelle Audi e-tron Sportback Energy boost on the road.

audi.ch


ÉDITORIAL

BIENVENUE À BORD !

Chère lectrice, cher lecteur ! Chacun de nous possède au moins un si ce n’est plusieurs talents, des talents aussi ­variés et multiples qu’il existe de ­personnes. Ces dons peuvent exploser de façon spectaculaire à la face du monde ou se d ­ éployer dans l’intimité, plus humblement. Certains les d ­ écouvrent très tôt, d’autres les développent un peu plus tard. Mais une chose est sûre : ils finissent toujours par enrichir nos vies.

ÉDITORIAL

Deux talents à la mer : le skipper Gerald Rainer (g.) suivi par le photographe Anders Overgaard dans les Caraïbes, au large d’Antigua.

Organics. The Lifetime Magazine place au premier plan des personnes et leurs talents, des personnes qui nous parlent de leurs expériences de vie. Des moments m ­ odestes, comme de ­petits interludes du quotidien, ou ­grandioses et singuliers, comme un tournant… Ce sont ces moments qui vont donner du sel et du sens aux jours qui passent.

ABSTRACT AERIAL ART (COUVERTURE), DAVID JAFFE

La chanteuse autrichienne Lisa Pac nous confie ses trucs pour stimuler sa créativité. Le skipper autrichien Gerald R ­ ainer s­ e met à l’écoute de l’âme de Mary Rose, sa compagne des mers, une goélette de 94 ans. Nous faisons la connaissance du jeune Allemand Leon Löwentraut, qui expose notamment ses toiles au profit de l’UNESCO. Ou encore la cascadeuse américaine Sera Trimble, dont la c­ arrière hollywoodienne a débuté en toute discrétion, sur un ­parking de Seattle. Nous vous souhaitons beaucoup de plaisir à la lecture de ce premier numéro de Organics. The Lifetime Magazine ! La Rédaction

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SOMMAIRE RECREATION+ENJOYMENT

ADVENTURE+MOTION

L’esprit de Mary Rose Le skipper Gerald Rainer nous embarque sur son voilier presque centenaire 12

Le rêve américain Comment Sera ­Trimble s’est ­découvert un talent pour les ­cascades de cinéma

Détente créative La chanteuse Lisa Pac dévoile ses sources d’inspiration 26 Must Haves Accessoires pour moments plaisants 30

SOMMAIRE

Cocktail Le Free Gin Tonic par Christopher Wendler 31

ARTS+PHILOSOPHY Le roi des couleurs Comment le jeune peintre Leon Löwentraut a conquis le monde (de l’art) 34 La dolce vita Les propos de la philosophe ­Rebekka Reinhard sur le bonheur et les supermarchés 44 Must Haves Objets de collection pour les ­amoureux d’art 48 Cocktail Le Whiskey Ginger Lime par Dominik Wolf 49

PARTY+EVENTS Joie de vivre à la française Les sublimes photos noir et blanc de la nuit parisienne par Keffer 68 Détournement d’image Sienna Miller, une actrice qui gagne à être connue 80 Choc des cultures Pourquoi le génie de la mode Virgil Abloh se ­défoule aux platines 84 Must Haves Des compagnons d’élégance 90 Cocktail Le Limoncello Spritz par Filip Kadlec 91

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LIFESTYLE+TRENDS

52 Dominic Thiem en privé Le tennisman répond à notre quiz très personnel 60 Must Haves L’aventure avec style 64 Cocktail Le Popcorn Cubata par Philipp Hainke 65

L’art de la Une Les frères Andrews : point de vue de drone sur le monde 8

Délicieusement poétique Virée gustative dans l’antre ­v iennoise du chef étoilé Konstantin Filippou 94

Contributeurs Les talents qui ont participé à ­l’élaboration de ce numéro 9

La qualité prime Guide en miniature des constructions les plus singulières de Suisse 102

La petite histoire Notre auteure Michèle Roten se ­remémore un souvenir oublié : la naissance de son fils 113

Must Haves Flash-back rétro-classique 110

Mentions légales 120

Cocktail L’Easy Viva Mate par Mario Hofferer 111

Life Time Story La légendaire Rolex de Paul Newman 122

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34 Leon Löwentraut, portait brossé

68 Nuits blanches à Paris

52 Cascades à Hollywood avec Sera Trimble

102 Le guide des sites pointus en Suisse

113 Naissance et réminiscence : la petite histoire

ANDERS OVERGAARD, ADRIAN BEDOY, KEFFER, PATRIK GIARDINO, PICTUREDESK.COM

PABLO AMARGO

SOMMAIRE

12 À bord de Mary Rose, goélette légendaire

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CONTRIBUTEURS

Embarcations sur le lac de Saint-Cassien en France ; JP (g.) et Mike Andrews ; plongée dans une forêt d’immeubles, vue d’un drone.

En couverture : un nouveau ­regard sur le monde À BORD

Chaque Une sera consacrée au travail d’un artiste qui nous passionne. Pour ce premier numéro, honneur à l’Abstract Aerial Art des dronistes JP et Mike Andrews. « Dès les premiers clichés réalisés d’en haut, nous avons été fascinés par les possibilités infinies que nous offrait cette nouvelle perspective. » Il y a trois ans, Mike et JP Andrews, auteurs de la photo en couverture, se sont découvert une véritable passion pour la photo par drone. Depuis, les deux Anglais adorent passer leur temps à travailler un même motif pendant des mois jusqu’à obtenir la photo

­ arfaite. Pour celle en couverture p sur le lac de Saint-Cassien (France), il aura ainsi fallu attendre huit mois pour que les embarcations soient ordonnées exactement comme ils le voulaient. Le sujet de leurs rêves ? Les frères répondent en chœur : « La lave ! On voudrait faire voler notre drone au-dessus d’un volcan. C’est vraiment compliqué, et c’est pour ça que ça nous i­ ntéresse. » abstractaerialart.com

JP et Mike avec l’un des deux drones (DJI Phantom 4 Pro, DJI Mavic 2 Pro) qu’ils utilisent pour leurs photos.

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CONTRIBUTEURS

TALENTS À BORD POUR CETTE ÉDITION

Pablo Amargo Les illustrations de ce dessinateur ­espagnol maintes fois primé ont ­alimenté les pages du New Yorker et du New York Times. Il a réalisé les dessins de notre petite histoire. — Page 113

Anders Overgaard Le New-Yorkais a embarqué pour notre sortie au large d’Antigua avec Mary Rose, ­voilier de légende : une rencontre fascinante qu’il n’est pas près d’oublier. — Page 12

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ABSTRACT AERIAL ART, GETTY IMAGES, PETE THOMPSON, TOM HALLER, MARIO SMOLKA

La vue aérienne de Indice 50 montre la ­Toscane comme on la voit rarement.

À BORD

PABLO AMARGO

Cargo ou gratte-ciel ? L’effet d’optique de Skyline est saisissant.

Michèle Roten L’auteure de notre petite histoire compte parmi les femmes de lettres les plus reconnues de Suisse, grâce à ses chroniques de « Miss Universum » pour Das Magazin et ses nombreux livres ­consacrés à la féminité. — Page 113 Olga Rubio Dalmau Originaire de Barcelone, Olga a débuté comme mannequin avant de passer derrière la caméra pour L’Officiel ou Cosmopolitan. Elle a photographié pour nous la chanteuse Lisa Pac à Vienne. — Page 26 Peter Lindbergh L’Allemand (1944—2019) a marqué l’ère des top-models des années 1990 avec ses clichés de mode en noir et blanc. Il a fait de Vogue un puissant vecteur photographique. Pour nous, il a tiré le portrait de la philosophe ­allemande Rebekka Reinhard. — Page 44

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ALAMY

L’île d’Antigua, située à 500 kilomètres à l’est de Porto Rico, est considérée comme la perle des Caraïbes. C’est ici que l’Autrichien Gerald Rainer affine son talent particulier.

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AU LARGE D’ANTIGUA

RECREATION+ENJOYMENT

LA MAGIE du temps qui passe C’est l’histoire d’une idylle entre une légende des mers et un vieux loup rescapé, au large d’Antigua, dans la mer des Caraïbes. La rencontre de deux âmes qui n’ont pas fini de se découvrir. Par Alexander Macheck (texte) et Anders Overgaard (photos)

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BEAUTÉ INDOMPTABLE 94 années de navigation dans la coque, et toujours la même vigueur : Mary Rose est la dernière goélette née de la plume du génial architecte naval Nathanael Greene Herreshoff.


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RECREATION+ENJOYMENT

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l y a des questions qui sonnent comme des évidences : par exemple, celle qui consiste à se demander pourquoi ­Gerald Rainer a choisi cet endroit du globe pour naviguer. En ce dimanche de février, le ciel est sans nuage, la mer d’un bleu turquoise de carte postale, la température de l’air est de 30 °C et l’alizé, qui souffle ce jour-là à 26 km/h de secteur est/sud-est, s’engouffre doucement dans les voiles de Mary Rose, emportant sans effort le magnifique deux-mâts et ses 29 tonnes au large de la pointe sud d’Antigua. Antigua, la perle des Caraïbes, l’île aux 365 plages dont le nom seul fait briller les yeux des passionnés de voile. Comme Gerald Rainer. Lui se tient debout à la barre, perdu dans ses méditations. Son regard navigue sans cesse, fixant tour à tour l’horizon, les voiles, le compteur de vitesse (ou loch), le sondeur (pour la profondeur), le compas, et ainsi de suite… La même routine depuis des heures, au rythme des vagues de l’Atlantique : bercés par le mouvement hypnotique de la houle, l’homme et

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son bateau semblent bientôt ne faire plus qu’un avec l’océan. De temps à autre, le navigateur autrichien appuie doucement sur la roue pour corriger le cap, d’une légère (presque imperceptible) pression d’un doigt, comme s’il demandait la permission à Mary Rose, cette jolie goélette qui ­affiche fièrement sa date de mise à l’eau : 1926 – une époque où l’on construisait encore des bateaux non pas pour les dompter, mais pour les laisser libres. « Mary Rose est un bateau qui a du caractère, lance son propriétaire en sortant soudain de son mutisme. Elle file droit, elle a de la volonté et ne se laisse pas facilement manipuler. » Ses yeux se posent à nouveau sur la proue du bateau, qu’une houle régulière éclabousse avec nonchalance. « Mais c’est aussi un bateau généreux, qui pardonne et corrige presque toutes les maladresses. »

Comme un étalon arabe au galop Cela fait maintenant quinze ans que Gerald Rainer navigue avec Mary Rose, « ou est-ce elle qui navigue avec moi, qui sait ? ». Il lui aura ORGANICS 01.20

DAVID JAFFE (PHOTOS PRISES PAR UN DRONE)

Port d’attache aux Caraïbes : Mary Rose chez elle, devant l’île d’Antigua.


RECREATION+ENJOYMENT

AU LARGE D’ANTIGUA

UN HOMME, SON BATEAU ET L’INFINI DE L’OCÉAN Respectivement 68 et 94 printemps : Gerald Rainer et Mary Rose, la dreamteam des Caraïbes : « Ça fait quinze ans que je navigue avec elle – ou elle avec moi, qui sait ? » Quinze années pour apprendre à se connaître, et à s’aimer.

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RECREATION+ENJOYMENT

CES INSTANTS ­MAGIQUES où le bateau livre l’un de ses secrets ­perdus.

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pourtant fallu des années pour lui faire gagner des régates. Des années semées de doutes, de tentatives ratées, d’échecs, parfois aussi de ­v ictoires et de moments de joie où tout à coup, quelque chose d’inédit, de jamais vu, se produit. Des instants magiques où le bateau livre brusquement l’un de ses nombreux atouts cachés, mis au point jadis par son célèbre ­créateur, l’architecte naval Nathanael Greene Herreshoff : autant de trésors tombés dans ­l’oubli pendant des générations et qui ressurgissent aujourd’hui sous l’œil émerveillé de Gerald Rainer. Un exemple de ces secrets de fabrication typiquement « herreshoffiens » : Mary Rose donne toute sa puissance lorsque elle est ­orientée non pas sur son cap, mais légèrement déviée par rapport à lui. « Tu cales la barre à midi cinq pour créer un tourbillon à l’arrière du bateau, et le voilà qui part comme un étalon arabe au galop. » Pour avoir une autre démonstration de son génie, il faut faire pencher le bateau au ras des vagues, quitte à laisser l’écume lécher le pont : un risque que peu de marins aimeraient prendre – et on les comprend. Mais avec Mary Rose, le risque devient un jeu : elle se met alors à fendre l’eau comme un rasoir, tout en restant étonnamment stable. Cerise sur le gâteau : c’est dans cette position qu’elle se laisse le mieux naviguer contre le vent. Un avantage de premier ordre lors des régates.

Défense de siffler à bord Car Mary Rose – et Gerald Rainer le sait bien – est un excellent voilier de course : à la différence qu’elle procure à ses skippers, par son anatomie, un véritable sentiment de sécurité. Et l’Autrichien sait qu’il n’est pas au bout de ses heureuses surprises, que Mary Rose a encore plus d’un secret à livrer… Parce qu’il est prêt, dit-il, « à écouter ce qu’elle a à dire ». Il se souvient d’ailleurs qu’il en a toujours été ainsi. « Dès notre première sortie en mer, j’ai senti qu’un dialogue intérieur naissait entre

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LE PARADIS DES MARINS Un ciel sans nuage, une température de l’air de 30 °C, et un alizé de 26 km/h, juste assez fort pour taquiner Mary Rose… le paradis.

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RECREATION+ENJOYMENT

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RECREATION+ENJOYMENT

moi et le bateau. J’espère que ça ne sonne pas trop ésotérique. » Mais les vrais marins ne sont-ils pas tous un peu superstitieux ? Siffler à bord d’un bateau attire les tempêtes, gratter le mât irrite l’esprit de la mer, et puis surtout, avant de boire de l’alcool, ne jamais oublier de servir Poséidon ! Les bateaux ont une âme, les marins le savent bien, une âme qui grandit avec les années. C’est ainsi que celle de Mary Rose s’est manifestée un certain mois de novembre 2010 (84 années après sa naissance) : elle mouillait tranquillement en rade de Bristol sur l’île de Rhode Island (USA), quand le mauvais temps la fit quitter son mouillage et qu’elle se mit à dériver toute seule, sans équipage, hors de la baie, puis à opérer un virement de bord à 90 degrés pour finalement terminer sa course sans encombre entre deux immenses rochers abrupts sur la seule plage de sable de la côte.

AU LARGE D’ANTIGUA

« DÈS LA PREMIÈRE SORTIE, j’ai senti qu’un dialogue naissait entre elle et moi. » Quand on vint la chercher, on s’aperçut que la proue du bateau était exactement dirigée vers une maison : celle qui avait appartenu à son créateur, Nathanael Greene Herreshoff, et dans laquelle elle fut jadis imaginée, dessinée et qu’elle vit le jour. Cette histoire pourrait nous faire sourire, mais pour les hommes de la mer, elle apporte la preuve irréfutable de ses extraordinaires capacités – aussi extraordinaires que furent les circonstances de la ­rencontre avec son propriétaire actuel.

L’amour de l’eau, depuis toujours Gerald Rainer a grandi au bord du lac de Traun, dans le Salzkammergut, la région des lacs en Autriche. L’enfant se prend très tôt de passion pour la voile, une passion qu’il dut ­garder secrète, au début, pour ne pas effrayer ses parents. « Je disais que j’allais réviser chez un copain, alors que je passais mon temps sur l’eau, raconte-t-il. Je vous laisse imaginer à quoi ressemblaient mes résultats scolaires ! » Cette enfance buissonnière ne l’empêche pas de

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mener une carrière prestigieuse : études de droit puis de diplomatie, il se lance ensuite dans le développement d’un nouveau concept alliant ­écologie et économie, qui plaît tellement au chancelier autrichien de l’époque, Bruno Kreisky, que celui-ci le charge de fonder, puis de gérer, le premier fonds national dédié à la protection de l’environnement. Aujourd’hui, Rainer travaille dans la finance, comme consultant auprès de grandes fortunes. Le riche avocat new-yorkais qui possédait Mary Rose avant lui aurait d’ailleurs pu être l’un de ses clients. L’Américain avait acheté deux yachts, dont il avait quelque peu sous-estimé les coûts de rénovation. Comme son épouse, joueuse de bridge enthousiaste, tenait absolument à agrandir le salon d’un des yachts pour pouvoir s’adonner à sa passion, il dut se résoudre à se séparer du plus petit des bateaux. C’est ainsi que des photos de Mary Rose, « petit » deux-mâts de 26 mètres, atterrirent dans la vitrine d’un yachtbroker du Maine. Prix sur demande, évidemment.

Dennis Conner joue les ­entremetteurs « Voilà quelque chose qui te plairait », écrit un jour Dennis Conner à son ami autrichien. Conner n’est pas simplement quadruple vainqueur de l’America’s Cup, la plus prestigieuse régate du monde, il est aussi un expert en bateaux et connaît bien la passion de son ami Gerald pour les modèles historiques. Gerald Rainer croit rêver : Mary Rose est la dernière goélette née de la plume de Nathanael Greene Herreshoff, le plus grand architecte naval de tous les temps, une légende qui détient le record du monde de victoires à l’America’s Cup, et voilà que l’une de ses plus belles réussites est désormais en vente ! « La Mary Rose est au voilier ce que le ­Stradivarius est au violon », résume Gerald ­Rainer. On trouve sur le bateau 24 sortes de bois différents, tous utilisés pour des raisons particulières. Les deux mâts – le plus haut mesure 27 mètres – sont des chefs-d’œuvre de la construction navale. À la base, on a un bloc de bois avec des lamelles posées en décalage, et au fur et à mesure qu’on monte, on multiplie les côtés du bloc : de 4 au départ, on taille 8 côtés, puis 16, 32, 64, pour arriver, tout en haut du mât, à un nombre tel qu’on a l’impresORGANICS 01.20


RECREATION+ENJOYMENT

« MARY ROSE EST AU VOILIER ce que le Stradivarius est au violon. »

PLAYMATE 1957 La belle a même fait la couverture de Playboy en juillet 1957 : son propriétaire était alors le fondateur du magazine, Hugh Hefner Eigner, qui s’en est servi pour un shooting.

SEGELN AU LARGE VOR D’ANTIGUA ANTIGUA

PORTE-BONHEUR

MIT MUSEUM, MASSACHUSETTS

Mary Rose en route vers la victoire lors de la régate annuelle du New York Yacht Club en 1927.

Une pièce de 1 dollar datant de l’année 1926 est encore incrustée au bas du mât arrière. Une petite attention pour apaiser le dieu des mers.

UN MORCEAU D’HISTOIRE Signature de prestige : la plaquette ­indique le nom du créateur ainsi que la date et le lieu de sa mise à l’eau : N. G. Herreshoff, Bristol, 1926.

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AU LARGE D’ANTIGUA DES ALLURES DE GENTLEMAN Gerald Rainer traite son bateau comme une lady : il propose, mais jamais il n’impose.

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RECREATION+ENJOYMENT

« MARY ROSE A DU ­CARACTÈRE. Elle file droit, elle a de la volonté et ne se laisse pas facilement manipuler. » ORGANICS 01.20

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RECREATION+ENJOYMENT

SEGELN AU LARGE VOR D’ANTIGUA ANTIGUA

IL FAUT AU MOINS 5 PERSONNES POUR LA NAVIGATION. Lors d’une régate, ils sont 24 sur le pont.


LÉGENDE DES MERS 26 mètres de long, 4,5 mètres de large, 237 m² de voilure, et cinq paires de bras pour la faire naviguer. Sur la photo, le cinquième skipper se cache derrière le mât avant.

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AU LARGE D’ANTIGUA

RECREATION+ENJOYMENT

La goélette et ses 29 tonnes glissent sur les eaux bleues des Caraïbes avec une infinie élégance.

Tout le monde sur le pont ! Fin de la promenade : on rabaisse les voiles.

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RECREATION+ENJOYMENT

« GERALD RAINER A SURVÉCU au tsunami en s’accrochant à un palmier. »

Coup du sort… ou du destin ? Ce que l’Américain ne savait pas : toutes ces ­tentatives de négociation, Gerald Rainer n’en a jamais rien su, car son avocat n’a jamais réussi à le joindre. Et pour une bonne raison : son client était parti aux Maldives, juste avant le 26 décembre 2004, ce fameux jour où un tsunami d’une violence sans précédent a ravagé toute une partie de l’Asie du sud-est, dont les Maldives. Rainer a survécu de la même manière que beaucoup d’autres : en s’accrochant à un palmier. Mais il a tout perdu : son portable, ses papiers, tout, sauf ce qu’il portait sur lui ce jour-là. Et c’est ainsi qu’au début de l’année 2005, Mary Rose débarque dans la vie de Gerald ­Rainer. Mais alors, ce prix ? Rainer préfère le garder secret… Il ajoute qu’il n’est pas vraiment le propriétaire de Mary Rose, plutôt son care taker, son gardien, comme on dit dans le jargon. « Cette goélette a déjà eu de nombreux propriétaires avant moi, et j’espère qu’elle en aura ORGANICS 01.20

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sion d’avoir une forme parfaitement cylindrique. Gerald Rainer se souvient de sa réaction à l’époque : « Franchement, je ne savais pas si j’allais pouvoir m’offrir ce bateau. » Mais il se rappelle aussi ce que sa mère lui disait quand il était petit : « Si tu visualises quelque chose de toutes tes forces, tu peux y arriver ! » Il décide donc de contacter, par le biais de son avocat, le propriétaire de Mary Rose et lui propose un prix « ridiculement bas », puis s’en va rejoindre son stage de plongée aux îles Maldives. Ce qui se passe ensuite : le propriétaire ­réagit de suite avec une contre-proposition (évidemment, vu le prix proposé), puis une deuxième, puis de nombreuses autres… Mais Gerald Rainer fait la sourde oreille. Cet Autrichien est tellement dur en affaires ! Résigné, l’avocat new-yorkais doit se rendre à l’évidence : il n’a aucune chance de négocier un meilleur prix. Pressé par le temps, il finit par accepter l’offre de départ.

La nuit tombe à Antigua : sur terre et sur mer, la même douceur créole.

encore beaucoup après moi. C’est un vestige inestimable de l’histoire de la navigation, et il se trouve qu’en ce moment, c’est moi qui ai la chance de l’accompagner un petit bout de ­chemin, et de faire attention à elle. » Être un care taker, c’est un engagement qui ne se prend pas à la légère : Rainer a donc engagé un capitaine et sa femme, qui sont sur le bateau à l’année. Quant aux travaux de ­rénovation, ils se font dans le respect de la ­tradition, en se basant sur l’original de 1926. Un travail colossal : dernièrement, pas moins de 10 000 heures de travail ont été investies dans la restauration. Une question nous taraude : pourquoi tous ces efforts ? Il y a des questions dont il faut chercher longtemps les réponses, car celles-ci n’apparaissent qu’avec le temps – le temps ­d’apprendre à découvrir, à explorer. Mais il faut aussi un certain talent : celui de laisser faire les choses. Alors les réponses apparaissent, comme des évidences. Le carnet de bord de Mary Rose (en ­anglais et en allemand) : mary-rose.us

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RECREATION+ENJOYMENT

«  Un conseil : ne force rien ! »

L’inspiration ne vient jamais quand on l’y oblige, c’est bien connu. Pour Lisa Pac, chanteuse-auteure-compositrice ­autrichienne, il est tout de même permis de ruser un peu pour invoquer les muses (presque) sur commande… Voici ses conseils pour parer aux pannes de créativité. Par Sabrina Luttenberger (texte) et Olga Rubio Dalmau (photos)

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LISA PAC

lle-même pourrait servir de muse à de nombreux ­artistes. À cinq ans, elle se met au piano, sur lequel elle compose et joue ses ­premières chansons dès l’âge de 13 ans. À 18 ans, elle prend la décision qui va changer sa vie : quitter l’Autriche et s’installer à Londres pour étudier la composition et l’écriture de chansons au ­fameux Institute of Contemporary ­Music ­Performance. Aujourd’hui basée (de ­nouveau) à Vienne, Lisa Pac passe la plupart de son temps dans son studio, sa seconde maison, à produire des chansons… voire des tubes : comme Helium, resté pendant des semaines à la première place des charts en Autriche, ou ­encore Cool, un autre hit. Quand l’inspiration est au rendez-vous, tout semble aller de soi. Mais Lisa connaît aussi ces fameuses phases où rien ne marche, où la muse semble vous bouder, où l’on a le sentiment de n’avoir plus rien à dire, plus rien à écrire. Quoi de plus angoissant que cette page blanche qui ne veut pas se remplir. C’est le problème des éclairs de génie : ils sont imprévisibles. Lucide, la chanteuse de 27 ans sait qu’il faut faire avec. « C ’est quand j’essaie d’être créative que je ne le suis pas »,

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a­ dmet-elle. Pourtant, l’artiste qu’elle est sait qu’il existe des subterfuges, des petits trucs à appliquer pour la faire venir, cette muse capricieuse. Son meilleur conseil ? Ne rien forcer et prendre les choses comme elles viennent. Car elles f­ inissent, en général, par arriver.

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Ouvre-toi à l’insolite

« Un truc qui m’aide : écouter de la musique, le plus possible ! Surtout celle qui a quelque chose de nouveau, d’avant-­ gardiste. Reste curieux, ouvert aux sons nouveaux pour t’habituer à d’autres mélodies. Il y a quelques années, quand j’ai découvert ­Cautious Clay (un chanteur américain qui mélange hip-hop et solos de flûte, ndlr), je me suis dit : “Oh là là, ce que c’est bizarre, complètement nouveau !” Et maintenant, c’est presque devenu mainstream. J’adore aussi le premier ­album de Raye (chanteuse britannique de R&B et pop, ndlr). J­ e trouve son morceau Distraction très motivant. À la base, c’est un texte sur une rupture et sur sa façon de la surmonter. Mais j’adore surtout la manière avec laquelle elle s’en inspire pour raconter une histoire sur elle, sur sa vie. Bref : écouter de la musique, ça booste vraiment la créativité ! » ORGANICS 01.20


Lisa Pac s’est ­ formée au song­ writing à Londres : « La ­meilleure source d’inspiration, c’est d’avoir une vie bien remplie. »


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« Les lettres qu’Édith Piaf a écrites quand elle était amoureuse continuent de m’inspirer aujourd’hui. »

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Pense à Drake

« Quand rien ne vient, j’essaie quand même de m’y atteler, parce que la chanson reste un métier – j’en suis convaincue. Imagine-toi un instant que tu es assise en studio avec une superstar comme Drake et que tu lui dises : “Désolée, pas aujourd’hui, je me sens pas bien…” Impossible ! C’est pour ça qu’il y a des moments où je dois quand même me forcer à bosser. Du genre : “Tu as trois heures devant toi. Écris quelque chose !” »

LISA PAC

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Change de perspective

« S’asseoir en studio, c’est une chose, mais il ne faut pas oublier d’en sortir aussi, de se confronter à la vraie vie, car c’est elle qui me fournit la matière de mes chansons. Quand je relis mes textes, c’est comme si je relisais mon journal intime. J’ai ­remarqué une chose, avec le temps : les textes que j’écris quand je suis en voyage ou quand j’étais à Londres ont un style très différent que ceux que j’écris aujourd’hui dans mon petit quotidien viennois. C’est pour ça que j’ai envie de voyager à nouveau, de me frotter à d’autres cultures, d’autres expériences. Ça influence ­tellement mon style d’écriture, ce changement de perspective, et ça me pousse à écrire. Si tu ne sais pas quoi faire ou écrire, pars en voyage ! »

« Il y a des parfums qui favorisent la créativité : chez moi, ça sent le romarin et le citron vert. » 28

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Fais comme Édith (Piaf)

« L’histoire d’amour entre Édith Piaf et Marcel Cerdan n’a pas duré longtemps (elle s’est tragiquement terminée par l’accident d’avion dans lequel Marcel, champion de boxe internationalement connu, est mort, ndlr), mais elle a produit parmi les plus belles lettres d’amour que je connaisse. Ce n’était pas du genre : “Coucou mon chéri, tu fais quoi, je suis à Paris et tu me manques”, non ! C’était de la vraie poésie, un truc de dingue ! J’ai acheté un recueil de leurs lettres quand j’avais vingt ans, et leurs échanges continuent de m ­ ’inspirer ­encore aujourd’hui. C’est tellement beau, la ­manière qu’ils avaient de parler d’amour et de désir, les ­métaphores, les images qu’ils utilisent, c’était fou. Pour résumer en des termes plus terre-à-terre : c’est de la pure beauté. Et dire qu’il avait une épouse en A ­ mérique… »


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STYLING : ALI RABBANI, COIFFURE/MAQUILLAGE : SANDRA LANDWERTH PONCHO : COS, SWEAT À CAPUCHE : ESPRIT, CHAUSSURES : CONVERSE VIA HUMANIC

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La nuit est ton amie

« R ien de plus horrible qu’un studio éclairé par des néons blafards. C’est pour cette raison que dans mon ­studio, j’ai choisi des panneaux acoustiques sombres et une lumière douce et chaude, aux tons jaunes et orangés. Je ne sais pas pour les autres, mais moi, je ne peux pas écrire avec une lumière trop agressive. Donc, la bonne ­lumière, c’est super important pour moi, ­notamment parce que je commence vraiment à pouvoir travailler à partir de 16 heures, quand la nuit tombe lentement. C’est là que je suis la plus productive, je crois que c’est la même chose pour tous les artistes. Je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que c’est le ­moment le plus calme de la journée.

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« Dans mon studio, il y a un canapé hyper confortable, un tapis aux teintes chaudes, et une petite table à la fenêtre, où j’aime m’asseoir pour regarder les gens qui passent dehors, quand j’écris. C’est très cosy, je mets des tas de bougies partout, il faut que ça sente bon. Le romarin, le citron vert et quoi encore… ah oui, la citronnelle. Ce sont les trois parfums qui favorisent la créativité, si si, c’est vrai, je l’ai lu sur Google ! Mon studio, c’est un peu comme mon deuxième salon. Sauf que mon salon est vraiment moche, alors que mon studio est super joli. L’été, je prends tout mon matériel et je pars me réfugier quelques semaines chez mes parents, à la campagne. À chaque fois, je me dis que c’est là, loin de toute distraction, que je vais être la plus productive, et c’est exactement le contraire qui se passe : je ne fais rien, peut-être une chanson, tout au plus. C’est tellement frustrant ! Mais dès que je suis de retour dans la grisaille viennoise, dans mon studio tout chaud, l’inspiration ­repart. Peut-être parce que dans ma famille, ça ressemble trop à des vacances. »

LISA PAC

Une nana qui sait ce qu’elle veut : Lisa Pac compose depuis l’adolescence et a conquis les charts avec Helium.

Aménage-toi une bulle de ­créativité

Retrouvez Lisa Pac sur : facebook.com/lisapacmusic

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Fait maison. Fabriquer ses propres vinyles (de qualité) en un tour de main : c’est ce que propose Phonocut avec son nouveau Home Vinyl Recorder, disponible dès décembre. CHF 2 114,– via phonocut.com

MUST HAVES

Version alpha. Douceur et lumière estivale : le tissu modal Anza avec logo imprimé par Alpha Tauri est le compagnon idéal pour toutes les occasions. CHF 74,–. alphatauri.com

PRENDRE LA PAUSE

Des objets qui invitent à la paresse.

Notes de voyage. Un nom qui tient sa promesse : « Fleur de Portofino » est une invitation florale et pleine de fraîcheur, qui allie la douceur du miel d’acacia aux accents acidulés de la bergamote de Calabre. Une création Tom Ford. CHF 183,– via douglas.ch

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Pour emboîter le pas. Il ne manquait qu’elle : LA boîte à chaussures la plus exclusive du monde. En cuir à motif LV désormais légendaire, elle se superpose à l’infini – suivant le nombre de paires à ranger ! Prix sur demande. louisvuitton.com

Ping-pong bling-bling. Tiffany & Co transforme de simples objets du quotidien en véritables œuvres d’art. Illustration avec ces raquettes de ping-pong : surface en cuir, manche en noyer et plaquette argent. Vendues par deux avec un set de trois balles. Fabrication US. CHF 785,–. tiffany.com

Poly-genres. La première collection unisexe d’Equipment offre une mode résolument urbaine, chic et simple – pour lui, pour elle, and everything in between. Pantalon en coton. CHF 299,–. equipmentfr.com

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COCKTAIL

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Le barman autrichien Christopher Wendler nous présente sa version du Gin Tonic – sans alcool. ORGANICS 01.20

Expert ès gin, le Styrien possède une longue expérience dans la gastronomie (dernièrement chez « el Gaucho », à Vienne). Avec son Free Gin Tonic, il lance la mode du Sober Curious, les longdrinks sans alcool, très appréciés chez les millenials.

FREE GIN TONIC INGRÉDIENTS Glaçons 4 cl Rick Gin Free (gin sans aclool) ORGANICS by Red Bull Tonic Water Citron ou citron vert

PRÉPARATION Mettez les glaçons dans un grand verre. Versez le gin et complétez avec ORGANICS by Red Bull Tonic Water. Corrigez avec du jus de ­citron ou de citron vert, selon les préférences.

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ARTS+PHILOSOPHY

Le maître de la sérénité

ERICH LESSING/PICTUREDESK.COM

Épicure (né vers 341 av. J.-C. à Samos) est c ­ onsidéré comme le « philosophe de la joie ». Pour comprendre en quoi sa réflexion est aujourd’hui plus importante que jamais, tournez la page.

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ARTS+PHILOSOPHY

LEON LÖWENTRAUT

Le roi LEON

STYLING : MARCEL GRAUL ; COIFFURE/MAQUILLAGE : SANDRA BRAMMER ; POST-PRODUCTION : PRETTYONPOINT.DE

À 22 ans, il est l’un des grands noms de la scène artistique allemande, peint pour l’Unesco et considère Picasso comme son mentor. Le peintre Leon Löwentraut nous ouvre les portes de son atelier.

Par Louise Henning (texte) et Michael Gueth (photos)

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UN CERTAIN REGARD SUR LE MONDE Löwentraut aime les ­couleurs «  explosives, vives et lumineuses ».


LEON LÖWENTRAUT

ARTS+PHILOSOPHY

LE PUBLIC LE DÉCOUVRE LORS D’UNE ÉMISSION AVEC LE PRÉSENTATEUR STEFAN RAAB : c’est le début de la gloire. 36

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ADRIAN BEDOY

« Ado prodige » : le jeune Löwentraut, photographié en 2016.


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eon Löwentraut n’est pas un garçon timide. D’une voix forte et affirmée, le jeune homme de 22 ans – cheveux blonds clairs, sweat à capuche noir, jean moulant et ­sneakers Nike aux pieds – nous guide à travers son atelier : une immense salle de 350 m2 inondée de lumière, installée sur le terrain familial. C’est ici, à 15 minutes en voiture de la petite ville de Mönchengladbach en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, que l’artiste travaille – la nuit, en général, sur fond de sonorités hiphop, classiques ou soul. Sur le tapis gris moucheté de taches de couleur, des œuvres inachevées, de tous les formats, sont ­disposées ici et là, attendant leur tour. Récemment, Löwentraut s’est ORGANICS 01.20

pris de passion pour la technique du racloir, qui consiste à appliquer de grosses quantités de peinture et de les « racler » ensuite sur la toile. Des motifs reviennent, comme des récurrences : masques, visages, cercles, arcs, traits appliqués avec une énergie palpable, directement au tube, dans un joyeux maelström de couleurs plus vives les unes que les autres. Ses tubes (d’acrylique) ­préférés en ce moment : vert acidulé, rose fluo, rouge écarlate, or… « J’aime ­travailler avec des couleurs particulièrement explosives, vives et lumineuses », nous dit-il.

Premières ventes à 12 ans Leon Löwentraut est un phénomène : il peint depuis l’âge de 7 ans et développe très tôt une passion pour cet art. Très vite, il commence à peindre sur toile : « Je remarquais, à chaque

tableau que je faisais, chaque dessin, toutes les possibilités que l’art pouvait m’offrir. » Sa première vente (sept tableaux d’un coup), il l’a faite à l’âge de 12 ans, pour la pizzeria du coin. Et récolte son premier gage : 150 € soit 158 CHF. Puis viennent les premières expos, jusqu’à ce fameux jour où il apparaît sur la chaîne allemande Pro Sieben et crée en direct une « œuvre » avec un présentateur populaire : une émission qui va changer sa vie. Le public allemand en redemande, les médias s’intéressent de plus en plus aux coups de pinceaux de l’enfant prodige, à ses Here I Am et autres ­Welcome to Ibiza. Des œuvres colorées où perce toujours une énergie presque enfantine, comme celle que l’on retrouve dans les peintures de Jean-Michel ­Basquiat, premier artiste afro-­

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LEON LÖWENTRAUT

Une explosion de joie et de couleurs : cette toile est un superbe exemple de son style. Détails de l’œuvre dans la double-page qui suit.


LEON LÖWENTRAUT

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PRÉCISION AU PIXEL PRÈS Beauty Mark (142×173 cm) est l’œuvre préférée de l’artiste.

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LEON LÖWENTRAUT

ARTS+PHILOSOPHY

SES ARMES : LES PINCEAUX L’artiste prend la pose de Wolverine, héros de l’univers Marvel.

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ARTS+PHILOSOPHY

américain à avoir réussi sur un marché de l’art dominé par les Blancs. Basquiat est décédé en 1988, dix ans avant la ­naissance de Löwentraut. À 17 ans, le jeune Leon quitte l’école pour se consacrer exclusivement à la peinture – une décision prise avec le soutien sans faille de ses parents. Depuis, Löwentraut ne s’arrête plus : rien qu’en 2019, ses œuvres ont été exposées au musée Pouchkine de Saint-Pétersbourg, à Düsseldorf, à Copenhague et jusqu’à Ibiza… Sans oublier le projet #Art4GlobalGoals, présenté au Palazzo Medici ­R iccardi, à Florence. À 21 ans, il devient le plus jeune artiste jamais exposé dans ce ­prestigieux bâtiment construit au XVe siècle, avec un cycle de tableaux ­particulièrement important en ­raison du message politique qu’ils véhiculent... ORGANICS 01.20

LE JEUNE TALENT EST ­DEVENU un a­ rtiste à la ­renommée ­internationale. En bon rejeton de sa génération, Leon Löwentraut est très actif sur ­Instagram : entre des photos de sa vie privée ou de ses dernières œuvres, le jeune homme s’affiche récemment avec sa nouvelle copine, une étudiante en journalisme de mode, et mannequin. Manifestement, ça plaît à plus de 60 500 followers.

L’école de la vie Si, à l’époque de ses premiers succès, on était surtout frappé par son jeune âge, c’est aujourd’hui le

nombre de ses expositions, de ses projets et de ses fans qui forcent le respect. En février dernier, Löwentraut a pris part, pour la troisième fois, à une expo exclusive lors de la Kunstmesse Art de Karlsruhe, en Allemagne : toutes les œuvres qu’il présentait ont trouvé un acquéreur… la veille de l’ouverture. Un « Löwentraut », à présent, se vend dans des gammes de prix à cinq chiffres. À cela s’ajoutent les tirages limités de ses œuvres. Dans son pays d’origine, c’est Dirk Geuer, galeriste à Düsseldorf, connu pour travailler avec des artistes de renom comme David LaChapelle, Julian Schnabel ou même Hermann Nitsch, qui ­s’occupe du jeune artiste. Célébré, il y a quelques années encore, comme la « relève de la scène artistique allemande », Löwentraut est devenu un artiste international qui

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LEON LÖWENTRAUT

Ce tableau aux accents figuratifs réalisé au début de l’année 2020 s’intitule Häuptling (traduction : chef indien) (167×138 cm).


LEON LÖWENTRAUT

ARTS+PHILOSOPHY

Celui-ci porte le titre L&L (2020) (170×150 cm). L’afflux de commandes est tel que les nouveaux clients doivent s’armer de patience.

travaille aux quatre coins du monde, mais qui s’en remet toujours à sa famille et à ses plus proches amis pour toutes les questions pratiques : le management est ainsi assuré par son père, Jörg, un ancien homme d’affaires. Pendant l’interview, il nous apporte le café et des petits sandwiches. Sa mère Heike, infirmière de métier, gère toute la comptabilité. Lorsque le jeune Löwentraut a 14 ans, ses parents connaissent de grosses difficultés financières et perdent leur maison. L’adolescent se fait alors la promesse solennelle de ne plus jamais revivre une telle situation. Depuis un an et demi, la petite famille a quitté la ville de Meerbusch (où Leon avait un atelier de 50 m2 dans la cave du domicile parental) pour emménager dans une vaste demeure avec un immense atelier : un investissement pour l’avenir,

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« MON ART CRÉE LA POLÉMIQUE. Mais c’est le lot de tous les artistes, Dalí comme ­Picasso. » nous explique Leon. En 2015, il s’est quand même vu refuser l­ ’entrée à la faculté des beaux-arts de Düsseldorf. Si son art ne laisse personne ­indifférent, et que les amateurs de ses œuvres sont de plus en plus ­nombreux, Löwentraut est pourtant loin de faire l’unanimité : un portrait de lui paru dans le magazine allemand Der ­Spiegel en 2018 le présente alors comme un artiste « moqué ­gentiment par le monde de l’art, et encore largement ignoré par la presse culturelle ».

Comment un jeune homme comme lui réagit-il aux critiques ? Dans quelle mesure influencent-elles son caractère et sa carrière ? Rétrospectivement, Löwentraut admet avoir été blessé par le refus de l’université. Mais sans ce revers, jamais il n’aurait pu accomplir tout ce qu’il a fait ces dernières années. « Mon art crée la polémique, mais c’est le lot de tous les artistes, Dalí comme Picasso. » En parlant de Picasso : Löwentraut le considère comme son mentor. « Il a suivi sa propre voie, c’était un homme libre, explique-t-il. Pour moi, c’est ça, le véritable succès. »

L’Unesco, fenêtre sur le monde Le comble du succès, pour lui, ce serait d’être un jour exposé au Museum of Modern Art à New York. Un objectif qu’il s’est fixé d’atteindre avant ses 30 ans. Pour l’instant, il ORGANICS 01.20


ARTS+PHILOSOPHY

peut déjà se vanter d’être exposé dans le bureau du ministre allemand de l’économie Peter Altmaier, ainsi qu’à la galerie d’art et au parlement de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. L’œuvre qui orne depuis peu les murs du parlement régional, entourée de celles de peintres renommés comme Günther Uecker et Jörg Immendorff, s’intitule Together for the Future : elle représente deux têtes sur un fond vert, rose vif et orange, et symbolise les débats qui agitent la vie politique du parlement. « Ce que je souhaite, c’est rassembler des gens de tous horizons », nous dit-il en parlant de sa mission d’artiste. Rassembler les gens et réfléchir à un avenir meilleur : ces mêmes valeurs qui ont été à l’origine de ­l’exposition #Art4Global Goals au Palazzo Medici à Florence, en octobre 2019. C’est dans ce célèbre ORGANICS 01.20

palais où Laurent de Médicis ­accueillit jadis Michel-Ange et ­Sandro B ­ otticelli que l’artiste rhénan a ­présenté un cycle inspiré des 17 Objectifs des Nations Unies pour le Développement Durable, comme le tableau intitulé Quality Education (voir le tableau ci-dessus). La commande est venue de l’Unesco, qui a demandé à l’artiste de créer, d’ici à 2030, 17 pièces uniques pour ­alerter le public sur les Objectifs de Développement Durables.

À la conquête de l’art Le résultat, c’est un art utile, ancré dans le réel et qui apporte une aide concrète aux gens : avec les bénéfices tirés des éditions graphiques à tirage limité (repeintes à la main), l’artiste et sa galerie ­soutiennent des projets dans le bidonville de Baraka à Dakar (­Sénégal), comme la construction

d’une nouvelle école. Löwentraut était évidemment présent lors de l’inauguration. Quand on lui demande comment il voit son avenir, le jeune homme de 22 ans bouillonne : il a encore pour cette année de nombreux ­projets, dont une expo à la galerie Gerhardt Braun à Palma de Mallorca, et une autre à la Kunsthalle Messmer dans le Bade-Wurtemberg en Allemagne. Un projet lui tient particulièrement à cœur, mais il ne peut en dire davantage : « Si ça se concrétise, ça sera presque aussi bien que le MoMa », dit-il en trépignant. En le quittant, on ne peut s’empêcher de remarquer l’inscription du tee-shirt qu’il porte ce jour-là : Live Fast. Deux mots qui sonnent, pour le jeune roi Leon, comme une devise. Les dernières œuvres de Leon sur ­Instagram: @leonloewentraut

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LEON LÖWENTRAUT

Quality Education (2017) (79×106 cm) fait partie du cycle de peintures #Art4GlobalGoals, qui vise à mieux faire connaître dans le monde les 17 Objectifs des Nations Unies pour le Développement Durable.


La philosophe ­allemande Rebekka Reinhard est consultante auprès d’entreprises et auteure de best-sellers.


ARTS+PHILOSOPHY

Le vrai bonheur se vit dans l’instant

Par Raffael Fritz (entretien) et Peter Lindbergh (photo)

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ebekka Reinhard, 47 ans, applique la philosophie là où elle est vraiment utile : dans notre quotidien. Originaire de Munich, cette diplômée summa cum laude de la Freie Universität de Berlin, spécialiste de la philosophie contemporaine française et américaine et auteure de best-sellers, (parus en allemand, ndlr) distille également dans le magazine de philosophie Hohe Luft ses ­réflexions sur les problèmes de notre temps. Comme par exemple la définition moderne du bonheur. ORGANICS. THE LIFETIME MAGAZINE : Dans notre société « instagramisée », entièrement dominée par le déballage incessant d’expériences uniques, de moments « magiques » censés nous apporter le bonheur, pourquoi avons-nous le sentiment de ne pas savoir profiter du présent ?

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REBEKKA REINHARD : Peut-être parce que nous en voulons trop. Il est dans l’air du temps, ­depuis au moins deux décennies, de considérer la vie comme une succession de « moments forts ». Des instantanés que l’on ne peut obtenir qu’en optimisant chaque détail de la vie. C’est la même chose pour le plaisir : plus j’essaie de courir après le bonheur, plus il s’échappe. Les philosophes parlent du paradoxe du bonheur : certains ressentent même un véritable « stress du bonheur ».

REBEKKA REINHARD

La philosophe Rebekka Reinhard connaît les recettes des grands penseurs pour parvenir au bonheur. Un dialogue autour du stoïcisme antique, des rayons surchargés du supermarché et d’une vie sans argent.

Vous êtes spécialiste en histoire de la philosophie : quels grands penseurs avaient la meilleure définition du bonheur ? Les philosophes grecs de l’Antiquité nous offrent une approche intéressante, surtout les Stoïciens et les Épicuriens : Épicure fut aussi ­appelé le philosophe de la joie, et ses disciples, les Hédonistes. Ce sont ces personnes qui collectionnent compulsivement tous les plaisirs de ­l’existence ? Non, c’est même le contraire de ce que préconise Épicure : hedoné, en grec, signifie joie ou désir, mais ce sont des joies et des désirs très simples. Il distingue les joies naturelles et ­nécessaires de celles qui ne sont ni naturelles ni nécessaires à la vie. Accumuler les plaisirs, sans en avoir besoin, ne vous procurera aucune joie naturelle. Alors que si j’ai faim et que je mange un bout de pain, ma faim est satisfaite et c’est ce moment de satisfaction qui me procure du plaisir, c’est la définition, pour Épicure, du bonheur suprême.

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ARTS+PHILOSOPHY

« C’est un problème central de notre époque : nous avons trop de possibilités. » C’est donc dans les petites choses que nous trouvons le bonheur ? Bien sûr. Épicure disait : « Apportez-moi un morceau de fromage afin que je puisse faire bombance ! » Ce sont ces petites joies qui me permettent d’être dans le moment présent et de me sentir vivant pendant que je déguste ce bout de fromage.

REBEKKA REINHARD

Mais aujourd’hui, a ­ u s­ upermarché, à choisir entre vingt sortes de yaourts différents, on peut vite être ­dépassé. La multi-optionalité est un problème central de notre époque. Il y a tant de possibilités dans la vie, on pourrait profiter de tant de choses, et c’est justement cette liberté de choix qui est ressentie comme un poids parmi les plus jeunes. Or, la liberté est une condition du plaisir. Beaucoup d’entre nous se tournent alors vers des solutions radicales, comme mener une vie ultra-minimaliste, se retirer dans un monastère, jeûner… Ça peut aider ? Certains vont même jusqu’à jeter tous leurs meubles ou essaient de vivre sans argent. Pourquoi pas. Mais pour moi, la question qui se pose en tant que philosophe est la suivante : dans quel but fait-on cela ? Car le renoncement peut aussi être une forme de jouissance e­ xtrême. Comment ça ? Jeûner, par exemple, peut provoquer une ­v iolente augmentation de certaines hormones. Au lieu d’apporter des changements à l’extérieur, en réduisant artificiellement notre palette de choix, il serait donc plus judicieux de chercher les solutions à l’intérieur de nous. C’est notamment le principe de l’ascèse, si chère aux S ­ toïciens : je ne parle pas de l’ascèse au sens chrétien du terme mais de cette ­discipline ­régulière centrée sur des exercices physiques et mentaux.

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Les principes de la pleine conscience ­existaient donc dès l’Antiquité ? Tout à fait. Zénon, fondateur de l’école stoïcienne, demandait à ses disciples de distinguer entre trois choses : ce qui est bien, ce qui est mal, et ce qui est indifférent. C’est une approche qui nous permet de nous recentrer sur l’essentiel. En langage moderne : sur le ­véritable et authentique plaisir. Comment comprendre cela exactement ? Pour les Stoïciens, le bien se définit uniquement par les bonnes actions que je porte au monde. Dès que je fais le bien, je suis heureux. Le mal, c’est inversement toutes les mauvaises choses que j’apporte au monde, ce qui est irraisonnable et me rend, à la longue, malheureux. Et tout le reste représente l’indifférent. C’est tout ce qui m’arrive, tout ce que je subis, que ce soit bien ou mal. Ça peut être la rencontre amoureuse, le coronavirus, l’augmentation de salaire ou un coup du sort. C’est ce qui doit ­rester indifférent. Mais nous ne sommes jamais indifférents à ce qui nous arrive dans la vie ! Il s’agit pourtant de choses que nous ne pouvons pas influencer. D’où l’importance de nous concentrer uniquement sur nos actions. Lorsqu’on se retrouve dans la situation de vouloir céder à un plaisir, je pense qu’il faut prendre du recul et se demander : en ai-je vraiment besoin ? Ai-je vraiment besoin de cette paire de tennis, de cette voiture ? Ou au contraire n’ai-je pas déjà tout ce dont j’ai besoin ? Ce qui nous ramène à Épicure et aux plaisirs simples de l’existence... « Celui qui ne sait pas se contenter de peu, ne sera jamais content de rien », nous dit-il. Le peu dont nous avons besoin, c’est justement ce court instant. C’est pour cette raison qu’il n’y a pas d’instant idéal pour éprouver du plaisir. Et dans cet instant qui m’est donné, je peux y ­percevoir l’éternité. Car pour les philosophes grecs, les sages étaient ceux qui étaient ­parvenus à vivre dans l’instant présent. Retrouvez Rebekka Reinhard (vidéos, conférences et ateliers) : rebekkareinhard.de

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#Plaisirdeconduir-e

THE CONCEPT

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Glamour en héritage. Les motifs bariolés de Gianni Versace ont plus de quarante ans et l’on ne s’en lasse pas : hommage discret avec ce chouchou. CHF 125,– via matchesfashion.com Walking on sunshine. Les mules BV Curve sont faites de lamelles de cuir d’agneau nappa, avec une fabrication tissée typique de la maison . CHF 1 7 30,–. bottegaveneta.com

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LE DÉTAIL QUI TUE Une sélection de perles ­inédites à collectionner.

Ouvrage. Le label Olympia Le-Tan est connu pour ses sacs aux inspirations multiples : œuvres d’art, livres ou objets, tout y passe. Bel exemple : cette pièce hommage au peintre américain, baptisée Basquiat 2 Crowns. CHF 1 155,– via matchesfashion.com

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New York dans les années 90. Il fréquentait le monde de la mode, du skate et de l’underground. Ce photographe mort en 1997 fait l’objet d’une rétrospective inédite : Davide Sorrenti ArgueSKE 1994-1997 chez Idea, édition limitée à mille exemplaires. CHF 73,50. ideanow.online/store

Anneaux magiques. Pour ces boutons de manchettes, Paul Smith a puisé son inspiration dans l’art, le design et le cyclisme. Touche indispensable : les couleurs de la marque. CHF 135,– via zalando.ch

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Dominik Wolf ne tolère que l’excellence. Son QG : le Viertel 4, dans le centreville de Graz (Autriche). ORGANICS 01.20

Le Viertel 4 (qui signifie « trois heures et quart ») est l’un des meilleurs spots after work à Graz : ambiance relax, bonne musique et cocktails de haut niveau concoctés par un barman médaillé à l’échelle nationale : voici l’une de ses créations. viertel-vier.at

WHISKEY GINGER LIME INGRÉDIENTS 4 cl whiskey Glaçons Citron vert ORGANICS by Red Bull Ginger Ale Menthe

PRÉPARATION Versez le whiskey dans un verre à cocktail et remplir de glaçons. Arrosez le tout d’un ­filet de citron vert. Complétez avec du ORGANICS by Red Bull Ginger Ale et des feuilles de menthe fraîche.

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ADVENTURE+MOTION

« Ma vie est une sorte de rêve fou ­ devenu réalité. » La cascadeuse américaine Sera Trimble nous raconte son histoire.

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Les collines de ­Hollywood et ses ­petites routes ­désertes : un terrain de jeu idyllique dont Sera Trimble ne s’est jamais lassée.


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FEMME de choc Sera Trimble fait partie de l’élite des pilotes-cascadeurs à Hollywood. Une carrière prestigieuse qui a démarré il y a quinze ans, sur le parking d’un hôtel. Récit d’un conte de fée (du volant). Par Peter Flax (texte) et Peter Bender, Patrik Giardino (photos)

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SERA TRIMBLE

ADVENTURE+MOTION

Trimble dans sa Porsche 911 Carrera (type G), millésime 1986 : un bijou qui laisse subtilement deviner les traces d’une vie passée sur les routes.

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onfortablement installée au volant de sa ­Porsche 911 ­Carrera, Sera Trimble profite des derniers rayons du soleil qui se couche derrière les c­ ollines des environs de Los ­A ngeles. Enchaînant avec aisance les virages, la jeune femme semble en totale ­osmose avec son bolide rouge, un millésime 1986 au son rauque si caractéristique de la marque bavaroise : un bijou tout en élégance, qui laisse discrètement deviner les traces d’une vie passée tumultueuse. Sera Trimble est pilote-cascadeuse de métier : l’une des meilleures de sa profession, pour être exact. À Hollywood, elle fait partie de l’élite des pilotes dont les noms figurent

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souvent aux génériques des blockbusters et des séries télévisées. Les mains tranquillement posées sur son volant, cette native de Seattle, la trentaine resplendissante, me parle de sa 911 et de toutes les subtilités qu’il faut savoir apprivoiser pour en jouir pleinement. Son visage ­s’illumine – un visage que tous les fans de courses-poursuites à l’écran ont certainement croisé ces dernières années : dans les films Transformers et Wolverine par exemple, ou encore dans les séries comme Hawaii Five-O ou Navy CIS, sans oublier plus d’une centaine de spots publicitaires pour voitures. Je lui demande quelle cascade a été la plus difficile de sa carrière. Sera Trimble me décrit en riant le scénario d’un spot pour la marque japonaise Infiniti : l’histoire d’une adolescente qui passe le permis

de conduire et en fait voir de toutes les couleurs à son instructeur, terrorisé. « Techniquement, c’était du lourd », explique-t-elle. Un demi-tour à 180 ° à pleine vitesse, un drift en marche arrière autour d’un rondpoint et un créneau millimétré à faire en une nanoseconde… Des instructions qui lui étaient dictées directement dans le casque : « Dans cette voiture, l’équilibre des masses est tel que l’on doit vraiment choper le bon moment pour effectuer les figures. »

La chance lui sourit D’un ton naturel, Sera Trimble me ­raconte alors avoir effectué toutes ces manœuvres plusieurs fois, sans en rater une seule. Aucune arrogance dans sa voix : « Chaque fois que je m’arrêtais, je me disais que ce qui venait de se passer était ORGANICS 01.20


« JE VOULAIS VOIR CE QUE JE VALAIS VRAIMENT. » Arrivée toute jeune à Hollywood pour tenter sa chance, Sera s’y sent aujourd’hui chez elle. ORGANICS 01.20

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ADVENTURE+MOTION

génial ! Mais que je ne recommencerais pas ! », me confesse-t-elle avec un grand sourire. « Le meilleur moment, quand tu bosses sur toutes ces c­ ascades, c’est quand elles sont ­terminées. Devoir conduire avec une telle précision, ça peut être carrément jouissif, mais aussi totalement éreintant. » Comment en arrive-t-on à ­devenir cascadeuse à Hollywood ? La pilote me répond qu’en plus d’un certain talent, il faut s’imposer une discipline de fer… et compter aussi un peu sur la chance. La chance, pour Sera, a frappé deux fois à la porte. La première fois, c’était il y a quinze ans, alors qu’elle venait de commencer des études d’art

SERA TRIMBLE

« Devoir conduire avec une telle ­précision, ça peut être carrément JOUISSIF, MAIS AUSSI ­TOTALEMENT ÉREINTANT. »

(la p ­ hotographie étant la deuxième grande passion de sa vie), à Seattle. Elle avait trouvé un petit boulot alimentaire dans un hôtel : un job mal payé qui consistait à garer les voitures des clients. Un jour, alors qu’une équipe de tournage logeait à l’hôtel, le réalisateur s’est mis à observer les manœuvres de Sera sur le parking : l’aisance avec laquelle la jeune femme ­conduisait toutes sortes de voitures l’a impressionné. « Il m’a demandé si j’avais déjà pensé à gagner ma vie en conduisant des bagnoles. Je lui ai répondu en lui montrant le parking : c’est exactement ce que je suis déjà en train de faire ! » Son sens de la répartie achève de convaincre son interlocuteur, qui l’invite à Los A ­ ngeles. « Ma vie, c’est un peu comme un rêve fou devenu réalité, résume-t-elle. Du genre : je vais à ­Hollywood et je ­deviens célèbre. »

Son rêve a ­ méricain

Sera Trimble savoure la fin d’une journée de travail. Une ­virée qu’elle s’offre comme une récompense bien méritée.

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Après un (court) temps de réflexion, la voilà partie en Californie, direction Los Angeles. Pourtant, sa nouvelle vie ne commence pas sur les chapeaux de roue : Sera Trimble – ­prudence oblige – choisit de commencer par les bases, en prenant des cours de conduite acrobatique. « Je voulais voir ce que je valais ­v raiment, dit-elle. Parce qu’il était hors de question de tout plaquer pour me rendre compte, au final, que je ne faisais pas l’affaire. Assez rapidement, j’ai été encouragée par mes instructeurs. » Les années suivantes, Sera ­Trimble les passera donc à se former au métier de pilote-cascadeuse, tout en gagnant sa vie comme assistante de production à Hollywood : « J’ai appris à conduire toutes sortes ­d’engins : des voitures de rallye et de course aux énormes trucks, je me suis formée à la conduite sur glace, au hors-piste… Je me suis ­familiarisée avec tous les types de ORGANICS 01.20


Conduire des trucks hors-piste, piloter des voitures de course et de rallye et assurer sur des pistes verglacées ? Quelquesuns des nombreux ­talents de la jeune ­Américaine, pro du stunt driving.

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Dans le garage du spécialiste ­Porsche à Los ­Angeles  : Dorian Venezuela.

« IL N’Y A QU’À HOLLYWOOD QUE TU PEUX ­rencontrer des gens qui vont lancer ta carrière d’un coup. » 58

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ADVENTURE+MOTION

boîtes de vitesse et de conduites. Je voulais éviter d’arriver sur un tournage et m’apercevoir que ­j’­allais conduire une bagnole que je ne ­maîtrisais pas. » Aide-toi, le Ciel t’aidera, selon le dicton. C’est un petit peu ce qui est arrivé à Sera Trimble. Car la deuxième fois que la chance frappe à sa porte, c’est sous les traits d’un ­cascadeur, Brent Fletcher – une sommité à Hollywood. Impressionné par la ténacité de la d ­ emoiselle, ce vétéran de la profession va lui p ­ ermettre de vivre enfin de sa p ­ assion en devenant son mentor. « Hollywood est un lieu magique, jure-t-elle. Tu peux rencontrer des gens qui vont lancer ta carrière d’un coup, et d’autres qui peuvent t’enfoncer en un claquement de doigt. Le souci, c’est que tu ne sais jamais qui tu vas rencontrer en premier. » ORGANICS 01.20

Malgré un curriculum vitae et des références qui forcent le respect – elle est notamment membre de ­Drivers Inc., un club de pilotes d’élite à Hollywood –, Sera Trimble garde la tête froide. « Je ne me considère pas comme une bonne conductrice », assène-t-elle. Avant d’enfoncer le clou : « Et je méprise quiconque serait ­tenté de le faire. »

La belle et sa bête Sera Trimble garde les yeux sur la route, allongée dans l’habitacle de sa jolie 911 : à la voir ainsi, le sourire aux lèvres, on comprend mieux pourquoi cette voiture semble faite pour elle. Avant de jeter son dévolu sur cette petite vintage, elle avait acheté une 911 toute neuve – un luxe qui ne lui correspondait pas. « Je ne cherchais pas à donner l’impression que je voulais me prouver quelque chose

SERA TRIMBLE

Membre du très sélect Drivers Inc. qui rassemble les meilleurs pilotes de précision à Hollywood, Sera Trimble figure aux génériques de blockbusters comme Wolverine et Transformers.

ou me donner un côté sexy. » Ce sera donc le coup de foudre pour un modèle plus ancien, amélioré pour les besoins (sportifs) de sa propriétaire. « Elle est solide, fait un boucan d’enfer et certains trouvent même qu’elle pue, mais j’adore son odeur ! Cette voiture attire l’attention, sans en faire des tonnes. » Bref, une voiture qui, en plus d’avoir du charme, en a sous le capot. Pas étonnant que Sera Trimble s’identifie à elle. Je les croise toutes les deux une dernière fois alors qu’elles se dirigent vers H ­ ollywood Hills : quelques mots d’adieu, un dernier sourire. Le ­moteur rugit, impatient d’en d ­ écoudre. Feu vert. Puis elles s’échappent, dans un nuage de poussière. Retrouvez Sera Trimble sur Instagram : @trims440

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ADVENTURE+MOTION

«  Qui sont vos héros, ­Dominic Thiem ? »

Par Andreas Rottenschlager (questionnaire)

Comment décririez-vous la photo sur votre permis de conduire ? Jeune. Une appli qu’on ne ­s’attendrait pas à trouver sur votre natel ? Monopoly. Qui sont vos héros ? Qui sont (à part les as du t­ ennis) les personnes qui vous fascinent ? Celles qui excellent dans leur art : les chefs cuisiniers, les ­chirurgiens, les footballeurs… Quel humoriste vous fait ­franchement rire  ? L’Autrichien Peter Moizi, du duo Comedy Hirten. Si vous pouviez rencontrer un personnage de l’Histoire

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(mort ou vivant) que vous admirez, ce serait… ? Leonardo Di Caprio.

Comment trompez-vous ­l’ennui durant vos voyages ? Kindle, bouquins, jeux, ­podcasts… Trois possibilités ! Seul, je préfère lire ou apprendre une langue. Si je suis avec ma famille ou mon équipe, on sort les jeux de société ou des jeux de dés. Mes conseils : la ­biographie de Robbie Williams, le jeu Monopoly pour iPad et l’appli Babbel pour apprendre les langues.

Votre pire faux-pas en matière de style ? En 2015, quand je me suis fait blondir les cheveux.

Si l’on tournait un film sur votre vie, quel acteur ­choisiriez-vous pour jouer votre rôle ? Leonardo Di Caprio, ­évidemment.

La dernière fois que vous avez fait la fête toute la nuit ? Jamais. Je vous assure ! Peut-être que je me rattraperai après ma carrière.

Un talent que vous auriez aimé avoir ? Cuisiner.

Le petit cadeau que vous vous offrez en récompense d’une rude journée ? Un bon restaurant, avec ma famille et mes amis.

Le nombre de raquettes que vous avez (intentionnellement) détruites pendant votre carrière ? Trois en public devant les ­caméras. Et deux en étant seul, en cachette.

À quoi remarque-t-on que vous êtes autrichien ? Au fait que j’adore l’hiver.

À quoi ressemble la journée de vacances parfaite ? ORGANICS 01.20

JÜRGEN SKARWAN/RED BULL CONTENT POOL

DOMINIC THIEM

Star mondiale des courts de tennis, l’Autrichien Dominic Thiem ne se résume pourtant pas à son (excellent) classement ATP. Pour apprendre à le connaître un peu mieux, nous l’avons soumis à un petit questionnaire. Un portrait en 28 réponses.


À 26 ans, Dominic Thiem a déjà participé à trois finales du Grand Chelem. Mais sur son smartphone, il préfère jouer à ­Monopoly.


ADVENTURE+MOTION

« Sur la piste de danse, c’est clair que je me ferais remarquer, mais pas dans le bon sens du terme. »

DOMINIC THIEM

­ écrivez-nous votre D programme-­détente idéal. Ouvrir les yeux sans la sonnerie du réveil, prendre un bon petitdéj en famille et passer la matinée à faire un tour en bateau sur le lac de Neusiedl (à la frontière austro-hongroise, ndlr) ou à lire un livre. Après un chouette resto à midi, passer toute l’aprèsmidi devant la télé à regarder les matchs de la Bundesliga ou de la Premier League. Ensuite, une soirée barbecue avec la famille et les amis, et avant de se coucher, un petit bain dans le jacuzzi. Quel type de conducteur êtes-vous ? Très prudent. La vitesse maximale que vous ayez atteint au volant ? 280 km/h… sur la playstation. Un moment magique de votre vie de sportif, qui a bousculé votre carrière ? Le jour où j’ai atteint pour la ­première fois le top 10 mondial (à l’heure où nous écrivons cet article, Thiem est classé parmi les trois meilleurs joueurs mondiaux, ndlr). Votre destination préférée pour vous reposer ? L’Islande.

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Sur le court de tennis, vous êtes seul, livré à vous-même, sans personne pour vous conseiller ni vous motiver pendant les pauses. Andre Agassi s’est d’ailleurs ­comparé, dans son autobiographie Open, à un boxeur, seul sur le ring. Comment acquiert-on la force mentale et la confiance nécessaires dans ces moments-là ? C’est quelque chose qui s’acquiert automatiquement, en commençant très jeune, et que l’on développe avec l’expérience. Un exercice d’entraînement qui vous a longtemps semblé stupide, avant de s’avérer étonnamment efficace ? La corde à sauter. Pourriez-vous impressionner une femme dans un club ­simplement par votre manière de danser ? C’est clair que je me ferais remarquer, mais pas dans le bon sens du terme. Je suis un piètre danseur. Qu’est-ce que vous vous dites quand vous venez de commettre une grosse erreur lors d’un match important, pour rester calme et concentré ? C’est le prochain point qui compte.

Une série Netflix à nous conseiller ? Elite. Votre record personnel de pompes ? Aucun chiffre à vous livrer pour le moment. On connaît votre engagement pour la protection de la nature et des animaux : quels sont les gestes quotidiens que chacun peut adopter pour protéger la nature, à son niveau ? Il faut changer ses habitudes. On n’a pas besoin de manger de la viande tous les jours, deux fois par semaine suffisent amplement, en faisant toujours attention à l’origine et à la qualité. Idem pour les vêtements que l’on porte : on peut contribuer à la protection de l’environnement et des animaux en faisant les bons choix. Pourquoi pousse-t-on parfois des gémissements en renvoyant une balle ? Ça permet de se vider les ­poumons. Votre petit-déj avant une ­finale de Grand Chelem ? Le même que d’habitude : œufs, pain et fruits frais. Un bon conseil de votre mère que vous appliquez toujours ? Pendant un trajet en avion, se mettre un coup de spray dans le nez toutes les heures. Dominic Thiem sur Instagram : @domithiem

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Le meilleur se commande en ligne. Des voitures neuves disponibles de suite Ă un taux de leasing attractif. www.mercedes-benz.ch/stock

Profitez-en en ligne sans attendre


ADVENTURE+MOTION

Mariage mixte. Quand les années 90 s’unissent au goût du jour : la marque autrichienne Andy Wolf Eyewear mise sur un mélange de matières et de modes avec ces verres teintés posés sur une monture en acétate. CHF 315,–. andy-wolf.com

MUST HAVES

La banane. Le sac ceinture étanche Athal d’Alphatauri peut être porté en bandoulière ou autour de la taille. CHF 95,–. alphatauri.com

PRENEZ L’AIR !

Belles échappées en ­perspective, avec ces objets à l’aise dehors comme ­dedans.

Or du temps. Boîtier en or gris pour la beauté, bracelet en caoutchouc pour le côté pratique, et étanchéité jusqu’à 120 mètres : modèle Aquanaut 5168G de Patek Philippe. Prix sur demande. patek.com

Projection directe. Grâce à ses 23 LED, cette corde à sauter intelligente Tangram Factory projette vos données pendant que vous sautez, qui sont ensuite analysées par une appli connectée. CHF 99,95 via apple.com

Double dose. La sneaker culte de Nike en version double : avec sa semelle intermédiaire en mousse, la Air Force 1 Shadow reste pourtant ultra légère. CHF 159,95. nike.com

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Bleu roi. Minimalisme affiché pour cette veste de Fred Perry, où rien ne manque : la petite couronne de laurier, les deux lignes blanches, la coupe épurée. CHF 127,–. fredperry.com

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COCKTAIL

BAZOOKA CREATIVE X STUDIO

MARIELLA REITHOFFER

CLAUDIA MEITERT

PROMOTION

POPCORN CUBATA

L’HEURE DE L’APÉRO

Philipp Hainke du Rosebud Bar, à Cologne (Allemagne), crée des cocktails aux saveurs exotiques. ORGANICS 01.20

Un néon rose et vert comme symbole, et le leitmotiv : « Nous ne serons plus jamais si jeunes ensemble » caractérisent cette institution de Cologne, où se retrouvent les amateurs de cocktails insolites tels que celui-ci. rosebudbar.de

INGRÉDIENTS 4 cl Cinecane Popcorn Rum Glaçons ORGANICS by Red Bull Simply Cola Popcorn Citron Menthe

PRÉPARATION Remplir un grand verre à cocktail avec des glaçons, y ajoutez le rhum puis versez ORGANICS by Red Bull Simply Cola. ­Garnir de popcorn et de zeste de ­citron. Décorez avec des feuilles de menthe.

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PARTIES+EVENTS

La playlist de Virgil Il est créateur pour Louis Vuitton et ­transforme une paire de baskets en objet culte. Le designer puise son inspiration dans les soirées qu’il anime sous le pseudo DJ Flat White.

Boys Noize & Virgil Abloh – Orvnge Kanye West – Famous Travis Scott feat. Future & 2 Chainz – 3500 Ces trois titres sont les favoris du grand ­Virgil Abloh.

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Si ses connexions avec le monde de la nuit parisienne sont tentaculaires, le photographe français Keffer aime rester discret. Il est aussi un DJ, producteur de musique et facilitateur de soirées branchées.

Son jour est LA NUIT

Chic, sauvage ou arty, la nuit à Paris mute selon l’endroit et les créatures que vous fréquentez. VIP de tous les clubs, le photographe Keffer vous invite à le suivre. Par Hans Hammer (texte) et Keffer (photos)

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Un club cosy, à 6 heures du ­matin. Beaucoup sont couchés, mais ­certains ­clubbeurs n’en ont pas ter­miné avec la fête. Une Parisienne désinhibée achève sa nuit, ou s’apprête à la prolonger : une photo signature pour Keffer.


PARTY+EVENTS

PARIS BY NIGHT

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En haut : les néons de l’un des phares du quartier de la nuit « dure » à Paris, ­ igalle. « Ces clubs d’after, tout le monde en parle, mais peu y pénètrent… », P dit Keffer. Ci-dessus : Show Time au Manko, un cabaret autrefois célèbre pour ses soirées où tous les excès étaient permis.

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uivez Keffer la nuit. Vous rencontrerez les plus jolies filles et les clubbeurs les plus branchés de ­Paris. Des gens ouverts et frais, qu’il se plaît à documenter depuis dix ans, avec un concept : The Night Day. «Faire des photos la nuit n’était pas un projet, explique Keffer. C’est arrivé par hasard, j’étais directeur artistique, et déjà ­photographe, et un jour, j’ai pris mon appareil en soirée. J’ai activé mon flash, à l’instinct, sans jamais regarder dans le viseur de mon boîtier. Un petit numérique discret.» Connus dans tous les meilleurs ­endroits de fête, Keffer se distingue également en tant que DJ et producteur de musique électronique ou aux commandes d’un lieu décalé, le parking d’un hôtel qu’il nomme sobrement… le Parking ! Il y conçoit des soirées pour des marques ou des collectifs de la nuit. « J’aime les soirées open, libres, un peu déglingue, où des gens de tous genres viennent s’amuser sur de la bonne musique, revendique Keffer. À Paris, je me laisse guider par des jeunes que j’ai rencontrés dans des collectifs gays ou lesbiens, qui m’emmènent dans des soirées marrantes, où les gens ont des looks un peu fous. » Si Keffer documente la plupart de ses soirées, c’est avec la musique en tête, toujours. « Je ne sors jamais pour faire des photos, je sors d’abord pour moi, car j’adore la musique électronique, dit-il. Peu importe le lieu : je viens en spectateur, en humain. Et je sors pour une ambiance plus que pour un lieu. Car la nuit, que tu sois à la Grande Halle de la Villette ou sous terre, il fait toujours noir… »

thenightday.com

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Peggy Gou la bloggueuse coréenne, devenue une DJ star. « La voici avec l’Allemand DJ Koze derrière les platines du DJ booth lors du festival Pitchfork sous la Grande Halle de la Villette. Un rendez-vous pro, pointu et hype. »


PARTY+EVENTS

PARIS BY NIGHT

Dans les backstages du Parking, où Keffer facilite désormais des soirées. « Dans ce recoin du Parking, tu trouves tout et n’importe quoi, les copines y passent et je les shoote sur un mur en béton. Ce soir-là, Anna était venue dans ce lieu brut où l’on s’amuse, pour se lâcher. »

« POURQUOI DES PHOTOS EN NOIR ET BLANC ? C’est comme cela que je vois mes nuits : désaturées, brutes, crues. »

Marion, dans le parking d’un hôtel parisien où Keffer a manigancé une soirée Moonshine.

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Une fille qui a du chien. Le mannequin C ­ lara Berry accompagnée de Nenem. « La marque Tod’s m’avait engagé pour sa soirée au Palais de Tokyo. Un mix de petits-­ fours, de parisiennes et d’animaux à poil. »


PARIS BY NIGHT

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Au Rouge, un petit club proche des Folies Pigalle. « Ici, tu es entre le cabaret et le club. Ils invitent des artistes, des travestis et des drag queens pour des petits shows en warm-up de leurs soirées. Sur cette photo, le moustachu c’est Igor Dewe, et la beauté au chapeau, c’est Sam Quealy. »

« J’AIME LES SOIRÉES OPEN, LIBRES, UN PEU DÉGLINGUE, où des gens de tous genres viennent s’amuser sur de la bonne musique. » 74

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PARIS BY NIGHT

Bienvenue dans l’Hôtel de Ville de Paris… « Pour cette soirée de charité de la Saint-Valentin, n’arrivant pas à joindre mes amis à l’intérieur, je suis rentré au bluff… et me suis retrouvé dans un cirque gay et drag queen dans les grands salons de l’Hôtel de Ville. À gauche, un travesti. À droite, la Miss France 2018 : Maëva Coucke. »

Dans le VIP du festival We Love Green. « C’est l’été, il fait chaud au bois de Vincennes pour ce festival branché. Les superstars du rap américain, le trio Migos, attendent un feu vert pour monter dans leur navette. »

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Oreilles de lapin et parasol : tout va bien lors du festival de musique We Love Green. « Il est 2 heures et quelque du matin, pour le set de fermeture de la DJ et productrice russe Nina Kraviz. Un dernier coup de transe pour finir. »

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Une fêtarde dans un club du XVIIIe arrondissement situé dans une ancienne gare qui sert aussi de lieu ­d’exposition aux artistes, quand il n’y a pas de concert ou de DJ set.

« JE NE SORS JAMAIS POUR FAIRE DES PHOTOS, je sors d’abord pour moi, car j’adore la musique ­électronique. » 78

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« PEU IMPORTE LE LIEU, je sors en spectateur, en humain. Et pour une ambiance plus que pour un endroit. »

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Soirée du collectif Fusion mes couilles : pour sortir à Paris, il faut être souple. Le calme dans l’effervescence : un mannequin en stand-by lors du défilé de la maison Balmain. La superbe Simone, un mannequin reconverti dans le tatouage, elle-même très bien encrée. Ambiance estivale, donc très chaude, aux Nuits Fauves.

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« Je me suis ­accrochée à ce qui me passionnait », nous dit Sienna ­Miller. L’actrice de 38 ans partageait ­dernièrement ­l’affiche de Manhattan Lockdown avec J.K. ­Simmons.


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« À chacun de définir le sens de la vie »

Par Rüdiger Sturm (texte)

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lle fut, au début des années 2000, la coqueluche des tabloïds britanniques. Forcément, avec un physique pareil, une vie glamour dans le monde de la mode et un fiancé mondialement connu en la personne de Jude Law, elle avait de quoi faire rêver les foules. La presse l’a donc célébrée pendant des années comme la « it-girl » de la mode, ­s’intéressant davantage à ses tenues et sa vie amoureuse qu’à ses talents d’actrice. Pas grave : Sienna Miller, elle, n’a jamais douté de ses capacités et poursuivait sa route, vaille que vaille. Aujourd’hui, c’est une femme et une actrice accomplie qui savoure, à 38 ans, la reconnaissance de ses pairs, après deux nominations pour ses rôles dans Foxcatcher, et American Sniper et son intronisation dans la prestigieuse « Academy of Motion Picture Arts & Sciences », qui ­préside la cérémonie des Oscars.

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ORGANICS. THE LIFETIME MAGAZINE : Avant vos premiers rôles majeurs au cinéma, la presse britannique vous a surtout collé une image de « party-girl » infatigable … Cela vous a-t-il dérangée ? SIENNA MILLER : On aime tous faire la fête ! C’est vrai que j’ai été projetée très tôt sur le devant de la scène. Mais vous savez quoi ? Je n’aurais échangé ma vie pour rien au monde.

SIENNA MILLER

Longtemps connue davantage pour ses frasques nocturnes et sentimentales que pour ses talents d’actrice, Sienna Miller sort enfin de l’ombre pour briller au ­f irmament holly­woodien. Récit d’une revanche bien méritée.

Parce que vous vous fichiez de votre réputation ? Parce que j’ai toujours su qui j’étais vraiment. Et ce dont j’étais capable. Quand on parlait de vous dans la presse, c’était rarement pour mentionner vos études de théâtre, commencées à 18 ans au Lee Strasberg Institute de New York. Comment avez-vous réussi à vous défaire de cette image de jolie fêtarde ? En m’accrochant à ce qui me passionnait : le cinéma. Et en poursuivant juridiquement la presse people. Qui est réputée, en Grande-Bretagne, pour être particulièrement envahissante... C’était la guerre ! Mais je ne me suis pas laissée faire. (En 2011, elle a attaqué en justice, avec ­succès, le tabloïd News of the World qui avait révélé des conversations téléphoniques privées entre elle et Jude Law, ndlr.). Comment avez-vous réussi à convaincre le monde de vos talents d’actrice ? En refusant de me laisser enfermer dans un rôle-type. J’ai voulu aborder chaque rôle avec un visage différent.

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« Le monde change. Et les femmes sont au cœur de ce changement. »

SIENNA MILLER

Qu’y a-t-il de mal à se spécialiser dans un type de personnage ? Absolument aucun ! Mais je voulais élargir ­l’horizon de ceux qui me regardaient. À Hollywood, les gens qui décident de votre carrière manquent cruellement d’imagination : quand on vous a vue dans un film historique, on a ­tendance à ne vous imaginer que dans ce genre de films. Mais c’est la même chose si je joue par exemple une fille brune : on ne va plus me proposer que des rôles de brunes ! C’est d’ailleurs comme ça que j’ai été prise pour Foxcatcher. Sauf que là, je dirais presque que cette étroitesse d’esprit m’a porté chance, car le film s’est avéré être un pur bijou. La chance a-t-elle joué un rôle dans votre ­carrière ? Oui, mais j’ai aussi dû me battre pour avoir les rôles que je voulais. J’ai dû mettre de côté mon orgueil, jouer sans aucun maquillage, me faire vieillir à l’écran. Avec le temps, on arrive à mieux cerner ce qui convient à sa carrière : j’ai donc fini par comprendre que je ne voulais plus jouer qu’avec d’excellents réalisateurs. Encore faut-il qu’eux-mêmes sachent ce qu’ils peuvent attendre de vous... D’où l’importance de se former constamment ! Le jour où tu arrêtes, c’est terminé pour toi. Je sais maintenant ce qui me nourrit dans la vie : les amis, la famille, la littérature. J’adore les classiques ! Moby Dick, Ulysse, Guerre et Paix... C’est donc la même rigueur, dans le choix de vos lectures ? Ce qui me fascine, ce sont les grands sujets ­philosophiques. Et toutes les questions autour du sens de l’Existence.

Depuis quelques années, vous êtes une figure du combat pour l’égalité homme/femme : on vous a même vue refuser un rôle à Broadway sous prétexte que vous étiez moins bien payée que votre partenaire masculin. Et j’espère que ceux qui ont osé me faire cette offre la regrette à présent. Moi, je n’ai jamais regretté ma décision. Comment jugez-vous la situation actuelle ? L’égalité homme/femme est loin d’être gagnée, même si de nombreux progrès sont faits de par le monde. C’est notamment le cas au cinéma, où les réalisateurs misent de plus en plus sur la diversité. En lisant les scripts qu’on m’envoie, je m’aperçois que les rôles féminins sont davantage mis en valeur. Le monde change, et les femmes sont au cœur de ce changement. Vous avez dit dernièrement que le patriarcat était en train de se fissurer : à quoi voyez-vous cela, concrètement ? Dans les équipes de tournage, je constate par exemple qu’il y a beaucoup plus de femmes qu’auparavant. Il y aussi le mouvement Time’s Up, que je soutiens activement, et qui aide les femmes à se battre pour leurs droits et contre le harcèlement sexuel. Toutes ces évolutions font que certains comportements du passé sont aujourd’hui devenus intolérables. Il n’y a pas qu’au cinéma que vous multipliez les rôles : vous êtes ambassadrice, actrice, propriétaire d’une boîte de production, mère d’une petite fille de sept ans… Arriver à conjuguer mes envies créatrices et mes devoirs de mère, c’est un combat au quotidien. Parce qu’il y a tout à coup ce petit être qui est là et qui est infiniment plus important que moi. Le fait de l’admettre et de l’accepter m’a fait sacrément évoluer. Le combat de Sienna Miller : timesupnow.com

Vous avez trouvé une réponse ? Disons que je partage celle des Existentialistes : c’est à chacun de définir pour soi quel est le sens de sa vie.

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Le monde selon VIRGIL Ce touche-à-tout de génie est devenu en quelques années le chouchou du monde de la mode et du design : Virgil Abloh, alias DJ Flat White, est pourtant ­toujours à l’affût de la « next big thing ». Son inspiration ? Il la puise au milieu des foules qu’il fait danser.

VIRGIL ABLOH

Par Wolfgang Wieser (texte)


DEAN CHALKLEY/EYEVINE/PICTUREDESK.COM

Des idées plein la tête : Virgil Abloh dirige son empire ­depuis l’écran de son iPhone.

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deux à la fois. » Le jeune Virgil s’intéresse donc très tôt à ce qui émerge lorsqu’on fait fusionner les contraires. Son credo : « Je suis mode et antimode, je suis art et anti-art. » Un penchant pour l’inclassable et l’hybride que résume très bien le nom de son label créé en 2013 : Off-White. Ni blanc, ni noir, ni marque de luxe, ni streetwear, mais un peu tout ça à la fois. Pour Abloh, hors de question de se laisser enfermer dans des cases : « Aujourd’hui, je suis comme ça, demain, je serai autre chose. »

Ascension avec Kanye West

« JE SUIS À LA FOIS MODE ET ANTI-MODE, ART ET ANTI-­ ART. Je suis les deux. » Abloh aime se trouver à la croisée des chemins (photographié ici avec Kanye West et Serena Williams).

lui qui est considéré comme le grand créateur du moment, transformant tout ce qu’il touche en or… À tel point qu’on a dû inventer un mot pour décrire ce don incomparable : la ­virgilization, et son verbe to virgilize. « Virgiliser », finalement, c’est assembler ce qui s’oppose, c’est faire naître les croisements les plus improbables. C’est écouter, quand on est petit garçon, du hip-hop et du Guns’n’Roses : « Un mélange assez osé, admet-il, normalement on est soit l’un, soit l’autre. Moi, j’étais les

Flashback. Le jeune Virgil, né en 1980, grandit à Rockford, Illinois (USA), dans une famille d’immigrés ghanéens. Après sa licence en génie civil, il poursuit par un master en architecture à l’Illinois Institute of Technology. Pendant ses études, il dessine des tee-shirts et écrit des articles sur la mode, avant de faire la connaissance du rappeur Kanye West au début des années 2000. Les deux décident alors de partir à la conquête du monde de la mode, ce « Mount Everest », comme le décrit Abloh. Après un stage dans la maison Fendi à Rome, ils candidatent pour un master au prestigieux Central Saint Martins College à Londres. En vain. Qu’à cela ne tienne : Abloh lance ses premières créations, des polos Ralph Lauren à 40 $ détournés puis revendus 550 $ pièce, une démarche qui cartonne parmi les rappeurs. Après ces premiers succès (il épouse au passage son amour de jeunesse, Shannon Sundberg, fait deux enfants et mène une vie discrète), il devient directeur artistique de Kanye West et travaille notamment sur la couverture de l’album Watch The Throne de Jay-Z et Kayne West, pour ORGANICS 01.20

GETTY IMAGES, NIKE

VIRGIL ABLOH

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ey Virgil, deux petites questions », lance un jeune homme au micro. La scène se passe à l’intérieur du Piper Auditorium de l’Université de ­Harvard, à Boston. L’étudiant de la Harvard Graduate School of Design porte une chemise en jean, un pantalon sombre et des sneakers blanches, ce qui en fait, à l’exception de son bonnet orange, un clone vestimentaire de l’homme sur scène : Virgil Abloh. Ce dernier jette un coup d’oeil sur son iPhone et répond par un « oui ? » distrait. L’étudiant poursuit : « Première question : est-ce que tu pourrais signer mes sneakers ? Et ma deuxième question… » Abloh l’interrompt : « Si c’est ce que tu veux ? », laissant la question numéro deux à jamais perdue. « Je dois partir dans dix minutes, mais je le fais » – « Maintenant ?! », répète le jeune homme, qui n’en croit pas ses oreilles. « Il faut que tu me les lances, et que je les attrape… » À peine a-t-il terminé sa phrase que la première sneaker atterrit sur scène, ­suivie d’une pluie d’autres chaussures projetées par leurs jeunes propriétaires enthousiastes : Abloh, tel un tennisman face au canon à balles, s’éclate. Les étudiants finissent par se ruer sur la scène pour encercler leur héros, qui conclut cette partie par un « il faudrait filmer ça » ! Faire bouger les foules : Virgil Abloh, 39 ans, semble né pour ça. Que ce soit lors d’une conférence à Harvard ou derrière un pult de DJ, il ne se sent réellement chez lui qu’entouré de cette jeunesse qui l’admire et qui lui offre tant d’inspiration. Mais il est d’abord connu pour savoir faire bouger les lignes comme personne,


OFF-WHITE Créé en 2013, son label Off-White s’est immédiatement ­hissé, avec son célèbre logo aux deux flèches, au rang de marque culte.

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ABLOH  LOUIS VUITTON Pour ses premières créations chez Louis Vuitton, il ­transforme ses mannequins en nuages… visages compris.

FRAÎCHEUR PRINTANIÈRE Virgil Abloh lors de la présentation de la collection Off-White actuelle avec les tops Gigi Hadid, Bella Hadid et Karlie Kloss à Paris.

ABLOH  NIKE Serena Williams et son tutu noir ont créé la sensation lors de l’US Open en 2018. Ci-dessus, le résultat d’une autre ­collaboration fructueuse, cette fois-ci avec Nike.

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Star ou bûcheron ? Avec lui, même une chemise à carreaux devient le summum du cool.


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DJ Flat White aux platines : dans les clubs où il officie jusqu’à 200 soirs par an, Virgil capte l’air du temps comme personne.

DEAN CHALKLEY/EYEVINE/PICTUREDESK.COM, GETTY IMAGES

Sur la route 350 jours par an Aujourd’hui, Virgil Abloh savoure la consécration de son parcours hors normes : le Museum of Contemporary Art de Chicago lui ouvre ses portes, Louis Vuitton fait de lui l’un des premiers designers afro-américains d’une maison de haute couture, les demandes de collaboration pour des grandes marques s’enchaînent (Ikea, Vitra, Nike...) et les stars le célèbrent. Ainsi, Rihanna le décrit comme le GOAT, le Greatest of All Time. ORGANICS 01.20

« ÊTRE DJ M’INSPIRE ÉNORMÉMENT. C’est la nuit que l’on peut vraiment s’éclater. » Faire bouger les lignes… et les foules : DJ ou designer, pour Abloh, c’est le même esprit.

Sur son compte Instagram, Abloh confirme son statut de touche-à-tout : tour à tour designer, artiste, architecte, prof ou DJ, il « pense que la créativité ne doit pas se cantonner à un seul domaine ». Sur la route 350 jours par an, il emporte son bureau partout avec lui (sur son iPhone, pourvu qu’il ait 8 % de batterie). Sa façon de travailler est celle d’un « curateur », un genre de super-commissaire d’expo qui façonne à partir d’œuvres disparates un concept entièrement nouveau ; c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il admire Marcel Duchamp (1887-1968) et son idée « d’un artiste qui saurait lire entre les lignes », comme il

­l’explique aux jeunes de Harvard. Et qui inventerait ses propres règles, comme Abloh a inventé celle « des 3 % » : « Tu prends quelque chose de connu, tu en changes 3 %, et ça donne un truc complètement nouveau. » L’homme bouscule les tendances, aspire l’air du temps pour en casser les codes. Autre dada : mixer… les sets derrière son pseudo de DJ Flat White (200 sets par an). « Ça m’inspire énormément : d’abord parce que c’est la nuit que l’on peut vraiment s’éclater, et puis parce que ça me permet d’y glaner plein d’idées, en observant ce que les gens portent. » Son morceau fétiche ? The Life of Pablo de Kanye West, évidemment. Et le sommeil, dans tout ça ? Quatre heures lui suffisent : « Je peux être fatigué et éveillé en même temps. » Encore cet amour de l’hybride, ­manifestement. Son projet ultime : la virgilization du monde. Vaste chantier pour lequel il est prêt, de temps en temps, à recevoir des chaussures dans la figure. L’univers multiple de Virgil est sur Instagram : @virgilabloh

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VIRGIL ABLOH

lequel il est nominé aux Grammy. Virgil Abloh est conscient de l’importance que le « packaging » et l’image peuvent avoir, en étant à la fois une source d’inspiration et un message. Toutes les époques, tous les âges, sont bons à prendre : la dernière ­collection de Off-White compte ainsi une peinture de l’artiste zurichois Pascal Möhlmann (50 ans). De même, pour son premier projet de mode Pyrex en 2012, Abloh avait utilisé un tableau du Caravage (1571-1610), La Mise au tombeau du Christ.


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Fièvre jaune. Vingt ans ont passé depuis l’apparition de Jennifer Lopez et de sa célèbre robe Versace lors des Grammy Awards. Un événement qui incita Google à créer Google Image. L’imprimé exotique revient chez Versace, cette fois-ci en body et jersey crêpe. CHF 680,– via matchesfashion.com

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ORGANICS 01.20


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Filip Kadlec, patron du Ksar Bar de Munich, nous propose un cocktail acidulé. ORGANICS 01.20

Attention, cette création acidulée signée Filip Kadlec a toutes les chances de devenir LA boisson favorite de l’été 2020 sur les terrasses de cafés et aussi lors de vos barbecues maison. Degré de difficulté : zéro. Rafraîchissement : garanti.

INGRÉDIENTS Glaçons 2 cl limoncello 5 cl prosecco ORGANICS by Red Bull Bitter Lemon Menthe Citron Citron vert

PRÉPARATION Remplir un verre de vin avec des glaçons, y versez le limoncello et le prosecco. Ajoutez ORGANICS by Red Bull Bitter Lemon. Agrémentez de feuilles de menthe fraîche, de rondelles de citron et de citron vert.

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ORGANICS 01.20 MANFRED KLIMEK

Réponse : de l’anguille dans une soupe mousseuse de miso noir, avec du foie. Rencontre avec le grand chef cuisinier Konstantin Filippo

Quel est donc ce plat énigmatique ?

Devinette


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+T E Y L T S L I F E

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KONSTANTIN FILIPPOU

LIFESTYLE+TRENDS

PENSEUR étoile Avec deux étoiles au guide Michelin et une troisième qu’il se verrait bien décrocher, Konstantin Filippou est l’étoile montante de la gastronomie moderne en Autriche. Son credo ? S’entourer des meilleurs ­produits pour n’en tirer que le meilleur. ­Rencontre avec un artiste du goût.

Par Manfred Klimek (texte) et Per-Anders Jörgensen (photos)

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FORTE TÊTE Son père est grec et sa mère de Styrie. Filippou cuisine à Vienne ­depuis le ­milieu des années 2000.


LIFESTYLE+TRENDS

« LE SECRET DE ­FILIPPOU : une cuisine ­moderne, ­créative et ­originale. » Des associations gustatives ­recherchées et épicées savamment orchestrées.

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trisent finalement peu de chefs dans l’espace germanophone. Mais ce qui fait la gloire de Filippou, c’est avant tout cette manière unique qu’il a de combiner des ingrédients de base et de manier les épices. Un talent qui n’a pas échappé aux auteurs du Michelin en 2018, lorsqu’ils décident de le gratifier d’une deuxième étoile. Cette ascension au firmament des étoilés ne semble pas vouloir s’arrêter et nombreux sont les fans qui le pressentent pour une troisième étoile… La plus haute distinction qu’un chef puisse rêver d’épingler sur son uniforme.

Bourgeoisie branchée libérale Mais Filippou ne pense pas qu’en ­cuisine. Avec sa tignasse de philosophe fou et son statut de cuistot préféré de la bourgeoisie branchée et libérale de Vienne, Filippou est en quelque sorte un pur produit de son époque et de sa génération : celle que l’on appelle la « génération X » et dont l’enfance a été marquée par l’effondrement du communisme, le triomphe du capitalisme et enfin l’émergence d’un nouveau système de valeurs autour du développement durable. Une nouvelle éthique de consommation propre à sa génération et dont il se fait le meilleur porte-parole. Car la clientèle de Konstantin Filippou ne vient pas ­seulement faire honneur à la finesse de ses plats : elle partage également les mêmes valeurs que ce natif des montagnes de Styrie, en Autriche. Une cuisine moderne, créative et ­originale – le tout avec des produits simples mais d’excellente qualité. Un art de la « f ine bouche » que maî-

Une délicatesse minimaliste, dont la finesse se révèle à la dégustation : carpe salée, caviar iranien.

« C’est quoi, ça ? » « C’est une carpe salée au caviar. » « Je vois plutôt une crème grise dans l’assiette. Où se cache la carpe ? » « Je me suis inspiré de la morue séchée à la portugaise : une salaison légère d’une semaine, puis un trempage de deux jours pour libérer la carpe du sel. Elle mijote ensuite dans un mélange de thym, de citron et de pommes de terre, arrosé de Noilly Prat et de bouillon de poisson. Après cela, la carpe est séparée des pommes de terre, coupée en tout petits morceaux, alors que les pommes de terre sont ORGANICS 01.20

MANFRED KLIMEK

KONSTANTIN FILIPPOU

C

’est une boule de nerfs et d’énergie que j’ai en face de moi : fermement cramponné aux accoudoirs de son fauteuil comme s’il allait décoller d’une minute à l’autre, Konstantin Filippou laisse vagabonder son regard et le flot de ses (très nombreuses) pensées, laissant régulièrement à la traîne le pauvre interlocuteur que je suis. C’est qu’il en faut, de la concentration, pour suivre le chef Filippou : à 39 ans, ce double-étoile du petit livre rouge est connu et célébré pour ses créations aussi originales qu’élaborées qu’il fait jaillir d’un cerveau en constante ébullition.


LIFESTYLE+TRENDS

KONSTANTIN FILIPPOU

PÊCHE FRAÎCHE Photo tirée du livre de cuisine épique Konstantin Filippou, qui, comme son auteur, est ­entièrement vêtu de noir.

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pressées en purée. J’ajoute un peu d’huile d’olive, j’assaisonne et place le tout dans ma bombe à chantilly : le résultat, c’est cette crème mousseuse que tu vois devant toi. Une petite cuillère de caviar iranien pour parfaire la composition, et voilà ! »

la qualité qui se retrouve aujourd’hui dans sa démarche ­culinaire : ne ­s’entourer que des m ­ eilleurs produits et n’en tirer que le meilleur.

KONSTANTIN FILIPPOU

Suivre les saisons Les unions orchestrées par ce « maître ès fusion », aussi innovantes qu’envoûtantes, sont également le résultat de très nombreuses tentatives. Une quête incessante qui oblige Konstantin Filippou, suivant la tradition des grands chefs triple-étoilés, à ne changer sa carte que quatre fois par an, toujours selon la saisonnalité des produits. Autre règle d’or d’un grand chef moderne : sa préférence pour les produits régionaux. Une régionalité comprise au sens large (on pense au caviar iranien), tant que prime la qualité : pour preuve, ces superbes langoustes qu’il se fait livrer directement des côtes dalmates par un pêcheur croate. « Elles sont encore vivantes quand on ouvre le coffre. » Avec son physique de rugbyman et sa chevelure noire de jais, Konstantin Filippou affiche avec fierté ses origines méridionales : fruit des amours d’un Grec et d’une Autrichienne, il grandit dans la jolie ville de Graz, en Styrie, où il recueille ses premiers souvenirs gastronomiques. Ses parents sont en effet ­passionnés de bonne cuisine et ­n’hésitent pas à trimbaler les gamins sur des kilomètres pour aller tester les tables réputées de la région. En Autriche, il s’initie aux Tafelspitz (sorte de pot-au-feu) et autres Backhendl (morceaux de poulets panés). Et pendant les vacances en Grèce, il découvre les petits restaurants des bords de mer et les délicieux « retours de pêche » d’une ­fraîcheur inégalée. C’est cet éveil à

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L’art selon Filippou : anguille, soupe de Miso noir, foie, croûtons, tête de porc finement hachée.

« Oh, c’est joli. C’est quoi ? » « C’est de l’anguille, dans une soupe mousseuse de Miso noir avec un peu de foie. J’ai mis un petit morceau d’anguille fumée dans la soupe, avec des petits croûtons faits de lard de porc mangalitza (une race hongroise de porc laineux, ndlr) grillé. En plus des morceaux d’anguille, j’ai ajouté de la tête de veau finement hachée. Tout cela donne un mélange de saveurs douces et fumées qui s’harmonisent à merveille. »

Le règlement en cuisine Les créations de Filippou sont aussi extravagantes que sa formation est classique : trois ans d’apprentissage à l’école hôtelière et dans un hôtelrestaurant de Filzmoos. Des années durant lesquelles il apprend non ­seulement les bases du métier en ­cuisine, mais également, lorsque débarquent par exemple soixante clients d’un coup, la résistance au stress. Aujourd’hui, dans son restaurant, il ne dépasse pas 45 couverts. Situé dans une rue peu fréquentée du

centre-ville de Vienne, son établissement porte sobrement le nom de son propriétaire et fondateur : Konstantin ­Filippou. Juste à côté, le maître des lieux a ouvert, il y a trois ans, un petit bistro au jeu de mots évocateur « O ­ boufés », qui vient compléter la capacité d’accueil avec une petite trentaine de places. Pour servir les clients des deux enseignes, un total de (seulement) neuf cuistots. Cette équipe très restreinte est à l’image de la carte : 15 à 17 plats tout au plus. Une fois son apprentissage terminé, Filippou part le compléter hors des frontières autrichiennes, dans les cuisines de grands restaurants français et londoniens. Une école salutaire mais impitoyable, car dans le milieu de la grande gastronomie, un jeune débutant est avant tout corvéable à merci… Une ambiance que Filippou n’a pas souhaité reproduire dans son établissement, en laissant à ses employés le temps et l’espace de montrer leur potentiel. Mais « ils ont trois mois pour faire leurs preuves », tempère-­ t-il. De même, Filippou déteste le ­gaspillage : gare à celui qui jette les aliments sans aucune considération. Quand Filippou s’installe enfin à Vienne – c’était il y a plus de quinze ans – les premiers succès ne se font pas attendre : un poste de chef dans un très bon restaurant italien lui vaut la toute première étoile de sa carrière. À l’époque, les chefs étoilés ne sont pas nombreux à Vienne, et Filippou, devenu du jour au lendemain le plus jeune chef décoré de la capitale autrichienne, attire immédiatement l’attention du public et des médias locaux et internationaux. C’est le début de la gloire, avec une première émission de télé, suivie d’une deuxième. Dans la rue, on le reconnaît : il devient le visage d’une Vienne éclairée qui s’ouvre de plus en plus à l’excellence gastronomique. ORGANICS 01.20

MANFRED KLIMEK, PHILIPP HORAK

LIFESTYLE+TRENDS


SES PARENTS SONT PASSIONNÉS DE BONNE CUISINE ET ­font des kilomètres avec les gamins pour aller tester les tables réputées de la région. La familiarisation avec l’univers culinaire a débuté dans ses jeunes années. À l’époque déjà, la qualité devait primer.


KONSTANTIN FILIPPOU

LES CRÉATIONS À gauche : « Maquereau. Raifort. Pomme. » À droite : « Bouillon. Pied de porc. Truffe du Périgord. »

LE CHEF EN LIGNE DE MIRE Filippou dans sa cuisine souterraine du bistro « O boufés » dans le centre de Vienne. Capacité : 25 à 30 places.

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ORGANICS 01.20


LIFESTYLE+TRENDS

L’importance du détail : saumon écossais, soupe de poisson au safran, chou-rave, caviar de truite et l’huile de Shiso.

GERHARD WASSERBAUER, MANFRED KLIMEK

Un lancement improbable L’entretien se poursuit, et je remarque que Konstantin Filippou a décidément beaucoup de mal à ­rester en place : il se lève pour téléphoner, se rassoit, avant de disparaître en cuisine quelques minutes. Il avoue lui-même être constamment sur la brèche, à l’affût d’un nouveau projet, d’une nouvelle idée. À l’image de son restaurant, qu’il ne cesse de transformer ici et là. Chez Filippou, rien n’est figé, et pourtant tout, absolument tout, doit tendre vers un certain degré ORGANICS 01.20

QUAND LES BANQUES NE CROIENT PLUS EN LUI, sa famille et ses proches le soutiennent.

KONSTANTIN FILIPPOU

« Oh, un saumon. Ce n’est pas très local, ça ! » « Certes, mais ce n’est pas n’importe quel saumon : celui-là nous vient du Loch Duart, un petit élevage indépendant perdu dans un coin sauvage de l’Écosse. Il est présenté dans une soupe au safran, accompagné de chourave mariné dans une sauce aigre, de caviar de truite et d’un peu d’huile de Shiso. » « De schizo ? » « Rien à voir avec de la schizophrénie : cette huile provient des pépins de la pérille, une plante aromatique que l’on appelle aussi basilic japonais, et qui est utilisée au Japon depuis des siècles. »

de p ­ erfection : jusqu’à la décoration de son établissement dont il s’occupe personnellement en écumant les galeries d’art pour choisir les œuvres qu’il voudra voir accrochées aux murs. Son restaurant, d’ailleurs, a bien failli ne jamais voir le jour : peu avant l’ouverture, sa banque lui fait brusquement faux bond. « À l’époque, personne ne croyait qu’un restaurant qui ne proposait qu’une petite dizaine de plats ­pouvait ­marcher. Le risk manager est intervenu et a stoppé tous les ­crédits. » Une situation ­périlleuse qui aurait dû normalement l’obliger à tout ­arrêter. Mais ses fournisseurs lui font confiance, et Filippou parvient à régler ses dettes avec les premières rentrées d’argent. Parallèlement, tous ses proches mettent la main à la pâte. « Ma mère a peint les radiateurs, se souvient-il en riant, d’autres m’ont donné des vieux meubles de récup’… Sans ces aides, jamais je n’aurais pu ouvrir mon ­restaurant. » Quand je lui demande si son ­prochain projet se profile déjà, Konstantin Filippou se met à grattouiller machinalement l’accoudoir de son fauteuil. « J’aimerais ouvrir un vrai resto grec, un lieu où l’on ­servirait de la cuisine grecque ­traditionnelle, mais d’un très haut niveau. » Ici ou ailleurs ? « Londres, ça me ­tenterait bien », répond-il, le regard évasif et rêveur…

Il s’en est fallu de peu que le risk manager ne fasse obstacle à l’ouverture du restaurant de Filippou.

Le monumental livre de cuisine ­intitulé Konstantin Filippou (352 pages, plus de 80 recettes) chez CSV-Verlag (disponible en allemand et en anglais). csv.at

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LIFESTYLE+TRENDS

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1. LE KUNSTMUSEUM, APPENZELL 2

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5 étapes ARCHI POINTUES 5

ARCHITECTURE

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Cinq joyaux de l’architecture contemporaine en Suisse, sélectionnés et présentés par Andreas Ruby, directeur du Musée Suisse d’Architecture. Par Wolfgang Wieser

2. LES THERMES, VALS 4. LE ROLEX LEARNING CENTER, LAUSANNE

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URS BAUMANN/HEINRICH GEBERT KULTURSTIFTUNG APPENZELL, GLOBAL IMAGE CREATION/ 7132 HOTEL VALS, EPFL/JAMANI CAILLET, MEG/B. GLAUSER, PICTUREDESK

ARCHITECTURE

5. LE MUSÉE D’ETHNOGRAPHIE, GENÈVE

ORGANICS 01.20 3. LE CHALET MONTE ROSA, ZERMATT

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LIFESTYLE+TRENDS

ARCHITECTURE

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écrire l’architecture suisse en une phrase ? ­Impossible pour Andreas Ruby. Le directeur du prestigieux ­Musée Suisse d’Architecture (S AM) de Bâle n’a pourtant aucune difficulté à déceler les particularités des Français : « Chez eux, l’élégance est primordiale et se retrouve aussi bien dans l’architecture que dans la mode ou la cuisine » ; des Allemands : « Une architecture pragmatique qui allie la forme à la fonction, mais dans un angle plus bureaucratique » ; et de leurs collègues autrichiens, qui « restent très attachés à la dimension sculpturale de l’architecture ».

Une diversité qui ne se laisse pas résumer Mais comment décrirait-il l’architecture suisse ? Andreas Ruby aurait tant à dire, si multiple et hétéroclite est la scène architecturale de la Confédération. Une scène qui se veut davantage régionale que nationale : « Zurich est la ville des constructions de logements, Bâle tient énormément à son potentiel philanthropique, ­Genève se vit comme une ville ­cosmopolite, Lausanne comme une ville étudiante », explique l’Allemand ­originaire de Dresde. Né en 1966, Ruby a étudié l’histoire de l’art à Cologne, Paris et New York, fondé les éditions Ruby Press, spécialisées dans l’architecture, et enseigné la théorie de l’architecture à Graz (Autriche), Paris et New York… avant de devenir directeur du S AM en 2016. Il existe pourtant, selon lui,

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LE KUNSTMUSEUM, APPENZELL

Bardage en acier chromé Les douze pièces sont inspirées de l’œuvre des peintres Carl August Liner et Carl Walter Liner. Le duo zurichois Annette ­Gigon et Mike Guyer ont habillé la façade d’un bardage en acier chromé qui rappelle celui utilisé dans l’habitat traditionnel de la région.

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URS BAUMANN/HEINRICH GEBERT KULTURSTIFTUNG APPENZELL(2), PHILIPP MÜRDTER, GLOBAL IMAGE CREATION/7132 HOTEL VALS (2)

2 LES THERMES, VALS

Tout un symbole

Fleuron emblématique de l’architecture suisse, selon Andreas Ruby : les thermes de Vals, de Peter Zumthor, qui a choisi pour son chef-d’œuvre le quartzite, une roche de la région.

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ARCHITECTURE

LIFESTYLE+TRENDS

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3 LE CHALET MONTE ROSA, ZERMATT

High tech en altitude

PICTUREDESK.COM

Des étudiants de la ETH de Zurich sont à l’origine de ce chalet à l’esthétique résolument futuriste, tant à ­l’extérieur avec ses panneaux solaires, qu’à l’intérieur avec des capteurs de chaleur, et un système de r­ écupération des eaux. Seul b ­ émol : il faut y grimper.


ARCHITECTURE

LIFESTYLE+TRENDS

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LE ROLEX LEARNING CENTER, LAUSANNE

Un bâtiment… à croquer

Certes, cet ovni architectural n’a pas été conçu par des Suisses mais par des ­architectes japonais… qui avaient ­certainement un sens de l’humour aiguisé : vu du ciel, le bâtiment ressemble à un ­emmental géant.

« UN KALÉIDOSCOPE, VOILÀ QUI RÉSUME L’ARCHITECTURE SUISSE : de multiples images qui s’assemblent pour n’en créer plus qu’une. » Andreas Ruby, directeur du Musée Suisse d’Architecture

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LIFESTYLE+TRENDS

un trait commun qui se retrouve dans toute la création architecturale suisse : « C ’est le professionnalisme des métiers du bâtiment et l’importance donnée au travail bien fait. Une question d’honneur pour les artisans, sans quoi ils auraient mauvaise conscience ». Parfaite illustration de cette recherche de l’excellence : le Kunstmuseum à Appenzell et sa façade en bardage de tôle en acier chromé, passée au sablage. Un musée original dont l’esthétique fait écho à celle des façades en bardeaux, typiques de l’habitat traditionnel de la région, et dont la toiture « accidentée » rappelle le relief des montagnes environnantes. Ce bâtiment, conçu par les architectes zurichois Annette Gigon et Mike Guyer, est « important car il a un véritable langage qui s’appuie sur un corpus traditionnel ».

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LE MUSÉE D’ETHNOGRAPHIE, ­GENÈVE

EPFL/JAMANI CAILLET (2), NICOLE ZERMATTEN/VILLE DE GENÈVE(2), MEG/B. GLAUSER, GRABER PULVER ARCHITEKTEN

Tissage de métal

Voilà une façade qui ne passe pas inaperçue : imaginée par les architectes Marco Graber et Thomas Pulver, elle recouvre le bâtiment comme une membrane métallique, un tapis au tissage suffisamment aéré pour laisser passer la lumière.

Mais au-delà de toutes les différences, n’y a-t-il pas un bâtiment qui puisse symboliser à lui seul l’architecture suisse dans sa globalité ? Andreas Ruby n’hésite pas une seconde avant de trancher : Vals. Il pense évidemment aux thermes de Vals, conçus par Peter Zumthor. « C ’est une architecture à laquelle la plupart des Suisses peuvent ­s’identifier. » Pourquoi ? « Parce que c’est une récurrence en Suisse – construire une habitation dans la roche, à m ­ oitié enserrée dans la terre, avec l’omniprésence de l’élément aquatique, la plus importante ressource naturelle du pays. » Le directeur du S AM parvient finalement à résumer l’architecture de son nouveau pays d’adoption par cette phrase qui illustre, pour lui, toute sa particularité : « L’architecture suisse est comme un kaléidoscope : de multiples images qui s’assemblent pour en créer une seule. » Expositions actuelles sur l’architecture suisse : sam.basel.org

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ARCHITECTURE

Les thermes de l’identité


LIFESTYLE+TRENDS

Une base solide. Le jackpot de la chaussure parce qu’elle est belle et confortable : des sandales à plateforme (avec semelle moulée) en sergé et en maille avec des cristaux étincelants. Par See by Chloé. CHF 375,– via zalando.ch

Bon boulot. Inspirée des vêtements de travail avec sa touche frenchy et sa toile en coton double-face, la veste Mishiguene est le résultat d’une collaboration A.P.C. × Carhartt. CHF 331,– via endclothing.com

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RETOUR VERS LE FUTUR Vous aimez le classique ? Avec ses plis en accordéon et ses combinaisons de couleurs qui se déclinent à l’infini, le Trunk de Marni reste décidément un must pour les années, voire les décennies à venir. CHF 1 665,– via matchesfashion.com

Le charme rétro d’un passé qui a de l’avenir.

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La loi du silence. Le casque Noise Cancelling Headphones 700 de chez Bose séduit non seulement par la clarté du son mais aussi par sa fonctionnalité axée sur la communication. Moderne et pratique. CHF 469,95. bose.ch

Nostalgie, nostalgie. Quand la technologie d’aujourd’hui rencontre celle d’hier : le modèle AW6 d’Elago est un étui pour Airpods… déguisé sous de faux airs de iPod. CHF 13,–. elago.com

ORGANICS 01.20


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DOUCEUR ESTIVALE

Originaire de Carinthie, Mario Hofferer est un excellent barman et le chef de l’agence MH CocktailEntertainment. ORGANICS 01.20

Avec son entreprise internationale spécialisée dans les cocktails, Hofferer crée des boissons exquises et uniques. Les visiteurs de son « laboratoire de cuisine liquide » mobile peuvent expérimentez eux-mêmes de nouvelles recettes. mario-hofferer.com

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PRÉPARATION Remplir un verre à cocktail de glaçons. Ajoutez la vodka au citron et le jus de citron, ainsi que le ORGANICS by Red Bull Viva Mate. Égayez avec une rondelle de citron et des feuilles de menthe fraîche.

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HORS DU COMMUN theredbulletin.com

RICARDO NASCIMENTO / RED BULL CONTENT POOL


LA PETITE HISTOIRE

« Je ne sais que très peu de choses sur la naissance de mon fils » Nous avons demandé à l’écrivaine suisse Michèle Roten une petite histoire sur ces « instants qui changent une vie ». Le résultat nous a bluffés. Un texte sur la naissance, l’hypnose et la force de nos souvenirs. Par Michèle Roten (texte) et Pablo Amargo (illustrations)

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LA PETITE HISTOIRE

MICHÉLE ROTEN

J

e ne sais que très peu de choses

Ce que je sais : mon fils fut accouché le 2 avril

sur la n ­ aissance de mon fils.

2011 à 11 h 37. Mais pas grâce à moi. Moi, j’étais un

Mais peut-être devrais-je

tas de chair humaine amorphe, gisant éventré

­préciser ce que j’entends par

sur une table d’opération. Ne servant absolument

« savoir ». Ce que je « sais » (en

à rien, du moins dès l’instant, jour pour jour, où

sachant évidemment toute la

le cordon ombilical, qui avait maintenu mon fils

­subjectivité du terme), c’est

en vie dix mois durant, fut tranché. « Maintenu

d’abord ce dont je me souviens –

en vie », enfin… tant bien que mal : j’avais appris

assez peu, donc. Mais ce « savoir »

la veille lors de l’échographie que mon placenta

me vient aussi de ce qui est écrit dans mon dos-

ne f­ onctionnait plus correctement depuis deux

sier médical – même si je n’en garde aucun souve-

semaines, que mon fils avait perdu du poids,

nir. C’est la combinaison de ces deux sources

et qu’il ne me restait presque plus de liquide

d’informations qui a tissé la fine et très lacunaire

amniotique. Il fallait donc déclencher l’accouche-

toile de mes souvenirs autour de la naissance

ment de toute urgence. Le temps de filer chez

de mon (unique) enfant. Une toile trop mince et

moi en scooter pour emporter quelques affaires

trop fragile pour couvrir comme il se doit un

et avaler une assiette de pâtes avec le père de

événement d’une telle i­ mportance.

mon enfant, et nous voilà tous les deux au rendez-vous, à 20 h 30, devant l’hôpital.

Il paraît que l’hypnose peut m’aider : c’est ce que j’ai lu et ce que me confirme Madame B. Elle me

Une sage-femme un peu revêche nous accueille

décrit ce que nous allons faire, et me parle

et me donne aussitôt 25 milligrammes de

d’ondes alpha, bêta, thêta et autres, elle me parle

­Misoprostol, un médicament que l’on utilise

aussi d’un iceberg (celui qui symbolise notre

aussi pour les avortements et qui favorise les

conscient et notre subconscient). Les nombreux

contractions et l’ouverture du col de l’utérus.

diplômes et certificats accrochés au mur, l’im-

Les accouchements provoqués sont pires que

pression résolument maternelle qui émane de

les naturels, ai-je souvent entendu dire. Qu’im-

cette femme en même temps que la patiente

porte : si pénible soit-il, j’y survivrai bien. La sage-

et sensible discussion que nous venons d’avoir :

femme me tend des formulaires à remplir – des

tout cela me met en confiance. Pourtant, je suis

formulaires où il faut écrire le nom de l­ ’enfant

un peu nerveuse : peut-être parce que je vais

qui n’est pas encore né. Ce qui est évidemment

enfin en savoir un peu plus. Et parce que j’ai

hors de question pour les néo-hippies citadins

peur de mal faire quelque chose, peur de ne pas

que nous sommes : on attend de voir l’enfant

être « hypnotisable », peur que ça ne marche pas.

pour lui donner un nom qui lui va – pas l’inverse.

Nous sommes dans son ­cabinet de consultation,

Mais la dame insiste. Nous aussi : n’a-t-on pas

au rez-de-chaussée de sa maison. Je règle mon

le droit d’attendre deux semaines après la nais-

fauteuil dans une position mi-couchée, mi-assise,

sance pour nommer l’enfant ? Non, non, impos-

qui donne l’impression de flotter, je sens la

sible. Il lui faut un nom. Résignés, nous lui en

­chaleur de la couverture chauffante dans mon

donnons un : ce sera donc Eduard.

dos. Voilà la mère assaillie de questions qui

114

Eduard, en ce moment, est encore conforta-

se retranche à présent dans un univers chaud

blement installé – enfin, aussi confortablement

et réconfortant – comme dans un u ­ térus.

qu’on peut l’être quand on est à moitié mort de ORGANICS 01.20


LA PETITE HISTOIRE

faim – dans mon ventre et ne se doute pas une seconde qu’il va bientôt en être expulsé.

­centième de seconde, pourquoi. Que fait ce bébé dans une salle d’opération ? Comme c’est inapproprié, peu professionnel. Jusqu’à ce que je

Lors d’un accouchement spontané, ce sont les

me rende compte qu’il s’agit du mien. Eduard.

hormones libérées par l’enfant qui déclenchent

Quelques i­ nstants plus tard, on me le présente :

la naissance : mon fils, lui, ne pourra pas jouer

je ne reconnais rien, je vois qu’il a des petits bou-

ce rôle. Nous nous installons dans ma chambre

tons sur le nez, je veux le ­toucher, sa tête est si

d’hôpital, et à 3 h 15 du matin, alors que mes

petite, mais j’ai peur d’arracher les tuyaux qui

contractions sont encore irrégulières, je vais

sont accrochés à mes bras. Je touche sa tête, puis

voir les infirmières. On me donne du « Buscopan,

il disparaît. Je commence à pleurer, sans trop

du Tramal Supp (un de chaque) » et je retourne

savoir pourquoi, puis je m’endors.

me c­ oucher. Puis à 7 heures pile, à nouveau :

Ce dont je ne sais rien, c’est ce qu’il s’est passé le 2 avril 2011 entre 7 heures et 11 h 37 préci-

de plus en plus fortes. » À partir de là, le proces-

sément. Mes souvenirs autour de la naissance

sus est enclenché – et se termine quatre heures

de mon fils sont davantage des bribes éparses,

et demie plus tard par l’intervention du duo

des flashs, des images confuses, il n’y a pas de

« Zakharova, Schmid », deux médecins qui vont

sentiments, de bruits ou d’odeurs. Plutôt de très

mettre mon enfant au monde.

courts instants de lucidité. Ce moment c­ rucial

Ce que je sais de ce moment : il y a ce petit

MICHÉLE ROTEN

« La patiente se présente avec des contractions

de ma vie, unique (car je n’aurai sans doute pas

cri faible, plaintif et triste d’un bébé dans la salle

de deuxième enfant), déterminant, bouleversant

d’opération, et je me demande, l’espace d’un

et tellement intéressant, ce moment fut, pour ma part, jeté directement aux oubliettes. Lorsque mon enfant vint au monde, j’étais là, sans être vraiment là. Mon fils, et une cicatrice juste au-dessus des poils pubiens : voilà les deux souvenirs qu’il me reste de cet événement. Pourtant, je m’étais fait une joie de cette ­naissance : pas tant pour le plaisir de découvrir mon enfant que pour celui de vivre une intense expérience physique. J’ai envie de pouvoir ­expérimenter tout ce que l’on peut expérimenter avec un corps qui fonctionne et la douleur ne me fait pas vraiment peur. J’ai une grande confiance dans mon corps et dans l’évolution, dans l’humanité et dans la médecine également. La seule chose que j’appréhende, c’est la détresse psychique. Pour moi, sentir grandir un petit être dans mon ventre fut la chose la plus excitante que j’ai pu vivre. Et l’accouchement représentait, en toute logique, l’apothéose de cette aventure. Je savais que mon corps était capable d’accomplir

ORGANICS 01.20

115


LA PETITE HISTOIRE

de grandes choses, et j’en suis encore plus convaincue depuis que mon fils est là. Quand il se met à paniquer sur le mur d’escalade à cinq mètres du sol, mon corps est capable de grimper jusqu’à lui en quelques secondes et de le porter jusqu’à terre. Quand il tombe du lit la nuit, mon corps parvient immédiatement à s’extirper du sommeil le plus profond pour courir le consoler. Alors forcément, je n’avais aucun doute sur ma capacité à surmonter un accouchement. Jusqu’à ce que j’échoue.

plus calme. Nous descendons des escaliers, je

MICHÉLE ROTEN

prends même une fois l’ascenseur. Et toujours Ce scénario de mon accouchement, ce « pas

cette question qui revient, de savoir si je suis

grand chose, pas grand chose, attention danger,

­vraiment sous hypnose. Madame B. m’a bien rap-

césarienne », je l’ai accepté dès le début : il me

pelé au début que c’était parfaitement normal,

paraît en effet difficile, dans un tel moment, de

qu’il n’y avait rien que je puisse « mal » faire. Elle

remettre en question les conseils du p ­ ersonnel

me demande maintenant de m’imaginer face à

médical. Mais après quelque temps, sans doute

un long couloir avec des portes de chaque côté.

après cette première phase intensive où l’on est

D’ouvrir celle qui me tente et de lui dire ce qu’il

entièrement accaparée par le bébé, le fait d’avoir

y a derrière. Je ne suis tentée par aucune de

« loupé » mon accouchement a commencé à me

ces portes. Bon, j’en ouvre une au hasard : rien.

déranger. « Cela vous rend triste, de ne pas vous

Déçue par le manque d’imagination de mon

souvenir ? », me demande Madame B. J’hésite.

subconscient, je décide d’en ouvrir une autre.

Non, ça me met en colère. Ça m’énerve. Je sais

Même déconvenue. Madame B. me dit alors

bien que Madame B. préfèrerait que son aide soit

d’imaginer que sur les portes sont inscrites les

sollicitée pour résoudre une émotion comme

années qui remontent jusqu’à 2011. Je sais que

le deuil ou la tristesse, au lieu d’assouvir une

c’est ma conscience qui est à l’œuvre à cet instant,

furieuse curiosité. Mais c’est le fait de ne pas pou-

que c’est elle qui me fournit les images. Suis-je

voir accéder à ces souvenirs qui me met hors de

sous hypnose ? Me voilà revenue en 2011, chez

moi. Parce que je sais qu’ils existent, j’étais là.

moi, juste avant de partir pour l­ ’accouchement.

Mon cerveau, mon corps, tout était là. C’est ça

« Que ressentez-vous ? Comment décririez-­vous

qui me rend folle : j’étais là, mais je ne sais plus

cette joie d’accueillir bientôt un enfant ? »

rien. Ce n’est pas que je sois triste : enfin, c’est

Je ressens de la joie, évidemment, mais elle

triste, oui, mais je ne le suis pas. Enfin, c’est ce

n’a rien à voir avec le bébé.

que je crois. « Avez-vous mauvaise conscience ? »

Après tout, je ne sais pas ce que c’est, d’avoir

Tiens, je ne m’étais jamais posé la question.

un enfant, je n’en ai même aucune idée, je n’es-

Non. Enfin, c’est ce que je crois.

père absolument rien, tout est à écrire, tout est encore à venir, c’est pour cela qu’il m’est impos-

116

Madame B. commence donc à m’hypnotiser :

sible de m’en réjouir, à cet i­ nstant. Par contre,

exercices de respiration, visualisations, une

je suis heureuse que quelque chose se passe.

­descente, de plus en plus profonde, de plus en

Quelque chose que je vais pouvoir vivre. ORGANICS 01.20


LA PETITE HISTOIRE

Je dois ensuite refaire dans ma tête le chemin jusqu’à l’hôpital, l’accueil, le déclenchement de

de contractions anormales, avant une césarienne ou un retournement de fœtus ».

l’accouchement, puis passer à l’image suivante,

Une image me vient à présent à l’esprit :

qui m’apparaît clairement devant les yeux. Pen-

on me dit que le petit a des décélérations irrégu-

dant que je saute ainsi de souvenir en souvenir,

lières, c’est-à-dire une chute du rythme car-

Madame B. me tapote régulièrement sur le front

diaque. Qu’il faudrait tenter une ­péridurale, afin

en demandant à mon subconscient de relier, de

de détendre mon bassin. Je donne mon accord. Je

connecter, d’étoffer ces souvenirs. La première

ne suis pas inquiète, ni pour moi, ni pour Eduard.

image : je suis sur le lit de la salle d’accouchement,

J’ai plutôt l’impression d’être dans une pièce de

allongée sur le côté, avec mes contractions. Je me

théâtre où tout le monde connaît son texte par

sens fatiguée, comme jamais je n’ai été fatiguée

cœur et où je suis la seule à devoir improviser.

dans ma vie, inerte, sans une once d’énergie.

C’est à eux de me dire comment faire pour bien jouer mon rôle.

Ce que je ne sais pas : comment suis-je arrivée Je suis à présent dans un état de relâchement

intraveineuse une dose de 1 000 ml de Ri-Lac.

tel qu’il m’est impossible de dire dans quelle

Comment, à 8 heures, je suis allée aux toilettes.

position je me trouve : suis-je allongée ? Assise ?

Comment, à 8 h 05, on m’a administré une dose

En lévitation ? Ça tangue. J’ai le sentiment d’avoir

de 2 ml de Gynipral Bolus par intraveineuse.

une tête énorme par rapport au reste du corps,

Petit extrait de la notice : le Gynipral est un inhi-

atrophié. Madame B. me lance une injonction,

biteur de contractions, utilisé pendant l’accou-

mais je n’écoute pas, trop concentrée sur ces

chement dans les situations à haut risque,

impressions. Je redemande, comme une enfant :

« comme par exemple dans les cas d’asphyxie

pardon, qu’est-ce que je dois faire ? Continuer

intra-utérine, de descente du c­ ordon ombilical,

à descendre les escaliers. Cinq pas. 5, 4, 3, 2, 1,

MICHÉLE ROTEN

dans cette salle ? Comment à 7 h 45, j’ai reçu par

ça y est, je suis parvenue au fin fond de mon subconscient. Image suivante : je suis assise tout au bord du lit et ­l’anesthésiste désinfecte l’endroit qu’il va piquer. Alors qu’il est en train d’enfoncer l’aiguille du coté de ma moelle épinière, je lui demande ce qu’il se passe si jamais je bouge pendant une contraction. Aucun souvenir de sa réponse. Ni de la piqûre. Est-ce que ça m’a fait mal ? Est-ce que j’avais peur ? Je me retrouve ensuite allongée, avec une jambe droite qui ne cesse de tomber, et une jambe gauche que je sens encore parfaitement. D’après le rapport médical, il est alors 9 heures du matin. Ce que je ne sais plus : j’ai des écoulements « ­sanguins et visqueux » sur le coup de 9 h 45. ORGANICS 01.20

117


LA PETITE HISTOIRE

On me pose un cathéter. Puis à 10 h 05, il est noté : « Bas de contension. Décélérations moyennes à chaque contraction, contractions toutes les deux minutes. Dose d’oxygène. Info AM + MC. Col de l’utérus : 5 centimètres. » Encore une image : il y a tout à coup une foule de p ­ ersonnes autour de moi, au moins quatre sages-femmes et infirmières, et des médecins que je n’ai jamais vus avant (AM = Assistante Médicale et MC = Médecin Chef). On m’explique que mon enfant ne va pas bien et qu’on envisage donc une césarienne. Okay. Ça ne m’étonne pas. C’est comme si c’était prévu depuis le début –

MICHÈLE ROTEN

sauf que je ne le savais pas encore. « 10 h 34 : la patiente est informée de l’éventualité de la césarienne. » « 10 h 40 : la patiente accepte la césarienne. »

passé, connaître ma propre histoire, la vérité. Je veux me souvenir. À ce stade de la consultation, je plonge dans

« 10 h 50 : arrivée de l’anesthésiste. »

le sommeil. Enfin, je crois, parce que Madame B.,

« 11 heures : admission salle OP. »

qui est paraît-il capable de voir si quelqu’un dort vraiment ou pas, me dit que je n’ai pas

Comment j’ai atterri en salle d’opération : aucune

­vraiment dormi. Bref, il y a cette phase dont

idée. Je sais seulement que je me retrouve là,

je ne me souviens plus. Ça semble être une

avec un rideau vert posé devant moi. Un senti-

­habitude chez moi.

ment resurgit, vague : il y a quelque chose de drôle. Je me mets à rire – pourquoi ? Je ne sais

Elle me demande ensuite de revenir à l’opéra-

plus. Cette opération a décidément un côté un

tion, à ce sentiment de voir mon fils pour la

peu brutal : ça secoue, ça frotte. Et tout à coup,

­première fois, de le tenir, de l’accueillir. De le

un cri : Eduard. On me le montre, il disparaît,

­sentir. Mais il n’y a pas d’odeur. Pas de sentiment.

je pleure, et ne reviens ­véritablement à moi que

Il n’y a rien. Je ne peux pas le tenir, je ne le vois

vers 21 heures. Une note dans le rapport de

pas vraiment. Je ne le connais pas. Je ne sais

­l’infirmière : « Extrêmement fatiguée jusqu’à

pas qui c’est. Puis il repart. Et moi aussi. Je suis

21 heures, comme vidée, puis réveil progressif. »

de plus en plus frustrée : cette hypnose ne sert ­vraiment à rien. Je le savais, de toute façon, que

118

Madame B. me propose maintenant de lui

ça ne marcherait pas. Me voilà dans ce ­cabinet,

décrire la n ­ aissance. De m’imaginer comment

les yeux fermés, à essayer de toutes mes forces.

cela aurait pu se passer, de m’inspirer de ce

Les réponses, les images, les projections,

qu’ont pu me raconter des amies pour créer une

tout cela vient de moi, d’un « moi » rationnel

nouvelle expérience. J’essaie, mais ça ne marche

et ­familier.

pas. Et je remarque que ce n’est pas ce que je

Je remarque alors que ma tête hypertro-

veux : moi, je veux savoir ce qui s’est vraiment

phiée, hypnotisée, se couvre soudain de larmes. ORGANICS 01.20


LA PETITE HISTOIRE

Cela fait tellement longtemps que je n’avais plus

Je me love dans ce petit nid tout chaud pour

pleuré. Quelque chose que j’ai oublié, dans ma

accueillir mon fils avec tous les s­ entiments que

vie d’adulte. Et voilà que je pleure, en silence,

j’éprouve pour lui. Et je pleure, je pleure à n’en

de grosses larmes de tristesse. Je n’ai jamais pu

plus pouvoir.

accueillir mon fils, il est apparu d’un coup dans ma vie, et nous avons commencé notre vie à

Quelques heures plus tard, c’est du moins l’im-

deux. Nous avons appris à nous connaître et j’ai

pression que j’ai, Madame B. me fait revenir à la

vu peu à peu que c’était exactement l’enfant

surface. Ce sentiment qui est venu vers la fin,

qu’il me fallait. Que nous allions bien ensemble.

qui fut si surprenant, intensif, cathartique, elle

Que la vie est plus belle avec lui.

l’a ancré en moi et il me suffit de plier le pouce de ma main gauche pour le faire resurgir. Bon, ça ne marche pas. Mais ce n’est pas grave : en

tré un bébé, un bébé que j’ai pu effleurer de la

­sortant de son cabinet, toute retournée, je l’en-

main, avant de plonger dans un long et profond

tends me dire qu’il ne faut pas que je sois déçue

sommeil. Et de redécouvrir cet enfant. Si petit.

si les résultats ne sont pas venus aujourd’hui,

Un garçon dont on avait écrit : « Poids insuffisant,

ils viendront peut-être plus tard, demain ou

retard de croissance, microcéphalie. » Tous les

dans un mois. Je constate, à mon étonnement,

vêtements que l’hôpital m’avait prêtés étaient

que je m’en fiche : je n’en sais pas davantage,

trop grands. Il dut subir un électroencéphalo-

mais je me sens mieux.

MICHÈLE ROTEN

Le 2 avril 2011 à 11 h 37, on m’a simplement mon-

gramme, un examen d’urine – qui aboutirent à la conclusion qu’il était tout simplement né petit. Ce qui n’était pas vraiment étonnant, le placenta, ayant cessé de fonctionner vers la fin. D’ailleurs, pour quelle raison ? On ne le saura jamais : le placenta fut jeté après la césarienne. Encore une q ­ uestion sans réponse. J’entends la voix de Madame B., dont le ton est devenu plus ferme : « Vous allez maintenant modifier ces souvenirs. Vous avez maintenant le droit d’accueillir Edi comme vous le souhaitez. Il sort du ventre, il crie, on vous l’apporte. Que souhaitez-vous faire ? » Je supplie mon sub­ conscient de jouer le jeu. Et en effet, il y a cette pensée qui m’apparaît clairement : je veux le voir, le voir vraiment. Pas allongée, non : assise. Ce que je fais. Dans cette position, je peux v ­ raiment le TOM HALLER

tenir, c’est si bon, j’agis, je ne suis plus passive. Il est là, je suis là. Je veux le serrer dans mes bras, fourrer mon visage dans le creux de son cou comme j’adore le faire encore aujourd’hui. ORGANICS 01.20

MICHÈLE ROTEN, née en 1979 à Tann (canton de Zurich) est journaliste, écrivaine et propriétaire d’une boutique de fripes exclusives à Zurich. Ses deux livres, Wie Frau sein (2011) et Wie ­Mutter sein (2013) démontent avec humour et pertinence les clichés des rôles féminins. Son nouveau livre paraîtra cet automne. echtzeit.ch

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MENTIONS LÉGALES IDÉE & DÉVELOPPEMENT Robert Hohensinn

ÉDITEUR & DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Andreas Kornhofer

RÉDACTEUR EN CHEF Andreas Rottenschlager

MANAGING DIRECTEUR Stefan Ebner

RÉDACTEUR EN CHEF THE RED BULLETIN Alexander Macheck

PUBLISHING MANAGEMENT Sara Varming (Dir.), Ivona Glibusic, Meike Koch, Bernhard Schmied, Melissa Stutz

DIRECTEUR CRÉATIF Erik Turek DIRECTRICE ARTISTIQUE Marion Bernert-Thomann DIRECTRICE DE LA PHOTO Eva Kerschbaum DIRECTRICE ADJOINTE DE LA PHOTO Marion Batty DIRECTEUR DE LA PHOTO Rudi Übelhör RESPONSABLE DU TEXTE Andreas Wollinger RESPONSABLE DE LA PRODUCTION Marion Lukas-Wildmann

MENTIONS LÉGALES

ÉQUIPE DE RÉDACTION Pierre-Henri Camy, Peter Flax, Christine Vitel, Wolfgang Wieser GRAPHISTES Martina de ­Carvalho-Hutter, Kevin Goll, Carita Najewitz CONTRIBUTIONS Raffael Fritz, Louise Hennings, Manfred Klimek, Sabrina Luttenberger, Mariella Reithoffer, Michèle Roten, Rüdiger Sturm TRADUCTION Claire Schieffer SECRÉTARIAT DE RÉDACTION Lucie Donzé DIRECTEUR CRÉATIF EXÉCUTIF Markus Kietreiber DESIGN COMMERCIAL Peter Knehtl (Dir.), Sasha Bunch, Simone Fischer, Martina Maier, Florian Solly CO-PUBLISHING Susanne Degn-Pfleger et Elisabeth Staber (Dir.), Mathias Blaha, Raffael Fritz, Thomas ­Hammerschmied, Marlene Hinterleitner, ­Valentina Pierer, Mariella Reithoffer, Verena Schörkhuber, Sara Wonka, Julia Bianca Zmek, Edith Zöchling-Marchart DIRECTEUR DES VENTES MÉDIAS & PARTENARIATS Lukas Scharmbacher MANAGEMENT DES VENTES Alfred Vrej Minassian (Dir.), Thomas Hutterer, Stefanie Krallinger VENTES MÉDIAS Franz Fellner, Christopher Miesbauer, Nicole Okasek-Lang, Britta Pucher, Jennifer Sabejew, Johannes Wahrmann-Schär, Ellen Wittmann-Sochor, Sabine Zölß, Kristina Krizmanic (assistante) anzeigen@at.redbulletin.com ANNONCES Manuela Brandstätter, Monika Spitaler

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B2B-MARKETING & COMMUNICATION Katrin Sigl (Dir.), Alexandra Ita, Teresa Kronreif, Stefan Portenkirchner FABRICATION Veronika Felder PRODUCTION Friedrich Indich, Walter O. Sádaba, Sabine Wessig TRAITEMENT DE LA PHOTO Clemens Ragotzky (Dir.), Claudia Heis, Sandra Meiko Krutz, Nenad Isailovic, Josef Mühlbacher OPÉRATIONS Alexander Peham, Yvonne Tremmel INFORMATIQUE Christoph Kocsisek, Michael Thaler ASSISTANTE DU MANAGEMENT GÉNÉRAL Patricia Höreth FINANCES Julian Bartik, Johannes Hadler, Klaus Pleninger ABONNEMENTS ET DISTRIBUTION Peter Schiffer (Dir.), Nicole Glaser (distribution), Victoria Schwärzler, Yoldaş Yarar (abonnements) SIÈGE DE LA RÉDACTION Heinrich-Collin-Straße 1, 1140 Vienne, Autriche Téléphone : +43 1 90221-28800 Fax : +43 1 90221-28809 redaktion@at.redbulletin.com www.redbulletin.com DIRECTION GÉNÉRALE Red Bull Media House GmbH Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, 5071 Wals bei Salzburg, Autriche FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 DIRECTEURS GÉNÉRAUX Dietrich Mateschitz, Dietmar Otti, Christopher Reindl, Marcus Weber IMPRESSION Imprimerie Berger Ferdinand Berger & Söhne GmbH Wiener Straße 80, 3580 Horn, Autriche AUTORISATION SELON L’ARTICLE § 25 DE LA LOI SUR LES MÉDIAS Les informations sur le propriétaire du média sont consultables sur : www.redbulletin.at/impressum

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LIFE TIME STORY

PAUL NEWMAN

La Rolex Cosmograph Daytona Paul Newman, 1968, Valeur : 17,8 millions de dollars

Le Saint Graal ­l’acteur et pilote américain Spécialement conçue pour jusque dans les années 80, les sports mécaniques, cette avant de disparaître Rolex Daytona connut un ­mystérieusement. La Paul destin bien particulier : en Newman de Paul Newman 1968, Joanne Woodward en réapparaît subitement lors achète un exemplaire pour d’une vente aux enchères en son cher époux, l’acteur 2017, à New York. ExplicaPaul ­Newman, alors qu’il s’apprête à piloter des voitions du miracle : Newman l’avait donnée en 1984 au tures de course pour le petit ami de sa fille Nell, tournage du film Virages. Paul Newman avec sa Rolex, le 26 avril 1981 James Cox. Celui-ci la Sur le dos du cadran, elle lors du Grand Prix LA Times/Toyota, conserva précieusement fait graver ces mots : “Drive sur le circuit Riverside, en Californie. pendant toutes ces années, Carefully Me”. avant de se décider à la Rapidement, cette vendre aux enchères. Un morceau de légende qui montre devient l’une des plus célèbres du monde. battit en douze minutes de surenchères le record Elle finira même par porter le nom de son plus illustre ambassadeur. Élégante avec ses trois de la montre-­bracelet la plus chère du monde : cadrans noirs, et d’une précision légendaire, la 17,8 millions de dollars, dont une partie fut Daytona Paul Newman restera au poignet de reversée à la fondation Nell Newman.

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HENRY LEUTWYLER, GETTY IMAGES

La montre de Paul Newman : retour d’une légende disparue.


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