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La Paroles Des Concerne.e.s : Raeq

La Paroles Des Concerne.e.s : Raeq

Je m’appelle Raeq et j’ai 22 ans. Je suis né à Herat et j’ai vécu là bas jusqu’à mes 15 ans, j’ai fait une vie de paysan, on cultivait et on avait des animaux. Je m’amuse souvent en pensant que j’ai vu plusieurs capitales d’Europe et du Moyen Orient mais je n’ai vu Kabul qu’une seule fois et pour quelques heures.

Après mes 15 ans je suis parti, pour des raisons que je ne veux pas évoquer. J’ai passé trois ans en Iran et deux ans et demi en Turquie, après je suis revenu en Afghanistan pour quelques mois, pour ensuite repartir définitivement.

            En Iran j’ai fait beaucoup de boulots très durs, par exemple j’étais forgeron. On travaille dans des températures énormes, c’est très difficile. Puis j’ai été aussi maçon dans les chantiers, ce genre de travaux. À l’époque d’être parti pour l’Iran me paraissait déjà énorme, mais par rapport au voyage jusqu’à l’Europe c’est rien.

            Après la Turquie je suis rentré en Afghanistan pour sept mois, puis je suis parti. En une vingtaine de jours j’ai traversé l’Iran, puis la Turquie et je suis arrivé en Grèce. J’ai traversé la Grèce, la Macédonie, le Kosovo, le Monténégro, la Bosnie, la Croatie, la Slovénie, l’Italie et finalement je suis arrivé en France. J’ai été rattrapé par la police plein de fois, mais la pire a été avec la police Grecque, la première fois qu’on est arrivé en Europe. Quand ils nous ont pris, ils ont pris nos téléphones, notre argent et ils nous ont frappés très fort dans le dos, ils ont laissé des traces partout. Après ils nous ramené en Turquie. Cette rencontre avec la police était la pire, non seulement parce que ils ont été très violents avec nous, mais aussi parce que quand t’es renvoyé en Turquie tu ne sais pas si tu pourras rentrer vraiment. Toutes les autres frontières ne sont pas comme ça : si t’es pris en Croatie et renvoyé en Bosnie tu peux toujours re-essayer, par exemple, avec la Grèce tu ne sais pas.

Herat, sa ville de naissance

            J’ai eu la chance de voyager toujours avec un ami. Nous nous sommes dit, quand on était en Turquie : « il faut choisir un lieu où on veut arriver ». On a décidé pour la France. Mon ami m’a dit : « soit j’arrive en France, soit je rentre en Afghanistan ». Moi j’ai repondu : « soit la France, soit la mort ». Maintenant on est encore en contacte mais j’attends d’être sûr d’avoir les papier pour le revoir, il n’habite pas à Paris.

            En plus de la police, quand on voyage on ne peut faire confiance à personne. Tout le monde pourrait appeler la police, ça nous est arrivé plusieurs fois, par exemple en Slovénie, en Macédonie… Parfois les personnes sont directement agressives contre nous, comme si on était des criminels ou moins qu’humains. Une fois ça nous est arrivé en Grèce d’être agressés.

            Nous nous étions caché dans une forêt pour la journée, en attendant la nuit, mais nous n’avions pas assez de nourriture. Nous sommes tombés sur une église où il y avait une source d’eau et nous nous sommes arrêté pour boire. Nous avons rencontré un conducteur de taxi qui passait là devant. Il nous a demandé où nous allions et on a dit « Thessalonique ». Il a dû envoyer un message à quelqu’un, parce que un autre taxi est arrivé et ils ont commencé à nous agresser. Alors on s’est enfuit dans la forêt, mais on est tombés. Ils nous ont rejoint, ils ont pris des branches et ils ont commencé à nous frapper. Ils nous ont donné qu’un seul coup parce que alors qu’ils préparaient le deuxième ils ont dû voire quelque chose, un loup, une fauve je ne sais pas. Ils se sont arrêtés et on est partis en courant. Après on est arrivés à Thessalonique et on est repartis tout de suite pour la Macédonie.

            Heureusement les personnes ne sont pas toutes comme ça. Ici en France, par exemple, j’ai rencontré une fois une personne sénégalaise à porte de la Chapelle. Il m’a demandé ce dont j’avais besoin, comment ça allait, il a vu que je n’avais rien, peu de vêtements et pas de bouffe. Il m’a donné rendez-vous pour le jour d’après, mais je ne croyais pas qu’il serait revenu. Alors quand je l’ai revu c’était une grande surprise ! Il m’a amené acheter des habits, on a mangé ensemble. Vraiment ça a été quelque chose de grand.

            Je pense qu’en générale, tout ce voyage a été une expérience incroyable, très forte. Quand tu te retrouves plusieurs fois à avoir peur de mourir, que tu passes des mois à te cacher, à mal manger, à voyager à pieds, c’est vraiment quelque chose d’énorme, c’est difficile de le faire comprendre. Moi ça me rend heureux juste d’être vivant maintenant.

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