SOMMAIRE 1
Le programme Maha (Make America Healty Again)
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Promettre plus pour dépenser moins
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3 Une politique globale qui vise la recherche scientifique dans son ensemble 7 4 Conclusion : une bataille idéologique et un risque de contagion
Biographie de l’auteur François Perl est conseiller à l’Institut Emile Vandervelde.
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Introduction Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, Donald Trump a fait de la santé publique un champ d’expérimentation politique inédit. La nomination de Robert F. Kennedy Jr. à la tête du département fédéral de la Santé et des Services sociaux (HHS) était déjà un signe en soi. Figure paradoxale de la vie politique américaine, dernier héritier du mythe Kennedy, il capitalise sur un nom chargé de mémoire tout en défendant des positions souvent radicales et marginales. Longtemps engagé dans des causes environnementales, il s’est progressivement fait connaître surtout pour ses discours anti-vaccins et ses théories complotistes tout en se rapprochant du Parti Libertarien. Candidat indépendant à la présidentielle de 2024, il joue sur le registre du populisme sanitaire et de la méfiance envers les institutions tout en prenant des positions invalides sur le plan scientifique. A son initiative, le HHS a lancé le programme « Make America Healthy Again » (MAHA). En apparence, il s’agit d’une croisade contre les maladies chroniques, la malbouffe et les conflits d’intérêts de Big Pharma. En réalité, MAHA incarne une nouvelle étape du populisme : un populisme sanitaire qui combine méfiance visà-vis de la science, discours anti-élites et coupes budgétaires massives dans les institutions de santé publique. Ce texte a été publié dans le n°131 de la revue Politique.
1 Le programme Maha1 (Make America Healty Again) Le programme MAHA2, publié le 9 septembre 2025, se présente comme une refondation complète de la santé américaine. Ses porte-voix expliquent qu’il s’agit enfin de s’attaquer aux “vraies causes” des problèmes de santé : • • • • •
l’augmentation des maladies chroniques, la malbouffe omniprésente, l’exposition quotidienne à des produits toxiques, le manque de transparence des institutions, et même certaines pratiques médicales considérées comme “excessives”, comme les prescriptions psychiatriques pour enfants, le calendrier vaccinal ou la dépendance aux médicaments.
Dit autrement, MAHA prétend remettre à zéro les priorités de la santé publique. Kennedy Jr. insiste sur le fait que son programme serait disruptif, une rupture nécessaire avec ce qu’il appelle “l’État captif des lobbies”. Le discours est habile : il parle au vécu très concret d’une grande partie de la population. On y retrouve : • • • •
des parents inquiets face à l’explosion de l’obésité infantile, des citoyens qui ne font plus confiance à Big Pharma, des travailleurs exposés à des produits toxiques, et plus largement une Amérique qui doute de la parole scientifique.
MAHA promet donc une santé « plus naturelle », purifiée : sans toxines, sans mensonges, sans élites qui “cacheraient la vérité”. Derrière cette façade séduisante, le caractère profondément populiste du programme saute aux yeux. Comme tout populisme, MAHA se construit sur une division très nette : d’un côté “le peuple”, de l’autre “les élites corrompues”. Ici, les élites sont incarnées par : • les scientifiques, • les agences fédérales, • les industries pharmaceutiques et agroalimentaires, • et plus généralement toute institution qui produit des normes ou des recommandations de santé.
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MAHA – The White House
2 Le plan de Robert Kennedy Jr pour « rendre sa santé à l’Amérique » épargne les aliments gras, salés et sucrés, omniprésents aux EtatsUnis
Cette logique repose sur plusieurs patterns typiques du populisme : • La dénonciation de la tromperie : les institutions seraient complices d’intérêts privés et auraient échoué à protéger la population. On alimente l’idée que “tout est truqué”. • La mise en cause de l’expertise : les données officielles sont décrédibilisées. En parallèle, on met en avant des sources “alternatives”, souvent fragiles, mais présentées comme plus honnêtes ou plus proches des citoyens. • La promesse de pureté : on promet un retour à une santé “authentique” : une alimentation saine, la protection des enfants, une médecine débarrassée des médicaments “toxiques”. C’est un récit moral autant qu’un récit sanitaire. • La personnalisation extrême : Trump joue le rôle du leader qui rompt avec le système ; Kennedy Jr. celui du “révélateur de vérité”, dénonçant une science “corrompue” et prétendant défendre la santé du peuple contre les élites. C’est Un discours qui fonctionne… parce qu’il mélange vrai et faux. La force du programme MAHA est de partir de constats réels et légitimes : • • •
les maladies chroniques sont une épidémie, la malbouffe est un problème majeur, les conflits d’intérêts existent bel et bien dans la recherche biomédicale.
Mais ces constats sont ensuite entremêlés avec des thèses complotistes, notamment : • • •
des doutes infondés sur les vaccins, des liens exagérés ou faux entre additifs alimentaires et maladies, l’idée que toute la science institutionnelle serait manipulée.
Ce mélange crée une défiance massive envers la science, et séduit une partie de la population qui se sent abandonnée par les élites médicales, politiques et économiques. C’est en cela que MAHA devient plus qu’un programme de santé : c’est une stratégie politique qui transforme la santé publique en champ de bataille idéologique.
2 Promettre plus pour dépenser moins Là où le projet prend une tournure encore plus inquiétante, c’est dans la politique budgétaire. Sous couvert de réformer la santé, l’administration Trump-Kennedy affaiblit ses piliers : La brutalité du définancement se mesure particulièrement dans certains domaines emblématiques. La recherche sur le cancer est l’une des premières victimes. Le National Cancer Institute (NCI) subit une baisse de 37 % de son financement, et l’ensemble des National Institutes of Health (NIH) voit ses moyens amputés d’environ 40 %. Les associations de cancérologues n’ont cessé d’alerter sur les conséquences dramatiques de ces coupes : essais cliniques annulés, recherches interrompues, retards dans l’innovation thérapeutique. Là où l’espoir reposait sur des avancées rapides, notamment grâce aux thérapies ciblées et à l’immunothérapie, c’est désormais l’incertitude qui domine, avec un impact direct pour des milliers de patients. Le champ de la vaccination n’est pas épargné. Les financements destinés aux technologies vaccinales de pointe sont réduits. Plus encore, les États-Unis se retirent de l’alliance internationale Gavi, qui assurait la distribution de vaccins essentiels dans les pays à faible revenu. Des millions d’enfants se voient ainsi privés de vaccins de base. La prévention, cœur de la santé publique moderne, est également sacrifiée. Le département prévention du CDC, doté de 1,4 milliard USD en 2024, est purement et simplement supprimé. Cette division jouait un rôle crucial dans la surveillance des épidémies et des maladies chroniques. Elle constituait un socle scientifique et opérationnel accumulé sur plusieurs décennies. En prétendant s’attaquer aux s’attaquer aux « causes profondes » de la mauvaise santé américaine, MAHA détruit précisément les outils qui permettaient d’agir en amont. Enfin, la réorganisation du Department of Health and Human Services (HHS) illustre l’ampleur de la purge. Ses effectifs passent de 82 000 à 62 000 employés en quelques mois. Cette saignée affaiblit considérablement la capacité de réponse aux crises sanitaires et détruit une expertise accumulée depuis des décennies.
3 Une politique globale qui vise scientifique dans son ensemble
la
recherche
L’offensive contre la science menée par le Trumpisme ne vise pas que le domaine dans la santé. Dans les couloirs des universités américaines, dans les laboratoires où l’on croyait que l’avenir se construisait avec patience et méthode, règne désormais une forme de sidération. Dans les équipes de recherche fondamentale, on voit des jeunes doctorants renoncer à leur projet, partir en Europe ou en Asie, faute de perspectives. C’est une fuite des cerveaux inversée : ce ne sont plus les États-Unis qui attirent, mais qui repoussent. Trump ne s’en cache pas : pour lui, la science coûte cher, parle un langage qui n’est pas celui du « vrai peuple », et défie trop souvent ses vérités politiques. Déjà, en 2017, il avait érigé les climatologues en ennemis, réduit l’EPA à une coquille fragile, muselé les épidémiologistes. De retour en 2025, il pousse la logique jusqu’au bout : les chercheurs deviennent des cibles idéologiques. Les sciences sociales, les études de genre, la recherche sur les inégalités raciales sont dénoncées comme « woke » et donc inutiles. La NSF3, l’agence fédérale chargée du financement de la recherche fondamentale, est priée de se recentrer sur ce qui est immédiatement rentable. Cette politique n’est pas neutre : elle est profondément idéologique. Elle dit que la vérité scientifique n’a pas à freiner le business des énergies fossiles, ni à troubler la narration complotiste d’un président qui se vit en héraut du bon sens contre les élites. Elle traduit aussi un rapport de force : l’alliance assumée entre la MaisonBlanche, les lobbys pétroliers et les cercles libertariens qui rêvent d’un État réduit à sa plus simple expression. Les effets se font déjà sentir. Les États-Unis, longtemps première puissance scientifique mondiale, perdent leur avance dans des secteurs stratégiques. L’intelligence artificielle se développe à marche forcée en Chine, les biotechnologies trouvent refuge en Europe. En s’attaquant au financement de la recherche, Trump ne fait pas qu’affaiblir des laboratoires. Il retire aux citoyens des outils pour comprendre le monde, prévoir les crises, inventer des solutions collectives. C’est une offensive contre la connaissance comme bien commun. Elle illustre une fracture plus large : entre un pouvoir qui cherche à réduire la complexité du réel à des slogans, et une société qui a besoin de cette complexité pour survivre, face au changement climatique, aux pandémies, aux bouleversements technologiques.
3 National Science Founation
4 Conclusion : une bataille idéologique et un risque de contagion La politique de santé que promeuvent Trump et RFK Jr. transpose directement dles thèses libertariennes : réduire drastiquement le rôle de l’État, couper dans les financements publics, et laisser le marché ou le libre choix individuel réguler l’accès aux soins. L’idée de fond est que la santé relève d’une responsabilité personnelle plutôt que d’un droit garanti collectivement. En pratique, cela affaiblit la santé publique, creuse les inégalités et met en péril la prévention, des choix typiquement libertariens qui privilégient la liberté économique immédiate au détriment de la solidarité sanitaire. MAHA traduit une logique politique plus qu’une stratégie de santé publique : affaiblir l’État fédéral, instrumentaliser la défiance, flatter l’angoisse sanitaire. Et les conséquences sont prévisibles. Si elles se concrétisent, ces politiques auront des effets tangibles : • Retard de la recherche sur le cancer et perte de savoir-faire scientifique. • Augmentation des diagnostics tardifs, donc des décès évitables. • Résurgence de maladies infectieuses contrôlées par la vaccination. • Inégalités accrues : les populations pauvres, dépendantes des programmes publics, seront les plus touchées. • Érosion de la confiance dans les institutions, alimentant un cercle vicieux de désinformation et de complotisme. MAHA n’est pas un plan de santé mais une bataille culturelle. Après l’immigration et les armes, la santé devient un nouveau champ de polarisation. Ce populisme sanitaire répond à une demande légitime de justice et de transparence, mais il l’exploite pour délégitimer la science, fragiliser l’État social et fracturer la société. En réalité, il affaiblit son système immunitaire collectif : recherche, vaccination, prévention. Et l’Europe ? Elle n’est pas à l’abri. Les slogans voyagent vite. Après le « Make America Great Again », pourquoi pas un « Make Europe Healthy Again » ? Le discours vit déjà chez certains responsables politiques en Belgique comme Alexia Bertrand, l’ancienne Ministre du Budget et actuelle cheffe du groupe Open-VLD à la Chambre qui affirme qu’on pourrait réduire de 25 % les dépenses de santé « pour obtenir la même résultat »4. Ce discours flatte l’opinion en période de restrictions, mais il relève de la même illusion : croire qu’on peut affaiblir l’investissement public sans conséquence humaine. Or l’expérience américaine est claire : l’austérité appliquée à la santé ne produit ni efficacité ni justice, mais plus d’inégalités et une dégradation de la situation sanitaire.
4 Alexia Bertrand: "On peut faire des gains d'efficience dans les soins de santé" | L'Echo