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SOMMAIRE Introduction 1
Etat des lieux de l’immersion linguistique en fédération Wallonie-Bruxelles 1.1 1.2
2
Comment faire évoluer l’offre ? 2.1 2.2 2.3 2.4
3
Chiffres-clés Cadre légal et réglementaire de l’enseignement en immersion
Accroître l’accessibilité à l’ensemble des publics Améliorer les projets Soutenir et accompagner les membres du personnel Mieux superviser les projets en immersion
Conclusion
1
1 1 2
3 3 4 4 5
5
Introduction L'immersion linguistique est une méthode d'enseignement des langues qui vise à plonger les apprenants dans un environnement où la langue cible est utilisée de manière intensive et naturelle. Contrairement aux approches plus traditionnelles qui se concentrent sur l'enseignement explicite de règles grammaticales et de vocabulaire, l'immersion privilégie l'exposition constante à la langue dans des contextes authentiques.
Dans un cadre d'immersion, les apprenants sont entourés de locuteurs natifs de la langue qu'ils cherchent à acquérir. Cela peut se produire dans des situations éducatives (programmes d'enseignement dans des écoles bilingues ou des cours de langues en immersion) comme dans des contextes plus informels (séjours à l'étranger, échanges culturels). L'immersion linguistique n'est pas seulement centrée sur l'acquisition de compétences linguistiques : elle englobe également une compréhension plus approfondie de la culture associée à la langue. Les apprenants sont exposés aux coutumes, aux traditions, et aux aspects sociaux de la communauté linguistique, contribuant ainsi à une expérience éducative plus holistique. Enfin, elle a des effets positifs marqués sur les apprentissages cognitifs. L'apprentissage d'une langue dans un contexte pratique stimule en effet la mémoire, l'attention et la flexibilité mentale. Le contexte belge est particulièrement propice à l’éclosion d’un enseignement en immersion linguistique. L’existence de trois communautés linguistiques crée une nécessité accrue en matière de compétences linguistiques, en particulier dans un cadre professionnel. De plus, la position de la Belgique en tant que siège d'institutions européennes et internationales attire de nombreux profils internationaux qui choisissent de s’établir chez nous. Ceci crée un cadre idéal pour un enseignement en immersion, favorisant non seulement l'acquisition de compétences linguistiques, mais également la compréhension approfondie des cultures associées à chaque langue.
Dans ce contexte, la présente analyse propose de dresser un état des lieux de l’immersion linguistique en Belgique francophone et de mettre en avant certaines pistes d’amélioration de l’offre. Elle se base sur les « Etats Généraux de l’immersion » qui se sont tenus cette année au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles1, 15 ans après l’entrée en vigueur du décret relatif à l’enseignement en immersion linguistique, donnant ainsi la parole à de nombreux acteurs de l’enseignement.
1 Etat des lieux de l’immersion linguistique en fédération Wallonie-Bruxelles 1.1
Chiffres-clés
Durant l’année scolaire 2021-2022, 194 écoles fondamentales ordinaires (sur 1.945) et 125 écoles secondaires ordinaires (sur 509) qui organisaient un enseignement en immersion, pour un total de 40.642 élèves concernés (20.749 élèves dans le primaire et le fondamental, 19.893 dans le secondaire). Sur les 194 écoles primaires et fondamentales ordinaires organisant un enseignement en immersion : • 126 avaient comme langue-cible le néerlandais ; • 58 l’anglais ; • 6 l’allemand ; • 3 le néerlandais et l’anglais ; • 1 le néerlandais et l’allemand. --------------------------------------------------------------------------------------------------------------1 L’ensemble des auditions sont disponibles sur le site du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Sous-commission de
l'Éducation sur les états généraux de l'immersion, URL. État de la question 2023 - IEV • 1
Sur les 125 écoles secondaires ordinaires organisant un enseignement en immersion : • 63 avaient comme langue-cible le néerlandais ; • 40 l’anglais ; • 5 l’allemand ; • 13 le néerlandais et l’anglais ; • 2 le néerlandais et l’allemand ; • 1 le néerlandais, l’anglais et l’allemand ; • 1 organisait la double immersion néerlandais-anglais.
1.2 Cadre légal et réglementaire de l’enseignement en immersion L’enseignement en immersion est régi par le décret relatif à l’enseignement en immersion linguistique du 11 mai 2007. Il fixe l’organisation de l’apprentissage par immersion de la maternelle au secondaire, les conditions d’organisation, les titres requis pour les membres du personnel. Il institue également l’organe d’observation et d’accompagnement de l’apprentissage par immersion. Il est défini comme « L’apprentissage par immersion une procédure pédagogique visant à assurer la
maitrise des compétences attendues en assurant une partie des cours et des activités pédagogiques de la grille horaire dans une langue moderne autre que le français en vue de l’acquisition progressive de cette autre langue. ». L’objectif de l’immersion est la maîtrise des attendus inscrits dans les référentiels. Les langues dans lesquelles l’immersion peut être organisées sont le néerlandais, l’anglais et l’allemand ainsi que le langage des signes. Jusqu’à récemment, un élève ne pouvait suivre l’immersion que dans une langue. Toutefois, le décret portant dispositions diverses aux fins de permettre l'apprentissage de deux langues par immersion dès la première année de l'enseignement secondaire ordinaire et spécialisé, adopté en octobre 2022, a modifié ces dispositions en permettant l’apprentissage par immersion dans deux langues, et ce dès la première année de l’enseignement secondaire. Il en résulte que l’immersion de la langue moderne 1 dans le maternel, dans le primaire et le secondaire : • Quand l’apprentissage par immersion est organisé et suivi dans une seule langue moderne, ce doit être la langue moderne 1. A partir de la 4ième, l’immersion peut se faire en langue moderne I ou II ; •
Quand l’apprentissage par immersion est organisé et suivi dans deux langues, l’une d’elles est la langue moderne I.
Les écoles peuvent choisir le nombre de classes dévolues à l’immersion. Lorsqu’elle organise l’immersion, une école doit pouvoir l’offrir sur un cycle cohérent par rapport aux points d’entrée dans l’apprentissage en immersion - par exemple : 3e maternelle jusque 6e primaire, 1ere secondaire jusque 6e secondaire. Des collaborations entre écoles peuvent être élaborées pour répondre à ces critères. Dans l’enseignement fondamental, les écoles organisant l’immersion doivent se situer dans une fourchette horaire. Cette fourchette horaire est de : • 8 à 21 périodes de la 3ème maternelle à la 2ème primaire ; • 8 à 18 périodes de la 3ème à la 6ème primaire ; • 12 à 18 périodes de la 3ème à la 6ème primaire pour les élèves ayant entamé l’immersion en 3ème primaire.
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Dans l’enseignement secondaire, les écoles organisant l’immersion doivent se situer dans une fourchette horaire (entre 8 et 13 périodes). Si l’immersion est suivie dans deux langues, la partie consacrée à l’apprentissage en immersion couvre au moins 8 périodes et au plus 12 périodes par langue concernée, sans pouvoir dépasser au total les deux tiers des périodes d’enseignement inscrites à la grille-horaire des élèves. Les établissements bénéficient d’une large liberté d’organisation en ce qui concerne les disciplines visées par l’immersion : • Dans l’enseignement fondamental, à l’exception des cours de morale et de religion, tous les cours peuvent être organisés dans la langue d’immersion. • Au 1er degré de l’enseignement secondaire, les cours de français, de formation mathématique, de religion et de morale ne peuvent pas être dispensés dans la langue d’immersion. • Aux 2ième et 3ième degrés, seuls les cours de religion et morale ne peuvent pas être donnés dans la langue de l’immersion. Plusieurs points d’entrée dans le parcours immersif sont prévus par le code et le décret « immersion ». Notons qu’un pouvoir organisateur peut inscrire un élève également (i) si l’un des parents de l’élève a pour langue maternelle la langue d’immersion, (ii) si l’élève est issu d’une école où il suivait la même langue immersive ou (iii) s’il est issu d’une école dont la langue d’enseignement est la même que la langue immersive. L’inscription d’un élève dans l’apprentissage d’immersion ne peut être soumise à aucune sélection préalable. La poursuite d’un parcours immersif entre le fondamental et le secondaire est favorisée. L’année passée, 6.584 élèves ont déclaré leur volonté de s’inscrire en 1ère année commune immersion. Parmi eux, 1.345 élèves avaient suivi un enseignement en immersion en primaire et plus de 5.000 débutaient l’immersion en première secondaire. Enfin, les évaluations externes certificatives (CEB, CE1D, CESS)2 ainsi que les évaluations externes non certificatives élaborées par la Fédération Wallonie-Bruxelles sont exclusivement rédigées en français. Les évaluations sommatives peuvent être organisées dans la langue de l'immersion en ce qui concerne les disciplines faisant l'objet d'un apprentissage par immersion.
2 Comment faire évoluer l’offre ? Entre janvier 2023 et aujourd’hui, un large panel d’acteurs a été auditionné : enseignants, directeurs d’école, Délégué Général aux Droits de l’Enfant, académiciens, représentants des syndicats, des fédérations de Pouvoirs Organisateurs, des associations de parents, administration de l’Enseignement, Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE). Même si les dernières auditions se tiendront en janvier 2024, on peut déjà extraire quelques enseignements utiles.
2.1 Accroître l’accessibilité à l’ensemble des publics Même s’il n’existe aucun prérequis pour y accéder, les filières d’immersion sont principalement fréquentées par des enfants issus de milieux favorisés. Ainsi, les chiffres de l’administration générale de l’Enseignement indiquent que l’indice socio-économiques (ISE)3 des implantations proposant un programme immersif est bien plus élevé que celles n’en proposant pas. Ainsi, en moyenne, les implantations du niveau d’enseignement fondamental organisant un projet d’immersion ont un ISE dixneuf fois supérieur à celui des implantations traditionnelles. Pour l’enseignement supérieur, l’ISE est --------------------------------------------------------------------------------------------------------------Les évaluations externes certificatives sont des épreuves externes communes liées à l’octroi d’un certificat : le certificat d’études de base (CEB), l’épreuve certificative externe commune au terme de la troisième étape du continuum pédagogique (CE1D), l'épreuve certificative externe commune au terme de l’enseignement secondaire supérieur (CESS). 3 L’indice socio-économique est la valeur attribuée au quartier (secteur statistique) dans lequel l’élève est domicilié. Cet indice est calculé annuellement en tenant compte de critères tels que les revenus, les niveaux des diplômes, les activités professionnelles, les taux de chômage, d’activité et de bénéficiaires d’une aide sociale. 2
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sept fois supérieur4. Il convient dès lors de s’interroger sur la manière d’encourager une plus grande diversité. Pour y parvenir, plusieurs acteurs ont recommandé de renforcer l’information vis-à-vis de l’immersion. De nouveaux projets d’immersion devraient pouvoir s’ouvrir à d’autres publics, notamment dans l’enseignement qualifiant. Tout en veillant à la liberté pédagogique des écoles, cela pourrait être réalisé en établissant des partenariats avec des écoles situées dans des quartiers défavorisés et en mettant en place des programmes de sensibilisation ciblés, en veillant à informer tous les parents et élèves sur les avantages de l'immersion linguistique. En intégrant l'immersion linguistique dans des contextes éducatifs variés et en mettant en place des mesures d'accessibilité, il est possible de démocratiser cet enseignement et d'offrir ses avantages à un public plus large, contribuant ainsi à réduire les disparités socio-économiques dans l'accès à cette approche éducative enrichissante.
2.2 Améliorer les projets Les défenseurs de l’immersion proposent, afin de soutenir les élèves et afin de mieux valoriser cette filière, d’apporter des modifications importantes. Celles-ci devront prendre en compte certains grands principes de notre système scolaire. Sans favoriser une filière au détriment d’une autre et en préservant le caractère accessible à toutes et tous. Les intervenants ont unanimement pointé l’importance du travail collaboratif entre les enseignants pour une bonne mise en place d’un projet immersif. Les enseignants des cours visés par l’immersion ont pour objectif que les compétences disciplinaires soient acquises. Il ne leur revient pas d’apprendre aux élèves la langue-cible. Afin de pouvoir se concentrer sur la matière, une bonne articulation doit intervenir avec le professeur de langue pour qu’il puisse au préalable apprendre aux élèves le vocabulaire nécessaire. Ainsi, les équipes éducatives doivent être formées à ce travail collaboratif. Pour y parvenir, le développement d’outils spécifiques ainsi que le renforcement du soutien par les conseillers pédagogiques paraissent indispensables. Des auditions est également ressortie la nécessité d’organiser les épreuves certificatives en langue cible. Cette proposition ne fait toutefois pas l’unanimité. En effet, il ressort des auditions que la disparité des projets immersifs et les difficultés sous-jacentes à la traduction des épreuves pourraient remettre en question l’équité des élèves face à ces épreuves. Une alternative acceptable serait de permettre aux élèves de répondre dans la langue-cible. Pour valoriser l’immersion linguistique, plusieurs intervenants ont proposé de remettre un diplôme spécifique aux élèves ayant suivi une filière immersive. Cette recommandation pose question à plus d’un titre. Principalement, la valorisation d’une pédagogie par le biais d’un diplôme officiel visant à reconnaître l’acquisition de compétences pourrait ouvrir la porte à une hiérarchisation des projets pédagogiques. Il ne revient pas aux pouvoirs publics de mettre en exergue une pédagogie au détriment d’autres. Une alternative à cette proposition serait de laisser l’opportunité à l’école de remettre aux élèves un document attestant de la filière suivie.
2.3 Soutenir et accompagner les membres du personnel Pour améliorer l’offre la question du soutien aux enseignants dans les filières en immersion se pose également. Afin d’étendre le nombre et le partage d’outils. Unanimement, les acteurs de l’enseignement ont plaidé pour l’échange des bonnes pratiques et des outils existants en matière d’immersion linguistique. Si certaines fédérations de pouvoirs organisateurs ont développé des outils, il apparaît que ceux-ci ne touchent qu’une petite partie des enseignants. Il reviendrait dès lors à la Fédération Wallonie-Bruxelles d’échanger les outils et les bonnes pratiques à travers des leviers existants tels que la plateforme e-classe. Cette dernière serait accessible à tous les enseignants. Afin de soutenir les enseignants provenant d’autres communautés linguistiques, il a également été proposé de rédiger un document dans les différentes langues-cibles afin de leur expliquer la --------------------------------------------------------------------------------------------------------------4 Ces proviennent d’une réponse à une question parlementaire de Mme Cortisse adressée le 3 avril 2023 à la Ministre Désir au
Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles intitulée « Indices socio-économiques des écoles en immersion » ; URL.
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philosophie des référentiels. A destination de l’ensemble des enseignants, la rédaction d’un document annexé aux référentiels et reprenant une série de dépassements à développer dans le cadre de la filière immersive serait une aide intéressante. Outre le développement d’outils, l’accent a été mis sur la formation des enseignants. Dans le cadre de la formation initiale, certains ont plaidé pour le développement d’incitant à destination des établissements d’enseignement supérieur afin qu’ils intègrent dans leur programme de formation initiale des enseignants des unités d’enseignement optionnelles à la didactique de l’enseignement en immersion. Une meilleure visibilité et un soutien financier du certificat interuniversitaire afin qu’il soit accessible au plus grand nombre est une autre piste au renforcement de la formation des enseignants. Concernant la formation continue, les personnes auditionnées ont mis en avant la nécessité de développer des modules de formation continue pour les enseignants et les conseillers académiques mais également de les mieux informer concernant les modules de formation existants déjà aujourd’hui.
2.4 Mieux superviser les projets en immersion Un des enjeux est d’augmenter le nombre de données concernant l’immersion, pour mieux piloter à l’avenir cette filière d’enseignement. D’autres pistes sont aussi identifiées telles que : - La mise en place d’une cartographie et un cadastre des projets immersifs en spécifiant leurs caractéristiques (langues d’immersion, niveau d’enseignement concerné, heures dédiées à l’immersion et cours visés, immersion concernant l’ensemble des classes ou une partie seulement) ; - Dans le cadre de la mission de l’Administration de l’Enseignement Général, l’octroi d’un soutien méthodologique à l’échantillonnage ; - Le renforcement de la place de l’immersion dans le cadre des missions du Service de l’inspection pour mieux appréhender les projets en immersion ; - La production de données sur le plus long terme et sur le parcours des élèves dans les filières immersives.
3 Conclusion Nous avons ici offert un aperçu de l'immersion linguistique en Belgique francophone, en soulignant son importance dans un contexte éducatif caractérisé par la diversité linguistique. L'analyse des chiffres-clés démontre l'ampleur croissante de l'immersion dans l’enseignement primaire et secondaire. Le cadre légal et réglementaire évolue pour s'adapter aux besoins changeants, comme en témoigne la récente possibilité d'enseigner deux langues en immersion dès la première année du secondaire. Néanmoins, des défis subsistent, notamment en termes d'accessibilité pour les publics moins favorisés, soulignant la nécessité de renforcer l'information et d'ouvrir de nouveaux projets d'immersion dans des milieux moins favorisés. Les recommandations formulées visent à améliorer l'offre d'immersion, à soutenir le personnel enseignant et à mieux superviser les projets en immersion. Ces suggestions, issues de consultations approfondies avec divers acteurs éducatifs, tracent la voie vers une immersion linguistique plus inclusive et efficace en Belgique francophone, mettant l'accent sur l'équité et la qualité de l'éducation.
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