ÉCHOS DES LABOS
GÉNÉTIQUE
UN MONDE APRÈS LE CHROMOSOME Y ? P. 6 Échos des labos P. 16 Livres du mois P. 18 Disputes environnementales P. 20 Les sciences à la loupe
L’analyse génétique d’une espèce de rongeur montre que les mammifères pourraient survivre à la disparition de leur chromosome Y, responsable de la différenciation sexuelle en mâle.
C
hez la plupart des mammifères modernes, le sexe biologique est déterminé par les chromosomes sexuels hérités des deux parents – un X de la mère, et un X ou Y du père. Plus particulièrement, c’est la présence ou l’absence du chromosome Y qui détermine si un individu sera mâle ou femelle. Or ce dernier, en pleine dégénérescence dans le génome humain, pourrait bien disparaître dans quelques millions d’années. Et entraîner la disparition de notre espèce ? Pas sûr, car la vie trouve
6 / POUR LA SCIENCE N° 544 / FÉVRIER 2023
toujours un moyen – parfois étonnant ! – de subsister. Son instrument ? L’évolution. Une équipe de biologistes, dirigée par Asato Kuroiwa, de l’université de Hokkaido, au Japon, vient de l’illustrer, en révélant comment deux espèces de rongeurs, qui ont déjà perdu leur chromosome Y, ont survécu à cet événement en maintenant une différenciation sexuelle. Le chromosome Y joue un rôle déterminant dans ce processus, car il abrite un gène architecte, SRY, responsable de la synthèse de la testostérone, et par extension du développement des testicules. Ce
chromosome ne contient que très peu d’autres gènes – seulement une cinquantaine – contre près de neuf cents sur le chromosome X, lesquels sont responsables d’un large éventail de fonctions au sein de notre organisme. Le chromosome Y n’est donc pas fondamentalement indispensable à la vie pour notre espèce – les femmes se portent très bien sans lui – mais, en son absence, la capacité des humains à se reproduire et à faire prospérer leur espèce serait réduite à néant. Or ce chromosome est aujourd’hui très petit, atrophié, quand on estime qu’il faisait la même taille que son homologue X, il y a environ 160 millions d’années, chez les premiers mammifères. S’il devait continuer de se dégénérer au même rythme, ce que tout semble indiquer, il pourrait disparaître partout d’ici à 4,6 millions d’années seulement.
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Les chromosomes sexuels humains, le X (à gauche) et le Y (à droite). Ce dernier est beaucoup plus petit et porte moins de gènes que les autres chromosomes.