N°249
SEPTEMBRE
2022 POLY.FR
MAGAZINE
Emma Dante Orchestra Baobab Mondrian William Wyler
Les Saisons
2022 / 2023
BRÈVES
Kurt Schapper, Beregnungsaggregate in der Vorderpfalz, 2018
Lilli Breininger, Le fermier Franz Jupp, 2011
Visions d’une région
© Joseph Banderet
De l’autre côté du Rhin, à Pirmasens, se déploie une exposition – avec des cartels bilingues – présentant des photographies explorant, en coopération avec l’association PixxelCult, les changements structurels dans la Grande Région. Hier. Aujourd’hui. Demain ? (Forum Alte Post, jusqu’au 09/10), plonge dans la mémoire culturelle d’un vaste territoire regroupant Luxembourg, Lorraine, Sarre, Rhénanie-Palatinat et Wallonie. Les clichés des 17 séries
Du baroque au jazz
Tout débute de manière très normale : un petit orchestre d’instruments anciens et une pianiste jouent du Carl Philipp Emanuel Bach. Rapidement, ce Concerto contre piano (18/09, Cité de la Musique et de la Danse de Strasbourg) dévisse cependant, glissant vers un jazz frénétique, les interprètes donnant de la voix. Le metteur en scène Samuel Achache imagine là une exaltante expérience sonore d’hybridations. operanationaldurhin.eu festivalmusica.fr
accrochées nous emportent dans l’ancienne usine Pfaff de Kaiserslautern, dans un bâtiment qui fut une manufacture de tabac messine, faisant aussi revivre l’atmosphère d’un magasin d’alimentation juste avant et après sa fermeture. Mélancolie, quand tu nous tiens ! forumaltepost.de
Carina Salvado
(Inter)national Geographic
Depuis 33 ans, le Festival international de Géographie (30/09-02/10) est devenu l’un des rendez-vous incontournables de Saint-Dié-des-Vosges. L’occasion d’arpenter les spécificités d’une discipline riche et variée, grâce à des professionnels comme Merieme Chedid, astronome, exploratrice et astrophysicienne ou le grand homme des Lettres mozambicaines et biologiste Mia Couto. Cette année, l’étude des déserts est à l’honneur tandis que le pays invité est le Portugal. fig.saint-die-des-vosges.fr POLY 249 Septembre 22
3
© Vincent Eschmann
© Communauté de communes du Pays de Bitche
BRÈVES
Sébastien Carré © Milo Lee Photography
Après quatre années d’un chantier pharaonique, le Site Verrier de Meisenthal a dévoilé son nouveau visage… hypnotique ! Entièrement reconfiguré, le parcours de visite (ouvert jusqu’au 23/10) épouse désormais les méandres de la sculpturale vague de béton qui embrasse tout l’archipel des bâtiments de la friche. Et il y a de quoi rester coi, quand on observe la monumentale prouesse technique signée des architectes SO-IL et Freaks depuis la salle panoramique du tout nouvel espace d’accueil ! Du flambant neuf Musée du
La vie en rouge
Pour la seconde édition de l’exposition Trésor(s) (02-18/09), la Frémaa investit la Galerie Nicole Buck, à Hurtigheim, et met en scène près de soixante œuvres contemporaines sur le thème de la couleur rouge. La sculptrice Isabelle Léourier et le créateur de bijoux Sébastien Carré font partie des trente artistes livrant leur interprétation de ce symbole contradictoire, source d’amour et de violence. fremaa.com
Verre, retraçant trois siècles de savoir-faire entre artisanat et création contemporaine, au CIAV où le spectateur médusé assiste à l’étrange ballet des souffleurs de verre, en passant par la lumineuse Halle reconvertie en temple des arts vivants et des musiques actuelles, on traverse le temps, rendant hommage à la mémoire ouvrière du Bitcherland tout en la réinventant. Décidément, tradition et création soufflent toujours de concert sur l’antique Verrerie de la vallée des mésanges ! site-verrier-meisenthal.fr
Anne Paceo © Sylvain Gripoix
Nouveau souffle
All That Jazz
Grillen, Théâtre municipal, Église Saint-Matthieu, Salle Europe… Le 26e Colmar Jazz Festival (15-27/09) investit toute la cité avec ses hybridations sonores kaléidoscopiques. Et le programme est exaltant avec notamment la mythique Anne Paceo, Kid Be Kid, Bada-Bada, trois jeunes musiciens proposant un mélange explosif de sons acoustiques et électroniques, etc. Sans oublier Femi Kuti & The Positive Force, qui mêle engagement citoyen et énergie musicale. festival-jazz.colmar.fr POLY 249 Septembre 22
5
Genres
Nos Cérémonies de Simon Rieth, Piggy de Carlota Martinez-Pereda, variation horrifique sur le harcèlement des ados en surpoids, ou encore Attachment de Gabriel Bier Gislason fondé sur le folklore ésotérique juif… La sélection du 15e Festival européen du film fantastique de Strasbourg (23/09-02/10) est exaltante. En séances de minuit, se découvre le dernier film du maestro Dario Argento, Occhiali Neri, qui renoue avec le genre du giallo qui l’a rendu célèbre. Sans oublier la Zombie Walk et une brassée d’événements ! strasbourgfestival.com
Han & Terrie © Emma Fischer
Piggy © Jorge Fuembuena
BRÈVES
Let’s dance
La 28e édition du festival meusien Densités (23-25/09) s’annonce bien rythmée ! Entre électronique et acoustique, chanteurs et danseurs du monde entier se sont donné rendez-vous pour venir performer à Fresnes-en-Woëvre. Parmi eux, le groupe de musique expérimentale Sawt Out, formé par les percussionnistes allemands Burkhard Beins et Michael Vorfeld, ainsi que l’artiste plasticien Mazen Kerbaj, figure incontournable de la scène musicale libanaise. vudunoeuf.com
Le Lion rugit ce soir amoureux du jazz, et par le quatuor féminin Les Balkanes, groupe formé par deux Bulgares et deux Lyonnaises ayant à cœur de faire découvrir les chants traditionnels des Balkans. Enfin, le DJ israélien BeNak compte bien faire résonner ses platines dans une atmosphère où l’art se mélange, se répond, s’enchevêtre pour célébrer un anniversaire pas comme les autres. centenaire90.fr
Keswick © Steve Eggleton - Eventdigital
Le Centenaire du Territoire de Belfort est un événement qui voit les choses en grand. Pour l’occasion, le site du Malsaucy propose en effet une soirée à couper le souffle avec Confluence (10/09). La compagnie de théâtre ouvert Ilotopie, adepte des spectacles de rue et sur l’eau, prend possession du lac pour une succession de tableaux aquatiques et aériens, créant des scènes surréalistes où l’humour n’est jamais très loin. Les berges sont quant à elles animées par le musicien André Manoukian, grand
POLY 249 Septembre 22
7
Don Diego, Bear Club, Valencia © A. Guillon
OURS Liste des collaborateurs d’un journal, d’une revue (Petit Robert)
THOMAS FLAGEL Théâtre des balkans, danse expérimentale, graffeurs sauvages, auteurs africains… Sa curiosité ne connaît pas de limites. Il nous fait partager ses découvertes dans Poly.
SARAH MARIA KREIN Cette Française de cœur qui vient d’outreRhin a plus d’un tour dans son sac : traduction, rédaction, corrections… Ajoutons “coaching des troupes en cas de coup de mou” pour compléter la liste des compétences de SMK.
www.poly.fr — www.poly.fr/de mag.poly
magazine.poly
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Julien Schick julien.schick@bkn.fr RÉDACTEUR EN CHEF Hervé Lévy herve.levy@poly.fr LA RÉDACTION
JULIEN SCHICK Il papote archi avec son copain Rudy, cherche des cèpes dans les forêts alsaciennes, se perd dans les sables de Namibie… Mais comment fait-il pour, en plus, diriger la publication de Poly ?
Thomas Flagel thomas.flagel@poly.fr
Suzi Vieira suzi.vieira@bkn.fr
ONT PARTICIPÉ À CE NUMÉRO
ANAÏS GUILLON Entre clics frénétiques et plaisanteries de baraque à frites, elle illumine le studio graphique de son rire atomique et maquette à la vitesse d’une Fiat 500 lancée entre Strasbourg et Bietlenheim. Véridique !
Anissa Bekkar, Sophie Dupressoir, Geoffroy Krempp, Katherine Kuhn, Julia Percheron, Pierre Reichert, Irina Schrag, Laetitia Waegel & Raphaël Zimmermann STUDIO GRAPHIQUE Anaïs Guillon anais.guillon@bkn.fr DIGITAL Jordan Herth webmaster@bkn.fr MAQUETTE Blãs Alonso-Garcia logotype Anaïs Guillon maquette avec l’équipe de Poly ADMINISTRATION Mélissa Hufschmitt melissa.hufschmitt@bkn.fr +33 (0)3 90 22 93 30
SUZI VIEIRA Après Courrier international ou Books, elle pose ses valises à Poly. Intraitable avec les concepts, elle jongle avec les mots comme son homonyme le faisait avec les ballons à la Coupe du monde 1998.
DIFFUSION Vincent Bourgin vincent.bourgin@bkn.fr +33 (0)3 90 22 93 32
ÉRIC MEYER Ronchon et bon vivant. À son univers poétique d’objets en tôle amoureusement façonnés s’ajoute un autre, description acerbe et enlevée de notre monde contemporain.
Ne ratez aucun Poly, abonnez-vous !
CONTACTS PUB Julien Schick julien.schick@bkn.fr Sarah Krein sarah.krein@bkn.fr Laetitia Waegel laetitia.waegel@bkn.fr Pierre Ledermann pierre@poly.fr Patrice Brogard patrice@poly.fr Benjamin Lautar benjamin@poly.fr BKN Éditeur & BKN Studio 16 rue Édouard Teutsch 67000 Strasbourg www.bkn.fr
Envoyez ce coupon avec votre règlement à Magazine Poly - Service abonnement 16 rue Teutsch 67 000 Strasbourg
Magazine mensuel édité par BKN Dépôt légal : Août 2022 — Impression : CE S.à.R.L. au capital de 100 000 € SIRET : 402 074 678 000 44 — ISSN 1956-9130
Nom………………………………………………………………………………………… Adresse……………………………………………………………………………………… Adresse………………………………………………………………………………………
"
Prénom………………………………………………………………………………………
Mail…………………………………………………………………………………………… Poly est un magazine gratuit, pour le recevoir dès sa sortie, choisissez votre formule ! r 6 numéros - 30 € 8
POLY 249
Septembre 22
r 11 numéros - 50 €
© Poly 2022 Les manuscrits et documents publiés ne sont pas renvoyés. Tous droits de reproduction réservés. Le contenu des articles n’engage que leurs auteurs.
SOMMAIRE
SCÈNES 16 La nouvelle pièce d’Emma Dante, Misericordia, ou l’amour inconditionnel dans les bas-fonds 20 Troisième édition du Festival des Antipodes dans la cité ouvrière de Bataville 22 T HE SILENCE réunit une dernière fois Falk Richter et Stanislas Nordey au TNS
60
24 Le Champ des possibles réunit comédiens professionnels et en situation de handicap
MUSIQUES 28 Plongée dans l’hyperpop de Jeanne Tonique 30 Thierry Danet dévoile les grandes lignes de L’Ososphère 60 Joseph Bastian, nouveau chef principal de l’Orchestre Dijon Bourgogne
20
72 La création d’Until the Lions de Thierry Pécou à l’Opéra national du Rhin 33-66
Agenda des Saisons 22/23 Les choix de la rédaction
EXPOSITIONS
82
76 La genèse de l’abstraction géométrique de Mondrian à la Fondation Beyeler 82 À la découverte de Nos Îles à la Fondation François Schneider
GASTRONOMIE 30
96 Au Pont tournant, Julien Rodriguez métisse le terroir alsacien 98 Un dernier pour la route : l’iconique Domaine de la Borde, dans le Jura
10
POLY 249
Septembre 22
COUVERTURE
96
Cette féérie luminescente est celle du final du Sacre du Printemps de Stravinski chorégraphié par Ralf Rossa à l’Opéra-Théâtre de Metz (présenté avec La Maison de Bernarda Alba, d’après l’ultime chef-d’œuvre de García Lorca, 16-19/03). Cette photographie de Raymond Veber irradie de l’esprit que nous espérons être celui de 2022-23 : joie, sauvagerie, lumière, élégance… opera.eurometropolemetz.eu
28
ÉDITO
La nuit au musée ! Par Hervé Lévy — Illustration d’Éric Meyer pour Poly
E
lle court, elle court, la rumeur. Relayée par un article affirmatif de La Tribune de l’Art : les dix musées de Strasbourg fermeront deux jours par semaine à partir de septembre, mais aussi entre midi et deux. Une pétition a été lancée par l’hyperactive Fabienne Keller, ex-Maire de la cité, et le député Bruno Studer – politisant un débat qui n’en avait pas besoin – tandis qu’un communiqué laconique du service de presse de la Ville évoque « des discussions et une réflexion globale », précisant qu’aucune décision n’a été prise. Des contacts informels avec certaines parties prenantes au dossier confirment que la lumière sur cet opaque dossier sera faite en septembre. Pêle-mêle sont rapportés un taux d’absentéisme des agents de 25%, une difficulté de recrutement et des tensions budgétaires. Dans l’attente, quelques questionnements nous viennent à l’esprit concernant cette affaire, dont la portée 12
POLY 249
Septembre 22
symbolique dépasse de loin la cité alsacienne – ailleurs, on ferme des salles de musée pour faire des économies ; plus habile, mais pas mieux – qui s’enorgueillit de sa politique culturelle. Si Strasbourg, capitale mondiale du livre en 2024, prenait une telle décision – et il ne faudrait plus nous rebattre les oreilles avec les 25% du budget sanctuarisés –, la tache serait indélébile et une certaine confiance rompue. Plus largement, cela conduit à s’interroger sur la valeur que le politique confère à la culture, trop souvent considérée comme une variable d’ajustement en temps de crise et niée dans sa dimension économique, génératrice d’emplois. Rabioter une fois encore sur un secteur déjà à l’os – tous domaines confondus –, c’est également renoncer à l’objectif d’une culture destinée à tous. Ouvrir le plus possible, faire savoir et connaître le plus largement : telles sont les options indispensables si l’on veut surmonter la crise – pas uniquement économique – qui gangrène nos sociétés. Alors nous espérons voir les horaires d’ouverture des musées de Strasbourg et d’ailleurs élargis. Ce serait un joli symbole. Une nuit par semaine, chiche ?
LITTÉRATURE
Alain Mabanckou © Vincent Muller
Bérangère Cournut
La vie en mots Trois manifestations phare rythment la rentrée littéraire : sélection au sein de la programmation des Bibliothèques idéales, du Livre sur la place et de Livres dans la boucle. Par Hervé Lévy et Thomas Flagel
trilogie de la famille Remarquée avec Née contente à Oraibi (épopée au milieu des Hopis publiée en 2017 au Tripode), succès confirmé avec De Pierre et d’os (Le Tripode, 2019) contant le destin d’une jeune Inuk coupée de sa famille, Bérangère Cournut clôt sa trilogie de la famille avec Zizi Cabane. Un roman hypersensible aux touches fantastiques dans laquelle la Bisontine fouille le manque et la perte d’une mère mystérieusement évaporée, laissant un père et ses trois enfants face au vide d’une existence à remplir. Alternant les narrateurs et les métaphores aquatiques de cette absente qui se répand dans le paysage par ruisseaux et infiltrations, l’autrice offre des voix singulières à chaque personnage dont elle décrit avec minutie les tortueux chemins – plein d’esprits naturels – à inventer pour se retrouver et combler ses failles. La douceur de ses regards sur leurs intimités offre une caresse de l’âme pleine de promesses pour l’avenir. > Bérangère Cournut sera au Livre sur la place (Nancy) et à Livres dans la boucle (Besançon)
one two three, viva l’algérie La romancière Kaouther Adimi continue à passer l’histoire de l’Algérie contemporaine au tamis de son talent : après Les Petits de décembre, elle livre Au vent mauvais (Seuil), en grande partie écrit pendant sa résidence à la Villa Médicis en 2021-22. Cette vaste fresque embarque le lecteur dans l’Histoire, de 1920 à l’été 1992, début de la ”décennie noire”, à travers la destinée de trois personnages – Leïla, Tarek et Saïd, ces deux derniers étant amoureux de la première –, qui grandissent ensemble dans un village de l’Est du pays. 14
POLY 249
Septembre 22
Seconde Guerre mondiale, tournage de La Bataille d’Alger, émigration en France… le roman est certes un habile précipité d’un fragment du XXe siècle, mais aussi une réflexion sur la littérature – et l’autofiction plus précisément – qui peut être un Vent mauvais venant faire basculer des existences. > Aux Bibliothèques idéales (Strasbourg), Kaouther Adimi autour de “L’Algérie, espoir et tragédie”, 04/09 à la Cité de la Musique et de la Danse. Elle sera aussi présente au Livre sur la place (Nancy)
frère-lachaise La plupart des romans d’Alain Mabanckou prennent pour toile de fond le Pointe-Noire de son enfance. Le Commerce des allongés (Seuil) nous entraîne dans le truculent rêve le plus long de la mort de Liwa Ekimakingaï, personnage principal qui voit sa vie et les étapes de son trépas expliqués par un conteur lui donnant du “tu”. La destinée de celui dont le nom signifie “la mort a eu peur de moi” – sa mère n’ayant pas survécu à son accouchement – sert de prétexte à une traversée politico-sociale du Congo depuis l’Indépendance. Du quartier Trois-Cents au bar-dancing du Joli-Soir à côté de la parcelle de Mâ Lembé, sa grand-mère qui l’a élevé seule, la fresque grand format voit les images se bousculer, les existences se percuter, les croyances s’enchevêtrer. Meurtre d’albinos pour nourrir la force des féticheurs, prêcheur chrétien escroc en mal de jeunes femmes, manigances de dictateurs et humour des laissés-pour-compte qui renomment ironiquement le Cimetière des pauvres en Frère-Lachaise, montrent que le royaume des morts n’a rien à envier à celui des vivants, car on s’y retrouve tous et que, surtout, on y a tout son temps. > Alain Mabanckou participe au Livre sur la place (Nancy) et à Livres dans la boucle (Besançon)
LITTÉRATURE
la grèce, demain… Conteur hors pair, Laurent Gaudé est de retour pour un roman qui fera date : avec Chien 51 (Actes Sud) il nous plonge dans une Grèce dystopique qui a été vendue au plus offrant après une faillite globale. Dans ce pays privatisé, Zem Sparak, autrefois engagé pour la liberté, a tourné sa veste. Devenu supplétif à la sécurité, il opère dans la zone 3 de Magnapole, la plus pauvre d’une cité régie par le consortium GoldTex, rongée par la misère et les pluies acides. « Le personnage est un homme qui porte en lui des mondes disparus. C’est un sentiment qui m’envahit de plus en plus : l’impression croissante, alors que j’avance en âge, de porter en moi des mondes qui n’existent plus. Est-ce que nous ne sommes pas tous, un jour ou l’autre, des animaux antiques perdus dans une société qui va trop vite ? » explique l’auteur qui livre une histoire haletante venant questionner nos sociétés. > Laurent Gaudé est présent aux Bibliothèques idéales (Strasbourg, 11/09, Cité de la Musique et de la Danse) et au Livre sur la place (Nancy)
la femme révoltée Dans la veine d’un Mohamed Choukri (Le Pain nu), Abdellah Taïa ne cesse de tisser une œuvre abordant les tabous de la société marocaine qui l’a vu naître. Ses romans sont toujours peuplés des destins de petites gens et de femmes en proie à la violence des hommes, d’homosexuels peinant à vivre leur amour à l’ombre de la tradition. Vivre à ta lumière (Seuil) met en scène cinq décennies de la vie de Malika, des années 1950 à la fin des années 1990. Double de sa propre mère, ce personnage, qui hante nombre de ses précédents livres, est aux prises avec l’histoire coloniale qui envoie son époux, auquel elle a été mariée de force par son père, à la mort en Indochine. Sans fard et avec un pugnace engagement, l’écrivain nous fait cheminer dans ses soudaines colères, ses révoltes face au mektoub, ses rêves intérieurs, ses cauchemars tourmentés et ses luttes d’émancipation, notamment celle de sa fille aînée, dont elle espère un destin de grande dame. Face à la pauvreté et les humiliations qu’elle charrie, son regard est empli de lucidité sur le néo-colonialisme français teinté de paternalisme, comme sur les privilèges d’un roi ne gouvernant pas pour le petit peuple. Le superbe portrait de cette battante ne manque ni d’acidité, ni d’authenticité, notamment envers Ahmed, ce fils homosexuel – qui n’est pas sans rappeler l’auteur – qu’elle n’aidera jamais, préférant ne pas voir les persécutions qu’il subit.
Kaouther Adimi © Vincent Muller
> Abdellah Taïa sera aux Bibliothèques idéales (Strasbourg) aux côtés de Léonora Miano (Stardust, Grasset), Leïla Bouherrafa (Tu mérites un pays, Allary Éditions) et Céline Bentz (Oublier les fleurs sauvages, Préludes Éditions) pour la rencontre “Échapper à toute forme de domination” (17/09, Parlement européen)
Bibliothèques idéales (Strasbourg) du 2 au 18 septembre bibliotheques-ideales.strasbourg.eu Livre sur la place (Nancy) du 9 au 11 septembre lelivresurlaplace.nancy.fr Livres dans la boucle (Grand Besançon) du 16 au 18 septembre livresdanslaboucle.fr
Laurent Gaudé © Vincent Muller
POLY 249 Septembre 22
15
THÉÂTRE
La Vie devant soi Misericordia, nouvelle pièce de la saisissante Emma Dante, conte le destin de trois prostituées et de l’amour qui les unit au jeune Arturo, dans les bas-fonds de la Sicile. Par Thomas Flagel – Photos de Masiar Pasquali
«L
a vie nous lance en l’air comme des cailloux, et nous disons de là-haut, voyez comme je bouge. » Ces mots de Fernando Pessoa, tirés du Livre de l’intranquillité, collent à merveille aux histoires d’Emma Dante, qui sculpte les corps et taille dans le vif des personnages pétris d’humanité faisant face, avec les armes que la vie leur a données, à la violence du monde. Toujours en prise avec un destin capricieux, les sentiments les plus beaux y émergent malgré des existences chaotiques, soumises aux embruns du patriarcat et de la morale religieuse. Et lorsque les cailloux de Pessoa retombent, ils se fracassent au sol, perdant quelques éclats sans pour autant cesser d’être ce qu’ils sont. Juste un peu plus abîmés. Italia Carroccio, Manuela Lo Sicco et Leonarda Saffi parlent avec la vivacité de celles qu’on écoute peu.
16
POLY 249
Septembre 22
La metteuse en scène de Palerme recherche « toujours la simplicité, parlant de ce que nous sommes, de quelque chose qui est en nous, de la forme de l’être qui nous brise et nous remplit de toutes ses contradictions, des contraires que nous portons chaque jour : le sens et la folie, la force et la faiblesse. » La gouaille franche, hyper-réaliste et relevée de ses personnages n’a d’égal que leur cœur immense. Et il leur en faut pour se donner le courage de surnager à l’ombre des hommes. Face au public qu’elles regardent droit dans les yeux, Anna, Bettina et Nuzza tricotent des petits châles en laine et vendent leurs corps pour survivre à la misère. Elles veillent comme des louves en meute sur Arturo, dont la mère était l’une des leurs jusqu’à ce qu’elle périsse sous les coups de celui qui l’avait mise enceinte, laissant des séquelles à l’enfant.
femmes fortes « Mon théâtre parle des derniers, des délaissés, et surtout de la condition difficile de la femme, noyée et étouffée. J’éprouve le besoin de dénoncer ce statut de soumission qui, pendant des siècles, l’a reléguée à des rôles marginaux dans la société. Malgré cela, elle a réussi à devenir plus forte en construisant des forteresses en elle-même, en faisant face aux problèmes avec courage et détermination », assène-t-elle. Les éclats de pure joie font écho aux introspections plus sombres et aux souvenirs des disparus qui hantent, à jamais, ceux qui restent. Comme des Parques contemporaines, divinités romaines maîtresses de la destinée humaine, ce trio élève Arturo et l’entoure d’un amour inconditionnel, même si aucune d’elles n’a accouché « cet être défectueux et misérable » interprété tout en désarticulation par le danseur Simone Zambelli. « Ma pièce parle de maternité. Elle a affaire à ces soins éblouissants d’amour, quels que soient le sexe, la position sociale ou la filiation biologique. Ces trois Parques aident la société dans la difficile tâche d’élever ses propres enfants, les futurs citoyens de la communauté. » À La Filature (Mulhouse) du 29 septembre au 1er octobre, au Theater im Pfalzbau (Ludwigshafen) les 14 et 15 décembre, puis en 2023 à La Manufacture (Nancy) du 9 au 11 mars, au Théâtre Dijon Bourgogne du 14 au 17 mars et au CDN de Besançon (avec Les 2 Scènes) du 20 au 24 mars emmadante.com
POLY 249 Septembre 22
17
CIRQUE
Surprises tissées-nouées Le septième Atoll Festival, dédié au cirque contemporain, fait la part belle aux formes rares et innovantes à Karlsruhe. Par Thomas Flagel – Photo de Pli par Loïc Nys
D
ans les arts du cirque contemporain, à côté de ceux faisant feu de tout bois en multipliant les effets, d’autres jouent la retenue et tentent, habilement, de titiller notre curiosité. Les compères de la compagnie Sacékripa, constituée suite à leur formation au Lido (Centre des arts du cirque de Toulouse), en disent le moins possible sur Vrai (16-18/09, mais aussi aux Rotondes (Luxembourg) 18-20/11 puis à l’ACB (Bar-le-Duc) 23-25/11). Une pièce jeune public (dès 8 ans) ou chacun regarde une grande boite octogonale dans laquelle deux protagonistes se lorgnent quand ils ne s’ignorent tout
simplement pas. L’histoire est celle – forcément vraie – de leur rencontre, réinterprétée ici en interactions à géométrie variable laissant beaucoup de place à l’improvisation et à l’imprévu. Tout aussi surprenant est le nouvel agrès tissé-noué d’Inbal Ben Haim. Dans Pli (15 & 16/09, puis à MA scène nationale (Montbéliard) 17/03), l’acrobate israélienne met la résistance du papier à l’épreuve dans des situations aériennes. Avec la complicité du plasticien Alexis Mérat, elle a tressé et tordu de grands lés, faisant des bandes de feuilles un objet de jeu et une nouvelle surface de projection des imaginaires. Délaissant sa corde lisse habituelle, la voilà tête en bas pour une exploration du point de résistance jusqu’au risque de la déchirure. Plissée en accordéon, froissée et savamment nouée, cette matière fragile se fait aussi bruyante, étonnante que fascinante. Quant à l’atypique duo de circassiens Lefeuvre & André, il tourne en dérision le quotidien en une succession de situations d’apparence anodine (Parbleu !, 17 & 18/09). Leur “slow cirque” est un mélange de minimalisme et de jusqu’au-boutisme qui pousse les deux compères à ne pas faire les choses comme les autres. Leur art se peaufine en artisanat plein de labeur et de modestie. Ils trifouillent toujours le fin fond de leur atelier, s’emparant d’outils et d’objets en tout genre qui forment autant d’accessoires à leur humour de situation façon Laurel et Hardy. Une fois dans leurs mains expertes, planches, truelles, perches, boules de pétanque ou masses de chantier deviennent des armes de rire massif. L’air de rien, ces comparses s’inscrivent dans la tradition du cirque : un clown blanc (torse nu et en slip noir) s’active tel le héros muet d’un film burlesque, tandis qu’un auguste à bretelles regorge d’inventivité pour en faire le moins possible. Pour finir, ne manquez pas le retour des fous furieux de My!Laika, déjà invités en 2019. Leur nouvelle création, Winter (18-24/09), plonge dans la fantasmagorie la plus pure pour toucher à ce théâtre amoral qu’ils chérissent. Par d’habiles collages de situations et jeux d’échelles, ils nous projettent dans le salon hanté d’un gentilhomme où se tisse une histoire d’amour à trois entre le réel, les apparences et un pédalo en forme de cygne égaré au Pôle Nord ! Au Kulturzentrum Tollhaus, à l’Otto-Dullenkopf-Park et au ZKM (Karlsruhe) du 15 au 25 septembre atoll-festival.de tollhaus.de
18
POLY 249
Septembre 22
FESTIVAL
Là d’où je ne t’écris pas, film photographique de Stéphane Tasse
Précipités expérimentaux Pour sa troisième édition à Bataville, le Festival des Antipodes invite artistes et chercheurs de multiples disciplines à tisser des ponts et présenter leurs spectaculaires expérimentations. Par Thomas Flagel – Photos de Stéphane Tasse (gauche) et Sébastien Leban (droite)
D
ans une partie des bâtiments industriels de la cité ouvrière de Bataville, qu’elle occupe depuis 2014, la Fabrique Autonome des Acteurs (FAA) poursuit un chemin singulier. En plein pays des étangs lorrains, Daria Lippi et Juliette Salmon ont donné vie à un lieu à part, structure transdisciplinaire dédiée aux arts de la scène, tout à la fois boîte à outils, atelier de transmission, de recherche fondamentale documentée et de création, destiné à tenter de démêler ce qui se joue dans la tête des interprètes en les confrontant à des protocoles (de travail, d’auto-évaluation, d’essais-erreurs) tirés de pratiques éloignées des leurs. Un maquis où partager savoirs et savoir-faire, une
20
POLY 249
Septembre 22
sorte de « CNRS du jeu » accessible sur prix libre. Depuis l’an passé, le duo a été rejoint par de nouvelles forces vives, « une R-team*, groupe qui traverse tout ce que nous faisons et qui met en place le festival dont le fil rouge est de venir y apprendre quelque chose, que l’on soit comédien ou spectateur », raconte Juliette Salmon. De leur travail sont nés des Précipités distillés trois fois par jour sur la place publique et des Recherches en chemin (10 & 11/09, à 10h), conversations déambulatoires autour de Bataville où des artistes invités (l’auteur-acteurbeatboxer-rappeur D’de Kabal, la maître d’arts martiaux chinois Valérie Pourtier, des circassiens, etc.) exposent, en chercheurs dans un domaine spécifique, ce
qui les anime. Autre nouveauté pour ce dernier week-end festif aux airs d’été indien de la biennale des Antipodes, deux Dîners des voisins (09 & 10/09). « D’avril à octobre, durant un repas convivial ouvert à tous, la R-Team prépare des “extras” spectaculaires illustrant en de courtes formes un outil découvert lors du précédent labo de la FAA », confie Juliette. « Nous reprenons ce principe convivial qui permet d’échanger autour de la traduction du fondamental d’une discipline dans une autre, que nous dévoilons aux personnes présentes durant le festival. » Les habitués retrouveront le chapiteau rouge de la précédente édition qui s’installe dans le champ jouxtant la cantine, l’idée étant de « recréer une
FESTIVAL
Mon Théâtre de Matias Tripodi
Le festival est low tech, nous faisons avec le réel dans des espaces réels et c’est ce qu’on y fait qui nous intéresse, sans effets de manche ! Juliette Salmon vraie place de village où tout se joue. Nous donnons au lieu sa place publique animée afin de rendre plus visible encore ce qui se déroule d’habitude à l’ombre des bâtiments. Avec le support technique le plus léger possible, nous faisons avec le réel dans des espaces réels, et c’est ce qu’on y fait qui nous intéresse, sans effets de manche ! » Juliette Salmon y interprétera Si et seulement si (09 & 11/09), création commandée par Daria Lippi ayant pour consigne de
s’attaquer à un solo sur la question des protocoles. D’de Kabal signe la mise en scène de cette conférence-spectacle dont sa complice a écrit le texte à la première personne, digression à partir « de recherches variées autour des sciences dures, notamment des neuroscientifiques avec un test sur l’empathie. » La forme oscille entre la folie du voyage d’une équipe enthousiasmée par des questions minuscules sur le comportement humain et les péripéties de son parcours de jeune actrice s’astreignant à des protocoles pas à la mode dans son milieu. La violoniste de formation opère ici un « profond retour sur l’adresse des choses à partir des nombreuses contraintes apportées par D’de Kabal : qu’est-ce qui change lorsqu’un flow est adressé dans les yeux ? Comment faire parvenir le sens et toucher par le son ? » La très riche partition musicale lui offre de solides appuis de jeu et, donc, une grande liberté. Autre proposition étonnante, celle de Sandy Sun, créatrice de la danse sur trapèze fixe qui présente une pièce documentaire (Trapèze-existence-ciel, 11/09) pleine de réflexion, de force et de poésie. D’autres joueront (ou rejoueront) “Mon Théâtre”, créations maison sous forme d’auto-
portraits à partir de cinq contraintes : accueillir le public en voisin, raconter son chemin vers les arts de la scène, sa plus grande expérience de spectateur, expliquer une de ses techniques et ne pas excéder 30 minutes. Se prêteront à ce jeu intime l’autrice et comédienne Virginie Vaillant (09/10), le danseur Matias Tripodi qui explore la philosophie du tango avec quelques chaises vides (10/09) ou encore le circassien Philippe Goudard (Faire rire si possible, 10/09). Amis depuis deux décennies, Raphaël Otchakowsky & Lili Lekmouli créent “Notre Théâtre” en se penchant sur les liens pouvant réunir ce rappeurbatteur – également beatboxer lyrique à ses heures – et danseuse de flamenco formée au cœur de l’Espagne. Sur l’ancien site de l’usine de chaussures Bata (Moussey) du 9 au 11 septembre fabriqueautonome.org
Cette équipe de recherche se compose d’Élodie Brochier, Silvia Gallerano, Joséphine Kaeppelin, Daria Lippi, Sophie Muriot, Juliette Salmon, Virginie Vaillant. Elles sont actrices, metteuses en scène, musiciennes, autrices, plasticiennes et vidéastes
*
POLY 249 Septembre 22
21
THÉÂTRE
Dernier tango à Strasbourg Comme deux frères de théâtre, Falk Richter et Stanislas Nordey se retrouvent une dernière fois au TNS pour la nouvelle création du dramaturge et metteur en scène allemand. Dans THE SILENCE, Stan joue Falk. Interview. Par Thomas Flagel – Photo de Jean-Louis Fernandez
Falk Richter est connu pour écrire tout au long des répétitions, chaque nuit, donnant le lendemain les nouveaux textes à jouer. Où en êtesvous avec ce projet où vous serez seul en scène ? Nous avons fait une petite semaine de répétitions. Falk n’a pas changé sa manière de faire ni ses centres d’intérêts : il écrit très tard, jusqu’à la première, ce qui amène une force rare en France, celle de coller à l’actualité la plus brûlante et immédiate. Il aime capturer l’instant pour saisir le spectateur. Il m’a beaucoup interrogé sur ce qui nous trouble, s’intéressant à ce qui se passe et qu’il ne voit pas depuis l’Allemagne. Concrètement, j’ai fait énormément d’improvisations, ce qui n’est jamais facile lorsqu’on est seul en scène. D’autant plus en anglais, pour que l’on se comprenne l’un l’autre. Falk explore toujours deux pistes : l’état du monde et une approche intimiste proche de l’autofiction. Le point de départ est le décès de son père, avant la pandémie. Cet homme avait été, à 16 ans, l’un des derniers envoyés au front lors de la Seconde Guerre mondiale. Une expérience qui l’a traumatisé à vie et dont tous ses proches ont pâti. Le retour de la guerre en Ukraine le projette de plein fouet dedans, avec ces jeunes hommes envoyés combattre. Nous sommes également marqués par la période du Covid et ce dont on n’arrive pas à se désengluer, ce qu’elle 22
POLY 249
Septembre 22
a rendu poisseux. En auteur en prise avec son temps, il a déjà écrit sur le dérèglement climatique, notamment Welcome to Paradise Lost autour de La Conférence des oiseaux dont une partie se trouvait dans la pièce I am Europe, en 2019. S’ajoutent les sujets de la maltraitance en Ephad, celle des animaux dans les abattoirs… autant de pistes qu’il transforme et exagère pour faire théâtre. Beaucoup de choses vous réunissent : le silence d’un père que vous avez perdu récemment, la passion du théâtre, de l’engagement, un amour de la langue. Il est votre frère de théâtre… Nous en rigolions il y a quelques jours en pensant au générique d’Amicalement vôtre ! où les vies de Roger Moore et Tony Curtis défilent en parallèle. Comme eux, nous avons de nombreux points communs : nous sommes artistes, politiquement engagés, nos vies familiales se rejoignent par endroits. Falk est comme mon petit frère allemand, nous sommes réellement proches dans le regard que nous portons sur le monde comme dans ce qui peut nous arriver tous les jours. Nos caractères sont par contre très différents mais une grande confiance nous unit. Quand j’ai découvert ses textes, il était clair qu’il n’existait alors pas d’auteur en France qui écrivait comme lui : de la vraie littérature, pas journalistique mais avec
une puissante dimension intime. Très vite, il m’a envoyé le journal quotidien qu’il tient, la source de toute son œuvre. C’est de là qu’est né My Secret Garden, en 2010, dont Je suis Fassbinder 1 était la continuité en 2016. Adolescent, une rétrospective consacrée aux films du cinéaste allemand avait été donnée dans son village, ce qui avait changé sa vie, lui permettant de trouver du sens et de s’ancrer artistiquement. Dans le 12e numéro de Parages, le TNS publiait un long extrait de son journal intime 2 datant d’octobre 2021. Il s’y décrit lors d’un séjour au Danemark comme littéralement « hanté par le fascisme dans les pensées des Allemands ». Ce pan d’histoire est très vivace chez lui… La montée de l’AfD3 est traumatisante car après la dénazification, c’est un choc terrible et impensable pour la plupart des gens. Et puis ça nous renvoie
à la dépétainisation qui n’a jamais eu lieu en France. On voit bien une grosse résurgence ici aussi. Parler de son père est pour Falk Richter un moyen d’évoquer un combattant et d’affronter les choses en face. Qu’un auteur s’y attèle est assez rare pour être souligné. Ici le manque est béant, il existe si peu d’écrits sur l’Algérie, Pétain… Je m’efforce toujours de lui raconter à quel point nous sommes à la fois semblables et différents : les 90 députés Rassemblement national, le silence de plomb sur la Guerre d’Algérie sont autant de sujets dont les artistes s’emparent peu à l’inverse de leurs équivalents allemands.
voir le jour. S’engager sur un texte pas encore écrit à mon arrivée, c’était plutôt gonflé. Là aussi, je n’ai même pas une ligne à possiblement apprendre au mois d’août ! Une seule chose est sûre, c’est que le silence du titre est celui du père de Falk Richter. Le reste se décantera en septembre.
Vous avez débuté votre aventure à la tête du TNS par Je suis Fassbinder et vous allez la clore, ensemble, avec THE SILENCE. Une évidence ? Pour être honnête, c’est plutôt un joli hasard car une autre création aurait dû
Vous aviez déjà dans Je suis Fassbinder quelques longues tirades qui entretenaient le trouble chez le spectateur sur le statut de cette parole : les mots de Richter joués par vous interprétant une sorte de
Il était question d’un solo accompagné d’apparitions de différents comédiens en vidéo… Eh bien finalement je jouerai tous les rôles moi-même. Il n’y aura que la vraie mère de Falk, comme chez Fassbinder ! Il trouvait plus intéressant que j’interprète seul tous ses “moi”.
“Falkbinder”. Vous prenez plaisir à plonger, ici, encore un peu plus loin dans l’autofiction ? J’adore ça ! Je trouve de plus en plus ma place dans ce trouble que vous décrivez. Le dernier monologue de Je suis Fassbinder, dans lequel je parlais à la première personne, a fait croire à la plupart des gens que c’était mon avis que j’exprimais, alors que pas du tout. Surtout, il y a beaucoup de travail derrière pour arriver à cela, et c’est ce qui m’amuse énormément. Le plus agréable reste que le spectateur ne sache jamais si ce que vous dites vous appartient ou pas. Au Théâtre national de Strasbourg du 27 septembre au 8 octobre tns.fr Lire Poly n°185 ou sur poly.fr En quête du XXIe siècle – tns.fr Alternative für Deutschland, parti d’extrême droite proche des néonazis 1
2 3
POLY 249 Septembre 22
23
THÉÂTRE
Prendre le risque de chavirer Virginie Marouzé et Guillaume de Baudreuil ouvrent Le Champ des possibles avec des balades improvisées unissant comédiens professionnels de la compagnie Tout va bien ! et en situation de handicap de La Mue du Lotus. Par Thomas Flagel – Photos de Guillaume de Baudreuil
I
l n’existe en France qu’une poignée de troupes professionnelles de comédiens en situation de handicap à côté des historiques Théâtre de l’Entresort ou de L’Oiseau-Mouche. C’est à l’occasion d’un atelier amateur il y a une vingtaine d’années que Virginie Marouzé, directrice artistique de la compagnie Tout va bien !, se lance dans l’aventure. « En dix minutes, toutes mes propositions avaient été bazardées, c’était la séance la plus déstabilisante de ma vie. J’étais en panique avec mes outils de théâtre mais j’ai immédiatement eu envie, sans pouvoir tout de suite dire pourquoi, de cheminer avec cette capacité à tout remettre en cause tout le temps », se souvient-elle. Depuis 2018, elle s’occupe des volets artistiques et de production de La Mue du Lotus, qui réunit douze acteurs en Meurthe-et-Moselle, adossée au Caps de Rosières-auxSalines, un établissement et service d’aide par le travail gérant l’accompagnement social. Le projet vise à professionnaliser dix à douze comédiens en situation de handicap mental (trisomie, autisme…) et psychique (schizophrénie…). « La mixité y est immensément riche car voisinent des personnes ne sachant ni lire ni écrire et un ingénieur de formation de 59 ans. Il faut s’adapter aux possibilités de chacun tout en bénéficiant de l’effet moteur du groupe et de l’exigence de la création. » La complexité de l’accompagnement n’est pas si différente de celle des acteurs de Tout va bien !, elle exige simplement beaucoup plus de temps, de monde et de manières de faire inventées sur-mesure. « La singularité forte des comédiens en situation de handicap fait tanguer un peu plus fort le bateau du spectacle vivant. Les émotions et les corps prennent des che24
POLY 249
Septembre 22
mins de traverse surprenants et déroutants, qui obligent à sortir des rythmes habituels de création : il y a plus de recherche au quotidien, le spectacle n’est pas la finalité mais une étape montrée d’une recherche au long cours éclatant les paradigmes. » Leur nouvelle création, Le Champ des possibles, se base sur des improvisations dans l’espace public. Un « pari fou » pour le scénographe et co-metteur en scène Guillaume de Baudreuil que de les « faire nous emmener dans leur univers, de réussir à ce qu’ils posent leurs corps et leurs émotions dans leur bizarrerie, en des lieux inhabituels où n’importe quoi peut arriver ». Si la forme de balades est figée en solos ou duos, leur articulation n’a de cesse de se recomposer à chaque fois. Après le passage d’une porte symbolique, les acteurs choisissent le lieu de leur arrêt improvisé. « On touche un endroit de jeu frôlant le réel, l’instant et l’inédit qui tordent les choses, les envies, les regards », confie-t-il. Et Virginie de conclure : « Cette troupe permanente a dû apprivoiser une grande liberté, apprendre à écouter les espaces pour dessiner ensemble les dynamiques de chacun, leurs forces et délicatesses qu’ils livrent sans artifices. » Au Centre de création ouvert aux arts en campagne (Montiers-surSaulx) les 16 et 17 septembre (en partenariat avec l’ACB – scène nationale de Bar-le-Duc), au Parc du Charmois (Vandœuvre-lèsNancy) les 23 et 24 septembre (avec le CCAM) et à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Champenoux) le 2 octobre (en partenariat avec Scènes et Territoires) cietoutvabien.com
FESTIVAL
Coup de théâtre Pour sa deuxième édition, Micropolis poursuit la démocratisation de l’accès à la culture avec neuf spectacles, conçus pour être joués hors des salles habituelles. Par Julia Percheron – Photo de Longueurs d'ondes par Jean-Marc Lobé
C
onservatoire régional du Grand Nancy, Institut européen de Cinéma et d’Audiovisuel… cette année, sept établissements de la métropole lorraine – pour la plupart dépourvus d’équipements théâtraux – ouvrent leurs portes au festival Micropolis. « Aujourd’hui, il y a une nécessité d’aller vers les publics, de les sensibiliser à cet art en leur en simplifiant l’accès », résume la directrice du Théâtre de la Manufacture et metteuse en scène Julia Vidit. Une volonté de décentralisation qui a convaincu quatre nouvelles structures de faire partie de cette manifestation, à l’image du Goethe-Institut et de l’IAE. « On pourrait se demander quel est le lien entre une école de management et le théâtre, mais c’est justement l’envie de faire découvrir la culture à cette jeunesse qui donne tout son sens au projet. »
Parmi les spectacles proposés, la création musicale et audiovisuelle n’est jamais loin : Longueurs d’ondes* (01 & 02/10, Théâtre de la Manufacture), mis en scène par Bérangère Vantusso, mêle
ainsi sons d’archive et témoignages pour redonner vie à Lorraine Cœur d’Acier, une radio pirate lancée en 1979. « L’artiste contemporain Paul Cox l’a mis en images en s’inspirant du kamishibai japonais, à la façon d’une pièce de théâtre de papier. Le narrateur raconte l’histoire en faisant défiler des dessins glissés dans un castelet en bois, ce qui rend les acteurs très vifs et énergiques. » Laura Fedida et Hugues De La Salle, de la Compagnie trois-6ix-trente, s’emparent donc de la scène afin de livrer « un message sur l’engagement, teinté d’humour et de couleur. » Le jeune public est également convié à s’initier à ces représentations, notamment à travers Dissolution (29/09-02/10, Goethe-Institut), « une œuvre intergénérationnelle centrée sur trois personnages différents. » Écrite par Catherine Verlaguet, mise en scène par Julia Vidit et jouée par le conteur Rachid Bouali, cette histoire « aborde la question de la disparition et de la transmission : un grand-père s’en va, ce qui entraîne un questionnement sur le sentiment d’exister, la manière dont il faut s’y
prendre pour ne pas passer à côté de sa vie. » Seul sur scène, le comédien interprète à tour de rôle le vieil homme, son fils et son petit-fils, créant une atmosphère « douce et drôle à la fois. » Plus improbable et pourtant « très prenant », le Concert à table (30/09 & 01/10, Théâtre de la Manufacture) de Claire Diterzi et du musicien Lou Renaud-Bailly « interroge sur la création d’un lien par les sons. » La chanteuse détourne des objets du quotidien pour créer un ensemble musical déroutant : « bouilloire, verres d’eau, clochettes, crayons… elle s’en sert pour accompagner sa voix sur ses propres chansons et, même si elle suit une trame, je suis persuadée qu’il y a une part d’improvisation à chaque fois », sourit Julia Vidit. Au Théâtre de la Manufacture et dans six autres lieux (Nancy) du 29 septembre au 2 octobre theatre-manufacture.fr
*
Voir Poly n°208 ou sur poly.fr POLY 249 Septembre 22
25
MUSIQUE
Bogota Social Club Avec leur dernier opus, les Colombiens du Meridian Brothers poursuivent leur hommage fantasque à la musique latina et revisitent la “salsa dura“ des seventies. Par Suzi Vieira – Photo de Mariana Reyes
D
epuis près d’un quart de siècle, le producteur colombien Eblis Álvarez (à gauche) secoue la scène underground latino-américaine en réinvestissant avec truculence et inventivité le riche patrimoine musical de son pays. Loin de la cumbia aseptisée dont se repaît aujourd’hui l’industrie mondialisée, cet authentique digger dans l’âme œuvre, avec ses quatre complices du Meridian Brothers – combo expérimental aussi baroque que barré –, à la réévaluation des folklores andins, latins ou afro-caribéens trop longtemps méprisés et ringardisés, du vallenato au bullerengue. Un an seulement après l’album Paz en la Tierra, la formation bogotanaise remet ainsi au goût du jour El Grupo Renacimiento, mythique et éphémère septet de ”salsa dura” devenu, à la fin des années 1970, la voix de la jeunesse dans un pays déchiré par la guerre civile et l’essor du narcotrafic, avant de voir ses membres tomber dans la drogue et l’oubli. C’est du moins ce que raconte la légende… inventée de toutes pièces par les Meridian Brothers ! Car Renacimiento n’a jamais existé. Le
26
POLY 249
Septembre 22
groupe imaginaire sert en réalité de prétexte à un hommage aussi fantasque que respectueux aux productions salseras des seventies, celles du grand Joe Arroyo ou d’orchestres comme La Columna de Fuego ou Los Hermanos Lebrón, portés par le souffle révolutionnaire de l’époque et les promesses marxistes d’un renouveau social et politique. « Sucio policía, no hay diversión / Anarquía absoluta, la Solución » (« Policier pourri, pas de distraction / Anarchie absolue, la Solution »), chante Álvarez de sa voix modifiée sur le refrain du morceau d’ouverture, La Policía, qui dénonce les violences policières d’hier – et surtout d’aujourd’hui – au rythme chaloupé des congas. Dans Metamorfosis, son double venu du passé imagine se réveiller un jour dans la peau d’un robot. Errant à corps perdu dans un monde kafkaïen au possible, « plein de caméras, plein de drones », il prie les divinités yorubas de le sauver d’un futur dystopique où la technologie cannibalise l’humain. C’est du néo-tropicalisme pur jus. Musicalement, la copie est parfaite, de la salsa à
l’os : la façon de chanter, le format, les montunos répétitifs du piano. Et puis, deci delà, subtilement saupoudrées, quelques nappes de synthés résonnent, donnant à l’ensemble un jubilatoire effet de pastiche psyché. Le disque sort chez Ansonia Records, mythique label créé dans les années 1940 à Brooklyn par un immigré portoricain. Merengue, bomba, mambo, boogaloo… la maison joua un rôle majeur dans l’essor de la musique latina, avant de péricliter à la fin des eighties. Elle renaît aujourd’hui de ses cendres avec ce Meridian Brothers & El Grupo Renacimiento, annonçant déjà quelques autres perles à venir ! Aux Trinitaires (Metz) mercredi 14 septembre citemusicale-metz.fr
Édité par Ansonia Records ansoniarecords.com
Dans le tourbillon de la vie Elle a déboulé de nulle part, à la fin 2021. Depuis, la Messine Jeanne Tonique enchaîne singles et EPs, à grands coups d’hyperpop ultra vitaminée. Entretien. Par Suzi Vieira – Photos de Shtrak Productions (gauche) et Lucie WDL (droite)
On vous a découverte en octobre dernier avec le single Allez Sorry, posté sur YouTube, où des collégiens enthousiastes hallucinaient en découvrant le flow incisif de leur ancienne surveillante… Mais qui êtes-vous ? Une Messine de 26 ans, sans réel parcours musical jusqu’à présent, en dehors peut-être du groupe de rock plutôt nul que j’avais créé à 13 ans… Ce qui m’avait tout de même valu de faire la Une d’Okapi [Rires] ! Comment est née Jeanne Tonique ? Par des après-midis pluvieuses à Galway [Rires]. Partie un peu à l’aventure en Irlande, j’y suis finalement restée deux ans, avant de m’installer au Canada. Je 28
POLY 249
Septembre 22
travaillais comme serveuse, m’ennuyant dans la chambre de ma coloc’ entre deux services. J’avais Ableton sur mon ordinateur et je me suis mise à explorer le logiciel en bidouillant des sons, un peu comme on se plonge dans un jeu vidéo pour passer le temps… À mon retour en France, j’ai fait la connaissance de Cadillac Prod, un autre Messin. On a commencé à travailler ensemble pour lancer le projet. En Irlande, ils avaient du mal avec mon prénom, qu’ils prononçaient “Jean”, comme les pantalons. J’étais serveuse, alors… c’est vite devenu “Jean Tonic” ! J’ai gardé l’idée. Un premier EP (WOCB) en décembre 2021, un second (Space) en avril dernier, un single en français (Réveillée)
cet été et un album annoncé pour les semaines à venir… Vous ne chômez pas ! C’est l’avantage de travailler à deux : on est beaucoup plus productifs ! Cela m’a permis de trouver mon chemin, de construire mon identité musicale, de voir un certain style s’étayer peu à peu. J’ai enfin l’impression de savoir où je vais, et ça fait du bien ! Votre univers justement, comment le définiriez-vous ? Il est de plus en plus hyperpop, coloré et dansant – ce qui est assez nouveau. C’est un mélange de pop, de rap, avec des sonorités electro pouvant sonner un peu eighties parfois et qui contrastent avec des textes sombres, mélanco-
MUSIQUE
liques. Si je devais résumer ma musique en une image, je dirais que c’est comme pleurer en dansant éperdument. Vous vous inscrivez dans le mouvement hyperpop. De quoi s’agit-il ? C’est une manière de faire de la musique sans complexes, ni barrières, en puisant dans tous les genres des dernières décennies pour sortir quelque chose de paradoxalement futuriste, à la manière de Charli XCX, Sophie ou Tommy Cash, par exemple. Mais contrairement à ce qui se fait habituellement dans l’hyperpop, mon projet avec Cadillac Prod se base sur l’authenticité de la voix, bien moins modifiée et robotique qu’ailleurs. En grande admiratrice de Björk et Kate Bush, le chant a pour moi une place centrale. La voix véhicule le message, c’est l’instrument intime par excellence : c’est moi, Jeanne. Vos paroles sont très intimes ellesaussi. Pourquoi ? Elles mettent en avant notre vulnérabilité à tous, tout en célébrant la fête. Je parle de regrets, de relations difficiles, de traumatismes, de passer outre… Quand j’écris, c’est comme si je constituais un bloc notes de toutes ces petites blessures que l’on garde en nous sans arriver à les dire. Réservée et timide, je n’ai jamais été à l’aise avec les autres : composer des chansons me permet de prendre du recul sur certaines situations, de les rejouer sans faux-semblants. C’est en exposant ses failles et en assumant ce qu’on est pour de vrai qu’on devient plus fort. Cela fait cliché, mais la musique a vraiment quelque chose de cathartique. Vous n’hésitez pas, cependant, à vous engager sur des thématiques féministes (Not your bb)… Je ne fais pas de la musique militante. Je raconte ma vie et comme je suis une femme, ces problèmes-là sont forcément présents. Après… si je peux faire passer certains messages, tant mieux ! « J’étais pas rôdée pour qu’on m’entende », dites-vous sur Réveillée… Toute mon adolescence, j’ai souffert d’un manque de confiance en moi. Aujourd’hui encore, je mène un tra-
vail constant pour m’affirmer, arriver à me sentir légitime dans ce que je suis. Jusqu’à il y a peu, j’ignorais pouvoir chanter comme cela ! Et les retours positifs du public me donnent beaucoup de force. Au point d’assurer la première partie d’Orelsan au Zénith de Nancy, en juin dernier ! C’est fou, en effet. Pour un groupe émergent comme le nôtre, cela représente une opportunité inouïe. Les jours qui ont suivi, les messages de gens touchés par notre musique ont afflué sur les réseaux par centaines. On a mis une bonne semaine à redescendre [Rires] !
Au Festival Bon Moment (Nancy) vendredi 16 septembre et à Nancy Jazz Pulsations mercredi 12 octobre
Autoproduit fanlink.to/spaceEP
POLY 249 Septembre 22
29
FESTIVAL
Underground resistance till I die L’Ososphère, ce sont bien sûr deux nuits de transe electro et de convulsion joyeuse des corps, mais pas que ! Rencontre avec Thierry Danet, directeur d’un festival protéiforme et engagé. Par Suzi Vieira – Photo de Laetitia Waegel pour Poly
Vous avez créé L’Ososphère en 1998. Quel est l’ADN de cette manifestation devenue l’un des événements phare de la vie culturelle strasbourgeoise ? Dès le départ, il s’agissait d’accompagner les dynamiques profondes à l’œuvre dans la société, selon trois axes principaux : musical, artistique et politique. La techno était en plein essor et nous voulions créer un contexte propice à son expression. Dans les années 1990, une soirée electro, c’était 3 ou 4 espaces scéniques minimum – une revendication très importante, qui cherchait à mettre le spectateur au centre de la fête, refusant de lui imposer un programme défini pour lui offrir au contraire la liberté de déambuler au gré de ses envies. Quant aux DJs, ils étaient loin encore d’être reconnus comme de vrais artistes : tout juste des gens bons à pousser des disques ! [Rires] En outre, nous étions, parallèlement, à l’aube d’une formidable révolution technologique, et l’idée était de donner de la place aux arts numériques balbutiants (sonores comme visuels). Enfin, cela s’articulait parfaitement à cette volonté, commune à toute l’équipe de La Laiterie Artefact, d’aller au-delà du simple festival de musique pour accompagner la mutation urbaine de Strasbourg. C’est cela au fond qu’interroge tout le projet : qu’est-ce que “faire ville ensemble” ? Et ce nom étrange alors, il vient d’où ? Il est inspiré des biosphères implantées au début des années 1990 dans le désert d’Arizona, où des scientifiques s’enfermaient pendant des mois pour tenter de reconstruire un écosystème artificiel et mener des expériences. L’idée, pour nous, est de créer, à travers le festival, comme une bulle de ville rêvée, intercalée entre la réalité actuelle de notre quartier et tous les possibles qui peuvent s’offrir aux habitants. Un espace public idéal. L’Ososphère est un lieu de dialogue ouvert à tous, qui permet de questionner autant que faire se peut nos façons d’habiter, de vivre, de faire, de voir… dans l’espoir que tout cela ait des résonnances par la suite et influence la fabrique de la ville. C’est une tentative sans doute naïve, mais à laquelle nous voulons croire. Concrètement, que mettez-vous en place pour créer cet “espace public idéal” ? On investit complètement le quartier Laiterie, en ouvrant et restaurant un jardin abandonné où un collectif d’artistes monte – avec l’aide des habitants – son projet d’arts hybrides, 30
POLY 249
Septembre 22
en animant une radio en direct, en installant sur les places et dans les rues des espaces pour que les gens se retrouvent, une exposition in situ ouverte jour et nuit pour susciter les échanges et la réflexion, une boîte aux lettres pour envoyer des cartes aux voisins, un café conversatoire, des Labs, etc. Et puis… on met un peu de musique aussi ! [Rires] Justement, parlez-nous de la programmation des Nuits électroniques : comment l’avez-vous pensée, après deux ans d’éditions annulées ou réduites ? On veut remettre la ville à danser ! Le line up des deux Nuits (avec leurs quatre dancefloors) a été entièrement conçu dans cet esprit festif. On y retrouve à la fois des artistes relativement nouveaux dans le circuit, comme par exemple Hysta ou Mila Dietrich, et des références, tel le grand Jeff Mills, pionnier du genre et de l’Underground Resistance à Détroit, qui a tant milité pour que cette fête existe dans les années 1980. Sans oublier les joyeux énergumènes de la fanfare de techno allemande Meute, qui feront l’ouverture d’une édition clamant haut et fort un right to party retrouvé et revendiqué ! Avec près de vingt-cinq ans au compteur, le festival a accueilli la crème de la techno, tant nationale qu’internationale… Certains sets vous ont-ils marqué plus que d’autres ? On en a vécu des moments inoubliables, c’est vrai ! Je me souviens qu’au début, en 1999 je crois, on avait programmé Richard D James d’Aphex Twin. Il avait annulé en dernière minute plusieurs autres dates en Europe et, pour être honnête, on ne croyait plus trop à sa venue. Finalement, il est arrivé… et cet abruti a joué tout son set accroupi derrière les platines – finissant même par jeter du sable dessus –, si bien que personne n’a cru qu’il était présent. [Rires] Mais, je le jure, il était là ! Il s’est même servi de la soupe juste avant moi dans la file au catering ! Au Quartier Laiterie (Strasbourg) du 23 septembre au 2 octobre ososphere.org > Au programme des Nuits électroniques (23 & 24 septembre), sont à retrouver, entre autres : Meute, Fakear, NTO, Breakbot Irfane, Mila Dietrich, DJ Vadim ou Camion Bazar le vendredi et Jeff Mills, Billx, Casual Gabberz, Roman Poncet, Lola Palmer, Traumer ou encore Hysta le samedi
POLY 249 Septembre 22
31
MUSIQUE
Dakar éternel Monument de la musique sénégalaise, l’Orchestra Baobab continue à faire danser le monde avec son cocktail euphorisant mêlant l’Afrique et Cuba. Par Suzi Vieira – Photo de Youri Lenquette
C’
est un ensemble mythique, un groupe de légende, qui a fait danser le Tout-Dakar dans les seventies, est tombé dans l’oubli, puis a resurgi au début des années 2000, à la faveur de sa découverte par le public européen. L’histoire débute en 1970, quand Adrien Senghor – neveu du président-poète Léopold – débauche les meilleurs musiciens du Miami, une boîte de nuit des quartiers populaires, pour animer la piste de son très select et tout nouveau Club Baobab. Parmi eux, les vocalistes virtuoses Balla Sidibé (également timbaliste) et Rudy Gomis, le guitariste togolais Barthélémy Attisso, le charismatique saxophoniste Issa Cissokho ou encore le grand ténor Laye Mboup, illustre descendant d’une longue lignée de “guewels” (griots wolofs). Élites locales, hommes d’affaires, célébrités, diplomates et expatriés viennent alors se déhancher au rythme de leur
savant mélange de folklores ouest-africains et de sonorités cubaines, en vogue sur le continent depuis les années 1940, quand les marins ramenaient des disques des Caraïbes. Du temps de sa splendeur, l’orchestre aux parfaites mélodies métissées commet plusieurs chefs-d’œuvre, devenus de véritables standards. Sur Utrus horas (1982), où les lignes de guitare et de saxo s’entrelacent suavement au son du créole portugais mélancolique de Gomis – le salsero manjak de la bande, décédé en avril dernier –, les audacieux Baobabs reprennent l’un des plus célèbres hymnes guérillero du poète bissau-guinéen José Carlos Schwarz, révolutionnaire de la première heure, tôt persécuté par les colonisateurs. Dans ce boléro à la force tranquille, chaque instrument répond à l’autre avec la même grâce, sans en rajouter, ancré dans la certitude profonde que l’intensité de l’émotion est là, inouïe. Jiin Ma Jiin Ma (1981) – autre banger de la formation, chanté à l’origine par le griot Ndiouga Dieng – rappelle de son côté qu’en amour, il ne faut jamais rien prendre pour acquis. Éclipsés dans les années 1990 par le mbalax étourdissant de Youssou N’Dour, un de leur plus grand fan, les sémillants vétérans n’ont pourtant pas dit leur dernier mot. En 2002, avec l’aide du producteur anglais Nick Gold, déjà à l’origine de la formidable résurrection des Cubains du Buena Vista Social Club, ils sortent l’album Specialists in All Styles, suivi en 2007 par Made in Dakar, puis en 2017 par Tribute to Ndiouga Dieng. Depuis, les tournées internationales s’enchaînent, dont celle débutée en 2020 pour fêter les cinquante ans du combo. Car pour assurer la relève, malgré les disparitions successives des anciens, de nouveaux talents sont régulièrement intégrés, comme le chanteur Alpha Dieng (fils de Ndiouga) ou le guitariste René Sowatche. « Un baobab, ça ne meurt jamais », avertissait déjà Balla Sidibé en 2007. « Même desséché, il refait de jeunes pousses et renaît ! » À La Vapeur (Dijon) dans le cadre du Tribu Festival vendredi 30 septembre et à l’Espace Django (Strasbourg) mardi 18 octobre orchestrabaobab.com
Édité par World Circuit Records worldcircuit.co.ik 32
POLY 249
Septembre 22
Les Possédés d’Illfurth du Munstrum Théâtre 27/09 à La Coupole de Saint-Louis, 28/09 à la salle Europe de Colmar, 30/09 à L’Espace 110 d’Illzach, 03-08/10 aux Transversales de Verdun, 24 & 25/11 à l’Espace BMK de Metz, 30/11 & 01/12 au Carreau de Forbach, 05/01 à la MAC de Bischwiller et 07/01 au 13e Sens d’Obernai
Saisons 22/23
© Claudius Pan
Les choix de la rédaction
Saisons 22/23 ALSACE
BADEN-BADEN
AJAM
FESTSPIELHAUS
Tournées. Pour leur 62 saison, les Amis des jeunes artistes musiciens continuent à faire découvrir les futurs grands du classique pour des dates dans toute l’Alsace. Cette saison, on craque pour le harpiste Marcel Cara (0616/10), qui explore toutes les ressources de son instrument, le duo composé par la violoniste Élise Bertrand et le pianiste Gaspard Thomas (22/01-01/02) ou encore le pianiste Kojiro Okada (02-10/05). Hors-série. La Philharmonie invite l’AJAM au Palais des fêtes de Strasbourg (12/06), avec le clarinettiste Lilian Lefebvre. ajam.fr e
AUDINCOURT LE MOLOCO Rookie. Le jeune loup du rap français Luv Resval (18/11, et avant cela le 21/10 à La Laiterie, Strasbourg) déploie ses textes cryptés, entre mythologie grecque et bitume des cités, sur son flow mélodique et percussif. Ovni. San Salvador (02/12), véritable ovni explosant tous les cadres existants des musiques traditionnelles occitanes, est un ensemble de six voix, pour un chœur punk haletant. Et dire qu’ils viennent du… massif central ! lemoloco.com
Nos coups de cœur. Tristan und Isolde de Wagner en version de concert dirigé par Teodor Currentzis, avec Andreas Schager et Brigitte Christensen (17 & 20/11), Placido Domingo chante Verdi (26/11), Max Raabe et son univers de dandy des Années folles (03/12), Rolando Villazón pour célébrer la fin de l’année (31/12). Dancing Star. Avec The World of John Neumeier, le célèbre chorégraphe fait découvrir la maestria du Hamburg Ballett grâce notamment au Projet Beethoven II (01-03/10) et à Hamlet 21 (07-09/10). Berlin. Pour leur résidence pascale traditionnelle à Baden-Baden (01-09/04), les Berliner Philharmoniker donnent Die Frau ohne Schatten de Richard Strauss, sous la direction de Kirill Petrenko, ainsi qu’un bouquet de concerts. festspielhaus.de THEATER Magique. La Fête du Théâtre (10/09) promet 1 001 événements : coup d’œil en coulisses, spectacles insolites… Danse. Les Invisibles (05 & 06/10), un collage de chorégraphies signées John Neumeier. Événement. Une comédie musicale fondée sur La Cage aux folles (16/10-22/12). theater.baden-baden.de
BÂLE GARE DU NORD Lady Di. Pour Queen of Hearts, les compositeurs Jannik Giger et Leo Hofmann ainsi que la soprano Sarah Maria Sun explorent l’ambivalence de l’un des personnages publics les plus marquants du siècle dernier, la princesse Diana (19-22/10). Big Data. Les Espagnols Oscar Escudero et Belenish Moreno-Gil créent Subnormal Europe, hypnotique performance revisitant l’histoire du progrès technologique, depuis les premiers enregistrements sonores à Big Data (28/10). garedunord.ch KASERNE BASEL Danse. La chorégraphe suisse Tabea Martin s’inspire des révolutions du XXe siècle dans Demain est annulé (15-17/09). Performance post-collapse écologique, Ferox Tempus est une création de l’autrice et artiste brésilienne Luanda Casella (24/11) inventant un nouveau rapport au monde. Ligia Lewis, elle, signe A Plot / A Scandal (03 & 04/12), explorant les limites de la société. Enfin, ne manquez pas la Danse macabre de Martin Zimmermann (0810/12, puis à MA scène nationale de Montbéliard, 13/12, et au Maillon de Strasbourg, 0810/03 ) avec ses trois complices déclassés refaisant société sur la décharge où ils errent comme des âmes en peine.
AUDINCOURT
San Salvador
34
POLY 249
Septembre 22
RETROUVEZ L'ARTICLE SUR NOTRE SITE POLY.FR
© Kristof Guez
LE MOLOCO
Saisons 22/23 et rebondissent dans des décharges d’énergie. Corps et âme. Avec Coaching (04/11), Valeria Giuga réconcilie le corps et l’âme, mêlant philosophie, yoga et développement personnel. Krump. L’incroyable Nach s’inspire de Monique Wittig pour Elles disent… (10/11), ode au soulèvement féminin et à un nouveau rapport au corps comme à la sororité. Rap-Danse. Le rappeur belfortain Pihpoh présente Rire d’avenir (16/09) avec des danseurs de la Cie Fattoumi / Lamoureux. viadanse.com
BELFORT CCN DE FRANCHE-COMTÉ
LE GRRRANIT
ANKKH
Musique. La trap façon Pronto, Suisso-Ghanéen accompagné du Bâlois Morow (16/09). Le hip-hop en langue allemande tient l’une de ses stars made in Hambourg : Kwam.E mêle flow futuriste et sons old school dans son Izza Cold World Tour (04/11). Les amateurs de post-punk élégant se presseront au set de Die Nerven (11/11) ou encore à celui des Young Gods, qu’on ne présente plus (15/12). Event. Une après-midi familiale composée par Afro Basel avec produits, musique et festivités (01/10). kaserne-basel.ch THEATER BASEL Immense. Christoph Marthaler s’empare du Freischütz de Weber (15/09-02/12) : que vat-il rester du chef-d’œuvre romantique après avoir été passé à la moulinette du metteur en scène helvète ? Musical. Lady in the Dark de Kurt Weill (29/10-20/06) invite la psychanalyse à Broadway. Bartók Power. En rassemblant deux pages du compositeur hongrois, Le Mandarin merveilleux et Le Château de Barbe-Bleue 36
POLY 249
Septembre 22
(03/12-14/01), Christof Loy crée un fascinant spectacle. Création mondiale. Avec Persona (0417/03 à Gare du Nord), Anda Kryeziu s’attaque à l’œuvre éponyme d’Ingmar Bergman. Événement. Vergeigt (26/05-16/06) est une collaboration entre le metteur en scène Herbert Fritsch, la violoniste Patricia Kopatchinskaja et le plasticien Jannis Varelas. Le résultat ? Un univers néo-dada explosant les frontières des genres et présenté dans le cadre d’Art Basel. Ballet. Explosiv! (26/05-16/06) marque la rencontre de deux chorégraphes d’exception, Alexander Ekman et Andonis Foniadakis. theater-basel.ch
BELFORT VIADANSE CCN DE FRANCHE-COMTÉ A Night in. Samuel Mathieu propose Saltarines dans le cadre de la Nuit des Arts de la Ville de Belfort (14/10). Dix femmes y chutent
Théâtre. L’artiste associée Leyla-Claire Rabih poursuit son travail de théâtre documentaire avec Traverses, nourri d’interviews avec des migrants (03/12). Cédric Gourmelon monte corde.raide de l’Anglaise debbie tucker green (28/02). Un huis clos sombre dans laquelle une victime doit décider, devant des membres de l’administration, de la peine de son agresseur… Marionnettes. La star Ingvild Aspeli revisite le mythe de Dracula avec le Puppentheater Halle (04/02). Danse. Énergie à revendre dans Punk Kill me please, ode au renversement contestataire musical de la Compagnie Francesca Foscarini – Cosimo Lopalco (20/10). Made in. Movimentale est un festival de vidéo danse créé à Naples pour fabriquer un lieu d’échange où les différents langages de la danse et du numérique se confondent. Il débarque à Belfort (08 & 09/10). Underground. ANKKH, le DJ milanais, signe des perfs surréalistes de haut vol (09/12). Love, etc. Pippo Delbono s’en revient avec un projet de… concert ! Dans Bestemmia d’Amore (13/11), c’est accompagné d’Enzo Avitabile qu’il se livre en toute intimité. grrranit.eu LA POUDRIÈRE Cru. Originaire de Roubaix, ZKR fait revivre l’esprit des battles d’antan avec un rap de rue entre insolence et sagesse (21/10). Positive soul. J.P. Bimeni retrouve son puissant combo funk The Black Belts et livre son groove gorgé d’optimisme (18/11). Solaire. Seule avec ses machines, Romane Santarelli décline son electro sensuelle et hypnotique (19/11). poudriere.com
BESANÇON CDN DE BESANÇON Shakespeare. Après Antoine et Cléopâtre, Célie Pauthe renoue avec William Shakespeare en créant Comme il vous plaira [Fragments] (04 & 05/11). RETROUVEZ L'ARTICLE SUR NOTRE SITE POLY.FR
Saisons 22/23 Performance. Rébecca Chaillon, découverte avec Carte noire nommée désir (2123/02 avec Les 2 Scènes POLY.FR), crée son premier spectacle pour ados, Plutôt vomir que faillir (29/11-03/12, puis au Maillon, Strasbourg, 18-21/01, et à NEST, Thionville, les 21 & 22/03). Twenty-seven. L’ancienne pensionnaire de l’École du TNS, Dea Liane, crée un spectacle en hommage à la chanteuse libano-syrienne Asmahan. Le Cœur au bord des lèvres est une variation autour de la trajectoire d’une actrice de cinéma et messagère des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale (31/01-03/02), disparue tragiquement au Caire, à 27 ans. Palerme. Violence patriarcale et incroyable solidarité féminine sont au cœur de la dernière pièce d’Emma Dante sur les bas-fonds de sa Sicile de toujours dans Misericordia (20-24/03 avec Les 2 Scènes, dès 16 ans, et à La Filature de Mulhouse, 29/09-01/10, à La Manufacture de Nancy 09-11/03 et au TDB de Dijon 14-17/03). VOIR PAGE 16 cdn-besancon.fr LES 2 SCÈNES Planoise. Jonglage et poésie de rue en plein quartier Planoise avec le Collectif Protocole dans Monument (19-22/10). Marionnettes. Un drôle de cabaret autour de la mort proposé par Ilka Schönbein dans Voyage Chimère (08 & 09/11). Ovnis. Marguerite Bordat et Pierre Meunier signent un oratorio à partir de l’œuvre de Gaston Bachelard, qui prend les atours d’un jazz band fou où la musique dialogue avec la
matière et la poésie contemplative (Bachelard Quartet, 12 & 13/11, puis au Théâtre National de Strasbourg, avec le TJP, 26/11-02/12). Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre créent une Radio Jam tout feu tout flamme (06-09/12). Hommage x2. Mathieu Bauer présente un vibrant hommage hybride et gaguesque au cinéma de Keaton, l’homme qui ne souriait jamais (Buster, 17 & 18/01). Le duo alléchant Fanny de Chaillé et Sarah Murcia revisite Lou Reed avec leur voix et contrebasse dans Transformé (27 & 28/03). les2scenes.fr ORCHESTRE VICTOR HUGO FRANCHE-COMTÉ Voix. Sandrine Piau interprète Les Nuits d’été de Berlioz, Quatre Chansons françaises de Britten et des pages de Duparc (18/11, Théâtre Ledoux). Création mondiale. Les Mélodies d’Adèle Hugo, sur des poèmes de son père, dans une orchestration de Richard Dubugnon (31/03 au Théâtre Ledoux puis à la Commanderie de Dole, 02/04) ovhfc.com
BISCHHEIM SALLE DU CERCLE World. Servis par la voix magique de Hend Hamed, les Orange Blossom emportent les auditeurs dans un voyage sonore depuis l’Égypte jusqu’à Cuba (02/12). Sonore. Création de Juliette Steiner, Hors
Services engage une bagarre sonique archaïque contre l’absurdité chaotique du monde présent (17/04). Tzigane. Elle au chant et lui aux cordes. Le duo Ladislava revisite le répertoire des musiques traditionnelles d’Europe de l’Est en reprenant les grands classiques du jazz manouche, Brassens, Montand et Piaf (18/05, et avant cela au Riverhin de Village-Neuf le 25/02). salleducercle.fr
BISCHWILLER MAC ROBERT-LIEB Ange. Voilà dix ans que Cœur de Pirate vogue dans nos oreilles. Elle largue les amarres et expérimente une urgence créative née de la crise (04/10). Démons. Comment nos croyances façonnent-elles notre rapport au réel, à la morale ? Tentative de réponse avec Les Possédés d’Illfurth du Munstrum Théâtre (05/01, mais aussi 27/09 à La Coupole de Saint-Louis, 28/09 à la salle Europe de Colmar, 30/09 à L’Espace 110 d’Illzach, 03-08/10 aux Transversales de Verdun, 24 & 25/11 à l’Espace BMK de Metz, 30/11 & 01/12 au Carreau de Forbach et 07/01 au 13e Sens d’Obernai). Famille. Que devient la fratrie à l’âge adulte, entre rivalités, coups bas, jalousies, souvenirs heureux et jeux d’enfants ? Avec Cowboy ou Indien, la compagnie Groupe Déjà explore la subtile frontière entre amour et haine (dès 10 ans, 19/01). mac-bischwiller.fr
BISCHHEIM SALLE DU CERCLE
Orange Blossom
POLY 249 Septembre 22
37
Saisons 22/23 CHÂLONS-ENCHAMPAGNE Ouverture. Rendez-vous est pris pour la présentation de saison (06 & 07/09). Cinéma. Le festival War on Screen (0309/10) dans le Pays de Châlons-en-Champagne célèbre la paix pour sa 10e édition. L’invité d’honneur sera Jean-Jacques Annaud, un must ! la-comete.fr
110 d’Illzach les 20-21/01, au CCAM de Vandœuvre-lès-Nancy les 07 & 08/02, à L’Arsenal de Metz le 02/03). La nouvelle pièce de groupe d’Ezio Schiavulli, Jeux de société (16/05 et aussi à La Filature de Mulhouse, 08 & 09/11, à Pôle Sud, Strasbourg, 07 & 08/02, et à L’Arsenal de Metz, 17/05). Talent. Sous prétexte de rendre hommage à l’icône du glamour avec un micro et un piano, Cécile Milliat Baumgartner entremêle les destins de femmes, d’Hollywood à Colmar, avec Marilyn, ma Grand-mère et moi (04/03). lenouveaurelax.fr
CHAUMONT
COLMAR
LA COMÈTE
NOUVEAU RELAX Alléchant. Thibaut Wenger monte Un Ennemi du peuple, pièce grinçante d’Ibsen (06/04, également à L’Espace 110 d’ Illzach le 04/04, puis à l’Espace BMK de Metz les 13 & 14/04), où la vérité induit la solitude. Poétique. Écriture poétique et fildeféristes du nouveau cirque s’unissent pour Traverser les murs opaques, avec Marion Collé et le Collectif Porte27 (26/01). Plastique. Les impressions plastiques et chorégraphiques du Grand Nord, signées par la jeune et prometteuse Emily Evans, dans L’Odeur du gel (03/02 et aussi au Manège de Reims, 09/12, au TJP de Strasbourg, 19 & 20/01, et à La Filature de Mulhouse, 10/02). Ludique. Le Dark Circus de la compagnie Stereoptik met tout le monde d’accord, petits comme grands enfants (08 & 09/02) ! Dansant. La nouvelle pièce de Marie Cambois ALL (à la lisière…) (23/03, et aussi à Pôle Sud, Strasbourg, les 12 & 13/01, à l’Espace
Festival. Scènes d’automne en Alsace (0712/11) met notamment en avant la création de Mathias Moritz (Hôtel Proust, 10 & 12/11, puis à L’Espace 110 d’Illzach le 08/11 et au Maillon, Strasbourg, les 12 & 13/01) et la relecture tchékhovienne de L’Homme des bois par Nathalie Béasse (Nous revivrons, 07 & 08/11, également à La Manufacture de Nancy les 29 & 30/09). En Famille. Le Petit chaperon rouge de Céleste Germe se déguste dès 4 ans (01/04, et à La Comédie de Reims, 08-10/06), quand La Tristesse de l’éléphant, adaptation pour marionnettes, signée Thomas Ress, de la célèbre BD, attend les enfants dès 10 ans et leurs parents (20 & 21/01, puis au Taps, Strasbourg, 25-27/01). Par les villages. Youssouf Abi Ayad crée Rêver Molière, librement adapté du Roman de Monsieur de Molière de Mikhaïl Boulgakov et du film Molière d’Ariane Mnouchkine. Cette nouvelle pièce en itinérance jouera dans douze lieux partenaires (30/09-27/05). comedie-colmar.com
COMÉDIE DE COLMAR Créations. Émilie Capliez s’empare Des Femmes qui nagent, récit peuplé de figures fortes de sororité avec quatre comédiennes de tous âges (31/01-07/02, puis à La Comédie de Reims, 19-21/04). Matthieu Cruciani compose de son côté une comédie à l’italienne, Les Adultes n’existent pas (15-17/06, puis à La Comédie de Reims, 22-24/06), traversée cinématographique des fantômes de Vitti, Gassman, Lollobrigida, Mastroianni, Loren… Stars. Caroline Guiela Nguyen présente son ode à la Fraternité, conte fantastique (18 & 19/11, et au TNS 12-20/01), tandis que Pierre Guillois retrouve l’incroyable Olivier Martin-Salvan pour Les Gros patinent bien (14-16/12, et à Scène Vosges, Thaon-lesVosges, 04-06/10). Ne manquez pas l’excellent et classieux Jean-Christophe Folly dans Sensuelle, drame pétri d’humanité (10 & 11/02).
LE LÉZARD Lancement. Soirée de concerts pour célébrer la joie et fêter la musique entre Block Party (Radio Kaizman, 20h30) et ambiance guinguette façon Vladimir Spoutnik (09/09). Concert. Entre guitare et boucles électroniques, le facétieux duo JeanneMarie raconte avec tendresse et raffinement l’enfance, les parents, la vie des belettes, les insomnies, le corps qui s’éveille à la vie… (02/12, à confirmer) lezard.org SALLE EUROPE
COLMAR
Les Gros patinent bien
38
POLY 249
Septembre 22
© Fabienne Rappenneau
COMÉDIE DE COLMAR
Philosophique. Comment nos croyances façonnent-elles notre rapport au réel, à la morale ? Tentative de réponse avec Les Possédés d’Illfurth du Munstrum Théâtre (28/09, mais aussi 27/09 à La Coupole de Saint-Louis, 30/09 à L’Espace 110 d’Illzach, 03-08/10 aux Transversales de Verdun, 24 & 25/11 à l’Espace BMK de Metz, 30/11 & 01/12 au Carreau de Forbach, 05/01 à la MAC de Bischwiller et 07/01 au 13e Sens d’Obernai). Scientifique. La Théorie des ficelles d’Espèce de Collectif (28/10, puis 18/02 au TROIS C-L de Luxembourg) est une expérience de “science-fictive”, mêlant danse et parole pour analyser le mouvement des corps. Politique. Comédie onirique, enquête loufoque, portrait d’un héritage, La Vie et la mort de Jacques Chirac, roi des Français (09/03) est tout cela. salle-europe.colmar.fr THÉÂTRE MUNICIPAL One man show. Avec Vieux con ? (08/10), Christophe Alévêque entre en lutte contre la
RETROUVEZ L'ARTICLE SUR NOTRE SITE POLY.FR
Saisons 22/23 mièvrerie, l’hypocrisie, le lissage de la pensée, cet “Empire du bien” qui lui donne des boutons dans le cerveau. Boulevard. Le génial Oscar (23/11) ou Le Dindon de Feydeau (24/03) dans une adaptation théâtrale et musicale libre ! One woman show. Après ses spectacles sur l’école, les religions et la montée des extrêmes, Sophia Aram poursuit son observation de la société avec À nos Amours (09/12). theatre.colmar.fr
DIJON LE DANCING Festival. Pour la 23e édition d’Entre cours et jardins, le Centre de développement chorégraphique national Dijon BourgogneFranche-Comté propose, sur trois weekends (16-18/09, 01-02/10, 14-15/10), des expériences artistiques hors normes et hors les murs, entre espaces naturels d’exception et architectures chargées d’histoire. Au programme, entre autres, une performance chamanique au coucher du soleil (Nebula par Vania Vanneau, Bibracte, 16/09), le tournage d’un film sans fin (Les Yeux du menuisier, Précy-le-Moult, 14/10) et un Petit Bal pas si tradi (Quarré-Les-Tombes, 15/10) ! ledancing.com
Associée x2. Tamara Al Saadi maille finement son histoire personnelle et celle de l’occupation coloniale au Moyen-Orient dans ISTIQLAL (11-15/10), récit de la violence subie par des générations de femmes issues de ces territoires occupés. Elle signe aussi Elles (en tournée régionale, 14/11-31/03). Ovni. ANIMA ou la rencontre de la plasticienne Noémie Goudal et de la metteuse en scène Maëlle Poésy pour une œuvre traversée par la circassienne Chloé Moglia (06-14/01). Danse. Le très beau Giselle… de François Grémaud (30/03 avec Le Dancing et l’Opéra de Dijon, puis au Carreau de Forbach le 28/02), où un ballet classique se dévoile par les mots et quelques touches de gestes. Pouchkine. Dans Onéguine (03-07/04, puis au Théâtre Edwige Feuillère de Vesoul les 20 & 21/10), Jean Bellorini nous plonge, casque sur les oreilles en bi-frontal, dans l’intimité de jeunes russes aristocrates du XIXe siècle, entre rivalités amoureuses, passions et spleen d’une jeunesse dorée. Festival. Le toujours surprenant Théâtre en Mai, nouvelle version (18-28/05) ! tdb-cdn.com
Laurent Pelly, c’est la garantie d’une soirée follement gaie avec La Périchole (15-21/01, Auditorium). Événement. CHICAGO [DISTRICT] (2629/01, Grand Théâtre) est un hommage à l’une des villes les plus mythiques du continent américain, qui a vu la house music succéder au free jazz et au gospel. British. Le directeur de la maison Dominique Pitoiset monte Le Tour d’écrou de Britten (26/02-02/03, Grand Théâtre), huis clos hallucinatoire et oppressant, plein de nondits. On attend aussi sa version d’Armide de Lully (25-29/04, Auditorium) avec vive impatience. Inattendu. Le Cabaret du Faune (23/05, Grand Théâtre) de Romie Estèves et Nicolas Krüger, ou la rencontre entre Debussy et le cabaret. Coup de cœur. Avec Cage2 (06/06, Grand Théâtre), Élodie Sicard et Bertrand Chamayou ont imaginé un dispositif où le corps dansant évolue autour de quatre pianos préparés. opera-dijon.fr
DIJON
LA VAPEUR
LA VAPEUR
Cold. Onze ans après ses débuts remarqués, Anika (21/10) revient avec Change, deuxième album envoûtant, où elle poursuit son exploration du côté obscur et magnétique de la musique. Virage à 180°. Après deux ans sans nouvelles, Aloïse Sauvage fait son grand retour avec un album détonant, annoncé il y a peu par la sortie du single Focus et son rap ambitieux (17/11, et avant cela aux Trinitaires de Metz le 21/10). lavapeur.com
LA MINOTERIE Wonderland. Avec Alice je suis, la Cie qui bout propose une immersion visuelle et musicale dans le monde étrange des personnages de Lewis Caroll (06-07/10). Un spectacle-sensation interdit aux moins de 8 ans ! Doudous & Cie. Pour les tout tout-petits, la compagnie Bleu Renard a imaginé une Broutille, pièce chorégraphique pour 100 peluches (dès 8 mois, 12 & 14/10, puis à la Maison des Arts de Lingolsheim, 05 & 07/05). laminoterie-jeunepublic.fr OPÉRA Violon. Isabelle Faust interprète le Concerto de Stravinski avec le Philhar’ de Radio France et Sir John Eliot Gardiner (24/09, Auditorium). Mahler Power. Le Chant de la Terre a inspiré une vibrante méditation sur l’avenir de notre planète à Philippe Quesne (20/10, Auditorium). Culte 1. Deux partitions majeures de Charpentier retentissent entre les mains expertes de Jordi Savall à la tête de La Capella Reial de Catalunya et du Concert des Nations (18/12, Auditorium). Culte 2. Le Lac des cygnes, chef-d’œuvre de Tchaïkovski, est chorégraphié par Angelin Preljocaj (21 & 22/12, Auditorium). Bondissant. Offenbach mis en scène par 40
POLY 249
Septembre 22
Aloïse Sauvage
ORCHESTRE DIJON BOURGOGNE VOIR PAGE 60 orchestredijonbourgogne.fr THÉÂTRE DIJON BOURGOGNE Palerme. Violence patriarcale et incroyable solidarité féminine sont au cœur de la dernière pièce d’Emma Dante sur les bas-fonds de sa Sicile de toujours dans Misericordia (14-17/03, dès 16 ans, et à La Filature de Mulhouse, 29/09-01/10, à La Manufacture de Nancy, 09-11/03, et au CDN de Besançon, 20-24/03). VOIR PAGE 16
© Flo Pernet
DRUSENHEIM PÔLE CULTUREL Shakespeare. Souverains et bouffons, quiproquos et travestissements sont au programme de La Nuit des Rois, interprétée par la Cie Le Théâtre de l’Homme Inconnu (05/10). Anniversaire. Pour les 10 ans du Pôle culturel, Les Barboozes revisitent tous les tubes du passé (12/05). pole-culturel.drusenheim.fr
DUDELANGE CENTRE CULTUREL OPDERSCHMELZ Electro. Nouvelle révélation de la scène musicale belge, le groupe Rex Rebel, formé par Sam Bettens (anciennement Sarah Bettens), RETROUVEZ L'ARTICLE SUR NOTRE SITE POLY.FR
Saisons 22/23 & 06/01). Amours et tendresse qui cognent sous les assauts du désir et du whisky. Danse. Dans sa création Empire of a faun imaginary (09-11/12), Simone Mousset explore avec quatre performeurs les frontières entre humains et non-humains. Mourad Merzouki mêle musique baroque et danse hip-hop dans Folia (13 & 14/01). Jean-Claude Gallotta revisite le mythe de Pénélope (22/02, également à Scènes Vosges, Épinal, le 11/10) et les codes du ballet classique. theatre.esch.lu
ERSTEIN MUSÉE WÜRTH FRANCE
Lilly Wood and the Prick
© Nicolas Prado
KULTURFABRIK Riffs. Le duo d’Allemands déjantés Dÿse déploie son noise rock énergique et déroutant (11/11). Trash. Après six ans de pause, les métalleux de Vektor reviennent en Europe pour une tournée décapante (28/10). kulturfabrik.lu ROCKHAL Reinout Swinnen et Wim Van der Westen, combine basse, claviers, batterie et voix en transition, pour une electro pop 100 % désinhibée (13/01). Jeune public. Bibi Blocksberg est la petite sorcière la plus célèbre d’Allemagne. Pour le 40e anniversaire de sa création, COCOMICO raconte ses péripéties en une malicieuse comédie musicale qui séduira tous les petits (26/03). À partir de 4 ans. opderschmelz.lu
ERSTEIN MUSÉE WÜRTH FRANCE Fresh. Textes engagés, mélodies solaires et production electro. Lilly Wood and the Prick porte sur scène Most anything, un album pop et oxygénant (11/09). Festival. Au programme de la nouvelle édition de Piano au Musée Würth (11-13/11) : Bach, presque tout Bach ! Interprété par les meilleurs, de Laurent Cabasso à Can Çakmur, en passant même par le guitariste Thibault Cauvin. musee-wurth.fr SAISON CULTURELLE Théâtre d’ombre. Monsieur du Corbeau se trouve bien laid, avec sa couleur trop sombre au regard des chatoyants plumages du reste des hôtes de ces bois… (Couleur corbeau, 16 & 17/10, Auditorium de la Maison de la Musique, dès 4 ans). Clowneries. Digne héritier de Jacques Tati et Buster Keaton, le Catalan Leandre Ribera n’a Rien à dire, et c’est tant mieux (04/12, Auditorium de la Maison de la Musique, dès 6 ans) ! 42
POLY 249
Septembre 22
Femmes. Catriona Morrison s’empare du destin de Marguerite Möwel, brûlée comme sorcière au XVIe siècle, dans un duo haletant entre Sophie Nehama et Marie Schoenbock (L’Avis de Marguerite, 06/05 dans les jardins de l’Hôtel de Ville, et avant cela au Taps de Strasbourg, 11-14/10, et à la Salle Europe de Colmar, 28/11). ville-erstein.fr
Rap. Vald affirme son style entre rythmes funky et rimes multisyllabiques (29/10). Rock. Repéré il y a tout juste un an, le duo britannique Wet Leg (10/11) affole les radars avec un premier album post-punk ironique et jouissif. Pop. 10 ans de carrière pour les Parisiens gouailleurs de Feu ! Chatterton (08/12). rockhal.lu
ESCH-SUR-ALZETTE
FORBACH
ESCHER THEATER Roman. Du Goncourt de Nicolas Mathieu Leurs enfants après eux, Bach-Lan Lê-Bà-Thi, Carole Lorang et Éric Petitjean font une série théâtrale en 4 épisodes sur une jeunesse en quête de sens (12-22/10, mais aussi à La Manufacture de Nancy 07-09/12). Cirque. La Cie Flip Fabrique n’est rien moins que la nouvelle pépite québécoise du genre. Six° envoie tout valser : corps, cœurs et têtes (27 & 28/10) ! Le théâtre d’ombres est aussi au programme avec Natchav, ou l’émancipation de circassiens face à la dictature (17 & 18/11, également à la BAM de Metz, 2325/11, à l’ACB de Bar-le-Duc, 02 & 03/12, aux 2 Scènes de Besançon, 28/02-03/03, et au CCAM de Vandœuvre-lès-Nancy, 1517/03). Théâtre. La Plus précieuse des marchandises (22 & 23/11, également au Nest, Thionville, le 17/11), métaphore de la Shoah de Jean-Claude Grimberg, est mis en scène par Charles Tordjman. Julia Vidit se fait caustique dans C’est comme ça (si vous voulez), un Pirandello ravageur sur le populisme et la liberté (16/12). Gaël Leveugle signe une superbe adaptation d’une nouvelle de Bukowski (Un Homme, 10 & 11/02, et à l’Espace BMK de Metz les 05
LE CARREAU Festivals. Loostik, dédié au jeune public franco-allemand entre Forbach et Sarrebruck (0713/11). Primeurs, pour l’écriture dramatique contemporaine (en français et en allemand, 16-19/11) et Migrations, où l’on pourra voir Incandescences d’Ahmed Madani (16/03). Sans oublier le franco-allemand Perspectives, qui proposera notamment le Dialaw Project de Mikaël Serre, autour de la construction du port de Ndayane, projet titanesque vendu par les Émirats au gouvernement sénégalais, ou le récit des personnes vulnérabilisées par les choix politiques de quelques élites (30 & 31/05, ainsi qu’au Théâtre de la Ville de Luxembourg les 19 & 20/05). Munstrum. Ceux qui auraient raté Les Possédés d’Illfurth de Lionel Lingelser l’an passé ont leur séance de rattrapage (30/11 & 01/12, et aussi à La Coupole de Saint-Louis le 27/09, à L’Espace 110 d’Illzach le 30/09, à l’Espace BMK de Metz les 24 & 25/11 et à 13e sens, Obernai, le 07/01), entre exorcisme et hymne à la joie. Danse. Le très beau Giselle…de François Grémaud (28/02, puis au TDB de Dijon le 30/03 avec Le Dancing et l’Opéra de Dijon), où un ballet classique se dévoile par les mots RETROUVEZ L'ARTICLE SUR NOTRE SITE POLY.FR
Saisons 22/23 et quelques touches de gestes seulement. Narr : pour entrer dans la nuit, expérience participative de Vidal Bini rejouant la chorémanie de 1518 (25/11, et aussi au CCAM de Vandœuvre-lès-Nancy, 16 & 17/11, et à La Filature de Mulhouse, 02 & 03/03). carreau-forbach.com
FRANCFORT-SURLE-MAIN OPER Création mondiale. Signé Vito Žuraj, Blühen (22/01-10/12) narre l’histoire d’une femme tombée amoureuse d’un homme qui pourrait être son fils et apprenant qu’elle est atteinte d’une maladie incurable. Rareté 1. Francesca da Rimini de Saverio Mercadante (26/02-08/04) est une variation sur l’histoire contée par Dante permettant de (re)découvrir un compositeur ayant initié une réforme de l’opéra italien avec son canto drammatico. Iconique. Lorsque le metteur en scène Claus Guth s’empare d’Elektra de Richard Strauss (19/03-05/05), cela fait des étincelles ! Rareté 2. Die ersten Menschen de Rudi Stephan (02-20/07) narre l’histoire des premiers hommes chassés du Paradis… Une œuvre qui entre en résonance avec la période où elle fut écrite, juste avant la Première Guerre mondiale. Reprise. Le rarissime Vin herbé de Frank Martin (07-16/07). oper-frankfurt.de
FRIBOURG-ENBRISGAU THEATER FREIBURG Iconoclaste. Le collectif Showcase Beat Le Mot fait voler en éclats Der Freischütz de Weber (à partir du 02/10). Création mondiale 1. Escape (à partir du 09/10) est un diptyque questionnant les interactions entre la foule et l’individu dans un monde globalisé et numérisé. Il est composé par Lorry 39 de Ying Wang et A Cerebral’s Rhapsody de Huihui Cheng. Création mondiale 2. En collaboration avec une spécialiste de l’IA, la jeune compositrice Sara Glojnarić élabore un jeu de rôle avec Neuro-moon, Manage your Memories (à partir du 07/05). Danse. Le Dress Code de Julien Carlier (03/12). theater.freiburg.de
GUEBWILLER LES DOMINICAINS DE HAUTE-ALSACE Planant. Flowers of Evil (17/09) nous emporte dans un voyage onirique sonore et visuel, dans une Islande hors du temps. Electro orientale. Aux confins de la musique traditionnelle, du jazz, de l’electro et de la soul, telle est Oum (21/10). Classique. L’Orchestre symphonique de Bienne Soleure explore deux représentations
HAGUENAU
© Emmanuel Viverge
RELAIS CULTUREL
de Roméo et Juliette dans le répertoire, celles de Prokofiev et Bernstein (13/11). les-dominicains.com
HAGUENAU RELAIS CULTUREL Nos coups de cœur. Dans Le Jour où j’ai appris que j’étais juif (04/10), Jean-François Derec se met dans de petites histoires qui racontent la grande. The Puppini Sisters (08/11) rendent hommage au jazz des années 1930 et 1940. Smashed (13/12) rassemble 9 jongleurs, 80 pommes rouges et 4 services de vaisselle. Avec Égérie(s) (17/01), le Quatuor Debussy a l’ambition de déchiffrer les arcanes de la création. Usure (24/01) nous emporte entre hip-hop et danse contemporaine dans le cadre de Décadanse, festival des Scènes du Nord Alsace. Le Tartuffe (30/03, Mac Bischwiller) de la compagnie Astrov dans le cadre de Région(s) en Scène(s). La Philharmonie de Poche. L’ensemble propose plusieurs rendez-vous, dont Cent-Vingt (18/12), fascinant voyage dans les Balkans. Rires & chansons. Le festival L’Humour des Notes en est à sa 31e édition, en salle et dans les rues, à l’automne (13-21/05). On ne manquerait ça sous aucun prétexte ! relais-culturel-haguenau.com
HEIDELBERG THEATER HEIDELBERG Événement. Les Archives européennes des voix est une réflexion sur l’histoire du continent. Le coup d’envoi de ce projet de théâtre musical est donné à Heidelberg (à partir du 30/10). Rareté baroque. Ulysses de Reinhard Keiser (dans le cadre du festival L’Hiver à Schwetzingen, à partir du 03/12) a été complété par Clemens Flick et connaît, 300 ans après sa création, sa première recréation scénique. Comédie musicale. Sunset Boulevard d’Andrew Lloyd Webber (à partir du 26/01) est l’histoire émouvante d’une star qui se bat contre l’oubli. Danse. Avec Reality and the Cosmos (à partir du 20/05), le directeur du Ballet de la maison, Iván Pérez, met en scène des questionnements métaphysiques inspirés par Alfred North Whitehead. theaterheidelberg.de
HÉSINGUE LA COMÈTE La Philharmonie de Poche
Esseulé. Molière du Meilleur seul en scène 2022, Marc Arnaud mêle savamment standup et théâtre pour La Métamorphose des POLY 249 Septembre 22
43
Saisons 22/23 cigognes, qui raconte l’histoire d’un homme livré à lui-même dans une salle de recueil de sperme (21/10, et aussi à La Castine de Reichshoffen le 04/03). Endiablé. Les Wanted Posse, c’est un collectif croisant danse hip-hop, chant et burlesque. Séance de rattrapage pour ceux qui avaient raté Dance N’ Speak Easy, où les danseurs de l’asphalte recréent l’ambiance moite et électrique des mythiques speakeasy new-yorkais (24/09). lacometehesingue.fr
ILLKIRCHGRAFFENSTADEN L’ILLIADE Théâtre. Avec France (dès 12 ans, 11/10), Natacha Steck retrace la formidable épopée des Bleus en 98… histoire de se remettre de la défaite des coéquipiers de Mbappé à l’Euro 2021 ! Musique. Les Grenoblois déjantés du Big Ukulélé Syndicate débarquent et enjaillent le public avec leurs folles orchestrations joyeusement décalées (24/01). Danse. Dernière création des Wanted Posse, Steps on Strings rend hommage à la musique classique en enchaînant arabesques, house, saltos et breakdance (30/05). illiade.com
ILLZACH ESPACE 110 Temps forts. Scènes d’automne en Alsace (07-12/11) met notamment en avant la création de Mathias Moritz (Hôtel Proust, 08/11, puis
à La Comédie de Colmar les 10 & 12/11 et au Maillon de Strasbourg les 12 & 13/01) et Jeux de société, dernière création du chorégraphe Ezio Schiavulli (08 & 09/11 à La Filature de Mulhouse, en co-accueil, puis à L’Arsenal de Metz, 17/05, et au Nouveau Relax de Chaumont, 16/05). Le 37e festival international de bande dessinée Bédéciné (19 & 20/11) puis une Quinzaine en attendant Noël (01-16/12) et une excitante Quinzaine de la danse (1226/01), qui accueillera notamment la nouvelle pièce de Marie Cambois (ALL (à la lisière…) les 20-21/01, également à Pôle Sud, Strasbourg, les 12 & 13/01, au CCAM de Vandœuvre-lèsNancy les 07 & 08/02, à L’Arsenal de Metz le 02/03 et au Nouveau Relax de Chaumont le 23/03) et l’inclassable L’Odeur du gel d’Emily Evans, impressions plastiques et chorégraphiques du Grand Nord (10/02, et aussi au Manège de Reims, 09/12, au TJP de Strasbourg, 19 & 20/01, et au Nouveau Relax de Chaumont, 03/02). Munstrum. Ceux qui auraient raté Les Possédés d’Illfurth de Lionel Lingelser l’an passé ont leur séance de rattrapage (30/09, et à La Coupole de Saint-Louis le 27/09, à l’Espace BMK de Metz les 24 & 25/11, au Carreau de Forbach les 30/11 & 01/12 et à 13e sens, Obernai, le 07/01), entre exorcisme et hymne à la joie. Puissant. C’est l’une des plus belles pièces créées la saison dernière : Matthieu Cruciani y dirige le fabuleux Jean-Christophe Folly dans une Nuit juste avant les forêts, ivre de pulsions de vie et de mort (11-13/10 à La Filature de Mulhouse, en co-accueil). Alléchant. Thibaut Wenger monte Un Ennemi du peuple, pièce grinçante d’Ibsen (04/04, également à l’Espace BMK de Metz les 13 & 14/04 et au Nouveau Relax de Chaumont le 06/04), où la vérité induit la solitude. espace110.org
ILLZACH ESPACE 110
KARLSRUHE BADISCHES STAATSTHEATER VOIR PAGE 50 staatstheater.karlsruhe.de TOLLHAUS Festival. Dédié au cirque, l’Atoll Festival (1525/09). VOIR PAGE 18 Groupe. Un folk indie alternatif subtil, qui se promène dans le temps et l’espace : Black Sea Dahu (23/10) est de retour avec I Am My Mother. Danse. Avec In C (08 & 09/11, dans le cadre de Tanz Karlsruhe 2022), Sasha Waltz et ses danseurs s’emparent de la musique de Terry Riley. Nordique. La Norvégienne Kari Bremnes (21/04) balance un mystérieux mélange de folk arctique, de pop et de jazz. Guitar hero. Au programme du Shapeshifting Tour de Joe Satriani (26/05), de grands classiques comme Surfing With The Alien, Cherry Blossoms… tollhaus.de
KINGERSHEIM CRÉA Absurde. Pour leur deuxième spectacle, L’État des choses, les deux olibrius d’AnakAnak creusent leur sillon entre poésie, musique et théâtre d’objets (dès 8 ans, 08 & 09/11, Espace Tival). Atypique. Bougrr et Bigrr sont des voleurs de chansons. Pour les deux cambrioleurs, rien n’a plus de valeur que les beaux mots et les jolies ritournelles (dès 5 ans, 12 & 13/04, Espace Tival). Festival. La 32e édition de Momix (26/0105/02), dédié au jeune public : une référence internationale dans le domaine avec des spectacles venus du monde entier. crea-kingersheim.com
LINGOLSHEIM
© Jean-Louis Fernandez
MAISON DES ARTS
Nuit juste avant les forêts
44
POLY 249
Septembre 22
Déménagement. Alors qu’ils vident les 102 cartons de la maison de M. Maurel, Tartine, Tintin et Juju découvrent une étonnante machine musicale… la Machinarmonium (dès 5 ans, 27 & 28/11). Et le spectacle peut commencer. Doudous & Cie. Pour les tout tout-petits, la compagnie Bleu Renard a imaginé une Broutille, pièce chorégraphique pour 100 peluches (dès 8 mois, 05 & 07/05, et avant cela à La Minoterie dijonnaise, 12 & 14/10). mdarts-lingo.com RETROUVEZ L'ARTICLE SUR NOTRE SITE POLY.FR
Saisons 22/23 Festivals. Atlântico, un voyage sonore au Portugal et dans les pays lusophones (0109/10), et Rainy Days, véritable laboratoire dédié aux sonorités contemporaines (1527/11). philharmonie.lu
LUXEMBOURG PHILHARMONIE
Wynton Marsalis
LUXEMBOURG LES THÉÂTRES DE LA VILLE DE LUXEMBOURG Opéra. Luk Perceval transporte Die Entführung aus dem Serail de Mozart (27/0901/10) au-delà des clichés, un diptyque Kurt Weill avec la géniale vision d’Ivo van Hove d’Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny (1618/11), Simon Stone monte Tristan und Isolde de Wagner (27/02-05/03) au cœur de la contemporanéité, le duo iconique Emmanuelle Haïm / Guy Cassiers pour The Indian Queen de Purcell (21 & 22/04). Danse. Le retour du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch avec Das Stück mit dem Schiff (13-16/10), Tania Soubry explorant la dégradation climatique provoquée dans DJ WHIMSY or what will the climate be like? (06 & 07/12), Blanca Li nous convie au Bal de Paris (28/12-07/01) où musique et danse fusionnent avec la réalité virtuelle, Grupo Corpo avec un Double bill fondé sur les danses rituelles brésiliennes (10 & 11/03), Anne Teresa De Keersmaeker danse Les Variations Goldberg de Bach (04 & 05/05) et Vlaemsch (chez moi), premier volet d’un nouveau diptyque de Sidi Larbi Cherkaoui (29 & 30/06). Théâtre. Nos clochards célestes de Paul Pascot (29/10) a pour ambition d’attaquer l’inlassable et épuisant bégaiement de l’Histoire, Andromaque de Racine (11-20/11) est mis en scène par Yves Beaunesne, Songes d’une 46
POLY 249
Septembre 22
Nuit… (19-29/01) de Myriam Muller est un magnifique prétexte à la fête, à la communion entre scène et salle. La vision de Laurent Delvert d’On ne badine pas avec l’amour de Musset (22/02-09/03). theatres.lu PHILHARMONIE En résidence 1. Sir John Eliot Gardiner dirige l’OPL et le Monteverdi Choir dans un programme Brahms / Dvořák (13 & 14/10), puis le Royal Concertgebouw Orchestra (10 & 11/05), mais aussi la Messe en si mineur de Bach (17/04) avec les English Baroque Soloists. En résidence 2. Un des plus grands pianistes de la planète, Sir András Schiff (12/12, puis 12, 16 & 18/06). En résidence 3. Le légendaire Jazz at Lincoln Center Orchestra avec le trompettiste Wynton Marsalis (07 & 09/06). Aimez-vous Brahms ? La saison opère un zoom sur le compositeur allemand : AnneSophie Mutter et Pablo Ferrández donnent, par exemple, son Double concerto pour violon et violoncelle (14/11). Culte. Le pianiste Krystian Zimerman convie ses amis pour une soirée chambriste (09/10), les Préludes de Debussy par Jean-Yves Thibaudet (21/11 et à L’Arsenal de Metz le lendemain), Angélique Kidjo et Alexandre Tharaud se disent des Mots d’Amour (19/03), le Chamber Orchestra of Europe dirigé par l’inoxydable Herbert Blomstedt (26/05).
© Piper Ferguson
LES ROTONDES Cirque contemporain. Avec Trait(s), Coline Garcia propulse sa roue Cyr dans l’Art contemporain en explorant la figure du cercle, inspirée par Kandinsky (dès 3 ans, 0611/10, puis au TJP de Strasbourg 07-13/01). Les Belges du Cirque du bout du monde chamboulent tout avec des équilibres précaires (Der Lauf, 21 & 22/10). Fabula rasa. Un temps fort pour « raconter les histoires autrement » (20/01-12/02), avec notamment un Hamlet et nous entre deux frères (26-28/01). Multiplica. Arts et réalités numériques (2426/02). Picelectronic. Le Festival qui fait bouger la tête des kids et groover leurs parents (22 & 23/04). rotondes.lu
LYON MAISON DE LA DANSE Huge. La pièce politique et fascinante de Jan Martens : Any attempt will end in crushed bodies and shattered bones (11 & 12/10). Culte. Avec sa dernière création, Mystery Sonatas / for Rosa (08 & 09/11), Anne Teresa De Keersmaeker ancre son écriture gestuelle dans une partition musicale virtuose. Flamenca. Dix ans que la plus grande danseuse contemporaine de flamenco n’était pas revenue à Lyon. Rocío Molina y présente Al Fondo Riela (16 & 17/11), second volet de sa Trilogie pour guitares, où elle est accompagnée par les géniaux Eduardo Trassierra et Yerai Cortés. Young Gods. Nouvelle création du couple star Honji Wang et Sébastien Ramirez, qui mêlent toujours influence des arts martiaux et danse contemporaine avec Parts (11 & 12/01), descente en quatre parties dans la noirceur du monde. Collab’. Ne manquez pas la première pièce de groupe de Nach. La krumpeuse signe un quatuor dans Elles disent (02 & 03/03, au Théâtre de la Croix-Rousse), programmé dans le cadre du Festival Sens dessus dessous. maisondeladanse.com OPÉRA Wagner ! David Hermann s’inspire de l’univers de Philip K. Dick pour un Tannhäuser (11-30/10) version Blade Runner. Génial 1. Avec Mélisande (28/02-05/03), Richard Brunel et le compositeur Florent
RETROUVEZ L'ARTICLE SUR NOTRE SITE POLY.FR
Saisons 22/23 Hubert posent un nouveau regard sur cette héroïne emblématique. Génial 2. Le metteur en scène ukrainien Andriy Zholdak livre une expérience d’une intensité peu commune autour du Château de Barbe-Bleue de Bartók donnant deux interprétations successives de l’opéra (18/0302/04). opera-lyon.com
MANNHEIM
Lyon
NATIONALTHEATER MANNHEIM
OPÉRA
Nouveau. Créations (17/12) marque l’inauguration d’OPAL – Oper am Luisenpark – une nouvelle salle opérationnelle jusqu’à la réouverture de la maison mère sur la Goetheplatz, qui fait l’objet d’une rénovation générale. Wagner Power. Le Ring en une soirée (13 & 15/11, Musensaal im Rosengarten), une sacrée performance ! Danse. Le chorégraphe Stephan Thoss propose une variation sur Chopin avec Крик (à partir du 05/11, Alte Schildkrötfabrik). nationaltheater-mannheim.de
ORCHESTRE NATIONAL DE LYON
THÉÂTRE DE LA CROIX-ROUSSE Bijou. Antoine et Cléopâtre, rêverie de Tiago Rodrigues pour deux personnages, inspirée de l’épopée shakespearienne (04-07/04), est peut-être la plus belle des pièces du metteur en scène portugais, c’est dire ! Sang et Or. Dans Stadium (23-26/03), Mohamed El Khatib livre un vibrant hommage aux supporters lensois, le meilleur public de l’Hexagone, n’en déplaise aux Lyonnais et aux Strasbourgeois. Artiste complice. Johanny Bert présente trois pièces cette saison : l’érotisme sous toutes ses formes via Schnitzler dans La (Nouvelle) ronde (12-15/10), la sortie des clichés et des cases du genre avec Elle pas princesse, lui pas héros de Magali Mougel (10/06) et un Petit Bain plein de mousse et de tendresse (10 & 11/06). croix-rousse.com THÉÂTRE DES CÉLESTINS Goldoni. Claudia Stavisky, directrice des Célestins, présente sa Trilogie de la villégiature de Carlo Goldoni (20/09-08/10), fresque populaire dans l’Italie des fifties. Dostoïevski. Les fougueux Frères Karamazov mis en scène par Sylvain Creuzevault font du chef-d’œuvre russe un inoubliable moment (12-16/10). Just be yourself. Soirée dédiée au waacking – moins connu que le voguing et pourtant tout aussi important – en clôture du festival Karavel, avec Princess Madoki, Lynn Diva et Paul de Saint-Paul (23/10). Bujumbura. Frédéric R. Fisbach adapte à la 48
POLY 249
Septembre 22
MEISENTHAL LA HALLE VERRIÈRE Château de Barbe-Bleue
scène le Petit pays de Gaël Faye (04-08/01). Stars. Opéra cosmique parcouru d’émotions fortes, le nouveau spectacle d’Emmanuel Meirieu (Dark was the night, 31/01-04/02) revient sur l’histoire d’une bouteille à la mer interstellaire lancée avec la sonde spatiale Voyager II. theatredescelestins.com TNP Anton. La très belle Cerisaie de Tchekhov signée Tiago Rodrigues (06-16/09), succès du festival d’Avignon 2021, dont le metteur en scène portugais prend la direction. Marguerite x2. Pièce aussi iconique que l’est le texte de Duras, La Douleur, créée en 2008 par Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang, revit avec la toujours impeccable Dominique Blanc (28/09-09/10). Isabelle Lafon monte pour sa part Les Imprudents (24/1103/12, également à Ma Scène nationale de Montbéliard le 15/11), d’après des entretiens menés par l’écrivaine auprès d’anonymes dans les années 1960. URSS. Dans la tradition satirique d’un Gogol, mêlant lucidité féroce et comique grotesque, Le Suicidé de Nicolaï Erdman, monté par Jean Bellorini (15/12-20/01), a tout du vaudeville soviétique. Brésil. Dans Après le silence (23-26/05), Christiane Jatahy se penche sur les ressorts de la violence sociale de son pays. Elle s’inspire du roman Torto Arado d’Itamar Vieira Junior, dans lequel le culte afro-brésilien du Jarê et le contact avec une nature peuplée d’esprits anciens et de panthères magiques font face aux troubles connus depuis l’esclavage. tnp-villeurbanne.com
© Stofleth
Artiste associé. Le pianiste Alexandre Tharaud donne plusieurs concerts, notamment au cours d’un week-end à lui consacré (2123/04). Orgue. 2e Concours International Olivier Messiaen (01-05/11). Guest. Le Concertgebouworkest dirigé par Paavo Järvi avec la violoniste Lisa Batiashvili (22/02) et l’Orchestre de Paris accompagné de l’incandescente pianiste Yuja Wang (16/04). Culte. Après l’Eroica (30/09 & 01/10) et la Pastorale (10/12), Nikolaj Szeps-Znaider et l’ONL concluent le premier volet de leur intégrale des symphonies de Beethoven sur deux saisons avec la neuvième (15 & 17/06). auditorium-lyon.com
Lumineux. Le duo toulousain Cats on Trees, formé par Nina Goern et Yohann Hennequin, creuse la veine du pop-rock anglosaxon avec ses mélodies accrocheuses et ses motifs tubesques (22/10). Électrisant. À 73 ans, Hubert Félix Thiéfaine ”débranche” tout et propose une tournée acoustique pour mieux faire résonner ses textes poétiques (11/11). Mortel. Entre ritournelles flatteuses et écriture tranchante, les deux garçons du tandem Rouquine (10/12), vainqueurs du télécrochet The Artist, défendent sur scène leur premier album de chanson electro. halle-verriere.fr
METZ L’ARSENAL Révélation 1. Natif de Sarrebourg, Jonathan Fournel a décroché le Grand Prix du Concours de piano Reine Elisabeth en 2021 (18/10). Révélation 2. À 27 ans, Mikhaïl Bouzine est un immense pianiste. Il fait se croiser Scriabine, Feldman et Schumann (14/03). Culte 1. Les Préludes de Debussy par JeanYves Thibaudet (22/11 et à La Philharmonie de Luxembourg la veille). Culte 2. Des Cantates de Bach par le Collegium Vocale Gent et Philippe Herreweghe (26/01). Danse 1. Avec 3 Works for 12 (30/11), Alban Richard, directeur du CCN de Caen, réunit trois œuvres musicales pulsatiles de Louis Andriessen, David Tudor et Brian Eno, qu’il chorégraphie pour 12 danseurs. Danse 2. Anne Teresa De Keersmaeker poursuit sa collaboration avec la violoniste Amandine Beyer avec Mystery Sonatas / for Rosa (31/03, aussi à la Maison de la Danse de Lyon, 08 & 09/11). RETROUVEZ L'ARTICLE SUR NOTRE SITE POLY.FR
Saisons 22/23
Amours, rois et beautés Bizet, Wagner, Haendel, Strauss… Entre créations et reprises, zoom sur la dense saison 2022-23 du Badisches Staatstheater Karlsruhe où les mises en scène sont souvent disruptives. Par Hervé Lévy – Photo d’Aida par Felix Grünschloss
D
irigé depuis 2021 par Ulrich Peters, le Badisches Staatstheater Karlsruhe – membre de l’initiative Kultur in Karlsruhe rassemblant plus de 30 institutions de la cité – a présenté il y a peu un programme d’une belle densité où le maître des lieux reprend notamment sa Flûte enchantée (29/10-15/01). Il y déploie une vision pétillante, impertinente et colorée de l’opéra de Mozart, refusant tout intellectualisme, histoire de s’adresser en finesse à toute la famille. Il s’attaque de plus à La Bohème de Puccini (24/0621/07), qui fait l’objet d’une production attendue à la fin d’une saison où l’on trouve aussi un Fliegende Holländer de Wagner (10/12-18/05) annoncé d’anthologie. Aux manettes officiera Ludger Engels, qui a le vent en poupe dans l’aire germanique. Autre tube, Carmen (21/01-20/05) sera incandescente. Immo Karaman lance en effet l’héroïne de Bizet dans un tourbillon où la volupté côtoie la mort. Eros et Thanatos. À travers les yeux de Don José, les frontières entre la réalité et la folie se font incertaines, invitant le spectateur à tourner son regard vers les recoins les plus sombres de la psyché humaine. Parmi les huit reprises qui piquètent la saison, mentionnons Aida de Verdi (25/09-16/02) : la vision qu’en donne Jasmina Hadžiahmetović fait fi de la monumentalité qui colle aux basques de la pièce. S’y trouvent bien un immense Sphinx et quelques reliefs égyptiens, mais ils évoquent plus des vestiges archéologiques que les fastes des pharaons… Voilà qui per50
POLY 249
Septembre 22
met de se concentrer sur l’essence de la partition : l’intimité des relations entre les différents protagonistes. Nous allions oublier la géniale et transgressive Salomé (16/10-29/12) où Sláva Daubnerová questionne l’œuvre de Richard Strauss à l’aune des abus sexuels sur mineurs commis par le prédateur Jeffrey Epstein. Plus sages seront les traditionnelles Händel-Festspiele (17/0203/03) où sera créée une nouvelle mise en scène d’Ottone, Re di Germania (17/02-03/03), page de 1719 rarement donnée et tirée des vies des souverains du Xe siècle, Othon Ier et Othon II. Pirates, amours contrariées et autres rébellions sont au menu de cette pépite baroque. Enfin, la maison allemande présente aussi une belle saison de ballet : parmi les créations 2022-23, impossible de manquer Maria Stuart (16/04-16/06) où Bridget Breiner chorégraphie la pièce de Schiller narrant l’affrontement, à la fin du XVIe siècle, de deux souveraines, la reine d’Écosse et Élisabeth Ire qui se manifeste ici par l’opposition entre les musiques du Britannique Benjamin Britten et de son homologue écossais James MacMillan. Saison complète sur staatstheater.karlsruhe.de kulturinkarlsruhe.de
RETROUVEZ L'ARTICLE SUR NOTRE SITE POLY.FR
Saisons 22/23 Jazz 1. La légendaire organiste Rhoda Scott livre un jazz groovy délicieux avec le Lady All Stars (27/05). Jazz 2. Théo et Valentin Ceccaldi avec le Grand Orchestre du Tricot proposent Constantine (07/06), road movie imaginaire, où résonne la musique de l’exil. Temps forts. Cordes en folie (02-14/10) avec notamment une intégrale des Sonates et Partitas de Bach par Tedi Papavrami (11 & 12/10, Saint-Pierre-aux-Nonnains), Création ! (2426/11) célèbre le 50e anniversaire des Rencontres internationales de musique contemporaine, l’hybride Transverses #2 (10-21/01), qui casse les codes et dépasse les frontières, Vous avez dit baroque ? (21-25/03), Musiques à croquer (02-13/04), une rencontre avec la BD et les Balkans ! (15-17/06). citemusicale-metz.fr ESPACE BMK – THÉÂTRE DU SAULCY Alléchant. Thibaut Wenger monte Un Ennemi du peuple, pièce grinçante d’Ibsen (13 & 14/04, également à L’Espace 110 d’Illzach 04/04 et au Nouveau Relax de Chaumont 06/04), où la vérité induit la solitude. Sir William. Virginie Marouzé met en scène une quinzaine de personnages issus des tragédies shakespeariennes, qui tentent de se réapproprier leur destin (Le Reste est silence, 08 & 09/11). Audacieux ! Munstrum. Ceux qui auraient raté Les Possédés d’Illfurth de Lionel Lingelser l’an passé ont leur séance de rattrapage (24 & 25/11, et à La Coupole de Saint-Louis le 27/09, à L’Espace 110 d’Illzach le 30/09, au Carreau de Forbach les 30/11 & 01/12 et à 13e sens, Obernai, le 07/01), entre exorcisme et hymne à la joie. Lumière. Laurent Vacher adapte des textes de Giordano Bruno, le souper des cendres (01 & 02/12) dans un plaidoyer contre l’obscurantisme toujours d’actualité. Le grand Charles. Gaël Leveugle signe une superbe adaptation d’une nouvelle de Bukowski (Un Homme, 05 & 06/01, puis à l’Escher Theater d’Esch-sur-Alzette les 10 & 11/02). Amours et tendresse qui cognent sous les assauts du désir et du whisky. Vertigineux. Girls and Boys, solo écrit par le dramaturge Dennis Kelly, tape fort. La mise en scène de Chloé Dabert (09 & 10/03) sert d’écrin lumineux à l’indicible. ebmk.fr
linska et le secret de Chopin (02 & 03/02), monologue autobiographique, interprété par l’auteur lui-même. Ballet culte 1. Coppélia (21/12-01/01), idoine pour les Fêtes ! Ballet culte 2. Le Sacre du Printemps (1619/03), dans une chorégraphie de référence signée Ralf Rossa, est précédé par La Maison de Bernarda Alba, d’après l’ultime chefd’œuvre de García Lorca. Dans l’espace 1. Pierre Thirion-Vallet a choisi de situer l’action d’Il Mondo della luna de Haydn (25-29/01) en 1969, en pleine guerre froide. Dans l’espace 2. Le Voyage dans la Lune (04 & 05/03, et à l’Opéra de Reims 11 & 12/03) est une comédie féerique et poétique, servie par la musique irrésistible d’Offenbach et la mise en scène d’Olivier Fredj. Ondine. Paul-Émile Fourny monte Rusalka de Dvorák (02-08/06). opera.eurometropolemetz.eu ORCHESTRE NATIONAL DE METZ GRAND EST Création mondiale. Darker Stems de Clara Iannotta (16/09), page introspective et hallucinatoire, résonne avec Shéhérazade de Ravel, portée par Karine Deshayes, et la Symphonie fantastique de Berlioz. Rencontre. La trop méconnue Augusta Holmès (1847-1903) dialogue avec Richard Wagner (03/02). Pianissimo. Le Concerto pour piano n°1 de
Chopin par Jonathan Fournel (17/03, puis le 18/03 à la Salle des Fêtes de Sarrebourg, 19/03 à l’Hôtel de Ville de Sarreguemines, 22/03 à l’Espace Montrichard de Pont-àMousson, 23/03 à l’Espace Saint-Pierremont de Mancieulles, 24/03 à La Comète de Chalons-en-Champagne). Participatif. Œuvre poétique, vocale (avec des choristes amateurs) et instrumentale de Romain Didier et Gil Chovet, Mademoiselle Moselle (30/06, puis aux Salines royales de Dieuze, 01/07) évoque le patrimoine de la région. citemusicale-metz.fr LES TRINITAIRES & LA BAM Virage à 180°. Après deux ans sans nouvelles, Aloïse Sauvage fait son grand retour avec un album détonant, annoncé il y a peu par la sortie du single Focus et son rap ambitieux (Trinitaires 21/10, puis à La Vapeur de Dijon le 17/11). Brise-glace. Pour Eiskeller, Rover (BAM 02/12) s’est confiné plusieurs mois au soussol des anciennes Glacières Saint-Gilles de Bruxelles. Un opus tout en puissance et en pudeur. Décloisonnement. À 37 ans, Gaspar Claus (Trinitaires 19/01) continue de faire sortir son violoncelle des carcans, le trimballant du classique à la noise, de l’electro à la pop et du jazz au flamenco. citemusicale-metz.fr
METZ OPÉRA-THÉÂTRE
OPÉRA-THÉÂTRE Éric-Emmanuel Schmitt 1. Création mondiale d’un opéra fondé sur Variations énigmatiques, Enigma de Patrick Burgan (18-22/11) est un dialogue lyrique pour deux ténors, chœur de femmes et orchestre. Éric-Emmanuel Schmitt 2. Paul-Émile Fourny monte Variations énigmatiques (0103/12). Éric-Emmanuel Schmitt 3. Madame Py-
Le Voyage dans la Lune
POLY 249 Septembre 22
51
Saisons 22/23 mort joyeuse de Béatrice Massin, qui nous emmène dans la fête des morts avec 12 danseurs (28/02, et à L’Arsenal de Metz le 09/02) et Narr : pour entrer dans la nuit, expérience participative de Vidal Bini rejouant la chorémanie de 1518 (02 & 03/03, et au CCAM de Vandœuvre-lès-Nancy les 16 & 17/11, puis au Carreau de Forbach le 25/11).
MULHOUSE
Corps Extrêmes
MONTBÉLIARD MA SCÈNE NATIONALE Jeune public. Renaud Herbin signe À qui mieux mieux (11/01, également au TJP de Strasbourg, 06-12/10), invention des sons, des mots et du monde à voir dès 3 ans. Ovni. Miet Warlop revisite, 10 ans après, une ancienne création toujours peuplée de ses personnages cartoonesques et extravagants, prêts à toutes les pétarades plastiques (After All Springville, 13/01, puis au Maillon de Strasbourg, avec le TJP, les 01-03/06). Icônes. Ne manquez pas la Danse macabre de Martin Zimmermann, avec ses trois complices déclassés refaisant société sur la décharge où ils errent comme des âmes en peine (13/12, et à la Kaserne de Bâle, 0810/12, ainsi qu’au Maillon, Strasbourg, 0810/03). La leçon d’Amore touchante et chavirante de Pippo Delbono (15/10) ou encore la Vuelta a uno de la grande flamenca Rocío Molina (20/01) et le journal de bord espiègle de l’ancienne danseuse phare de Pina, Cristiana Morganti (Création 2022, 14/03). Théâtre. La Tempesta shakespearienne présentée en Avignon cet été par Allessandro Serra, l’une des figures majeures du théâtre italien actuel (25/04), et les trois niveaux de narration du spectacle novateur avec casques audio de Joris Mathieu Hikikomori – Le Refuge (18/01). Marionnettes. La création d’Yngvild Aspeli de la Cie Plexus Polaire tourne autour du grand roman américain de Melville, Moby Dick (11/10). mascenenationale.eu 52
POLY 249
Septembre 22
MULHOUSE LA FILATURE Les Nuits de l’étrange. Du 28 au 29 octobre, seconde édition relevée avec le magique Bruit des Loups d’Étienne Saglio, un diptyque des Belges de Peeping Tom (The Missing Door & The Lost Room) ou encore le cultissime et glaçant Jerk de Gisèle Vienne (également au CCAM de Vandœuvre-lèsNancy le 22/11), version film, -16 ans s’abstenir ! Temps forts. Scènes d’automne en Alsace (07-12/11) met notamment en avant la création du chorégraphe Ezio Schiavulli, Jeux de société, (08 & 09/11 en co-accueil avec L’Espace 110 et ensuite à Pôle Sud, Strasbourg, les 07 & 08/02, à L’Arsenal de Metz le 17/05 et au Nouveau Relax de Chaumont le 16/05). La Quinzaine de la Danse (12-31/01) avec un temps fort dédié à Catherine Diverrès ! Les Vagamondes, festival centré cette année sur le trouble (17-31/03) ou encore le nouveau Marathon minimaliste (02-04/06). Palerme. Violence patriarcale et solidarité féminine sont au cœur de la pièce d’Emma Dante sur les bas-fonds de sa Sicile de toujours dans Misericordia (29/09-01/10, dès 16 ans, et à La Manufacture de Nancy, 09-11/03, au TDB de Dijon, 14-17/03, et au CDN de Besançon, 20-24/03). VOIR PAGE 16 Cirque. Rachid Ouramdane (également programmé avec Corps Extrêmes, 27/01) signe avec la compagnie circassienne XY un Möbius de toute beauté avec une vingtaine d’acrobates (07-11/12). Danse. Une New Creation remuante de Bruno Beltrão (14/12, et aussi au Maillon de Strasbourg, avec Pôle Sud, 30/11-02/12, et à L’Arsenal de Metz le 16/12), le Requiem, la
© Pascale Cholette
LA FILATURE
Stars x2. Le grand Christoph Marthaler s’attaque à Labiche (Das Weisse vom ei, 10 & 11/01) et à une série de sketchs extravagants dans Aucune idée (23/03, à La Maison du Peuple avec Le Granit de Belfort). Et aussi le somptueux travail de Baro d’evel (Là, 03-06/05) et le Dom Juan très esthétique de David Bobée (04 & 05/05). lafilature.org NOUMATROUFF Pseudo. Le Parisien Guy2Bezbar raconte le quartier de la Goutte-d’Or dans ses raps, entre consommateurs de crack et dealers sans états d’âme (21/10, et avant cela à La Vapeur de Dijon le 20/10). Touchdown. Après avoir été professionnel de football américain et YouTubeur star, Prime s’est lancé dans le rap, toujours avec le même succès (28/01, et avant cela à La Cartonnerie de Reims 10/01, à La Laiterie de Strasbourg, 13/01 et à L’Autre Canal, Nancy 14/01). noumatrouff.fr ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MULHOUSE Artiste associé 1. Le violoncelliste Victor Julien-Laferrière donne le Triple Concerto de Beethoven (16 & 17/09) avec la pianiste Marie-Ange Nguci et le violoniste Pierre Fouchenneret, le Concerto de Dvořák (14 & 15/04) et le Concerto pour violoncelle n°2 de Haydn (14/10 à Feldbach et 15/10 à Richwiller). Artiste associé 2. Fabien Cali, dont sera créé Prophecy (18 & 19/11), et une page pour clarinette et orchestre par Paul Meyer himself (24 & 25/03). Événement. Le Roi David d’Arthur Honegger (17 & 18/06, Temple Saint-Étienne) dans sa version originale de 1921. Ciné-concert. Coco (05 & 06/04) des studios Pixar. orchestre-mulhouse.fr
NANCY CCN – BALLET DE LORRAINE Kino. Maud Le Pladec présente Static Shot, pièce conçue comme un plan séquence, où le mouvement et le regard ne s’arrêteraient jamais, là où Loïc Touzé signe un No Oco poétique sur un rapport au temps revisité (19-23/10). RETROUVEZ L'ARTICLE SUR NOTRE SITE POLY.FR
Saisons 22/23 International. Double programme, avec l’Australien Adam Linder, croise les styles dans une réinterrogation du vocabulaire du ballet pour mieux révéler ses usages contemporains (Rarity), quand la Franco-Américaine Michèle Murray recherche la liberté du danseur sur le Dancefloor (01-07/04). Répertoire. Petter Jacobsson et Thomas Caley s’inspirent librement de La Guerre (de la ligne et de la couleur) d’Yves Klein pour donner corps à Air-Condition (25 & 26/05), qui se complète des installations de toiles cosmiques de Tomás Saraceno. Dans le même temps, Dominque Brun recrée pour sa part, avec les danseurs du ballet de Lorraine, Un Boléro. Big Up. Ne manquez pas la reprise de l’incandescent et orgasmique Cela nous concerne tous de Miguel Gutierrez, couplé à Earthbone du duo hip-hop Johanna Faye et Saïdo Lehlouh, conversations dansées des interprètes du CCN de Rennes et de Bretagne (02/06). ballet-de-lorraine.com
L’AUTRE CANAL Touch down. Après avoir été professionnel de football américain et YouTubeur star, Prime s’est lancé dans le rap, toujours avec le même succès (14/01, et aussi 10/01 à La Cartonnerie de Reims, 13/01 à La Laiterie de Strasbourg, 28/01 au Noumatrouff de Mulhouse). Survoltée. Rythmes soutenus, textes puissants et gestuelle tendue : Suzane dynamite l’electro pop française (08/12). POLY.FR lautrecanalnancy.fr OPÉRA NATIONAL DE LORRAINE Expérimental. NOX#2 (27/09-03/10) est un laboratoire de création lyrique mené par Mathieu Corajod dans le cadre de Musica à Nancy. Russe. L’Amour des trois oranges de Prokofiev (16-22/11) est mis en scène par Anna Bernreitner. Bondissant. Mariame Clément restitue la fièvre irrésistible du Barbier de Séville de
Rossini (16-13/12). Événement 1. Tiago Rodrigues s’empare de Tristan und Isolde de Wagner (29/01-10/02), suivant le mouvement du mythe à travers les âges au gré des transcriptions, réécritures, traductions, malentendus, erreurs et errances. Rareté. Manru de Paderewski (09-16/05), véritable “Carmen polonais”. Événement 2. Jean-François Sivadier monte La Traviata (25/06-04/07). opera-national-lorraine.fr ORCHESTRE DE L’OPÉRA NATIONAL DE LORRAINE Un Air de printemps. Marta Gardolińska fait découvrir la Symphonie n°3 de Zygmunt Noskowski à coté de pages de Strauss et Rachmaninov (01 & 02/12) : un rayon de soleil en plein hiver ! Création mondiale. Une œuvre pour trombone et orchestre de la compositrice hongroise Judit Varga (06 & 08/01). Classicisme. Dans un programme passion-
NANCY
Sounddance
© Laurent Philippe
CCN – BALLET DE LORRAINE
POLY 249 Septembre 22
53
Saisons 22/23
THÉÂTRE DE LA MANUFACTURE Créations. Dans Climato quoi ?, Julia Vidit s’associe à nouveau à l’auteur Guillaume Cayet (13 & 14/05) pour une épopée poético-politique réunissant amateurs et professionnels de tous âges. Les artistes associés Élise Chatauret et Thomas Pondevie signent Les Moments doux (01-04/03), exploration de la violence à l’école, au travail, en famille et au tribunal. Poétique de la catastrophe avec Andromaque revisité par Élodie Ségui (15-19/11, dès 14 ans). Itinérance. Charlotte Lagrange dévoile les enjeux politiques tiraillant les relations familiales dans sa création La Cuisine (31/1012/11), Johanny Bert au Processus de Catherine Verlaguet autour d’une maternité non désirée et des interrogations intimes qu’elle provoque (06-10/02) et Bérangère Vantusso aux radios libres et à la lutte dans le milieu ouvrier lorrain (Longueurs d’ondes, 03-08/04). Palerme. Violence patriarcale et solidarité féminine sont au cœur de la dernière pièce d’Emma Dante sur les bas-fonds de sa Sicile de toujours dans Misericordia (09-11/03, dès 16 ans, et à La Filature de Mulhouse, 29/0901/10, au TDB de Dijon, 14-17/03, et au CDN de Besançon, 20-24/03). VOIR PAGE 16 Roman. Du Goncourt de Nicolas Mathieu Leurs enfants après eux, Bach-Lan Lê-Bà-Thi, Carole Lorang et Éric Petitjean font une série théâtrale en 4 épisodes sur une jeunesse en quête de sens (07-09/12, également au Escher Theater d’Esch-sur-Alzette, 1222/10). Se souvenir de l’avenir. Amine Adjina plonge la plume dans la plaie avec Histoire(s) de France (26-28/01). theatre-manufacture.fr
NEURIED THEATER EURODISTRICT BADEN ALSACE Tournée Kids. Un Mouton pour la vie (à partir de 6 ans, en allemand et en français) est une promenade musicale et ludique en luge signée Edzard Schoppmann, qui tourne en Alsace dans le cadre de Allez Hop ! 2023 (12/01, Salle des fêtes de Gerstheim, puis les 17 & 18/01, Salle du Cercle à Bischheim). Histoire. Avec Dreyeckland (29/09, avec le festival des jardins à Neuenburg am Rhien, et 02/10 en ouverture de la saison à Neuried), Edzard Schoppmann crée une revue d’époque du mouvement anti-nucléaire de Whyl à aujourd’hui. Ou de la naissance du 54
POLY 249
Septembre 22
mouvement écologiste dans les Trois Frontières. Crossover. The Luck and Lack of Love (16 & 17/09) en coopération avec le Tanztheater SZENE 2WEI. Six danseurs évoquent les facettes oubliées du sentiment amoureux pour unir cœur, corps et esprit. theater-baden-alsace.com
du Togo (22/10, et avant cela à l’Espace Django de Strasbourg le 12/10, à La Souris Verte d’Épinal le 13/10 et à La Cartonnerie de Reims le 19/10). Paris. Rappeuse au verbe haut, Casey revient entourée d’une solide équipe pour former le puissant groupe Ausgang, entre rap et rock hardcore (02/12). legueulardplus.fr
OBERHAUSBERGEN
OBERNAI
LE PRÉO
13 SENS e
Musique. Insolite et percutante, noir et lumineuse, extatique, la musique de l’artiste franco-libanais Bachar Mar-Khalifé (18/10) prend aux tripes, mêlant classique et electro, tourbillons rythmiques et épure du piano. Théâtre. Dans un laboratoire de recherche en intelligence machine, trois scientifiques développent une créature artificielle capable de passer le Turing test (18/04). le-preo.fr
OBERNAI 13e SENS
L’Envers de nos décors
NIEDERBRONN-LeSBAINS & REICHSHOFFEN LE MOULIN9 & LA CASTINE Duo. Les deux comparses de la circassienne Compagnie d’irque & fien se cherchent, se perdent et se retrouvent au fil d’une partition en Sol bémol pleine de surprises et d’onirisme (dès 5 ans, 16/10, La Castine). Solo. Molière du Meilleur seul en scène 2022, Marc Arnaud mêle savamment standup et théâtre pour La Métamorphose des cigognes, qui raconte l’histoire d’un homme livré à lui-même dans une salle de recueil de sperme (04/03, La Castine, et avant cela à La Comète d’Hésingue, 21/10). lacastine.com
NILVANGE LE GUEULARD PLUS Lomé. Les nostalgiques de l’âge d’or du trash metal ont trouvé en Arka’n Arakofor leurs nouveaux dieux vivants, tout droit venus
© Nicolas Michel
nant se côtoient des pages d’Antoni Habel, Joseph Bologne de Saint-George, AnneAmélie de Brunswick et… Wolfgang Amadeus Mozart (23 & 24/03). opera-national-lorraine.fr
Circassien. Artiste associé de l’année, le talentueux Clément Dazin s’allie à l’auteur jeunesse Thomas Scotto pour faire découvrir au jeune public L’Envers de nos décors (08/11), une fable poético-absurde sur le délicat passage de l’enfance à l’adolescence. Démoniaque. Le Munstrum Théâtre joue Les Possédés d’Illfurth (07/01) de Lionel Lingelser, qui revient sur l’histoire de Joseph et Thiébaut, deux enfants de ce village alsacien, accusés par l’Église, à l’automne 1864, d’être sous l’emprise du démon. Également à La Coupole de Saint-Louis 27/09, à L’Espace 110 d’Illzach 30/09, à l’Espace BMK de Metz 24 & 25/11, puis au Carreau de Forbach 30/11 & 01/12. 13esens.com
OSTWALD LE POINT D’EAU Shakespearien. Avec York, la Cie du Matamore fait résonner les vers d’Henri IV et Richard III avec force, pour mieux plonger le public au cœur de l’histoire tourmentée d’Angleterre (à partir de 14 ans, 24/11-04/12, puis à l’Espace Rohan de Saverne, 13 & 14/01, au Diapason de Vendenheim, 19/01 et au Taps Strasbourg 08-11/03). Circassien. Les virtuoses australiens du Circa Contemporary Circus offrent le grandiose Humans 2.0 (dès 7 ans, 25/03). lepointdeau.com RETROUVEZ L'ARTICLE SUR NOTRE SITE POLY.FR
Saisons 22/23 REIMS LA CARTONNERIE Urban Punk. Avec leur look plein de panache, guitares hurlantes et verve rutilante, les deux fausses jumelles de Nova Twins embrassent à elles seules trente ans de contestation sonore made in England (29/10). Touchdown. Après avoir été professionnel de football américain et YouTubeur star, Prime s’est lancé dans le rap, toujours avec le même succès (10/01, puis 13/01 à La Laiterie de Strasbourg, 14/01 à L’Autre Canal de Nancy et 28/01 au Noumatrouff de Mulhouse). cartonnerie.fr CÉSARÉ Événement 1. À travers un large spectre de références musicales, A History of the Voice de Jennifer Walshe (06/11, Opéra) passe à la moulinette toutes les facettes et clichés de la communication humaine. Événement 2. Le blues écorché de la Réunionnaise Ann O’aro dans Le Sourire de la Wouivre (05/03), qui explore, avec la flûtiste et compositrice Fanny Ménégoz, le thème de la monstruosité. cesare-cncm.com LA COMÉDIE DE REIMS Création. Chloé Dabert s’attaque au Firmament de Lucy Kirkwood (14-20/10, puis à la Comédie de Colmar les 22 & 23/03). Un drame anglais dans le XVIIIe où un jury populaire de femmes décide du sort d’une condam-
née à mort et surtout de l’enfant qu’elle porte dans le ventre. Langue sublime, récits de vie puissants et drames à tous les étages. Love. Le Chœur des amants de Tiago Rodrigues était sa première pièce, en 2007. Il y revient pour notre plus grand plaisir (29/1101/12, puis au CCAM de Vandœuvre-lèsNancy les 12 & 13/11 et au Théâtre Edwige Feuillère de Vesoul le 06/04). Girl Power. Marie Rémond et Caroline Arrouas revisitent le documentaire culte Delphine et Carole, insoumuses (01-08/10, puis en itinérance 22-24/05 et 31/05-02/06), dans lequel la journaliste Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig donnent la parole à celles qu’on n’écoute pas, participant à l’émancipation des femmes. Impatience. Lauréat du prix Impatience 2021, The Jewish Hour (08 & 09/11) invente une émission de radio amateure avec présentatrice excentrique, rabbin chantant les pubs et BHL plus vrai que nature ! Dostoïevski. Sylvain Creuzevault revisite à sa manière le pavé philosophico-politico-mystique du grand auteur russe. Les Frères Karamazov (16-18/11, et aux Célestins de Lyon 12-16/10) ou le duel fratricide par excellence. Talent. Animal Architecte nous emporte dans sa rêverie pleine d’utopie en mal de réussite dans Bandes (22-24/11), avec sa superbe traversée d’une après-midi de la Commune de Paris. Festivals. Far Away (01/02-11/02) avec notamment la satire Plaidoirie pour vendre le Congo de Sinzo Aanza monté par l’artiste résident de La Comédie, Aristide Tarnagda, Et mon règne arrive de Léonora Miano monté par Odile Sankara, qui revisite la
place des femmes en Afrique noire (08 & 09/02), ou encore, pour la première fois en France, les textes de prisonniers politiques du Bélarus regroupés par Ivan Viripaev dans 1,8 M (07 & 08/02). Sans oublier le festival jeune public Méli’Môme avec Comment je suis devenue Olivia de Kevin Keiss mis en scène par Alexandre Esthève sur une choré signée Jean-Claude Gallota (28-30/03, avec Nova Villa). lacomediedereims.fr LE MANÈGE DE REIMS Ovni. L’inclassable L’Odeur du gel d’Emily Evans, impressions plastiques et chorégraphiques du Grand Nord (09/12, puis à L’Espace 110 d’Illzach le 10/02, au TJP de Strasbourg les 19 & 20/01 et à La Filature de Mulhouse le 10/02). Mais aussi Les Fauves lâchés par la Compagnie Ea Eo (05-07/05), qui signe un manifeste du jonglage du futur, pop-punk et inventif. Get on the bus. Dans le cadre du Festival C’est comme ça ! (17/09-08/10) de L’Échangeur (Château-Thierry), Le Manège vous emmène en bus pour trois solos de Rebecca Journo, Daniel Larrieu et Emmanuel Eggermont (30/09). Born to be alive. Un festival performatif et dansé (08-19/11) des plus savoureux avec l’amour pour fil rouge : le Crush d’André Mandarino (15/11), circassien aérien collant aux vertiges du désir, ou les AMOUR-S de Radhouane El Meddeb. Ne manquez pas la célébration de la danseuse Ida Rubinstein, icône des Ballets russes qui enflamma la Belle Époque, dans Ida don’t cry me love
REIMS
Les Frères Karamazov
56
POLY 249
Septembre 22
RETROUVEZ L'ARTICLE SUR NOTRE SITE POLY.FR
© Simon Gosselin
LA COMÉDIE DE REIMS
Saisons 22/23
SAINT-DIÉ-Des-Vosges ESPACE GEORGES-SADOUL – LA NEF Rêver. Dans Contes de sable, mamie Sirikiki, la plus petite mamie du monde, raconte les histoires de ses voyages autour de la planète, à dos d’oiseau migrateur (La Nef, 1/10). Dès 3 ans. 58
POLY 249
Septembre 22
SAARLÄNDISCHES STAATSTHEATER
SAINT-LOUIS LA COUPOLE
OPÉRA Grand classique 1. La mise en scène acérée de Pierre Thirion-Vallet souligne la modernité de La Traviata de Verdi (14-18/10). Danse 1. Johan Inger revisite la figure de Don Juan (12 & 13/11) à l’heure de #metoo pour la compagnie Aterballetto. Jazz. Kadri Voorand (18/01), c’est le feu sous la neige, la Baltique qui bouillonne : la chanteuse jazz estonienne va briser la glace ! Dans l’espace. Le Voyage dans la Lune (11 & 12/03, et à l’Opéra-Théâtre de Metz les 04 & 05/03) est une comédie féerique et poétique, servie par la musique irrésistible d’Offenbach et la mise en scène d’Olivier Fredj. Danse 2. Marcos Morau réveille La Belle au Bois Dormant (14-16/04 avec Le Manège) au XXIe siècle pour le Ballet de l’Opéra de Lyon. Grand classique 2. Die Zauberflöte de Mozart (26-30/05) mise en scène par Vincent Tavernier. operadereims.com
SARREBRUCK
Virevolter. Dans le cadre de la Nuit du Cirque, les jongleurs virtuoses de la Compagnie Expédition s’allient aux musiciens de l’Orchestre d’Harmonie de Saint-Dié pour un tourbillonnant spectacle de lancer harmonique (Espace Georges Sadoul, 12/11). Dès 6 ans. saint-die.eu
Dimanche
© Yves Kerstius
(19/11, également à L’Échangeur de ChâteauThierry le 01/10, à Pôle Sud, Strasbourg, les 20 & 21/01), trio poético-musical de Lara Barsacq. Marionnette. Première de Résurgence (08/12), autour de la vie de Rimbaud, par la jeune Compagnie Sans Visage dirigée par Shérazade Ferraj et Camille Drai, ancienne étudiante scénographe de la Hear strasbourgeoise. Star. Régine Chopinot revient pied au plancher avec Top (12 & 13/01), création débridée pour sept danseurs, un batteur et un guitariste et Marcos Morau pour une Belle au bois dormant dantesque (14-16/04, à l’Opéra de Reims avec le Ballet de l’Opéra de Lyon). Enfin, l’hommage de Fouad Boussouf à deux artistes géniaux dans Oüm (14 & 15/06, et aussi au Théâtre Edwige Feuillere de Vesoul le 10/01, puis au CCAM de Vandœuvrelès-Nancy les 28 & 29/03), qui orchestre la rencontre entre la diva égyptienne Oum Kalthoum et le poète perse Omar Khayyam. Far Away. Le festival des Arts (01-12/02) regroupant toutes les structures de Reims offre un focus sur l’Afrique de l’Ouest, avec l’omniprésent Salia Sanou de Ouagadougou, qui présentera Clameur des arènes, transmise à 8 jeunes danseurs (04 & 05/02), et À nos combats (11 & 12/02) où il jette sur le ring deux danseuses et… une soixantaine de figurants ! manege-reims.eu
Culte. Début d’une nouvelle Tétralogie avec Das Rheingold (18/09-12/11) mis en scène par le duo de choc formé par Alexandra Szemerédy et Magdolna Parditka et dirigé par Sébastien Rouland. Verdissimo. La Forza del Destino (04/0202/06) est mis en scène par Lorenzo Fioroni. Symphonique. Sébastien Rouland, dirige notamment des concerts intitulés Amour et Foi (25/09) avec des œuvres de Wagner et Hindemith et Éternité (02 & 03/07) avec le Requiem de Fauré. Focus. La compositrice allemande Sarah Nemtsov est en résidence avec la création mondiale de son opéra Ophelia (13/0528/06), mais aussi la découverte de l’œuvre orchestrale Scattered ways, inspirée par Emily Dickinson (20/11) et un concert dialogue (date à déterminer). Danse. Le Ballet national de la Sarre et Stijn Celis proposent The Privacy of Things (12/0516/06), subtile variation sur le cycle de Lieder de Schubert. Festivals. Loostik (07-13/11) dédié au jeune public, Primeurs (16-19/11) consacré aux écritures dramatiques francophones contemporaines et le franco-allemand Perspectives (25/05-03/06). theater-saarbruecken.de
SAUSHEIM ED&N
SAINT-LOUIS LA COUPOLE Démoniaque. Le Munstrum Théâtre joue Les Possédés d’Illfurth (27/09) de Lionel Lingelser, qui revient sur l’histoire de Joseph et Thiébaut, deux enfants de ce village alsacien, accusés par l’Église, à l’automne 1864, d’être sous l’emprise du démon. Également à L’Espace 110 (Illzach) le 30/09, à l’Espace BMK (Metz) les 24 & 25/11, au Carreau (Forbach) les 30/11 & 01/12 et à 13e sens (Obernai) le 07/01. Envoûtant. La Malienne Fatoumata Diawara (18/11) est l’une des voix les plus fortes du continent africain, qui mêle les revendications politiques et sociales aux percussions ancestrales et à la kora. Spectaculaire. Avec Dimanche, les deux compagnies belges Focus et Chaliwaté en mettent plein la vue aux petits comme aux grands. Entre drolatique histoire de famille et dystopie écologique, ces comédiens déjantés côtoient des marionnettes géantes de flamants roses et autres ours blancs (dès 10 ans, 03/03). lacoupole.fr
Drôle. Nora Hamzawi (25/11) épingle l’époque. Cool. Feu! Chatterton (06/12) a customisé la chanson française de Ferré, mais a aussi cité Christophe, la trap et le krautrock. Régressif. Chantal Goya nous emporte sur La Route enchantée (15/01). Génial. Stephan Eicher (22/03) ! eden-sausheim.com
SAVERNE ESPACE ROHAN Social. Avec la force et la finesse d’un coup de poing, Joël Dragutin adapte le touchant Moi, Daniel Blake, film de Ken Loach (19/10). Réseaux. En résidence, la Cie La Méridiens s’est penchée sur la place prise par les technologies dans nos vies. Si Michelle, Kim, Angèle, Sélim et les autres vivent à l’ère d’Instagram et des smartphones, Michelle, doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ? (08 & 09/11, à la Passerelle de Rixheim 16 & 17/11, puis au Taps de Strasbourg 13-16/12) Cirque. Inspirés par le Tanztheater de Pina Bausch, les Britanniques de la compagnie RETROUVEZ L'ARTICLE SUR NOTRE SITE POLY.FR
Saisons 22/23 Danse. Dans le Wonderland de Sylvain Huc, tout n’est que désir, cruauté et absurdité (01/12). Humour. Avec Waly Dia, on ne rit pas, on s’esclaffe… et on réfléchit un peu aussi (17/11, dès 14 ans) ! tanzmatten.fr
STRASBOURG LA LAITERIE
SOULTZ-SOUS-FORÊTS / WISSEMBOURG LA SALINE & LA NEF
Prime
Gandini Juggling écrivent les nouvelles formes d’un art du jonglage toujours contemporain (Smashed, 14/12). espace-rohan.org
SCHILTIGHEIM BRIQUETERIE / BRASSIN Salon. Schilick on carnet (11-13/11) fait la part belle à l’illustration et aux livres jeunesse. Au programme de cette indispensable 10e édition : musique, rencontres, dédicaces, ateliers, etc. Musique. Voix fine, légèrement fêlée, esprit frondeur… avec ses textes directs et sa délicate intensité, la Nancéienne Laura Cahen s’inscrit dans la lignée d’une Anne Sylvestre (25/11). Theâtre. Une Goutte d’eau dans un nuage est l’histoire vraie d’une femme qui s’expatrie à Saïgon et se raconte, seule en scène avec des accessoires miniatures. Un voyage théâtral et sonore délicat comme la pluie (04/05). ville-schiltigheim.fr
SCHWEIGHOUSESUR-MODER LA K’ARTONNERIE Méditatif. Comme le vent dans les voiles est un conte sophro-chorégraphique, une invitation à la rencontre avec les sensations, à mi-chemin entre la tête et le corps, entre la danse et la méditation de pleine conscience (dès 3 ans, 23/11). Poétique. Avec La Fabrique, la Compagnie Sans Souci déploie son délicat et sensible théâtre de papier pour chuchoter aux bambins l’envie de vivre en harmonie avec la nature, entre notes de musiques et bouquet de couleurs primaires (dès 3 ans, 21/01). mairie-schweighouse.fr
SÉLESTAT TANZMATTEN Concert. Lisa Ekdahl, c’est une voix fraîche et légère, une figure du jazz qui flirte sans complexe avec la soul (22/09).
Varièt’. Comme Perceval, Luke Skywalker ou Jésus, Robert n’a pas de père et ne jure que par ceux qu’ils s’inventent, stars du télécrochet. Mon père est une chanson de variété française (06/04, La Nef) manie l’humour et l’irrévérence. I Will Survive. La compagnie You’ll Never Walk Alone signe un hommage que les moins de vingt ans ne vivront pas comme leurs aînés. Dans France (21/04, La Saline), ils reviennent sur l’épopée de notre quête d’une première étoile à la coupe du monde de foot. Mime. Dans Play War (04/04, La Saline), deux soldats aux intentions héroïques sont catapultés en pleine jungle vietnamienne. Un duo hilarant façon Laurel et Hardy à la sauce Rambo ! Icône. C’est toute une époque qui se termine : Capitaine Sprütz tire sa révérence avec Un Héros s’arrête (28/10, La Saline). Doit-on vraiment croire le désopilant JeanLuc Falbriard ? Musique. Tartine Reverdy Dans les bois (14/04, La Saline), super disque et super spectacle à voir dès 6 ans ! Danse. Avec Heres : Nel nome del figlio (au nom du fils), Ezio Schiavulli interroge la filiation avec son père entre deux batteurs endiablés (27/01, La Nef) ! Drôle. Dans Der Lauf (11/10, La Nef), le duo du Cirque du bout du monde jongle à l’aveugle avec des assiettes, la tête sous un seau, ou empile des verres muni de gants de boxe… la-saline.fr nef-wissembourg.fr
STRASBOURG ESPACE DJANGO Métal. Les nostalgiques de l’âge d’or du trash metal ont trouvé en Arka’n Arakofor leurs nouveaux dieux vivants, tout droit venus du Togo (12/10, et aussi à La Souris Verte d’Épinal le 13/10, à La Cartonnerie de Reims le 19/10 et au Gueulard de Nilvange le 22/10). Orchestral. Le légendaire Orchestra Baobab a 50 ans, et ça se fête (18/10) ! VOIR PAGE 32 POLY 249 Septembre 22
59
MUSIQUE
Partager la musique Chef principal de l’Orchestre Dijon Bourgogne à compter de septembre 2022, Joseph Bastian décrit ses ambitions pour la phalange. Zoom sur un musicien engagé. Par Hervé Lévy – Photo de Romain Bassenne
a beaucoup côtoyé alors qu’il était son directeur musical à Munich, et Vladimir Jurowski. « Tous deux possèdent une profonde intégrité : ce sont la partition et le compositeur qui comptent et, par extension, les musiciens et le public. Leur égo vient ensuite », résume le jeune quadragénaire. Pour lui, « diriger revient à inspirer les musiciens, afin qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Il faut travailler ensemble… Je ne suis pas un chef qui mène ses troupes en souhaitant qu’elles lui obéissent aveuglément. » Il compare même son art à celui de la haute gastronomie. « Au départ, c’est un travail technique : il faut couper, tailler, émincer, cuire… Le musicien, lui, fait ses gammes, analyse la partition. L’émotion vient en dépassant ces gestes techniques, en les transcendant. »
A
près trois saisons de vacance, au cours desquelles ont alterné les baguettes invitées, Joseph Bastian succède au Hongrois Gergely Madaras (2013-2019) à la tête de l’Orchestre Dijon Bourgogne (ODB). Après quelques concerts, la rencontre entre le musicien franco-suisse et la phalange bourguignonne a tourné au coup de foudre. Trombone solo, il avait quitté les rangs de l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise au printemps 2018 pour se consacrer à 100 % à la direction. Ses mentors ? Mariss Jansons – « Sa précision au cours des répétitions et sa capacité à lâcher prise en concert étaient extrêmement impressionnantes » –, qu’il 60
POLY 249
Septembre 22
Joseph Bastian apprécie le « son français de l’ODB, plus clair que celui de bien d’autres formations. Comme c’est un orchestre symphonique et lyrique, il possède cette douceur opératique – histoire de faire attention à ne pas couvrir les chanteurs – qui évoque le velours. » Ambitionnant d’accroitre son rayonnement, il souhaite explorer, à côté du répertoire romantique, les œuvres classiques : « C’est ce qui fait le plus progresser », glisse-t-il. En témoigne un concert 100 % Mozart (31/03, Centre Pierre Jacques de Fontaine-lès-Dijon), en compagnie de la pianiste Anne Queffélec. La création contemporaine lui tient aussi à cœur. Dans le concert d’ouverture de saison, la seconde édition de l’Académie pour musiciens adultes amateurs (04/09, Auditorium de l’Opéra de Dijon), il a ainsi glissé Ethiopia’s Shadow in America de Florence Price. Autre temps fort, la création mondiale d’Italia de Pierre Thilloy (04/04, La Maison du Peuple de Belfort), dans une soirée qui épouse sa philosophie de composition d’un programme de concert : « Trouver une œuvre centrale ou une thématique et construire autour d’elle toute une dramaturgie sonore. » Du même compositeur, Samá’ (29/11 à La Maison du Peuple de Belfort, puis à La Commanderie de Dole le 13/12 et à L’ Arc du Creusot le 02/12) est une œuvre d’art totale, entre Orient et Occident, un opéra-théâtre electro où la danse soufie croise Paul Claudel et Heiner Müller dans une étonnante hybridation. Saison complète sur orchestredijonbourgogne.fr
Saisons 22/23
STRASBOURG
Danse macabre
Animal. La série de projection Cinédjango programme Drôles de petites bêtes, pour redécouvrir Mireille l’abeille, Loulou le Pou, Siméon le Papillon et toute la joyeuse bande d’Antoon Krings (06/11, dès 6 ans). espacedjango.eu ESPACE K Music-hall. Le Krismass Show revient distiller paillettes, sketchs et numéros musicaux (0817/12, les jeudis, vendredis et samedis). Poétique. Avec Sound UP !, l’ensemble HANATSUmiroir propose de découvrir l’œuvre de la compositrice japonaise Malika Kishino, inspirée de l’Éloge de l’ombre de Jun’ichirō Tanizaki, entre danse, langage musical et art martial (11 & 12/11). espace-k.com JAZZDOR Festival. La 37e édition de Jazzdor (04-18/11) distille cuivres et percussions dans une programmation éclectique, dispatchée à Strasbourg et alentours. En ouverture : Holland, Potter, Loueke & Harland (04/11, Cité de la Musique et de la Danse). Quatre monstres sacrés réunis pour un projet qui va bien audelà des démonstrations de virtuosité. Bridge. Poétesse et chanteuse d’origine nigériane, Ugochi Nwaogwugwu débarque de Chicago et convoque de sa voix puissante toutes les mémoires de la diaspora noire (07/02, Fossé des Treize). Fly or die. Nouvelle star de la scène jazz chicagoane, Jamie Branch joue une musique 62
POLY 249
Septembre 22
à nue, sans concession, pour retranscrire les soubresauts politiques et sociaux de son pays (09/05, Fossé des Treize). jazzdor.com LA LAITERIE Rookie. Le jeune loup du rap français Luv Resval (21/10, puis le 18/11 au Moloco d’Audincourt) déploie ses textes cryptés, entre mythologie grecque et bitume des cités, sur un flow mélodique et percussif. Diva. De retour sur scène avec un deuxième opus flamboyant, Fishbach chante Avec les yeux des airs de synthpop dopée aux guitares électriques, entre kitsch et totale décontraction (25/11, et avant cela le 24/11 à La Vapeur de Dijon). Touchdown. Après avoir été professionnel de football américain et YouTubeur star, Prime s’est lancé dans le rap, toujours avec le même succès (13/01, et aussi 10/01 à La Cartonnerie de Reims, 14/01 à L’Autre Canal de Nancy et 28/01 au Noumatrouff de Mulhouse). artefact.org LE MAILLON Pépite. Christopher Rüping est la dernière pépite du théâtre germanophone déniché par Barbara Engelhardt. Il vient pour la première fois en France avec Das neue Leben (unplugged) 12 & 14/10, éloge de l’amour et de l’inspiration avec Dante en toile de fond. Performance. Rébecca Chaillon, découverte avec Carte noire nommée désir (21-
) crée son 23/02 au CDN de Besançon premier spectacle pour ados, Plutôt vomir que faillir (18-21/01, et aussi au CDN de Besançon, 29/11-03/12, et à NEST, Thionville, les 21 & 22/03). Focus. Un air d’Iran avec ces Espaces d’exil (25/01-04/02) réunissant l’excellent Amir Reza Koohestani (En transit) et Gurshad Shaheman (Les Forteresses). Danse. Une New Creation remuante de Bruno Beltrão (30/11-02/12, avec Pôle Sud, puis à La Filature de Mulhouse le 14/12 et à L’Arsenal de Metz le 16/12) et la star Sasha Waltz (In C, 19-21/10). Temps fort. Le Monde du travail (18/0302/04) avec notamment l’agit-prop de Nicoleta Esinescu (Sinfonie des Fortschritts, 31/03-01/04) ou L’Âge d’or d’Igor Cardellini et Tomas Gonzalez, visite guidée dans des lieux qui échappent à notre attention au quotidien, rarement considérés au-delà de leur dimension fonctionnelle, et où se jouent pourtant la création du Capital (18 & 19/03). Paysage. Après Nathalie Béasse, c’est L’Amicale qui présente, 10 jours durant, ses pièces (09-19/11). Humour fou, sérieux du propos et inventivité des dispositifs – notamment dans la redistribution de la place accordée au spectateur – en font des must see. Icônes. Ne manquez pas la Danse macabre de Martin Zimmermann, avec ses trois complices déclassés refaisant société sur la décharge où ils errent comme des âmes en peine (08-10/03, et aussi à la Kaserne de Bâle, 08-10/12, et à MA scène nationale à Montbéliard le 13/12 ). Une des pièces RETROUVEZ L'ARTICLE SUR NOTRE SITE POLY.FR
© Basil Stücheli
LE MAILLON
Saisons 22/23 fondatrices d’Heiner Goebbels (Schwarz auf Weiß, 23 & 24/09 avec Musica), reprise 25 ans après sa création. Come back. Le retour de Mathias Moritz avec un nouveau Groupe Tongue dans Hôtel Proust (12 & 13/01, également à La Comédie de Colmar les 10 & 12/11, puis à L’Espace 110 d’Illzach le 08/11). maillon.eu OPÉRA NATIONAL DU RHIN Rareté. Le Chercheur de trésors de Schreker (28/10-08-11 à Strasbourg, 27 & 29/11 à Mulhouse) fut un des plus grands succès de la République de Weimar. Duo. La Voix humaine de Poulenc est chanté par Patricia Petibon dans une mise en scène de Katie Mitchell, qui imagine un nouvel épilogue cinématographique porté par une composition symphonique d’Anna Thorvaldsdottir (18-26/02 à Strasbourg, 12 & 14/03 à Mulhouse). Printemps slave. Le Conte du Tsar Saltane de Rimski-Korsakov (05-13/05 à Strasbourg, 26 & 28/05 à Mulhouse) est donné dans le cadre du Festival Arsmondo, cette année dédié à la culture slave. Culte. Emmanuelle Bastet monte Turandot de Puccini (09-20/06 à Strasbourg, 02 & 04/07 à Mulhouse). Voix. Le ténor Pavol Breslik (16/12), la soprano Olga Peretyatko (12/05). Danse. Martin Chaix propose une lecture résolument contemporaine et féministe de Giselle (14-20/01 à Strasbourg, 26-31/01 à Mulhouse et 05/02 à Colmar), un nouveau volet de Spectres d’Europe (27-30/04 à Mulhouse, 25-30/06 à Strasbourg), qui s’intéresse aux figures éthérées et abstraites qui peuplent
notre inconscient avec des pièces de David Dawson, Lucinda Childs et William Forsythe. operanationaldurhin.eu
avec une Carmen en version de concert (04 & 06/04) chantée par Michael Spyres et Joyce DiDonato. Musique en résidence. Avec Memoria (20 & 21/04), Bruno Mantovani, compositeur à l’honneur cette saison, se penche sur le conflit arménien. philharmonique.strasbourg.eu
ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE STRASBOURG Musique contemporaine. Saccades pour flûte et orchestre de Philippe Manoury par Emmanuel Pahud (07/10). Musique testamentaire. La Symphonie n°9 de Mahler dirigée par Vassili Sinaïski (25/11). Musiques russes. Premier Prix au Concours Tchaïkovski 2019, Alexandre Kantorow interprète le Concerto pour piano n°2 de Tchaïkovski (08 & 09/12), tandis que Nikolaï Lugansky s’empare de la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov (12 & 13/01). Musique sacrée. Pour le concert de Noël (14/12), Ton Koopman et l’Amsterdam Baroque Orchestra donnent Le Messie de Haendel. Musique de fête. Pour le Nouvel An (31/12 & 01/01), goûtons à la folie d’Igudesman & Joo. Musique romantique. Passer Une journée avec Schubert (29/01) est une invitation chambriste lancée par les musiciens de l’OPS. Musique viennoise. L’Orchestre national de Lille fait voisiner Mozart, Schubert, Berg et Webern (10/02). Musique de films. Ciné-concert Mary Poppins (10 & 11/03). Musique au cube. Avec le Triple concerto de Beethoven (23/03) dirigé et interprété par Renaud Capuçon. Musique française. L’Orchestre et John Nelson poursuivent leur compagnonnage
LA POKOP Pessoa. Fraichement diplômé de l’École du TNS, Quentin Ehret présente sa création Bureau de tabac (17 & 18/11), inspirée du poème éponyme d’Àlvaro de Campos, hétéronyme de Fernando Pessoa. Deuxième. Le danseur strasbourgeois Marino Vanna signe sa seconde pièce, Man’s Madness (19/01), quatuor en quête de partage d’émotions et de mélange des genres. Épopée. Artiste associé à l’Université de Strasbourg cette année, Geoffrey RougeCarrassat explore la plus vieille histoire écrite du monde dans Gilgamesh Variations (2527/05), créée après des temps de résidence à La Pokop. Festival. La 6e édition du festival des arts scéniques émergents Démostratif se tiendra du 06 au 10/06. lapokop.fr PÔLE SUD
STRASBOURG ORCHESTRE PHILHARMONIQUE
Alexandre Kantorow
64
POLY 249
Septembre 22
© Sasha Gusov
DE STRASBOURG
Back to back. La krumpeuse Nach est de retour avec la conférence dansée Nulle part est un endroit (23/01). Brésil. Une New Creation de Bruno Beltrão (au Maillon, coréalisation, 30/11-02/12, puis à La Filature de Mulhouse le 14/12 et à L’Arsenal de Metz le 16/12). Créations. La nouvelle pièce de Marie Cambois ALL (à la lisière…) (12 & 13/01, puis à l’Espace 110 d’Illzach les 20-21/01, au CCAM de Vandœuvre-lès-Nancy les 07 & 08/02, à L’Arsenal de Metz le 02/03 et au Nouveau Relax de Chaumont le 23/03). La création de groupe d’Ezio Schiavulli, Jeux de société (07 & 08/02, aussi à La Filature de Mulhouse les 08 & 09/11, à L’Arsenal de Metz le 17/05 et au Nouveau Relax de Chaumont le 16/05). Festival. L’Année commence avec elles (1228/01) et EXTRAPOLE (30/05-07/06). Minimalism. Maud Le Pladec tente de donner corps aux œuvres de compositrices invisibilisées (Kassia de Constantinople, Hildegarde von Bingen ou encore Lucie Antunes). Counting stars with you (24 & 25/01) trouble les représentations et les corps au son de la DJ et compositrice Chloé Thévenin. Young. La nouvelle création de Marino Vanna, qu’il danse avec trois comparses, explore la folie (Man’s Madness, 06 & 07/12). Report. Les Guérillères de Marta Izquierdo Muñoz (27 & 28/01) revisite l’inspiration de Monique Wittig. pole-sud.fr
RETROUVEZ L'ARTICLE SUR NOTRE SITE POLY.FR
Saisons 22/23 LE TAPS Actuelles XXV. Le festival de lectures de textes d’auteurs contemporains (14-18/03). Femmes. Catriona Morrison s’empare du destin de Marguerite Möwel, brûlée comme sorcière au XVIe siècle, dans un duo hantant entre Sophie Nehama et Marie Schoenbock (L’Avis de Marguerite, 11-14/10, puis le 28/11 à la Salle Europe de Colmar et le 06/05 à Erstein, jardins de l’Hôtel de Ville). Québec. Avec Ce samedi il pleuvait, pièce caustique de l’autrice québécoise Annick Lefebvre, Catherine Tartarin signe un pamphlet relevé par la présence du duo musical ENCORE, jouant tout du long (29/11-02/12). #vieréelle. Laurent Crovella poursuit son exploration des écritures d’aujourd’hui avec Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ? (13-16/12, également à L’Espace Rohan de Saverne 08 & 09/12 et à La Passerelle de Rixheim 16 & 17/12). Sylvain Levey y réfléchit notre époque gorgée de haters et de jugements permanents sur les réseaux sociaux. Engagée. Charlotte Lagrange décrit le quotidien d’une assistante sociale chargée des Mineurs non accompagnés dans L’Araignée (07-09/02, et au Théâtre de Haguenau dans le cadre de Région(s) en scène(s), 29/03), solo sur les dégâts de la bureaucratie et la maltraitance dans l’accueil des migrants et demandeurs d’asile. Création. Catherine Javaloyès passe de Dennis Kelly à Jean-Luc Lagarce en créant Histoire d’amour (derniers chapitres), entre triangulations amoureuses et profondes soli-
tudes (17-21/01). Épopée. La compagnie du Matamore de Serge Lipszyc monte Richard III et York de Shakespeare (08-11/03, également au Point d’eau d’Ostwald 24/11-04/12, à l’Espace Rohan de Saverne les 13 & 14/01, et au Diapason de Vendenheim le 19/01), plongée dans les affres de l’âme humaine, des tirants et de la soif de pouvoir. taps.strasbourg.eu
line Garcia propulse sa roue Cyr dans l’Art contemporain en explorant la figure du cercle, inspirée par Kandinsky (dès 3 ans, 07-13/01, puis aux Rotondes de Luxembourg, 06-11/10). Marion Collé entend, elle, Traverser les murs opaques avec le Collectif Porte27 (16 & 17/05 avec Le Maillon), évocation poétique du soulèvement, avec des artistes travaillant l’aérien (fil, funambule, trapèze ballant). Duo. Paul Schirck et David Séchaud créent une Indomptable rencontre de leurs univers scénographico-musicaux autour de la science (07-14/12, dès 7 ans, également à La Coupole de Saint-Louis le 08/11 et à La Comédie de Colmar le 12/11). tjp-strasbourg.com
TJP Créations. Renaud Herbin signe sa dernière pièce en tant que directeur du TJP avec À qui mieux mieux (6-12/10, dès 3 ans, puis à MA scène nationale de Montbéliard le 11/01), invention des sons, des mots et du monde. Ovnis. Marguerite Bordat et Pierre Meunier créent un oratorio à partir de l’œuvre de Gaston Bachelard, qui prend les atours d’un jazz band fou où la musique dialogue avec la matière et la poésie contemplative (Bachelard Quartet, au TNS 26/11-02/12 et aussi aux 2 Scènes de Besançon 12 & 13/11). L’inclassable L’Odeur du gel d’Emily Evans, impressions plastiques et chorégraphiques du Grand Nord (19 & 20/01, et aussi au Manège de Reims 09/12, à L’Espace 110 d’Illzach 10/02 et au Nouveau Relax de Chaumont 03/02). Miet Warlop revisite, 10 ans après, une ancienne création toujours peuplée de ses personnages cartoonesques et extravagants prêts à toutes les pétarades plastiques (After All Springville, 01-03/06, puis à MA scène nationale de Montbéliard le 13/01). Cirque contemporain. Avec Trait(s), Co-
THÉÂTRE NATIONAL DE STRASBOURG Stan2. Pour ses derniers mois à la tête du TNS, Stanislas Nordey retrouve son complice Falk Richter pour la création de The Silence (27/09-08/10, VOIR PAGES 22-23) et présente – enfin ! – sa mise en scène de Berlin mon garçon de Marie NDiaye (0919/11). Créations. Pièce 100 % féminine avec Valérie Dréville portant Un Sentiment de vie très intime et autobiographique de Claudine Galea, sous la direction d’Émilie Charriot. Un questionnement du poids de nos héritages (17-27/01). Candidat à la succession de Stanislas Nordey, Sylvain Creuzevault crée à Strasbourg L’Esthétique de la résistance (23-27/05), spectacle d’entrée dans la vie professionnelle du groupe 47 de l’École. Une traversée, sous la plume de Peter Weiss, de la lutte ouvrière contre le fascisme du milieu du XXe siècle, gorgée de références artistiques. Blandine Savetier s’attaque à l’incarnation et l’appropriation artistique avec Un Pas de chat sauvage (0310/03), texte de Marie NDiaye sur la figure de Maria Martinez, chanteuse cubaine à la célébrité éphémère. New Kids on the Block. Les quatre metteurs et metteuses en scène de l’École du TNS livrent leur propre version de La Taïga court (04-09/11), texte de Sonia Chiambretto composé pour la pièce chorégraphique Sfumato de Rachid Ouramdane. Conte fantastique. Caroline Guiela Nguyen présente son ode à la Fraternité et aux disparus (12-20/01, et aussi à La Comédie de Colmar les 18 & 19/11) tns.fr
STUTTGART STAATSTHEATER
Fabian or Going to the Dogs
66
POLY 249
Septembre 22
© Thomas Aurin
LE ZÉNITH Ciné-concert. Les Deux Tours de Peter Jackson (04/11) avec 250 artistes interprétant la BO d’Howard Shore pour redécouvrir le deuxième volet du Seigneur des anneaux. Indispensable 1. La tournée My Songs de Sting (15/11).
RETROUVEZ L'ARTICLE SUR NOTRE SITE POLY.FR
Saisons 22/23 Indispensable 2. La tournée The Twilight Sad de The Cure (18/11). Cool. M (06/12) est de retour sur scène. Grandiose. Les mondes telluriques de Carmina Burana (14/01). Iconique. Thomas Jolly signe une nouvelle mise en scène de Starmania (10-12/02), tandis que les chorégraphies sont signées Sidi Larbi Cherkaoui. Comédie musicale. Je vais t’aimer (04/03) rend hommage à l’immense Michel Sardou. zenith-strasbourg.fr
VANDŒUVRE-LÈS-NANCY CCAM
STAATSTHEATER STUTTGART Essentiel 1. Johannes Müller et Philine Rinnert font de l’emblématique Liebestod (2325/09) le sujet d’une étude sur la manière dont la musique agit sur le corps et l’esprit. Essentiel 2. Edward Clug imagine une chorégraphie pour Casse-noisette de Tchaïkovski (25/11-15/12). Essentiel 3. Suite et fin du nouveau Ring (présenté en cycle complet : 03, 04, 10 & 12/03, puis 05, 06, 08 & 10/04), avec Götterdämmerung (29/01-10/04). Essentiel 3. Une production du Saint François d’Assise de Messiaen (11/06-09/07) est toujours un événement ! staatstheater-stuttgart.de
THANN-CERNAY ESPACES CULTURELS Selfie. Inspirés des travaux du psychologue Burrhus Skinner, les Nantais de Cabadzi rappent notre triste et absurde addiction aux réseaux sociaux (Espace Grün, Cernay, 25/11). Immersif. Plus qu’à un spectacle, Invuk Trip invite les spectateurs à un événement, une expérience, un voyage en terre inconnue, à la rencontre d’un peuple imaginaire (Hors les murs, à Bourbach-le-Haut, 12/05). ectc.fr
THIONVILLE NEST – NORD-EST THÉÂTRE Performance. Rébecca Chaillon crée son premier spectacle pour ados, Plutôt vomir que faillir (21 & 22/03, et aussi au CDN de Besançon 29/11-03/12, puis au Maillon de Strasbourg 18-21/01). Dimanches en famille. La Plus précieuse des marchandise (dès 8 ans, 17/11, et aussi au Escher Theater d’Esch-sur-Alzette les 22 & 23/11), métaphore de la Shoah de JeanClaude Grimberg, est mis en scène par Charles Tordjman. Plus léger, Les Jambes à
Oüm
son cou de Jean-Baptiste André, qui joue physiquement avec nos expressions (27 & 29/01, également à Pôle Sud, Strasbourg, 03-05/05). Koltès. Matthieu Cruciani tourne La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès avec, en solo, l’excellent Jean-Christophe Folly (06 & 07/10, et à La Filature de Mulhouse 11-13/10). Navajo. Jean Boillot donne suite à l’une des autrices qu’il a contribué à découvrir, Métie Navajo, avec la Terre entre les mondes (1618/11), dialogue entre les morts et les vivants au Yucatan. Festival. La Semaine EXTRA (18-24/03). Bruit du monde. Les Petits pouvoirs de Charlotte Lagrange (12/04), exploration des mécanismes de la domination au travail, et les Abysses d’Alexandra Tobelaim (0206/05), récit intime de Davide Enia sur la crise des migrants. nest-theatre.fr
TRÈVES THEATER TRIER Money, money, money. Opéra de Stravinski, The Rake’s Progress (à partir du 10/09) narre l’ascension et la chute de Tom Rakewell. Une mise en scène vertigineuse de Mikaël Serre est attendue pour cette œuvre trop rarement donnée ! Coup de cœur. Le directeur de la maison, Jean-Claude Berutti monte Tosca de Puccini (à partir du 26/11) et Pelléas et Mélisande de Debussy (à partir du 27/05). Ballet. L’excellent chorégraphe Roberto Scafati monte Wagners Traum explorant l’univers du compisteur de la Tétralogie (à partir du 22/10). theater-trier.de
VANDŒUVRELÈS-NANCY CCAM Danse. La nouvelle pièce de Marie Cambois ALL (à la lisière…) (07 & 08/02, puis à Pôle Sud à Strasbourg les 12 & 13/01, à l’Espace 110 d’Illzach les 20-21/01, à L’Arsenal de Metz le 02/03 et au Nouveau Relax, Chaumont, le 23/03). Narr : pour entrer dans la nuit, expérience participative de Vidal Bini rejouant la chorémanie de 1518 (16 & 17/11, et au Carreau de Forbach le 25/11, puis à La Filature de Sans ouMulhouse les 02 & 03/03). blier le sombre Nebula de l’excellente Vania Vaneau (30/05) et la variation hommage à la grande Oüm Kalthoum et à Omar Khayyam de Fouad Boussouf (28 & 29/03, au Théâtre Edwige Feuillère de Vesoul le 10/01 et au Manège de Reims les 14 & 15/06). Jeune public. Le théâtre d’ombres est aussi au programme avec Natchav, ou l’émancipation de circassiens face à la dictature (15-17/03, également au Escher Theater d’Esch-sur-Alzette 17 & 18/11, à la BAM de Metz 23-25/11, à l’ACB de Bar-le-Duc 02 & 03/12, aux 2 Scènes de Besançon 28/0203/03). Théâtre. Tg STAN s’empare de Je suis le vent de Jon Fosse pour un alléchant duo entre Damiaan De Schrijver et Matthias de Koning (02 & 03/02). Le Chœur des amants de Tiago Rodrigues était sa première pièce, en 2007. Il y revient pour notre plus grand plaisir (12 & 13/11, puis à La Comédie de Reims 29/11-01/12, et au Théâtre Edwige Feuillère de Vesoul 06/04). Festoche. Édition n°39 de Musique Action, festival de création sonore (17-31/05). centremalraux.com POLY 249 Septembre 22
67
© Elian Bachini
STUTTGART
Saisons 22/23 VOSGES
VESOUL
SCÈNES VOSGES
Adolescent
VENDENHEIM PÔLE CULTUREL LE DIAPASON Dark. Emily Loizeau (22/11) fait partie des rares artistes féminines de l’Hexagone à faire du rock, du vrai, quelque part entre Nick Cave et PJ Harvey. Métisse. Saxophoniste aventurier et nomade, Samy Thiébault perpétue avec créativité les origines métisses du jazz (9/02). Acrobatique. Avec Knot (14/04), le duo de circassiens Nikki & JD se raconte entre mainà-main, gymnastique, danse contemporaine et capoeira. Magique. vendenheim.fr
VESOUL THÉÂTRE EDWIGE FEUILLÈRE Temps fort. Le Festival Jacques Brel (23/0914/10) avec notamment Thomas Fersen, Alexis HK, Albin de la Simone et Terrenoire. Mais aussi Mois Voix d’enfants / Espace scénique, en mai. Love. Chœur des amants de Tiago Rodrigues était sa première pièce, en 2007. Il y revient pour notre plus grand plaisir (06/04, puis au CCAM de Vandœuvre-lès-Nancy 12 & 13/11 et à La Comédie de Reims 29/11-01/12). Pouchkine. Dans Onéguine (20 & 21/10, puis au Théâtre Dijon Bourgogne 03-07/04), Jean Bellorini nous plonge, casque sur les oreilles en bi-frontal, dans l’intimité de jeunes russes aristocrates du XIXe siècle, entre rivalités amoureuses, passions et spleen d’une jeunesse dorée. Tourgueniev. Le sociétaire de la Comédie-Française Clément Hervieu-Léger se lance dans Un Mois à la campagne (24/11), 68
POLY 249
Septembre 22
pièce de mœurs écrite en France au milieu du XIXe. Shakespeare. Jacques Weber fait un Roi Lear incroyable sous la direction de Georges Lavaudant (01/12). Danse. Ça pulse du côté de Sylvain Groud et Françoise Pétrovitch avec Adolescent (22/11) et les danseurs du Ballet du Nord ! Ne manquez pas l’hommage de Fouad Boussouf à deux artistes géniaux dans Oüm (10/01, puis au CCAM de Vandœuvre-lès-Nancy les 28 & 29/03 et au Manège de Reims les 14 & 15/06), qui orchestre la rencontre entre la diva égyptienne Oum Kalthoum et le poète perse Omar Khayyam. Musique. Le jazz inspiré d’Anne Paceo, victoire méritée du jazz 2019 (29/11) et les explorations nouvelles d’Émile parisien et Vincent Peirani (20/01). theatre-edwige-feuillere.fr
VILLAGE-NEUF RIVERHIN Neurones. Joie, tristesse, colère, peur, surprise… Avec Dans ma bulle, la compagnie Le Gourbi bleu explore les émotions primaires entre humour et autodérision, pour activer les neurones miroirs des spectateurs (06 & 07/10, et aussi le 05/10 à La Coupole de Saint-Louis). Dès 3 ans. Tzigane. Elle au chant et lui aux cordes. Le duo Ladislava revisite le répertoire des musiques traditionnelles d’Europe de l’Est en reprenant les grands classiques du jazz manouche, Brassens, Montand et Piaf (25/02, également à la Salle du Cercle de Bischheim le 18/05). mairie-village-neuf.fr
© Frédéric Iovino
THÉÂTRE EDWIGE FEUILLÈRE
Danse. Jean-Claude Gallotta revisite le mythe de Pénélope (11/10, puis au Escher Theater d’Esch-sur-Alzette le 22/02) et les codes du ballet classique. C’est beau ! Hors norme. Pierre Guillois retrouve l’incroyable Olivier Martin-Salvan pour Les Gros patinent bien (04-06/10, puis à La Comédie de Colmar 14-16/12). Jeune public. Jean-Yves Ruf se plait à s’adresser sérieusement aux enfants dès 7 ans avec Il va où le blanc de la neige quand elle fond ? (19 & 20/10). Musique. Du rock, du vrai, avec Feu ! Chatterton (07/12 à La Rotonde) et de la chanson à textes avec le subtil Thomas Fersen (03/03 à La Rotonde). Théâtre. La Tendresse de Julie Bérès (24/01, dès 15 ans), explore la sexualité et les assignations sociales. scenes-vosges.com
ZURICH OPÉRA Wagner Power. Suite de la Tétralogie mise en scène par Andreas Homoki avec Die Walküre (18/09-18/10) et Siegfried (0526/03). Rareté. Burlesque et déjanté, Barkouf de Jacques Offenbach (23/10-22/11) installe un chien au pouvoir ! Décapant. Calixto Bieito monte Eliogabalo de Francesco Cavalli (04/12-07/01). Contemporain. Lessons in Love and Violence de George Benjamin (21/05-11/06). Ballet. On the Move (14/01-11/02), chorégraphie de Christian Spuck. Reprises. La voix merveilleuse d’Anja Harteros dans In Trovatore de Verdi (17/09-16/10), Jonas Kaufmann chante le rôle de Cavaradossi dans Tosca de Puccini (15-20/12) et Cecilia Bartoli dans le rôle-titre de La Cenerentola de Rossini (08-24/03). opernhaus.ch TONHALLE ORCHESTER Focus. Seront les fils rouges de la saison, le flûtiste Emmanuel Pahud (avec notamment la création mondiale Ceremony de Toshio Hosokawa, 14-16/09) et le pianiste Fazıl Say (avec un concert chambriste permettant de découvrir ses compositions, 02/04). Creative chair. De nombreuses œuvres du compositeur japonais Toshio Hosokawa seront données au cours de la saison. Culte 1. Hilary Hahn et le Concerto pour violon de Sibelius (21 & 22/09). Culte 2. L’immense Kent Nagano dirige la Symphonie n°9 de Bruckner (01-03/03). tonhalle-orchester.ch RETROUVEZ L'ARTICLE SUR NOTRE SITE POLY.FR
FESTIVAL
Apocalypse Now Bouleversant oratorio en cinq mouvements de Georges Aperghis, Migrants est créé dans son intégralité au festival Musica. Entretien avec le compositeur français d’origine grecque. Par Hervé Lévy – Photo de Klaus Rudolph
Quel a été l’élément déclencheur de la composition de Migrants ? L’arrivée massive de réfugiés en Europe ces dernières années a transformé la Méditerranée en tombeau. J’ai été choqué par la manière de ne pas traiter le problème, en érigeant des murs un peu partout. Cet oratorio a pour objectif de montrer ce qu’est la douleur de perdre les siens, de rendre sensible l’émotion pour le public. J’en ai discuté avec Tobias Rempe, le directeur artistique de l’Ensemble Resonanz, pour qui j’ai écrit la pièce faite originellement de trois mouvements. Il a eu l’idée de la coupler avec Journal d’un disparu de Janáček.
Après cette première version, un quatrième mouvement est né… Il s’agit d’une sorte de concerto pour alto, auquel s’ajoute un cinquième mouvement, qui sera créé à Musica, pour que l’oratorio soit “complet” et narre la destinée des disparus, mais aussi des vivants qui n’ont plus d’identité et ne sont, ainsi, plus reconnus comme tels. Comment s’emparer d’un tel sujet ? Il a été extrêmement difficile de trouver la bonne distance. J’ai failli abandonner en cours d’écriture. J’ai beaucoup lu de textes, écrits par des journalistes notamment. Il y a de bons journalistes [Rires], qui ont passé plusieurs mois avec les migrants, recueillant leurs témoignages, mais il ne me semblait pas possible de faire une pièce avec ces mots. La détresse des gens ne peut pas être emballée dans une œuvre comme dans du papier cadeau. Comment trouver cette juste distance que vous évoquiez ? Il était primordial de revenir à l’essentiel : la disparition, la mort… sans oublier que les réfugiés sont considérés comme des ennemis par beaucoup ! Au Cœur des ténèbres de Joseph Conrad me hantait : j’ai utilisé certains passages du roman, des extraits entrant en résonance avec la situation des migrants. On retrouve ainsi cette phrase de Kurtz : « Je suis allé un peu plus loin, puis un peu plus loin encore, jusqu’au jour où je me suis trouvé si loin que je ne sais pas comment je pourrai jamais revenir. » D’autres matériaux textuels sont-ils présents ? Des fragments de témoignages, mais surtout des textes incompréhensibles et mystérieux… Mon objectif était de donner un visage à ces êtres humains qui ne sont plus reconnus comme des vivants pour la plupart. Rien n’est théâtral dans cette œuvre : je souhaitais éviter tous les effets, rester à l’écart de tout sentimentalisme pour qu’une émotion implacable étreigne les spectateurs. Au Palais des fêtes (Strasbourg) jeudi 15 septembre festivalmusica.fr > D’autres pièces de Georges Aperghis sont créées à Musica (Strasbourg) : La Construction du monde (dès 7 ans) à Aedaen Speakeasy samedi 17 et dimanche 18 septembre, puis à Pôle Sud samedi 24 et dimanche 25, mais aussi À mi-mots par Accroche Note au TJP Grande Scène samedi 17 septembre aperghis.com POLY 249 Septembre 22
69
OPÉRA
Les voix de la forêt Mettant en scène Like Flesh de Sivan Eldar, Silvia Costa emporte le public dans un opéra d’une extrême fluidité, revisitant Les Métamorphoses d’Ovide à la lumière des enjeux écologiques. Par Hervé Lévy – Photo de Simon Gosselin
L’
histoire est simple, celle d’une femme malheureuse ayant épousé un bûcheron et navrée de voir son mari détruire, jour après jour, la forêt où ils habitent. Sa tristesse la plonge dans l’immobilisme. Cette crise va la faire s’échapper de son espèce, la transformant progressivement en arbre, histoire de fuir la désespérance du quotidien, mais également de faire corps avec la nature blessée. De la retrouver au plus profond, pour se redécouvrir elle-même. Au cours de cette métamorphose, elle rencontre l’amour en la personne d’une jeune étudiante. Relecture éminemment politique du mythe de Daphné changée en laurier pour ne plus être soumise aux assiduités d’Apollon, conté par Ovide, Like Flesh (créé en janvier 2022) est porté par le texte puissamment poétique de Cordelia Lynn et la musique immersive de Sivan Eldar. Les instruments se mêlent subtilement à l’électronique, qui fait se répondre un orchestre raffiné de petite dimension et une soixantaine de haut-parleurs disséminés sous les fauteuils de la salle. En parallèle aux questionnements écologiques, sont posées des interrogations sur l’amour et le genre : qu’est-ce que veut dire tomber amoureuse ? Comment penser au neutre, le it anglais ? Comment aimer un être différent dans son essence ? À côté des personnages humains, la forêt souveraine, toujours victorieuse malgré les vilénies des Hommes, tient le premier rôle, incarnée par un chœur à six voix, rappelant celui du théâtre antique et représentée sur scène de manière métaphorique par Silvia Costa : « Pour moi, elle est une idée, un
70
POLY 249
Septembre 22
concept. C’était impossible d’en avoir une vision naturaliste. J’ai donc cherché à insérer cette histoire dans la tradition mythologique, mais à travers une nouvelle forme, qui restructure la réalité visuelle du public d’une manière contemporaine et au-delà de l’humain grâce à l’Intelligence artificielle. Après un processus d’apprentissage automatique à partir d’une somme de données, elle transforme, recompose et produit de nouvelles images, en miroir étrange de certains processus naturels », résume-t-elle. Le résultat est éblouissant, hésitant avec bonheur entre obscurité onirique et efflorescences baroques dans les motifs produits par l’IA « à partir d’un ensemble de données thématiques du livret et qui influencent l’action scénique. » Comme si des millions d’images sylvestres se recombinaient à l’infini pour créer un nouvel espace métaphorique d’une intense beauté pastique. Voilà qui n’est guère étonnant lorsqu’on sait que Silvia Costa débuta sa carrière au sein de la Socìetas Raffaello Sanzio et qu’elle œuvra bien souvent avec Romeo Castellucci… À l’Opéra national de Lorraine (Nancy) du 28 septembre au 2 octobre opera-national-lorraine.fr > La représentation du 2 octobre est présentée dans le cadre du festival Musica, qui pose ses valises à Nancy le temps d’un week-end (30/09-02/10) – festivalmusica.fr > À Musica, Silvia Costa met aussi en scène La Femme au marteau (27/09, Le Maillon, Strasbourg), récital théâtral autour de la figure de Galina Ustvolskaya – festivalmusica.fr
FESTIVAL
Tout Saariaho (ou presque) Opéra, musique symphonique, répertoire chambriste : la 40 e édition du festival Musica dresse le portrait de la compositrice Kaija Saariaho, figure majeure de la création contemporaine. Par Hervé Lévy – Photos d’Only the sound remains de Koji Iida / Tokyo Bunka Kaikan
F
igure radicale des seventies, Kaija Saariaho fonda en 1977, avec d’autres jeunes compositeurs, le groupe Korvat auki (Ouvrez vos oreilles), véritable incubateur de la création finlandaise où figuraient notamment Magnus Lindberg et EsaPekka Salonen. Séduite par la musique spectrale de Gérard Grisey et Tristan Murail – qu’elle voit comme le prolongement de la tradition française de Debussy – elle trace néanmoins une voie profondément originale : « Je me sens comme un filtre, essayant à chaque fois de transformer mon expérience du monde en musique », explique-t-elle. À Musica, se découvrent les contours de son art, avec notamment l’opéra intime créé en 2016 Only the sound remains (16 & 18/09), utilisant un instrumentarium réduit : flûtes, percussions, kantele – la cithare finlandaise, qui tient une grande place dans l’épopée nationale, le Kalevala – et quatuor à cordes. Inspirée de l’adaptation faite par Ezra Pound de deux pièces de théâtre nō, l’œuvre se divise en autant de parties extrêmement épurées et raffinées, nimbées de surnaturel, où le sombre et angoissant Always Strong répond à l’évanescence lumineuse de Feather Mantle. Intitulée Kaija dans le miroir (17/09), une journée complète est dédiée à la compositrice, débutant par la projection de son dernier opéra, Innocence, créé à Aix-en-Provence en 2021, dont le point focal est une tuerie de masse perpétrée dans un lycée. La suite permet notamment de réunir les plus fidèles
complices de l’artiste pour un tourbillon chambriste retraçant sa carrière à travers des pièces emblématiques comme Nuits, adieux (1991) pour quatuor vocal et électronique – qui « traite du chant, du souffle, du chuchotement », avec ses voix amplifiées et transformées en live – ou Light still and moving (2016) pour flûte et kantele. En deuxième partie de soirée, se produiront les Tres Coyotes : Magnus Lindberg au piano et Anssi Karttunen au violoncelle se joignent à John Paul Jones, légendaire bassiste de Led Zeppelin, pour un show d’une éperdue liberté. Enfin, l’Orchestre national de Metz Grand Est et son directeur musical David Reiland (22/09) explorent la grande forme avec un concert 100 % féminin (regroupant aussi des pièces de la géniale Olga Neuwirth et de l’intrigante Clara Iannotta). S’y déploient l’iconique Verblendungen (1984), où l’hétérogénéité de l’orchestre contraste avec l’homogénéité d’une bande, et Trans (2015), concerto pour harpe d’une infinie délicatesse. > Only the sound remains, au Maillon (Strasbourg) vendredi 16 et dimanche 18 septembre > Kaija dans le miroir au Palais des fêtes (Strasbourg) samedi 17 septembre > Concert de l’Orchestre national de Metz Grand Est à la Cité de la Musique et de la Danse (Strasbourg) jeudi 22 septembre festivalmusica.fr
POLY 249 Septembre 22
71
72
POLY 249
Septembre 22
OPÉRA
Des Heures hindoues À l’Opéra national du Rhin, la création mondiale d’Until the Lions de Thierry Pécou fait écho au Mahabharata. Plongée dans une épopée vocale vue par l’œil des femmes. Par Hervé Lévy – Portrait de Thierry Pécou par Sophie Dupressoir pour Poly
A
u départ d’Until the Lions – qui devait être le point d’orgue du Festival Arsmondo 2020 et voit enfin le jour – se trouve un texte épique et poétique de Karthika Naïr (2015). Librettiste de l’opéra, elle s’empare du Mahabharata, réécrivant la fresque fondatrice de l’hindouisme vue par le regard de personnages périphériques, majoritairement des femmes. Ainsi, Satyavati (incarnée par une comédienne sur scène), princesse déclassée car abandonnée toute petite et élevée par un pêcheur, fait-elle fonction de narratrice. Son mariage avec un roi n’a rien changé à son statut. Bafouée par le système politique, elle doit lutter pour sa légitimité et celle de ses enfants, dont elle cherche à assurer la place sur le trône. Son regard et sa destinée se croisent avec ceux d’Amba : duels, jeunes filles enlevées, mariages arrangés, amours secrètes, humiliations, colère incandescente, réincarnation et vengeance… Si l’action est foisonnante, l’histoire est intemporelle, faite de jeux de pouvoir et de relations amoureuses. Rien de nouveau sous le soleil depuis l’aube des temps. monde Il semblait éminemment naturel qu’un compositeur comme Thierry Pécou s’empare de cette épopée. Chine ancienne, Grèce antique, Tibet éternel, Amérique précolombienne, immense et mystérieuse Amazonie… Son œuvre se nourrit de cultures éloignées dans l’espace et le temps, de ce “Tout-monde” d’Édouard Glissant désignant « notre univers tel qu’il change et perdure en échangeant et, en même temps, la “vision” que nous en avons ». Le compositeur aux racines antillaises a fait sienne cette définition du poète martiniquais, cherchant sans cesse à « dire le monde, c’est-à-dire à mieux connaître ses musiques pour les retraduire avec les éléments de mon langage et les instruments de l’orchestre traditionnel. » Et de compléter : « Je me considère comme un témoin de mon temps, de ce que Glissant appelle la “mondialité”, cette capacité à écrire et composer en présence de toutes les influences possibles, à se laisser traverser par elles et à en faire son miel. C’est un enrichissement qui s’oppose à la mondialisation, qui n’est qu’appauvrissement et uniformisation. » inde Pour mettre en musique ces Échos du Mahabharata, où « s’efface la voix du patriarcat au profit de celle des éternelles dominées », Thierry Pécou s’est tourné vers « les musiques indiennes et plus généralement celles de toute l’Asie du Sud-
Est. Je pense par exemple aux sonorités des gamelans indonésiens1 », résume-t-il. Mais point de pastiche ou d’exotisme ici : ces références sont « souterraines. Je retiens ainsi la sinuosité et la vitalité des lignes mélodiques des ragas2 ou les modèles rigoureux, quasi géométriques d’organisation des orchestres de gongs. L’aspect rythmique de la pièce est ainsi dérivé des jeux numériques à l’œuvre dans les rythmiques indiennes. » Avec un orchestre traditionnel augmenté d’une guitare électrique (« en référence au hard rock, histoire d’accentuer la teinte sombre, dure, de la partition »), le compositeur nous emporte dans des péripéties universelles. À l’Opéra (Strasbourg) du 25 au 30 septembre À La Filature (Mulhouse) dimanche 9 et mardi 11 octobre operanationaldurhin.eu > Rencontre avec l’équipe artistique à la Librairie Kléber (Strasbourg), 24/09 (18h) – librairie-kleber.com Orchestres où prédominent les instruments de percussion en bronze Mode musical dans la musique indienne, caractérisé par une structure déterminée, des ornements et un motif mélodique spécifiques et correspondant à un climat émotionnel 1
2
Miniatures
Le 26 septembre 1972, des élus pionniers de Strasbourg, Mulhouse et Colmar fondaient l’Opéra (devenu national en 1997) du Rhin, syndicat intercommunal concrétisant la volonté des trois villes d’œuvrer ensemble. Pour célébrer le 50e anniversaire de cette utopie devenue réalité, l’institution propose une déambulation dans l’histoire de l’art lyrique avec Histoire(s) d’opéra (Opéra de Strasbourg 11 & 18/09, Comédie de Colmar 25/09 et Filature de Mulhouse 02/10). Il s’agit d’une promenade dans un espace temporel couvrant dix siècles, fait de dix opéras miniatures joués dans des zones différentes du théâtre, entre lesquels les spectateurs se déplacent. De Claudio Monteverdi à Cathy Berberian, en passant par Wagner, Verdi ou Rossini, voilà un sacré recueil de nouvelles sonores dont on tourne les pages avec jubilation. operanationaldurhin.eu POLY 249 Septembre 22
73
MUSIQUE CONTEMPORAINE
© Grégory Massat
Opératique & Sacré
Le Chœur philharmonique de Brno, celui de l’Opéra national du Rhin, l’Orchestre philharmonique de Strasbourg au grand complet, sous la baguette de son directeur musical Aziz Shokhakimov, et des solistes de très haut niveau : ce Requiem de Verdi s’annonce anthologique ! Voilà page hésitant entre échappées sacrées et extases lyriques – que le perfide Hans von Bülow décrivit comme « un opéra en robe d’ecclésiastique » –, imaginée par le compositeur en 1873, à la mort de l’écrivain Alessandro Manzoni, une des plus importantes figures du romantisme italien. Immense fresque sonore, l’œuvre touche chacun en plein cœur puisqu’elle a la semblance
d’une glorification de la vie, entre angoisse du néant et espoir qu’il puisse exister quelque chose après. En cela, il s’agit sans doute du plus humain des requiem entrant en résonance avec un air de Iago dans Otello : « La Morte è il Nulla, è vecchia fola il Ciel » (« La mort, c’est le néant. Le Ciel est une vieille fable »). Voilà véritable invitation au recueillement, où la puissance de la musique et des voix transporte l’auditeur dans des contrées éthérées. (H.L.) Au PMC (Strasbourg) vendredi 9 septembre philharmonique.strasbourg.eu
Une arche sonore
© Stephan Rabold
Les ingrédients d’un grand concert ? Une formation du top five mondial, le London Symphony Orchestra, un chef mythique, Sir Simon Rattle, et des œuvres excitantes. Pour sa tournée, la phalange britannique propose un premier programme composite (19/09) mêlant Berlioz, Ravel, Sibelius, Bartók et, cerise sur le gâteau, Sun Poem de Daniel Kidane, un jeune compositeur qui puise dans ses racines russes et érythréennes, les métissant de sons urbains, pour imaginer une musique sensuelle. Changement d’atmosphère avec la Symphonie n°2 “Résurrection” de Mahler (20/09), vaisseau sonore empli de mysticisme. Le compositeur y installe une profonde réflexion sur la vie et la mort : dans le premier mouvement, véritable cérémonie funèbre, l’auditeur est transporté, selon les mots de Mahler, « au pied du cercueil d’une personne aimée. » Ce regard rétrospectif sur l’existence est ensuite illuminé de bonheur, puis l’homme « doute de lui-même et de Dieu » dans un tragique élan de désespoir. L’Urlicht qui suit, point culminant de la partition, est une promesse de lumière, étant bien entendu que tout se résout dans un sublime et bienheureux apaisement. (H.L.) À La Philharmonie (Luxembourg) lundi 19 et mardi 20 septembre philharmonie.lu 74
POLY 249
Septembre 22
EXPOSITION
1
2
More geometrico Pour le 150e anniversaire de sa naissance, la Fondation Beyeler rend hommage à Mondrian et retrace l’Évolution du maître de la ligne droite et du quadrillage parfait. Par Suzi Vieira
A
ssise dans un coin de cuisine sombre, sabots aux pieds et coiffe de paysanne sur la tête, une femme s’applique à l’ouvrage, un fuseau à la main. À première vue, une scène classique de la peinture hollandaise du quotidien. Si ce n’est… la signature apposée dans un coin : “P. Mondriaan”. Ouvrant l’époustouflante exposition que consacre la Fondation Beyeler au maître de l’abstrait, Femme au fuseau (vers 1893-1896) – la plus ancienne des 89 toiles réunies – ne laisse pas de surprendre. Dans cette œuvre de jeunesse, les teintes ternes (austère bleu turquin, beige sali et morne brun) appliquées en pleine pâte, n’ont pas encore cédé le pas aux lumineux aplats de couleurs primaires. Et pourtant, quelque chose déjà se révèle à travers la grille géométrique du mur carrelé à l’arrière-plan. La structure et l’angle droit jouent un rôle dominant dans la composition de l’image. Si on la réduisait à des verticales et horizontales, apparaîtrait sans doute un schéma proche de la radicale Composition en noir et blanc avec lignes doubles de 1934, qui lui fait face dans l’astucieux accrochage témoignant de l’Évolution de l’artiste.
expérimentations cubistes de sa première période parisienne (1911-1914), quand on croirait certaines des Compositions de ces tâtonnantes années tout droit sorties du cerveau d’un Georges Braque ou d’un Paul Klee ? Fils d’un pasteur calviniste exalté, Mondrian était un mystique, ambitionnant d’unir l’esprit et la matière dans des images dont « l’équilibre du mouvement dynamique de la forme et de la couleur » permettrait d’accéder à « la réalité pure* ». Ce n’est qu’à partir des folles twenties qu’il s’affranchit définitivement de la figuration pour approcher l’essence de la beauté par le biais des spirituels carrés épurés. L’homme peignait sans règle, le regard concentré à l’extrême, modifiant sans cesse la position de ses droites, comme l’a découvert le “Piet Mondrian Conservation Project” engagé en 2019 pour restaurer les sept œuvres de la collection du musée. Pour Lozenge Composition with Eight Lines and Red (1938), il lui aura fallu trois ans pour arriver à l’équilibre parfait, bougeant les lignes à plusieurs reprises, construisant millimètre après millimètre la sublime abstraction d’équerre.
Figure de proue du mouvement De Stijl, Pieter Cornelis Mondriaan (1872-1944) – qui retira un “a” à son patronyme à partir de 1912 – a marqué en profondeur l’histoire, la peinture, le design, l’architecture… Ses célèbres agencements de lignes noires et de rectangles rouges, jaunes ou bleus sont en bonne place dans la présentation orchestrée par l’institution bâloise. Pourtant, le tour de force n’est pas là, mais plutôt dans le focus inédit sur les œuvres des débuts, si rarement montrées. Qui connaît ce Nuage rouge (1907), saisissant l’instant fugace où le soleil couchant embrase les cumulus ? Et que dire des
À la Fondation Beyeler (Riehen / Bâle) jusqu’au 9 octobre fondationbeyeler.ch
76
POLY 249
Septembre 22
> Visite guidée en français, 04/09 (15h) In Toward the True Vision of Reality, texte rédigé en 1942 à l’occasion de son exposition à la Valentine Gallery de New York
*
Légendes 1. Le nuage rouge, 1907, Musée d’Art de La Haye, Pays-Bas © 2022 Mondrian / Holtzman Trust, photo : Musée d’Art de La Haye 2. N° VI / Composition n° II, 1920, Tate, acquisition 1967 © 2021 Mondrian / Holtzman Trust, photo : Tate
EXPOSITION
Les Aventures de Lydia Jacob À Strasbourg, Raymond-Émile Waydelich poursuit sa Lydia Jacob Story dans une exposition protéiforme, à l’image de cet inoxydable artiste alsacien. Par Hervé Lévy – Lydia Jacob Circus, aquagravure originale, ed. L’Estampe, 2007
C
e qui est extraordinaire avec Raymond-Émile Waydelich (né en 1938), c’est qu’on reconnaît ses œuvres au premier coup d’œil, même si l’artiste, qui représenta la France à la Biennale de Venise 1978, fait feu de tous bois. La raison ? Sans doute que toute sa création est placée sous le signe de Lydia Jacob depuis de longues années. Lydia qui ? Flashback : Strasbourg 1973. « À l’époque, j’explorais l’abstraction géométrique. Mais pas quelque chose d’austère, des toiles lyriques qui pouvaient faire penser à des villes vues de haut. Je me souviens très bien de ce jour. Il y avait un marché aux puces sur les quais et je passais en voiture. Je me suis arrêté. On pouvait encore se garer comme des princes [Rires]. En fouillant dans un carton, est apparu un cahier d’écolier de format A4 rassemblant quelques dessins au trait, des choses très simples, comme la découpe d’un col réalisée avec une grande finesse », se remémore l’artiste. Il est l’œuvre d’une certaine Lydia Jacob, apprentie couturière à l’école de Pliezhausen, à côté de Stuttgart. Et le malicieux plasticien de “s’associer” avec celle qui devient
son alter ego artistique, “co-créatrice” de son corpus, muse, complice et bien plus encore. Il lui imagine promptement un arbre généalogique, dont les ramures explorent le temps et l’espace, où se trouvent photographe, pêcheur professionnel, ébéniste du cardinal de Rohan au XVIII e siècle, militaires, archéologue… Une dernière profession que notre homme aurait rêvé d’embrasser. À défaut, il a fondé l’archéologie du futur, discipline scientifico-artistique schliemannesque en diable, incitant à réfléchir à ce que laissera notre monde aux générations à venir. Céramiques crétoises, terrines de porcelaine blanche vernissées, aquagravures en stock, Memory Paintings jouant avec les maîtres de l’histoire, décors pour l’opéra imaginaire Heidi, sculptures animales, maquettes de bateaux réalisées avec des pièces de récup’, aspirateurs et autres machines à laver en marbre de Carrare, boites reliquaires… Cet inventaire à la Prévert pourrait se poursuivre ad libitum. Est-ce à dire que l’œuvre de l’artiste alsacien a la semblance d’un cabinet de curiosités ? Voilà
définition séduisante, mais qui trouve rapidement ses limites, puisque son corpus tire sa profonde unité de cette Lydia Jacob Story réalisant le grand écart entre questionnements universels et ancrage dans la terre rhénane… dont le bestiaire fait d’un cortège de créatures griffues et dentues, menaçantes parfois, souriantes bien souvent, est devenu familier aux amateurs d’art des deux côtés du Rhin. À L’Estampe (Strasbourg) du 17 septembre au 8 octobre estampe.fr > En partenariat avec Parcus, une œuvre in situ de Raymond-Émile Waydelich sera visible à Strasbourg, sur le parking Saint-Nicolas (à partir du 16/09) – parcus.com
Raymond E. WAYDELICH
Catalogue publié aux éditions L'Estampe (25 €) estampe.fr
POLY 249 Septembre 22
77
1
2
Un Wackes à Hollywood Dans le cadre de l’année dédiée au plus célèbre enfant de la ville, le Musée historique de Mulhouse retrace la trajectoire hors-norme de William Wyler, le réalisateur aux 40 Oscars. Par Suzi Vieira
T
out le monde connait Ben-Hur (1959), la superproduction hollywoodienne, avec ses onze Oscars, ses milliers de figurants et ses millions de spectateurs. On sait moins que son réalisateur, William Wyler, était… mulhousien ! Dans la cité où il est né, en 1902, celui qui deviendra l’amant fougueux de Bette Davis et lancera la carrière d’Audrey Hepburn en lui offrant le rôle-titre de Vacances romaines (1953), a fait les 400 coups, nous apprend une exposition détaillant par le menu – et à grand renforts d’anecdotes – les cent vies de ce génial hyperactif. Dans une vidéo rassemblant des reportages consacrés à l’enfant du pays, les copains de jeunesse (Paul Jacob, Edmond Cahen, Xavier Eckenspieller et Henri Ichterz) se marrent encore en racontant comment le “Wackes” (“garnement”, en alsacien) s’amusait à exciter les ours bruns en agitant sa casquette au-dessus de la fosse du zoo. Aux bancs de l’école, il préférait les fauteuils du Théâtre de la Sinne ou du cinéma Apollo, situés non loin de la rue du Sauvage, où ses parents, des Juifs venus de Suisse et d’Allemagne, tenaient une petite mercerie. Autant dire que rien ne le prédestinait à devenir ce cinéaste de légende, admiré par Tarantino ou Spielberg. C’est la mère de Willi qui lui a ouvert les portes d’une destinée extraordinaire. « Comprenant vite qu’il ne reprendra pas le commerce familial », raconte l’ancien journaliste et cinéphile Pierre-Louis Cereja, commissaire de l’exposition, « elle écrit une lettre à son cousin d’Amérique… Carl Laemmle, fondateur d’Universal Pictures ! » Celui-ci avance le billet pour la traversée, que le jeune homme remboursera sur ses premiers salaires de commis au courrier. Le culot et l’envie feront le reste. Et il en faudra pour demander à Laemmle, deux ans plus tard, de l’envoyer en Californie sur les studios d’Universal City, puis de lui confier, à tout juste 23 ans, la direction de 78
POLY 249
Septembre 22
son premier court-métrage, un western muet. « Une sacrée bonne école », dira par la suite celui que Bogart, Gregory Peck ou Laurence Olivier surnommaient “Willi les 40 prises”, tant il était exigeant et difficile avec ses acteurs. Homme de conviction et démocrate engagé (il rejoint l’US Air Force dès 1942), l’Alsacien est un réalisateur à part à Hollywood, maître du huis clos et du réalisme psychologique, qui fait des films pour défendre l’entrée en guerre contre Hitler (Mrs. Miniver, 1942), raconter l’impossible retour à la vie normale des GI (Les Plus belles années de notre vie, 1946), aborder à l’écran les thèmes alors peu explorés de l’avortement (Histoire de détective, 1951) ou de l’homosexualité féminine (La Rumeur, 1961). Un bon film ? « Certains disent que c’est juste une bonne histoire. Mais je crois que c’est plus que ça. Il faut avoir la passion de raconter l’histoire, et savoir la raconter avec style. C’est tout ça : une histoire, une passion et un métier ! » Au Musée historique de Mulhouse jusqu’au 7 novembre historique.musees-mulhouse.fr > Atelier pour découvrir les techniques d’animation de l’image, suivi de la projection de Mes vies de rêve, court-métrage où jouent les collégiens des différents quartiers de la ville, 17/09 (14h, sur inscription) > Visite guidée en compagnie du commissaire de l’exposition, PierreLouis Cereja, 18/09 (15h, sur inscription) > Au programme de “2022, Année William Wyler”, on trouve aussi un parcours Sur les pas du réalisateur dans la ville, un concert de l’Orchestre symphonique de Mulhouse, un ciné-débat, etc. mulhouse.fr/wyler 2022 Légendes 1. William Wyler à Mulhouse en 1979, coll. L’Alsace, Francis Hillmeyer 2. William Wyler, Gregory Peck, Jean Simmons, Carroll Becker, Charlton Heston sur le tournage des Grands espaces, 1958, coll. famille Wyler
EXPOSITION
L’Art bat la campagne À Ornans, se déploie Ceux de la Terre, explorant La Figure du paysan de Courbet à Van Gogh à travers un ample corpus réunissant des œuvres de Gauguin, Millet, Sérusier… Par Hervé Lévy
J
usqu’à la Révolution de 1848, le paysan n’est bien souvent qu’un personnage secondaire, faisant tapisserie, relégué au second plan des peintures de paysage. Des artistes comme Gustave Courbet et Jean-François Millet – tous deux issus du monde rural – vont le mettre au centre de leurs compositions. Du second nommé sont accrochés Un Vanneur (vers 1848) et Bergère avec son troupeau (vers 1863) où le travail agreste est héroïsé, qu’il soit montré dans toute la difficulté de son labeur ou pétri d’une puissante mélancolie. Cette nouvelle image de la ruralité donnée par les “peintres paysans” va de pair avec l’émergence d’une classe comme acteur social. « Jamais tant de
paysans n’avaient envahi le Salon. Jamais on n’y avait tant arraché de pommes de terre. Jamais tant de troupeaux de moutons n’avaient trotté sur les cimaises », écrivit Robert de la Sizeranne, en 1899. Une section de l’exposition arpente ainsi la variété de ces représentations, de la réinterprétation radicale des œuvres de Millet signée Van Gogh – La Méridienne, dit aussi La Sieste (1889-90), avec ses extraordinaires contrastes chromatiques d’une ébouriffante modernité – à la vision plus stéréotypée d’un Jean-Charles Cazin avec La Journée faite (1888), baignée d’une septentrionale sérénité. À partir des années 1870, c’est le naturalisme qui s’impose en peinture – comme dans les Lettres –
avec des figures tel Jules Bastien-Lepage et ses instantanés de la vie rurale dénués de toute mièvrerie pastorale, à l’image des Foins (1877) où une jeune femme est assise, hagarde et fatiguée, à côté d’un homme qui dort, éreinté par un travail qu’on imagine abrutissant. « De tous les paysans que l’on a envoyés au Salon cette année, Le Semeur est de beaucoup celui que nous préférons. Il y a du grandiose et du style dans cette figure au geste violent, à la tournure fièrement délabrée, et qui semble peinte avec la terre qu’il ensemence », écrivit Théophile Gautier à propos du célèbre tableau de Millet, qui devint un véritable archétype à la forte portée morale et religieuse, dont toute une section explore la postérité. Un bronze de Constantin Meunier voisine ainsi avec une toile de Bastien-Lepage ou un dessin de Félicien Rops, illustrant l’ambivalence du motif. Pour certains, il incarne les valeurs traditionnelles, pour d’autres, l’avènement d’une société meilleure, puisqu’il devient l’incarnation de la République avec la semeuse gravée par LouisOscar Roty apparaissant sur pièces et timbres. Le parcours s’achève par la vision des campagnes comme un refuge face à la folie des villes tentaculaires où l’industrie est reine : des artistes comme Paul Sérusier, avec sa paisible Moisson (1903), ou Paul Gauguin – est montré un pastel de 1894 avec Deux Têtes de Bretonnes – sont en quête d’un nouvel Eden. Ce retour à une terre idéalisée s’avère éminemment contemporain. Au Musée Courbet (Ornans) jusqu’au 16 octobre musee-courbet.fr Légende Jules Bastien-Lepage, Les Foins, 1877, Paris, musée d’Orsay – RF 2748 © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
POLY 249 Septembre 22
79
EXPOSITION
Docteur La Peluche Avec l’imprononçable Cccccharrrleeewwwworllddddd aaaa gggessaammtttkkkuunsttwwerkkk ????????, Charlemagne Palestine pose ses valises au Frac Alsace, trente ans après sa première exposition dans la région. Par Julia Percheron – Photos de Pierre Rich
I
nstallé dans un fauteuil près de l’entrée, deux casquettes colorées vissées sur les oreilles et un verre de whisky on the rocks à la main, Charlemagne Palestine, de son vrai nom Chaim Moshe Palestine, scrute avec curiosité les visiteurs déambulant entre ses œuvres. « Ma femme m’a rendu sobre ! », ne manque pas d’ajouter le septuagénaire avec cet enthousiasme qui semble ne jamais le quitter. À l’occasion de cette nouvelle présentation de son travail dans la région, les 500 m2 du Frac Alsace sont inondés d’un millier de peluches : « La plupart proviennent de ma collection personnelle, d’autres d’Emmaüs », précise l’ancien professeur du California Institute of the Arts. « C’est du recyclage, je voulais faire écho à cette nouvelle vague écologique et remplir l’espace de façon écoresponsable. » Figure phare de son univers, le Teddy Bear est décliné sous toutes ses formes, d’un petit personnage pas plus large que la paume d’une main à une gigantesque boule de poils qui ravira, à n’en pas douter, « les enfants de tous les âges. » Le kid de Brooklyn vit aujourd’hui à Bruxelles et rend hommage à cette idole de son enfance, qui fête ses 120 ans cette année.
évidemment, la mesure est battue par un ours en patchwork… et non par le lecteur MP3 posé sur le sol ! À quelques pas, se dresse un kayak bleu, décoré par des enfants lors d’ateliers créatifs. Au milieu des passagers, se distinguent l’infatigable Bob l’Éponge, un tyrannosaure peu commode et une vachette à rayures, visiblement très inspirée par ce voyage sur les flots. Deux grands murs de peluches, issus d’une exposition à Los Angeles en 2017, s’étendent de l’autre côté et titillent le plafond. Mickey, Minnie, Hello Kitty et même un gorille espiègle font face aux spectateurs, sagement maintenus par des épingles à nourrice. « Je vois en eux des êtres avec des énergies, des regards qui témoignent du temps qui passe », déclare l’avant-gardiste. Un rayon de soleil traverse alors les baies vitrées du complexe et se répercute sur les boules à facettes, suspendues aux poutres en métal. En un instant, la scène se modifie et des éclaboussures lumineuses parsèment le plancher, les parois nimbées de relief, donnant une autre lecture aux peintures sur verre réalisées par le musée et des bénévoles. De l’art en mouvement… littéralement.
Au centre de la pièce principale trône un piano Bösendorfer, l’un des instruments fétiches de l’excentrique musicien-plasticien, recouvert de schmattes*, du roi de la jungle en personne et d’une montagne de minuscules animaux parmi lesquels le chien Pongo, le Diable de Tasmanie ou encore Tigrou. Une mélodie inventée pour l’événement s’échappe du clavier. Bien
Au Frac Alsace (Sélestat) jusqu’au 13 novembre frac-alsace.org
80
POLY 249
Septembre 22
> Performance ‘‘surprise’’ de Charlemagne Palestine le 17/09 (16h)
*
Chiffons en yiddish
EXPOSITION
L’insoutenable banalité de l’être Avec I’ll see you when I see you, la Fondation Fernet-Branca explore l’univers envoûtant de James White et ses fantasmatiques scènes de la vie ordinaire. Par Suzi Vieira
les limites entre la réalité et la fiction, interroger le fantasme d’objectivité dans la représentation du monde qui nous entoure.
D
eux verres sont posés sur l’étincelante étagère en formica blanc surplombant ce qu’on imagine être le lavabo d’une banale chambre d’hôtel. L’un, vide, sens dessus dessous ; l’autre, à moitié empli d’une eau aussi cristalline que son contenant. Elle vient tout juste d’être versée. De fines bulles remontent à la surface et l’on distingue encore les éclaboussures infimes projetées sur les bords par le jet. Leur reflet dans le miroir de cette salle de bains toute en épure et netteté est parfait. Dans le coin supérieur droit de l’image, la prise électrique qui se trouve au mur a été coupée. On reconnaît sur les gobelets l’éclat du flash de l’appareil. The Large Glass 5 (2019, tiré d’une série en forme de clin d’œil à
l’énigmatique Grand Verre de Marcel Duchamp) a tout d’une nature morte ultra contemporaine, conçue comme un plan de coupe de film à suspens ou un cliché documentant une scène de crime. James White n’est pas un artiste des grandes gestes. Ses hyperréalistes peintures à l’huile en noir et blanc misent sur la densité picturale d’objets peu spectaculaires, reproduits en gros plan avec une ébouriffante virtuosité. Il faut s’approcher très près pour déjouer l’illusion photographique, repérer les touches du pinceau sous le vernis, découvrir le léger décalage entre les différentes parties d’un tableau qui se révèle être l’association de deux images et non simplement une. L’artiste londonien n’aime rien tant que brouiller
Bonde ruisselante d’un évier de cuisine (Plug Hole, 2019), jeu de clés posé sur le coin d’une console en marbre (Keys/ Glass, 2020), robinet qui coule (Tap, 2018), souillures d’insectes sur un vieil abat-jour (Aspect/Ratio 6, 2015), sacs de provisions froissés (Double Bag, 2020)… C’est comme une collection d’instants suspendus, une grande salle de stockage des discrètes et silencieuses pièces à conviction de nos petites vies ordinaires. Des indices négligeables, qui échappent souvent à notre attention et que White met en lumière de manière d’autant plus résolue, avec la froide méticulosité d’un greffier. Peintes sur des panneaux d’aluminium, de bois ou d’acrylique, ses toiles sont toutes présentées dans de grandes boites en plexiglas, histoire d’accentuer l’aspect impartial de ces témoins d’une réalité banale, dont il revient au spectateur de finaliser à sa guise les contours du ou des sens qu’il lui accorde. Car sous le vérisme affiché, il se dégage de ces images une aura incontestablement étrange et définitivement cinématographique. Chacune semble s’inscrire dans un mystérieux arc narratif, murmurant à l’oreille du regardeur subjugué : ”Mais que s’est-il donc passé ici ?” À la Fondation Fernet-Branca (Saint-Louis) jusqu’au 2 octobre fondationfernet-branca.org Légende The Large Glass 6, 2019 © James White, courtesy Galerie Thomas Zander, Cologne
POLY 249 Septembre 22
81
EXPOSITION
1
2
Les possibilités d’une île À Wattwiller, la Fondation François Schneider part à la découverte de Nos îles, dévoilant l’envers du décor de ces bouts de terre fantasmés. Par Suzi Vieira – Photos de Steeve Constanty
Î
le… était une fois la cale obscure d’un bateau, le bruit assourdissant des vagues et du vent, le roulis qui rend fou, avec pour seul espoir la lueur fragile d’une ampoule grésillant au plafond. Ainsi débute la traversée de Nos îles, exposition en forme d’exploration de l’insularité dans toutes ses métaphores variées. D’entrée de jeu, l’immersive installation sonore de Philippe Lepeut (C’est du vent, 2015) arrache le visiteur à la terre ferme de la réalité pour le transporter vers les rives d’un ailleurs… Paradis ou enfer ? Sans doute les deux, mon capitaine ! À l’instar de cette cabane de bois à taille réelle, entièrement meublée, que l’on découvre en s’enfonçant dans la jungle après avoir accosté. Refuge (2007) atypique vers lequel on se sent irrésistiblement attiré, mais dont le plasticien Stéphane Thidet a fait un lieu diablement hostile, à l’intérieur duquel une pluie tropicale se déverse avec fracas, sans discontinuer. Hypnotique… et glaçant ! Dedans / dehors : tout est inversé. Quant aux trois autochtones du Mulhousien Pierre Fraenkel (Monstrum, 2020), qui se tiennent à quelques mètres de là, avec leurs coiffes chamaniques tressées de fils DMC rouge sang et leurs cornes acérées, c’est à se demander s’ils ne s’apprêtent pas à célébrer une quelconque cérémonie rituelle, dont le naufragé serait – au choix, selon le rapport qu’on a à l’étrangeté – l’invité de marque ou la victime à sacrifier. sur la plage abandonnée… Dans l’histoire ici contée, on comprend vite avoir échoué sur 82
POLY 249
Septembre 22
un archipel à mille lieux de nos fantasmes d’éden aux verts palmiers et rivages bleutés, d’îles aux trésors, d’envoutantes vahinés et de Robinson Crusoé. Chacun des vingt artistes conviés s’attache en effet à déjouer les nombreux clichés sur ces mondes insulaires qui, depuis l’Odyssée d’Homère jusqu’à Houellebecq, en passant par Gauguin, Thomas More et Aimé Césaire, ont irrigué la littérature, la philosophie, la peinture… et colonisé tout notre occidental imaginaire. Entre aspiration aux vacances d’été et quotidien harassant de l’année passée à trimer, Axel Gouala (Totems-Voyage, 2018-2020) invite ainsi à un bien drôle de voyage au pays du tourisme de masse, avec ses plages pas si idylliques que cela, faites de cocotiers montés sur tube d’aspirateur ou ventouse de WC… Du rêve au cauchemar, il n’y a souvent qu’un pas ! Remain (2018), film coup de poing de l’AustraloIranienne Hoda Ashfar en fait d’ailleurs la démonstration par l’extrême. On y découvre un petit bout de terre enchanteur, perdu au large de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, dans les eaux couleur d’azur de la mer de Bismarck : Manus Island. Entre ciel infini et sable blanc, la photographe et vidéaste a minutieusement enregistré les récits tragiques d’hommes qui vivent là, prisonniers depuis des années du centre offshore de rétention de migrants que le gouvernement de Canberra y a installé. Face caméra, tous racontent les mêmes trajectoires faites de traumatismes et de drames, brutalement stoppées pendant leurs traversées désespérées depuis l’Iran, la Somalie, l’Afghanistan… vers l’Eldorado australien qu’ils n’atteindront désormais plus jamais.
EXPOSITION
3
coquillages et crustacés L’île reculée est par nature une prison : les Anglais déjà nous l’avaient appris en exilant Napoléon à Sainte-Hélène, rocher volcanique paumé au milieu de l’Atlantique, à près de 2 000 kilomètres de la Namibie. Après tout, ce n’est pas pour rien que le terme “isolement” dérive du latin insula... De la Marseillaise Yohanne Lamoulère, qui met en photographies deux mois de confinement passés sur un bras du Rhône (L’île, 2020) – à deux pas des villes et pourtant si proche du sauvage et du mystérieux – à Gilles Desplanques, qui se filme attendant Godot sur son Île de béton (2016) comme un pantin égaré sous un échangeur autoroutier, toutes les solitudes y passent. La plus romantique, avec les noires falaises ébréchées d’Ouessant, capturées par le regard de Cécile Beau (Isle, 2014)… comme la plus absurde, filmée par Olivier Crouzel à Yali (2021), poétique îlot blanc de la mer Égée devenu une véritable carrière à ciel ouvert, d’où l’on extrait de la pierre ponce par cargaisons entières pour bâtir dans nos contrées de jolies petites maisons soi-disant écologiques et bien isolées. Utopies exotiques et politiques désillusions s’entremêlent ainsi tout au long d’un parcours délicatement tissé, qui jamais complètement ne bascule et tient le visiteur suspendu sur un fil, tendu entre la réalité et la fiction. L’enchantement, lui, ouvre et clôt la circumnavigation. Au fracas initial de la houle répond en un fragile écho le carillon de nacre du nuage de coquillages créé par le plasticien sonore Stéphane Clor (Sans Titre, extrait d’Imaginary Soundscape, 2016), comme un éclat de beauté sereine après la tempête. À la Fondation François Schneider (Wattwiller) jusqu’au 18 septembre fondationfrancoisschneider.org 4 Légendes 1. Stéphane Clor, Sans titre (extrait de Imaginary Soundscape), 2016, courtesy de l’artiste 2. Brankica Zilovic, Embrace again, 2018, courtesy de l’artiste et de la galerie Laure Roynette 3.et 4. Stéphane Thidet, Sans titre (Le Refuge), 2007. Collection les Abattoirs Musée, Frac, Occitanie Toulouse © Adagp, Paris, 2022
POLY 249 Septembre 22
83
1
Materials’ life matter Exhumer le futur retrace vingt ans de création du Belge Maarten Vanden Eynde. Une rétrospective en forme de coup de poing donné à l’idée de progrès, qui rappelle de quoi sont faits nos objets. Par Suzi Vieira
«I
ls ont partagé le monde, plus rien ne m’étonne / Si tu me laisses l’uranium / Moi je te laisse l’aluminium / […] Ils ont partagé Africa sans nous consulter / Ils s’étonnent que nous soyons désunis ! / Une partie de l’empire Mandingue / Se trouva chez les Wolofs / Et dans le Ghana / Une partie de l’empire Mossi. » La chanson de l’Ivoirien Tiken Jah Fakoli pourrait servir de bande son à la visite de cette édifiante exposition. Elle donne d’ailleurs son titre à l’œuvre qui en ouvre le parcours, élaborée en collaboration avec le peintre congolais Musasa. Ils ont partagé le monde (2017) figure une improbable roue de la fortune et du soi-disant progrès, dont chacune des neuf parts retrace à coups de rébus et pictogrammes colorés l’histoire du pillage organisé des ressources de la planète. Ivoire, caoutchouc, cuivre, or, pierres précieuses, coton, bois, pétrole, uranium… Sur ces matières premières s’est érigée l’humaine civilisation ; d’elles dépend entièrement notre capitaliste société de consommation. Elles sont si présentes dans notre quotidien que nous ne les remarquons
84
POLY 249
Septembre 22
plus. Et pourtant ! En vingt ans de carrière, Maarten Vanden Eynde, lui, n’a eu de cesse de les interroger, enquêter sur leurs origines, démêler l’entreprise coloniale – et post-coloniale – à laquelle elles sont indissociablement liées, mettre au jour les luttes de pouvoir dont elles font l’objet. Dans le grand hall de béton de la Kunsthalle, s’élève ainsi Fat Man 3D (2022), reproduction fidèle, toute en délicate dentelle au fuseau, de la bombe atomique qui raya Nagasaki de la carte le 9 août 1945… Histoire de ne jamais oublier que l’uranium de l’arme fatale provenait de Kinshasa (via Anvers), et que bien avant cela déjà, le coton utilisé dans la passementerie dont s’enorgueillissent encore les Flandres était ramassé par les esclaves congolais vendus aux Sudistes par Léopold II. terreur de la consommation de masse Passionné de géologie, d’histoire, d’anthropologie, de sociologie (la liste est longue), l’érudit Vanden Eynde, qui prépare une thèse sur l’influence de l’essor des dispositifs d’aide-mé-
EXPOSITION
2
moire externe sur la marche de l’Humanité, croise pratiques artistiques et questionnements sur les grands enjeux sociaux et environnementaux présents, passés et à venir. Comme quand il prélève plusieurs centaines de kilos de déchets plastiques dans le tristement célèbre gyre de l’océan Pacifique pour le fondre et le transformer en un mutant récif de corail multicolore à l’inquiétante beauté (Plastic Reef, 2008-2013). Allusion à la torture de la privation de sommeil appliquée à Guantanamo, War on Terror (2016) présente quant à lui une invraisemblable collection de 212 bouchons d’oreille de toutes formes, tailles et teintes possibles, jetables et à usage unique. Ou quand le terrorisme de la consommation de masse sévit ! civilisation ikea En archéologue du futur, le plasticien belge imagine ce que les scientifiques de demain déduiront des vestiges que nous laissons, le récit qu’ils construiront pour rendre compte de cette période géologique nouvelle : l’Anthropocène, débutée à la fin du XVIIIe siècle avec la révolution industrielle, quand l’influence de l’Homme sur le système terrestre est devenue prédominante. Une ère désormais marquée au sceau risible d’IKEA, comme il le rappelle avec Nova Victoria (2014), commémorant le jour où le catalogue de la marque devint le livre le plus imprimé dans l’histoire – devant la Bible –, ou en enterrant clandestinement une tasse à thé du géant suédois dans le Forum romain (Preservation of IKEA teacup, 2005). Et si, finalement, les anthropologues de demain nous rebaptisaient : de Sapiens à… Homo stupidus stupidus (2008) ? Ils n’auraient peut-être pas tout à fait tort.
3
À la Kunsthalle (Mulhouse) jusqu’au 30 octobre kunsthallemulhouse.com
Légendes
> Les Rendez-vous famille (à partir de 6 ans) proposent de découvrir l’exposition par le jeu et de réaliser, avec l’aide d’un céramiste ou designer, une création lui faisant écho (25/09 & 09/10, 14h30, gratuit, inscription obligatoire)
1. Plastic Reef, 2008-2013. Art Space Pythagorion, Pythagóreio, Grèce, 2019 © photo : Panos Kokkinias 2. Natural Capital, (détail), 2017. Meessen De Clercq, Bruxelles, Belgique, 2019 © photo : Philippe De Gobert 3. Frutta di Mare, 2004 © photo : Marjolijn Dijkman
POLY 249 Septembre 22
85
EXPOSITION
Marie-Claude Lalique, Motif Zeila, 1989 © Lalique SA
Heart Of Glass À Wingen-sur-Moder, le musée du même nom célèbre 100 ans de Lalique en Alsace. Un siècle d’innovations pour un défi audacieux : démocratiser l’art. Par Anissa Bekkar
B
ien qu’un flou subsiste sur l’inauguration de la Verrerie d’Alsace, le démarrage des premiers fours se situerait à l’automne 1922. Lorsqu’il s’y établit, la réputation de René Lalique (1860-1945) n’est plus à faire. Inventeur du bijou moderne, figure de l’Art nouveau et verrier renommé grâce à sa collaboration avec le parfumeur François Coty, il estime l’art trop élitiste et souhaite l’ouvrir au plus grand nombre. L’artisan émérite se donne ainsi pour objectif de rendre le beau accessible. C’est en Alsace qu’il concrétise cette ambition. Quelque 150 objets retracent cette épopée dans une palpitante présentation. Spécialiste des pièces uniques de joaillerie, il apprend à rationaliser son savoir-faire : pour conquérir une place dans les foyers français, le Champenois dépoussière les arts de la table en déclinant ses thèmes favoris – la femme, la faune et la flore, en tête – tout en se pliant aux contraintes de l’industrialisation. Le service Wingen (1926) illustre parfaitement cet effort d’adaptation. Produire un moule est alors encore très cher : pour rentabiliser l’opération, seule la jambe du verre est donc modelée, le calice et le pied étant confiés à un artisan. Une unique matrice permet ainsi de décliner un motif sur un service complet, réduisant les coûts de fabrication sans compromis sur la qualité. Selon le même procédé, le maître imagine environ 80 services puis, à partir des années 1930, une collection d’objets décoratifs (vases, sculptures, etc.). Au décès du père fondateur en 1945, son fils Marc (19001977) assure la relève. Pour relancer l’usine, cet ingénieur de 86
POLY 249
Septembre 22
formation fait le pari du luxe, délaissant le verre au profit du cristal à l’éclat incomparable. Fin stratège, l’héritier poursuit la diversification de la manufacture en se lançant dans l’ameublement, tout en maintenant l’investissement dans les arts de la table et la décoration. Son œuvre la plus marquante en la matière reste la coruscante Tête de cheval (1953). En 1977, sa fille Marie-Claude prend les rênes de la société. Puisant dans ses voyages en Afrique, la jeune femme revisite le bestiaire de son grand-père, notamment avec la sculpture Zeila (1989) figurant une panthère prête à bondir sur sa proie. Sous son égide, la firme continue à proposer des pièces complexes et précieuses comme l’opalescent vase Orchidée (1978), réalisé en combinant soufflage, moulage et double injection du cristal. À la tête de Lalique, l’entrepreneur helvète Silvio Denz est dépositaire d’un héritage, celui du luxe à la française, s’articulant autour de cinq piliers : cristal, art, joaillerie, parfum et art de vivre. Si elle semble s’éloigner de l’objectif initial de René Lalique, la collaboration avec de grands noms de l’art contemporain et de l’architecture – Damien Hirst, Mario Botta, Zaha Hadid… – a le mérite de jeter un nouveau regard sur un savoir-faire ancestral, mais aussi, comme le souhaitait le maître lui-même, « d’éduquer notre œil ». Au Musée Lalique (Wingen-sur-Moder) jusqu’au 6 novembre musee-lalique.com
EXPOSITION
Réseau, 2004
Il était une fois… Dans ses peintures, collages, assemblages et autres bas-reliefs « pouvant faire penser à Alechinsky, Basquiat, Dubuffet et parfois même au street art », l’artiste contemporain Jan Voss (né en 1936) « questionne la figuration narrative, tout en proposant une lecture libre compréhensible par de jeunes enfants. Il y a une forme de paréidolie qui parle à tous les publics », résume Thomas Perraudin, commissaire de l’exposition. Chacune des vingt-cinq œuvres de Plis & Contours arbore un style innocent, ce qui semble d’autant plus évident à la simple vision de Réseau. Sur cette immense toile courent les fameux tracés de l’octogénaire allemand, reliant les saynètes qu’il a imaginées entre elles. Du rouge, du jaune, du bleu, des formes réa-
listes et d’autres sujettes à l’interprétation… So laut wie’s geht présente pour sa part des traits plus épais et affirmés. Cette fois-ci, l’œil suit le voyage d’une ligne azurée, longeant ce qui ressemble au profil d’un ours en gélatine, avant de s’arrêter devant un visage écarlate dont l’expression interpelle : on ne sait s’il sourit ou s’il est irrité. « C’est un travail vivant, la plage de couleurs éveille l’enthousiasme. » (J.P.) À l’Espace d’Art contemporain André Malraux (Colmar) jusqu’au 2 octobre colmar.fr > Visites guidées les 18 et 29/09
East side story
© Ville de Bischwiller
Avec une trentaine de nationalités, Bischwiller est un symbole de cosmopolitisme dans le paysage alsacien. Cette terre d’accueil et de passage n’a cessé d’être occupée par l’Homme depuis qu’il y a posé le pied pour la première fois, il y a environ 100 000 ans. D’ici et d’ailleurs, destins croisés à Bischwiller met en lumière l’impact de ces mouvements migratoires en prenant comme fil rouge la vie quotidienne des habitants. Le parcours commence à la Préhistoire et se poursuit avec les époques celte, mérovingienne et romaine dont il subsiste une collection d’objets usuels (poteries, outils, etc.). Plusieurs maquettes de la ville aux XIe et XIIe siècles complètent une sélection de documents d’archives couvrant l’histoire locale depuis le XVe siècle, donnant à voir son évolution architecturale. Le parcours s’enrichit enfin de prêts mettant à contribution les habitants, qui ont confié au musée costumes et instruments de musique traditionnels représentatifs de leurs origines plus ou moins lointaines. (A.B.) À la Maison des Arts (Bischwiller) jusqu’au 18 septembre ville-bischwiller.fr 88
POLY 249
Septembre 22
LOISIRS
Ivre de conduite 180 véhicules de légende participent à la troisième édition de Destination Automobile. Pendant une journée, les moteurs vont vrombir ! Par Julia Percheron — Photo de Catherine Kohler (gauche)
T
rois circuits de presque quatre-vingt-dix kilomètres chacun, trente-neuf communes traversées, neuf étapes pour une arrivée sur les chapeaux de roue à l’autodrome du Musée national de l’Automobile : l’espace d’une journée, nul doute que l’agglomération mulhousienne va vibrer. « Beaucoup de personnes ont regretté l’arrêt de l’ancienne parade automobile de la ville, il y a quelques années », relate Guillaume Gasser, directeur général de l’institution. Et de poursuivre : « Elles se sont tournées vers nous pour recréer un événement autour de la voiture ancienne et, aujourd’hui, nous avons la volonté de le pérenniser. » Pilotée de concert avec Mulhouse Alsace Agglomération, cette édition accueille soixante bolides de plus que l’an passé et bénéficie entre autres du soutien de la Grange à Bécanes, à Bantzenheim, qui organise pour l’occasion une exposition de ses mythiques motos. Au départ de l’Écomusée d’Alsace à Ungersheim, des bijoux remontant à l’entre-deux-guerres – et même avant – vont parader aux mains de leurs collectionneurs. « Une vieille Citroën D14 G de 1927, une Morgan SuperSport et une Peugeot 320 de 1935, les Tractions des années 1950, une Fiat 500 des seventies, ce fameux pot de yaourt… ce sont des spécimens de toutes les époques », sourit l’expert. Les routes ne sont pas privatisées, si bien que le public peut circuler au plus proche des engins. Il peut aussi compter sur différentes pauses jalonnant les trois itinéraires afin de les admirer plus longuement : les ”villages étapes” de Lutterbach, Brunstatt, Dietwiller, Ott90
POLY 249
Septembre 22
marsheim, Habsheim, Zillisheim, Bantzenheim, Battenheim et Staffelfelden découpent en effet les circuits. Puis, dès seize heures trente, diverses animations s’emparent de l’autodrome. C’est pourtant la révélation d’un nouveau modèle d’anthologie qui risque de faire des émules : une Bugatti Royale Esders de 1932 qui, après une démonstration sur la piste, pourra être louée par des amateurs. « Il est conseillé de la réserver avant, histoire d’éviter le chaos ! » Peut-être plus surprenant encore, Destination Automobile fait également résonner cet amour pour les voitures anciennes avec le cinéma. « Les deux sont souvent liés, c’est pourquoi nous voulions faire une sorte de clin d’œil à quelque chose de populaire. » Outre les vieilles machines rutilantes, les curieux apercevront ainsi la Batmobile, tout droit sortie de l’œuvre de Tim Burton en 1989, l’iconique Delorean de Retour vers le futur, la Jeep de Jurassic Park et la Peugeot de la franchise Taxi. Détenus par Movie Cars Central, à Paris, ces véhicules « permettent à l’événement de grandir, de s’installer et de devenir un incontournable. » Dans l’agglomération de Mulhouse dimanche 11 septembre mulhouse-alsace.fr > Circuit 1 : Lutterbach, Brunstatt, Dietwiller > Circuit 2 : Ottmarsheim, Habsheim, Zillisheim > Circuit 3 : Bantzenheim, Battenheim, Staffelfelden > Réservation le 11/09 pour conduire la Bugatti Royale Esders myclassicautomobile.com
La Chevauchée sur le lac de Constance Voler en dirigeable, découvrir à vélo les plus imposantes chutes d’eau d’Europe, boire de divins breuvages, se perdre dans un océan de fleurs… Tout cela – et bien plus encore – est possible autour du Bodensee. Visite. Par Hervé Lévy – Photos d‘Achim Mende / IBT GmbH
Q
uelque 173 kilomètres de rivage en Allemagne, 72 en Suisse et 28 en Autriche : le lac de Constance (Bodensee, dans la langue de Goethe) s’alanguit à la croisée de trois pays. Et le visiteur curieux peut même en arpenter un quatrième, puisque le Lichtenstein n’est qu’à quelques encablures. Les échappées visuelles sont magnifiques, les eaux irisées reflétant un paysage de montagnes dans un romantisme éminemment lamartinien : « Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure ! / Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir, / Gardez de cette nuit, gardez, belle nature, / Au moins le souvenir ! » 92
POLY 249
Septembre 22
croquer la culture Un chapelet de villes charmantes attire le visiteur, de Constance – où trône Imperia, immense statue de béton de Peter Lenk, évoquant le Concile qui mit fin au grand schisme d’Occident – à Friedrichshafen. Si la cité fut célèbre pour avoir abrité l’avionneur Dornier, elle reste fidèle à ce passé grâce à un musée rappelant l’épopée de Ferdinand von Zeppelin, qui commença la construction de ses aérostats dans un hangar flottant sur le lac. Aujourd’hui, la société Zeppelin NT perpétue la tradition et permet de féériques vols en modernes dirigeables, histoire de prendre de la hauteur pour admirer la
région. Revenu sur terre, impossible de manquer les trois sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco. Le premier est l’Île de Reichenau – reliée à la rive orientale par une digue équipée d’une route – où Saint Pirmin fonda la plus ancienne abbaye bénédictine allemande en 724, dont les peintures murales sont de véritables bijoux. Rajoutons que le climat de l’île en fait un véritable jardin où poussent fruits et légumes en abondance. Autre île, autre féérie : les 45 hectares de Mainau (appartenant à la famille Bernadotte) attirent des amateurs de fleurs venus du monde entier, notamment pour le très géométrique jardin aux roses, dont quelque 1 200 va-
ESCAPADE
riétés sont présentées ! Les deux autres fleurons classés sont l’abbaye helvète de Saint-Gall, qui renferme l’une des plus vastes collections de manuscrits du Moyen-Âge, parfait exemple de monastère carolingien, et certains sites palafittiques préhistoriques, vestiges d’habitations lacustres. Richement dotée dans le domaine muséal, la région abrite notamment le Kunsthaus Bregenz, qui propose une exposition dédiée aux œuvres choc du New-Yorkais Jordan Wolfson (jusqu’au 09/10), et le Kunstmuseum Liechtenstein aux lignes épurées, dont les collections d’Arte Povera sont célèbres dans le monde entier. Mais foin de culture, la nature nous attend avec les chutes du Rhin, la plus grande cascade d’Europe. En Suisse, entre Neuhausen am Rheinfall, sur la rive droite, et Flurlingen, en face, le spectacle est grandiose. Chaque seconde, jusqu’à 700 000 litres d’eau tombent de 23 mètres de haut sur une largeur de 150 mètres. manger des pommes La région du lac de Constance est aussi un espace merveilleux qu’il est loisible d’arpenter à pied, à vélo ou en bateau à voile, faisant de belles découvertes gastronomiques… L’endroit est en effet célèbre pour un oignon – le “Höri-Bülle” – d’une infinie délicatesse : rose à l’extérieur et blanc à l’intérieur, il est d’une grande douceur, formant l’ingrédient principal de la Bülledünne, une tarte culte ! L’automne est en outre à croquer, puisque la pomme est LA grande spécialité du coin, à laquelle plusieurs semaines sont même dédiées (17/09-09/12). On compte 1 200 arboriculteurs qui consacrent 7 500 hectares au fruit sur la rive allemande, soit une production d’1,6 milliard de Boskoop, Gravensteiner, Ingrid Marie et autres Winterzitrone. C’est même elle qui a donné son nom au restaurant gastronomique du Seehotel Villa Linde de Bodman-Ludwigshafen : sous la houlette du chef Aljoscha Füting, s’Äpfle (une Étoile au Guide Michelin) offre une gastronomie locale, les produits provenant d’au plus 90 kilomètres, et de haute volée. Destination de rêve pour les gourmets, le lac offre aussi bien la simplicité rustique des Besenwirtschaften que la haute gastronomie d’artistes rivalisant de créativité pour imaginer
Monastère et château de Salem
des plats magnifiant les poissons du lac, ombles chevaliers, brochets et autres perches… On craque pour la locomotive culinaire qu’est Dirk Hoberg, officiant à Constance, chez Ophelia Fine Dining, établissement à la suprême élégance, niché dans une villa Art nouveau de l’Hôtel Riva. Et pour sublimer les compositions qu’il concocte, les vins locaux sont d’idoines compagnons, à l’image des bouteilles du Weingut Vollmayer, dont les vignes sont perchées sur les pentes du Hohentwiel, à 560 mètres d’altitude. On appréciera aussi les quilles du Staatsweingut Meersburg, existant depuis plus de 800 ans – et en particulier sa jolie cuvée Annette mêlant müller-thurgau, souvignier gris et caber-
net blanc – ou du Weingut Florin, maison helvète produisant de remarquables pinots noirs. bodensee.eu lacdeconstance.eu tourisme-bw.fr > Véritable sésame, la Bodensee Card PLUS permet de profiter de nombreux avantages : entrée gratuite dans plus de 160 sites, transport gratuit à bord de tous les bateaux des VSU (Vereinigte Schifffahrtsunternehmen für den Bodensee und Rhein), expériences insolites et autres check-in express. Elle est proposée pour trois ou sept jours (pas forcément d’affilée) et valable un an bodensee-card.eu
POLY 249 Septembre 22
93
GASTRONOMIE
Le Pape des palais À La Mirande, un chef instinctif bouleverse le folklore de la cuisine provençale depuis 2016, la réinventant avec panache. Rencontre avec Florent Pietravalle en Avignon. Par Hervé Lévy – Portrait de Rija Andrianina
en fonction des approvisionnements, puisqu’il n’est pas possible de forcer la nature à donner ce qu’elle n’a pas », explique-t-il. Sa maestria se déploie au pied du Palais des papes, dans le cadre chic d’une salle où les cardinaux recevaient au XIVe siècle, sous un somptueux plafond à double caisson.
S
es maîtres se nomment Pierre Gagnaire – « Un grand monsieur et un grand chef » – et Joël Robuchon, avec lequel il a « appris une cuisine de régularité et de précision », mais il a aussi œuvré, tout jeune, auprès des pionniers du bio et d’un lien renouvelé à la nature que sont Jean-Luc Rabanel et Roland Reichrath. Au mitan de la trentaine, Florent Pietravalle est bien dans ses baskets, ne travaillant qu’avec des producteurs (ultra) locaux, mis à part pour le café dont le marc sert cependant à nourrir les différentes variétés poussant dans la champignonnière qu’il a installée dans les caves de La Mirande, tandis que des herbes aromatiques poussent sur les toits. Son credo ? « Défolkloriser la cuisine provençale en sortant des sempiternels carrés d’agneau au thym et autres ratatouilles », se marre-t-il. Contemporaine, sa cuisine est également vivante et instinctive : « Rien n’est jamais figé. Je m’adapte
94
POLY 249
Septembre 22
Et l’inventivité de ses compositions est éblouissante. Dans un “classique” de la maison, une brassée de grains de caviar surmonte un yaourt au raifort dans un étonnant jeu dialectique entre piquant et iodé, qui se complexifie avec bonheur grâce à une poignée de feuilles d’oxalis joliment acidulées, ensemble relevé d’un épatant garum, vision contemporaine du condiment utilisé dans la Rome antique et rappelant le nuocmâm. « Je conserve toutes les parures de viande et de poisson, que je fais fermenter avec du sel et du kōji (ferment issu de la moisissure de champignon, NDLR) pour le réaliser », explique Florent Pietravalle. Explosion de saveurs garantie, tout comme avec une création où la Provence tutoie le Japon : interprétation des umeboshi, les prunes salées nippones, des abricots point trop sucrés accroissent la puissance d’un couple formé par des crevettes sauvages et du miel fermenté… « C’est ce dernier qui a fait naître le plat. Notre apicultrice Alice Galy avait dix kilos d’un miel avec un peu trop d’eau. Et l’eau fermente, ce qui confère une acidité qui ne marche pas au petit déjeuner, sur une tartine [Rires]. Dans ce plat, au contraire… », s’amuse le chef lauréat d’une Étoile au Guide Michelin, en 2021. Une seconde ne devrait pas tarder à la rejoindre. La Mirande est le restaurant de l’Hôtel du même nom situé 4 place de l’Amirande (Avignon). Ouvert du jeudi au dimanche. Menus de 90 à 190 € la-mirande.fr
GASTRONOMIE
Et toujours en été Au Prieuré-Baumanière, la cuisine provençale de très haut niveau signée Marc Fontanne est récompensée d’une Étoile du Guide Michelin. Visite chez le maestro méridional de Villeneuve-lès-Avignon. Par Hervé Lévy – Portrait de Virginie Ovessian et photo de Pauline Daniel
D
ans la “galaxie Baumanière” – dont le vaisseau amiral des Baux-de-Provence brille de trois Étoiles au Guide Michelin avec Glenn Viel –, le Prieuré de Villeneuve-lèsAvignon fait figure de délicat cocon : « Une maison de campagne en ville », selon la définition d’Alexandre Favier, son directeur. Hôtel de grand charme, il abrite également une table où œuvre Marc Fontanne depuis 2018. S’il a fait ses armes auprès de chefs prestigieux – au nombre desquels figure la star de Valence, Anne-Sophie Pic –, ce sont les dix années passées aux côtés de Yannick Franques qui ont marqué notre homme. Du Meilleur Ouvrier de France, il a épousé la simplicité. « Plus une cuisine est évidente, plus elle est compliquée à réaliser. Ma devise pourrait être résumée en une phrase : Droit au but », explique-t-il. Explorant les « fondamentaux de la gastronomie provençale, mâtinés d’influences méditerranéennes », il propose des plats ensoleillés d’une extrême lisibilité où éclatent les fragrances
envoûtantes du thym, de la sarriette ou du romarin. Pour les accompagner, est proposée une belle sélection de flacons de la région, dont ceux du propriétaire du groupe Baumanière, Jean-André Charial : cuvée de son Domaine de Lauzières, L’Affectif séduit par sa droiture et son élégance, accompagnant avec joliesse quelques fromages de chèvre des Alpilles. Sur une terrasse à l’allure folle où bruissent glycines et jasmins, peut débuter une symphonie provençale dont le premier mouvement s’articule autour de la tomate. Relevée par une huile de basilic où percent des évanescences vanillées et un condiment mariant citron et basilic, le fruit s’offre. Cru. Presque nu dans la puissance intacte de ses saveurs. Alanguie dans son eau glacée et gouleyante, la demi sphère rouge est surmontée d’un sorbet à la tomate dont la couleur – un vieux rose d’une belle noblesse – est aussi séduisante que la suavité. Le parcours
se poursuit avec une des vedettes de la Drôme provençale, le haricot Coco de Mollans-sur-Ouvèze à la production confidentielle, formant le substrat d’une raviole à l’encre de seiche. Voilà composition en noir et blanc dont l’harmonie est faite de subtils équilibres entre onctueux légume, langues de coques, salicorne et croûtons à la spiruline. Terre et mer. Yin et Yang. Acmé du repas, une volaille fermière contisée au citron brulé éclate de bonheur dans un jus de cuisson à la marjolaine, entourée d’une farandole d’aubergines confites, d’ail doux et d’olives picholine : comme si, en une assiette ultra gourmande, Marc Fontanne saisissait, d’un coup d’un seul, l’esprit de la Provence. Le Prieuré-Baumanière est le restaurant de l’Hôtel du même nom situé 7 place du Chapitre (Villeneuve-lès-Avignon). Fermé mardi et mercredi. Menus de 39 à 110 € leprieure.com
POLY 249 Septembre 22
95
GASTRONOMIE
Bridge Over Clear Water Chef du Pont tournant, Julien Rodriguez y arpente une exaltante zone gastronomique, entre terroir alsacien et féconds métissages. Visite à Strasbourg, dans le restaurant de l’Hôtel Régent Petite France qui fête son 30e anniversaire. Par Hervé Lévy – Photos de Nis & For
O
riginaire du Nord, Julien Rodriguez n’était pas destiné à la cuisine : « En discutant avec un ami qui me parlait de ses journées de travail, de l’ambiance, j’ai été intrigué. Je suis parti faire un BTS », résume-t-il. Exit les sciences économiques, bonjour les exaltations gastronomiques. Le stage au sein d’une institution, l’Auberge du Père Bise à Talloires, sur les bords du lac d’Annecy, est « une révélation. C’est dans cette maison mythique, avec Sophie Bise et Gilles Furtin, que naît vraiment ma vocation », explique-t-il. Il rejoint ensuite la brigade d’Éric Girardin dans la micro-cuisine de la strasbourgeoise Casserole, alors étoilée au Guide Michelin. En 2014, voilà notre homme aux côtés de Boris Derendinger au Pont tournant auquel il a succédé. À 33 ans, il propose une cuisine de saison – « un minimum aujourd’hui », assure-t-il – avec une carte qui change quatre fois par an, où le terroir alsacien est piqueté d’influences orientales ou indiennes : « J’aime perturber ces marqueurs locaux d’une épice, d’une herbe, amener quelque chose qui va surprendre », s’amuse-t-il, avouant une profonde admiration pour le chef colmarien doublement étoilé Jean-Yves Schillinger. Une philosophie qui va comme un gant à un hôtel international installé à Strasbourg… Et de rajouter : « Je cuisine ce que j’aime manger et n’ai pas envie d’être mis dans une case, ni de faire ce qu’on voit partout. Une quenelle de glace avec des zigouigouis de gel dessus c’est très bien, mais ils sont nombreux à le proposer. Le credo de la maison – et c’était déjà celui de Boris – est de ne jamais être dans la tendance, mais toujours dans la bonne direction. » 96
POLY 249
Septembre 22
Illustration avec la géométrie rigoureuse – variation sur le carré et le cercle – d’un tourteau : le digne crustacé s’amuse des saveurs acidulées de la pomme et d’un joli curry, rehaussé s’il le fallait par une mayonnaise légère au vinaigre de Kalamansi, seconde touche asiatique d’une composition qui fait entrer dans le repas en douceur. Pour la suite, on hésite entre un pigeon de la maison Théo Kieffer – marquant l’appétence de Julien Rodriguez pour les produits locaux de haut niveau – et une intrigante Chakchouka. Cette dernière emporte l’adhésion. Si les fondements de ce grand classique de la cuisine nord-africaine en général, et algérienne en particulier, sont bien présents, le chef s’en amuse, ajoutant du métissage au métissage en l’accompagnant de… nans au fromage. Belle idée qui adoucit l’explosion de saveurs et de couleurs de cette joyeuse orgie de poivrons, oignons et tomates, sur laquelle est posée un œuf mollet qu’on rompt voluptueusement. Herbes et amandes torréfiées contribuent à l’équilibre d’un plat très abouti qui regarde vers l’Étoile… Au dessert, on apprécie autant l’alliance (d)étonnante du chou fleur, du chocolat blanc et de la noix de coco, que le trompe l’œil à la semblance d’une pomme chocolatée. Le Pont tournant est situé 5 rue des Moulins (Strasbourg). Ouvert du mercredi au samedi, le soir uniquement. Entrées de 18 à 24 €, plats de 22 à 32 € et desserts à 14 € regent-petite-france.com
UN DERNIER POUR LA ROUTE
Borde to Be Alive Julien Mareschal préside aux destinées du jeune Domaine de la Borde, adresse devenue iconique dans le Jura.
I
l est jurassien. Vient de la terre. N’est pas l’héritier d’une dynastie de viticulteurs, mais de… céréaliers. « Je me suis passionné très jeune. À quinze ans, quand mes copains achetaient des cigarettes, moi c’était le vin, dont le côté mystérieux me fascinait », résume Julien Mareschal. Une fois diplômé en œnologie à Dijon et après quelques stages, il se lance dans le grand bain en 2003, faisant l’acquisition de trois hectares à Pupillin, s’installant à quelques encablures du mythique Pierre Overnoy : « Il est très ouvert, mais quand on lui pose une question, il répond par deux autres questions. Ce qui permet de trouver sa propre réponse. » Aujourd’hui, le domaine fait près de sept hectares, après des agrandissements successifs et l’ajout récent d’une petite parcelle « sur des kimméridgiens1, ce qui est rare dans le Jura, au pied du Mont Poupet, près de Salins-les-Bains. Le terrain n’a jamais connu la chimie, juste des moutons et des chevaux. » Le credo de la maison est en effet bio et nature : « On intervient très peu en cave. Le vin se fait à la vigne, où je passe 95 % de mon temps. » Les vins de Julien Mareschal sont d’une grande droiture : « On a longtemps dit que le bois dans les vins était un défaut lorsqu’il était trop perceptible. Pour moi, c’est pareil pour la volatile2 : à partir du moment, où je peux la percevoir, ça ne me plait pas. C’est comme le maquillage ou le parfum : quand on s’en rend compte, c’est qu’il y en a trop », résume-t-il avec une sagesse qu’on aimerait plus répandue. S’il explore les cépages typiques de la région (trousseau, pinot noir, chardonnay, savagnin…), on adore ses poulsards, que ce soit le 98
POLY 249
Septembre 22
classique Plous’saperlipopette ou le parcellaire Côte de Feule issu du terroir mythique de Pupillin : « Des marnes rouges du Trias très profondes, les plus vieilles argiles sur lesquelles on travaille dans le Jura ». Le résultat ? Une bouteille racée et bondissante, toute en fluidité, où le fruit rouge se marie avec des réminiscences de réglisse dans une union extrêmement libre. Une belle réussite, à l’image de Foudre à canon, savagnin ouillé3 d’une extrême intensité, élevé en partie en jarres, en partie en tonneaux, le côté droit et tendu conféré par les premières complétant bien l’aspect gourmand et rondouillet qu’autorisent les seconds. À côté des cépages traditionnels, de nouveaux font leur apparition : « En raison du changement climatique, nous retrouvons des cépages oubliés, plus adaptés, comme l’enfariné ou le petit béclan, permettant de corriger ses effets dans des assemblages », conclut Julien Mareschal. Domaine de la Borde Chemin des vignes (Pupillin) domaine-de-la-borde.fr Étage géologique appartenant au Jurassique supérieur (environ 150 millions d’années), représentatif du vignoble de Chablis 2 Ou acidité volatile : lorsque la teneur en acide acétique est trop forte, le vin peut être perçu comme vinaigré 3 Il s’agit de remplir régulièrement les barriques en cours d’élevage pour compenser les pertes dues à l’évaporation ou à l’absorption par le bois, ce qui évite l’oxydation 1
L’abus l’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération
Par Hervé Lévy – Photo de Katherine Kuhn pour Poly