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DE GUERRE LASSES

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PILOTPRESS THE MAG AGENCY

DE GUERRE LASSES Craignant les combats, les déplacés ont encore dû quitter le camps de Kanyaruchinya

Les conflits, EN RéPublique démocratique du congo, ont fait 6.000.000 de morts en 20 ans


DE GUERRE Cr a i g n a n t l e s c o m b a t s , l e s d é pl a c é s o n t e n c o r e

PHOTOGRAPHIE Constance decorde TEXTE C. decorde avec S. DI SILVESTRO et S. EDELSOn

Le “camp” de Kanyaruchinya, n’en est pas un : c’est ce que l’on appelle un “site spontané”. 75.000 personnes tentent d’y fuir le conflit entre la FARDC et le M23

d


LASSES

没 quitter le camps de Kanyaruchinya

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A part ce goblet, Faida, 25 ans, ne possède rien. Elle habite dans un hangar depuis son arrivée au camp, et pense à rentrer chez elle même si la sécurité n’est pas assurée.


Alliance est partie de chez elle après avoir entendu des tirs, et n’a rien pu prendre avec elle.

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Le camp de Kanyaruchinya s’étend de part et d’autre de cette route, qui mène à la ville de Goma.


Par Constance DECORDE

Ils ont refait leur maigre paquetage, encore. Les 75000 déplacés du camps de Kanyaruchinya, ont dû reprendre la fuite à l’arrivée des rebelles du M23. Ils reviendront après l’orage de plomb. C’est presque devenu une habitude pour ces réfugiés du Nord Kivu, une terre richissime que se disputent des factions armées parfois appuyées par le voisin Rwandais. Ce conflit a déjà fait plus de 6.000.000 de morts en 20 ans. Aucune solution à l’horizon. Seulement une route à reprendre dès qu’un groupe pointe aveuglément le bout de ses canons. Pour les populations de ces camps improvisés tels que Kanyaruchinya, la fuite est devenu un mode de vie. Pilot Press feature n°

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Dans la région des Kivu, les déplacements sont choses communes: depuis 1996, les populations ont du fuir les conflits entre les groupements rebelles et les forces régulières à plusieurs reprises. FUIR EST DEVENU UNE FAçON DE VIVRE. Du gaz, du pétrole, des minerais, et trois récoltes par ans dans une nature prodigue, la région du Kivu pourrait être l’un des greniers prospère de l’Afrique du nouveau millénaire. Mais ce serait sans compter sur les légions carnassières aux titres ronflants : Congrès National pour la Défense des Peuples, le Front Démocratique pour la Libération du Rwanda, les milices Maï Maï, les Forces Armées de la Républiques du Congo. Et ce uniquement à l’intérieur des frontières. Les objectifs trompetés par cette liste de libérateurs aux crocs acérés se noient dans un imbroglio identitaire ethnique complexe et une corruption quasi systématique. A l’extérieur, le Rwanda de Paul Kagamé lorgne sur les ressources de son voisin autant que sur ses

anciens ennemis. L’Angola, bien que lointain, est aussi de la partie. Mais pour les populations civiles, quelque soit l’idéologie magique de la faction, ce sont avant tout des meutes de prédateurs en liberté. Du pétrole et du gaz, ils n’ont jamais vue une goûte. Seulement la route qui les a conduit hors de Goma, la capitale de la province, vers Kanyaruchinya à quelques kilomètres. C’est ce que les organisations humanitaires appellent un site spontané. Un lieu dépourvu de moyens pour améliorer les conditions de vie au fur et à mesure des arrivées. L’accès à l’eau y est limité. L’aide, minimale, et le travail absent. On y arrive et repart par une route qui le traverse de part en part. A l’entrée de ce paysage de tentes de survie étales, une banderole accueille avec ces


A Kanyaruchinya, il y a peu d’opportunités: pour gagner de quoi subvenir aux besoins vitaux. Les déplacés vont souvent chercher du bois de chauffage qu’ils revendent, ou ils mettent en place des “petits commerces”

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L’aide humanitaire dans les camps tels que celui de Kanyaruchinya est principalement géré par les ONG. Cellesci distribution de kits de biens essentiels


Pendant leur fuite, une de leurs filles de 12 ans s’est perdue, et ils ne l’ont pas encore retrouvée. Alphoncine et Joseph n’ont pas assez à manger Leur abri (environ 1 mètre sur 2) est trop petit pour tout le monde. C’est la quatrième fois que la famille se déplace depuis 1996.

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L’église du Nazaréen a abrité des déplacés pendant des semaines, avant qu’ils puissent recevoir des abris. mots : journée nationale du lavage de main. C’est un peu le résumé de l’action de la communauté internationale dans cette poudrière de l’Afrique Centrale. Gisèle a 15 ans, une expression un peu perdue et un tee-shirt Obama. Elle a eu le courage de venir seule avec ses deux petits frères pour fuir alors que sa mère travaillait aux champs. Devant sa tente contenant uniquement le strict nécessaire fournis par les ONG, un kit « Non Food Item », elle résume l’angoisse de tous les réfugiés : « que ferontnous si les combats qui se déroulent à quelques kilomètres d’ici se rapprochent ? Ses craintes se sont réalisées. Les troupes du M23 ont avancé vers Kanyaruchinya. Alors elle a dû répondre seule à sa question. Gisèle, comme tous les réfugiés est partie ailleurs en attendant de pouvoir revenir. Comme tous les autres. Jean, Domitille, Marie, Gisèle et ne

font qu’inlassablement fuir et recommencer leurs vies. Crée en juillet 2012 et situé à 12 kilomètres de Goma, ce camp abrite environ 75 000 déplacés, souvent pour la deuxième ou troisième fois.

« Tant que les combats dureront, nous ne pourrons pas retourner chez nous, c’est trop dangereux. » « Nous avons fui notre maison près de Rugari, parce qu’on entendait les balles siffler; nous n’avons rien pu prendre avec nous, rien du tout. J ‘étais enceinte, mon enfant est né ici dans le camp » déplore Ziripa, 30 ans, avec son nouveau né de 3 mois dans les bras. « On a marché pendant 2 jours avant d’arriver à Kanyaruchinya, c’était le 8 juillet. » Dans l’abri plus que sommaire d’à peine 2 mètres sur 3 où le couple


A kanyaruchinya, des écoles existent, mais la place manque et tous les enfants ne peuvent pas y être scolarisés. vit, il n’y a guère de place pour toute une famille, composée de 6 personnes ; et même si le couple a pu recevoir un kit NFI de Solidarités International, composé de biens de première nécessité (natte, casserole, bidon, couverture, couverts, savon, assiettes, gobelet, savons), les conditions de vies à Kanyaruchinya demeurent rudimentaires. Dans sa vie d’avant la guerre, dans la vraie vie en somme, Ziripa travaillait dans les champs et David faisait des «petits commerces». Au camp, bien sûr, ils n’ont pas de travail, il y a très peu d’opportunités d’emploi. Alors ils se débrouillent pour faire vivre la famille, en allant chercher du bois de chauffage aux alentours pour le revendre. Tout le monde n’ose pas sortir du camp. De nombreuses femmes se sont faites violer pour avoir tenté d’aller chercher

quelques ballots de bois à l’extérieur. Des hommes se sont fait attaqués. Mais ils n’ont pas le choix. Le couple n’a réussi à scolariser qu’un seul de leurs enfants est scolarisé à l’école (gratuite) du camp, ils n’ont pas trouvé de place pour les autres. Une guerre qui dure, c’est une génération sacrifiée. Celle-là dure depuis 20 ans. Une éternité avec des parenthèses de calme relatif. Les réfugiés, même s’ils ont trouvé la force de vivre dans ce quotidien sans adresse fixe ni perspective, sont fatigués. Ils aimeraient retourner chez eux, mais c’est impossible tant que les balles crépitent. Et puis ils ont entendu dire que les groupes rebelles imposaient des taxes illégales aux habitants, et devenaient violents si ils ne pouvaient pas les payer. Alors à quoi bon ? « Au moins ici, nous sommes en sécurité, même si des hommes armés ont été repérés aux alentours Pilot Press feature n°

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Alliance, 18 ans, est arrivĂŠe seule Ă Kanyaruchinya. Elle habite dans un hangar avec 220 autres mĂŠnages.


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l’eau acheminée par camions citernes manque, l’école est saturée, les abris ne parviennent pas au camps en assez grande quantité, le minimum vital n’est pas assuré. et que plusieurs incidents ont déjà eu lieu». Pour la sécurité, de nombreux réfugiés du camp sont venus à titre préventif, avant même l’arrivée des forces armées, des factions, inéluctable. Malgré le dispositif des ONG cherchant à évaluer et à répondre aux besoins des populations, tous les efforts sont insuffisants. A Kanyaruchinya, la sécurité est encore aléatoire, l’eau acheminée par camions citernes manque, l’école est saturée, les abris et les articles domestiques ne parviennent pas au camps en assez grande quantité pour que chaque déplacé puisse recevoir ne serait-ce que le minimum vital. C’est ce qu’a découvert, Marie, 55 ans, amputée de la jambe gauche des suites d’un cancer, en débarquant au « Hangar 23 », le lieu de transit des nouveaux arrivants.

« Je suis arrivée au camp en septembre, avec la deuxième vague de déplacés. Comme tout le monde dans mon village à Buraki fuyait les combats, je les ai suivis », se souvient elle. Mais avec son handicap, elle n’a réussi à marcher que 5 kilomètres, puis quelqu’un l’a prise à bord de son véhicule. Par chance, ses 5 enfants ont été hébergés par des proches à Goma. Refusant d’être une charge supplémentaire, elle ne les a pas suivi. Elle a préféré partir seule et handicapée. Si elle porte le masque des épreuves, son visage respire le courage et la colère. « La seule chose que j’ai pu emporter avec moi, c’est mon pagne » dit-elle en le montrant ; « on m’a dit qu’ici, on aidait les déplacés. Mais pour le moment, comme je n’ai pas été recensée, aucune ONG ne m’a encore rien donné. Mes voisins me prêtent des bassines, on me donne de quoi manger, même si ce n’est pas suffisant et que j’ai souvent faim. C’est la


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deuxième fois que je fuis : la première fois, c’était en 2007, lors des affrontements entre les FARDC et le CNDP. Nous fuyons toujours les combats. Vivre comme ça, ce n’est pas une vie », constate-t-elle. Les nouveaux arrivants sont entassés dans un hangar, composé de grandes bâches où avant d’être recensés. L’abri de Ziripa est presque luxueux à côté ce débarcadère dans le néant de l’histoire. Ici, seule une natte délimite l’emplacement d’une personne ou d’une famille, et la chaleur étouffante combinée avec la très forte population (environ 150 personnes vivent ici depuis plus d’un mois) rendent les conditions de vie irrespirables. Même la nature s’en mêle. Car le camps est située à quelques kilomètres à peine d’un autre fléau : le volcan Nyiragongo, toujours en activité. Il a d’ailleurs ravagé une bonne partie de la ville en 2002 . Les réfugiés cuisinent donc à même le sol volcanique, surveillant le feu, d’un côté ou de l’autre,

d’une nature ou de l’autre. Toutes les perspectives sont bouchées. Même les allées du camp, sont tortueuses et minuscules. Et on voit bien que peu à peu, au fur et à mesure des multiples arrivées, la place vient à manquer. Même les latrines manquent. Tout manque.

« J’attends l’ordre de l’Etat » Quand il est arrivé au mois de septembre à Kanyaruchinya après avoir fui les affrontements entre les FARDC et le M23, Jean, 92 ans, n’avait, comme beaucoup d’autres, que les vêtements qu’il porte encore aujourd’hui. Il dort dans le hangar des «nouveaux arrivés», c’est à dire ceux qui n’ont pas encore été recensés par les autorités du camp, ceux qui, n’ont pas encore pu bénéficier de l’aide d’une ONG. Il a besoin de casseroles, de gobelets pour boire, d’habits et de nourriture. Ce sont sa nièce, qui habite à côté, et ses enfants, qui lui donnent de quoi manger. Avant,


Marie, 55 ans, se fait aider par ses voisins de hangar pour manger, boire ou se laver. Depuis qu’elle est arrivée, elle n’a reçu aucune assistance des ONG.

il louait du terrain et cultivait pour gagner sa vie. Parfois, il entend des coups de feu à l’extérieur du camp. Alors pour rentrer chez lui, Jean attend l’ordre de l’État indiquant clairement que la paix est revenue. En quelques années, c’est la troisième fois qu’il fuit des combats et se réfugie dans un camp. Malgré la solidarité et un semblant de vie qui offre parfois des moments de sourire, cette survie sommaire, c’est une sorte d’enfer au quotidien. Si bien que tous ceux qui quittent Kanyaruchinya par la route qui les conduira eux, à retrouver un domicile, une adresse fixe, une quelconque perspective, tels que les personnels humanitaires, repartent avec cette boule la gorge, cette presque honte de l’impuissance malgré les efforts donnés. Parce que l’enfer n’est la place de personne.

Gisèle, 15 ans, s’est enfuie de chez elle avec ses 2 petits frères pendant que sa mère travaillait aux champs.

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