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GLASTONBURY HOLY QUEST

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GLASTONBURY Quête Sacrée pour enfants perdus


I

l était une fois. Un petit village d’Angleterre. Niché au creux d’une colline sacrée. Le Pic de Tor. On dit qu’il appelle les pèlerins dans leurs rêves. Que c’est une porte, une brèche entre les mondes. La tombe du Roi Arthur y repose dans les ruines de l’ abbaye. A l’ombre d’un arbre sans âge. Joseph d’Arimathie y aurait caché le Saint-Graal. Les Celtes appellaient cette colline Ynis Witrin, l’île cachée, Avalon. Mais ce ne sont là que de vieux noms...

GLAS Q u ê t e

S a c r é


e

TONBURY p o u r

e n f a n t s

p e r d u s

PHOTOGRAPHIE Grégoire bernardi TEXTE Sébastien di silvestro

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Glastonbury, c’est un autre monde. A deux heures de Londres. C’est une utopie fonctionnant avec 72 la campagne anglaise. Si on y croise des mages, des sorcières, des druides, des bardes, des yogis, d renouveau païen mondial. Une résurgence qui compte 300.000 pratiquants rien qu’aux Etats-Unis et


2 religions pour 10.000 habitants venus de toute la planète vivre leur spiritualité en plein milieu de des soufis et des fées, c’est qu’en quelques années, cette petite ville est devenue la maison mère du t s’étend dans toute l’Europe jusqu’en Russie.

La Pierre Oeuf Marque l’entrée et la sortie de s vestiges du labyrinthe celte dont les origines remonteraient à -200 ou -300 avant JC.

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L’abbaye de Glastonbury passe pour le plus vieil édifice chrétien hors sol au monde, une communauté de moines s’y serait établie en 65 ap. JC. Elle a néanmoins été élevée en 712 et ravagée par un incendie en 1184.


Le pic de Tor. Une colline en forme de larme supposée être l’ancienne île d’Avalon, Ynis Wittrin, l’endroit où aurait été forgée Excalibur et la dernière demeure du roi Arthur. La montée du pic s’effectue par les vestiges d’un labyrinthe celte en terrasse.

La tombe du roi Arthur fut localisée à Glastonbury par les moines de l’abbaye à la fin du XIIème siècle. En plus des ossements d’un homme de grande taille, ils trouvèrent également une croix sur laquelle étaient écrit : “Ci-gît le célèbre roi Arthur sur l’île d’Avalon”.

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Le Père Kevin Knox-Lecky, prêtre Catholique de Glastonbury, dans l’église Sainte Mary.


Par Sébastien Di Silvestro Des lampes torches clignotent au sommet du pic de Tor. C’est la nuit du Samain. La fête celtique du passage à la saison sombre. En contrebas, dans les jardins du Chalice Well, les villageois se rassemblent pour célébrer cette nuit sacrée. Assis sur des bancs disposés autour d’un brasero, ils se parlent doucement, écoutent le crépitement des braises, se frottent les mains, hument la fraîcheur de la nuit. Une très jeune femme vêtue comme au moyen-âge et parlant une langue slave, dépose son bébé dans les bras d’une femme blanchie par les ans, probablement une sorcière ou une prêtresse de la nature (Goddess). Elle s’agenouille, psalmodie devant les flammes avant d’y jeter une croix celte et un gobelet plastique 100% recyclable contenant un fond de Tchaï (thé indien). Un à un, ils défilent discrètement pour jeter au feu des prières griffonnées sur un bout de papier. Echanges de sourires, communion silencieuse autour du rituel. Tim Hall, le barde de Glastonbury, le conteur officiel et l’animateur de cette communauté magique s’assure du confort et de la bonne humeur de tous les participants. Plus loin, devant Pilot Press feature n°

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Les croyants sautent autour d’un chaudron en flamme symbole de fertilité. Mais également de destruction et de renaissance, successives comme l’hivers et le printemps.

un feu de tous les diables, un homme ravive en mode shakespearien les âges de la répression des sorcières. Certains visages sont graves, comme pour une commémoration de l’esclavage ou de la shoah. Bien sûr, il ne s’agit pas de leurs ancêtres directes, mais d’une lointaine famille de pensée oblitérée par l’histoire. 100.000 personnes ont péri dans l’obscurantisme des flammes de l’Europe catholique du XVIème au XVIIème siècle. Majoritairement des femmes croyant comme beaucoup aux esprits de la nature, des sages femmes ou rebouteuses dont on imputait à diable tous les malheurs communs. L’exaltation de la peur était alors le recours d’une église en perte d’influence, acculée par le pouvoir grandissant des seigneurs féodaux et les progrès de

la science. Le Vatican n’a jamais demandé pardon. Mais 500 ans plus tard, ces nouveaux païens se souviennent. Leur nouvelle foi appartient à un monde disparu qui aurait encore des choses à dire au présent. Pour eux, la vie toute entière est sacrée : les arbres, les forêts, les pierres, les cours d’eau, les esprits masculin et féminin, la fertilité, le cycle du temps... Des pèlerins de toutes religions viennent à Glastonbury pour y trouver ce sens du sacré. Pour guérir une maladie, une souffrance, y trouver un enseignement ou soi-même. Patricia, la patronne de l’association à but non lucratif des jardins du Calice, raconte, comme presque tous, avoir été « appelée » par le pic dans ses rêves. Elle a élevé ses enfants. Accompagné un époux dans la


Pour eux, la vie toute entière est sacrée : les arbres, les forêts, les pierres, les cours d’eau, les esprits masculin et féminin, la fertilité, le cycle du temps...

tombe. Et puis le cancer. Trois mois à vivre. Elle nuit à personne, fais ce que tu veux ». Maintenant, est venue ici. Elle a guéri et tout quitté pour faire elle vit. « Il faut aller là-haut, ca va être une belle sienne la devise des sorcières : « tant que ça ne nuit », indique une charmante petite vieille. Il faut traverser la campagne sous une pluie battante et gravir les marches du labyrinthe pour atteindre le sommet du pic. Aux pieds des vestiges de la tour, de jeunes femmes portant un manteau à capuche de sorcières se recueillent les bras tendus aux vents glacés. Puis elles effectuent de lentes rotations autour du pic « pour la chance ». Elles croisent d’autres pèlerins nocturnes qu’elles saluent d’un « good night » enjoué de première communiante. Chacun se recueille au milieu des éléments, savoure la pluie et le vent, la vue sur la vallée d’Avalon. Avec une joie vivante. Une foi. Ce sont deux infirmières. P i l oPti lPorte sPsr efsesa tfueraet unr°e :n °P P: 0PP0111212 1120511


Séance de transe chamanique à «La Chambre des Assemblées», un lieu autogéré.


Temple dédié aux goddess, paré aux couleurs de la saison sombre. Angelain pratique un rite de purification sur Mike, un sorcier serviteur de l’esprit féminin.

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Rahma Grand, musulmane et pratiquante du Soufisme, prie dans la boutique de charité «»Sufi Charity Shop Healing Hearts», où elle travaille.

Un centre commercial de soins spirituels dans la rue principale de Glastonbury.

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Dreow Bennett est l’archi-druide d’Avalon. Il porte sur ses bras le tatouage de l’Ouroboros, le serpent qui se mord la queue représentant le cycle éternel de la nature


En haut à gauche : W.J.R Knight, l’ancien maire catholique et conservateur - En h.à d. Rahma Grand, une française responsable du magasin soufi - En bas à gauche : Baba, un yogi venu du Népale - En b. à d. Tim Hall, le Barde -druide de Glastonbury

Païennes, venues spécialement de Londres, comme un chrétien à Rome ou un musulman à la Mecque, pour célébrer le Samain à Glastonbury.

« HAPPY JERUSALEM » Cette ville est un miracle ou un mirage, c’est au choix. Une Jérusalem heureuse, plantée comme île imaginaire dans le Sommerset profond. Au petit matin sur la place du marché entourée de boutiques magiques, on croise des wiccans venus des Etats-Unis, une sorcière australienne, W.J.R. Knight, l’ancien maire conservateur, le haut mage du chaos Charly Barley, le père Kevin Knox, de l’Eglise catholique et un agriculteur natif du coin. Chacun se salue, prend le temps de boire un café et une pâtisserie bio avec le sourire. Baba, un Yogi venu du Népal, attend sa livraison

d’herbe pour aller méditer dans les jardins de l’abbaye. Cette alchimie stable combinant légendes et vérités, religions et tolérance, administration et libre initiative provient des influences de ceux qui pourraient être les « pères spirituels » de la cité : le roi Arthur et Jimmy Hendrix. Comme l’expliquent nombre de plaquettes de « l’office de tourisme spirituel » de Glastonbury, son abbaye passe pour le plus vieil édifice chrétien hors sol au monde. Une communauté de moines s’y serait établie vers 65 et y auraient reçu Joseph d’Arimathie et le SaintGraal. En tout cas, l’Eglise a bien été construite vers 712. Mais c’est après un incendie au XIIème siècle que la tombe d’Arthur et de Guenièvre aurait été « découverte ». Les historiens penchent plutôt pour une opération du Saint-Esprit visant à attirer les dons pour la reconstruction. Quoi qu’il en soit, Glastonbury a survécu grâce à la mise en avant Pilot Press feature n°

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Le barde Tim HALL et l’Archidruide Dreow BENNETT portent la la Bougie de Glastonbury à la source The White Spring, symboles d’unité et de pureté en Avalon. de son patrimoine mythologique. Cette aubaine économique lui permet d’échapper aujourd’hui encore au désert industriel de la région. Quant à cette tolérance rare, il faut imaginer qu’au lendemain de la mort de Jimmy Hendrix, l’un des plus grands festivals de rock au monde « Le Glastonbury Festival » s’ouvrait aux hordes hippies qui ont finit par envahir la ville sous le regard médusé des natifs, pour la plupart, paysans et protestants. Mais résumer Glastonbury à une communauté New Age survivante serait terriblement réducteur. Quelques ashrams restent certes perchés sur les hauteurs depuis les années 70, mais Glastonbury tient plutôt du laboratoire religieux et citoyen fédérant une incroyable diversité de profils et d’âges, de l’aventurier à l’érudit. Contrairement à toutes les croyances New Age, universalistes, les habitants

de Glastonbury possèdent un puissant sentiment d’appartenance à une terre et à une communauté au sens villageois. Dès le lundi matin on croise des druides faisant la cueillette de plantes locales au sommet du Tor, ou des prêtresses de la nature accomplissant leurs dévotions pour les esprits de cette forêt dont elles connaissent l’histoire et les noms anciens par cœur. Elles parlent pour la nature. Et quatre d’entre elles se sont d’ailleurs fait élire au conseil municipal sous étiquette écologiste. Saül vit à Glastonbury depuis 15 ans. Bouddhiste, il est venu habiter ici quitte à prendre un travail dans une usine de fruits et légumes « parce que les places sont rares. Mais je me sentais à la maison avec une certaine communauté de pensée. C’est un lieu magique. La terre est vraiment magnifique. Ca donne une qualité de vie unique. La ville est très centrée


“L’unity Day” a été créée à l’initiative de la mairie et du pilgrim center pour consolider l’unité de sa communauté si variée sur la réalisation spirituelle. J’aime l’idéalisme et le romantisme de Glastonbury. Mais nous sommes des gens sérieux », conclut-il assis en tailleur dans son jardin gorgé de soleil.

PAIENS A LA VIE A LA MORT MARIAGES ET ENTERREMENTS Une procession hétéroclite traverse la ville. Tim Hall, le barde, et Dreow Benett, l’archi-druide de Glastonbury, sont en tête. A l’initiative générale, ils ont créé une nouvelle fête pour célébrer et consolider l’unité spirituelle des religions en Avalon : l’unity day. Les chants celtes résonnent dans les rues pavées aux abords des sources. Et même si les croyances individuelles ne s’accordent pas aux éléments du rite, chacun participe en citoyen d’Avalon.

Au soir, le maypole, un mat enrubanné est dressé non loin de l’église. Il symbolise l’arbre monde des anciens celtes, l’Yggdrasil. Les flûtes et les tambourins exhortent la ferveur des familles venues danser la ronde du cycle des saisons. Seuls, en couples ou encore avec un bébé, d’autres sautent sous les acclamations au-dessus d’un chaudron en flammes, symbole de fertilité, du renouveau à la veille du printemps. Le père Kevin Knox, sans y participer, apprécie. Il a lui-même, chose curieuse pour un prêtre catholique, plusieurs amies sorcières avec qui il prend régulièrement le thé. « Ici, les religions ne nous divisent pas, nous avons tous le sentiment d’appartenir à une même communauté. Glastonbury est une quête. Païens, chrétiens, les gens savent qu’il y à un sens à la vie, et ils le cherchent ici. La Pilot Press feature n°

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Mariage de Tim & Ambre En l’absence de dogme, comme au temps de leur origine, les rituels païens offrent une grande place à la créativité et à la personnalisation.

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TIM & AMBRE SYMBOLISERONT LES PRINCIPES MASCULINS ET Féminins pendant leur mariage qui sera le point d’orgue des festivités de beltain convergence ne menace personne ». Chez lui, Tim Hall le barde, se prépare à épouser Ambre. A l’italienne, il répète une prière païenne signée Baudelaire dédiée aux Goddess. Mais comme pour tout mariage, les préparatifs sont épuisants. Tim est un personnage de premier plan dans la geste de Glastonbury. Même s’il vit, de la « casquette », des dons que lui font ses habitants pour le récit de leur histoire et pour ses chansons. Tim est fier de cette charge remise en jeu chaque année et honore ce lien qu’il entretient avec les habitants. Ambre et Tim symboliseront d’ailleurs le principe masculin et féminin pour toute la communauté pendant ce mariage célébré à la renaissance du printemps. C’est son ami et mentor, Dreow Benett, l’archi-druide qui officiera. Ce sera son 14ème mariage cette année. Lui-même a été initié par Jacky, une femme druide, dont il a eut le douloureux privilège de célébrer les funérailles.

Pendant les 6 derniers mois de sa vie, Dreow a recueilli jours et nuits toute son histoire. Il l’a aidée à dénouer les fils, jusqu’à la fin. « Alors pour son enterrement, j’ai pu raconter vraiment toute sa vie. Et les gens qui étaient là parlaient d’elle, de la façon dont ils l’avaient rencontrée, de chaque moment. Son histoire devenait la nôtre. Elle entrait dans l’histoire et devenait notre ancêtre commun », explique avec émotion ce prêtre païen, émerveillé, passionné par le devoir de son ministère. Avec quelques 10.000 pratiquants, le néo-druidisme a été reconnu en tant que religion officielle depuis 2010 en Grande Bretagne. Contrairement aux religions du livre avec un Dieu unique et une vérité unique, le néo-paganisme accepte une diversité de sens, permettant d’aborder le sacré de façon très personnelle. Alors que le monothéisme a toujours été présenté comme un vecteur de progrès, les


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sociologues des religions modernes remettent ce postulat en question. Ils y voient aujourd’hui plutôt le creuset de l’intolérance. Sur ce point l’actualité internationale ne démentira pas. Dans le monde antique, le sacré emplissait l’air et le temps vécu comme un cycle appartenait à l’homme. C’est cette paix, ce droit de s’inventer une identité reconnue par tous et ce temps d’être avec les autres que viennent chercher ces pèlerins. Car au-delà du folklore, le néo-paganisme de Glastonbury entre en résonnance avec le siècle, les préoccupations écologiques et la place de l’individu dans une société rongée par le stress et la crise. Ce temps, ils le prennent comme une bénédiction. Plusieurs centaines de personnes se réunissent spontanément pour le mariage de Tim et Ambre, sur la place centrale du village. Chacun s’est habillé ou déguisé, a préparé quelque chose, une intervention. Charly Barley, le mage du chaos entame la cérémonie avec une emphase théâtrale. Tim aime « ce vieux hippie plein de sagesse » qui voit la résurgence Pilot Press feature n°

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du paganisme comme une conséquence directe de la crise économique, d’un besoin de retour aux fondamentaux et surtout « de mettre fin à une trop grande considération pour notre sacro saint trou du cul ». Au sommet du pic de Tor bâti dans l’alignement parfait du soleil au solstice d’été, les célébrations feront la part belle au couple, tout en sacralisant le principe de vie de tous les participants à travers eux. Alors, les danses tournent pour certains à la transe, d’autres sont nus sous le soleil, les « fées » tourbillonnent jusqu’à épuisement, les chants sont celtes et soul. Ca ressemble à tout et son contraire. Mais tout est là.


Le passage en noir et blanc de cette photo montre à quel point le lanceur a peu changé depuis sa création par l’ingénieur Korolev dans les années 60.


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