NOUVEAUTÉS AOÛT-NOVEMBRE 2025
LITTÉRATURE POÉSIE ESSAIS
LITTÉRATURE FRANCOPHONE
Collection 109, parution rentrée littéraire janvier 2023
Alice marche sur Fabrice Elle est québécoise et elle s’appelle Alice, elle a 26 ans. Elle est à terre après après que son chum l’a quittée. Fucking Fabrice Picard de marde. Alors elle plaque tout, traverse l’Atlantique pour aller marcher vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Sans vraiment savoir pourquoi elle vient s’user les semelles sur ce chemin béni. Elle prie pour que celle qui lui a volé son amoureux souffre. Elle marche et marche encore, histoire de remplacer le mal de vivre par le mal de corps. Ultreïa Alice !
L’autrice : Rosalie Roy-Boucher Rosalie Roy-Boucher est née à Rouyn-Noranda, en Abitibi-Témiscamingue. Elle vit maintenant à Montréal, où elle travaille dans le domaine de l’édition. Son alma mater, l’Université de Montréal, garde d’elle des souvenirs flous de fille de fond d’auditorium et un mémoire de maîtrise en création littéraire. Elle a publié des nouvelles chez Québec Amérique et aux éditions du Quartz, des articles de magazines et des histoires pour enfants. Alice marche sur Fabrice est son premier roman (publié en 2018 aux Éditions de ta Mère), mais certainement pas le dernier.
© Justine Latour
Recensions presse Le Devoir « Pour emprunter au vocabulaire d’Offenbach, le ton de ce roman est celui d’un rock de velours, hurlé entre tendresse et sarcasme, par une jeune femme refusant de baisser les bras. » Le Journal de Québec « Le titre amuse : en se lançant sur le chemin de Compostelle, il est vrai qu’Alice marche sur Fabrice ! Et c’est tout un défoulement. »
Les Notes « La route est bien l’objet de ce récit, jusqu’à son terme joliment empreint d’émotion. Et surtout, ce court roman a la saveur particulière d’une langue audacieusement métissée. Nous voilà servis en matière d’authenticité ! Nous voilà ravis par un talent aussi tonique : Ultreïa ! »
Bouclard éditions
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Recensions libraires Librairie Coiffard — Nantes « Alice est mordante, piquante, elle assène les mots, furieuse et épuisée par cette marche qui n’en finit pas. Alice c’est la revanche avec le rire, la puissance et la langue aiguisée. » Librairie La Régulière — Paris « Alice, la vingtaine, a rompu avec son crisse de chum qui la trompait. Elle vient alors en Europe pour réaliser seule le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Partagez avec elle cette aventure, ses rencontres, ses réflexions. Un roman qui vous fera avoir ben d’la fun ! » Librairie La Voix au chapitre — Lyon « Un texte drôle, parfois rageur, qui vous coince un sourire en coin de la première à la dernière page. » Librairie Les Ombres Blanches — Toulouse « J’ai tapé du poing contre Fabrice Picard, j’ai détesté cette maudite Laure Bastien, j’ai souffert d’ampoules imaginaires et pleuré des larmes de sueur en arpentant ce pèlerinage fictif mais j’ai surtout ri tout mon soûl des aventures d’Alice, la narratrice, de ses tourments, de sa colère qu’elle exprime avec énergie, fougue, et beaucoup d’humour (malgré elle). » Librairie du Canal — Paris « Quel formidable roman ! A la fois drôle et touchant, Alice, qui vient de se faire larguer par Fabrice, décide de marcher sur sa colère, par les chemins de Compostelle. Une bouffée d’air frais qui fait sourire à chaque page ! » Librairie L’Embellie — La Bernerie-en-Retz « Un roman drôle sur une pélerine sans foi qui part sur le chemin de Saint Jacques. Plein d’humour, et, finalement, de tendresse, génial ! » Librairie Durance — Nantes « Où Alice, pour soigner un chagrin d’amour, s’en va vers Saint-Jacques… Ça piétine, ça foule, ça avale du kilomètre, et c’est diablement drôle ! » Librairie Quai des brumes — Strasbourg « Rosalie Roy-Boucher nous offre un itinéraire romanesque empreint d’une grande liberté. Une pause revigorante ! » Librairie Adrienne — Lyon « Pour se remettre de sa rupture avec cet idiot de Fabrice Picard, Alice décide de se lancer sur le chemin de Saint Jacques. Elle ne sait pas vraiment pourquoi mais ce qui est sur, c’est qu’elle va vous faire HURLER DE RIRE ! » Librairie Lise&Moi — Vertou « C’est le récit du Chemin de Saint-Jacques le plus rock’n’roll jamais lu ! » Librairie La Géosphère — Montpellier « Et c’est ça, la grande force de ce court roman : c’est sa manière très étonnante de quitter peu à peu la fureur, pour retrouver un brin d’air – et le plaisir d’échanger avec autrui. Un texte cathartique qu’on lit entre compassion et sourire, avec le grand bonheur que l’éditeur ait respecté les nombreux québécismes qui jalonnent la lecture. » Librairie La Rêverie — Aire-sur-L’Adour « Un roman où l’accent québécois résonne et les expressions foisonnent. Alice est très attachante par sa sincérité absolue en toute circonstance. On a plus rien à perdre quand on s’est fait piétiner le cœur. Oui, j’ai pleuré avec Alice à la fin de son chemin. Et je repartirai bien avec elle. Un roman à dévorer sous le plaid. » Librairie Agora — La Roche-sur-Yon « Ce premier roman de Rosalie Roy-Boucher est tonitruant, drôle et fougueux. Cette jeune héroïne attachante n’a pas sa langue dans sa poche : une autre façon de découvrir le pèlerinage de Compostelle ! » Librairie Fracas — Lorient « C’est très drôle, un peu punk, sensible et bourré de rencontres loufoques. C’est québécois. Donc c’est bien. »
Collection 109, parution novembre 2021
Les Cicatrisés de Saint-Sauvignac — Histoires de glissades d’eau Quatre saisons pour quatre adolescents redneck d’une ville fictive québécoise dans la région de l’Outaouais. Une banlieue où on s’emmerde fort jusqu’à l’installation d’un parc aquatique hors normes de l’autre côté de la track de chemin de fer. De quoi casser la routine, découvrir son corps. C’est sans compter sur un clou mal enfoncé dans la Calabrese (une énorme « glissade d’eau »), qui va faire de 118 enfants de Saint-Sauvignac des cicatrisés. Parfois les rites de passage laissent des marques.
u Écouter un extrait sonore Les auteurs : Jean-Philippe Baril Guérard, Mathieu Handfield, Sarah Berthiaume et Simon Boulerice Ils ont écrit Les Cicatrisés de Saint-Sauvignac à huit mains (un chapitre par tête). Ils sont issus du monde du théâtre et ont comme autre point commun d’être tous les quatre québécois.
Photos (de gauche à droite et de haut en bas) : Jean-Philippe Baril Guérard ©Kevin Mille ; Mathieu Handfield ©Félix Renaud ; Sarah Berthiaume ©Hugo B. Lefort ; Simon Boulerice ©Camille Tellier.
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Collection 109, parution novembre 2021
Recensions presse et libraires LIBRAIRES Librairie Durance — Nantes « Les plus beaux seins du village, un clou, un parc aquatique flambant neuf et une tripotée d’ados pas forcément dégrossis sont les ingrédients de cette hilarante comédie québécoise. Et ce français d’outre-Atlantique… Crisse, quelle régalade ! Des barres de rire assurées par ce quatuor d’auteurs, l’accent en plus ! » Librairie Mollat — Bordeaux « Plongez sans plus attendre dans ce texte hilarant écrit à huit mains par la crème de la nouvelle génération d’auteurs québécois et savourez l’une des plus belles surprises littéraires de cette année ! »
PRESSE Libération « Un roman québécois à 8 mains sur la transition de l’enfance à l’adolescence si intelligemment loufoque (absurde ?) qu’on redemanderait presque de la poutine à la cantine. » Vleel « À la fois décalé et drôle, le vocabulaire québécois y est pour beaucoup et permet de s’apercevoir à quel point nos langues sont proches. De nombreuses envolées demeurent jouissives, on s’esclaffe, on sourit, on temporise puis on réfléchit. On se souvient de ces bribes passées qui nous ont forgé ou amoché. Ces instants de vie, ces rites de passage dont on ne se souvient pas mais qui restent gravés par étincelle mémorielle. » Babelio « Parodie sur la ségrégation et sur le sentiment de culpabilité sociale, les Cicatrisés nous présentent aussi les petits combats d’une enfance hors norme, dans un monde où les adultes rivalisent de sottises et d’idioties. »
Voir.ca « Vêtus de leur maillot de bain de gamin, les auteurs racontent chacun de manière oralisante et très comique une saison dans la vie d’attendrissants ti-culs chassés dare-dare de l’enfance sans que leurs autistes de parents n’y puissent quoi que ce soit (les adultes, c’est con). Et si Rock Demers avait produit un Conte pour tous sous l’influence d’une massive dose de barbotine.»
Collection 109, parution mai 2022
Choux et néons Le Capitaine Silver, sorte de pirate urbain fantasque et râleur, s’est trouvé comme il se doit : un brasdroit/sous-fiffre/comptable, deux hommes de main danois, un perroquet, une mère caractérielle qui se désole d’avoir un fils aussi con et surtout des ennemis (le métro de 4h37 et un certain Chmuz). Car il en faut des ennemis, des tas, pour exister. Dans ce roman à mi-chemin entre Hook et Marry Poppins, les adultes ne sont pas vraiment des adultes, les pirates pas vraiment des pirates, et la ville un terrain de jeu presque aussi grand que l’océan.
L’auteur : Jonathan Bay Avocat d’affaires, éditeur (chez Tishina), galeriste, écriveur d’histoires et boxeur (pas aussi bien qu’il voudrait), Jonathan Bay cumule les métiers et les expériences comme des champs croisés d’inspiration – avec la douce excitation de vivre un peu plus de vies que la sienne. Il est par ailleurs un mari heureux et le papa de deux petites filles. Tous ensemble, ils vivent et s’aiment entre la France et la Bulgarie. Choux et néons est son premier roman.
© M. Anguelova
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Collection 109, parution mai 2023
Igor Grabonstine et le Shining Attention récit uchronique complètement barré. Nous sommes ici sur le tournage de Shining, mais, Jack Nicholson est remplacé par Igor Grabonstine, un comédien raté de formation russe. Adepte du grand Stanislavski, il en veut à mort au petit Danny Lloyd qui ferait de l’ombre à son génie indiscutable. Evidemment, on croise aussi un Stanley Kubrick planqué derrière son assistant, un Stephen King alcoolique qui reste vissé au bar du mythique hôtel Timberline Lodge. C’est timbré, c’est amoral, mais c’est jouissif.
L’auteur : Mathieu Handfield
Diplômé en théâtre, Mathieu a fait partie de plusieurs productions importantes, autant à la télévision et au cinéma que sur scène. Il réalise maintenant, autre autres, Mouvement Deluxe, série animée (sorte de South Park québécois) dont il est aussi le concepteur. Il a publié plusieurs romans en plus d’avoir participé à de nombreux collectifs, dont Les cicatrisés de Saint-Sauvignac (publié par Bouclard en 2021), qu’il a également dirigé.
© Félix Renaud
Recensions presse Le Devoir « Quelque part entre la glose de geeks et l’uchronie parodique, le roman de l’homme de théâtre raconte un tournage avorté, et complètement fabulé. » Chatelaine « Dans ce roman, deux acteurs de taille s’affrontent : Igor Grabonstine qui interprète le rôle principal et Danny Lloyd, petit garçon de 6 ans au talent remarquable et qui fait même ombrage au premier. Qui volera la vedette ? »
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Collection 109, parution novembre 2021
Tigres à la dérive Une fois que la Faucheuse est entrée dans ta vie, difficile de ne pas penser tout le temps à elle. Mon père est mort au début des années 90. Ma mère a traité ce deuil en changeant d’hémisphère. Le comité d’accueil, en Argentine, s’est montré à la hauteur de la traversée : un beau-père cyclothymique, des adeptes du zazen, l’ombre de Diego Maradona, la statue de Carlos Gardel et le fantôme du paternel, qui a lui aussi fait le déplacement. Les odeurs de viande grillée parfument alors les rues de Buenos Aires et de Rosario. Le pays profite de ses dernières années de prospérité avant de sombrer dans la crise. En pleine dérive existentielle, au milieu des engueulades et des coups de blues, mieux vaut avoir quelques alliés dans son coin : Andres, un vieillard épris de littérature, Luis, un chauffeur de taxi qui cultive son poil dans la main, et un jeune coach en devenir répondant au nom de Marcelo Bielsa. Parce que la vie, c’est pas du gâteau.
L’auteur : Nicolas Zeisler Journaliste indépendant, Nicolas Zeisler vit à Barcelone. Il collabore avec quelques revues triées sur le volet (Holiday Magazine, Bouclard) et lance des médias qui se cassent la gueule (Barcelona Nou) ou vivotent (cultureboxe.com). Il a publié Beauté du geste (Le Tripode) en 2017, un hommage au noble art et à ses âmes damnées. Tigres à la dérive est son premier roman.
© Daniela Gambarotto
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Collection 109, parution novembre 2022
Les Watères du château Bientôt bientôt en librairie un chat une licorne des tentacules Le premier roman de Guillaume Marie des rencontres un château des enlèvements Un récit captivant échafaudé par un poète une famille des poursuites la ville de Nantes Des chapitres fascinants qui se lisent d’une traite
Bouclard
des vieux objets un escalier les Catacombes Ecrit dans tout l’éclat du fantastique du poétique et de l’érotique Paris les philosophes l’écriture Des tas d’amours dans un roman d’aventure un vrai héros une maison un fiancé Des tas d’aventures dans un roman d’amour
L’auteur : Guillaume Marie Guillaume Marie est né en 1979 à Coutances. Après des études de Lettres à Caen, il est aujourd’hui journaliste à Paris. Inspiré par les lieux qu’il habite et les animaux qu’il rencontre, il écrit principalement de la poésie (dernière parution : Exposition de reptiles vivants, Lanskine). Passionné par les expérimentations collectives, il est le fondateur du collectif Pou, qui publie notamment des petits livres de poèmes et des nouvelles pornographiques. Les Watères du château est son premier roman.
© Ewen Blain
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Collection 109, parution janvier 2025
Villa Bergamote Villa Bergamote c’est un scénario à la Dallas. Roxane, belle-fille d’un couple politique en vogue, constamment en proie à la justice, essaye de survivre en milieu hostile : domestiques soumis, paparazzis en chaleur, fiscalité oppressive, .357 Magnum caché dans le tiroir du bureau. Liens d’argent, de pouvoir et d’amour vont cohabiter plusieurs années dans la Villa Bergamote, cadeau de mariage de ses beaux-parents sur une île des Caraïbes. Villa Bergamote c’est un vaudeville noir chez les ultrariches.
L’autrice : Mona Messine
Mona Messine, née à Bordeaux en 1992, est écrivaine, poétesse et éditrice (revue Débuts). Son premier roman Biche (éditions Livres agités, 2022), dans lequel une biche se révolte contre un chasseur, a connu un succès critique (shortlist du Prix des Inrocks). Elle a, par ailleurs, été lauréate des Ateliers Médicis. Elle est hypergraphe, synesthète et néanmoins surfeuse. Villa Bergamote est son deuxième roman.
© Chama Chéreau
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Collection 109, parution janvier 2024
Une sorte de lumière spéciale Peut-on s’extraire du terreau natal ? Le veut-on ? « La Beauce est belle, mais les maisons sont en plastique. Les voitures rouillées. Les passe-temps dangereux. » Tout n’est que contradictions et luttes internes et même intestines chez Maude Veilleux. Seul demeure l’écriture, la colère et l’envie de comprendre.
L’autrice : Maude Veilleux
Maude Veilleux est une poète et performeuse québécoise née à Saint-Victor-de-Beauce. Elle a écrit des recueils de poésie, des romans dont un roman-web. Au fil des années, ses textes sont aussi parus dans diverses revues au Québec, en France et en Belgique. Elle développe plus particulièrement une pratique aux frontières de l’écriture, la littérature numérique et la performance. Depuis 2020, elle s’intéresse, avec le collectif Botes Club, aux robotEs et aux intelligences artificielles. Elle vit et travaille à Montréal. Chez Bouclard, elle a publié « Mettre des bombes rire nerveux » dans le deuxième numéro de notre revue. © ?????
Recensions presse Le Devoir « “Est-ce que les questions entourant la lutte des classes sont encore d’actualité ?”, demande Maude Veilleux dans ce recueil bouleversant et essoufflant, au cœur duquel ses déceptions et son espoir s’entrechoquent sans cesse. Une œuvre profondément politique de culpabilité, de révolte, d’abattement et d’empathie. » La Presse « La douleur des transfuges sociaux est au cœur de ce livre puissant qui donne envie de remercier la Beauce de nous avoir donné Maude Veilleux, parmi les poètes les plus en vue de sa génération. »
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Collection 109, parution janvier 2024
Last call les murènes Rupture, ennui, solitude, colère, espoirs déçus et rêve en attente. La vie, juste ça… Celle d’une fille de la Beauce, quelque part dans le Québec des rednecks, des gros chars et de l’alcool. Une vie simple, pas si simple.
L’autrice : Maude Veilleux
Maude Veilleux est une poète et performeuse québécoise née à Saint-Victor-de-Beauce. Elle a écrit des recueils de poésie, des romans dont un roman-web. Au fil des années, ses textes sont aussi parus dans diverses revues au Québec, en France et en Belgique. Elle développe plus particulièrement une pratique aux frontières de l’écriture, la littérature numérique et la performance. Depuis 2020, elle s’intéresse, avec le collectif Botes Club, aux robotEs et aux intelligences artificielles. Elle vit et travaille à Montréal. Chez Bouclard, elle a publié « Mettre des bombes rire nerveux » dans le deuxième numéro de notre revue. © DR
Recensions presse Le Devoir « “Est-ce que les questions entourant la lutte des classes sont encore d’actualité ?”, demande Maude Veilleux dans ce recueil bouleversant et essoufflant, au cœur duquel ses déceptions et son espoir s’entrechoquent sans cesse. Une œuvre profondément politique de culpabilité, de révolte, d’abattement et d’empathie. » La Presse « La douleur des transfuges sociaux est au cœur de ce livre puissant qui donne envie de remercier la Beauce de nous avoir donné Maude Veilleux, parmi les poètes les plus en vue de sa génération. »
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ESSE PR E
UV NO EAU
MA VOIX DE DIEU
RE 2025 IT T
AMÉLIE LUCAS-GARY
D O S SI E R
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Invitée à investir par la fiction l’oeuvre de l’artiste Maxence Mathieu Il y a moins de choses entre les cieux et les enfers qu’aucun d’entre nous ne peut l’imaginer, l’écrivaine Amélie Lucas-Gary relate dans Ma voix de dieu son expérience de la chaise longue customisée par l’artiste. Dans un monologue intérieur d’abord très réaliste, elle explore le potentiel introspectif de la position allongée. Puis, l’expérience de l’œuvre devient au contraire une occasion pour elle de sortir d’ellemême, de vivre une impossible et vertigineuse altérité. Dans Ma voix de dieu, l’autrice donne la parole à cette part de chacun que l’art réveille et que seule la fiction peut rendre parfaitement audible. « J’écoute cette voix à l’intérieur de moi. Tant qu’elle parle, je ne dors pas — dans le sommeil, on ne fait qu’une je crois, et alors je ne l’entends plus. Si je peux la juger, ainsi éveillée, c’est qu’à l’intérieur, on est deux. Et parfois je me demande si on n’est pas plus nombreux. J’habite une vieille maison. À l’intérieur, on n’y voit rien mais c’est aussi vaste que dehors. C’est beaucoup plus grand que mon corps ne le laisse entendre de l’extérieur. Dedans, dehors, c’est le même espace si j’ouvre la porte. Si j’ouvre la porte, la lumière entre, mais elle peut ne pas venir seule. Ma sœur m’a parlé l’autre jour de son monde intérieur. Quand elle a dit ça, je me suis approchée, j’ai regardé son iris de très près, et j’ai vu ce trou noir dans son œil. J’ai eu peur comme au-dessus d’un puits sans fond. Je ne voudrais pas tomber dans le puits d’un autre. » — Amélie Lucas-Gary écrit. Elle est notamment l’auteure d’une trilogie autour de la création avec Grotte (éditions Vanloo), Vierge et Hic parus aux éditions du Seuil dans la collection Fiction & Cie. Plus récemment, sont parus Féticheuses (SunSun éditions, 2023) à propos d’une autochrome de la collection Albert Kahn, ou encore Qu’avez-vous vu (éditions Vanloo, 2023), fruit d’une enquête où elle interroge une centaine de personnes sur ce qu’ils ont vu d’extraordinaire dans leur vie.
Autrice : Amélie Lucas-Gary Prix public : 13.00 € N° de pages : 80 pages Format : 13 × 19 cm Reliure : Dos carré Tirage : 400 ex. Impression : Imprim, Visé. Conception graphique et mise en page : NNstudio.
Éditeur : Hématomes Éditions Diffusion et distribution : Serendip-Livres 21 bis rue Arnold Géraux 93450 L’Île-Saint-Denis France +33 (0) 1.40.38.18.14 contact@serendip-livres.fr commandes@serendip-livres.fr Dépôt légal : D/2025/14941/01 ISBN : 978-2-931237-01-4 © 2025 Les artistes, pour les images. © 2025 Les auteurs, pour les textes. © 2025 Hématomes, pour la présente édition
Hématomes Éditions 2, Quai de la Dérivation 4020 Liège — Belgique +32 (0) 4 277 01 75 info@hematomes.be hématomes.be
Quelques pages extraites du livre Ma voix de dieu
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C’est l’été. Je porte un pantalon trop épais, et un sac sur le dos. Gare du Nord, je monte dans un Eurostar plein à craquer. Je m’assois à côté d’une vieille dame très brune qui, une fois le train en marche, me propose d’une main tremblante un quartier de pomme, puis un autre, etc. J’ignore combien j’en avale ainsi. Je ne compte pas. C’est étrange et dégoûtant, mais j’accepte. Je suis d’humeur conciliante, partant en vadrouille tous frais payés, les mains dans les poches, sans rien à prouver. Je regarde le paysage. Je suis assise dans le sens de la marche. Le monde glisse sous mes yeux. Je n’aurai ni à écrire, ni à m’exprimer publiquement dans les jours qui viennent et je me sens presque en vacances. Si l’expérience rate, ce ne sera pas de ma faute, mais celle de cet artiste belge prétentieux qui m’invite. Je sens pourtant quelque part une légère inquiétude que je ne parviens ni à m’expliquer, ni à dissiper. Je me répète « Hé hé, personne n’attend rien de toi là-bas, tu vas juste regarder, calm down ».
C’est la nuit au loin, quand j’y pense, alors qu’il y a probablement un soleil pour chaque coin de l’Univers.
Je cherchais avec ma main droite la boule en quartz rose, et c’est sur le pommeau en bronze que je la pose. Je pose donc avec certitude la main gauche sur le quartz. Le lisse et le frais sont agréables au toucher, c’est indéniable, comme la couleur que j’imagine sous mes doigts. Le rose, que je sais visible, me fait plaisir. Il altère la perception que j’ai de la surface. Il irradie et m’empêche d’abord de m’interroger sur la qualité de l’intérieur. Le centre ou le cœur de la boule, sûrement plein, entièrement fait de quartz. Ce serait très différent si je n’avais pas vu la couleur de la boule. J’y pense maintenant, je n’ai pas grand-chose d’autre à faire. Si je n’avais pas vu la couleur de la boule, au toucher, je crois que je penserais qu’elle est noire.
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Sans ouvrir les yeux, je cherche des mains les deux pommeaux ajoutés au fauteuil par l’artiste. Je sais qu’ils existent, je les ai vus avant de m’allonger. L’un est en quartz rose, l’autre en bronze. Il l’a dit. Le quartz rose, j’en connais bien le contact, parce que depuis que j’ai eu quarante ans, j’essaie parfois de masser mon visage avec un gua sha — un accessoire de beauté coréen sensé ralentir le vieillissement cutané. C’est un peu honteux — ce n’est pas quelque chose que je pourrais confier à quelqu’un. Ce sont les rides d’amertume, autour de la bouche, qui me contrarient le plus. Et c’est un cercle vicieux bien sûr : ça me contrarie, je fais la gueule, mon sourire tombe et les rides se creusent. Inutile de dire que j’oublie ou renonce souvent à faire ce petit massage que je réserve au soir, au lit, après avoir lu. Et souvent le livre lu, s’il est suffisamment intéressant, permet de réévaluer la nécessité d’un massage avec un gua sha en quartz rose pour mieux vieillir. Je pense à ma mort, plutôt qu’à sauver ma peau, et c’est sûrement pour me calmer que je songe aux confins de l’Univers et aux âmes sans corps qui évoluent entre ici et là-bas, aux promesses du Discours de Mountain view, à ceux qui nous ont adressé ce message, ce message que moi j’attendais depuis toujours.
Les yeux fermés, allongée, je n’ai aucune idée du temps. Ce n’est pas une façon de parler, puisque c’est de la pensée. Si je marche dans la rue, sans regarder l’heure, j’ai une idée du temps. L’activité donne une échelle : je mesure le moment à l’aune de l’action effectuée. Mais mesurer l’écoulement du temps à l’aune de la pensée, sans voir la lumière décliner, c’est beaucoup plus périlleux.
Je me regarde de haut.
Je pourrais éventuellement compter les secondes dans ma tête.
Mon corps est allongé, j’ai les yeux clos, mes paupières tremblent légèrement. Je vois bien que je respire mais je ne vois pas ce qui arrive en moi. Rien n’est visible de ces images qui m’assaillent. Je sais maintenant que je pourrais me tirer de là, laisser mon corps en plan, aller voir le pape mourir à Rome, alors même que Maxence pourra témoigner que je ne suis pas sortie d’ici — je suis sûre que d’une façon ou d’une autre, il me surveille : il doit y avoir une caméra quelque part, un micro. Ou bien, c’est le concierge en bas qui voit tout, il note, il pourra témoigner. J’espère que tout ça est enregistré. J’aimerais garder une trace de ce qui arrive ici.
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Je pourrais profiter de cette expérience pour faire des choses impossibles : essayer de retourner dans le passé, voyager dans le futur, ralentir le temps. Ou mieux : sortir de mon corps. Je dois visualiser mon enveloppe. C’est un gros effort d’abord. Je ne cesse de revenir ici, d’où je ne me vois jamais en entier. Je dois beaucoup me concentrer. Mon esprit est aimanté. Chose faite. Je me vois allongée. C’est pas si compliqué. Comment être sûre que je ne pense plus à partir de ce corps-là ? Est-ce l’œuvre de mon imagination cette dissociation ? Je ne suis pas habituée à me voir les yeux fermés. Je suis postée dans l’angle droit supérieur de la pièce, près du plafond, là où une araignée pourrait tisser une toile. La lumière est éteinte alors que je suis presque certaine qu’elle était allumée quand j’ai fermé les yeux. C’est une incohérence. Je la relève. Cela signifie peut-être que je rêve.
Comment puis-je oublier à ce point où je suis par moment. Quand je pense à quelque chose, je ne suis pour ainsi dire plus dans ce corps assis sur la chaise. C’est le toucher intérieur. J’ai des images qui me viennent. Des images qui se forment : des choses et des endroits que je n’ai jamais vus dans le monde. La vitesse de tout ça. Ce ne sont pas mes souvenirs, mais j’y puise sans vergogne. Se pourrait-il que ce réservoir soit si loin ? Soit commun ? Qu’est-ce que cela changerait si on parvenait à le localiser ? Je suis allongée sur une chaise à Liège, mais je m’éloigne beaucoup de mon corps. J’ai l’impression quand j’y retourne qu’il est plein. Mes cellules gonflent. Je sens la pression, la foule en moi, beaucoup de pensées qui ne m’appartiennent pas. Comme si mes pores s’ouvraient, comme des portes. Comme si mon être, ou ma conscience éclatait.
Qui vient là ?
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« Le sort de nos corps, le son de nos gorges, l’intimité du monde. »
rayon littérature
genre récits
parution 19 août 2025
Portrait
FABIENNE RADI
Gêne et confusion Avec un titre à la Jane Austen, une foule de personnages fictifs et réels, et un ton décalé – le nouveau livre de Fabienne Radi réinvente le cabinet de curiosités littéraires.
Un homme envoie ses condoléances par erreur depuis la Sibérie ; un père offre une taupe morte à sa fille ; un avocat essaie de cacher sa langue poilue ; une mère de famille est obsédée par une tache qui ne part pas ; une jeune femme se méprend sur les paroles de sa prof de yoga ; une tante essaie de récupérer un tableau attribué à son neveu ; un jogger excentrique ment à ses ami·e·s… Les protagonistes de Gêne et confusion se retrouvent dans l’embarras, tentent de gérer des quiproquos, essaient de dissiper des malentendus, traversent parfois des moments de honte. Fabienne Radi débusque le comique derrière la confusion et pointe le potentiel créatif que la gêne peut susciter en nous. Son livre se construit comme un montage, mélangeant les genres et les formats : fiction, témoignage, lettre, commentaire, liste, citation – quand la littérature fait feu de tout bois !
collection ShushLarry format 11 x 17,5 cm, 260 p., broché isbn 928-2-88964-090-4 prix CHF 19.50 / € 15
Quand il a découvert l’oreille bleue du premier bol, j’ai vu sa mâchoire lâcher vers le bas tandis que ses sourcils grimpaient vers le haut.
mot-clés quiproquo, comédie, flou syntaxique, malentendu livres connexes Bureau des spéculations, Jenny Offill, 2014 ; Histoire réversible, Lydia Davis, 2016 ;
© Chris Morgan
art&fiction
Fabienne Radi (*1960) écrit (fictions, essais, poèmes), fait des éditions d’artiste (affiches, disque) et enseigne dans une école d’art. Sa formation en géologie lui a apporté l’amour des couches, sa brève incursion dans la bibliothéconomie a suscité un engouement pour les classements, ses études en art ont transformé son regard sur les objets du quotidien. Les titres, les malentendus, les coupes de cheveux, les dentistes, Shelley Duvall et Paul Newman sont des motifs récurrents dans son travail. Son livre Émail Diamant (art&fiction) a reçu le Prix suisse de littérature en 2022.
Humiliation, Wayne Koestenbaum, 2012 ; Lettres de non-motivation, Julien Prévieux, 2007 ; Ma philosophie de A à B et vice versa, Andy Warhol, 1977
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Fabienne Radi | Gêne et confusion
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Fabienne Radi | Gêne et confusion
SOM M A I R E
Humiliation De A à B et vice versa (1) Porte fermée Porte ouverte Je me lance Comportement honteux À travers la baie vitrée Choses détestées Oh, excusez-moi Trouble dans le genre en fin de courriel Lettre à Thérèse Désolé, Lon Chaney, Harry Earles et ma grand-tante lilliputienne Veuillez excuser ma fille Michèle Applaudir à l’envers Dessiner à l’envers 8 francs cinquante (avec épilogue gallois) Ouvert ou fermé ? Ouverte et fermée Panard Question pour une géomorphologue Trouble dans le genre en milieu de film Bols bretons Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch Reine d’Angleterre De A à B et vice versa (2)
13 21 23 29 31 35 39 53 55 57 63 65 73 81 83 85 87 95 97 101 103 105 109 115 117 127
Dentiste et folklore Flou syntaxique Fenouil et côtes de bettes, ou l’itinéraire de deux tableaux À la lettre Invitation
De A à B et vice versa (3) Question pour un champion Madame Moussu Des femmes qui bavent Madame Sans-Gêne Question pour une linguiste La tache De A à B et vice versa (4) Dos-Abdos tous niveaux Hamster dame Filles de la campagne Une blague
129 133 135 145 147 149 151 153 165 167 171 172 173 175 179 181 183 189 191 193 207 209 219 221 233
Appendice
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Question pour un chauffard L’avocat, la bonnette et les algues Bouche ouverte Surprise Tensions au conseil de rédaction Miroir
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Ma belle-sœur a un chien depuis quelques mois. C’est un bâtard issu d’un croisement improbable ; le résultat est aussi incongru qu’intéressant. Un museau pointu de teckel, de longues pattes de lévrier et un thorax puissant de boxer. On dirait que les différentes parties de son anatomie ont grandi séparément. Le chien vient de l’île de la Réunion. Il est arrivé en Suisse par avion. Ma belle-sœur nous a expliqué qu’elle l’avait acquis par le biais d’une association ayant pour mission de sauver les chiens errants de ce département français d’outre-mer. L’association s’appelle Espoir Réunion, son siège social est basé dans le Loiret. Sur son site, on explique que l’île compte 350 000 chiens errants. On apprend aussi que la majorité d’entre eux finissent écrasés sur les routes, ou sont euthanasiés dans une fourrière, ou meurent de faim dans des champs de canne à sucre, ou vivent une existence misérable de « chien-sonnette » pour prévenir des intrus avant d’être abandonnés par leurs propriétaires. Dans l’onglet Trouvez l’animal qui vous attend, les formalités d’adoption semblent aussi longues et complexes que pour changer
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d’assurance maladie à plus de 60 ans. Il faut passer un entretien approfondi et faire visiter son logement de fond en comble. Si la candidature est refusée, il est demandé de ne pas s’en offusquer : « Nos chiens font 11 000 km pour accéder à une vie de bonheur, vous comprendrez que nous n’avons pas le droit à l’erreur. » Ma belle-sœur aime bien raconter les tribulations qu’elle a traversées pour obtenir ce chien. C’est un sujet de conversation qui fait tout son effet entre amis ou dans les réunions de famille. Il permet de dégeler une assemblée timorée ou de ranimer une tablée en train de s’assoupir en fin de repas. Les uns s’émeuvent, les autres s’esclaffent, d’autres soupirent ou lèvent les yeux au ciel. Personne ne reste indifférent. L’animal en question s’appelle Mickey. Ma belle-sœur n’a pas pu choisir son nom. Ce sont les bénévoles l’ayant trouvé dans un terrain vague d’une banlieue de Saint-Denis qui l’ont baptisé ainsi. Depuis que Mickey est arrivé dans son nouveau foyer, la vie de ma belle-sœur est complètement chamboulée. C’est comme de recevoir un enfant par la Poste à qui il faut tout apprendre en même temps. On n’a pas le temps de lire le mode d’emploi que c’est déjà le chaos dans toute la maison. Heureusement il y a L’École du Chien, des cours théoriques
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et pratiques d’éducation canine devenus obligatoires dans le canton. Ma belle-sœur s’y est inscrite immédiatement. Mickey est plein de vie et transpire la testostérone. Normal, il est très jeune. Quand un chien est dans les parages, mâle ou femelle, il devient incapable de se concentrer sur autre chose que les organes sexuels de son congénère. Pour contenir cette libido débridée, ma belle-sœur s’est décidée pour l’implantation d’une puce entre les omoplates de Mickey. Une stérilisation chimique plus douce et respectueuse que l’ablation définitive des testicules, lui a expliqué son vétérinaire en lui montrant une silhouette de chien où l’hypophyse et les testicules étaient représentés par deux gros points rouges reliés par une ligne en pointillés. La ligne était brisée en son centre par une grosse croix avec le mot STOP écrit en dessus. « Allons-y pour la puce », a dit ma belle-sœur. Pour l’instant ça n’a pas l’air de marcher. Récemment Mickey en a même fait les frais. Ça s’est passé lors des dernières fêtes de Noël. Ma nièce (la fille de la belle-sœur en question) est venue chez nous avec ses deux filles (2 et 4 ans) et son chien, un husky sibérien qui a la particularité d’avoir les yeux vairons. Ce chien a déjà un âge avancé, il est
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calme et obéissant. Le seul reproche qu’on peut lui faire est indépendant de sa volonté : il perd ses poils constamment. On pourrait facilement fabriquer une couverture avec le butin engrangé à chaque fois que l’on passe l’aspirateur derrière lui. Le jeune Mickey et le vieux husky ont fait connaissance sur notre terrasse. Le premier tournait comme une toupie autour du second. Il était obsédé par l’appareil génital de son aîné. Le husky, lui, restait calme, ne décochant que de temps en temps un coup de mâchoire inoffensif pour signifier qu’il n’était pas intéressé. Agacée par les assauts répétés de Mickey, et voulant sans doute donner un peu de répit à son chien qui, malgré une impassibilité de bonze tibétain, semblait se lasser de la situation, ma nièce a attaché le chien de sa mère au poteau en bois qui soutient le toit. La laisse en cuir tressé était longue de plusieurs mètres. À force de virevolter comme un fou, Mickey s’est peu à peu ligoté lui-même autour du poteau. Tout le monde était assis dans le salon et regardait avec un amusement étonné le spectacle burlesque qui se passait derrière la baie vitrée. À la fin de son numéro, Mickey ressemblait à Tintin ficelé sur le bûcher des Incas dans Le
Temple du Soleil. Mais lui n’avait pas de loupe pour brûler ses liens et se libérer. C’est là que le husky a fait son entrée en scène. Profitant de l’immobilité forcée de Mickey, il s’est approché de lui, l’a lentement reniflé puis, en moins de temps qu’il ne faut pour le raconter, lui a fait son affaire. Posés dans nos fauteuils, nos tasses de thé à la main, nous avons assisté en direct à un viol canin aussi soudain qu’implacable. Les deux filles de ma nièce étaient aux premières loges et, vu leur taille, bénéficiaient du meilleur angle de vue. Tout le monde est resté paralysé quelques secondes. Puis tout le monde a crié en même temps, et ma nièce s’est précipitée sur la terrasse pour sauver Mickey. Ce dernier est resté recroquevillé dans son panier tout le reste de la soirée. Les oreilles complètement rabattues vers l’arrière de son crâne, il guettait avec terreur le moindre mouvement du husky qui, même s’il avait été sévèrement puni par ma nièce, regardait sa victime avec un dédain satisfait depuis l’autre bout du salon. Il a fallu improviser un discours pédagogique pour les filles qui ne comprenaient pas bien ce qu’il s’était passé. Cette histoire a longtemps supplanté celle de l’acquisition de Mickey dans les conversations.
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Deux ans plus tôt, l’écrivaine Vanessa Springora avait sorti un livre très médiatisé intitulé Le Consentement. Quelqu’un n’a pas pu s’empêcher de faire le rapprochement. On avait assisté à une violente infraction des règles transposée dans le règne animal. Au moment d’écrire ces lignes, je me suis rappelé une scène similaire décrite par John Fante dans Mon chien Stupide. Le héros du livre, un père de famille un peu dépassé par la crise d’adolescence de ses enfants, recueille chez lui un énorme chien abandonné que tout le monde baptise rapidement Stupide. Le chien devient un membre de la famille et révèle peu à peu les fêlures et travers de chacun. Dans un chapitre au milieu du livre, il agresse sauvagement et sexuellement un berger allemand qui terrorise tout le quartier. Le maître de Stupide ne dissimule pas sa satisfaction lors de cette action brutale, qu’il considère secrètement comme une vengeance par intérim. J’ai un souvenir très précis du paysage californien dans lequel se passe cette scène. Je vois une avenue bordée de palmiers menant à la mer, des pavillons de banlieue aux couleurs de crèmes glacées, des pelouses impeccables qu’on devine à travers des clôtures blanches en bois, des paniers de basket scellés contre des murs de
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garage, des magnolias courbés au-dessus de trottoirs recouverts de pétales. Je télescope sans doute plusieurs livres et films mais l’atmosphère y est. En revanche je ne me rappelle absolument pas la manière dont John Fante a raconté cette humiliation canine. Par superstition, je me suis dit que je n’allais pas relire ce passage tant que je n’avais pas terminé ce texte. Je m’en vais de ce pas vers ma bibliothèque.
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DE A À B ET V ICE V ERSA (1)
A : Qu’est-ce qui te met dans l’embarras ? B : Ne pas me rappeler des noms des gens quand je dois les présenter. Parfois j’essaie la tactique : « Je vous laisse vous présenter vousmêmes. » Mais la plupart du temps ça ne marche pas. Les gens pigent tout de suite le truc. A : Ah oui, c’est super gênant ce genre de situation. B : J’ai un ami qui a trouvé une solution : il utilise des noms connus. Il dit : « Je te présente Cruella d’Enfer et Norman Bates. » A : C’est pas mal comme solution. Et puis mieux vaut mentir par imagination que par omission. B : Quand j’étais petite, mon père aimait bien me présenter aux invité·es en disant : « Et voici notre petite dernière, Hépacholine Sorbitol. » Il trouvait que ça sonnait bien. A : C’est qui Hépacholine Sorbitol ? B : C’est le nom d’un laxatif. J’ai compris ça des années plus tard. J’aurais préféré qu’il m’appelle Peggy Lipton. Ou Enid Blyton. Ça c’est des noms qui sonnent.
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La famille Fleury et la famille Paillard viennent d’acheter deux maisons contiguës dans la même rue. La famille Fleury a trois enfants, la famille Paillard deux. Le troisième enfant de la famille Fleury est ami avec le deuxième enfant de la famille Paillard. À Noël, la mère de la famille Fleury fait du foie gras au torchon et en donne à la famille Paillard. Lorsqu’il va faire ses courses en France, le père de la famille Paillard achète de la viande pour la famille Fleury. La famille Paillard prête deux casiers sur six de son congélateur à la famille Fleury, qui n’en a pas. La famille Fleury y dépose des champignons émincés et des légumes coupés, la famille Paillard des côtes de bœuf et du fromage à raclette. La famille Fleury se nourrit sainement et parcimonieusement. La famille Paillard aime faire bombance et improviser des invitations (c’est pour cette raison qu’ils ont besoin de davantage de tiroirs dans le congélateur). Côté rue, les maisons ont deux minuscules jardins bordés de thuyas. Côté cour, deux grands jardins qui n’ont pas de séparation. Les enfants, les ballons, les abeilles et les papillons
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vont et viennent sans entrave de l’un à l’autre. Tout ce qui se trouve dans les deux jardins est susceptible d’être utilisé par n’importe quel membre des familles Fleury et Paillard. Quelques mois après leur installation dans chacune des deux maisons, quelqu’un découvre au premier étage, tout au fond du couloir desservant les chambres à coucher, une porte cachée. On peut aller d’une maison à l’autre sans passer par l’extérieur. Cette porte n’a pas de serrure. Les parents des familles Fleury et Paillard se réunissent pour savoir comment gérer ce passage qui débouche sur l’intimité des uns et des autres. D’un commun accord ils décident que cette porte ne pourra être utilisée qu’en cas d’urgence : inondation, feu, tremblement de terre, chutes de neige abondantes, menaces extérieures (animaux, cambrioleurs). Un jour, la mère de la famille Paillard passe par cette porte pour emprunter une râpe à fromage dans la cuisine de la famille Fleury partie en vacances. La sienne est cassée, et il y a des invités affamés dans sa salle à manger. À son retour de vacances, la mère de la famille Fleury s’en rend compte et fait part de son irritation à la famille Paillard : le besoin d’une râpe à fromage ne constitue pas une urgence, d’autant qu’il y a une quincaillerie juste au coin de la rue.
La semaine suivante, le père de la famille Paillard écrase par mégarde des sachets de brocolis dans le tiroir de congélation réservé à la famille Fleury, alors qu’il essaie discrètement d’y caser des civets de cerf offerts par un copain chasseur. Ce geste est considéré comme une intrusion par leurs voisins. Le temps passant, la mère de la famille Fleury trouve que les habitudes alimentaires des enfants de la famille Paillard déteignent sur celles de ses propres enfants. Trop de sucres raffinés, trop de graisses animales. La mère de la famille Paillard, elle, se demande si les enfants de la famille Fleury mangent à leur faim du fait de leurs passages réguliers dans sa cuisine juste au moment des repas. Le père de la famille Fleury a des lubies qui amusaient jusqu’alors les parents de la famille Paillard, mais les mettent désormais mal à l’aise. Par exemple, il tond le gazon chaussé de bottes en caoutchouc et le corps entièrement nu. Selon lui, c’est idéal pour renforcer ses défenses immunitaires, en plus du plaisir d’exposer l’intégralité de son épiderme au soleil. Férus de football depuis tout petits, les enfants de la famille Paillard regardent tous les matchs retransmis à la TV sur grand écran avec le volume à fond. Ils n’hésitent pas non
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plus à inviter leurs copains pour partager ces moments. Pendant la Coupe du Monde, les parents de la famille Fleury sont obligés de se réfugier à l’autre bout de leur maison et d’enfiler des boules Quies pour faire leurs exercices de méditation. Un jour, pendant que leurs voisins sont en vacances à la montagne, le père de la famille Fleury construit une séparation avec des parpaings entre les deux jardins. À son retour, la famille Paillard découvre avec stupéfaction le nouveau mur érigé. Bientôt les parents Fleury ne parlent plus aux parents Paillard et vice versa. La famille Fleury perd l’usage de ses deux tiroirs de congélateur pour ses légumes coupés. La famille Paillard ne reçoit plus de foie gras pour les fêtes de Noël. Les enfants des deux familles sont embarrassés. Chacune des familles appelle un serrurier pour verrouiller la porte du premier étage. Puis des planches sont clouées en croix de chaque côté. Finalement, un maçon vient construire un vrai mur avec des briques et du mortier. Comme chaque famille tient à le rémunérer, le maçon est payé deux fois. Quand ils se croisent au marché, les parents Fleury et les parents Paillard lèvent les yeux au ciel ou regardent leurs pieds. Rapidement,
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des problèmes de conduites de gaz dans les caves les obligent à mandater des avocats. Dès lors, ils ne communiquent plus que par lettre recommandée. Les enfants Paillard et les enfants Fleury grandissent. Les premiers vont s’installer dans d’autres villes du pays. Les seconds partent étudier à l’étranger. Quand ils reviennent à Noël chez leurs parents, les uns et les autres tentent de ramener ces derniers à la raison. En vain. Les parents Paillard et les parents Fleury vieillissent. Leur vue baisse, leur tension monte, leur dos s’affaisse, leur visage se plisse. Au marché, ils n’ont plus besoin de s’éviter, tant ils ont de peine à se reconnaître. Des problèmes cardiaques pour les uns, d’arthrose pour les autres, les empêchent bientôt de monter les escaliers. Ils vivent désormais confinés au rez-de-chaussée. Le temps passe. Les parents Paillard et les parents Fleury ont oublié qu’il y avait, autrefois, tout au fond du couloir du premier étage desservant les chambres à coucher, celles de leurs enfants désertées depuis longtemps, et les leurs abandonnées par nécessité, une porte secrète qui reliait les deux maisons.
rayon littérature
genre portrait, récit
parution 19 août 2025
Portrait
art&fiction
NOW I WON. Portrait de Claudia Comte L’art contemporain est aussi affaire de territoire… L’auteur de Faire paysan Blaise Hofmann retrouve Claudia Comte dans son studio cosmopolite au cœur de la campagne bâloise. Après le monde agricole, le monde de l’art. Dans ce récit digne d’un reportage de terrain, Blaise Hofmann se questionne sur les aspects économiques du métier d’artiste, sa part entrepreunariale - et le rôle de l’enfance en milieu rural. Lors de conversations entrecoupées de mezcal et de fromages locaux, Claudia Comte se confie sur son statut de superstar de l’art contemporain, et sa volonté de questionner un monde en plein effondrement écologique. Qu’est-ce qui a amené cette vaudoise née dans le petit village de Grancy, « où l’on compte plus de vaches que d’êtres humains », à exposer dans les plus grandes galeries de son époque ? Elle raconte le premier voyage aux États-Unis à 10 ans, les études à l’ECAL, les petits boulots, la première exposition au château de Morges, les années de galère et l’entêtement — se présenter partout, à tous les prix, toutes les résidences — avant la consécration lorsqu’elle est repérée à New York. La visite d’atelier se transforme en une exploration du microcosme international dans lequel elle conçoit ses œuvres monumentales. L’auteur livre un portrait tendre et malicieux de cette artiste qu’il connaît depuis l’enfance : de la campagne vaudoise aux quatre coins de la planète, la création artistique est-elle devenue hors-sol ?
collection Portraits format 13,5 x 20 cm, 96 p., broché isbn 978-2-88964-094-2 prix CHF 18.50 / € 14.50
« Les artistes ne sont pas forcément des rêveurs solitaires, marginaux et désorganisés. Faire de l’art, c’est aussi savoir gérer une équipe, diriger une entreprise et soigner sa communication. »
mot-clés atelier, entreprenariat, sculpture, écologie livres connexes Anselm : Le Bruit du temps, film
© Olivier Christinat
BLAISE HOFMANN
Né à Morges en 1978, Blaise Hofmann est l’auteur d’une quinzaine de romans et récits. Il reçoit en 2008 pour Estive le Prix Nicolas Bouvier au festival des Étonnants voyageurs de Saint-Malo et le Prix de littérature du Canton de Vaud en 2023. Chroniqueur pour divers médias suisses romands, il écrit aussi régulièrement des pièces de théâtre et des livres jeunesse, dont Les Mystères du Léman (La Joie de Lire, 2024). En 2023, il publie aux éditions Zoé Faire paysan, sorti en poche en 2024.
de Wim Wenders, 2023 ; Aram Kebabdjian, Les Désœuvrés, Seuil, 2015 ; Basquiat, film de Julian Schnabel, 1996.
La politique continuée par la littérature Comment la littérature peut-elle participer à l’effort politique sans se renier comme littérature, sans se subordonner à la cause ? Comment peut-on faire politiquement de la littérature ? Á quoi ressemblerait une politique de la littérature ? Nous ne créons pas les éditions Cause perdue parce que nous avons la réponse mais pour faire vivre ces questions. Car à ces questions il n’est de réponse qu’au cas par cas, livre après livre, dans le vif du texte.
Je ne suis pas une libellule Gwenaël David
Les éditions Cause perdue sont un collectif constitué de Stéphanie Vincent, Elsa Personnaz, Gaëlle Bantegnie, François Bégaudeau, Gwénaël David, Antoine Derouallière, Julien Ollivier Bénédicte Thiébaut, Xavier Tresvaux. contact@editionscauseperdue.fr Stéphanie Vincent 06 74 33 21 79 - Elsa Personnaz 06 81 98 16 07 Lancement en avril 2025 - Inscrivez-vous sur www.editionscauseperdue.fr pour suivre nos actualités.
Les naturalistes sont aussi mal connus que les libellules. Ce livre nous invite à les suivre dans la boue et les zones délaissées à la recherche d’individus aux noms étranges, là où se jouent les luttes contre la prédation marchande et les projets d’aménagement inutiles. Au gré des récits de prospections se dessine aussi en creux une forme singulière d’engagement politique, loin des discours mais au plus près des contradictions.
Résumé argumenté
Le narrateur, naturaliste passionné de libellules, arpente milieux et habitats depuis vingt ans. Au gré de ses visites, il observe ces formidables insectes pourtant si mal connus, collecte leurs exuvies, renseigne, sensibilise, informe, contribue et défend. Ces circulations en zones humides, ces rencontres, ces plaisirs et ces déboires, ces usages et ces confrontations disent aussi de la marche du monde. Depuis le récit d’une quinzaine de prospections de terrain, l’auteur témoigne d’une pratique naturaliste, en précise la matière, les contextes, les enjeux, mais aussi ses doutes et ses dépits. Depuis le réel de ces vécus, il saisit un univers complexe où coexistent des environnements naturels, économiques, administratifs, et raconte les rapports de forces qui les sous-tendent. Ce texte est aussi une proposition littéraire, où s’opère une jonction égalitaire de l’homme, du naturaliste, du militant, des noms des choses et des êtres, des sens, du vital et des vivants. Il raconte enfin la nécessité pour le naturaliste/militant de se regarder dans la déroute, pour en revenir au corps et à l’autre, au sensible et à la joie comme réponse au morbide de la destruction, comme danse à la farce du pouvoir. Gwenaël David a jusque là distillé son approche discrètement subversive de l’écologie dans des récits jeunesse. Pour Cause perdue il se met en jeu par les voies du récit subjectif et littéraire, pour faire entendre la dimension politique dans l’appréhension même des libellules, de la pratique naturaliste, des luttes écologistes et du monde que nous habitons.
ISBN : 978-2-487871-02-1 Format : 13x19 cm 80 p. Prix : 12 € Parution : 20/08/2025
………… Gwenaël David nait en décembre 1971, grandit à Madagascar puis au Congo-Brazzaville. Le bac en poche il rejoint la fac des sciences de Nantes, préfère jouer de la basse dans le groupe de punk-rock Zabriskie Point. Entomologiste pratiquant, il fréquente et étudie papillons et surtout libellules en Martinique, à Lyon, dans le Jura puis à Marseille désormais. Chez Hélium, il publie les albums Chroniques de la Pampa (2012), Mille méduses (2017) et Le Chien cornet (2018) ainsi que les romans jeunesse L’incroyable destin de Quentin Libellule (2013) et Kid au 1er Sommet des Animaux (2020). Toujours chez Hélium, il publie également quatre tomes des fictions documentaires jeunesse de Sur les traces (2022-2024), collection conçue avec les scientifiques auteurs des livres de Mondes sauvages d’Actes Sud. Membre du Collectif Othon, il participe aux deux ouvrages publiés chez Divergences, À Arles (2023) et À Brest (2025). Enfin, il contribue au podcast jeunesse Bestioles (France Inter/ Muséum national d’Histoire naturelle), avec une vingtaine d’histoires à ce jour.
Extraits choisis
De l’eau s’écoule en perles puis en gouttes de mon corps. Fin août est toujours chaud dans le Rhône. Dépassé la zone de loisirs du Grand Parc de Miribel-Jonage, sorti du nuage de fumée des barbecuemerguez qui enveloppe la grande pelouse, l’une des rares surfaces périphériques qui permettent aux excentrés des immeubles d’être à l’air et dans l’espace, je continue vers moins fréquenté. Le sentier se démultiplie rapidement puis irradie en sentes tracées par les fréquentations. Telle file vers les gravières où pêchent et bronzent les humains, avec ou sans slip. Telle autre fond dans le bois et accueille les rencontres homosexuelles mâles. Telle enfin dessinée par les empreintes des pneus de VTT ou les pattes des chiens. Je sais où je vais j’ai mon circuit en tête. Ce n’est pas toujours le même, cela dépend de l’époque de l’année, en fonction des espèces présentes, de mes suivis en cours ou même de la météo. Ainsi Vent fort me rabat dans les prairies abritées contiguës aux plans d’eau, Chaleur extrême en ripisylve, et je m’oriente alors vers la recherche d’exuvies d’espèces d’eaux courantes. J’essaie de ne rater aucun des flux sahariens qui transportent du sable, salissent les voitures et poussent au cul des grands migrateurs, Anax ephippiger en tête. C’est cette libellule subsaharienne que je cherche aujourd’hui puisque le sirocco a soufflé son haleine jusqu’ici. Je file aux gravières de peu de profondeur car je connais son appétence pour ces milieux. En chemin je croise le Rizan, ruisseau phréatique qui héberge une très belle population de Calopteryx haemorrhoidalis, espèce méditerranéenne en progression vers le nord. Approchant doucement de la berge pour observer et lister libellules et demoiselles je fais peu de bruit. Filet en main je m’arrête, les pieds dans le massif de cresson de fontaine où leurs incessantes disputes accaparent mon attention. Suivant des yeux le vol furieux de l’une d’elles je remarque la présence d’un homme sur la berge opposée, dans un secteur moins végétalisé. À 20 mètres de moi il ne m’a pas encore vu. Il porte un gilet camouflage sans chasuble fluo et se tient au bord de l’eau fusil cassé en main gauche. Il chasse lui aussi. Ses yeux balaient la végétation et se posent sur moi. Il n’exprime pas grand-chose à ma découverte mais s’attarde. Je ne le lâche pas non
plus et tous deux restons là en chiens d’arrêt. Poli garçon je lutte pour ne pas le saluer. Le vent chaud et sec redouble en rafales, levant tourbillons de poussière dans son dos sur le sentier de la berge. L’immobilité dure et un mâle de Calopteryx se pose sur mon filet, affirmant son territoire. Aucun faisan même issu d’un lâcher de la veille ne se perche sur son arme. L’eau s’écoule entre hélophytes et plages sédimentaires, entre nous deux. Il ne bouge pas moi non plus. Il chasse sans chien, ou bien fait partie de la bande de crevards en battues qui règnent ici et font mine de gérer le sanglier, autorisés à tirer toute l’année. En 2023, époque favorable pour les bienheureux chasseurs, je les croiserai encore, plus présents même si moins nombreux. Je suis pris dans une battue, séquence où un sanglier sans grâce fuit devant la meute de chiens épuisés, équipés de colliers à antennes hautes de 50 centimètres tandis que rugissent les moteurs des 4x4 qui vrombissent dans la circulation sur la départementale attenante, les yeux des chasseurs embarqués rivés sur l’écran qui suit la chasse en GPS : des chiens connectés trackés en talkies, ondes intégrées dans la fabuleuse voûte. L’un des chiens, exténué, nous suivra jusqu’à la voiture, nous quémandant une place dans le véhicule pour s’arracher à cette laideur. Au bord de l’eau, mon chasseur et moi ne bougeons toujours pas, tandis que tout palpite autour. Je ne suis pas en colère je ne veux pas finir dans la vase du cinquième cercle des enfers. Sous le coup de l’ennui, mon cerveau mouline et tente de s’occuper. Je pense au Styx qui se substitue au ruisseau. Je suis du côté du terrestre et le chasseur de celui de l’Enfer avec sa pétoire et sa sexualité morbide. Ça me fait ricaner à l’intérieur mais voilà, ça y est, j’ai perdu, car le cours d’eau H2O et ses milliards de cellules avec ou sans noyau s’estompent au profit d’autres ondes, cérébrales. J’ai lâché ma matière pour des images, les vies pour du sens, j’ai recouvert l’eau d’un drap intellectuel, d’un récit j’ai quitté les mondes pour le mien exclusif. Le chasseur se replie sur le sentier de la berge puis disparaît. Je n’ai pas bougé mais je suis le perdant, il me faudra un gros quart d’heure pour me reconvoquer, pour m’oublier, quitter ma tête par les yeux et revenir au ruisseau.
Le prof force de vente ne voit pas exactement la même chose que l’ouvrier. L’ingénieur du Grand Lyon ne voit pas la même chose que la juriste. Matérialistes, mes visions sont chargées de politique. La queue d’étang, milieu semi-temporaire qui s’assèche à l’été, est aussi un enjeu politique majeur puisque rapport de forces entre l’instable vital et la stabilité productiviste aquacole. C’est une ZAD de quelques mètres carrés. Un juriste de profession y verrait autre chose, autre pays, autre cas. Que voit un juriste entomologiste dans cette queue d’étang ? Que voit une paysanne dans cette bouillasse vitale ? Que voit un odonatologue togolais dans une tourbière bombée ? Que voit une plongeuse subaquatique dans une gravière en évolution ? Que voit un castor depuis son ouvrage ? Que pense le ru lorsque je tamise ses sédiments à la recherche de larves de Cordulegaster bidentata ? *** La campagne se transforme à grande vitesse, loin des métropoles. Tout est en place, la FNSEA joue bien, la chasse est en open bar depuis des années, la colonisation du rural vit un nouvel épisode industriel. Le rural provincial est désormais rappelé territoire par l’État. Les territoires, puisqu’il y a la diversité. Il y eut les Territoires d’Afrique occidentale française, les Territoires d’outre-mer, toutes terres colonisées comme existent ailleurs les Territoires occupés. Cette reprise sémantique est d’une transparence admirable si ramenée à sa teneur géopolitique. À la première définition du Larousse, qui écrase évidemment l’infinie richesse ambiguë de ce mot, je préfère la seconde : étendue dont un individu ou une famille d’animaux se réserve l’usage. Ainsi grandes entreprises BTP et autres groupes multinationaux, fédérations agricoles, chambres diverses et start-ups lâchées sur l’énergie décuplent leur emprise sur les terres nationales et remembrent de nouveau, s’appropriant toute terre, toute eau, tout air au service de leurs intérêts dans une chaîne de corruptions et de relais. Sans surprise, la criminalisation des militants s’inscrit dans ce programme. Grandi en Afrique postcoloniale, ayant vécu en Martinique, à Nantes et à Bordeaux, je
reconnais la grammaire ici à l’œuvre. (Ré)appropriation n’est déjà plus valide, trop policé. Accaparement ne dit pas tout. *** Je patauge dans le ruisseau de la Mouche. La section que j’affectionne, située à proximité des premières torches de la vallée de la Chimie et à deux doigts du pays de Seveso 2, serpente à l’air libre sur quelques centaines de mètres, sous la haie d’honneur des renouées du Japon. C’est un flux si rebutant qu’il a réussi à se faire oublier durant quelques décennies. Une dalle de béton s’est effondrée sous la surface, trouée et fendue sur la nappe, saupoudrée ensuite de sédiments et d’herbiers de myosotis aquatiques. Un seuil de presque deux mètres le conduit au marécage où les troncs des arbres morts gisent droits dans la flotte, entre les grillages de l’entreprise de je ne sais pas quoi qui agite ses camions à tout instant et le sous-bois vicié qui sépare le ruisseau des bâtiments tertiaires de l’autre rive. C’est un don du castor qui s’est installé dans ce cloaque et à force de barrages et de dérivations a façonné ce pays extraordinaire, bourgeon en terre déchue. Il faut en vouloir pour y aller et j’adore cet endroit. Mes pas concentrés font crisser les déchets de petit matériel médical, résidus encroûtés d’une industrie qui usinait ici, jadis. J’ai évité les trous cachés de la dalle en amont, j’éviterai les vases piégeuses aux abords des troncs morts, là où je collecte les exuvies de Libellula fulva qui de fauve a bien plus que la teinte. Je trouverai aussi, agrippée aux rejets buissonnants d’un aulne glutineux, la dépouille larvaire d’Aeshna isoceles pourtant réputée dans la littérature pour son exigence écologique. Un tesson de bouteille manque de me percer la botte à la réception d’un saut pour éviter un suintement gras. C’est beau, c’est dégueulasse, c’est impur, c’est riche, c’est scandaleux, ça résiste, ça fait des bras d’honneur, ça vit. *** J’ai de l’eau jusqu’aux genoux fléchis et les bottes remplies du Rhône qui longe la Tête d’Or de Lyon. Le cul baissé au ras de l’eau
pour photographier l’émergence d’un Stylurus flavipes à fleur de surface, sur un typha, je reste immobile. La larve aquatique devient libellule en quarante minutes tandis que fusent les hors-bords, les skieurs nautiques et les jets sur le fleuve. Chaque passage provoque vagues qui me trempent les fesses, noient et emportent au ressac des dizaines d’autres individus alors en émergence sur les langues de sable de la berge, à deux mètres de là. Je photographie un miracle sur un fond dramatique. *** Je ne suis pas une libellule qui se défend. Sans doute aimerais-je puisque le slogan est si beau mais ça n’est pas le cas. Le tatoueur qui me fit le dos regrettait de ne pas avoir su à l’avance que j’allais le couvrir. Le sachant il en aurait usé autrement, aurait proposé tableau plus artistique sur ma peau. Mais loin de cela je ne souhaitais pas accueillir ce vivant mais le vivre, ni représenter cette énergie mais l’être. M’augmenter pariétal. Inscrire mon corps dans la vitalité des recompositions. Je ne suis pas Mr Libellule, je ne suis pas une libellule j’en suis la possibilité. J’en ai le matériel va, va à l’étrange à ce qui t’échappe t’es pas là pour comprendre fais pas ton expert, les libellules s’en fichent va, à ce qui te trouble soluble va, tu sers à rien depuis quand t’es là pour servir va, il y a déjà du monde dans l’eau au milieu des potamots et des renouées, j’avance filet en main. Il me semble apercevoir Aeshna cyanea qui patrouille sur l’herbier inondé. La grande libellule est bien identifiable mais le reflet argenté de cette fin d’été sur le marais de tourbe trouble la vision. Il pourrait s’agir d’un mâle d’une autre espèce. Je bande mes muscles jusqu’ici au repos et alerte mon filet. L’aeschne passe, repasse, puis le coup part qui la rate. Le mâle, qui n’a pas fui à cette tentative d’enlèvement, revient puis se stabilise à un mètre de moi, à hauteur d’yeux. Vibrant dans l’air d’un vol stationnaire impeccable, la libellule insiste, ses facettes vers mes globes d’humain.
SUMMER Philippe Testa
PRÉSENTATION Basé sur une narration alternant plans centrés sur l’un ou l’autre des deux personnages principaux, SUMMER est le roman de la rencontre et de la relation entre une vendeuse en cosmétiques insatisfaite et un producteur de cinéma empêtré dans des relations qui le dépassent. Si les deux personnages ont en commun une sensibilité à fleur de peau, ils sont aussi en quête du sens à donner à leur existence dans un monde régi par un besoin obsessionnel de se divertir.
En librairie septembre 2025 Format :14 x 21 cm Pages: 160 p. Reliure :broché, collé rayon : littérature, Prix: 18 CHF.- / 16 € ISBN 978-2-8290-0714-9
AUTEUR Né en 1966, Philippe Testa vit et travaille à Lausanne. Il est l’auteur de plusieurs romans explorant les désenchantements contemporains, dont Sonny, lauréat du prix du Roman des Romands en 2010-2011. L’Obscur (Hélice Hélas, 2020) a été réédité en Folio SF en 2022. Il a publié Pouvoir aux éditions d'en bas en 2022. En parallèle à sa carrière d’écrivain, il enseigne dans un collège lausannois.
DIFFUSION ET DISTRIBUTION SUISSE Éditions d’en bas Rue des Côtes-de-Montbenon 30 1003 Lausanne 021 323 39 18 contact@enbas.ch / www.enbas.net
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5.
Ça faisait une semaine que les chaînes locales parlaient de ce couple de quinquagénaires assassinés dans leur villa d’Encino. Un voisin qui s’étonnait de ne plus les voir alors que leur voiture était parquée dans l’allée avait alerté la police. Les officiers dépêchés sur place avaient retrouvé les époux dans leur salon, entièrement nus et tout à fait morts. La femme avait été étranglée, le mari assommé puis égorgé à l’aide d’un couteau de cuisine. Le meurtrier avait ensuite utilisé la lame pour entailler la peau et dessiner des symboles sur les jambes et le torse de ses victimes. Il avait été établi que le couple n’avait pas été déshabillé post-mortem, ce qui soulevait toute une série de questions et encourageait les suppositions les plus sordides : le couple s’était-il livré à des jeux sexuels en compagnie du tueur ? S’agissait-il de pratiques sado-masochistes ayant dégénéré ou même d’une sorte de sacrifice rituel ? Ce soir pourtant, il y avait du nouveau : un homme revendiquait le double meurtre et avait été placé en détention provisoire. Il s’agissait d’un certain Ray Magnotta, un aspirant comédien qui après quelques essais peu concluants avait trouvé le moyen de faire valoir ses talents d’acteur dans le porno. Il avait en outre déjà été arrêté pour trafic de marijuana et racolage sur la voie publique. Les photos diffusées par les médias rappelaient Kim Fowley. C’est en tout cas ce que Saul se dit. Quand il avait rencontré Fowley la première fois, il ne savait pas qui c’était. Son père l’avait traîné à cette soirée peu de temps après le divorce. Quel âge avait-il ? Onze, douze 41
ans peut-être. Son père l’avait laissé dans un coin, avec un verre de jus de fruit et la consigne de l’attendre un moment. Et cet homme comme étiré dans sa maigreur, son regard bleu acier attiré par chaque jeune fille de moins de vingt ans qui passait à sa portée, avait commencé à parler à l’une d’elle sans même remarquer Saul : elle voulait devenir quelqu’un, il le sentait. Il connaissait un groupe qui cherchait une bassiste. Elle pourrait faire l’affaire. Mais elle était trop enveloppée. Elle devait changer ça, sinon aucune chance. Pour réussir, il fallait être mince, elle pouvait le croire sur parole. La fille paraissait excitée et apeurée à la fois. Saul se souvenait parfaitement de ses immenses yeux naïfs et émerveillés qui n’arrivaient pas à se décrocher de ce type. Saul avait recroisé Fowley à plusieurs reprises au cours des années, dans des soirées, des clubs et des boîtes de nuit, avec parfois des restes de maquillage sur le visage qui faisaient ressortir l’ossature de son visage décavé. Entre-temps, Saul avait appris de qui il s’agissait. Et il avait pu mieux cerner le personnage : spécialiste dans l’art de prendre le contrôle des conversations, mais surtout très à l’aise pour intimider ses interlocuteurs. Plusieurs fois, Saul l’avait entendu asséner avec un aplomb incroyable des phrases comme : « je sais tout de toi, chérie, qui tu es, d’où tu viens, ce que tu veux », ou « sans moi, tu n’arriveras à rien. » Magnotta ressemblait à Fowley : même air provocateur et regard torve, même beauté réelle, nocive et sauvage. Ce garçon défiait la terre entière. Il fixait l’objectif avec un air de profond dédain et une grande assurance. Si effectivement il avait été engagé pour pimenter la vie sexuelle du couple, Saul devinait ce qui s’était passé dans la tête de Magnotta. Il avait vu le couple comme un moyen d’accéder à la célébrité. Assassiner pour obtenir ce statut tellement désiré. Le regard du jeune homme disait clairement qu’il n’avait aucun respect pour personne, mais au contraire une très haute opinion de lui-même et une foi inébranlable dans l’exceptionnalité de son destin. À ses yeux, les 42
autres humaines ne comptaient pas. Ils ne l’intéressaient que s’ils pouvaient lui apporter quelque chose. Quelle importance d’éliminer des créatures jetables ? Surtout si cet acte permettait d’éprouver un bref accès de toute-puissance. Car prendre la vie de quelqu’un devait donner l’impression d’être l’égal d’un dieu, le temps d’une seconde éblouissante. Combien de types couraient les rues, prêts à tout, y compris à tuer, pour se faire remarquer ? C’était un moyen comme un autre d’obtenir une reconnaissance, d’émerger de cet océan sans fin de l’invisibilité qui pouvait être insupportable pour certains. Exister médiatiquement pour donner du sens aux jours passés ici-bas. Les fantasmes mégalomaniaques, l’autoglorification égotique étaient encouragés par des médias toujours avides d’histoires et de destins à promouvoir, plates-formes sur mesure pour les individus en mal d’être. Presse et télévision faisaient miroiter une célébrité instantanée et exacerbaient ce besoin qu’avaient certains de se distinguer par une personnalité malheureusement plus rêvée que réelle. Bien sûr, il ne suffisait pas de tuer, encore fallait-il que le meurtre sorte de l’ordinaire, par la qualité ou la quantité. Il devait être violent, reflet en négatif des vies confortables et aseptisées, de ce bien-être commercialisé qui était devenu la norme. Avaient-ils le pressentiment de ce qu’ils étaient réellement, des épouvantails qui faisaient peur à la populace, qui rappelaient à celle-ci une violence impossible à éradiquer, infâme et si troublante ? Ogres, croque-mitaines, à la fois bourreaux et victimes expiatoires d’une société qui n’assumait pas ses passions et qui avait besoin de haïr ce qu’elle aimait en secret. Monstres de chair appelés à se putréfier après avoir assassiné, conviant la fin et la douleur de corps prêts à disparaître, dévisagés par des spectres qui les suivraient dans la tombe.
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Empire
Élodie Issartel Quand le jeu vidéo est si proche de la réalité qu’on ne sait plus vraiment distinguer le vrai du faux, et qu’on croit risquer sa vie à chaque instant.
graphisme : Maxime Sudol 394 pages 140 mm x 205 mm 24€ broché - collé - rabats ISBN : 979-10-93160-62-7 parution 17 août 2025
Éditions Vanloo www.editionsvanloo.fr diffusion/distribution : Serendip
Wanda vit dans les jeux puisqu’elle les teste. À force elle ne sait plus ce qui est vrai de ce qui est faux. Elle plonge dans des maps, dont l’univers est souvent inspiré de films ou de séries. Mais aussi de la réalité : des émeutes urbaines où elle manque de se faire tuer. Dans la map il ne se passe rien, puisque tout est pixels, il se passe tout, puisqu’on est dedans, jusqu’au bord du réel. Les chapitres alternent avec un autre récit, celui d’une autre Wanda : Empire. Ce double suit sa quête, de map en map, qu’elle quitte quand elle le désire pour aller vers un monde, sans doute réel, qu’on ne voit jamais. Elles se croisent. Il y aurait deux Wanda. L’une enviant l’autre. L’une précédant l’autre dans la fiction ou dans la vie réelle. Et chaque femme du livre pourrait être un double de Wanda, comme si le récit se démultipliait et la fiction, son ivresse suprême. Tout l’enjeu du roman est cette mise à l’épreuve de la machine fictionnelle : on est dans l’histoire d’un personnage, lui-même constamment soumis à l’action romanesque. La relation est double, entre un personnage qui se raconte à la première personne et ses possibles narratifs racontés à la troisième personne (Empire). Le travail de l’écrivain est mis à nu, cette façon de repartir, à chaque map, du début de l’histoire, c’est, ni plus ni moins, « cent fois remettre son ouvrage sur le métier ». Tel un Don Quichotte moderne, l’écrivain se confronte au réel, il en donne l’illusion et le goût, tout en construisant un univers fictif : la réalité physique échappe toujours, le pixel en tient lieu, jusqu’au vieillissement et à la mort. Reste la fiction.
revue de presse à propos de Out of the blue Le roman d’Élodie Issartel (son troisième) est écrit dans une langue véloce, économe, qui sert le portrait vibrant, frénétique de son personnage à fleur de peau, fragile, plein de contradictions et de paradoxes. Une « fille à la manque »pas sûre de ses attraits dans un monde d’apparences en flux constants, qui remâche ses déceptions et dont « l’éclat des yeux sont deux haches qui s’abattent partout où elles le peuvent ». Comme si une implosion permanente menaçait. Ou un désir très fort de vie. Guillaume Contré, le Matricule des anges, octobre 2021, n°227 Élodie Issartel vit et travaille à Paris. Elle a écrit dans des revues (Travioles, N/Z, La Revue littéraire), pour le cinéma et sur le cinéma (Godard, Pialat). Sa pièce de théâtre Une pièce sombre a été mise en voix au Carreau du Temple en 2019 par Marie-Bénédicte Cazeneuve et Xavier Deranlot, puis à la SACD en décembre 2024. Sa trilogie théâtrale, Trois pièces, dont le premier volet a été publié par AOC en 2019, est parue aux Éditions Vanloo en 2024. Elle est l’auteure des romans Festino ! Festino ! aux Editions Léo Scheer, Les Acouphènes au Nouvel Attila et d’Out of the blue aux Editions Vanloo qui clôt le cycle des adolescences inquiètes. Son quatrième roman, EMPIRE sortira à la rentrée 2025 aux éditions Vanloo. Parallèlement, Élodie Issartel collabore avec des artistes et a une pratique régulière du dessin. Ses dessins, qui incluent souvent le geste d’écriture et les mots, sont un pendant à son travail d’auteure. Certains ont été exposés, et d’autres figureront dans son prochain roman.
Extraits Extrait 1 : Au début, on m’a envoyée dans ce décor où les gens n’ont pas la même démarche, la même odeur, le même regard. Sans un regard pour toi ils marchent droit devant sans se préoccuper où ils mettent les pieds et les trottoirs sont impeccablement gris. Boulevard Suchet on n’a pas à enjamber ce qu’il y a à enjamber, les crottes, les corps, l’eau noirâtre, les feuilles imbibées et glissantes, tout est lustré, rien ne volète, d’ailleurs le vent reste tranquille et les coiffures sont calmes, les chapeaux font partie des têtes. On se tient dans ce quartier des Maréchaux planté de grands arbres qui font plaisir à voir et il faut les toucher pour y croire, en bois véritable très bien fait, c’est le charme d’ici. Ça respire tranquillement, l’intensité des pas est réduite, le sol absorbe, les regards scrutent, la vie circule à minima. L’automne ici ne sanglote pas, les voitures coulissent discrètement et l’environnement fait attention à sa syntaxe. On enchaîne avec fluidité d’un lieu à un autre, c’est agréable. Mais pour cette entrée en matière, il manque du son, j’ignore quelle ambiance sonore il faudrait, peut-être quelque chose de discret qui s’échappe au moment où on le perçoit, un soupir élégant et empressé qui dirait le bien-être. Pas forcément quelque chose de classique mais le rappel discret d’une matière noble comme un froissement. C’est une proposition. Donc. Ici les gens sont plus beaux, plus grands et leur peau scintille. Un éclat intérieur les illumine, et j’ai l’impression d’être en terre quand je les croise. J’allais écrire « quand je les frôle » mais ici se frôler est impensable, les vastes trottoirs ne le permettent pas. Pas de contact, même visuel. J’ai le badge, l’invitation, le code d’accès à la citadelle. C’est mon premier terrain, ma première carte, je suis concentrée. Je ne suis jamais venue ici. L’immeuble Walter impose les années trente, il est Art Déco, on n’a pas lésiné sur la qualité des matériaux, la rectitude de la forme, le raffinement des détails, la majesté des volumes, j’entre dans le luxe, mon regard balaie de gauche à droite et de haut en bas, je suis là pour voir si ça fonctionne. Et ça fonctionne. Le hall est vaste, il est en béton, l’escalier est couvert d’un tapis rouge, il y a du doré avec parcimonie, c’est élégant et gigantesque, un miroir au mur, du sol au plafond comme dans les magasins de vêtements pour se rectifier avant de sortir, avant d’entrer. Mes cheveux sont propres, ma robe est noire, mon maquillage léger, je ne suis pas dorée, je suis pâle et je me souris, les dents ça va encore, les seins je n’en ai pas, je ne suis plus une jeunesse, je ne suis plus une beauté. On m’a confié un lieu facile à vérifier, je viens voir si ça marche, si on y croit, si le design et l’atmosphère sont à la hauteur des clients riches et exigeants. page 11 Extrait 2 : Enfin une clairière, ou un champ, elle ne reconnaissait pas la plante dans la nuit, de la luzerne ou du lin, elle prononça le nom des deux plantes mais elles ne répondirent pas. Les tiges lui arrivaient aux genoux, le champ n’avait pas encore été fait. Pas de ferme à l’horizon, aucune de ces petites lumières jaunes et rassurantes des contes. Pas de bâtisse, ni clôture, ni haie, le champ était à perte de vue et elle allait s’y perdre. Les loups l’avaient abandonnée alors elle chercha les sons de la circulation, essaya de détecter des bruits de voiture, d’accélération et les odeurs d’essence. Mais le silence était si com-
plet qu’elle se surprit à désirer le drone qui lui donnerait sa position après l’avoir interpelée. Elle en eut honte et elle se dépêcha de rejoindre le chemin qui au fond faisait une ligne pâle. Il était en terre sèche et crissait joliment sous les semelles. Elle pensa aux sablés qu’elle avait dans son sac, et en mangea quelques-uns. Elle but aussi. Et ensuite elle s’ennuya pendant des heures sur ce chemin morne sans arbre, sans bruit, sans aspérités, sans rien qui puisse la sortir de ses pensées assombries au fur et à mesure qu’elle traversait la nuit qu’elle aurait dû trouver belle avec sa lune pleine et sa tranquillité. Elle voulait courir, se mettre à quatre pattes mais elle n’osait pas. Elle craignait d’enfreindre une loi mystérieuse et puissante, et s’abandonnait à la crainte magique d’être transformée en quelque chose de terrible si elle transgressait. En louve par exemple. Ce qui aurait été terrible. Les loups étaient peu, et chassés où qu’ils aillent. Ils avaient toujours faim. Comment le savait-elle ? Elle le savait, c’est tout. Au bout du chemin, une lueur. Le soleil se lève, se dit-elle. Elle avait donc marché toute la nuit sans se préoccuper de sa blessure, ni des yeux, qui certainement embusqués dans les herbes hautes, la surveillaient. Elle ne pouvait s’empêcher de se croire accompagnée, suivie, observée, elle avait passé la nuit à tenter de se départir de cette certitude, sans succès. On la suivait, on la surveillait et on était prêt à surgir au moindre danger. Elle ne pouvait être seule, la solitude n’existait pas, c’était une sensation sans fondement. Elle avait éteint son téléphone pour ne pas être localisée, et il lui suffisait de le rallumer pour être reliée à la communauté humaine. Elle le sortit de son sac par bravade, il était déchargé, Une bonne chose de faite, pensa-t-elle. Elle en fut inquiète, mais la solitude était désormais impossible sur cette terre puisqu’on la regardait de l’espace, les satellites veillaient sur elle, la surveillaient, l’informaient, l’identifiaient. La fatigue et la peur fabriquaient cette conviction rassurante. On la tirerait de là si ça tournait mal, on ne serait pas cruel à ce point. Elle tentait de se réconcilier avec l’humanité. Elle ne savait pas au juste vers quoi elle allait. À part les loups. Elle n’avait quand même pas sauté du train pour revenir si vite à la civilisation, et elle avait sauté parce que la meute l’avait appelée. Elle n’avait pas rêvé. Pour faire dévier ses idées, elle rassembla son savoir sur les loups et s’aperçut qu’elle ne savait pas grand-chose. Il en existait deux types, le roux et le gris plus massif, plus effrayant, ceux avec lesquels elle avait couru. Il y en avait un millier en France et on voulait réduire la population sous la pression des éleveurs. Cette campagne n’était pas un coin à loup, elle n’avait jamais entendu dire qu’on avait aperçu ces prédateurs en région parisienne, même pendant le confinement. Des renards oui, mais pas des loups. Elle s’immobilisa. Elle ne les avait quand même pas confondus avec des renards ? Non, c’était des loups, costauds, avec leur dégaine reconnaissable de mauvais garçons, elle repoussa cette image midinette loin de la sauvagerie à laquelle elle aspirait. Lorsqu’elle arriva au bout du chemin, elle découvrit que la lueur n’était pas celle de l’aube mais celle d’une ville couchée dans la vallée. C’était beau ces scintillements qui s’étalaient sous elle. C’était vaste, une grande ville, laquelle elle ne savait pas. Elle calculait le temps passé dans le train vers le sud, la marche dans la forêt, mais était-elle allée vers le sud ? impossible d’en être certaine, elle avait marché sans se soucier de la direction. Le chemin qu’elle avait pris n’allait pas vers l’est puisque la lueur n’était pas le soleil. Il restait quelques étoiles dans le ciel qui s’éclaircissait, impossible d’affirmer que ce point lumineux était l’étoile du berger ou un satellite. Elle avait repéré la casserole de la Grande Ours mais qu’est-ce que ça signifiait, mystère, puisqu’en un clic on a le ciel sur un plateau, le GPS avec les GR qui clignotent, et une voix sûre d’elle qui vous guide. Et dire qu’elle avait voulu quitter tout ça. Elle courut vers la ville où elle pourrait reprendre ses esprits, soigner sa blessure et recharger la précieuse machine. Si un loup ne venait pas la sauver de ce désastre, elle rejoindrait ses semblables. Elle avait cru être appelée par une force mystérieuse et détenir un savoir particulier, mais ce n’était rien qu’un dégoût (momentané) de l’humanité et la capacité de courir à quatre pattes. Elle courait sur ses deux jambes vers les lumières pour se laver de sa honte, oublier cette nuit pathétique et elle se promit de n’en parler à personne.
Soudain une force la poussa en avant. Elle courait à quatre pattes. Les graviers du chemin lui entaillaient les paumes mais la sensation puissante de s’être rapprochée du sol était plus forte que la douleur. Dans le matin qui pointait et la poussière soulevée par des dizaines de pattes, elle se fit dépasser par la meute. Le chef se retourna et elle imagina qu’il lui avait fait un clin d’œil, elle était la favorite, soulevée par un émoi proche de l’amour. Elle courait à quatre pattes avec les loups, elle était une louve, le plus beau jour de son existence. Elle s’emballait, arriva à son niveau, dépassa le chef qui fit volte-face et la plaqua au sol, les pattes enfoncées dans sa poitrine la firent hurler. Alors il montra les dents, gronda et la mordit dans le gras de la taille avant d’aller rejoindre les autres qui l’attendaient à l’écart. La douleur était si intense qu’elle ne voyait plus le ciel et crut entendre les oiseaux chanter à son enterrement. Elle était incapable de se relever et n’osait pas regarder la blessure qui rougissait le calcaire du chemin. Elle avait mal et elle était en colère, en colère contre elle qui avait brisé la règle que le chef lui avait apprise, en colère contre lui et sa domination de mâle. C’était un animal, elle avait fait la maligne et elle allait crever sur ce chemin. Alors elle décida que rien de tout cela n’était réel et elle ferma les yeux. Elle voulut quitter, et elle quitta. Extrait 3 : Trop fasse to fast évacués du décor m’amuse en (pleine puissance à ce moment du récit) gorgée de win pour une fois ils vont dérouiller dans le secteur de mon timbre. Trois notes définitives pour démembrer leur bien-être ils s’emboîtent encore je les entends dans leur enclave au-dessus d’eux je les drone lâche tout ce que je peux lâcher
c’est du lourd je ne me terrai as. Solo de guitare (strident) nouvelle couche à ma jalousie justifiée écarlate je déclenche tout ce qu’il y a à déclencher double clic sur ce qui bouche à bouche pieds, mains, ventre même les cheveux. rien à battre pas de quartier
Extrait 4 : Autour de moi, les groupes sont compacts et les couples enlacés, une silhouette sur ma gauche se détache, tête capuchonnée de noir et épaules vaillantes, la tristesse assise sur le parapet alors je me décentre, emprunte le drone qui furète au-dessus des voies sur berge, regarde à quoi je ressemble en plongée, les cheveux roux, le rouge à lèvres, les chaussures rustiques, je me tourne autour, zoome sur ma peau, m’observe de dos et rectifie ma posture, je pose et tente d’obtenir de moi une image acceptable puis je reviens à mon niveau pour profiter de l’eau qui scintille au rythme des embarcations qui foncent, emportant les clameurs des passagers saluant ceux restés sur la rive. Dans le coin de mon œil la forme noire s’anime et se laisse glisser dans l’eau, personne ne remarque mais j’ai vu, doucement la capuche disparaît dans un bouillon à peine perceptible. Je guette le moment de la réapparition, le temps passe et rien ne se produit, les gens autour continuent à vivre alors que l’homme a été absorbé. J’hésite à donner l’alarme, regarde autour pour voir si d’autres ont vu, si les drones ont enregistré l’image, fait leur boulot pour une fois mais dans la lumière de carte postale les rires ponctuent les conversations ivres, et le drone est occupé en face à calmer un groupe qui a mis de la musique. J’hé-
site, cet homme a voulu disparaître, pourquoi l’en empêcherais-je ? Et n’est-ce pas trop tard alors que les minutes s’écoulent et que le corps ne réapparait pas ? Il devrait remonter à la surface et flotter mais il a sûrement mis des pierres dans ses chaussures et une enclume dans son sac. Être témoin de cela est une injustice. Je reste. La lumière décline et les rives se vident, les agents commencent à demander de déguerpir C’est l’heure, demain on travaille, un peu de sérieux, Allez madame, c’est fini maintenant, rentrez chez vous, on se tient tranquille, pensez au voisinage, les gens veulent dormir maintenant. Mais je ne vais pas dormir, après ça que faire d’autre que marcher pour oublier l’homme englouti, un puits sombre et plus rien. Me donner au premier venu, l’idée qui me vient, comme un hommage à la capuche qui s’est donnée la mort. Je file vers le sud, alors que déjà les patrouilles circulent pour garantir le silence aux dormeurs. Je les vois arriver, chaussures de marche et deux en treillis. Dans ce groupe une femme, ils s’approchent, mes papiers je les ai, ce n’est pas une période de couvre-feu et ce n’est pas écrit dans la loi de sourire aux gens qui contrôlent. Visages fermés, ils approchent et me bloquent, occupent tout le trottoir, je me décale mais le groupe se décale d’un seul tenant, une masse compacte comme une bête de forêt. Connectée à mes mouvements, elle réagit à la seconde à mes gestes alors j’allume discrètement l’oreillette dissimulée par mes cheveux, Tom ?
REF : MDE
par auror·404
▶ Collection������������������������������������ 39°5 ▶ Format (mm) ������������������������� 140*205 ▶ Nombre de pages ���������������� 220 ▶ Prix (€) ����������������������������������������� 15 ▶ ISBN ������������������������������������������������� 9782493534255 ▶ Parution ��������������������������������������� septembre 2025 ▶ Illustration �������������������������������� Rob Cœur Samaël retourne dans le bassin minier du Pasde-Calais vider la maison qui l’a vu grandir. Alors assailli par les souvenirs des violences intra familiales que ces murs ont étouffées, il tombe amoureux d’un chercheur renommé. Lorsque cet universitaire l’invite dans sa résidence secondaire, le lieu à priori paradisiaque se referme sur Samaël de toute sa lourdeur bourgeoise. Brassant les notions d’héritage, le récit questionne la difficulté de faire famille autrement. Samaël peut-il se défaire des dynamiques d’emprise qui irriguent sa nouvelle relation ? Peut-il s’enfuir de la maison d’enfance ? Maisons d’enfance est le premier roman de auror.404. Dans ce récit largement auto biographique, l’auteur explore la notion d’héritage familial en disséquant les stigmates matériels, historiques, symboliques que nos maisons d’en fances abritent. Mettant en regard deux person nages aux vécus radicalement opposés, mais qui tissent malgré tout une relation amoureuse com plexe. auror.404 nous offre un texte précis sur les violences de classe, ainsi que sur les traces phy siques et psychologiques que laissent les violences intrafamiliales vécues pendant l’enfance. Le personnage principal, Samaël, doit retour ner dans le bassin minier du Pas-de-Calais vider la maison qui l’a vu grandir. S’occuper de la quantité décourageante d’affaires accumulées par un père obsessionnel qui gardait tout, fait remonter les sou venirs des nombreuses violences intrafamiliales que ces murs ont étouffées. Nous sommes en 2012, et Samaël s’engage avec ses amies contre l’homophobie ambiante décuplée par les manifs contre la loi du mariage pour tous de Christiane Taubira. Dans ce contexte politique bouillant, iel rencontre sur une application de dating un chercheur universitaire issu d’un milieu bour geois, avec qui iel tisse rapidement un lien intime et intellectuel.
ROMAN
MAISONS D’ENFANCE (auror·404)
MAISONS D’ENFANCE
Illustration : Rob Cœur
Thèmes abordés : enfances, violences intra-familiales, rapports d’oppression de classe, survie économique, homophobie, vécus trans, validisme, histoire d’amour, amitiés, solidarités Ouvrages similaire : ▶ Triste Tigre, Neige Sinno, POL, 2023
▶ Deux ou trois choses dont je suis sûre, Dorothy Allison, Cambourakis, 2021 ▶ Les Orageuses, Marcia Burnier, Cambourakis, 2020 ▶ Le consentement, Vanessa Springora, Grasset, 2020 ▶ Politiser l’enfance, ouvrage collectif, dir. Vincent Romagny, Burn~Août, 2023
À propos de l’auteur : auror·404 a grandi dans le bassin minier du Pas-de-Calais avant d’aller, de colocs en colocs, à Lille, Montréal, Bruxelles puis Paris. En parallèle de ses études de Lettres Modernes, iel a travaillé dans des centres de loisirs, des théâtres, des associations féministes et a participé à diffé rents projets journalistiques militants. Iel développe une écriture fictionnelle depuis l’adolescence via des blogs et diverses participations à des fanzines. Cette écriture existe dans les creux d’activités sala riées et d’engagements bénévoles. Son premier roman gravite autour de l’intimité, des notions d’héri tage et de classe sociale. Actuellement, iel vit en Bretagne et intervient dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, la prévention des LGBTphobies et la réduction des risques et des dommages. Iel accompagne des collectifs artistiques dans leurs projets de médiation autour de ces thématiques. Iel pratique la pole-dance de manière intermittente et, avec ses ami·es, cherche un mécène qui pourrait leur céder une maison (cinq chambres minimum, idéalement vue mer) afin d’y accueillir des enfants de l’ASE. Maisons d’enfance est son premier roman. Éditions Burn~Août Diffusion/distribution : Paon-Serendip
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Éditions Burn~Août Diffusion/distribution : Paon-Serendip
REF : MDE ROMAN
Le personnage de Samaël nous permet de nous interroger sur ce que faire famille, et particulière ment dans les milieux queers, veut dire. À l’instar de cette relation amoureuse déséquilibrée, lea nar rateurice nourrit et valorise aussi ses amitiés et le lien avec son petit frère. Ainsi, d’autres solidarités se dessinent en négatif de cette histoire impossible, ouvrant sur un horizon d’émancipation et de sou tien puissant. Maisons d’enfance est écrit dans une langue simple et précise, qui donne l’impression d’être sous-tendue par l’urgence de faire trace, par la nécessité de pouvoir écrire sa version d’une his toire, comme un droit de réponse, un espace autoconstruit pour trouver une forme de justice. Cette histoire nous amène au cœur de l’intimité complexe et riche de ses personnages, ne simplifiant jamais leurs contradictions, soutenue par l’exigence poli tique de saisir les vies au-delà de ce qu’on croit déjà savoir d’elles. L’auteur nous laisse avec la véracité de ce constat : face aux violences que l’on subit, l’écri ture et le récit demeurent nos outils pour reprendre le pouvoir sur nos vécus. l’amour, en ce qui nous ras semble dans un monde qui nous disloque ?
Hot wings and tenders Marl Brun, 2023
ROSE2RAGE
Théophyle dcx, 2023
Pipi champagne
Maxime Vignaud, 2024
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MAISONS D’ENFANCE (auror·404)
Nous suivons Samaël qui, à travers cette ren contre amoureuse découvre les endroits qu’iels ont en commun et les fossés qui existent entre elleux. On les voit se débattre avec leurs héritages familiaux respectifs, iels se confrontent aux réali tés économiques, matérielles et symboliques que leurs histoires contiennent. Samaël est engagé·e dans le milieu associatif, iel milite et accompagne des enfants maltraité·es. Iel est en prise directe avec les conséquences psycho logiques et corporelles des violences faites aux enfants, et a ellui-même une connais sance intime de ces sujets. L’anthropologue lui, est issu d’une famille de la bourgeoisie intellec tuelle internationale, il évolue dans un entre-soi universitaire très codifié où les discriminations sociales sont des objets d’étude. À la fois atti ré·e et méfiant·e, Samaël se laisse aspiré·e par la fascination entêtante que provoque chez ellui l’interêt particulier que semble lui porter le cher cheur. Progressivement, iel devient le confident mais aussi l’expert de terrain dont le travail est la matière première de l’anthropologue. Pris dans cette relation de travail ambiguë, l’anthropologue invite Samaël dans sa maison de vacances des Cévennes qui regorge de caractère et de chaleureuses histoires de familles. La mai son des Cévennes est un accélérateur de particules estivales de bonnes nourritures et de spectacles enchanteurs. On sent qu’on peut s’y réinventer, qu’on peut devenir ce qu’on voudrait. C’est un lieu de loisir et de recherche informelle où le cher cheur invite son entourage amical et intellectuel. Ce cadre en apparence très agréable ne parvient pas à mettre Samaël à l’aise : iel se retrouve pro pulsé·e dans des standards bourgeois dont iel est très éloigné·e. Ces vacances viennent exercer des pressions douloureuses pour Samaël qui peine à trouver sa place dans ce contexte insidieusement excluant. Les murs de leurs maisons d’enfances respectives ne racontent pas les mêmes histoires et ne permettent pas de construire les mêmes pro jections dans la vie future. La maison d’enfance de Samaël est chargée des souffrances de ses occu pant·es, il n’y a pas d’histoires à embellir et c’est un lieu qui pèse à Samaël qui n’a jamais voulu y inviter personne. On suit Samaël qui navigue entre l’envie de faire corps avec le chercheur et l’énergie déployée pour trouver une place avec son entourage bourgeois. Cette énergie qu’iel lui offre se retourne inlassa blement contre ellui. Le rapport inégal entre elleux se perçoit par exemple dans le déroulé de leurs conversations : le chercheur garde la main, donne et reçoit ce qu’il souhaite et Samaël essaie de produire un langage intelligible pour lui. Samaël espère que l’attention et l’amour portée aux bles sures d’enfant qu’iels portent aujourd’hui per mettront de combler le fossé… Mais comment une confiance mutuelle peut-elle se construire entre elleux alors que leurs héritages respectifs sont si éloignés ? Samaël peut-iel se défaire des dyna miques d’emprise et de fascination qui irriguent insidieusement sa nouvelle relation ?
REF : MDE ROMAN
EXTRAIT 2 C’était rien. C’était simple à comprendre. Des millions de personnes dans ce monde vivaient sans chasse-d’eau, sans système automatique d’évacuation des eaux usées. Mais cette connasse avait des Éditions Burn~Août Diffusion/distribution : Paon-Serendip
rêves de princesse. Par provocation, elle avait foutu un tampax dans la cuvette des toilettes chimiques et maintenant ça avait tout bouché. Il suait à grosses gouttes à cause de cette incapable, secouant le WC en essayant d’en vider le contenu dans la bouche d’égout ouverte, sur le trottoir. Il était obligé de faire ça de nuit pour pas que les voisins préviennent la mairie. Ces demeurés étaient inaptes à comprendre qu’à grande échelle, le même procédé s’appliquait quand ils tiraient la chasse d’eau. Ils n’avaient pas conscience du gaspillage insensé des ressources vitales sur cette terre. Un conflit larvé s’ouvrait entre lui et sa femme. — Viens déboucher. — Non., — Putain tu vas venir ! — Non je peux pas soulever une charge pareil. — Alors viens foutre ta main dans le tube ! — Non, mon poignet est trop gros. Samaëlle était intervenue avant qu’ils ne commencent à se cogner. Elle venait d’avoir ses règles, elle ne savait pas, c’était elle, elle s’en occupait. La mère avait souligné ses propos : Tu vois, c’est cette petite pute ! Elle, tu ne l’aurais jamais accusée hein ? Comme le père ignorait si Samaëlle utilisait des serviettes périodiques ou d’autres types de protections, il l’a laissée aller dans la rue retirer le tampon imprégné d’excréments et finir la vidange des toilettes. Elle, elle ne faisait pas de simagrées. Lui, il affectionnait la planète. Il affectionnait les parfums de la terre à l’automne, après la pluie. Une pomme un peu flétrie, mangée au cours de la balade du soir. Mais aussi le travail du bois : modeler à l’opinel des petites sculptures ou des bâtons de marche. Quel que soit le moment de l’année, il portait un pantalon de velours côtelé usé aux cuisses et une veste de chasse. Il était réfractaire aux modifications corporelles, aux effets de mode, à l’artifice. Il entretenait une silhouette simple, rustique, aux muscles marqués par l’effort véritable. Celui du jardinage et des travaux manuels. Ses poches étaient remplies de cordelettes, mouchoirs, sacs plastiques, cartons et crayons à papier. C’était un combat pour qu’il se déleste quelques instants de cet uniforme sans âge. Sa femme devait lui courir après pour une lessive ou un point de couture. Sa réussite était le fruit de longues négociations. Quelque chose se brouillait souvent entre ses tempes. Il s’enfermait dans le noir pendant des heures, désespéré par cette santé fragile qu’il traînait depuis l’enfance. Pour s’apaiser, il se raccrochait à des mantras. S’il souffrait des lettres de créance, des humiliations régulières devant le banquier, il savait aussi que les prescriptions honnêtes ne se trouveraient pas à l’endroit du capital. Il était un dissident, accablé par la passivité de son voisinage. Il compensait ses frustrations en achetant des substances douces à son palais. Des harengs marinés, du lard, du pâté en croûte. Son père avait complété son maigre salaire de mineur de fond en étant assistant boucher. Il lui rendait hommage.
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MAISONS D’ENFANCE (auror·404)
EXTRAIT 1 Par deux fois ta photo apparaît sur mon écran. Par deux fois je ferme l’application pour ne pas avoir à décider, nerveux. Ton visage me happe à un endroit qui rompt avec le geste mécanique, la lassitude inhérente à ce site de rencontres. Tu es intéressé par tout contact humain stimulant. Dans la rubrique loisirs, tu indiques cuisiner des plats végétariens et discuter dans d’autres langues. Tu aimerais qu’on t’emmène danser. Tu as un profil d’expat’, tu mets en avant une vie de rencontres éphémères dans différentes capitales européennes. Ça m’agace. Ça m’excite. La troisième fois où ta photo apparaît, je t’ajoute, en me disant que, de toute façon, tu es beaucoup trop attirant. Par je ne sais quel miracle, un match pop directement sur mon écran. Je ferme encore l’appli, en dépit de la règle tacite : le second qui matche entame la conversation. Tu m’écris le jour même : tu penses que nous avons pas mal d’ami·es en commun, tu me proposes un café pour faire connaissance et me laisse le choix du lieu. Tu m’envoies les liens vers tes autres réseaux sociaux, ce sera plus fluide pour communiquer. Tu arrives au rendez-vous en même temps que moi, t’es hyper timide. Tu portes une robe en coton délavé et des bijoux fantaisie. Tu trembles un peu en versant l’infusion que tu as commandée. Tu n’es pas venu au rassemblement hier. Tu n’en es plus capable : la foule, les fafs, leurs expéditions punitives, ça te file des crises d’angoisse. Puis ce qu’ils pourraient faire à nos droits si ce mouvement perdure. Ainsi qu’aux femmes, aux exilés, aux pauvres, on sait que ça commence toujours comme ça. Tu as les larmes aux yeux : une allergie saisonnière, tu as oublié tes antihistaminiques. J’associe instantanément ton regard humide, les volumes de ton visage et tes cernes aux traits d’un martyr chrétien. Quelque chose se joue dans les premières minutes de notre rencontre, éloignant les phases d’ajustement à se jauger. On ne simule pas l’ignorance : je suis allé lire les interviews dans Libé et Le Monde, suite à la sortie de ton livre, Enfants (pas) naturels. Toi, tu sembles très intéressé par l’association que j’ai co-fondée avec Aya. Tu as écouté une captation de ma prise de parole à la Bourse du travail le 8 mars dernier, sur la question des violences adultistes. Tu es aussi au courant du combat judiciaire que j’ai mené pour devenir officiellement le tuteur de mon petit frère. Tu m’en informes avec tact.
REF : MDE ROMAN
EXTRAIT 3 Ensuite, d’une manière presque comptable, tu chiffreras tout. Ton salaire, ton héritage, ton parcours scolaire, tes séjours linguistiques. Tu ne nieras jamais tes privilèges. Et, parce que tu m’autorises à te détester, l’inverse prend peu à peu forme dans ma poitrine. C’est une très grande maison. En fait il y a deux maisons, un loft de construction moderne et un mas provençal d’origine. Le loft est plutôt le terrain de jeu de ma mère, le corps de ferme est à moi. Durant l’année, il est souvent occupé par ma tante ou par des amis. Les deux espaces sont connectés par une cuisine d’été, un studio de danse et une salle de cinéma, qui sont les passions respectives de ma mère et de sa sœur. Tu m’expliques que chacun des deux espaces sur parquet peut accueillir une centaine de personnes. Ils sont modulables et sont régulièrement mis à disposition des associations locales, pour des projections, des spectacles. Votre famille a toujours tenu à faire vivre le tissu culturel d’Ispagnac. Tu poursuis. - Sur la scène du studio de danse, il y a des rideaux de théâtre d’époque, tu vas adorer. Et des accroches qu’on pourrait utiliser pour faire du shibari. En extérieur, on a aussi un four à pain, un petit champ et une tiny-house aménagée dans la forêt. Les ami·es qui veulent un peu plus d’indépendance peuvent dormir là. — Mais ça s’étend sur plusieurs hectares ou quoi ? — Heu. Oui. En pilote automatique, tu retraces : ton père a été diplomate, votre famille était alors installée en Argentine. Une voiture trafiquée durant la dictature militaire, un accident qui a été assez médiatisé à l’époque : lui et son chauffeur meurent brûlés vif dans le véhicule. Ta mère, enceinte de toi et de ton frère jumeau, perd les eaux quelques semaines après l’enterrement. Au moment de l’accouchement, tu es le seul des deux nourrissons dont le cœur bat. Tes jeunes années sont bordées par des cours particuliers et les soins d’une nourrice. Ça a longtemps été la confusion entre ta mère, le précepteur et la fille au pair. Pour toi alors tout ça était de l’amour, tu n’avais pas conscience des hiérarchies et des enjeux transactionnels. Lors de ton entrée au CP, vous déménagez au Danemark, où ta mère enseigne désormais à la faculté de médecine de l’université de Copenhague. Elle reprend ton éducation en mains. Avec l’assurance-vie qui lui est revenue, elle achète cet immense lieu dans Éditions Burn~Août Diffusion/distribution : Paon-Serendip
les Cévennes. Vous y venez toutes les vacances, à partir de tes 8 ans. Tu y retrouves tes cousines et ta tante, qui a désormais épousé ton ancien précepteur. Parce que tu es un ado turbulent et qu’elle en a régulièrement marre de toi, ta mère t’envoie en voyage linguistique en Australie. Là-bas, tu alternes les sessions de surf et de qi-gong sur la plage. Tu gravites dans une atmosphère new-age, encadré par des monitrices lesbiennes qui te laissent beaucoup d’autonomie. Tu expérimentes tes tout premiers usages de drogue. À 17 ans, tu parles quatre langues et tu pratiques le foot à un haut niveau. Tu penses que tu es hétéro mais tu regardes beaucoup le milieu de terrain. Tu obtiens ton bac avec un an d’avance et une mention très bien. Tu pars vivre à Paris, où tu intègres une grande école. Tu n’as jamais fait de petit boulot, excepté un été après ton année de césure : tu as été serveur dans un camping gay en Espagne. EXTRAIT 4 Une nouvelle fois, tu renvoies chacune de mes approximations à un faisceau de références scientifiques. Tu soulignes la vulnérabilité spécifique qui concerne les enfants à l’intersection de différentes oppressions. Penser avec toi me fait me sentir à un endroit essentiel. Jamais je n’ai eu de conversation plus précise, intense et incisive sur ce sujet. Tu dis qu’il faut envisager un article scientifique. Que si on ne publie pas les premiers, le risque est qu’on reprenne nos travaux sans nous citer. Tu penses que ça pourrait alimenter un chapitre de ton HDR, tout en me permettant d’avoir un début de CV académique. Tu poses des questions auxquelles je suis absolument incapable de répondre : Est-ce que tu te sentirais prêt à m’accompagner à Bruxelles pour présenter conjointement cette recherche ? Est-ce que tu serais à l’aise dans un colloque à dimension internationale ? Est-ce que ça te fait envie ? Après ces cinq heures de travail acharné, je finis par abdiquer, presque effrayé : toi, tu es une machine de guerre, tu pourrais continuer de rédiger indéfiniment. Quand je sors de ton bureau, il y a encore plus de monde dans la maison de ta mère. Et ce néo-aristocrate, Jean-Eude, que vous appelez Eddy. Vous l’admirez car il a choisi de ne pas se corrompre dans un parcours d’enseignant-chercheur. Il préfère faire de la recherche en indépendant. Il privilégie le soin qu’il accorde à ses proches, quitte à être au RSA après un doctorat. Vous louez son courage et son parcours de vie exemplaire. EXTRAIT 5 Pour bien maintenir la surprise, en dehors de quelques effets personnels, c’est mon frère qui prépare ma valise. Iels me donnent rendez-vous à la gare Montparnasse. Quand j’aperçois toute la bande devant le quai du TGV pour Quimper, je commence à comprendre.
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MAISONS D’ENFANCE (auror·404)
Dans la cité minière dans laquelle ils résidaient, il était revêche face aux chats qui vagabondaient et refusaient ses caresses. S’il les chassait officiellement, il allait jeter en cachette des croûtes de fromage dans la cour et observer les félins venir se repaître. Sans doute qu’à travers les purées, les œufs au fromage et les soupes de vermicelle, il se rappelait quelque chose de ses premières années.
REF : MDE ROMAN
point où on ne pourra être qu’au-delà ou au-deçà des mots. Je saisis ton poignet, je te murmure à l’oreille. Je veux ta main au plus vulnérable de moi, sur mon ventre. Tu tressailles et le silence devient réel. Tu te laisses faire. Au début c’est douloureux et désagréable, comme une coupure. Mais je combats mes réflexes, je ne me débats pas dans mes propres remous internes. La sensation, bien que poisseuse, est supportable. J’ai envie de toi. J’ai envie de t’étreindre, de te mettre à genoux, de te forcer à prononcer des compliments sur ton propre corps. Ta patience a su faire de moi un sujet. De désir. Il y a d’abord ta respiration qui s’accélère, puis ton bras libre qui prend appui contre le mur. Je ne sais pas si c’est une déclaration ou un aveu mais tu murmures que tu veux être à moi et que je peux tout te faire. Sous le tissu souple de ta tenue de yoga, j’ai accès à chaque endroit de ton corps. Ton dos. Ton torse. Ton bassin. L’intérieur de tes cuisses. L’onde sourde de ton bas-ventre qui se contracte. Je sens tes muscles, tes clavicules, ta peau, tes nerfs s’abandonner. Je sais qu’il n’y aura jamais rien de plus beau. Ensuite, tu es contre moi, je te caresse. J’ai envie de te prendre dans ma bouche. Je te le dis . Tu gémis.
EXTRAIT 6 : Tu dis. Cette posture d’autorité, cette violence symbolique que je porte en moi, me dégoûte. J’exerce une contrainte sur mes étudiant·es. Mais aussi sur toi. Quand ça me saute trop aux yeux, j’ai envie de me faire du mal. Ça crée un blanc. Mais je sais que tu es entré dans une boucle et que ça va reprendre, je t’ai déjà entendu dire cela, que tu pourrais te faire du mal. Pour contrer cette pulsion, souvent tu as besoin de l’insouciance provoquée par la fête. Tu as besoin de t’oublier dans le lâcher-prise, quand moi, j’aspire à éloigner la peur. Je sens que ma parole ne va pas faire le poids : c’est toi le tribun. Je sens aussi qu’on en arrive à ce Éditions Burn~Août Diffusion/distribution : Paon-Serendip
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MAISONS D’ENFANCE (auror·404)
Iels m’offrent un ferry miniature en guise d’indice et j’explose de joie : iels ont appelé Hélène qui a accepté de nous privatiser un dortoir de l’auberge de jeunesse. Elle nous attend à Port-Tudy avec un grand sourire. Ce matin, je suis allée mettre le chauffage dans le dortoir et tenez, voici la clé du bloc sanitaire. N’hésitez pas à passer me voir au bourg s’il vous manque quelque chose ! Ça fait longtemps qu’elle n’a pas ouvert l’auberge en hiver, la dernière fois, c’était pour les fiançailles de Reï et Katy. Reï et Katy, ces deux-là n’ont plus d’âge. La légende dit qu’ils se sont rencontrés à l’ouverture du lieu dans les années 60, quand on pouvait planter la tente en échange d’un coup de main aux chantiers participatifs. C’est en hommage à ces éternels fiancés qu’Hans a peint la fresque aux étoiles filantes sur le dernier bunker du Méné. Sa fresque bleu nuit, la plus mystique. À Groix, tout devient simple. On va se baigner dans une eau à 8 degrés. On remonte en courant se frictionner sur la plage, la peau rougie. Le froid des matinées gelées est contrebalancé par les balades vivifiantes sur le chemin côtier. Ulysse nous fait visiter les tunnels secrets et les forts abandonnés qu’il a découvert d’années en années en explorant l’île. Bonnets enfoncés jusqu’aux oreilles, on mange de la pizza devant un coucher de soleil à PenMen. On retourne vers le bourg avec le faisceau embrumé du phare qui éclaire notre route, vent de face. Il y a un petit côté « Goonies » dans cette lente procession de vélos dans le noir. Nos corps s’éprouvent dans la rugosité des éléments. Nos sommeils sont profonds. Dans de rares moments, je fantasme ta présence. J’aimerais que tu sois là pour te raconter ma première rencontre avec cette île, lors de mon stage de fin d’études. À l’époque, Hélène était l’une des seules à accepter des séjours de rupture dans son auberge de jeunesse. Mais il faudrait au moins un événement de type colloque international pour que tu fasses le déplacement. Je ris à cette idée incongrue, en pédalant vers la pointe aux chats. Tu n’es pas quelqu’un qu’on déplace.
Marianne Gokalp
Éditions du Canoë
2025
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17 septembre
PREMIER ROMAN Genre : roman Format : 12 x 18,5 cm Pages : 144 Prix : 15 € ISBN : 978-2-487-558-10-6 Marianne Gokalp est née en 1987 à Paris dans une famille française d’ascendance gréco-turque. Professeure agrégée, elle enseigne la littérature anglaise en Loire-Atlantique. Une écorchure est son premier roman.
Une écorchure est l’histoire de la chute et de la métamorphose d’une femme de vingt-cinq ans qui apprend qu’elle souffre d’un cancer alors qu’elle vient de réussir le concours pour devenir professeure. En cinq brefs chapitres, la maladie se décline à travers des mots. C’est une nouvelle langue qu’elle doit déchiffrer désormais, car soudain, la grammaire familière n’a plus cours. Tout doit se réinventer. C’est aussi le récit des gens qui soignent, des absences qui brûlent et de la littérature comme une embarcation salvatrice. Nombreux sont les textes sur la maladie mais rares sont ceux qui l’abordent en pulvérisant les codes du récit. Observer la chute tout en ordonnant le chaos, tel est l’exploit de ce premier livre hors du commun.
Attachée de presse : Sabine Norroy : snorroy@hotmail.com
Téléphone : 06 35 54 05 85
Contact : colette.lambrichs@gmail.com Relation libraires : jean-luc.remaud@wanadoo.fr Éditions Du Canoë : 9, place Gustave Sudre 33710 Bourg-sur-Gironde
Téléphone : 06 60 40 19 16 Téléphone : 06 62 68 55 13 Local parisien : 2, rue du Regard 75006 Paris c/o Galerie Exils
Diffusion et distribution : Paon diffusion.Serendip
2.
Sur l’île, chaque été, la floraison recommence : celle de vos tablées polyglottes et du plant d’hibiscus. Même famille, même plante. Grandes tiges et fleurs rouges : c’est la première chose que l’on voit depuis la terrasse du jardin, juste avant la mer. Ta Yaya les adore, ses hibiscus ; elle a souvent un regard pour eux avant de passer à table, comme pour les saluer. L’affection de ta grand-mère pour de telles fleurs te laisse perplexe : leurs éclats ardents contredisent le hiératisme qui la caractérise. C’est comme sa passion pour le jaune : ta Yaya ne brille pas par sa joie. Elle en porte la couleur comme une intention. L’été de la goutte de sang, elle ne sut rien de ton diagnostic. On le lui dit l’été suivant, à l’ombre des hibiscus, assises à la table de marbre blanc, ta mère, toi et elle, avec pour témoins les fourmis que le miel et les miettes du petit-déjeuner avaient réunies là. Il faisait 7
chaud ; vous vous étiez levées tard. Les fleurs d’hibiscus étaient déjà épanouies, très rouges. Il fallait que la conversation fût naturelle, aussi ta mère lui parla-t-elle en grec. Tu captais des bribes. Tu avais eu un cancer du sein, dit-elle, un cancer très agressif, mais tes traitements les plus lourds étaient terminés (telios). Les médecins n’étaient plus inquiets. Telios. Yaya se tourna vers toi. Ses yeux parcoururent tes sourcils clairsemés, tes cheveux courts et anarchiques, ta drôle d’allure de plante repoussant sur un terrain calciné. Elle tourna ses yeux remplis de larmes vers les fleurs d’hibiscus qui dardaient derrière vous. Après un silence, elle dit que l’année dernière, le plant n’avait presque pas donné de fleurs, tandis que cet été, sans qu’on sût pourquoi, elles avaient fait leur grand retour.
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3.
C’est une large découpe sur ton corps, un grand carré, une zone. Zone qu’on cadre encore, clic-clac, le temps d’une photo pour le dossier de radiothérapie. Sur ce portrait en plan poitrine que tu as le temps d’apercevoir, tu reconnais Genevièy, ta remplaçante au sein coupé, maigre rousse qui marche et parle à ta place en attendant que tu reviennes. Il paraît qu’elle pèse cinquante-quatre kilos ; tu peines à les trouver sur sa carcasse décharnée. Genevièy est là mais plus pour longtemps. Le retour au pays de soi ne va pas tarder. La radiothérapie, c’est déjà la porte de sortie, la fin des frappes chimiques. Il n’empêche. On garde nos précautions avec l’ennemi, on boucle le périmètre avec largesse : la zone qu’on va irradier est bien plus large que la zone occupée par le cancer. La maladie a mordu dans un sein ; la machine mordra plus loin. Ces doses de rayon reçues te laisseront pour toujours, sur une moitié de ton corps, cette 9
discrète roideur qui court des côtes jusqu’aux omoplates. La dégradation du corps, cette fois, sera superficielle : épiderme, derme, hypoderme. En regard de ce que tu as vécu les mois précédents, c’est une promenade de santé. La contrainte de venir tous les jours vient cogner au bonheur d’étirer chaque fois un peu plus le sommet du crâne vers le ciel. C’est une liberté conditionnelle, un déconfinement secret, partagé avec personne, célébré nulle part, vécu hors du monde qui marche et qui n’a pas idée. Quelques séances de rayons plus tard, Genevièy fait sa mue. La peau irradiée tire comme un vêtement rendu rêche par des aplats de colle. Au milieu de la zone, la cicatrice commence à rougir, tire aux commissures, devient ce rictus de sorcière bouillie. Bonne tolérance, indique le compte-rendu. Toi, tu contemples le rouge qui s’étend, le rouge qui s’imprègne. Rothko hésitant puis monochrome incendiaire. Derrière, ça crépite. * Tu fais un nouveau rêve. Ton imaginaire prend pour ciel cette peau rougie. En dessous, il a disposé des personnages : des voyageurs dans une barque. 10
Voilà pour le paysage. Ça manque encore de détails. Le langage va l’aider, celui du compte-rendu d’anatomopathologie imprimé en août dernier, quand ils ont découpé ton sein. Le compte-rendu disait : Aspect hétérogène du parenchyme mammaire évocateur de carcinome. Parenchyme ? Tissu fonctionnel d’un organe glandulaire, spongieux. Constitutif de certains viscères. Mots de monstruosité sur la page blanche de l’été. Avec ces mots-là, la machine à rêves est lancée. Cauchemar : Trame constitutive de certains malades. Peut être noir, bleu, rouge incendie, blanc. Évocateur du carcinome. Prend l’aspect hétérogène d’un train, d’un ascenseur, d’une barque, d’un avion. Admis à bord : tout type de voyageurs ; cancéreux, rebuts de la nature, monstres. *
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Un bateau de fortune accoste sous un ciel rougi. Aussitôt votre groupe est bousculé par un passeur. Pas traîner. D’autres voyageurs vous ont précédés sur cette plage et d’autres suivront. Une dune de sable sépare la plage de la route. Tout est beige et cendreux comme par temps d’incendie, le sol est poudreux sous vos pieds. Derrière la dune, il n’y a rien, du rien sablonneux trempé de rayons rouges. Il ne fait ni jour ni de nuit, seulement ce temps cramoisi. L’air soufré occulte l’horizon ; l’oxyde de fer sous vos chaussures soulève une poussière qui laisse un goût de métal. Au milieu du rien, un squelette de pachyderme ou un reste de parenchyme ; on ne sait pas. On s’approche. C’est une carcasse d’avion. Il faut croire ce qui s’énonce sans voix, ça résonne contre les parois de votre conscience, ces mots ne sont prononcés par personne et font boomerang, ça ne se confirme pas à l’œil nu, ça ne se comprend pas, ça s’accuse comme un coup ; un avion-parenchyme. On repère des formes, ici une tôle, là un morceau de toit. Chaque angle net est mangé, attaqué par une mousse sylvestre rouge comme ces feuilles d’automne dont on ne peut croire le vert passé et le jaune avenir. Cette mousse rouge est un envahissement spongieux, c’est la stase d’après, tu comprends : la métastase.
Une cellule saine naît, croît et meurt. Vert, rouge, jaune. Les métastases réfutent ce principe, on les reconnaît à leur refus de mourir, à leur expansion incontrôlée, à leurs désirs d’empire. La métastase c’est l’empire de l’éternel présent, le refus du cycle vert-rouge-jaune. Ici c’est rouge, rouge partout. Tu t’approches, tu comprends autre chose : l’empire de l’éternel présent a faim de morts. La carcasse de l’avion-parenchyme est composée de tôle et de cadavres humains. Les cadavres servent à nourrir cette mousse rouge et spongieuse. Elle couvre tout, agrège et empile. Tu penses : voilà les fruits confits de l’empire. C’est un paysage désolé et beau comme Alice chez Max Ernst en 1941. C’est un paysage sous ta peau.
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* Là-haut, par-delà le ciel-peau de la rêveuse, ça crépite fort. Ça envoie la dose de rayons pour détruire ce paysage. Tu espères que ça fonctionne. Ici-bas, dans le rêve, tes chaussures sont devenues rouges. Mais ce n’est pas la mousse, ce n’est que la poudre du sol.
Cultiver l'utopie Catherine Choffat
PRÉSENTATION Dans les années 70, Juliette et Jean, jeune couple citadin, découvrent au hasard de leurs promenades Grelinette, un hameau abandonné dans un coin reculé du Valais. Alors que rien ne les prédisposait à un retour à la terre, ils modifient leur trajectoire, entraînent amis et connaissances dans ce qu’ils qualifient eux-mêmes d’utopie. Le hameau reprend vie à la mode collective, non sans difficultés mais avec un bel enthousiasme.
En librairie septembre 2025 Format : 14 x 21 cm
Un récit centré sur l’aventure de cette petite équipe, héritière de Mai 68, qui doit sans cesse s’adapter à des conditions de vie rudimentaires tout en restant à l’écoute de ce qui se passe dans le monde.
reliure : broché, collé
C’est le temps du rapport Meadow, des premières luttes contre les centrales nucléaires et de la prise de conscience écologique, mais aussi de la guerre au Vietnam et des crises pétrolières.
rayon : littérature, récit
Ce récit se fait l’écho de préoccupations toujours actuelles.
Pages: 208 p.
Prix: 24 CHF.- / 19 € ISBN 978-2-8290-0713-2
DIFFUSION ET DISTRIBUTION SUISSE Éditions d’en bas
AUTEURE Catherine Choffat née en 1944 à Lausanne écrit là son premier roman. Avec François, son mari, elle avait signé en 1978, Sur les traces d’Ounamir (Éd. La Baconnière) le récit de 3 années de coopération dans une oasis présaharienne. Elle a publié en 2012 un traité sur les Locavores (Éd. Jouvence), et en 2014 un livre d’artiste, Une saison au jardin. Elle consacre actuellement son temps à sa famille, à l’art et à cultiver son jardin. Elle milite également dans l’Association des Grands-parents pour le climat.
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DIFFUSION ET DISTRIBUTION FRANCE Paon diffusion/SERENDIP livres
Paon diffusion – 44 rue Auguste Poullain – 93200 SAINT-DENIS SERENDIP livres – 21 bis rue Arnold Géraux 93450 L'Île-St-Denis +33 140.38.18.14 contact@serendip-livres.fr gencod dilicom 3019000119404
La troupe se remet en route, reprenant le chemin qui était si plaisant hier dans le soleil, nettement plus banal ce matin. Chacun rumine sous son capuchon en attendant la prochaine étape : le chalet des parents de Juliette où ils vont pouvoir se sécher, se réchauffer et surtout trier toutes les impressions intenses et variées de cette aventure. Les Utopistes, c’est bien ça. **** Le monde dans lequel vit le petit groupe d’amis des Blondel est-il aussi une utopie ? Quel est leur environnement social, politique, économique ? Membres de cette classe d’âge qu’on taxera plus tard de « baby boomer », ils ont grandi durant les « trente glorieuses » ces fameuses années qui ont suivi la seconde guerre mondiale et qui ont vu l’émergence de la société de consommation. Le plein emploi garanti permet d’envisager l’avenir sans souci. Dans leur entourage proche, la famille reste le pilier central de la société, avec les mères au foyer pour élever les enfants et le salaire des pères généralement suffisant à couvrir les besoins du ménage. Juliette a mis de côté sa formation professionnelle, elle tient à s’occuper de ses enfants ce qui ne l’empêche pas d’exercer une petite activité artisanale à ses moments libres : décoration de tissus par le batik et travail de la laine : filage, teintures végétales et tissage. Un magnifique métier à tisser – réalisé par Jean – occupe une place importante dans leur logement et dans leur vie. Les enfants ont des vêtements tissés et cousus maison. La vie communautaire ? Que représente-t-elle pour les gens de ce milieu ? C’est une aspiration qui touche cette frange marginale de la population faite d’intellectuels mais aussi de manuels ou d’artisans indépendants : communautés libres issues des hippies, réunissant alternativement ou simultanément anarchistes, pacifistes, révolutionnaires de gauche. Tout un monde en recherche qui se rend compte que la société de consommation qui se met en place, va sans doute laisser sur le côté des valeurs humanistes et altruistes. Besoin d’y échapper par le biais du fait-main, du fait-maison. Les expositions d’artisanat explosent, il y en a dans tous les coins. Juliette y vend ses batiks et rencontre des artisans engagés, passionnés, ce qui la change du petit monde tranquille de son quartier d’immeubles à la périphérie de la grande ville. De temps en temps, elle est sollicitée pour des démonstrations de filage, à chaque fois un accueil enthousiaste autant par des citadins néophytes que par des anciens qui évoquent des souvenirs. C’est aussi la remise en question du rôle de l’école face à son emprise qui s’étend et à l’uniformisation des savoirs. Si Juliette et Jean ont été très intéressés par la parution récente de la traduction de Libres enfants de Summerhill, qui relate un style d’éducation expérimenté en Angleterre depuis de nombreuses années, ils ont apprécié davantage encore l’ouvrage d’Ivan Illich paru en 1971, sortir l’école des rails imposés pour la replacer au cœur de la vie, Une société sans école. Leurs enfants n’ont pas encore l’âge scolaire, mais le sujet les préoccupe, et plusieurs de leurs amis rêvent à une classe alternative qui pourrait voir le jour dans la région. Autant de sujets de réflexions, de recherches communes, de projets prêts à émerger, le terrain est fertile. L’envie chevillée au corps de mordre la vie à pleines dents et de donner le meilleur de soi, de manière souvent désintéressée. Oui, l’argent et les échanges commerciaux ne sont pas prioritaires dans ce monde alternatif. On a le temps de rêver, d’imaginer, de construire. Même si les horaires professionnels sont cadrés, il reste les
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soirées, les dimanches – samedi n’est pas toujours férié – et les vacances. Une génération de trentenaires avides de vraie vie et débordants d’énergie. C’est bien le monde des amis du couple Blondel. C’est donc bien à eux qu’ils s’adressent pour les aider à solutionner leur problème. Pas à leur famille, mais à leurs amis. Eux peuvent comprendre leur désir de quitter pour un temps le cocon helvétique. Approuver aussi leur envie de se rendre utile auprès de populations défavorisées. Le colonialisme a laissé place à un besoin d’apporter de l’aide dans ce qui s’appelle le Tiers monde, même si la formule n’est pas toujours adroite et la manière encore très paternaliste. Des organisations de tout poil répandent bonne parole et distributions diverses qui ne sont pas du goût de Jean, il n’a pas envie de jouer au bon docteur blanc dans un coin perdu de l’Afrique. Le poste qui lui est proposé semble échapper à cette image puisque emploi officiel auprès d’un pays tiers. Dans cet intense fourmillement d’idées, finalement, c’est un évènement autant banal qu’extraordinaire qui va obliger la famille Blondel à rebattre les cartes du jeu. – Jean, je crois bien qu’un passager clandestin s’est caché dans les cartons du déménagement. – De quoi parles-tu, Juliette ? – Ben, j’ai du retard… Juliette a attendu quelques jours avant de parler de ses doutes à Jean. Ils sont attablés tous les deux devant les résumés que leurs amis leur ont envoyés suite au fameux week-end de fous à Grelinette. Jean continue à déchiffrer les pattes de mouches de Bernard comme si de rien n’était. En fait il est sous le choc et ne sait trop comment réagir. Ne surtout pas dire que c’est une tuile, Juliette le prendrait très mal. Ni faire comme si de rien n’était. Alors, c’est l’esprit rationnel du praticien qui prend le dessus. – Bon on va faire un test et on verra après. – Mais si c’est oui, on fait quoi ? Juliette s’impatiente. – Je te dis qu’on va faire un test, inutile de s’exciter à l’avance. Mais voilà : le test est positif ! Roulement de tambour. Même dans la vraie vie, il y a des retournements dignes d’un coup de baguette magique et le lapin sort du chapeau. Stupeur et tremblements. Entre joie profonde et inquiétude non moins profonde. Tous les deux ont en mémoire la petite Zaïna de quelques jours qu’ils avaient vue mourir lors de leur premier séjour en Afrique du Nord, et ils s’en étaient voulu de ne pas avoir pu la sauver. Les parents du bébé avaient accepté la main d’Allah, le jeune médecin avait compris qu’il avait encore beaucoup à apprendre. Mais si ce bébé est le leur, quels sont les risques dans une région isolée, aride, désertique, jusqu’où aller, jusqu’où faire confiance ? À quel moment redresser la barre et changer de direction ? Du coup, l’exploration de Grelinette et les commentaires des copains n’ont plus grande importance. La priorité est ailleurs mais bien présente. Un gouffre d’incertitudes. Une remise en question insupportable dans un premier temps. Désarroi profond mais aussi le besoin de se ressaisir, de se saisir tout court, bien fort dans les bras l’un de l’autre, ce petit passager est certes clandestin mais fruit de leur amour. Donc pas question de le renier ou de le renvoyer dans les limbes. Tous les deux sont bien d’accord là-dessus. – Respirons, faisons une pause, une petite sortie avec les gamins, et on verra ensuite.
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Ils vont garder en mémoire la conclusion proposée par Bernard, lapidaire comme à son habitude : «il y a de quoi faire une vraie communauté à la Lanza, tout est à disposition. Je suis partant. » Accueillir ce qu’il peut advenir de meilleur. La formule est magnifique, la réalité difficile à concrétiser. Des longs échanges avec certains membres de l’Arche puis avec le médecin qui attend leur venue amènent peu à peu des bribes de réponse. Il était prévu un séjour de plusieurs mois en communauté dans le sud de la France, avant le grand départ. Ils vont tout de même y aller et se donner le temps de construire un futur adapté à la nouvelle donne. Car leur ami médecin est formel : – Non, impossible de venir accoucher ici aux portes du désert au mois de juin et de passer la première année avec un nourrisson. On peut revoir la question l’année prochaine. **** En cette fin d’année 1972, Jean et Juliette sont soulagés de prendre la route avec leurs deux bambins. Ils vont passer trois mois à la Communauté de l’Arche dans le sud de la France, certains qu’ils vont bénéficier des meilleures conditions pour envisager leur avenir. Ceci dans une ambiance qu’ils apprécient, au milieu de personnes bienveillantes. Avant de partir ils reprennent contact avec leurs amis, les informent brièvement d’une mise en pause, sans donner d’autres explications : – On revient fin janvier et là on reprend toute la question. Ils partent rapidement, sans avoir encore averti leurs familles respectives des changements possibles. Inutile de les inquiéter à l’avance. Leur cheminement actuel est trop sinueux et ils tiennent à leur liberté de décision. Du moins c’est ce qu’ils pensent car ils vont certainement avoir aussi besoin de l’aide et du soutien de leurs parents. Mais c’est trop tôt pour l’évoquer.
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Registre de merveilles Rose-Marie Pagnard
PRÉSENTATION
En librairie septembre 2025 Format: 14 x 21 cm
Monsieur Wikevif et son pigeon voyageur Wind, Anton Shapovalov, le professeur de piano et l’ingénieur Mardera, parmi d'autres individus ordinaires autant que symboliques, traversent ce Registre de merveilles autour de Polina et Mariya, des Ukrainiennes réfugiées chez la fille de la narratrice. Les lectures de celle-ci se mêlent à l’actualité lui donnent sens.
Pages: 96 p. Prix: 16 €/18 CHF Reliure :broché, collé Rayon :Littérature ISBN 978-2-8290-0712-5 DIFFUSION ET DISTRIBUTION SUISSE Éditionsd’enbas Ruedes Côtes-de-Montbenon 30 1003 Lausanne contact@enbas.ch/ www.enbas.net
Il ne s’agit pas ici du récit de cette guerre vue d’un pays en paix, mais d’une sorte d’éblouissement de l’esprit et des sens devant la réalité, la veine romanesque se pose alors, avec autant d’angoisse que d’amour, sur un étrange garçon perdu, sur la longue table d’un petit dictateur, sur une foire aux armements, sur un secret, sur des livres visionnaires, quand il n'est pas tout simplement question du quotidien absurde ou tragicomique de ces deux réfugiées ou de fantaisies de la narratrice.
Rose-Marie Pagnard vit actuellement dans le Jura suisse. Elle a vécu à Bâle, comme chroniqueuse littéraire et traductrice de l’allemand en français. Elle a publié une quinzaine d’ouvrages, dont La période Fernandez (Actes Sud, 1988, Prix Dentan), Dans la forêt la mort s’amuse (Actes Sud, 1999, Prix Schiller); Janice Winter (Points Seuil, 2005), J’aime ce qui vacille (Zoé, 2013, Prix suisse de littérature) et récemment L’enlèvement de Sarah Popp (Zoé, 2024).
DIFFUSION ET DISTRIBUTION FRANCE Paon diffusion/SERENDIP livres
Paon diffusion – 44 rue Auguste Poullain – 93200 SAINT-DENIS SERENDIP livres – 21 bis rue Arnold Géraux 93450 L'Île-St-Denis +33 140.38.18.14 contact@serendip-livres.fr
Quand du sable africain se dépose tout au nord de la Suisse, un garçon perdu, deux Ukrainiennes et beaucoup de livres font leur apparition À quelques kilomètres d’ici, par la grand-route, vous arrivez à un village qui n’en finit pas de descendre, votre voiture survole la pente à toute vitesse, les freins fument, le décor vous décoiffe, les lunettes vous tombent au bout du nez, à peine avez-vous le temps de ne rien voir que le mot Fin remet tout à plat. En hiver, par un jour de grand gel, tout en haut de ce village, vous pourriez poser les fesses sur le trottoir de gauche et glisser de la première à la dernière maison en un rien de temps. Dans ce cas vous ne verriez pas l’homme qui balaie devant sa porte. Il se trouve que moi je l’ai vu. Aussitôt je manœuvre, j’arrête ma voiture et je descends à pied le long de son trottoir. À sa hauteur, je me sens obligée de risquer ma vie en sautant sur la chaussée, où les poids lourds prennent leur élan pour attaquer la pente, c’est une petite politesse de ma part, de quoi faire connaissance et mettre le nez sur ce phénomène. Vous n’avez sûrement aucune idée du trésor qui exulte là, devant la maison de cet homme, sur deux trois mètres, non, impossible ! Quel trésor ? un bout de trottoir, c’est ça, oui ? Non, un trésor, pas moins, étant donné que plus ce que nous possédons ou croyons posséder est intimement lié à notre imaginaire, plus nous y tenons. Et plus nous en prenons soin. Alors je me figure ce bout de trottoir attaché au cœur de cet homme, bien qu’un trottoir soit un lieu public et de ce fait qu’il appartienne à chacun. Tous les matins de l’année, vers dix heures, vous pouvez observer ce balayeur en action devant sa porte. Plutôt petit, frêle, une grandeur seigneuriale dans la forme du nez et dans les vagues de ses cheveux gris. Une chemise blanche sous le manteau de cuir, des bottes à revers de feutre. Un homme de nulle part, me dis-je, comme le sont parfois les portiers des palaces internationaux. Il déclare son amour à ce petit territoire, son balai de paille taquine et chatouille, les grains de poussière, les particules des gaz de moteur, les fientes d’oiseaux, les objets étrangers volant dans l’espace et sur la route. En hiver, la neige fait de la résistance puis finalement se replie, tout comme les feuilles d’automne, tout comme le sable jaune venu du Sahara se déposer sur toute la Suisse ce 17 mars 2022. Ce jour-là, je m’arrête respectueusement à la frontière de son territoire pour lui parler. -
Merveilleux, ce sable qui a franchi des milliers de kilomètres, il fait rêver, vous ne trouvez
pas ? Le vieil homme sourit, il m’invite à le suivre à l’intérieur de sa maison. Dans la cuisine, nous devons nous faufiler entre des piles de journaux. La table est couverte d’un splendide tapis assurément oriental. Me voilà perdue dans un autre monde, me dis-je, et je me sens heureuse d’être perdue. Journaux d’ici et d’ailleurs, langues inconnues, papiers roses, vert pâle, si je coupais les ficelles qui les tiennent ensemble, nous serions emportés, lui et moi, sur des océans sans nom, dans des villes et des terres sans nom, comme des grains de sable, mais que peut bien comprendre des hommes et du monde un minuscule grain de sable ? Tout à fait, tout à fait, dit le vieil homme maintenant assis devant ce tapis magique avec un oiseau sur un doigt et l’air de savoir ce qui me passe par la tête. Je m’appelle Simon Wikevif. Je vous présente aussi le dernier de mes pigeons voyageurs : Wind. Un café ?
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Tasses, soucoupes, petites cuillères étincelantes, sucrier, petit pot à lait, cafetière blanche, tout est disposé cérémonieusement entre nous, le café est versé, l’oiseau observe tout, quelqu’un marche au-dessus de la cuisine, puis un fracas sur des marches, peut-être les marches de l’escalier entrevu en arrivant. -
Je ne voudrais pas déranger la famille…
Mais Monsieur Wikevif m’assure qu’il est seul dans la maison, tout seul, l’arrête pâle de son visage penché vers le noble tapis de table, comme un menteur timide. Alors c’est une radio que j’entends, la radio depuis le début de la guerre en Ukraine fonctionne sans arrêt dans ma propre maison, c’est pour y échapper que je me mêle de cette histoire de balayage ; d’ailleurs j’aurais dû m’arrêter dans un autre village, pas celuici qui héberge à deux pas du cimetière des réfugiés de je ne sais combien d’enfers du monde, des personnes que je salue dans la rue, au supermarché, avec un sourire coupable, idiot ! Tout de même, qu’est-ce qui n’est pas idiot, affreux, hystérique, qu’est-ce qui peut encore bien surgir dans nos oreilles douillettes, sous nos yeux douillets ? J’ai envie de le crier, ça me sort de partout. Monsieur Wikevif chasse le pigeon et me sert un deuxième café ; il me paraît moins âgé que moi, la soixantaine, pas plus. -
Vous avez envie de voir le jardin ?
Et nous voilà côté jardin. J’aime assez l’ocre jaune, cette chaleur, ce sable du Sahara déposé partout, même sur ce tas de petit bois pour le feu… en mars, à mille mètres d’altitude, encore sans une feuille à perte de vue, on ne va tout de même pas refuser cette belle couleur, ici je n’y touche pas, je vous laisse poser les doigts partout si ça vous chante ! -
Merci, dis-je, le souffle coupé par l’image enchanteresse flottant dans le léger brouillard de
l’air. Ce jardin est planté d’arbres deux fois plus hauts et larges que la maison, des athlètes en attente imminente d’une multitude de feuilles, on y voit aussi des formes buissonnantes, des roches à escalader, des grottes et de minuscules ruisselets et à nos pieds un rond de gravier avec un feu préparé, et aussi une remise avec sa porte entrouverte m’invitant à venir voir… Je demande : -
Le pigeonnier ?
-
Oui…non, rien d’intéressant. Ho ! revenez ici !
Quelle blague, je pense. Je veux entrer dans cette remise, ses vitres alignées comme des miroirs débordant d’histoires me jettent des coups d’œil irrésistibles et d’un pas je suis dedans, Monsieur Wikevif sur mes talons. -
Vous allez me décevoir, vous ne devriez pas, je vous en prie !
-
Mes excuses !
Je bredouille, je ne sais pas ce qui m’a poussée à fourrer mon nez dans cette remise. La vérité est que j’ai aperçu un matelas sur le sol et une tête d’ange ou d’enfant sur un oreiller. Les petites larmes dans les yeux de Monsieur Wikevif me font refermer doucement la porte, puis nous nous regardons et une sorte de compréhension amicale nous rapproche, lui me juge écervelée, pour ma part je le vois flotter sur une petite île exotique, vraiment pas de quoi se fâcher. Il me fait travailler. Ou je travaille sans qu’il me l’ait demandé, dans la vie certains actes s’enchainent sans logique, au petit bonheur.
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Je jette des paquets de vieux journaux dans le feu, un instant ou un siècle avant, je regardais un balai danser sur le macadam d’un trottoir. Pendant ce temps un enfant est couché dans une vieille remise. Je bavarde chez un homme que je ne connais pas. Ceci un matin de mars, juste avant l’apparition tonitruante du printemps qui, cette année 2022, penche une tête d’assassin sur des maisons et des champs là-bas en Ukraine, où chacun porte encore le gel de l’hiver sous sa peau ; où des hommes d’une heure à l’autre ont quitté leur usine, leur bureau, leurs parents, leur amoureuse, pour aller ramper, marcher, courir, un casque sur le crâne, un gilet de plomb sur le torse, une arme entre les mains, subitement le ciel et des bombes leur tombant sur la tête. Mais j’étais en train de vous dire que dans ce jardin – qui dans quelques semaines méritera tout un chapitre multicolore sauf si une bombe entre-temps le fait disparaître – dans ce jardin je travaille sous la direction de Monsieur Wikevif, j’entasse les piles de journaux qu’il apporte de la cuisine, nous les jetons au feu. Le feu dévore, tousse, les belles pensées romanesques me sortent de la tête, un bout de papier rose fait des manières avant de s’effondrer, juste là, pour que je lise… quoi ? Des mots dans une langue inconnue, je ne sais pas. Assis sur un banc, nous suivons le spectacle du feu, Wind le pigeon couve une rancœur sur une branche éloignée, une discussion sur l’actualité s’est mise en route, polie, exquise, et j’apprends que cet homme possède des livres et des livres, je mentionne ceux que je suis en train de lire ou relire, ceux qui vivent en moi, et je découvre qu’il connaît tout. Ce qui ne m’empêche pas de lui livrer quelques-uns de mes enthousiasmes littéraires. … pour l’absurdité et la dimension tragique, dis-je, prenez par exemple Le train zéro écrit en 1997 par le Russe Iouri Bouïda ! Dans un trou perdu, une gare et des baraquements et des hommes et des femmes qui entretiennent un bout de voie ferrée sur lequel chaque nuit passe à grande vitesse un train de cent wagons plombés, au contenu mystérieux, on ne sait pas d’où vient ce train, on ne doit pas chercher à savoir quelle est sa destination sous peine de mort ! Mais j’ai appris que cet écrivain d’aujourd’hui n’a encore rien écrit sur les premiers jours de la guerre en Ukraine, rien, pas un mot de protestation. Possible, mais ce roman, je l’aime. J’y entends le bruit terrifiant de cent wagons de plomb remplis de… de… -
Tout à fait. Remplis de détresse humaine !
Et Joseph Roth, La rébellion, La marche de Radetzky ? chute de l’empire austro-hongrois, guerres, frontières, les médailles et les jambes de bois au feu, comme j’ai pleuré, comme j’ai pleuré ! Pourquoi est-ce qu’on ne peut pas transfuser les prémonitions et la sagesse de Joseph Roth, par exemple, dans les veines des hommes ? Et des femmes ? Je regarde mes chaussures, je l’entends rire, je pense à sa chemise blanche bien repassée, au bout de trottoir propre, au café… aux livres… Ah ! les livres… Je suis lancée, ne peux plus m’arrêter. C’est étrange, dis-je, quand je ne comprends plus rien du monde et de la vie, j’ouvre un livre de Singer, n’importe lequel, je sais que j’y trouverai un nombre extraordinaire de questions, souvent sans réponse, un peu comme des lettres que l’écrivain vous aurait envoyées et que vous n’auriez pas encore ouvertes, vous les portez sur la poitrine, simplement, parce que vous n'êtes pas toujours capable de vous confronter aux pourquoi ceci, pourquoi cela, aux milliards de combinaisons entre questions et réponses, ça n’entre pas dans votre tête, pas encore, il faut se développer… vous êtes d’accord ? J’aime les questions, dans ma tête je suis une spécialiste des questions ! Isaac Bashevis Singer. À sept ans il connaissait quatre, peut-être cinq langues, comme moi. Les questions sont plus importantes que les réponses, il faut posséder un cerveau d’enfant et un cerveau de vieillard pour les imaginer et les écrire comme il l’a fait, ou posséder une grande salière, comme ça, vous voyez ? une salière prête à lâcher ses grains au bon endroit d’un texte, la salière Génie ! Monsieur Wikevif est un phénomène.
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LA MÉCANIQUE DES AILES
Chloé Falcy
Dans un hôpital psychiatrique allemand, un homme peint. Au fil des heures blanches et creuses, il se souvient de son enfance dans la Russie des Tsars. Son père est un illustre bactériologiste, au demeurant l’inventeur d’un vaccin contre la scarlatine. Sa mère est la descendante d’une famille d’armuriers. Ils préparent leur progéniture à une vie d’érudition et d’humanisme. L’homme se remémore que ce sont les pieds dans la boue et la tête tournée vers le ciel, auprès des percepteurs de son foyer bourgeois, que se sont liées ses deux passions, si ce n’est ses deux obsessions : la peinture et l’entomologie. Puis la Première Guerre mondiale éclate, accompagnée ensuite par les remous de la révolution d’Octobre et l’essor d’un nouvel ordre politique et social. Fuyant son pays, mais également sa mère possessive, le narrateur saisit l’occasion d’aller étudier la génétique à New York. Dans cette ville froide d’immigrés et d’exilés, il rejoint le laboratoire du Professeur T.H. Morgan et ses études pionnières sur la mouche drosophile. Le narrateur sombre progressivement dans l’épuisement, insecte de plus dans la Grande fourmilière, jusqu’à sa première crise de dissociation. Ramené en Europe par son frère, l’homme se rappelle le début d’une nouvelle vie, cloîtrée cette fois-ci. Paradoxalement c’est dans cette configuration que s’exprime son grand projet de rendre l’Art à la Science et la Science à l’Art, d’abord clandestin jusqu’à sa conquête du statut d’artiste allant le mener à devenir l’une des figures phares de l’Art brut Postface de Michel Thévoz Hélice Hélas Éditeur Rue des Marronniers 20 CH-1800 Vevey Tél.: ++41 21 922 90 20 litterature@helicehelas.org www.helicehelas.org > litterature@helicehelas.org Distribution Suisse : Servidis Chemin des Chalets 7 CH-1279 Chavannes-deBogis Tél.: ++41 22 960 95 10 www.servidis.ch > commande@servidis.ch Distribution France Belgique : Serendip-Livres 21bis, rue Arnold Géraux FR - 93450 L’Île-St-Denis Tél.: ++33 14 038 18 14 www.serendip-livres.fr
Biographie autrice Née en 1991, Chloé Falcy a étudié les langues à l’Université de Lausanne. En marge de son activité littéraire, elle exerce dans l’édition à Lausanne, où elle vit. Publié en 2017, son premier roman, Balkis (Pearlsbook Ed.), a été lauréat du Prix littéraire Chênois et finaliste du Prix des 5 continents de la francophonie et du Prix de la première œuvre littéraire francophone ADELFAMOPA. En 2022, elle est lauréate de la Bourse à l’écriture du canton de Vaud, récompense pour laquelle elle a passé une résidence au Château de Lavigny en septembre 2023. — Collection : Mycélium mi-raisin Genre : Roman historique Sujets abordés : Art ; Art brut ; Entomologie ; histoire mondiale (20e) ; E. Gabritschevsky — Format 14,5 x 18,5 cm, 220 pages ISBN 978-2-940700-81-3 26 CHF / 22 EUR Parution 20 août 2025
LA MÉCANIQUE DES AILES
Ici pourrait bien être n’importe où, nulle part. Entre les murs de l’hôpital, il est facile de laisser ses pensées dériver — de l’autre côté de la plaine, des champs qui entourent l’enceinte, dans la ville qui déploie ses immeubles et ses tours. De si loin, on ne distingue rien d’humain. Elle pourrait être vide, ou grouiller de vies. Seule la langue que je me force à parler, que j’entends, me rappelle où nous sommes, dans ce pays où je me suis retrouvé par hasard, parce que la personne qui s’appelle mon frère y a conduit ses pas. Même s’il ne vient presque jamais me voir, il a tout de même tenu à m’enfermer près de lui. Souvent, j’oublie dans quel coin du monde nous nous trouvons. Mon esprit est alors libre de s’évader, de réinventer la monotonie des jours. Quand vient le soir, il glisse sur les plaines aveugles. C’est là qu’ils sont tapis, et que je les retrouve. Je viens de la terre des loups, des fantômes et des songes. Le soir avant de m’endormir, ma mère me disait de prêter l’oreille à leurs voix. Dans l’obscurité de ma chambre d’enfant, elle devenait une forme penchée vers moi, qui mettait un doigt sur ma bouche. Murmurait — c’est l’heure à laquelle ils sortent, à la faveur des ombres. Elle me disait d’écouter leurs histoires, car c’était d’eux que nous descendions. Les morts qui nous avaient précédés, et qui refusaient de disparaître. Invisibles, dépourvus de corps, ils profitaient de la nuit pour venir respirer la vie des autres, gardiens de ceux qui les écoutaient, démons qui ceux qui les ignoraient. Des générations d’hommes et de femmes qui endurèrent le rude climat des terres du nord, le long des plaines, en haut des montagnes. Ceux qui
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courbèrent le dos pendant des siècles pour labourer le sol gelé, stérile jusqu’à ce qu’il donne ses premiers légumes durs, coriaces à cuire. Pour s’abriter, ils édifièrent des murs, entres lesquels ils créèrent des mélodies endiablées, aptes à les protéger du froid. Et à force de sueur, de patience, de maladies et de coups du sort, ils avaient durci leurs cœurs et leurs corps pour bâtir les plus belles villes du monde, terreaux de science et de culture. Je peinai à dormir durant toute mon enfance, mes cauchemars émaillés de silhouettes indéfinies au sein de masses d’orages et de nuages. Pendant des années, je fus terrifié par l’idée que ces fantômes m’emmèneraient loin de mon foyer, envieux de mon enfance, de la vie que j’avais encore devant moi. Ils m’emporteraient la nuit, quand les adultes dormaient et que les bêtes rôdaient dans les bois. Je disparaîtrais avec la venue du jour, et personne ne me reverrait jamais. Je connus mon premier amour à la campagne, dans le sud, près du fleuve qui coupe la terre en deux. Dans ce coin du monde où les chardons géants poussaient le long des eaux et où les demeures étaient bien plus rares que les loups, les flots traçaient une longue entaille encore à vif dans la terre, gigantesque frontière entre les civilisations. Pour nos yeux d’enfants, le domaine de notre grand-père était un univers infini, fait de forêts indomptées et de landes qui s’étendaient à perte de vue. Au milieu de ce paysage, il était planté comme une énorme anomalie de pierre. Nous y passions plusieurs mois par année, tellement loin de la capitale qu’on en venait, à la fin du séjour, à douter de son existence.
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Mes frères occupaient leur temps à lire, à nager ou à chasser en compagnie d’un ami de mon grand-père qui avait fait ses armes au nord, tout près du pôle. Un géant barbu, qui nous paraissait capable d’abattre un arbre à mains nues. Nous l’écoutions nous raconter le combat qui l’avait opposé à un ours, alors qu’il ne lui restait plus qu’une balle qu’il avait fichée entre les yeux de l’animal. Que, là-bas, le froid peut te prendre d’un coup, comme un homme avec une femme. Il t’agrippe, te fige, en pleine pensée, le cœur cessant de battre dans son linceul de chair glacée, et tu ne te sens même pas partir. Il disait qu’à cet instant, il n’est plus question de force ou de volonté. Si le froid te choisit, il n’y a rien à faire. Il avait souvent pensé mourir, mais le froid n’avait jamais jeté son dévolu sur lui. Cet homme et ses histoires me faisaient peur, et je ne me joignais que rarement à ces expéditions à dos de cheval. L’objet de mes désirs était bien plus petit que les bêtes qu’ils traquaient. Alors qu’ils passaient des heures dans les étendues immenses, je n’avais que quelques pas à faire pour retrouver le monde qui grouille, invisible, en marge du nôtre, que nous foulons aux pieds tous les jours sans soupçonner son existence. Il suffit de plonger nos ongles dans la terre pour les voir. Les invertébrés, être infimes, parfois repoussants, qui représentent pourtant plus du neuf-dixième de la totalité du vivant. Comme les autres, je n’avais d’abord d’autre désir que de les écarteler et les détruire, dans cet élan qu’ont les enfants d’être des dieux. J’anéantis des dizaines de fourmilières, broyai leurs habitantes sous mes pieds, noyai des générations entières d’insectes dans mon urine. Une fois, je rassemblai des dizaines
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de punaises en rang sur le muret du jardin, ventre offert au ciel, pour observer leurs innombrables pattes se tortiller en silence. Au matin, elles étaient toutes mortes de froid et d’épuisement, figées dans la vaine lutte pour leur survie. Puis, un jour, je coupai un ver de terre en deux. Les deux moitiés restèrent inertes un instant, avant que l’une ne s’agite et reparte en rampant. Un être infime avait défié ma loi, et je compris : pour devenir une divinité, on ne peut pas se contenter de tuer. Il faut aussi connaître. Dans cette quête de savoir, j’appris à aimer les insectes et, comme dans tout amour, je voulus les posséder. Les collectionner, les mettre en cage, en boîte ou en bocaux. Dans les marécages où je manquais souvent m’embourber, à quatre pattes sur le sol de la forêt, courbé dans les hautes herbes, je les traquais. Dans leurs nids et leurs tanières. Les vers. Les cloportes. Les mouches et les mille-pattes. J’observais comment les fourmis élevaient les pucerons sur les tiges pour manger leurs déjections, comment les abeilles vieillissantes s’épuisaient jusqu’à la mort pour amener à leurs sœurs une subsistance. Je notais tout dans des carnets, voyeur de leurs petites vies si riches à l’aune de leur insignifiance. À défaut de démembrer leurs corps, j’en faisais l’inventaire, en les assommant de vapeurs de cyanure, avant de planter des épingles dans leurs ailes et leurs abdomens. Ainsi crucifiés, leurs couleurs intactes, ils étaient laissés à la postérité, aussi beaux que les saints qui ornent les vitraux de nos églises. Mais il n’était pas question de prier devant ces fétiches — ma révérence, c’était de les comprendre. Ma mère hurlait quand elle me voyait rentrer avec mes habits maculés de terre, pestant contre mes ongles brunis,
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le mal appliqué Arno Calleja
ns o i t i éd loo va n
Les derniers jours d’un pauvre gars qui vit du RSA et loge dans sa voiture. Quand on est au RSA on se fout complètement de soi. Le roman de ceux qui ne sont rien, qui crevent de misère affective, et n’ont même plus le droit d‘habiter le monde.
graphisme : Maxime Sudol 282 pages 140 mm x 20,5 mm 22€ broché - collé - rabats ISBN : 979-10-93160-96-2 parution le 17 septembre 2025
Éditions Vanloo www.editionsvanloo.fr diffusion/distribution : Serendip
Né en 1975 Arno Calleja vit à Forcalquier. Il revisite les formes romanesques ou poétiques, son écriture crée en permanence, entre douceur et violence, toujours vigilant à ce que la « phrase ne s’endorme jamais dans l’histoire ». Un admirable diseur de catastrophes désinvolte et hilarant. À la bétonnière, Le Quartanier, 2007 La performance, Joca Seria, 2012 Astropoèmes, avec Laura Vazquez, l’Arbre à paroles, 2018 Tu ouvres les yeux tu vois le titre, Le nouvel Attila, 2018 Un titre simple, Vanloo, 2019 La mesure de la joie en centimètres, Vanloo, 2022 La rivière draguée, Vanloo, 2022 Le blanc de l’œil, Vanloo, 2025
Trois éléments perturbants – un incendie, une inondation, un effondrement d’immeuble – contraignent Manuel Arganaraz à loger dans sa voiture. Il décide d’écrire un livre. Ça a toujours été son projet à lui. N’ayant rien à raconter il rend compte des événements, sur un cahier, puis de cahier on n’en trouve plus - le système marchand, entre temps, s’étant effondré. Il continue d’écrire sur son smartphone. Puis son smartphone meurt, et il continue sur un vieux Nokia, où cinq lettres ne fonctionnent plus. Pour trouver de la matière à lui, il s’inscrit sur l’application Freuday, un psy en ligne, un entretien par jour et le verbatim envoyé sur son smartphone. Écrire c’est aussi une psychanalyse. Le Mal appliqué est aussi un livre sur l’écriture. Fasciné par les phrases creuses qui jalonnent les mauvais romans pour faire connivence avec les lecteurs, il parodie l’image de l’Auteur (avec un grand H) qui reçoit don du génie. Mais Manuel n’a pas de don. Alors il remplit son cahier avec tout ce qu’il trouve, il zoome sur quelques détails de la ville : les mots écrits aux murs, l’eau des rigoles, etc. Il se veut secrétaire du réel. Manuel n’a plus de contact physique avec personne, hormis avec le « psy » (une IA ?) au téléphone, on peut se demander si tout ce qu’il raconte n’est pas simplement du remplissage, une façon de récupérer sa vie foirée. Mais plus rien ne se passe : une étrange « grève des événements » s’est abattue, qui le contraindra à écrire tout autre chose ; et à vivre, innocente, inutile et poétique, la vie du dernier homme. Revue de presse sur les livres d’Arno Calleja « Pour le narrateur, c'est l'extirpation d'un quotidien morne, la perspective d'un amour, la confrontation avec le deuil de ses parents, et surtout, la mise en route de la littérature. » Guillaume Lecaplain, Libération « Une langue joyeuse, bizarre et neuve et vive et étonnement (au sens fort et philosophique de l'étonnement) puissante et musicale. » Sally Bonn, Artpress « Le narrateur, lui, ne sait pas écrire. Et pourtant c'est son écriture qui nous retient, car Arno Calleja, plutôt que d'adopter une maladroite oralité écrite, a opté pour un style privé de virgule et pourtant doté de souffle, quelque chose d'habilement bégayant, de subtilement redondant, au prix d'une syntaxe savamment boitillée… » Claro, Le clavier cannibale « l’accumulation patiente de phrases infaillibles. » Émilien Chesnot, Sitaudis « Une quête de simplicité extrême dans la langue, doublée d'une grande sophistication qui ne s'affiche jamais comme telle. La recherche d'une voix « idiote », toute neuve, comme si la littérature venait de s'inventer… » Guillaume Contré, Le matricule des anges
Extraits Le mal appliqué Extrait 1 : Si faire son journal c’est vivre une journée et le soir l’écrire, et si faire ses Mémoires c’est écrire une vie déjà vécue, alors j’écris pour l’instant dans mon cahier quelque chose entre les deux, ma vie étant encore en cours et, considérée du point de vue du passé, encore peu fournie. Ce qui reviendra à, si j’ y parviens, raconter mes Mémoires à mon Journal tout en continuant de vivre. p15 Les gens bourrés d’alcool s’écroulent mais je n’avais pas bu d’alcool, je ne bois plus, je fume juste, je fume encore un peu, je me suis écroulé, je fume toujours pas mal, j’avais pas mal fumé, il faudrait réduire. P 26 p41 Extrait 2 : Comme vous dites que les rêves c’est une bonne matière Oui d’accord Voilà Alors J’étais dans un théâtre Mais seul dans le théâtre Assis dans le public tout seul Et j’écrivais sur mes genoux dans le théâtre Sur un ordinateur portable Assis dans les gradins Devant moi il y avait la scène Et sur la scène des acteurs des actrices Et sur mes genoux l’ordinateur J’écrivais et mes phrases vivaient en direct Sur la scène du théâtre Directement Si j’écrivais ceci Les acteurs disaient ceci Et ceci exactement C’était immédiat J’écrivais sur mon ordinateur une phrase Et elle était dite immédiatement Par une actrice Un acteur Mais Et là c’est la chose étrange Si je décrivais une situation Alors c’était immédiatement exécuté p60 Extrait 3 : J’ai bloqué un trop long moment à regarder mes yeux dans le rétroviseur. Il se passe un temps énorme entre deux phrases, et personne ne peut le savoir. C’est pour ça qu’il faut le dire. p72 Extrait 4 : Je n’en ai plus maintenant Ou moins Mais petit j’avais des croyances Je n’avais même que ça Je montais l’escalier en comptant les marches Je me croyais obligé de le faire Mais tout le monde compte les marches Même adulte on compte Et au CP Je pensais que la fille dont j’étais amoureux
Lisait mes pensées dans ma tête Oui Voilà à mon insu Oui précisément parce que j’étais amoureux d’elle C’était mon amour pour elle Qui lui donnait ce pouvoir De me lire À mon insu Et aussi je croyais Que le sexe des femmes c’était juste des poils Je croyais qu’il n’y avait rien en-dessous Rien en-dessous des poils du sexe des femmes Et aussi je croyais que pour faire des bébés Les pères posaient une graine Sur la masse des poils du sexe des femmes Voilà Et que c’était comme ça qu’un bébé venait Comme une polinisation oui Et puis j’avais d’autres croyances Je croyais qu’en arrêtant de respirer Le cœur s’arrêtait Alors souvent en classe J’arrêtais de respirer Et je me disais ça y est tu es mort Puis je reprenais mon air Et je passais à autre chose Et je vivais à nouveau Je croyais aussi que le monde était fini Et maintenant je crois qu’il est infini Mais ça revient exactement au même Pratiquement p75 Extrait 5 : Oui une fois j’ai essayé d’écrire un roman Malheur c’était nul J’ai découvert que je ne savais pas J’avais une histoire C’était une histoire de roman Et j’ai écrit l’histoire Mais une fois écrite L’histoire tenait sur une seule page Je voulais un roman Et je n’avais qu’une page J’ai compris qu’écrire n’était pas dire l’histoire Finalement je me suis dit Que la page était un poème Alors j’avais écrit un poème Et je suis passé à autre chose Et pendant des années Je n’ai plus eu l’idée d’écrire Rien p81 Extrait 6 : Je n’avais jamais pensé à Dieu, ni en image ni en croyance et c’est Sabine qui m’avait pour la première fois parlé de Dieu et fait penser à lui. Elle n’était pas croyante, sa mère était communiste et son père mort, mais elle s’était forgée une idée de Dieu à elle, qui passait par une définition du mot Dieu très personnellement à elle. Je résume. Pour Sabine Dieu n’était rien qu’une relation qui relationnait bien. Exemple. Quelqu’un chie bien le matin et part de chez lui tout
sourire et léger, c’est Dieu. Deux personnes se regardent se parlent et se comprennent, avec les yeux et avec les mots, c’est Dieu. Un stylo qui tombe de la table et fait son bruit de stylo tombé, au sol, c’est Dieu. Et qu’on se baisse pour le ramasser ou qu’on ne le ramasse pas. Dieu était pour Sabine les choses bonnes qui fonctionnement comme elles le doivent, selon la loi de la gravitation par exemple, et qui suivent leurs cours et procurent une satisfaction et produisent un plaisir chez les humains. Il n’avait rien à voir avec la religion son Dieu, il avait juste à voir avec elle, et avec le monde bien huilé et fonctionnel des choses et des êtres qui s’interpénètrent, communiquent et relationnent nickellement. p102 Extrait 7 : Le coude qui fait ses mouvements en l’air quand on écrit. Le coude mobile. C’est la plus belle invention de ma vie. La plus grande activité de ma vie que j’ai inventée. Le coude qui mouline l’écriture mobile qui avance. C’est une sensation de continuité. Et même maintenant d’un doigt au Huawei je me rends compte que mon coude mouline encore un peu dans l’air. Différemment mais encore. Circulaire. P143 9 - Les coupures quotidiennes du réseau téléphonique et internet et toujours aux mêmes heures. Des affiches dans les rues expliquent pourquoi c’est toujours aux mêmes heures. C’est une théorie. La théorie va chercher très loin dans les choses cachées que l’on nous cache sciemment. C’est une théorie complexe qui pèche par son goût propre de la complexité théorique. Les théories justes sont en général plus simples. Et plus décevantes. J’ai remarqué. P143 Extrait 8 : La fissure est le stade d’avant l’effondrement. La circulation des êtres et des denrées le stade d’avant leur disparition et la rupture de stock. La tenue de son journal est le stade d’avant sa mort. P153 Extrait 9 : Les évènements changent chaque seconde. Et chaque seconde aussi change à chaque seconde. Il faudrait que le langage change chaque seconde. À chaque seconde vécue son langage. Plus rien ne communiquerait d’une seconde à l’autre. On aurait perdu la continuité. Ce serait beau. Et gagné la félicité. Ce serait le bonheur. Ce serait l’oubli strict dans le bonheur pur. L’oubli de soi. L’oubli du monde. De tout. Même de l’oubli. Que le langage ait sa seconde et qu’elle ne continue pas. Nous sommes des morceaux de vieux bois. Nous ne changeons pas chaque seconde. Nous restons. Je n’aime pas rester comme je suis. Je préfèrerais être une seconde. Ou de l’eau. Une goutte de seconde. De l’eau de temps. Le temps ne regarde personne. Ne regarde rien. L’eau non plus. Mais elle fait du bruit quand elle passe. C’est pourquoi je préfèrerais être de l’eau finalement. Qu’on m’entende. p174 Extrait 1 : La batterie du Nokia tient admirablement sans besoin de l’électrifier. En suis éberlué. Le Nokia tire son besoin d’électricité de l’écriture. À mon avis. C’est la raison de la tension de mon index. Le nerf de l’écriture électrise le Nokia via mon index. L’index est la Centrale. Ressens l’électricité. Et même l’entends. C’est ce son si distinctif de la vibration des électrons. Chacun le connaît. Chante des chansons inventées au bébé roumain. Des chansons sans refrain. Mais avec des rimes au bon endroit en fin de vers. C’est fou comme les rimes viennent constamment d’elles-mêmes sans effort. Sans même avoir le souci de chercher. Dans une chanson inventée les rimes se condensent dans un coin du crâne et se distillent ensuite à l’endroit exact et au moment exact où la chanson en a besoin. Et dans un ordre doux. Seule la bouche exécute. Tout le reste est absent. C’est-à-dire tout le reste doit être formellement absent. p255
IL N’YA PAS D’ARC-EN-CIEL AU PARADIS
Nétonon Noël Ndjékéry
Entre Toni Morrison et Gabriel Garcìa Màrquez, Nétonon Noël Ndjékéry narre près de deux cents ans de solitude et d’horreur autour du lac Tchad. Fuyant les empires esclavagistes, une société d’hommes et de femmes libres s’établit sur une île mouvante au milieu de la Grande Eau. Elle traverse les heures sombres de la traite esclavagiste transsaharienne, de la colonisation, des Indépendances puis se réveille avec l’essor des nationalismes et des mouvements islamistes. Une fresque magistrale de l’Afrique subsaharienne, de ses brisures et de ses tentatives de se réapproprier son histoire ! Multiprimé, ce roman a été le lauréat du prix Hors concours 2022, du Grand prix littéraire d’Afrique noire 2023, du Prix Lettres Frontières 2023, et a été notamment finaliste du Roman des Romands 2023-2024. Lu dans les classes, circulant dans les différentes hémisphères de la planète, il est l’un des grands textes de la littérature tchadienne et subsaharienne. Dans sa version poche, il continue de se frayer son chemin et de porter l’art du récit et du « pleurer rire » de son auteur.
Biographie de l’auteur Hélice Hélas Éditeur Rue des Marronniers 20 CH-1800 Vevey Tél.: ++41 21 922 90 20 litterature@helicehelas.org www.helicehelas.org > litterature@helicehelas.org Distribution Suisse : Servidis Chemin des Chalets 7 CH-1279 Chavannes-deBogis Tél.: ++41 22 960 95 10 www.servidis.ch > commande@servidis.ch Distribution France Belgique : Serendip-Livres 21bis, rue Arnold Géraux FR - 93450 L’Île-St-Denis Tél.: ++33 14 038 18 14 www.serendip-livres.fr
Nétonon Noël Ndjékéry est né à Moundou au Tchad et débute sa carrière d’auteur avec une première nouvelle publiée par Radio-France Internationale. Depuis, il habite sur les rives du Léman, en Suisse. À ce jour, il est l’auteur de six romans, dont Au petit bonheur la brousse et Il n’y a pas d’arc-en-ciel au Paradis, publiés chez Hélice Hélas Éditeur en 2019 et 2022, et l’Angle mort du rêve paru à la Contre Allée en 2024. En 2017, il reçoit le Grand Prix Littéraire National du Tchad pour l’ensemble de son œuvre. — Collection : Mycélium poche Genre : Roman historique / Réalisme magique Sujets abordés : Esclavage ; Traite subsaharienne ; Lac Tchad ; Afropolitisme — Format 11,5 x 16,5 cm, 424 pages ISBN 978-2-940700-85-1 CHF 18 / EUR 14 Parution 17 septembre 2025
1 En cette fin du dix-neuvième siècle de l’ère chrétienne, la traite négrière transsaharienne battait son plein. Elle avait commencé bien avant son avatar atlantique qui s’essoufflait désormais. Au cœur de l’Afrique, des royaumes dont les élites s’étaient islamisées de longue date, le Baguirmi, le Bornou, le Kanem et le Ouaddaï prospéraient sur ce négoce nauséabond. Puissamment armés de fusils par leurs coreligionnaires orientaux, ils lançaient des razzias sur les territoires païens dont l’art militaire demeurait encore dominé par la sagaie, le couteau de jet, l’arc et les flèches. Outre l’ivoire, les peaux brutes ou tannées, les plumes d’autruches, la gomme arabique ou le musc, ils y raflaient surtout des captifs et du bétail aussitôt convoyés vers des comptoirs, immenses camps de concentration1, où des négociants arabes venaient se pourvoir en gibier de harems, en main-d’œuvre corvéable à volonté et en matières premières pour méchouis. Ainsi des caravanes entières, fortes de butins sur pied ou sur pattes, prenaient la direction du levant. Comme elles serpentaient entre les dunes, le désert ne se privait pas de prélever sur elles un lourd tribut de sang. Car beaucoup d’esclaves succombaient à la faim, à la soif, aux mauvais traitements ou au désespoir. Avant de laisser les cadavres aux 1 Zériba en arabe. 12
crocs des chacals et des hyènes, les chefs de convoi en tranchaient les oreilles qu’ils enfilaient ensuite en chapelet. Cette collecte macabre leur permettrait de prouver plus tard à leurs commanditaires l’étendue des pertes humaines enregistrées au cours de l’expédition. Arrivées à Khartoum, les caravanes allaient dégorger leur lie de survivants dans des enclos très spécialisés. Là, les malheureux étaient lavés à grandes eaux, puis triés et répartis en trois catégories selon deux âges butoirs fixés à onze et quinze ans1. On prenait quelques semaines pour les engraisser et leur restituer non pas un peu de leur humanité, mais une certaine valeur marchande. Au milieu de cette période de gavage, les garçons destinés à être exploités localement étaient castrés séance tenante. Une fois que tout ce beau monde avait eu ses plaies cicatrisées et ses rondeurs quelque peu retrouvées, mâles et femelles étaient conduits en troupeaux séparés au grand bazar où les esclaves se vendaient à la criée. Les plus prisés n’étaient pas forcément les plus beaux ni les plus athlétiques, mais ceux qui avaient déjà eu la petite vérole parce que cette maladie était souvent mortelle à l’époque. La plupart d’entre eux finissaient dans un sérail, les femmes comme bêtes à donner du plaisir, les hommes comme cerbères de harems. 1 Comâci : moins de 11 ans. Cedâci : entre 11 et 15 ans. Balek : plus de 15 ans. 13
Le Baguirmi, le Bornou, le Kanem et le Ouaddaï tiraient des profits colossaux de ce trafic d’humains. Mais la demande était si croissante que les quotas de livraison périodiques, qu’ils s’étaient engagés par contrat ou bakht1 à honorer auprès de leurs partenaires levantins, s’avéraient difficiles à satisfaire. En effet, plus ils s’en prenaient aux païens, plus ceux-ci avaient la mauvaise idée de fuir vers le sud et de s’enfoncer dans ces régions forestières où la prédominance de la redoutable mouche tsé-tsé infléchissait les plus dévorantes ardeurs conquérantes en décimant les chevaux. Le gibier bipède aux yeux à fleur de tête devenant rare, les États prédateurs se mirent à lorgner leurs propres sujets pour compléter les contingents d’esclaves. Comme leurs populations ne fréquentaient la mosquée que de jour et le baobab tutélaire dès la nuit tombée, il leur était aisé de dénicher des bougres qu’ils accusaient d’être des idolâtres. Ils les asservissaient sans autre forme de procès et les expédiaient par familles entières vers Khartoum. À cette pénurie rampante vint se greffer une autre complication. Sûrement abusé dans son sommeil par Satan (à moins que ce ne soit par la superbe négrillonne qu’il venait d’acquérir), un ouléma réputé du Caire se fendit à son réveil d’une 1 Traité imposé dès 652 par l’émir arabe Abdallah Ben Saïd au roi nubien Khalidurat l’obligeant à livrer chaque année un quota d’esclaves à l’imam des musulmans à Assouan. 14
REVUE de presse Emissions et dossiers de radio RFI – Radio France Internationale, Catherine Fruchon-Toussaint, 06.07.2019 RTS – Radio Télévision Suisse, Jean-Marie Félix, 08.05.2020
Articles presse Le Monde, Gladys Marivat, 21.06.2019 Le Point, Valérie Marin La Meslée, 08.05.2019 Libération, 10.05.2019 Le Temps, Isabelle Rüf, 02.06.2019 Le Courrier, Amandine Glévarec, 14.04.2019 Le Vif – Trends-Tendances, 25.04.2019
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Au petit bonheur la brousse Nétonon Noël Ndjékéry 01 mai 2021 (format poche) 448 16 EUR
COLLECTION : Mycélium Mi-Raisin (littérature contemporaine) GENRE : Roman de formation
La Cause Littéraire, Cathy Garcia, 13.03.2019 Fattorious, Daniel Fattore, 22.04.2019 Chroniques littéraires africaines, Sonia Le Moigne Euzenot, 02.04.2020 AfricainsMag, Françoise Hervé, 26.07.2019 La Cène Littéraire, Ndongo Mbaye 09.08.2020 LeFaso, Alain Joseph Sissao, 19.01.2021
Sélection prix littéraires Prix les Afriques 2020 (pré-sélection) Prix Hors Concours 2020 (pré-sélection) Prix du Public RTS 2020 (sélection) Prix Roman des romands 2020 (sélection
Nétonon Noël Ndjékéry, entre les rives du Léman et N’Djaména Nétonon Noël Ndjékéry est né à Moundou au Tchad. Son père étant un soldat de l’armée française ayant combattu dans la colonne Leclerc durant la seconde guerre mondiale, il grandit dans un camp militaire et a très tôt été mis au contact de la langue française. Il s’est également nourri à la puissante sève de l’oralité subsaharienne et des griots de passages. Sa carrière d’auteur débute au Tchad avec une première nouvelle publiée par Radio-France Internationale. Depuis, il habite sur les rives du Léman, en Suisse. Dans ses écrits, Nétonon Noël Ndjékéry flirte autant avec la poésie, les nouvelles et le théâtre qu’avec le roman. A ce jour, il a trois romans à son actif : Sang de kola (1999, l’Harmattan), Chroniques tchadiennes (2008, In Folio) et Mosso (2011, In Folio). En 2014, il publie un recueil de nouvelles La minute mongole aux éditions de la Cheminante. En 2017, il reçoit le Grand Prix Littéraire National du Tchad pour l’ensemble de son oeuvre.
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LA MINUTE MONGOLE Nétonon Noël Ndjékéry
Les nouvelles qui composent ce recueil sont initialement parues en 2014 aux éditions la Cheminante. Dans cette réedition, l’art de la narration, de la satire politique et du « pleurer rire » de l’auteur helvéto-tchadien Nétonon Noël Ndjékéry se tissent habillement à travers cinq récits des déboires et des infamies politiques, ainsi que des horreurs des crises humanitaires dans la région du Sahel. En cinq tableaux, Nétonon Noël Ndjékéry nous immerge dans les vécus des impotents et des puissants, de ceux et celles que le pouvoir écartent ou rendent orgueilleux, des infortunés qui se vident des famines endémiques, se révoltent silencieusement, ou attendent leur heure, ou leur minute de gloire et de trépas.
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Sous ce titre énigmatique de la Minute mongole ce recueil con irme le talent manifeste de son auteur à entrelacer les récits, à les placer en situation d’échos dans un frisson d’horreur. Il dresse ainsi une critique acerbe d’une région qui se présente comme un « laboratoire à ciel ouvert du Diable » entre les guerres civiles, les jeux d’in luence des Ministères, les abus des brigades armées, les sécheresses et les famines. Au milieu de ces événements, des hommes et des femmes subissent ces drames dans leur corps et leurs entrailles. Ils et elles paient le prix fort des incapacités à sortir de logiques claniques et d’allégences, de captation des solidarités, et d’œuvrer pour un bien commun même quand les occasions en sont fournies.
"Depuis une vingtaine d’années, le romancier, nouvelliste et poète compose une œuvre qui explore les thèmes de la domination et de la liberté à travers le passé et le présent tourmentés de son pays natal et de l’Europe. L’auteur plonge de picaresques héros dans les affres de l’histoire. " Le Monde L'auteur : Nétonon Noël Ndjékéry est né à Moundou au Tchad et débute sa carrière d’auteur avec une première nouvelle publiée par Radio-France Internationale. Depuis, il habite sur les rives du Léman, en Suisse. A ce jour, il est l’auteur de cinq romans, dont Au petit bonheur la brousse et Il n’y a pas d’arc-en-ciel au Paradis, publié chez Hélice Hélas Editeur en 2019 et en 2022. En 2017, il reçoit le Grand Prix Littéraire National du Tchad pour l’ensemble de son œuvre.
— Collection : Mycélium mi-raisin Genre : Nouvelles Sujets abordés : histoire africaine ; Sahel ; déboirs politiques — Format 11.5x16,5 cm, 192 pages ISBN 978-2-940700-25-7 CHF 20 / EUR 14 Parution : Mars 2023, Suisse, France et Belgique.
La première déflagration roula comme un coup de tonnerre dans le lointain. Absakine en ressentit l’intensité jusque dans son rêve puisque ses doigts se crispèrent sur le sein gauche de Mariam. Celle-ci poussa un léger soupir et se lova davantage contre lui. La seconde déflagration porta la foudre dans la chambre même. Et l’onde de choc les projeta au bas du lit dans une grande envolée de draps, de couvertures et d’oreillers. Extirpés de la langueur de la sieste, ils se relevèrent, la panique au ventre. Lui bredouilla une sourate. Elle fit de même. Puis ils virent une mince fumée blanche ramper sur le tapis. Tandis qu’elle se mettait à tousser comme une damnée, il empoigna résolument une machette, avança jusqu’à la porte et l’ouvrit. L’horreur l’assaillit par les narines avant d’envahir ses pupilles, puis de lui éclabousser la conscience. Etait-ce déjà la fin du monde ?... Sa boutique était en feu ! De grandes flammes avides et dansantes en léchaient le toit. Qui avait provoqué cet incendie criminel ? Pour quel manquement Allah le punissait-il ainsi ? Le regard à peine envahi par le rouge du brasier, Mariam poussa un hurlement et s’écroula, évanouie. Sans se soucier de sa douce
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moitié, Absakine se jeta dans la cour enfumée. Il était comme fou, courait dans tous les sens et dévidait des jurons vite mangés par le bruyant festin des flammes. Il avait le sexe qui lui battait l’entrejambe avec la frénésie d’un serpent décapité. Les voisins, accourus en masse, furent décontenancés par les gesticulations du commerçant où l’hystérie le disputait à l’impudeur. Cependant, passé le premier instant de désarroi, tous se mobilisèrent pour combattre le sinistre. Ils vidèrent une noria de bacs de sable et de seaux d’eau sur le foyer. Mais rien n’y fit. Le bâtiment se consuma jusqu’au bout aux sons des boîtes de conserve qui explosaient. L’ultime fumerolle était encore en transe au-dessus des charpentes calcinées quand le ciel tout entier s’embrasa à son tour. De sourdes explosions et des rafales d’armes automatiques se répondaient en écho. Elles paraissaient même se relayer pour ne laisser aucun répit au silence. De toute évidence, la guerre civile venait de renaître de ses cendres. ***
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Fille de vous - Z. HERNANDEZ Au moment où les fantasmes fascistes continuent de lire l’Algérie avec les réflexes coloniaux bien ancrés dans l’identité nationale, ce premier roman de Z. Hernandez nous propose une autofiction historique qui rappelle à quel point la France est façonnée par cette guerre civile « d’Algérie » qui ne dit pas son nom, avec son cortège de colonialité qui n’en finit pas de ressasser une pseudo gloire d’antan. Première coédition entre Le Sabot et Terrasses Éditions, Fille de vous est une tentative pour écrire les mémoires à fleur de peau en ne pouvant plus s’offrir le luxe de séparer les mémoires intrafamiliales des grands récits guerriers écrits avec les mots de la guerre. Autrement dit : les mots des hommes. Z. Hernandez raconte les hommes de sa famille qui font et ont été faits par la guerre entre l’Espagne anti-franquiste et l’Algérie en lutte indépendantiste. Mais elle n’a pas le choix d’utiliser ce qu’elle sait le mieux pour le faire : la grammaire des filles
des femmes. La grammaire de celles qui n’ont de cesse d’accompagner les guerres des hommes, qui n’ont de cesse de « racler la guerre » pour survivre et faire vivre des bouts de mémoire, des bouts de dignité là où l’art guerrier ne fait qu’avilir et pourrir les âmes. Ce court roman écrit dans le temps et les tripes des luttes radicale de l’extrême gauche du 21ème siècle force les récits pour faire tomber les derniers masques des lâches guerres impérialistes et pour tenter de retrouver les quelques illuminations des rebellions et des solidarités de femmes survivantes.
Version courte : Première coédition entre Le Sabot et Terrasses Éditions, Fille de vous est le premier roman de Z. Hernandez. Il nous propose une autofiction historique qui rappelle à quel point la France est façonnée par cette guerre civile « d’Algérie » qui ne dit pas son nom. Les hommes de sa famille, comme tant d’autres, qui font et ont été fait par la guerre entre l’Espagne anti-franquiste et l’Algérie en lutte indépendantiste. Mais elle n’a pas le choix d’utiliser ce qu’elle sait le mieux pour le faire : la grammaire des filles des femmes.
Octobre 2025 130 x 200 mm / 128 pages / 11 € Thèmes : roman historique, autofiction, féminisme, anti-franquisme, anarchie, Algérie, indépendance. Isbn : 978-2-492352-19-5 (couverture provisoire)
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extrait
Les hommes s’enlacent, s’empressent, se rangent dans les cales, mon frère, mon camarade. No pasaran ! Sur le quai, les cadavres chantent encore. A las barricadas ! Carmen se tient sans frémir. Autour d’elle ses trois filles ; Lucia, Ines et Gloria. Assis à ses pieds, par terre, mon grand-père Pablo, est accroché à la lourde jupe de sa mère. Sa main prise dans le tissu du vêtement, il regarde la poussière sur le bord du quai. Il veut pleurer mais se retient. Ses phalanges crispées dans son poing fermé et ses ongles enfoncés dans sa paume lui dressent un portrait de martyre. Dans les bras de Carmen, sa plus jeune fille, Linda, s’est endormie, sourde au vacarme de l’exode. Carmen hésite à suivre son homme. Ses doigts tressaillent. Des secondes furies broient le temps. Elle sait que sur cette terre espagnole qui l’a vu vivre, reste la tombe de son enfant mort-né, Adrian, jamais plus fleurie si elle prend la mer. Elle sait que reste secrets et manigances. Que reste la condamnation à mort de son mari pour l’armement des anarchistes avec l’or détourné à la CAMPSA. Elle sait que reste la confiance, le confort et la révolution. Elle fixe son homme soldat déjà sur le bateau. Son homme mensonge. Son homme jamais la guerre plutôt que vous. Elle sent la colère qui la consume. Sa colonne envahie par une violence crue la ravage de l’intérieur. Traître à ta famille ! Alvaro la cherche toujours et leurs regards finissent par se croiser dans l’incendie de Carmen. L’instant s’étire. Et brûle.
¡ Puta guardia civil ! Des cris se font horde à l’entrée du port. Le souffle des balles des phalangistes et des chemises noires italiennes venues apporter leur aide aux fascistes espagnols frappent les corps des pas-encore-à-bord. Sans plus d’hésitation, d’un mouvement sec, Carmen relève Pablo et le tient fermement de sa main libre. Sa voix claque aux oreilles de ses filles et elle se jette à corps perdu dans la foule avec ses cinq enfants. Dans cet élan pour embarquer, Carmen ne pardonne pas. C’est l’indulgence qui prend le large et une rancoeur se dépose sur le sol espagnol pour se mélanger à l’amer défaite des rouges et noirs. Dans la rapidité du départ, les nobles étoffes des robes et des drapés de Carmen, Lucia, Ines, Gloria, Pablo et Linda, forment de têtus drapeaux qui flottent. C’est un tableau qui prend l’entièreté du port et aujourd’hui, dans mon nom, une titanide. Avec l’exil chargé comme une cargaison, de bras fatigués en bras fatigués.
le continent des deux lunes Thomas Lanfranchi De la vie privée de l’artiste, ou la brocante comme mouvement perpétuel.
graphisme : Maxime Sudol 106 pages 130 mm x180 mm 14€ ISBN : 979-10-93160-92-4 broché - collé - rabats parution le 17 octobre 2025
Éditions Vanloo www.editionsvanloo.fr diffusion/distribution : Serendip
Deux continents bien distincts, éclairés chacun par sa propre lune. Le livre se construit entre les rêves, minutieusement relatés, sorte de revers plus ou moins saisissable de la vie «réelle» ; et cette vie réelle qui n’existe que par le souvenir. Après avoir relaté ses premières recherches dans les deux livres précédents, Thomas Lanfranchi évoque un tout autre aspect. On pourrait dire sa vie privée : les voyages de sa jeunesse et son métier éternel : la brocante. Gagne-pain et façon d’être au monde. Il y a d’abord l’intérêt porté aux gens, les rencontres aux Amériques, en Australie : artistes, paysans, chasseurs, routiers… sur lesquels il porte un regard qui les rend tous si particuliers, car il les laisse simplement être eux-mêmes. Et au milieu, les objets. Ceux qui circulent. Qui ont une valeur, pas en soi, mais parce qu’il les vend, parce qu’ils se vendent. D’anecdote en anecdote, le lecteur partage la fébrilité de la découverte, la curiosité toujours en éveil. C’est un angle bien particulier par lequel s’offre le monde, une curiosité ciblée. Le moment de la vente n’est jamais raconté ; il est dit. Il vend tout d’ailleurs, même les objets personnels. Pour l’argent, il faut bien vivre ! Mais surtout pour le départ, il y a comme une fascination de la disparition des objets dont bientôt ne comptera plus que le souvenir ou la trace.
Né à Marseille en 1964, Thomas Lanfranchi vit et travaille à Bordeaux en région Nouvelle-Aquitaine. Après un parcours scientifique, il intègre les Beaux-Arts de Marseille/Luminy, puis ceux de Hambourg. Habité par des idées de légèreté et de transparence, l’artiste commence à réaliser des formes légères et aériennes sur des bases géométriques simples. Mises en présence du vent, révélées par le paysage et le ciel, ces formes volent le temps d’un film et de prises de photos, qui demeurent les seules traces de chaque expérience. - Une guêpe dans le K-Way et Le fandango du pamplemousse sont déjà parus aux Éditions Vanloo - En 2021 une monographie regroupant photographies et dessins est parue aux éditions Dilecta. La collection Volante est une collection qui regroupe les écrits de l’artiste Thomas Lanfranchi, créateur de formes volantes. L’écriture est un support, un outil de réflexion, mais elle a aussi un usage plus restrictif et utilitaire : un simple pense-bête. Elle participe de la création des formes volantes en ce qu’elle fixe les étapes de la réflexion, mais aussi en ce qu’elle permet de créer un lien entre ce que l’artiste observe du réel et la façon dont il va l’utiliser dans ses réalisations. C’est alors le narratif qui fait émerger la forme. Un travail éditorial au long cours s’engage. Un parcours de vie noté depuis trente ans. Tout est vrai et tout est le réel recomposé, sans fard.
Extraits et citations
Extrait 1 :
En rêve, nous sommes en communication immédiate avec la cafétéria de la vie. p26
Extrait 2 :
La lumière est grise, omniprésente, légèrement nuancée de blanc. Je plane, virevolte, évolue des heures dans cette matière impalpable immense et silencieuse. Avec mon corps comme seul repère, comme les grands oiseaux, je m’endors en plein vol. Je commence à rêver à l’intérieur du rêve. P29
Extrait 3 :
Le rêve est parait-il plus léger que l’air, souvent moins dense que l’eau, pour une même surface donnée. En rêve mes gestes ne sont jamais de circonstance, je suis toujours un peu lent. J’arrive rarement à courir ou jamais quand il le faut et quand je vole, on pourrait plutôt parler de cabotage, car je reste toujours près du sol. p33
Extrait 4 :
C’est une chèvre/tupperware, comme un retour sur son quant-à-soi, chez soi à la cuisine des champs, a n de mieux exploiter le confort moderne de la haie. p39
Extrait 5 :
1981 Je suis à la fenêtre où je crache des oiseaux : des pinsons, des moineaux, fauvettes et bruants qui s’envolent en chan- tant. Je les crache comme des noyaux de cerise, des pépins de pomme, ils s’envolent et se posent autour de moi sur les branches d’un cerisier. Des mains bleues sortent du tronc et cueillent délicatement les fruits rouges posés sur le ciel. p40
Extrait 6 :
Le rêve est un lieu qui se contient, se convient à lui-même. Une aide amie, onirique et sereine dont il ne faut rien attendre. Il chemine à nos côtés du concret à l’absurde entre la pomme et le sein. p65
Extrait 7 ;
Il est toujours dif cile de se souvenir d’un âge où nous étions poissons, me dit-il. Gaucher, j’ai fait un progrès spectaculaire à 6 ans, en deve- nant droitier, rendu ambidextre et dyslexique à jamais. p72
Extrait 8 :
L’abstraction et la figuration n’existent plus, le temps d’une chanson. p73
Extrait 9 :
Les objets qui ne se vendent pas sont souvent, par simple analogie inconsciente, ceux qui nous interpellent le plus. Ils font partie de la cohabitation que nous avons avec les locaux vacants de nos mémoires et tissent en filigrane et un peu malgré nous, une connivence secrète qui nous lie aux choses au-delà d’une pensée de choix ou de goût. On ne les oublie pas. p74
Extrait 10 :
Mes rêves fondent comme ces savons usés en bord de lavabo, la vie est un flirt. p76
Extrait 11 :
Avec toutes ces années, je pense que la découverte d’un objet n’appartient pas qu’au hasard. La trame qui lie leur destinée à la notre est seulement trop vaste pour que nous puissions la comprendre. Un élément reste cependant tangible. En arrivant dans un endroit, je sais s’il peut ou pas se passer quelque chose. Il y a une relation épidermique qui se met en place, traduite par une chair de poule, un flux sanguin... Les objets transportent avec eux une transe liée à leur histoire qui parfois rejoint la nôtre. Tout Mélanésien, Amérindien ou Africain saura vous dire fort simplement, si vous les interrogez à ce sujet, les objets peuvent être habités ou non. À 10 ans, dans la boulangerie de madame Ambrosini à Marseille, je craignais déjà les piqûres des meringues. Une fraise géante me barre la route. p90
Extrait 12 :
L’accoutrement du faussaire m’a toujours plu. Dans un voyage spatio-temporel proche de la science-fiction, il a le talent d’entrer dans l’histoire, celle de l’art entre autres, par une porte discrète où il revêt en plus ou moins bon comédien, les habits d’une époque, d’un moment, puis repart vivre dans un autre espace. p95
Extrait 13 :
J’espère bientôt essayer de tricoter du plastique et tenter par la même occasion, une cure de croquettes pour chat. Nos chats ne mangent que ça. Il sont en pleine forme, dorment bien et ont un moral à toute épreuve. p97
Extrait 14 :
La petite fenêtre qui se trouve à l’arrière donne sur le ciel. Elle se re ète quelques mètres plus loin, dans la baie vitrée de la porte d’entrée. Le double vitrage la détoure parfaitement et laisse son image, comme un monochrome d’azur en suspens sur la surface du verre. Je suis sûr qu’assise dans son fauteuil, elle regardait aussi ce petit rectangle bleu, parfois traversé par un nuage. p111
La politique continuée par la littérature Comment la littérature peut-elle participer à l’effort politique sans se renier comme littérature, sans se subordonner à la cause ? Comment peut-on faire politiquement de la littérature ? Á quoi ressemblerait une politique de la littérature ? Nous ne créons pas les éditions Cause perdue parce que nous avons la réponse mais pour faire vivre ces questions. Car à ces questions il n’est de réponse qu’au cas par cas, livre après livre, dans le vif du texte.
Bien vouloir patienter Thomas Mairé
Les éditions Cause perdue sont un collectif constitué de Stéphanie Vincent, Elsa Personnaz, Gaëlle Bantegnie, François Bégaudeau, Gwénaël David, Antoine Derouallière, Julien Ollivier Bénédicte Thiébaut, Xavier Tresvaux. contact@editionscauseperdue.fr Stéphanie Vincent 06 74 33 21 79 - Elsa Personnaz 06 81 98 16 07 Lancement en avril 2025 - Inscrivez-vous sur www.editionscauseperdue.fr pour suivre nos actualités.
Si le travail est toujours un concentré d’enjeux politiques, c’est particulièrement vrai en centre d’appel à Tourcoing. Bien vouloir patienter se situe là où une main d’œuvre interchangeable subit la plus grande pression managériale. En quoi il appartient de plein droit à la catégorie du roman social.
Résumé argumenté
Jonathan parvient à décrocher une formation pour un poste dans un centre d’appel. Entre le Nouveau Tourcoing délabré et un stage express à Amiens, on entre avec lui dans l’open space de Webophonia, ce « projet innovant » qui nous invite à « Viser le WAOUH ». On y croisera des managers médiocres, deux Roms amateurs de pétanque et une petite bande de potentiels salariés loin d’être dupes de l’« aventure ». Ces figures des jeunesses populaires déclassées nous racontent un prolétariat moderne et les nouvelles formes d’exploitation d’un monde professionnel qu’il ne faudrait jamais cesser de documenter. Négligeant les signes discrets d’une crise sanitaire qui plongera son activité dans l’absurdité et l’enfer des commandes en ligne, le narrateur s’emploie à rester dans la course pour décrocher un poste de télévendeur en prêt immobilier. Avec l’humour comme ultime défense et hygiène élémentaire, il évolue entre affinités et crispations au milieu de ses collègues de galère, sans complaisance avec ses propres biais et travers. Le récit, charpenté par les dialogues, capte aussi bien les bribes d’univers individuels de ces nouveaux prolétaires, que les mécanismes de la concurrence entre sous-traitants et donneurs d’ordre de ce secteur en bout de la chaîne de valeur. De la saisie concrète de l’aliénation des corps à celle de la mécanique implacable des prêts bancaires ou de l’externalisation en zone franche, le centre d’appel devient ce microcosme où la lutte des classes se décline à toutes les échelles et dans sa plus simple crudité.
ISBN : 978-2-487871-04-5 Format : 13x19 cm 176 p. Prix : 14 € Parution : 13/11/2025
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………… Thomas Mairé grandit dans l’Oise après y être né de manière fortuite en 1982. C’est par curiosité qu’il s’oriente vers des études d’art à l’université d’Amiens et par accident qu’il y obtient une licence dont il ne fera pas grand-chose, si ce n’est la mentionner ici pour faire sérieux. Par la suite il devient téléconseiller pour d’obscures raisons alimentaires et tente de faire carrière dans le secteur tertiaire, fort heureusement sans y parvenir, sans quoi il ne pourrait se consacrer à l’écriture entre deux missions d’intérim. Il a eu la chance de stagner dans les milieux suivants : téléphonie mobile, crédit revolving, sex-shop, agence de voyage, catalogues de prêt-à-porter, banque, leasing automobile, informatique, courtage immobilier, électroménager, restauration et bar. On l’a parfois vu dans des concerts punk rock et dans des mouvements contestataires, et pas toujours dans des états très présentables. Depuis quelques années, il travaille là-dessus ainsi que sur son second roman.
Extraits choisis
– C’est une bonne formation ? – Il y a des éléments un peu bruyants, mais dans l’ensemble ils écoutent bien et ils sont curieux. Les éléments restent silencieux tandis qu’Aymeric et Natacha évoquent le prometteur potentiel de la classe – car nous sommes en classe. Noûr et Sirine ont gentiment déconné en fin d’après-midi, et Aymeric les a fusillées du regard en soufflant. Hormis cet épisode, la journée a été plutôt morne. De mon côté, je participe aux exercices en feignant l’intérêt. La plupart des autres recrues agissent ainsi, Alex, Fatima, Ingrid, Siham. À contre-courant, Dounia note tout mais ne parle pas et ne pose aucune question. Seules Noûr et Sirine essaient de réellement s’intéresser, de réellement s’impliquer. De fait elles développent un esprit critique et une attitude rebelle en réaction à la bêtise flagrante des procédures enseignées. Les plus âgés, dont moi, sont familiers de la répétition, de la routine amenée à s’installer au long de la formation et du rabâchage à venir sur les étapes clés de la relation client par téléphone. Le paradoxe du vite et bien, la contradiction entre la qualité et la quantité, la dissonance cognitive entre la rentabilité et le respect du locuteur. Dans un service client, le client est au service de l’entreprise et non l’inverse. Nous produisons des appels, et en dépit des exigences prétendues, leur contenu importe peu. *** De son côté, Noûr gagne en aigreur de jour en jour. Bien que résolue à comprendre le métier et à le pratiquer du mieux possible, elle ne prodigue aucun effort de courtoisie élémentaire. Nullement avare de réflexions stériles sur la formation trop rapide et trop compliquée, elle se lâche envers Steven le prof d’arts et envers moi à la moindre occasion, nous reprochant notre verbe soutenu. Steven fait preuve de patience, pas moi. Un après-midi, alors que nous formons des groupes pour un atelier, elle annonce tout de go en nous lorgnant qu’elle ne veut pas finir avec les bolosses. Je lui rétorque que ses remarques de merde, elle se les garde pour elle, le volume monte,
Violaine intervient. Sur le registre de la fausse plaisanterie, elle nous oblige à faire équipe. Ravalant notre fierté, nous bossons en tâchant de ne pas nous écharper – surprise : tout se déroule sans accroc. Noûr me perçoit comme je perçois Aymeric, ce misérable crétin ; elle me perçoit comme elle aussi perçoit Aymeric, et ça me fout la rage. Dans son fiel persifle une jalousie envers mon éducation, une animosité envers ma supposée supériorité sociale, comme si j’essayais consciemment de mettre en avant mon extraordinaire savoir et mon génie naturel au détriment compétitif de sa vulgarité et de son inculture. J’apprends par Sirine que Noûr est issue d’une famille bien plus aisée que la mienne, père marocain restaurateur, détenteur d’une chaîne de restaurants, mère belge kinésithérapeute. Le complexe à mon égard est socioculturel, non matériel. Je ne suis pas métis, arabe, femme ou jeune, je suis un homme blanc pontifiant entre trente et cinquante ans, toutes les chances sont de mon côté, c’est ce qu’elle se raconte. Il y a du vrai mais je n’ai pas envie de l’admettre. Chacun sa merde, j’en charrie suffisamment pour ne pas avoir à gérer celle de quelqu’un dont je n’ai rien à carrer. *** – Tiens regarde, c’est marrant. Sylvain me montre du doigt les deux Roms qui errent aux alentours du centre d’appels. On les connaît ceux-là, on en entend parler en salle de pause. Tous des voleurs. Ils font du trafic d’enfants. D’ailleurs quand ils font la manche, ils piquent discrètement leurs bébés avec des épingles à nourrice pour les faire pleurer et attirer la compassion. D’ailleurs quand ils ont fini de faire la manche, ils s’évanouissent dans de luxueuses Mercedes que les honnêtes Français ne pourraient pas se payer. D’ailleurs ils vivent de l’aide sociale, et du trafic d’organes, mon cousin connaît un mec qui connaît un type qui connaît un gars qui a vu des Roms s’approcher d’une femme sur le parking d’un LIDL, et sous prétexte de lui faire renifler du parfum, ils l’ont endormie au chloroforme et kidnappée dans un fourgon blanc pour lui extraire ses reins. – Tu sais ce qu’ils viennent fabriquer ici ?
– Boire des coups, non ? Ils habitent dans les cahutes pas loin. – Eh, pas seulement. Quand tu avances le long du grillage, il y a un terrain vague tout plat, les mecs y ont installé deux grosses bobines de chantier pour s’asseoir. Ils boivent des canettes, mais surtout, ils jouent à la pétanque. Je discerne en effet des sacoches de boules de pétanque, des vraies, pas de la camelote, dans les mains de nos deux Roms. Avec quand même des bouteilles de bière dans un sac en plastique pour faire bonne mesure. – Donc ils ne viennent pas chouraver du cuivre ou des poules. C’est remarquable. *** Nous croisons Aymeric qui devine un incident au vu de notre affluence inhabituelle. Le grand idiot m’aboie dessus. – Il se passe quoi ? – Aucune idée. Sirine s’est écroulée d’un coup. On attend les secours. – Une chute de tension ? Un malaise vagal ? – Comment je le saurais ? – De quoi, malaise Bengale ? intervient Noûr avec véhémence. Toujours sur la défensive, elle ne loupe aucune occasion de libérer son sale caractère. L’absurdité malencontreuse de « malaise Bengale » me percute comme un fou rire à un enterrement et je me mords l’intérieur des joues. Aymeric ne relève même pas. Il s’emporte, lève les bras au ciel. – Ah putain, merde, fait chier ! On ne peut pas se permettre de perdre encore un agent sur cette formation. Ça suffit, les problèmes médicaux à la con. Fortuitement, Noûr, qui vient d’apprendre en simulation à poser des questions judicieuses dans le cadre d’une découverte des besoins, enchaîne : – Du coup elle vient pas à Amiens ? Moi, si elle va pas, je vais pas non plus. – Toi, tu iras où on te dit d’aller, rétorque le formateur. Je retrouve les fumeurs sur le parking. Pour le moment, nous ne pouvons que spéculer sur le sort de Sirine. Par conséquent nous
spéculons. La précarité de notre situation professionnelle et la rigueur de la formation nous ont soudés. Je suppose que nous prenons conscience que désormais, nous formons un cercle. Celui-ci vient d’être fragilisé. Sirine est l’une des nôtres. Nous tenons à elle. Nous espérons à voix haute que tout ira bien. Un véhicule de secours se pointe après une brève attente, se gare près de notre attroupement. Deux pompiers entrent puis ressortent, ils emmènent Sirine, allongée sur un brancard. Elle relève la tête, au soulagement général, et glisse un « ça va » avant d’être conduite aux urgences. – Elle ne mange pas le midi, déclare Siham comme pour expliquer. Je songe aux appétences de Sirine pour le Tramadol, à ses migraines ophtalmiques, à ses incompréhensibles jeûnes du midi, et, si ça se trouve, du soir aussi. Le mal-être vient de quelque part, il n’existe pas d’épiphanie du trouble. Sans me donner beaucoup de détails, Sirine m’avait un jour raconté qu’elle s’était mariée à l’âge de dix-huit ans, puis avait divorcé deux ans plus tard. Elle envisageait dorénavant de rester célibataire jusqu’à la fin de ses jours, avait précisé : ras le bol, j’en ai fini avec les mecs. En plus, la cérémonie avait coûté un bras. Dans un discret déshonneur, elle était revenue vivre chez ses parents. Le soir venu, je contacte Dounia pour prendre des nouvelles. Finalement, le malaise était vagal, ou hypoglycémique. Ou Bengale. Bref, un truc pas grave. Tout s’arrange, on suppose. On ne sait pas. Peut-être que, si ça va mieux, elle nous rejoindra demain pour la virée de deux jours sur Amiens, peut-être que non. Dounia me renseigne également sur le véhicule de Sirine dont je me contrefous. La vieille BMW a été convoyée par Ingrid avec l’aide d’un cousin. *** La voix lasse d’une jeune salariée parvient à mes oreilles : derrière moi se trouvent les postes des conseillers Chapiteau, hifi et électroménager. – Madame, je vous présente nos excuses pour ce retard indépendant de notre volonté. Vous recevrez votre mini-four dans les meilleurs
délais. Non Madame, je ne vous mettrai pas en relation avec mon responsable. Je suis responsable de mes appels. Madame je ne peux pas faire autrement. Je vous remercie pour votre appel et je vous souhaite une bonne journée. Ce discours se répète de nombreuses fois en un laps de temps très court. Le téléconseil dans la vente par correspondance consiste à s’excuser chaque jour pendant des heures auprès des consommateurs pour les retards de livraison. Il faut une patience d’ange pour tenir. Si on a un loyer et des factures à payer, ça aide aussi. *** – C’est pas l’idée du siècle de continuer à se la coller comme ça. – Ouais, c’est vrai, admet-il à contrecœur. Dernière binouze et je le ramène à sa piaule. – Vous pensez qu’elle a quoi, Fatima ? interroge Grégoire. – Bah, elle a posé un arrêt enfant malade non ? C’est donc que sa fille est malade. – Malade mon cul ! ricane Armand. Elle ne voulait pas venir, voilà tout. – Ou alors bêtement elle ne pouvait pas, réfléchis. Steven marmonne un truc, les yeux mi-clos dans son ébriété calamiteuse. Désormais inintelligibles, ses interventions passent inaperçues. – Si ça se trouve c’est le virus chinois, suggère Sylvain. Y a eu des cas en France. – Mais non, c’est des conneries ça. C’est trois ou quatre cas de grippe ce machin, un emballement médiatique de plus. Grégoire me fixe, la mine assombrie. – Pour qu’on en vienne à rapatrier les Français, ça doit être du sérieux. Ils suspendent aussi les visas chinois. – Les chaînes de télé dramatisent toujours. Rappelle-toi comment Bachelot avait gavé le pays avec le H1N1. Dans deux semaines on parlera d’autre chose. – La France n’a pas suspendu les visas chinois, remarque Armand. – C’est une question de jours. – Mais non.
Éditions ExcÈs ◉ novembre 2025 François Tison
Échantillon gratuit
quatrième de couverture
Ce ne sont pas nos mots : ce sont ceux de l’espace public, de la publicité et des « éléments de langage » politiques. Comme certaines couleurs, certains sons (le violet d’un chocolatier industriel, le sound design d’un constructeur de motos), ce sont nos mots, biens communs, mais expropriés : devenus capitaux d’une marque et d’une idéologie. Il ne s’agit pas de les leur arracher pour nous les réapproprier : le mot de submersion restera marqué du sceau de l’extrême droite, l’Apache est désormais un hélicoptère de combat. Il ne s’agit pas d’en parler. Il s’agit de les faire parler, taillés en pièces, échantillonnés, déplacés et recomposés à neuf dans une troisième langue encore familière, mais étrange, retournée : les faire parler de nous.
couverture en cours
Échantillon gratuit suivi de Bibliomasse et de Gorge collection Traversées novembre 2025 dessins de Damien Cuvillier préface de Clément Layet 13 × 20,5 cm, 76 pages 13 € 978-2-487588-01-1
Ce livre rassemble trois textes sous le nom du premier. « Échantillon gratuit » et « Bibliomasse » ont en commun de prendre leur matière dans la langue de la marchandise : pour l’un, la publicité et la politique, pour l’autre, les effets de mode dans le choix des titres de livres. Cette langue prélevée dans le réel travaille un autre accès à notre habitude et à notre expérience, en la suspendant et en lui rendant de sa force. C’est une masse verbale véhémente, qui nous assaille dès le départ et nous cerne. Elle nous est bien connue, pourtant elle est autre, nous égare et nous malmène, nous ne savons plus de quoi nous faisons l’épreuve, entre la gêne et le rire : que faire de ce psychotrope ? « Une issue favorable. » « Gorge » est une sortie et sinon le retour, du moins la recherche d’un lieu et d’une langue propres : un chœur, un groupe à l’air libre trouve sa voix et son geste dans un espace saturé de surveillance, exténué, mais encore vif. Une puissance. À eux trois, ces textes tracent le contour d’une profanation du monde dont chacun de nous est témoin, victime et acteur. « Mais l’air qu’ils jouent est celui de la vie qui insiste » (préface).
extrait : « échantillon gratuit », cinquième chapitre
Il y va de la survie. La baigneuse revient de la crique. À l’abri des regards, elle nage nue dans l’eau claire, elle frissonne, la baigneuse qui tient ses promesses. On distingue la chair de poule. Mais elle est suivie. Sur le pont d’un yacht ou d’un porte-avions, elle paraît en deux-pièces. Elle est protégée, elle ne cède pas à la peur, elle a la banane rebelle. Elle remporte un téléviseur, un ordinateur portable, quatre bons d’achat, une tireuse, un appareil à soufflé, deux poubelles garnies, deux jambons désossés et de nombreux autres lots. Elle chiale en lisant le scénario. La flotte terrestre reprend le chemin et fait jaillir les pierres. Il s’effondre après son passage. Elle avale le raidillon, abolit les dis¬tances, contourne le port, lui barre la route. Elle inverse la filière. C’est à elle de choisir le premier, l’élu de son cœur, puis l’ordre des suivants des hommes de main. Elle élit sa recette préférée. Elle participe à l’hymne du matin. Elle sait gré de l’instant, friande, elle approuve et salue la nature. Elle connaît la transe panique. Elle rejoint le périple sabbatique d’un cyclotouriste et professeur d’économie. Je retrouve la prière. Mais c’est un porte-avions. Je suis le fils de tous les pères. J’ai l’esprit nomade moderne. Le couloir des avions de chasse ne regarde pas le public. Je lui trouve un usage. Je fais le plein de désirs les plus profonds. J’actionne la porte. Je choisis les escaliers. Je fais la route. Je passe à faible altitude, je traverse des guerres de basse intensité. Dans une petite jupe aux notes de fruits, dans une blouse claire et fonctionnelle, un casque adapté, elle réduit son équipement au minimum, choisit une assurance spécialisée tour du monde. J’aime mieux le fait main. Il faut aussi compter avec les exhausteurs de goût, le mélange des acides l’habille. Je gagne l’espace corporate, gagne l’espace besoins naturels. Ces toilettes se louent. Toutes sont respectueuses. Elle cherche l’art de vivre, elle rencontre l’autre. Elle aussi est ressortissante. Elle profite à tous. Elle aussi se rapatriera en cas de coup dur.
François Tison est écrivain, contrebassiste et correcteur indépendant. Il a publié Farcissures (Allia, 2012), topologie critique de l’ordure, et Qui-vive ? (Excès, 2022), dystopie préfasciste entre deux catastrophes. Damien Cuvillier est dessinateur de bandes dessinées. Il travaille avec différents scénaristes (Régis Hautière, Kris, Frank Le Gall…) et éditeurs (Futuropolis, Casterman, Delcourt...). Il collabore régulièrement à La Revue dessinée, avec la journaliste Hélène Ferrarini. Depuis 2023 il réalise, seul au scénario et au dessin, la série Voleur de feu (Futuropolis), consacré à la vie d’Arthur Rimbaud. Clément Layet est l’auteur d’essais concernant la poésie, la philosophie et les arts plastiques. Il a notamment publié André du Bouchet (Seghers, Poètes d’aujourd’hui, 2002) et Hölderlin, la démesure et le vivant (Vrin, 2020).
FICTION COLLECTION AU CŒUR N°5
Mon cactus rose va probablement fleurir Colette, dans La Naissance du jour (1927), prête à sa mère ces mots grandioses qui ouvrent à l’une des plus belles réflexions sur la maturité et la vieillesse d’une femme : « Vous me demandez de venir passer une huitaine de jours chez vous, c’est-à-dire auprès de ma fille que j’adore. [...] Pourtant, je n’accepterai pas votre aimable invitation, du moins pas maintenant. Voici pourquoi : mon cactus rose va probablement fleurir. C’est une plante très rare [qui] ne fleurit sous nos climats que tous les quatre ans. Or, je suis déjà une très vieille femme, et, si je m’absentais pendant que mon cactus rose va fleurir, je suis certaine de ne pas le voir refleurir une autre fois… »
Élise Thiébaut, en miroir des textes de Colette Ces textes sont mis en perspective par Élise Thiébaut (autrice de Ceci est mon sang, La découverte, 2017 et Ceci est mon temps, Au Diable Vauvert, 2024). Avec son regard féministe, intime et politique sur le corps des femmes, elle souligne combien Colette a, en pionnière, brisé le tabou de l’invisibilité des femmes âgées. Là où la société relègue ces corps au silence ou à la honte, Colette persiste à les écouter, à les célébrer même, dans leur lenteur, leur fatigue, leur sensualité. Thiébaut y lit une forme de résistance : écrire sur la vieillesse féminine sans euphémisme, c’est faire de cette étape une expérience vécue pleinement, loin des injonctions de la société patriarcale. Avec Colette, elle s’attarde sur chaque ride, chaque souvenir afin d’en extraire une forme de savoir du corps – un savoir qui échappe aux hommes, et peut-être même aux jeunes femmes.
Perspective Élise Thiébaut Affiche Judith Fraggi
Vieillir avec Colette (1873-1954) Ce recueil réunit trois textes de Colette, rédigés durant sa cinquantaine, période sereine et féconde de sa vie. Elle y tisse, avec la finesse de son regard et la profondeur de son expérience, une réflexion lumineuse sur ce que signifie vieillir, pour une femme. Avec la liberté et le panache qui la caractérise, Colette célèbre une maturité assumée. « Enchantée encore de mon rêve, je m’étonne d’avoir changé, d’avoir vieilli pendant que je rêvais… D’un pinceau ému je pourrais repeindre, sur ce visage-ci, celui d’une fraîche enfant roussie de soleil, rosie de froid, des joues élastiques achevées en un menton mince, des sourcils mobiles prompts à se plisser, une bouche dont les coins rusés démentent la courte lèvre ingénue… Hélas, ce n’est qu’un instant. Le velours adorable du pastel ressuscité s’effrite et s’envole… L’eau sombre du petit miroir retient seulement mon image qui est bien pareille, toute pareille à moi, marquée de légers coups d’ongle, finement gravée aux paupières, aux coins des lèvres, entre les sourcils têtus… Une image qui ne sourit ni ne s’attriste, et qui murmure, pour moi seule : il faut vieillir. »
prix : 10 € parution : novembre 2025 150x210 mm, 36 p. ISBN : 978-2-493324-14-6
Visuel provisoire
FICTION COLLECTION AU CŒUR N°1
POÉSIE COLLECTION AU CŒUR N°2
Éclairage Sophie Cœuré Traduction du Russe Arthur Hugonnot Affiche détachable Irène Tardif
Traduction de l’espagnol (Pérou) Patricia Houéfa Grange Affiche détachable Audrey Voydeville
Une nouvelle inédite de science-fiction écrite en 1922 par Alexandra Kollontaï, figure pionnière des révolutions russes. Un ovni littéraire détonant et incroyablement visionnaire.
Le Comando Plath est un collectif d’autrices et d’artistes péruviennes. Ces cinq manifestes sont des cris de guerre, poétiques et jouissifs, qui font trembler les murs du patriarcat.
prix 10 € parution octobre 2024 150x210 mm, 36 p. ISBN 978-2-493324-06-1
prix 10 € parution octobre 2024 150x210 mm, 36 p. ISBN 978-2-493324-07-8
POÉSIE COLLECTION AU CŒUR N°3
ESSAIS COLLECTION AU CŒUR N°4
Chœur Tahnee Traduction de l'anglais Collectif Cételle Affiche détachable Maya Mihindou
Perspective Émilie Notéris & Florence Andoka Traduction de l’anglais Marie Chuvin Affiche détachable Audrey Voydeville
Audre Lorde conçoit ce poème en 1979 comme un outil de travail collectif, pour favoriser les discussions entre femmes Noires et hommes Noirs, après la mort de douze femmes Noires à Boston cette même année. prix 10 € parution février 2025 150x210 mm, 36 p. ISBN 978-2-493324-09-2
Ce recueil rassemble deux discours pionniers d'Adrienne Rich qui interrogent les dynamiques des luttes féministes et LGBTQIA+, depuis les années 70 jusqu’aujourd’hui. prix 10 € parution février 2025 150x210 mm, 36 p. ISBN 978-2-493324-10-8
La collection Au Coeur
La collection a été conçue comme une plongée inédite dans l’œuvre d’écrivaines, poétesses et essayistes, pour en révéler un aspect saillant, novateur ou peu connu. Les textes choisis s’inscrivent dans l’histoire du féminisme et plus largement, des luttes sociales : ils invitent à tisser des liens entre le passé et le présent. Autrices pionnières et contemporaines y conversent par écrit. Les voix se mêlent pour faire chœur. Chaque ouvrage recèle en son cœur une affiche détachable, illustrée ou typographique, créé sur-mesure par une illustratrice ou une graphiste. Chaque titre est un objet de collection : une maquette astucieuse, des couvertures dont le radiant décale un peu le regard, des tons directs profonds et fluos pour faire éclater les idées, un dégradé qui rappelle que les couleurs – comme les idées - se diffusent et se mélangent pour en créer de nouvelles. La collection Au Cœur est publiée avec le soutien de la Région Sud.
pan 8 comité éditorial : J. Fischer/J.-B. Labrune maquette et mise en page : M. Aubert couverture : G. Chauchat
LA REVUE Fondée en 2013, pan est une revue annuelle de littérature dessinée. Il s’agit d’un espace de création pour des dessinateur.rice.s et des écrivain.e.s, d’un lieu d’échange, de recherche et de liberté où les artistes peuvent confronter leurs pratiques.
REVUE LITTERAIRE ET DESSINEE
octobre 2025 190 x 140 mm 192 pages – 400 ex. 18 € ISBN : 978-2-9567475-8-1
Une maison bâtie pour le calme et la volupté abrite un couloir aveugle où résonnent des pleurs ; trois membres d’une même famille dévoilent à travers la danse les failles d’un père inébranlable ; un agriculteur complotiste incendie un manoir délabré, dressé entre des HLM ; une femme assoiffée de vengeance avorte une révolte ; un lecteur solastalgique, obsédé par Hamlet, cherche la consolation en mangeant du poisson ; un homme court à perdre haleine en buvant les paroles d’un coach survivaliste… Dans ce nouveau numéro de pan, les personnages jouent à se bercer d’illusions : les mots et les images agissent comme des voiles qui camouflent et travestissent, qui dévoilent et révèlent en même temps une vérité plus profonde, dans leur tentative inépuisable de dire ensemble le monde.
1. Visite / Texte Justine Granjard et images Anne Vaudrey 2. Seul en scène / Images Jeanne Bischoff et texte Jean-Baptiste Labrune 3. Brûle, François / Texte Antoine Poisson et Images Marine Rivoal 4. Griffe / Images Ariane Hugues et texte Laurine Thizy 5. Mélancolie du poisson / Images Ariane Hugues et texte Joseph Fabro 6. Double / Images Audrey Danet et texte Victor Blanc 7. Dean / Texte Esther Michon et images Loïc Urbaniak Transitions / Images Idir Davaine
à l’image
au texte
Anne Vaudrey
est artiste, son travail se décline sous de multiples formes : livres d'images, livres jeunesse (Un lisou aux éditions Biscoto), performances, costumes de danse. On peut découvrir ses natures mortes « Les vies silencieuses » dans pan 7.
Laurine Thizy
est sociologue, spécialiste des questions de genre et de sexualité. Son premier roman Les Maisons vides (L’Olivier) a remporté de nombreux prix littéraires.
Jeanne Bischoff
est artiste. Elle navigue parmi des archives qu'elle utilise, transforme et épuise jusqu'à la disparition de la forme même, mêlant gravures anciennes et technologie numérique.
Justine Granjard
est éditrice, fondatrice de la revue Artichaut. Elle est l’autrice d’ouvrages de poésie, dont Vingt-trois quatre cinq (La Crypte).
Marine Rivoal
est autrice-illustratrice d'albums jeunesse aux éditions du Rouergue (Trois petits pois, Cui-cui, À moi !, Un nom de bête féroce, Magma et Loupiotes à paraitre en 2025).
Antoine Poisson
est enseignant-chercheur en littérature, spécialiste du mouvement surréaliste. Il publie dans pan 8 son premier texte, extrait d’un roman en cours d’écriture.
Ariane Hugues
est autrice-illustratrice de bande dessinée aux éditions Biscoto (L'année extraordinaire). Elle dessine régulièrement pour le journal Biscoto, la revue Z, la revue 303, Télérama, et expérimente le collage à partir de papiers marbrés.
Joseph Fabro
s’est formé aux Beaux-Arts de Paris, puis en Master de création littéraire au Havre. Il a publié de nombreuses nouvelles en revue (Dissonances, Espace(s), pan, Artichaut).
Audrey Danet
est artiste, dessinatrice et peintre. Son univers est teinté d'une atmosphère théâtrale et médiévale.
Esther Michon
est journaliste, réalisatrice de podcasts pour le journal Le Monde. Elle publie dans pan 8 son tout premier texte.
Loïc Urbaniak
est artiste-performeur. Il est co-auteur d’Un cortège de fourmis portant 1000 fois leur poids aux éditions 2024.Il participe à Pan 7 avec Joseph Fabro et le projet De glaise et d'autres choses.
Victor Blanc
est éditeur chez Manifeste ! et critique littéraire aux Lettres françaises. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages de poésie – Filigranes, Paradis argousins (Le Temps des cerises) et Réalité augmentée (L’Île bleue) – et d’un roman, Le Mirliflore (éd. pan).
Idir Davaine
est peintre et éditeur aux éditions Trois fois par jour. Il publie Bijou aux éditions Fidèle et est représenté par la galerie Ketabi Bourdet à Paris et New-York.
Jean-Baptiste Labrune
est co-fondateur de la revue pan, auteur de livres jeunesse aux éditions du Rouergue et chez Magnani (Les Contes de Petit-Duc, Un nom de bête féroce, Le Veilleur de nuit, L’Éléphouris), d’un roman, L’Ombre de son nom (Magnani) et d’un essai, Et père et maître (Flammarion).
Collection « L’Officine », N°3, parution septembre 2025
Une bibliothèque, merde d’oyson ! « Certains visiteurs s’exclament en découvrant l’appartement : “mais c’est une vraie mine d’or !”. Mais le terme peut aussi s’entendre du point de vue de la conflictualité littéraire, historique et politique, voire po-éthique. Cette bibliothèque — des avant-gardes, rappelonsle, terme issu du vocabulaire militaire — pourrait aussi se révéler efficace pour miner les institutions les plus ancrées dans le but d’y provoquer des séismes. Les livres conservés chez Patrice Allain ne sont pas figés dans une Histoire définitivement révolue. Au contraire, chacun de ces ouvrages pourrait conserver sa subversivité initiale. C’est qu’il s’agit précisément de son style. » Fiche technique Une bibliothèque, merde d’oyson ! est le troisième volume de notre collection « L’Officine ». Nous y publions de beaux petits livres à tirage limité, soigneusement imprimés et façonnés, signant notre amour des curiosités littéraires.
Format : 64 pages, 10 x 15 cm Tirage : 500 exemplaires Prix de vente : 12 € Diffusion : Serendip ISBN : 978-2-493311-13-9
Bouclard éditions
7 rue de la Gagnerie 44830 Bouaye
contact@bouclard-editions.fr 07 86 66 76 18
www.bouclard-editions.fr
Collection « L’Officine », N°3, parution septembre 2025
Une bibliothèque, merde d’oyson ! Patrice Allain, auteur, digger, collectionneur, fin connaisseur du surréalisme, et ami cher des éditions Bouclard (il avait coordonné pour nous l’édition de Album, un hapax des années 30 de Fabien Loris) a disparu en novembre 2024. Quelques mois auparavant, les universitaires et autrices Laurence Perrigault et Bérengère Voisin lui rendaient visite dans sa « mine ». Une collection hallucinante de livres, tracts, objets, photographies, dessins, à la fois situ, dadaïstes, surréalistes. Ce texte est une pérégrination au sein de cette bibliothèque mais aussi une réflexion méta sur ce que les livres font à nos vies et inversement. Il est dédié à la mémoire de Patrice Allain et de Nocte, sa chatte qui veillait sur lui et ses livres, de jour comme de nuit. Ce texte a paru pour la première fois en janvier 2025 sous le titre Presqu’île des avant-gardes : formes de vie littéraires dans l’appartement d’un érudit nantais. Les médiatisations muséales d’un espace intime dans le volume Literary Mueums at home : Literature indoors. Le musée dans la maison : la littérature d’intérieur, coll. Museums and Ideas, Brepols Publishers, direction Caroline Marie, Sylvie Kleiman-Lafon et Anne Chassagnol.
Les autrices : Laurence Perrigault & Bérengère Voisin Bérengère Voisin est maîtresse de conférences à l’Université Paris VIII, Vincennes Saint Denis. Docteure en littérature comparée, ses publications portent sur l’effet et la réception des œuvres d’art. Elle a par ailleurs dirigé en collaboration avec Aurélie Mouton-Rezzouk le numéro de la revue Itinéraires, Littérature, textes, cultures intitulé Les émotions littéraires à l’œuvre : lieux, formes, vies et expériences partagées d’aujourd’hui (2022). Laurence Perrigault, décédée en janvier 2024, était maîtresse de conférences à l’Université de Nantes. Elle était également commissaire d’expositions, et autrice de Prévert, publié au sein de la collection Icônes des éditions Les Pérégrines. Ses recherches portaient sur la photographie, le cinéma et sur les liens entre l’art et la politique - essentiellement durant l’entre-deux-guerres. Ses derniers travaux étaient consacrés à Lou Tchimoukov, Fabien Loris et Raymond Maréchal - tous trois membres du groupe Octobre.
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Collection « L’Officine », N°1, parution novembre 2020
Les Assises du temps perdu Préface de Jérôme Bastianelli, Portraitisation et postace d’Émilie Houssa À l’été 2013, alors qu’il a un peu de temps à perdre, le designer Anthony Guerrée se découvre proustien. Il imagine alors de dessiner et faire fabriquer des chaises inspirées des personnages d’À la recherche du temps perdu. Ce livre restitue cette quête à travers un carnet de recherches mais aussi une réflexion profonde sur les liens entre la littérature et le design.
L’auteur : Anthony Guerrée Formé à l’École Boulle où le design s’envisage au prisme des métiers d’art, Anthony Guerrée s’est inscrit très tôt dans une dynamique réflexive oscillant entre tradition et innovation. Après avoir intègré le Studio Putman en 2010 pour mener des projets avec de grandes maisons, c’est en 2015 qu’il croise le chemin de Christophe Delcourt qu’il accompagne dans le design du mobilier Delcourt Collection mais aussi dans des collaborations avec des firmes internationales. Il développe aujourd’hui sa propre écriture, fruit de ses voyages, rencontres et lectures. Photo : Alexis Leclercq
J’ai lu Proust comme on fait un rêve et j’ai très vite souhaité en garder une trace, figer ma perception des personnages en les rendant visibles et en leur donnant une place réelle dans l’espace, en leur donnant une assise. Un projet un peu prométhéen peut-être, mais chercher à s’approprier une œuvre aussi magistrale soit-elle, n’est-ce pas la plus belle façon de la célébrer ?
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Collection « L’Officine », N°1, parution novembre 2020
Recensions Littérature mode d’emploi « Une petite merveille avec sa reliure à la suisse et sa jaquette laissant paraître en transparence la couverture : un portrait photographique de Proust – assis. Le design serait-il au mobilier ce que la bibliophilie est à la littérature : la continuité parfaite du visible et du lisible, du beau et du fonctionnel ? » Actualitté « Albertine en chêne d’Écosse massif huilé ? Odette, en chaise bistro, façon rotin de Malacca ? Et Vinteuil, ce compositeur passionnel, changé en banc de piano ? Voici tout l’univers mobilier qu’Anthony Guerrée a déployé, autour de la Recherche du temps perdu de Marcel Proust. Des pièces correspondant aux personnages du livre, pour poser son séant, lors de séances de lecture. » étapes: « L’ouvrage, paru aux éditions Bouclard dans la collection L’Officine, cabinet de curiosité littéraire, restitue la recherche d’Anthony Guerrée. À travers un ouvrage soigneusement imprimé et façonné, le designer y introduit sa démarche en présentant, pour chaque création, la citation du roman qui l’a inspiré, des photos, ainsi que les influences esthétiques qui lui ont permis de passer de la littérature, au design. » Les Echos « Pour mieux apprécier la portée et la métabolisation de son geste créatif, Anthony Guerrée a récemment publié en édition limitée un petit livre de textes et croquis, évidemment intitulé Les Assises du temps perdu, versé au catalogue de la collection L’Officine, cabinet de curiosités littéraires par la petite maison nantaise Bouclard Éditions. » M, le magazine du Monde « Un livre, Les Assises du temps perdu, et une exposition du même nom, organisée par Atelier Jespers chez Cornette de Saint Cyr à Paris, présentent ce mariage inédit du design et de la littérature. » Elle Décoration « Inédit : partir d’un livre et dessiner des sièges inspirés des personnages du roman, c’est l’idée folle du designer Anthony Guerrée. » France Culture (Affaires en cours) « C’est à un imaginaire aussi subjectif que la façon dont chaque lecteur se représente les personnages de Proust que Les Assises du temps perdu donne une matérialité réelle. […] Dans Les Assises du temps perdu, le designer explique par de courts textes son cheminent entre la littérature et le design, appuyant également la réflexion en intégrant des carnets de croquis. » Libération « À chaque proustien son Proust. Anthony Guerrée est designer de meubles, formé à l’école Boulle, et c’est en cette qualité qu’il signe un livre étonnant où il imagine les chaises des différents personnages de la Recherche. Le fauteuil d’Albertine, en rotin, évoque à la fois celui du film Emmanuelle et une roue de vélo, celui de Swann est comme en équilibre et peut s’envisager de deux côtés différents, la chaise Verdurin est aussi un paravent. Pour chacune de ses créations, Anthony Guerrée partage ses recherches, ses croquis et les extraits qui l’ont inspiré. Oubli remarquable et assumé : « Je n’ai pas choisi ou plutôt je n’ai pas réussi à « chaisifier » le Narrateur » explique l’auteur. « Car au fond ce personnage c’est un peu moi, c’est chaque lecteur. Il est absolument universel. » Proustonomics « Ce dialogue fécond entre design et littérature donne naissance à une plaquette originale […] Sa fabrication impeccable en fait un des plus beaux livres jamais édités autour de Proust […]. Papier, typographie, mise en pages, tout en fait un livre-objet indispensable pour les proustophiles bibliomanes, jusqu’à la magnifique reliure à la suisse et le fil de reliure un peu laineux. »
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Lakis Proguidis
Éditions du Canoë
2025
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15 octobre
Genre : essai Format : 13 x 21 cm Pages : 592 Prix : 26 € ISBN : 978-2-487-558-12-0 Lakis Proguidis est un essayiste français d’origine grecque. Son travail d’écrivain s’est centré sur l’esthétique du roman. Où, comment, pourquoi la forme romanesque s’est-elle imposée ? Il fait remonter l’origine à Rabelais, charnière entre l’héritage gréco-latin et la Renaissance. Il décide alors d’écrire trois essais autonomes où l’œuvre de Rabelais entre en résonance : le premier, Rabelais, que le roman commence, publié en 2017, fait entrer Kundera en écho. Ce volume a reçu le Grand prix de la critique littéraire du Pen Club en 2017 et a été finaliste du prix Roger Caillois. Le deuxième est le présent essai où le dialogue s’opère avec Witold Gombrowicz. Le dernier étudiera l’œuvre de Papadiamentis. Il a consacré, sous la direction de Milan Kundera, une thèse à Papadiamantis et Boccace, qui a fait l’objet d’une publication aux Belles Lettres avec une importante préface de Kundera. On lui doit par ailleurs, chez Gallimard, Un écrivain malgré la critique : essai sur l’œuvre de Witold Gombrowicz.
L’Être et le roman est le deuxième essai d’une trilogie autour de Rabelais. L’auteur y examine « le corps romanesque » – le corps qui devient une catégorie esthétique dans l’art du roman. Que signifie « le corps romanesque » ? Un corps collectif constitué d’êtres fictifs que sont les personnages qui commencent à peupler l’imaginaire européen à partir du xvie siècle. Quelle nécessité psychique, spirituelle, civilisationnelle a présidé à l’émergence de ce corps dans notre imaginaire ? Proguidis y voit une dimension de l’être humain que n’avait saisi aucune des branches du savoir constitué (théologie, philosophie, sociologie, anthropologie). Il s’agit donc de la naissance d’un art à part entière. Tous les éléments propres à l’esthétique de cet art sont déjà en œuvre dans les quatre livres de Rabelais. Il les met en évidence par l’intermédiaire d’un dialogue avec un écrivain contemporain – dans le présent essai Witold Gombrowicz. Ce dialogue permet de saisir l’informulé d’une époque par des cheminements inattendus qui passent de la lecture attentive de textes, d’Homère à la presse, de l’expérience personnelle à la réflexion philosophique, de rêves aux hasards saisissants. Un essai qui n’a rien d’académique.
Parallèlement, il dirige L’Atelier du roman, revue trimestrielle qu’il a fondée en 1993.
Attachée de presse : Sabine Norroy : snorroy@hotmail.com
Téléphone : 06 35 54 05 85
Contact : colette.lambrichs@gmail.com Relation libraires : jean-luc.remaud@wanadoo.fr Éditions Du Canoë : 9, place Gustave Sudre 33710 Bourg-sur-Gironde
Téléphone : 06 60 40 19 16 Téléphone : 06 62 68 55 13 Local parisien : 2, rue du Regard 75006 Paris c/o Galerie Exils
Diffusion et distribution : Paon diffusion.Serendip
Présentation
Éditions du Canoë
2025
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L’Être et le roman De Gombrowicz à Rabelais
Depuis la parution en 1989 de mon premier essai sur l’œuvre de Witold Gombrowicz, tout mon travail d’écrivain est consacré à l’esthétique du roman. Mes livres sont des essais. J’essaie de comprendre et expliquer les conditions socio-historiques, culturelles et spirituelles qui ont rendu possible, surtout en Europe, l’éclosion de la forme romanesque. Mes études, mes lectures et mes travaux m’ont emmené à la conclusion que l’œuvre de Rabelais, œuvre charnière entre l’héritage grécolatin et les perspectives artistiques et littéraires inaugurées par la Renaissance, a joué un rôle capital à l’émergence de l’art du roman. Par ailleurs, trois romanciers qui me sont chers, Kundera, Gombrowicz et Papadiamantis, m’ont indiqué – en se référant à lui dans leurs œuvres – le chemin de Rabelais. Ainsi, en 2005, j’ai pris la décision d’écrire trois essais – complètement autonomes entre eux – sur l’esthétique romanesque prenant, pour chaque essai, l’œuvre d’un de ces trois romanciers pour le faire dialoguer avec l’œuvre rabelaisienne. L’idée est qu’en mettant en lumière les affinités esthétiques de ces trois œuvres romanesques de notre temps – si différentes entre elles de tous les points de vue – avec l’œuvre rabelaisienne, nous pouvons saisir (et définir) la dimension cosmogonique de cette œuvre, sa puissance formatrice, sa capacité de générer encore et encore des branches romanesques toujours différentes les unes des autres. Chaque grand art naît au sein d’une civilisation comme une conquête de l’esprit et de l’imagination humaines, comme une création jamais réalisée auparavant. Chaque grand art est porté au monde par une ou plusieurs œuvres inaugurales. C’est alors dans ces œuvres-là qu’apparaissent les éléments structurels grâce auxquels et autour desquels surgissent par la suite des formes artistiques les plus variées qui, malgré leurs divergences considérables, feront toujours partie du même art. Sous cet angle, nous pouvons dire que Rabelais est le père du roman comme Homère a été celui de l’épopée et Eschyle de la tragédie. Le premier essai (Rabelais – Que le roman commence !), publié en 2017, fait entrer en résonance l’œuvre de Kundera et celle de Rabelais. Cela tourne autour du rire. Un rire qui, sous une forme ou une autre, irrigue à mon avis toute l’histoire du roman. Le livre est traduit en Italie et en Grèce. Le présent essai – le deuxième de la trilogie et aussi autonome que le précédent – fait entrer en résonance les œuvres de Gombrowicz et de Rabelais sur fond d’une investigation concernant ce que j’appelle « corps romanesque ». L’ensemble tourne autour d’un « corps » qui, sous la plume du médecin et écrivain Rabelais, devient à mon avis une catégorie esthétique fondamentale pour l’art du roman. Que signifie « corps romanesque » ? Il s’agit d’un corps collectif qui se distingue ontologiquement de tous les corps collectifs, car celui-ci est constitué d’êtres fictifs alias des personnages romanesques qui commencent à peupler l’imaginaire européen aux temps de Rabelais. Quelle nécessité psychique, spirituelle et civilisationnelle l’a fait pousser ce corps dans notre imaginaire ? Voilà les questions auxquelles j’essaie de répondre dans cet ouvrage. Ma quête m’a conduit à voir, grâce à ce « corps romanesque », une dimension de l’être humain jamais dévoilée auparavant, une dimension de l’être insaisissable par les autres branches du savoir (la théologie, la philosophie, la sociologie et l’anthropologie). D’où le titre : L’Être et le roman. Concernant la forme, il est à noter que, comme dans le précédent essai, celle-ci n’est pas conçue d’avance d’après les moules méthodologiques existants. À l’originalité du concept fondamental, « le corps romanesque », correspond une écriture qui avance en combinant histoire, images du monde qui nous entoure, lectures couvrant un grand champ académique et artistique et expériences personnelles. Après le « rire romanesque » (Kundera-Rabelais) et le « corps romanesque » (Gombrowicz-Rabelais), le troisième essai (PapadiamantisRabelais) est une réflexion sur le « style romanesque », le style spécifique à l’art du roman.
TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION – Trois départs et un résumé Le cri du désert, 1978. Leçon d’anatomie, 1991. La faille, 2014. Les fondements.
PREMIÈRE PARTIE – Bagages De la poétique, I Autour d’une photo Le propre de l’homme
DEUXIÈME PARTIE – Traversées Du corps hippocratique au corps pantagruélique Le plaisir « triangulaire » Pérégrinations Voyage en Chine. – Réponse tardive. – Le spécialiste. – Affinités électives ou brève histoire de la France. – Le drame de la forme. – En éternel décalage. – De la communauté romanesque. Liberté égale plaisir partagé 1534 : Rabelais, Gargantua. – 1966 : Gombrowicz, Journal. – 2014 : L’information. Les deux corps de la modernité Le corps chaotique. – Au-delà de toute limite. – Le corps convoité. – Et pourtant il nous faut considérer vers quoi nous avançons.
TROISIÈME PARTIE – Un pas dans le brouillard De la poétique, II Le référent. – Temps anciens. – Temps modernes. Le plus ancien des mondes L’antenne. – L’enthousiasme. – L’amitié. – L’individu. – Avril 21. – Le lecteur. Ponts par-dessus le temps
DU CORPS HIPPOCRATIQUE AU CORPS PANTAGURÉLIQUE
Jusqu’ici, dans tous mes travaux précédents, c’était toujours Panurge qui était investi de la mission de mettre au jour le personnage romanesque. Partant de l’observation que de la compagnie pantagruélique il était le seul à être présenté comme un homme quelconque, avec son âge, son physique, son habillement, ses angoisses trop humaines – sera-t-il cocu ou pas ? –, ses peurs devant les diables et la haute mer agitée, sa science – ramener à la vie Épistémon décapité –, ses intérêts individualistes, ses comportements extravagants et imprévisibles, ainsi que ses plaisirs insolites, je disais que c’était bien Panurge le premier grand explorateur de l’existence. En effet, c’est grâce à lui que l’existence se révèle comme un champ esthétique autonome et indépendant. C’est par son comportement que le roman s’affirme comme un art absolument nouveau par rapport aux grands récits mythiques et à l’héritage littéraire mimétique des Grecs et des Latins. 5
Et les géants ? Les géants qui sont présents du début jusqu’à la fin, qui font la guerre et la paix, qui arpentent la terre entière et sillonnent les océans, qui rêvent déjà aux voyages interstellaires et dont la généalogie remonte aux temps de la parution de la vie sur notre minuscule planète, ne sont-ils pour rien dans l’émergence du personnage romanesque et l’éclosion du nouveau régime esthétique ? Là-dessus on peut émettre l’hypothèse du contraste : en faisant jouer Panurge parmi les géants, Rabelais met davantage en relief sa particularité esthétique absolue. Si la scène sur laquelle Panurge fait son entrée fracassante n’est pas vide, si elle est peuplée de formes littéraires traditionnelles, illustrées justement par la présence active des géants et des personnages mythico-allégoriques (Frère Jean, Épistémon, Gymnaste, etc.), c’est pour mettre en valeur la nouvelle donne esthétique, pour marquer de manière significative le poids que représente l’existence humaine dans l’imagination de l’artiste (et, par conséquent, dans le monde réel). Dans ce sens, le vrai géant est Panurge. Et si les géants sortis de l’imaginaire populaire jouent encore sur la nouvelle scène littéraire, ce n’est que pour s’incliner courtoisement devant l’immense potentiel artistique que représente leur ami farceur.
Hypothèse certes séduisante mais boiteuse. Séduisante parce qu’elle nous permet de nous concentrer sur la valeur esthétique de Panurge et non sur sa conduite, comme cela se fait si souvent. Qui parcourt, même superficiellement, le très riche commentaire de l’œuvre rabelaisienne donné depuis un siècle ne peut qu’être étonné du jugement moral concernant Panurge. Il est condamné presque à l’unanimité : mauvais caractère, égoïste, têtu, etc. Or juger Panurge d’après son caractère, c’est commettre un flagrant anachronisme. Le dévoilement de l’existence sous le signe du caractère ne devient l’affaire du romancier que deux ou trois siècles après Rabelais, à savoir durant le plein épanouissement de la société bourgeoise. Panurge est aimé par son auteur et accepté par ses compagnons pour ce qu’il est : un farceur. Un farceur comment ? C’est sur ce « comment » que l’hypothèse du « contraste » peut devenir productive, esthétiquement parlant. Car, face aux idéaux, au sens de l’histoire et des évolutions sociales, aux grandes questions éthiques, religieuses et politiques, face aux projets grandioses et aux appétits prodigieux tant matériels que spirituels, face à tous ces bons sentiments très chrétiens, très justifiés moralement, bref, face à tout ce qui semble personnifié par les géants, Panurge, imperturbable, sourd, inchangeable, joue sa propre partition.
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La farce panurgique observée en soi, isolée du reste de la matière romanesque, se révèle alors plus qu’une simple dissonance, plus qu’une plaisanterie, plus qu’une satire, plus qu’un épisode narratif juste pour rire. C’est une conquête esthétique. Une perturbation de l’ordre littéraire ancestral. Bien sûr qu’on rit. Mais il s’agit d’un rire qui n’a jamais résonné auparavant, un rire inaugural d’une nouvelle ère artistique. C’est un rire pour ainsi dire dépourvu de cibles apparentes. Un rire qui nous fait sentir que le risible jaillit de notre for intérieur, qui nous implique, nous entraîne loin, très loin, dans les paradoxes, les ambiguïtés et les aléas de l’existence, qui met entre parenthèses tous les impératifs moraux en vogue. J’ai assez commenté, me semble-t-il, ce rire, que j’appelle « romanesque », dans le livre précédent pour qu’il ne soit pas nécessaire d’y revenir à nouveau. Je rappelle toutefois que le rire romanesque, singulier et inclassable au moment de son apparition, n’est pas tombé du ciel. Il constitue la transsubstantiation artistique de la sensation qu’ont eue de vastes populations durant les Mystères, durant ces kermesses populaires, ces théâtralisations à grande échelle de la Passion, mêlant le sacré et le profane, et qui ont connu leur heure de gloire en France et dans les pays limitrophes du milieu du xive au milieu du xvie siècle.
Mais hypothèse boiteuse quand même. Principalement pour trois raisons. D’abord, Pantagruel et Gargantua sont à un tel degré férus de l’esprit et des valeurs de la civilisation renaissante qu’il est hors de question de les écarter des affaires du monde et encore moins de les empêcher de contribuer à l’avènement du nouveau régime esthétique. Ensuite, des quatre romans, le deuxième dans l’ordre de la rédaction et de la publication, Gargantua, se passe à une époque antérieure à l’apparition de Panurge. Ce qui fait que l’hypothèse du contraste entre Panurge et les géants n’opère pas toujours. De deux choses l’une : soit Rabelais avait commencé à rédiger son ouvrage sans avoir aucune conscience de ce qu’il faisait, soit il faut impliquer sérieusement les géants dans l’élaboration du pilier de la scène romanesque, le personnage romanesque. Enfin, n’oublions pas que Panurge n’apparaît qu’au neuvième chapitre du premier roman, Pantagruel. Pendant les huit chapitres précédents, Pantagruel représente seul le personnage principal et, chose encore plus embarrassante, le roman porte son nom et pas celui de Panurge. Devant ces difficultés, que faire ? Abandonner l’idée que Panurge annonce et incarne à lui seul la cosmogonie romanesque ? Si oui, c’est apparemment tout l’édifice du personnage romanesque qui s’écroule. Car
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cet édifice a été érigé sur la farce panurgique et le rire mystérieux qui en découle. Cela fait plus de quinze ans que je m’efforce de démontrer le lien ontologique qui existe entre le rire romanesque, dû principalement au jeu de Panurge, et l’émergence et la consolidation du personnage romanesque. Par conséquent, si le personnage romanesque perd sa particularité historique et esthétique, c’est le roman qui perd sa raison d’exister comme un art à part entière, comme un art absolument distinct de tous les autres arts littéraires. Mais, avant que l’édifice ci-dessus ne s’écroule, avançons une autre hypothèse : et si ce n’était pas au seul rire romanesque que le personnage romanesque devait sa constitution ? Et si la naissance du personnage romanesque était aussi une affaire gigantale ? Toutes les cosmogonies, c’est bien connu, sont toujours affaire d’êtres surnaturels. Pourquoi celle de l’apparition du personnage romanesque ferait-elle exception ? Eu égard à la création artistique, il est très commode de parler de miracles. Mais, parfois, ces miracles sont si énormes et si bouleversants par rapport à ce qui avait existé auparavant que, selon l’enseignement de nos grands ancêtres, seuls des êtres physiquement extraordinaires sont capables de les incarner convenablement. Autrement dit, Pantagruel et Gargantua ne sont pas des figurants. Au
sujet de l’irruption du personnage romanesque dans l’imaginaire européen, eux aussi, comme Panurge, ont à jouer un rôle primordial. Quel rôle pouvait être à la hauteur de leurs capacités physiques et intellectuelles ? Étant des géants, ils sont dotés de forces exceptionnelles. Ils ont donc de facto des qualités nécessaires pour transporter des montagnes et faire noyer des populations entières dans leur urine. Mais par quel côté les faire entrer dans la constitution du personnage romanesque ? Pour Panurge, c’était l’évidence même : par la farce. La farce qui, une fois isolée et observée de près, nous conduit au « rire romanesque ». À savoir, ce rire exclusivement véhiculé par un être fictif, autant fictif que le héros épique ou tragique, nommé « personnage romanesque », dont le jeu consiste à dévoiler l’existence humaine comme une farce jamais close, jamais définitive, jamais concluante, comme une farce se farcissant jusqu’au dernier soupir. Les géants, ne jouant pas de farces, sont-ils exclus de l’ontologie du personnage romanesque ? Si nous répondons par l’affirmative, rien ne peut justifier leur jeu omniprésent durant les quatre romans. De protagonistes, nous les réduisons à de simples comparses de Panurge. Cela défigure l’œuvre et va également à l’encontre de l’imaginaire collectif qui, depuis l’époque
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de Rabelais, continue à être attaché à Pantagruel et Gargantua de la même manière qu’il est attaché à Don Quichotte ou à Oliver Twist, dont la taille ne diffère en rien de la nôtre. La taille… Justement, la taille. Et si Pantagruel et Gargantua n’avaient d’autre rôle à jouer que de nous imposer leur corps, à mettre leur corps en évidence, à faire apparaître le corps humain comme une affaire gigantale ?
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HÔTEL DE L’UNIVERS Hédi Cherchour
L’enfance est un regard à soi, pour toute sa vie.
graphisme : Maxime Sudol 246 pages 140 mm x 205 mm 18€ broché - collé - rabats ISBN : 979-10-93160-78-8 parution le 04 avril 2024
Éditions Vanloo www.editionsvanloo.fr diffusion/distribution : Serendip direction : Philippe Hauer editions.vanloo@gmail.com 06 63 18 58 56
Hôtel de l’Univers c’est juste l’enfance qu’on a connue : on déteste son voisin, parce qu’on est mieux que lui, mais on vit à côté, on est prolo et on se retrouve entre gamins à péter les rétroviseurs des bagnoles dans le parking et à jouer au foot contre la porte du garage. Pour Hédi ça se passe en banlieue, dans les cages d’escaliers des immeubles où les mômes se retrouvent après l’école et pendant les longs mercredi d’ennui. C’est un vrai chant du prolétariat immigré, sans religion ou communautarisme sans revendication, juste l’enfance. Puis Hédi Cherchour fait grandir Farida. Elle s’enfuit dans un roadtrip à travers la France. On y vole un peu tout ce qu’on peut, on y fait surtout des restos-basket. Tout ça pour échouer dans un hôtel borgne de Marseille, Hôtel de l’Univers le bien nommé, où se retrouve toute la misère du monde. C’est le début de la fin, c’est le début de la vie. Avec, en-dessous des désillusions, la naïveté de la petite Farida de cinq ans qui continue à chanter.
Hédi Cherchour est une poétesse et écrivaine Française, fille de parents immigrés d’Algérie arrivés en France au début des années 60. Elle est née puis à grandit dans des petites cités ouvrières Drômoises jusqu’à l’obtention de son Baccalauréat. Elle quitte la Drôme à la fin des années 80 pour faire des études de cinéma à Lyon. Elle a écrit un premier manuscrit de Nouvelles intitulées : “Nouvelles de la ferraille et du vent” en 2019 publiées chez Publi.net, préfacé par le poète et écrivain Charles Pennequin. Certaines d’entre elles ont été publiées dans des revues littéraires, PLI “La veine” ou encore l’Armée Noire « La décision. »
EXTRAITS : EXTRAIT 1 :
Mais bon, on n’a pas fait d’accident et ça c’est chouette. La Route de l’Hôpital n’est pas sortie de son bide et n’a pas traversé le pare-brise, nous n’avons pas croisé de policiers. Cet après-midi caniculaire sur les routes de l’Ardèche de 1975 nous mène devant un PMU au doux nom des Cascades. On souhaite se rafraîchir dans ce beau PMU de Largentière. Lui, il reste au comptoir et nous sommes attablées ma sœur et moi. Émue d’être dans cet endroit, nous sommes arrivés dans un coin de verdure. J’ai la permission de passer commande, un diabolo citron et ma sœur un Orangina avec une paille. La serveuse est une femme âgée vêtue d’une blouse fleurie aussi ancienne que sa propriétaire. Elle nous sourit, échange avec nous quelques mots gentils. « Alors les demoiselles, elles veulent des petites cacahuètes, des chips ? — Oh oui madame ! » Nonchalante, l’air résigné aussi, elle se laisse guider maintenant de table en table par son plateau, le frottement régulier et lent de ses charentaises abîmées sur le sol apporte une infime nuance, que seuls les enfants un peu moqueuses que nous sommes, peuvent déceler, au brouhaha du gros transistor allumé derrière le comptoir. C’est-à-dire qu’aux Cascades on écoute les courses à la radio, les départs, les arrivées. Les adultes sont fixés sur leurs tickets et ce qui se disserte dans le poste radio. Le commentateur gueule, ils font de ces grimaces maintenant les turfistes, extravagantes ! Et au fur et à mesure que les courses hippiques s’annoncent, les visages se crispent, on voit les nerfs, les veines gonflées sur les visages. Des visages circonflexes, ça se tord les lèvres, les sourcils remontent sur les crânes. C’est un endroit fantastique. L’endroit du jeu. Ça sent le Pastis. Il fait trente-cinq degrés sous les arbres de la terrasse des Cascades. La vie est belle. J’aime les diabolos citron. Largentière ressemble à tous les villages où l’on rêve de boire un jour une limonade, sous la tonnelle des Cascades en Ardèche, quand on est enfant de 1975 ! Quoi de plus délicieux ? Mon père reste à l’intérieur debout au comptoir. Il boit des bières et s’exprime à voix haute au sujet de chantiers maintenant, il évoque le soleil. Il a l’air en colère : « J’aime mes enfants, je fais tout ça pour eux, ils travaillent mieux que moi à l’école, du moins j’espère, ce sont mes enfants, c’est ma tribu, regardez mes jolies filles, alors je bosse, j’ai pas peur du boulot, ah ça oui j’adore ça, et je bosserai pour eux toute ma vie jusqu’à ma mort, voilà je vais reprendre un demi, patron ! » Il y a une dispute avec le patron du PMU. Le patron du PMU est en colère, fait d’étranges mouvements avec ses bras, sa serveuse de mère ne bouge pas plus que ma sœur et moi, ainsi que tous les clients des Cascades. Le scandale semble être là, il est imminent, et en plein cœur de l’Ardèche, les flics vont débarquer. Notre père s’agite dans tous les sens, sa chemise ouverte et sa cicatrice au vent font le tour des Cascades, du village de Largentière et de toute la planète. On ne voit que ça. L’assemblée est stupéfaite de découvrir ce ventre énorme et cette cicatrice interminablement longue, l’assemblée fixe la cicatrice, notre secret. Soudain il fait cinquante degrés Celsius sous la terrasse des Cascades. Je suis tétanisée. Nous allons à notre perte. Je me demande ce qu’ils vont faire à mon père ces regards. Comme ma sœur est au courant qu’il y a un couteau dans l’estafette, elle lui demande les clefs, papa gueule debout : « Le soleil, putain de soleil, putain de vie, putain de chantier pourri, d’hôtels crasseux, la putain de l’univers va ! » Il éclate de rire, pose violemment sa bière sur le comptoir, elle l’éclabousse sur le visage, celui du patron du bar. Les clients sont muets, certains soupirent. Nous aimons notre père et nous prenons le parti de le défendre contre ce patron du PMU de Largentière. Papa a sa chemise ouverte et je crois que la cicatrice sourit quand elle remarque notre peine d’enfants. Au comptoir du PMU les Cascades, papa regarde ses filles pleurer en face de la cicatrice. Il nous console de son rire si grand, nous
caresse les yeux. Les embrasse, ça pue la bière dans sa bouche de papa. Je voulais dire adieu à la vieille serveuse mais je laisse tomber. Je fais comme mon père, je ne me retourne pas. On reprend la route en sens inverse des gorges de l’Ardèche. Les couteaux de mon père font confiance à mon père, et lui il fait confiance à ses couteaux. Moi aussi je leur fais confiance d’ailleurs. Les couteaux de mon père protègent mon père tous les week-ends de repos, les couteaux de mon père sont protégés par le cimetière blanc de La Route de l’Hôpital caché dans le ventre de mon père. Comme ça tout se tient, tout est lié, tout va bien partout, tout le temps, pour les vivants, les morts et ceux qui vont mourir.
EXTRAIT 2 :
Ma mère a une sacrée veine dis ! C’est la veine que je vois sur la banquette avant, la veine du passager avant, de la passagère, ma mère. C’est encore un dimanche. La voiture roule. La veine sort de ses cheveux noirs et traverse sa nuque sur le côté, sous sa peau, puis la veine descend sur son épaule pour ensuite s’engouffrer quelque part dans son dos. Je suis subjuguée, il n’y a que moi qui remarque sa morphologie, les autres non. Nous sommes serrés dans la voiture à l’arrière. On décolle vers huit heures du matin. Il nous emmène visiter la centrale nucléaire du Tricastin, dans un premier temps. Je chausse du 26. Je regarde mes pieds dans la voiture et mon regard bascule sur la veine de ma maman. Une veine épaisse comme un serpent. Tout à coup je caresse la nuque de ma mère et je frôle sa veine, je descends jusqu’à l’épaule. Et ma mère prend ma main, tourne son visage et sourit, mots algériens : « Que fais-tu fille ? » Je réponds en algérien aussi : — C’est quoi dans ton dos ma mère ? Un serpent ? Toute la voiture s’esclaffe de rire. — Ce n’est pas un serpent Farida ! Mais un bâton, une cravache ! Je la sors de ma nuque et te tape avec si tu fais des bêtises ! » Toute la voiture se tord de rire. Bonne réponse de ma mère ! Je suis devant la centrale nucléaire du Tricastin, en jupe. Mon père explique la ferraille, le béton, mes frères écoutent, ma sœur est appuyée sur l’Ami 8. Ma mère est restée dans la voiture. Nous quittons la centrale nucléaire, direction la campagne nous annonce mon père. « Et maintenant nous allons visiter un pré, je connais un paysan vers Grignan, il possède des moutons, on va le saluer. » Grignan est un joli village. Je suis devant son château, en jupe. Je chausse du 26. Mon père explique le château : « Vous voyez c’est un château ! Il est construit avec de vieilles pierres. » Mes frères écoutent, ma sœur est appuyée sur l’Ami 8. Ma mère est restée dans la voiture. Nous allons chez un paysan. Grande allée, au bout grande ferme, moutons, jouets au sol, femme qui allaite sur un banc, le paysan nous rejoint devant sa ferme.
« Oui monsieur ? — Ah, bonjour ! Vous vous souvenez de moi ? — Non, monsieur ? » Nous sommes gênés, ce monsieur ne reconnaît pas mon père. Ma mère et moi sommes restées dans la voiture, vitres ouvertes. Elle murmure en algérien un truc genre « regarde-moi ça, il ne connaît pas ce français, il va nous attirer des ennuis. » Mon père insiste auprès du paysan dehors devant la ferme, mes frères et ma sœur sont rentrés dans la voiture. Ils chuchotent, ils ont honte, nous avons honte. Mon père insiste et prétend avoir acheté un mouton l’an dernier à ce paysan. Le paysan soudain se souvient : « Ah ! Oui, je me souviens ! Vous allez bien ? — Oui ! Alors ces bêtes ? — Ça va ! Elles sont en pleine forme ! » Et le paysan et mon père se parlent enfin. Nous sommes rassurés dans la voiture. Leur conversation dure longtemps. Ils parlent de tout et de rien.
EXTRAIT 3 :
Elle me frotte le dos, elle s’en va le décaper de sa crasse, magique, elle me frotte le corps le dimanche. Elle crie : « Tu es dégueulasse, la crasse te sort par les yeux, la crasse t’a bouffée, la crasse nous bouffe tous, je vais te décaper la peau, il en sort des peaux mortes biens vivaces ! » Oui, mes peaux mortes sont vivantes, elles traduisent mon énergie, elles reflètent mes mouvements de la semaine, j’ai transpiré toute la semaine, dans les ruelles et sous les porches, dans le préau de madame Gérard, la voisine institutrice et directrice de l’école de Grangebelle. J’ai levé les bras à peu près mille fois dans la semaine, j’ai sauté par-dessus des murets, les murets qui mènent à la cave, les murets des jardins familiaux, j’ai couru après les poules d’une ferme, son paysan me regardait du coin de l’œil harceler ses poules. J’ai aussi ramassé les jonquilles, je les ai cherchées jusqu’au fond des fossés, mes fleurs, je les ai bien offertes à ma mère, la fauchée, qui les a mises dans une boîte de conserve vide, vide de ses haricots ou petits pois, puis elle a posé le vase en ferraille sur la table corbillard de la cuisine. J’ai monté les escaliers du bloc et descendu les mêmes escaliers de mon bloc adoré près d’une dizaine de fois, j’ai transpiré sans m’en rendre compte des pieds à la tête en passant par ma culotte, j’ai porté les courses des voisins Gérard avec Mouni Brahima pour gagner un franc. J’ai couru au tabac acheter avec mon gain une image de Candy, le dessin animé que nous regardons tous, j’ai collé le portrait de Candy dans les chiottes de la baraque, ainsi, chacun fait son caca devant le sourire sadique de Candy. J’ai transpiré lorsque j’ai joué au bord de ma dangereuse route tant aimée, ma Nationale 7. Mouni m’a couru après pour m’enfermer dans une prison imaginaire, sous un arbre qui ressemble à un peuplier. J’ai demandé à ma mère s’il y a des peupliers en Algérie, enfermée dans la prison imaginaire des enfants du quartier. Nous avons recommencé à courir près de la Nationale en cachette de nos parents aimants et résignés, le vroum vroum des voitures nous a scié les oreilles et les dents. Nos cris de joie d’enfants n’étouffaient jamais notre courage, nos cris et nos rires nous ont fait transpirer près de la route dangereuse, nos cris dans nos rêves impénétrables. Elle m’a frottée pour que j’oublie ma semaine, elle m’a frottée pour un nouveau départ, une nouvelle semaine toute neuve et propre, une nouvelle semaine à bouffer et à cavaler dans la ronde des jeux d’enfants, des cubes sans un rond. Elle m’a frottée et je me suis endormie dans l’eau cinq secondes, c’était un quasi-coma dans les vapeurs brûlantes, un état de coma infiniment bon, la crasse colorait l’eau dans la baignoire. Mon corps ramolli se laissait aller aux rythmes des frottements du gant noir et rêche.
Le liquide gris infâme s’écoule maintenant dans la tuyauterie de l’immeuble, je partage ma crasse avec tous ici, les petits et les grands, salem koul wahed anaya, chacun par son nom. L’eau crasseuse s’échappe ensuite dans les égouts de la cité Grangebelle pour aller mourir derrière, sur la digue, dans le Roubion ou dans le Rhône. Ma crasse d’enfant a voyagé sur le fleuve et dans ses eaux troubles. Ma famille, ma crasse a voyagé jusque dans la mer Méditerranée, sans doute a-t-elle atterri dans les ports d’Alger ou de Tanger, sans doute les rats de la mer se sont-ils amusés de ma crasse d’enfant myope. Les rats de la mer sont aussi myopes que moi, je ne fais jamais mes devoirs car je ne vois rien, les rats de la mer connaissent ma crasse myope par cœur, ils en redemandent de ma crasse tous les dimanches. Ma mère y répond avec détermination, c’est un bain, une secousse dans l’immeuble, je suis propre devant les humains du quartier, nous serons propres jusqu’à la fin de la semaine et la nuit des temps. Nous serons pauvres mais propres, nous serons propres face à ceux qui voudraient nous faire passer pour des crades, nous serons propres, et nerveux. Elle me frotte comme une sale petite Arabe que je suis, c’est elle aussi la sale, elle dit : « Je te frotte comme une sale Arabe que tu es », je ris, elle rit à son tour, nous rions de cette parfaite insulte. Nous ne sommes pas malhonnêtes avec nous-mêmes, nous ne trichons pas avec nos blagues cultissimes, nos blagues sont des bulles de savon, nous nous les renvoyons en pleine figure. Elle nous frotte et elle rit, presque hystérique, nous pleurons de sa main de mère, des frottements brutaux, sévères, le gant noir a la rage. Elle voudrait bien retourner une fois dans un hammam turc ma mère, ou dans les thermes de son enfance près de Médéa, les thermes romains dans la campagne, des bassins dans la roche rouge, cachés au milieu d’oliviers, les thermes du hammam Salhin. les bassins romains fument. Elle entend les échos des rires de jeunes filles indigènes dans la roche rouge. Accroupie face à moi, elle frotte. Je vois son regard partir loin, bien loin de la cité Grangebelle… elle peut se frotter pour y aller au hammam Salhin, elle peut frotter jusqu’à m’arracher la peau, elle n’y retournera pas de sitôt, au hammam des déchirés, rétablis et remis.
S H U S H L A R RY
ART&FICTION
LITTÉRATURE SUISSE
Fabienne Radi
Notre besoin de culotte est impossible à rassasier E S S A I S , F I C T I O N S , P O È M E S + 1 L E T T R E D ’AV E U
Objet bâtard comme le fruit des amours d’un teckel et d’un lévrier afghan, ce livre concentre des formes et des sujets variés : essais convoquant des personnalités de la pop culture (Burt Lancaster, Dirk York), de l’art et de la littérature (Flannery O’Connor, Marina Abramović, Allen Ginsberg, Paul Thek, Dean Martin, Paul Newman), fictions fabriquées à partir d’œuvres d’artistes contemporains (Nina Childress, JeanLuc Manz, Joëlle Flumet), poèmes bricolés se servant de matériaux trouvés (manuels de développement personnel, injonctions contemporaines au bonheur), ainsi qu’une lettre d’aveux de l’auteure à ses filles à propos d’une paire de cochons d’Inde.
On s’intéresse tour à tour à l’histoire des crooners et à des problèmes de radiateurs, on apprend des choses sur la fréquentation des morgues, on découvre la formation des Alpes expliquée avec une couverture militaire, on s’interroge sur la place des femmes conjuguant chant et batterie dans la pop music. Chez Fabienne Radi le trivial s’immisce dans le drame, le dérisoire dérape vers l’incongru, l’idiotie flirte avec la mélancolie. Ce livre reprend les textes de Oh là mon Dieu et de Holy, etc. (art&fiction, 2015 et 2018), auxquels ont été ajoutés cinq textes inédits. Cette nouvelle mouture présente en sus des reproductions des œuvres d’art évoquées dans les textes, ainsi que des images trouvées par l’auteure.
— E N L I B R A I R I E E N F R A N C E / B E LG I Q U E L E 2 S E P T E M B R E 2 0 2 2 —
format 11 x 17.5 cm, env. 230 pages isbn 978-2-88964-041-6 chf 17.80 / euro 14
— genre littérature suisse, textes courts sujet abordé pop culture
uisse de s ix r P n ’u d te a é r L au bienne a F , 2 2 0 2 n e e r tu litt éra ler la il a v a tr e d e u n ti n R a di c o toutes ses s u o s te x te e r è ti a m formes.... E RÉPOND PLUS, IE , RIO N LA VIE . SAUVE QUI PEUT
© Nina Childress
LA FÊTE EST FIN
———Fabienne Radi écrit (essais, récits, poèmes), fait des éditions d’artiste (livres, affiches, disque) et enseigne à la Haute école d’art et de design (HEAD) à Genève. Elle travaille la matière texte sous toutes ses formes et en usant de différents procédés : contraintes, appropriations, détournements d’objets trouvés, invention de protocoles etc. Elle admire David Foster Wallace pour ses essais ébouriffants, Lydia Davis pour ses micro-fictions chirurgicales. Elle relit régulièrement les nouvelles de Flannery O’Connor qui l’épatent à chaque fois, a scotché au-dessus de son bureau la phrase de l’artiste John Baldessari : I never say edifice when building would do. Sa première formation en géologie lui a apporté l’amour des couches, sa brève incursion dans la bibliothéconomie a suscité un engouement pour les classements, ses études en art sur le tard ont transformé son regard sur son appartement. Les titres, les plis, les malentendus, les coupes de cheveux, les dentistes et Paul Newman sont des motifs récurrents dans son travail. Elle a publié Une autobiographie de Nina Childress (Beaux-Arts de Paris, 2021), Émail diamant (art&fiction, 2020), Le déclin du professeur de tennis (Sombres torrents, 2020), Peindre des colonnes vertébrales (Sombres torrents, 2018), Holy, etc. (art&fiction, 2018), C’est quelque chose (d’autre part, 2017), Oh là mon Dieu (art&fiction, 2015), Cent titres sans Sans titre (boabooks, 2014), Ça prend : art contemporain, cinéma et pop culture (Mamco, 2013). Fabienne Radi est née à Fribourg, vit et travaille à Genève, se repose en Gruyère.———
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KAREN & KAREN
Dans la famille des interprètes-instrumentistes de genre féminin du siècle dernier, on a connu les chanteuses-pianistes blondes et tourmentées (Véronique Sanson, Diana Krall), les chanteuses-guitaristes brunes et plaintives (Joan Baez, Claudine Longet dans The Party), les chanteuses-violonistes vibrantes ou avant-gardistes (Catherine Lara, Laurie Anderson), ou encore les chanteuses-bassistes frondeuses et boudeuses (Rhonda Smith, Kim Gordon). On a vu beaucoup de chanteuses à qui l’on donnait un tambourin, des clochettes, un triangle ou des maracas, ceci pour occuper leurs mains sur un plateau TV, mais ça ne compte pas. Enfin il y a eu, durant les années septante /quatre-vingt, deux chanteuses-batteuses qui ont squatté le petit écran de leur pays respectif en portant le même prénom, robuste et taillé comme un fjord norvégien : Karen Carpenter aux USA et Karen Cheryl en France. Sur le principe de la moissonneuse-batteuse, la Karen américaine a cumulé les deux fonctions (chanter et battre) tout au long de sa carrière, alors que la Karen française a rapidement abandonné son instrument pour faire des moulinets dans l’air, sans baguettes, juste avec ses bras. Qu’importe. Pour les deux Karen, l’expérience de la batterie a été déterminante. Produire des sons en frappant un ensemble disparate d’objets massifs en bois, en métal et recouverts de peau, nécessite des capacités de coordination motrice, d’équilibre spatial et d’endurance physique hors du commun. Rien à voir avec l’action d’insuffler de l’air dans une flûte douce par exemple. Jouer de la batterie est une expérience sismique intense, qui a longtemps été réservée à la gent masculine. Car dans cet exercice on secoue autant qu’on est secoué, en plus d’être forcé au manspreading pour garder l’équilibre sur son tabouret. Le batteur mâle rock est la plupart du temps musclé, souvent tatoué, sa virilité a l’occasion de s’exprimer lors de solos acrobatiques qui font gicler sa sueur. Seule concession au féminin : la chevelure, si possible longue et épaisse, pour redoubler avec
EXTRAITS
emphase les mouvements de la tête. Pas très élégant a priori. C’est sans doute ce qu’a dû se dire Andy Warhol lorsqu’il a imposé la chanteuse Nico au Velvet Underground, ceci afin d’ajouter une touche de glamour féminin que Moe Tucker, la batteuse du groupe, avait selon lui du mal à incarner. En quoi les deux Karen, quelques années plus tard et dans un autre registre (la variété), allaient lui donner tort. Il suffit de regarder Karen Carpenter déchaînée à la batterie en 1976 pour s’en convaincre. Sweat moulant vert pomme, pantalons pattes d’éléphant assortis, elle frappe tout ce qui se présente en ondulant telle une liane tropicale, sans que son brushing ni sa frange ne se défassent, ses deux grandes dents d’écureuil faisant un écho chromatique aux pointes blanches de son col pelle à tarte. Une créature fantasque qui évoque autant Peter Pan (les dents) que Morticia Addams (les sourcils inquiétants). Au-delà du formatage TV de l’époque, il faut avouer qu’il y a de la grâce chez le tomboy Carpenter. Un peu moins chez Cheryl qui impressionne surtout par un stakhanovisme à tout crin, et s’inscrit davantage dans une esthétique majorettes (qui, elles aussi, ont jeté le tambour pour ne garder que les baguettes). Comme les lapins Duracell programmés pour ne jamais s’arrêter, Karen & Karen ont été construites avec des piles encastrées sous les omoplates. Pourtant, chacune à leur manière, elles ont œuvré à leur propre disparition. À force de ne rien avaler, l’anorexique Karen Carpenter s’est définitivement évaporée dans l’atmosphère en 1983, laissant en plan le duo qu’elle formait avec son frère Richard. Karen Cheryl, elle, poursuit depuis 40 ans un processus de dissolution beaucoup plus complexe, où les changements de noms, les transformations corporelles, les métamorphoses capillaires et les bifurcations professionnelles donnent le tournis. Toute cette énergie qui au départ se déversait sur des caisses et des cymbales a fini par un bizarre phénomène d’implosion chez l’une, de diffraction chez l’autre.
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CILS POILS CHEVEUX Flirter avec les cuisses, est-ce une bonne idée ? Une paire de bottes rouges, un jean slim et un poncho Attention fashion faux plat On dit non aux modèles en vinyle Peignez vos avant-bras avant d’enfiler un pullover Sous le charme indéfectible de maniérismes vocaux acrobatiques Ma coupe de cheveux est un positionnement politique À nous les belles heures d’Au Théâtre ce soir Tu peux bien pleurer des rivières, ça ne ressuscitera pas Georges Descrières Fermeture générale de la chasse au poil Les aisselles chauves ont du souci à se faire Les épines nous parlent A rose is a rose is a rose is a rose J’aime j’aime j’aime j’aime j’aime tes genoux Différence et répétition Comment évitez que mon blond vire au vert après la piscine ? Fräulein Hedy, que vous avez de grands cils Sous cette masse capillaire se cache un QI phénoménal Il faut libérer la mèche avant que le fer ne soit trop chaud Combien de montres voyez-vous dans ces peintures ? Je ne suis pas un robot Tu ne seras jamais Sylvie Vartan Nous ne sommes pas deux sœurs jumelles nées sous le signe des gémeaux Vous n’êtes en aucun cas quatre garçonnes assises au-dessous d’un volcan Suivons le sens des écailles
EXTRAITS
C O L L E C T I O N S H U S H L A R RY
ART&FICTION
LITTÉRATURE SUISSE
Fabienne Radi
Émail diamant P R I X S U I S S E D E L I T T É R AT U R E 2 0 2 2
Certains croient qu’il suffit de les montrer tout le temps pour gagner en capital sympathie. D’autres les planquent parce qu’ils sont écrasés de soucis. Quand on les sent, c’est qu’il y a un problème. Sans elles, on ne mangerait que des yaourts moka et on aurait tous l’accent auvergnat. Si on a les moyens, on peut les redresser, les aligner, harmoniser leur forme, raviver leur teinte,
les remplacer par de la porcelaine. Lorsqu’on est mort, elles peuvent servir encore aux inspecteurs de police et aux archéologues en indiquant l’âge approximatif du corps. Ce livre convoque une performeuse anglaise, une nonne belge, un dentiste vaudois, l’Homme des glaces, Shelley Duvall, Peter Pan et Harry Dean Stanton pour traiter d’une partie singulière du corps.
— PA R U E N F R A N C E / B E LG I Q U E E N O C TO B R E 2 0 2 0 —
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PRESSE
c’est son , » t n a m ia d il a m dans « É peu n u t Ce qui plaît aussi n e m e n n to é l’ t enthèses e r a p e d it fa r u o m hu rocure. p l ’i u q l ta n e DANT NADEAU EN im T r é AT EN exp , ÈS N JE AN -ACIER DA
04/02/2022 16:35
Émail diamant, trente-deux récits de Fabienne Radi : dans les dents X
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Dans les dents par Jean-Acier Danès • 20 janvier 2021
Servie par une vaste imagination bucco-dentaire, Fabienne Radi publie dans la maison d’édition suisse « art & fiction » un assemblage drôle, fait de trente-deux récits autour de la dentition, Émail diamant (du nom d’un dentifrice désormais historique). Fabienne Radi, Émail diamant. Trente-deux récits à géométrie variable en rapport plus ou moins étroit avec les dents. art & fiction, coll. « ShushLarry », 171 p., 14 €
L’ouvrage de Fabienne Radi est beau, croquant. Il se paye le luxe d’une couverture crénelée de petites dents blanches, et donne le ton dès le départ : il s’agira d’un texte léger ou au contraire gravement majeur, mais jamais dépourvu de second degré. Fabienne Radi est une écrivaine suisse, qui se partage entre Fribourg et Genève. Avec Émail diamant, où il y a du Butor, du Perec et du Radi, elle propose un recueil qui agrège des récits protéiformes, s’amuse à varier les styles, cite aussi bien le droit romain que des documentaires visionnés au hasard. Le résultat est une belle alternance entre poésie, fiction, extraits de journaux intimes, petites biographies de célébrités, commentaires des pratiques artistiques ou dentaires, etc. D’une analyse décapante de Hayley Newman qui performait comme au sortir d’une opération chez le dentiste jusqu’au portrait magnifique du médecin grasseyant son humour pataud, il y a des lignes remarquables. Les récits sont denses et distillent avec justesse de nombreux coups d’œil ou expériences vécues dans le flot du quotidien. https://www.en-attendant-nadeau.fr/2021/01/20/dans-dents-radi/
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PRESSE
FA B I E N N E R A D I | É M A I L D I A M A N T
02/10/2020
Fabienne Radi se fait ses dents littéraires dans le petit livre "Email diamant" - Bilan
02/10/2020
Fabienne Radi se fait ses dents littéraires dans le petit livre "Email diamant" - Bilan
mes soins puisque je vous ai plusieurs fois parlé d’elle. Fabienne est un électron libre, que dis-je un ludion dans la littérature romande actuelle. Elle reste et se veut inclassable. A la page 73 de son dernier bouquin, la dame assume. Dans un chapitre hilarant tournant autour d’une lecture qu’elle doit faire à Paris avec un (in)certain Christophe, elle déclare en e�et: «Pour ma part, j’écris des textes qui ne sont pas vraiment des essais, ni complètement des �ctions, encore moins des poèmes, mais �irtent un peu avec tout ça. Ce qui n’est pas très original à une époque où le «crossover» est partout.» Si Fabienne se décrit bien là, avant de nous raconter ses angoisses face à un public français auquel elle ne sait plus si elle doit dire «septante» pour marquer son ancrage régional ou «soixante-dix» a�n de les rassurer sur son assimilation, elle ne se �atte en revanche guère. Bien sûr que les métissages sont à la mode! Mais généralement pour le pire. Ils demeurent à la culture ce que la cuisine internationale est à la gastronomie. Un peu de ci. Un zeste de ça. Un chouïa d’autre chose. Tout cela pour aboutir à un machin en général sans goût ni personnalité. Or de cette dernière, la Suissesse en a à revendre. Le lecteur la reconnaît du premier coup, alors qu’elle lui parle à chaque fois d’autres choses. Au pluriel, bien entendu. «Email diamant» saute comme d’habitude du coq à l’âne, même si la dent en constitue, si j’ose dire, le pivot.
De Bowie à la Biennale de Lyon Si Fabienne Radi nous raconte les corrections dentaires de David Bowie, qui ont peu à peu contribué à lisser son image, si elle nous narre le calvaire de sa grand’mère, à qui on avait arraché à 18 ans la dentition entière pour lui trouver un mari qui n’aurait pas à payer de dentiste (1), il existe donc dans «Email diamant» des récits sans canines ni molaires. L’un d’eux, le plus drôle sans doute, se révèle sa visite à la Biennale de Lyon en 2003. Elle se retrouve là avec une amie histoire de s’informer en tant qu’artiste et de future enseignante à la HEAD genevoise. Les enfants ne pensent qu’à leur planche. A cet âge-là, le cerveau glisse sur des roulettes. Le retour tournera à la catastrophe climatique. Fabienne se livre ici à un exercice de haute voltige. L’art contemporain qu’elle côtoie journellement va se retrouver moqué aux yeux du lecteur. Et pourtant pas, si on y regarde de plus près! L’écrivaine ne décrie pas. Elle se contente de décrire. Seulement voilà! Le lecteur un peu doué fait lui aussi son boulot. Il imagine.
Fernandel. L'un des plus célèbre claviers dentaires. Crédits: Studio Harcourt, Ministère français de la culture. C’est un petit livre à l’appétissante couverture rouge, ponctuée de petits rectangles blancs alignés à gauche. Une couverture parlante. «Email diamant» de Fabienne Radi va en e et nous parler de dents. En général et en particulier. Vous connaissez l’auteure, du moins par https://www.bilan.ch/opinions/etienne-dumont/letonnante-fabienne-radi-se-fait-des-dents-litteraires-dans-le-petit-livre-email-diamant
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https://www.bilan.ch/opinions/etienne-dumont/letonnante-fabienne-radi-se-fait-des-dents-litteraires-dans-le-petit-livre-email-diamant
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cOUVERTURE NON CC
POUVOIR Philippe Testa
Après L'Obscur (Folio SF), récit prémonitoire d'un blackout énergétique, Philippe Testa nous plonge dans une politique fiction pointant la déraison des masses face à la fascination d'un chef.
PRÉSENTATION Situé à Paris à l’époque contemporaine, le roman décrit la montée en puissance
En librairie 12.2022 Format : 14 x 21 cm Pages : 192 p. Reliure : broché, collé
d’un homme politique démagogue et charismatique par les yeux de deux personnages que tout semble opposer, un écrivain désabusé qui connaît et aime la Suisse, et un employé d’une usine agro-alimentaire de la proche banlieue. Ces deux hommes, qu’il aurait été facile d’opposer, vont être amenés à se rencontrer et –
rayon : littérature
dans une certaine mesure – à s’apprécier.
Prix : 18 € / 25 CHF
A travers ce qu’ils voient et vivent se révèle donc peu à peu ce politicien jouant sur
ISBN : 978-2-8290-0659-3
les émotions et une mystique floue, homme fort, beau et séduisant, leader d’un siècle où l’image est tout. L’intention de l’auteur a été de contourner les discours habituels et leurs sempiternelles références à l’économique et au sociétal pour se pencher sur des aspects plus irrationnels, quasi pulsionnels, qui semblent jouer dans la montée en puissance de certains dirigeants politiques présents, passés et à venir.
DIFFUSION ET DISTRIBUTION SUISSE Éditions d’en bas
AUTEUR
Rue des Côtes-de-Montbenon 30
Né en 1966, Philippe Testa vit et travaille à Lausanne. Il est l’auteur de plusieurs
1003 Lausanne
romans explorant les désenchantements contemporains, dont Sonny, lauréat du prix
021 323 39 18
du Roman des Romands en 2010-2011. En parallèle à sa carrière d’écrivain, il
contact@enbas.ch / www.enbas.net
enseigne dans un collège lausannois. » L'Obscur (Hélice Hélas, 2020) en 2022 paraîtra en poche chez Folio SF.
DIFFUSION ET DISTRIBUTION FRANCE Paon diffusion/SERENDIP livres
Paon diffusion – 44 rue Auguste Poullain – 93200 SAINT-DENIS SERENDIP livres – 21 bis rue Arnold Géraux 93450 L'Île-St-Denis +33 140.38.18.14 contact@serendip-livres.fr gencod dilicom 3019000119404
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LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE
demain les flammes littérature Aaron Cometbus DOUBLE DUCE
& autres histoires du Paradis de Willey Traduit de l’anglais par David Mourey
Une Odyssée punk
EAN : 9782492667213 Parution : 2020 Pagination : 256 p. Format : 11,5 x 17,8 cm Prix : 15 €
Nouvelle édition revue et corrigée
Fauchés, débraillés, mais des rêves plein la tête, des punks échouent dans une maison en lambeaux peuplée de voisins fous et armés, de colocataires extravagants, de nuits sans sommeil et d’imprévus en pagaille. De ce taudis aux airs de cour des miracles, ils feront un paradis où l’amitié l’emporte sur l’adversité et les déboires du quotidien. Dans ce roman publié en 1997, Aaron Cometbus, l’écrivain inconnu le plus connu d’Amérique, transforme non sans humour et générosité ces aventures en une véritable épopée de la vie punk et d’une jeunesse en quête d’absolu. Aaron Cometbus, l’écrivain inconnu le plus connu d’Amérique, publie le fanzine Cometbus depuis 1981. Demain les flammes a traduit à ce jour six de ses livres.
demain les flammes 43, rue de Bayard / 31000 Toulouse contact@demainlesflammes.fr / demainlesflammes.fr
Double Duce
extraits
première partie
1
Double Duce
a
vec sluggo, on se serrait toujours les coudes
dans les moments difficiles. Quand tout allait bien, je ne le voyais pas si souvent que ça. Mainte nant que son squat et son histoire d’amour s’écrou laient, nous étions inséparables. Lorsque nous avons décidé d’emménager ensem ble, les fondations de notre amitié sont devenues celles de notre maison. Tant que nous serions seuls et déprimés, elle tiendrait. Nous allions devoir habiter dans un entrepôt ou un bureau, puisque aucun de nous deux n’avait les moyens de louer un endroit décent. J’avais trouvé un local commercial à louer en rezdechaussée, mais j’ai fini par laisser tomber. un magasin d’al cool tristement célèbre se trouvait juste à côté. Il aurait été trop pénible de devoir faire tampon entre les mecs timbrés et armés qui géraient l’endroit et les pauvres cons qui traînaient devant. Nous avions déjà vécu ça. Le propriétaire abondait dans notre sens, et il nous a suggéré de visiter un autre endroit. 9
Double Duce
extraits
Il nous a conduits audessus du magasin, où un escalier donnait sur un petit deuxpièces miteux. De grandes fenêtres offraient une vue imprenable sur university Avenue. en ouvrant la porte arrière, on pouvait apercevoir le toit de la Junkpile, notre ancienne baraque, à un demipâté de maison de là. Même les souvenirs désagréables, par leur familia rité, sont réconfortants. L’appartement comportait une salle de bain, une cuisine et une arrièrecour. Jamais nous n’avions eu accès à ces choseslà, sauf à une cuisine, une fois. étrangement, l’appartement était toujours soumis à l’ancienne loi de contrôle des loyers : on l’a pris. Le loyer n’était pas cher, c’était incontestable, mais nous étions malheureusement encore plus fau chés que d’habitude. Impossible de le payer. Après avoir rapidement passé en revue nos amis, nous nous sommes rendu compte qu’aucun ne conve nait : nous les haïssions tous, sans exception. À part Willey, mais il vivait déjà dans un appart que je souslouais. J’ai suggéré qu’on propose à Little G, mais Sluggo était hésitant. « ouais, c’est sûr, j’ai dit, il est taré, mais il a des sous pour payer le loyer, ce qui n’est clairement pas notre cas. » 2
Petit suicide Tous mes copains relèvent – littéralement – du mélange entre le bébé et le vieil homme. Little G était 10
Double Duce
extraits
l’exemple le plus frappant, même dans sa manière d’être : aussi beau et intelligent qu’un vieil homme, mais complètement frais, innocent et joueur, comme un enfant. Il n’y avait pas d’entredeux. un grand père et son petitfils qui partagent le même corps et la même vie. Très mûr pour son âge, mais toujours prêt à faire des bêtises alors qu’il avait « passé l’âge ». Il s’appelait Colin, mais, pour je ne sais quelle rai son, tout le monde l’appelait Little G. Je le surnom mais « Little Suicide », et pas seulement à cause de sa taille et de ses pulsions suicidaires. Pour célébrer la vie et en profiter pleinement, il faut aussi accep ter la mort, ou du moins reconnaître qu’on mène en permanence contre elle une guerre qu’on ne gagnera jamais. Chaque jour nous rapproche un peu plus de la mort, chaque jour est un petit suicide. Il me sollicitait presque tout le temps pour des indications ou des conseils qu’il ne suivrait pas. Nos conversations étaient écourtées ou interrompues parce que Little G se faisait dépouiller, menacer ou tirer dessus. Il partait en virée avec ses amis Jed et Josh Mann, dans une sorte de circuit touristique de tous les quartiers les plus dangereux du pays, et il m’appelait au fur et à mesure depuis des cabines téléphoniques. Pour une fois, c’était moi qui restais au chaud et en sécurité à la maison. Il était quatre heures et demie du matin, je reve nais de chez Willey après un Nouvel An déprimant et décevant. J’avais l’alcool triste, et après m’être déshabillé, j’ai immédiatement sombré dans le som meil. Puis la sonnette a retenti. J’ai regardé par la 11
Double Duce
extraits
fenêtre et j’ai vu Jed, Josh et Little G. Quand il avait déclaré qu’il serait là au début du mois pour emmé nager, il ne plaisantait pas. Ils m’ont demandé si je voulais aller sur le front de mer. C’était une de mes vieilles traditions du Nouvel An, mais j’avais fini par y renoncer, tout comme, plus tôt dans la soirée, j’avais renoncé à mes vieux amis et à l’humanité en général. L’arrivée de ces nouveaux compagnons était un petit miracle tombé du ciel, juste à temps pour rattraper ma soirée pourrie et me donner de l’espoir pour l’année à venir. Jed et Josh Mann ont fini leur virée le 1er janvier et sont rentrés en stop jusqu’à chez eux, à eureka. Sluggo s’est pointé et on a amené Little G avec nous pour qu’il voie notre nouvelle maison. Il n’avait jamais habité ailleurs qu’à eureka, et n’avait même jamais eu son propre appartement. 3
Casser la baraque Demeurait le problème de la répartition des pièces. Little G occupait la grande chambre de devant parce qu’il payait la plus grosse part de loyer. Il restait une chambre qui, en vérité, s’apparentait plus à un cou loir entre la chambre de devant et la porte d’entrée. — Je m’installe là, j’ai indiqué. — Comment ça, tu t’installes là ? on va devoir partager le couloir, a répondu Sluggo. — Non, là, j’ai dit en montrant une trappe fer mée à double tour dans le plafond. 12
demain les flammes littérature Aaron Cometbus Post-Mortem Traduit de l’anglais par Julien Besse et Nathan Golshem
Quelqu’un a tué l’underground. Mais qui ? Aaron Cometbus mène l’enquête.
EAN : 9782492667206 Parution : août 2025 Pagination : 256 p. Format : 11,5 x 17,8 cm Prix : 15 €
Aaron Cometbus, l’écrivain inconnu le plus connu d’Amérique
En allant à la rencontre de projets underground qui ont réussi vaille que vaille à traverser les décennies depuis leur naissance au début des années 1980, Aaron Cometbus cherche à percer le secret de leur longévité. Y parviendra-t-il ? Et surtout, découvrira-t-il l’assassin de tous les projets abandonnés sur le bord de la route ? Passé maître dans l’art du récit, Aaron Cometbus nous transbahute ici de la côte Ouest à la côte Est des états-Unis au cœur même des cultures punks et underground (squats, librairies indépendantes, théâtres marginaux, cantines solidaires, archives militantes, etc.) à la recherche de la recette du succès. Porté par un humour grinçant et une grande admiration pour toutes les personnes qui tiennent à bout de bras une culture faite par les gens et pour les gens, Postmortem offre une réflexion essentielle sur la nécessité d’institutions autonomes.
Aaron Cometbus, l’écrivain inconnu le plus connu d’Amérique, publie le fanzine Cometbus depuis 1981. Demain les flammes a traduit à ce jour six de ses livres.
demain les flammes 43, rue de Bayard / 31000 Toulouse contact@demainlesflammes.fr / demainlesflammes.fr
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POST-MORTEM
1 mon année d’enquête a commencé dans un drôle d’endroit : un ancien dépôt de tramways à echo Park, vestige d’une époque où l’industrie automobile n’avait pas encore fait pression sur le gouvernement pour remplacer les transports publics par des autoroutes. La grille était imposante. La chaleur aussi. Quant à mon état, il était aussi lamentable que peut l’être celui de quelqu’un venant de se frayer un chemin dans Los Angeles sans voiture. La porte d’entrée était à trois mètres de moi, mais pénétrer dans la cour m’était impossible. J’ai appuyé sur la sonnette. Personne n’a réagi jusqu’à ce qu’un employé qui sortait de ce camp retranché me trouve là à poireauter. Il m’a laissé en plan, non sans avoir averti au préalable un responsable par l’interphone. on se serait crus dans James Bond. Une autre employée est arrivée, polie mais visiblement agacée. « Je croyais qu’on ferait ça au téléphone », a-t-elle lâché tout en me guidant à l’intérieur. C’était sue, l’assistante de Brett. elle m’a laissé dans une salle d’attente aussi sinistre que celle de mon dentiste. J’ai jeté un œil dans la pièce adjacente. À l’endroit où l’on entreposait jadis des tramways, des travailleurs tatoués rivés à leurs écrans convertissaient du punk-rock en petits morceaux de code informa7
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tique à vendre en ligne. À l’exception d’un léger bourdonnement, tout était calme. J’étais arrivé en pleine pause déjeuner, et les quelques personnes assises à leurs bureaux avaient des écouteurs vissés aux oreilles. Qu’est-ce que je faisais là ? Je n’avais jamais été un grand admirateur d’epitaph records. À vrai dire, j’avais ignoré et rejeté ce label pendant des années, préférant en soutenir de plus petits, plus authentiques, plus terre-à-terre, davantage dévoués à la cause. D’après vous, qu’est-il arrivé à toutes ces labels ? La plupart ont fait faillite en escroquant tout le monde au passage. Ils ont laissé dans leur sillage une immense traînée d’amertume et contribué à ternir la réputation des labels indépendants. Voilà pourquoi j’avais traversé le pays pour m’asseoir dans la salle d’attente d’epitaph. J’étais curieux. et plein d’humilité. si le but était de sortir des disques et de rester à flot, epitaph avait réussi. Le label avait tenu ses promesses. D’autres labels, qui s’étaient révélés incapables d’atteindre ou d’assumer leurs nobles idéaux, ne pouvaient en dire autant. soyons clairs : les nobles idéaux, c’est mon truc. mais je voulais dépasser la rhétorique et comprendre ce qui fonctionnait dans la réalité. Voilà pourquoi j’étais venu m’entretenir avec Brett Gurewitz, fondateur et propriétaire d’epitaph. C’était la première étape d’une vaste étude de l’underground, un genre de recensement, le plus honnête possible, de nos réussites et de nos échecs. Il s’agirait à la fois d’un 8
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inventaire et d’une autopsie, du bilan de nos problèmes et de nos ressources. Quand Brett est arrivé, j’avais l’impression de déjà le connaître. on ne s’était jamais rencontrés, mais on n’en était pas moins citoyens d’un même pays, la Californie, et on avait exercé la même profession toute notre vie : marchands de contre-culture. on aurait tout aussi bien pu être des francs-maçons à un congrès ou des rabbins au mur des Lamentations. on était assortis, habillés de la même façon. Dès que j’ai lancé les hostilités, Brett a arboré un air sérieux, quoiqu’un brin désinvolte. Quand j’ai demandé pourquoi epitaph avait réussi là où tant d’autres avaient échoué, il a tout attribué à la chance. Je n’ai pas dit un mot. Je me suis contenté d’attendre. Lorsque le silence est devenu vraiment trop pesant, il s’est repris : « Bon, bon... C’est vrai que je viens d’une famille d’entrepreneurs. mon arrière-grand-père était un ferrailleur émigré d’Ukraine. mon grand-père, un équarrisseur à san Pedro. et mon père vendait des sacs. Je viens d’une famille juive d’entrepreneurs, des deux côtés. C’est sûr que ça m’a aidé. Quand j’ai dit à mon père que je voulais presser un 45 tours, il m’a dit, “Bien sûr. Bonne idée”. Il n’était pas du genre à me répondre que j’étais cinglé ou qu’il fallait que je me dégote un vrai boulot. « Alors oui, j’ai eu de la chance. mais ce qui m’a aussi aidé, c’est que j’ai décidé d’être intègre. si j’annonçais que j’allais faire un truc, je le faisais. et si ça générait des bénéfices, je payais les droits d’au9
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teur. Les punks s’engageaient en faveur de la justice sociale, mais les labels punks volaient leurs groupes. Les majors n’étaient pas les seules ; à vrai dire, de tous les labels punks que je connaissais, aucun ne payait de droits d’auteur à ses groupes. Je ne veux pas les dénigrer, mais que ce soit robbie de Posh Boy ou Greg de ssT... Personne ne payait jamais personne. Tout le monde se faisait arnaquer. J’ai décidé que si je me lançais, je devais le faire honnêtement. Pas question de perdre des amis. » Je me suis souvenu de colonnes de potins dans Flipside, qui racontaient que les membres furieux de TsoL avaient poursuivi robbie de Posh Boy en pleine rue. J’ai suggéré que ce gars-là aussi devait être plein de bonnes intentions à ses débuts. « Certes, a répondu Brett. et je dois avouer que je n’étais pas aussi honnête dans d’autres domaines. J’étais nihiliste, paumé, drogué. mais mon instinct m’a conseillé de me tenir à carreau dans au moins un domaine. » J’ai insisté : comment peut-on se droguer et éviter la faillite ? « Bonne question, a reconnu Brett. en réalité, je n’y suis pas arrivé. Pas au début. J’ai claqué tout l’argent des deux premiers disques dans la dope. Je n’ai payé personne. Ça m’a servi de leçon, et ça explique en partie mon succès : j’étais précoce et j’ai fait mes conneries à un très jeune âge. Au milieu de la vingtaine, j’avais déjà appris de mes erreurs. » Brett fit amende honorable et rendit aux Vandals les droits de l’album pour lequel il ne leur avait 10
mondiale, Stig Dagerman traversé par la culture Un livre de 96 pages au format 12x17 cm. anarcho-syndicaliste, cherche à approfondir Impression numérique des pages intérieures avec unel’idée jaquette d’une conquête de la volonté sur par le prolétariat de couverture imprimée en typographie carton gris : il rejette la thèse que la solution, pour les travailleurs et travailleuses des pays vaincus ou victorieux, résiderait dans « le minimum concevable », dans l’acceptation du « possible ». Et il appelle à faire le choix de l’impossible.
Ce recueil inédit d’articles et de lettres rédigés par Stig Dagerman donne à entendre le désespoir et la lucidité d’un écrivain dont l’écriture forgée par une culture syndicale et « Car en effet, tant que nous ne dérangeons que nous-mêmes, il ne se passe rien. » Prix : 15 euros
Ouvrage publié avec le soutien de la région Sud
un engagement anarchiste l’amène à rejeter toute compromission avec la politique du possible. Dans une importante préface Philippe Geneste poursuit et affute son analyse de la lucidité Dagermanienne : « Face aux défaites accumulées par le mouvement ouvrier et après la catastrophe de la seconde guerre mondiale, Stig Dagerman traversé par la culture anarchosyndicaliste, rejette la thèse que la solution, pour les travailleurs et travailleuses des pays
STIG DAGERMAN • LA SEULE CHOSE INSENSÉE EST D’ACCEPTER LE POSSIBLE
La seule chose insensée Face aux défaites par le mouvement est d’accepter leaccumulées possible ouvrier et après la catastrophe de la seconde guerre
Q
la seule chose insensée est d’accepter le possible
Friction L’auteur
Stig Dagerman
Préface de Philippe Geneste
Quiero Parution : août 2025 EAN : 9782914363426 Prix public : 15 € Demande de soutien à la Région Sud
vaincus ou victorieux, résiderait dans “le minimum concevable”, dans le “possible”. Et il appelle à faire le choix de l’impossible. » Paysage typique de la campagne suédoise
Stig Dagerman né Stig Halvard Jansson en 1923 à Älvkarleby et mort en 1954 à Stockholm (Suède). Abandonné par ses parents, il est élevé à la campagne par ses grands-parents avant de rejoindre Stockholm pour finir ses études. Il adhère en 1941 aux jeunesses syndicalistes et travaille comme journaliste et responsable de la rubrique culturelle du journal anarchiste Arbetaren. De 1945 à 1949, il publie des livres de littérature et des récits journalistiques qui rencontrent un large succès auprès du public suédois. Il cesse ensuite d’écrire – hormis pour Arbetaren – et se suicide à l’automne 1954. Il est découvert et publié en France par Maurice Nadeau à partir des années 1960. Biographie de Philippe Geneste cf. page 25 ou 31. et deux portraits de Stig Dagerman…
Mes espoirs ? Je les mets dans une littérature qui combatte sans ménagements en faveur des trois droits inaliénables de la personne humaine enfermée dans le système des blocs et des organisations de masse : la liberté, la fuite et la trahison. Je veux dire la liberté de ne pas avoir à choisir entre l’anéantissement et l’extermination, je veux dire fuir du prochain champ de bataille où se prépare la fin du monde, et trahir tout système qui criminalise la conscience, la peur et l’amour du prochain.
le papier peint jaune
one shot #29
Le papier peint jaune Charlotte Perkins Gilman traduction : Dorothée Zumstein Et soudain, cela saute aux yeux…C’est par la clairvoyance de la folie que Charlotte Perkins Gilman parvient à révéler la profondeur d’une oppression.
éditions vanloo
charlotte perkins gilman
graphisme : Maxime Sudol 50 pages 100 mm x 150 mm 9€ broché - collé - rabats ISBN : 979-10-93160-95-5 parution 17 août 2025
Éditions Vanloo www.editionsvanloo.fr diffusion/distribution : Serendip
Nouvelle-Angleterre, fin XIXe. Une femme sujette à ce qu’on appellerait aujourd’hui une dépression post-partum est tenue de garder la chambre, sur décision d’un époux médecin à la bienveillance suspecte. Privée de tout stimuli qui risqueraient, d’après son mari, d’aggraver son état nerveux, elle se laisse littéralement absorber par la couleur et les motifs (entre arabesque et cachemire) changeants du papier peint. Elle découvre dans ces motifs des formes humaines, des femmes qui rampent. Comme si, simples images dessinées, elles étaient prisonnières dans l’épaisseur du papier, sans pouvoir s’échapper puisque ce papier est comme l’atmosphère en son entier. Elle va finir par tout arracher pour les libérer, dans un effort quasi désespéré pour se libérer elle-même, tendrement surveillée par un époux (et toute une société) qui l’infantilise au dernier degré. Le papier peint jaune, écrit en 1890, est un texte fondateur de la pensée économique et féministe de Charlotte Perkins. Elle est une des premières à mettre en évidence l’éviction des femmes, dans la société bourgeoise, de tout rôle économique ou social. Le papier peint jaune montre une femme à qui il est interdit de penser, au prétexte que cela nuirait à sa santé. Cette violence ne pourra être combattue qu’à travers un glissement de la conscience, une sorte de folie, qui permet de mettre à jour l’image du papier peint comme prison absolue.
Charlotte Perkins Gilman (1860 -1935) née à Hartford, dans le Connecticut, a connu une enfance difficile. Publié en 1892, Le Papier peint jaune suit une période de crise après son premier mariage et la naissance de sa fille. Son œuvre sera multiple, allant de la poésie au roman (Herland), en passant par des essais philosophiques et économiques. Dès lors que l’on aborde la question de la place des femmes dans l’histoire de la pensée économique, c’est peu ou prou la même histoire : figures invisibilisées, voire décrédibilisées, elles ont, quelle que fut leur époque ou leur pays, apporté une contribution majeure à l’élaboration de la science économique. Charlotte Perkings Gilman ne fait malheureusement pas exception à la règle. Elle fut pourtant l’autrice d’ouvrages théoriques, dont Women and economics paru en 1898, qui se saisit de la discipline pour remettre les femmes au centre de la réflexion économique.« Le travail des femmes à la maison permet certainement aux hommes de produire plus de richesses qu’ils ne le pourraient autrement : par conséquent, les femmes sont des facteurs économiques de la société ». Voilà en une phrase l’essence de la pensée de Charlotte Perkings Gilman, à une époque où l’industrialisation galopante américaine ne connaît pas vraiment de garde-fous et ignore le potentiel des femmes.
Dorothée Zumstein est dramaturge et traductrice. Elle traduit des romans anglais et américains et, pour la scène, des pièces de Shakespeare et Marlowe. Elle a écrit une douzaine de pièces, portées à la scène ou/et parues chez Quartett et aux Nouvelles Éditions Place. Cette nouvelle traduction du Papier peint jaune a été commandée à Dorothée Zumstein par la metteuse en scène Alix Riemer, pour son spectacle éponyme créé au Théâtre Silvia Monfort le 5 novembre 2024, et qui sera reprise dès septembre 2025.
Extraits et citations : Extrait 1 : Une chance que Mary s’occupe si bien du bébé. Ce cher bébé ! Pourtant je ne peux pas passer du temps avec lui, cela me rend si nerveuse. Je suppose que John n’a jamais eu de problèmes de nerfs. Il se moque tellement de moi, avec mon histoire de papier peint ! Il avait tout d’abord l’intention de faire retapisser la pièce, mais il a fini par dire que ça équivaudrait, pour moi, à une capitulation. Et qu’il n’y avait pas pire, pour une malade des nerfs, que de céder à ses lubies. Il a aussi dit qu’une fois le papier peint changé, c’est au lit imposant que je m’en prendrais, puis aux barreaux des fenêtres, puis à la barrière en haut des marches et ainsi de suite… « Tu sais que cet endroit te fait du bien. Sincèrement, ma chérie, je ne vais pas rénover la maison pour juste trois mois de location. – Dans ce cas, installons-nous en bas. Il y a de si jolies pièces au rez-de-chaussée. » Il m’a alors prise dans ses bras, m’a appelée sa petite bécasse chérie, m’a dit qu’il serait prêt à déménager notre chambre à la cave si je le souhaitais – et à en faire blanchir les murs à la chaux par-dessus le marché. Je dois cependant lui donner raison au sujet des lits, des fenêtres et du reste. On ne pourrait souhaiter pièce plus claire et confortable, et je serais bien bête d’embarrasser John pour un simple caprice. p17 Extrait 2 : Mais je ne dois pas songer à cela. Et ce papier peint qui me regarde comme s’il savait quelle sournoise influence il exerce sur moi ! Il y a un motif dans le motif, qui revient ça et là : il évoque un cou brisé et deux yeux globuleux qui vous fixent, à l’envers. Son audace et son insistance me mettent littéralement en rage. De haut en bas, de bas en haut et en travers, ils se coulent partout, ces absurdes yeux qui ne cillent pas. À un certain endroit où les largeurs de papier peint sont mal raccordées, et où les yeux vont du sol au plafond, l’un est légèrement plus haut que l’autre. Jamais je n’avais vu tant d’expressivité dans une chose inanimée, et nous savons tous combien elles sont expressives ! Enfant, étendue dans mon lit, les yeux grands ouverts, j’éprouvais plus de fascination et de terreur à contempler les murs nus et les meubles sans fioritures que la plupart des enfants n’en éprouvent dans un magasin de jouets. Je me souviens des clins d’œil complices que m’adressaient les boutons de tiroir de notre vieille commode – et d’un certain fauteuil dont la bienveillance me semblait acquise. p20 Extrait 3 : La chambre me plaît de plus en plus, en dépit du papier peint. Peut-être à cause du papier peint. Il m’occupe si bien l’esprit. Je reste étendue sur le lit fixé au sol – il est apparemment cloué au plancher – et suis l’évolution du motif heure par heure. Ça vaut une séance de gymnastique, croyez-moi. Je commence... disons tout en bas, dans le coin de la pièce où il est intact, et me décide, pour la millième fois, à suivre l’absurde motif jusqu’à parvenir à une forme de conclusion. p24 Extrait 4 : Quand on regarde le papier sous un certain angle, chacune des largeurs se suffit à elle-même, ses courbes et arabesques – une sorte de frise romane dégénérée frappée de délirium tremens – finissant par former d’absurdes colonnes sinueuses qui se détachent de l’ensemble. Mais ces courbes se rejoignent également en biais, leurs contours tentaculaires s’échappant pour former de gigantesques vagues pareilles à une masse d’algues croupissantes qui donne l’assaut : un cauchemar pour l’œil. Le motif se déploie également à l’horizontale – du moins il semblerait – et je m’épuise à essayer de saisir le principe qui ordonne son mouvement. p25 Extrait 5 : John dit que je dois conserver mes forces et me fait prendre de l’huile de foie de morue et un tas de fortifiants et qui sait quoi d’autre, sans parler de la bière, du vin et de la viande saignante. Ce cher John. Il m’aime tant, et déteste me voir malade. L’autre jour, j’ai voulu avoir avec lui une discussion sincère et posée, et lui dire combien j’aimerais qu’il me laisse rendre visite au cousin Henry et à Julia.
Mais il a dit que je n’étais pas en état d’y aller, ou de tenir le coup une fois que je serais là-bas. J’ai mal plaidé ma cause : j’ai fondu en larmes avant d’en avoir fini. p27 Extrait 6 : Il y a des choses dans ce papier peint que personne ne connaît – ne connaîtra jamais – à part moi. Derrière le motif apparent, une forme plus vague gagne chaque jour en précision. C’est toujours la même, démultipliée. On dirait une femme qui se baisse et qui rampe derrière le motif. Cela ne me plaît pas du tout. Je me demande – je commence à penser… Ah – si seulement John pouvait m’emmener loin d’ici ! p29 Extrait 7 : J’ai enfin fait une vraie découverte. À force de tellement observer le papier peint la nuit – au plus fort de ses changements – voici ce que j’ai compris : Le motif principal change, à cela rien d’étonnant. La femme qui est derrière le secoue ! p39 Extrait 8 : Je crois que la femme sort dans la journée ! De vous à moi, je vais vous dire pourquoi… Je l’ai vue ! Je la vois par toutes les fenêtres ! C’est la même femme, j’en suis certaine, parce qu’elle rampe, et que la plupart des femmes ne rampent pas en plein jour. p40 Extrait 9 : À peine la lune a-t-elle brillé dans le ciel, et la pauvre créature s’est-elle mise à ramper, et à secouer le motif, que je me suis levée d’un bond pour aller l’aider. J’ai tiré, elle secouait, j’ai secoué, elle tirait, et le jour n’était pas encore levé que nous avions déjà arraché des mètres de papier peint, dénudant le mur jusqu’au niveau de ma tête, sur environ la moitié de la pièce. Et puis quand le soleil s’est levé et que l’affreux motif s’est mis à me narguer, je me suis jurée de lui régler son compte dans la journée. p44
Neverland Urmas Vadi Traduit de l'estonien par Françoise Sule
PRÉSENTATION
En librairie octobre 2025 Format : 14 x 21 cm Pages: 356 p. Prix: 22€/26 CHF Reliure : broché, collé Rayon : Littérature étrangère
Quatre personnages principaux, quelque chose les oblige à se lever en pleine nuit. Tout le reste recule. Un sentiment d’étouffement s’installe. Le monde entier plonge dans une inquiétude grandissante. Ils ressentent un besoin impatient d’agir, car on doit toujours faire quelque chose! Mais quoi? Ils ne le savent pas. Ils ne peuvent pas faire autrement non plus, car ils sont déjà en état d’alerte, et l’inquiétude ne fait que grandir. L’intrigue s’écoule sur une année, au début de 2014, quand la Russie a occupé la Crimée. La péninsule de Crimée se situe à des milliers de kilomètres de mes personnages, ils tentent de trouver un sens à leur existence, mais ils pressentent aussi qu’on leur a pris quelque chose.
ISBN978-2-8290-0708-8 : DIFFUSION ET DISTRIBUTION SUISSE Éditionsd’enbas Ruedes Côtes-de-Montbenon30 1003 Lausanne 021323 3918 contact@enbas.ch/ www.enbas.net
AUTEUR Urmas Vadi a été consacré Auteur estonien de l’année 2024, Prix qu’Urmas Vadi a obtenu deux fois, en 2013 pour Tagasi Eestisse (De retour en Estonie) et en 2024 pour son dernier roman Kuu teine poole (l’envers de la lune). TRADUCTRICE Francoise Sule vit en Suède depuis quarant ans. Elle a enseigné la langue et la littérature françaises à l’Université de Stockholm. Passionnée du travail de recherche sur les langues, membre de Sveriges Författarförbund et de Svenska Pen ainsi que de ATLF, elle traduit du suédois vers le français, sa langue maternelle.
DIFFUSION ET DISTRIBUTION FRANCE Paon diffusion/SERENDIP livres
Paon diffusion – 44 rue Auguste Poullain – 93200 SAINT-DENIS SERENDIP livres – 21 bis rue Arnold Géraux 93450 L'Île-St-Denis +33 140.38.18.14 contact@serendip-livres.fr
Leena
Leena avait choisi elle-même de quiNer le théâtre. Elle avait compris à un moment qu’il était temps de par:r. Même si de nombreux collègues lui demandaient Où partez-vous? Pourquoi, ne partez pas! Leena était pourtant par:e, car elle savait qu’elle commençait à perdre du ressort, et que les autres qui lui disaient Où partez-vous, pourquoi! le savaient aussi .Elle n’avait pas du tout envie de par:r, mais redoutait bien plus l’idée d’être de trop et d’être finalement renvoyée. Ou de rester encore, mais sans plus avoir de rôle. Les signes précurseurs en étaient déjà clairs et visibles. La dernière mise en scène à laquelle Leena avait par:cipé, était ” La moueNe” de Techkohv. Quand on a annoncé au théâtre qu’ on allait ceNe saison monter ” La moueNe” et qu’elle faisait aussi par:e de la troupe, l’idée était venue à Leena qu’elle pourrait jouer Irina? Elle avait toujours rêvé de jouer ce rôle. Il y avait un quelque chose dans Irina qui lui semblait familier, proche, la fascinait. Leena comprenait qu’uniquement déjà en raison de son âge elle ne pouvait plus jouer Irina, mais l’idée lui est passée par la tête. Comme le meNeur en scène était d’avant-garde, il semait la pagaille, il décidait de l’intrigue, il y apportait des personnages d’autres pièces, il coupait. Peut-être qu’Irina pourrait être plus âgée? Cela aurait été si approprié, si per:nent, - l’actrice interprétant l’actrice, et après ce rôle Leena ferait sa sor:e du théâtre avec fierté, à la fois avec calme et discré:on, sans claquer la porte, sans pleurer, simplement rentrer chez soi et ne plus revenir le lendemain. Dans la liste de distribu:on des rôles affichée au tableau, c’ était clair que le rôle de Paulina Andreïevna revenait à Leena. Elle était certes heureuse de ce choix, car pour Leena Tchekohv était le genre d’auteur qui écrit des pièces où on peut jouer un facteur qui passe par une porte, ou même jouer la porte. Leena adorait les classiques russes en général. Ils lui permeNaient de voir les secrets de l’âme humaine, sa grandeur, sa bassesse, son tragique, sa joie, tout ce qui est dans un être humain, et qui pouvait être aussi en elle. Durant toute la période de répé::on Leena a été accablée de désarroi et de la crainte de ne pas pouvoir y arriver. Elle avait toujours éprouvé cela, toujours, à chaque nouveau rôle. Mais quelque chose d’inouï était arrivé, la peur la paralysait à présent, le texte ne se fixait pas dans sa mémoire. Quand elle répétait son rôle chez elle ou dans le bus en se rendant au théâtre, elle le possédait en en:er, mais sur scène le fil des pensées lui échappait. Elle ne connaissait pas le meNeur en scène, elle n’avait ni le courage ni l’envie de parler à un inconnu. Leena méprisait les acteurs et actrices qui parlaient sous cape avec un meNeur en scène en le flaNant. Leena appartenait à la vieille école. Au cours de sa forma:on à l’école de théâtre, son professeur, un ancien élève de NemirovitsDantsenko, leur avait bien martelé en tête ceci: ” Les caoutchoucs restent en arrière de la scène! L’acteur qui ne reste pas dans l’ensemble qu’il aille fonder son mono théâtre ou qu’il se flingue! Si le meNeur en scène fait des remarques, c’est bien sûr à tous, si l’acteur demande quelque chose au meNeur en scène, c’est bien sûr en présence des autres acteurs! Pas de messe basse sans curé, bordel!”
Pour Leena, son professeur restait l’autorité, même s’il s’exprimait grossièrement, elle était toujours restée fidèle à ses paroles ! Elle aurait bien voulu cependant demander au meNeur en scène est-ce que je suis sur la bonne voie, est-ce que je conviens au rôle? Leena aurait bien sûr agi délicatement, elle aurait plutôt demandé conseil par rapport à un point de détail ou de déroulement de l’ac:on, elle 5
aurait peut-être obtenu une réponse. En fin de compte elle n’avait rien demandé, car elle se rappelait des mots de son professeur, Leena sentait plus ou moins qu’elle glissait hors de l’ensemble, qu’elle avait déjà glissé. Elle voyait que ni le meNeur en scène ni ses partenaires n’étaient contents d’elle, les répliques avaient tendance à s’embrouiller, elle oubliait les mots-clés.
Une jeune actrice qui jouait Niina, flirtait carrément avec le meNeur en scène, spectacle répugnant, mais Leena forcément le remarquait et Liliane lui revenait en mémoire. À l’époque, celle-ci avait agi pareillement, elle avait abordé le meNeur en scène, elle l’avait dragué. Et elle con:nue encore. Heureusement Liliane ne jouait pas dans ” La moueNe”. Le meNeur en scène principal savait ce qui se passait entre Leena et Liliane et évitait de les meNre ensemble dans une mise en scène. Mais Liliane était bel et bien ici! En plus elle jouait Niina, et elle avait dit sur scène d’une voix cinglante à Leena devant tous : ”Je ne peux pas jouer si je n’ai pas la réplique correcte.” CeNe fille avait raison, mais tant d’arrogance et de dédain! Leena considérait comme très important que les acteurs suivent exactement le texte de l’auteur, sans l’adapter à leur propre goût. Le texte perdrait sinon en exac:tude, tension et acuité. Elle considérait par:culièrement cela important par rapport aux classiques.
À l’approche de la première, elle sen:t dans tout son être qu’elle ne pourrait pas y arriver. Elle était paralysée par une angoisse folle et par la peur d’oublier ses répliques , elle avait totalement oublié son texte. Le meNeur en scène n’était d’aucune aide, car il était pris par Niina et Masa et Irina. Finalement le meNeur en scène Polina réduisit sa par:e à quelques lignes. D’un côté cela libérait Leena de ses tourments, d’un autre côté il n’y a pas pire chose pour un comédien qu’on lui re:re son rôle étant donné qu’ il n’y arrive pas. Quelle honte et quelle humilia:on! Leena n’osait plus regarder ses partenaires. Heureusement son texte avait disparu, Ouf! elle n’avait rien à dire. Lèvres pincées, motus et bouche cousue , et pour comble elle fermait aussi les yeux sur scène. Elle ne resta pas à la fête de la première, elle prit ses fleurs et disparut. Elle aurait voulu abandonner le bouquet dans la garde-robe du théâtre, mais ç’aurait été un signe évident de vexa:on, d’amertume. Leena arriva devant son immeuble, avant d’entrer par la grande porte, elle jeta le bouquet dans un grand conteneur à poubelle. Les recensions publiées sur la représenta:on avaient été en général posi:ves et détaillées, ce qui était assez inhabituel par rapport à la presse d’aujourd’hui. On commentait aussi le jeu des acteurs, Leena n’était nommée nulle part. Rien, ni de bien ni de mal, n’était dit à son sujet. Ce type de silence était le pire pour Leena. Elle joua les représenta:ons de La moueNe jusqu’à la fin de la saison puis remit sa démission. Le directeur du théâtre et le meNeur en scène allèrent même chez Leena lui demander s’ils pouvaient organiser une fête d’adieux en son honneur. Leena répondit sèchement et résolument: ”Hors de ques:on! ” Ce fut un soulagement pour tous. Leena allait toujours voir des pièces au théâtre. Aussi bien des troupes invitées que les pièces de la maison. Même si ce n’était plus la maison de Leena. Elle n’allait pas de la salle dans les coulisses, une 6
sépara:on invisible se dressait devant elle comme une muraille. Parfois elle allait au théâtre avec son fils, rarement, et encore si Margo venait. Margo ne semblait pas comprendre le théâtre, quelque chose le dérangeait, il bougeait souvent sur son siège, il reniflait, il soupirait d’ennui. Les amies de Leena avaient disparu. Peut-être n’avaient-elles jamais existé? Ses collègues étaient ses amies, et elles s’étaient vola:lisées avec le théâtre. Art éphémère! Quelques amies proches de Leena regardaient le théâtre du fond de leur tombe, voilà pourquoi elle se trouvait seule dans la salle. Elle regardait la scène, elle regardait les gens, elle reniflait et soupirait, marmoNait pour elle-même, beaucoup de choses la dérangeaient. Durant le spectacle une pause était toujours prévue. Est-ce que les gens venaient au théâtre pour le café, se demandait Leena. Car ce qui se passait sur scène semblait si lointain, si étranger et fac:ce. Le bâ:ment même du théâtre la dérangeait par sa taille et sa forme. Après la rénova:on de la façade, il lui rappelait de plus en plus une usine. Et le plus bizarre – ce qu’elle trouvait si erroné et incompréhensible, le fait que sur la scène il y ait quelqu’un, qui joue le rôle de quelqu’un et qu’elle soit obligée de regarder: ” Pourquoi rester plantée ici à regarder une nullité! ”Un beau soir, Leena se mit en colère et par:t après le premier acte. Sur ce, elle ne remit jamais plus les pieds au théâtre.
Leena commença à s’intéresser à d’autres choses, elle fit des recherches sur son propre arbre généalogique. Leena avait voulu le faire dans sa jeunesse, mais cela lui avait paru être une entreprise de si grande envergure qu’elle y avait renoncé par manque de temps. Margo expliqua à Leena que sur internet il y avait une page du type Geneanet où leur arbre généalogique était marqué. Leena l’étudia, le jugea si dénudé qu’elle décida de composer son propre arbre généalogique. Elle se rendit aux archives, tâcha de rassembler des registres paroissiaux, des souvenirs familiaux et en trouva pas mal. Quand elle arriva à la lignée de son époux, elle fut soudain prise d’un sen:ment inexplicable. Elle finit par téléphoner à Margo. Elle lui avait déjà téléphoné le ma:n même, mais son fils n’avait pas répondu. ”Il est probablement en cours”, pensa Leena.” ou dans le jardin. Pourquoi ne prend-il pas son téléphone quand il est dans le jardin?” elle ne comprenait pas. Leena ne voulait pas téléphoner trop de fois, car Margo allait répondre: ” Pourquoi tu téléphones tout le temps, je vois bien que tu as appelé, je te rappellerai.” Et bien, ne téléphone pas!
Leena aNendit exactement une demi-heure avant de retéléphoner. Toujours rien, pas de réponse! Lenna prit un papier, le posa sur la table basse en face du canapé- et y nota Margo. Et elle ajouta à côté du nom le chiffre un, pour se souvenir qu’elle l’ avait déjà appelé. Leena savait qu’on pouvait vérifier le nombre d’appels passés ainsi que l’heure sur le téléphone, mais elle n’ avait pas appris ceNe manoeuvre et n’avait nulle envie de l’apprendre. Leena remonta dans son arbre généalogique, en se demandant pourquoi son fils ne l’appelait pas. Leena prit le papier où elle avait écrit ”Margo” et ajouté le chiffre un. Elle essayait de deviner ce que ce chiffre un pouvait signifier, si elle avait déjà appelé Margo une fois ou si ce chiffre signifiait qu’elle devait l’appeler encore une fois?
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Pervers Polyphone Béla Rothenbühler Traduit du lucernois par Nathalie Kehrli & Daniel Rothenbühler
PRÉSENTATION
En librairie octobre 2025 Format : 14 x 21 cm Pages: 144 p. Prix: 22€/26 CHF
Deux amies bousculent la scène culturelle d’une petite ville en créant l’association Pervers Polyphone. Elles deviennent des productrices culturelles renommées, entourées de personnages haut en couleur et de producteurs de haschich qui excellent dans des spectacles performatifs. C’est une satire grinçante de la société du spectacle où la soif de célébrité et de l’argent facile pousse les protagonistes à faire des choix peu orthodoxes. Avec humour et une bonne dose d’ironie ce roman nous régale d’aventures picaresques savoureuses.
Reliure : broché, collé Rayon : Littérature étrangère ISBN978-2-8290-0706-4 : DIFFUSION ET DISTRIBUTION SUISSE Éditionsd’enbas Ruedes Côtes-de-Montbenon30 1003 Lausanne 021323 3918 contact@enbas.ch/ www.enbas.net
Béla Rothenbühler, né en 1990, est dramaturge, chanteur, écrivain fantôme, guitariste, collecteur de fonds, membre d’une commission culturelle, auteur-compositeur, parolier, producteur et conférencier bénévole du matériel pédagogique allemand d’une communauté amish de l’Indiana. Il fait partie, entre autres, du collectif de théâtre indépendant Fetter Vetter & OmaHommage. Nathalie Kehrli et Daniel Rothenbühler ont traduit plusieurs ouvrages du suisseallemand, des romans de Pedro Lenz et de Guy Krneta pour les Éditions d’en bas, le livret bilingue « Renens » de Bern ist überall pour les Éditions d’Autre Part. Daniel Rothenbühler est actif dans la médiation et la promotion de la littérature en Suisse romande et en Suisse alémanique et traduit dans les deux langues. Nathalie Kehrli a été assistante administrative pour une ONG caritative.,
DIFFUSION ET DISTRIBUTION FRANCE Paon diffusion/SERENDIP livres
Paon diffusion – 44 rue Auguste Poullain – 93200 SAINT-DENIS SERENDIP livres – 21 bis rue Arnold Géraux 93450 L'Île-St-Denis +33 140.38.18.14 contact@serendip-livres.fr
7 Préservation du paysage spirituel En fin de compte, tout s’est bien passé. Public au top, aucune panne majeure, ambiance agréable, belle soirée d’ouverture suivie de deux spectacles. La feuille de chou du bled a envoyé une journaliste, elle s’appelait Manon, tout le monde la connaissait. Elle aussi a trouvé et écrit que c’était super. Et toutes les personnes impliquées ont trouvé que pour une fois la feuille de chou avait dit vrai. Sa critique ne parlait pas de théâtre universitaire, et ça voulait dire que le nouveau label avait bien marché. Mais la vraie question c’était comment tout ça avait pu fonctionner financièrement, la location, la publicité, le cachet de Lucien, l’apéro de la soirée d’ouverture etc. etc. Et avec tout ça, Sabine avait encore loué des projecteurs et acheté de l’équipement pour la scène et des costumes, et vers la fin des répétitions le vin blanc avait coulé à flot dans les coulisses. Le compte n’y était assurément pas. Pour le savoir, pas besoin d’être comptable ou de connaître le Tournesol et la culture dite libre. Ce que j’veux dire : pour les trois spectacles y avait en tout peut-être deux-cents personnes venues au Tournesol et pour le théâtre universitaire hors de l’université respectivement la première production d’un collectif libre, personne n’était probablement d’accord de payer plus que quinze balles. Quel que soit le branding. Un calcul sommaire suffisait pour voir que ça pouvait pas être rentable. Et Chanti a commencé à s’en rendre compte déjà au cours de la production, malgré la folie de l’action. Elle a accompagné Sabine pour recycler le verre à la fin de tout ce cirque. En mettant les bouteilles vides l’une après l’autre dans le container, Chanti a vite calculé qu’elles venaient de jeter du verre consigné d’une valeur d’au moins six-cents balles. Fallait pas être un génie en math pour piger. Alors elle a décidé de demander à Sabine comment tout ça avait pu fonctionner financièrement. Sabine s’est débarrassée de la dernière bouteille et a dit qu’elle aurait bien envie de fumer un petit joint maintenant, et Chanti était d’accord. Elles se sont assises les deux avec leurs sacs vides sur un banc près du point de collecte. Et en fumant le petit joint, Sabine a raconté ce qu’elle avait appris ces dernières semaines sur le fonctionnement du marché. C’était pas rien. Tu vois : la plupart des gens croient que le marché fait tout. Et c’est sûrement vrai que le marché nous impose pas mal de choses. Le marché conditionne comment on s’habille, ce qu’on mange, où on va et quelles vacances on s’accorde. Le marché crée des places de travail et aussi des chômeurs. Le marché peut provoquer l’extension des villes ou les vider. Le marché a déjà exterminé des milliers d’espèces animales et va peut-être nous faire disparaître aussi à plus ou moins long terme. Mais tout ça veut pas dire qu’il règle vraiment tout, ce marché. Prenons l’exemple de l’agriculture suisse. Elle n’a pas grand chose à voir avec le marché. Elle avale une telle quantité de subventions, notre agriculture, qu’on peut bel et bien parler de socialisme. Et plus tu montes haut dans nos montagnes, plus tu te retrouves dans une sorte d’utopie marxiste où c’est l’État qui finance l’infrastructure des paysans et des paysannes et les paie pour garantir la préservation du paysage et pour maintenir notre renommée de nation paysanne. Il n’y est absolument pour rien dans tout ça, le marché.
Et la même chose pour l’armée. Tu crois qu’elle aurait besoin du marché, de la concurrence ? Que nenni. Elle t’engage un mec dès qu’il sait compter jusqu’à trois, le fait vivre à ses crochets et le pose quelque part sur un mirador dans une zone pauvre en infrastructure. Avec une portion de concurrence salutaire et de marché, l’armée fonctionnerait de manière complètement différente. Elle fait plutôt penser au socialisme, non ? À un socialisme qui ne fonctionne pas très bien. Mais bon Ce que j’veux dire, et ce que Sabine a expliqué sur son banc près du point de collecte, c’est que le divertissement, c’est un peu comme la préservation du paysage. C’est aussi, en quelque sorte, un pilier de l’État, une institution bénéfique pour la renommée du pays. On n’a pas seulement besoin de paysans et de paysannes et de recrues pour la bonne marche de l’État, mais aussi d’une certaine dose de divertissement. Qui mérite donc également d’être bien subventionné. Une bonne entreprise de divertissement, c’était comme une ferme à la montagne, a dit Sabine sur son banc : il y avait un large consensus sur le fait que c’était vachement important pour le pays. Tu dois seulement t’y mettre et faire ton petit boulot et préserver le paysage, qu’il soit physique ou spirituel, et hop, ton pays te fourgue des subventions. Si tu t’y prends pas trop mal, tu peux te faire un tas de fric comme ça, a dit Sabine. Et si le consensus politique sur ta légitimité se met à vaciller, tu vas devant le Palais fédéral ou devant la municipalité avec ton tracteur et tu fais suffisamment de grabuge et ainsi les subventions coulent de nouveau à flot. Chanti a écouté attentivement, bien sûr, mais en même temps elle était toujours plongée dans la réflexion sur le sens qui s’était dégagé à la fin des spectacles et elle n’avait donc pas exactement le même point de vue sur la question. Elle était toujours sous l’effet des applaudissements et enchantée par cette expérience théâtrale et n’avait pour le moment rien à battre de ce cynisme. Mais Sabine a dit que ce fric était disponible, fallait juste qu’on le cherche. Elle avait fait une première tentative et ça n’avait pas trop mal marché. Mais elle avait aussi remarqué qu’il restait encore une marge de progression assez large.
COLLECTION MÉMOIRES – OCTOBRE 2025
Toucher le monde
extrait
« Tendez vos mains pour sentir la volupté des rayons du soleil. Pressez les fleurs douces contre votre joue et explorez du bout des doigts les grâces de leur forme, leur délicate mutabilité, leur souplesse et leur fraîcheur. Exposez votre visage aux flots aériens qui balaient les cieux, « inhalez de grandes gorgées d’espace », émerveillez-vous, émerveillez-vous devant l’activité infatigable du vent. Superposez, note sur note, la musique infinie qui afflue graduellement vers votre âme à travers les sonorités tactiles d’un millier de branches et d’eaux tumultueuses. Comment le monde pourrait-il se réduire quand ce sens le plus profond et émotionnel, le toucher, rend de si fidèles services ? Je suis sûre que si une fée me demandait de choisir entre le sens de la lumière et celui du toucher, je ne renoncerais pas au contact chaleureux et tendre des mains humaines, ni à la richesse des formes, à la noblesse et à la plénitude qui s’impriment dans mes paumes. »
mémoires d’une main qui voit
« Dans toutes mes expériences et pensées, je suis consciente d’une main. Tout ce qui m’émeut, tout ce qui me bouleverse, est comme une main qui me touche dans l’obscurité, et ce contact est ma réalité. » Helen Keller a perdu la vue et l’ouïe dans sa petite enfance. Après des années d’isolement, son récit de la (re)découverte du monde, grâce à une langue signée dans sa main, a ému plusieurs générations sur tous les continents. Son histoire – souvent écrite par d’autres qu’elle – est devenue un classique de la littérature jeunesse en France. Toucher le monde (1908) [The World I live in] est le second ouvrage autobiographique, et à ce jour inédit en français, d’Helen Keller. Ce texte offre une plongée fascinante dans son univers sensoriel et intellectuel, en décrivant avec intensité son expérience du monde. Du creux de ses mains, qui voient les êtres, les couleurs et la lumière, Keller célèbre la richesse de la vie intérieure et les connexions profondes qu’elle parvient à établir avec le monde qu’elle habite.
Helen Keller (1880-1968)
© Getty Image, 2010
À l’âge d’un an et demi, Helen Keller perd la vue et l’ouïe à la suite d’une scarlatine : 6 ans durant, elle ne peut communiquer avec son entourage que par une soixantaine de signes, expérience qu’elle décrit comme celle d’une vie « en mer par un brouillard épais ». Anne Sullivan, une éducatrice engagée par ses parents, parvient à développer avec elle une stratégie de communication fondée sur le toucher, avant de lui apprendre le braille et la langue des signes. En 1904, Helen Keller est diplômée du Radcliffe College of Harvard University : elle est la première personne sourde et aveugle à obtenir une licence (de lettres). Militante socialiste, elle défend le vote des femmes et le droit à la contraception, rejoind le syndicat des Industrial Workers of the World, et compte parmi les membres fondateurs de l’American Civil Union. Ses activités philantropiques lui font parcourir 35 pays. Elle a publié 12 ouvrages, en plus de nombreux articles.
prix : 18 € parution : novembre 2025 140x205 mm, 128 p. ISBN : 978-2-493324-13-9 tirage : 3000 ex.
• un regard important et indispensable sur le handicap et l’inclusion • un véritable hymne à la vie et à l’émerveillement des sens • écrit en 1908, un texte qui révèle l’engagement politique et social d’une femme qui ne fut pas seulement « sourde, muette, aveugle » • une traduction sensible de marie chuvin
Toucher le monde
CITATIONS
un point de vue important sur le handicap et l’inclusion
•
Toucher le monde donne à voir – et surtout à (re)sentir – une autre manière d’habiter le monde, hors du prisme dominant de la vue et de l’ouïe.
•
Helen Keller ne parle pas seulement à partir de son handicap ; elle montre, avec force et poésie, que la pensée, la créativité, la connexion au monde peuvent s’épanouir à travers d’autres voies sensorielles.
•
Son livre n'est pas une leçon de courage ou un modèle surplombant : c’est une invitation à s'émerveiller de nos manières singulières et diverses de ressentir et percevoir le monde.
•
Dans un monde encore trop normatif, Toucher le monde est un manifeste intime pour la légitimité de toutes les expériences sensibles.
•
C’est un texte profondément libérateur, surtout pour celles et ceux à qui l’on a parfois fait croire que leur manière d’habiter le monde était incomplète ou déficitaire.
« Guidée par mes trois fidèles compagnons – le toucher, l’odorat et le goût – je m’aventure souvent aux confins de l’expérience, jusqu'à la lisière de la cité de la Lumière. La nature se plie aux nécessités de chacun. Si l’œil est blessé au point de ne plus voir le beau visage du jour, le toucher devient plus sensible et plus subtil. Par l’exercice, la nature s’emploie à fortifier et exalter les sens demeurés intacts. Ainsi les aveugles entendent-ils souvent avec une acuité et une netteté supérieures à celles des voyants. L’odorat, quant à lui, devient presque un sens nouveau, capable de percer les enchevêtrements et les incertitudes du monde. Selon une loi immuable, les sens s’épaulent, se répondent, se renforcent. » « Comment le monde pourrait-il se réduire quand ce sens le plus profond et émotionnel, le toucher, rend de si fidèles services ? Je suis sûre que si une fée me demandait de choisir entre le sens de la lumière et celui du toucher, je ne renoncerais pas au contact chaleureux et tendre des mains humaines, ni à la richesse des formes, à la noblesse et à la plénitude qui s’impriment dans mes paumes. » « Où que l’on porte le regard, on trouve la main, dans le temps et dans l’histoire, qui travaille, bâtit, invente, fait émerger la civilisation de la barbarie. La main symbolise le pouvoir et l’excellence du travail. »
EXTRAIT
EXTRAIT
2. Les mains des autres J’aimerais que vous puissiez voir les jolies lettres que les enfants Il est intéressant d’observer les différences entre les mains des gens.
épèlent dans ma main. Ce sont les fleurs sauvages de l’humanité,
Elles dévoilent un éventail complet de vitalité, d’énergie, d’immobilité
et les mouvements de leurs doigts sont les fleurs sauvages de la parole.
et de cordialité. Je ne m’étais jamais rendu compte de toute la vie contenue
Tout ceci, c’est ma science secrète, la palmologie, et quand je lis votre
dans une main jusqu’à ce que je voie ces images de plâtre froid dans la col-
avenir, ce n’est pas de l’intuition mystérieuse ou de cette sorcellerie qu’on
lection de moulages de M. Hutton1. Dans les mains que je côtoie tous les
prête aux diseuses de bonne aventure ; c’est l’examen naturel et explicable
jours, il y a la plénitude du sang qui irrigue les veines, l’élasticité de l’esprit.
du caractère gravé dans votre main. Non seulement la main est aussi
[...]
reconnaissable que le visage, mais elle révèle ses secrets plus ouvertement
On m’objectera que les mots que je viens d’écrire ne « décrivent » pas
et plus inconsciemment. Les gens contrôlent leur contenance, mais aucune
les mains de mes amis, mais qu’ils leur attribuent tout au plus les qualités
contrainte de ce genre ne retient la main. Elle se détend et s’amollit quand
humaines et la bonté dont je les sais dépositaires, et que le langage véhicule
l’humeur est morose et abattue ; les muscles se contractent lorsque l’esprit
de manière abstraite. Cette critique implique que je ne révèle pas la vérité
est enthousiaste ou le cœur heureux ; et les qualités permanentes y restent
première de ce que je sens ; mais sont-elles bien différentes, les descriptions
inscrites en tout temps.
dans les livres que je lis, écrites par des gens qui voient, pour dépeindre l’apparence visible d’un visage ? Je lis qu’un visage est fort, qu’il est gentil ; qu’il respire la patience ou l’intelligence ; qu’il est aimable, doux, noble, beau. N’ai-je pas droit aux mêmes mots, pour décrire ce que je sens, que vous, pour dépeindre ce que vous voyez ? Ils transcrivent la réalité des sensations de ma main. 1. Laurence Hutton (1843-1904) était un critique d’art et essayiste américain qui s’était passionné pour les moulages de plâtre, notamment les masques mortuaires des présidents américains. NdlT
Ladislav Klíma
Éditions du Canoë
2025
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13 novembre
Genre : roman Texte établi, traduit de l’allemand, présenté et annoté par Erika Abrams Couverture et dessins de Vadim Korniloff Format : 12 x 18,5 cm Pages : 296 Prix : 24 € ISBN : 978-2-487-558-11-3 Presse pour la première édition « Un fantastique roman de Ladislav Klíma, auteur du début de ce siècle [le vingtième], qui naquit en Bohême, dont l’œuvre alterne entre la philosophie et le roman picaresque [...]. En route sur le chemin de la pensée ivre, Klíma nous emporte à tire-d’aile dans ce conte philosophique picaresque tout à fait étonnant, qui donnera sans aucun doute à ses lecteurs l’envie de découvrir le reste de son œuvre traduite en français. » Olivier Mannoni, Pariser Kurier, mai-juin 1990. « On rattacherait volontiers ce conte, traduit de façon très moderne, au courant expressionniste, s’il n’y avait chez son anarchiste d’auteur refus de toute tendance organisée. On pourrait également en donner une interprétation symbolique : le roi, un Hitler avant la lettre, représentant le pouvoir dans ce qu’il a de plus excessif, et le serpent la nature tantôt passive, tantôt violente et toujours aveugle. C’est assez dire la jeunesse de cet ouvrage. » Nelly Stephane, Europe, août-septembre 1990
« Nous sommes alors en 1918 et Klíma, après avoir bavé sur l’Empire austrohongrois [...], entame la rédaction de ce joli conte philosophico-zoologique.À moins qu’il ne s’agisse d’une satire politique, ou d’un éloge du suicide. D’une fable érotico-métaphysique, d’un manuel de désobéissance civile. Entre les récits d’explorations de David Livingtsone et les dialogues de Platon... [...] Artisan d’une philosophie hallucinée et génie scatologique, Ladislav Klíma vient d’inventer – tout à la fois – le roman de l’absurde, l’ironie philosophique, la pensée gothique et les pétanches transcendantales. Un système métaphysique où le fou rire est plus opératoire que n’importe quel concept, et où l’ivresse donne accès aux vérités les plus capitales. » Gilles-François Picard, 1990 « Ce roman loufoque [...] est l’une des nombreuses œuvres pour une grande part non publiées d’un intellectuel inclassable. Autrichien de naissance, Ladislav Klíma [...] se présente comme un philosophe solipsiste, nietzschéen, particulièrement critique envers la société de son temps, l’Europe de la charnière entre [le vingtième] siècle et le précédent. Un penseur à découvrir de toute nécessité. » Lu, mai 1990
Attachée de presse : Sabine Norroy : snorroy@hotmail.com
Téléphone : 06 35 54 05 85
Contact : colette.lambrichs@gmail.com Relation libraires : jean-luc.remaud@wanadoo.fr Éditions Du Canoë : 9, place Gustave Sudre 33710 Bourg-sur-Gironde
Téléphone : 06 60 40 19 16 Téléphone : 06 62 68 55 13 Local parisien : 2, rue du Regard 75006 Paris c/o Galerie Exils
Diffusion et distribution : Paon diffusion.Serendip
Titre original : Der Gang der blinden Schlange zur Wahrheit Couverture : Vadim Korniloff. © Éditions du Canoë, Paris, 2025.
Il grimpa sur la table comme un coq sur un fumier, ouvrit sa gueule d’hippopotame et lança un perçant cocorico. On ne pouvait dénier aux deux idiots un talent remarquable pour les langues des animaux. Pendant ce temps la reine, à pas lents, rentrait dans sa baignoire ; la chasse au prince avait introduit dans sa toilette un savant désordre, et nullement à son insu, entrebâillant ses draperies de façon à mettre ses fesses décharnées sous les yeux de toute l’assemblée. — Un peu plus de pudeur ne ferait pas de mal ! lui siffla Saint-Gueux, rouge de colère. Et, se tournant vers l’antique archiduc : — Votre Altesse pourrait peut-être choisir un mo ment plus opportun pour nous régaler de ses tours d’adresse édifiants et méritoires. Le vieillard se mit à gonfler les joues, mais le car dinal poursuivit à voix basse : — Tenez-vous tranquille ou vous allez tout gâ cher, — et vous n’aurez plus jamais de caca de bécasse ! Les derniers mots eurent un effet stupéfiant. L’idiot se dégonfla, s’aplatit comme le chien qu’on cravache et, le regard fixe, émettant des bruits inarticulés, se retira lentement dans un coin où il se tint coi. — Le Premier ministre commença enfin la lecture de sa proclamation. Le lecteur qui aura lu le sermon que le cardinal vient de faire au roi en saura déjà le contenu. La conclusion cependant était conçue ainsi :
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« Quam ob rem, attendu tout ce qui a été ci-dessus développé, commenté, documenté et démontré, nous nous voyons contraints, avec douleur, amertume, cour roux et désespoir, d’ôter les rênes du gouvernement des mains de Sa Majesté le roi Pouxislas, id est de divorcer la personne du roi d’avec son pouvoir*. Sa Majesté le roi Pouxislas conservera néanmoins le titre de “Majesté”, ainsi que tous ses domaines, apanages et autres biensfonds, ainsi que tous les revenus, dividendes et autres bonis provenant d’iceux, de même qu’il lui sera laissé pleine et entière liberté de faire ce que bon lui semblera, à la seule condition de ne pas se mêler des affaires de l’État. « Nous transmettons par les présentes le pouvoir* royal à Sa Majesté la reine Cordula en attendant la majorité de Son Altesse le prince héritier Cæsar. Si autem il arrivait pendant ce temps que ladite Majesté donnât à l’État un enfant mâle, Son Altesse ledit enfant aurait rang légitime et habileté à succéder à la couronne. « En foi de quoi nous exprimons notre vœu exprès et expert que Sa Majesté la reine Cordula veuille à tout instant et en toute circonstance se reposer sur les lumières politiques éprouvées du cardinal de SaintGueux, que nous tenons pour l’authentique envoyé du ciel parmi nous. « Ainsi soit-il dans les siècles des siècles ad maiorem Dei et Pouilleusiæ gloriam ! »
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Signé :
Cardinal de Saint-Gueux. *)
Zéro, archiduc.
Duc Dent de Poule, Premier ministre, comte Pubis de Chicanes, ministre des Affaires étrangères, prince de Verexquis, grand-maréchal de la Cour, marquis de Narcisse, prince de Séjan, comte Poltronius, baron de Dreyfesse, comte du Fayot. Vagualâme, Larmalœil. —— » Lorsqu’on lut — dans l’ordre — « Narcisse » suivi de « Séjan », un grincement de dents se fit entendre... Mais quand vint, penaud, telle une vesse à mi-voix, le couple « Vagualâme » — « Larmalœil », seul un léger nuage traversa le visage extasié du poète de cour, comme un cirro-cumulus le soleil de midi au beau mois de mai... En Pouilleusie, pour la première fois depuis les origines du monde, on faisait l’honneur à l’élite intellectuelle de la nation, aux génies, de décider du sort de l’État de concert avec les divinités terrestres ! De son côté, le roi, dont l’âme avait été disposée à l’allégresse par le second litre de rhum tout juste ingurgité, fut lui aussi extraordinairement réjoui. « On *) Il avait fallu guider la main du prince héritier pendant la signature. Il s’était montré très rétif, mais on l’avait laissé faire et extravaguer à sa guise. Pourquoi ? Une petite phrase de la proclamation en indique la raison.
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me laisse la liberté, des masses d’argent et par-dessus le marché — le titre de roi ! je ne m’attendais pas à ça ! Ce cardinal n’est malgré tout qu’un pauvre sot ! Ne sait-il pas que le titre “roi” est aussi un pouvoir*, voire le pouvoir suprême ? que, si je reste nominalement roi, je le serai aussi de fait et de facto ? Il s’imagine m’avoir réduit à l’impuissance ; mais il me laisse la plus puissante de toutes les armes, quelque chose qui me permettra de reconquérir tout le reste. Même le monarque dé trôné dans les règles de l’art demeure toujours une puissance redoutable, quand même il ferait gaffe sur gaffe : aucune main simplement humaine ne peut le dépouiller de l’auréole de sa ci-devant majesté. C’est à bon escient qu’on a assassiné Louis XVI, Charles II (?), Nicolas II... À vrai dire, toute cette comédie ne change à peu près rien à ma position. Avant non plus, je n’avais pas vraiment le pouvoir : c’est cette putain qui régnait, avec Saint-Gueux et Séjan... Et de même que ces troislà ont régné jusqu’à présent, je pourrai régner à mon tour à l’avenir, même si on me refuse le “Majesté”, le pouvoir peut être à moi, il suffira de penser un peu plus aux affaires d’État qu’au rhum et aux folies géniales. Mais pour l’instant tout cela est accessoire : l’essentiel, c’est que les termes de ce document stupide me permettront, cet après-midi... Ô divin serpent ! ce n’est que maintenant, au milieu de cette bassesse infecte, que j’apprends à sentir ce que tu es !..... »
À présent ce fut au tour du cardinal de s’avancer, porteur d’une seconde feuille de papier. — À en juger d’après votre mine réjouie, vous savez apprécier, Sire, la bonté magnanime et à peine méri tée dont nous faisons preuve à votre égard. Je suis donc certain que vous signerez sans rechigner l’acte confir mant votre renonciation à tout droit au pouvoir qui a pu jusqu’ici être le vôtre. En fait, c’est une simple for malité.., — voici, je vous en prie ! Posant la feuille devant le souverain, il lui indiqua la place réservée à la signature. — Très bien ! dit Pouxislas. Il prit le pli, l’ouvrit — — mais se le vit aussitôt arracher des mains. — Vous n’avez pas besoin de lire, Sire, votre signa ture sera parfaitement suffisante ! En ce moment nous n’avons pas le temps — — Mais le roi était redevenu pâle comme la mort. Il avait entrevu un mot, un mot terrible : Sans-Espoir*... — On me demande de signer quelque chose que je n’ai pas lu ? cria-t-il comme frappé de démence. C’est inouï, voyons ! — Gueule pas comme ça avec moi, comme dans le temps ! hurla la reine d’une voix hargneuse, s’abaissant jusqu’à la trivialité au souvenir subit des coïts ratés de jadis. Ces temps-là sont finis, vieux dégoûtant ! — C’est donc que vous voulez m’enfermer ! clama
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Éditions du Canoë
2019
Novembre
Ladislav Klίma
Genre : Roman Traduit du tchèque, présenté et annoté par Erika Abrams Format : 12 x 18,5 cm 24 dessins de Vadim Korniloff 480 p. 26 € ISBN : 978-2-490251-11-7 Né en 1878 à Domažlice (Bohême occidentale), mis au ban de tous les établissements de l’Empire autrichien, Ladislav Klίma vit tour à tour comme rentier, conducteur d’une machine à vapeur, gardien d’une usine hors service, fabricant d’un ersatz de tabac, dramaturge et journaliste. Philosophe du vécu, solipsiste convaincu, il pousse la pensée de Schopenhauer et de Nietzsche au-delà de ses plus extrêmes limites, publie trois volumes de fragments théoriques et laisse, en mourant à Prague en 1928, une immense œuvre manuscrite, aussi bien romanesque que philosophique.
Contact et libraires : colette.lambrichs@gmail.com ; tel 06 60 40 19 16
Écrit entre 1908 et 1910, Le Roman tchèque reste le dernier grand inédit de l’œuvre de Klίma en France. Le livre s’ordonne autour de la contradiction entre philosophie vécue et vie philosophée, incarnée par les différents membres de la famille d’un député tchèque qui fait campagne pour sa réelection au parlement autrichien dans les premières années du XXe siècle. Le roman s’ouvre sur un meeting politique où le message du député sortant, l’avocat Artur Volný prêchant l’indépendance à atteindre par un mélange de virtus latine et d’immoralisme nietzschéen, se heurte chez les électeurs et camarades du parti à une incompréhension d’un réalisme caricatural, n’étant réellement soutenu que de ses filles Irène et Olga, chez qui le militantisme se teinte d’un érotisme incestueux. Cette entrée en matière aboutit à un chapitre dit « fatal » qui narre la transformation de Volný en « un embryon de Dios » que Klίma qualifiera de « crachat à la figure de tout ce qu’on a appelé littérature ». Il y a un souffle joycien avant la lettre dans ces pages qui narrent dans une langue crue et inventive les entretiens entre Volný et ses filles sur la cosmologie, le suicide, la vie après la mort et le solipsisme théorique et pratique.
Diffusion-distribution : Paon diffusion.Serendip
Ladislav Klíma
Éditions du Canoë
2022
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7 janvier
Genre : roman Texte établi, traduit du tchèque, présenté et annoté par Erika Abrams Format : 12 x 18,5 cm 6 dessins de Vadim Korniloff Pages : 216 Prix : 20 € ISBN : 978-2-490251-41-4 Né en 1878 à Domažlice (Bohême occidentale), mis au ban à 16 ans de tous les établissements d’enseignement de l’Empire autrichien, Ladislav Klíma vit tour à tour comme rentier, conducteur d’une machine à vapeur, gardien d’une usine hors service, fabricant d’un ersatz de tabac, dramaturge et journaliste. Philosophe du vécu, solipsiste convaincu, il pousse la pensée de Schopenhauer et de Nietzsche au-delà de ses plus extrêmes limites, publie trois volumes de fragments théoriques et laisse, en mourant à Prague en 1928, une immense œuvre manuscrite, aussi bien romanesque que philosophique. Les Éditions du Canoë ont publié en 2019 Le Roman tchèque.
Némésis la glorieuse de Ladislav Klíma est une histoire d’amour, de folie, de fatalité et de fantômes. Publiée pour la première fois en 1932 de manière posthume, elle ne le cède en rien aux Dracula des autres. C’est cependant un roman noir au second degré qui ironise déjà sur les règles du genre en fuyant les Carpates, chères au cœur des maîtres de l’épouvante du xixe siècle, pour situer son action dans l’Engadine nietzschéenne. Qui étend ensuite sa satire impénitente à quelques-unes des institutions les plus respectées de la société moderne – psychiatrie, justice, médias –, bâtissant son suspense sur un enchevêtrement inextricable du trivial et du transcendant avant de sombrer enfin, avec une ivresse dionysiaque, dans la fascination de l’Abîme. Un petit bijou d’horreur qui fait honneur à tous les adjectifs dont l’auteur ‒ culte en Tchéquie, vénéré par Bohumil Hrabal ‒ qualifie l’ensemble de son œuvre romanesque : « réaliste, dégoûtante, fantastique, obscène, perverse, paradoxale et cynique » au superlatif. Cette nouvelle édition, revue d’après les manuscrits, s’accompagne de trois fragments inédits. Georges Dupoy écrivait dans le Quotidien de Paris à la sortie de la première édition en 1988 : Roman de l’amour fou ? Policier métaphysique ? Délire nietzschéen ? Il y a un peu de tout cela dans Némésis la glorieuse de Ladislav Klíma, superbement traduit par Erika Abrams […]. Ce texte baroque, où les paroxysmes romantiques sont dynamités par la bouffonnerie, nous éclaire un peu plus sur l’étrange génie de Ladislav Klíma, écrivain tchèque doublement m audit : par l’hypocrite Kakanie de François-Joseph d’abord, par le gouvernement communiste ensuite. Blasphémateur, ivrogne, fornicateur, Klíma est le type même de l’auteur scandaleux que récusent les régimes qui prétendent à la vertu. Voilà pourquoi cet écrivain unique, exact contemporain de Kafka, d emeure encore inconnu du grand public.
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SCIENCE-FICTION
MAGICIENNES DENTELÉES
ET AUTRES RÉCITS Jean-François Thomas
Il est question d’implantations humaines sur des exoplanètes situées dans quelques galaxies lointaines. Cela peut bien se passer, ou pas… Et puis, parfois, ce sont les extraterrestres qui nous rendent visite. Heureusement, le Professeur Challenger, invention géniale d’Arthur Conan Doyle, repris ici par l’auteur dans une suite audacieuse à ses aventures, veille au grain terrestre. Ailleurs, des spationautes découvrent un musée à ciel ouvert avec toutes les espèces que l’Univers connu et inconnu a pu porter. En tout, ce sont dix nouvelles (et trois poèmes étonnants) qui rendent compte du talent de conteur de Jean-François Thomas, entre horreur cosmique et humour terrestre.
Biographie de l’auteur Jean-François Thomas est lecteur et spécialiste de science-fiction ; son intérêt pour le genre l’a poussé à publier Défricheurs d’imaginaire : Une anthologie de science-fiction en Suisse romande (Bernard Campiche, 2009). Il est également l’auteur de nombreuses nouvelles fantastiques ou de sciencefiction, de romans policiers (Le cri du lézard, Bernard Campiche, 2024) ou de roman jeunesse (Trocs de choc, Ex-aequo, 2018). Il dirige la collection Cavorite et calabi-yau chez Hélice Hélas. Hélice Hélas Éditeur Rue des Marronniers 20 CH-1800 Vevey Tél.: ++41 21 922 90 20 litterature@helicehelas.org www.helicehelas.org > litterature@helicehelas.org Distribution Suisse : Servidis Chemin des Chalets 7 CH-1279 Chavannes-deBogis Tél.: ++41 22 960 95 10 www.servidis.ch > commande@servidis.ch Distribution France Belgique : Serendip-Livres 21bis, rue Arnold Géraux FR - 93450 L’Île-St-Denis Tél.: ++33 14 038 18 14 www.serendip-livres.fr
— Collection : Cavorite et calabi-yau Genre : Horreur et fantastique Sujets abordés : Space opera, exoplanètes, rencontres extra-terrestres, catastrophe écologique — Format 135 x 190 cm, 296 pages ISBN 978-2-940700-89-9 CHF 28 / EUR 22 Parution 15 octobre 2025 (CH+FR+BE)
SÉLECTION DU JURY
Tout le monde était là. Il n’y avait pas de retardataire, on pouvait commencer. Alastair Leusidas s’était rendu dans la salle de briefing un peu en avance afin de la préparer. Il avait disposé le nombre de chaises adéquates autour de la table ovale : trois d’un côté, trois de l’autre, se réservant la septième place dans le fond, près du pupitre de contrôle et des dispositifs techniques. En sa qualité de responsable de la communication, il lui revenait la tâche de réunir régulièrement les cadres de la mission dans le but de les informer de l’avance des travaux, des progrès accomplis, des difficultés rencontrées, et d’envisager avec eux les activités futures. Et, bien sûr, de prendre les décisions. Réflexe d’une longue habitude, il commença par regarder successivement ses camarades, installant ainsi un silence qui coupait court aux conversations et les forçait à s’intéresser à l’orateur. « La force du silence », se remémora-t-il. Rien ne sert 9
ENTITÉS
de hausser le ton, ni de crier, ni de se fâcher. Ce genre d’attitude est contre-productif. Se lever et se taire est le meilleur moyen de reporter l’attention sur soi. Ça marche à tous les coups. La concentration ainsi obtenue, il commença. – Chers collègues, je vous remercie de vous être rendus disponibles pour cette réunion, en dépit de vos lourdes occupations. Il se permit un léger sourire. – Je n’ai pas besoin de vous rappeler à quel point la situation est critique. Si vous le voulez bien, je vais résumer en quelques mots les difficultés inattendues auxquelles notre mission s’est heurtée et qui nous ont menées à ces… embarras. Elyssa Jawhouq, comme à son habitude, semblait déconnectée. Elle regardait ses ongles en faisant la moue, comme si cette réunion ne la concernait pas. Responsable informatique, fière et sûre de ses connaissances, elle savait qu’on avait besoin d’elle et semblait formellement se désintéresser de toutes ces réunions. Pourtant, quand elle prenait la parole, elle fixait son regard déterminé sur son interlocuteur et portait la voix de la sagesse. Petite, cheveux blonds coupés courts, nerveuse, elle ne correspondait pas au profil du hacker traditionnel, bedonnant, mal habillé, mal rasé et promenant ses doigts emplis de graisse de hamburger sur un clavier à la propreté douteuse. Elle était diablement efficace. Mais réservée, peu loquace et secrète, telle était Elyssa. Alastair fit un geste circulaire de la main en direction de la table devant lui. Apparut alors, en projection 3D, une partie de 10
SÉLECTION DU JURY
la constellation de l’Hydre mâle. Un cercle rouge entourait un point sur la carte. – Après un très très long voyage dans l’espace et un très très long sommeil ravigotant — Alastair se permit un nouveau sourire, crispé — nous nous sommes posés, sans encombres, sur l’exoplanète HD 10180 f, que nous avons renommée, finement, « Hydropterre ». Ha, ha, ha ! Dans la salle de réunion, personne ne réagit à cet humour que l’on comprenait comme cynique. – Bien entendu, il fallait que nous soyions bien mal en point sur notre bonne vieille Terre pour nous lancer dans une telle expédition, si loin de notre berceau. Je n’ai pas besoin de vous rappeler les conditions de notre départ… Heureusement que notre technologie était au point. Enfin, au point… Alastair fixa Gaudens Thermodas, assis tout au fond à gauche, qui hocha tristement la tête plusieurs fois d’affilée, comme saisi d’un trouble obsessionnel compulsif, à l’exemple d’un de ces jouets que l’on plaçait parfois à l’arrière d’une voiture, au temps où les voitures roulaient. En tant que médecin-chef de l’expédition, il avait eu à se charger de l’enlèvement des cadavres et du nettoyage des cellules d’hibernation des colons qui n’avaient pas survécus au voyage. Et ils avaient été nombreux. – Désolé d’évoquer de tels souvenirs, Gaudens, mais ça fait partie de notre histoire. Gaudens approuva, puis se pencha sur la table, se tenant la tête à deux mains, comme quelqu’un de profondément accablé. 11
VOUS NE SEREZ JAMAIS NOUS
Pascal Houmard
Béryl se réveille dans la carcasse d’un avion qui s’est écrasé en plein désert. Sept survivants et survivantes sont avec lui. Chacune et chacun ont un passé qui se dévoile tandis que les liens se font ou ne se font pas. C’est suite à la proposition d’une passagère, incongrue dans ce contexte, que tout s’accélère : et si on faisait une partie de Loups-Garous de Thercelieux ? C’est alors qu’on s’aperçoit que les maîtres du jeu sont ailleurs, qu’ils ne sont pas humains et que les survivants sont peut-être morts... Vous ne serez jamais nous est un roman d’anticipation dont les thèmes, contemporains, sont ceux de l’intelligence articificielle de la lutte entre l’humain et les machines et de la survie de l’âme humaine. C’est précisément ce dernier thème qui fait le sel de cette histoire, tandis que les algorithmes des IA décodent graduellement les émotions humaines, rendant l’existence des hommes et des femmes facultative.
Biographie de l’auteur
Hélice Hélas Éditeur Rue des Marronniers 20 CH-1800 Vevey Tél.: ++41 21 922 90 20 litterature@helicehelas.org www.helicehelas.org > litterature@helicehelas.org Distribution Suisse : Servidis Chemin des Chalets 7 CH-1279 Chavannes-deBogis Tél.: ++41 22 960 95 10 www.servidis.ch > commande@servidis.ch Distribution France Belgique : Serendip-Livres 21bis, rue Arnold Géraux FR - 93450 L’Île-St-Denis Tél.: ++33 14 038 18 14 www.serendip-livres.fr
Originaire de Lausanne et installé dans le Chablais, Pascal Houmard enseigne le français, l’histoire et les langues anciennes dans un collège de Suisse romande. Il explore avec passion divers genres littéraires, parmi lesquels figurent le policier, le fantastique, l’historique et la science-fiction. Il collabore comme romancier avec le Musée romain de Lyon pour son exposition entre 2024 et 2025. — Collection : Cavorite et calabi-yau Genre : Anticipation Sujets abordés : Monde virtuel ; cybernétique ; intelligence ar ficielle — Format 135 x 190 cm, 320 pages ISBN 978-2-940700-87-5 CHF 28 / EUR 24 Parution 15 octobre 2025
VOUS NE SEREZ JAMAIS NOUS
Et surtout n’oubliez pas : tout le monde ment. Sauf ceux qui disent la vérité, bien entendu. Ph. des Pallières à propos de son jeu Les Loups-Garous de Thiercelieux créé avec H. Marly
2 L’explosion Tous quittent l’appareil, certains cherchent à mettre la plus grande distance possible entre l’avion et eux, tels Hippeau et McDallah qui courent sur plusieurs dizaines de mètres, comme s’ils s’attendaient à une explosion nucléaire. Sans en être une, la déflagration est tout de même puissante, projetant à terre Stecks et Lahanne qui ne s’étaient éloignés que d’une dizaine de mètres. – Vous n’avez rien ? s’enquiert l’aviateur. – Plus d’essence, vous disiez ? crache Lahanne, du sable dans les dents. – Non, j’en suis sûr. Les compteurs ne mentent pas. L’avion a explosé pour une autre raison. Il lui propose un mouchoir, puis son bras. – Quoi ? Vous pensez à quoi ? demande-t-elle, acceptant le mouchoir mais pas le bras. – Sûrement à la même chose que vous, répond-il avant de rajuster son écharpe jaune.
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VOUS NE SEREZ JAMAIS NOUS
– Faudra alors songer à réviser vos compteurs. Elle crache encore un peu de désert, entreprend ensuite de dévisager le Casanova : c’est à l’uniforme qu’elle avait attribué le charme qu’il dégageait, mais, recouvert de sable, son bel habit ne ressemble plus à rien ; pourtant, Stecks, gaillard musclé aux yeux bleus, aux traits affirmés mais réguliers, au menton volontaire et au cou bronzé, conserve tout son pouvoir de séduction. Et cette écharpe lui confère un air de poète aventurier, d’aviateur au long cours... Stop ! Va pour le sable dans la bouche, mais pour la poudre aux yeux, basta ! Pendant un moment, on regarde la carcasse brûler, comme on contemplerait un feu de la Saint-Jean, mais il n’y aura pas de danse, on n’enjambera pas les braises et personne ne ramènera de tison à la maison. La maison. Elle semble bien lointaine, désormais. Alors qu’on y était encore l’heure d’avant. – Où sommes-nous, bon sang ? lâche Imboldt au petit groupe rassemblé en cercle, non loin du foyer, à une dizaine de mètres de Béryl, qui tient décidément à garder ses distances. Mais personne ne se hasarde à lui répondre. Tous sont encore sous le choc. Un choc produit par ce réveil dans l’avion, un réveil plus brutal que l’explosion du zinc, même si celle-ci les prive du seul moyen qui restait, peut-être, de décoller loin de cet enfer. De ce sable à l’infini qui n’accueille que le vide, métaphore parfaite de leur mémoire, désertée par les souvenirs, et de leur compréhension des choses vidée de toute logique. Les dunes se ressemblent comme des clones ; il faudra attendre l’obscurité, avec l’espoir qu’un ciel étoilé fournira quelque indice sur l’emplacement. On attend de la nuit qu’elle soit bien noire, afin que l’embrasement de l’avion se voie de loin. On s’emploie donc,
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VOUS NE SEREZ JAMAIS NOUS
jusqu’au soir, à alimenter le feu. Sans un mot. Mécaniquement ; à croire que l’on rejoue cette soirée pour la centième fois. Les plus résistants continuent à tourner autour du gigantesque brasier pendant une partie de la nuit : finalement, ils l’auront, leur danse de la Saint-Jean, et Lahanne croise le fer avec Béryl à qui elle reproche une nouvelle fois de rester assis et de se moquer. – C’est quoi, ton problème, à la fin ? réagit Béryl. Si je veux me laisser crever ou vous regarder jouer aux petits automates, c’est bien mon droit ! – À cette exception près que de ton attitude dépendent aussi nos misérables vies ! – Misérables, tu l’as dit, ma p’tite Cosette. Hugo, c’est de ton époque, non ? Ah, non, p’têt’ pas, se corrige-t-il, discernant du mépris dans la moue qu’elle affiche soudain. Bah, on s’en fout ! De toute façon, même si t’avais pas ton brassard à la con, rien qu’à t’entendre raisonner, je saurais reconnaître la parodie de flicarde. – Et moi, rien qu’à ton regard, je déduis sans peine que t’es un authentique dégénéré en cavale. – C’est toi, la cavale ! riposte-t-il, ce qui lui vaut de voir d’assez près le canon du semi-automatique que Lahanne n’a pu s’empêcher de dégainer. Putain, la vache ! Tu le camouflais bien, ton calibre ! reconnaît-il, plus étonné qu’apeuré. – À toi de ranger ton petit pistolet, à présent ! Tu te fais discret et tu contribues à l’effort de groupe. – Sinon, quoi ? Tu m’arrêtes et tu me fous en taule ? – J’ai ma prison de poche, t’inquiète ! réplique-t-elle, refusant de se laisser impressionner. De la main gauche, elle exhibe une paire de menottes.
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UN MONDE LOW-TECH
Prix de l’Ailleurs 2025
Mettez les vaisseaux spatiaux à la ferraille, débranchez les IAs, passez les robots au pilon et recyclez-les avec les dernières puces multifonctions. Place à un monde basse technologie (low-tech), les mains dans le cambouis et la mécanique surpassant le numérique ! Si on a longtemps associé SF et progrès technologique, cette littérature a su pourtant se montrer la critique la plus sévère de ces innovations et de ces systèmes d’expertise haut de gamme. Et si nous redevenions plus débrouillards et terre à terre ? Et si l’humilité se mêlait à de nouvelles formes de technologies, librement accessibles et relevant d’une logique de coopération dans le développement urbain, l’accroissement de la biodiversité et l’usage plus que raisonné des ressources ? Et si la SF pouvait être également un genre qui redonne de l’espoir en l’humanité, et en ses capacités d’organisation et de faire société ? Avec des contributions critiques d’Aryel Kirou et de Mélanie Fiévet.
Biographie du Prix
Hélice Hélas Éditeur Rue des Marronniers 20 CH-1800 Vevey Tél.: ++41 21 922 90 20 litterature@helicehelas.org www.helicehelas.org > litterature@helicehelas.org Distribution Suisse : Servidis Chemin des Chalets 7 CH-1279 Chavannes-deBogis Tél.: ++41 22 960 95 10 www.servidis.ch > commande@servidis.ch Distribution France Belgique : Serendip-Livres 21bis, rue Arnold Géraux FR - 93450 L’Île-St-Denis Tél.: ++33 14 038 18 14 www.serendip-livres.fr
Créé en 2017 à l’initiative de la Maison d’Ailleurs et de l’Université de Lausanne, le Prix de l’Ailleurs récompense chaque année des productions qui s’inscrivent dans ce registre de la science-fiction. Chaque édition comporte un thème en lien avec l’actualité, et vise à favoriser la reconnaissance de ce genre et l’émergence de nouveaux talents. — Collection : Cavorite et calabi-yau Genre : Steampunk ; Hopepunk ; Bright SF Sujets abordés : Biorégionalisme ; Do-it-yourself ; FabLab ; transition durable — Format 135 x 190 cm, 240 pages ISBN 978-2-940700-83-7 CHF 22 / EUR 18 Parution 13 novembre 2025
POÉSIE
L’arbre de Diane
L’arbre de Diane scrute la littérature sous toutes ses formes, écrites, sonores et multimédia, et explore ses connexions avec d’autres disciplines. La collection Les deux Sœurs entend révéler des voix issues des communautés de genre minorisées : celles qui s’identifient en tant que femmes, et celleux qui ne s’y retrouvent plus mais restent solidaires. Cette collection se veut complice dans le partage et dans les liens tissés avec des artistes et magicien·ne·s habitant poétiquement le monde d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
Annonce de parution
Eva Mancuso
Je n’arrive pas à parler et à dire des choses en même temps Date de sortie : mars 2024 ISBN : 978-2-930822-33-4 Format : 15x18cm Prix : 15€ Volume : 118 pages Tirage : 500 exemplaires Conception graphique : Meriem Steiner
Mots-clés Corps, société, langue, sexualité, féminisme Livres connexes Maggie Nelson, Les argonautes, Bleuets Dorothy Allison, Peau Stéphanie Vovor, Frénésies Juliette Langevin, Fille méchante Rim Battal, X et Excès Héloïse Brezillon, T3M
Avec Je n’arrive pas à parler et à dire des choses en même temps, Eva Mancuso convoque ses souvenirs d’enfance et d’adolescence les plus intimes, et parfois les plus triviaux, pour raconter la construction d’une femme dans un monde patriarcal, et esquisser en creux la critique de ce monde – dans lequel nous sommes obligé·es de vivre, de désirer et d’aimer. À travers une écriture qui fuit tout effet de style et qui semble décrire de façon très simple, presque enfantine, des faits et des états de faits, l’autrice s’étonne des choses dont on ne s’étonne plus, dans une démarche volontairement naïve, afin de mettre au jour le caractère absurde et problématique du monde qui nous entoure et de révéler ces mécanismes d’oppression auxquels nous sommes tellement habitué·es que nous ne les voyons plus. Par ce procédé d’écriture, elle suggère la critique plus qu’elle ne l’exprime. Ainsi, les prises de position politiques ne s’énoncent pas explicitement dans les mots de l’autrice, mais se forment du côté de le·a lecteurice, au fur et à mesure que les expériences d’oppression, de passivité, d’indignation, de prise de conscience, et de réappropriation font écho. Biographie Eva Mancuso est écrivaine et performeuse. Née en 1987 à Liège, elle vit et travaille à Bruxelles. Avec sa pratique au croisement de la poésie et de l’essai, de l’intime et du politique, de la performance et des arts visuels, elle explore ce qui s’inscrit en nous malgré nous, ce qu’on devient et ce qu’on refuse de devenir, les ruptures qu’on vit avec les autres et avec soi-même. Elle a publié ses textes dans des revues (Sabir, L’écharde,...) et en ligne (Remue.net, Lundi.am,...). Elle a performé dans différents lieux culturels (Maison poème, Ateliers Mommen, La Loge,...).
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Extrait Et on disait que le sexe c’était un sexe dans un sexe et quand il y avait eu un sexe dans un sexe, on n’était plus vierge et on pouvait continuer à mettre des sexes dans des sexes et une fois que ça avait commencé on disait qu’on n’arrêtait plus, on disait qu’on ne pouvait plus revenir en arrière et quand le sexe était dans le sexe, on disait qu’on ne pouvait plus l’enlever. Pourtant parfois quand même dans les films qui parlaient de première fois on disait : il faut que tu en aies vraiment envie et on disait : parce que c’est ta première fois et on disait : ta première fois tu t’en rappelleras toute ta vie. Et on disait : la première fois c’est magique. et dans les films qui parlaient de la première fois les pères s’inquiétaient pour leurs filles, ils voulaient que leur filles ne perdent pas leur virginité avec n’importe qui, il fallait que le garçon soit gentil et il fallait que la jeune fille soit sûre d’en avoir envie. Mais on parlait seulement aux filles et jamais aux femmes. Et c’était pratique pour les hommes qui étaient des pères parce qu’ils pouvaient s’inquiéter pour leurs filles et jamais pour leurs femmes.
Crédits photo : Lara Gasparotto
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Presse « Une étrange distanciation traverse le recueil. L’autrice n’explique rien, elle exprime. Sans pathos ni émotion. […] S’ensuit une lente déconstruction vers une éventuelle réappropriation, que Mancuso mène avec une intelligence mâtinée d’une fausse candeur, d’une poignante sincérité. » Samia Hammami, Le Carnet et les instants « Derrière son long titre, le premier recueil d’Eva Mancuso dévoile une parole forte. Au gré de phrases à l’apparente naïveté, la narratrice raconte des souvenirs et bâtit un récit intime qu’on ne pourra jamais déconnecter du politique. » Adrien Meignan, La vie sans principe Crédits photo : Florine Lafontaine
« On partage avec l’autrice des secrets qui parfois nous concernent, comme si sa plume pouvait venir dénicher en nous certaines vérités qu’on aurait cru oubliées. […] Une plume forte donc, qui se caractérise essentiellement par des poèmes aux vers courts, presque frappés, qui jettent à la figure des lecteurs des fragments d’émotion qui se construisent au fur et à mesure, ou s’effacent subtilement pour ne laisser que des impressions fugaces. »
« Dans l’expression d’une intimité non linéaire, Eva Mancuso parvient à nous faire penser notre propre intimité, notre banalité, et analyse la façon dont elles se construisent et pourraient être autres. Jeanne Jacob, Zone Critique
Lisa Rizzo, Karoo « La langue oralisante est simple, descriptive, sans fioriture et aucun lyrisme [...] bref, ne s’embarrasse pas de figures de style pour poétiser (et politiser ?) une expérience intime minoritaire – celle d’une jeune fille middle class, petite-fille d’immigrés italiens – tout ce qu’il y a de plus banal et à cru. Mais avec beaucoup de nuance. » Florian Bardou, Libération © 2025 L’arbre de Diane éditions
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L’arbre de Diane
L’arbre de Diane scrute la littérature sous toutes ses formes, écrites, sonores et multimédia, et explore ses connexions avec d’autres disciplines. La collection Les deux Sœurs entend révéler des voix issues des communautés de genre minorisées : celles qui s’identifient en tant que femmes, et celleux qui ne s’y retrouvent plus mais restent solidaires. Cette collection se veut complice dans le partage et dans les liens tissés avec des artistes et magicien·ne·s habitant poétiquement le monde d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
Annonce de parution
Marie Uguay
Journal
Date de sortie : août 2025 ISBN : 978-2-930822-38-9 Format : 15x18cm Prix : 15€ Volume : 312 pages Tirage : 300 exemplaires Conception graphique : Meriem Steiner
À la suite de la première réédition européenne des Poèmes (éditions L’arbre de Diane, octobre 2024), la volonté d’également publier le Journal de Marie Uguay s’est imposée comme une évidence. Rédigé durant les dernières années de vie de la poétesse québécoise, emportée à seulement 26 ans par un cancer, les textes du Journal font office de témoignage de la nécessité d’écrire, d’aimer et de vivre d’une jeune femme dont l’annonce de la maladie a profondément impacté le cours de son existence. Avec fragilité et clarté, Marie Uguay pose un regard d’une immense justesse sur l’amour, la vie et la mort, la poésie ; des thématiques qu’elle ne cessera de mobiliser dans ses écrits. La plume de Marie Uguay, au sillon de la prose et de la poésie, donne à voir une personnalité sensible, éprouvant la vie intensément, souvent en proie au doute et à la solitude, mais tellement, tellement lumineuse. Journal a été établi, présenté et annoté par Stéphan Kovacs, compagnon de Marie Uguay jusqu’à ses derniers jours.
Biographie
Mots-clés Journal, Québec, amour, intime, maladie, poésie
Marie Uguay est née à Montréal en 1955. Elle a publié trois recueils de poèmes, Signe et rumeur (1976), L’Outre-vie (1979) et Autoportraits (posthume, 1982). Elle a été emportée par un cancer en 1981. En 2005 paraissait son Journal (Boréal), ainsi que de nombreux poèmes inédits, venant compléter son oeuvre.
Livres connexes Alejandra Pizarnik, Journaux Sylvia Plath, Journaux Marguerite Duras, L’amour
© 2025 L’arbre de Diane éditions
Diffusion-distribution (France-Belgique-Suisse)
Avenue Van Becelaere 184 1170 Boitsfort – Belgique larbredediane@gmail.com www.larbredediane.be
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Extrait L’écriture m’est reliée étroitement au présent, au vécu, je suis la courbe inconnue des heures. Bâtir un texte à partir des racines et de la sève. Lorsque ma vie ainsi s’arrête et que mes rêves se bloquent devant l’irréalisable, que ma vie stagne, je ressens un besoin plus ou moins précis d’écrire un roman, car j’inscris dans l’imagination cette existence qui m’est refusée. Maintenant je voudrais écrire des textes ne se rattachant à aucun système connu d’écriture. Proche de la poésie sans l’être vraiment. Narration et musicalité du texte. Crédits photo : Stéphan Kovacs
Être cette douceur toute prête à la violence
C’est bien par ignorance que j’écris, pour conjurer le mauvais sort, pour me regarder en face, moi qui me fuis le reste du jour, accablée par l’obscurité de ma pensée, l’inconsistance de toute réflexion, et par contre la cyclique et intense clarté du même rêve. Lutter contre toute fatalité intérieure. Diktat de passion. Sexualité exacerbée.
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L’arbre de Diane
L’arbre de Diane scrute la littérature sous toutes ses formes, écrites, sonores et multimédia, et explore ses connexions avec d’autres disciplines. La collection Les deux Sœurs entend révéler des voix issues des communautés de genre minorisées : celles qui s’identifient en tant que femmes, et celleux qui ne s’y retrouvent plus mais restent solidaires. Cette collection se veut complice dans le partage et dans les liens tissés avec des artistes et magicien·ne·s habitant poétiquement le monde d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
Annonce de parution
Marie Uguay
Poèmes
Date de sortie : Octobre 2024 ISBN : 978-2-930822-35-8 Format : 15x18cm Prix : 15€ Volume : 200 pages Tirage : 300 exemplaires Conception graphique : Meriem Steiner
« J’ai tant rêvé qu’il me semble que ma vie elle-même n’était qu’un long rêve. Je t’ai tant rêvé qu’il me semble que tu es un long rêve qui aurait commencé la première fois où j’ai tremblé d’amour. » Regroupant trois recueils ainsi que des poèmes inédits de Marie Uguay, Poèmes est d’abord publié aux Éditions du Noroît en 1986, puis par les Éditions du Boréal en 2005. Cette réédition naît de la redécouverte de cette autrice intemporelle et se voudra une publication en deux temps. Poèmes constituera donc, avec Journal (dont la publication est prévue pour février 2025) un diptyque de l'œuvre de la poétesse québécoise.
Mots-clés Poésie, Québec, amour, intime, maladie Livres connexes Émile Nelligan, Poésies complètes Joan Didion, L’année de la pensée magique Marianne Van Hirtum, La vie fulgurante
Quelques mots issus de la préface de Maud Joiret : « Marie Uguay vit au Québec, est malade d'un cancer, diagnostiqué au début de sa vingtaine, écrit. Pour toujours. Ses textes abattent les murs de tout particularisme. Sans doute l'urgence, la faim déclenchée par la proximité de la fin, donnent à ses poèmes une acuité et une force prodigieuses. Mais aussi la conscience de ce que c'est de vivre, en tant que femme, dans un monde injuste. Il n'est pas donné de toucher de si près une telle exigence ni une telle sensibilité. Quel lieu pour résoudre un tel amour. Quelle générosité. »
Biographie Marie Uguay est née à Montréal en 1955. Elle a publié trois recueils de poèmes, Signe et rumeur (1976), L’Outre-vie (1979) et Autoportraits (posthume, 1982). Elle a été emportée par un cancer en 1981. En 2005 paraissait son Journal (Boréal), ainsi que de nombreux poèmes inédits, venant compléter son oeuvre.
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Extraits diversité des heures — aisance — que de longs apprêtements nous ont laissés dans nos histoires ce parfum des choses trop mûres le printemps nous perdure et cadastre nos espoirs
de longues distances dans l’engourdissement des heures ont créé ce subtil effarement de l’espace ont élargi notre œil jusqu’aux douceurs du silence
Toutes les images se sont évadées des caresses dans tes cheveux ont marqué ma soif et l’émoi des conversations au secours de nos colères Crédits photo : Stéphan Kovacs
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Poèmes
Derrière une vitre quelqu’un sourit avec précaution À midi le printemps est plus sonore qu’un geai Et l’amour sort en blouse blanche
Toute la rue est un écroulement d’azur Nous n’avons pas d’histoire et il fait beau comme jamais
© 2024 L’arbre de Diane éditions
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le blanc de l’œil Arno Calleja
ons i t i d é loo va n
Un livre sur le deuil. Un regard philosophe qui tente peut-être de trouver une part de la sagesse perdue. Trois monologues sur la mort. Trois poèmes pour trois interlocuteurs différents. graphisme : Maxime Sudol 74 pages 130 mm x 180 mm 14€ broché - collé - rabats ISBN : 979-10-93160-87-0 parution le 3 mars 2025
Éditions Vanloo www.editionsvanloo.fr diffusion/distribution : Serendip
Né en 1975 Arno Calleja vit à Forcalquier. Il revisite les formes romanesques ou poétiques, son écriture crée en permanence, entre douceur et violence, toujours vigilant à ce que la « phrase ne s’endorme jamais dans l’histoire ». Un admirable diseur de catastrophes désinvolte et hilarant.
À la bétonnière, Le Quartanier, 2007 La performance, Joca Seria, 2012 Astropoèmes, avec Laura Vazquez, l’Arbre à paroles, 2018 Tu ouvres les yeux tu vois le titre, Le nouvel Attila, 2018 Un titre simple, Vanloo, 2019 La mesure de la joie en centimètres, Vanloo, 2022 La rivière draguée, Vanloo, 2022
Deux personnages nous parlent de leur expérience dans un groupe de parole pour affronter le deuil. Blandine et Olivier. On apprendra qu’ils sont mariés. Le troisième texte, central, est une prosopopée de la mort. Dans cette forme de la rhétorique classique, la mort se présente comme simple fonctionnaire, organisant “les entrées et les sorties”, le flux qui ne doit pas s’arrêter des êtres et des choses. Elle semble tellement humaine. Rien de monstrueux. Sa présence nous devient familière. Elle nous parle du quotidien, donne des conseils, s’énerve un peu parfois, jusqu’à devenir moraliste, se plaint aussi de la façon dont on la traite… elle s’immisce dans tous les domaines de la vie, on a bien vite l’impression de sentir sa présence partout. Le livre d’Arno Calleja est un livre d’émotion, on y regarde les choses disparaître et mourir, et chaque parole semble une façon de s’accrocher à ce qui reste, une façon d‘étreindre le vivant, pour rester debout, encore un peu. Revue de presse sur les livres d’Arno Calleja « Pour le narrateur, c'est l'extirpation d'un quotidien morne, la perspective d'un amour, la confrontation avec le deuil de ses parents, et surtout, la mise en route de la littérature. » Guillaume Lecaplain, Libération « Une langue joyeuse, bizarre et neuve et vive et étonnement (au sens fort et philosophique de l'étonnement) puissante et musicale. » Sally Bonn, Artpress « Le narrateur, lui, ne sait pas écrire. Et pourtant c'est son écriture qui nous retient, car Arno Calleja, plutôt que d'adopter une maladroite oralité écrite, a opté pour un style privé de virgule et pourtant doté de souffle, quelque chose d'habilement bégayant, de subtilement redondant, au prix d'une syntaxe savamment boitillée… » Claro, Le clavier cannibale « …l’accumulation patiente de phrases infaillibles. » Émilien Chesnot, Sitaudis « Une quête de simplicité extrême dans la langue, doublée d'une grande sophistication qui ne s'affiche jamais comme telle. La recherche d'une voix « idiote », toute neuve, comme si la littérature venait de s'inventer… » Guillaume Contré, Le matricule des anges
Blandine J’avais fini par trouver un groupe Ça avait été d’une grande aide Un groupe de soutien Personne ne savait que j’y allais Même pas mon mari Dans mon agenda je notais Jeudi 19h : le groupe À mon mari je disais Je sors faire des courses Mais j’allais au groupe J’appelais ça le groupe Il était constitué de gens Comment dire Comme moi Des survivants Des endeuillés C’était anonyme On donne un prénom Pas nécessairement le sien Chacun écoute chacun Un soutien C’est ça l’idée Je suis allée au groupe Un mois après l’incinération J’avais les cendres dans une boîte Pendant un mois Chez moi Un mois d’horreur Juste après m’être présentée Après avoir dit mon prénom Le vrai J’avais parlé des cendres De la boîte De ce poids Cet embarras Je ne savais pas quoi en faire Pas où les mettre C’était ma mère C’était particulier J’étais sa fille unique Les cendres me revenaient Je n’avais personne avec qui les partager
Je les avais prises Je n’ai pas dit non Je n’avais pas eu l’idée de dire non Ou la force Alors je les avais amenées chez moi Quelle horreur Ça me terrorisait Je n’osais ni les regarder Ni les jeter Quel poids J’en avais démarré un eczéma La mort Voilà. Je suis là, je suis venue. Je ne pensais pas que ça donnerait ça. Toute cette incompréhension. Toute cette haine. Comme on me hait quand j’y pense. C’est fou comme on me hait. Et puis comme on m’aime aussi. Comme on me désire. Attention. On le dit moins mais certains me désirent. Beaucoup. Énormément. Il paraît d’ailleurs que c’est la même chose. Chez vous. L’amour et la haine. Que c’est réversible. Le pile et le face d’une même pièce. Il paraît. Je veux bien le croire. Moi, je ne me prononce pas. Je ne sais pas les choses. J’agis, j’accomplis. Je conduis le plan, à terme. C’est tout. Mais sincèrement. Je ne pensais pas. Que ça donnerait tant de haine. Je ne voulais angoisser personne. Personnellement. Je suis désolée.
Même si je n’y suis pour rien. Il fallait un principe. Un début et une fin. Pour tous. Et toutes. Et pour toutes choses. À égalité. Il ne faut pas le prendre personnellement. C’est un travail. Un simple travail. Un principe au travail. Et un principe supérieur. Un haut principe supérieur au travail. Très haut. J’obéis, je rends des comptes. Je dois m’assurer que tout arrive à sa fin. Voilà tout. On peut voir ça comme un jeu. Moi j’installe le jeu. Je suis le plateau de jeu. Le sablier. Les dés. Les cartes. Sans moi pas de jeu. Je le rends possible. Je donne la règle. J’énonce la règle du jeu. Et tout le monde y joue. Pas le choix. Personne ne peut ne pas y jouer. Personne. Ni rien. Tout, tenu à la règle. On ne sort pas de la règle. Voilà. Pour toutes, tous, et toutes choses. L’égalité. Qui cherche l’égalité me regarde. En français je suis une femme. Pas en allemand. Pas en mandarin. Ça dépend. J’existe pour longtemps.
Depuis toujours. C’est tellement simple. Je suis tellement simple. Jamais un jour d’absence. Je ne tombe jamais malade. Il faut dire que je ne fume pas. Je n’ai pas d’amis. Pas de famille. Je fais peur. Un maximum d’angoisse. Mais aussi on me désire. Beaucoup me désirent. On ne le dit pas beaucoup. Mais je le sais. Beaucoup veulent anticiper la rencontre. Certains très jeunes. Quelle idée. Alors, bien sûr, la rencontre a lieu. Je m’y rends. Je suis obligée. C’est la règle. Souvent ils ne savent pas comment faire. Comment me trouver. Alors en voiture ils foncent dans un arbre. Ils avalent des médicaments. N’importe lesquels, ceux qu’ils trouvent. Se déchirent la peau des bras. C’est tout un manège. Je ne dis jamais non. On m’appelle, je viens. C’est la règle. Et, plus haute que la règle, la loi. Je fais ça sans joie. Il faut me croire. Je n’y prends pas un plaisir malsain. À abattre un travail pareil. Non. Je ne suis pas un monstre. Il y a un principe et je m’assure qu’il s’effectue. Il y a un principe supérieur. Je suis désolée. Alors tout le monde se révolte. Pardon. Tout le monde s’indigne. Désolée.
TU ES L’AVENIR Galina Rymbu
(première traduction en français) préface et traduction de Marina Skalova
Tu es l’avenir est le grand livre de l’avenir qui n’aura plus lieu.
graphisme : Maxime Sudol 172 pages 140 mm x 205 mm 18€ broché - collé - rabats ISBN : 979-10-93160-76-4 parution le 16 septembre 2023
Éditions Vanloo www.editionsvanloo.fr distribution : POLLEN diffusion : éditions Vanloo / Philippe Hauer editions.vanloo@gmail.com 0663185856 traductrice Marina Skalova, née en 1988 à Moscou, est une écrivaine et poétesse française et une traductrice de l’allemand et du russe. Elle est lauréate du Prix de la Vocation en Poésie 2016.
Galina Rymbu est née en Sibérie en 1990. Voix majeure de la poésie contemporaine russe elle fait un constat brillant et sans concession d’un monde post-soviétique en décrépitude, où la misère seule a su s’installer et le fascisme aussi, de moins en moins rampant. Son écriture vibre pour conjurer la peur et inspirer la lutte. L’écriture est charnelle, la révolution naîtra d’une réappropriation des sens et de la langue. Féministe, queer, Pussy Riot, Galina cherche toutes les communautés égalitaires (elle y inclut les animaux dont les droits sont aussi forts que ceux des hommes) pour contrer l’édifice totalitaire. Tu es l’avenir est un livre plein d’espoir. En 2017, Galina s’était réfugiée en Ukraine, le livre parait en 2020 comme une renaissance. Le travail avec Marina Skalova s’engage en 2021 pour traduire et recomposer un livre partant deTu es l’avenir et intégrant d’autres poèmes importants dans l’œuvre de Galina. Comme Mon vagin, prépublié en français dans l’anthologie Madame tout le monde (2022). Un vrai travail de recomposition par les deux autrices. Puis arrive la guerre en Ukraine, Galina est prise au piège, comme rattrapée par le despotisme qu’elle veut fuir. Galina ne peut faire autrement que d’écrire sur la guerre. Elle a longtemps hésité à faire entrer cette actualité dans ce livre. Cette actualité qui tuait l’avenir, justement, le titre du livre. Et puis elle a envoyé traces, élégie de 28 pages, la guerre qui enterre les hommes. Et elle a décidé de tuer elle-même cet avenir qu’elle venait à peine de s’inventer.
Galina Rymbu s’impose comme une voix majeure de la nouvelle génération poétique russe pendant les années 2010, au moment où le système politique se verrouille. Dès ses débuts, elle lit et performe ses textes lors d’actions politiques et de manifestations. Dans son premier livre L’espace mouvant du renversement, paru en 2014, elle dépeint un paysage urbain insurrectionnel, transfiguré par la répression. Entre mise à nu des structures d’oppression et images incandescentes, le livre conjugue intensité sémantique, puissance contestataire et ardeur à réinventer l’avenir. En 2014, son poème Lesbia, une fresque nourrie d’influences picturales et mythologiques, relie la répression de la révolution de Maïdan et la persécution des personnes LGBT en Russie, pressentant déjà l’arrivée des « sombres rangs fascistes ».
Mon vagin
Le 17 mai 2013, sur fond de musique du groupe Hallucinations du sens1 un fils sortit de mon vagin, et juste après – le placenta, que l’accoucheuse tenait comme un boucher, le soupesant sur sa paume. Le docteur déposa le fils sur ma poitrine (à l’époque je ne connaissais pas encore le nom du fils) et dit : voici votre fils. Et le fils pissa aussitôt sur ma poitrine et mon ventre, et le monde devint mon vagin déchiré, un fils, son jet chaud, sa tête chaude et mouillée, mon ventre vide. Ensuite mon vagin fut recousu, il changea de forme. Il devint serré et crispé, un vagin-prison, un vagin-plaie. Je portais alors des bas de contention blancs – tout en sang, une robe de chambre rouge bon marché, achetée dans un pavillon chinois, où l’on voit deux femmes tenir des couronnes d’arbres et des animaux tenir des femmes. Sans culotte, sans appui, avec les cheveux emmêlés après l’opération, dans le couloir ensoleillé de la maternité j’allais chercher mon fils. Je l’ai pris et j’ai pensé : ses doigts ressemblent à de petits vers en confiture. * À présent mon vagin – c’est un terrier pour ton petit animal brun à la grande tête rouge où il se glisse parfois, pour puiser des forces. Une tanière pour ta langue tendre, pour tes fins doigts robustes, on dirait des instruments d’écriture datant du siècle passé. Maintenant, mon vagin se contracte, un tout petit peu plus haut mon clitoris gonfle, il ressemble à une perle et un fin capuchon plisse l’enveloppe, parfois il peut s’enlever sous la pluie aveugle de doux effleurements. Tu peux… Délicatement… * À 13 ans, j’ai essayé d’y enfoncer un concombre de la datcha : je voulais découvrir le sexe. À l’époque, je ne savais pas encore que c’est bien plus que la pénétration. Je regardais souvent mon clitoris dans un petit miroir fissuré, dont mon père se servait pour se raser. J’étais un arbre sec qui s’embrasait chaque jour plus fort. * Je vivais dans un monde de littérature scolaire, où tout est vu à travers un prisme masculin uniquement, dans un monde d’embrouilles de quartier et d’entrées d’immeubles pleines de gars trempés de sueur, en baskets déchirées et blousons noirs. J’aimais traîner dans les cours, j’aimais les jeans moulants qui m’écrasaient le clitoris et les grandes lèvres. * À l’époque, je ne savais pas encore que mon vagin était l’affaire de tout le monde : du gouvernement, des parents, des gynécologues, des inconnus dans la rue, des petits popes orthodoxes, qui cachent les persécutions sous leurs robes, tachées du sang des femmes, des employeurs, des flics, des militaires, des petits nazis, des services d’immigration, des banques, des détracteurs conservateurs du « mode de vie contre-nature », des acteurs culturels patriotiques, défoncés aux valeurs traditionnelles et au cognac. * Une fois par mois, du sang coule de mon vagin
et alors mon amoureux part m’acheter des serviettes (mes préférées ce sont les fines, au parfum de camomille). Parfois le sang dévale en petit caillots, pareils aux casques ronds des petits astronautes. Mon cosmos menstruel en miniature : l’utérus une planète, mes ovaires des comètes ; la voie lactée : ma vulve turgescente. Parfois le sang ruisselle, comme de la vodka, du petit cou fuselé d’une bouteille offerte en souvenir. Parfois il ne vient pas. J’aime faire l’amour pendant les règles, quand tout mon corps devient ultra-sensible. J’aime quand ton sexe est plein de mon sang, et j’aime imaginer que toi aussi tu as tes règles, que le sang chaud et salé goutte du petit trou sur ton gland. J’aime quand tes mains sont poisseuses de mon sang, quand il sèche sur tes ongles et tes cuticules, j’aime sentir pulser mon utérus dans mon ventre, vraiment on dirait un deuxième cœur, comme ma poitrine enfle et devient brûlante, comme si le lait allait en jaillir, à l’instant. Je t’en ferai boire encore, mon amour, il inondera ton visage, tes doux tétons roses (presque comme chez une fille), mouillera les petits poils sur ta poitrine, ton cou, ton petit ventre dans lequel je rêve qu’un jour tu pourras porter notre fille. * J’aime, quand tu parles de mon vagin et que nous en discutons tous les deux, pendant que tu me chevauches, tu portes mon t-shirt et les boucles d’oreilles vertes, que je t’ai offertes en cadeau, j’aime tes petites tapes légères sur mes lèvres. Quelle chance, que tu ne fasses pas ça en Russie où on veut emprisonner Yulia Tsvetkova2 pour ses doux dessins de vagins, où mes copines ont peur de s’embrasser dans la rue, où après l’école, Katia et moi, nous nous allongions sur le tapis chez elle et nous touchions, nous transformant en une seule mer salée, et après nous avions peur d’en parler. * Nos vagins et nos vulves, on les appelle des chattes mais la mienne, je dirais plutôt que c’est une petite souris domestique mignonne, duveteuse et intranquille. Elle mourra avant l’heure ? Elle mourra dans une cage ? * Un jour j’ai touché ma souris pendant une conférence à la fac, je l’ai touchée dans un bus vide qui se traînait dans la ville nocturne des usines aux blocs d’immeubles, des cimetières aux centres commerciaux. Je l’ai touchée derrière des parkings, un matin d’automne, assise sur un tuyau rouillé, je l’ai touchée dans l’ambulance qui m’a emmenée me faire opérer et je l’ai touchée après mon opération, avec un cathéter dans l’urètre et l’urètre qui saignait, je l’ai touchée quand mon ventre était énorme, dans le service étouffant de la maternité, quand je pissais dans un bocal à la polyclinique, quand je pissais et pleurais la nuit dans un vieux jardin de datcha,
plein de sauterelles et de papillons de nuit, quand je pissais sur mon pantalon sur les berges de l’Irtych, juste comme ça pour le fun, quand je pissais sur la neige près de l’entrée de l’usine, quand au foyer je pissais dans le pot de mon fils, quand je pissais mes bières au Parc de la culture alors que tout près les flics rôdaient, je l’ai touchée dans la forêt, l’été, pendant que j’étais collée par les insectes, enlacée par les arbres. Je l’ai touchée après avoir dérapé sur mes lèvres et mon clitoris au rasoir, après une dispute avec mon copain et après l’expertise de médecine légale, après le rendez-vous au service d’oncologie et après l’arrestation, dans l’appartement de location, après la manifestation sur la place Bolotnaïa et la manifestation sur le Champ de Mars3. je l’ai touchée en lisant Nicolas de Cues, en lisant Gastev, Castoriadis, Ernst Bloch, L’éthique d’Alain Badiou, les Ise monogatari, un manuel de physique, une anthologie de poésie allemande, Maïakovski, Jakobson : (je les ai bien eus !) J’ai touché ma souris quand je pleurais et que je voulais te quitter, je l’ai touchée quand je pleurais et que je voulais un enfant de toi, je l’ai touchée, assise sur ton visage, je l’ai touchée, en serrant mon visage contre ton entrejambe sombre, et juste – en te regardant dans les yeux. * Mais malgré tout, depuis tout ce temps, je ne sais pas, ne la comprends pas tout à fait, ma souris, elle m’effraie, m’intimide. * Mais j’aime la penser de façon politique, ça fait tanguer la piste de danse des vieilles idées, donne de l’espoir en l’absence de nouvelles stratégies activistes. Faire la révolution avec son vagin. Agir pour la liberté avec son corps. Je me dis, pourquoi pas, peut-être que vraiment le vagin fera tomber ce gouvernement, chassera son président illégitime, mettra le parlement à la retraite, supprimera l’armée, les impôts pour les pauvres, le FSB4 en tant que structure de pouvoir et d’oppression la plus abjecte, règlera son compte à la police, au conservatisme et au revanchisme, démantèlera les tribunaux injustes, libèrera les prisonniers politiques, rendra impossible l’infect nationalisme russe, l’humiliation des opprimés, les affaires montées de toutes pièces, baisera la gueule de l’oligarchie et du patriarcat, paralysera les soldats qui avancent sur des terres étrangères – aller, encore et encore : dans la chatte, le militarisme !
Mon vagin – c’est l’amour, l’histoire et la politique. Ma politique – c’est le corps, le quotidien, l’affect. Mon monde – c’est le vagin. Et je porte le monde, mais pour certains, je suis – un vagin dangereux, un vagin de combat. Voici mon monologue.
Notes de fin 1 – Le groupe russe s’appelle Смысловы́е галлюцина́ции (Smysloviye galluzinaziyi). Il s’agit d’un groupe qui était actif sur la scène punk-rock de Sibérie à la fin de l’époque soviétique et dans les années 90 et 2000. 2 – Yulia Tsvetkova est une artiste née en 1993, originaire de la ville de Komsomolsk-sur-l’Amour, en Russie extrême-orientale. Elle a été inculpée pour production et distribution illégales de matériel pornographique sur Internet après avoir diffusé des dessins éducatifs sur le corps des femmes et a risqué six années de colonie pénitentiaire. Après un procès ubuesque qui a duré plus de trois ans, elle a fini par être innocentée à la fin de l’année 2022 et a pu quitter le pays. Depuis son départ, la procédure pénale à son encontre a été réouverte. 3 – Galina Rymbu fait référence aux grandes manifestations contre le retour de Vladimir Poutine au pouvoir, après un jeu de chaises musicales avec Dmitri Medvedev, qui ont eu lieu sur la Place Bolotnaïa à Moscou en 2012 et ont été brutalement réprimées, ainsi qu’aux manifestations contre la corruption qui se sont déroulées sur le Champ de mars à Saint-Pétersbourg en 2017 4 – L’acronyme FSB désigne les services de renseignements de la Fédération de Russie. La structure est directement héritière du KGB et n’a pas été renouvelée à la fin du système soviétique. Son siège se trouve toujours dans les bâtiments de la Loubianka à Moscou, dans les sous-sols desquels les services secrets soviétiques ont torturé et fusillé des milliers de personnes. 5 – Plat traditionnel d’Asie centrale à base de riz, agrémenté de viande et de légumes, très répandu dans les pays d’ex-URSS (Ouzbékistan, Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan…).
POÉSIE MASCULINE Luna Miguel
Traduction Alexis Alvarez Parodiant la notion ridicule de « poésie féminine », Luna Miguel imagine une « poésie masculine » et endosse à travers cette voix fictive la violence obsolète du patriarcat, mais aussi la beauté de la résistance marginale à la norme. Charnels, intelligents, ironiques, sauvages, les poèmes de Luna Miguel résonnent déjà comme des classiques de la poésie hispanique du XXIe siècle. graphisme : Maxime Sudol 76 pages 140 mm x 205 mm 14€ ISBN : 979-10-93160-80-1 broché - collé - rabats parution le 26 octobre 2024
Éditions Vanloo www.editionsvanloo.fr editions.vanloo@gmail.com 0663185856 diffusiin/distribution : Seerendip
—Paul B. Preciado
Luna Miguel s’affranchit dans Poésie masculine de certains codes qui lui ont valu l’étiquette de « poète du corps ». Ces poèmes – narratifs, percutants – repoussent les limites du désir, de la tendresse et de l’amitié. Sa voix émerge de l’expérience d’un mâle (alpha ?), expose les contradictions masculines et tente d’aimer à la manière d’un homme. En parallèle s’engage une prise de conscience, doublée d’une exploration des limites. Comment regarder sa propre intimité avec les yeux de l’autre ? Comment penser un nous qui s’est démultiplié au fil des lectures et des aventures amoureuses ? Comment revendiquer le bonheur et faire preuve de générosité après la séparation ? Plus que de soucier de la forme, il y a urgence pour la poésie à parler des problèmes d’aujourd’hui. Elle ne doit plus hésiter à être franche, brutale, violente, et avant tout, sincère.
« La poésie masculine existe-t-elle ? Peut-être que oui. Ne serait-ce que pour montrer combien il est insensé de parler de poésie féminine. » —Olaya García, Magazine VEIN «Un jeu de miroirs vraiment génial sur la masculinité.» El pais «Luna Miguel est le symbole d’une renaissance de la poésie européenne, sa métaphore» —Thomas Deslogis, ActuaLitté Poétesse, romancière, essayiste, journaliste et éditrice, Luna Miguel explore les formes d’écriture les plus variées, qu’elle cultive aussi en ligne auprès d’une large communauté. Son questionnement sur le genre, le désir et le couple s’exprime avec une vigueur étonnante dans la « trilogie du macho », dont Poésie masculine (Vanloo, 2024) constitue le premier volet. Elle y interroge la maternité, la famille, l’amour et le sens qu’ont ces institutions à notre époque, marquée par l’instabilité et la fugacité des liens. Son dernier livre en date, le monologue Ternura y derrota (La Bella Varsovia), est paru en janvier 2024.
ÇA S’APPELLE SMEGMA il y avait un enfant avec six doigts et aussi une montagne de mégots et des revues érotiques que ma mère a trouvées et détruites en pleurant il y avait des lunettes de basket-ball leur plastique transparent mais rigide comprimait la chair autour de la paupière il y avait des pilules pour la dépression que j’aurais pu voler sur le plan de travail de la cuisine mais j’ai préféré les contempler comme si c’était des friandises périmées dans un bocal chez l’épicier il y avait de la crasse sous mes ongles et il y avait de la saleté dans les plis de mon prépuce qu’un jour mon père m’a appris à nettoyer et dont j’ai découvert plus tard le nom médical en cherchant sur internet comment laver délicatement le gland de mon fils j’ai vu que ces grumeaux s’appelaient smegma il y avait un cubi de vin blanc dans le frigo blanc de ma grand-mère et il y avait une cour avec un arbre et une peluche jaune et aussi la cuillère de la soupe qui brûlait le palais il y avait des routes à cinq heures du matin il y avait une fille qui mettait sa main dans mon pantalon de jogging il y avait un pochon de haschich des pulls en laine des manuels de finance il y avait un cahier où j’ai noté toutes les fois où ma mère trébuchait toutes les fois où mon père se taisait toutes les fois où j’ai dit moi je ne serai pas comme ça J’AI 50.000 EUROS SUR MON COMPTE si j’atteignais un jour ce chiffre je ferais des bonds je dégainerais comme par magie un mégaphone et je crierais à ce garçon chétif dont les haltères achetées au decathlon de ciudad real prenaient la poussière qu’il mesure le chemin parcouru tout ce qui a changé depuis qu’il peignait des trains et baisait des mineures et passait des examens avec ce pochon de haschich caché dans son pantalon large en cas d’échec ou en cas de réussite si jamais il fallait fêter ça cinquante mille balles ça fait quoi gamin combien de tickets de bus pour tomelloso combien de téléchargements illégaux de rap scandinave puceau regarde-toi comme tu as changé avant tu admirais les hommes avant tu voulais être comme l’oncle pepe mais après on a trouvé son cadavre en décomposition avant tu aimais kase.o puis il est devenu ringard et vieux avant tu admirais david foster
wallace mais toi tu n’écrirais jamais un roman de mille pages qu’est-ce que ça peut faire maintenant c’est cinquante mille euros à la sueur de ton front gamin boutonneux à chaussures brunes quel effet je te fais maintenant toi qui as passé toute ta vie à chercher un homme à imiter et résultat des courses l’élu n’était aucun de ceux que tu croyais mais toi-même, pas vrai que c’était toi-même ? CONVERSATION SUR LE FÉMINISME DANS UN RESTAURANT JAPONAIS DE CHUECA quand je me suis mis en tête d’écrire ceci je me suis dit évite d’être sincère je me suis imposé le mensonge car j’ai cru qu’injecter du féminin dans ma masculinité revenait à évoquer des questions plastiques des fluides des douleurs dont je ne me serais jamais plaint des choses dociles l’un ou l’autre souvenir l’une ou l’autre allusion à mes parties génitales je voulais créer une origine du monde où ma bite tiendrait la vedette où mes testicules chanteraient parce que c’était peut-être ça la féminité se chanter doucement se chanter en tissant se chanter avec tendresse et je me trompais parce qu’en écrivant sans pudeur mais avec fiction j’ai compris qu’il n’y avait rien de délicat dans mon genre rien de doux dans ma voix ou sur mon front ridé si la surdité de ma masculinité brise ta confiance que peut-il bien y avoir de féminin en moi si je n’écoute pas la part que je ne comprends pas celle qui me fait défaut qui est aussi la violence que j’exerce et un mensonge qui te blesse
ADVERSE
SANS-TITRE / TRANSIT Antoine Daurès À l’origine, Sans-titre, une “pièce radiophonique pour voix parlée” d’Antoine Daurès (musicien, enseignant et traducteur, de philosophie notamment). Pourquoi chercher à qualifier une telle proposition alors que celle-ci affiche d’emblée son ambition absolument réflexive, et n’aura de cesse d’auto-commenter ? “Je vous parle du texte que je suis en train de lire / Je prends la parole / et je vous parle du texte que je suis en train de lire / de ce que vous entendez. / Je parle de ce que je suis en train de lire / du texte que je lis / que j’ai commencé à lire dès l’instant où j’ai pris la parole. / C’est à dire : à l’instant même. / Coïncidence parfaite entre “dire” et “faire”, si j’exclus de cette parole tout ce qui n’est pas sa proclamation.” La volonté de transparence semble totale, l’ambition objective sans détour. On pourrait croire que le projet n’aurait donc besoin que de quelques lignes, quelques minutes, pour se résoudre. Question rendue caduque à l’écoute des 77 minutes qui le composent, au fur et à mesure que nous nous découvrons face à la fiction d’un sujet (d’un narrateur) voulant se ressaisir, s’emparer de soi, et tentant de le faire au moyen d’une réflexivité essentielle qu’il croit découvrir au sein du langage, de sa langue. Pour cela, il lui faut l’aveuglement volontaire d’une sorte d’immatérialité (dont la voix donnerait justement l’illusion). L’exercice n’est pas exempt d’humour (certes teinté d’anxiété), favorisé par toutes les ambivalences offertes par l’oralité (polysémie, homophonie, homonymie et usages à contre-courants), contrariant la volonté du narrateur de contrôler sa propre élocution. Ce premier texte n’est donc pas, ne sera jamais, imprimé. Seule l’écoute nous en offre le plein accès, attentive à cette voix faussement blanche, en réalité jouée jusqu’aux moindres inflexions, suspens, accélérations et décélérations. Une entreprise qui est aussi celle d’un musicien. En regard, Transit, un second texte, écrit a posteriori et destiné cette fois à être lu, usant des effets de spatialisation initiés par Mallarmé dès la fin du xixe siècle. Ce coup de dé rebat les cartes de la pièce radiophonique en la reprenant, lui répondant et la reflétant, tout à l’envers. Il assume d’être un texte qui s’écrit à propos du texte ou de la textualité, comme le premier prétendait mettre en scène une parole qui parle de la parole.
CD (77 minutes — lien de téléchargement inclus) + livre (124 p. n&b) 14 x 18 cm, 14 € 979-10-95922-67-4 — septembre 2025 Vente ferme
É DIT IONS LURLURE PARUTION OCTOBRE 2025
31 KILOMÈTRES AUJOURD’HUI Milène Tournier Genre : Poésie Collection : Poésie Prix : 18 euros Format : 12,5 x 18 cm Nombre de pages : 196 ISBN : 979-10-95997-68-9 > Le journal poétique d’une année de marche > Un recueil dans l’esprit de Je t’aime comme (Lurlure, 2021) > Milène Tournier a reçu en 2021 le Prix Révélation de Poésie de la SGDL. Elle est l’une des voix majeures de la poésie contemporaine
> LE LIVRE 31 kilomètres aujourd’hui ou le journal poétique d’une année de marche, d’errances urbaines quotidiennes, à Paris et en Île-de-France. Marcher, longuement, chaque jour ou presque, pour, dit Milène Tournier, « se fondre dans le temps et dans l’espace », pour que « les journées deviennent des kilomètres ». Marcher également pour écrire, pour « emmener le corps avec l’écriture », car de ces déambulations naît quotidiennement un poème – récit de marche, de rencontres fortuites, observations des lieux traversés (rues, églises, cimetières...), notes intimes ou réflexions sur l’actualité... Écrit avec un sentiment d’urgence, ce recueil, dans lequel on retrouve l’esprit de L’Autre jour (Lurlure, 2020) et surtout de Je t’aime comme (Lurlure, 2021), confirme que Milène Tournier est bien l’une des voix poétiques les plus singulières d’aujourd’hui.
> L’AUTRICE Milène Tournier est née en 1988 à Nice. Poétesse et dramaturge, elle est l’auteure de cinq livres aux éditions Lurlure, dont L’Autre jour, lauréat du Prix Révélation de poésie de la SGDL en 2021. Chez d’autres éditeurs, elle a notamment publié : Ce que m’a soufflé la ville (Le Castor Astral, 2023), 27 fois la Muraille de Chine : je me suis posé la réponse (Éditions Théâtrales, 2024). Milène Tournier s’intéresse par ailleurs à la littérature en lien avec les arts numériques et élabore des poèmes-vidéos disponibles sur sa chaîne YouTube. DIFFUSION-DISTRIBUTION : SERENDIP LIVRES
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> EXTRAITS DE REVUE DE PRESSE DE L’AUTRE JOUR (2020) « Un recueil d’une grande beauté, d’une profonde justesse. » Le Monde des livres « Milène Tournier nous installe en un instant dans la matière vivante et plurielle de ses cheminements intérieurs. » Lire / Magazine littéraire
> EXTRAITS DE REVUE DE PRESSE JE T’AIME COMME (2021) « Un livre foisonnant, un bouquet merveilleux et too much, une poésie obsessionnellement anaphorique et pourtant extrêmement délicate. » Libération « En revenant à la plus directe des sources du lyrisme, Milène Tournier tente de retrouver la beauté dans la cité. » Le Matricule des Anges > EXTRAITS DE REVUE DE PRESSE DE SE COLTINER GRANDIR (2022) « Cela fonctionne dès le premier mot de sa première phrase. Milène Tournier écrit dans une langue qui lui est propre et qui est devenue, de livre en livre, immédiatement reconnaissable. Un mélange entre une construction toute musicale du poème, propre à l’oralité, et une extrême disponibilité à l’émotion, qui finit même parfois jusqu’à tordre la syntaxe. » Libération « Elle nous avait happés avec L’Autre jour, le premier recueil qui lui a valu, en 2021, le Prix SGDL Révélation de poésie. Dans ce nouveau livre intitulé Se coltiner grandir, Milène Tournier varie en douceur les formes et les rythmes – haïkus, petits contes, instants urbains dits “bains de villes” – et tisse la veine autobiographique des moments fondateurs de sa vie. » Lire / Magazine littéraire
> EXTRAITS DE REVUE DE PRESSE DE CENT PORTRAITS VAGUES (2024) « Avec finesse et acuité, Milène Tournier tisse en cent fragments le portrait de la vie des gens au plus près de leurs folies et drames intimes. » Le Matricule des Anges « Cent vies vagues, à la poésie sans emphase, sans exagération, sans pathos, mais assurément pas sans profondeur, pas sans émotion, pas sans élégance. La sobriété, cette vraie beauté ! » Recours au poème
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> EXTRAITS 2 août J’ai regardé s’enfuir le jour comme s’efface un visage pendant 27 kilomètres ce soir. Au bout des visages, la nuit. Son pays de mer et ciel sans terre. Le soleil demain ira d’un rayon harponner toute la terre et les visages un à un. J’ai senti s’enfuir le jour comme oublier La Joconde, son mystère de dame presque d’Asie et aux mains si calmes, que viennent-elles de faire pour être si calmes ? Ville nuit. Les visages sont des dos dans lesquels le soleil demain ira consciencieux creuser des traits. Les jardins d’enfants étaient vides. Les arènes de Lutèce, fermées. Comme être un jour avant l’Antiquité. Les serveurs ou petits boutiquiers de souvenirs se reposaient une seconde du service, avant de ranger les terrasses, genou plié contre un mur, flamant rose noir, soir. Sur les quais, on dînait tardivement à califourchon d’une pizza partagée, dont on laissait pendre le couvercle côté fleuve. J’ai vu sur le pont le face-à-face entre un enfant et un violon. Je suis passée devant les colonnades entières des arcades du Palais-Royal, dédaigneuses du charme décapité de leurs voisines les Buren. Soir, au grand échiquier, les pièces bougent sans les mains. J’ai aperçu un rare chat parisien, s’enfiler sous une barrière de chantier. J’ai vu, au hall du bel hôtel, les tournesols, en l’absence du soleil et à son insu, se regarder dans le miroir.
21 octobre J’ai sondé la ville pendant 21 kilomètres aujourd’hui. Sonder, le verbe-valise qu’un jour un homme a eu besoin de former, entre onde et songe. L’infirme, pour mieux l’accepter, se dit que sa canne en est une pour détecter les métaux. J’ai sondé la ville, pupilles propulsées comme deux incisives. J’ai traqué les perturbations du champ magnétique, comme le chercheur d’or s’en va tôt dans le matin des plages trouver ce que la veille quelques baigneurs étourdis ont peut-être ensablé, d’or et de boucles. J’ai cherché la merveille enfouie sous les tonnes de pierres et d’années. J’étais l’orpailleuse léchant sa part d’alluvions, pour quelques paillettes. J’ai trouvé le cimetière sous le parc d’enfants, les tombes sous les toboggans. Comme se passe tout un monde extrémophile sous la banquise. J’étais un métal moi-même, fusion ordinaire de peau, marche et soleil, aimantée discrète à ma quête et les passants ne savaient pas.
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9 décembre J’ai aboyé pendant 20 kilomètres aujourd’hui. J’ai aboyé dans toute la ville comme une chienne fidèle, qui reste près de son maître même quand son maître n’est pas là. J’ai aboyé dans la ville comme un chien qu’on a laissé matin dans la maison, et qui jappe aux fenêtres tous les moteurs, tous les « peut-être » son maître. J’ai aboyé dans les Galeries Lafayette, où nos amis les chiens sont interdits. Je me suis mise à quatre pattes poilues. J’ai remué de la queue, comme une fille bat des cils. J’ai marché, babines aux abois. Pour pisser ou aboyer, le Luxembourg n’était pas plus beau qu’un parc canin. J’ai aboyé et haleté, langue dehors comme un prospectus à la boîte aux lettres, qu’on n’a pas récupéré. J’ai aboyé chez l’orthophoniste. Je suis sortie le soir, aboyer très fort, comme une chienne-garoue, à l’heure où les petits peintres à touristes rentraient silencieux chez eux en tirant sur leur diable de grandes chemises cartons avec dedans quarante fois Montmartre. La lune, c’est le soleil en lune-garou. J’ai aboyé comme un chien de chenil. J’ai aboyé comme un chien avant la muselière. J’ai aboyé dans la ville, ce n’était pas plus bizarre qu’y rire, mesdames messieurs.
21 décembre J’ai marché pour trier la ville entre pair et impair. J’ai marché à la rencontre des yeux vairons et de toutes les choses borgnes. Celles, ceux, qui allaient réveillonner seuls, à la laverie, avec un bonhomme pain d’épice individuel Monoprix. J’ai marché comme une corne, solitaire et impaire, au front imaginaire des licornes. J’ai marché dans les églises, et j’ai longé les trinités des Rois mages. Si faire un enfant, c’est créer l’impair d’un deux. Jésus allait éclore de la paille immaculée de sa mangeoire. J’ai marché longtemps pour être serrée par la ville, à la fois être noyée et recueillie entre ses deux mains. J’ai marché le long des affiches d’Extinction Rebellion. La disparition des espèces jusqu’aux espèces impaires, et plus du tout de reproduction possible. Le fleuve reflétait les amoureux dont les mains, déjà, reflétaient chacune celle de l’autre.
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25 mars J’ai sacrifié la ville pendant 22 kilomètres aujourd’hui. Lorsqu’on m’a demandé, pour commencer, de sacrifier la Tour Eiffel, j’ai glissé sous leur bulldozer une grue, comme l’agneau pascal avait sauvé l’enfant. Nos naissances kamikazes, de nous ceinturer de mort dès notre premier cri. Dans chaque rêve s’organisera le sacrifice d’une réalité. Quand, la nuit, quelqu’un marche sur notre sommeil, et ça nous fait un rêve. Le sacrifice ne retranche rien. Il ajoute. Comme le rêve s’écarte du monde pour mieux y séjourner. Sacrifie !, sacrifie sans regret. Abandonne d’étranges offrandes. Trois cannes, une cravate, une plante. Ne sache pas ton Dieu avant l’offrande. Le miracle est dans le miracle. N’espère rien qui précède. Marche. Vaste sacrifice, le temps. Qui ne nous donne que ce qu’il nous prend. J’ai regardé dans la laverie tournoyer les danses de la pluie à l’intérieur des tambours. Le vent sacrifiait le pollen sur les pare-brises des voitures garées. Dans les basiliques aux pierres noircies par des siècles de cierges, les vitraux bramaient toute la lumière. Je marche. C’est mon sacrifice ici sans ciel. Nous sommes sur terre de fugace passage dans le regard de Dieu. Comme les oiseaux parfois, par chance, traversent le nôtre, et c’est beau.
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É DIT IONS LURLURE visuel provisoire
PARUTION NOVEMBRE 2024
LA TABLE DU POÈME Textes : Milène Tournier Illustrations : Charlotte Minaud Genre : Poésie jeunesse Collection : P’tits papiers Prix : entre 12,50 et 14,00 euros Format : 12,5 x 18 cm Nombre de pages : 48 ISBN : 979-10-95997-62-7
> Le premier titre de la collection « P’tits papiers », collection de poésie jeunesse à découvrir à partir de 8 ans > Pour une première approche de la poésie, par une poétesse reconnue qui invite les enfants à réinventer leur quotidien > Un « dialogue » entre les poèmes délicats de Milène Tournier et les illustrations complices de Charlotte Minaud LE LIVRE Dans ce recueil de courts poèmes, Milène Tournier s’adresse directement à un enfant pour partager avec lui des observations sur le quotidien, des pensées ou des rêveries amusées sur ce qui nous entoure – animaux, hommes, objets... Et le monde, sous le regard de la poétesse, semble quitter le jeu des apparences pour retrouver une part d’enfance et d’émerveillement : ainsi, un triangle y est « la bouche d’un crocodile qui bâille », la lune « ton ballon / Resté dans l’arbre », l’ananas y « ressemble / À une pomme de pin qui ressemble / À un ananas »... Les poèmes de Milène Tournier dialoguent avec les illustrations complices, drôles et pleines d’inventivité de Charlotte Minaud. Un recueil comme une invitation, à destination des jeunes lecteurs comme des plus grands, à s’asseoir à la « table du poème » pour s’émerveiller ensemble. L’AUTEURE ET L’ILLUSTRATRICE Milène Tournier est née en 1988. Poétesse et dramaturge, elle est l’auteure de quatre livres aux éditions Lurlure, dont L’Autre jour, lauréat du Prix Révélation de poésie de la SGDL en 2021. Charlotte Minaud est née en 1978. Après avoir exercé divers métiers (de journaliste/maquettiste à peintre en bâtiment), elle étudie aujourd’hui la création littéraire à la faculté de Cergy Paris. La chaise du poème est son premier recueil illustré. DIFFUSION-DISTRIBUTION : SERENDIP LIVRES / PAON DIFFUSION
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EXTRAITS
Un triangle est la bouche D’un crocodile qui bâille.
Un carré est un oiseau Très triste.
Un cercle est une fourmi Qui s’est déposée un trésor et s’est promis De le retrouver Par le chemin le plus long.
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Pour dix fois son visage, Regarde le dos De ta maman, Une fois, longtemps. Et pense dans ta tête des mots Qu’elle n’entendra pas. Il y a deux endroits dans le monde Où personne, même les mamans, Ne nous voit : Quand on est dans leur dos, Quand on est dans notre tête.
DIFFUSION-DISTRIBUTION : SERENDIP LIVRES / PAON DIFFUSION
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* “ Tu peux parler comme ça à tes amis Mais pas à nous”, Ont expliqué ses parents à l’enfant Qui comprend, alors : Le langage est une maison à plusieurs pièces.
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Parfois, Dans leur niche Les chiens Font des rêves de loups.
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Quand tu danses, Si tu danses vraiment, Même les étoiles elles te gênent.
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Si tu es seul, Donne un prénom À chacun de tes cheveux.
DIFFUSION-DISTRIBUTION : SERENDIP LIVRES / PAON DIFFUSION
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L’ananas ressemble À une pomme de pin qui ressemble À un ananas.
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Un corps, c’est un bout du monde.
* Parfois on est si triste, On pourrait caresser très longtemps Un poisson.
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On voit moins longtemps Les étoiles que les oiseaux, C’est l’été. Le ciel est Sous la neige, C’est l’hiver. *
DIFFUSION-DISTRIBUTION : SERENDIP LIVRES / PAON DIFFUSION
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POÉSIE - OCTOBRE 2025
Élégie des Appalaches
extrait de la préface
poésie et lieux (2012)
« J’ai appris très tôt, auprès de ces anciens des bois du Kentucky – ceux qu’on appellerait aujourd’hui "Appalachiens" – un ensemble de valeurs fondées sur la conviction que, plus que tout, chacun devait se définir par soi-même. C’est ce qui a nourri ma conscience critique radicale. Ces gens-là étaient sûrs de deux choses : que toute âme humaine a besoin d’être libre, et que cette liberté exige d’être une personne intègre, une personne dont les pensées, les paroles et les actes sont en accord. [...] Ces poèmes de lamentation permettent d’exprimer cette perte mélancolique qui ne disparaît jamais vraiment. Tels un lent refrain musical solennel répété encore et encore, ils nous appellent à nous souvenir et à pleurer, à comprendre que notre lutte pour le changement est aussi une bataille de la mémoire contre l’oubli. »
« Tous les miens viennent des collines, des bois reculés, même ceux qui ont fui cet héritage en refusant de se retourner. Personne ne voulait parler des fermiers noirs qui ont perdu leurs terres à cause de la violence suprémaciste blanche. » Élégie des Appalaches est un recueil de poésie profondément ancré dans l’expérience personnelle, politique et sociale de bell hooks. À travers une méditation sur les montagnes du Kentucky – sa région natale – bell hooks tisse une fresque à la fois intime et collective de la vie des agriculteurs noirs et pauvres des Appalaches. Ces poèmes écrits dans une langue lyrique, rugueuse et habitée, font acte de mémoire et de résistance à l’oppression. Dans Élégie des Appalaches, bell hooks pleure la terre autant que les êtres. Elle évoque les collines du Kentucky comme un lieu sacré, abîmé par l’histoire – celle du colonialisme, de l’esclavage, de la dépossession. Les poèmes prennent la forme d’élégies : ils donnent voix à une douleur collective enfouie, celle des communautés noires et autochtones déracinées, celle des terres pillées, défigurées par l’extractivisme. Pour bell hooks, cette souffrance écologique est inséparable de la violence raciale et patriarcale. « Je voulais pouvoir revendiquer un lieu dans ce paysage du Kentucky au nom de tous les Amérindiens déplacés, des Afro-Américains, et de tous les Indiens noirs qui ne peuvent “prouver” sur papier qu’ils sont ce qu’ils sont. »
couverture provisoire
prix : 16 € parution : octobre 2025 140x165 mm, 96 p. ISBN : 978-2-493324-16-0 tirage : 2000 ex.
bell hooks (1952-2021)
© © Eli Reed/Magnum Photos
bell hooks, de son vrai nom Gloria Jean Watkins, est une écrivaine, militante et intellectuelle africaineaméricaine qui a marqué son époque par ses écrits sur le racisme, le féminisme, la politique ou la culture, mais aussi sur l’amour et la spiritualité. Professeure et intellectuelle engagée, bell hooks a enseigné dans de nombreuses universités, tentant de rétablir dans les corpus universitaires l’importance des femmes noires dans la culture américaine. Elle est l’autrice de plus de 30 ouvrages, mêlant essais, mémoires, poésie, livres jeunesse et théorie politique. Ses travaux portent sur les rapports de pouvoir, l’amour comme pratique politique, l’éducation, les médias, la spiritualité, la masculinité, et les rapports de domination. Son premier essai Ne suis-je pas une femme ? Femmes noire et féminisme (Cambourakis, 2015), écrit à 19 ans mais publié en 1981, traduit en français en 2015, est considéré comme l’un des ouvrages les plus importants du féminisme intersectionnel.
• l’un des trois recueils de poésie de bell hooks, traduction française inédite, édition bilingue • une poésie sociale et engagée • un chant de mémoire et de réparation • une élégie écoféministe, comme acte politique • un écosystème puissant : sika fakambi (traduction), mélissa laveaux (écho poétique) et maya mihindou (illustration)
EXTRAIT
Élégie des Appalaches l’écosystème littéraire et artistique
La traductrice : SIKA FAKAMBI est traductrice littéraire. Elle a vécu à Ouidah, Cotonou, Paris, Dublin, Sydney, Toronto, Montréal et réside à présent à Nantes. Sa traduction du roman de Nii Ayikwei Parkes, Notre quelque part (Zulma, 2014) est couronnée du prix Baudelaire et du prix Laure Bataillon. Elle a entrepris une nouvelle traduction acclamée de Their Eyes Were Watching God de Zora Neale Hurston (Mais leurs yeux dardaient sur Dieu, Zulma, 2020). En 2017, elle dirige la collection « Corp/us » aux éditions Isabelle Sauvage.
L'illustratrice : MAYA MIHINDOU est dessinatrice, artiste et photographe vivant à Marseille. Elle a notamment illustré Contrechant, une anthologie de poèmes d'Audre Lorde (Les Prouesses, 2023) et Non-Noyées, d'Alexis Pauline Gumbs (Burn-Août et LLL, 2024).
L'autrice de la postface : MÉLISSA LAVEAUX est une autrice-compositrice-interprète canadienne ayant acquis la nationalité française en 2019. Sa musique est teintée d'influences haïtiennes, pays dont ses parents sont originaires, ainsi que de blues et de folk. Elle écrit et chante en trois langues : l'anglais, le français, et le créole haïtien.
EXTRAIT
EXTRAIT
éditions Trente-trois morceaux
António Reis Poèmes quotidiens / Poemas quotidianos Édition bilingue Traduit du portugais par Steven Lambert Postface de Pedro Costa Parution : 15 octobre 2025 ISBN : 9791093457185 16 x 21 cm - 104 pages 17 euros
Poèmes quotidiens est un recueil composé de cent poèmes brefs écrits sur une période de dix ans (1957-1967). Le cadre de tous ces poèmes, c’est la ville de Porto, à l’époque de la dictature de Salazar. António Reis observe les rues, les objets, les attitudes, l’intimité amoureuse : toutes réalités sur lesquelles le régime pèse. Chaque poème est le lieu d’un travail subtil pour arracher le réel à cette emprise et rendre aux êtres et aux choses leur dignité. La phrase se concentre, les mots tombent comme des masques, chaque objet représenté devient l’indice ou la suggestion d’un drame tu. L’art du retournement ne nie pas l’amertume des jours obscurs, mais il est un cap à tenir pour espérer. La poésie d’António Reis est traduite pour la première fois en français. Une postface de Pedro Costa présente l’œuvre et la vie d’António Reis.
éditions Trente-trois morceaux 8 rue Clavel 75019 Paris www.trente-trois-morceaux.com
contact Paul Ruellan +33 (0)7 83 88 30 63 editions@trente-trois-morceaux.com
diffusion paon-diffusion.com distribution serendip-livres.fr
éditions Trente-trois morceaux
Éditions Trente-trois morceaux Poèmes quotidiens est le 19e titre de la collection et l’unique nouveauté de l’année 2025. Nous publions volontairement peu, mais avec le désir d’accompagner fortement chaque titre (présentations, lectures, projections…) et dans la durée.
— Faire la carte Vincent Weber
Le Gualeguay Juan L. Ortiz
L’Énéide Virgile / Pierre Klossowski
Homme par-dessus bord – Proses 1931-1947 Kurt Schwitters
Voyage en Grèce Gastone Novelli
Né en 1927 à Valadares, mort en 1991 à Lisbonne, António Reis a publié dix recueils de poèmes entre 1947 et 1967. Le lyrisme des premiers recueils fait progressivement place à l’observation sèche et tendue de Poèmes quotidiens, dernier recueil publié. À seulement 40 ans, il le considère comme l’accomplissement de sa démarche, ne publie aucun autre écrit et souhaite voir effacés de sa bibliographie tous les recueils antérieurs. Dès le début des années 1960, il se tourne vers le cinéma, devient assistant-réalisateur de Manoel de Oliveira (Acte du printemps) ou scénariste de Paulo Rocha (Changer de vie), avant de réaliser ses propres films, d’abord seul, puis en collaboration avec sa compagne, Margareta Cordeiro. Les trois longs métrages réalisés à quatre mains avec elle (Trás-os-Montes, Ana, Rosa de areia) se déroulent dans la région du Trás-os-montes, dans le nord du Portugal, où les cinéastes captent les signes d’un monde éloigné des villes et de la modernité. Ces films, fictions ancrées dans le secret du lieu, entièrement tournés avec des amateurs, ont eu une influence considérable sur le cinéma portugais actuel et sur des cinéastes français tels que Jean Rouch, Jean-Marie Straub ou encore Jacques Rivette, qui parlait d’António Reis comme d’un « cinéaste présocratique ».
Épiphanies James Joyce Street life Joseph Mitchell En regardant le sang des bêtes Muriel Pic Zé Gus Sauzay Dans le décor Vincent Weber La Crèche Giorgio Manganelli Listen to me / Écoutez-moi Gertrude Stein Brecht et la Méthode Fredric Jameson Nouvelle du menuisier qu’on appelait le Gros – Vie de Brunelleschi Antonio Manetti Poèmes Yvonne Rainer Dialogues avec Leuco Cesare Pavese
L’Attrait des choses. fragments de vie oblique Roger Lewinter Je vais dire quelque chose à quelqu’un Roger Lewinter
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Il est minuit tu es libre les gardes regardent les vitrines ils voient le prix des bottines et des foulards ils ne se souviendront plus de toi seulement si la lune se lève ou le matin ou si tu cries 2
Le livre appelle les verts dans tes yeux couleur de cendre il ne note pas de signes particuliers et tout ton corps se décompose si jeune
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Ton invitation a encore pour moi un goût d’inceste je la sens encore me percer les aisselles me faire rire et pleurer 4
Ton habitude et mon désir ne se comprenaient pas restant toujours un mystère pour toi le retour de mon sang au cœur le refroidissement brusque et la débandade Ces poèmes commençaient à être vécus
Et ton ventre poli de nouveau me fait frissonner 6
Qu’a-t-on fait de nous Ah Clara tu ne jalouses rien tous plus ou moins nous restons tolérés et attendant craignant comme toi le chômage et la vieillesse voyant grandir nos enfants sans sourire 7
Le peigne les épingles offre-les à la Madone
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Je fuis la mémoire
toutes les filles engendrées ont été tuées
J’entends tes conseils si je marche pieds nus sur le sol (j’étais adolescent)
(seules les nôtres vivent seules les nôtres grandissent entre nos peurs)
J’entends demander de l’eau de la monnaie
mortes sans les parents au chevet mortes dormant
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Sur la commode encore les mêmes soliflores nervurés
Après 19 heures les vitrines sont plus intimes
encore ton portrait de petite fille flou encore les fleurs de papier avec de l’eau et le rosaire le même miroir le même pot la même lune grisonnante empoussiérant le bleu froid Toi seule as changé Clara 9
La honte de ne pas acheter n’existe pas et la tristesse de ne pas avoir est seulement à nous Et la lumière rend plus beau et plus utile chaque objet 11
Dans la ville où je vieillis il n’y a pas de brise il y a du vent La brise est pour l’amour et pour les cheveux
Poèmes quotidiens comme le soleil comme la nuit
Dans la ville où je vieillis le linge doit sécher pendant la nuit
comme l’envie de manger et le sommeil
les ouvriers se lèvent tôt et leur amour est simple et dans le travail
comme les soucis et l’amour et parce que je sors dans la rue et travaille tous les jours
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Il y a toujours un garçon triste en face d’un bateau
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l’eau est toujours bleue et toujours fraîche Dans quel pays trouverait-il un emploi et l’oubli dans quel pays trouverait-il l’amour et la compréhension dans quel pays sentiraient-ils leur vie et leur mort Les mouettes ne répondent pas car elles volent Il y a toujours un garçon triste avec des larmes dans les yeux en face d’un bateau 13
Les dimanches les dimanches le but dans le stade arrive jusqu’à chez moi et jusqu’à la mer Même le soleil est une image de cuir dans l’espace
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Je n’aime pas la ville pour sa grandeur Je l’aime pour être née sans mystère et avoir créé sa propre nature quoique les yeux et le cœur souffrent quotidiennement des imperfections et des chagrins 15
J’aime le fleuve Ah si j’aimais autant les maisons reflétées (humides) le pré vert dans la ville assombrie où elle se lave les pieds donne du poisson et emporte les larmes 16
la pluie une image de filets battus
Elle finit par avoir du goût la pluie vue des cafés
Ah Que faire sinon attendre la semaine
tombant sur les statues et la nostalgie
en dormant
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Marius Loris Rodionoff La Comète de Halley 15 x 20 cm 88 pages 978-2-493242-18-1 16 € 17 octobre 2025
La Comète de Halley est issu d’un travail de cut-up réalisé dans des annales et des chronologies de l’histoire de France. Ce livre a ceci d’exceptionnel qu’il s’inscrit tout à la fois dans la tradition de la poésie documentaire et dans celle de la poésie performée. Il tire son titre de la plus fameuse des comètes, qui a longtemps été suspectée d’avoir une influence désastreuse sur la Terre. A rebours d’autres ouvrages de poésie documentaire (Témoignages, de Reznikoff, POL, 2012 ou encore Verdicts, de Lida Youssoupova, Zoème, 2023), ce livre, plutôt que compiler des archives jusqu’à produire une somme, fait œuvre de réduction. Cela tient autant à l’ampleur du sujet qu’à la matière dans laquelle Marius Loris Rodionoff prélève. En effet, les annales sont des ouvrages généralistes qui compilent les dates considérées comme importantes de l’histoire politique, mais aussi de l’histoire des techniques, de l’histoire littéraire et de l’histoire économique et sociale. Ainsi, l’approche de La comète de Halley est doublement située : d’une part l’auteur ponctionne des ouvrages académiques, qui défendent une certaine vision de l’historiographie ; d’autre part, les 68 poèmes de ce livre composent une histoire de France totalement subjective, avec une préférence marquée pour les épisodes révolutionnaires et l’histoire littéraire. Cette chronologie trouve son rythme grâce au vers. L’usage que fait l’auteur de la versification, loin d’être un simple outil visant à esthétiser une matière extra-littéraire, est le principe ordonnateur du livre. La coupe interrompt le cours d’une phrase et produit des accidents grammaticaux qui surjouent, ou actualisent dans le langage, cela même dont il est parfois question : des heurts, des ruptures dans le cours du temps. Ce livre résulte de performances sur l’Histoire données par l’auteur. Sans note, Marius Loris Rodionoff récitait le plus vite possible les dates d’événements historiques, produisant un condensé inquiétant, comme une réponse à la saturation d’informations auxquelles nous sommes confrontés. La comète de Halley garde de ces expérimentations une focalisation évidente sur l’oralité et une certaine frénésie.
* Marius Loris Rodionoff est historien et poète. Il a notamment fait partie de l’Armée noire. Ses travaux l’ont mené vers la poésie documentaire et notamment à étudier le langage de la justice. Il est en parallèle chercheur en histoire, spécialiste de l’histoire des désobéissances, d’histoire coloniale et d’histoire du management. Il a notamment publié Désobéir en guerre d’Algérie, Editions du Seuil, 2023 ; Objection, Éditions Amsterdam, 2022 et Procès-Verbaux, Al Dante, 2021.
826-840 Ermold le Noir écrit son Poème pour revenir en grâce Les Bulgares récidivent Parmi les cadeaux Des œuvres du Pseudo-Denys Ansegise Devient un code officiel dès 829 L’armée pour mettre Pépin 1er au pas Aux champs du mensonge Placé sous séquestre Charles le Chauve à Prüm A une pénitence publique infamante Louis le Pieux est rétabli Pour sa saison de chasse Est défaite par les rebelles neustriens Dont l’ex-abbé de Corbie Wala Mais la comète de Halley Décide une campagne de prières dans les églises
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885-890 Aurélien ignore encore la notation neumatique Des tropes d’où un réfugié l’exporte à Saint-Gall Bernard Plantevelue Donne un buste reliquaire de saint Maurice Le siège de Paris Incendient le trésor et les livres précieux Charles le Gros est déposé Les Normands revenant en direction de Paris Eudes décide un contrôle des animaux comestibles
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913 Raids des vikings Otter et Roald Les moines se réfugient à Montreuil Avec les reliques de saint Guénolé Sur l’île de la maison des prières Avec onze disciples de saint Budoc Selon la légende Guénolé ouvre miraculeusement Un passage dans la mer Pour fonder Landévennec Sur la rive opposée de l’estuaire
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1182-1184 Une confrérie d’Encapuchonnés Prend une tournure antiseigneuriale Une troupe de cottereaux écrase Son Anticlaudianus Poème encyclopédique de grande influence Sur les bouchers de Toulouse
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rayon poésie
genre récit intime
parution 13 novembre 2025
Portrait
art&fiction
FLORENCE VUILLEUMIER
Des mots précis, des dessins équivoques : une poétique entre délicatesse et sauvagerie, pour dire - au féminin - la sexualité, le corps, et le plaisir.
Droit au vertige retrace le vécu d’un corps féminin, s’attachant aux transformations et désirs qui le traversent. Ce récit poétique écrit à la première personne, se construit comme une série de moments initiatiques, mêlant sans fard et avec concision des thèmes tels que la sexualité et la maternité. Parfois empreinte de douceur, parfois crue, l’écriture de Florence Vuilleumier plonge ses lecteurs et lectrices dans un jeu subtil entre implicite et explicite, pour mieux cultiver le potentiel érotique du texte. Avec ses gouaches subtilement travaillées au lavis, l’autrice et artiste plasticienne crée un dialogue puissant entre textes et images, qui marque par son audace et son impudeur. Chaque page célèbre l’intimité amoureuse et la liberté sexuelle. Le désir s’y incarne, s’insinue dans les mots pour dégager une poétique du corps vivant, ouverte et libératrice.
collection Pacific//Talisman format 11 x 18 cm, 128 p., broché isbn 928-2-88964-091-1 prix CHF 27 / € 21
Écarter les jambes. Un peu. Beaucoup. Tendrement. Passionnément. À la folie. Et parfois, va te faire foutre.
mot-clés féminisme, corps, érotisme, dessin, poésie livres connexes Ocean Vuong, Un bref instant
© Chris Morgan
Droit au vertige
D’origine suisse et vietnamienne, Florence Vuilleumier (1974) vit et travaille à Genève. Elle a suivi un parcours passant par l’École Supérieure des Beaux-Arts (actuelle HEAD–Genève), la danse contemporaine et la performance, travaillant avec la chorégraphe Noemi Lapzeson. Elle poursuit sa formation en sinologie et littérature française à l’Université de Genève, séjourne à Beijing, Wuhan et Chongqing. Elle travaille aujourd’hui principalement la peinture au lavis, le dessin, l’écriture et la micro-édition. Elle puise ses choix thématiques dans son expérience propre, l’animalité, le sexe, la régression organique, à la limite de la conscience corporelle, là où affleure peut-être une sorte de socle commun de l’expérience humaine.
de splendeur, 2019 ; Jana Černá, Pas dans le cul aujourd’hui, 2014 ; Grisélidis Réal, Le noir est une couleur, 1974 ; Maggie Nelson, Les Argonautes, 2015 ; Annie Ernaux, Le jeune homme, 2022
Extraits
Florence Vuilleumier | Droit au vertige
Extraits
Florence Vuilleumier | Droit au vertige
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Avant, elle
respirer (petit) dormir (à peine) rêver (beaucoup) pleurer (assez) rire (plus) se laver (souvent) s’habiller (bien) se déshabiller (là) faire l’amour (si) se coiffer (pareil) s’épiler (dessous) être assise (trop haut) être debout (sans rien) marcher (encore) tomber (rarement) boire (sans sucre) uriner (vite)
Son corps qui s’emballe et son cœur qui s’en mêle et son corps qui s’emmêle et son coeur qui s’emballe et son corps qui s’en mêle et son coeur qui s’emmêle
et cette tendance qu’elle cultive à garder les odeurs sur elle.
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Combattre. Dans l’ombre de son intimité.
Ses ongles, quand ils poussent, ne lui attirent que des ennuis.
— Tu vas me manquer.
— Oui. Ça va me manquer.
Extraits
Florence Vuilleumier | Droit au vertige
Extraits
Florence Vuilleumier | Droit au vertige
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Avale, n’avale pas.
À tort ou à raison, à tort et de travers.
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Elle pense
que même avec beaucoup d’efforts, elle n’aura jamais l’air aussi propre.
Attendre sans bouger.
Bouger sans attendre.
Extraits
Florence Vuilleumier | Droit au vertige
Extraits
Florence Vuilleumier | Droit au vertige
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L’aïeule l’avait prévenue, un œil sur la courbe de son ventre, avant d’elle-même se retirer.
dedans/dehors/dedans/dedans/ dehors/dedans/dehors/dedans/ dehors/dedans/dedans/dehors/ dedans/dedans/dehors/dedans/ dehors/dehors/dehors/dehors/
L’aïeule l’avait prévenue, un œil sur la courbe de son ventre, avant d’elle-même se retirer.
dedans/dehors/dedans/dedans/ dehors/dedans/dehors/dedans/ dehors/dedans/dedans/dehors/ dedans/dedans/dehors/dedans/ dehors/dehors/dehors/dehors/
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Attendre sans bouger.
Bouger sans attendre.
Mettre au monde et crever.
Mettre au monde ou crever.
Il allait falloir traverser seule, l’étendue de la mer.
Il allait falloir traverser seule, l’étendue de la mer.
Extraits
Florence Vuilleumier | Droit au vertige
Extraits
Florence Vuilleumier | Droit au vertige
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elle ( A – ) + lui ( O + ) = elle ( A + )
Alors on lui a injecté des anticorps. Juste au cas où elle voudrait y repasser, plus tard.
Embrasser le corps d’une autre.
Les fils retirés du sexe recousu.
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Halète.
Allaite.
Extraits
Florence Vuilleumier | Droit au vertige
Extraits
Florence Vuilleumier | Droit au vertige
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Lourde de solitude retenir lourde et solitude éliminer lourde et solitude apparier r et it soit rit
à gorge déployée.
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Elle s’éloigne de la rive. Une fois au loin, elle se débarrasse de son deux pièces. Il coule. Ne reste que la peau nue au contact de l’eau. Et le rouge qui se mêle au vert du lac. Se répand autour d’elle, dilué. Elle nage.
Reste à savoir comment y retourner maintenant.
Elle a jeté un morceau de corde dans le Yangzi Jiang.
L’autre moitié reste auprès d’elle, à 8’838 kilomètres.
ÉRIC PESTY ÉDITEUR Nicolas Bouyssi La Dissipation et le Repli « … est néoclassique ou postclassique toute œuvre d’art qui n’est pas à la recherche de sa propre règle, qui n’expérimente pas, qui n’est pas comme une bouteille que l’on jette à la mer. » Recueil d’articles critiques, La Dissipation et le Repli est la matrice, l’art poétique et la table d’orientation des Douze couleurs du spectre : cycle romanesque magistral de douze romans publiés par Nicolas Bouyssi chez P.O.L entre 2007 et 2022. Par le prisme de recensions consacrées aux œuvres d’Hervé Guibert, Georges Bataille, Roland Barthes, J. G. Ballard, Édouard Levé, Thomas Bernhard, Michèle Bernstein, Jean-Yves Jouannais, etc. La Dissipation et le Repli livre certaines des préoccupations et enthousiasmes de l’auteur durant ses années de formation : enthousiasmes littéraires et artistiques, préoccupations sociétales qui, toutes et tous, trouveront des résonances romanesques dans l’univers des Douze couleurs du spectre. « Sur vingt-six textes, note Nicolas Bouyssi, vingt et un ont été écrits entre 2003 et 2010 pour la revue gratuite Particules. Le premier et l’avant-dernier ont été écrits en 2019 et 2013 pour le journal Libération. Le sixième a été écrit en 2023 pour la revue Numéro 0, le douzième en 2015 pour un projet avorté, le vingt-sixième en 2024 pour la revue Décapages. L’ensemble a été relu pour Éric Pesty Éditeur en 2024. De l’écriture à la relecture, vingt années ont parfois passé ; des artistes sont morts : la concordance des temps a dû être corrigée ; seules quelques retouches ont été apportées. Le sens général et particulier est resté le même. » La Dissipation et le Repli paraît en même temps qu’ un second texte de Nicolas Bouyssi, intitulé Manuel, qui figure les premières pages d’un roman en cours. L’un, La Dissipation et le Repli (lié aux Douze couleurs du spectre) serait ce qu’on peut appeler la fin du début, ou sa conclusion ; l’autre, Manuel (annonçant l’œuvre à venir), le début de la fin, ou son introduction. Né en 1972, Nicolas Bouyssi est un romancier français. Il est un nouvel auteur entrant, avec deux livres très différents publiés simultanément, au catalogue d’Eric Pesty Editeur : gageons que cette entrée va renouveler à la fois le lectorat de l’auteur et celui de la maison d’édition, en croisant – sous la bannière de l’expérimentation – le roman avec la poésie.
(COUVERTURE PROVISOIRE) Parution : novembre 2025 Prix : 24 € Pages : 208 Format : 14 x 22 cm EAN : 9782488139014 Collection : brochée Rayon : littérature française / essai CONTACT PRESSE ET LIBRAIRE Éric Pesty : contact@ericpestyediteur.com
« La peur dévore l’âme »1 Dans Suicide, le livre tombeau qu’il a écrit avant de se tuer, Édouard Levé ne s’excuse pas, il ne s’accuse pas 2. Fidèle à ce qu’il avait pu mettre en place dans ses œuvres précédentes, qu’elles soient plastiques ou littéraires, il ne délivre pas de message ultime ayant pour objectif de justifier son acte. Il laisse le choix d’interpréter à son lecteur, et il se borne à exposer, sous forme de monologue, à la deuxième personne du singulier, le récit croisé d’une disparition et d’une apparition. Ce qui a disparu, c’est un ami de vingt-cinq ans suicidé, auquel est dédié le livre. Et ce qui apparaît progressivement, au cours de la reconstitution des circonstances de cette mort, c’est la prise de conscience, vingt ans plus tard, que celui à qui le texte s’adresse d’abord par le tutoiement, ce pourrait être soi-même ; qu’en somme une personne proche qu’on a aimée peut être à terme un double auquel il est tentant, surtout quand l’autre est mort trop vite, ou dramatiquement, de s’identifier. Hélas, semblent formuler les conséquences de ce livre sur son auteur même, à force de vouloir comprendre l’autre, alors que ce dernier a accompli un geste par définition unique, incompréhensible, c’est à son tour qu’on disparaît. Le « tu » n’est plus un double, c’est « je » qui est devenu duplicata. Cette incorporation pathétique du « je » par le « tu » a lieu au centre du livre. L’ami d’Édouard Levé est à Bordeaux, il s’est perdu, et ce qu’il éprouve, distingue et pense, est bien trop personnel (bien trop interne) pour qu’on ne sente pas que le compte-rendu de la vie d’un autre vient de faire place à des souvenirs intimes, ou bien, ce qui n’est pas incompatible, à des fantasmes et à des mises en scène émotionnels. C’est dans ces pages que le récit bascule du « tu » explicite à l’implicite du « je », et il est important que son pivot ait lieu au cours d’une scène d’errance. Par définition, celui qui erre ignore son chemin, il est désorienté. Suicide n’est donc pas un livre nihiliste, qui chercherait à nous convaincre qu’il n’y a pas de sens. C’est le livre d’une hypersensibilité paniquée devant le fait qu’il y a beaucoup trop de sens et de chemins, et qu’on ne sait jamais, avant d’être mort, si on a pris « le bon ». Mais cette panique existentielle face à la désorientation, Édouard Levé la traite à sa façon. « La mémoire, comme les photos, gèle les souvenirs », dit-il dès les premières pages. Et l’écrivain plasticien gèle les affects depuis ses premières œuvres. On ne trouve pas de point d’exclamation, ni de grands cris dans Suicide. À ce titre est exemplaire la réaction de la femme quand elle découvre le corps de son mari après qu’il 1 2
« Angst essen Seele auf » Titre d’un film de Fassbinder, traduit par Tous les autres s’appellent Ali. Il nous le fait savoir par le biais d’une anecdote, au cours de laquelle un psychanalyste enchaîne deux phrases : « Qui s’excuse s’accuse » et « Qui s’accuse s’excuse. »
s’est tiré une balle dans la tête. « Il est intact. Ton crâne n’a pas explosé comme on me l’a dit. Tu es comme un joueur de tennis qui se repose après un match sur le gazon. On dirait que tu dors. » Et l’homme qui dort d’Édouard Levé est définitivement figé dans ce cliché, cette forme finale, comme l’est cette femme dans ce poncif de la douleur : « Elle se jette sur toi en pleurant, et frappe ton buste d’amour et de rage. » Comment, lorsqu’on est obsédé par ce qui ne bouge pas (qui est gelé) retranscrire le mouvement ? Comment s’incarner sans prendre la pose ? C’était déjà parmi les questions qui présidaient à la série photographique des Reconstitutions. Des corps d’acteurs pornos et de rugbymen, bien que saisis en pleine action, y prenaient l’allure de statues de marbre. La question est radicalisée dans Suicide, et donne au livre son caractère insupportable, et sa grandeur. À quel moment un corps qui vit et une pensée active deviennent-ils morts ? Et puis comment quelqu’un qui a été, et qui n’est plus, peut-il rester ? L’une des réponses pourrait sembler curieuse, tant elle paraît inactuelle. « En art, lit-on, retirer est parfaire. » Et cette phrase implique plusieurs choses : qu’une forme de perfection classique motive ce texte, et que ce souci de maîtrise sera atteint à condition de supprimer le superflu. (...)
ÉRIC PESTY ÉDITEUR Nicolas Bouyssi Manuel « La main sur le katana / Même si la peur m’assaille / Je partirai comme un samouraï » Chant populaire français du XXIe siècle. Inventeur de formes coûte que coûte, habitué aux dispositifs narratifs extrêmes, Nicolas Bouyssi s’attache aujourd’hui au personnage de jeu vidéo de type action-RPG. Manuel sont les 30 premières pages et le mode d’emploi d’un « jeu.livre » en cours d’écriture, intitulé La Solitude à venir du grand amateur de Nioh. D’emblée, le genre du « jeu.livre » suggère une analogie établie entre le « roman d’apprentissage » et le protocole des jeux vidéo de la catégorie des souls-like – réputés pour être particulièrement exigeants – où le système du jeu repose sur l’apprentissage du joueur : il doit apprendre à observer et comprendre ses ennemis, en particulier leurs attaques et leurs déplacements, à utiliser ses armes à bon escient, à se déplacer avec prudence, sans se précipiter, et où la mort, plutôt que d’être perçue comme un game over, fait partie intégrante du processus. En tant que mode d’emploi, Manuel renseigne sur les différentes péripéties, niveaux d’invasion et modes prévus par le développeur.romancier du jeu.livre, sur les ennemis que le personnage.narrateur (et par conséquent le joueur.lecteur) aura à combattre, sur les armes qui seront mises à sa disposition, sur le système pour se régénérer au cours de la partie. Outre l’intérêt intrinsèque, l’invention et la richesse formelle du texte que nous avons sous les yeux, Manuel est donc de surcroît de l’ordre d’une anticipation et d’une projection : donnant les grands principes d’un jeu.livre dont, pour l’heure, nous ne savons rien. (Le jeu.livre est donné comme étant « en postproduction »). C’est pourquoi la collection agrafée se prête à la publication de Manuel : sous forme de livret ou de plaquette (s’inspirant de la forme du chapbook anglosaxon), cette collection publie de courts textes destinés à être une étape de travail dans l’écriture d’un auteur, ou un chapitre ayant vocation à être repris par la suite dans un livre plus volumineux. Tel est Manuel pour La Solitude à venir du grand amateur de Nioh.
(COUVERTURE PROVISOIRE) Parution : novembre 2025 Prix : 10 € Pages : 32 Format : 14 x 22 cm EAN : 9782488139021 Collection : agrafée Rayon : poésie CONTACT PRESSE ET LIBRAIRE Éric Pesty : contact@ericpestyediteur.com
Manuel
« J’ai été dans une auberge. On m’a dit "Va-t’en !" Chez l’un, chez l’autre. Personne n’a voulu de moi. J’ai été à la prison, le guichetier ne m’a pas ouvert. J’ai été dans la niche d’un chien. Le chien m’a mordu et m’a chassé, comme s’il avait été un homme. On aurait dit qu’il savait qui j’étais. Je m’en suis allé dans les champs pour dormir à la belle étoile. Il n’y avait pas d’étoiles. » Victor Hugo, Les Misérables « Tout le monde passe son temps à me dire ce que je dois faire, couina le chien. C’est une vie de chienne. Je ne sais que faire. Quand j’étais enfant, mes parents me disaient que faire. Que je fasse ou ne fasse pas ce qu’ils me demandaient, ils me rejetaient. Mon passé, plutôt que de me former, m'a déformée. » Kathy Acker, Don Quichotte « La main sur le katana (katana) Même si la peur m’assaille Je partirai comme un samouraï » Chant populaire français du XXIe siècle
I
Ceci est le mode d’emploi d’un jeu.livre en postproduction nommé La Solitude à venir du grand amateur de Nioh1. La version Deluxe édition de LSAVDGADN contiendra quatre DLC2.
MANUEL ☺☻Niveaux d’invasion p. III ☺Interface 1, fonction des smileys p. III ☺Avertissement 1 p. VI ☺☻Modes et succès p. VIII ☺☺☺Avertissement 2 p. IX ☺Interface 2 p. XI ☻☻☻☻Note sur la pertinence d’un mode très difficile p. XI ☺☻Modes supplémentaires et gestionnaire des armes3 p. XII ☺Note sur la dialectique quantitative, Tuto 1 p. XIII ☺☻☺☻Note sur le boss final4, Fin 3 p. XIV ☻☻☻Note sur l’arme légendaire de LSAVDGADN p. XVII ☻Système de santé, easter-egg, gourdes de vie p. XXI ☻☻Récapitulatif sur les armes p. XXII ☻☻Résumé cryptique p. XXIII ☺☻☺☻Avertissement 3 PEGI5 18 p. XXIII ☺Personnages jouables.lisibles6 p. XXIV LSAVDGADN Deluxe édition
☺Partie 1 p.7 ☻☻Partie 2, p. 45 ☻☻☻DLC1 : DSNLad : I, S p. 177 ☻☻☻DLC2 : (MAhLaD : Iwd) p. 251 ☻☻☻☻ DLC3 : SotE : VdlOSS p. 382 ☻☻☻☻☻DLC finalS termiNALd : ZDE AD : LNr p.934 1 ☻ Et sous-titré « une contribution subjective à l’histoire du transhumanisme ». 2☺Le DLC (DownLoadable Content) propose un contenu supplémentaire au jeu de base, généralement plus court et plus difficile. Annoncé à la sortie du jeu ou payé avec lui sans encore être disponible, il est commercialisé quelques mois plus tard. Cette extension peut influer sur les ventes et sur la note critique finale du jeu, en bien comme en mal. Quand le DLC est prévu dans le jeu de base (dans une version Deluxe ordinairement), l’ensemble prépayé (bundle) coûte un peu moins cher et permet de jouer à l’extension dès la seconde de sa sortie, et parfois au jeu de base quelques jours avant, en « accès anticipé » (early access). 3 ☺L’arsenal, sa quantité d’armes, leur qualité et leur inventivité, est un des principaux arguments de vente d’un jeu vidéo. 4 ☺Le boss final, c’est-à-dire l’ultime patron, est le dernier obstacle que le joueur doit affronter pour terminer sa quête, toutes ses missions, et accéder à la fin du jeu. 5 ☺Pan European Game Information (PEGI) est un système d’évaluation européen dont l’objectif est de permettre aux consommateurs (en particulier les parents) de s’informer sur l’âge minimum requis afin d’avoir le droit de jouer aux jeux vidéo proposés par le commerce. 6 Modélisation 3D effectuée par Mamoste Dîn.
II
Niveaux d’invasion : ☺Remarques introductives sur les trois niveaux d’invasion et de compréhension de LSAVDGADN : ☺1. Ces niveaux peuvent surgir subitement et agressivement dans la conscience du joueur.lecteur pendant son exploration du jeu.livre. ☺2. Les niveaux d’invasion 1 sont fortement déconseillés à ceux qui veulent traverser LSAVDGADN en modes très facile ou facile7. ☻3. L’exploration des niveaux d’invasion 2 peut être, du point de vue de la « dialectique quantitative officielle »8, « compliqué » pour ceux qui veulent jouer.lire d’emblée en mode normal ou même difficile. Ces niveaux ne seront cependant pas particulièrement signalés. ☺Interface 1, fonction des smileys : Les invasions de niveau 1 seront signalées au minimum par un ☻. Les modes très facile et facile sont balisés par des ☺. A partir de maintenant, les joueurs.lecteurs dont le cerveau a opté pour un de ces deux modes peuvent suivre uniquement, ou partiellement, les ☺9. ☺Sur le fonctionnement des modes, voir p. VIII ☺Sur l’interface des smileys, se reporter aussi p. XI 7 ☺La possibilité de varier le niveau de difficulté d’un jeu est une demande fréquente. Les souls-like désignent un modèle de jeu très rigoureux où cette demande est rejetée : ils ne proposent qu’un mode : le difficile. Hidetaka Miyazaki, concepteur de Dark souls, Sekiro, Elden ring, etc., est considéré comme l’inventeur et le maître incontesté du souls-like. 8 ☺☺☺Sur cette expression, voir Tuto p. XIII 9 ☺☺☺Note sur les notes : les joueurs.lecteurs en mode facile ou normal que les notes insupportent, peuvent les appeler a) des textos, b) des posts ou c) des tweets : je veux dire des trucs qui viennent relancer, préciser, commenter, développer, nuancer, contester, corriger, interrompre (bref, des notes).
III
☺Niveau d’invasion 3/ le 6 avril +78, un écrivain singulier quelconque rend public un ouvrage tout en sachant intérieurement qu’il n’aura pas la possibilité systémique de trouver de lecteurs en grande quantité. Quelques jours après sa publication, le protagoniste s’emmerde devant sa table et son ordinateur, et tente d’engager le dialogue avec deux autres écrivains singuliers quelconques, l’un dans la lumière, l’autre dans l’ombre, afin d’obtenir un avis de chacun. PierreEtienne Lestingois et Abdul El Hind, les deux écrivains en question, commencent par accepter ; un échange de mails s’instaure, puis l’un et l’autre disparaissent comme des fantômes au bout de quelques questions, en lui faisant comprendre qu’il peut aller se faire foutre. ☻Dans le calme du grand amateur de Lao Zi, le protagoniste tape sur les touches noires et blanches plastifiées de son ordinateur en observant des cerisiers en fleur par la fenêtre : il écrit ce qui lui passe naturellement par la tête dix jours durant et relit chaque soir au moins un chapitre de Simulacres de Philip K. Dick. Un an et demi plus tard, une fois le développement de LSAVDGADN quasi terminé, au moment d’en remettre la version bêta10 au studio de production marseillais Aqeb Naru, le protagoniste considère que son jeu.livre n’est pas clos pour autant. À son habitude depuis qu’il est un petit enfant, il laisse à sa manière la porte entrouverte aux deux autres écrivains « censés » avoir des points communs avec lui. 10 ☺Dernière version d’un jeu avant la commercialisation. La version alpha est celle du futur produit encore en cours de développement. Elle est parfois proposée en accès anticipée.
IV
☺Niveau d’invasion 2/ un adolescent est tout seul dans sa chambre et se fait chier dans sa présumée famille, qui passe sa vie scotchée sur son téléphone et/ou devant la télé. L’adolescent a envie de jouer. Il allume son Asus Strix Rog portable et, après la lecture des commentaires exigeants de deux autres joueurs et leur déploration très persuasive de ne trouver que des jeux trop faciles, abêtissants ou commerciaux sur Steam11, il propose sur Discord12 et sous pseudo aux deux commentateurs, Sun4Ever et EvilDark, de jouer à Nioh I ou II13, mais cette fois en mode multijoueur14. Au bout du quatrième boss, Sun4Ever et EvilDark quittent le jeu tour à tour pour un autre (The Last of us, partie 115) que L21 trouve nullissime16 ; et, de rage, les joues rouges et près de pleurer, il pète sa manette avec la gorge nouée (ragequit). ☺Cependant, L21 ne supprime pas les contacts Discord avec Sun4Ever et EvilDark, au cas où ils le recontacteraient. ☻Niveau d’invasion 1/ seul aux toilettes depuis un certain temps, un petit enfant fait caca. On lui a demandé d’insister, même si ça ne venait pas, puis on 11 ☺Steam est l’équivalent de Netflix pour les jeux vidéo. Un amateur peut y trouver presque tous les jeux disponibles dans le commerce. D’autres plateformes (Ubisoft, gog.com Epic Games) proposent des exclusivités pour survivre et concurrencer cette sorte de monopole vidéoludique avec le problème supplémentaire à résoudre que Steam est une excellente plateforme. 12 ☺Equivalent de Facebook pour les joueurs : vaste forum destiné à des conseils, des tutos, etc. 13 Jeux difficiles du genre souls-like développés par la Team Ninja. 14 ☺Il existe deux modes multijoueur, l’un où l’on collabore nommé « coop » et l’autre où on s’affronte nommé « PvP » ou « JcJ ». Liés l’un à l’autre, ces modes donnent des jeux « massivement multijoueur » où il s’agit de collaborer pour affronter des communautés plus importantes. Dans les multijoueur de type « survie » ou de type « battle royale », les alliances sont nulles ou fragiles et c’est chacun pour sa peau. 15 ☺Jeu de zombie très populaire de 2013-14 dont l’intrigue a, en 2023, l’année de sa remastérisation, servi de trame à une longue série plébiscitée sur Netflix. 16 ☺« Une supercherie, un jeu à couloirs ennuyeux, bavard et laid, un recopiage au marqueur usé de Resident Evil 4. Si vous voulez du bavard inspiré, allez plutôt du côté de Witcher 3 ou Cyberpunk2077 !! »
V
s’est éloignés vers le salon d’où provient un brouhaha de télévision, en laissant la porte entrouverte. Une fois qu’il a fait, le petit enfant appelle, crie puis propose aux deux membres a priori de sa famille, un type moustachu très sombre et une jeune femme lumineuse souriante, d’admirer le résultat, ensuite qu’ils jouent joyeusement tous les trois avec le caca. ☻Les deux membres a priori de la famille sont heurtés et scandalisés ; la femme forme un « o » majuscule avec ses lèvres et souffle une onomatopée réprobatrice, l’homme fixe le petit enfant intensément avec des yeux de braise et le sourcil ombrageux tout froncé. Ils torchent et rhabillent l’enfant, puis ils tirent la chasse avant de refermer la porte. ☺Avertissement 1 : En cas d’invasions régressives de niveau 1, toujours signalées au public dans la Partie 1 du jeu.livre par une interface adaptée afin de ne pas créer une angoisse trop forte ou un vertige inédit – et dans la perspective de ne pas perdre ou noyer l’amateur novice qui veut essayer la Partie 1 de LSAVDGADN en mode facile ou très facile – le joueur.lecteur est très cordialement convié à sauter plusieurs pages et à continuer de suivre l’interface qui a été prévue pour lui afin de faciliter son confort de lecture et l’accès du jeu au « plus grand nombre possible ». ☻Remarque 1 : la différenciation en modes et en niveaux pour évoluer n’est pas propre aux jeux vidéo, VI
Sang chaud Fanny Lallart
Le livre comprend une interview avec l’autrice menée par l’éditrice Clara Pacotte. Fanny Lallart y aborde le contexte dans lequel elle a écrit le livre, sa temporalité
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Extraits des mots de l’autrice :
re i o s ovi r p e tur
ver u o c
« Fanny Lallart écrit des textes de vengeance, de sexe et d’amitiés contre le capitalisme, le smic horaire et ceux qui siègent. Elle aime ce qui coupe, les essaims de guêpes chez les bourges et tuer ceux qui la tuent.» (4ème de couverture provisoire)
mot-clés : vengeance, capitalisme, lesbienne, sexe, poésie, travail, écriture,
« Si je réfléchis aux conditions matérielles de mon écriture, je peux dire que ces textes ont tous été écrits dans les interstices du reste. À savoir des autres jobs, ceux qui permettent de gagner de l’argent. C’est pour ça qu’ils sont courts, hétérogènes, morcelés. La langue est façonnée par les conditions économiques à travers lesquelles elle naît. Un jour peut-être, j’aurai l’espace et le temps d’écrire un grand roman. » « Je pense que le sexe lesbien n’est pas fondamentalement anticapitaliste. Ça ne m’intéresse pas d’essentialiser ces dynamiques politiques à travers des identités. Par contre, il peut l’être et ça fait partie de son histoire. Le sexe lesbien est un espace qui ébranle la famille en tant qu’institution, il a une histoire de la réapropriation, de la re-définition des rôles genrés de domination, il se pose la question de comment ne pas laisser le capitalisme exploiter notre sérotonine. »
Couverture sur papier texturé. 160 pages
Un recueil acerbe et doux à la fois où les contradictions dans lesquelles se font l’écriture ont toute leur place. Entre désirs charnels et désirs de violence, lassitude et force du commun, ces textes abordent avec sincérité ce qui dans le quotidien actuel donne envie de détruire les structures de pouvoir.
13,5x19 cm ISBN 978-2-9575104-4-3 13 € Premier tirage : 500 exemplaires Parution : novembre 2025
Sang chaud
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Fanny Lallart
Fanny Lallart vit et travaille à Marseille, elle est autrice et éditrice aux éditions Burn~Août. Elle écrit des textes courts, qui sont parfois des poèmes, à travers une perspective féministe et anti-capitaliste. Son économie fragile et opportuniste s’additionne de subventions occasionnelles, de jobs alimentaires et des étrennes de sa grand-mère. À ce jour, rassembler des personnes qu’elle aime autour d’une table, d’un lit ou d’une imprimante est ce qui lui semble le plus censé à faire. extrait du texte Situation inter-espèce :
Mais Oreo trouve une punaise dans mon canapé convertible laissant présager que les objets sont plus à craindre que les images À peine besoin de raconter la suite vous la connaissez déjà je garde la punaise dans une boîte lui donne des goutelettes de mon sang Nous prenons le train vers Paris mon amie Emma, la punaise et moi partageant un objectif commun celui de ne pas mourir Neuf euros et cinquante centimes le prix à payer pour un café et le parachutage de ma punaise sur le velour épais de la banquette du Bourbon Je tue ceux qui me tuent je fais des rêves simples vous savez
extrait 2, Prétentieuse : Je te regarde. Tes mains tripotent compulsivement les élastiques de ton masque. Le genre de geste que les gens font maintenant. Je te dis qu’avec les policierxes, les militaires, les gardes frontières, les agentxes de sécurité ferroviaire, les contrôleureuses, les gendarmes, les banquierxes, les promoteureuses, les notaires, les responsables marketing, les managereuses, les négociateurices, les députéxes, je n’ai jamais fait l’amour. Tu trouves ça prétentieux et j’ai envie de toi.
extrait du texte Nager dans les eaux troubles des lendemains : Depuis ce matin, je pense à toi l’été dernier quand tu me tirais à travers le chemin. Les cheveux fous, une vieille roulée à la bouche, un T-shirt gris le col tout détendu, visiblement trop grand pour toi. Tu m’as fait pénétrer dans les allées d’un immense champ de maïs OGM, le soleil tapait et t’étais super excitée. Tu t’es mise à me rouler une grosse pelle, à me chauffer avec ta langue. Ta langue dans mon cou, dans mon oreille, le long de mon torse. Je récupérais les gouttes de sueur de ton dos dans mes paumes et c’était bon de nous sentir brûlantes. Tu m’as dit : J’arrive pas à jouir debout. J’ai trouvé ça honnête. Alors tu t’es agenouillée devant moi et t’as commencé à faire glisser tes doigts entre mes lèvres humides, les épis de maïs autour de nous étaient droits, durs, immobiles sur des centaines de mètres. Je me suis mise à respirer dort, à m’agripper à tes cheveux et je t’ai dit : Continue, ou Encore, quelque chose comme ça qui t’a fait comprendre que tu me tenais (t’as toujours aimé quand je devenais suppliante pendant le sexe) alors t’as enfoncé un doigt dans ma chatte. Tu t’en es gentiment servi pour trouver la chose à l’intérieur — le caillou, l’insecte mort, la poussière — qui me chatouillait jusqu’à me faire mal, jusqu’à me faire gémir et tu l’as sorti pour me soulager. Tu t’es essuyé les mains pleines de mouille et de sang sur
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les feuilles. J’étais complètement stone, les jambes tremblantes, à cause de l’endorphine et peut-être des pesticides. C’est vrai que ça faisait bizarre de jouir sur ses deux pieds, en détresse sans avoir nul part où s’appuyer. On s’est accroupies juste là et on s’est enlacées, le temps de retrouver notre souffle. Ce matin, une année exactement est passée et je suis revenue sur le lieu de notre balade. Le champ de maïs est totalement sec, les épis, minuscules, n’ont pas eu assez d’eau pour se développer. À côté, un champ de tournesols a subi le même sort. Ses fleurs fanées regardent vers le sol, comme pour chercher à comprendre ce qu’il se passe dans la terre, au niveau de leurs racines. Cet été, le plus sec enregistré en France depuis 1961, me donne la sensation paralysante que tout s’empire. Je sens l’air chargé autour de moi. Lourd de toute cette eau qui n’est pas tombée et du bad qui se prépare. La situation produit beaucoup d’angoisse, et c’est difficile de ne pas la laisser devenir le prisme à travers lequel tout regarder. Se projeter dans quelques mois, quelques années, sans se laisser complètement engloutir par la peur et le désespoir devient un exercice complexe, quand de plus en plus, mes pensées avant de m’endormir ressemblent à : quelles sont mes chances de survie ? Ou même : jusqu’à quelles conditions peut-on accepter de continuer à vivre ? Je regarde des dizaines de reels défiler sur Instagram, une pratique quasi quotidienne de dissociation. Parfois, certains contenus sont en lien avec la crise climatique et traitent le sujet selon les modalités propres aux reels : un marketing visuel exploitant l’idée du gran- diose, de la curiosité et du tips. « Quand je veux quand même hug ma femme mais qu’il fait trop chaud », « 5 lieux atypiques qui ont ressurgi avec la sécheresse eu Europe », « Faire cuire une pizza surgelée sur le capot de sa voiture », « 10 endroits incroyables à voir avant que l’eau les engloutisse ». Mais autour de moi, il n’existe pas de représentations de ces champs desséchés comprenant les réalités politiques et affectives
qu’ils recoupent. Les narrations médiatiques et officielles se construisent pour minimiser la violence systémique qui est à l’œuvre. Elles isolent les événements les uns des autres, nous coupent de la possibilité de lier les choses entre elles et de les concevoir comme plusieurs maillons d’une chaîne de réactions issues d’un système politique. Elles spectacularisent la crise, en se concentrant sur des évènements particulièrement impressionnants, les incendies ou les inondations, elles nous placent dans une position de spectateurices passifxves, impuissantxes. Et bien sûr, certains récits n’existent pas. Certaines histoires ne sont jamais racontées. Certaines histoires sont enterrées.
extrait 4, Amen : Les heures bénies du dimanche payées triple
extrait 5, Oreos double crème : C’est la journée mais il fait nuit. Peut-être parce que c’est l’hiver. Tu me rejoins à Stalingrad, ton visage très proche fait de la buée sur le mien, tout est gelé autour de nous sauf les moteurs des voitures et nos deux corps. Je voudrais qu’on soit nues. Je dois retirer de l’argent que je n’ai pas, je marche vers le distributeur sur le trottoir d’en face, tu mets ta main dans la poche arrière de mon jean et agrippe mes fesses, on avance, je fouille, je trouve ma carte bleue pendant que tu trouves le trou dans ma poche et passe un doigt à l’intérieur, l’index, accède à ma peau, me caresse, monte et descend le long de ma raie, me titille le cul, me tapote la vulve je sens que ça touche à chaque pas. Je tiens ma carte d’une main et ton dos de l’autre, on traverse la rue. Je rentre ma langue dans ta bouche et tu rentres ton doigt dans mon sexe et je rentre la carte dans la fente du distributeur. Le sexe trempe sur place. Le métro aérien rempli de gens comme
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nous mais pas comme nous passe dans un sens, puis dans l’autre, le poids de ton corps derrière moi m’écrase contre la machine, entre toi et moi, juste ta main ferme et souple comme une gaine en plastique. Le sol qui tremble, ta bouche ventouse contre ma nuque inclinée, ton bassin qui avance et recule par accoups, mon pieds droit qui s’enroule derrière ta jambe, mon doigt qui fait mon code ton doigt qui glisse entre mes lèvres comme le doigts de la banquière quelque part dans l’immeuble qui glisse sur la roulette de sa souri, qui la tapote et la fait descendre cran par cran, la fait rouler, pendant quelques secondes, ne la fait rouler que pour le plaisir de la sentir passer sous son doigt précis, la tension et le relâchement du cran en silicone qui cède, ce sont des secondes d’absence où les chiffres déroulent sous ses yeux vides, un fourmillement parcours le bas de son ventre quand la couture centrale de son pantalon bleu marine à fines lignes blanches 70% viscose et 30% polyester exerce une légère pression à l’extrémité de son clitoris qui pulse comme si son cœur battait à l’intérieur, qui pulse à ne plus en pouvoir quand la petite membrane toute douce de la roulette s’enfonce dans la souri et le périnée réactif se contracte. C’est comme ça que tout devient humide, sa chaise de bureau, les stylos, les dossiers dégoulinent de mouille, les murs de la pièce transpirent, l’immeuble entier suinte, je me sens comme cet immeuble. Nos baves se mélangent, je cambre mon dos comme une petite garce, mon cul cogne contre ton os pubien, devant moi : l’écran de la banquière avec les mêmes chiffres flous et le sol qui n’en finit pas de vibrer je voudrais m’agripper mais tout est tellement mouillé, tout glisse, j’ai des fourmis dans le corps pendant que la bouche du distributeur avale, puis recrache, puis avale définitivement ma carte bleue. Ma carte, la roulette de sa souris, et nos sexes sont maintenant quelque part dans l’épaisseur abstraite et solide de ce mur, cet immense mur infranchissable. Je les vois entre nous, lubrifiés, gorgés de sang, qui se frottent et font des étincelles puissantes. Je me dis : Putin je vais mettre le feu à la banque avec mon sexe. Tu me serres le ventre, tout brûle, je gémis.
Par terre, il y a un éclat de miroir dans lequel je ne vois qu’une partie de mon visage. Je dis : J’aimerais passer ma vie à lire des livres, contempler le vide et manger des oreos double crème. Aucune de ces activités ne rapportent de l’argent.
extrait du texte Qui peut ? : Le sang du premier type se vide sur le tapis, imbibe l’épaisseur duveteuse. Tout se gorge comme une éponge. Y’en a de partout, pourtant ça me gène de rentrer avec mes chaussures pleines de terre. C’est comme ça qu’on m’a appris à être une fille respectable j’imagine : ne salis pas, ne laisse pas de traces, renforce l’imperméabilité des espaces entre eux. Alors je m’essuie machinalement les pieds à chaque passage entre le jardin et le salon. Comment tu peux buter des gens et avoir un surmoi aussi présent ? Tu me demandes encore. La poésie, c’est une façon de noter les contradictions. Tu vois les choses qui frottent entre elles, les dissonances et les heureux hasards qui n’ont pas encore de noms. Ta matière première est le silence. Moi, je raconte des histoires. J’écris des situations que j’ai vécues et je vis des situations pour les écrire. Ça faisait des mois qu’on préparait notre affaire. Faire le ménage pour les bourges vous apprend beaucoup de choses sur leurs agendas : leurs départs en vacances et leurs réunions. Ils vous donnent les clefs des villas, pensent que parce qu’ils vous paient légèrement plus que la moyenne et que vous êtes blanche, ils peuvent vous faire confiance. Avoir la confiance d’un riche qu’on veut trahir, c’est avoir du pouvoir. On possède quelque chose de lui, alors qu’il pense tout posséder de nous. Mordre la main qui nous nourrit, ça s’apprend. C’est là où je veux en venir, mais revenons d’abord à cette maison dans le sud de la France.
É DIT IONS LURLURE PARUTION NOVEMBRE 2025 LE FOUET DE L’ÂME OU LE RIRE ÉDIFIANT Collectif Traductions et notes de Bertrand Rouziès-Léonardi Préface de Pacôme Thiellement Édition bilingue illustrée Collection : Poésie Prix : 21 euros Format : 14 x 21 cm Nombre de pages : 208 ISBN : 979-10-95997-69-6 > Un petit cabinet médiéval de curiosités poétiques méconnues > Des poèmes d’une liberté de ton, d’un humour et d’une modernité surprenantes LE LIVRE Écrits entre le XII e et le XV e siècles, les poèmes, de formes diverses (fable, fatras, farce, poème dialogué...) qui composent ce « cabinet de curiosités », témoignent d’une liberté de ton, d’un humour et d’une modernité qui justifient leur réunion en recueil : Jean Bodel, trouvère touche-à-tout, attentif aux récits populaires et à l’argot des truands, écrit dans une langue proche de l’oralité les besoins d’une femme sexuellement insatisfaite, à la recherche du plaisir ; Raimondin et Watriquet de Couvin, ménestrels méconnus, aux Fatras pleins d’un humour absurde et scabreux, annoncent déjà le surréalisme et presque Hara-Kiri ; Eustache Deschamps, poète extraordinairement productif, est l’auteur d’une farce qui brocarde les avocats ; quant à l’auteur anonyme de l’Isopet II de Paris et sa version du « corbeau et du renard », il reprend Ésope cinq siècles avant La Fontaine ! Enfin, Le Monologue du franc-archer de Bagnolet, farce également écrite par un auteur anonyme, est une pièce que Rabelais connaissait par cœur. Le traducteur, Bertrand Rouziès-Léonardi, est docteur en littérature médiévale et reconstituteur. Il a notamment publié aux éditions Lurlure une nouvelle traduction de Trubert (2019), le plus long fabliau de la littérature française, et, en 2022, des Cent ballades d’amant et de dame, de Christine de Pizan, deux traductions saluées par la critique. Ce recueil est accompagné d’une préface de Pacôme Thiellement, essayiste et vidéaste, auquel nous laisserons le dernier mot : « Le livre que vous avez entre les mains est une bombe. Tout simplement. »
DIFFUSION/DISTRIBUTION SERENDIP LIVRES
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EXTRAIT 1
Comment le renard abusa le corbeau qui mangeait un fromage Fable anonyme de la fin du XIII e siècle, extraite du recueil L’Isopet II de Paris Un corbeau, qui perchait Sur un arbre, mangeait Un morceau de fromage. Un renard l’avisa. Aussitôt il pensa Lui causer du dommage.
Il moque le corbeau Qu’il a pris en défaut, Disant en son langage : « Ma foi, vous chanterez Mieux, si vous parvenez À ravoir le fromage.
« Ma foi, dit le renard, Je ne vois nulle part Une aussi belle bête Que vous, seigneur Corbeau ! Puissé-je être aussi beau Et de corps et de tête !
Qui croit tout ce qu’on dit, Comme un sot étourdi, Connaît bien des déboires. Il est tant de trompeurs, De rusés flagorneurs Pour vous bercer d’histoires !
Aucun oiseau volant N’est à l’œil plus plaisant, En termes d’envergure. Votre voix en impose Dans l’aigu quand elle ose : C’est dire qu’elle assure. » Le corbeau, l’entendant, S’en trouve bien content. Il s’efforce et s’empresse De chanter haut et clair, Gaiement, faisant le fier ; Voilà qu’il se redresse, Ouvre le bec en grand Pour éclaircir son chant. Le fromage de choir. Au-dessous, le renard S’en saisit sans retard. Il s’en fait un devoir.
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EXTRAIT 2
Raimondin et Watriquet de Couvin, Fatras. Jeux poétiques du début du XIV e siècle
7. (Argument) De chez ma dame obligé de partir, J’en perds la joie et le goût, je le vois. De chez ma dame obligé de partir, J’épouserai saint Pierre le martyr Et quelque idole en plâtre m’en naîtra, Qui me fera le tonnerre engloutir ; Puis au paradis j’irai me blottir, Jusqu’à renoncer à l’amour d’en bas ; Si j’y trouve un ange qui croie en Dieu, Je compte bien à chanter m’enhardir, Si fort que tous diront : « Il rêve, là. » Ne pouvant le doux mal de mort sentir, J’en perds la joie et le goût, je le vois.
22. (Arg.) Le grand attrait, dame, de votre face M’incite à vous servir et bien aimer. Le grand attrait, dame, de votre face A séduit un chat qui quatre loups chasse, Il m’a fait même un tel brouet humer Que j’engendrai Guillaume Fierembrasse, Qui m’envoya poéter sur les places, Si bien que j’appris aux porcs à danser ; Mais voyant l’aïeule de saint Omer À cheval sur la pointe d’une échasse, Je l’envoyai dans l’enfer sermonner Un fol à convertir qui, de sa masse, M’incite à vous servir et bien aimer.
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REVUE DE PRESSE CENT BALLADES D’AMANT ET DE DAME de Christine de Pizan (Lurlure, 2022) « Cette nouvelle traduction, fluide, harmonieuse, offre une approche du texte particulièrement sensible. » Le Monde des Livres « Les Cent Ballades d’amant et de dame constituent l’œuvre poétique majeure de Christine de Pizan, l’une des premières féministes européennes. L’œuvre vient de paraître dans une nouvelle et très belle traduction de Bertrand Rouziès-Léonardi. » Médiapart « Un monument littéraire dans une nouvelle traduction fait toujours événement. D’autant plus lorsqu’il s’agit d’une si juste restitution en français moderne des Cent ballades d’amant et de dame de Christine de Pizan. » Europe
* TRUBERT de Douin de Lavesne (Lurlure, 2019)
« Traduit très lestement et rimé malicieusement par Bertrand Rouziès-Léonardi, le Trubert de Douin de Lavesne se lit au petit trot. Animé d’un souffle picaresque que rien ne semble pouvoir entraver, cocasse cruel, culotté. » Claro, Le Clavier cannibale « Comment un péquenaud commence par aller vendre sa vache en ville et finit par épouser un roi. Trubert, gros fabliau ou court roman en vers du XIII e siècle, est un ovni médiéval à l’humour ravageur. » Libération « Dans son fabliau Trubert, le révolté Douin de Lavesne se révèle un artiste surréaliste et dadaïste avant l’heure. » En attendant Nadeau
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É DIT IONS LURLURE PARUTION MAI 2022
CENT BALLADES D’AMANT ET DE DAME Christine de Pizan Nouvelle traduction de Bertrand Rouziès-Léonardi Préface de Dominique Cochet et Pascal Maillard Édition bilingue Collection : Poésie Prix : 22 euros Format : 14 x 21 cm Nombre de pages : 244 ISBN : 979-10-95997-44-3 Une nouvelle traduction du chef-d‘œuvre de Christine de Pizan, considérée comme l’une des premières féministes de l’Histoire
LE LIVRE Les Cent ballades d’amant et de dame, chef-d’œuvre de la poésie courtoise narrative, en sont peut-être aussi le tombeau passionné. En effet, en ce début de XVe siècle, la fin’amor, devenue archétype littéraire, sort émoussée de l’épreuve des champs de bataille et de la misogynie cléricale. Dans une société aristocratique obsédée de guerre, la femme, en dépit des célestes perfections que l’homme lui prête et de la fidélité absolue qu’il dit lui vouer, est de ces sanctuaires qu’on profane, de ces divinités qu’on trahit, entre deux expéditions militaires. Plus de deux siècles après son émergence en tant que discipline de mœurs et de mots, la courtoisie s’altère en galanterie, ce jeu cruel de collectionneurs plus préoccupés de nobles proies à inscrire à leur tableau de chasse que d’unisson des cœurs et des corps. C’est dans ce cadre que Christine de Pizan “prend en route”, comme on se lance un défi, une relation amoureuse déjà bien entamée, sur fond de harcèlement courtois. La dame qui cède ne le fait pas sans livrer à son tour bataille contre des mots, contre des procédés éventés qu’elle impose à son amant de renflouer en actes, avec ce fol espoir, dans sa résistance comme en ses abandons, de reconstruire une éthique du désir :
DIFFUSION/DISTRIBUTION SERENDIP LIVRES / PAON DIFFUSION
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« Je ne sais pas ce qu’est l’amour ; quant à l’apprendre, Je ne le veux pas plus. J’ai l’âme ailleurs fixée. » La présente traduction s’attache à refaire chanter la langue-signature d’une chevalière des lettres, à la fois dépouillée et taillée sur le patron des inflexions du sentiment, la prose affleurant sous le vers, marque d’une modernité où notre époque saisira le reflet et l’écho de ses propres luttes émancipatrices.
L’AUTEURE Christine de Pizan, née en 1364 à Venise et morte vers 1430 au monastère de Poissy, est une philosophe et poétesse italienne. Elle est considérée comme la première femme de lettres de langue française ayant vécu de sa plume et comme l’une des premières féministes de l’Histoire. De fait, alors que 98 % des femmes de son époque étaient analphabètes, elle dut, veuve et démunie, gagner sa vie en écrivant. Elle n’a jamais hésité à se servir de sa plume pour se porter à la défense de son sexe, pointant notamment les préjugés misogynes les plus tenaces, souvent issus de « grands » textes littéraires (le Roman de la Rose) ou basés sur le discours de l’Église. C’est une auteure prolifique, qui compose des traités de politique, de philosophie, et des recueils de poésies. On lui doit, entre autres, Cent ballades d’amant et de dame et La Cité des dames, ouvrage incontournable des études féministes actuelles.
LE TRADUCTEUR Le traducteur, Bertrand Rouziès-Léonardi, est docteur en littérature médiévale et reconstituteur. Il a notamment publié aux éditions Lurlure une nouvelle traduction de Trubert (2019), le plus long fabliau de la littérature française.
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EXTRAIT 1
LA DAME (II) Je ne sais pas ce qu’est l’amour ; quant à l’apprendre, Je ne le veux pas plus. J’ai l’âme ailleurs fixée. Aussi, ce serait vain pour vous que de m’attendre. Je vous le dis : ôtez-le-vous de la pensée ; Je n’en vois l’intérêt. Toute dame rejette un tel amour, au vrai, Si l’honneur la conduit. N’en soyez pas penaud, Car pas plus vous qu’un autre en mon cœur ne prévaut. Et contre un tel amour, j’entends bien me défendre. Je ne courrai pas, Dieu merci, tête baissée Enfiler le collet où d’autres vont se prendre, Comme on le voit souvent. Je m’en suis bien passée – Le bien que cela fait ! –, Et ce depuis longtemps, et je m’en passerai, Qu’on m’en parle par lettre ou dans un petit mot, Car pas plus vous qu’un autre en mon cœur ne prévaut. Cette réponse est tout ce dont je sais me fendre. Plus un mot là-dessus. Vous me voyez lassée De votre bavardage. Allez donc entreprendre Quelqu’un d’autre. Requête à jamais repoussée. Et qui s’enhardirait Ferait grande folie. Aussi bien me déplaît Ce genre d’amour. Nul ne me prendrait d’assaut, Car pas plus vous qu’un autre en mon cœur ne prévaut. N’y pensez plus, je vous l’affirme de nouveau, Car pas plus vous qu’un autre en mon cœur ne prévaut.
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EXTRAIT 2
L’AMANT (VII) Même si je ne suis pas aimé, Que sur vous plane un si noir nuage, Mon cœur est à ce point arrimé À vous que pour toujours, à tout âge, Je serai vôtre – raison ou rage, Que m’importe –, ma belle maîtresse. Je récolterai dans ce servage Vie ou mort, allégresse ou détresse. Il ne faut pas qu’Amour soit blâmé D’avoir reçu de moi quelque hommage, Ni moi pris pour fol ou diffamé, Car cela m’est un grand avantage D’embrasser un si doux vasselage, Où de tous biens je trouve l’adresse. Vous me donnez en plus en partage Vie ou mort, allégresse ou détresse. Mais j’espère encore être nommé, Malgré votre attitude sauvage, « Ami », par vous-même proclamé Tel, et sur vos yeux, votre visage Déposer des baisers, belle et sage ; Que Dieu m’en avance la promesse, Car j’éprouve, sous votre bailliage, Vie ou mort, allégresse ou détresse. Princesse, où mon cœur est mis en gage Et qui mène mes actions en laisse, Qu’aurai-je donc en lieu d’héritage, Vie ou mort, allégresse ou détresse ?
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ÉDI TI O N S L U R L U R E 7 rue des Courts Carreaux – 14000 Caen tél. 06 78 54 53 82 – contact@lurlure.net – www.lurlure.net
PARUTION OCTOBRE 2019
VISUEL PROVISOIRE
Douin de Lavesne
Trubert
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TRUBERT Douin de Lavesne Traduction, présentation et notes de Bertrand Rouziès-Léonardi Genre : LITTÉRATURE / POÉSIE Collection : Poésie / Littérature Prix : 18 euros Format : 15 x 21 cm Nombre de pages : 188 pages ISBN : 979-10-95997-22-1 9 791095 997221 >
> Le fabliau le plus long de la littérature française > Première traduction en vers en français contemporain LE LIVRE / L’AUTEUR Il était une fois un jeune homme naïf et un peu sot du nom de Trubert. Il vivait paisiblement dans une forêt avec sa mère et sa sœur. Un jour, il lui prend envie d’en sortir. Le motif ? La quête d’une pelisse pour sa sœur, que ses hardes misérables empêchent de trouver un mari. À partir de la vente d’une génisse par Trubert s’enclenche une suite d’évènements qui subvertissent ces prémices gentillettes. Le fabliau s’emballe, lorgne vers le roman parodique, voire le pamphlet, à mesure que son héros déploie, au détriment de tous ceux qu’il rencontre (seigneur, chevaliers, commerçants...) un caractère et un comportement à la fois farcesque et maléfique. Ce poème inclassable, écrit à la fin du XIIIe siècle par un trouvère dont on ne sait rien, est une sape infernalement drôle qui bat en brèche toutes les valeurs auxquelles est adossée la société de ce temps. La violence extrême, réelle ou symbolique, y devient une forme d’art qui, par son systématisme et son apparente gratuité, anticipe de plusieurs siècles certaines performances dadaïstes et surréalistes. Le Moyen Âge décrit dans Trubert est rarement montré – et pour cause : il fait sauter une à une les aiguillettes de l’imagerie d’Épinal, dans un bas-les-masques carnavalesque implacable. Toutes les fins de règne – y compris les plus actuelles – y trouveront un reflet d’elles-mêmes fort ressemblant.
DIFFUSION/DISTRIBUTION SERENDIP LIVRES 10 rue Tesson – 75010 Paris – contact@serendip-livres.fr Tél. 01 40 38 18 14 – www.serendip-livres.fr
POÉSIE COLLECTION AU CŒUR N°6
La République des Mères Si tendrement que ça les blesse
Douces fantômes qui sont restées éveillées avec leur bébé pendant toute la nuit agenouillées devant les souillures et les saintes guenilles du corps si tendrement que ça les blesse. Qui se lèvent dans la lumière grise pour arpenter les rues mouillées – leur petit ange à la dérive dans les eaux saumâtres du sommeil – ou qui sanglotent derrière des pare-brises voilés de pluie portant leur amour comme un manteau d’hiver un bébé somnolant dans le siège à l’arrière. Qui sont seules sans jamais être seules
Un passeport poétique pour la maternité La République des Mères est un recueil de poésie bouleversant qui explore l’expérience intense, souvent ambivalente, de la maternité. Liz Berry donne voix au corps éprouvé des femmes, à la fois sanctuaire de la vie et lieu de douleur. De poème en poème, elle dresse le portrait de ce qu’est la maternité : un vaste territoire où se retrouvent les mères, une république puissante, où s'entrelacent extase, épuisement et profonde transformation.
Traduction Alice Braun & Claire Hélie Affiche typographique Audrey Voydeville
Liz Berry (1980-) Née en 1980, Liz Berry est une poétesse britannique et autrice de recueils salués par la critique tels que Black Country (Chatto, 2014) ; La République des Mères (à paraître aux Prouesses, novembre 2025) ; The Dereliction (Hercules Editions, 2021), une collaboration avec l’artiste Tom Hicks ; et plus récemment L’enfant placée [The Home Child (Chatto, 2023)], un roman en vers à paraître aux Prouesses en 2026.
prix : 10 € parution : novembre 2025 150x210 mm, 36 p. ISBN : 978-2-493324-15-3
Visuel de couverture de l'édition originale
FICTION COLLECTION AU CŒUR N°1
POÉSIE COLLECTION AU CŒUR N°2
Éclairage Sophie Cœuré Traduction du Russe Arthur Hugonnot Affiche détachable Irène Tardif
Traduction de l’espagnol (Pérou) Patricia Houéfa Grange Affiche détachable Audrey Voydeville
Une nouvelle inédite de science-fiction écrite en 1922 par Alexandra Kollontaï, figure pionnière des révolutions russes. Un ovni littéraire détonant et incroyablement visionnaire.
Le Comando Plath est un collectif d’autrices et d’artistes péruviennes. Ces cinq manifestes sont des cris de guerre, poétiques et jouissifs, qui font trembler les murs du patriarcat.
prix 10 € parution octobre 2024 150x210 mm, 36 p. ISBN 978-2-493324-06-1
prix 10 € parution octobre 2024 150x210 mm, 36 p. ISBN 978-2-493324-07-8
POÉSIE COLLECTION AU CŒUR N°3
ESSAIS COLLECTION AU CŒUR N°4
Chœur Tahnee Traduction de l'anglais Collectif Cételle Affiche détachable Maya Mihindou
Perspective Émilie Notéris & Florence Andoka Traduction de l’anglais Marie Chuvin Affiche détachable Audrey Voydeville
Audre Lorde conçoit ce poème en 1979 comme un outil de travail collectif, pour favoriser les discussions entre femmes Noires et hommes Noirs, après la mort de douze femmes Noires à Boston cette même année. prix 10 € parution février 2025 150x210 mm, 36 p. ISBN 978-2-493324-09-2
Ce recueil rassemble deux discours pionniers d'Adrienne Rich qui interrogent les dynamiques des luttes féministes et LGBTQIA+, depuis les années 70 jusqu’aujourd’hui. prix 10 € parution février 2025 150x210 mm, 36 p. ISBN 978-2-493324-10-8
La collection Au Coeur
La collection a été conçue comme une plongée inédite dans l’œuvre d’écrivaines, poétesses et essayistes, pour en révéler un aspect saillant, novateur ou peu connu. Les textes choisis s’inscrivent dans l’histoire du féminisme et plus largement, des luttes sociales : ils invitent à tisser des liens entre le passé et le présent. Autrices pionnières et contemporaines y conversent par écrit. Les voix se mêlent pour faire chœur. Chaque ouvrage recèle en son cœur une affiche détachable, illustrée ou typographique, créé sur-mesure par une illustratrice ou une graphiste. Chaque titre est un objet de collection : une maquette astucieuse, des couvertures dont le radiant décale un peu le regard, des tons directs profonds et fluos pour faire éclater les idées, un dégradé qui rappelle que les couleurs – comme les idées - se diffusent et se mélangent pour en créer de nouvelles. La collection Au Cœur est publiée avec le soutien de la Région Sud.
Jeux de Pouvoir
Poésie
une élégie pétulante sur le couple et ses subtils jeux de pouvoir.
un recueil paru la première fois en 1971 : une oeuvre poétique dont les thèmes préfigurent les romans de atwood.
If I love you, is that a fact or a weapon ? / Si je t’aime, est-ce un fait ou une arme ? Margaret Atwood passe au crible la relation amoureuse, ses rapports de pouvoir et ses affrontements, entraperçus dans les gestes du quotidien et les œillades en coin. Elle est douce-amère, acidulée, pétulante, surréaliste et manie avec simplicité une plume tantôt sensuelle, tantôt hallucinée.
16 € / 96 p. / 14 x 16,5 cm tirage : 2000 ex. parution : novembre 2024 isbn : 978-2-493324-08-5
• un éclairage cru sur les rapports de pouvoir dans un couple hétérosexuel
• un recueil inédit en france, par l’une des grandes écrivaines d’aujourd’hui • un manifeste poétique et féministe,
Margaret Atwood (1939-) Née à Ottawa en 1939, Margaret Atwood est une autrice prolifique – fiction, poésie, essai critique – internationallement reconnue pour La Servante écarlate, publié en 1985 puis adapté en film et en série. Traduite dans une cinquante de langue, elle est l’une des grandes écrivaines de notre époque. À l’image de son œuvre romanesque, sa poésie est résolument féministe et politique.
illustré par diglee
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Extrait Ils sortent au restaurant
Tu flânes dans la rue sous la pluie, ton visage se dissout, change de forme, les couleurs se mélangent
Au restaurant, nous nous disputons pour décider qui paiera tes funérailles
Mes murs t’absorbent, puis t’exhalent, tu retrouves ton aspect habituel, je ne te reconnais pas
mais au fond il s’agit de savoir si je te rendrai immortel ou non. Pour l’instant je suis la seule à pouvoir le faire donc
Tu es couché sur le lit tu me regardes te regarder, nous ne nous connaîtrons jamais mieux que
je lève la fourchette magique au-dessus du plat de riz frit au bœuf et la plonge dans ton cœur. Quelque chose cède, grésille
nous nous connaissons maintenant
et par ton crâne fendu tu t’élèves, lumineux : le plafond s’ouvre une voix chante Love Is a Many Splendored Thing tu es suspendu au-dessus de la ville en cape rouge et collants bleus, tes yeux clignotent à l’unisson. Les autres clients t’observent, certains avec stupeur, d’autres avec ennui : Parce que tu n’es jamais ici mais toujours là, j’oublie non pas toi mais ton apparence
2
Extrait
Tu me prends la main et soudain je suis dans un mauvais film qui dure et qui dure et pourquoi suis-je fascinée Nous valsons au ralenti dans l’air vicié d’aphorismes nous nous retrouvons près des palmiers en pot tu grimpes aux mauvaises fenêtres Des gens s’en vont mais moi je reste toujours jusqu’à la fin j’ai payé mon billet, je veux savoir ce qui va se passer. Dans des baignoires de hasard je dois te décoller de moi comme une membrane de fumée et de celluloïd fondu Je dois me l’avouer, c’est devenu une addiction, l’odeur du pop-corn et du velours usé persiste pendant des semaines
Impérialiste, laisse les arbres tranquilles, ai-je dit. Inutile : tu marches à reculons, admirant tes propres traces
3
REF : PIPI
par Maxime Vignaud (préface par Marie Navaro)
▶ Collection������������������������������������ 39°5 ▶ Format (mm) ������������������������� 140*205 ▶ Nombre de pages ���������������� 141 ▶ Prix (€) ����������������������������������������� 14 ▶ ISBN ������������������������������������������������� 978-2-493-53405-7 ▶ Parution ��������������������������������������� octobre 2024 À travers ses trajets quotidiens dans les transports parisiens, Maxime décrit ses aventures homosexuelles réelles et fantasmées. On découvre dans ses poèmes ses désirs de vengeance contre la bourgeoisie, la famille, ses explorations diurnes en manif et nocturnes dans les clubs. Maxime écrit un journal en poèmes de ses déambulations urbaines dans lesquelles il explore les recoins de ses désirs. Ses projections romantiques et ses rêves politiques à la périphérie des villes, des normes nous font imaginer une révolution jouissive. L’ouvrage couple deux recueils de Maxime Vignaud, placés tête bêche dans le livre, comme deux revers d’une même pièce, ou comme deux corps qui dorment en cuillère. D’un côté, vous trouverez Les boys et la politrik. Écrit en 2021, le recueil nous plonge dans le flux de pensée de l’auteur alors à peine âgé de 21 ans. Maxime Vignaud nous raconte ses récits de manifs, le sexe avec les hommes qui croisent son chemin, la fête, la ville. Sa poésie est ici un acte ambiguë, il faut tenter de dire tout, avec le moins de mots possible, tenter d’épuiser, non pas un sujet, mais l’acte même de l’écriture. De l’autre côté, vous plongerez dans Pipi champagne. Un ensemble de poèmes écrits entre 2022 et 2024. Ici, on est en prise directe avec la violence du monde et ses effets sur les corps, pourtant rien ne semble pouvoir attaquer le romantisme obstiné de l’auteur. Dans les villes, toujours, se côtoient bourgeoisie ostentatoire et corps pds prolétaires. Comment ne pas écrire alors le désir insatiable de vengeance ? Comment ne pas continuer à croire en l’amour, en ce qui nous rassemble dans un monde qui nous disloque ?
Thèmes abordés : sexualité, homosexualité, homophobie, identités queer, amitié, solidarités, amour, deuil, drogue, dépression, famille, luttes politiques et sociales, rapports d’oppression de classe, survie économique.
Bourgeoisie anale Maxime Vignaud met en son ses textes sur de la musique noise. Dans Pipi champagne, nous avons choisi de rassembler les paroles de ses chansons : Toi je te veux, 10 milliards, Power bottom entre autres. Le nom de son projet musical est Bourgeoisie anale (httpps:// //bourggeoisieanale.bandcampp.com/track/ club-kid-cool-kid-demo) Ouvrages associés : ▶ Dans ma chambre, Guillaume Dustan, POL, 1996 ▶ Los putos, Ioshua, Terasses, 2021 ▶ Néons, Denis Belloc, Les éditions du chemin de fer, 2017 ▶ Anthologie Douteuse, Élodie Petit et Marguerin Le Louvier, Rotolux Press, 2021 Éditions Burn~Août Diffusion/distribution : Paon-Serendip
À propos de l’auteur : Maxime Vignaud vit et travaille à Paris. Il a étudié à l’ENSAPC et a écrit son premier recueil auto-édité de poèmes en 2021, Les boys et la politrik, dans lequel il expose son rapport au sexe, à la politique et à la langue. Il travaille la photographie et joue de la musique noise en live (Satiné Satan avec Céleste Gatier pour Cmptrmthmtcs).
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Crédit photographique : Emile Zeizig
POÉSIE, IDENTITÉE QUEER
PIPI CHAMPAGNE (Maxime Vignaud)
PIPI CHAMPAGNE
Marl Brun, 2023
ROSE2RAGE
Théophyle DCX, 2023
Dans Hot wings and tenders, Marl Brun nous rappelle que chaque infime partie de nos rapports est politique et contient en elle un potentiel de résistance. Son obsession presque coupable pour le chicken frit, son amour inconditionnel des chiens ou même son cul, deviennent les supports poétiques d’une réflexion sur la survie, l’émancipation et la résilience. Elle écrit en anglais à la première personne, puis invite des amixs à traduire oralement ses poèmes en français. Son écriture, d’abord solitaire et introspective, se déploie en une intimité collective au fil de ce premier recueil. Éditions Burn~Août Diffusion/distribution : Paon-Serendip
Présentation de la collection 39°5 39°5 est une température, celle d’une fièvre qui monte ou d’une journée caniculaire, c’est aussi le nom de notre collection. Dans la collection 39°5, nous choisissons de partager des textes écrits à la première personne qui mêlent l’intime au politique dans une perspective fondamentalement queer et féministe. La collection accompagne des auteurices qui n’ont encore jamais été publiéxes et dont le travail questionne, déplace, ébranle nos rapports aux normes sociales et littéraires. Les textes de 39°5 sont brûlants, humides de sueur, ils portent des voix ardentes. Ils tentent d’inscrire dans le paysage littéraire d’autres références, proches de nos réalités et des affects qui les habitent.
Dans ROSE2RAGE, l’écriture de Théophylle Dcx, rythmée, découpée, évoque un besoin urgent de retracer les affects qui le parcourent. De ses danses de survie sur ses tubes d’adolescence jusqu’à l’écoute collective de leurs remix version nightcore des années plus tard, Théophylle Dcx nous fait le récit de son histoire. Il écrit ce que peut être la vie d’une jeune personne queer séropo aujourd’hui : les violences qui la traversent, tout comme les moments de jouissance qui la rendent flamboyante. Son texte est un puissant hommage à Alexandre, son camarade de vie et de danse, décédé un an plus tôt.
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Crédit photographique : Emile Zeizig
REF : PIPI POÉSIE, IDENTITÉE QUEER
Hot wings and tenders
On peut associer ses méthodes à l’écriture automatique, ou à la prise de note. D’ailleurs, Maxime écrit sur son téléphone, un outil toujours dans sa poche. Donc écrire, c’est écrire en marchant, c’est écrire sous l’emprise de la drogue, de l’alcool, c’est écrire en s’endormant dans un bus, en se perdant dans les points lumineux qui défilent derrière la fenêtre trempée. C’est s’amuser, c’est faire des blagues avec les mots, faire de l’auto-dérision, se moquer avec cynisme des vieux bourges et de leurs monde. Écrire, c’est éprouver le sentiment amoureux, se raccrocher à ce qui nous donne de l’espoir. C’est dire son corps désirant à la périphérie des villes, des normes, son corps bandant pour un monde meilleur.
PIPI CHAMPAGNE (Maxime Vignaud)
Maxime Vignaud a grandi à Versailles, mais sans moulures à son plafond. Être issu d’une famille de gauche dans une des villes les plus à droite a certainement forgé sa conscience des rapports de classe et de domination. Après avoir lu G. Dustan, K. Acker, regardé les films de Warhol et écouté les scènes noise française et allemande, il se met à écrire des poèmes au croisement de toutes ces influences. Écrits à la première personne, ses poèmes traduisent une parole située en prise avec les thèmes que nous défendons dans notre collection 39°5 : des identités queers, anticapitalistes, qui s’autodéterminent en inventant leur propre langue. Le livre de Maxime — avec d’autres parus ces dernières années — participe au renouvellement de la tradition du cruising littéraire. Il s’inscrit dans l’histoire d’une littérature qui écrit le sexe pd, le sexe public et queer, comme un assaut des espaces de subjectivation, un assaut des imaginaires politiques. Parfois à la manière d’un journal, on embarque dans ses déambulations. La dispersion est son mode opératoire : de partout, tout le temps, tout attire son attention et son excitation. Sa voix essoufflée qui nous scande ce qu’elle peut de cette course. Sa langue est simplifiée par le besoin d’écrire vite, de saisir ce qui l’habite, le pénètre au moment où il est habité, pénétré, comme la recherche utopique d’un réalisme des affects : comment se rapprocher par l’écriture au plus près de ce qu’on vit ?
EXTRAIT 1
EXTRAIT 4
Beau gosse
Les mots sortent de la bouche
Je vis dans le meilleur des mondes avec le mec le plus beau gosse vous pouvez être jaloux Le but c’est devenir riche organiser des orgies décadentes comme Jacque de Bascher On fait un braquage de la bourgeoisie culturelle on prend l’hégémonie Après on fait fructifier le capital on l’utilise contre eux et on prend les moyens de production Biensur on partage je garde juste un jacuzzi et du champagne
Les mots sortent de la bouche le trou avec les lèvres roses serrées et un peu de poils autour un pétale de rose et y rentrent c’est humide c’est chaud comme la maison Il faut regarder dedans et dehors mais derrière surtout et regarder dans le trou faire de la divination Le vieux parle et il meurt en parlant et moi je l’écoute et il explose et je m’engouffre dans le trou j’explore les murs de la prison et je casse des cailloux et je ressors Fait chier merde il dit et je sors la merde et je sors les enfants et je sors les jouets et je prépare un café
EXTRAIT 2 J’ai appris à voler J’ai appris à voler aujourd’hui avec un ami On a volé et il a sorti sa bite de sa poche et il l’a touché et j’étais content J’ai appris à voler aujourd’hui avec un oiseau On a volé et il a sorti ses ailes de sa poche et j’étais content J’ai appris à voler aujourd’hui avec une pince J’ai volé et j’ai sorti la pince de ma poche et j’ai cassé l’antivol et j’étais content EXTRAIT 3 — CHANSON Power Bottom Tout le pouvoir aux bottoms On se tape tout le boulot Power bottom power bottom On est fièr·es de se faire enculer Ceci est un manifeste Pour tous les bottoms opprimé·es du monde Révoltez vous EXTRAIT 5 Optimisme Le mec bande. Le mec bande sa grosse bite turgescente et fait des moulins avec. Le mec parle avec sa grosse voix et dit des trucs que je comprends pas. Le mec bande dans le train bondé. Je regarde son gros paquet en attendant de rentrer chez moi. Je pense à écrire un livre sur la vie de couple, le mariage, ma liste de course chez Ikea. Je pense à tout ça et je regarde sa bite. Optimisme c’est je sais que le RER s’arrêtera toujours à ma station, même avec la bite du mec dans ma main, même avec les gosses qui pleurent dans le wagon et le mec qui se pisse dessus dans son pantalon de costard trop serré. Le mec avec sa bite descends du RER, trop la classe il prend pas la porte mais la fenêtre, je savais pas qu’on pouvait passer par là c’est trop petit mais bon c’est un superhéros. Ça me gratte à l’entrejambe, ça doit être l’optimisme. Éditions Burn~Août Diffusion/distribution : Paon-Serendip
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Trois typographes en avaient marre Un livre de 64 pages au format 10,5x15 cm. Impression numérique des pages intérieures avec une jaquette de couverture en typographie
Voici la cinquième édition de ce livre mythique de Guy Lévis Mano. Édité une première fois en 1935 et réimprimé en 1967 ce long poème écrit sur le vif décrit l’ambiance de l’atelier et donne à voir, depuis les casses où nous assouvit pas » ne et it rv se as us no ie és « La po gronde la révolte des caractères, la vie laborieuse des typographes et les rapports qu’ils entretiennent avec la lettre et les mots imprimés… En 2011, Philippe Moreau et Samuel Autexier composent en typographie dans l’atelier d’Archétype à Forcalquier une nouvelle édition de l’ouvrage suivant la volonté testamentaire de l’auteur qui ne souhaitait pas une réédition à l’identique de ses livres. Ce projet soutenu par l’association Guy Lévis
Parution : juin 2023 EAN : 9782914363280 Prix public : 13 €
Mano à Paris et Vercheny connaît un succès inattendu et est réimprimé en 2012. C’est cette version qui fait l’objet aujourd’hui d’une nouvelle édition au format « poche » suivie d’une postface de Samuel Autexier qui présente la petite histoire de ce grand livre.
Composition de la page « i », planche en cours d’impression dans l’atelier Archétype en 2012
Les auteurs Guy Lévis Mano (1904-1980), poète, éditeur et typographe. Son œuvre poétique protéiforme se veut la plus proche possible de la rue et de la vie ouvrière qu’il fréquente. Elle est marquée dans un second temps par sa longue détention comme prisonnier de guerre entre 1940 et 1945. Son parcours d’éditeur, servi par un talent de typographe salué par tous comme un modèle de clarté et de liberté, lui a permis de donner forme entre 1935 et 1974 à plus de cinq cents ouvrages avec quelque uns des artistes les plus importants du XXe siècle (Éluard, Michaux, Breton, Jean Jouve, Jabès, Chédid, Char, Du Bouchet, Dupin, García Lorca, Kafka, Miró, Giacometti, Picasso, Man Ray, Dali, etc.). Philippe Moreau (né en 1948 à Asnières). Lithographe, typographe et imprimeur, spécialiste du livre d’artiste et des tirages limités. Il débute sa vie professionnelle à Paris chez Clot, Bramsen et Georges, avant de la poursuivre en Provence depuis 1976. Samuel Autexier (né en 1969 en Suisse). Graphiste et éditeur, il fonde en 1993 la revue Propos de Campagne, avant de créer en 1999 la collection littéraire puis la revue Marginales chez Agone et enfin les éditions Quiero en 2010.
et portrait de Guy Lévis Mano par Pierre Kefer en 1935.
Et le troisième dit Nous courons sur des tumultes d’eau qui ne rafraîchissent pas les veines de notre imagination Nous attendons des robinets taris la chute polaire des eaux-de-vie qui désaltéreraient nos fuites désemparées accrochées à des nuages qui crèvent Nous cachons nos yeux dans nos poches et consultons le hasard en mélangeant Caslon Bodoni et Baskerville dans les composteurs
Éditions le Sabot contact.lesabot@gmail.com
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Collection du Zbeul 37 rue Guichard, 94230 Cachan
+33 676249059
Soirees solo ---- Fabien Drouet Soirées solo est un court recueil composé de plusieurs récits poétiques. On y entre comme on s’installe devant un spectacle de stand-up. Ça tombe bien parce que l’auteur fait des lectures en duo de sa première partie ("Tout démarrera par une énième soirée solo") avec Anaïs Soreil au violoncelle, quelquefois, dans des appartements, petits bars, petits théâtres, etc. Le narrateur nous plonge dans le quotidien triste des fêtes à répétition où la solitude transpire. Le comique éclate au visage comme un verre de punch qui s’explose par terre. C'est franchement désespéré dans le ton, et on sent que la forme fonctionne très bien à l'oral. On a l'impression que ça contient aussi une forte référence aux lettres de nonmotivation de Julien Prévieux. Le style flirte avec un fantastique absurde et presque enfantin s’il n’était habité d’une ironie mordante (proche de Marcel Aymé). On se poile, même lorsqu'une grande tendresse s’en dégage.
Auteur de poèmes et de nouvelles, musicien, vit à Lyon. A trouvé en l’écriture et la lecture de formes courtes un médium vital d’impressions et d’expression. Tente quelquefois d'honorer des CDD dans le secteur du nettoyage industriel. Y parvient une fois sur quatre. Trouve ce ratio correct. “Se contente de peu”, diront certains. “Quel panache !” répliqueront d'autres. Aime écrire au stylo bic, noir si possible. En juillet 2018, il lance un journal gratuit, 21 minutes (revue de poésie au sens large), qui est distribué dans les rues, aux arrêts de métro et dans les gares. Parutions : Sortir d'ici, éditions les Etaques, 2019 ; Je soussigné, éditions la Boucherie littéraire, 2020 ; Suicides littéraires suivi de Festival aux éditions Gros Textes, juin 2022 ; Je serai jamais morte aux éditions des Lisières, octobre 2022.
Décembre 2024 120 x185 mm / 96 pages / 12 € Thèmes: récits poétiques, musique, absurde, drogue, fête, solitude, précarité, humour. Isbn : 978-2-492352-16-4
Éditions le Sabot contact.lesabot@gmail.com contact.lesabot@gmail.com
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Soirees solo - extraits
Tout démarrera par une énième soirée solo. J’ai préparé une super playlist. Du punch, bien traître comme on l’aime. Des drogues en tout genre et la déco. À 21h pile la soirée commence. Je discute, je m’offre un verre et en retour je m’offre une cigarette. La soirée commence bien. Je me mets à danser. À un moment je me propose un peu de cocaïne. Une fois n’est pas coutume, j’accepte. J’ai l’impression de mieux m’exprimer, de mieux danser. Je me dis « waouh ! tu danses vachement bien ! ». Je réponds « oui, je sais, je danse vachement bien ! ». J’apprécie ma franchise et me demande mon prénom. Mon prénom aussi me plaît. Décidément c’est une bien chouette soirée. Je demande qu’on mette Amy Winehouse. J’accepte avec plaisir. Je me ré-invite à danser. Cette fois-ci, je danse plus serré, plus collé, plus collé-serré. Tout à coup, et sans que je m’y attende, je me dis « j’ai très envie de m’embrasser ». Je m’embrasse. Décidément cette soirée est très cool. Dommage, les voisins viennent sonner et menacent d’envoyer les flics. Je finis mon verre, j’arrête la musique, je prends mon numéro. Puis gentiment je me mets dehors. Trois jours plus tard, je me revois. Je suis content. J’ai l’air content moi aussi, même si quelque chose me trouble. Je marche main dans la mienne dans les rues d’une ville que je trouve de nouveau magnifique. « C’est beau, toutes ces lumières... » « Oh oui, c’est beau... »
Je suis content. J’ai l’air content moi aussi mais le trouble persiste. Alors, deux jours plus tard, je m’écris une lettre d’au revoir. Je la lis. Je suis d’accord sur toute la ligne. Moi non plus je n’ai aucune envie de m’investir dans une relation si sérieuse et, qui plus est, à durée indéterminée. Tout démarrera par une énième soirée solo. J’ai préparé une super playlist. Du punch, bien traître comme on l’aime. Des drogues en tout genre et la déco. À 21h pile, la soirée commence. Je discute, je m’offre un verre et en retour je m’offre une cigarette. La soirée commence bien. Mais tout à coup et sans que je m’y attende, je m’ennuie. Je me l’avoue, je me le dis, « je m’ennuie ». Je le prends mal, très mal. « Je m’ennuie, je m’ennuie, tu as qu’à dire que je m’emmerde pendant que tu y es ! ». Le ton monte. Je ne m’ennuie plus. Je me dispute. Je ne m’ennuie plus puisque je me dispute. Ça m’occupe. Tout à coup, et sans que je m’y attende, je me dis « j’ai très envie de te frapper ». Je me frappe. Ou plus exactement, j’essaie de me frapper puisque j’esquive. Je demande qu’on mette Amy Winehouse. Je dis « c’est pas du tout le moment ! » et me traite d’ordure. Je réponds « ordure moi-même ». Je n’apprécie pas qu’on m’insulte alors je me traite de merde. Je réponds « c’est moi qui l’a dit c’est moi qui l’est ». Ça m’énerve encore plus et le ton monte encore alors j’insulte ma mère.
ESSAIS
William Morris L’usage, la joie, la vie
Guillaume Ollendorff Format : broché collé cousu, couverture sérigraphiée 13x20 cm, ~350 pages | Prix : 24 € TTC
Parution : septembre 2025 ISBN : 978-2-487378-04-9
William Morris. L’usage, la joie, la vie est un essai consacré à la théorie Résumé révolutionnaire du célèbre designer et écrivain anglais William Morris (1834 – 1896). Si les pratiques artistiques de William Morris, fondateur de l’ Arts and Crafts (le « mouvement Arts et artisanats »), ont bénéficié d’une reconnaissance immédiate, ses œuvres théoriques n’ont pas connu le même succès soudain. L’attention critique portée pour ces dernières à l’aube du XXIe siècle se voit relayée par l’auteur dans un portrait intellectuel inédit et sans équivalent en France. Ollendorff montre comment s’orchestre, chez William Morris, la jonction de sources marxistes, gothiques, et romantiques, mêlées à la critique d’art menée en Grande-Bretagne par John Ruskin, afin de penser un futur post-industriel et une société entièrement tournée vers la quête esthétique de beauté. Guillaume Ollendorff est traducteur, auteur, musicien, et vit à Berlin. Il a notamment publié trois essais (Berlin Sampler, Chaosphonies et Nueva Germania, sous le pseudonyme de Théo Lessour), traduit Stefan Zweig et Thomas Mann, et participé à divers projets musicaux, dont le duo Ply. Berlin Sampler s’est vendu à plusieurs milliers d’exemplaires et a été traduit en anglais. Arguments de vente Un sujet brûlant William Morris est à la fois un des artistes anglais les plus importants du XIXe, un précurseur de l’écologie sociale, et une personnalité en tous points originale, mélangeant archaïsme et prophétisme. Redécouvert, il est aujourd’hui partout. Publié par La Fabrique, Rivages, Aux Forges de Vulcain, Passager clandestin, il a fait l’objet d’une grande exposition à Roubaix en 2022 et d’une autre à Londres en 2025 (Morris Mania). Un manque criant Le texte de Guillaume Ollendorff est à l’image de son sujet, à la fois passionné, érudit, et accessible. Sans céder à la rigueur intellectuelle, il échappe à toute tentation académique et répond à un besoin : les travaux en langue française portant sur William Morris sont restés rares. Connu de tous les jeunes designers, architectes, étudiants en art, aucun ouvrage conséquent sur l’oeuvre et sur la vie de Morris n’a été publié depuis 1971 en France.
TSVP
Un large public Lecteurs de fiction et d’essais, étudiants en art et en sciences humaines, artistes, chercheurs, écologistes, politistes, curieux. Une référence intellectuelle sans pareil Morris a été l’inspirateur de nombreux auteurs, designers, architectes, artistes, parmi lesquels Tolkien, Abensour, Murray Bookchin, Raymond Williams, E.-P. Thompson, John Bellamy Foster, Simone Weil, Ursula le Guin, Herbert Marcuse, les situationnistes, le Bauhaus, les biorégionalistes, les nouveaux urbanistes, etc. Table des matières Avant-propos
Un portrait intellectuel et politique de William Morris (designer, éditeur, écrivain, etc.), dans une perspective éco-socialiste.
Introduction – Veiller à la beauté du monde
Annonce des angles d’attaque des idées écologistes et anti-productivistes de celui pour qui la politique se définissait par « la recherche du bonheur dans le travail ». Une redéfinition de la production en termes d’« usage, de joie et de vie » pour reconquérir et démocratiser le Beau.
Partie I – La révolution au service de l’art En quoi l’art, entendu comme le bonheur qu’on trouve dans l’effectuation d’un travail beau et non aliéné, est, selon Morris, le but véritable du communisme que Marx appelait de ses vœux.
I.I – La vie gothique de William Morris (1855 – 1883) Présentation des idées romantiques et néo-gothiques qui ont marqué William Morris et qui sont aussi bien à la source de son éco-socialisme que de sa critique du travail aliéné.
A. La cathédrale ou l’anti-usine Reprise de l’œuvre de John Ruskin, et notamment de son texte « De la nature du gothique », où la cathédrale devient symboliquement une « anti-usine ». Réflexion sur la véracité historique de la « liberté » des bâtisseurs gothiques dans leur travail et dans leur art.
B. Le principe harmonique et cosmopolitique du naturalisme gothique Réflexion sur la notion de « nature » chez les bâtisseurs gothiques puis chez les romantiques. Discussion de la confusion organisée par Ruskin entre l’entraide, le sacré et la beauté. Morris débarrasse les idées ruskiniennes de leur surcouche religieuse, défendant un naturalisme émancipateur.
C. « Antiscrape » et conception étendue de l'art Morris, activiste militant pour la défense des monuments historiques. Défense politique et progressiste d’un art devant s’étendre à tous les domaines de la vie.
I.II – La vie socialiste de William Morris (1884 – 1896) A. Marxisme et beauté à Merton Abbey Morris, un entrepreneur face à ses contradictions, entre sa vision de l’art, ses rêves d’économie « harmonique », son marxisme, et le capitalisme qui le fait (bien) vivre.
B. Le propagandiste, ou la fabrique des socialistes Morris propagandiste (« Agiter, éduquer, organiser »). Considérations sur les stades pré et post-révolutionnaires. Activisme au sein de la Socialist League qu’il a lui-même fondée.
C. Esquisse du communisme morrissien Un communisme morrissien qui tourne autour de trois axes : un fédéralisme de pouvoirs locaux (communalisme), le partage entre tous des tâches déplaisantes (égalitarisme pratique), une intégration locale du travail (par opposition à sa division).
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Partie II – Héritages de William Morris Morris cherche une « fusion des trois critiques » sociale, écologiste et « artiste » : critique de l’inégalité, de notre rapport à la nature et de notre désenchantement consumériste. Fusionner ces critiques est crucial et difficile, d’où la longévité de ses idées, qui ne cessent de revenir tout au long du XXe et du XXIe siècle.
II.I – Fusionner l’art et la vie A. William Morris et l'avant-garde L’Art Nouveau, Frank Lloyd Wright, le Bauhaus, dada, le surréalisme, le situationnisme, les arts du happening et de la performance… l’art et la vie en fusion après l’Arts & Craft, un héritage morrissien.
B. Post-modernisme et « mort » de la critique « artiste » Introduction de l’esthétique « pop », gloires du fonctionnalisme, L’abandon massif des utopies n’a pourtant pas signé l’acte de décès du rêve consistant à changer la vie par l’art, (développement du design ou de l’esthétique dite relationnelle).
C. Penser par le Dehors, le Guin et Tolkien
Deux utopies post-morrisiennes : Les Dépossédés de Ursula le Guin et Le Seigneur des Anneaux de JRR Tolkien.
II.II – Désaliéner le travail A. La fin de l'idéal d'une révolution de producteurs Un idéal trahi après l’épisode russe, la gauche embrassant le fordisme. Quelques tentatives pour ouvrir de nouveaux espaces de réflexion morrisienne : Simone Weil et John Dewey.
B. L’animal laborans et l’homo faber Hannah Arendt, l’école de Francfort et Jurgen Habermas — trois exemples de philosophies sociales majeures qui n’ont pas su réinvestir la question de la liberté dans le travail.
C. « Ne dites plus travail, dites bagne » De Socialisme ou Barbarie à l’Opéraïsme en passant par Herbert Marcuse : le mauvais travail et l’aliénation ont bien été dénoncés par Mai 68, mais force est de constater l’abandon de cette contre-tradition.
D. Splendeurs et misères de l’intégration du travail Quelques exemples réels de lutte contre la division industrielle des tâches : égalitarisme pratique (partage des tâches déplaisantes), réorganisation industrielle (volvoisme suédois, usine Saturn aux USA, etc.) et communalisme (Murray Bookchin héritier de Morris).
II.III – Critique écologiste et éco-socialisme A. Rapprocher villes et campagnes Des cités jardins au nouvel urbanisme jusqu’à la critique régionaliste et « biorégionale » en passant par la « redirection ». L’influence directe de Morris sur de grands noms de l’urbanisme comme Geddes, Mumford, Jacobs.
B. Les querelles du machinisme Morris n’était pas un luddite, il mélangeait, en quelque sorte, l’ouverture optimiste à la technique d’un Simondon et l’angoisse métaphysique d’un Heidegger. Ce mélange est probablement toujours à faire en 2025.
Conclusion Quelques idées sur la transition éco-socialiste et récapitulatif des enseignements morrissiens.
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Extraits choisis Morris voulait produire un art de consolation, d’élévation, un art annonçant un monde nouveau. Il déclarait, en 1882 (lors de sa conférence Lesser Arts of Life) que « l’art qui ne soigne pas le corps ni n’apaise ou élève l’esprit » était inutile, et je ne crois pas qu’il ait ensuite fondamentalement changé d’avis. C’est en affichant leur refus du réel que ses œuvres jouaient un rôle presque thérapeutique. L’art était pour lui de la maîtrise d’œuvre, de la sueur et du plaisir, mais aussi l’approximation quotidienne d’une beauté perdue et à refaire. Chez lui, l’imagination n’est pas tant un processus expansif visant à créer le nouveau qu’une zone non aliénée à défendre. Huysmans disait que les gargouilles vomissaient le vice à l’extérieur de l’édifice sacré, mais il faut aussi certainement les considérer dans leur part profane et les renvoyer à la fête des fous, aux saturnales romaines, à l’inversion des hiérarchies, à un reste assumé de paganisme, à l’accueil du monstrueux (les démons étaient dans ces temps une partie comme une autre de la création), à une vision relâchée, hallucinée et surtout populaire, facétieuse, du réel. […] Dans le grotesque se trouve la peur de la mort, bien sûr, mais aussi son acceptation, et l’exigence pour le travailleur de fêter, de danser, de vivre en attendant – de moquer la mort. […] Les cathédrales sont des vaisseaux célestes produits par des rustres. La « formidable ignorance des sculpteurs », dit John Ruskin. On les prend comme ils viennent. « L’imperfection est justement essentielle à tout ce que nous savons de la vie », ajoute-t-il quinze pages plus loin. Dans la nature, « les irrégularités et les déficiences ne sont pas que des signes de vie, elles sont aussi des sources de beauté ». La perfection « paralyse la vitalité ». « Ne riez pas à la vue de ces affreux gobelins ou de leurs maîtres informes, ils représentent la vie et la liberté de chacun des ouvriers qui a touché une pierre ». […] La « sauvagerie » ou liberté gothique n’a plus sa place dans l’Angleterre du XIXe siècle qui préfère, selon Ruskin, les choses parfaites, les mesures parfaites, les matériaux parfaits, les travailleurs parfaits : elle préfère finalement « les animaux aux hommes, puisqu’ils sont bien plus parfaits dans chacune de leurs fonctions ».
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Au moment de sa mort, l’influence de Morris, en Angleterre, est immense. En 1887, une Société des expositions d’art et d’artisanat, qui a donné son nom au mouvement Arts & Crafts, est formée. Walter Crane, un célèbre illustrateur de livre pour enfants, probablement le plus « pur » des disciples de Morris, lui aussi socialiste, en prend la présidence. Cette Société tient sa première exposition à la New Gallery, à Londres, en novembre 1888. Cette même année, C.R. Ashbee fonde la Guild and School of Handicraft (Guilde et École des Arts appliqués) dans l’East End londonien. Une foule de disciples morrissiens s’y retrouvaient pour produire un art ouvertement opposé à toute aliénation industrielle. […] L’historien de l’art Nikolaus Pevsner écrit, à la fin des années 1940 : « Jusqu’à maintenant, Morris est le vrai prophète du vingtième siècle. Nous lui devons le fait que la demeure d’un homme ordinaire soit redevenue un objet digne de l’attention de l’architecte, et il en va de même d’une chaise, d’un papier peint ou d’un vase, devenus des objets dignes de l’imagination de l’artiste ». […] De l’ Arts & Crafts à son apogée (1895) jusqu’au Bauhaus (1919), on assiste en un peu plus d’une vingtaine d’années à ce que l’on pourrait appeler la mise à mort de l’ornement – et donc à la mise à mort de l’esthétique morrissienne. Cet assaut contre l’ornement accompagne les rêves futuristes de standardisation, de vitesse, de machinisme. Il accompagne aussi la conversion séculaire de la gauche aux mirages de l’usine. Peinture, sculpture, architecture, graphisme et illustration, fabrication de livres, typographie (et Morris, avec ses éditions Kelmscott Press, a fait une entrée remarquée dans le monde de la typographie), meubles, vitraux, broderies, tapis, tissages, bijoux, céramiques… Morris, est partout. Outre-Atlantique, des dizaines, voire centaines « d’Arts & Crafts Societies » se constituent et se réfèrent à son travail. En France, le médecin et poète Jean Lahor essaie de lancer, sous bannière morrissienne, une Société internationale d’art populaire. Le belge Henri Van de Velde, dans ses Pages de doctrines (1929), nous fait réaliser à quel point il était, au début du XXe siècle, le locus à partir duquel les arts plastiques se situent (bien entendu, moins dans les arts « purs », comme la peinture sur toile ou la sculpture, que dans les arts fonctionnels : arts décoratifs/design, illustration, architecture). Il est alors la figure depuis ou contre laquelle il faut se positionner. L’idée de fusion de l’art avec l’artisanat et des beaux arts avec les arts décoratifs, l’idée de mélanger beauté et fonctionnalité, l’idée de formes organiques qui, par leur inspiration naturelle, peuvent prétendre à une certaine universalité, s’épanouira et se diffusera dans toute l’Europe. Elle prend le nom d’Art nouveau (le terme Art nouveau apparaît pour la première fois dans le journal belge L’Art Moderne en 1884, pour désigner un groupe de sculpteurs, designers et peintres avant-gardistes très proches de Walter Crane, appelés « Les XX »), puis Jugendstil, Modernismo, Secession, Stile Floreale… Unité de style : courbes, floraisons, tiges, foliations, ondulations, impressions liquides. Mais aussi (relative) unité de proposition : opposition à la discrimination entre les beaux-arts et les arts décoratifs, supposés moins prestigieux. Dans Pioneers of Modern Design, Nikolaus Pevsner fait du travail d’Arthur Mackmurdo (1851 - 1942), un disciple de Morris membre de la « Century guild », l’acte fondateur de l’Art Nouveau, dès 1883. 5/6
Vers Mai 68, en Italie, et notamment à Florence et Milan, le design se radicalise et se perçoit enfin dans sa dimension idéologique. L’architecte marxiste Manfredo Tafuri y défendait William Morris dès 1963, à une époque où la « technocritique » n’était pas à la mode chez les communistes italiens. L’Anglais lui permettait, dès sa jeunesse étudiante, de faire le pont entre architecture et idéologie. […] Dans Autoprogettazione (1974), Enzo Mari fournit des plans de montage de meubles à faire soi-même. Cette irruption du do it yourself sert plusieurs objectifs à la fois : briser le fétiche de la marchandise en donnant conscience du processus de production, prendre en main sa consommation, offrir des solutions plutôt que vendre des marchandises. Réussir à produire sans passer par l’usine, donner à tous la possibilité de s’ouvrir aux joies du travail manuel. Mari a lu Morris et son travail s’y réfère directement. Que permet ce type de méthode ? La « participation à la vie », que le situationnisme appelle de ses vœux. Une partie du mouvement écologiste a revendiqué sa dette envers William Morris. Dans les années 1990, Peter Marshall l’a décrit comme un « penseur écologique avant-gardiste » et l’éco-socialiste David Pepper a pu dire l’évidence : Morris a élaboré « pratiquement tous les thèmes « découverts » par les écologistes radicaux lors du dernier quart de siècle, à peu près un siècle avant eux ». En France, le candidat écologiste à la présidentielle de 1974, René Dumont, qui voulait s’attaquer au « mépris du travail » dans le capitalisme, avait lu Morris. Ensuite, c’est surtout Serge Latouche qui l’a remis au centre des questionnements sur la décroissance (l’idée de sa fameuse collection « Les précurseurs de la décroissance » a émergé à la suite d’une traduction d’un texte de Morris, Comment nous vivons, comment nous pourrions vivre). […] La fusion entreprise à tâtons par Morris entre pensée marxiste et pensée environnementale devient peu à peu une évidence à partir des années 1970 puis 1980 chez nombre d’auteurs influents. On la trouve chez André Gorz ou chez Raymond Williams […]. Morris, qui veut que le peuple créé sa propre beauté, participe à la jonction historique entre une idéologie architecturale/urbaine du XIXe siècle, nommée « culturaliste » par Françoise Choay, encore attachée à la satisfaction de besoins immatériels ou sensuels […] et une autre dite moderniste, qui, même quand elle se présente comme utopiste ou progressiste, se concentre sur la fonction et la planification. Il porte lové en lui une longue généalogie de contestation non traditionaliste du modernisme, ou un modernisme alternatif, qui, malgré son rejet du fonctionnalisme, restera tout à fait prêt à planifier rationnellement l’organisation matérielle nécessaire à la satisfaction par tout un chacun de l’immatériel et du sensuel. On peut en voir une expression dans l’école d’architecture dite d’Amsterdam, de 1910 à 1930, avec ses bâtiments « expressionnistes » aux briques ornées de variations de flore et de faune (souvent dessinés pour le gouvernement ou des syndicats, mais aussi des quartiers entiers avec écoles, salles municipales, bains publics, bibliothèques, cafés) […].
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École de philosophie
▶ Format (mm) ������������������������� 190 × 250 ▶ Nombre de pages ���������������� Pas encore déterminé ▶ Prix (€) ����������������������������������������� Pas encore déterminé ▶ ISBN ������������������������������������������������� 978-2-493534-24-8 ▶ Graphistes ��������������������������������� Fulax Pecida ▶ Relecteurice (s) ������������������� Coralie Guillaubez ▶ Parution ��������������������������������������� octobre 2025
autour de la notion d’institutions mineures, écrit depuis l’École de philosophie, une école autogérée dans le TarnEt-Garonne. Recueil de philosophie politique, ce livre est aussi issu des questions pratiques et existentielles que l’école de philosophie se pose sur elle-même : sa forme comme institution et comme groupe, la pratique de la philosophie comme discours écrasant, et les manières de la pratiquer. Un enjeu s’en dégage : qu’est ce que cela veut dire pour un groupe de durer dans le temps sans se scléroser ? L’école de philosophie a été créée en 2018 par un groupe d’ami·es qui se sont rencontré·es en classe préparatoire et à l’université. Elle prend place dans une maison d’un village du Tarn-et-Garonne dans une logique autogestionnaire. Il s’agit, peur celles et ceux qui y participent, de penser une pratique de la philosophie qui ne soit pas coupée de ses conditions matérielles : c’est à dire, penser la philosophie comme constitutif d’une manière de vivre qui ne peut faire l’économie d’une interrogation sur ce qui la rend possible — « la condition fondamentale de la pensée est la vie. Elle en est aussi l’enjeu le plus profond : parce que la pensée part du vécu et y retourne. » L’organisation de l’école est en constante métamorphose : si au début elle avait lieu lors de week-end de travail intense et que les discussions s’articu laient autour d’exposés magistraux présentés par une per sonne, elle a lieu maintenant pendant une semaine pendant laquelle les participant·es se rejoignent autour de groupe de travail thématique. Pouvoir durer, savoir mourir est un recueil de textes écrits par les participant·es de la qua trième année. Année charnière, il s’agissait à ce moment-là de questionner le fonctionnement de l’école pour pouvoir le repenser en s’interrogeant sur « comment continuer ? » Pour y répondre, la notion d’institution mineure fut mobilisée. Loin de se réduire à une proposition ne concer nant que le fonctionnement de l’école, il s’agit ici de repen ser, à l’aide de la philosophie, les manières de se lier au sein d’un collectif, d’un groupe politique ou d’une bande d’ami·es. Partir du principe qu’il faut pouvoir durer dans le temps pour imaginer une certaine forme de communisme et, de façon incidente mais pas secondaire, représenter une menace réelle aux yeux de nos ennemis, ne doit pas empêcher de penser les conditions de cette durée. Ainsi faut-il constamment pointer du doigt les rapports de pou voir sur lesquels les groupes politique se fondent, prenant le risque de les voir s’effondrer : Il faut savoir mourir. Éditions Burn~Août Diffusion/distribution : Paon-Serendip
burnaout@ @riseupp.net https://editionsburnaout.fr
Thèmes abordés : Philosophie, psycho thérapie institutionnelle, collectif Ouvrages similaire :
▶ L’école de philosophie, L’amitié, ▶ L’école de philosophie, La science,
auto-édité, 2021
auto-édité, 2024
Pour développer le concept d’institution mineure les textes du recueil s’articulent autour de trois parties : ▶ PARLER — SE TAIRE Dans cette première partie, on s’intéres sera au le langage philosophique et à son mode d’énonciation. ▶ APPRENDRE — IGNORER Beaucoup des interrogations de l’école de philosophie portent sur la pédagogie et sur les manières de transmettre une pratique perçu comme reproductrice de formes de domination. C’est le sujet de cette partie qui prendra pour point de départ des expé riences historiques. ▶ INSTITUER DESTITUER Dans cette partie, il s’agira d’abord de défi nir le concept d’institution mineure puis de le mobiliser pour contribuer au débat sur l’institution et la destitution qui agite l’autonomie politique. Dernière modification 15 avril 2025
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PHILOSOPHIE
Pouvoir durer, savoir mourir est un recueil de textes
POUVOIR DURER, SAVOIR MOURIR, RÉFLEXIONS SUR LES INSTITUTIONS MINEURES
POUVOIR DURER, SAVOIR MOURIR Réflexions sur les institutions mineures
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la philosophie. Qu’en est-il de l’école ? Peut-être serait-il préférable, à notre échelle de délaisser ce terme tant il surdétermine nos pratiques ? On se posera ces questions à la lumière de l’expé PARTIE 1 : PARLER — SE TAIRE ▶ « Commentaires sur La naissance rience historique qu’est le Centre Interculturel De de la philosophie de Giorgio Colli » Documentation fondé par Ivan Illich en 1965 au Alors que la sagesse grecque prétend énoncer la Mexique. vérité par le biais de figures aptes à faire parler l’être à travers elles, la philosophie fait au contraire aveu d’impuissance : ne possédant pas la sagesse, elle la recherche en faisant des règles du raisonne PARTIE 3 : INSTITUER — DESTITUER ment le centre d’une quête de la vérité à laquelle ▶ « Institutions mineures » peut participer celui qui a reçu une éducation « Assumer la dimension institutionnelle, c’est-à-dire adéquate. la fonction symbolique me semble indispensable à ▶ « À quel jeu jouons-nous l’existence d’organisations communistes capables à la fois de ne pas écraser les subjectivités en leur quand nous parlons philosophie ? » Les problèmes liés au langage philosophique, sein et de lutter contre le capital sur le terrain du nous ont amenés à travailler à partir d’expériences désir. La notion d’institution mineure est peut-être vécues, que ce soit celles des participant·es de aussi une manière de réconcilier autonomie désil’école. Ce questionnaire naît de l’idée que l’on pen rante et autonomie organisée. » sera mieux en ancrant notre réflexion dans des L’hypothèse, appuyée sur de multiples expé situations concrètes. Un montage des réponses riences et analyses micropolitiques, est qu’il n’y suivra le texte de Bourdieu sur le pouvoir symbo a pas d’usages qui ne se sédimentent en normes lique. Il convient à chacun·e de se poser ces ques au sein d’un groupe, y générant ainsi de puissants rapports de forces. L’existence de formes, sans tions, il est donc en premier lieu, vide. ▶ « Pierre Bourdieu, langage et pouvoir en garantir la maîtrise, donne du moins prise sur ces rapports. Le développement de ces formes symbolique (ce que parler veut dire) » À partir des analyses de Pierre Bourdieu dans donne à penser quelque chose comme des ins Ce que parler veut dire, ce texte donne quelques titutions mineures, qui peut-être, sont un moyen outils pour comprendre ce qui se joue par delà le de réconcilier des positions révolutionnaires sens premier du discours : lorsque nous parlons basées sur la spontanéité du désir et l’organisa ou que nous écoutons, ce qui se transmet n’est tion pragmatique. pas seulement de l’information, c’est aussi de la ▶ « Le collectif de Jean Oury » reconnaissance. Lors d’un séminaire donné à Saint-Anne de 1984 à ▶ « De la sincérité, montage de réponses 1985, Jean Oury développe un ensemble de concept qui éclaire sa pratique de la psychothérapie ins au questionnaire » Réponses, par des membres de l’école de philo titutionnelle. Dans ce texte, sera mise au travail sophie au questionnaire « À quel jeu-jouons nous la notion de Collectif tel que Oury tente de la défi quand nous parlons de philosophie ? » nir. Cette définition partielle nous aidera d’abord ▶ « Règles d’énonciation pour à nous rendre capables de percevoir là où « il y a une machine philosophique » du collectif », puis, lorsqu’il y en a, de réfléchir à Envisager le discours politique, non pas à partir des manières d’en prendre soin. des énoncés produit, mais à partir des conditions ▶ « La récupération des mouvements d’énonciations pour voir comment une transfor politiques » mation collective de ces conditions rend possible « Ce que j’ai tenté, c’est d’ouvrir la perspective d’autres formes d’accès à la pensée. d’une fidélité non à l’origine, mais aux contradic-
Partie 2 : APPRENDRE — IGNORER ▶ « Les bonnes pratiques » Résumé pas encore disponible. ▶ « Sur la pédagogie institutionnelle » Peut-il y avoir un enseignement sans rapports de pouvoir ? Éxiste t-il une pédagogie de l’autonomie ? Quelle forme pourrait prendre un apprentissage non-aliénant ? Peut-on penser une pédagogie qui serait structurellement anti-capitaliste et qui ne serait pas dogmatique ? ▶ « Avec Illich » L’école de philosophie a choisi de s’appeler école de philosophie. Dans « Commentaires sur La nais sance de la philosophie de Giorgio Colli » on s’est demandé s’il n’était pas judicieux de délaisser Éditions Burn~Août Diffusion/distribution : Paon-Serendip
tions : se tenir à la hauteur des contradictions, les habiter. Pour cela, il faut croire que la vérité n’est jamais énoncée originellement et qu’il faudrait la faire advenir (messianisme), mais au contraire qu’elle s’exprime par et dans les conflits. C’est aux crises, aux conflits qu’il faut être fidèle, plutôt qu’à l’hypothèse de départ. » On s’intéressera au mode de composition des formes organisées d’intervention politique. Sera posée la question de la pertinence de les faire durer au risque de les paralyser dans des formes qui s’instituent. S’en suit l’hypothèse suivante : peutêtre que ces tentatives se sclérosent de leur fidé lité à la vérité qui les a fait naître, plutôt que de se révolutionner en habitant les contradictions pro duites par l’expérience ?
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POUVOIR DURER, SAVOIR MOURIR, RÉFLEXIONS SUR LES INSTITUTIONS MINEURES
Sommaire
éditions JOU revue TINA (in)visibilité(s) collectif 192 pages – format 13 x 20 cm 18 euros ISBN : 978-2-492628-10-8 Diffusion-Distribution SERENDIP-LIVRES à paraître le 15 octobre 2025
La revue TINA est une revue d’idées, d’imaginaires et de critiques consacrée aux auteur.e.s et artistes qui prospectent, explorent, s’aventurent loin de la facilité commerciale et des répétitions. La revue TINA tente une expérience politique, artistique, bricologique, évolutive, libre, en format numérique gratuit (TINA online) et une fois par an en format papier payant (TINA papier). N°1 (in)visibilité(s) : pour vivre heureux vivons cachés disait la fable (Florian, 1792). Il était aimablement question de papillons et de grillons, mais entre les lignes on pensait alors au Comité de sûreté générale qui fit emprisonner le fabuliste et poète deux ans plus tard. Pour vivre heureux soyons visibles (soyons reconnus, identifiés) réclament à présent les minorités, les opprimés, les personnes vulnérables. Du côté des militants les tactiques de mobilisation de l’attention arrimées aux logiques médiatiques (elles-mêmes indexées sur des calculs marketing) ? Du côté des artistes les stratégies d’évitement de la captation vorace du capitalisme cognitif (dont le système des expositions est un vecteur) ? Deux fronts inversés ? Deux dynamiques antagonistes ou convergentes ? Au moment où papillons et grillons, visibles ou invisibles, disparaissent ensemble à coup de néonicotinoïdes, et tandis que les comités de sûreté générale se multiplient, TINA réunit quelques textes et interventions qui, à leurs manières, résistent à la médiatisation comme à l’invisibilisation.
Public visé : Les lecteurs et lectrices de revues comme MULTITUDES, AOC, SOCIALTER ou de magazines culturels comme DIACRITIK, COLLATERAL, LES TEMPS QUI RESTENT. Les personnes concentrées sur la création contemporaine multidisciplinaire et les nouveaux canaux et expériences artistiques de diffusion, les étudiants, professeurs et bibliothèques des écoles d'art.
Sommaire : Interview de François Deck par DeYi Studio (Un artiste invisible) Christian Salmon, Noctalgie (La nuit est invisible) Serge Comte, Parole 606 (Un artiste devenu brancardier en Islande) Interview de Yann-Moulier-Boutang (Économie et invisibilité) Céline Domengie, Le Livre qui n’existe pas Éric Arlix, Extractions, ce que le texte fantôme n’avait pas prévu (une fiction sur la disparition d'individus) Frédéric Moulin, Le château de la reine des neiges (fiction) Aurélia Zahedi, La Maison invisible (L'histoire d'un tiers-lieu) Interview Clément Beau-Pays (L'art invisible, Taippei) Aurélia Zahedi, Chœur de showmeuses (Activisme, péosie et social) DeYi Studio, Le syndrome du réverbère (à propos de la difficulté à considérer l'art hors de l'exposition) Stephen Wright, Mais où sont les usagers ? (Pour une économie de rémunération des usages) Francine Flandrin, intervention, Steps in my shoes (deux dessins) J. C. Massera, Invisibilité invisibilisation et langue (fiction) Hortense Gauthier, fiction (une fiction SF) Adrien Blouët, The Billy Boys (fiction) Olivier Auber, ... Pauline Lecerf (4 planches BD)
Biographies auteur.e.s : Christian Salmon Écrivain et chercheur français. À fondé en 1993 le Parlement international des écrivains. Ses livres
Storytelling (2007), Kate Moss (2010) sont traduits dans
plusieurs langues. Spécialisé dans les récits de la communication politique, il écrit depuis des années des chroniques au Monde, Médiapart, Slate, AOC. Olivier Auber Artiste, ingénieur et chercheur français. Il est reconnu pour son projet Générateur poïétique et pour avoir introduit le concept de "perspective numérique" dans les domaines de la théorie des réseaux, de l'art et des humanités numériques. Il a travaillé comme ingénieur de recherche, d'abord dans la division avionique de Thomson Csf (aujourd'hui Thales Group) et au CERN à Genève. Il est chercheur associé au Centre de recherche interdisciplinaire Leo Apostel à Bruxelles. Christophe Leclercq Professeur d'Enseignement Artistique à l'École Supérieure d'art et design de Valenciennes. Chercheur associé au Médialab de Sciences Po. Docteur en arts et sciences de l’art, Christophe Leclercq est enseignant, critique et chercheur en histoire de l’art, création et humanités numériques. Il est membre du bureau de la revue TINA. Jean-Charles Massera Jean-Charles Masséra, né en 1965 à Mantes-la-Jolie, est un auteur, critique d'art, essayiste et dramaturge vivant entre Paris et Berlin. Il a publié plusieurs ouvrages aux éditions POL et Verticales, dont "A cauchemar is born" et "We Are L'Europe", tout en s'intéressant à des thèmes sociaux et politiques, et en collaborant avec des institutions d'art contemporain. DeYi Studio Fondé à Shanghai en 2008 par XIA Yilan et Paul DEVAUTOUR, membres du bureau TINA. DeYiStudio travaille sur la notion de compatibilité, comme renversement de l'impératif de spécificité, et explore les possibilités d'une pratique de l'art non exposé. Xia Yilan a étudié l'écriture de scénario à l'Académie de théâtre de Shanghai et le management culturel à Paris. Elle dirige DeYi Culture Consultants. En 2024 elle a publié "Bazaar Compatible Program" le récit d'une expérience dans la ruelle d'un bazar à Shanghai où elle a présenté 152 propositions d'artistes chinois et occidentaux. Paul Devautour a été responsable de l'École offshore à Shanghai, programme de recherche "création et mondialisation" de l'École Nationale Supérieure d'Art et de Design de Nancy. Il a été auparavant enseignant à la Villa Arson à Nice, coordinateur
du Collège Invisible à Marseille, et directeur de l'école Nationale Supérieure d'Art de Bourges. Stephen Wright Critique d'art, traducteur, enseignant et chercheur né en 1963 à Vancouver, Canada. Ses recherches portent notamment l'hypothèse d'un « art sans œuvre, sans auteur et sans spectateur ». Codirecteur d'un programme de recherche à l’École européenne supérieure de l’image (EESI Angoulème) et codirecteur du Künstlerhaus de Stuttgart. Yann Moulier-Boutang est économiste, essayiste et enseignant, co-directeur de la revue Multitudes, auteur d'une dizaine de livres dont Le Capitalisme cognitif (2007) et L'Abeille et l'économiste (théorie de pollinisation, 2010). Clément Bleu-Pays est un artiste qui évolue dans un registre discret et pervasif, cherchant à interroger notre sensibilité à travers des gestes artistiques souvent invisibles. Son œuvre se manifeste dans des lieux du quotidien tels que des supermarchés, des fast-foods ou des magasins, où il insère des monochromes ou des photographies de manière à ce qu'ils passent inaperçus pour la majorité des passants. Serge Comte Artiste homestudio et multimédia, diplômé des Beaux Arts de Grenoble en 1995, explorateur des cultures ProAm (pro-amateur), a volontairement quitté le marché de l'art après un début de carrière en galerie. Vit et travaille à Reykjavik (Islande). François Deck Artiste plasticien et poète. Il a été professeur à l'École des Beaux-Arts de Grenoble. Il se définit comme « artiste consultant » et développe une approche artistique collaborative. Son travail se concentre sur la relation entre l'art, l'espace public et les interactions sociales. Céline Domengie Artiste et enseignante née en 1976 à Villeneuve-sur-Lot. Elle vit et travaille actuellement à Cantemerle (Paulhiac). Elle est en train de préparer une thèse de doctorat en arts plastiques sur la notion de chantier, au sein du Laboratoire CLARE / Université Bordeaux Montaigne, sous la co-direction de Pierre Baumann et Hélène Saule-Sorbé. Son approche artistique prend en compte des dimensions variées,
notamment l'environnement, les rapports sociaux et la subjectivité humaine. Au fil du temps, elle a développé une forme d'écosophie, inspirée par les idées de Félix Guattari, qui englobe des dimensions écologiques, sociales et individuelles. Francine Flandrin Née en 1968 à Paris, où elle vit et travaille actuellement. Elle est reconnue comme une spécialiste de l'art contemporain, plasticienne et performeuse. Son travail se caractérise par des créations transversales et sans limites, visant à profiter du temps présent qui s'écoule. Hortense Gauthier Développe une pratique de création intermédia, en déployant l’écriture dans ses dimensions multiples. Dans une dynamique transtextuelle, sa démarche d’art action mêle performance, poésie, création visuelle et sonore pour pour questionner aussi bien les images et les discours qui façonnent le corps, que les grandes forces qui le traverse (souffle, désir, mémoire, temps, espace …), et travailler sur son devenir cyborg (Haraway). https://www.hortensegauthier.org/ Frédéric Moulin Auteur de deux romans (IMHO, JOU) et membre du bureau de la revue TINA. Aurélia Zahedi Artiste et membre du bureau de la revue TINA. Diplômée de l’école Supérieure d’Art d’Avignon en 2011 et de la Villa Arson à Nice en 2013. Elle a également suivi un postdiplôme à Shanghai entre 2016 et 2017, dans le cadre d'un programme de recherche sur la création et la mondialisation. Elle est co-fondatrice de la Maison Auriolles. Son travail s'inscrit dans une démarche politique et sociale, explorant les relations de pouvoir à travers la botanique et les récits culturels. Éric Arlix Écrivain (15 livres), éditeur des éditions JOU et membre du bureau de la revue TINA. https://ericarlix.net
Extraits :
Christian Salmon, Noctalgie Au cours de ses enquêtes de terrain, un chercheur suédois spécialiste des chauves-souris a fait une découverte étonnante : en l’espace de trente ans, plus de la moitié des chauves-souris avaient disparu. Elles ne trouvaient plus refuge dans les églises qui étaient éclairées toute la nuit. « En réalité, ce ne sont pas les chauves-souris qui disparaissaient mais bien la nuit » raconte-t-il dans un essai qui se veut un récit de la vie nocturne et un manifeste contre la pollution lumineuse. (Johan Eklöf, Osons la nuit, Tana, 2022) Il suffit de contempler les images nocturnes de la Terre vue du ciel pour constater l’empire grandissant de l’électricité. Constellations urbaines, fleuves lumineux des autoroutes qui irriguent le territoire comme un vaste réseau sanguin... Dans les villes éclairées jour et nuit, les humains ont perdu l’habitude de voir les étoiles. Seule une personne sur cinq en Europe peut voir de chez elle le spectacle de la Voie lactée. La nuit est- elle en train de disparaître ? Depuis l’apparition de la première ampoule électrique, l’électricité a progressivement colonisé le continent de la nuit. La lumière des lampadaires, les néons des panneaux publicitaires, l’éclairage 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, des vitrines, ou les phares des voitures qui ont fait reculer les frontières de la nuit réduisent son espace à des îlots encore préservés, des réserves qu’on contemple avec nostalgie. L’expansion du monde urbanisé qui est rendue visible par ses traces lumineuses sur les images par satellite constitue l’un des symboles les plus puissants de l’Anthropocène. Des chercheurs en Europe et aux États-Unis ont montré́ que les lampes mal orientées et d’une puissance excessive sont équivalentes à la trace carbone de près de 20 millions de voitures, une pollution lumineuse qui augmente d’au moins 2 % par an à l’échelle globale. Les effets de cette pollution lumineuse se font sentir partout. Les bébés tortues se perdent sur les plages des zones balnéaires, trop éclairées par l’électricité et meurent par milliers faute de pouvoir atteindre la mer, guidés par la lumière de la Lune. Sur les plages de Crète, les vacanciers entourent leurs nids de petites clôtures en bois pour les protéger et tracent leur chemin vers la mer pour orienter les nouveau-nés aveuglés par la lumière nocturne. Les rituels d’accouplement des récifs de corail corrélés avec le cycle lunaire sont empêchés par l’excès de lumière terrestre. Des oiseaux, dont l’horloge biologique est perturbée, se mettent à chanter en pleine nuit. Les oiseaux migrateurs désorientés s’égarent dans les villes ou s’écrasent contre des mâts, des tours ou des phares. Chaque année, ils sont un million à voler en cercle autour des colonnes lumineuses des anciennes tours jumelles du World Trade Center, à New York, à l’occasion des commémorations de l’attentat. Des millions de sauterelles envahissent la ville de Las Vegas, attirées par les innombrables néons. Le faisceau lumineux de l’hôtel-casino Luxor, le plus puissant d’Amérique, fonctionne pour eux comme un trou noir. Tous sont hypnotisés par la lumière. Et le phénomène qualifié d’« effet aspirateur» n’a fait que s’aggraver depuis les années 1970. En 1968, cinq ans seulement après la sortie du film d’Hitchcock, Les Oiseaux, pas moins de 5 000 oiseaux sont entrés en collision avec une tour de télévision à Nashville, aux États-Unis. Entre 1960 et 1969, 7000 oiseaux morts ou blessés ont été découverts au pied du phare de Long Point, dans l’est du Canada. On sait que les insectes s’orientent la nuit grâce aux ondes lumineuses produites par la Lune et les étoiles. Lorsqu’ils croisent une autre source lumineuse, ils se collent spontanément sur elle, c’est elle qui devient leur boussole ou leur centre d’attraction. Papillons de nuit, libellules, moustiques, coléoptères, grillons engagent une danse en spirale autour d’elle... Une fois capturés par l’éclat lumineux, les insectes y restent, incapables de s’en échapper. Beaucoup d’entre eux meurent d’épuisement avant l’aube. Quand les lampes finissent par s’éteindre, souvent au moment où le soleil revient, les survivants ont passé leurs heures d’activité à faire du surplace, ils n’ont pas pu atteindre leur objectif de la nuit: ils n’ont pas pompé le nectar, ils n’ont pas transporté́ le pollen, ils n’ont pas
trouvé de partenaire, ils n’ont pas pondu leurs œufs. Cet effet aspirateur a longtemps servi aux entomologistes pour capturer les insectes. Il suffisait d’assembler une lampe, une boîte et un entonnoir pour recueillir les insectes attirés par la lumière. Un tel piège fut installé sur le toit du Musée national d’histoire naturelle de Stockholm entre 1990 et 2007. Chaque année, la lampe recevait la visite d’un peu plus de 200 espèces de papillons de nuit, 740 espèces en dix-sept ans. Au fil de leurs observations, les zoologistes ont constaté une extinction des espèces, leur biomasse ayant diminué de 75 %. La nouvelle s’en est répandue via les réseaux sociaux. Certains allant jusqu’à évoquer une « Apocalypse » des insectes. La pollution lumineuse a aussi des effets sur l’horloge biologique des végétaux. Les feuilles d’un arbre situé sous un lampadaire vont tomber plus tardivement, nous apprennent les zoologistes. Cela va rendre l’arbre plus sensible au gel. Ses bourgeons vont apparaître plus tôt, ce qui va également le rendre vulnérable au gel tardif et va perturber le timing entre floraison et pollinisation. De plus en plus de végétaux ne fleurissent pas et les insectes s’en détournent. Les anciens mythes célébraient le retour du soleil à l’aube comme une victoire contre l’obscurité. Le lever du jour était salué par des cris de joie et le crépuscule était ressenti comme une mort précoce. L’humanité devra-t-elle bientôt célébrer la nuit menacée de disparition comme elle l’a fait du soleil bienfaiteur pendant des siècles ? La magie de la nuit ne se révélant plus aux humains que de manière exceptionnelle comme ce fut le cas en 1994, quand les habitants de Los Angeles, à la suite d’une panne de courant généralisée due à un tremblement de terre, furent subjugués par un étrange phénomène lumineux apparu subitement dans le ciel. C’était la Voie lactée.
Aurélia Zahédi, Chœur de showmeuses, Parfois cinq, parfois neuf, parfois quinze, parfois trente showmeuses brandissent les voix à Bordeaux et ses alentours pour écraser l’invisibilité du travail non reconnu exercé par les femmes et arracher l’étiquette du chômage, ce statut qui tranche notre légitimité à faire société. A cappella ou servi sur des compositions électros qui assurent l’ambiance des revendications, elles chantent en Gilets jaunes, verts, bleus, violets, blancs, roses,… en soutien aux mobilisations sociales que nous n’oublions pas. Performance ? Manifestation ? Concert ? Difficile à définir, Chœur de showmeuses entremêle l’activisme, la poésie et le social. Il y a donc dans ce geste, une frontière poreuse entre l’art et la politique. Serait-ce un art politique ? ou même
carrément, un acte politique artistique ? Avant un événement public, il y a la fabrication de l’œuvre, terreau essentiel du chœur, qui invite à la rencontre et au partage. Cet espace pourrait être considéré comme l’atelier des showmeuses. Groupes de paroles, tables rondes, entretiens personnels, goûters, ateliers d’écriture en binôme et collectifs, ateliers de création musicale,… elles s’aventurent dans des questions de statut, de légitimité, de compétence, de travail, de reconnaissance… Il s’agit donc dans un premier temps de délimiter un espace de confiance, de parole, d’écoute, où chacune peut venir partager sa propre expérience pour créer du commun. Ces échanges permettent aussi de débattre, de mettre en exergue leurs positionnements, leurs doutes, leurs différences ou leurs impasses dans la construction de cette société aux valeurs productivistes. Si les showmeuses se demandent comment faire reconnaître la valeur de certaines activités passées sous silence, domestiques, artistiques, administratives, associatives, elles éprouvent la nécessité de bouleverser cet état de fait. L’exemple significatif du travail domestique, cette énergie invisible de la vie sociale, dépourvue de reconnaissance, non rémunérée, et pourtant, tenant une place substantielle et structurante, revient malheureusement bien trop souvent dans les constats. Et c’est par la création qu’elles décident de redresser cette partie invisibilisée du quotidien. La création est en effet, leur moteur essentiel, et il s’agit là d’écrire des chansons et de les donner à entendre. Certaines femmes, sans emploi depuis plusieurs années et donc isolées par ce statut, arrivent dans le chœur et semblent retrouver une estime d’elle-même par la création. Oui, leur histoire a résonné et leurs mots ont inspiré au groupe, l’air d’une chanson. Elles décident ensemble, de faire de leur situation, un acte artistique. Cette expérience collective rééquilibre la légitimité de parler, de créer et donc d’être au monde.
éditions JOU 60 rue Édouard Vaillant, 94140 Alfortville – France mail : contact@editionsjou.net http://www.editionsjou.net
Marianne Derrien
dessins de Liên Hoàng-Xuân disponible en novembre 2025 15 euros | 1200 exemplaires 120 pages
*points forts du livre. Une enquête de terrain croisant histoire sociale, légendes et art-contemporain. La cartographie d’une Europe utopique. Point d’orgue d’un travail au long cours, fruit de plusieurs années de recherche. Des pistes de réflexion politiques, artistiques et spirituelles pour (re)penser l’usage de l’histoire populaire. Des cartes mentales dépliables et des enluminures produites par l’artiste invitée, accompagnent la lecture. Un livre soutenu par le CNAP et Fluxus Art Project.
Turin, Londres, Prague, Lyon, San Francisco et Bobigny : forces occultes et luttes sociales suivent des lignes parallèles, qui parfois se croisent, formant ainsi les angles d’une carte secrète d’un Occident en proie à un désir de révolte. Aux interstices de ce triangle de magie blanche et noire, dans ces villes aux usines abandonnées, naissent et émergent des pratiques artistiques formant les blasons d’un contre-monde. Nourrie de légendes et de récits locaux, cette étude de terrain propose une réflexion critique sur l’art dans sa relation à la croyance et aux savoirs non officiels, afin de mesurer sa capacité — en tant que forces de production et de travail — à résister en s’initiant aux utopies magiques. Conçu comme un guide touristique trans-genre, De l’usage des forces magiques nous invite sur les pas d’un mystérieux pèlerinage, qui s’achève dans la Zone.
*Art Contemporain *Lutte Sociale *Magie *Enquête *Occident
Marianne Derrien
*l’autrice. est commissaire d’exposition indépendante et critique d’art, membre de C-E-A et d’AICA France. Après avoir été chargée de mission pour les expositions à l’Académie de France à Rome — Villa Médicis, elle collabore désormais en tant que commissaire invitée, avec des institutions muséales et des lieux indépendants en France et à l’international. Elle enseigne aussi au sein du Master Sciences et techniques de l’exposition, à l’École des arts de la Sorbonne. Depuis 2020, elle est en résidence curatoriale au Wonder, lieu autogéré par des artistes, en région parisienne, pour y mener plusieurs projets curatoriaux (Humain autonome) et d’édition (Some of Us, Manuella éditions). En 2023, elle est lauréate, avec l’artiste Eva Nielsen, du programme BMW Art Makers, dans le cadre des Rencontres d’Arles et de Paris Photo.
Liên Hoàng-Xuân
*l’artiste invitée. est diplômée de l’Académie Libanaise des Beaux-Arts de Beyrouth et de l’École des Beaux-Arts de Paris. Depuis 2022, elle participe à des expositions personnelles et collectives en France (La La Lande, Paris; Grande Halle de la Villette, Paris; FRAC Normandie, Caen) et au Liban (Beirut Art Center, Beyrouth). Dans son travail, Liên Hoàng-Xuân s’inspire de Tunis, Saigon et Beyrouth pour déployer une élégie pleine de bruits de moteurs où toutes sortes de narrations croisent celles de la poésie orientale.
*Turin *Alchimie
*éditionsMagiCité.
tisse des alliances entre mondes magiques et mondes critiques
115 × 165 mm | dépliants intérieurs | dos carré collé souple couverture pantone metalique
*Londres *Occulte
*Prague
*Lyon
*Cartographie
*San Francisco *Légendes
*Bobigny
*Histoire populaire
prix de vente 15 € ISBN : 978-2-9590198-4-5
*couverture provisoire.
*éditionsMagiCité.
tisse des alliances entre mondes magiques et mondes critiques
De l’Usage des Forces Magiques ou les Contre-Mondes de l’Art
*Liên Hoàng-Xuân
*Marianne Derrien
*l’autrice et l’artiste invitée.
*éditionsMagiCité.
tisse des alliances entre mondes magiques et mondes critiques
De l’Usage des Forces Magiques ou les Contre-Mondes de l’Art
*maquette.
*éditionsMagiCité.
tisse des alliances entre mondes magiques et mondes critiques
De l’Usage des Forces Magiques ou les Contre-Mondes de l’Art
Aux convulsions de notre siècle répondent celles des corps en révolte. Des vies s’interconnectent à d’autres, s’ouvrent à des désirs nouveaux, des joies inconnues, des pulsions très intimes à leur tour ancrées dans des croyances ancestrales liées à la magie et à l’occulte, parts noires du rationalisme et du positivisme. Si la création et les luttes sociales sont intimement mêlées, les forces psychiques, corporelles, nous soulèvent en s’opposant à un langage d’autorité, pour faire bloc. Mutantes, ces forces sont à la fois des gestes artistiques, des actes politiques, des images. Lorsqu’un système répressif se loge dans les corps, la magie et l’occulte sont brandis comme de potentielles armes d’émancipation.
De l’Usage des Forces Magiques est un texte qui joue de ces relations entre visibilité et invisibilité, construction et destruction, ordre et désordre. Il entend mettre en avant les complexités, les soubassements de la création, ainsi que les ambiguïtés du pouvoir (politique, religieux, sacré…) avec les arts. Traçant des chemins de traverse, les artistes répondent à un désir de spiritualités alternatives en relation aux mutations sociales des mondes paysans, ouvriers et à leur libéralisation. De l’histoire médiévale aux pratiques artistiques contemporaines, ce texte travaille à partir des mémoires et des géographies de cinq villes constituant plus une construction symbolique qu’une réalité historique, celle du « triangle de magie blanche et noire ».
d’activismes pré et anti-capitalistes aussi puissantes que furent les contre-cultures beat, hippie ou queer au tournant des années 1990 ? Ces propos se développent au fil d’une sélection transgénérationnelle et transhistorique d’artistes afin d’offrir une mise en perspective des conditions de développement de leurs oeuvres, en lien avec les luttes sociales.
De Turin à Prague, de Lyon à Londres jusqu’à San Francisco, cette recherche propose une lecture politique et sociale de la magie aux croisements des arts et de l’histoire des luttes. Alors que le titre de cet ouvrage se réfère à un vocabulaire militaire et autoritaire, il est ici « hacké », « désorcelé », pour multiplier les définitions de la magie : des mythes anciens aux faits divers, du banal à l’historique, de la faillite des utopies, aux présages apocalyptiques.
Cette critique profonde de l’institution et des structures de pouvoir s’incarne par le fait d’incorporer une communauté et, plus précisément, le choix de la marge comme espace d’ouverture radicale. Entre apparition et disparition, selon le principe de la TAZ, zone autonome temporaire énoncée par Hakim Bey. C’est au Wonder que se conclut l’exploration des ressorts souterrains de l’art : un contre-monde prenant la forme d’un lieu autogéré par et pour des artistes, aussi fixe que volatil. Se situer par rapport à ce lieu en mouvement et en périphérie, qui touche en plein coeur de nombreux enjeux actuels de l’art (travail collectif, déhiérarchisation des savoirs manuels et intellectuels, horizontalité, autogestion, solidarité…), c’est là tout l’enjeu de cette recherche théorique et curatoriale : rendre compte par le récit d’une expérience des marges, en travaillant (tout) contre les formats traditionnels du monde de l’art.
Nourrie de légendes et de récits locaux, cette étude de terrain entre l’Europe et les États-Unis se concentre sur les changements profonds de ces territoires (crises écologiques, sociales et sanitaires, traumatismes des guerres, durcissements idéologiques, identitaires et fascistes, aliénation et surveillance digitales, répressions policières…) en tentant de dénouer le noeud de l’héritage des pensées critiques et magiques : de quelle manière l’Histoire s’écrit dans la chair, dans les plaies et les stigmates mais aussi dans les tréfonds de l’inconscient collectif ? Quand des artistes visent à faire sécession, à cultiver les alternatives souterrainement, à travers des figures puissantes, autonomes, sombres ou joyeuses, est-ce que leurs pratiques deviennent des formes
Force est de constater qu’un renouvellement de la pensée critique s’opère dans l’art contemporain, laissant une large part à la camaraderie, l’amitié et l’amour, pour ne pas abandonner ces héritages (notamment artisanaux, ouvriers, populaires, folkloriques) à un discours conservateur autoritaire et arbitraire.
*présentation du livre.
*éditionsMagiCité.
tisse des alliances entre mondes magiques et mondes critiques
De l’Usage des Forces Magiques ou les Contre-Mondes de l’Art
*chapitre I. Turin mots-clés et références : Carlo Ginzburg, Arte Povera, Goliarda Sapienza, Gilberto Zorio, Chiara Fumai, Piero Gilardi, Carol Rama, Nanni Balestrini, Gramsci, Lotta continua, usines FIAT, … Turin est souvent associée à la magie noire dans le folklore en raison de son histoire complexe avec l’occultisme, ses nombreuses légendes et la présence d’importantes figures ésotériques. Elle représente à la fois un pan d’histoire essentiel du mouvement ouvrier italien et, ville de la FIAT, elle incarne aujourd’hui le processus de décomposition et d’atomisation des classes populaires dans un pays qui s’enfonce dans une multitude de crises politiques. Lieu où le Risorgimento italien a commencé, la première capitale, la ville de l’industrie et des luttes ouvrières, la ville qui, en août 1917, a donné vie à la plus importante révolte urbaine contre la guerre dans toute l’Europe (sauf en Russie, où la révolte s’est transformée en révolution), la ville où Gramsci s’est formé et qui, dans un certain sens, s’est reflétée dans sa pensée, la ville de la culture entrepreneuriale mais aussi de la beauté de la lutte, du Biennio Rosso aux luttes étudiantes et ouvrières de 1968-69. *chapitre II. Prague mots-clés et références : souterrain, alchimie, communisme, Golem, fonderie, astronomie/horloge, surréalisme, cimetière, Jiři Kovanda, Julie Bena, Julius Koller, Toyen, … L’empereur Rodolphe II de Habsbourg fonda à Prague une académie alchimique et invita John Dee à Prague (astrologue officiel de la Reine d’Angleterre à Londres). Pour l’Église de Rome, Prague au XVIème siècle était la capitale de la magie, doublée d’un haut lieu de sorcellerie. Selon André Breton, Prague est une scène de théâtre baroque où se sont déroulés les grands actes de l’histoire européenne. Dans cette capitale mythique de l’Europe centrale se côtoient et s’interpénètrent trois courants de pensée : tchèque, allemand et juif hassidique, en une référence pragoise au démonisme. En 1968, Le Printemps de Prague désigne une période de l’histoire de la République socialiste durant laquelle le Parti communiste tchécoslovaque introduit le fameux « socialisme à visage humain. » *chapitre III. Lyon mots-clés et références : traboule, résistance, alchimie, franc-maçonnerie, cinéma, Hélène Hulack, Frères Lumière, Alice Guy, Bianca Bondi, Tiphaine Calmettes, Josèfa Ntjam, … Ville antique, capitale de la Gaule, Lyon devient une ville très commerçante et une place financière de premier ordre à la Renaissance. Sa prospérité économique est portée aussi à cette époque par la soierie et l’imprimerie puis par l’apparition des industries, notamment textiles, chimiques et, plus récemment, par l’industrie de l’image. Dans les années 1830, Lyon fait figure de ville pionnière pour les révoltes ouvrières. La révolte des Canuts désigne plusieurs soulèvements ouvriers ayant lieu à Lyon, en France, en 1831 puis 1834 et 1848. Il s’agit de l’une des grandes insurrections sociales du début de l’ère de l’industrialisation. Capitale de la Résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle est également une colline de la religion et du travail. Berceau du cinématographe, elle est aussi celle du centre d’études spirites Allan Kardec (1804 - 1869), pédagogue français, fondateur du spiritisme.
*chapitre IV. Londres mots-clés et références : souterrain, punk, décadence, Aleister Crowley, Brexit (Désorceler la finance), Carnaval de Notting Hill, Vaudou, Harry Potter, Suzanne Treister, Jeremy Deller, Mark Leckey, Derek Jarman, William Blake, Austin Osman Spare, Rachel Rose, Grace Ndiritu, ... Londres est souvent associée à des histoires occultes et mystiques, en partie à cause de son histoire riche en sorcellerie, alchimie, et sociétés secrètes. On a souvent tenté de relever la trajectoire de Londres par le biais de lignes de force qui relieraient certains sites suivant des alignements rectilignes. L’une d’elles relierait Highgate Hill au nord à Pollard’s Hill (Norbury) au sud, en touchant au passage un nombre surprenant d’églises et de chapelles. On s’est efforcé de relier diverses églises construites par Nicholas Hawksmoor ou d’aligner St Pancras Old Church, le British Museum et l’Observatoire de Greenwich dans une topographie signifiante. Dans un sens, c’est un retour à la magie liée à la terre, jadis pratiquée par les tribus celtes de la région ; c’est aussi une reconnaissance du pouvoir du lieu. *chapitre V. San Franscisco mots-clés et références : Beat generation, techno-capitalisme, Silicon Valley, Angela Davis-Black Panthers, Anna Halprin, Mike Kelley, Tony Oursler, Mike Davis, Corita Kent, Suzanne Husky, Bruce Conner, Kenneth Anger, AA Bronson, Niki de Saint Phalle, Magie du Chaos, mouvement W.I.T.C.H, ... Berceau des contre-cultures américaines, la ville brumeuse baigne dans les rêves cyberpunks d’open source et d’émancipation par la technologie. San Francisco possède une longue histoire liée à diverses pratiques occultes et mystiques, en partie à cause de son statut de ville portuaire, origine d’un mélange diversifié de cultures. Pendant les années 1960 et 1970, la ville était un centre d’intérêt pour les mouvements contre-culturels, qui incluaient parfois des éléments de mysticisme, d’occultisme, et d’expérimentation spirituelle. Cela pourrait avoir nourri des récits ou des légendes associant la ville à la magie noire. Anton LaVey et l’Église de Satan, l’une des associations les plus notables entre San Francisco et les pratiques occultes. *chapitre VI. Le Wonder Saint Ouen, Bagnolet, Nanterre, Clichy, Bobigny mots-clés et références: collectif, ateliers de production, TAZ, Laura Gozlan, Thomas Teurlai, Pierre Gaignard, Nelson Pernisco, Aëla Maï Cabel, Laura Aufrère, … Entre apparition et disparition, animisme et productivisme, le Wonder réunit un ensemble de pratiques alternatives et collectives en résistance à un système de l’art et à son marché. Ces processus artistiques prennent racine dans les origines historiques du mouvement hacker. On y invente, bidouille pour s’organiser au quotidien avec des protocoles de dons et d’initiations. Amitiés et travail collectif sont au coeur de tous les échanges.
*chapitres du livre.
*éditionsMagiCité.
tisse des alliances entre mondes magiques et mondes critiques
De l’Usage des Forces Magiques ou les Contre-Mondes de l’Art
S E G A M I S E L S E N A M O R Y P Théorie-fiction des IA génératives Mêlant théorie et fiction, les auteurs – un philosophe et une artiste – interrogent les implications esthétiques et politiques des IA génératives. Dans un temps fragmenté, sur fond de catastrophe climatique, un duo d’agents immobiliers manipule et imagine la réalité à l’aide de la plateforme, une IA générative d’images. À travers une série de contes spéculatifs, ce livre se penche sur les multiples facettes de cette révolution : comment les réseaux sociaux, devenus filtres et métafiltres, réorganisent nos réalités ; comment l’anarchive, cette accumulation chaotique d’images possibles, recompose le passé, le futur et l’imaginaire dans un jeu infini de déformations et de réinventions ; la pyropictomanie ou le plaisir pris dans le formidable spectacle d’une dépense d’énergie ; le vol de la lumière qui plonge brusquement l’histoire de l’art dans l’obscurité.
_ Genre : Essai illustré _ Titre : Les Images Pyromanes Théorie-fiction des IA génératives _ Auteurs : Pierre cassou-Noguès et Gwenola Wagon _ Directeurs de la publication : Magali Daniaux & Cédric Pigot _ Graphisme : MDCP _ Prix : 20 euros _ Parution : Avril 2025 _ EAN 13 : 978-2-494333-00-0 _ Format fermé : 14 x 22,5 cm _ Nombre de Pages : 304 _ tout en Couleur _ Souple _ Type de reliure : broché _ Tirage : 800 ex
La plateforme cache une bête qu’il faut nourrir d’énergie électrique et de temps de cerveau disponible.
Pierre Cassou-Noguès est philosophe et écrivain. Il est professeur au département de philosophie de l’université Paris 8 et membre senior de l’Institut universitaire de France. Son travail est fondé sur un usage théorique de la fiction. Gwenola Wagon est artiste et chercheuse. Elle enseigne à l’École des Arts de la Sorbonne à l’université Paris 1. À travers des installations, des films et des livres, elle imagine des récits alternatifs et paradoxaux pour penser le monde numérique contemporain.
failles et fuites — sourcellerie précapitaliste et radiesthésie moderne Chloé Pretesacque
* seconde édition augmentée disponible dès juillet 2024 essai/science-sociale/fiction 115×165 mm/56 pages NB souple/dos carré collé/impression offset 1 ton direct sur la couverture 1500 exemplaires/11 euros *résumé. La radiesthésie, autrefois nommée sourcellerie, est un mode de connaissance et une attention portée à l’élément eau (des corps, des terres, des vents). Son objet est par essence élémentaire car il nous faut de l’eau, absolument – elle nous lie au monde et nous unit les un·e·s aux autres. Alors la sourcellerie s’évertue à en trouver, principalement sous nos pieds, par le biais d’une baguette ou de mains tendues dans une prière renversée vers les puissances souterraines. Regardée à travers nos valeurs positivistes, la sourcellerie semble élusive, invérifiable et devient par conséquent infréquentable. Chloé Pretesacque, en ayant recours à l’anthropologie historique et aux épistémologies queer et féministes, à la fiction et à la poésie, interroge notre esprit avide de certitude. C’est en convoquant le sensuel et le rituel qu’elle introduit un rapport érotique au sujet, transformant celui-ci en source d’émancipation radicale.
*les points forts du livre. • Réédition, augmentée d'une fiction, du premier titre d'une maison d'édition associative et engagée, tenue par un trio mixte artiste/éditeur/graphiste. • Une propostion hybride mêlant essai, document et fiction.
*féminisme *sourcellerie *sorcellerie *capitalisme *plomberie *invisible *lutte *sabotage *science *populaire *irrationnel *histoire(s)
• Destinés au lectorat critique/engagé mais aussi au public art-visuel/alternatif. • Textes accompagnés d’un fac-similé rare annoté par l’autrice.
• Un sujet populaire mais peu traité.
• Une maquette singulière et une belle matérialité.
• Une réflexion d’actualité et une approche vulgarisante.
• Un principe de collection très identifiable.
*l’autrice. Chloé Pretesacque est diplômée en science politique et en philosophie, spécialisée en études de genre et en art. Dans le cadre d’un doctorat à la Sorbonne-Nouvelle, elle s’intéresse aux arts de la résistance pratiqués par des formes de vies habitant les ruines du capitalisme. Tantôt invasives, tantôt éteintes, ces espèces troublent les catégories des sciences modernes et nourrissent la notion polymorphe de « contre-nature ». Ainsi les champignons, les méduses ou les escargots sont pour elle des êtres et des figures - en somme, des guides - pour fonder des stratégies d’émancipations.
*éditionsMagiCité. met en scène les rapprochements intimes et essentiels entre mondes magiques et critique sociale. *éditionsMagiCité. piste des textes et des documents risqués, explore la transdisciplinarité des sciences — sociales ou naturelles, toujours sans majuscules — et ouvre celles-ci à des relations hybrides, parfois inavouables.
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*sourcellerie et sorcellerie, les Origines de la Radiesthésie. 9 Lettre Préface de M. L’ABBÉ MERMET, 1er mars 1935, in Manuel de radiesthésie, op. cit., p. 9.
René Lacroix-à-l’Henri, radiesthésiste et officier radio de la Marine marchande – donc « à l’aise dans les champs de l'électricité et des ondes »9 –, publie en 1935 son Manuel de Radiesthésie. Il présente dans l’introduction les différentes acceptions et modes opératoires de la radiesthésie au fil des siècles, et, ainsi, ses différentes représentations culturelles. La présence des instruments, notamment de la baguette et du pendule, sont autant de traces qui permettent de pister la sourcellerie à travers différents lieux, peuples et époques. Par exemple, dans l'Empire Romain où, en 370, Ammanius Marcellinus décrit comment « obtenir des oracles à l’aide des manifestations du pendule ». Ou encore en Chine Impériale, où les « maîtres en recherche de failles » sont régulièrement consultés ; l’Empereur Tu (2205-2197 av. JC) lui-même est représenté sur un bas-relief datant de l’an 147, tenant une baguette à la main avec une légende la caractérisant comme un objet merveilleux qui décèle les objets cachés. Toutefois, cette histoire officielle de la radiesthésie omet les milliers de guérisseuses et de magnétiseuses qui transmettent leurs savoirs oralement depuis des siècles. Leur présence est cependant omniprésente, car c’est bien au Moyen-Âge que la sourcellerie devient sorcellerie, et que les autorités religieuses entrent en conflit avec les pratiques thérapeutiques dites païennes – des pratiques qui sont de plus en plus marginalisées puis finalement réprimées dans un déchaînement de violence inouïe.
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Les savoirs empiriques précapitalistes sont avant tout des pratiques qui ont trait à une multitude hétéroclite de soins, d’envies et de peines. Qu’il s’agisse de sentir la présence d’une source, de diagnostiquer une terre malade, de chercher une personne disparue ou de trouver des réponses à des questions indélébiles, la magie sert au collectif. La revendication de ces savoirs empiriques prend forme dans les luttes politiques rurales et territoriales du XXIème siècle, ainsi que dans les critiques féministes du XXIème siècle. En effet, celles-ci reviennent sur la nécessité politique et intellectuelle de revendiquer la radicalité des savoirs empiriques alternatifs, qui ont été éradiqués pour l’expansion du système capitaliste et de la pensée rationaliste. Lorsque Donna Haraway – philosophe des sciences et première directrice de la chaire d’études féministes à l’Université de Santa Cruz – expose sa définition de la nature, elle se met directement en dialogue, en duel même, avec Francis Bacon et refuse sa conception en reprenant ses propres termes :
« La nature n’est pas un lieu physique dans lequel quelqu’un·e peut se rendre, elle n’est pas non plus un trésor que l’on peut enfermer ou emmagasiner, ni une essence que l’on peut sauver ou violer. La nature n’est pas un texte à lire dans le langage des mathématiques et de la biomédecine. Elle n’est pas l’autre qui offre l’origine, le réapprovisionnement et le service. Ni mère,
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« Avec la persécution des guérisseuses populaires, les femmes furent dépossédées d’un patrimoine de savoir empirique, concernant les plantes et les remèdes, qu’elles avaient accumulés et transmis de génération en génération, perte qui ouvrit la voie à une nouvelle forme d’enclosure. Ce fut l’avènement de la médecine professionnelle, qui érigea en face des classes inférieures un mur de connaissances scientifiques incontestables, inabordables et étrangères, malgré leurs prétentions curatives ». 12
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*l’érotisme comme Puissance, la radiesthésie comme Pratique.
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Les guérisseuses étaient généralement FEDERICI Silvia, et la sorcière, des femmes seules qui, par choix ou par Caliban « La sorcière, la guérisseuse et nécessité, « faisaient office, dans le village, la naissance de de sages-femmes, de médecins, de voyantes la science moderne », Entremonde, ou d’enchanteresses, et avaient une compé2014, p. 322. tence particulière (comme l’écrit Burckhardt 11 au sujet des sorcières italiennes) en matière Ibid., p. 230. amoureuse »10. Dans Caliban et la Sorcière, Silvia Federici, penseuse marxiste et féministe italienne, propose un retour historique et critique sur la transition qui s’est opérée du système féodal au système capitaliste dans l’Europe du XVème siècle. Son analyse place au centre de la question de la chasse aux sorcières les bûchers et lieux de tortures comme laboratoires de cette transition. Des laboratoires où se construisent notamment la révolution scientifique à venir, les corps devenant des cobayes pour la médecine moderne11. Elle considère ce moment de l’histoire européenne comme le catalyseur d’une union entre l’Église et l’État, pour l’administration mais aussi pour le contrôle des corps et des esprits. Selon elle, la démonisation de la sourcière en sorcière peut être expliquée par l’hypothèse suivante : il s’agissait de punir les vols et vandalismes liés à l’augmentation croissante de la privatisation des terres agricoles et donc de la pauvreté. Ainsi, les sorcières étaient donc une population qui s’appauvrissait et ne correspondait pas à l’évolution de l’État moderne :
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ni nourrice, ni esclave, la nature n’est pas la matrice, la ressource ou l’outil de reproduction de l’Homme. La nature est un topos, un lieu, dans la dimension rhétorique d’espace ou de sujet autour duquel se retrouvent des thèmes communs. La nature est, à proprement parler, un lieu commun ».25
25 HARAWAY Donna, « Les promesses des monstres : politiques régénératives pour d’autres impropres/ inapproprié-e-s » (“The Promises of Monsters : A Regenerative Politics for Inappropriate/ d Others”, 1992), trad. Sara Angeli Aguiton, in Elsa Dorlin, Eva Rodriguez (dir.), Penser avec Donna Haraway, PUF, coll. « Actuel Marx confrontation », 2012, pp. 159-229.
Cette définition de la nature torpille le langage même de la science légitime. En révélant le caractère politique des définitions de la nature écrites par les détenteurs 26 Cette expression autoproclamés d’une raison objective, Donna caractérise la Haraway rend à celle-ci sa place rhétorique production des savoirs comme et donc fictionnelle. Pour cela, elle utilise des scientifiques située socialement, c’est-à-dire, outils « S.F » – science-fiction, fiction-spédépendante culative, science-féministe – car la science des conditions culturelles est spéculation, peut être féministe quand matérielles, et sociologiques elle est située, et surtout est fiction dans la dont sont dotés ses fondateurs. mesure où chaque hypothèse est une tentative d’incipit à une plus longue histoire. 27 HARAWAY Donna, Ses méthodes empruntent alors tant à la « Savoir situés : la puissance des incantations magiques qu’au question de la science dans le féminisme tâtonnement des sciences expérimentales. et le privilège de la Ce qui importe selon elle est d’assurer une perspective partielle », Manifeste Cyborg fois pour toutes les termes profondément et autres essais, – Fictions rhétoriques et fictionnels de l’objectivité. –Sciences Féminismes, Exils Pour ce faire, elle lui oppose les savoirs Éditeurs, 2007, traduit par Denis situés26, afin de rendre compte des limites Petit et Nathalie de la vision d’un « regard conquérant qui Magnan, de l’original : “Situated Knowledges: vient de nulle part », qui « représente tout en The Science Question in Feminism and échappant à la représentation » et « exprime the Privilege of la position d’Homme et de Blanc, une des Partial Perspective”, traduction de l’autrice, nombreuses tonalités du mot objectivité. »27 Feminist Studies 14, n . 3, 1988, p. 135. Ce qui résistait alors de la radiesthésie
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41 NEIMANIS Astrida, « Hydroféminisme, devenir un corps d’eau » (“Hydrofeminism, Or, on Becoming bodies of water”), in Henriette Gunkel, Chrysanthi Nigianni and Fanny Söderbäck (dir.), Undutiful Daughters: Mobilizing Future Concepts, Bodies and Subjectivities in Feminist Thought and Practice, Palgrave Macmillan, 2012, trad. Ambre Petitcolas et Emma Bigé, 2021. 42 Ibid.
de penser un « hydroféminisme », critique et matérialiste, qui s’appuie sur les possibilités de résistances que représente l’eau :
« L’eau comme corps, l’eau comme communicante entre les corps, l’eau qui facilite le passage des corps aux êtres. Entité, médium, milieu transformatif et gestationnel. L’eau qui se replie à l’intérieur de, suinte, nourrit et sature nos corps d’eau. “ Il y a des marées dans le corps ”, écrit Virginia Woolf. Nous fluons et refluons à travers l’espace et le temps – de corps en corps, en corps, en corps. » 41
Cette pensée d’Astrida Neimanis tend un pont aux guérisseuses, en partageant une position hydroérotique qui insiste sur la perméabilité des corps : « Et pourtant nous transpirons, nous urinons, nous ingérons, nous menstruons, nous allaitons, nous éjaculons, nous respirons, nous pleurons. Nous assimilons le monde, sélectivement, et nous lui restituons, sélectivement, ses flux »42. Ainsi, les sourciers et guérisseuses entretiennent un mode de connaissance et une position qui cultivent un rapport érotique au monde traversé par des flux, des ondes et des liquides permettant une communication matérielle et organique. Si Virginia Woolf affirme la présence des marrées dans les corps, Monique Wittig et Sande Zeig écrivent, elles, les fuites qu’il y a dans les consciences, comparables aux fuites d’eau. Ces images doivent être comprises dans leur matérialité : les subjectivités sont criblées de trous. Des trous par lesquels les fuites d’imagination, d’intérêts ou de sentiments s’échappent, des fuites par lesquels le désir circule, comme autant de flux corporels. Lorsque, dans son ouvrage Sorcellerie capitaliste, Isabelle Stengers demande à ses lecteur·rice·s : « Êtes-vous 43 DELEUZE Gilles et PARNET Claire, Dialogues, Flammarion, 1977, p. 47.
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de ceux qui croient que la fiction est sans pouvoir ? », elle renonce à l’affirmation pour prononcer cette question rhétorique comme l’incipit d'un rituel magique. Comme un appel à agir partout où la fiction de l’étanchéité des corps et des consciences peut être flairée, un appel à « faire fuir le système comme on crève un tuyau »43.
Arrêter une machine, c’est l’endommager. Il nous faut peut-être faire de la plomberie un artisanat vandale, ou encore nous faire passer pour des plombier·ères (censément venu·es réparer les fuites) afin de vandaliser (empirer la fuite, augmenter son débit).
* L.P.
« Usage queer » in Vandalisme Queer, Sara Ahmed
répare les fuites chez les gens, aide aussi sur les gros chantiers à faire de la plomberie et de l’électricité. Elle a trouvé dans les chemins complexes des canalisations et des fils électriques une joie particulière liée aux souterrains, à ce qui se cache derrière – les murs, les sols, les plafonds, les trottoirs. Enfant, elle voyait les tableaux électriques comme des cartes aux trésors venimeuses, dangereuses, desquelles il ne fallait pas s’approcher. Pareil pour la plomberie : ces boyaux de métal la fascinaient. En primaire, elle avait visité les égouts de Paris avec sa classe et c’en était fini : elle était tombée amoureuse des souterrains humides, y trouvant un mélange parfait de ce qu’il y a à la fois de plus concret et de plus hallucinant ; descendre dans les entrailles de Paris l’avait électrisée. Sous terre, à l’orée des stations d’épuration, se racontaient des histoires qu’elle avait gardées en elle à la même profondeur qu’elle en avait gardé d’autres, celles « qui font peur ». Elle savait que ces histoires habitaient le même lieu de sa mémoire, un lieu où la réalité et l’imaginaire cohabitent sans trop se demander de comptes. Par exemple, elle se souviendrait
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pour toujours de l’homme qui lui raconta, à elle et à son groupe, qu’il avait retrouvé un bébé crocodile nageant au milieu des eaux sales destinées à être traitées en station d’épuration : un bébé crocodile vivant était passé dans les égouts de Paris, et c’était vrai. Elle acta donc que les histoires qui font peur et les autres histoires étaient les mêmes, ne voulant pas trancher sur celles qui étaient vraies ou non. Si un bébé crocodile s’était retrouvé dans les égouts de Paris, des bêtes à tentacules pouvaient tout aussi bien vivre dans les puits, voire même nous manger si l’on s’aventurait trop près. Elle décida qu’elle voulait appartenir aux souterrains, savoir où se passaient les choses et surtout comment elles se passaient – elle voulait être témoin de toutes ces histoires, celles qui font peur et les autres, et ne trouvait pas meilleur lieu pour cela. Elle voyait la salle des machines du Titanic et les égouts de Paris du même œil. C’était le corps physique de bêtes d’acier, de ciment, de braise, de métal, d’eau, et elle les savait en vie, tout autant que le crocodile des égouts ou la pieuvre au fond des puits. Elle voulait être là où la ville coule, c’est-à-dire en dessous de celle-ci.
fuites relationnelles. Les gens fuyaient pour relâcher une pression physique, rien de plus, et parfois il fallait apprendre à laisser couler. Sa venue à Bruxelles ne devait durer que deux mois, mais elle resta plus longtemps, beaucoup plus longtemps que prévu, à croire que la fuite lui avait réussi. Elle travaillait pour une boîte en tant que plombière, en intervenant un peu partout – bureaux, hôtels, chantiers… –, et donnait aussi des coups de main en électricité – mais au black, car elle n’avait pas le diplôme. Aussi, elle avait la perception particulière de celleux qui tiennent à ce qui coule, à ce qui passe entre les choses, entre les personnes. Lors de sa rupture, l’une des manières d’extérioriser avait été d’écrire, pas sur l’événement directement mais sur tout ce qu’elle faisait, pour retrouver un sentiment de contrôle et de maîtrise. Dans un de ses carnets, entre des schémas de panneaux électriques pour un atelier qu’elle donnait et des essais de dessins pas très glorieux pour un atelier auquel, cette fois, elle assistait, il y avait un poème. Le poème était nourri d’une rancune un peu mal placée mais elle s’y voyait quand même.
En grandissant, son amour pour les tubes remplis d’eau demeura, plus seulement dans sa tête, mais aussi dans son corps, dans ses mains et ses gestes. En attendant une place potentielle pour travailler aux égouts de Paris, elle avait déménagé à Bruxelles où elle avait suivi un amour, à moitié par envie profonde, à moitié par fuite – les deux revenant peut-être au même. Au moment de sa rupture, elle avait pensé ce qui se passait sous un angle « pratique », ce qui la soulageait beaucoup ; pour elle, les liens relationnels, amoureux ou amicaux étaient comme la plomberie, la mécanique des fluides, ou la géologie : quand trop de pression s’accumulait à un endroit, celui-ci se fragilisait et le courant déviait de lui-même dès qu’il en avait la possibilité. Elle se disait donc qu’une fuite d’eau ou une faille géologique étaient le pendant matériel et visible des
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Pure
On m’a souvent dit tu es pure je le prenais mal je voulais être sale c’est pas parce que j’ai un infini respect pour l’eau qui coule que je suis pure enfin peut-être ou c’est juste faire attention aux choses qui passent entre les personnes mais la pureté c’est une histoire vraiment cruelle c’est pas mon histoire c’est celle de personne
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ALEXANDRE Guy, Théorie et pratique de la « Radiesthésie », 1990 annotations de Chloé Pretesacque, 2022
Guy a reçu la baguette d’or au Concours National des Radiesthésistes de France et Guy est très généreux. C'est chez lui, après une expédition dans la petite Sibérie française pour travailler avec ses baguettes sur une exploitation agricole, qu’il nous présente ce document qu'il a lui même écrit. Dans les années 1990, il participe à un périodique régional dont le sommaire contient des mots comme patois, taupes, quatre lacs, jura, bourg et donc, radiesthésie. Page 45, quelques feuillets jaunes d’un tutoriel se retrouvent coincés entre un article des Amis des Arts de Louhans et un poème sur les pins du Jura.
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La politique continuée par la littérature Comment la littérature peut-elle participer à l’effort politique sans se renier comme littérature, sans se subordonner à la cause ? Comment peut-on faire politiquement de la littérature ? Á quoi ressemblerait une politique de la littérature ? Nous ne créons pas les éditions Cause perdue parce que nous avons la réponse mais pour faire vivre ces questions. Car à ces questions il n’est de réponse qu’au cas par cas, livre après livre, dans le vif du texte.
Je ne suis pas une libellule Gwenaël David
Les éditions Cause perdue sont un collectif constitué de Stéphanie Vincent, Elsa Personnaz, Gaëlle Bantegnie, François Bégaudeau, Gwénaël David, Antoine Derouallière, Julien Ollivier Bénédicte Thiébaut, Xavier Tresvaux. contact@editionscauseperdue.fr Stéphanie Vincent 06 74 33 21 79 - Elsa Personnaz 06 81 98 16 07 Lancement en avril 2025 - Inscrivez-vous sur www.editionscauseperdue.fr pour suivre nos actualités.
Les naturalistes sont aussi mal connus que les libellules. Ce livre nous invite à les suivre dans la boue et les zones délaissées à la recherche d’individus aux noms étranges, là où se jouent les luttes contre la prédation marchande et les projets d’aménagement inutiles. Au gré des récits de prospections se dessine aussi en creux une forme singulière d’engagement politique, loin des discours mais au plus près des contradictions.
Résumé argumenté
Le narrateur, naturaliste passionné de libellules, arpente milieux et habitats depuis vingt ans. Au gré de ses visites, il observe ces formidables insectes pourtant si mal connus, collecte leurs exuvies, renseigne, sensibilise, informe, contribue et défend. Ces circulations en zones humides, ces rencontres, ces plaisirs et ces déboires, ces usages et ces confrontations disent aussi de la marche du monde. Depuis le récit d’une quinzaine de prospections de terrain, l’auteur témoigne d’une pratique naturaliste, en précise la matière, les contextes, les enjeux, mais aussi ses doutes et ses dépits. Depuis le réel de ces vécus, il saisit un univers complexe où coexistent des environnements naturels, économiques, administratifs, et raconte les rapports de forces qui les sous-tendent. Ce texte est aussi une proposition littéraire, où s’opère une jonction égalitaire de l’homme, du naturaliste, du militant, des noms des choses et des êtres, des sens, du vital et des vivants. Il raconte enfin la nécessité pour le naturaliste/militant de se regarder dans la déroute, pour en revenir au corps et à l’autre, au sensible et à la joie comme réponse au morbide de la destruction, comme danse à la farce du pouvoir. Gwenaël David a jusque là distillé son approche discrètement subversive de l’écologie dans des récits jeunesse. Pour Cause perdue il se met en jeu par les voies du récit subjectif et littéraire, pour faire entendre la dimension politique dans l’appréhension même des libellules, de la pratique naturaliste, des luttes écologistes et du monde que nous habitons.
ISBN : 978-2-487871-02-1 Format : 13x19 cm 80 p. Prix : 12 € Parution : 20/08/2025
………… Gwenaël David nait en décembre 1971, grandit à Madagascar puis au Congo-Brazzaville. Le bac en poche il rejoint la fac des sciences de Nantes, préfère jouer de la basse dans le groupe de punk-rock Zabriskie Point. Entomologiste pratiquant, il fréquente et étudie papillons et surtout libellules en Martinique, à Lyon, dans le Jura puis à Marseille désormais. Chez Hélium, il publie les albums Chroniques de la Pampa (2012), Mille méduses (2017) et Le Chien cornet (2018) ainsi que les romans jeunesse L’incroyable destin de Quentin Libellule (2013) et Kid au 1er Sommet des Animaux (2020). Toujours chez Hélium, il publie également quatre tomes des fictions documentaires jeunesse de Sur les traces (2022-2024), collection conçue avec les scientifiques auteurs des livres de Mondes sauvages d’Actes Sud. Membre du Collectif Othon, il participe aux deux ouvrages publiés chez Divergences, À Arles (2023) et À Brest (2025). Enfin, il contribue au podcast jeunesse Bestioles (France Inter/ Muséum national d’Histoire naturelle), avec une vingtaine d’histoires à ce jour.
Extraits choisis
De l’eau s’écoule en perles puis en gouttes de mon corps. Fin août est toujours chaud dans le Rhône. Dépassé la zone de loisirs du Grand Parc de Miribel-Jonage, sorti du nuage de fumée des barbecuemerguez qui enveloppe la grande pelouse, l’une des rares surfaces périphériques qui permettent aux excentrés des immeubles d’être à l’air et dans l’espace, je continue vers moins fréquenté. Le sentier se démultiplie rapidement puis irradie en sentes tracées par les fréquentations. Telle file vers les gravières où pêchent et bronzent les humains, avec ou sans slip. Telle autre fond dans le bois et accueille les rencontres homosexuelles mâles. Telle enfin dessinée par les empreintes des pneus de VTT ou les pattes des chiens. Je sais où je vais j’ai mon circuit en tête. Ce n’est pas toujours le même, cela dépend de l’époque de l’année, en fonction des espèces présentes, de mes suivis en cours ou même de la météo. Ainsi Vent fort me rabat dans les prairies abritées contiguës aux plans d’eau, Chaleur extrême en ripisylve, et je m’oriente alors vers la recherche d’exuvies d’espèces d’eaux courantes. J’essaie de ne rater aucun des flux sahariens qui transportent du sable, salissent les voitures et poussent au cul des grands migrateurs, Anax ephippiger en tête. C’est cette libellule subsaharienne que je cherche aujourd’hui puisque le sirocco a soufflé son haleine jusqu’ici. Je file aux gravières de peu de profondeur car je connais son appétence pour ces milieux. En chemin je croise le Rizan, ruisseau phréatique qui héberge une très belle population de Calopteryx haemorrhoidalis, espèce méditerranéenne en progression vers le nord. Approchant doucement de la berge pour observer et lister libellules et demoiselles je fais peu de bruit. Filet en main je m’arrête, les pieds dans le massif de cresson de fontaine où leurs incessantes disputes accaparent mon attention. Suivant des yeux le vol furieux de l’une d’elles je remarque la présence d’un homme sur la berge opposée, dans un secteur moins végétalisé. À 20 mètres de moi il ne m’a pas encore vu. Il porte un gilet camouflage sans chasuble fluo et se tient au bord de l’eau fusil cassé en main gauche. Il chasse lui aussi. Ses yeux balaient la végétation et se posent sur moi. Il n’exprime pas grand-chose à ma découverte mais s’attarde. Je ne le lâche pas non
plus et tous deux restons là en chiens d’arrêt. Poli garçon je lutte pour ne pas le saluer. Le vent chaud et sec redouble en rafales, levant tourbillons de poussière dans son dos sur le sentier de la berge. L’immobilité dure et un mâle de Calopteryx se pose sur mon filet, affirmant son territoire. Aucun faisan même issu d’un lâcher de la veille ne se perche sur son arme. L’eau s’écoule entre hélophytes et plages sédimentaires, entre nous deux. Il ne bouge pas moi non plus. Il chasse sans chien, ou bien fait partie de la bande de crevards en battues qui règnent ici et font mine de gérer le sanglier, autorisés à tirer toute l’année. En 2023, époque favorable pour les bienheureux chasseurs, je les croiserai encore, plus présents même si moins nombreux. Je suis pris dans une battue, séquence où un sanglier sans grâce fuit devant la meute de chiens épuisés, équipés de colliers à antennes hautes de 50 centimètres tandis que rugissent les moteurs des 4x4 qui vrombissent dans la circulation sur la départementale attenante, les yeux des chasseurs embarqués rivés sur l’écran qui suit la chasse en GPS : des chiens connectés trackés en talkies, ondes intégrées dans la fabuleuse voûte. L’un des chiens, exténué, nous suivra jusqu’à la voiture, nous quémandant une place dans le véhicule pour s’arracher à cette laideur. Au bord de l’eau, mon chasseur et moi ne bougeons toujours pas, tandis que tout palpite autour. Je ne suis pas en colère je ne veux pas finir dans la vase du cinquième cercle des enfers. Sous le coup de l’ennui, mon cerveau mouline et tente de s’occuper. Je pense au Styx qui se substitue au ruisseau. Je suis du côté du terrestre et le chasseur de celui de l’Enfer avec sa pétoire et sa sexualité morbide. Ça me fait ricaner à l’intérieur mais voilà, ça y est, j’ai perdu, car le cours d’eau H2O et ses milliards de cellules avec ou sans noyau s’estompent au profit d’autres ondes, cérébrales. J’ai lâché ma matière pour des images, les vies pour du sens, j’ai recouvert l’eau d’un drap intellectuel, d’un récit j’ai quitté les mondes pour le mien exclusif. Le chasseur se replie sur le sentier de la berge puis disparaît. Je n’ai pas bougé mais je suis le perdant, il me faudra un gros quart d’heure pour me reconvoquer, pour m’oublier, quitter ma tête par les yeux et revenir au ruisseau.
Le prof force de vente ne voit pas exactement la même chose que l’ouvrier. L’ingénieur du Grand Lyon ne voit pas la même chose que la juriste. Matérialistes, mes visions sont chargées de politique. La queue d’étang, milieu semi-temporaire qui s’assèche à l’été, est aussi un enjeu politique majeur puisque rapport de forces entre l’instable vital et la stabilité productiviste aquacole. C’est une ZAD de quelques mètres carrés. Un juriste de profession y verrait autre chose, autre pays, autre cas. Que voit un juriste entomologiste dans cette queue d’étang ? Que voit une paysanne dans cette bouillasse vitale ? Que voit un odonatologue togolais dans une tourbière bombée ? Que voit une plongeuse subaquatique dans une gravière en évolution ? Que voit un castor depuis son ouvrage ? Que pense le ru lorsque je tamise ses sédiments à la recherche de larves de Cordulegaster bidentata ? *** La campagne se transforme à grande vitesse, loin des métropoles. Tout est en place, la FNSEA joue bien, la chasse est en open bar depuis des années, la colonisation du rural vit un nouvel épisode industriel. Le rural provincial est désormais rappelé territoire par l’État. Les territoires, puisqu’il y a la diversité. Il y eut les Territoires d’Afrique occidentale française, les Territoires d’outre-mer, toutes terres colonisées comme existent ailleurs les Territoires occupés. Cette reprise sémantique est d’une transparence admirable si ramenée à sa teneur géopolitique. À la première définition du Larousse, qui écrase évidemment l’infinie richesse ambiguë de ce mot, je préfère la seconde : étendue dont un individu ou une famille d’animaux se réserve l’usage. Ainsi grandes entreprises BTP et autres groupes multinationaux, fédérations agricoles, chambres diverses et start-ups lâchées sur l’énergie décuplent leur emprise sur les terres nationales et remembrent de nouveau, s’appropriant toute terre, toute eau, tout air au service de leurs intérêts dans une chaîne de corruptions et de relais. Sans surprise, la criminalisation des militants s’inscrit dans ce programme. Grandi en Afrique postcoloniale, ayant vécu en Martinique, à Nantes et à Bordeaux, je
reconnais la grammaire ici à l’œuvre. (Ré)appropriation n’est déjà plus valide, trop policé. Accaparement ne dit pas tout. *** Je patauge dans le ruisseau de la Mouche. La section que j’affectionne, située à proximité des premières torches de la vallée de la Chimie et à deux doigts du pays de Seveso 2, serpente à l’air libre sur quelques centaines de mètres, sous la haie d’honneur des renouées du Japon. C’est un flux si rebutant qu’il a réussi à se faire oublier durant quelques décennies. Une dalle de béton s’est effondrée sous la surface, trouée et fendue sur la nappe, saupoudrée ensuite de sédiments et d’herbiers de myosotis aquatiques. Un seuil de presque deux mètres le conduit au marécage où les troncs des arbres morts gisent droits dans la flotte, entre les grillages de l’entreprise de je ne sais pas quoi qui agite ses camions à tout instant et le sous-bois vicié qui sépare le ruisseau des bâtiments tertiaires de l’autre rive. C’est un don du castor qui s’est installé dans ce cloaque et à force de barrages et de dérivations a façonné ce pays extraordinaire, bourgeon en terre déchue. Il faut en vouloir pour y aller et j’adore cet endroit. Mes pas concentrés font crisser les déchets de petit matériel médical, résidus encroûtés d’une industrie qui usinait ici, jadis. J’ai évité les trous cachés de la dalle en amont, j’éviterai les vases piégeuses aux abords des troncs morts, là où je collecte les exuvies de Libellula fulva qui de fauve a bien plus que la teinte. Je trouverai aussi, agrippée aux rejets buissonnants d’un aulne glutineux, la dépouille larvaire d’Aeshna isoceles pourtant réputée dans la littérature pour son exigence écologique. Un tesson de bouteille manque de me percer la botte à la réception d’un saut pour éviter un suintement gras. C’est beau, c’est dégueulasse, c’est impur, c’est riche, c’est scandaleux, ça résiste, ça fait des bras d’honneur, ça vit. *** J’ai de l’eau jusqu’aux genoux fléchis et les bottes remplies du Rhône qui longe la Tête d’Or de Lyon. Le cul baissé au ras de l’eau
pour photographier l’émergence d’un Stylurus flavipes à fleur de surface, sur un typha, je reste immobile. La larve aquatique devient libellule en quarante minutes tandis que fusent les hors-bords, les skieurs nautiques et les jets sur le fleuve. Chaque passage provoque vagues qui me trempent les fesses, noient et emportent au ressac des dizaines d’autres individus alors en émergence sur les langues de sable de la berge, à deux mètres de là. Je photographie un miracle sur un fond dramatique. *** Je ne suis pas une libellule qui se défend. Sans doute aimerais-je puisque le slogan est si beau mais ça n’est pas le cas. Le tatoueur qui me fit le dos regrettait de ne pas avoir su à l’avance que j’allais le couvrir. Le sachant il en aurait usé autrement, aurait proposé tableau plus artistique sur ma peau. Mais loin de cela je ne souhaitais pas accueillir ce vivant mais le vivre, ni représenter cette énergie mais l’être. M’augmenter pariétal. Inscrire mon corps dans la vitalité des recompositions. Je ne suis pas Mr Libellule, je ne suis pas une libellule j’en suis la possibilité. J’en ai le matériel va, va à l’étrange à ce qui t’échappe t’es pas là pour comprendre fais pas ton expert, les libellules s’en fichent va, à ce qui te trouble soluble va, tu sers à rien depuis quand t’es là pour servir va, il y a déjà du monde dans l’eau au milieu des potamots et des renouées, j’avance filet en main. Il me semble apercevoir Aeshna cyanea qui patrouille sur l’herbier inondé. La grande libellule est bien identifiable mais le reflet argenté de cette fin d’été sur le marais de tourbe trouble la vision. Il pourrait s’agir d’un mâle d’une autre espèce. Je bande mes muscles jusqu’ici au repos et alerte mon filet. L’aeschne passe, repasse, puis le coup part qui la rate. Le mâle, qui n’a pas fui à cette tentative d’enlèvement, revient puis se stabilise à un mètre de moi, à hauteur d’yeux. Vibrant dans l’air d’un vol stationnaire impeccable, la libellule insiste, ses facettes vers mes globes d’humain.
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Argumentaire de vente
Au chevet des milieux
L’émancipation par l’outil manuel
Table des matières
Au chevet des milieux est un essai-manifeste qui propose une vision contemporaine de l’utilisation des outils manuels en tant que moyens insurrectionnels de se réapproprier notre lien à la nature. Guidée par une pensée écologiste avant-gardiste, Yetecha Negga explique comment l’outil permet aux vivants une exploration profonde de leur corps et des milieux. À travers dix principes, son argumentation nous amène à considérer l’outil manuel autrement, comme un moyen de prendre conscience des enjeux climatiques, une solution pour émanciper notre corps et notre esprit, un dessein pour insuffler de la vitalité et de la joie dans les actions qu’il nous reste à entreprendre pour lutter contre la catastrophe.
Introduction - Approcher autrement le travail de l’espace - L’ambivalence entre pratique et théorique
Titre : Au chevet des milieux Sous-titre : L’émancipation par l’outil manuel Auteur : Yetecha Negga Rayon : Écologie / Paysage / Beaux livres / Essai Genre : Essai Mot-clés : nature / écologie politique / biodiversité / paysage / outil / optimisme Argumentaire de vente : Un essai porté par une jeune autrice, offrant une vision optimiste de l’écologie à travers la redécouverte des outils manuels.
Au chevet des milieux L’émancipation par l’outil manuel
Parution : 15 octobre 2025 Prix : 18 € Nombre de pages : 176 Format : 12 x 18 cm ISBN : 978-2-487573-01-7 Editions : Simple Hauteur
Yetecha NEGGA Au chevet des milieux
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Principe n°1 : Façonner le monde matériel tout autant que le monde des idées - Tisser des liens dans la pratique Principe n°2 : Façonner nos territoires - Les scies - Les pioches - La barre à mines Principe n°3 : Sortir de la mécanisation, une nécessité pour soi et la société - La plane à écorcer - La faux - L’arrosoir Principe n°4 : S’émanciper dans la polyactivité, des freins liés à l’accès à la propriété et au clivage villecampagne - Les haches - Le hache-paille
Principe n°5 : Revenir à l’outil manuel n’est pas écofasciste - La serpe, la serpette - La machette Principe n°6 : Impulser l’écogenèse, un travail qui passe par la cartographie - Le cordeau et les piquets Principe n°7 : Revenir aux outils manuels, une stratégie contre les paysages uniformisés - La bêche - Le greffoir - La masse et la clôture Principe n°8 : Préserver les sols, un enjeu de biodiversité - La houe - La serfouette - La grelinette et la fourche bêche Principe n°9 : Accéder à la terre, entre héritage et autodétermination - Le croc à fumier et le râteau - Le bâton de repiquage Principe n°10 : Annihiler nos peurs - Les cisailles - La batte à semis Conclusion / Glossaire / Bibliographie
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Biographie
Yetecha Negga
Simple hauteur Une maison d’édition indépendante dédiée à l’architecture et au paysage Fondé en 2024, Simple Hauteur s’articule autour de valeurs écologiques avec la décision d’imprimer en France, de sélectionner un papier recyclé et labellisé, de faire un tirage raisonné, et de travailler avec un diffuseur qui partage les même valeurs (Serendip Diffusion). La maison s’engage socialement, fait valoir le travail de jeunes créatrices en célébrant leur expertise tout en contribuant à une plus grande égalité dans des secteurs où les femmes (autrice, architectes, paysagistes, artistes, designer) sont encore sous-représentées.
Léa Balmy, architecte DE, éditrice, fondatrice de la maison
Louise Nivière, correctrice, master en Littérature et édition
Yetecha Negga, paysagiste et autrice indépendante, réconcilie une approche d’aménagement avec l’écologie profonde (deep ecology). À travers sa formation à l’Ecole Nationale Supérieure de Paysage de Versailles, elle met en place une pratique en va et vient entre lecture des milieux, notamment grâce à ses acquis en botanique, et son expérience de terrain sur les chantiers. La marche et l’observation l’ont guidées jusqu’ici, et nourrissent sa connaissance des milieux et ses réflexions philosophiques et politiques. Son premier ouvrage, Au chevet des milieux, porte un regard nouveau et libérateur sur sa discipline. Instagram : @simple.hauteur contact : simplehauteur@gmail.com
Emma Brangeon, graphiste et directrice artistique
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UNE ÉCOLOGIE DES ÊTRES-TERRE Depuis une dizaine d’années, et dans de nombreux pays, des fleuves, des montagnes, des roches se voient progressivement reconnaître comme des personnes juridiques. Souvent initiés dans des États où vivent des populations autochtones entretenant une relation intime avec leur environnement, cette approche a suscité une large production éditoriale et arrive progressivement en Europe, en témoigne la reconnaissance de personnalité juridique attribuée récemment à la lagune Mar Menor en Espagne où les requêtes exprimées pour de nombreux fleuves et rivières en France et en Suisse.
UV ÉDITIONS Genre : Humanités environnementales - Philosophie Droit Titre : Une écologie des êtres-Terre Auteur : Federico Luisetti Directeurs de la publication : Magali Daniaux & Cédric Pigot _ Prix : 18 euros _ Parution : octobre 2025 _ EAN 13 : 978-2-494333-01-7 _ Format fermé : 14 x 22,5 cm _ Nombre de Pages : 160 _ Souple _ Type de reliure : cousue collée _ Tirage : 800 ex
Contribution majeure au débat, Une écologie des êtres-Terre salue ce mouvement mais procède également à une étude critique des fondements occidentaux de cette notion de personnalité juridique. Pour Federico Luisetti, les protagonistes de ce débat sont des géocorps dont on invoque aujourd’hui la personnalité pour sortir d’une crise de la présence dans un monde humain démuni face aux effondrements écologiques, sans pour autant véritablement dépasser les biais anthropocentriques contemporains ou les cadres juridiques de la personnalité hérités du droit romain. Si la subjectivité inscrite dans le temps long de ces « êtres-Terre » doit nous aider à dépasser l’écologie capitaliste de marchandisation des services écosystémiques, elle doit également nous permettre d’éviter le biocentrisme de l’écologie multi-espèces, pour nous ouvrir à une troisième voie de l’écologie, une voie sensible à la non-vie, une voie qui cesserait de n’y voir que matières inertes et nous permettrait de prendre une bifurcation face à la fuite en avant extractiviste des terricides en cours. Témoignant d’une affection particulière pour la subjectivité du non-vivant, l’auteur nous sensibilise dès lors à l’esprit des montagnes dans la cosmovision andine, à l’étrangeté à laquelle nous confrontent les parcours singuliers des roches erratiques, à la présence active d’une décharge ensevelie dans un vallon suisse, aux pierres sacrées de la réserve sioux de Standing Rock, aux tentatives d’exprimer la subjectivité d’une pierre ou d’une rivière par des auteurs et artistes de notre temps, d’Italo Calvino à Giuseppe Penone, de Regina José Galindo à Julian Charrière.
À propos de l’auteur Philosophe italien ayant enseigné pendant une quinzaine d’années aux États-Unis, Federico Luisetti est revenu en Europe pour enseigner la culture italienne et les humanités environnementales à l’Université de Saint-Gall (Suisse). Il déploie depuis lors une pensée passionnante croisant réflexion sur l’anthropocène, dérives du néolibéralisme et théorie symbiotique de l’évolution, études décoloniales et critique du plantationocène, droit de la nature et épistémologie de la notion occidentale de personnalité juridique, pour développer ce qu’il nomme une troisième écologie qui intègre la subjectivité de la non-vie à l’holobionte planétaire. Il est l’auteur de livres et d’articles dans différentes publications telles que Diacritics, European Journal of Social Theory, Paragraph, Revista de Estudios Sociales et Revista Iberoamericana.
UNE ÉCOLOGIE DES ÊTRES-TERRE SOMMAIRE Crise de la présence - Adieu à l’Holocène - Écologie néolibérale et écologie multi-espèces - Personnes et sujets Êtres-Terre - Terre Mère - Droit Sauvage - Le vivant - Tirakuna - Des sujets animés d’histoires Scènes polémiques - La pierre substitut - Erratiques - Être possédé La décharge invisible - Jardins toxiques - Un étrange holobionte ? - Métamorphose Être la rivière - Pierres sacrées - Être une rivière Coda Bibliographie
. . . / Je suis une pierre / en moi / l’histoire du monde. Regina José Galindo, Desierto-Piedra, 2017 La politique est d’abord le conflit sur l’existence d’une scène commune, sur l’existence et la qualité de ceux qui y sont présents Jacques Rancière, La Mésentente : Politique et philosophie, 1995
1 Crise de la présence 1.1 Adieu à l’Holocène Sur la route allant de Potenza à Matera, à dix kilomètres environ de l’embranchement de Tricario, se détache une route qui descend vers la vallée du Basento et qui, laissant à gauche la Murge di Castelmezzano (pics de grès dénudés, inaccessibles nids d’aigles et de vautours) – rejoint le village d’Albano. Les sept cent familles de ce village connaissent encore aujourd’hui une vie magique intense. Ernesto De Martino, Italie du sud et magie, 1963
À la recherche de traces d’anciennes pratiques magiques, l’anthropologue Ernesto De Martino et ses collaborateurs visitèrent Albano di Lucania, une zone rurale frappée par la pauvreté dans la région Basilicata au sud de l’Italie entre le 17 et le 28 mai 1957. Ils y collectèrent des observations ethnographiques et des entretiens enregistrés documentant la survie d’un « régime archaïque d’existence » : sorts et envoûtements, actes de possessions, exorcismes, explosions paroxystiques, esprits ange-gardiens et dédoublements de la personnalité. De Martino interprète cette « vie magique intense » comme la manifestation d’un effondrement de formes individuelles de la personnalité, comme une véritable « crise de la présence » psychosociale causée par « l’effondrement de la possibilité de toute décision ou choix, ou même de tout comportement culturel quelconque. » Affligés depuis des siècles par une chaîne sans fin de traumatismes sociaux et de désastres environnementaux, opprimés par les dettes usuraires, la famine et les épidémies, les paysans de Lucania ne pouvaient se percevoir eux-mêmes comme au centre d’actions et de décisions « conduites par le réalisme » et considérer leurs vies selon le « sens moderne du mot » de l’Europe post-Lumières. « La précarité des bienfaits élémentaires de la vie, l’incertitude face aux possibilités d’avenir, la pression exercée sur les individus par les incontrôlables forces naturelles et sociales », établissaient un « horizon de crise », une condition marquée par la « fragilité de la présence » et la constante expérience que « quelque chose ou quelqu’un agit sur vous » (essere-agito-da). Pour De Martino, la « pression ininterrompue de forces incontrôlables » et l’impossibilité de « comportements efficaces et réalistes pour affronter le négatif et le réduire à une proportion humaine » créa la mentalité particulière de cette population rurale, une constellation unique de subjectivités non-modernes. Ma thèse est que l’implosion du sens de la réalité et de l’individualité capturée par De Martino dans l’après Seconde Guerre mondiale a pris maintenant une dimension géohistorique : le changement climatique et la catastrophe environnementale ont causé une crise de la présence aux proportions planétaires qui redéfini l’expérience d’être un sujet à l’ère de la disruption écologique globale. Les catégories fondamentales qui ont structuré l’horizon de l’action humaine sont maintenant
perturbées par des existants autres-qu’humains « avec qui nous partageons une condition commune : la ‘condition terrestre’ »1. Depuis que Charles David Keeling a mesuré avec précision les concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone à l’Observatoire Mauna Loa à Hawaï dans les années 1960, prouvant l’origine anthropogénique du changement climatique, une cassure existentielle et socio-écologique de la présence a infusé notre manière d’habiter la Terre. La fragilité ressentie par les paysans de Lucania s’étend maintenant sous les traits des psychopathologies de la vulnérabilité environnementale2. La nature a perdu son innocence : lorsque nous regardons les nuages nous pensons aux événements météorologiques extrêmes ; lorsque nous mangeons nous imaginons l’élevage animal intensif et les monocultures3. Au début du nouveau millénaire, la notion d’Anthropocène a popularisé ce sentiment que des forces environnementales incontrôlables « agissent sur nous ». Les émissions de gaz à effet de serre et l’exploitation des ressources naturelles ont modifié le métabolisme de la Terre, avec de lourdes conséquences : « Nous marchons encore en grande partie sur une terra incognita », a averti Paul Crutzen dans son essai fondamental Geology of Mankind4. Les carottes de glace forées dans les anciennes couches de banquise de l’Antarctique, du Groenland et des glaciers non polaires ont révélé 800 000 ans de passé climatique et inscrit la courte durée de l’histoire humaine dans le temps profond et menaçant de la géohistoire5. La popularité de la thèse de l'Anthropocène coïncide avec la révélation scientifique irréfutable que la concentration de dioxyde de carbone a dépassé 400 parties par million, soit près de deux fois la quantité qui caractérisait la période interglaciaire d'équilibre climatique de l’Holocène. Une niche écologique de 12 000 ans, qui a permis aux humains de devenir des protagonistes de l’histoire naturelle, a pris fin ; la biosphère est entrée dans un périlleux « nouveau régime climatique »6. Les conditions environnementales extrêmes que nos ancêtres humains ont connues au cours du Pléistocène reviennent, accompagnées de pressions évolutives sans précédent. Les scientifiques du système Terre ont réagi à la crise de la présence déclenchée par le changement climatique en plaçant l’Anthropos au centre de la crise environnementale et en traitant l’humanité comme un « être-espèce », un sujet biosocial précaire imbriqué dans un système planétaire de boucles de rétroaction déréglées et menacé d’extinction7. Cependant, des voix issues des études 1 2 3
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Sophie Gosselin, David Gé Bartoli, La Condition terrestre, Seuil, coll. Anthropocène, 2022. On parle aujourd’hui de « solastalgie » pour parler de la nostalgie d’un environnement confortable disparu et d’« éco-anxiété » pour l’anticipation de la perte d’un futur habitable. Lire à ce sujet Susan Clayton, Climate anxiety: Psychological Responses to Climate Change. Journal of Anxiety Disorders, 2020. Les historiens de l’environnement ont montré que les préoccupations concernant la déforestation, la déplétion des sols et le changement climatique ont accompagné l’expansion coloniale depuis le début du XVIe siècle. Pour en savoir plus, se reporter à Peder Anker, Imperial Ecology: Environmental Order in the British Empire, 1895–1945, Harvard University Press, 2001 et Richard H. Grove, Ecology, Climate and Empire: Colonialism and Global Environmental History, 1400–1940, White Horse Press, 1997. Paul J. Crutzen, Geology of Mankind. Nature, 2002. Valeria Burgio, Emiliano Guaraldo, Ice Core Verticality: the Eloquence of Ice and the Visual Construction of Deep Time, Elephant & Castle, 2022. Bruno Latour, Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique, La Découverte, 2015. Sur le débat concernant la date proposée pour le début de l’Anthropocène, voir Simon L. Lewis, Mark A. Maslin, Defining the Anthropocene. Nature, 2015. Dipesh Chakrabarty, The Climate of History: Four Theses, Critical Inquiry, The University of Chicago Press, 2009. Claire Colebrook, Essays on Extinction: Death of the Posthuman, Open Humanities Press, 2024.
décoloniales et autochtones, de l’histoire environnementale, de l’écologie politique, des humanités environnementales et de l’écoféminisme ont changé les termes du débat8. Dans ce livre, je m’appuie sur leurs contre-récits, qui rendent visibles les origines historiques de la crise environnementale de la présence. L’adieu à l’Holocène n’est pas le début de « l’âge de l’Homme » (l’Anthropocène). Il nous rappelle que nous vivons depuis cinq siècles à l’âge du capital (le Capitalocène9), des plantations (le Plantationocène10) et de l’imposition de relations de gaspillage (le Wasteocène11). Les humains n’ont pas agi pour l’espèce lorsqu’ils ont réduit en esclavage d’autres hommes et femmes d’origine africaine, massacré des peuples autochtones et détruit des environnements sur quatre continents. Ils ont accompli leurs desseins en tant qu’hommes blancs européens, colons, rentiers et élites commerciales métropolitaines. Les personnes racisées et ostracisées n’ont pas demandé à être regroupées en un Anthropos biosocial flou et tenues collectivement responsables de l’effondrement du climat et du pillage des écosystèmes. L’Anthropos est un sujet fictif, une offuscation du colonialisme, des relations de classe, de race et de genre. Au subterfuge civilisationnel et à la myopie historique de la thèse de l’Anthropocène, les écologies décoloniales ont objecté que la dislocation planétaire du statut de personne a commencé lors du « long 16e siècle », avec la traite transatlantique des esclaves et les premières frontières dessinées par l’implantation des sites d’exploitation de matières premières par les colons européens12. La cale du navire négrier, plutôt que les égreneuses de coton et les machines à vapeur de la Révolution Industrielle, est la matrice des ravages environnementaux mondiaux. Les monocultures actuelles de blé, de maïs, de soja, de coton, de champignons, d’eucalyptus et d’innombrables autres cultures et arbres prolongent le système de plantation établi avec la canne à sucre et les esclaves africains sous les tropiques, une « habitation coloniale » qui caractérise toujours l’environnement mondial13. Dès le début, les plantations ont été des usines à nature, une pierre angulaire de l’impérialisme biologique des colons et des bailleurs de fonds européens14. Les personnes, les plantes et les animaux ont été éradiqués de leurs contextes socio-écologiques, transportés à travers le globe et rassemblés comme main-d’œuvre forcée dans les laboratoires inhumains des plantations du Nouveau Monde15. Les flux inédits de matières et de main-d’œuvre mis en place par cette circulation des natures ont creusé sur la planète un immense fossé entre les colonies et les centres métropolitains, Les écologies systémiques modélisent la Terre comme un immense organisme cybernétique, dans lequel les flux de matière et d’éne gie régulent les cycles minéraux et écologiques de la biosphère (voir Howard T. Odum, Elisabeth C. Odum, Modeling for all Scales: An introduction to System Simulation, Academic Press, 2000). Dans ce paradigme, la matière inorganique n’est qu’une composante du « système de survie » des êtres vivants et de l’humanité, l’esclave laborieux de la vie. Selon Yuk Hui, la cybernétique est devenue la lingua franca des sciences du système terrestre et des écologies managériales de l’Anthropocène parce que l’écologie est, dès son origine, « un concept cybernétique » (voir Yuk Hui, Recursivity and Contingency, Rowman & Littlefield, 2019) 8 Stefania Barca, Forces of Reproduction: Notes for a Counter-Hegemonic Anthropocene, Cambridge University Press, 2020. Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz, L’événement anthropocène. La terre, l’histoire et nous, Le Seuil, coll. Anthropocène, 2013. Achille Mbembe, Necropolitics, Duke University Press, 2019. 9 Jason W. Moore, Anthropocene or Capitalocene? Nature, History, and the Crisis of Capitalism, PM Press, 2016. 10 Malcom Ferdinand, Une écologie décoloniale ; Penser l’écologie depuis le monde caribéen, Seuil, 2019 Donna J. Haraway, Vivre avec le trouble, Éditions des mondes à faire, 2020. 11 Marco Armiero, Wasteocene: Stories from the Global Dump, Cambridge University Press, 2021. 12 Jason W. Moore, op. cit. Walter D. Mignolo, Parce que la colonialité est partout, la décolonialité est inévitable, Multitudes, n° 84, 2021. 13 Malcom Ferdinand, op. cit. 14 Alfred Crosby, Ecological Imperialism: The Biological Expansion of Europe, 900–1900, Cambridge University Press, 2004. 15 Laura Perry and Addie Hopes, Reflections on the Plantatio ocene: A conversation with Donna Haraway and Anna Tsing, moderated by Gregg Mitman, Edge Effects Magazine, Nelson Institute, University of Wisconsin–Madison, 2019.
bouleversant les humanités et les territoires16. Les conflits environnementaux autour de la gestion des déchets, de l’appropriation des terres et des eaux, de la conservation de la biodiversité, des minerais, des énergies fossiles, des ressources renouvelables et de la biomasse se répandent sur la planète, reproduisant cette fracture coloniale originelle17. Les écologies néolibérales globalisent ces environnements blessés à travers des modélisations cybernétiques de systèmes de support de vie, des marchandisations, des dérégulations et des objets d’échanges spéculatifs (unités d’émissions abstraites, services écosystémiques, marchés du carbone)18. La crise de la présence qui perturbe la planète est maintenue par cette coordination perverse des environnements dans le Nord global et le Sud global, une articulation qui produit de nouveaux sujets : dans le Nord global, on demande aux citoyens d’intérioriser une culpabilité verte, d’adopter des modes de vie zéro pollution et d’orienter leurs choix vers la décarbonation19, tandis que dans le Sud global, l’exploitation minière, l’accaparement des terres et la contamination sont la règle, créant des vies jetables sacrifiées à l’extraction des ressources20. Lorsque les populations autochtones ne sont pas expulsées ou persuadées par la corruption de laisser la place à de nouvelles plantations, mines et infrastructures énergétiques21, elles rejoignent les marchés mondiaux sous la tutelle d’organisations non gouvernementales (ONG) transnationales, devenant des « autochtones écologiques », gardiens de la biodiversité22. Comme je le soutiendrai dans les pages suivantes, ce « régime de planétarité » écocide23 est remis en question par les approches multi-espèces, qui expriment l’opposition croissante à la mondialisation capitaliste de la nature et l’imagination de mondes alternatifs vivables. La pensée multi-espèces est un koinè créatif animé par des biologies mutualistes et symbiotiques, des ontologies relationnelles et pluriverselles, le posthumanisme, des approches intersectionnelles, l’écosémiotique et des épistémologies du multinaturalisme, de la transcorporéité, de l’intra-action et des enchevêtrements vivants. Elle lutte contre l’hégémonie néolibérale en faisant appel à des interprétations coopératives des principes de l’évolution. Pourtant, la pensée multi-espèces est souvent centrée sur le vivant, une notion biocentrique qui ne peut pas reconnaître pleinement les modes d’existence des formations abiotiques, des « géocorps » autres-qu’humains dont les échelles de temps et les modes d’existence sont complètement différents 16
Juan Martinez-Alier, Social Metabolism, Ecological Distribution Conflicts, and Valuation Languages, Capitalism Nature Socialism vol.20, 2010. 17 Voir les conflits documentés par l’Atlas de la justice enviro nementale (https://ejatlas.org) et le Manifeste des peuples du Sud : Pour une transition énergétique écosociale (https://pactoecosocialdelsur.com/manifesto-for-an-ecosocial-energy-transition-from-thepeoples-of-the-south/) 18 Julia Dehm, One Tonne of Carbon Dioxide Equivalent (1tCO2e), In J. Hohmann & D. Joyce, eds., International Law’s Objects, Oxford University Press, 2018. 19 Kate Aronoff, Alyssa Battistoni, Daniel Aldana Cohen, Thea Riofrancos, A Planet to Win: Why We Need a Green New Deal, Verso, 2019. 20 Macarena Gómez-Barris, The Extractive Zone: Social Ecologies and Decolonial Perspectives, Duke University Press, 2017. Steve Lerner, Sacrifice Zones: The Front Lines of Toxic Chemical Exposure in the United States, MIT Press, 2012. Sandro Mezzadra, Brett Neilson, The Politics of Operations: Excavating Contemporary Capitalism, Duke University Press, 2019. 21 Judith Verweijen, Alexander Dunlap, The Evolving Techniques of the Social Engineering of Extraction: Introducing Political (re)Actions “From above” in Large-scale Mining and Energy Projects, Political Geography, vol. 88, 2021. 22 Astrid Ulloa, The Geopolitics of Carbonized Nature and the Zero Carbon Citizen, South Atlantic Quarterly, 2017. James EM Watson, Ian Leiper, Peter Potapov, et al, Importance of Indigenous Peoples’ Lands for the Conservation of Intact Forest Landscapes, Frontiers in Ecology and the Environment, 2020. 23 Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz, op. cit.
de ceux des êtres vivants24. Dans les chapitres suivants, j’expose un argument central : au-delà des écologies néolibérales et multi-espèces, la vague déferlante de politiques autochtones et de mouvements écosociaux agissant et pensant avec les montagnes, le sous-sol, l’air et les masses d’eau a mis en lumière une « troisième écologie », une écologie de la non-vie. Ses protagonistes sont des sujets non biologiques qui résistent à la mondialisation néolibérale de la nature. Les activistes et les communautés du monde entier luttent contre le vol des ressources naturelles et la perte des moyens de subsistance25. Leur engagement reconfigure les frontières qui séparent ce qui est subjectif, précieux et social de ce qui est jetable, objectuel et échangeable. Les roches, la glace, l’eau et l’air sont désormais perçus comme des sujets écologiques, juridiques et politiques, les êtres les plus vulnérables de la planète néolibérale. Les peuples multi-espèces émergents (peuplesmontagnes, peuples-rivières, peuples-déserts) nous demandent de repenser la condition terrestre du point de vue de sujets qui ne sont pas des personnes ou des êtres vivants, comme le sont les organismes26. Ces êtres appartiennent à un champ relationnel, mais leur subjectivité excentrique trouble les conceptions biocentriques de la vie et de la personne. Ils révèlent des mondes subjectifs au sein du monde planétaire, à l’écart de l’histoire de la vie. La crise écologique actuelle nous ramène à l’expérience de Johann Wolfgang von Goethe de l’incommensurabilité de la non-vie27. S’imaginant au sommet d’un « pic stérile », surveillant les vallées en contrebas, la nature non lithique apparaît à Goethe comme une « tombe perpétuelle ». Le granit de la montagne est au contraire « avant » et « au-dessus de toute vie », un « monde primal » de pics qui « n’ont rien engendré ni rien englouti de vivant ». En accord avec une « longue tradition d'extraction du philosophique à partir du lithique »28, je me penche sur les pierres et autres êtres non biologiques pour esquisser une écopolitique décoloniale de la non-vie. Les êtres-Terre - un terme emprunté à l’ethnographie de Marisol de la Cadena sur les politiques autochtones andines29 - sont des géocorps qui déjouent le sortilège du biocentrisme occidental et contestent les notions profondément enracinées du vivant et de la personnalité. Après la Seconde Guerre mondiale, De Martino a assisté avec fascination à « l’expérience pathologique » de voir nos actions guidées par des forces socio-écologiques de dépossession30. Il a documenté les tentatives des paysans pour contrer l’effondrement de la présence individuelle et commenté les formes créatives d’existence suscitées par cette sujétion. Maintenant que la crise 24
Le terme géocorps (geobody) est dérivé de la modélisation géologique des événements sismiques et des caractéristiques géologiques. Il a également été utilisé comme outil critique pour décortiquer la construction coloniale de l’espace par le biais de relevés et de représentations cartographiques (voir Thongchai Winichakul, Siam Mapped: A History of the Geo-Body of a Nation, University of Hawaii Press, 1994). D’Avignon étend son application aux « pactes entre l’homme et l’esprit » dans lesquels les revendications sur les ressources minérales et le sous-sol sont inséparables des anciennes pratiques minières ritualisées (voir Robyn d’Avignon, Spirited Geobodies: Producing Subterranean Property in Nineteenth-Century Bambuk, West Africa, Technology and Culture, 2020). Il ne faut pas confondre les géocorps avec les « hyperobjets » (voir Timothy Morton, Hyperobjets : Philosophie et écologie après la fin du monde, Cité du design IRDD, 2018). Ce qui importe dans le cas des géocorps, ce n’est pas leur échelle ou leur évidence perceptuelle, mais leur ontologie politique. 25 Juan Martinez-Alier, The Environmentalism of the Poor: A Study of Ecological Conflicts and Valuation, Edward Elgar Publishing, 2002. Richard Peet, Michael Watts, eds., Liberation Ecologies: Environment, Development and Social Movements, Routledge, 2024. Sakia Sassen, Land Grabs Today: Feeding the Disassembling of National Territory, Globalizations, 2013. 26 Sophie Gosselin, David gé Bartoli, La Condition terrestre. Habiter la Terre en communs, Seuil, 2022. 27 J. W. von Goethe, The Essential Goethe, edited by M. Bell, Princeton University Press, 2016. 28 Jeffrey Jerome Cohen, Stone: An Ecology of the Inhuman, University of Minnesota Press 2015. 29 Marisol de la Cadena, Earth Beings: Ecologies of Practice across Andean Worlds, Duke University Press, 2015. 30 Ernesto De Martino, Le monde magique, Bartillat, 2022.
environnementale de la présence redessine le vivant et le non-vivant à l'échelle planétaire, nourrissant des alliances sans précédent entre humains et autres-qu’humains, nous pouvons réfléchir aux formes émergentes de subjectivité. Dans cet ouvrage, le lecteur rencontrera des géocorps - roches, vallées, rivières - exposés à d’immenses forces de marchandisation et d’extraction, et j’inviterai à nous familiariser avec le tempérament des blocs erratiques glaciaires, d’une décharge cachée, et des « pierres sacrées » de la réserve sioux de Standing Rock. En dialoguant avec ces êtres-Terre et avec des œuvres d’artistes qui se sont intéressés à cette non-vie - Julian Charrière, Regina José Galindo, Giuseppe Penone et Motoyuki Shitamichi - je montrerai comment la mondialisation néolibérale de la nature est confrontée à des êtres dont la subjectivité politique ne peut pas être modelée sur les notions occidentales de la personnalité. Penser et agir avec les êtres-Terre nécessite une troisième écologie, un « imaginaire alternatif pour une politique de la réalité »31, la conscience que les géocorps sont des sujets à leur manière. Sinon, si leurs existences autres-qu’humaines sont subsumées sous le régime englobant de la vie biologique, comment pourraient-ils entrer dans des compositions démocratiques avec les plantes et les animaux, y compris l’animal humain ? Tant que les êtres-Terre ne seront pas considérés comme des non-vivants subjectifs, l’insurrection multi-espèces contre le néolibéralisme exclura ce qui n’est pas conforme à l’univers normatif des vivants. Si nous n’envisageons pas de justes alliances avec les géocorps, ils nous apparaîtront monstrueux, comme des « divergences morphologiques » qui suscitent une curiosité confuse ou une peur radicale de l’inanimé32. Dans ce livre, je partagerai ce que j’ai appris des roches andines, des blocs erratiques alpins et des pierres nord-américaines : les principes d’une écologie décoloniale des sujets non-vivants33.
1.2 Écologie néolibérale et écologie multi-espèces Permettez-moi de préciser ma conception des écologies néolibérale et multi-espèces. À la crise écologique existante, le néolibéralisme a ajouté ses propres « destructions créatrices » impitoyables34: des centaines de programmes d’ajustement structurel imposés par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International dans les pays du Sud ont écrasé les droits coutumiers, les pratiques communales, les économies locales durables et les écologies démocratiques. La privatisation, la déréglementation et la financiarisation de l’eau, des forêts, des sols et des minerais ont dépossédé les habitants locaux et donné du pouvoir aux entreprises transnationales35. Le besoin urgent de 31 32
Marisol de la Cadena, Mario Blaser, A World of Many Worlds, Duke University Press, 2018. Ici, je trahis la pensée biocentrique de Georges Canguilhem et j’applique sa notion de monstruosité aux natures non organiques : « Il faut réserver aux seuls êtres organiques la qualification de monstre. Il n’y a pas de monstre minéral. » (Voir Georges Canguilhem, La connaissance de la vie, Vrin, 1992). 33 Il existe plusieurs exemples, dans des contextes de recherche et d’activisme, de devenir subjectif dans la roche, la glace, l’eau et les corps aériens. Parmi eux, citons le lac Ex-Snia à Rome (https://lagoexsnia.wordpress. com/) et l’ambassade de la mer du Nord (www.embassyofthenorthsea.com/). 34 David Harvey, Neoliberalism as Creative Destruction, Annals of the American Academy of Political and Social Science, 2007. 35 Sur l’environnementalisme néolibéral, voir : Karen Bakker, Neoliberalization of Nature. In T. Perreault, G. Bridge, & J. Mc Carthy, eds., The Routledge Handbook of Political Ecology, Routledge, 2015. Noel Castree, Neoliberalising Nature: The Logics of Deregulation and Reregulation, Environment and Planning A: Economy and Space, 2008. Davis Ciplet, Timmons Roberts, Climate Change and the Transition to Neoliberal Environmental Governance, Global Environmental Change, 2027. Nik Heynen, Neoliberal Environments: False Promises and Unnatural Consequences, Routledge, 2007 Adrian Parr, The Wrath of Capital: Neoliberalism and Climate Change Politics, Columbia University Press, 2014. Luigi Pellizzoni, Governing through Disorder: Neoliberal Environmental Governance and Social Theory, Glob-
L’arbre de Diane
L’arbre de Diane scrute la littérature sous toutes ses formes, écrites, sonores et multimédia, et explore ses connexions avec d’autres disciplines. La collection La Tortue de Zénon réunit les mondes de la littérature, des sciences et des mathématiques. Cette collection a le souhait de proposer aux lecteurs des créations originales permettant de découvrir les sciences et leur beauté autrement. Avec le soutien du fonds Wernaers pour la promotion des sciences.
Annonce de parution
Janna Levin
Trous noirs : un guide de survie traduit de l’anglais (États-Unis) par Jakuta Alikavazovic Date de sortie : août 2025 ISBN : 978-2-930822-36-5 Format : 11x18 cm Prix : 16€ Volume : 152 pages Graphisme : Meriem Steiner
Et si l'on tombait dans un trou noir ? Que faire ? En partant de cette question toute simple, presque enfantine, la grande cosmologiste Janna Levin nous accompagne à la rencontre de ces objets de la démesure, qui fascinent autant qu'ils terrifient. Dans ce guide pratique plein d'humour, elle dispense des conseils pour survivre à la chute, sans pour autant se priver d'admirer le paysage. Surtout, elle nous emmène à la frontière des connaissances physiques contemporaines, là où relativité et mécanique quantique s’opposent et où bourgeonnent les théories les plus folles. Et si le monde était en réalité un hologramme ?
Biographie
Mots-clés Astrophysique, cosmologie, espace, vulgarisation, manuel de survie, humour, science, traduction Livres connexes Rebecca Elson, Devant l’immense Jean-Pierre Luminet, Les poètes et l’univers Aurélien Barrau, Au coeur des trous noirs
Janna Levin est professeure de physique et d'astronomie au Barnard College de l'université de Columbia. Elle est également présidente et directrice fondatrice des Science Studios à Pioneer Works. Boursière Guggenheim, elle a contribué à la compréhension des trous noirs, de la cosmologie des dimensions supplémentaires et des ondes gravitationnelles dans la forme de l'espace-temps. Son dernier livre, Black Hole Blues and Other Songs from Outer Space, raconte les dessous de la découverte du siècle : le son de l'espace-temps résultant de la collision de deux trous noirs il y a plus d'un milliard d'années.
Jakuta Alikavazovic est une autrice française lauréate du prix Goncourt du premier roman pour Corps volatils (L’Olivier, 2008) ainsi que du prix Médicis essai pour Comme un ciel en nous (Stock, 2021). Depuis septembre 2019, elle tient une chronique mensuelle dans le journal Libération. Elle est également traductrice de l’anglais (David Foster Wallace, Anna Burns, Toni Morrison…)
© 2025 L’arbre de Diane éditions
Diffusion-distribution (France-Belgique-Suisse)
Avenue Van Becelaere 184 1170 Boitsfort – Belgique larbredediane@gmail.com www.larbredediane.be
Serendip Livres 21bis rue Arnold Géraux 93450 L'ÎLE-ST-DENIS FRANCE
Contact contact@serendip-livres.fr +33(0)1 40 38 18 14 www.serendip-livres.fr
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Extrait Un trou noir, ce n’est rien. Un trou noir, c’est spécial parce que dedans il n’y a rien. Rien du tout. J’ai probablement accepté les trous noirs dans leur intégralité, en tant qu’entité conceptuelle à part entière, avant d’être en capacité de douter, avant d’avoir des intuitions à combattre. Ils ont nourri mon imagination. J’ai appris leur existence sans y opposer la moindre résistance. Crédule, dénuée de préjugés que j’étais, leur plausibilité ne m’échappait pas, et j’étais à même d’en apprécier la curiosité, la singularité, et d’accepter l’univers tel qu’il m’était présenté. Peut-être en est-il allé de même pour vous. Il y a fort peu de chances que ces lignes soient le lieu de votre première rencontre avec cette bizarrerie astrophysique qu’est un trou noir, déformation de l’espacetemps si puissante que rien, pas même la lumière, ne peut s’en échapper. J’ignore comment c’était pour vous ; quant à moi, la vue était tout sauf spectaculaire, astronomiquement parlant, depuis ma chambre d’enfant. Je me faufilais au pied du lit et me tordais le cou pour jeter un regard au ciel par la fenêtre, qui donnait sur une pelouse verte avec, en guise de démarcations entre lopins voisins, des arbres ou des buissons, patchwork immobilier rassemblé sous ce dôme qu’est l’atmosphère terrestre. Le sol était la première chose à s’assombrir, suivi des arbres, mais le dôme, lui, demeurait longtemps traversé de clarté. Notre ciel n’était pas celui, baigné de lueurs, d’un milieu urbain ; pourtant la pollution lumineuse noyait la scène que je contemplais nuit après nuit. Jamais je ne me suis attendue à une amélioration du panorama ni à la moindre nouveauté : je n’y cherchais jamais que les points habituels de lumière floue, semblables à des taches de pluie sur un pare-brise.
Impossible de me rappeler quand ça a commencé, cet appel que j’éprouvais. Mais, avant même d’identifier ce désir, je brûlais de savoir ce qu’il y avait d’autre là-dehors, comme un toutou qui frétille devant une porte close. Je voulais me libérer des limites ordinaires. Prendre mon envol, partir en exploration. Frustrée par le poids de mes pieds posés sur la terre, je faisais les cent pas à l’orée du ciel, impatiente d’être autorisée à y pénétrer. Je me demande combien d’entre nous ont hérité de cet appel, millénaire après millénaire, génération après génération, enfant après enfant, retenus sur la croûte terrestre, captivés par cette voûte illusoire, déterminés à nous y aventurer, à défier notre nature chétive et les limites qui lui sont imparties. Enfant, jamais je n’aurais imaginé devenir scientifique. Si l’on m’avait annoncé que je serais physicienne, je suis certaine que je l’aurais mal pris. Les scientifiques fabriquent des bombes et apprennent par cœur deséquations. Je ne sais pas si j’ai hérité de ce cliché ou sic’est moi qui suis à l’origine de ce stéréotype, mais jecroyais que les scientifiques étaient dépourvus de toutecréativité, ou alors obstinément opposés à la mettre enœuvre. Je ne comprenais pas la liberté profonde queprocure la créativité lorsqu’elle s’exerce sous certainescontraintes, ni l’originalité visionnaire qui explose faceaux limites fondamentales.
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ARGUMENTAIRE
EN LIBRAIRIE OCTOBRE 2025 LES FILLES SONT PARFAITES POUR LES SCIENCES
LA PREUVE E N 48 PORTRAITS DE FEMMES Sous la direction de Isabelle Vauglin & Anne Haguenauer Avec les cartes blanches de Valérie Masson Delmotte & Esther Duflo
Elles sont astrophysiciennes, biologistes, mathématiciennes, ingénieures, climatologues... Toutes passionnées, toutes audacieuses, elles ont tracé leur chemin dans l’univers des sciences. À travers ce livre, découvrez 48 portraits de femmes scientifiques d’aujourd’hui, capturées avec sensibilité par le photographe Vincent Moncorgé. Ces femmes partagent leur parcours, leurs défis, et leurs victoires, prouvant que la science n’a ni genre ni limites. Leurs histoires sont autant d’invitations à rêver, oser et explorer. Un hommage vibrant à toutes celles qui repoussent les frontières du savoir et une source d’inspiration pour les générations futures. Car oui, les femmes sont parfaites pour les sciences ! L’avenir de la science est entre toutes les mains. Pourquoi pas les vôtres ? 9782493458193 —19€ ttc 168 pages, 16,5x24 cm
Fondée en 2000, FEMMES & SCIENCES est une association qui regroupe plus de 500 membres, femmes et hommes, pour la plupart scientifiques de toutes disciplines. Elle agit pour sensibiliser les citoyen·nes aux inégalités de traitement femmes/hommes et aux stéréotypes encore largement présents. L’association a pour objectifs de : • Promouvoir les femmes scientifiques. • Inciter les jeunes, et particulièrement les filles, à s’engager dans des carrières scientifiques.
LES POINTS FORTS • Un sujet majeur et porteur pour changer les imaginaires et le regard. • Une campagne médiatique nationale, avec le CNRS en caisse de résonance. • Une campagne conjointe de plaidoyer à destination des politiques et des décideur.euse.s
également disponible en version ebook
• Constituer un réseau d’entraide pour encourager les femmes dans leurs carrières.
MkF éditions 1, rue Maison Dieu - 75014 Paris Distribution/Diffusion : Serendip Livres
Plus d’informations sur : WWW.EDITIONSMKF.COM
Contact éditeur : Mikaël Ferloni Tel: 06.84.15.06.78 mikaelferloni@mkfeditions.com
ARGUMENTAIRE SOMMAIRE
LES SCIENTIFIQUES
1. Pourquoi si peu de femmes en sciences ?
Emilie Capron — Paléoclimatologue
Aoife Bharucha — Physicienne
Des stéréotypes excluants
Mari Chaikovskaia — Informaticienne
Catherine Jeandel — Océanologue
Mylène Rozelier — Electronicienne et automaticienne
Séverine Moune — Volcanologue
L’effet Matilda : l’effacement des femmes scientifiques Un équilibre carrière/vie privée à conquérir Un plafond de verre persistant
Marie Perrin — Biochimiste
2. Des sciences pour toutes
Audrey Dussutour — Ethologiste
Études longues... ou études courtes Travailler seule... mais aussi en équipe
Hala Bayoumi — Mathématicienne
En laboratoire... ou aux quatre coins du monde
Lucille Savary — Physicienne
Dans le public... ou dans le privé
3. L’égalité : une réponse aux grands enjeux de demain Préserver la planète Construire un numérique et des IA plus éthiques Mieux soigner pour mieux vivre Des étoiles aux atomes, explorer la matière
Valérie Castellani — Biologiste Anne Socquet — Géophysicienne Clémentine Prieur — Mathématicienne Celine Decaux — Electrochimiste Armelle Corpet — Epigénéticienne Anne Pichon — Mathématicienne Natacha Carniol — Ingénieure en génie chimique et génie des procédés Alice Guionnet — Mathématicienne Giulia Mollica — Chimiste Valérie Laval — Radioprotectionniste Delphine Jublot — Biologiste Fanny Petit-Fontyn — Histologiste Fatima L’Faqihi-Olive — Biologiste Muriel Thomasset — Ingénieure en optique Stéphanie Urdician — Chercheuse en littérature Nathalie Vincent-Munnia — Chercheuse en littérature Catherine Milkovitch-Rioux — Chercheuse en littérature Jihane Maalmi — Electronicienne
Plus d’informations sur : WWW.EDITIONSMKF.COM
Clarissa Cagnato — Archéobotaniste Yanxia Hou Broutin — Chimiste Delphine Virte — Mécanicienne des fluides Apolline Lecercle — Physicochimiste Edwige Séminara — Informaticienne Marie-Laure Michon — Chimiste Karine Ballerat — Thermodynamicienne Sara Puijalon — Ecologue Sandrine Maljean-Dubois — Juriste Maria Eletta Negretti — Mécanicienne des fuides Adélaïde Albouy-Kissi — Informaticienne Laura Pruszko — Informaticienne Céline Coutrix — Informaticienne Magalie Ochs — Informaticienne Anke Brock — Informaticienne Céline Boutin — Biophysicienne Rebecca Castel — Ecotoxicologue Sepideh Mirrahimi — Mathématicienne Aline Cerf — Nanophysicienne Corinne Augier — Physicienne Laëtitia Rapenne — Ingénieure en matériaux Véronique Penin — Mécanicienne des fluides Juliette Billy — Physicienne
ARGUMENTAIRE
L’INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS,
EN LIBRAIRIE OCTOBRE 2025
UNE AVENTURE INTELLECTUELLE ET SPIRITUELLE Sous la direction de Cécile Coulangeon, Vincent Holzer, Emmanuel Lincot & Augustin Mutuale
À travers une riche collaboration d’historiens, de philosophes, théologiens et d’enseignants, ce livre met en lumière : • Les grandes étapes historiques de l’ICP, ses mutations et son ancrage dans les transformations de la société. • Son rôle comme laboratoire d’idées et d’innovations pédagogiques, à travers l’évolution de ses facultés et ses figures marquantes. • L’acte de penser au sein de l’ICP, entre quête de sens, recherche académique et engagement spirituel. Un voyage intellectuel et humain au cœur d’une institution qui a su conjuguer tradition et modernité pour relever les défis de son temps.
978-2-493-45818-6 30 ¤ 384 pages, broché embossé, 18 x 24 cm
LES POINTS FORTS Avec les contributions de : Paul Lignières, Gilles Berceville, Sophie Enos-Attali, Marie-Carmen Smyrnelis, Emmanuel Starcky, Grégoire Le Quang, Eva Salerno, Catherine Marin, Michel Grunewald, Alexandra Testino zafiropoulos, Emmanuel Petit, Sophie Bayon de La Tour, Olivier Dard, Florence Louvet, Yves Winkin, Sophie Ramond, Michael Bourgatte, Guillaume Boyer, Remy Guerinel, Severine Parayre, Jean-Baptiste Murez, Alicia Adamczak, Anne-Sophie Vivier-Muresan, Pierre Tcherkessoff, Ludovic Danto, Michel Baroni, Camille Riquier, Bruno Garnier, Fabienne Serina Karsky, Emmanuel Falque, Clélie Millner, Jean de Saint Chéron, Bernard Bourdin, Alexandre Scaggion, Jean-Yves Mérindol…
MkF éditions 1, rue Maison Dieu - 75014 Paris Distribution/Diffusion : Serendip Livres
• Publié à l’occasion des 150 ans de l’Institution et de ses festivités. • La première étude complète et documentée sur cette institution, centrale dans l’histoire des idées en France. • Plus de 10 000 étudiants et des centaines de milliers d’Alumni.
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ARGUMENTAIRE SOMMAIRE Préface —Chancelier
Introduction générale —Recteur
Première partie : Les origines de l’université et son développement dans le temps. Introduction — Emmanuel Lincot et Cécile Coulangeon 1er temps - L’émergence de la social démocratie — Gilles Berceville 2e temps - Le règne des totalitarismes — Sophie Enos -Attali et Marie-Carmen Smyrnelys 3e temps - Le temps des mutations (Conciliaires – Vatican II et sociétales – mai 68) —Grégoire Le Quang
Deuxième partie : L’ICP comme lieu d’innovations et de transmission Introduction — Augustin Mutuale 1- Article de fond sur les origines de l’ICP — Augustin Mutuale et Fabienne Serina-Karsky 2 - Origines et mutations de chacune des facultés : former un ensemble unique 3 - Origines et mutations des écoles associées : former un ensemble unique — Michel Baroni
Troisième partie : L’acte de penser à l’ICP Introduction — Vincent Holzer 1 - « Philosopher en théologie » (Autour de la chaire Dubarle). —Vincent Holzer et Emmanuel Falque. 2 - « L’acte d’écrire, traitement des sources et transformation du moi. » — Clélie Millner et Jean de Saint-Chéron 3 - « L’acte d’imaginer ». — Michaël Bourgatte et Camille Riquier 4 - « L’acte d’éduquer, le concept d’éducation inclusive ». — Fabienne Serina-Karsky et Bruno Garnier 5 - « L’acte de discerner ».
Postface Conclusion/ouverture
Paraît en même temps que le beau-livre de photographies L’Institut Catholique de Paris, 18752025 de Ferrante Ferranti. 978-2-493-45817-9 — 40 ¤
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STOP Alarme contre la finance casino et la marchandisation du vivant Marc Chesney
En librairie septembre 2025 Format : 14,8 x 21 cm Pages: 144 p. Reliure : broché, collé rayon : Essai – Économie Prix: 18 CHF / 16 € ISBN: 978-2-8290-0717-0
DIFFUSION/DISTRIBUTION SUISSE
PRÉSENTATION Dans ce livre, fruit de nombreuses années de réflexion, l’auteur procède à une analyse critique de la finance casino, de la marchandisation de la nature et du pouvoir politique. La démocratie est devenue le masque vertueux d’un despotisme d’oligarques cyniques et sans scrupules, qui n’hésitent devant rien pour augmenter leur richesse et leur pouvoir. La liberté de polluer, de détruire le vivant à grande échelle, d’augmenter les émissions de gaz à effet de serre, d’accumuler des richesses grotesques et insensées et finalement de fragiliser les conditions tant de travail que de vie pour le plus grand nombre, est dans les faits une dictature. L’objectif de ce livre est aussi de faire régresser le sentiment d’impuissance qui nous assaille face aux catastrophes, qu’elles soient passées, présentes, ou à venir si rien n’est entrepris. Il est encore temps de réagir pour stopper le rouleau compresseur qui nous écrase, afin que les générations actuelles et futures aient des perspectives plus réjouissantes que celles du réchauffement climatique ou de l’hiver nucléaire et que nos vies deviennent ainsi respirables. Des pistes de solution sont mentionnées. Ce livre paraîtra simultanéement en espagnol: STOP – Alarma contra la mercantilización y destrucción de lo vivo, Ediciones Carena, Barcelone et en allemand, STOPP – Gegen die Kasino-Finanzwirtschaft und die Vermarktung der Natur, Westend Verlag, Francfort.
Éditions d'en bas Rue des Côtes-de-Montbenon 30 1003 Lausanne 021 323 39 18 contact@enbas.ch / www.enbas.net
DIFFUSION ET DISTRIBUTION FRANCE
AUTEUR Marc Chesney est professeur émérite à l’université de Zurich après l’avoir été à HEC Paris. Il développe depuis de nombreuses années une analyse critique de la finance casino, de la marchandisation du vivant et de la complaisance académique en économie vis-à-vis du pouvoir de l’argent. Il est l’auteur du livre intitulé : La crise permanente – L'oligarchie financière et l'échec de la démocratie Site: marcchesney.com
Paon diffusion/SERENDIP livres
Paon diffusion – 44 rue Auguste Poullain – 93200 SAINT-DENIS SERENDIP livres – 21 bis rue Arnold Géraux 93450 L'Île-St-Denis +33 140.38.18.14 contact@serendip-livres.fr
Chapitre 2) La financiarisation et la digitalisation de l’économie comme facteurs d’accroissement des injustices sociales
Le monde ne récompense pas l'honnêteté et l'indépendance, il récompense l'obéissance et la servilité. Noam Chomsky dans Comprendre le pouvoir, 2005
À l’heure de la financiarisation et de la digitalisation de l’économie, les injustices sociales ont pris une ampleur inconnue jusqu’alors55. Le supposé ruissellement des richesses, souvent mis en avant par les médias, n’obéit pas aux lois de la pesanteur, puisqu’opérant du bas vers le haut, il permet à ceux qui possèdent des fortunes déjà considérables d’en accumuler plus encore, aux dépens du reste de la société. Jamais dans l'histoire, de tels pactoles ne s’étaient concentrés en si peu de mains et de temps. Ce processus accroît terriblement la pauvreté et la précarité des classes sociales défavorisées ou en voie de l'être. Il s'accompagne d'un cynisme, voire d'une arrogance sans limite de la part de l'infime pourcentage de la population mondiale qui en bénéficie. Ce chapitre analyse un tel phénomène, les dangers qu'il représente et les solutions qui s'imposent.
L’accumulation accélérée de richesses en quelques mains Quelques faits tout d’abord : de début mars à mi-juin 2020, aux USA, alors qu’environ 40 millions d'américains avait perdu leur emploi, et que, selon la Banque Mondiale, la Covid-19 aurait fait plonger, en 2020 et au niveau mondial, jusqu’à 100 millions de personnes supplémentaires dans l'extrême pauvreté, soit avec moins de 1.90 $ par jour, quatre personnes ont vu leur fortune conjointe augmenter d’environ 130 milliards de dollars. Il s’agit de : -Bill Gates (Microsoft), avec un accroissement de 11.5 milliards de $, -Mark Zuckerberg (Facebook), avec 32 milliards de $, -Elon Musk (Tesla), avec 42 milliards de $, 55
Voir: L’injustice sociale à l’heure de la financiarisation et de la digitalisation de l’économie, Marc Chesney, Filosofia e Teologia, Milan, 2021.
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-Jeff Bezos, qui détenait alors 11% du capital d'Amazon, avec 44 milliards de $. Entre début janvier et mi-août, l’accroissement a été d’environ 90 milliards de dollars. Lui aussi, profita de la pandémie de COVID pour s’enrichir éhontément, alors que ses employés souffraient de conditions de travail précaires, y compris en termes sanitaires56. En une seule journée, le 20 juillet 2020, il augmenta sa richesse de 13 milliards de dollars. Que signifie un montant aussi astronomique ? Les comparaisons permettent de mieux comprendre la nature du phénomène et de mieux appréhender l’ampleur du problème. Il s’agit d’environ deux fois le PIB journalier d’un continent: l’Afrique, c’est-à-dire du double de la valeur marchande que ce continent, peuplé de quelque 1,3 milliard d’habitants, a produit en un seul jour. Si l’on considère maintenant la France, ces 13 milliards de dollars correspondent à un peu plus de 5 fois le total des salaires bruts journaliers57. C’est comme si sa Majesté Bezos avait reçu en une journée le résultat d’un peu plus de 5 fois le travail journalier d’environ 30 millions d’actifs à temps partiel ou non, c’est-à-dire d’un peu plus de 115 millions de journées de travail58, payées aux salaires en vigueur dans ce pays. Remonter le temps permet de mettre en lumière une autre analogie. Au XVIIIe siècle, Louis XVI était probablement l’un des hommes des plus riches du monde. Son palais, le Château de Versailles, en témoignait. Aujourd’hui, son successeur au sommet de la pyramide de l’opulence et de la vanité est le seigneur Jeff Ie, de la dynastie des Bezos. Comparer ces deux fortunes à presque trois siècles d’intervalle pourrait sembler osé59. Convertir des Livres ou des Louis d’alors, en dollars d’aujourd’hui, n’est pas un exercice trivial. Utilisons plutôt le temps de travail comme mesure plus objective. La construction du Château de Versailles a nécessité environ 50 ans de travail. Supposons qu’elle ait requis en moyenne 5000 personnes chaque année. Cela correspond à 75 millions de journées de travail60. Si l’on rajoute à cela 40 autres millions de journées de travail, pour tenir compte de l’achat d’argenteries et d’œuvres d’art, l’ordre de grandeur ainsi trouvé est un total de 115 millions de jours de labeur, 56
Voir entre autres: Davos Man: How the Billionaires Devoured the World, Peter S. Goodman, HarperCollins, 2022. En France (en 2020), le taux d'activité des personnes de 15 à 64 ans était légèrement inférieur à 75 %. Le total des salaires bruts journaliers est donc de: 3000 euros (ordre de grandeur du salaire brut mensuel moyen) x 30 millions de personnes actives x 0,75 /30 jours = 2250 milliards d’euros = 2500 milliards de dollars. La somme reçue par Jeff Bezos le 20 juillet 2020 est 5,2 fois supérieure à ce total. 58 5,2 fois le travail journalier de 30 millions de personnes ayant un taux d'activité des personnes de 75 % est égal à 5,2 x 30 millions x 0,75 = 117 millions de jours de labeur. 59 Bien que les origines des fortunes de Louis XVI et de Jeff Bezos diffèrent, elles ont cependant des points communs. Le premier dirigeait un pays, de longue date en mauvaise situation financière, dont il continuait à vider les caisses. Le second est aux commandes d’une entreprise qui bénéficie de par le monde, de larges aides publiques et met en place d’efficaces mécanismes d'optimisation fiscale, qui lui ont permis, par exemple, de ne pas payer d’impôts sur les revenus en Europe en 2021. Ses richesses accumulées se font donc aussi aux dépens du contribuable. 60 Les journées de travail incluent globalement, tant celles des ouvriers que celles des jardiniers, des architectes, des décorateurs… 57
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soit, comme indiqué ci-dessus, environ le volume de travail auquel ces 13 milliards de dollars auraient donné accès en France. Faut-il en déduire que ces 13 milliards de dollars correspondent à un Château de Versailles61? Probablement pas, car entre la période de construction de ce palais au XVIIe siècle, et 2020, la productivité du travail s’est énormément accrue et la valeur des œuvres d’art a fortement fluctué. À combien de Châteaux de Versailles ce montant correspond-il alors? On ne saurait le dire avec précision, mais sans doute à plusieurs, voire 10 ou même plus, non pas en une cinquantaine d’années, mais en un seul jour62. Le seigneur, ou plutôt l’empereur Bezos est pressé. En comparaison, Louis XVI paraîtrait presqu’un «looser» ! L’abolition des privilèges, à l’ordre du jour en 1789, l’est a fortiori aujourd’hui. En 2024, après la victoire électorale de Donald Trump, une personne a vu sa fortune augmenter d’environ 70 milliards de dollars en quelques semaines! Il s’agit d’Elon Musk. En janvier 2025, sa richesse accumulée dépassait déjà les 400 milliards de dollars! La financiarisation et la digitalisation de l’économie Cette concentration insensée de richesse est principalement due à la conjonction de deux
phénomènes :
la
financiarisation
et
la
digitalisation
de
l’économie,
caractéristiques de l’actuel néolibéralisme dans sa version libertarienne. Le premier soumet l’économie et la société aux intérêts d’un secteur financier en roue libre, dominé par les Banques Centrales, des sociétés de gestion d’actifs, dont BlackRock est le navire amiral, les banques systémiques et la finance de l’ombre avec ses fonds spéculatifs les plus puissants. Chacun joue son rôle dans ce processus d’assujettissement du plus grand nombre. Les Banques Centrales injectent, chaque fois que nécessaire, et en particulier pendant la crise de 2008 et celle de la Covid, des volumes énormes de liquidité dans les marchés financiers, pour éviter un effondrement brutal du système. Elles procèdent soit en octroyant des prêts aux banques en difficulté, soit en leur rachetant des actifs financiers litigieux. La FED, ou Banque Centrale américaine, a confié à BlackRock la gestion de la plupart de ces actifs. Les 61 Ces 13 milliards correspondent aussi à environ 20 fois la valeur du Palace de Donald Trump en Floride: Mar-a-Lago, en l’occurrence 600 millions de dollars. 62
Source: Deux siècles de productivité en France, Olivier Marchand, Claude Thélot, Economie et Statistique, 1990. Je cite: “Finalement, une heure de travail en 1990 produit 25 fois plus qu'une heure en 1830.”.
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grandes banques peuvent ainsi se défaire de leurs titres douteux et utiliser les liquidités obtenues en échange à des fins non moins douteuses. Enfin, les fonds spéculatifs profitent de ces déséquilibres permanents pour parier sur l’insolvabilité d’entreprises, voire de pays, et ainsi être susceptibles d’engranger d’immenses profits. Il convient de noter, qu’au niveau mondial, de mars 2020 à la fin de cette même année, les Banques Centrales ont acheté chaque heure, principalement aux grandes banques, en moyenne pour 1,3 milliard de dollars d’actifs financiers!63 Ces dernières reçoivent ainsi leur dose horaire de liquidités, chaque fois qu’elles sont en manque. Cette politique monétaire a été interrompue en 2022, du fait de l’inflation provenant principalement de la guerre en Ukraine. Les grandes banques ont été momentanément sevrées, mais continuent à bénéficier d’avantages de toutes sortes. Le système est à bout de souffle, et les marchés financiers supposés libres, sont sous la tutelle grandissante des Banques Centrales. Le capitalisme actuel, ou néolibéralisme libertarien, titube. Pour tenter d’éviter un effondrement généralisé, il utilise principalement deux béquilles : les Banques Centrales, qui placent les marchés financiers sous perfusion, et le contribuable, qui supporte en dernière instance les coûts des crises à répétition. Le second phénomène explicatif de cette concentration sans précédent de richesses, est la digitalisation de l’économie. Ce processus, qui résulte des progrès de l’informatique, d’internet et de l’intelligence artificielle en particulier, a pour conséquence une destruction de postes de travail qui s’accentue, au regard de leur création. La liste des secteurs en perte d’emplois est longue. Certains d’entre eux, comme l’hôtellerie, la restauration et le tourisme en général, sont épargnés, en l’absence d’une vague de Covid, ou de nouvelles pandémies. Quelques branches recrutent, mais cela ne compense pas les pertes d’emploi, et de loin. Tout le monde ne saurait devenir informaticien. Dans de nombreux domaines d’activité, le travail de l’homme est ainsi remplacé à grande échelle par la machine ou l’algorithme. La digitalisation de l'économie devrait générer du temps libre, dans une société bien organisée et durable. Au contraire, dans le cadre néo-libéral, elle accroît la misère, la précarité et le sous-emploi -puisque les chômeurs sont souvent transformés en travailleurs pauvres-, voire le chômage. 63
Source: Der Renminbi wird zur neuen D-Mark, Andreas Uhlig, Neue Zürcher Zeitung, 15.12.2020
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ARGUMENTAIRE
Collection [LES ESSAIS MÉDIATIQUES]
EN LIBRAIRIE SEPTEMBRE 2025
CHINE, UNE NOUVELLE PUISSANCE CULTURELLE? Soft power & Sharp power par
Emmanuel LINCOT
Nouvelle édition augmentée
Alliant hard et soft power, Pékin déploie une stratégie globale, mêlant culture, réécriture.... de l’histoire et diplomatie d’influence. Ne souffrant d’aucune forme de dissidence, la mise en place de cette « sécurité culturelle » (wenhuaanquan) répond au besoin de créer ses propres industries culturelles — notamment numérique —, mais aussi de forger un discours au service de la puissance chinoise. Dans ce contexte, la politique des Nouvelles Routes de la Soie initiée à partir de 2013 par Xi Jinping est à la fois une stratégie de nature commerciale et un projet culturel à vocation mondiale. Dans cette nouvelle édition enrichie, découvrez comment cette ambition culturelle redessine les rapports de force mondiaux. Un enjeu clé du XXIe siècle, analysé ici sous un angle inédit. 978-2-493458-22-3 17 ¤ TTC 192 pages, broché, 12x20 cm
L’AUTEUR
LES POINTS FORTS
Emmanuel LINCOT est Professeur à l’ICP. Spécialiste d’histoire politique et culturelle de la Chine contemporaine, il est également Chercheur associé à l’Institut des Relations internationales et stratégiques (IRIS). Il est l’auteur chez MkF de Chine, une nouvelle puissance culturelle ?
• Une édition mise à jour et augmentée du livre paru en 2019, à présent épuisé. • Une thématique cruciale, au cœur de la reconfiguration géopolitique à l’œuvre dans le monde. • Un auteur précis, informé et didactique dans un format très accessible.
MkF éditions 1, rue Maison Dieu - 75014 Paris contact@mkfeditions.com
Plus d’informations sur : WWW.MKFEDITIONS.COM
également disponible en version ebook
Contact presse : Mikaël Ferloni mikaelferloni@mkfeditions.com 06 84 15 06 78
Collection
ARGUMENTAIRE
[LES ESSAIS MÉDIATIQUES]
CHINE, UNE NOUVELLE PUISSANCE CULTURELLE?
EXTRAIT
"
par
Emmanuel LINCOT SOMMAIRE INTRODUCTION UNE INDUSTRIE CULTURELLE MONDIALISÉE ARTISTES ET NOUVELLES GEOPOLITIQUES DE L’ART CONTEMPORAIN UNE POLITIQUE CULTURELLE TOURNEE VERS LA RECHERCHE ET L’INNOVATION L’OFFENSIVE CULTURELLE COMMENT A TRAVERS LES ROUTES DE LA SOIE, LA CHINE RACONTE-T-ELLE SON HISTOIRE AU MONDE ? CONCLUSION BIBLIOGRAPHIE
MkF éditions 1, rue Maison Dieu - 75014 Paris contact@mkfeditions.com
Depuis les années 2000 une partie du narratif chinois s’est réécrit, et en particulier dans tout ce qui a trait aux relations entre la Chine et le reste du monde. Cela se traduit par des effets de renversement, où des épisodes du passé sont relus à l’aune de considérations contemporaines. L’interprétation de ces épisodes historiques est investie dans un sens qui n’avait pas été nécessairement celle prévalant en leur temps. La Chine s’invente ainsi un récit national aux finalités téléologiques et destinales qui se veulent aussi différentes que celles de l’Occident dont le progrès, selon les dirigeants de Pékin, n’aura été que synonyme de colonisation, d’asservissement et de conquêtes marquées par deux guerres mondiales. Quelles sont les particularités du grand récit chinois que semble incarner Xi Jinping ? Ne souhaite-t-il pas fondamentalement une mondialisation « à la chinoise » ? Ou pour s’interroger autrement, de quoi les Routes de la soie sont-elles donc le nom ? Le narratif chinois confond systématiquement la trajectoire historique du pays avec celle du Parti Communiste Chinois. Et même s’il trouve ses origines à l’ère des nationalismes, il connaît son plein épanouissement à partir du XXe siècle essentiellement, c’est-à-dire à une époque où les échanges entre la Chine et l’Occident comme ceux établis avec la Russie soviétique sont souvent synonymes de contraintes. Ce narratif tient compte d’une histoire nationale et globale - celle du communisme en particulier dans sa dimension internationale – et répond donc à des objectifs de politique intérieure et extérieure. Instrumentalisé, ce récit vise à écrire l’histoire de la Chine dans une perspective unitaire. Cette perspective donne un sens à l’élaboration de la nation chinoise une et solidaire. Un récit nationaliste Ce récit se nourrit de discours culturalistes qui exaltent une identité chinoise uniforme. Elle occulte la diversité ethnique, linguistique et culturelle de ce gigantesque État-continent. La Chine de Xi Jinping se singularise aussi au moyen d’un exceptionnalisme qui est rappelé en réalité d’une manière récurrente depuis l’instauration du régime communiste chinois. Ainsi, Mao Zedong fait-il grand cas d’une spécificité communiste chinoise eu égard au stalinisme qui, lui, réfute l’idée d’une révolution mondiale alors que la prétention universelle de la révolution chinoise tient lieu de principe cardinal. Ce Sonderweg ou « voie particulière » à la chinoise confère à la Chine et au concept de Routes de la soie une place à la fois de tout premier plan et ambiguë. Voie particulière « avec des caractéristiques chinoises » (zhongguo tese) parce que la Chine est à l’origine des premières technologies comme elle le rappelle dans ses programmes scolaires et qu’elle a en généreusement prodigué l’usage au reste du monde. Ambiguë car cette voie particulière est dans les faits un concept flottant qui a à la fois une valeur positive et négative. Flottant, parce qu’on peut le définir de nombreuses façons. Dans son acception positive, il s’agit de vanter l’histoire chinoise comme une réussite originale. Les auteurs européens du XIXe siècle comme Hippolyte Taine consacrant une large place au déterminisme géographique ont le vent en poupe dans l’historiographie chinoise actuelle et permettent ainsi de se prévaloir d’une vision d’exceptionnalité nationaliste. Bien que sécularisée, elle se nourrit parfois d’une mythologie multiséculaire. Pour ce qui concerne l’histoire des périodes anciennes, celle-ci reste définie par les repères correspondants à l’ethnogenèse du peuple Han. Dans la scénographie des musées de province comme à Xi’an — laquelle fut pendant plusieurs siècles la capitale de l’Empire — c’est le Fleuve Jaune et l’Empereur éponyme (Billeter, 2007), véritable personnification des mythes nationaux, que l’on célèbre.
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Distribution/Diffusion : Serendip Livres
REF : MUTU ART CONTEMPORAIN, ART GRAPHIQUE
POSITIONS D’ÉDITEURICES N° 7
ET SI ON MUTUALISAIT ? Margot Bernard et Eloïse Dieutegard
▶ Format (mm) ������������������������� 148 x 210 ▶ Nombre de pages ���������������� 44 ▶ Prix (€) ����������������������������������������� 5 ▶ Graphsime ��������������������������������� Burn~Août ▶ ISBN ������������������������������������������������� 9782493534224 ▶ Parution ��������������������������������������� novembre 2025 Dans le monde de l’édition, certain·es de ses acteur·rices repensent l’économie de leur structure et explorent des modèles alternatifs fondés sur la mutualisation des moyens et des savoir-faire. La brochure Et si on se payait ?, dirigée par Margot Bernard et Eloïse Dieutegard dans le cadre de la collection Positions d’éditeurices, documente les stratégies mises en place par divers collectifs pour gérer et redistribuer leurs ressources en vue de leur subsistance. La brochure se veut une boîte à outils, offrant pistes et inspirations aux éditeurices. Entre autonomie et interdépendance, la brochure Et si on mutualisait ? explore des systèmes alternatifs de financement et de gestion : achat et gestion collective de lieux, mutuelles, économies à points, débancarisation, transparence économique et autres formes de solidarité financière. Ces pratiques, bien que parfois fragiles ou expérimentales, sont essentielles pour penser la viabilité économique des structures indépendantes. Cette brochure rassemble des témoignages ancrés dans des expériences concrètes, donnant la parole à des collectifs, artistes, associations et coopératives qui s’organisent autrement. Leur démarche repose sur un principe clé : la mutualisation. Qu’elle soit matérielle, technique, ou solidaire par la transparence économique et la transmission des savoirfaire, la mutualisation s’impose comme une alternative fréquente et nécessaire. En abordant ces tentatives sous forme de boîte à outils, Et si on se payait ? s’adresse à toutes celles et ceux qui souhaitent repenser leur rapport à l’argent et explorer des pratiques économiques plus justes et soutenables. Une lecture essentielle pour les acteur·rices de l’édition indépendante et toutes les personnes intéressées par les nouvelles formes de subsistance collective. La collection Positions d’éditeurices a pour objectif de visibiliser les pratiques éditoriales que nous estimons et dont nous nous sentons proches. Chaque numéro constitue une prise de position et un outil théorique et critique tant sur la production et la circulation des formes imprimées que sur leur appréhension par les communautés dont elles sont issues. Nous cherchons ainsi à dresser le paysage des pratiques qui nous entourent et à nous y insérer par la mise en acte de ce qu’elles proposent. La collection positions d’éditeurices représente pour nous un espace persistant de construction et d’expérimentation entretenant des liens ténus avec le reste de la structure. Cet espace, libre des contraintes économiques et logistiques régissant habituellement l’édition traditionnelle, est un laboratoire dont les tentatives et recherches infusent nos autres projets éditoriaux. Éditions Burn~Août Diffusion/distribution : Paon-Serendip
burnaout@ @riseupp.net https://editionsburnaout.fr
Thèmes abordés : Mutualisation, édition, économie, autonomie, interdépendance, solidarité, gestion, transparence, subsistance, savoir-faire Eloise Dieutegard, artiste plasticienne, travaille sur les enjeux socio-politiques, écologiques et contemporains en cherchant des récits oubliés et des interstices où fleurissent contre-discours et résistances. Margot Bernard, à travers le son, l’édition et la performance, explore la circulation de la parole et ses passages entre texte et oralité. La collection Positions d’éditeurices :
Dernière modification 6 avril 2025
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Trans·parente Récit d’une mère face à la transidentité de son enfant Florence Baltisberger Fabienne Rindlisbacher PRÉSENTATION
En librairie 11. 2025 Format : 14 x 21 cm Pages: 90 p. Reliure : broché, collé rayon : Littérature Prix: 14 € / 18 CHF ISBN 978-2-8290-0690-6
Fabienne nous ouvre la porte de son parcours de maman dans la transition de Sarah, qui a permis à Rémi de trouver sa place. Ce qui est raconté n’est ni vérité, ni leçon : chaque histoire de transition est unique et singulière, propre à chaque famille. Il n’y a pas de juste ou de faux. Oser se dire est une volonté, pour Fabienne et sa famille, de surtout exprimer que dans ce bouleversement, il est possible d’avancer et de trouver des ressources dans cette période de changement qui mobilise chacun de membres de la famille. Se dire c’est aussi oser exprimer que l’important est de « faire au mieux », en tant que parent. La tristesse, l’épuisement, les peurs et les doutes sont légitimes. Mais l’amour pour son enfant peut tout : il est un phare, un moteur, une attache, une force. Être parent, ce n’est pas être transparent ou alors…trans·parent !
Florence Baltisberger Née à la Chaux-de-Fonds en 1972 mais fribourgeoise de cœur depuis ses études en Pédagogie curative à l’Université de Fribourg, Florence Baltisberger a recueilli le témoignage de Fabienne Rindlisbacher. Fabienne Rindlisbacher Thérapeute en réflexologie, à travers son témoignage, cherche à faire entendre et comprendre un cheminement familial afin de briser un tabou.
DIFFUSION ET DISTRIBUTION SUISSE Éditions d’en bas Rue des Côtes-de-Montbenon 30 1003 Lausanne 021 323 39 18 contact@enbas.ch / www.enbas.net
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C’était une de ces journées d’été, joyeuse et légère, où l’amitié était au rendez-vous dans notre jardin. J’étais en train de préparer un apéritif pour nos invités quand Sarah s’est approchée de moi à la cuisine. Elle m’a dit ces simples mots : - Maman, il faut que je te parle. J’ai alors eu comme un flash ! Je me suis tournée vers elle et je lui ai répondu : - Je sais ce que tu vas me dire. Sarah, pour la première fois, m’avouait qu’elle ne se sentait pas en accord avec le corps de fille qu’elle habitait et qu’elle avait entrepris des démarches pour devenir un garçon. Comment avais-je pressenti cela ? Et à ce moment précis ? Je n’en sais rien. Je pense qu’au fil des années un cumul détails m’ont mis sur cette piste de l’identité et m’ont poussé à me fait préparer, bien sûr inconsciemment. Aussi, depuis près d’une année, Sarah affirmait une apparence masculine très forte : une coupe de cheveux bien courte, des vêtements de garçon… même les caleçons faisaient partie de son trousseau ! L’entendre de sa bouche était une chose, l’accepter aussi mais comprendre que son aveu était le début d’une nouvelle histoire pour notre famille en était une autre ! Mille questions sont assez rapidement venues. J’avais tout d’abord besoin de comprendre ce qui nous arrivait et me rassurer de l’origine de la souffrance de ma fille, dans son corps de fille. Mes premières questions à Sarah ont été sûrement assez abruptes : avait-elle fait de mauvaises rencontres amoureuses ? Était-elle déçue de ses expériences sexuelles ? Voulait-elle essayer autre chose ? N’était-ce pas un caprice ? Allait-elle être heureuse en garçon ? Sarah a eu l’honnêteté de répondre à toutes mes questions, aussi intimes soient-elles. Je ressentais le profond besoin qu’elle me rassure. J’avais également besoin de savoir ce que ce changement d’identité et de sexe allait bien pouvoir entraîner : je ne connaissais rien à ce qui allait se passer ! C’était la grande inconnue. Et puis, ça me faisait tellement peur ! Sarah allait-elle devoir prendre des hormones ou subir des opérations ? Comment cela se passait-t-il au niveau administratif ? Et ma plus grande crainte a été : avait-elle bien réfléchi ? J’avais en effet tellement peur qu’elle fasse toutes ces démarches (dont j’ignorais alors les tenants et aboutissants) et se réveille dix ans plus tard en se disant qu’elle s’était trompée ! Ce fut d’ailleurs mon seul doute. Qu’elle soit fille ou garçon, elle était mon enfant et ce sentiment très fort ne pourrait jamais être remis en question : ma seule tristesse a alors été d’imaginer que je ne pourrais plus l’appeler Sarah, que je ne pourrais plus dire
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« mes deux filles » en parlant d’elles. Mais cela aussi, j’allais l’apprivoiser et trouver, au fil du temps, la sérénité. Lors de notre premier échange, ce jour-là, j’ai compris qu’elle était déterminée à devenir la personne qu’elle cachait au fond d’elle depuis de très nombreuses années. Elle avait alors déjà pris contact avec un psychiatre spécialisé dans les questions de genre chez les enfants et les jeunes. Bien que résolue, elle avait cependant très peur de l’avouer à son père. Elle a aussi réussi à se confier à sa sœur aînée mais j’ai eu pour tâche de l’annoncer à mon mari. Il m’a fallu un peu de temps pour le faire. Après plusieurs jours de secret gardé, de discussions en aparté avec Sarah, et alors plus au clair sur ce qui nous attendait, j’ai fini par le dire à mon mari : cette révélation a été un véritable choc, pour lui ! Il n’avait jamais compris ni interprété les signes lancés par Sarah comme ceux d’un jeune homme caché en elle. Une fois passé ce premier choc, nous avons fait face ensemble ; l’amour que nous portions à Sarah était bien plus fort que nos craintes ! La machine s’est donc mise en marche. Nous avons rapidement accompagné Sarah chez le psychiatre qui a répondu à nos nombreuses questions. Nous avons découvert que le choix de Sarah l’entrainerait sur un long chemin, qu’il y aurait plusieurs opérations, que notre enfant devrait prendre des hormones toute sa vie, qu’elle serait exposée à certains risques de santé nouveaux. J’ai mis tout cela de côté : sur le moment, elle était la priorité. Ce que moi, je pouvais ressentir n’avait alors aucune raison d’être. D’ailleurs, pour tout avouer, je ne me suis à ce moment-là même pas posé la question de ce qui me traversait intérieurement, de ce dont j’avais besoin -là en termes de soutien, par exemple. Nous avons tous compris que les démarches se feraient comme des pas, l’un pas après l’autre et nous avons découvert très rapidement une autre dimension du temps : l’attente. Il me semble important de dire aujourd’hui, qu’en tant que parents, nous avons eu de la difficulté à trouver des informations sur ce qui nous attendait tous. Les témoignages de jeunes transgenres commençaient à peine à s’exprimer et à s’écrire mais les familles semblaient, elles, rester dans le silence : je ne trouvais effectivement rien de ceux qui étaient déjà passés par-là. J’avais beau chercher, je ne trouvais aucun témoignage de parents. Des échanges et des contacts avec d’autres familles nous auraient été si précieux ! C’est pour cette raison que l’idée de témoigner est assez rapidement venu occuper mes pensées !
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En prenant contact par la suite avec la Fondation Agnodice4 à Lausanne, et en fréquentant leur groupe de parents, nous avons alors pris conscience que beaucoup de familles vivaient ce que nous touchions à peine du bout des doigts. Nous n’étions donc pas les seuls à vivre ce bouleversement ! Nous avons même réalisé à ce moment-là, que beaucoup d’enfants, même très jeunes, étaient en recherche de leur vraie identité. J’ai alors eu cette pensée que nous avions quand même de la chance ! Sarah avait 17 ans ½, à l’époque, et étant presque majeure, tout ne serait que son choix à elle. Nous n’aurions pas à prendre de décisions à sa place. Nous aurions « juste » à être là pour elle.
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La Fondation Agnodice promeut en Suisse une société considérant les variations de l’identité de genre et du développement sexuel comme une richesse relevant de la diversité humaine. Elle propose conseil, soutien et orientation individuelle à toute personne concernée.
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COLLECTION MÉMOIRES – OCTOBRE 2025
Toucher le monde
extrait
« Tendez vos mains pour sentir la volupté des rayons du soleil. Pressez les fleurs douces contre votre joue et explorez du bout des doigts les grâces de leur forme, leur délicate mutabilité, leur souplesse et leur fraîcheur. Exposez votre visage aux flots aériens qui balaient les cieux, « inhalez de grandes gorgées d’espace », émerveillez-vous, émerveillez-vous devant l’activité infatigable du vent. Superposez, note sur note, la musique infinie qui afflue graduellement vers votre âme à travers les sonorités tactiles d’un millier de branches et d’eaux tumultueuses. Comment le monde pourrait-il se réduire quand ce sens le plus profond et émotionnel, le toucher, rend de si fidèles services ? Je suis sûre que si une fée me demandait de choisir entre le sens de la lumière et celui du toucher, je ne renoncerais pas au contact chaleureux et tendre des mains humaines, ni à la richesse des formes, à la noblesse et à la plénitude qui s’impriment dans mes paumes. »
mémoires d’une main qui voit
« Dans toutes mes expériences et pensées, je suis consciente d’une main. Tout ce qui m’émeut, tout ce qui me bouleverse, est comme une main qui me touche dans l’obscurité, et ce contact est ma réalité. » Helen Keller a perdu la vue et l’ouïe dans sa petite enfance. Après des années d’isolement, son récit de la (re)découverte du monde, grâce à une langue signée dans sa main, a ému plusieurs générations sur tous les continents. Son histoire – souvent écrite par d’autres qu’elle – est devenue un classique de la littérature jeunesse en France. Toucher le monde (1908) [The World I live in] est le second ouvrage autobiographique, et à ce jour inédit en français, d’Helen Keller. Ce texte offre une plongée fascinante dans son univers sensoriel et intellectuel, en décrivant avec intensité son expérience du monde. Du creux de ses mains, qui voient les êtres, les couleurs et la lumière, Keller célèbre la richesse de la vie intérieure et les connexions profondes qu’elle parvient à établir avec le monde qu’elle habite.
Helen Keller (1880-1968)
© Getty Image, 2010
À l’âge d’un an et demi, Helen Keller perd la vue et l’ouïe à la suite d’une scarlatine : 6 ans durant, elle ne peut communiquer avec son entourage que par une soixantaine de signes, expérience qu’elle décrit comme celle d’une vie « en mer par un brouillard épais ». Anne Sullivan, une éducatrice engagée par ses parents, parvient à développer avec elle une stratégie de communication fondée sur le toucher, avant de lui apprendre le braille et la langue des signes. En 1904, Helen Keller est diplômée du Radcliffe College of Harvard University : elle est la première personne sourde et aveugle à obtenir une licence (de lettres). Militante socialiste, elle défend le vote des femmes et le droit à la contraception, rejoind le syndicat des Industrial Workers of the World, et compte parmi les membres fondateurs de l’American Civil Union. Ses activités philantropiques lui font parcourir 35 pays. Elle a publié 12 ouvrages, en plus de nombreux articles.
prix : 18 € parution : novembre 2025 140x205 mm, 128 p. ISBN : 978-2-493324-13-9 tirage : 3000 ex.
• un regard important et indispensable sur le handicap et l’inclusion • un véritable hymne à la vie et à l’émerveillement des sens • écrit en 1908, un texte qui révèle l’engagement politique et social d’une femme qui ne fut pas seulement « sourde, muette, aveugle » • une traduction sensible de marie chuvin
Toucher le monde
CITATIONS
un point de vue important sur le handicap et l’inclusion
•
Toucher le monde donne à voir – et surtout à (re)sentir – une autre manière d’habiter le monde, hors du prisme dominant de la vue et de l’ouïe.
•
Helen Keller ne parle pas seulement à partir de son handicap ; elle montre, avec force et poésie, que la pensée, la créativité, la connexion au monde peuvent s’épanouir à travers d’autres voies sensorielles.
•
Son livre n'est pas une leçon de courage ou un modèle surplombant : c’est une invitation à s'émerveiller de nos manières singulières et diverses de ressentir et percevoir le monde.
•
Dans un monde encore trop normatif, Toucher le monde est un manifeste intime pour la légitimité de toutes les expériences sensibles.
•
C’est un texte profondément libérateur, surtout pour celles et ceux à qui l’on a parfois fait croire que leur manière d’habiter le monde était incomplète ou déficitaire.
« Guidée par mes trois fidèles compagnons – le toucher, l’odorat et le goût – je m’aventure souvent aux confins de l’expérience, jusqu'à la lisière de la cité de la Lumière. La nature se plie aux nécessités de chacun. Si l’œil est blessé au point de ne plus voir le beau visage du jour, le toucher devient plus sensible et plus subtil. Par l’exercice, la nature s’emploie à fortifier et exalter les sens demeurés intacts. Ainsi les aveugles entendent-ils souvent avec une acuité et une netteté supérieures à celles des voyants. L’odorat, quant à lui, devient presque un sens nouveau, capable de percer les enchevêtrements et les incertitudes du monde. Selon une loi immuable, les sens s’épaulent, se répondent, se renforcent. » « Comment le monde pourrait-il se réduire quand ce sens le plus profond et émotionnel, le toucher, rend de si fidèles services ? Je suis sûre que si une fée me demandait de choisir entre le sens de la lumière et celui du toucher, je ne renoncerais pas au contact chaleureux et tendre des mains humaines, ni à la richesse des formes, à la noblesse et à la plénitude qui s’impriment dans mes paumes. » « Où que l’on porte le regard, on trouve la main, dans le temps et dans l’histoire, qui travaille, bâtit, invente, fait émerger la civilisation de la barbarie. La main symbolise le pouvoir et l’excellence du travail. »
EXTRAIT
EXTRAIT
2. Les mains des autres J’aimerais que vous puissiez voir les jolies lettres que les enfants Il est intéressant d’observer les différences entre les mains des gens.
épèlent dans ma main. Ce sont les fleurs sauvages de l’humanité,
Elles dévoilent un éventail complet de vitalité, d’énergie, d’immobilité
et les mouvements de leurs doigts sont les fleurs sauvages de la parole.
et de cordialité. Je ne m’étais jamais rendu compte de toute la vie contenue
Tout ceci, c’est ma science secrète, la palmologie, et quand je lis votre
dans une main jusqu’à ce que je voie ces images de plâtre froid dans la col-
avenir, ce n’est pas de l’intuition mystérieuse ou de cette sorcellerie qu’on
lection de moulages de M. Hutton1. Dans les mains que je côtoie tous les
prête aux diseuses de bonne aventure ; c’est l’examen naturel et explicable
jours, il y a la plénitude du sang qui irrigue les veines, l’élasticité de l’esprit.
du caractère gravé dans votre main. Non seulement la main est aussi
[...]
reconnaissable que le visage, mais elle révèle ses secrets plus ouvertement
On m’objectera que les mots que je viens d’écrire ne « décrivent » pas
et plus inconsciemment. Les gens contrôlent leur contenance, mais aucune
les mains de mes amis, mais qu’ils leur attribuent tout au plus les qualités
contrainte de ce genre ne retient la main. Elle se détend et s’amollit quand
humaines et la bonté dont je les sais dépositaires, et que le langage véhicule
l’humeur est morose et abattue ; les muscles se contractent lorsque l’esprit
de manière abstraite. Cette critique implique que je ne révèle pas la vérité
est enthousiaste ou le cœur heureux ; et les qualités permanentes y restent
première de ce que je sens ; mais sont-elles bien différentes, les descriptions
inscrites en tout temps.
dans les livres que je lis, écrites par des gens qui voient, pour dépeindre l’apparence visible d’un visage ? Je lis qu’un visage est fort, qu’il est gentil ; qu’il respire la patience ou l’intelligence ; qu’il est aimable, doux, noble, beau. N’ai-je pas droit aux mêmes mots, pour décrire ce que je sens, que vous, pour dépeindre ce que vous voyez ? Ils transcrivent la réalité des sensations de ma main. 1. Laurence Hutton (1843-1904) était un critique d’art et essayiste américain qui s’était passionné pour les moulages de plâtre, notamment les masques mortuaires des présidents américains. NdlT
À paraitre, novembre 2022 éditions Lorelei, coll. « Frictions » 60 p., 17 × 10,7 cm ISBN : 978-2-9555444-8-8 10 € Dans le premier numéro de La Révolution surréaliste, en 1924, fut publié un montage photographique réunissant 28 visages masculins de personnalités surréalistes ou comptant particulièrement pour le mouvement et, au centre de ces portraits, plus grande, la photographie d’une femme : Germaine Berton. En 1923, cette militante anarchiste défraya la chronique en assassinant Marius Plateau, une figure des milieux monarchistes et nationalistes. Cet ouvrage revient sur la réception de ce crime politique par les surréalistes, qui apportèrent un soutien inconditionnel à Germaine Berton, et par les anarchistes eux-mêmes, dont la position fut plus ambivalente. En analysant les divergences entre surréalistes et anarchistes, en particulier autour de la question du suicide, et en revenant sur les diverses lectures qui ont été faites jusqu’à aujourd’hui du « tableau synoptique » avec Germaine Berton, il s’agit d’en critiquer les interprétations purement cultuelles ou esthétisantes, afin de restituer la dimension politique de l’expérience surréaliste et l’antagonisme social et politique violent des années qui l’ont vu naître. Ci-contre et ci-après : couverture provisoire et aperçu des pages intérieures (maquette en cours).
À paraitre, novembre 2022 éditions Lorelei, coll. « Frictions » 60 p., 17 × 10,7 cm ISBN : 978-2-9584193-0-1 10 € Puisant dans l’histoire de l’art au crible des études visuelles et culturelles, cet ouvrage explore les notions de visualité et de contre-visualité. Ces termes introduits par le théoricien des cultures visuelles Nicholas Mirzoeff nouent le voir au savoir, au pouvoir et au (faire) croire. À travers notamment des pièces de Betye Saar, Leslie Labowitz, Coco Fusco et Guillermo Gómez Peña, Hito Steyerl, Joy Buolamwini, et des écrits d’Allan Sekula, il s’agit d’examiner comment certaines œuvres d’art questionnent les systèmes de visualité hérités des mécanismes de domination capitaliste, coloniale, et patriarcale. Ces artistes n’opposent pas terme à terme une visualité à une autre, mais cherchent à produire des écarts tactiques et privilégient une mobilité des points de vue, pour permettre à chacune et à chacun de se construire comme sujet. Ci-contre et ci-après : couverture provisoire et aperçu des pages intérieures (maquette en cours).
À paraitre, janvier 2025 éditions Lorelei, coll. « Frictions » 60 p., 17 × 10,7 cm ISBN : 978-2-9584193-7-0 10 € Penser la portée politique et philosophique des images de la Palestine nous force, d’abord, à comprendre les conditions de visibilité particulières qui y sont associées. « D’une part, les Palestiniens luttent contre l’invisibilité, qui est le sort auquel ils ont résisté depuis le début, d’autre part, ils luttent contre les stéréotypes médiatiques : l’Arabe masqué, la kufiyya, le Palestinien lanceur de pierres — une identité visuelle associée au terrorisme et à la violence » (Edward Saïd). Aujourd’hui, il faudra ajouter les images des Palestiniens en tant que victimes : enfants tués ou blessés, familles désespérées, masses attendant aux points de contrôle. Comment produire une visibilité qui ne se laisse pas absorber par le flux des images surdéterminées, comment créer des images qui perturbent les stéréotypes au lieu de les stabiliser ? Cet essai cherche à penser ces questionnements à travers des projets artistiques palestiniens, en particulier dans le champ de l’art vidéo et du cinéma, depuis les années 1960.
Sommaire 1+1 = 3 : au-delà d’un dualisme idéologique Exploser les cadres Réappropriation de l’image de soi : images révolutionnaires retrouvées Rendre visible ce qui ne se voit pas : violences structurelles
Stefanie Baumann est chercheure à l’Institut de philosophie de l’Université Nouvelle de Lisbonne (IFILNOVA), où elle dirige le groupe de travail Thinking Documentary Film. Docteure en philosophie de l’Université de Paris 8, elle a enseigné la philosophie, l’esthétique et les théories de l’art contemporain à l’Université Paris 8 (2007-2010), à l’Académie libanaise des Beaux-Arts/Beyrouth (2012-2015), à Ashkal Alwan/Beyrouth (2013) et au Maumaus Study Program à Lisbonne (depuis 2016). Pendant le semestre d’été 2023, elle a été professeur intérimaire de philosophie à la HfBK de Dresde. Membre du collectif Suspended spaces, elle collabore depuis plusieurs années avec plusieurs artistes et cinéastes (Esther ShalevGerz, Marie Voignier, Mounira al Solh).