septembre • octobre
2026
10 Bêtes de Scènes
06 À la une C dans l’air Au-delà des apparences avec Stéphan Gladieu
18 Faites du bruit !
L’âme métisse du RHINO • 10 ans de Bizarre! • Rues sonores à Oullins • Nouvelles Voix • Les Belles Journées • Optimisme Ambient • DJ Krush • 10 ans de Born Bad Records • The Buttshakers
La Maison Linossier à la Croix-Rousse
28 Micmacs de saison(s)
Danse • Cirque • La scène belge débarque • Culture en danger • Carnet de bal • Saisons en bref
Pour les amoureux de la photo
38 Lettres & Ratures Écrivains du cru
© Charlotte Steppé
sommaire
© Musée des Confluences – L. Rault
Success Story Marion Alzieu à la fête de Karavel Du beau monde au festival Lumière !
Katerina Andreou • Suzanne de Baecque • Christos Papadopoulos • Créations de rentrée • Emma Dante • Les Traversées • Grand ReporTERRE #12 • Portraits Hôtel • La Cordonnerie…
26 Tours & Détours
© Luke Chadwick Jones
04 Dans le Rétro… Dans le Viseur
40 Tendances
Passion tatoo
24 FOKUS
arkuchi #58
42 Street Musée 44 Hors Champ
INVITÉE D’HONNEUR AVEC LES MATRIARCHES. 25ES RENCONTRES PHOTOS DE CHABEUIL (26)
10 > 13 SEPT.
lesrencontresphotosdechabeuil.fr
Les frères Coen, 40 ans de bobine © Jean-Baptiste Pellerin
ABONNEMENT 7 NUM./AN = 38 EUR.
© Adrien Cullati
Jean-Baptiste Pellerin Des portraits pris sur le vif
Nadia Ferroukhi utilise son « troisième œil » pour témoigner des réalités humaines. Elle s’intéresse particulièrement à la condition féminine et aux dernières sociétés de femmes de par le monde.
46 Popote(s) & Jugeote
septembre • octobre 2026
Magazine gratuit Toutes les 6 semaines Édité par La Plume d’icKar S.A.S. au capital de 1 000 € 18 rue Belfort 69004 Lyon Diffusion plus de 450 lieux Lyon, Métropole & Rhône‑Alpes
Publicité mag.arkuchi@gmail.com 06 13 07 06 97 Direction de la publication Rédaction en chef Anne Huguet ‑ 06 13 07 06 97 Secrétariat de rédaction Emmanuelle Babe Illustration de couverture Jean-Baptiste Pellerin
Ont participé à ce numéro Martin Barnier, Claire Boulet, Blandine Dauvilaire, Nadège Druzkowski, Ponia DuMont, Marco Jéru, Valérie Legrain‑Doussau, Trina Mounier, Anne O’Byrne, Florence Roux, Gallia Valette‑Pilenko
Conception et mise en page dubruitaubalcon.com Dépôt légal à parution ISSN 2646‑8387 Impression FOT Tirage 15 000 ex.
La rédaction n’est pas responsable des textes et photos publiés qui engagent la seule responsabilité de leurs auteurs. Tous droits de reproduction réservés.
_LOGO PEFC 2A
Blandine Dauvilaire • Anne Huguet • Trina Mounier • Valérie & Martin
THRILLER SOCIAL
Le Triangle d’or est le premier long métrage de Hélène Rosselet-Ruiz. On plonge avec Laura dans l’univers ostentatoire du luxe où la surveillance est constante. Un huis clos parfaitement maîtrisé, transcendé par la présence irradiante de Malou Khebizi, révélation de Diamant brut. La belle surprise de l’été.
En salle depuis le 29 juillet
dans les
Prêt(e) pour La Traversée ? La nouvelle secousse artistique signée Manifesta embarque sous terre. Six galeries d’art investissent, dans les Monts d’Or, un lieu secret de 140 mètres de long, ponctué d’alcôves. Vertigineux. En résonance avec la Biennale d’art contemporain. 16 SEPT. > 02 OCT.
ARKUCHI #58
À ciel ouvert
Événement
La terre comme moyen d’expression ? Vaisselle, bijoux, objets décoratifs, sculptures artistiques… Toute la richesse et la diversité de la création céramique.
27 & 28 SEPT. Les SUBS & ENSBA
marchés de potiers en France.
Baston dessinée, marché d’objets illustrés, expos, tatoos, ateliers, masterclasses… Encore du beau monde à IF pour fêter l’illustration contemporaine. David Huang, Camille Gobourg, Chloé Farr, Juliette Mancini et les autres.
12 & 13 SEPT. Vieux-Lyon
Formes graphiques
Party Lines Gurriers Sleep Butch McKoy Slumber Party Brigitte Calls Me Baby
Les Tupiniers du Vieux Lyon est l’un des plus grands
Nouvelles Têtes
Officiel depuis fin juin, le binôme Laëtitia Guédon et Thomas Jolly prend les manettes du TNP dès le 1er janvier 2027. On les attend de pied ferme !
oreilles
BAC #18
BIENNALE D’ART CONTEMPORAIN DE LYON 11 LIEUX, 65 CRÉATIONS, 118 ARTISTES, 42 PAYS 19 SEPT. > 13 DÉC.
septembre • octobre 2026
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
THÉÂTRE DE TRÉTEAUX C’est ainsi, sur la place des Célestins, que le joyeux chef de troupe Simon Falguières présente Molière et ses masques, un hommage vif et pétillant à la vie du grand homme. En plein air et en lancement de saison.
À CHAUD
18 > 20 sept. • Théâtre des Célestins
TOUT SUR MA MÈRE Marc Lainé ouvre la saison à Valence avec le cycle Liliane et Paul, inspiré de la vie de ses parents. Une traversée de cinquante ans d’histoire intime et collective. Et une fresque familiale qui ausculte la relation amoureuse de ses parents comme ses propres doutes et névroses.
septembre • octobre 2026
_LE DEUIL SIED À ÉLECTRE
Impitoyable
GWENAËL MORIN CONTINUE D’EXPLORER LA TRAGÉDIE GRECQUE CHEZ EUGENE O’NEILL, AVEC LE DEUIL SIED À ELECTRE. MISE EN SCÈNE AU CORDEAU ET ACTEURS FORMIDABLES, COMME L’EXCELLENT GRÉGOIRE MONSAINGEON ET SA PARTITION COMPLEXE. UN THÉÂTRE PUISSANT, COUP DE CŒUR D’AVIGNON 2026.
Une selecta toute subjective (bien sûr) de concerts à réserver. La folk majestueuse de Cat Power (24/10), le rock sous tension de Ghinzu (19/10), les riffs colériques de Gurriers (10/11), la rage intacte de Mike D (04/11), la baston mongole façon THE HU (28/10), les synthés hypnotiques de Boy Harsher (14/11), Dry Cleaning (16/11), la sensation Zinée (20/11), la noirceur rock des And Also the Trees (12/02), la grâce de Alela Diane (08/11), Assassin (03/04), GoGo Penguin (19/11), la transe de Acid Arab (07/01), Kid Francescoli (27/11)… Entre autres.
© Megan Cullen
Chamanique
De From Her to Eternity au génial duo Henry Lee, de Weeping Song à Jubilee Street, Nick Cave et ses Bad Seeds (avec le génial Warren Ellis) ont sublimé leur musique. Comme toujours. Alternant rock abrasif, ballades de crooner à faire frissonner et quelques raretés (l'inattendu Stranger Than Kindness). Magnétique, généreux, habité, bouleversant (Joy, Hollywood), mystique. Tout ça et bien plus. Vu à Vienne, l’homme en noir n’en finit pas de nous mettre KO debout.
LE DIABLE DANS LES DÉTAILS Vu en mars, on a bien aimé la prestation de Thomas Poulard et de Christophe Mirabel dans Pour un oui ou pour un non suivi de Elle est là d’après Nathalie Sarraute. Un diptyque délicieusement absurde sur les blessures de l’amitié et les errements de la folle du logis. 14 > 16 oct. • L’Assemblée, fabrique artistique, Lyon 3
LA CLASSE Bachar Mar-Khalifé revient en solo piano-voix pour chanter ses blessures et ses espoirs d’un monde meilleur. Sa musique qui mêle jazz, musique classique, traditionnelle et orientale, transcende les époques, les esthétiques et les âmes. Immanquable. 16 oct. • Polaris, Corbas
LA BASCULE Avec Un mariage, Gilles Granouillet est à l’écriture et à la baguette de cet anniversaire de mariage qui permet de relire tout ce qui s’est passé ce jour-là… pas vraiment comme on l’attendait ! Entre histoires de famille, mensonges et racisme ordinaire. 17 oct. • Le Sémaphore, Irigny
ARKUCHI #58
22 > 25 sept. • Comédie de Valence (26)
à la une !
C DANS L’AIR
Incroya• blement vrai Texte Blandine Dauvilaire
© Musée des Confluences / Lionel Rault
JE RESTE À UNE DISTANCE DE CINQ MÈTRES DU MODÈLE, CE QUI CRÉE UN PORTRAIT MIROIR
ARKUCHI #58
Entre 2017 et 2020, le photographe Stéphan Gladieu s’est rendu cinq fois en Corée du Nord. De cette expérience rare est née une série de portraits saisissants, que l’artiste-reporter expose au musée des Confluences. Rencontre avec un homme qui aime voir au-delà des apparences.
Pourquoi avez-vous décidé de partir en Corée du Nord ? STÉPHAN GLADIEU Enfant, j’ai voyagé avec mon père dans des pays qui étaient des dictatures communistes. J'ai pris conscience que je vivais dans un endroit où j'étais libre, et de l'impact qu’avait sur les gens le fait de voir des étrangers s'intéresser à eux. La Corée du Nord est l’un des pays les plus fermés au monde, on évoque peu ses habitants, le régime les invisibilise, je me demandais à quoi ils ressemblaient. De là est née l'idée d'essayer de leur donner un visage en réalisant un projet qui soit tourné exclusivement vers eux. Quelle liberté de travail aviez-vous sur place ? SG Une liberté quasi nulle dans le sens où vous ne décidez jamais d'aller quelque part, vous y êtes conduit. Dès l’aéroport, vos guides sont déjà là et vous restez avec eux tout au long du voyage. Le fait que nous n’ayons quasiment aucun référent commun avec les Nord-Coréens d'un point de vue historique, social, économique, religieux, familial est quelque chose de fondamental. Dans une situation donnée, vous n’allez pas percevoir les choses de la même façon. Par exemple, j’ai pris une photo de deux femmes avec des revolvers au stand de tir. Quand j’ai dit au guide : “On dirait des James Bond girls”, il n’a pas traduit parce qu'il ne savait pas ce que c'était.
septembre • octobre 2026
© Stéphan Gladieu - Courtesy School Gallery Paris
septembre • octobre 2026
C DANS L’AIR
> 02 JAN. 28 Musée des Confluences museedesconfluences.fr
Les trente photos exposées au musée des Confluences sont d’une beauté et d’une perfection fascinantes... SG L’exposition présente une perception que j'ai pu avoir, au cours de mes cinq voyages, de la théâtralisation du quotidien des Nord-Coréens. Il y a chez eux une phobie du désordre, de ce qui n'est pas fini. Certaines photos sont accompagnées d’un commentaire sonore qui permet de passer de l'autre côté de l'image et de savoir comment ça s'est déroulé. La scénographie montre l'importance de la couleur dans mon travail. Comment avez-vous travaillé dans la rue ? SG De la même façon qu'en studio. J’ai demandé aux gens qui acceptaient d’être photographiés de se positionner derrière une marque, en ayant pris soin de choisir l'arrière-plan. Je leur ai laissé le temps de s'installer pour donner la meilleure image d’eux. C'est un principe répétitif, la notion de sérialité est importante parce que je viens doucement marteler un ressenti fort : le stress intérieur, la rigidité et une temporalité différente de la nôtre.
Avec cette série vous bousculez notre rapport à l'apparence et nos certitudes. Souhaitiez-vous que ce soit troublant ? SG C'est clairement l'objectif. L’idée est de nous mettre face à des gens très différents qui nous regardent, et de se demander si c'est réel ou pas, si c'est un montage et si c'est vraiment comme ça. Je n'interviens ni sur le fond ni sur la façon dont les gens sont habillés, je ne fais que les choisir. J'observe donc énormément leur apparence avant. Je reste toujours à une distance de cinq mètres du modèle, ce qui crée un portrait miroir, en le regardant vous prenez conscience que vous êtes comme la personne et en même temps très différent d’elle. C'est le début de l'identité. Que vous a appris cette expérience en Corée du Nord ? SG Je n’étais pas quelqu'un de très patient, ni connu pour ma grande diplomatie, ça m'a fait beaucoup progresser. J'y allais avec mes certitudes et ma prétention en pensant réussir à montrer quelque chose, et je suis arrivé dans un univers que je ne comprenais pas du tout, en me basant uniquement sur mes capacités d'observation. J’en suis ressorti avec peut-être plus d'interrogations qu'en arrivant sur le rapport à la réalité, à la différence, à l'identité, ça m’a beaucoup troublé. Aujourd'hui je suis beaucoup moins sûr de ce que je suis et de ce que je fais, ça m'a peut-être remis à ma place sur pas mal de sujets en fait. •
ARKUCHI #58
_DES ÉCOLIERS AU PARC D'ATTRACTIONS TAESONGSAN, TAESŎNG-GUYŎK
SUCCESS STORY
HOLD FAST
07 > 09 OCT. Bizarre! Vénissieux
MIGHTY PACT
23 OCT. Pôle Pik Bron 04 > 05 NOV. Malraux Scène nationale Chambéry (73)
Sous tension _HOLD FAST, MARION ALZIEU
M
arion Alzieu, chorégraphe prometteuse installée en Savoie, est de nouveau programmée au festival Karavel avec Hold Fast, mais dans sa version longue. Après un solo remarqué en 2014, Ceci n’est pas une femme blanche, qui tourne toujours, et un duo avec un musicien (celui avec lequel elle travaille depuis le début de sa compagnie Ma’), Hold Fast (« tenir bon » en anglais) est sa cinquième pièce. Elle se confronte au langage du krump, qui la fascine depuis des années parce qu'elle y voit une similitude avec sa propre « énergie au plateau », sa façon de créer. Il faut dire que Marion Alzieu développe une danse puissante et très physique, aussi bien au côté de Serge‑Aimé Coulibaly dont elle a été l’interprète pendant dix ans, qu’aujourd’hui avec sa propre compagnie. Grande sportive, elle nage régulièrement et marche pour se ressourcer. Pas étonnant quand on sait qu’elle a commencé la danse (jazz) à six ans et qu’elle a réalisé son premier triathlon au même âge ! Issue d’une famille « hyper-sportive » – père moniteur de ski, frère ancien international de freestyle –, elle envisage « la danse comme une thérapie » lui permettant d’exprimer ce qu’elle n’arrive pas à dire avec des mots, réserve oblige. Avec le krump, elle peut se donner à 150 %. Cette danse, « hyper exigeante en terme d'énergie », permet de « s’inventer un personnage tout en racontant quelque chose qui vient des tripes. Dans le krump, tu ne peux pas mentir, tu dois faire face. Et ça fait sens avec ma danse et ce que je défends », explique-t-elle. D’ailleurs, sa prochaine pièce pour deux danseurs, deux danseuses, une comédienne-chanteuse et un musicien (création en novembre à Chambéry), reprend les codes de cette danse née dans les quartiers déshérités de Los Angeles dans les années 1970, pour explorer la notion de communauté, très présente dans le krump, et tenter de sceller un pacte de solidarité entre les individus… •
ARKUCHI #58
À la fête ! [ ANNE HUGUET ]
Karavel fête ses vingt ans (déjà) et continue de célébrer toutes les facettes du hip-hop. Une belle occasion pour son directeur Mourad Merzouki d’inviter une ribambelle de spectacles (93 représentations, 55 compagnies) et de nombreux fidèles d u fest iva l ( M a zel Fre ten , Sty l ist i k , Relevant…). On retrouve sans surprise un mix de chorégraphes confirmés – dont la danse hypnotique de Jann Gallois, pas vue à Lyon depuis un moment – et de nouvelles têtes (Campanita, Sofiane Chalal ou Nour Gebrael – coups de cœur de Mourad), battles et contests qui enflamment toujours le public, des solos et sept créations en avant-première, dont le fameux Récital de Käfig ou Mussum de Dyptik autour des rythmes gnawas. Ça démarre en fanfare à Albert Camus avec une version XXL de Love de Voltaïk (et 80 amateurs) et une création inédite de cinq chorégraphes ayant marqué le festival, dont Kader Attou, Nacim Battou… Happy Birthday ! 25 SEPT. > 25 OCT.
FESTIVAL KARAVEL
50 lieux, Lyon & métropole karavel.karavelkalypso.com
septembre • octobre 2026
© Maciej Moskwa
Texte Gallia Valette-Pilenko
© UFA
Sous les projecteurs
SUCCESS STORY
_METROPOLIS, FRITZ LANG (1926)
Texte Blandine Dauvilaire
Q
ui aurait imaginé en voyant Clint Eastwood soulever le premier prix Lumière, en 2009, que Lyon deviendrait l’écrin du plus bel événement mondial dédié au cinéma classique ? Depuis, le festival Lumière a pu compter sur Quentin Tarantino, Jane Fonda, Isabelle Huppert, Martin Scorsese et bien d’autres pour rappeler que c’est à Lyon qu’il faut être en octobre ! Entre copains de préférence, parce que le bonheur, ça se partage. Des copains, il y en a beaucoup cette année pour entourer les frères Coen récipiendaires du fameux prix (lire page 42). Parmi les événements de cette 18e édition, le ciné-concert Metropolis (1926) de Fritz Lang lancera les célébrations du centenaire du film. La projection sera accompagnée par l’Orchestre national de Lyon, dirigé par Don Davis (compositeur de la saga Matrix), sur une nouvelle partition imaginée par ses soins. Le réalisateur canadien Norman Jewison (1926-2024) est à l’honneur à travers une grande rétrospective. L’occasion de revoir Dans la chaleur de la nuit, Oscar du meilleur film en 1967, et L’Affaire Thomas Crown (1968). Le festival revisite aussi l’œuvre du réalisateur italien Ettore Scola, disparu en 2016, à qui l’on doit Nous nous sommes tant aimés (1974), Affreux, sales et méchants (1976) et Une journée particulière (1977). Sans oublier le Village Cinéma qui s’installe à la Cité de la Gastronomie, à l’Hôtel-Dieu, avec une programmation dédiée... C’est à Lyon que ça se passe et nulle part ailleurs ! •
FESTIVAL LUMIÈRE 10 > 18 OCT. Lyon et métropole festival-lumiere.org
bêtes I de scènes
La saison commence fort Texte Trina Mounier
TRUE WEST
22 SEPT. > 03 OCT. Théâtre des Célestins theatredescelestins.com
SEUL DANS BERLIN [UNE PETITE AFFAIRE] 29 SEPT. > 17 OCT. TNP Villeurbanne tnp-villeurbanne.com
LA MÉLANCOLIE DES PAQUEBOTS
06 > 16 OCT. Comédie de Saint-Étienne (42) lacomedie.fr
ARKUCHI #58
l y aura du beau et du lourd, au théâtre, dès septembre. Des coups de cœur, comme des urgences tant esthétiques que politiques. On commence par la Comédie de Saint-Étienne où la nouvelle création de Benoît Lambert, La Mélancolie des paquebots, devrait renouer avec la partie sombre du metteur en scène et un genre qu’il affectionne particulièrement : la comédie noire et grinçante. Politique, délibérément. Sur scène, une distribution exclusivement masculine, des hommes d’âge pour le moins mûr voire avancé, sanglés dans des costumes noirs, le cou serré par des cravates d’un autre âge. Un petit nouveau, beaucoup plus jeune, Antoine Besson, un bel acteur de la troupe de Schiaretti en son temps, tout aussi rigidifié que ses aînés. Ces hommes sur leur paquebot sont coupés du monde. Si le spectacle fait rire, c’est très jaune : à travers une série de tableaux sautant parfois du coq à l’âne, l’image du naufrage s’impose comme seule certitude. On retrouvera le Benoît Lambert authentique, dont l’utopie marxiste est mise à mal aujourd’hui. Quittons Saint-Étienne, direction Villeurbanne où Jean Bellorini nous offre sa dernière création-production TNP, avant son départ pour Genève en janvier 27. Quand on connaît l’exigence artistique du metteur en scène, sa recherche de perfection – et qu’en plus on a dû ronger notre frein, frustrés de n’avoir pu voir L’Ordre du jour, sa dernière création restée à la Comédie-Française après deux mois à guichets fermés –, on prend vite ses billets pour Seul dans Berlin, l’histoire vraie et ô combien éclairante du combat d’un couple d’ouvriers contre Hitler. Avec quelques mots inscrits sur des cartes postales qu’ils distribuent dans les boîtes aux lettres, ils font figure de héros, pathétiques certes, mais d’autant plus honorables. Jean Bellorini a choisi Clara Mayer et Camille de La Guillonnière, qui avaient si bien incarné ces héros du quotidien dans Les Misérables. Le couple arrêté, c’est à leur procès qu’on assiste. Enfin, un petit dernier pour la route avec True West d’après Sam Shepard, l’une des pièces qui ouvre la saison des Célestins. Auréolé du prix Incandescences Maquettes 2024, Benoît Martin dont on a admiré le travail inspiré à plusieurs reprises s’offre, après Tennessee Williams, un nouveau huis clos brûlant. Un retour prometteur dans les salles. •
septembre • octobre 2026
© Blandine Soulage
BÊTES DE SCÈNES
Danser pour résister Texte Gallia Valette-Pilenko
_KATERINA ANDREOU & MÉLISSA GUEX AUX GRANDES LOCOS
Katerina Andreou est la chorégraphe du moment. On a pu déjà la voir aux SUBS ou à l’Opéra de Lyon, avec des pièces très physiques et engagées. Athénienne d’origine, elle vit à Lyon depuis 2021 et fait partie des quatre artistes associés de la Maison de la danse pour les trois ans à venir. Elle multiplie les projets tous azimuts. À commencer par Shout Twice, qui ouvre la saison de MAD, avant une prochaine création pour la Biennale de la danse 2027. Rencontre. Pourquoi Lyon ? KATERINA ANDREOU Je ne suis pas française et j’ai un rapport au pays un peu différent de quelqu’un qui est né et a grandi ici. J’ai passé beaucoup de temps, comme un papillon, à aller d’une ville à l’autre. D’abord Angers et Nantes, puis un peu Rennes, Tours et Le Mans, enfin Paris et un petit village de Bourgogne. Géographiquement, je me rapprochais de Lyon et la période à la campagne a correspondu au Covid. N’ayant pas d’a priori sur tel ou tel endroit, je cherchais plutôt une base, à savoir un lieu pratique pour ma vie personnelle et professionnelle. En vrai Athénienne que je suis, je voulais retrouver la vie citadine et Lyon était la ville la plus proche, c’était un hasard. Je m’y suis donc installée, un peu à l’aveugle. Et je suis restée parce que l’échelle de cette ville me va bien, le coût de la vie, le rapport à la culture et la danse aussi, et le fait que je puisse prendre un avion pour aller voir ma famille.
Qu’est-ce que ça change d’être artiste associée à la Maison de la danse ? KA C’est une grande sécurité (soupir de soulagement), c’est safe. Je me sens toujours au milieu d’un cyclone, c’est assez vertigineux. Parce que ma vie est comme ça et que j’aime bien le mouvement ; ou alors parce que je me place moi-même dans des situations où je dois nager pour y arriver. Seulement, comme tout le monde, je commence à subir ce vertige et après le Covid notamment, j'ai commencé à avoir peur. Avec cette association, je me sens réellement accompagnée, épaulée. C’est aussi un soutien financier, une visibilité accrue. Je me sens un peu comme à la maison. La porte est ouverte pour des projets à toutes les échelles. Mes élans peuvent prendre chair. Ça situe aussi ma pratique, plus ancrée, plus stable et plus solide.
Vous travaillez beaucoup sur l’épuisement, les limites, l’effort. Pourquoi ? KA En fait, une fois que tu es dans ce labeur, c’est comme une dynamo. Ce n’est pas que je désire les endorphines et la dopamine, mais tout de même ! C’est pour cela que je parle de vitalité. Nous travaillons les limites mais nous ne les touchons pas directement, nous ne travaillons pas sur l’impact, nous cherchons à aller toujours plus loin. C’est presque une machine de désir plus qu’autre chose, celle de voir où tu peux aller, un peu plus loin à chaque fois. Il y a une sorte “d’empowerment”. C’est clairement du courage pour moi. Et aussi un moyen de prendre soin de nos propres élans et désirs. •
septembre • octobre 2026
11 & 12 SEPT. Les SUBS Lyon 1 les-subs.com maisondeladanse.com
ARKUCHI #58
SHOUT TWICE
© Marie Clauzade
BÊTES DE SCÈNES
_MÉMOIRE DE FILLE
10 > 20 SEPT. TNP Villeurbanne tnp-villeurbanne.com
Texte Trina Mounier
Elle et je Suzanne de Baecque partage sa vie entre théâtre et cinéma. Découverte par Françon comme comédienne, elle a aussi bluffé son monde avec Tenir debout, sa première pièce. Elle porte en cette rentrée le seul en scène Mémoire de fille, une nouvelle adaptation (après la Schaubühne de Berlin) signée Veronika Bachfischer, Sarah Kohm et Elisa Leroy, cette fois-ci dans la langue de l’autrice Annie Ernaux. Vous êtes une grande lectrice d’Annie Ernaux. SUZANNE DE BAECQUE J’aime beaucoup ce qu’elle écrit mais ce texte, je ne le connaissais pas et cela m’a fait très plaisir qu’on me le propose. La différence de langue n’a jamais été un problème, ça s’est hyper bien passé. Sarah est géniale, elle voulait juste me transmettre sa sensibilité, son angle d’attaque et nous étions sur la même ligne. Je suis très contente que deux versions aussi différentes existent en Europe, dans des endroits aussi éloignés.
Mémoire de fille évoque un souvenir très intime de l’autrice, celui de son premier rapport sexuel… SDB C’est davantage une analyse qu’un roman et il vient dans la continuation de mon travail sur le corps féminin.
Les Allemands adorent le storytelling et quand Sarah m’a fait rajouter deux passages personnels, cela m’a fait très peur. Je me disais : “Je vais arriver avec mon histoire, mes petits mots dans l’écriture d’Annie, ça va faire bizarre”. Mais plus ça va, plus j’adore ça. En fait, c’est très bénéfique, cela me donne une respiration à l’intérieur de ce texte très bouleversant, violent et intense, qui joue sur deux temporalités, trois même, celle d’Annie aujourd’hui, à 75 ans, celle de la jeune fille à peine sortie de l’adolescence, et la mienne. Ce que je trouve beau, c’est qu’après avoir mis cette histoire sous le tapis, elle se regarde avec ironie et compassion et du coup se réaligne avec elle-même. Même moi, en tant que femme, ça me déplace. Franchement, ça me fait me poser la question de ma propre sexualité, de mon propre désir. En ce sens, c’est un texte fondamental. •
DANTESQUE ! [ BLANDINE DAUVILAIRE ]
06 > 10 OCT. Théâtre des Célestins theatredescelestins.com 19 > 20 NOV. MC2: Grenoble (38) mc2grenoble.fr
Autrice, metteuse en scène, comédienne, réalisatrice (entre autres), Emma Dante ausculte les plaies de nos sociétés. Sans anesthésie préalable, elle tranche avec vigueur dans la chair tuméfiée pour atteindre l’os des relations familiales. De cette approche frontale, non dénuée d’humour et de tendresse, l’artiste née à Palerme fait jaillir des spectacles qui émeuvent et dérangent. On admire sa capacité à sculpter des personnages éprouvés par la vie, sans verser dans le misérabilisme, à se servir des corps comme d’une langue, à transformer l’épure des décors en tremplin pour l’imaginaire. Après l’inoubliable Misericordia et la délicieuse cruauté de ses contes napolitains, elle s’attaque au féminicide avec L’Angelo del focolare (L’Ange du foyer). Face à l’insupportable, elle choisit le ton de la farce qui mène du rire aux larmes. Il n’y aura pas de happy end.
ARKUCHI #58
septembre • octobre 2026
GRAND REPORTERRE #12
12 > 14 OCT. Théâtre du Point du Jour pointdujourtheatre.fr
C
e nouvel épisode rassemble l’autrice et metteuse en scène russe Tatiana Frolova et le journaliste ivoirien Soro Solo, lui aussi réfugié politique en France. L’originalité ici ? Tous deux sont à la fois témoin et expert en matière d’exil. Elle a une vision assez personnelle de cette « émission théâtrale ». Lors de leur rencontre à l’occasion de sa dernière pièce I’m fine, ils ont compris que leurs histoires, différentes, étaient hantées par la question de l’exil. « Ce que nous allons créer ensemble est un spectacle à part entière dont je suis la metteuse en scène et Soro l’acteur, détaille Tatiana Frolova. Nous avons fui nos pays. Nous avons perdu nos maisons. Pour dire ce que cela représente pour nous, j’utilise beaucoup d’objets. Entre le sable de Soro et la neige de mon pays, il y a des similitudes… Cette création n’est pas une ligne droite. Elle se construit comme la mémoire le fait, en assemblant des souvenirs disparates. » Son inquiétude de mal se faire comprendre est touchante. Elle reconnaît qu’elle est stressée de s’exprimer en français. Mais pas seulement pour des problèmes liés à la langue… Il y a comme une nostalgie profonde dans ce qu’elle raconte de cet « autrefois » si important pour les exilés, qui a sans doute à voir avec la jeunesse et son insouciance. « En Russie, j’avais envie de créer, je le faisais. Ici tout est compliqué car il faut toujours penser à trouver du public. Tu dépends des autres et cela ne nous est pas naturel. Ne croyez pas que je sois ingrate : j’ai beaucoup de reconnaissance pour ceux qui m’ont aidée. Mais cela pousse à l’autocensure… » Création. •
ARKUCHI #58
septembre • octobre 2026
14 > 26 SEPT. Théâtre de la Croix-Rousse
18 > 21 SEPT.
NUITS TROUBLES
02 > 05 OCT.
JOURS DE DÉSIRS
03 OCT. Théâtre Théo Argence, Saint-Priest
En 2020, on a vu sur la scène des Célestins La Mouche de Valérie Lesort et Christian Hecq. La pièce aux trois Molières repasse au théâtre Théo Argence, belle occasion pour les retardataires d’aller voir ce bijou de drôlerie horrifique. Mélange détonant de l’univers du film qui a consacré David Cronenberg (La Mouche, 1986) et d’un épisode de Strip-tease (la série culte belge), cette Mouche est délectable. Elle montre tout le talent de métamorphose du sociétaire de la Comédie-Française, tout comme celui de Christine Murillo, impayable en mère cancanière maladroite. Diablement inventive, Valérie Lesort (qui joue la cruche de service) réalise également les marionnettes de ce spectacle décalé et délicieusement vintage, entre humour et frisson, esthétique cheap et mise en scène au cordeau.
[ GALLIA VALETTE-PILENKO ]
Parmi les contes et mythes que détricote La Cordonnerie, Blanche-Neige ou la Chute du mur de Berlin est un bel exemple, merveilleux de surcroît. Rien que la juxtaposition dans le titre de deux mondes qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre sème le trouble. Disons que la Blanche-Neige de La Cordonnerie est une adolescente renfrognée, plutôt mutique et du genre tête à claques, tout l’opposé de la ravissante et douce créature des frères Grimm. Sa marâtre, finalement assez conforme à celle du conte, tout occupée de sa personne. En fond et en métaphore, la guerre froide et son célèbre mur de Berlin. Au milieu de tout ça évoluent des nains insupportables… Ce n’est pas une histoire pour les enfants mais un vrai spectacle éblouissant et drôle, polysémique, intelligent, auquel on ne finit pas de trouver du sens…
En 2022, Angélique Clairand et Éric Massé lançaient l’idée de jouer dans des chambres d’hôtels lyonnais. Des petites formes inspirées de témoignages de ceux qui y travaillent ou y transitent, écrites par les artistes associés au théâtre du Point du Jour (Liora Jaccottet, Sacha Ribeiro…). De chambre en chambre, le public navigue entre trois ou quatre propositions. Au programme de ces Portraits Hôtel, Nuits troubles s’installe au Collège Hôtel et au Grand Barnum, où il est question des récits intimes d’une somnambule, d’un activiste, d’un veilleur de nuit et d’un chagrin d’amour. Tandis que Jours de désirs nous plonge dans les pensées d’une influenceuse, d’un futur marié, d’une siesteuse et de Coco Chanel, cette fois-ci au Fourvière Hôtel et au Carlton (s’il vous plaît !). À consommer sans modération !
RIRE D’ÉPOUVANTE
Le théâtre du Point du Jour aime les séries. À raison car cela lui réussit bien : la salle est toujours pleine aux soirées Grand ReporTERRE. Tout le monde apprécie cette formule mi-théâtre, mi-tribune où artistes et experts, souvent journalistes, débattent de sujets d’actualité de manière théâtrale.
[ GALLIA VALETTE-PILENKO ]
Texte Trina Mounier
L’HISTOIRE À L’ENVERS CHAMBRES À JOUER
[ TRINA MOUNIER ]
LES DÉRACINÉS post-scriptum
BÊTES DE SCÈNES
© Pinelopi Gerasimou for Onassis Stegi
BÊTES DE SCÈNES
Élan choral 23 > 25 SEPT. Maison de la danse maisondeladanse.com _MY FIERCE IGNORANT STEP
Texte Gallia Valette-Pilenko
O
n se souvient avec émerveillement de la pièce Mycelium qui avait ouvert la Biennale de la danse 2023. Commande du Ballet de l’Opéra de Lyon, elle avait emporté le public et la critique dans une transe hypnotique (mais sans champignons hallucinogènes !) et vibratile. Voilà que le chorégraphe Christos Papadopoulos, l’un des nouveaux artistes associés de la Maison de la danse, revient à Lyon avec une nouvelle création, My Fierce Ignorant Step. Le Grec, dont
l’inspiration prend souvent sa source dans la nature, s’intéresse ici aux souvenirs qu’a provoqués l’écoute de l’œuvre musicale Axion Esti de Míkis Theodorákis, à partir de poèmes de Odysséas Elýtis. En prenant le motif de la marche, il cherche à réactiver cette mémoire collective hellénique, l’élan d’une jeunesse qui croyait en l’avenir. « Je me souviens de cette soif de vivre, de cette vitesse, de cette volonté inébranlable, de ce sentiment que tout était possible. […] Cette œuvre est ma tentative de revisiter ce sentiment.
De le retrouver », explique le chorégraphe. Auteur d’une danse organique où les interprètes forment une entité palpitante, il déplace ici le curseur pour aller vers une danse moins abstraite et plus humaine où les dix danseuses et danseurs, guidés par leur souffle, forment un chœur extatique, déployant des paysages mouvants. Et de commenter : « Nous ne dansons pas ensemble parce que nous sommes synchronisés, mais nous nous synchronisons parce que nous sommes ensemble. » Tout est dit ! •
VOIX EMPÊCHÉES [ GALLIA VALETTE-PILENKO ]
01 & 02 OCT. Les SUBS les-subs.com sensinterdits.org
Sens Interdits en pause, année paire oblige, sa nouvelle équipe – aux manettes, c’est officiel, Tina Hollard et François Remandet – imagine un autre rendez-vous pour les années impaires, après l’abandon du petit frère Contresens. Ainsi est né Les Traversées, coup de projecteur sur des artistes que le festival accompagne au long cours. Cette première édition invite deux voix venues de Palestine et une de Damas. Deux créations sont ainsi à découvrir aux SUBS. Khalil Khalil est un seul en scène dans lequel le performeur Khalil Albatran explore le poids de la mémoire (il porte le prénom de son frère mort lors de la première Intifada) par le théâtre, le chant et la danse, tandis que Shabaab (« jeunesse » en arabe) de Samar Haddad King se penche sur une amitié masculine arabe. Une amitié compliquée par la violence et le contexte social pour célébrer la force des liens et la tendresse de deux hommes, deux danseurs accompagnés des marionnettes de Sipho Ngxola.
ARKUCHI #58
septembre • octobre 2026
faites du C bruit !
RHINO FESTIVAL
25 SEPT. > 18 OCT. rhinojazz.com
Le Rhino a l’âme métisse Texte Florence Roux
et automne, pour sa 48e édition dans 36 lieux de la Loire et du Rhône, Rhino Jazz(s) devient RHINO Festival. Ce changement de nom « s’inscrit dans un processus entamé il y a plus de dix ans, indique Ludovic Chazalon, son directeur artistique. Il signe une évolution musicale qui laisse la place aux croisements naturels entre les jazz, le rock, le RnB... Ou, cette année par exemple, les musiques africaines, sud-américaines, des Balkans et le son du gwoka guadeloupéen. Autant de sources d’inspirations puissantes pour les musiciennes et musiciens de jazz. » S’il est un artiste, parmi la quarantaine du festival, qui symbolise cette fusion, c’est bien le pianiste Amaro Freitas. Venu du Nordeste brésilien, il mêle, dans un jeu puissant, bruissant et délicat, l’héritage de Thelonious Monk, le funk, le maracatu afro‑brésilien et le baião*. Le 8 octobre, à Saint-Étienne, il partagera la scène avec son aîné jamaïcain Monty Alexander, autre clavier tissé d’influences entre Caraïbes et States, agile et joyeux en dépit d’une carrière de plus de soixante ans. Une rencontre au sommet ! Et il faut parler de ces voix de femmes qui sont le métissage même. La Cubaine Ana Carla Maza, en quintet (02 oct.), dépote quand elle chante tout en sensualité derrière son violoncelle hardi et sans frontières, de La Havane à Rio ou Buenos Aires. La voix de Sandra Nkaké, tout de velours froissé, rend un bel hommage à Björk, Kate Bush ou Joni Mitchell, en trio avec Paul Colomb au violoncelle et Jî Drû à la flûte traversière, formant comme une conque (15 oct.). La profonde Emma Lamadji, fan de soul, de gospel, de rock mélodique et d’afrobeat, donne deux concerts dans la Loire, au sein du duo Matyemah – avec Matia Levréro –, en immersion dans les sons afro-contemporains (25 sept.) et dans le Gospelize it Project, célébration gospel de tradition afro-américaine (27 sept.). Le dernier crush, totalement subjectif et indiscutable, est pour la voix incarnée, pétrie de soul, du Clermontois Thomas Kahn. Distingué “petit prince de la soul moderne” par Rolling Stone (la classe !), il sort un album (Undertones, chez Caramba Records) à la rentrée et ressuscite l’esprit Motown sur la scène du RHINO (26 sept.). Un festival qui donne toute sa place à l’âme. • * Rythme de musique populaire et genre de danse du Nordeste brésilien
ARKUCHI #58
septembre • octobre 2026
FAITES DU BRUIT !
DIX ANS DE BEATS
[ EMMANUELLE BABE ]
Voici des Nouvelles Voix qui en ont dans le ventre ! Elles ont des choses à dire, à vivre, à partager. Avec détachement ou en mode écorché vif, mais toujours un vrai talent d’écriture. Pour sa 22e édition, le festival organisé par le théâtre de Villefranche et qui se déploie dans dix lieux du Beaujolais semble se délecter à défricher les artistes de demain. Désolée messieurs, mais ça bouillonne pas mal côté filles, entre la trap tendue et authentique de la divine Just Shani, l’intensité introspective de la magnétique Zélie et la malice catchy de Mauvaise Bouche. Des amazones de la musique ! Dans le genre, les deux pétroleuses de Copycat ne sont pas en reste et leur énergie pop rock devrait faire des étincelles sur scène. Évidemment, les garçons aussi valent une escapade en Calade. Pour se laisser porter par le spleen de l’éclectique Fleur sous bitume, l’électro rock joyeux et grave de St Graal, la pop classieuse de La Parade. Des voix singulières, on vous dit !
06 > 17 OCT. Villefranche et autour theatredevillefranche.com
septembre • octobre 2026
CRIS DU CHŒUR
_DANYL
ARKUCHI #58
_THOMAS KAHN
C’était il y a dix ans, le théâtre de Vénissieux et la salle Bizarre! unissaient leurs forces pour créer La Machinerie. Plus qu’une entité qui réunirait « deux structures qui font des choses ensemble de temps en temps, c’est un même endroit de recherche, un vrai projet transversal autour des cultures hip-hop », défend Maxime Donot-Saby, secrétaire général de La Machinerie. À ce titre, Bizarre! reste une scène unique dans la métropole, exclusivement dédiée aux artistes rap et née sur le terreau fertile des « affinités culturelles avec la jeunesse du territoire ». Le lieu a ouvert ses portes en 2016 – dans la feue salle rock Le Truck – sous le parrainage d’Oxmo Puccino, choisi pour ses talents d’interprète autant que d’auteur. Car, dès ses débuts, Bizarre! s’est aussi revendiqué comme un « espace refuge » à destination des jeunes auteurs « en proposant des ateliers pour affiner son écriture, se structurer, s’inscrire dans une filière », explique Maxime Donot-Saby. C’est la raison d’être de Plan B, dispositif qui accompagne en moyenne cinq artistes par saison. À l’arrivée pour ces jeunes pousses, les premières parties de la saison suivante. Pour célébrer cette décennie, rendez-vous le 15 octobre avec le concert de Danyl, le chouchou franco-algérien qui embarque tout le monde avec son néo-raï. Le beatmaker est en pleine ascension, voilà sans doute l’ultime occasion de l’écouter dans une jauge de quelque 400 places. À vos billets ! •
15 OCT. Bizarre ! Vénissieux lamachinerie-venissieux.fr
© Jean de Blignières
© Vivi What
Texte Emmanuelle Babe
© Arnau Pascual Monells
SORTEZ À DÉCOUVERT
LES RUES SONORES
24 > 27 SEPT. Oullins theatrelarenaissance.com
_MENTIR LO MÍNIMO
En voiture, Simone ! Texte Anne Huguet
L
e théâtre de la Renaissance s’offre pour la troisième fois une rentrée en plein air ! Les Rues Sonores, initiées par son directeur Hugo Frison, s’installent de nouveau dans les rues, les jardins ou sur les places, pour quatre jours de spectacles et de moments festifs. De la musique, du théâtre, du cirque, des danses, des paroles, il y en aura bien pour tous les goûts. Avec deux créations en prime, pour garder le cap d’une maison labellisée “art et création”. On y verra des artistes du coin, dont les compagnons du GEIQ qui montent, sous la houlette de Jean-Philippe Salerio, Électre d’après Sophocle (première le 26), une plongée
toujours édifiante au cœur de cette maudite famille des Atrides qui garde une modernité tragique. Dans un autre genre, on expérimentera le badinage délicieux selon Musset, en petit comité et assis sur la banquette arrière d’une voiture, assurément pas banal ! Revoilà aussi Typhus Bronx (vu aux Invites en 2024) avec sa poésie sans filtre et son humour trash. Clown grinçant transgressif, il embarque le spectateur dans un jeu de poupées russes, bousculant le monde avec ses questions existentielles sur la parentalité, le libre‑arbitre, la résistance, la liberté… Pour public averti, ça décoiffe un peu. Plus doux, Solstice, duo hypnotique signé Yan Raballand, fait danser deux roues Cyr
ARKUCHI #58
au son d’un violoncelle. Vertige encore avec Clan Cabane qui défie la gravité avec deux trampolines, quelques sangles et force envolées, rebonds et chutes, dans une ode à l’enfance et à l’amitié qui fait du bien. Voltiges et acrobaties aussi pour ce duo qui fait son barouf à vélo : Mentir lo Mínimo, l’air de rien, questionne l’acceptation de son corps, ses faiblesses et ses limites. Enfin, on n’oublie pas les musiques tout-terrain. Entre le charivari joyeusement chaotique de l’ARFI qui crée Mille Pô, la folk douce de Sama Leï avec instruments à cordes amplifiés et l’inclassable Lior Shoov, l’ouragan franco-colombien Pixvae ou le reggae-dub des Bass Raiders Crew… ça va guincher ! •
septembre • octobre 2026
© Andrea Wills Wilde
FAITES DU BRUIT !
OPTIMISME AMBIENT
09 > 13 SEPT. Les SUBS Lyon 1 les-subs.com _NUIT DE GNAOUA
TRAVERSÉES COSMIQUES Texte Anne Huguet
O
ptimisme Ambient, temps fort de la rentrée des SUBS qui fait la part belle aux formes hybrides entre musique et danse, souffle sa sixième et dernière bougie. Avec l’arrivée de Margot Videcoq à sa tête, le projet artistique des SUBS se transforme et prend de nouvelles tangentes, même si la transdisciplinarité, la jeune création contemporaine, le croisement des formes, des univers et des publics restent au cœur du projet. En septembre, en tout cas, on pourra une dernière fois s’ouvrir les esgourdes et les chakras avec trois créations où son et mouvement sont intrinsèquement liés. Des objets surprenants entre art total, concert immersif, performance et installation sonore. C’est le duo franco-chilien Nova Materia (et ex-membres fondateurs de Panico) qui lance les hostilités avec ONDA
autour de la vibration, et en guest Yann Gourdon qui joue de la vielle à roue – vieil instrument à cordes mêlant bourdons, mélodies et rythmes entraînants. Adepte de lives intenses souvent vécus comme des « messes sonores », on se doute que ONDA, proche de l’installation immersive, téléporte dans une autre dimension avec sonorités piochées dans la matière (métal, pierre) et nappes sonores hypnotiques. Le même soir (gratuit, en prime), on découvrira Amande Bultheel, la moitié d’Agar Agar, qui s’aventure entre dance, electronica et ambient. On coche aussi le solo OS de Pep Garrigues chorégraphié par Youness Aboulakoul, autour de l’oscillation et de son héritage traditionnel marocain. Enfin, le samedi guembri, qraqeb et autres tambours invitent au voyage gnaoua, avec le DJ Nuri et son électro-trad voyageuse. •
MADE IN FRANCE [ EMMANUELLE BABE ]
04 & 05 SEPT. Parc des Lilattes Bourgoin-Jallieu (38) bellesjournees.fr
La flemme, vos finances ou la canicule vous ont privés de festival en juillet et en août ? Filez à Bourgoin-Jallieu pour Les Belles Journées, dont l’affiche n’a rien à envier aux grands-messes d’été. Il faut dire que, pour la douzième année encore, un certain Victor Bosch est aux manettes de la programmation, ce qui explique un line-up qui devrait ravir les fans de chanson française. Gaëtan Roussel, en tournée avec son sixième album solo Marjolaine, fait figure de parrain aux côtés de la déjà capée Suzane et de la benjamine Marguerite, qui est parvenue à s’imposer parmi les nouvelles voix féminines. On reste en haut du classement le lendemain avec Feu! Chatterton et leur flamboyant Labyrinthe, le storyteller Ben Mazué – il raconte la famille dans son 5e opus –, et Sam Sauvage, qui continue d’imprimer son style sans artifice dans la pop francophone. Quelle rentrée !
ARKUCHI #58
septembre • octobre 2026
10 OCT. L’Épicerie moderne, Feyzin
13 OCT. Transbordeur, Villeurbanne
Trois dates seulement en France, dont le Transbo, pour le Japonais qui n’a plus rien à prouver à personne. DJ Krush – longtemps fer de lance de l’excellent label Mo Wax, aux côtés de DJ Shadow – fait partie des pionniers de l’abstract hip hop, sévissant derrière ses platines… depuis le début des années 1990. Il sculpte des paysages sonores contemplatifs, se nourrissant à la fois de samples (difficilement reconnaissables), de scratches et breakbeats, de sons concrets (pluie, souffle), là de quelques bribes de shamisen ou de taiko (deux instruments traditionnels japonais), mais aussi de silence, de vide, de lenteur. Une musique mentale qui exige un certain lâcher-prise pour ressentir, respirer, se perdre…
À Paris, Born Bad Records organise une méga teuf au théâtre du Chatelet, pour fêter ses vingt ans de bons et loyaux services au rock indé, avec quelques fortes têtes de sa brillante écurie. Le label défricheur de JC Guillot passe aussi par Feyzin, pour marquer le coup des quelque 200 albums sortis. Bravo ! Évidemment seules trois formations sont du voyage, mais pas des moindres. On ne présente plus Frustration, fleuron du label et quintet de cold wave glaciale qui ne décolère pas. Gwendoline, aussi, voudra vous mettre sa mandale avec ses chansons de loosers et de désespérés. On connait moins bien Île de Garde, trio de filles remonté à bloc contre le patriarcat et qui balance une synth-wave entêtante et épique. On réserve, non ?
[ Anne Huguet ]
ALCHIMISTE SONORE
[ Anne Huguet ]
ROCK SANS ŒILLÈRE
15 OCT. Marché Gare, Lyon 2
Valeur sûre lyonnaise, The Buttshakers refont halte au Marché Gare pour fêter (encore) leur 3e opus, Lessons In Love, mais cette fois-ci en version XXL à 11 musiciens et choristes. Les riffs vintage, la voix de velours qui peut se faire sauvage de Ciara Thomson, les cuivres qui rappellent la grande époque de la Motown. Ciara fait monter la température comme personne, façon Dap Kings biberonnés à du BellRays (à vouloir coller un genre à leur musique !), entre soul et rhythm and blues. Bref que du bon pour les zélateurs soul. Dans la petite salle du Marché Gare, ça va être brûlant !
[ Anne Huguet ]
HOT HOT HOT !
vrouuuuuuum
La rue en boîte Texte Emmanuelle Babe • Photos Jean-Baptiste Pellerin
PARIS DE TOUTES LES COULEURS
Les Grandes Personnes 2024
@jbpellerin jbpellerin.com
« Bonjour, est-ce que je peux faire une photo de vous ? » Le gars jovial qui vous accoste, là, dans la rue, c’est Jean-Baptiste Pellerin. Toujours la même question, rien de plus, pas d’explications qui s’éternisent. Alors, c’est oui ou c’est non ? Si c’est oui, le photographe vous fera prendre la pose, ici même et maintenant, pour un cliché qui finira sans doute… encadré sous verre et accroché sur le mur juste derrière vous. L’idée : rendre à la rue ce qu’elle lui a donné, à savoir un sujet. Cerise sur le gâteau, la photo vous sera également envoyée. En souvenir de cet instant unique qui nourrit une impressionnante œuvre documentaire sur… les gens. Sujet banal s’il en est, le quidam des grandes villes est une source inépuisable pour Jean‑Baptiste Pellerin et son projet international #Backtothestreet. International, car cet artiste aussi sympathique que talentueux sillonne Paris – où il vit –, mais aussi Marseille, Arles, New York, Bombay ou encore Tokyo pour réaliser ces fabuleux portraits. Plus de 4 000 peuplent ainsi les murs en France et à l’étranger, accrochés sur les lieux du délit en pleine nuit, pour échapper à la police…
J’AIME RENDRE LES GENS BEAUX
En juin, JB est venu s’amuser à Lyon, arpentant la Guillotière, les Pentes et, surtout, la Presqu’île. « C’est dans les centres-villes que l’on retrouve la plus grande diversité de personnes », affirme-t-il. Ce drôle de projet est né sous sa casquette gavroche, il y a plus de dix ans. Une exposition à Paris en 2020, puis un livre en 2024 ont donné corps à cette série qui n’en finit pas d’émerveiller son auteur, et nous avec. La photo volée, JB Pellerin connaît bien. D’abord parce que Doisneau le fascine depuis la découverte, garçonnet, de clichés du maître dans le feu magazine Zoom. La publication traînait à la maison, un repaire d’artistes côté paternel, peuplé de peintres et de sculpteurs. Son goût pour le dessin, les arts, et la couleur en particulier, a germé ici. À la sortie de l’école de photo, il faut travailler : JB est photographe de déco pendant vingt ans. En parallèle, il shoote dans la rue, suit des migrants de la Chapelle pendant plusieurs mois. Il aime se frotter à autrui. Pour lui, la photographie est « un partage : je ne fais pas la photo de quelqu’un mais avec quelqu’un ». De la photo volée à la photo posée, il n’y a qu’un pas ; ou plutôt le (faux) documentaire de Banksy, Faites le mur (2010), qui montre le street artiste Invader coller dans la rue. Eurêka ! JB Pellerin change de braquet et se lance dans le projet #Backtothestreet, à plein temps. Depuis, son appareil photo – un 50 mm format 24x36 – ne le quitte jamais. Au cas où il croiserait « ces personnages », comme il les nomme, qu’il choisit de portraiturer. Ses critères ? « Parce qu’il/elle est coloré, digne, beau, stylé… et bien d’autres encore ! » Un invariant : la lumière et le décor, « je dois avoir l’idée d’un tableau ». En quelques secondes, le cliché est réalisé. Personne n’est à l’abri de son offensive altruiste ! Comme ces deux jeunes SDF qui ont accepté de poser. Dans leurs duvets, mais debout. Une photo d’humain(s). •
INSPIRATIONS
Robert Doisneau, Hergé, Paul Gauguin, Richard Avedon, Robert Frank, Blueberry (Jean Giraud)…
mets tes À baskets TOURS & DÉTOURS
De métal et de feu Texte Nadège Druzkowski
Sur le plateau de la Croix-Rousse, une discrète maison, à la porte d’entrée élégamment ouvragée, ravive la mémoire d’une des plus grandes figures de l’Art déco français.
deux pas du jardin Rosa Mir, les lignes sobres et épurées de la petite maison blanche, nichée dans le virage de la rue de Belfort, tranche avec Maison Linossier la banalité des immeubles voisins. D’un blanc immaculé, construite 32, rue de Belfort Lyon 4 de plain-pied, son toit plat rehaussé sur la gauche d’un pignon à redans livre un indice quant à son architecte : il s’agit de notre fameux Tony Garnier ! Mais c’est son propriétaire d’origine qui nous intéresse. Un bas-relief, de style Art déco, révèle une première piste. Il dévoile une femme tenant un vase d’où s’échappent des fleurs stylisées accompagnées d’un aphorisme latin Ars longa Vita brevis, qu’on peut traduire par « La vie est courte, mais l’apprentissage des arts long ». La porte ouvragée, aux motifs typiques eux aussi de l’Art déco, abrite un triangle de métal savamment martelé, rehaussé des initiales CL. Il s’agit de la maison de Claudius Linossier. Aujourd’hui totalement méconnu du grand public, ce dinandier – un drôle de métier qui consiste à marteler des feuilles de métal afin de leur imprimer le galbe souhaité sans aucune soudure – également orfèvre et sculpteur était pourtant l’une des plus grandes figures de l’Art déco français. Ses œuvres, louées par Paul Valéry qui vint lui rendre visite chez lui, enorgueillissent encore les musées du monde entier et sont prisées dans les ventes aux enchères. De condition modeste, né à la Croix-Rousse, à laquelle il restera fidèle toute sa vie, Claudius Linossier se forme à la ferronnerie et à l’orfèvrerie religieuse.
ARKUCHI #58
septembre • octobre 2026
© Louise Gallon-Fechant
TOURS & DÉTOURS
_MAISON LINOSSIER
Après un service militaire de six ans, il se perfectionne à Paris en 1919 auprès de grands orfèvres comme Cardeilhac, passant même quelques semaines chez le célèbre décorateur et laqueur Art déco, Jean Dunand. Très vite, à son retour à Lyon en 1920 – il s’installe alors au 12, rue Pavillon qui garde une trace de son passage –, son talent de dinandier lui fait gagner une réputation internationale. Il entreprend de faire construire en 1925 sa maison rue de Belfort, qui lui sert aussi d’atelier. D’une dextérité peu commune, il crée coupes, plats et vases (3 600 pièces au total), véritables poteries de métal déclinant cuivre rouge, laiton, métal blanc ou argent. Ce petit homme râblé, au front dégarni, réussit la prouesse de peindre avec le feu, incrustant dessins géométriques, lignes sinueuses, courbes délicates mais aussi formes végétales et animales, figures et même paysages dans une alchimie des patines. Convié à l’Exposition internationale des arts décoratifs de 1925, il collabore au fameux pavillon du Collectionneur du groupe Ruhlmann et à celui de Tony Garnier, puis séduit le marché américain. Alors qu’après la Seconde Guerre mondiale son art devient moins recherché, miné par la mort de sa femme, il se suicide dix mois après. Mais juste avant, il crée, en mémoire de son épouse, le prix Hélène Linossier*, qui, chaque année encore, soutient trois lauréats issus de l’École nationale des Beaux-Arts de Lyon. • * Remise du prix 2026, 30 sept. à 14h30, fondation Renaud Exposition des lauréats 2026, fondation Renaud, 30 sept. > 02 oct.
Danser, toujours Texte Gallia Valette-Pilenko
maisondeladanse.com opera-lyon.com les-subs.com croix-rousse.com comediedevalence.com mc2grenoble.fr bonlieu-annecy.com malrauxchambery.fr
e milieu de la danse n’est pas au mieux de sa forme, loin s’en faut ! Même si l’ensemble du monde de la culture accuse les baisses de subventions tous azimuts, la danse et les arts du mouvement sont certainement le secteur le plus touché. En témoigne la Maison de la danse, dont la plaquette de saison a rapetissé comme peau de chagrin, montrant concrètement au public qu’il y a moins de propositions (33 compagnies invitées) et qu’elles sont moins audacieuses. Malgré tout, on pourra découvrir quelques pépites, à commencer par Christos Papadopoulos et Katerina Andreou qui ouvrent la saison en beauté (lire pages 11 et 16). Les spectateurs peuvent aussi se réjouir du fil rouge de la saison : Le Sacre du printemps, chef-d’œuvre absolu de la danse moderne, créé par Nijinski en 1913 et qui compte aujourd’hui des centaines de versions sur les cinq continents. Trois visions, bien différentes, seront présentées : SACRE de Daniel Larrieu, un solo pour la formidable Sophie Billon – qui danse également dans La Demande d’asile de Nicolas Barry –, celle de la chorégraphe chinoise
ARKUCHI #58
© Benjamin Favrat
micmacs deL saison(s)
phare du moment Xie Xin que la Maison bataille pour faire venir depuis six ans au moins ; enfin, celle de Saša Asentić, un artiste serbe travaillant avec des handicapés depuis plus de vingt‑cinq ans, qui livre un Sacre à nul autre pareil. Autre nouvelle artiste associée, Dalila Belaza, adepte d’une danse singulière et radicale, présente sa dernière création Un peu pour mon cœur…, tandis que Thomas Lebrun, dont on avait adoré Sous les fleurs la saison dernière, revient avec d’amour, une pièce tous publics qui revisite un siècle de tubes chantant l’amour. Vivement conseillé ! On n’oublie pas de mentionner Mathilde Monnier et Lucie Antunes pour un concert chorégraphié hypnotique – Silence créé à Annecy en avril dernier a enflammé Avignon cet été. Et celle de Justine Berthillot, jeune circassienne-danseuse installée à Lyon, qui foulera pour la première fois le plancher de la Maison avec sa nouvelle création autour de la sirène. Côté Ballet de l’Opéra, la frilosité est de mise avec (seulement) deux créations, dont celle du talentueux Alessandro Sciarroni (HØPE) qui lance cette saison danse et une autre signée Imre et Marne van Opstal,
septembre • octobre 2026
T E N CAR L A B DE
_SACRE (EXTÉRIEUR), DANIEL LARRIEU
un duo de chorégraphes hollandais – des anciens du NDT1 – jamais venu à Lyon qu’on aura la chance de découvrir dans un programme réunissant aussi Anne Teresa de Keersmaeker et William Forsythe. Un peu plus loin, Valence et Chambéry offrent une nouvelle occasion d’applaudir Rocío Molina et son magnifique Al Fondo Riela, que les aficionados ont pu voir à la MAD en novembre 2022. Bonlieu, l’un des derniers bastions des arts chorégraphiques, programme cette saison le splendide Último Helecho de Nina Laisné et François Chaigneau et le déroutant (et épuisant !) The Dog Days Are Over 2.0 de Jan Martens, vus lors de la dernière Biennale de la danse à Lyon. Limbo, de la jeune chorégraphe et sublime danseuse de waacking Suzanne Degennaro, est aussi à l’affiche en mars prochain à Seynod. Découverte aux Grandes Locos en 2025 et vue en juin au BLOCK à Rillieux-la-Pape, elle propose un solo sur le trouble du genre. Pour finir, ne boudons pas notre plaisir de voir danser le génial Israel Galván dans un mano a mano avec Mohamed El Khatib autour de la figure de leurs pères, une pièce du IN d’Avignon 2025, entre foot, intime et politique. Faites vos choix ! •
iag on es créati onneur. T t certain ur, tout h n e o n ts d n ig e e a n s è m es a À tout eur en sc Chœur d é et s’est nse mett s de son a ers c v le un imme le t u o fu vait b llèle date. Ce 22), qui a t le para n 0 e 2 ont fait v n u e o s s n it ti s fa le n é O cle (vu aux C s nos mémoires. e specta dan r opus. C père ie n rn e ’u d d n n imprimé s relatio nce, so la ta e is d D e s somme a rl u L vu pa avec aire. No re ll o c te n rs e te s r pa ace in ée su qu'on n'a par l’esp st install s, séparés anité s’e e m ll u echamp fi D l’h a s e n et ar Aliso partie d able p e e id n u té rm t ré e fo par le e, interp en 2077 é m rn m a c fe in e jeun père, intenir le que son Mars. La e, de ma ie tandis rr rt e T a p la c’est une it is en fa , depu -fiction, e te c n . n te ie , c p s io aussi fort vre de Adama D ais tout ’une œu is m u a ir q o rm s v o lu s à P é , est d ur... Rien re contact. u œ lt c u u C a e e nc donn i parle liste à Fra ne émission qui pièce qu n, journa u , ro e , a s iv h e L C rr io e e les gu Auréli de Rad ar la vie, re n scène u p e s rt e é e s s v u s u e o o mett ur une o unes cab p je t n e d t ra n à etta er vib la parole été perm n plaidoy ure tices… U nde sobri un. À l’he ra c g a e h n c les injus ’u e d d il é nt a it v le n a è un tr se rév l’huma à l’autre, tique de plateaux n s e le th r u u t a s ion dios attein l’express e forme ves de ra e nouvell s tentati e tt Enfin, e rs . c e , iv te s n d où cevante émouva é t d E s . in théâtre te o n ncent le louissa e b pour le m u é fl z e in s i s u lt eux q érité a ôté de c reuzevau une sinc ylvain C asser à c S p r e a d p e r r il e e céd diffic mmenc ur lui suc que ’hui. À co choisi po a e la politi e d’aujourd im in a k h Il . c !) u o o n v n M ra o e e (b de. S qu’Arian rtoucheri a le mon r de la Ca mment v ire monte i o c fa n r u io o s à la tête s p a t p u uss c to a e v a a ue a solini adier et dissèq ole de Pa ean-François Siv ie tr é n P g a e p d on com que J adaptati uveau en o énigmati n L’ . e re D . s tu ra orah ncelle la tempé aud et N e des éti s Bouch e de fair la d o auteurs. u h ic it s b N a le s l’h fétiche lme sur a rs c u t uis, s te e c a t os… Et p ue Tou de ses dans le d vérifier q id en scène a o ir t fr e n o it m Krief, e qui fa rançon F lm in a c la n A , u n, élicieuse doute Attentio avec la d nds sans tt e ra k g c s e B lu p el t! l’un des de Samu siasman aux jours i enthou Oh les be aladié. Tout auss Grenoble… ue V de Valence, MC2: Dominiq Annecy, Comédie * À voir aux Céles
tins, TXR, TNP, Bo
nlieu
ARKUCHI #58
s, , des film usiques Des auteurs, m s e d , es s livres quent… Il y a de tacles qui mar ouvent aussi d vent. c s e , e e p us ém u scèn des s eurs en ousculent, no as partager t t e m s de us b ne p t battre , qui no ïste de acteurs riste voire égo théâtre qui fon . t e e Il serait ues artistes d esprit. Florilèg l’ lq ces que t émerveillent e ues est le cœur o Rodrig s
septembre • octobre 2026
nier ina Mou Texte Tr
La saison de tous les dangers MICMACS DE SAISON(S)
Texte Florence Roux
Une rentrée sous le signe du repli budgétaire en Auvergne-Rhône-Alpes, où le spectacle vivant cumule les baisses des financements de l’État et des collectivités. Cette situation met en danger les artistes et les salles, un service public. En voici trois exemples.
C
e fut un printemps chaud, bien avant les canicules. Dès marsavril, le coup de rabot de 5 % annoncé par l’État – et décliné par les DRAC – sur le budget de la culture s’est traduit en Auvergne-Rhône-Alpes par une baisse de trois millions d’euros sur les 56 consacrés au spectacle vivant. Une austérité très concrète : « Cela nous prive de 15 000 €, résume Duniému Bourobou, directrice de La Machinerie, à Vénissieux. C’est impactant, mais on s’y attendait et on comprend que tout le monde participe à un effort global. Sauf que la Région, qui avait rogné son aide de 50 000 € en 2022, a carrément supprimé notre subvention de 80 000 € fin mai. » Pourquoi ? La directrice, qui déplore de n’avoir à aucun moment été informée, sollicite un rendez-vous avec ce partenaire, peut-être en octobre.
À La Comédie de Saint-Étienne, à qui la Région avait déjà retiré 60 000 € en 2023, le directeur et metteur en scène Benoît Lambert regrette, lui, « une baisse de 30 000 € du financement de l’État ». La Ville a réaffirmé son soutien à la Comédie. « Mais le Département de la Loire, un partenaire essentiel, est aujourd’hui très défaillant, poursuit le directeur. Il a baissé sa contribution de 150 000 € cette année, après une première diminution de 25 000 € en 2025. » À Oullins, au théâtre de la Renaissance, les baisses se cumulent aussi en 2026 : moins 15 000 € de l’État et 35 000 € de la Ville (annoncée après les élections) et là encore, après une amputation de l’aide régionale de 40 000 € en 2023, qui avait déjà fragilisé ses finances. Comme ses collègues, son directeur Hugo Frison regrette d’avoir été prévenu si tard, « une fois la saison bouclée ». Ici, comme à Vénissieux, la saison se décide
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plus d’un an à l’avance, dix-huit mois à deux ans à Saint-Étienne. Partout, l'incertitude gagne. « Nous travaillons déjà à l’os et nous allons vers un mode plus dégradé, explique-t-il. Nous avons 42 spectacles cette année, nous tenons nos engagements auprès des artistes et de nos partenaires sociaux. L’année prochaine, nous devrions plutôt être sur une vingtaine… » Idem, à La Machinerie, Duniému Bourobou maintient la saison, « nos engagements de service public », mais redoute le déficit et « la fragilisation de l’écosystème artistique et du travail avec les publics ». À Saint-Étienne, Benoît Lambert appuie : « Cette année, nous accueillons quatre spectacles de moins et nous devrions réduire l’itinérance de 80 à une dizaine de représentations. Or La Comédie, lieu symbole de la décentralisation, aura 80 ans l’an prochain… » Garder le cap sera bel et bien le vœu à formuler en soufflant les bougies… •
septembre • octobre 2026
MICMACS DE SAISON(S)
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Théâtre belge en force _BARBER SHOP CHRONICLES
Texte Gallia Valette-Pilenko
U
n vent du plat pays souffle sur la saison 26/27 ! Nos amis belges ont la cote et c’est bien normal tant leur façon d’aborder le spectacle vivant est intelligente et fine. En témoigne la dernière production des excellents tg STAN vue à l’Odéon de Fourvière cet été, 1 2 3 Poquelin, une épopée drolatique composée de pièces de Molière. Ce qu’on aime dans ce théâtre ? Ce côté décalé, absurde voire surréaliste, cette liberté de ton mais aussi des formes où se mélangent théâtre, danse, vidéo, musique, stand-up… Le tout jamais dénué d’un regard critique sur la société et le monde. On ne s’étonne donc pas que Pierre-Yves Lenoir, le directeur du théâtre des Célestins, porte une attention toute particulière à cette scène belge, accueillant pas moins de cinq spectacles cette saison. « Depuis longtemps, je m’intéresse à ce qui se passe là-bas », explique celui qui fut administrateur à l’Odéon-Théâtre et a pris l'habitude de suivre le travail de nombreux artistes wallons (et flamands). C’est le cas de Françoise Bloch, grande dame du théâtre documentaire qu’on voit très peu en France et dont le public en mai prochain pourra découvrir
ARKUCHI #58
Pieuvre 1 (Traces) + 2 (Fantômes), les deux premiers volets d’une trilogie éponyme. C’est aussi celui de David Murgia, co-auteur de Rumba. L’âne et le bœuf de la crèche de Saint-François sur le parking du supermarché qui boucle sa « trilogie des pauvres diables », une variation contemporaine sur la vie de celui qui parlait aux oiseaux et dont les spectateurs avaient déjà pu découvrir Pueblo et Laïka. Guy Cassiers, autre invité régulier des scènes lyonnaises, revient en compagnie de sa complice Valérie Dréville pour une adaptation du roman de Camille de Toledo, Thésée, sa vie nouvelle (IN d’Avignon 26). Et il ne faudra surtout pas louper le spectacle de Noël, le somptueux Coup fatal de Fabrizio Cassol et d’Alain Platel, qui mêle musique baroque et rythmes congolais, une reprise tout aussi excitante onze ans après sa venue à Lyon (MAD), avec une nouvelle distribution. À l’instar de Badke(remix), de nouveau programmé à la Maison de la danse (février 27), une relecture par deux anciens danseurs de la précédente mouture (les ballets C de la B) qui datait de 2014 ; deux pièces à voir absolument pour leur énergie contagieuse et leur formidable générosité. En 2024, Georges Lini – éminent comédien et prolifique
septembre • octobre 2026
© Stef Stessel
metteur en scène belge, mort l’année dernière – avait impressionné avec son Iphigénie à Splott, un seul en scène sous haute tension passé au TXR (entre autres) ; le revoilà avec La Sœur de Jésus-Christ de Oscar de Summa, un western moderne sous le soleil italien (au Radiant, au Toboggan, à La Renaissance, etc.). Dans un tout autre genre, Crime et Châtiment adapté de Dostoïevski par la compagnie de marionnettes et théâtre d’objets Karyatides vaut le détour. Deux interprètes donnent vie aux personnages du roman avec des figurines de bois, plâtre, résine et chiffons. Enfin, on se réserve pour l’incroyable Kurt Demey, un mentaliste belge ayant remporté le premier prix de magie en Belgique et de mentalisme aux Pays‑Bas. Il propose Évidences inconnues au TNG, un mélange de magie, théâtre et musique (avec un contrebassiste), dans lequel il défie les lois de la raison et brouille nos repères. À découvrir sans hésiter, tout comme Justices de Clément Papachristou (au Point du Jour), un genre de procès librement inspiré de la Divine Comédie de Dante, joyeusement revigorant malgré son sujet, le validisme*. Et vive la création belge ! • * Discrimination envers les personnes en situation de handicap
MICMACS DE SAISON(S)
Tous en piste Texte Anne Huguet
© David Poznic
Sale temps pour les arts du mouvement avec la baisse drastique des subventions 2026. Le cirque en paie un lourd tribut (-100 000 € pour les compagnies dans l’enveloppe de la Région notamment). Et pourtant… Il a enfin réussi à se faire une place dans les programmations. Alors, allons voir du cirque plus que jamais. Pour lever le poing à notre manière et leur donner le courage de continuer envers et contre tout.
_THE GENESIS, COPENHAGEN COLLECTIVE
ARKUCHI #58
septembre • octobre 2026
utopistes-ciac.fr theatredescelestins.com croix-rousse.com pointdujourtheatre.fr maisondeladanse.com radiant-bellevue.fr letoboggan.com theatretheoargence-saint-priest.fr la-mouche.fr theatredevillefranche.com mc2grenoble.fr bonlieu-annecy.com
O
n démarre fort avec les cadors du genre : les Australiens de CIRCA reviennent avec Wolf (des artistes virtuoses, certes, mais des pièces qui s’essoufflent…). On préfère les fous dingues de Gravity & Other Myths (Vellein). Prise de risque et concentration maximale, défis, envols, catapultes, échecs, pyramides, tout ça montre en main et à cent à l’heure. Ils sont forts ! Autre ambiance avec KA/IN encore sur les routes : une pièce qui fait la part belle aux portés, sauts et pyramides humaines propres au collectif marocain, avec les clairs-obscurs poétiques de Raphaëlle Boitel. Revoilà aussi le Cirque Alfonse (Radiant) aux prises avec le mariage. On sait le talent de ces Canadiens, on aime moins leur côté (trop) potache. Mais intéressons-nous à ceux qu’on connaît moins. À commencer par la bande voltigeuse de The Genesis (Toboggan et Radiant), a priori ébouriffante. Ou à Damien Drouin, sorti du CNAC, qui cultive le “trampo-mur” et les paysages oniriques avec fumée et effets de lumières. Face aux murs, avec 2 trampolines et 1 mur central, invite à la poésie et à l’émotion. Propulsions, chutes, rebonds, marche verticale versus vide, gravité, apesanteur : les six acrobates font tourner les têtes par la beauté de leurs gestes. Sans doute plus chorégraphiée, la pièce Rêves des exilés ukrainiens de Inshi (Théo Argence) convoque la guerre, les souvenirs d’avant et les rêves d’un avenir meilleur. Sortis de la réputée Académie du cirque de Kiev, ils enchaînent leurs numéros (corde lisse, cannes d’équilibre, cerceaux…) avec voix off à partir de témoignages et du clairobscur. « Touchant et poétique », peut-on lire. Autre vision du monde avec Phare Circus (Same Same…) et ses interprètes vifs et joyeux : au menu, contorsion, bascule, banquine, diabolo, mât chinois made in Cambodge pour narrer des instants du quotidien. Ça va pulser. On termine avec quelques artistes bien frenchy, dont le foutraque Olivier Debelhoir et La Vie de ma mère (avec des bouts de ficelles !) ou le théâtre physique très visuel du Cirque Le Roux. À tout rompre (aussi) reprend du service. Quand 2 acrobates-voltigeurs croisent le fer avec 2 comédiens trublions autour de la rupture. Ça part en vrille, ça tchatche, à la fois drôle et grave. Après Nadia Comăneci et Flam(m)e, la metteuse en piste Coline Garcia s’attaque au skate avec Hyperboles. À découvrir. Tout comme le monstre à deux têtes et huit pattes de Seb et Blanca (MAD). On note d"ailleurs les dates d'utoPistes (26 avr. au 13 juin), festival de cirque toujours défricheur et singulier. Enfin, un dernier pour le plaisir avec les fantaisistes clowns du Slava’s Snowshow, on s’y laisse toujours prendre…. À vos agendas !
PROGRA-MATONS
LE TOBOGGAN
Un bel élan 24 > 27 SEPT
LE TOBOGGAN FÊTE SES 30 ANS ! letoboggan.com
© Didier Carluccio
[ Anne Huguet ]
Trente ans (déjà), ça se fête ! Le Toboggan à Décines marque donc le coup avec une programmation 26/27 généreuse et tout-terrain, à l’image du lieu qui compte à la fois un cinéma, une salle de spectacles, un lieu d’expositions et une médiathèque. Quelque 60 spectacles sont à l’affiche, toutes esthétiques confondues, mélangeant têtes d’affiche et création régionale (l’épopée Biclou de Nicolas Ramond, Margot Thery et ses Gangster.e.s), cirque, humour, danse ou encore cinéma. Au fil de cette saison, on retrouvera Folia signé Mourad Merzouki, Philippe Torreton avec Beaumarchais, la nouvelle création de JC Goimard (Mobula), 4211 km pour narrer l’exil, un portrait lumineux de Barbara signé Mangenot, le Bal clandestin des Chatha, un drag-show, le truculent Dimanche des Belges de Focus & Chaliwaté, les virtuoses australiens de CIRCA, le bestiaire de terre et de chair d’Olivier de Sagazan ou encore Fatoumata Diawara. •
TNG
© Patrick Berger
Roulez jeunesses ! [ Trina Mounier ]
02 & 03 OCT.
BOULE DE NEIGE tng-lyon.fr
© Vincent Berenger
Odile Grosset-Grange, la nouvelle directrice du TNG (Théâtre Nouvelle Génération), est bien partie pour redonner à ce théâtre pour l’enfance et la jeunesse tout le sens contenu dans son nom. Avec une saison qui s’adresse à toutes les tranches d’âge, de 0 à 16 ans, et qui considère les enfants pour ce qu’ils sont : des adultes en devenir. Parmi la vingtaine de spectacles programmés, dont certains tout public, on a repéré L’Abolition des privilèges, sur la nuit du 4 août 1789, mis en scène par Hugues Duchêne – gros succès d’Avignon Off 2025 – et qui fait réfléchir autant que rêver, ainsi que D’autres familles que la mienne d’Estelle Savasta, artiste associée au TNG, sur un sujet grave et douloureux, celui des traces laissées par les abandons et la résilience toujours possible… Quatre pièces d’Odile Grosset-Grange, elle-même metteuse en scène, sont aussi au programme dont Boule de neige, Et puis on a sauté ! ou Allez, Ollie… à l’eau ! Danse, marionnettes, musiques urbaines et même opéra complètent cet alléchant programme. •
LA MOUCHE
Grands écarts
ARKUCHI #58
septembre • octobre 2026
06 OCT.
FAUXFAIRE FAUXVOIR
la-mouche.fr
© Vincent Arbelet
[ Gallia Valette-Pilenko ]
La Mouche de Saint-Genis-Laval propose quelques perles dans sa nouvelle saison. À commencer par Trust me for a while de la Norvégienne Yngvild Aspeli, dont le public a pu découvrir cette saison Une maison de poupée très particulière, puisqu’elle est seule en scène avec une bande de marionnettes. Ici, il s’agit d’un numéro de ventriloque qui vire au cauchemar, une comédie noire déconseillée aux enfants. À l’instar des Cartographies de Frédéric Ferrer, de délicieuses conférences loufoques mais extrêmement documentées comme Le Problème Lapin, où l’artiste-géographe s’empare de sujets plus ou moins brûlants, en l’espèce, notre relation paradoxale avec ces petites bêtes à grandes oreilles. Il faudra aussi jeter un coup d’œil à Flam(m)e, une variation sur le destin de Nadia Comăneci de Coline Garcia, artiste complice, et Kompakom, une création de la jeune chorégraphe Joana Schweizer avec le danseur Nils Börkey, porteur d’un handicap invisible. •
_TRANSFIGURATION, OLIVIER DE SAGAZAN
PROGRA-MATONS
TJM
Tous en scène
_FRANCE FICTION, CIE LES UNES ET LES AUTRES
theatre-jean-marais.com
RADIANT-BELLEVUE
Excitant méli-mélo
_]SUPERSTRAT[, ANNE NGUYEN
[ Anne Huguet ]
03 > 04 OCT.
_C'EST SI SIMPLE L'AMOUR, CHARLES BERLING
_TRUST ME FOR A WHILE, YNGVILD ASPELI
LA COULEUR DE LA GRENADE radiant-bellevue.fr
“On roule pour vous” revendique le Radiant-Bellevue pour 26/27. Et tout va pour le mieux à Caluire avec quelque 245 levers de rideau déjà annoncés ! Une saison pleine qui fait la part belle à toutes les esthétiques pour réunir « tous les publics et toutes les générations ». Victor Bosch, son infatigable directeur, est fier de proposer tous les jours un spectacle différent qui va du blockbuster à la pépite à découvrir, alternant concerts (plus d’un tiers de la programmation), théâtre, cirque, danse ou encore humour. Pour tous les goûts, assurément ! Dans notre selecta, la voix magnétique de Cat Power, le rock couillu venu des steppes de The HU, Punk.e.s pour se replonger dans l’histoire des punkettes de The Slits, Rubén Molina avec un flamenco réinventé, du piano qui dépote avec LEVI.SCT, l’odyssée vibrante de Maria ou La Sœur de Jésus‑Christ, Bertrand Belin, la bande des Rat Pack, Meurice, Berling, Arditi et tous les autres. Demandez le programme ! •
septembre • octobre 2026
27 SEPT.
GÉOMÉTRIE VARIABLE
Le théâtre Jean Marais (TJM), situé à Saint-Fons, est d’abord un théâtre jeune. Non seulement il ouvre sa programmation à un collectif d’habitants qui l’a choisie et, donc, la soutient, mais il fait la part belle aux artistes du GEIQ, dispositif d’insertion pour les jeunes comédien(ne)s qui proposent toute l’année ateliers, performances et autres rendezvous. Il accueille aussi en résidence Ophélie Kern et Jessica Jargot de la compagnie du Vieux Singe qui préparent un spectacle musical sur une histoire très troublante, La Collection. On retrouvera avec plaisir Gabriela Alarcòn et son Morceau de chair qui fera voyager jusqu’au Congo-Brazzaville et la bande du théâtre des Marronniers avec le joyeux Yoko & John, chambre 1742 (ceux des Beatles du temps de leurs rêves de jeunesse), en musique évidemment. Et bien d’autres pépites ! •
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© Garance Zoé
[ Trina Mounier ]
LETTRES & RATURES
Au plus près du réel
L'INCONNUE DU QUAI DE JAVEL
Texte Marco Jéru
Quatre cent soixante et un romans dont 117 auteurs étrangers et 68 premiers récits. La production se rétracte en cette rentrée littéraire, à l’image d’un temps où la lecture décroît drastiquement face aux écrans et à la pression sur le pouvoir d’achat, alors que le monde de la librairie (Gibert, Furet du Nord, Decitre, Sauramps) et celui de l’édition (Grasset | Hachette, Makassar Diffusion) se concentrent dangereusement. Zoom sur quelques titres en vue d’écrivains du cru…
«
Quand Léo m’a tout raconté, je l’ai traité de menteur, et pourtant je l’ai cru tout de suite. Pourquoi il aurait inventé ça, tout ça, cette histoire de dingue ? » Cette histoire de ouf à vous faire disparaître entre les pages, c’est celle d’une amitié entre deux couples de frères et sœurs, camarades de classe à la fin des années 1980, jusqu’à ce qu’un coup de feu déchire une nuit d’avril 1998 : Pascal, le père de Paloma et Leo, est retrouvé mort, une balle dans la tête. Les enfants, eux, se sont volatilisés et leurs amis, Cédric et Delphine, sont atterrés. Cette mort brutale ravive le souvenir de la disparition énigmatique, quelques années plus tôt en montagne, de leur professeur de gym, surnommé le Druide. Quel lien avec la disparition du professeur charismatique ? Comment expliquer la fuite de Paloma, encore mineure, et de Leo ? Les réponses viendront vingt-cinq ans plus tard, lors d’une escapade de Delphine et Cédric au lac des Rouges Truites, où réapparaît Paloma. Au cœur de ces aventures, la figure du mal, le désir de voyager et de changer de vie, les liens
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Philippe Jaenada Flammarion Sortie : 16 août 26
LE LIVRE DES SOUTERRAINS
Phoebe Hadjimarkos-Clarke Éditions du Sous-Sol Sortie : 20 août 26
ROUGES-TRUITES Pierric Bailly P.O.L. Sortie : 20 août 26
brisés ; l’énigme d’un père, aimant mais taciturne, secret et violent ; la passion amoureuse entre deux filles dont l’une a disparu avec une histoire traumatisante à raconter. Entre Vercors et Jura – dont il est originaire –, le Mexique et l’Afrique, Pierric Bailly signe un huitième roman noir, Rouges‑Truites, envoûtant. Après Tabor (2021) et Aliène (2024), la Lyonnaise Phoebe Hadjimarkos-Clarke, à l’instar de la prolifique Sabrina Calvo, approfondit la veine SF queer avec Le Livre des souterrains. À l’aune du journal intime d’une artisteperformeuse mystérieusement évaporée, la fiction et la réalité vont tresser dans une langue étrange une fable déconcertante. Les frontières spatio-temporelles et de genre s’estompent pour composer une réalité flottante, et il s’agit pour qui lit, telle Alice chez Carroll, de traverser constamment le gué du réel. Un roman aux confins du miroir, qui questionne avec malice nos incertitudes contemporaines. Autre poids lourd de la plume, Philippe Jaenada. Comme il l’avait fait dans La Petite Femelle (2015) à propos de Pauline Dubuisson (soupçonnée en 1953 d’avoir tué son amant) et dans La Serpe (2017) à propos de Georges Arnaud (suspecté en 1941 d’un triple meurtre au château familial d’Escoire), le perspicace et sémillant écrivain “gallicanaute” reprend du service à la section cold cases. À la façon du commissaire Maigret, il reprend l’enquête sur le meurtre de Louise Cansot, le modèle le plus demandé après-guerre par les peintres de Montparnasse. En dépit de fortes présomptions sur quatre suspects, l'affaire est classée au bout de six mois. Soixante‑dix‑sept ans plus tard, fort de ses contacts aux archives et de documents depuis lors exhumés, “l’inspectauteur” arpente les lieux et remonte le temps. Et va résoudre ce meurtre bien réel, laissant le lecteur subjugué par sa ténacité et par cette jeune femme à laquelle il redonne un visage et une histoire. De quoi garder la ligne à la rentrée ! •
septembre • octobre 2026
© Kentaro Fujisaki
arts visuels Tatouage et ancrage
La Halle Tony Garnier accueille en septembre The Ink Factory, le salon mondial du tatouage. Trois cent cinquante artistes de trente-cinq pays y sont attendus, tous passionnés de cet art à la fois traditionnel et évolutif, dont les mystères restent à percer. Rébellion, mémoire, appartenance ou tendance, d’où vient cette propension à décorer, marquer, emblématiser notre corps ?
THE INK FACTORY
18 > 20 SEPT. Halle Tony Garnier Lyon 7 theinkfactory.fr
Texte Anne O’Byrne
S
e tatouer pour s’ancrer pourrait être l’acte même d’individuation du tatouage, comme son étymologie l’indique, dérivé du tahitien Ta-Atua (Ta « dessin » et Atua « esprit »). En imprimant délibérément un dessin sur son corps, on se rallierait spirituellement à une forme ancestrale de communautarisme, on serait cet être qui appartient à cette tribu, marqué de tel signe dont le symbole assignerait un rang indélébile. En va‑t‑il encore aujourd’hui d’un acte social accompagnant un rite de passage ou une pratique thérapeutique ? Délicat à déterminer car le tatouage est devenu tendance : plus d’un Français sur cinq est tatoué et/ou piercé (hors oreilles percées traditionnelles). Le tatouage appartient‑il a contrario aux arts “rebelles” tels le street art ou le body painting ? Devient‑il l’apanage d’une quête de liberté qui passe par le marquage délibéré du corps, à l’ombre d’une relation spécifique, la rencontre d’un artiste-tatoueur et d’un tatoué, sachant que rares sont les tatoueurs qui
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ne le sont pas (tatoués !). Cependant foisonne aussi un marché parallèle risqué où des tatoueurs, par l’appât du gain, ne sont pas des artistes et brisent la relation de confiance en “massacrant” une peau par la médiocrité, voire la dangerosité du rendu. Gare donc aux décisions impulsives en la matière : être bien informé, penser à la douleur et se projeter dans l’indélébilité du geste sont essentiels. Une vague récente de détatouage au laser (délétère pour la santé) ou par chirurgie (quels qu’en soient le prix et la cicatrice) indique la pénibilité du repentir.
septembre • octobre 2026
TENDANCES
_KONJO (BEST OF BODYSUIT, 2025)
Par ailleurs, imprimer un dessin sur son corps relève-t-il d’une appartenance culturelle ou au contraire d’une dénaturation du corps ? L’anecdote signifiante que relate l’ethnographe Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques répond en partie à ce dilemme. Il y est question de la rencontre paradoxale entre un missionnaire jésuite et un Maori, lesquels s’avèrent mutuellement choqués l’un par l’autre pour des raisons opposées. Le premier ne comprend pas qu’on puisse décorer son corps, donné intact par Dieu, et le second s’étonne au contraire qu’un être humain puisse laisser son
corps nu, sans attrait, sans maquillage, sans culture. Le choc est donc bien culturel, l’un et l’autre concevant très différemment la nudité et l’entrée dans la culture. Être habillé pour le missionnaire suffit à se montrer civilisé, être tatoué s’impose à tout être de culture pour les Maoris, comme signe extérieur de richesse et de pouvoir notamment. Les chefs et les guerriers étaient tatoués sur tout le corps excepté la tête, réservée aux prêtres. Le tatouage, qui semble exister depuis cinq mille ans (relevés au carbone 14), est bien une marque constitutive de notre humanité, telle l’inscription de la spiritualité sur nos corps nus. Ainsi les encres de peau évoquent-elles le passage vers la conscience de soi. Tels les chamanes amérindiens qui arborent des tatouages symboliques sur le visage, comme une carte de visite à décrypter, indiquant leur lien aux forces invisibles, à la transcendance. Le tatouage peut aussi bien évoquer une relation à l’infini que délimiter notre finitude, notre peau devenant témoignage concret de joies comme de peines. Or la tendance actuelle au tatouage éclairé couvre un large spectre : choix esthétique personnel, rattachement communautaire en passant par la décision thérapeutique de se réparer en marquant un événement traumatique (refus de prothèses après une mastectomie). Ainsi se faire tatouer relève-t-il de chemins de vie très précis, qui peuvent résonner universellement et faire réfléchir durablement à nos désirs de faire parler notre peau en contemplant un ou des dessins réalisés à divers stades de notre existence Au XVIIIe siècle, Kant, dans ses thèses sur le beau, faisait allusion au tatouage en le réprouvant, tandis que l’Allemand Fichte en dénotait le caractère culturel individuant, en cherchant ses enjeux moraux. Le tatouage peut être beau en soi et marquer une appartenance culturelle, mais doit-il pour autant être qualifié de nécessaire pour devenir soi ? Encrer indélébilement son corps ne l’ancre peutêtre pas évidemment ! Quand le tatouage se distingue d’une addiction délétère et qu’il renvoie à notre profonde liberté, n’est-il pas alors l’affirmation de nos différences et surtout leur acceptation ? Thèmes demeurant à creuser à Lyon, lors de ce 7e Ink Factory, où le tatouage marquisien sera à l’honneur, entre autres styles complexes hérités de cultures ancestrales, telles celles venues du Japon, où 50 % de la population est tatouée. •
_NO COUNTRY FOR OLD MEN (2007)
o brother(s) !
FESTIVAL LUMIÈRE 10 > 18 OCT. Lyon et métropole festival-lumiere.org
Texte Martin Barnier et Valérie Legrain-Doussau
Joel et Ethan Coen, c’est l’histoire de deux frères qui ont transformé le cinéma en terrain de jeu. Inventif et singulier, drôle et noir à la fois, le duo radiographie avec brio l’Amérique depuis plus de quarante ans. À leurs dix-huit longs métrages en commun et moult récompenses s’ajoutera le 18e prix Lumière, qu’ils recevront lors du festival du même nom, à Lyon en octobre.
Q
uelle filmographie ! Un festival de genres : du polar Fargo (1996) au western True Grit (2010) en passant par la comédie déjantée The Big Lebowski (1998), sans oublier No Country for Old Men (2007) – qui leur valut quatre Oscars, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur. La répartition des tâches entre eux est quasiment la même depuis leurs premiers courts métrages quand, enfants, ils bricolaient des remakes de films. Joel réalise, conseillé par Ethan, qui produit. En réalité, ils font tout ensemble, de l’écriture au montage de leurs films. Dès leur premier long métrage, Blood Simple ou Sang pour Sang (1984), ils posent les fondations de leur style : dialogues et plans ciselés, personnages hauts en couleur et une ironie mordante. Leur palette ? Noire, très noire, avec des touches de burlesque qui rappellent que la vie, même tragique, peut être absurde. Le film obtient le Grand Prix du Sundance
Film Festival en 1985. On y découvre déjà leur actrice favorite, Frances McDormand, épouse de Joel Coen, mais aussi Carter Burwell qui composera presque toutes leurs musiques. Barry Sonnenfeld, futur réalisateur de Men in Black, officie au poste de directeur de la photographie. Une histoire de valise pleine de dollars, une autre constante de leurs films, comme dans Drive Away Dolls, film solo d’Ethan Coen de 2024. Les frères Coen ont brossé, au fil de leurs réalisations, une galerie de personnages aussi mémorables que décalés, à qui de nombreux acteurs ont donné vie : George Clooney et son air ahuri dans O’Brother (2000), une histoire de fuite mémorable de prisonniers dans l’Amérique des années 1930, ou encore Javier Bardem et son sourire cruel, en tueur à gages psychopathe dans No Country for Old Men. Les personnages des Coen sont souvent des antihéros, parfois stupides comme dans Burn After Reading (2008) ou A Serious Man (2009), ou au contraire très futés, telle la policière de Fargo. Qu’ils explorent
ARKUCHI #58
© Miramax Films
HORS CHAMP
le crime (No Country for Old Men), la comédie noire (Burn After Reading) ou le drame existentiel (A Serious Man, Inside Llewyn Davis), leurs scénarios partagent la même ironie caustique. Les réalisateurs revisitent l’histoire du XXe siècle américain, du côté des gangsters (Miller’s Crossing, 1990) ou des scénaristes (Barton Fink, Palme d’or à l’unanimité à Cannes en 1991), deux films racontant les années 1940 et mêlant rêves (ou cauchemars) à la réalité peu reluisante de leur pays. Dans Ave, César ! (2016), ils s’attaquent à une reconstitution particulièrement désopilante des tournages de péplums, westerns et comédies musicales aquatiques dans les studios hollywoodiens des années 1950. Pour finir, ne manquez pas The Big Lebowski, le plus culte de tous leurs films. Le Dude, interprété par Jeff Bridges, incarne à lui seul l’esprit déjanté et subversif des frères Coen. Un vrai festival, ces deux-là ! •
septembre • octobre 2026
STREETART
_KALOUF
street musée Photos Lendaskin & Emiland Griès
_DON MATEO
_MZELLE COLLE _PYX ARKUCHI #58
septembre • octobre 2026
_PYX
_GENIART
_O'MALLEY
_FOUAPA
_SOHAN STREET
_SEDLEX
Par Ponia DuMont
Horizontalement
1. Proches de la fin ? 2. Turbulences. Pas de quoi être riche comme Crésus. 3. Soûlerais familièrement. 4. A souvent sa place au cimetière. Fut vraiment contrarié. 5. Effaça tout relief. Rendez-vous sur le pré ? 6. Pas là-bas. Ainsi faits, perdent leur rang et leur droit. 7. Fais la leçon. 8. Possédasse. Eaux des Pyrénées. 9. L’aigle de mer. La Fable et le Bossu ! 10. Petite pause sympa. Pas cool d’être à celui de la société…
Verticalement
A. Appelées en cas de conflit ? B. Ouverture fonctionnelle, anatomique ou non. Marqué sa joie. C. Quel avare ! Ensorceleuse des flots. D. Gouffres quercynois. Changements de "mise" chez les animaux. E. À l’origine des Grands Cimetières sous la lune. F. Avoir du cœur au ventre. Parfaite pour le portage à main. G. Te ramènes ? H. Courtisée des temps modernes. Peu propice à la baignade. I. Coupées menu menu. Action bancaire. J. Fibre naturelle de l’agave. Allez les rencontrer au festival Lumière !
ARKUCHI #58
jugeote
septembre • octobre 2026
M O N T E L I M A R
solutions #57
A D O R A I S
R E T E N T E E S
Q U E T E E
U R N E S
S A
I
T A
E L
U V
I X I R S
M C
G A I N A
S U
C U I R
T A G
C H I L I
A L S G
R E S I N A
A N
A O T N
Huile d’olive, sel, poivre
Graines de courge
1 citron (zeste + jus)
½ bouquet de menthe fraîche
150 g de feta
40/50 cl de bouillon de légumes
2 gousses d’ail
1 oignon
1 kg de courgettes
I
PRÉPARATION : 25 MIN
I
CUISSON : 30 MIN
I
balances encore entre le mode été et un automne qui, insidieusement, s’installe. Vingt heures, l’heure des braves où il te faut inventer la recette du jour. À ton frigo. Les salades ? T’en as ta claque après un été brûlant. Les courgettes te font de l’œil. C’est parti pour un velouté maison. Zou, tu jettes ton oignon et et ton ail émincés dans un filet d’huile d’olive et ça papote joyeusement en se dorant la pilule tout doux. Avant l’arrivée bruyante de tes courgettes taillées en beaux morceaux. Tout ce petit monde frétille et s’ébat 5 minutes de plus, histoire de bien faire connaissance. Mais voilà un nouvel invité : le bouillon de légumes débarque sans gêne, s’épanche et même submerge nos amis. Aïe. Contre mauvaise fortune bon cœur, les langues se délient de nouveau en se (ré)chauffant sous un couvercle encore 20 minutes. La bande est presque au complet (et ta recette quasi finie !). De gré ou de force, tu leur rajoutes la moitié de ta feta émiettée, quelques feuilles de menthe fraîche, le zeste de ton citron avec un peu de son jus. Et vrouum. Pas de quartier, le mixeur fait son job et transforme la sympathique troupe en un velouté lisse et onctueux. Une pincée de sel, un peu de poivre pour le goût. À déguster tiède ou froid. Dans un bol ou une assiette creuse, ton velouté au vert tendre se pare de délicats “copeaux” de feta (l’autre moitié) et d’une poignée de graines de courge pour leur irrésistible croquant, quelques feuilles de menthe pour le chic de la couleur et le choc du goût, avant un dernier filet d’huile d’olive pour faire briller tout ça. Beau et si bon ! •
4 PERSONNES
TU popote[s] I
Recette Claire Boulet • Texte ArKuchi
Velouté aux courgettes
© Claire Boulet