Voilà l’été qui pointe son nez, avec ses ciels bleus, ses chaleurs, ses couleurs, son farniente, ses envies d’ailleurs et d’échappées sauvages. Pour ce numéro Spécial Été, ArKuchi se met au vert, abandonne salles et rubriques habituelles et invite à se perdre du Nord au Sud, hors des sentiers battus, mais toujours à l’affût de trouvailles, coups de cœur et bons plans. Quelle idée ! Ça démarre à Bibracte, vive nos ancêtres les Gaulois, et on filera, entre cigales et pop art, bronzer à Porquerolles, déambulant et se baguenaudant de part et d’autre de la fameuse Nationale 7. Mission photos à Vichy et Arles, Chalon et ses rois du bitume, la nouvelle dégaine du Haras annécien, la Vanoise et quelques vieux forts, le lac de Paladru pour un instant fraîcheur, le musée Dini ou Artissima à côté de Lyon, les Invites qui font leur foire, du théâtre et de la danse plein Sud, la belle Massilia, des expos, du rock, du jazz, des festivals, des polars… Ici et ailleurs. Juste pour le plaisir. Avec une couv' inédite signée Cédric Respinger, globe-trotter, rockeurchanteur mais pas que. Bel été !
Les bâtiments contemporains conçus avec talent, finesse et précision traversent les années sans perdre de leur force conceptuelle d’origine. On ne les trouve pas uniquement dans les hauts lieux touristiques. Ils se cachent parfois dans des lieux plus retirés, qu’ils magnifient de leur présence évocatrice. Ainsi du musée archéologique de Bibracte qui mérite largement le détour…
EMPREINTESDUSACRÉ
04 JUIN > 15 NOV.
Musée de Bibracte
Saint-Léger-sous-Beuvray (71) bibracte.fr
Ouvert en 1995, le musée de Bibracte, situé au pied du mont Beuvray au cœur du massif du Morvan, a fait l’objet d’une extension inaugurée il y a tout juste un an. L’édifice initial, couronné Équerre d’argent* 1996, et son extension sont tous deux signés par l’architecte Pierre Louis Faloci. L’ensemble a été labellisé l’an dernier "Architecture contemporaine remarquable". Ce musée met en valeur les recherches menées sur l’oppidum fortifié du site, dont les fouilles archéologiques (encore en cours) ont débuté dès 1864. L’objet est d’importance, puisqu’il s’agit de la capitale politique et économique du peuple celte des Éduens, forte de 5 000 à 10 000 âmes, dont l’apogée se situe au Ier siècle avant J. C. Les chefs gaulois y auraient même prêté allégeance à Vercingétorix dans sa révolte contre Jules César et son armée au cours de la guerre des Gaules. Bibracte serait donc, en quelque sorte, le lieu du premier signe d’unité française. Le bâtiment, qui forme un L aux ailes inégales, lové dans une clairière de la forêt morvandelle, n’a pas pris une ride. Ses grandes couvertures métalliques horizontales sont volontairement épannelées en deçà de la canopée environnante. Son expression architecturale est toute en retenue. Il est donc manifestement question d’humilité face au site naturel et archéologique remarquable de l’emblématique mont Beuvray. L’aile la plus importante du musée forme une immense halle libre de 85 mètres de long, haute de deux niveaux dont l’un en mezzanine partielle. L’espace d’exposition s’ouvre par toutes
ses faces sur le grand paysage environnant, avec les fouilles en contrebas. À travers les vitrages toute hauteur des murs rideaux, la forêt est omniprésente à hauteur de branchages et de feuillages, si proches qu’on croirait pouvoir les toucher. Les parois intérieures en béton brut ou celles suspendues habillées de pierres lisses orientent et cadrent subtilement le regard sur différents points de vue, créant des tableaux vivants. Paysage et objets de fouilles exposés se complètent et dialoguent en permanence, affranchissant de toute notion d’intérieur et d’extérieur. Les connexions visuelles multiples permettent d’unir les fouilles éparses sur le site et les éléments qui en ont été extraits, dans une visite à la fois naturellement immersive et poétique. Aux dires du concepteur, son projet de pierres en soubassement et de verre et métal en superstructures se veut une métaphore du travail archéologique, exprimant à la fois la stratification historique et la progression technologique de la recherche. Au programme cet été, l’exposition temporaire Empreintes du sacré s’intéresse aux croyances des Gaulois. Et pour ceux que l’archéologie rebute (encore) un peu, des randonnées crépusculaires sur le site, des promenades musicales, et même des lives électro (Les Chaos ambiants, 5 juil.) sont également proposés. •
Année après année, le succès de Chalon dans la rue ne se dément pas. Fort de ses 200 000 spectateurs, le festival bourguignon tient le cap et accueille pour sa 39e édition près de 150 compagnies et autant de spectacles. Avec l’ambition, toujours, de proposer des créations inédites, soit 13 dans le IN et 15 dans le OFF. Il continue aussi de questionner l’évolution de ces arts "de la rue", ce qui donne lieu à une belle diversité de formes et à « une célébration du vivant dans toutes ses composantes ». Ainsi POROUS MATTER, performance captivante de la chorégraphe suisse Anna Anderegg, explore, entre art et science, notre relation avec des organismes autres que l’être humain et notre manière d’habiter la Terre. "Coopération" des corps, encore, chez le Belge Alexander Vantournhout qui propose avec Frames des installations dansées, défiant l’équilibre (également aux Nuits de Fourvière). Autre registre et prise de risque maximale pour Les filles du renard pâle : dans Hors Ligne, création in situ, les funambules et cordistes emmenés par Johanne Humblet bravent peur et vide, questionnant le dépassement de soi mais aussi les liens qui nous rassemblent. Quant au collectif La Ville en feu, il prend la rue à bras le corps pour danser, jouer et chanter le poème Les Planètes de Gustav Holst. Entre bioéthique et rapport à la nature, la (grande) question environnementale irrigue nombre de propos. Celui de Invertébrés (OFF) ou le récit de Clara, biohackeuse qui modifie son ADN et échappe à sa nature humaine. Clara, c’est la danseuse voltigeuse Maud Payen – vue aussi chez Mourad Merzouki ou Raphaëlle Boitel – dont les
CHALON DANS LA RUE 23 > 26 JUIL. chalondanslarue.com
acrobaties transportent autant qu’elles inquiètent. Le lien au vivant, au paysage, à la nourriture est au cœur de l’intriguant La Nuit des temps. Présentée comme une « fable de voyage intertemporel », cette expérience signée Olivier Veillon se vit collectivement et en marchant… Le théâtre tient aussi son rang, avec, entre autres, le collectif La Fugue qui s’intéresse au monde des travailleurs saisonniers, et Nuisibles, création 2026 (à voir aussi aux Invites) qui appelle les invisibles de notre société à ne plus l’être. Côté fiesta, Radio Kaizman devrait faire le job : en direct de la Cour du festival, Last Party est un hommage à l’arrivée du hip hop en France et aux clubs des années 1980. Encore une bonne raison de venir à Chalon ! •
Texte Emmanuelle Babe
INVERTÉBRÉS CIE CONCORDANCE
PROPULSEUR À TÊTE HUMAINE,
DANS LE MILLE
[ Gallia Valette-Pilenko ]
Après Bibracte, direction le musée de Préhistoire de Solutré pour découvrir Le propulseur, des chasseurs de rennes aux chasseurs de kangourous. Cette expo temporaire, initialement conçue par le musée du Malgré-Tout de Treignes (Belgique), est consacrée à cet outil de jet qui permet de démultiplier la force, la portée et la puissance de tirs de projectiles et sagaies. Depuis 24 000 ans, il est utilisé par les chasseurs-cueilleurs d’Europe mais aussi les aborigènes d’Australie, les Papous, certains peuples d’Amérique ou du grand Nord, pour la chasse au gros gibier, la pêche, les jeux, la guerre et même… des rituels. L’exposition s’appuie sur la collection d’objets ethnographiques originaux, de reconstitutions et de moulages de Pierre Cattelain, archéologue et collectionneur passionné, l’occasion d’appréhender les usages et les charges symboliques de cet étonnant objet. Ça vaut le coup d’œil !
> 03 JAN. 2027
Musée de Préhistoire de Solutré (71) rochedesolutre.com
LACHAPELLE, CULTE !
[ Anne Huguet ]
Depuis 2024, Portrait(s) à Vichy a resserré sa programmation, proposant de découvrir en profondeur un grand nom de la photographie avec une exposition monographique. Après Nadav Kander (2024) et Isabel Muñoz (2025), Vichy accroche pour sa 14e édition une centaine d’œuvres emblématiques de l’extravagant David LaChapelle. Le "Fellini de la photographie" américain s’est démarqué dès les années 1980 avec des photos de mode très colorées et baroques. Luxe, célébrités, mais aussi grandes compositions surréalistes sur le consumérisme ou la fin du monde : son style unique et tape-à-l’œil mélange provoc, pop art, kitsch et sacré. On aime ou on déteste ! Moins clivants, des portraits sortis des collections du musée Niépce, des photos de Julia Gat ou de Patrick Tournebœuf et une vraie cabine Studio Harcourt pour se faire tirer… le portrait !
RENDEZ-VOUS PHOTOGRAPHIQUES DE VICHY (03) 19 JUIN > 04 OCT. opera-vichy.com
{ INTÉRIEUR } 04.03.2014 – 14:14:26
IMAGES SILENCIEUSES
[ Gallia Valette-Pilenko ]
Arièle Bonzon, qui vit et travaille à Lyon, installe son univers au musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône pour trois mois. Infinitif / Repriser le temps propose de faire dialoguer les photographies de sa série au long cours {intérieur} – laquelle « ouvregrandlesyeuxsurl'énigmedutemps et met un pied dans la porte. La chambre obscure est ouverte devant nous. C'est un laps et puis plus rien. Tout a disparu », écrit-elle – et d’autres choisies dans les collections du musée, qui comptent près de trois millions de photographies et d’objets. On découvre ainsi des exemplaires uniques ou des ensembles constitués de portraits d’inconnus et « d’anonymes ». Soit environ 200 œuvres qui entrent en résonance les unes avec les autres pour ouvrir des espaces imaginaires et des mondes disparus. Pour les amoureux de la photo, mais pas que.
À trente minutes à peine de Lyon, le musée Paul Dini mérite d'être davantage connu du public. Créé en 2001, après que l’homme d’affaires Paul Dini et sa femme Muguette ont cédé leur collection à la ville de Villefranche-sur-Saône, il possède également le fonds de l’ancien musée municipal fondé en 1863. En 2026, le musée fête ses vingt-cinq ans. Une belle occasion d’aller à la rencontre de sa directrice, Marion Ménard.
Quel est le programme des festivités des vingt-cinq ans ?
MARION MÉNARD Deux expositions comme chaque année, mais avec une réflexion particulière. Et l’idée qu’un musée, ce sont à la fois une collection et une équipe qui s’en occupe. La première expo met en valeur l’équipe, la seconde la collection. Muséocoulisses. Un musée, des métiers valorise les métiers présents au musée, ce que le public ne voit pas, ce qui se passe quand le musée est fermé... Sur la base d’un commissariat collectif, chaque membre de l’équipe a choisi une œuvre "métier" et une œuvre "coup de cœur" [soit environ 26 œuvres, NDLR]. Pour la deuxième exposition, il y aura la refonte du parcours permanent avec cette question sous jacente des liens existant entre les artistes et un territoire. L’ADN du musée est de montrer des artistes qui ont tous un lien avec la région Auvergne Rhône Alpes, qu’ils y vivent ou y travaillent. Nous avons décidé de réinterroger ce lien, avec des œuvres de la collection mais aussi des prêts. Il y a également une invitation à Patrice Giorda, auquel le musée a passé commande de neuf grandes toiles sur le Beaujolais qu’il donnera au musée pour les vingt cinq ans. Nous présenterons aussi dans l’espace Cornil toutes les œuvres
préparatoires, de nombreuses petites toiles à l’huile, des dessins, des pastels. Et nous allons renouveler le parcours permanent, avec un nouveau découpage chrono thématique. On met également en place des projets participatifs destinés à créer d’autres interprétations de ce parcours.
Quel bilan tirez-vous de ces vingt-cinq années ?
MM C’est un musée qui a su trouver sa place dans le territoire et se rapprocher de ses publics. Il a également trouvé sa place dans la cité, par ses projets participatifs.
Quelles sont ses spécificités ?
MM C’est justement à cette question que nous allons tenter de répondre dans la prochaine exposition. Nous sommes devenus le musée de référence des artistes ayant ce lien au territoire. Autre spécificité : cette collection reste l’œil d’un collectionneur, même si la Ville l’a complétée par des achats. Nous faisons autorité sur la période chronologique, mais nous faisons partie d’un réseau, et nous sommes tous complémentaires. •
Ouverture très attendue de la Galerie nationale du Design dans une aile de l’ex-manufacture des armes de Saint-Étienne avec l’expo inaugurale Designenmain,dulangageàl’objet. Soit 1 000 m² de halle industrielle du XIXe siècle, réhabilitée par les architectes lyonnais de SILT en lieu permanent dédié à cette discipline à la croisée de l’art et de l’industrie. Ouverture officielle le 10 juin. galerienationaledudesign.fr
42 NUANCES DE SONS
[ Emmanuelle Babe ]
titre de l’exposition annonce la couleur : du glam, du chic, de l’audace aussi, voilà ce que promet Chapeaux de stars, visible jusqu’à l’automne au musée du Chapeau. Et surtout du beau, à la fois dans le dessin et dans la fabrication tant le nom de Jean Barthet (1920 2000) évoque la chapellerie élevée au rang d’art. Ce n’est pas usurpé, car l’enfant du Béarn qui aura marqué l’histoire de la mode pendant plus de quarante ans a aussi étudié l’architecture, pratiqué la photographie et la sculpture. En artiste, Jean Barthet a fait davantage que créer de "simples" chapeaux, il a bel et bien inventé des silhouettes. Et coiffé nombre de stars, Sophia Loren en tête, l’amie de toujours. Le "prince des modistes" a également collaboré avec la haute couture – prodigieuse parure de tête surmontée d’une triple flamme pour Claude Montana ! –, et travaillé pour le cinéma (Les Demoiselles de Rochefort, entre autres). L’exposition rassemble ainsi des pièces issues des collections de l’atelier musée, et d’autres prêtées par les maisons André Courrèges et Sonia Rykiel ainsi que par Alexandre Barthet, qui a pris le relais à la tête de la Maison. Il perpétue avec passion la tradition familiale, tout en revisitant les codes originels au service d’une création contemporaine.
De haute volée
Les 7 Collines, ça continue. Toujours en quête de singularité et d’artistes novateurs, entre cirque, danse et performance. Le festival stéphanois semble pourtant avoir calmé le jeu avec une programmation moins risquée et plus grand public. On regrette parfois un peu. Au menu, des créations, des valeurs sûres, des artistes du coin et quelques ovnis. Quand même ! Olivier Debelhoir sait tout faire (fil de fer, vélo), il tente le vertige et invente des histoires dingues, ici avec un ours et un chevalier. On coche aussi le triple trapèze et les sangles aériennes des trois filles de Wise Fools, le clown au nez noir de Dis Bonjour à la Dame, les portés vertigineux des Triphasés et La Promesse du Vide avec son portique à 10 mètres et des numéros saisissants au mât chinois ou à la corde volante. Laissez vous (em)porter.
22 JUIN > 08 JUIL. FESTIVAL DES 7 COLLINES festivaldes7collines.com
Pour les amateurs de reggae et de dub, Foreztival est the place to be dans les environs. Le festival ligérien – 20 ans cette année – accueille les pointures du genre : Alpha Blondy, Danakil, Zentone…, mais s’ouvre également à d’autres musiques (près de 40 artistes sur 3 jours) : de l’électro avec le touche-à-tout Yuksek et la prometteuse DJ Lou Nour, de la trap brute avec la Franco-Ivoirienne Adés The Planet ou encore le punkrap des Vulves Assassines qui fera, c’est sûr, lever le poing à Trelins. 31 JUIL. > 02. AOÛT foreztival.com
POÉSIE AU VERT
[ Anne Huguet ]
Un pied en Ardèche, la HauteLoire célèbre à sa manière la poésie contemporains en pleine nature. À 1 000 mètres d’altitude et en plein air, Lectures sous l’arbre proposent des formats très divers avec quelque 50 rencontres en 2026. Déclamations au coin d’une rue ou en pleine forêt, promenades-lectures, rencontres, stages, cinéma, expos… Avec le philosophe Paul Ricœur et Maryline Desbiolles à l’honneur et un focus sur la maison d’édition indépendante Sabine Wespieser. Pour écouter, marcher et rêver. 16 > 22 AOÛT lectures-sous-larbre.com
Texte Anne Huguet
Texte Emmanuelle Babe
Depuis cinq ans, la collection privée d’art contemporain Artissima, installée à Rochetaillée-sur-Saône par François et Michelle Philippon, ouvre ses portes au public d’avril à novembre. Entièrement renouvelé chaque année, l’accrochage fait dialoguer sur 2 000 m² près de 200 œuvres, signées d’artistes présents dans les plus beaux musées du monde. Rencontre avec la directrice du lieu.
en passant par Lyon... 10
Passion dévorante
Qu’est-ce que Artissima ?
MICHELLE PHILIPPON C'est un musée privé qui porte notre collection et que nous ouvrons à la visite guidée, sur réservation. Cette collection composée d’environ 700 œuvres, dont des pièces de Georg Baselitz, Claude Viallat, Giuseppe Penone, Chiharu Shiota et Yan Pei Ming, a été créée comme une construction. François, qui est entrepreneur dans le BTP, l’a bâtie avec passion en un peu plus de quarante ans. Dans cette collection protéiforme, la peinture est très présente, il y a aussi du dessin, un peu de photographie et de la sculpture. François recherche en permanence dans le travail des artistes
ce qu’ils ont à dire et comment ça s'inscrit dans l’histoire de l'art. Il cherche des créateurs vivants, si possible jeunes, pour les soutenir et montrer leur travail.
Ce ne sont pas du tout des coups de cœur juxtaposés, il a une vision précise de ce qu’il veut faire.
Quelle est la particularité du nouvel accrochage ?
MP La présentation de cette année est constituée d'environ 200 œuvres, dont un quart sont de nouvelles acquisitions ou des pièces jamais montrées. Sur les 138 artistes de 37 nationalités, 33 % sont français, 84 % sont vivants et 25 % sont des femmes. L’accrochage fait par François est toujours
aussi rigoureux et engagé, avec beaucoup de jeunes artistes, mais la dimension esthétique est plus présente. Il y a plus de lumière dans les œuvres, c’est plus posé. Parmi les nouvelles acquisitions, j’aime beaucoup le tableau de Ibrahim Mahama qui mêle dessin et photographie, il montre des hommes au travail avec une grande puissance. Ou la grande carte géographique de l'état du monde, réalisée en silicone par Troy Makaza. Il y a une vision poétique et comme l’artiste est passionné de pâtisserie, il travaille à la poche à douille, c’est très gourmand ! La Pietà en grillage plastique thermoformé, créée par Recycle Group, une œuvre très forte, est également un coup de cœur.
Le Moulin 673 chemin de la Plage, Rochetaillée-sur-Saône artissima.com
Nous exposons aussi un magnifique grand bouquet peint par Milène Sanchez, et deux œuvres abstraites de la Coréenne Jongsuk Yoon dont j’adore la palette très colorée.
Le parcours s’achève au sous-sol, avec des pièces exceptionnelles qui sont plus méditatives...
MP Nous montrons l’installation vidéo de Jitish Kallat qui, à partir d’un pain naan indien, semble déployer lentement tous les quartiers de la lune, c'est d’une poésie extrême. L’œuvre de Philippe Petremant lui répond en reproduisant la profondeur du firmament, avec un travail de peinture colossal. Vladimir Škoda fait aussi vibrer la lumière avec une œuvre un peu cinétique. Nous sommes fiers de montrer la grande sculpture en bronze de Zanele Muholi, une pièce assez récente qui représente une femme endormie. Il y a aussi l’œuvre de Christian Boltanski, magnifique, sur le devoir de mémoire.
Cette salle parle d'apaisement, de sérénité, c’est très doux et ça fait beaucoup de bien de terminer la visite ainsi. •
L’ART DE SE METTRE AU VERT
Depuis 2018, le festival Campagne Première investit le village de Revonnas (Ain) pour rapprocher l'art contemporain et la ruralité. « Durant un week-end, les habitants ouvrent leursmaisonsàdesartistesquis’intéressentàlaquestion du paysage et des savoir-faire traditionnels, pour qu’ils exposent leur travail. Ils deviennent ambassadeurs et médiateurs de ces œuvres aux côtés des artistes », explique Fanny Robin, directrice artistique de l’événement et de la fondation Bullukian. Cette quatrième édition, toujours gratuite, va réunir 14 artistes sous la thématique "Monts et merveilles". Géraldine Kosiak présente «ungrandcorpus de ses peintures, installations, sculptures » et créera une oeuvre en lien avec le territoire. Léa Tissot-Laura dévoile un film inédit sur de jeunes futurs agriculteurs, Céline Thoué animera des ateliers de sérigraphie, de gravure et de typographie avec les habitants « pour créer une grande fresque », et Elouen Bernard proposera des installations poétiques sur le vent. Enfin, Hugo Capron réalisera une peinture de feu d’artifice pérenne dans le village.
CAMPAGNE
PREMIÈRE
20 & 21 JUIN
Revonnas (01) campagnepremiere.com
LES ÉTINCELANTES
> 11 NOV.
Parc des Oiseaux
Villars-les-Dombes (01) parcdesoiseaux.com
Cet été, Fanny Robin est également la directrice artistique du nouveau projet Les Étincelantes au Parc des Oiseaux. Pour ce parcours d'art contemporain immersif, autour d’un étang, elle a proposé à sept artistes de créer des installations d’envergure : fresque géante dessinée par Chourouk Hriech, silhouettes sculptées par Cyrille André ou encore une cabane aux allures de cathédrale conçue par Maxime Lamarche… Le résultat est réjouissant !
On l’avait découvert sur les murs lyonnais avec des peintures grand format, puis au fort Saint-Laurent époque Superposition. On vient de (re)voir son travail pour Peinture Fraiche à Bourgoin. Yandy Graffer se partage désormais entre fresques urbaines et toiles, où se retrouvent à la fois ses racines natales (il est né à Lima au Pérou), son goût pour la culture japonaise et une dimension spirituelle. Il accroche en juin, chez Holy Street Gallery, quelque 60 nouvelles pièces. Coloré et vibrant.
Holy Street Gallery 26 quai Romain-Rolland, Lyon 5 Insta @holystreetgallery
05.06.26 | 20H
PUNK ATTITUDE
[ Anne Huguet ]
Il n’en reste pas tant que ça des survivants du punk ! Alors, pour les nostalgiques, direction le Transbo pour (re)voir Public Image Limited et John Lydon, ex Johnny Rotten et chanteur des Sex Pistols. Depuis 1978, il sévit au sein de son groupe, toujours radicalement antisystème, farouchement libertaire, et en perpétuelle recherche musicale. Le son de PIL qui mêle rock, dance, pop, indus, reggae et dub (la patte Jah Wobble ?) avec la voix inimitable de Lydon, est unique. De This Is Not A Love Song (le plus connu ?) à This is PIL, en passant par Public Image, Rise ou Death Disco, Lydon a de quoi tournebouler les esprits, le trublion étant aussi réputé pour son magnétisme fou. « Anger is an energy !»
Transbordeur transbordeur.fr
10 > 12 JUIN
RESTER DEBOUT
[ Anne Huguet ]
La géniale touche-à-tout Vimala Pons fait la une en ce printemps. Après Sauvons les meubles de Catherine Cosme sorti le 6 mai, La Vénus électrique de Pierre Salvadori a ouvert le festival de Cannes. Buzz. Actrice prolifique (plus de 30 films depuis 2006), circassienne émérite et metteuse en piste, elle réinvestit la Maison de la danse avec Honda Romance, sa première pièce de groupe (10 artistes au plateau) qui s’attelle à « peindre nos émotions ». Elle y questionne pêle-mêle le déséquilibre et son pendant l’équilibre, la gravité, le bonheur, la marche, le mouvement, le monde qui se dérobe, la pensée… Il faut se laisser porter par la folie créatrice de cette porteuse d’objets incroyables qui aime le risque et se mettre dans le rouge. Pointant nos contradictions, nos pulsions ou névroses, ses pièces peuvent mettre mal à l’aise voire déranger. Spectacle total ! Maison de la danse maisondeladanse.com nuitsdefourviere.com
On n’a pas beaucoup vu Ivana Müller à Lyon. Sa proposition mirages et tendresses (2025) est l’occasion de découvrir son univers tout à fait singulier. Cherchant le commun dans un monde qui tombe en miettes, la chorégraphe croate propose une sorte de jeuperformance dans lequel le public et les quatre interprètes sont intimement liés. C’est le cas de le dire puisque la chorégraphe-autrice donne à ses danseurs et danseuses des pelotes de laine et des morceaux de bois pour tisser des espaces imaginaires et poétiques. À découvrir sous la verrière des SUBS, dans le cadre de L’Été en Arcadia. Les SUBS les-subs.com
Vintage
[ Anne Huguet ]
18.06.26 | 21H15
ROI DU RIFF
[ Anne Huguet ]
On a coché la venue de Jack White à Fourvière parce le guitar hero US est resté fidèle à ses racines blues et rock’n’roll, adepte du DIY et sans concession. Pas de fioriture chez White. Quand il monte sur scène, c’est pour jouer ses riffs sans fin, quitte à en rajouter ou à expérimenter. No Name, sorti discrètement en 2024 – et enregistré chez lui, en famille, à Nashville –, rappelle le son brut et teigneux de la grande époque White Stripes. Un garage rock (voire punk) à l’os qui alterne les rythmes plus ou moins lourds et garde une flamboyance crasseuse (comme on aime). Live, on aura des riffs à gogo et des solos, de la tension et une setlist au feeling qui pioche aussi chez les White Stripes, Dead Weather et Raconteurs. Que du bon, non ? Nuits de Fourvière nuitsdefourviere.com
Tous les amoureux de photo connaissent le labo photo Gris Souris et son savoir-faire exigeant, notamment pour le noir et blanc. Suite logique à sa passion autour de la photo, l’équipe emmenée par Sabrina Steinmüller vient d’inaugurer en avril L’Annexe, nouvel espace dédié à la photographie à Lyon. Alors que les galeries photo ferment les unes après les autres (Regard Sud arrête à son tour en juin)… Bravo. C’est le photographe lyonnais Jean-Marc Coudour qui s’y installe avec une cinquantaine de photos prises sur le vif, à Lyon à ses débuts, entre 1975 et 1985. Une balade vintage dans un Lyon révolu… L’Annexe
11 rue de l’Annonciade, Lyon 1 labo-photo-gris-souris.com
Théâtre des Célestins TNP, Villeurbanne prixincandescences.com 05 JUIN >10 JUILLET
16 > 18 JUIN
ÇA PROMET !
[ Trina Mounier ] Depuis 2022, le prix Incandescences, mis en place par le théâtre des Célestins et le TNP, permet de repérer des compagnies de théâtre régionales.
En 2026, 14 projets sont retenus soit 10 maquettes et 4 spectacles. Les lauréats, sélectionnés par un jury de professionnels (programmateurs et la journaliste Fabienne Pascaud), sont assurés de jouer dans l’une des salles partenaires (catégorie Spectacles) ou de recevoir une aide à la production (catégorie Maquettes).
Olivier Maurin, Yann Lheureux, Marie Vialle ou Katayoon Latif sont dans la course aux maquettes. Tandis qu’on pourra (re)voir Encabanée (…) de Lou Martin-Fernet et Sans Ulysse du duo Jaccottet/Cesari.
Tout ça gratuit.
JACK WHITE
David
VIMALA PONS
musique expos spectacle vivant
23 JUIN > 21 JUILLET
ÇA PLANE POUR EUX !
[ Anne Huguet ]
Les Météores remettent le couvert. Toujours le mardi, itinérant, dehors et gratuit. Au menu, 6 spectacles de compagnies d’ici et d’ailleurs et du cirque tous azimuts, avec de l’aérien, de la roue Cyr ou du fil (de fer). On est curieux de découvrir ces 4 danseusesfunambules suspendues à leur filin à 5 mètres du sol tels des Épiphytes (du nom de ces plantes grimpantes hors sol). Installation sculpturale et chorégraphie très aérienne pour donner vie et corps à une forêt vivante et rêvée à la fois : voilà une pièce belge qui donne envie. Les P’tits Bras téléportent au Far-West avec Vent d’Ouest et une voltige aérienne qui décoiffe. Rodéo, fil oblique, corde raide : ça va pulser avec ces 6 larrons en foire. On coche aussi Nos Monstres du duo de main à main fortiche, Seb et Blanca. Vite le programme ! Saint-Genis-Laval la-mouche.fr
JUSQU’AU 12 JUILLET
Roi de l’autoportrait
[ Gallia Valette-Pilenko ]
C’est un artiste qu’on connaît assez peu. Pourtant, Jean-Claude Guillaumon est une figure atypique de la scène lyonnaise, disparue en 2022. Une bonne raison pour le musée d’art contemporain de Lyon de lui consacrer la rétrospective Encore lui !, grâce à la donation, par sa veuve, de toutes ses archives personnelles. Bien avant les réseaux sociaux, Guillaumon se met en scène sous toutes les coutures. Il sera tout au long de son œuvre son principal modèle, se moquant de lui-même et du monde de l’art, se démultipliant (ce papier peint avec des têtes de Guillaumon à l’infini) et se fragmentant en une centaine d’œuvres. À découvrir au premier étage du musée.
[mac]Lyon mac-lyon.com
LA RONDE
[ Gallia Valette-Pilenko ]
Après Avignon en 2024 avec 40 personnes, puis le Grand Palais à Paris, Boris Charmatz s’installe pour deux soirs à la Halle Tony Garnier. CERCLES est un atelier chorégraphique XXL pour une dizaine de danseurs professionnels et quelque 200 amateurs qui vont répéter 3 heures par jour pendant 3 jours, juste avant les représentations. Le public est convié pour un échauffement géant puis une chorégraphie mouvante, autour de la figure du cercle. Sur les pulsations de la fanfare électro La Meute, l’ex-directeur du Tanztheater de Wuppertal compose une boucle de mouvements, les siens et d’autres – comme ceux de la grande Isadora Duncan –, entraînant le public dans un geste profondément politique, celui de danser ensemble. Halle Tony Garnier nuitsdefourviere.com
08.07.26 | 21H30
POP CULTE
[ Anne Huguet ] Après 24 ans de silence, revoilà Jarvis Cooker et sa bande pour notre plus grand plaisir. On n’a pas oublié l’excellent Different Class (1995 ça date) et sa collection de tubes accrocheurs. Pulp reste ce groupe britpop bien à part. Le côté glam mais aussi nerveux de sa musique ? l’élégance de son chanteur dandy – l’âme du groupe de Sheffield –et ses déhanchés ? la voix, d’aucuns diront à la Bowie ? Après quelques reformations et autres projets parallèles, dont une collaboration avec Chilly Gonzales, Jarvis Cocker est revenu aux affaires en 2025 avec More, un 8e opus surprenant et plutôt réussi, qui redonne une bonne dose "pulpienne". On aime. De Common People à Do You Remember the First Time, de Spike Island à This Is hardcore en passant par Disco 2000, Grown Ups ou Mile End : que l’embarras du choix pour réveiller le public lyonnais ! Nuits de Fourvière nuitsdefourviere.com
Sans doute l’une des affiches excitantes des Nuits de Fourvière 2026 ! Et qui va faire du bruit.
Après un concert annulé au Marché Gare, le duo féroce de Brighton Lambrini Girls débarque tous riffs et rage dehors pour exhaler ses colères rrrriot queer et féministe. Du bruit, du punk, des cris, du matos malmené, des pogos et encore du trash punk : sans concession, on vous prévient. Et ce n’est pas Wet Leg, dorénavant en quintet, qui va calmer le jeu ! On avait vu les girls de l’île de Wight en 2022, c’était bien foutu et efficace, mais un peu doux avec cette voix détachée impassible. L’ex timide Rhian, sa chanteuse, est devenue une vraie bête de scène, osant même se la jouer Barbarella, peut on lire ! Ça joue à cent à l’heure sans vous laisser respirer, servis par quelques tubes irrésistibles (dont Chaise Longue). Let’s go ! Nuits de Fourvière nuitsdefourviere.com
L'APPEL
[ Gallia Valette-Pilenko ]
DE LA FORÊT
Croire aux fauves de Nastassja Martin est un livre saisissant. Il raconte la confrontation entre l’anthropologue et un ours dans une forêt du Kamtchatka. Un récit écrit à la première personne dont s’est emparée la compagnie de rue Les Arts Oseurs. Ce spectacle déambulatoire commence par une marche dans l’obscurité, à la lueur de lampes-tempête, avant d’entrer dans le vif du sujet et la rencontre avec l’ours. Quatre autres stations suivront, en musique, en lumières et en voix, transportant le public dans les forêts de Sibérie et dans la tête de l’autrice, transformée par cette expérience fondatrice de sa pensée. Une balade initiatique au cœur du domaine de Lacroix-Laval où se réinstallent les Nuits de Fourvière, entre chapiteau et plein air.
Domaine de Lacroix-Laval nuitsdefourviere.com
11 AU 14 JUILLET
VOYAGE, VOYAGE
[ Emmanuelle Babe ]
Pour leur 28e édition, les Fêtes Escales continuent de mettre à l’honneur les sons venus d’ailleurs en invitant un grand nom de la scène malienne, Rokia Traoré. Avec Fifty fifty (2026), la chanteuse et guitariste poursuit le dialogue entre le n’goni traditionnel et le jazz ou le rock, au service d’une œuvre profondément humaniste. La scène du parc Dupic à Vénissieux accueille aussi les sœurs de Malaka, duo folk soul auvergnat inspiré de ses racines créoles et de la nature. Envoûtant ! À cocher également, la rappeuse Asfar Shamsi – 3 EPs au compteur – qui flirte avec la pop et la chanson, flanquée d’un petit air de désenchantement qui vous attrape sans vous plomber !
Parc Dupic Vénissieux @fetesescales
les bons plans
16 AU 19 JUILLET
CONTE DYSTOPIQUE
[ Gallia Valette-Pilenko ]
les bons plans
Rébecca Chaillon revient aux SUBS cet été avec La Parabole du Seum qui sera créée au festival d’Avignon (04 au 12 juil.).
Le nouvel opus de la turbulente performeuse réunit sept artistes pour un possible rituel profane « autour de la survie et des pratiques magico-religieuses qu'on peut s'approprier pour survivre, en particulier quand on fait partie d’un groupe minorisé ». Tout un programme pour celle qui n’a peur de rien et qui déjoue tous les clichés. Toujours radicale, elle pose aussi un regard aiguisé sur le monde, notamment là où ça gratte, comme la grossophobie ou le racisme systémique. Création. Les SUBS les-subs.com nuitsdefourviere.com
JUSQU’AU 16 AOÛT
Outre-vie
[ Gallia Valette-Pilenko ]
Il faut courir voir l’expo Zombis, aux origines, au musée des Confluences jusqu'à miaoût. Créée par le musée du Quai Branly, avec Philippe Charlier comme commissaire (lire P6/7, AKC#53) elle a été adaptée pour le musée lyonnais et augmentée d’objets de ses collections. Passionnante, elle déconstruit les idées reçues et les préjugés sur le zombi popularisé par le cinéma. Invitant le visiteur à découvrir la genèse de cette figure, ses racines croisées et la place qu’elle a encore aujourd’hui à Haïti, son pays d’origine. Dans une scénographie immersive cultivant les couleurs chaudes et sombres, l’exposition présente les reconstitutions grandeur nature d’un temple vaudou, de tombes d’un cimetière haïtien et de multiples objets liés au culte vaudou et à la zombification… mais aussi des œuvres contemporaines, comme l’étonnante tapisserie de l’artiste italienne Barbara d’Antuono. Tout un monde s’ouvre, insoupçonné, entre sociologie, anthropologie et magie. Musée des Confluences museedesconfluences.fr
Witte
BARBARA D’ANTUONO, ENTRE DEUX MONDES
Les Invites voient grand !
LAdirectrice des Ateliers Frappaz Nadège Prugnard a pris ses marques et ça se voit ! La deuxième édition des Invites qu’elle pilote est résolument féministe, théâtrale et engagée localement. Sur la centaine de propositions présentées cette année (dont 26 créations), ce ne sont pas moins de 18 compagnies régionales qui sont invitées, dont cinq villeurbannaises. Avec des spectacles, performances, déambulations déjà créées ou en création spécialement pour le festival. Quoi de beau ? Les quatre complices du collectif Marthe reprennent leur Rembobinez (consacré à la réalisatrice Carole Roussopoulos) pour la rue, Annick Charlot termine (enfin) son projet Sorcières !, une déambulation poétique en complicité avec une vingtaine de bénévoles, l’ARFI crée Ke co co co ou l’écho des grenouilles, une chorale de 150 participants librement inspirée des Kecak (prononcez « ketchak »), ces chœurs de percussions vocales de Bali. On peut également citer Ange Kayifa qui fait défiler des femmes dans Rouge pour donner à voir comment les assignations pèsent encore sur le corps féminin, ou Magali Chabroud et son Blöffique, proposant une Flânerie en paysage mobile, sorte de déambulation guidée (par une appli à télécharger
sur son téléphone) d’une ado dans les quartiers Jacques Monod et de la Perralière assez bluffante. Ou encore le méga projet La Rue est à nous, avec 35 étudiantes et étudiants et 7 petites formes, sous la houlette de Marion Aubert, Mathilde Delahaye, Nadège Prugnard et Karelle Prugnaud, joyeuse bande de folles furieuses comme on les aime. Évidemment, on n’oublie pas de parler de quelques grosses machines bien excitantes, comme RoZéo de la compagnie Gratte Ciel, perchée à 6 mètres de hauteur cette fois ci, deux ans après avoir illuminé le ciel de la place Lazare Goujon avec Place des Anges. Ou ADN de la mythique troupe Transe Express : une chorégraphie aérienne sur fond de musique techno et la plus grande structure qu’elle ait jamais imaginée. Sans parler de La Jurassienne de réparation du Théatre Group’ et ses poètes du carbu, un monument du patrimoine des arts de la rue créé… en 2002 et joué pour la dernière fois. On a aussi repéré quelques pépites : en tête, l’irrésistible duo portugais Jonas&Lander avec Coin Operated, genre de cheval à bascule détonant, mais aussi la géniale Karelle Prugnaud en trio avec PLEASURE ou la fantasque Miss Orange face au dérèglement climatique, tandis que Karim Souini se prend pour un Bousier humain, poussant une boule de 50 kg d’objets empaquetés. Bref, une programmation riche et joyeuse, en prise avec les réalités d’aujourd’hui et en lien avec la population. • LES INVITES
Comme chaque été, on vous dévoile en avant-première (ou pas) quelques noms et artistes de la prochaine saison théâtrale, à Lyon et en région. Ceux qui vont exciter les cellules grises, toucher les cœurs, faire pleurer, frémir ou rire. Pour de faux, bien sûr… Mais est-ce si sûr ? Florilège.
Des incertitudes, il y en a, car les changements attendus à la tête de certains théâtres ne sont pas encore connus. Mais cela n’a pas d’incidence sur les saisons qui sont construites en amont. Comme le confie Florence Guinard, qui co dirige le TNP de Villeurbanne avec Jean Bellorini, tous deux en partance pour le théâtre de Carouge, à Genève, à l’aube de 2027 : « C’est une vraie dernière saison qui nous ressemble. L’ADN du TNP est bien vivant. » La présence d’un artiste à la tête d’une institution culturelle renforce l’identité, l’originalité et la puissance créatrice du lieu. Le metteur en scène crée ainsi pour la rentrée
Seul dans Berlin d’après le roman de Hans Fallada, avec les deux superbes acteurs de son Tempête sous un crâne. On retrouvera au TNP Macha Makeïeff, Lavaudant, Tiphaine Raffier avec L’hors présence créée à Avignon, une pièce sociale de Stefano Massini en bi frontal, 7 minutes, Sivadier dans Tout est calme dans les hauteurs avec le génial Nicolas Bouchaud, Alain Françon qui choisit Dominique Valadié comme interprète de Oh les beaux jours…, et même le jeune Hugo Roux qui dirigera les deux frères Ruf, Jean Yves et Éric, dans Deux cavaliers de l’orage.
Pour Jean Bellorini, il s’agit d’une saison « plus consciente et engagée ».
La Comédie de Valence est elle aussi dirigée par un artiste, Marc Lainé, prolifique de surcroît. Il reprend la trilogie Liliane et Paul et prépare pour janvier L’Inconnu du Vercors avec son ensemble artistique. On (re)verra à Valence la puissante pièce de Julie Deliquet, La guerre n’a pas un visage de femme, sur les combattantes soviétiques de la Seconde Guerre mondiale. On a aussi repéré Il ne faut jurer de rien signé Éric Vigner, un Tartuffe par les trublions
de Groupe Fantômas, le performeur Ahmed El Attar qui crée cet été à Avignon Salma, mon amour, en bref de grosses pointures comme Matthieu Cruciani et des petits jeunes bourrés de talent… Un peu plus loin, à la MC2: Grenoble, son directeur Arnaud Meunier, également metteur en scène, invite Emma Dante (L’Ange du foyer), Emmanuel Noblet avec son brillant Article 353 du Code pénal, Cyril Teste dans un Karaoké inédit avec Raphaël, Stanislas Nordey, très juste, pour Le Voyage dans l’Est de Christine Angot, le saisissant Ivanov de Sivadier, une fantasque Odyssée du Turak Théâtre ou encore le duo magnifique El Khatib/Galván autour de la figure du père… Que du beau et du bon en perspective. À Annecy, Bonlieu Scène Nationale n’est pas en reste avec quelques belles créations (Avignon et autres). Le duo Cassiers/Dréville Gwenaël Morin, Alain Françon avec Oh les beaux jours, Stanislas Nordey ou encore l’ovni Nexus de l’adoration… mais chut la programmation n’est pas encore dévoilée !
Retour à Lyon, au Point du Jour, où Angélique Clairand et Éric Massé présentent des œuvres militantes branchées sur l’actualité. Ainsi de ce Grand ReporTerre#12 annoncé autour de l’exil, avec la metteuse en scène russe Tatiana Frolova. Notons le lancement de saison immersif avec l’original Portraits Hôtel, tandis qu’en mars Giulia Foïs revient avec Ce que le féminisme m’a fait (création 2027). En face, sur l’autre colline, le TXR ou théâtre de la Croix
Rousse s’est créé lui aussi une identité forte, axée sur le genre. Dans la série "bankable", Romancero Queer et le grand guignolesque Le Chien, la nuit et le couteau du Munstrum Théâtre vont vite remplir. Courtney Geraghty s’intéresse aussi aux lectures politiques du monde comme le prouve Histoire(s) décoloniale(s) de Betty Tchomanga. Ou le nouveau Salim Djaferi autour de nos héritages. Aurélie Charon revient avec son
Radio Live où elle donne la parole à des jeunes venus de zones de conflits autour des questions d’engagement et d’identités. À la croisée de l’intime et du politique, Israel & Mohamed fait très envie. Et la saison ouvrira avec le merveilleux ciné théâtre de la Cordonnerie (Blanche Neige ou la Chute du mur de Berlin).
Le théâtre de la Renaissance, quant à lui, met plus que jamais la musique à la place d’honneur, toutes esthétiques confondues. Hugo Frison invite (entre autres) Dear World, nouvelle comédie musicale du duo Lacornerie/Lecointe, Johanny Bert et sa diva marionnette Hen avec Cabaret Love ou encore le théâtre d’objets de la compagnie belge Karyatides. Terminons par le champion toutes catégories des programmations qui ne laissent personne indifférent. Pierre Yves Lenoir, directeur du théâtre des Célestins, dit haut et fort son goût pour « un théâtre novateur et dérangeant ». Avec cinquante spectacles, il y en a pour tous les (bons) goûts ! Dans ses coups de cœur : un Mahabharata dans une distribution exclusivement féminine, la nouvelle création de Hugues Duchêne, J’attends peu, j’aspire à beaucoup… Du cirque aussi avec une version orchestrée de Là (les excellents Baro d’evel) et bien sûr, du théâtre de haute volée. Au rayon des grandes signatures, citons l’habituée des Célestins Emma Dante, Sylvain Creuzevault et son magistral Pétrole, la performeuse argentine Marina Otero (Ayoub), la dernière création de Tiago Rodrigues (La Distance). Sans compter son enthousiasme pour nos voisins suisses et belges, parmi lesquels Guy Cassiers et Valérie Dréville au sommet de leur art, ou encore David Murgia. Et son soutien indéfectible à la jeune création régionale ou pas, François Hien, Maud Lefebvre, Jules Sagot… Il y a quelque chose de l’ogre et de l’enfant joyeux chez le directeur des Célestins ! •
détour par les Alpes...22
Le Haras 11 rue Guillaume-Fichet Annecy (74) haras.annecy.fr dda-architectes.com annecyfestival.com
Haras 2.0
Annecy réveille un bel endormi en plein centre-ville : son ancien haras et ses 2,5 hectares, fermés depuis vingt ans, en les transformant en Cité internationale du cinéma d’animation qui ouvrira ses portes le 19 juin. Le prochain Annecy Festival, rendez-vous international du film d’animation, lancera le bal.
Remontons le temps. À partir de 1665, Colbert, ministre de Louis XIV, crée des haras dans toute la France pour développer et améliorer certaines races de chevaux, notamment pour les guerres royales. Des étalons y sont scrupuleusement sélectionnés pour la reproduction. À Annecy, ils sont d’abord installés dans un couvent dominicain désaffecté, puis dans un ensemble d’une dizaine de bâtiments construits à cet effet entre 1880 et 1885, sur un site alors hors de la ville. Écuries, manège couvert, préau du maréchal ferrant, garages à calèches, sellerie, infirmerie vétérinaire, salle de monte, maisons de gardiens et des directeurs s’ordonnancent symétriquement autour d’une carrière équestre(1) en un large U. En 1960, le haras national, rattrapé par l’urbanisation de la métropole haut savoyarde, devient un club équestre privé, qui ferme à son tour en 2005. Classé monument historique en 2007, il devient propriété de la Ville en 2013.
(1) Aire extérieure dédiée à l’évolution des chevaux.
(2) Prix créé en 1960 par AMC et la revue professionnelle le Moniteur, il récompense un projet architectural construit en France.
Pour redonner vie à ce patrimoine bâti mais aussi végétal exceptionnel, désormais bien enclavé dans le tissu urbain, Annecy lance en 2019 un concours d’architecture au programme foisonnant : une salle de projection modulable de 330 places pour le festival du film d’animation avec musée permanent, expositions temporaires, ateliers d’éducation à l’image et lieu de résidence d’artistes à l’appui, mais également un parc arboré à valoriser, un café associatif, une librairie et une halle gourmande de 1 000 m² avec ses 24 commerces de bouche. Le lauréat est l’agence parisienne Devaux & Devaux, qui a décroché depuis l’Équerre d’argent(2) 2024 pour la réhabilitation de la gare haute du téléphérique du Salève, toujours en Haute Savoie. Le défi de la réhabilitation, démarrée en février 2022, est en passe d’être relevé de très belle manière. L’homogénéité architecturale classique avec ses grandes toitures ardoisées à larges débords et ses façades chaulées, rythmées de baies cintrées à encadrements de pierres blanches et de briques rouges, est parfaitement respectée. L’éclatante teinte orangée
Texte Émiland Griès
des enduits est retrouvée grâce à une minutieuse recherche stratigraphique. Les menuiseries d’origine sont remplacées par des ensembles à double vitrage aux encadrements d’une grande finesse. Les concepteurs ont également tenu à conserver un grand nombre d’éléments existants, tels les ventelles en bois des lucarnes des greniers, les grandes portes de hangar, les lambris tapissant les parois intérieures de la sellerie devenant accueil et billetterie, les panonceaux métalliques recevant autrefois les noms des chevaux au dessus de leurs stalles ou encore leurs pavés de pierres, réemployés dans les allées piétonnes du parc. Mais le projet n’est pas uniquement conservatoire. Il développe une architecture contemporaine dans deux extensions latérales – halle gourmande et salle de projection semi enterrée – traitées en serres aux rythmes élancés. Elles s’ouvrent chacune sur la ville avec de nouvelles places mais restent invisibles depuis le centre
du site, respectueusement accolées au bâti ancien et se glissant sous les dépassées de toitures. Le clou du projet réside dans l’espace central de la carrière, traitée en grande esplanade de 4 000 m² pouvant accueillir des évènements à l’échelle de la ville, voire se transformer en miroir et jeux d’eau ou en bassin de brumisation rafraîchissante pendant l’été. Le projet se veut vertueux en termes de développement durable. Chauffage et rafraichissement – réduit au strict minimum – des bâtiments sont assurés par géothermie, forée dans la nappe phréatique à 13 °C constants, laquelle est alimentée par les eaux pluviales des toitures, totalement restituées via des noues végétales. Les extensions neuves sont couvertes de 415 m² de panneaux photovoltaïques pour l’autoconsommation électrique du site. L’isolation intérieure des bâtiments est réalisée en briques de chanvre biosourcé de 25 cm d’épaisseur, recouvertes de chaux. Enfin, plus de 200 nouveaux arbres et 15 600 arbustes complètent les 49 séquoias, libocèdres et autres hêtres laciniés séculaires du parc, redessiné par les paysagistes d’Alep dans le respect de son esprit romantique du XIXe siècle et des percées visuelles sur le grand paysage alpin. Le parc sera plongé dans l’obscurité pendant la nuit pour préserver le rythme de la flore et de la faune.
Lieu de vie ouvert aux multiples fonctions, l’ancien haras va s’insérer dans la continuité des rues et places piétonnes périphériques. Sa réhabilitation d’un coût de 34 millions d’euros sera inaugurée le 19 juin prochain, veille de l’édition 2026 du Annecy Festival (21 au 27 juin), grand raout mondial du film d’animation, qui s’y tient depuis 1960. Les studios Ankama (Dofus, Wakfu) ouvriront le bal avec un parcours immersif dans leur univers foisonnant imprégné de manga et pop culture, invitant à retrouver leurs œuvres les plus emblématiques. Est attendu aussi, pour la première fois à Annecy, Travis Knight, le PDG des studios LAIKA (et réalisateur de Kubo et l'Armure magique ou du tout nouveau Wildwood). Que la fête commence ! •
Ça fait un bail qu’on fréquente ce p’tit festival de la vallée de l’Arve ! On a toujours aimé ses affiches foncièrement rock indé loin des sentiers battus. Sans parler de son ambiance bon enfant de copains. Depuis 2022, Musiques en Stock a pris ses quartiers à Scionzier, fief du décolletage (pas très glamour, sûr !), à quelques encablures de Cluses. La recette n’a pas changé ! Une chouette scène au cœur de la cité, quatre groupes par soir (à Musiques en Stock, on reste à taille humaine), et tout ça gratuit. Au programme en 2026, un mix de jeunes pousses en devenir et de cadors qui n’ont plus rien à prouver, dont Doherty et ses Babyshambles ou encore les Londoniens Archive, forts d’un dernier né Glass Minds qui leur ressemble. On mise que ça va monter crescendo jusqu’à Again et Fuck U ! Ensuite, place aux futures pépites. Entre le post punk à l’anglaise du sextet DEADLETTER, (on aime bien le sax assez free de leur 2e opus Existence Is Bliss), les belles envolées lyriques à la Arcade Fire des débuts des Australiens Floodlights, le rock qui bouffe à tous les râteliers des Ricains de The Sophs (signé chez Rough Trade, quand même) ou la power pop joyeuse de Girl Scout, on n’aura que l’embarras du choix. Et pour vous enjailler jusqu’au bout de la nuit, le fameux Dirty Harry ! •
FORTS EN ART
En juillet, un nouveau festival voit le jour du côté d’Aussois en Haute Maurienne. L’occasion de réinvestir les cinq forts qui composent la barrière de L’Esseillon, à la frontière franco italienne, de valoriser ce patrimoine historique en lui redonnant une nouvelle jeunesse par l’art et la culture. Forts en lumière, premier acte de ce gros projet, entend « faire chanter la pierre et danser la lumière ». Trois artistes s’installent donc dans le fort Victor Emmanuel (qui accueille déjà un espace dédié aux peintures rupestres) pour dépayser et faire rêver le public. Ainsi les œuvres interactives et "lithosensibles" du Chambérien Damien Traversaz invitent à porter un nouveau regard sur les lieux. Sont aussi au programme un cabinet de curiosité immersif (session de 20 minutes), du light painting, du mapping ou encore du jonglage lumineux. Que la lumière soit ! •
Texte Anne Huguet
BABY SHAMBLES
Texte Anne Huguet
ALEX BOURGEOIS, PAPILIO INVISIBLIS
Bisschop
TRÉSORS LACUSTRES
[ ÉMILAND GRIÈS ]
Plus confidentiel et moins spectaculaire que ses voisins alpins, le lac isérois de Paladru offre une baignade rafraîchissante à une heure de la place Bellecour. Atout non négligeable en pleine touffeur estivale ! Blotti au creux de verdoyantes collines, il recèle, sous une apparente bonhomie, un inestimable trésor : un village néolithique puis un autre de l’an mil ont en effet élu domicile sur ses rives, successivement recouvertes par les eaux, préservant ainsi une multitude de restes archéologiques. Ils sont regroupés dans un musée aussi didactique qu’étonnant : le MALP, qui étire, depuis 2022, sa coque effilée et carapaçonnée d’acier brun, telle une pirogue retournée sur une pelouse au bord du lac. Vaut donc le double détour de la culture et de la nature, avec en prime actuellement une expo temporaire Bateaux sous l’eau, sur les épaves maritimes, lacustres et fluviales.
> 03 JAN. 27
MALP
Villages du lac de Paladru (38) malp.fr
[ ANNE HUGUET ]
Les Alpes encore, mais au pied du mont Blanc avec le CosmoJazz à Chamonix qui remet le couvert pour une 16e édition. Des concerts en altitude (Planpraz ou lac de la Flégère avec pleine vue sur la majestueuse montagne !) par la crème des musiciens jazz du moment, en voilà une belle invitation. Émile Parisien et sa clique du jour dont Yaron Herman, la belle sono mondiale façon L’Antidote, les beats du globe trotter David Walters, le jazz trublion de Daoud, l’électro disco orientalisante de Habibi Sly ou encore l’indo pop planante des très tendance Nusantara Beat… Quand la rando se marie au plaisir du live !
Rendez-vous des aficionados du jazz, mais pas que, Jazz à Vienne ouvre ses scènes aux projets transversaux et aux musiques cousines qui font le sel de cette 45e édition. Revue pas exhaustive d’une programmation pléthorique – 167 concerts en 17 jours – avec le meilleur du jazz actuel, des grands noms, des créations et des petits nouveaux à suivre.
Texte Émiland Griès
plein sud... 26
LA
Nouvelle Orléans est à l’honneur en 2026 ! On se réjouit de (re)voir Big Freedia, la diva rappeur de la bounce music, et sa réinterprétation queer du gospel, appuyée comme il se doit d’un chœur pour l’artiste qui fit ses premiers pas musicaux dans l’univers baptiste. À sa suite et en exclu, le showman très attendu
Jon Baptiste lâchera son groove vibrant. On reste à la Nouvelle Orléans avec Samantha Fish : la fortiche à la six cordes se livre chaque fois à fond sur scène avec un style Deep South, entre bluegrass, rock et country. Autre phénomène, la saxophoniste US Lakecia Benjamin (vue aux côtés de Missy Elliott ou Alicia Keys) mettra l’ambiance avant les vétérans de De La Soul, avec son flow aiguisé et la puissance de son R&B funky. Et pour la première fois à Vienne, les revenants de Kyoto Jazz Massive, chantre japonais du nu jazz et de l’acid jazz (époque Gilles Peterson), promettent une soirée fiévreuse avec un tonitruant live, soutenu par les Parisiens survoltés de Echoes Of A New Dawn Orchestra
(alias Jéroboam) et la voix soul de la Britannique Vanessa Freeman. Dans un tout autre genre, le multi instrumentiste et songwriter Zach Condon revient aux affaires avec Beirut après quatre années d’absence, distillant ses compos éthérées entre folk pop intimiste, musique baroque et sons bidouillés. Belle invitation à la rêverie. On coche aussi le duo de beatmakers français Souleance qui transformera à coup sûr l’antique théâtre en dancefloor géant avec des impros teintées d’Orient réinventé, issu de leur Kebab Discothèque. Et le même soir, la fusion parfaite de Vulfpeck et les élans afrobeat de Ludivine Issambourg : beau programme !
Dans la série première fois, on demande à voir la Suissesse Léa Maria Fries et son riche univers sonore, la musique panoramique de Buck ou encore la puissance vocale de la toute jeune Lila May, pas sans rappeler une certaine Amy. Les trublions de Jéroboam s’offrent aussi un Club pour délivrer un son pêché aux sources de la disco funk. Ça va onduler du bassin ! Enfin, pour boucler ce très subjectif tour d’horizon, saluons le retour de la New Yorkaise Samara Joy, dans les pas des plus grandes divas du jazz. Une édition qui promet. •
14 JUIL.
Arènes de Nîmes (30)
15 JUIL.
Théâtre antique Vienne (38)
CORPS ET ÂME
Extase et tremblements. Il faut bien tout ça pour évoquer le grand Nick Cave et ses Bad Seeds de retour, cet été, pour une tournée XXL dont quelques scènes hexagonales, dans des lieux chargés d’histoire – on pense aux belles arènes de Pula (Croatie) ou à celles de Nîmes. Pour notre plus grand plaisir. À Lyon aussi, on est gâté puisque c’est au théâtre antique de Vienne qu’on retrouvera le crooner à la voix magnétique. Pour ceux et celles qui ont goûté live au rock habité de clair-obscur de l’Australien, la messe est dite. Ils sont complétement addict ! Nick Cave fait partie de ces artistes qui subjuguent par l’aura de leur seule présence. Le regard bleu acier, la voix à la fois brûlante et fragile, les textes, le jeu millimétré redoutable des Bad Seeds, l’électricité, la démesure, la beauté âpre et incantatoire (oui, le mot est fort !) d’une musique qui parle à l’âme… À Fourvière en 2022, ce fut intense, sauvage, monstrueux, épique, grandiose, oui, tout ça et même plus ! On en a encore des frissons… Autre tournée (on ne connait rien de la setlist, première date le 10 juin), mais on gage, on prie, on supplie d’en sortir aussi transporté. Totale addiction à l’homme en noir, on le confesse !
Pas de rides, mais des bonnes vibes ! Crest Jazz fête son demi siècle avec 13 formations et une programmation resserrée mais ouverte à tous les jazz. En plus de son concours international de jazz vocal, le festival ouvre le bal avec une première affiche dédiée à deux jeunes groupes qui rivalisent de poésie. Comme suspendue, mais très présente et limite tactile, chez le trio marseillais ubaq, lauréat 2025 du Rezzo Jazz à Vienne. Elle se fait planante, folk ou noise, chez le quatuor sans batterie nit and dogs, piloté par la tromboniste Rose Dehors et porté par la voix magnétique de Lou Ferrand. Ensuite ? Il y a (entre autres) une somptueuse soirée "Piano et plus" qui invite le clavier lumineux de Cédric Hanriot et la contrebasse délicate de Lars Danielsson, accompagné de son quartet Liberetto. L’oud sera à l’honneur avec deux grands maîtres, Dhafer Youssef et Amine Mraihi (peut être moins connu). On entendra aussi Erik Truffaz en compagnie du chanteur flamenco Antonio Lizana : ils rendront un hommage à Miles Davis en proposant leur relecture, parfois très libre, de Sketches of Spain, où se mêlent jazz et flamenco. Et, last but not least, Ben L’Oncle Soul clôturera l’édition avec Sad Generation, son 8e album entre funk et soul, plus apaisé et plein de groove. •
[ Anne Huguet ] Ghinzu avait disparu des écrans radars, du jour au lendemain. Laissant à la postérité les excellents Electronic Jacuzzi et Blow, et quelques souvenirs déments… de scènes détruites ! Quinze ans plus tard, le combo belge, toujours emmené par le showman John Stargasm (ah cette voix), ressort le grand jeu avec W.OV.A, un 13-titres annoncé peaufiné à l’extrême, brut et tendu. « L’indie rock consiste à manipuler des références. Cela signifie que tu peux prendre du folk, du punk, de l’électronique, et tout se rassemble dans une forme de liberté brute. Exactement la musique que nous faisons. » On a hâte de voir ce que cela donne sur scène, les Belges étant plutôt redoutables et sans concession, et leurs concerts… énormes ! En chair et en os au festival Perséides, du côté d’Étoile-sur-Rhône.
JUSQU’AU BOUT
À LA SAUCE INDÉ
DE LA NUIT
[ Anne Huguet ] Et de 5 pour Gigors Electric qui se réinstalle le temps d’un week-end dans les champs, au pied du Vercors. C’est bucolique, rock’n’roll, bruitiste, intense et toujours d’excellente facture. En 2026, la team de Tous en Tong la joue 100 % français et convie du lourd (les mythiques Doppler), du local hero (Dj Von Kid), les guitares et cymbales de Johnny Mafia qui aime faire du bruit, ou le post punk "machinique" du duo Leroy Se Meurt. On y dansera aussi sur la dark wave shootée à la shoegaze de JESSICA93. Torturé à souhait mais kiffant ! GIGORS ELECTRIC 31 JUIL. > 01 AOÛT Gigors-et-Lozeron (26)
[ Anne Huguet ] À Nîmes, l’affiche 2026 de TINALS (This Is Not A Love Song) fait très envie. Comme toujours. On y célèbre les musiques indés, les découvertes et les coups de cœur. En résistant au maintream et au bankable. Chouette. Des têtes connues du coup (16 Horsepower, Bandit Bandit, Jehnny Beth…) et d’autres plus underground et confidentiels. On a repéré le punk sous coke de Fat Dog, le rock british survolté de Bar Italia, le prodige flamenco Yerái Cortés, le rap punk abrasif de shortstraw., la pop fiévreuse de Brigitte Calls Me Baby, la noise électro hype de Chalk, Augusta et sa folk délicate, ou encore les beats indus de Body Horror… Jauge limitée, 4 scènes et 30 artistes : que du bonheur pour curieux sans œillères. TINALS (THIS IS NOT A LOVE SONG) 05 & 06 JUIN thisisnotalovesong.fr
Texte Florence Roux
02 > 08 AOÛT crestjazz.com
vrouuuuuuum
NUITS DE FOURVIÈRE
28 MAI > 25 JUIL. nuitsdefourviere.com
PRINTEMPS DES COMÉDIENS
29 MAI > 21 JUIN printempsdescomediens.com
FÊTES NOCTURNES DE GRIGNAN
22 JUIN > 22 AOÛT chateaudegrignan.fr
FESTIVAL D’AVIGNON 04 > 25 JUIL. festival-avignon.com
terminus !
Le théâtre prend l’air
Avec l’été, on rêve tout autant de théâtre, mais de préférence à l’air libre, dans des lieux sublimes, incongrus, rassembleurs et dépaysants. C’est le cas des deux grands festivals que sont Le Printemps des Comédiens, en juin à Montpellier, et le festival d’Avignon, avec son très select "In" et son double le "Off" qui, d’année en année, fait de la gonflette.
SIces deux événements ont chacun leur originalité, leur tonalité propre, ils partagent parfois les mêmes invités de marque et la plupart des grands noms sont accueillis à Montpellier puis à Avignon après un petit détour (ou pas) par le festival lyonnais plus généraliste des Nuits de Fourvière. Les trois, d’ailleurs, accueillent la troupe flamande du tg STAN avec 1, 2, 3 Poquelin, leur troisième épisode consacré à Molière, soit huit interprètes jouant une quarantaine de personnages dans un délirant et jubilatoire mash up de cinq heures… Autre invité commun à Avignon et Montpellier, le Suisse François Grémaud est à l’affiche avec trois pièces très différentes, dont sa facétieuse relecture de Phèdre !.
L’ADN de ces festivals est de proposer des créations destinées à un public très éclairé et prêt à prendre des risques. Car certaines affichent des durées longues peu engageantes ! La pièce que Julien Gosselin consacre aux Chants de Maldoror dure cinq heures ; la trilogie Cadela Força de la performeuse brésilienne Carolina Bianchi est un marathon de dix. On joue volontiers avec l’étirement ou la contraction du temps. Mais le public, fidèle, s’arrache les places dès l’ouverture de la billetterie. Pléthore d’artistes à découvrir mais en voilà quelques uns qui font (très) envie ou qui attisent notre curiosité. L’hors présence, création Avignon 2026, de Tiphaine Raffier – qui nous avait bluffés avec La Réponse des Hommes –parle de la fin de vie. Autre habituée d’Avignon, la Brésilienne Christiane Jatahy monte Un procès, inspiré d’Un ennemi
Texte Trina Mounier
du peuple d’Ibsen Le duo Valérie Dréville et Guy Cassiers propose Thésée, une vie nouvelle. Et Thibault Perrenoud crée Hamlet pour trois acteurs, une performance ! Plus de la moitié des artistes de cette édition, dont une grande majorité de femmes, viennent à Avignon pour la première fois et la mise à l’honneur de la Corée ouvre sur l’inconnu. Cap donc sur l’inattendu. Comme, par exemple, la surprenante collaboration entre Julie Deliquet, Isabelle Huppert et deux artistes coréennes, dans Oiseau… À Montpellier, plus classique, on mise sur les fidélités : Angelica Liddell, Wajdi Mouawad et son incandescente Europa créée en compagnie du Polonais Krzysztof Warlikowski, l’Argentin Guillermo Cacace, la prodigieuse Emma Dante avec l’allégorique Extra moenia. Il met ce beau programme sous le regard de Valère Novarina, dont on verra la dernière pièce, Les personnages de la pensée. Mais aussi des plus jeunes comme Olivier Martin Salvan ou Marion Aubert, autre habituée du Printemps des Comédiens… Citons enfin une manifestation hyper classique mais qui séduit chaque été : les Fêtes nocturnes de Grignan accueillent en 2026 Les Femmes savantes mises en scène par Robin Renucci. Et à guichets fermés ! •
Texte Blandine Dauvilaire
ON DANSE ?
Avec 22 spectacles, dont 14 créations et premières françaises, le 46e festival Montpellier Danse est l’un des rendez-vous chorégraphiques les plus attendus de la saison. Il investit de nouveaux lieux avec des spectacles dont on va beaucoup parler. « La création Babel Torre Viva de David Coria, par exemple, sera présentée au Théâtre de la Mer à Sète, avec des virtuoses du flamenco russes, japonais,américains... », souligne Dominique Hervieu, codirectrice de l’évènement avec Jann Gallois, Pierre Martinez et Hofesh Shechter. Dans un tout autre genre, le spectacle Sept larmes pour Elisabeth d’Aurélien Bory met en mouvement le guitariste Thibaut Garcia et la danseuse Aure Wachter, sur le répertoire du compositeur John Dowland. Envie d’un grand shoot d’énergie ? Après moi, le déluge, du collectif (LA)HORDE à la tête du Ballet national de Marseille devrait électriser l’assistance, dans une scénographie spectaculaire. On attend également avec impatience la venue, pour la première fois en France, de la chorégraphe américaine Abby Z. « Radioactive Practice mélange différents styles de danses et de pratiques sportives, dans une grande proximité avec le public. C'est inattendu, purement physique et plein de prouesses », détaille Dominique Hervieu. Enfin, grosse fiesta en vue avec les MazelFreten qui offriront un spectacle place de l’Europe, la veille de leur concert dansé avec le chanteur Hervé à l’Amphi d’O. Un sacré programme.
APRÈSMOI,LEDÉLUGE, BALLET NATIONAL DE MARSEILLE & (LA)HORDE
Regarder le monde en face, accueillir sa complexité sans éluder la violence du réel ni simplifier les enjeux, voilà l’ambitieuse boussole des 57es Rencontres d’Arles. Baptisée Des mondes à relire, cette édition s’appuie sur une programmation photographique généreuse qui conjugue la grande Histoire et les récits intimes, les jeunes artistes et les icônes. À commencer par l’hommage à William Klein dont on fête le centenaire de la naissance, mais aussi la (re)découverte de Martine Barrat passionnée par les scènes de rue d’Harlem et du Bronx dans les années 1970, ou encore Harry Gruyaert dont le travelling urbain éclabousse de couleur. Un peu plus loin, le Ghana partage ses rêves d’indépendance grâce au travail de nombreux artistes tels James Barnor et Paul Strand. Le festival met aussi en lumière le journalisme engagé de Marie Claude Deffarge et Gordian Troeller, qui documentèrent pendant plus de cinquante ans, pour le magazine Stern, les injustices sociales et les guerres dans soixante pays. Plus intime mais d’une portée
universelle, l’exposition Modèle animal explore deux siècles de relations avec nos chers compagnons, grâce à 350 œuvres de 160 photographes, parmi lesquels Martin Parr, Peter Beard, Elliott Erwitt, William Wegman... on adore ! Cette année, pour la première fois, Arles met à l’honneur Edward Steichen, figure majeure de l’histoire de la photographie, à travers 70 tirages et archives rares, centrés sur son rapport à la nature. On découvre sa fascination pour les fleurs qu’il cultivait et immortalisait. De son côté, Clément Cogitore interroge la mémoire collective à l’heure du numérique, avec une installation composée d’images d’amateurs et de séquences créées par IA. Enfin, avec Being there, Lee Shulman et Omar Victor Diop de The Anonymous Project réalisent un acte de résistance silencieux contre le racisme, en glissant une présence noire dans des clichés américains datant des années 1950 et 1960. Là où l’histoire avait rendu impossible une telle présence, leur geste révèle l’ampleur de la ségrégation raciale et des luttes pour les droits civiques. Une démarche remarquable. •
Comme chaque début d’été, le festival de Marseille, qui compte plus de trente ans d’existence, investit la cité phocéenne dans ses moindres recoins. Avec 23 spectacles ou performances venues de 17 pays, souvent du sud de la Méditerranée, il démontre toujours son attention à l’autre, qu’il soit voisin ou lointain. « Faire de l’art un levier de partage, d’inclusion et de transformation sociale », tel est le credo de sa directrice Marie Didier. Ainsi, convoque t il des propositions
RÉTRO POP ART
[ Émiland Griès ]
engagées, à la marge, ou carrément nouvelles, comme la dernière création du jeune Nordiste Sofiane Chalal, XXL, qui s’empare du stigmate de la grossophobie pour renverser les préjugés. Ou la performance Nouba ti réunissant dix femmes artistes méditerranéennes dans le sillage du film La Nouba des femmes du mont Chenoua de Assia Djebar, leur figure tutélaire commune. Mais aussi le Fandango Reloaded décalé de l’Espagnole Inka Romani, le solo Leather Jacket de Oona Doherty revisité à 8, la folie joyeuse
de Daniel Lineham ou encore Après moi, le déluge !, la nouvelle épopée très (trop ?) tendance du Ballet national de Marseille et de (LA)HORDE. Ce ne sont que quelques unes des pépites à découvrir. D’autant que le festival de Marseille poursuit une politique d’accessibilité exemplaire, proposant les spectacles au tarif unique de 10 € quand ils ne sont pas gratuits. Une aubaine en ces temps de vaches maigres ! •
Rendez-vous à Porquerolles pour la nouvelle exposition de la fondation Carmignac, qui proclame un été Sea, Pop & Sun ! Mer, oliviers, cigales, soleil : le lieu est, il est vrai, propice aux (ré)jouissances prônées par le mouvement emblématique des sixties ! Son esprit, suggéré par le clin d’œil gainsbourien, irrigue les œuvres des maîtres (Warhol et ses lithographies multicolores de coucher de soleil, Lichtenstein et ses trames de points Benday ou Evelyne Axell et ses collages subversifs) et de leurs héritiers (Saint Phalle et ses joyeuses nanas, Koons et son humour provocateur ou Duane Hanson et sa statuaire hyperréaliste). Chacune insuffle les énergisantes vibrations de liberté et d’hédonisme. Mention spéciale pour l’installation de sable et de résine de Théo Mercier. Réalisée dans l’étonnante salle sous le bassin inondée de lumière par son plafond de verre, elle évoque un été en mode marketing, avec ses chimères et ses excès. Car les promesses de vie meilleure du California Dreamin’ a son revers. Celui des conséquences de la surconsommation, laissées en héritage. Cinquante artistes et 80 œuvres pour replonger dans l’époque, entre insouciance d’hier et prise de conscience d’aujourd’hui. Une expérience haute en couleur et musique.
> 1ER NOV. Villa Carmignac Île de Porquerolles (83) fondationcarmignac.com
[ Émiland Griès ] Il est célébré au musée Fabre de Montpellier par l’expo Le design selon Pierre Paulin , dont la rareté mérite le détour. L’homme (1927-2009) incarne la flamboyance pop des Trente Glorieuses. Il est le premier designer à donner un sacré coup de jeune au palais de l’Élysée, relookant les appartements en 1970 à la demande du couple Pompidou, puis dessinant un nouveau bureau pour Mitterrand en 1984. Il est l’auteur d’un mobilier aux formes souples et rebondies, tendues de tissus aux couleurs vives, à la fois joyeux et sensuel, dont certaines pièces aux noms évocateurs (Mushroom Chair, Ribbon Chair, Tongue Chair…) sont devenues des icônes internationales. Son fumoir élyséen, tout récemment restauré par les ateliers du Mobilier national, sera présenté au public en avant-première.
27 JUIN > 1 ER NOV. Musée Fabre Montpellier (34) museefabre.fr paulinpaulinpaulin.com
[ Émiland Griès ] C’est ainsi que ces galéjeurs de Marseillais appellent la Cité radieuse, construite par Le Corbusier au début des années 1950. Histoire de bronzer intelligent, la grande et haute barre avec ses loggias multicolores, dressée sur ses pilotis évasés, se visite. Parcourez sa rue intérieure au 3 e étage, avec son bar-restaurant, ses lieux d’expos et ses boutiques. Poussez la porte de son appartement témoin en duplex, équipé des meubles et des luminaires d’origine dessinés par l’architecte (sur réservation). Enfin, grimpez sur son toit-terrasse, vaste jardin suspendu parsemé de volumes aux formes hardies, toutes de béton brut, pour une vue à 360 degrés sur la ville, la mer, les îles au loin et les massifs alentour. Alors, toujours pas convaincu(e) par l’architecture moderne ?!
De l’ère du muet à l'œuvre humaniste de Robert Guédiguian, la beauté brute de Marseille exerce une fascination magnétique sur le septième art. Si sa représentation n’élude pas la fracture sociale ni la violence, elle sublime avant tout la cinégénie singulière de cette cité.
ès les années 1920, les films muets aiment regarder la cité phocéenne. Louis Delluc, figure de proue de la première avant garde du cinéma, y installe sa Fièvre (1921), captant les reflets du soleil dans le bassin du Vieux Port. Deux ans plus tard, Jean Epstein radicalise cette esthétique dans Cœur fidèle (1923). Par un jeu de surimpression, le visage de l’actrice principale Gina Manès se confond avec les eaux du port… L’expérimentation est poussée encore plus loin sous l’œil du photographe
László Moholy Nagy. Son court métrage Marseille Vieux Port (1929) est un manifeste de modernité. L’artiste hongrois constructiviste documente les lignes modernes et la pauvreté de Marseille.
Il crée des jeux de formes avec miroir dans l’eau du port. Les plans vertigineux en plongée succèdent à ceux filmés au ras de l’eau. Avec le passage au parlant, la cinégénie n’est plus seulement visuelle, elle devient sonore. En 1930, au tout début du cinéma parlant, l’âme marseillaise imprègne Marius – pourtant
tourné en studio à Paris – du Hongrois Alexander Korda. Les plans réguliers sur le port et, surtout, l’accent font astucieusement l’affaire. C’est un drame, mais Marius reste dans la mémoire cinéphile comme un film joyeux porté par la voix chantante de Raimu et l’accent provençal. Avec Angèle (1934), Pagnol filme Fernandel dévalant la Canebière sous un soleil radieux. Le réalisateur lui donne un rôle de simplet à l’accent marqué. Des escaliers de la gare Saint Charles aux boutiques du port, la ville n’est plus un décor mais la vedette du film. Le cinéma marseillais sait aussi se faire poing levé. Dans les années 1950, Le Rendez vous des quais de Paul Carpita met en avant, au milieu d’une amourette, la lutte des dockers CGT contre l’embarquement des armes vers l’Indochine. Ce film militant fut censuré par l'État pendant trente cinq ans. D’abord décorateur de théâtre, René Allio commence en 1962 une carrière de cinéaste politique, à la fois doux et sans concession. Ses personnages arpentent la cité phocéenne en tous sens, jusque dans les années 1990. Sa Vielle Dame indigne (1965), film libertaire inspiré de
Brecht, donne la parole à Madame Bertini et « aux gens qui n’ont pas d’histoire ». Aujourd’hui Marseille reste ce territoire de contrastes que parcourent aussi bien des films violents, comme Bac Nord (2020) du Marseillais Cédric Jimenez, qu’un cinéma social perpétué par le prolifique Robert Guédiguian – sortie prochaine de son 25e film, Une femme d’aujourd’hui. Dans Et la fête continue ! (2023), le réalisateur montre la solidarité post drame de la rue d’Aubagne lorsque des immeubles se sont effondrés. Si l’engagement politique est toujours aussi fort, la scène la plus belle réside dans l’accalmie d’un pique nique amical au cœur d'une calanque. Marseille, riche de toutes ses contradictions, offre la possibilité de films sophistiqués, souvent très beaux. Dans Fotogenico (2024), Marcia Romano et Benoît Sabatier exploitent cette dualité : la lumière la plus éclatante y côtoie la nuit la plus sombre. Ce film au petit budget nous rappelle que Marseille est une promesse de catharsis : on vient s'y perdre dans un rock énergique, avant de se laver de ses drames par un plongeon salvateur au Vallon des Auffes. •
Au terme de ce numéro-traversée – une flibuste littéraire très RN7 qui nous a conduits de la Bourgogne de Henri Vincenot à la Provence de Jean Giono et aux pirates du Rhône de Bernard Clavel –, nous voici parvenus, au-delà des mas, madragues et manades, à Massilia la phocéenne. Cité-monde depuis l’Antiquité, Marseille s’est forgée de haute lutte dans la diversité et l’adversité. Et c'est ainsi, le polar dans le sang, que Marseille est grande !
DEl’Estaque aux Goudes en passant par la Belle de Mai, la Joliette, les quartiers Nord, le Panier, le Vieux Port, les îles du Frioul, la Plaine et le stade Vélodrome, Marseille est une planète comme décrochée de l’Hexagone, un monde parallèle qui concentre tant de milieux que le Milieu s’y perd. Grecque, italienne, corse, gitane, catalane, maghrébine, comorienne… un électeur RN n’y retrouverait pas ses petits ! La comédie y est partout, la gouaille haute en couleur, l’algarade courante… Ville de luttes communautaires et sociales (les grèves des dockers, la guerre meurtrière des cliniques, l’affaire OM Tapie…), où il suffit d’égrener le nom des maires pour évoquer des systèmes de corruption, où la French Connection ne fut pas qu’un film et où le trafic de drogue ne cesse encore aujourd’hui d’alimenter la rubrique nécrologique de La Provence. Ville port, interlope de l’élite à la pègre, où le marché a tôt fait de tourner noir et de se chercher des couvertures dans les cercles du pouvoir. Et s’il fallait un personnage pour incarner Marseille
(tel le Pepe Carvalho de Montalban à Barcelone), c’est sans hésiter Fabio Montale, le héros de la trilogie éponyme de Jean Claude Izzo (Total Khéops, Chourmo, Solea), qui fait consensus. Flic déclassé, fils d’immigrés aimant la poésie, le jazz, la pêche et les femmes, il est cet homme irrémédiablement aux côtés des pauvres, des oubliés, des simples : un authentique Marseillais. Avec Izzo comme phare puis l’éditeur L’Écailler du Sud créé en 2000 dans l’orbite du néo polar français (Manchette, Daeninckx, Pouy, Jonquet, Fajardie), une génération d’écrivains du cru éclot : Michèle Courbou (Une belle ville comme moi), Philippe Carrese (Trois jours d’engatse), François Thomazeau (Marseille Confidential), Jean Contrucci (Les Nouveaux Mystères de Marseille), Gilles Ascaride (Sur tes ruines j’irai dansant), René Frégni (Les Vivants au prix des morts), André Fortin (Deus ex Massilia) et, davantage versé dans la science fiction, Cédric Fabre (Marseille’s Burning et Un bref moment d’héroïsme, Fight Club à la française où des bandes créent des happenings violents pour polluer le débat politique).
Biberonnée au réalisme critique et à la littérature noire sociale, une scène littéraire est née. Contre l’image dégradée de leur ville, contre les pagnolades clichés et surtout contre l’extrême droite, elle prend position, reconstitue l’image de la ville d’une manière à la fois réelle et utopique. Pour terminer, saluons aussi l’excellent travail d’immersion journalistique de Philippe Pujol à propos de l’économie des stupéfiants à Marseille, recueilli en trois livres : La Fabrique du monstre, Cramés : les enfants du monstre et Marseille, 2040, le jour où notre système de santé craquera. Car écrire, c’est aussi une affaire d’anticipation pour empêcher le pire d’advenir… •
Texte Marco Jéru
Ceviche des îles
popote[s]
si la canicule nous fournissait le prétexte parfait pour improviser, dans une assiette, un voyage exotique, vif et plein de fraîcheur ? Sous le soleil de Tahiti, Ananas et Crevette partageaient le même rivage et de grands rêves de voyage. Un matin, sans promesse ni adieu, ils partirent chacun de leur côté. Ananas traversa des marchés éclatants, inondés de lumière tandis que Crevette, elle, suivit les courants, vive et curieuse. Le hasard les guida tous les deux jusqu’aux côtes du Pérou. Quelle joie de se revoir! Là, sous le soleil, ils firent la connaissance d'Avocat, calme et accueillant, plein de douceur envers les deux compagnons. Pour célébrer ces retrouvailles, chacun se mit en quatre (ou plutôt en cubes!) pour prendre part à une grande fête dans un large saladier de bois. Parés de quelques lamelles d’oignon rouge en guise de colliers de célébration, Ananas, Crevette et Avocat passèrent une trentaine de minutes à barboter dans le jus des citrons verts tout juste pressés. Ainsi bien rafraîchis, ils se firent brillants et luisants, s’enduisant avec délectation d’huile d’olive. Dès lors, ils furent fin prêts. La fête fut lancée en grande pompe et les confettis de sel, de poivre et de coriandre fendirent l’air pour retomber délicatement sur les noceurs. Puis arrivèrent les chips de maïs, craquantes et joyeuses, légendaires danseuses, prêtes à tournoyer jusqu’au petit matin. Ce fut une fête mémorable qui laissa à tous ceux qui la partagèrent, des souvenirs inoubliables. •
300 g de crevettes cuites et décortiquées 1 demi-ananas (250 g) coupé en petits dés 1 petit oignon rouge finement émincé 1 avocat coupé en petits dés 2 citrons verts pressés 1 poignée de coriandre fraîche ciselée Chips de maïs, tortillas 1 càs huile d’olive, sel et poivre
Horizontalement
1. Pause gourmande sur l’A7, mais gare aux dents ! 2. Aimais fort fort. Connu. 3. Peut-être… après expériences décevantes ? 4. Mendiée. Décoration murale discutable. 5. Sorties pour un oui, pour un non. Faute de liaison ou marocain. 6. Pas mienne. Plat mexicain avec viande. 7. Garantie d’anonymat. Rayons nocifs en excès. Tel quel, n’accompagne pas le corbillard ! 8. Ceux du Père Gaucher étaient-ils prisés par Daudet ? Berge populaire. 9. 1100 à Rome. Récolta dans les forêts landaises. 10. Renforça. Traité à remettre en ordre pour être dissuasif.
Verticalement
jugeote
A. Titre d’une brillante épistolière en résidence non loin du 1 horizontal. B. De sainteté ? Elle n’en a pas ! Sa bataille lui valut son pont. C. Remarquent. Pas ailleurs. D. Soutiens mobiliers en bois. E. Gradé portugais instigateur de la Révolution des Œillets. Tourna sec. F. Superpose du poisson séché. Préfixe itératif. G. Baie du Japon. Envoya paître. H. Ont une destination utile et appropriée. A fini sur le pré. I. Attaquant imprévu. J. Participe modestement au réseau fluvial. Au cœur de la Drôme provençale, célèbre pour son beau château Renaissance et ses habitantes fines lettrées !