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PARLEMENTAIRES DE FRANCE MAGAZINE 2026

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MAGAZINE

L’information des élus et des acteurs économiques

Recherche et innovation en France : l’interdisciplinarité pour des applications multiples

Research and innovation in France: interdisciplinarity for multiple applications

L’Institut de Recherche sur les Composants logiciels et matériels pour l’Information et la Communication Avancée (IRCICA - UAR-3380 CNRS & Université de Lille) développe des recherches interdisciplinaires pour imaginer et créer des technologies de l’information et de la communication durables et responsables.

The Institute for Research on Software and Hardware Components for Advanced Information and Communication (IRCICA - UAR-3380 CNRS & University of Lille) conducts interdisciplinary research to design and create sustainable and responsible information and communication technologies.

4 thématiques de recherche :

• Objets connectés,

• Interactions tactile et gestuelle,

Four research themes:

• Connected objects,

• Touch and gesture interactions,

• OPtique, HYperfréquences et SYStèmes de communications (OPHYSYS),

• Traitements bioinspirés de l’information.

3 plateformes expérimentales :

• FIBERTECH-Lille (tour d’expérimentation pour fibres optique haute performance),

• PIRVI (pôle de compétence réalité virtuelle interaction et image),

• SigmaCom (l’un des pôles de la plateforme de caractérisation multi-physique de l’IEMN).

4 laboratoires partenaires :

• CRIStAL – Centre de Recherche en Informatique, Signal et automatique de Lille,

• IEMN – Institut d’Electronique, de Microélectronique et de Nanotechnologies,

• PhLAM – Laboratoire de Physique des Lasers, Atomes et Molécules,

• L2EP – Laboratoire d’Electrotechnique et d’Electronique et Puissance de Lille.

• Optics, Hyperfrequencies and Communication Systems (OPHYSYS),

• Bio-inspired information processing.

Three experimental platforms:

• FIBERTECH-Lille (high-performance optical fiber test tower),

• PIRVI (center of expertise in virtual reality, interaction, and imaging),

• SigmaCom (one of the centres of the IEMN’s multi-physics characterisation platform).

Four partner laboratories:

• CRIStAL – Lille Research Centre for Computer Science, Signals and Automation,

• IEMN – Institute of Electronics, Microelectronics and Nanotechnologies,

• PhLAM – Laboratory of Laser Physics, Atoms and Molecules,

• L2EP – Lille Laboratory of Electrical Engineering, Electronics and Power.

https://ircica.univ-lille.fr/

Rédaction

PUBLICOMM B

Z.A. - rue Gutenberg F-36320 Villedieu-sur-Indre

Coordination éditoriale et journaliste

Carine CHEVAL

Relations institutionnelles

Communication

Joëlle ALLALI

Publicité Au journal

Impression COLOR 36

Z.A., rue Gutenberg

F-36320 Villedieu-sur-Indre

Février / February 2026

ISSN 1771-0693

Dépôt légal à parution

Toute reproduction, même partielle, des articles publiés dans ce numéro, nécessite explicitement le consentement écrit de l’éditeur.

This publication is protected by copyright. Any reproduction, in full or in part, of articles published in this issue requires the explicit written consent of the publisher.

SOMMAIRE - SUMMARY

Recherche et innovation en France : l’interdisciplinarité pour des applications multiples

Research and innovation in France: interdisciplinarity for multiple applications

Renforcer notre souveraineté nationale dans des secteurs stratégiques

Un entretien avec M. Bruno BONNEL, Secrétaire général pour l’investissement (SGPI) 4

Strengthening our national sovereignty in strategic sectors

An interview with Mr. Bruno BONNEL, Secretary General for Investment (SGPI) 5

La prospective et l’évaluation scientifiques pour une décision politique éclairée

Un entretien avec M. Stéphane PIEDNOIR, Sénateur de Maine-et-Loire (Pays de la Loire), Président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) 6

Scientific foresight and assessment for informed political decision-making

An interview with Mr. Stéphane PIEDNOIR, Senator for Maine-et-Loire (Pays de la Loire), President of the Parliamentary Office for the Evaluation of Scientific and Technological Options (OPECST) 7

L’IA, une étape supplémentaire dans l’outillage des soignants au service de la santé publique

Un entretien avec M. Christian REDON-SARRAZY, Sénateur de la Haute-Vienne, Vice-Président de la délégation sénatoriale à la prospective, Co-rapporteur du rapport d’information du 21 mai 2024 sur « IA et santé » 8

AI, a further step in equipping carers to serve public health

An interview with Mr. Christian REDON-SARRAZY, Senator for Haute-Vienne, Vice-Chairman of the Senate Delegation for Forward Studies, Co-rapporteur of the information report of 21 May 2024 on ‘AI and health’ 9

Évaluation de la recherche et des formations de santé : quelques enseignements

Un entretien avec M. Stéphane LE BOULER, Ancien président par intérim du Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres) 10

Evaluation of health research and training: some lessons learned

An interview with Mr. Stéphane LE BOULER, Former Acting President of the High Council for the Evaluation of Research and Higher Education (Hcéres) 11

La formation au service de l’acculturation à l’IA

Un entretien avec le Pr Isabelle RYL, Vice-président Intelligence Artificielle à l’Université PSL, Directrice de PR[AI]RIE-PSAI 12

Training for AI acculturation

An interview with Prof. Isabelle RYL, Vice-President of Artificial Intelligence at Université PSL, Director of PR[AI]RIE-PSAI 13

La recherche libre, clé des innovations de rupture de demain

Un entretien avec M. Lamri ADOUI, Président de France Universités,

Président de l’université de Caen Normandie 18

Open research, the key to tomorrow’s breakthrough innovations

An interview with Mr. Lamri ADOUI, President of France Universités, President of the University of Caen Normandie ...................... 19

L’Université PSL, un acteur majeur de l’innovation et de l’économie de demain

Un entretien avec M. Cédric DENIS-RÉMIS,

Vice-président développement, innovation et entrepreneuriat à l’Université PSL 20

Université PSL, a major player in tomorrow’s innovation and economy

An interview with Mr. Cédric DENIS-RÉMIS, Vice-President, Development, Innovation and Entrepreneurship, Université PSL 21

Pour une cyberdéfense autonome

Un entretien avec le vice-amiral d’escadre (2S)

Arnaud COUSTILLIÈRE,

Président du Pôle d’excellence cyber (PEC) 22

For an autonomous cyber defence

An interview with vice-admiral d’escadre (2S)

Arnaud COUSTILLIÈRE,

Chairman of the Cyber Centre of Excellence (PEC) 23

Intelligence artificielle : un levier d’innovation au service de la compétitivité ...........................24-25

Artificial intelligence: a driver of innovation for competitiveness 26-27

■ Institut de Recherche sur les Composants logiciels et matériels pour l’Information et la Communication Avancée - IRCICA

Pour une IA au service de la société 28

■ Institut de Recherche sur les Composants logiciels et matériels pour l’Information et la Communication Avancée - IRCICA

For AI at the service of society 29

■ MIAI Cluster

Pour une IA embarquée, interactive, générative, frugale et fiable

Un entretien avec Éric GAUSSIER,

Professeur et ex-Directeur de MIAI Cluster (Institut Interdisciplinaire en Intelligence Artificielle), Sophie ACHARD, Directrice de recherche et Directrice scientifique de MIAI Cluster, et Nguyen KIM-THANG, Professeur et Directeur formation de MIAI Cluster 30

■ MIAI Cluster

For embedded, interactive, generative, frugal and reliable AI

An interview with Éric GAUSSIER, Professor and ex-Director of MIAI Cluster (Interdisciplinary Institute for Artificial Intelligence), Sophie ACHARD, Research Director and Scientific Director of MIAI Cluster, and Nguyen KIM-THANG, Professor and Training Director of MIAI Cluster 31

■ MIAI Cluster :

Répondre aux besoins croissants de la recherche, de l’industrie et de la société 32 ■ MIAI Cluster: Meeting the growing needs of research,

and

ALYCE L’innovation pour l’optimisation de la mobilité

Renforcer notre souveraineté nationale dans des secteurs stratégiques

Un entretien avec M. Bruno BONNEL, Secrétaire général pour l’investissement (SGPI)

Le SGPI est chargé d’assurer la cohérence et le suivi de la politique d’investissement de l’État à travers le déploiement du plan France 2030. Quel bilan d’étape en dressez-vous ?

Quatre ans après son lancement, France 2030 a révélé sa capacité, par son ampleur et son approche systémique, à transformer notre pays, en soutenant l’innovation, la recherche, la formation et l’industrialisation. Ce pari d’investir 54 Mds permet de renforcer notre souveraineté nationale dans des secteurs stratégiques et d’accroitre notre compétitivité, alors même que le contexte géopolitique connait de fortes tensions. Plus de 40 Mds € ont donc d’ores déjà été engagés pour plus de 7500 projets innovants. En tant que secrétaire général à l’investissement, je me suis rendu dans plus de 72 départements pour y rencontrer des lauréats, les écosystèmes d’innovation et les partenaires engagés pour le déploiement du plan. Je peux attester du dynamisme, de l’énergie et la fierté à l’œuvre. Partout dans les territoires, il y a une France d’excellence qui innove, qui investit et se projette dans l’avenir pour une société du mieux.

Pourriez-vous nous donner quelques exemples de transformation durable des secteurs clefs de notre économie par l’innovation technologique et l’industrialisation ?

France 2030 consacre 50 % de son budget au soutien des projets en faveur de la décarbonation de notre quotidien. Notre ambition est d’accélérer la décarbonation du mix-énergétique français et des industries les plus polluantes, afin d’éviter 6 millions de tonnes de CO2 par an d’ici 2030. Cela a notamment permis de structurer les filières du nucléaire et des énergies renouvelables. Dans le secteur des mobilités, France 2030 a sécurisé la production de 1,5 millions de véhicules électriques ou hybrides d’ici 2030 en s’appuyant sur une nouvelle filière de production de batteries. Afin de développer une alimentation durable et souveraine,

France 2030 contribue à relocaliser des capacités de production agro-alimentaires et à investir dans l’avenir de l’agriculture notamment les nouvelles protéines, la fermentation, ou les modèles économiques agricoles.

Autre enjeu transverse que me parait fondamental : la formation. La métamorphose de notre économie et de notre société ne saurait se faire sans une transformation des compétences. La formation des talents de demain est essentielle. Le dispositif « Compétences et métiers d’avenir » répond à cet enjeu et a déjà soutenu près de 160 dispositifs de formation dans les secteurs du nucléaire, de l’intelligence artificielle, dans la culture ou encore dans les métiers de la transition écologique.

Dans quels secteurs la France se positionne-t-elle en leader du monde de demain ?

Les secteurs soutenus par France 2030 sont portés par des acteurs qui ont vocation à devenir des champions nationaux et internationaux. Sur le segment très compétitif et stratégique du spatial, impacté par l’arrivée d’acteurs émergents, le soutien de technologies de pointe est

crucial pour sécuriser l’accès à l’espace. France 2030 a ainsi permis de soutenir 4 projets de lanceurs spatiaux innovants, des projets de constellations de satellites utiles dans le secteur des télécommunications et de la défense et également de soutenir les entreprises innovantes des nouveaux services spatiaux.

L’IA et le quantique se sont également hissées comme des technologies centrales au cœur de nos investissements ces dernières années et cette dynamique va s’accélérer davantage. C’est pour cela que 5 milliards d’euros de France 2030 sont fléchés dans de nombreux secteurs, notamment l’industrie, mais aussi la santé, l’énergie, l’innovation dans les matériaux ou encore le quantique.

Quels sont les dispositifs France 2030 actuellement ouverts ?

Plusieurs dispositifs sont ouverts pour soutenir des projets de recherche et de développement dans le secteur stratégique des mobilités décarbonées, des projets innovants en biothérapies et en bioproduction ou encore l’industrialisation dans les territoires à travers le dispositif « Première Usine ». Je pense également au programme prioritaire de recherche « Outre-mer » visant à mieux comprendre, anticiper et atténuer les impacts des pollutions et du changement climatique dans les territoires ultramarins.

Plus largement, comment le SGPI contribue-t-il à renforcer l’avantage compétitif et la souveraineté économique de la France ?

Par effet de levier, pour chaque euro investi par le programme, 1,3 euros supplémentaires ont été investis, principalement par le secteur privé. De plus, le dispositif France 2030 Export lancé en octobre 2023 doit contribuer à cet objectif, en alignant la stratégie de commerce extérieur de la France avec les priorités sectorielles de réindustrialisation et les objectifs de France 2030, et en accompagnant les entreprises des secteurs d’avenir à l’export.

Strengthening our national sovereignty in strategic sectors

The SGPI is responsible for ensuring the coherence and monitoring of the State’s investment policy through the deployment of the France 2030 plan. What is your assessment of the progress made?

Four years after its launch, France 2030 has revealed its capacity, through its scale and systemic approach, to transform our country by supporting innovation, research, training and industrialisation. By investing €54 billion, we are strengthening our national sovereignty in strategic sectors and boosting our competitiveness at a time of great geopolitical tension. More than 40 billion has already been committed to more than 7,500 innovative projects. As Secretary General for Investment, I have travelled to more than 72 départements to meet the prize-winners, the innovation ecosystems and the partners involved in rolling out the plan. I can attest to the dynamism, energy and pride at work. Everywhere in the regions, there is a France of excellence that is innovating, investing and looking to the future for a better society.

Could you give us a few examples of the sustainable transformation of key sectors of our economy through technological innovation and industrialisation?

France 2030 devotes 50% of its budget to supporting projects aimed at decarbonising our everyday lives. Our ambition is to accelerate the decarbonisation of the French energy mix and the most polluting industries, in order to avoid 6 million tonnes of CO2 per year by 2030. This has made it possible to structure the nuclear and renewable energy sectors. In the mobility sector, France 2030 has secured the production of 1.5 million electric or hybrid vehicles by 2030, based on a new battery production industry. In order to develop a sustainable and sovereign food supply, France 2030 is helping to relocate agri-food production capacity and to invest in the future of agriculture, in particular new proteins, fermentation and agricultural economic models. Another cross-

interview with Mr. Bruno BONNEL, Secretary General for Investment (SGPI)

cutting issue that I think is fundamental is training. The metamorphosis of our economy and our society cannot take place without a transformation of skills. Training the talents of tomorrow is essential. The ‘Skills and Professions of the Future’ scheme is a response to this challenge and has already supported nearly 160 training schemes in the nuclear, artificial intelligence, cultural and ecological transition sectors.

In what sectors is France positioned as a leader in the world of tomorrow?

The sectors supported by France 2030 are driven by players who are destined to become national and international champions. In the highly competitive and strategic space segment, impacted by the arrival of emerging players, support for cutting-edge technologies is crucial to securing access to space. France 2030 has supported 4 innovative space launcher projects, satellite constellations for the telecommunications and defence sectors, and innovative companies in the new space services sector. AI and quantum physics have also emerged as key technologies at the heart of our investments in recent years, and this momentum is set to accelerate further. That’s why €5 billion from France 2030 has been earmarked for

a wide range of sectors, including industry, healthcare, energy, innovation in materials and quantum technology.

What France 2030 schemes are currently open?

Several schemes are open to support research and development projects in the strategic sector of carbon-free mobility, innovative projects in biotherapies and bioproduction, and industrialisation in the regions through the ‘Première Usine’ scheme. I am also thinking of the priority research programme ‘Overseas’ aimed at better understanding, anticipating and mitigating the impacts of pollution and climate change in overseas territories.

More generally, how is the SGPI helping to strengthen France’s competitive advantage and economic sovereignty? Through a leverage effect, for every euro invested by the programme, a further 1.3 euros have been invested, mainly by the private sector. In addition, the France 2030 Export scheme launched in October 2023 should contribute to this objective, by aligning France’s foreign trade strategy with the sectoral priorities of reindustrialisation and the objectives of France 2030, and by supporting companies in sectors of the future in exporting.

An
© SGPI
Inauguration on 4 February 2025 of the first French factory for the production of organs-on-a-chip by NETRI, winner of the France 2030 ‘First Factory’ scheme / Inauguration le 4 février 2025 de la première usine française de production d’organes-sur-puce par NETRI, lauréate du dispositif « Première Usine » de France 2030

La prospective et l’évaluation scientifiques pour une décision politique éclairée

Un entretien avec M. Stéphane PIEDNOIR, Sénateur de Maine-et-Loire (Pays de la Loire),

Président de

l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST)

Pourriez-vous nous rappeler la mission de l’OPECST ?

Un peu d’histoire tout d’abord : l’OPECST est une délégation créée en 1983 par une loi votée à l’unanimité des deux chambres. Il s’agissait à l’époque d’évaluer notamment le déploiement du plan Messmer sur le nucléaire civil dix ans après son lancement. Depuis sa naissance, l’OPECST a pour mission d’informer le Parlement sur les conséquences des choix scientifiques et technologiques. Cela se traduit par des travaux de prospective et d’évaluation qui permettent à l’exécutif de prendre des décisions en connaissance de cause. Et pas seulement en matière d’énergie : le spatial, les sciences de la vie… retiennent tout autant notre attention. L’OPECST se compose de 18 députés et 18 sénateurs, secondés par un conseil scientifique de 24 personnalités de haut rang pour mener à bien les auditions publiques. Il entretient aussi des liens étroits avec le CEA, le CNRS, l’Inserm, l’INRA, l’Académie des sciences ainsi que l’Académie de médecine - liens reflétés par l’organisation de plénières annuelles.

Pourriez-vous nous donner quelques exemples de travaux récents de l’OPECST ?

Ces travaux sont de plusieurs types. Les rapports parlementaires, sur saisine d’une commission permanente ou du bureau d’une des deux chambres, exigent 6 à 9 mois de travail avec une série d’auditions. Parmi les thèmes des récents rapports

figurent la décarbonation du secteur aéronautique, la sobriété énergétique et l’IA, notamment l’IA générative, avec un triple regard sur la compréhension des algorithmes, les champs d’application et l’approche philosophique du transhumanisme et du post-humanisme. Les notes scientifiques sont le fait d’une autosaisine et s’appuient sur un binôme rapporteur doté de sensibilités différentes. Elles ont été initiées par Cédric Villani pour dresser un état de l’art dans un secteur en particulier. Des notes ont récemment porté sur le quantique et les débris spatiaux. Enfin, les auditions publiques concernent un sujet d’actualité et font l’objet de tables rondes interactives avec les élus et les internautes. Le vol spatial habité a été abordé dans ce cadre, l’évaluation de l’application de la loi de bioéthique de 2019 fera l’objet d’un rapport (prévu dans la loi) avec 4 corapporteurs.

Quel est votre programme de travail d’ici la fin 2025 ?

Je tiens à signaler les travaux du député de Maine-et-Loire Philippe Bolo : il s’est spécialisé après un premier rapport sur la prolifération et la pollution des matières plastiques. À ce titre, il a fait partie d’une délégation internationale à Busan en Corée du Sud pour mieux encadrer cette activité. Même si cette initiative n’a pas eu de retombées réglementaires, elle a généré des ramifications internationales fortes. Par ailleurs, deux rapports sont en cours d’élaboration sur les protéines dans l’alimentation et l’apport de la science dans le domaine de la performance sportive. Du côté des notes scientifiques, les réseaux électriques (avec les conséquences du mix énergétique), l’apport des neurosciences dans l’éducation ou encore la géo-ingénierie sont à l’étude. Et n’oublions pas l’audition de l’Autorité de sécurité nucléaire et de radioprotection

(ASNR) qui nous présente chaque année son rapport d’activité avant de le rendre public.

Quel est l’impact des travaux de l’OPECST sur les grandes orientations de la politique scientifique et technologique française ?

Les préconisations de nos rapports ne sont pas toujours d’ordre législatif : c’est le cas de la promotion de la culture scientifique chez les jeunes. En revanche, certaines recommandations visent à être traduites dans la loi, c’est pourquoi nos rapports sont mis à disposition des parlementaires et du ministre concerné. Notre rapport sur l’IA entre bien évidemment dans ce cas de figure : c’est une technologie qui peut faire peur mais, comme le disait Marie Curie : « Rien n’est à craindre, tout est à comprendre. » Dans cet esprit, il convient de sensibiliser les jeunes au développement de leur sens critique, encore plus nécessaire qu’avant face à l’IA générative qui fausse les repères en matière d’images. Cette sensibilisation devrait être incluse dans les programmes scolaires. De même, nos travaux sur le vol habité et les débris spatiaux nous permettent de nous poser les bonnes questions : qui sera responsable de l’exploitation des ressources de Mars ? Quelles réglementations supranationales pour responsabiliser les producteurs de débris spatiaux ? Nos préconisations sont tout aussi fortes en matière de sûreté nucléaire ; reste à exploiter notre pouvoir de création d’une commission d’enquête en cas de besoin. Pour conclure, j’aimerais rapporter une expérience personnelle. Pendant la crise Covid j’ai observé la confrontation entre les modèles théoriques de propagation du virus et sa propagation en temps réel : ce fut très enrichissant de constater le perfectionnement des modèles temporels et géographiques grâce aux sciences expérimentales - un perfectionnement bienvenu pour élaborer des prévisions de chute ou de pic de la propagation. La connaissance fait progresser la science !

Scientific foresight and assessment for informed political decision-making

An interview with Mr. Stéphane PIEDNOIR, Senator for Maine-et-Loire (Pays de la Loire), President of the Parliamentary Office for the Evaluation of Scientific and Technological Options (OPECST)

Could you remind us of the OPECST’s mission?

First of all, a bit of history: OPECST is a delegation created in 1983 by a law passed unanimously by both chambers. At the time, the aim was to evaluate the implementation of the Messmer plan on civil nuclear energy ten years after it was launched. Since its creation, OPECST’s mission has been to inform Parliament about the consequences of scientific and technological choices. This takes the form of foresight and assessment work that enables the executive to make informed decisions. And it’s not just about energy: space, life sciences and other areas also attract our attention. The OPECST is made up of 18 Members of Parliament and 18 Senators, supported by a Scientific Advisory Board of 24 high-ranking figures to conduct the public hearings. It also maintains close links with the CEA, CNRS, Inserm, INRA, the Académie des sciences and the Académie de médecine - links that are reflected in the organisation of annual plenary sessions.

particular sector. Recent notes have focused on quantum physics and space debris. Lastly, the public hearings focus on a topical issue and are the subject of interactive round tables with elected representatives and Internet users. Manned space flight was discussed in this context, and the assessment of the application of the 2019 bioethics law will be the subject of a report (provided for in the law) with 4 co-rapporteurs.

What is your work programme between now and the end of 2025?

Could you give us a few examples of OPECST’s recent work?

There are several types of work. Parliamentary reports, commissioned by a standing committee or the bureau of one of the two chambers, take 6 to 9 months to complete, including a series of hearings. Recent reports have focused on decarbonisation of the aeronautics sector, energy efficiency and AI, particularly generative AI, with a threefold focus on understanding algorithms, fields of application and the philosophical approach to transhumanism and post-humanism. The scientific notes are the result of a self-referral and are supported by a pair of rapporteurs with different sensibilities. They were initiated by Cédric Villani to review the state of the art in a

I’d like to mention the work of Philippe Bolo, Member of Parliament for Maineet-Loire, who specialised in the proliferation and pollution of plastics after his first report. As such, he was part of an international delegation to Busan in South Korea to improve the regulation of this activity. Although this initiative did not have any regulatory repercussions, it did have strong international ramifications. In addition, two reports are currently being drawn up on proteins in food and the contribution of science to sports performance. As for scientific notes, electrical networks (with the consequences of the energy mix), the contribution of neuroscience to education and geo-engineering are being studied. And let’s not forget the hearings of the French Nuclear Safety and Radiation Protection Authority (ASNR),

which presents its annual report to us before it is made public.

What impact does OPECST’s work have on the broad directions of French science and technology policy?

The recommendations in our reports are not always legislative: this is the case for the promotion of scientific culture among young people. On the other hand, some recommendations are intended to be translated into law, which is why our reports are made available to members of parliament and the minister concerned. Our report on AI obviously falls into this category: it’s a technology that can be frightening but, as Marie Curie said: ‘Nothing is to be feared, everything is to be understood’. With this in mind, we need to raise young people’s awareness of the need to develop their critical faculties, which are even more necessary than before in the face of generative AI, which distorts reference points when it comes to images. This awareness-raising should be included in school curricula. Similarly, our work on manned flight and space debris is enabling us to ask the right questions: who will be responsible for exploiting the resources of Mars? What supranational regulations are needed to make producers of space debris accountable? Our recommendations are just as strong when it comes to nuclear safety; we still have to make use of our power to set up a committee of enquiry if necessary. To conclude, I would like to relate a personal experience. During the Covid crisis, I observed the comparison between theoretical models of the spread of the virus and its spread in real time: it was very rewarding to see how experimental science had improved the temporal and geographical models - a welcome improvement when it came to forecasting the fall or peak of the spread. Knowledge drives science forward!

© Sénat

L’IA, une étape supplémentaire dans l’outillage des soignants au service de la santé publique

Un entretien avec M. Christian REDON-SARRAZY, Sénateur de la Haute-Vienne, Vice-Président de la délégation sénatoriale à la prospective, Co-rapporteur du rapport d’information du 21 mai 2024 sur « IA et santé »

Quel bilan dressez-vous sur les domaines d’applications potentiels de l’IA et son utilisation actuelle ?

La santé est l’un des domaines dans lesquels l’utilisation de l’IA est la plus prometteuse, pour accélérer la recherche médicale, mais aussi dans la pratique soignante au quotidien, pour aider au diagnostic, pour l’interprétation de clichés radiologiques ou encore pour une plus grande personnalisation des traitements. L’IA peut aussi à aider à mieux organiser le système de soins en tirant profit de sa capacité à traiter vite des masses d’informations numérisées de plus en plus volumineuses. Dans ces trois domaines – la recherche, le soin, l’organisation du système de santé – l’IA n’est pas encore utilisée de manière massive et routinière. Nous sommes au début d’un mouvement qui démarre par des expérimentations, des tâtonnements, avec des succès remarquables en imagerie médicale ou dans la recherche biomédicale. On constate un foisonnement d’initiatives qu’il faut encourager, mais qu’il faut aussi ensuite évaluer avant éventuellement de permettre leur adoption par le plus grand nombre. Attention aux effets de mode : ce n’est pas parce que l’on invoque l’IA dans les pratiques médicales que celles-ci vont automatiquement être meilleures. L’IA ne doit pas être un simple argument de marketing mais une étape supplémentaire dans l’outillage des soignants au service de la santé publique.

Quid des enjeux en matière d’efficacité et d’éthique ?

Il ne faut pas opposer efficacité et éthique. La recherche de la plus grande efficacité est d’ailleurs un des piliers de la déontologie médicale : on doit essayer de soigner les patients avec les meilleures techniques possibles. Si l’IA permet d’améliorer les soins, alors on ne doit pas s’en passer. Mais cette recherche d’efficacité doit se faire sans sacrifier les autres dimensions de la déontologie médicale, par exemple

Sénat

la préservation de la vie privée, le secret médical ou encore l’information du patient. L’une des craintes liées à l’IA en santé réside dans le risque de déshumanisation de la prise en charge des patients. Soyons lucides : c’est un risque qui existe même sans l’IA. Mais l’IA ouvre de nouvelles possibilités de médecine automatisée, qui peut inquiéter. Or, la confiance dans l’IA ne peut exister que s’il y a une supervision humaine, et si la responsabilité finale de la prise de décision n’est pas déléguée à une machine. Au scénario du « robot-médecin » remplacé par l’IA, nous préférons donc largement celui du « soignant augmenté » grâce à l’IA. C’est ce que nous rappelons dans la 3ème proposition de notre rapport, qui appelle à « construire un cadre éthique robuste de l’intelligence artificielle en santé ».

Comment le Gouvernement pourrait-il soutenir efficacement le déploiement de l’IA en santé ?

tups aux données de santé. La France dispose d’un patrimoine de données de santé très riche, s’appuyant sur le système d’information de l’assurance-maladie. Notre pays s’est doté d’une structure pour organiser l’accès aux données de santé à travers le « health data hub ». Il convient de protéger ce patrimoine de données de santé mais aussi de permettre un accès rapide et fiable aux équipes de recherche et de recherche et développement qui mettent aux points leurs dispositifs médicaux dopés à l’IA. Le deuxième levier est celui du financement de la « course à l’IA ». Les fonds d’innovation, les appels à projets, les PEPR sont de bons outils pour l’amorçage des solutions, mais les difficultés viennent ensuite, quand les solutions doivent monter en puissance. Il est nécessaire de soutenir nos entreprises dans cette course à l’innovation technologique par l’IA. Un troisième levier est celui de la formation à l’IA : elle concerne les soignants, mais aussi un peu tout le monde : nos concitoyens doivent mieux comprendre comment elle fonctionne pour accepter qu’on l’utilise pour les soigner mieux et plus vite.

Quelles autres recommandations ce rapport d’information contient-il ?

Un rapport de prospective n’est pas là pour donner des recommandations opérationnelles très précises ou techniques. Nous avons surtout voulu alerter sur la nécessité de ne pas rater le train de l’IA en santé. Tout en n’étant pas béats d’admiration pour les nouvelles technologies, dont l’intérêt doit toujours être questionné au regard des enjeux de service public, nous estimons que ce serait regrettable de se passer des apports de l’IA tant pour les patients que pour les professionnels de santé. Par exemple, lorsqu’on évoque les déserts médicaux, la technologie peut aider. Les cabines de télémédecine renforcées par l’IA peuvent ainsi assurer une première prise en charge de personnes qui autrement n’auraient eu aucune solution. ©

La France affirme une ambition forte pour l’IA dans tous les domaines et l’a rappelé en organisant en février dernier le sommet mondial sur l’IA à Paris. Plusieurs leviers peuvent être activés pour faire de cette ambition une réalité. Notre rapport en a mis en évidence plusieurs. Le premier levier est celui de l’accès des star-

AI, a further step in equipping carers to serve public health

An interview with Mr. Christian REDON-SARRAZY, Senator for Haute-Vienne, Vice-Chairman of the Senate Delegation for Forward Studies, Co-rapporteur of the information report of 21 May 2024 on ‘AI and health’

What is your assessment of the potential areas of application for AI and its current use?

Healthcare is one of the areas in which the use of AI is most promising, in terms of speeding up medical research, but also in day-to-day healthcare practice, to help with diagnosis, the interpretation of X-ray images or even greater personalisation of treatments. AI can also help to improve the organisation of the healthcare system by taking advantage of its ability to rapidly process increasingly large volumes of digitised information. In these three areas - research, care and the organisation of the healthcare system - AI is not yet used on a massive and routine scale. We are at the beginning of a movement that is starting with experimentation and trial and error, with some remarkable successes in medical imaging and biomedical research. We’re seeing a profusion of initiatives that need to be encouraged, but which also need to be evaluated before they can be adopted by as many people as possible. Beware of fads: just because AI is invoked in medical practices does not mean that they will automatically be better. AI should not just be a marketing ploy, but a further step in equipping healthcare professionals to serve public health.

© Sénat

fidentiality or patient information. One of the fears linked to AI in healthcare is the risk of dehumanising patient care. Let’s be clear: this risk exists even without AI. But AI opens up new possibilities for automated medicine, which can be worrying. Confidence in AI can only exist if there is human supervision, and if the final responsibility for decisionmaking is not delegated to a machine. So rather than the scenario of the ‘robot doctor’ being replaced by AI, we prefer the scenario of the ‘augmented carer’ thanks to AI. This is what we reiterate in the 3 rd proposal of our report, which calls for ‘building a robust ethical framework for artificial intelligence in healthcare’.

wealth of health data, based on the health insurance information system. France has set up a structure to organise access to health data through the ‘health data hub’. We need to protect this wealth of health data, but also provide fast, reliable access to the research and R&D teams who are developing AI-enhanced medical devices. The second lever is the financing of the ‘AI race’. Innovation funds, calls for projects and PEPRs (priority research programmes and equipment) are good tools for getting solutions off the ground, but the difficulties come later, when the solutions have to be scaled up. We need to support our companies in this race for technological innovation through AI. A third lever is AI training: this concerns healthcare professionals, but also just about everyone: our fellow citizens need to better understand how AI works if they are to accept that it can be used to treat them better and faster.

What other recommendations does this information report contain?

What is at stake in terms of efficiency and ethics?

Efficacy and ethics are not mutually exclusive. In fact, the quest for maximum efficiency is one of the pillars of medical ethics: we must try to treat patients using the best possible techniques. If AI makes it possible to improve care, then we shouldn’t do without it. But this quest for efficiency must be pursued without sacrificing other aspects of medical ethics, such as privacy, medical con-

How can the Government effectively support the deployment of AI in healthcare?

France is asserting a strong ambition for AI in all areas and reiterated this by organising the Global AI Summit in Paris last February. Several levers can be activated to make this ambition a reality. Our report has highlighted several of them. The first lever is access to healthcare data for start-ups. France has a

An outlook report is not there to give very precise or technical operational recommendations. We wanted above all to draw attention to the need not to miss the train of AI in healthcare. While we are not blissfully in awe of new technologies, whose value must always be questioned in the light of public service issues, we believe that it would be regrettable to ignore the benefits of AI for both patients and healthcare professionals. For example, when we talk about medical deserts, technology can help. AI-enhanced telemedicine booths can provide initial care for people who would otherwise have no solution at all.

Évaluation de la recherche et des formations de santé : quelques enseignements

Un entretien avec M. Stéphane LE BOULER,

Ancien président par intérim du Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres)

Vous avez été secrétaire général puis président par intérim du Hcéres jusqu’en mars 2025. Quel regard portez-vous sur l’évaluation de la recherche en santé ?

Le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur a à connaître de la recherche en santé à bien des titres, puisqu’il évalue l’ensemble des unités de recherche, dont celles impliquées sur les questions de santé, quelle que soit la discipline, mais aussi les centres d’investigation clinique, les centres hospitaliers universitaires (sur le volet recherche), les universités (dont celles qui ont une composante santé) et les organismes de recherche, dernièrement l’Institut Pasteur et l’Inserm, sans parler des Instituts hospitalo-universitaires (IHU) dont l’évaluation a été conduite en 2025. Ces différentes perspectives ne fabriquent pas spontanément une vision consolidée. D’où les inflexions souhaitées pour l’évaluation des sites hospitalo-universitaires, en centrant le propos sur la qualité du partenariat normalement matérialisé, dans la suite des ordonnances Debré, par la convention liant l’université à l’hôpital. D’où aussi l’intérêt porté par le Hcéres à l’évaluation d’objets originaux tels que les IHU, qui renouvellent sur des thématiques spécifiques le partenariat hospitalo-universitaire et appellent un questionnement exigeant en termes de mesure d’impact.

Et sur celle des formations de santé, sujet dont vous vous êtes également beaucoup occupé au cours des années récentes ?

Je me suis effectivement occupé de rapprocher les formations paramédicales de l’Université et de l’augmentation des quotas de formation dans la période post Covid. Ces formations sont atypiques, en termes d’organisation (longtemps dans le giron de l’hôpital), de gouvernance (seules formations initiales du supérieur sous la responsabilité des Régions, pour leur fonctionnement) ou de caractéristiques pédagogiques (avec des « référentiels de

formation » très détaillés et une composante pratique très développée – la moitié des heures de formation en soins infirmiers par exemple). Dès lors, l’évaluation n’en est qu’à ses balbutiements sur ce champ : notamment, à travers une évaluation pilote des IFSI en Île-de-France et l’évaluation à venir, qui sera riche d’enseignements a priori, des expérimentations rendues possibles par la Loi Santé de 2019. La situation est différente mais guère plus satisfaisante dans le champ des formations médicales. Globalement, les formations de santé sont atypiques : réfractaires au cadre LMD (licence-master-doctorat), elles ont donc besoin d’un sérieux travail d’adaptation pour être valablement regardées par l’évaluation.

Justement, comment décririez-vous les défis qui sont devant nous en termes de formations et d’accès aux soins ? Il ne suffit pas d’attester de la qualité de la formation au sein de telle ou telle université, de tel ou tel institut, il faut être en capacité de rendre compte de la répartition des ressources soignantes entre les territoires et les spécialités. La réforme de l’accès aux études de santé fait, on le sait, l’objet d’âpres débats, comme si on avait oublié les défauts maintes fois soulignés du système antérieur, celui de la PACES. Cette réforme, les ministres l’ont dit, va être revue, en s’efforçant de préserver les

préoccupations de diversification du vivier de médecins et de progressivité dans les études. La question du nombre de professionnels est aussi particulièrement sensible : on s’est sans doute trop longtemps préoccupé de la régulation du nombre de médecins (le fameux numerus clausus, dont la paternité ne revient pas forcément aux pouvoirs publics à l’origine, on l’oublie bien souvent) et pas assez de celle du temps soignant (qui dépend de beaucoup de facteurs, dont les aspirations des nouvelles générations) et de sa répartition sur le territoire. On le sait aussi, on s’est très tardivement préoccupé du partage des tâches entre soignants, dont ont témoigné le long parcours des textes d’organisation des pratiques avancées et les polémiques qui ont jalonné ce parcours. Sur tous ces sujets, l’appareil de formation est rarement le facteur de blocage des évolutions utiles.

Vous avez conduit de nombreuses missions en matière de sécurité sanitaire par le passé. Quel peut être l’apport des acteurs de la recherche sur ces enjeux ? Ces missions avaient souvent trait à la mobilisation de la recherche en situation d’incertitude, dans le cas des OGM ou sur tel ou tel risque émergent. J’ai effectivement accompagné l’évolution du système d’agences sanitaires, avec les questions cruciales de la mobilisation appropriée de l’expertise, dans sa diversité, et de la séparation entre évaluation et gestion des risques, selon la doctrine mise en place dans les années 1990. Evoquer les maladies infectieuses émergentes au milieu des années 2000 paraissait sans doute un peu ésotérique. Les événements ont depuis révélé l’importance de l’anticipation et souligné les différents aspects de la globalisation : celle de la menace épidémique qui se joue des frontières, mais aussi celle des outils à disposition pour lutter contre une épidémie (dispositifs de protection ou principes actifs). Sans parler de la défiance envers la science ou ses servants ou des attaques en règle actuelles dans le contexte américain.

Evaluation of health research and training: some lessons learned

An interview with Mr. Stéphane LE BOULER, Former Acting President of the High Council for the Evaluation of Research and Higher Education (Hcéres)

You were Secretary General and then Acting President of Hcéres until March 2025. What is your view of the evaluation of health research?

The Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur is involved in health research in many ways, since it evaluates all research units, including those involved in health issues, whatever their discipline, as well as clinical investigation centres, university hospital centres (in terms of research), universities (including those with a health component) and research organisations, most recently the Pasteur Institute and Inserm, not to mention the University Hospital Institutes (IHU), whose assessment was conducted in 2025. These different perspectives do not spontaneously produce a consolidated vision. This is why we have decided to change the focus of the evaluation of university hospital sites, by concentrating on the quality of the partnership that normally takes the form of an agreement between the university and the hospital, following on from the Debré decrees. This also explains the Hcéres’ interest in evaluating original projects such as the IHU, which are renewing the hospital-university partnership on specific themes and call for demanding questioning in terms of impact measurement.

And what about healthcare training, a subject you’ve also been very involved with in recent years?

I have indeed been involved in bringing paramedical training closer to the university and increasing training quotas in the post-Covid period. These courses are atypical, in terms of their organisation (they have long been part of the hospital system), governance (they are the only initial higher education courses to be run under the responsibility of the Regions) and teaching methods (with very detailed ‘training reference frameworks’ and a highly developed practical componenthalf the hours of nursing training, for example). As a result, evaluation in this field

is still in its infancy: in particular, through a pilot evaluation of IFSIs in Île-de-France and the forthcoming evaluation, which will be rich in lessons a priori, of the experiments made possible by the 2019 Health Law. The situation is different, but hardly more satisfactory, in the field of medical training. On the whole, healthcare training is atypical: it is resistant to the LMD (Licence-Master-Doctorate) framework, so it needs serious adaptation work if it is to be properly assessed.

How would you describe the challenges facing us in terms of training and access to care?

It’s not enough to attest to the quality of training at this or that university or institute; we need to be able to report on the distribution of healthcare resources between regions and specialities. As we know, the reform of access to health studies is the subject of fierce debate, as if we had forgotten the oft-repeated shortcomings of the previous system, the PACES. As the ministers have said, this reform will be reviewed, with a view to preserving

the concerns of diversifying the pool of doctors and ensuring that studies are progressive. The question of the number of professionals is also a particularly sensitive one: for too long, we have probably been concerned with regulating the number of doctors (the famous numerus clausus, for which the public authorities were not necessarily responsible in the first place, as is often forgotten) and not enough with regulating the amount of nursing time (which depends on many factors, including the aspirations of new generations) and its distribution across the country. It is also well known that we were very late in addressing the issue of task-sharing between carers, as evidenced by the long process of drafting legislation on the organisation of advanced practices and the controversies that have marked this process. On all these subjects, the training system is rarely the factor that blocks useful developments.

You have led a number of health safety missions in the past. What contribution can the research community make to these issues?

These missions often concerned the mobilisation of research in situations of uncertainty, in the case of GMOs or emerging risks. In fact, I have accompanied the development of the health agency system, with the crucial issues of the appropriate mobilisation of expertise, in all its diversity, and the separation between risk assessment and risk management, according to the doctrine established in the 1990s. Talking about emerging infectious diseases in the mid-2000s probably seemed a little esoteric. Since then, however, events have revealed the importance of anticipation and highlighted the various aspects of globalisation: the threat of epidemics that knows no borders, but also the tools available to combat an epidemic (protective devices or active ingredients). Not to mention the mistrust of science and its proponents, and the outright attacks currently taking place in the United States.

M. Le Bouler at the CEFDG (Commission d’Évaluation des Formations et Diplômes de Gestion) conference on June 21, 2024 / M. Le Bouler lors du colloque de la CEFDG (Commission d’Évaluation des Formations et Diplômes de Gestion) le 21 juin 2024

La formation au service de l’acculturation à l’IA

Un entretien avec le Pr Isabelle RYL, Vice-président Intelligence Artificielle à l’Université PSL, Directrice de PR[AI]RIE-PSAI

Pourriez-vous nous présenter le programme de Paris School of IA de PSL ?

Rappelons tout d’abord que PR[AI] RIE-PSAI est l’un des 9 IA Clusters lauréats de l’appel à projets annoncés en juin 2024. Porté par l’Université PSL en partenariat avec l’Université Paris Cité, le CNRS, Inria et l’Institut Pasteur, il est structuré en trois volets : recherche, formation et innovation. Le volet recherche rassemble 125 chercheurs identifiés qui mettent l’IA au service des sciences (mathématiques, informatique, robotique, traitement des langues, sciences cognitives, physique, statistique, santé, astronomie, chimie, science des matériaux…), des humanités (sociologie, économie, philosophie, histoire des sciences…) et de l’art, dans une logique forte de diffusion de l’IA dans toutes les disciplines scientifiques. Côté formation, l’objectif de la Paris School of AI est de proposer un cursus public, de très haut niveau, en prise directe avec les dernières innovations scientifiques et à tous les niveaux de l’après BAC au post-doctorat. Quant au volet innovation, il soutient le transfert des résultats de recherche vers les entreprises par le biais de co-encadrements de thèses, de contrats de recherche bilatéraux et de création de startups par les étudiants et les chercheurs (programme PSL Pépite, PSL Innovation Fund, PUI…). Et n’oublions pas nos collaborations européennes (via le réseau européen ELLIS, les ERC grants) et internationales (avec les États-Unis et l’Asie).

qui a par exemple créé une « mineure data », un programme transverse qui vise à acculturer à l’IA les étudiants toutes les disciplines. Cela nous permet aujourd’hui de proposer un cursus complet de la licence au doctorat pour les spécialistes et non spécialistes en formation initiale et continue.

Quelles sont vos nouvelles formations en matière d’IA ?

fessionnelles. Nous en sommes déjà à la cinquième promotion de chefs de projets formés à la demande de la Société des Ingénieurs de l’Automobile (SIA). La Société générale a également fait appel à nous (2 promotions), et nous collaborons avec We Are dans le domaine des industries culturelles et créatives.

Quels sont selon vous les principaux défis à relever pour adapter la formation aux nouveaux métiers exigeant des compétences en IA ?

Pourriez-vous nous parler de l’offre de formation au sein de PR[AI]RIE-PSAI ?

Avant 2019 il existait déjà des masters en mathématiques et informatique spécialisés en IA ainsi que des cursus de formation continue. Pendant ses quatre premières années d’existence, PR[AI]RIE a eu un effet catalyseur au sein de PSL

Nous avons lancé un nouveau diplôme : un CPES (entre la licence et la prépa) « Sciences des donnés Art et culture » ainsi qu’une double licence « IA & Sciences des organisations » à Dauphine – PSL. À la rentrée 2025 nous avons proposé une réforme de notre master « IA et sciences des données » (IASD) avec 2 parcours mathématiques et informatique. Un master « IA et société » et un nouvel « International bachelor of Science in IA » ont, quant à eux, attiré un public estudiantin plus large dans la mesure où ils sont enseignés en anglais. De plus, nous développons notre offre de formation continue via l’apprentissage, un executive master et l’élaboration de formations ad hoc en concertation avec les organisations pro-

Les besoins de formation en IA sont immenses. C’est tout l’intérêt de notre programme transverse sur les data qui décline l’IA pour la physique, pour l’économie… L’idée n’est pas de créer des spécialistes de l’IA mais de leur faire comprendre l’impact de l’IA, un outil statistique et mathématique qui change profondément les pratiques dans les différentes spécialités, les différents métiers. Nous réfléchissons déjà à des formations en IA appliquées à la finance et aux assurances, à la santé (avec des programmes de formation continue des médecins portés par Paris Cité)… In fine, c’est une acculturation globale de la société à l’IA qu’il faut mener. À commencer par les jeunes : en février 2025, en marge du sommet sur l’IA à Paris, nous avons organisé pour les lycéens des conférences à distance et sur place (Entretiens d’Excellence, France Digitale) ainsi que des ateliers avec des spécialistes. Autant d’actes de médiation pour intégrer l’IA dans son quotidien et donner envie aux jeunes de choisir une carrière scientifique. La présence sur les réseaux sociaux, la journée « AI in the City », organisée par l’ENS-PSL lors du sommet sur l’IA précité, ou encore les podcasts de Dauphine – PSL « Ex Machina » , destinés à un large public, concourent eux aussi à la diffusion des connaissances en IA pour tous.

Training for AI acculturation

An interview with Prof. Isabelle RYL, Vice-President of Artificial Intelligence at Université PSL, Director of PR[AI]RIE-PSAI

Could you tell us about PSL’s Paris School of AI programme?

First of all, PR[AI]RIE-PSAI is one of the 9 winning IA Clusters in the call for projects announced in June 2024. Led by Université PSL in partnership with Université Paris Cité, CNRS, Inria and Institut Pasteur, it is structured around three strands: research, training and innovation. The research component brings together 125 identified researchers who use AI to serve the sciences (mathematics, computer science, robotics, language processing, cognitive science, physics, statistics, health, astronomy, chemistry, materials science, etc.), the humanities (sociology, economics, philosophy, history of science, etc.) and the arts, with a strong focus on disseminating AI across all scientific disciplines. In terms of training, the Paris School of AI’s objective is to offer a very high-level public curriculum, in direct contact with the latest scientific innovations and at all levels from post-BAC to post-doctorate. As for innovation, it supports the transfer of research results to companies through the co-supervision of theses, bilateral research contracts and the creation of start-ups by students and researchers (PSL Pépite programme, PSL Innovation Fund, PUI, etc.). And let’s not forget our European collaborations (via the European ELLIS network and ERC grants) and international collaborations (with the United States and Asia).

Could you tell us about the training on offer at PR[AI]RIE-PSAI?

Before 2019, there were already masters degrees in mathematics and computer science specialising in AI, as well as continuing education courses. During its first four years of existence, PR[AI]RIE has had a catalytic effect within PSL, which has, for example, created a ‘data minor’, a cross-disciplinary programme that aims to acculturate students from all disciplines to AI. As a result, we are now able to offer a complete curriculum from bachelor’s degree to doctorate for specialists and

non-specialists in both initial and continuing education.

What new courses are you offering in AI?

We have launched a new degree: a CPES (between the bachelor’s degree and the preparatory year) in “Data Sciences, Art and Culture”, as well as a double bachelor’s degree in “IA & Organisational Sciences” at Dauphine – PSL. At the start of the 2025 academic year, we will be proposing a reform of our “AI and Data Science” (IASD) master’s degree, with 2 courses in mathematics and computer science. A master’s degree in “AI and Society” and a new “International Bachelor of Science in AI” should attract a wider student body, as they will be taught in English. In addition, we are developing our continuing education offering through apprenticeships, an executive master and the development of ad hoc courses in conjunction with professional organisations. We have already trained the third class of project managers at the request of the Société des Ingénieurs de l’Automobile (SIA). Société Générale has also called on us (2 classes), and we are working with We Are in the cultural and creative industries.

What do you see as the main challenges in adapting training to the new professions requiring AI skills?

The need for AI training is immense. The idea is not to create AI specialists, but to help them understand the impact of AI, a statistical and mathematical tool that is profoundly changing practices in different specialities and professions. We are already thinking about training courses in AI applied to finance and insurance, to healthcare (with continuing education programmes for doctors supported by Paris Cité)... Ultimately, it is society as a whole that needs to become acculturated to AI. Starting with young people: in February 2025, in conjunction with the AI summit in Paris, we organised remote and on-site conferences for secondary school students (Entretiens d’Excellence, France Digitale) as well as workshops with specialists. These are all acts of mediation to make AI a part of everyday life and inspire young people to choose a career in science. Our presence on social networks, the “AI in the City” day organised by ENS-PSL during the AI summit mentioned above, and Dauphine – PSL’s “Ex Machina” podcasts, aimed at a wide audience, also help to disseminate AI knowledge for all.

PSAI Evening Talks, November 11, 2024 / PSAI Evening talks, 11 novembre 2024

Potentiel scientifique et académique : la recherche au service de la société

Universités, grandes écoles, grands organismes de recherche, programmes et équipements prioritaires de recherche, infrastructures de recherche… L’espace français de la recherche est riche de talents qu’il convient de valoriser à leur juste valeur. Bref tour d’horizon.

117 membres, 2 millions d’étudiants, 3 000 laboratoires de recherche, 82 prix Nobel et 13 médailles Fields : c’est ce que représente France Universités. Le successeur de la Conférence des Présidents d’Universités ambitionne que la France (re)devienne une grande nation scientifique au service de la société. Réparties sur l’ensemble du territoire, y compris dans les collectivités d’Outre-mer, les 75 universités françaises offrent un enseignement de qualité et diplômant dans tous les champs de la connaissance. Elles accueillent 2 millions d’étudiants, soit 57 % des étudiants de l’enseignement supérieur. De plus, l’enseignement y est adossé à la recherche : en témoignent ses 55 000 enseignants-chercheurs. Les universités accueillent dans leurs laboratoires, en articulation avec les organismes de recherche (CNRS, INSERM, CEA…), la majeure partie de l’activité de recherche française, fondamentale et appliquée. On compte aujourd’hui 75 000 doctorants (dont 40 % d’étrangers) au sein des laboratoires d’université (unités mixtes de recherche ou propres aux universités) et 275 écoles doctorales. Les retombées économiques sont clairement identifiées : 1 € investi dans le périmètre des universités de recherche a un impact économique de 4 €. Le 18 juillet dernier France Universités a publié « 6 propositions pour un financement à la hauteur des enjeux et des ambitions des établissements ».1 Une gageure dans le contexte contraint des finances publiques…

Excellence, ouverture, agilité et impact

Les grandes écoles s’engagent elles aussi en faveur de l’excellence scientifique. Véritable voix des 246 grandes écoles françaises (dont 64 % d’écoles publiques), la Conférence des grandes écoles (CGE) est un cercle de réflexion et d’actions, un organisme d’accréditation qui offre un gage de qualité. Le modèle des grandes écoles « allie excellence, ouverture, agilité et impact » selon Delphine Manceau, présidente de la CGE. Ce large réseau partage les mêmes exigences, dont le lien à l’entreprise et

l’innovation. Présidée par François Dellacherie, directeur de Télécom SudParis, sa commission Recherche & Transferts vise à promouvoir l’excellence de la recherche dans les écoles membres de la CGE. Le 8 avril 2025, le Bureau de la CGE a entériné la création de deux nouveaux groupes de travail rattachés à la commission : l’un pour la science ouverte, l’autre pour le doctorat (promotion du doctorat dans une grande école et valorisation auprès des entreprises).2

Un exemple inspirant : AgroParisTech. Composante de l’Université Paris-Saclay, cette grande école forme des ingénieurs, des masters et des docteurs dans les domaines des sciences et industries du vivant et de l’environnement. Elle dispose de huit sites, dont cinq campus, un centre, une ferme expérimentale et une antenne. Ses 250 enseignants-chercheurs, enseignants et cadres scientifiques s’adressent à 3 000 étudiants, dont 12 % de doctorants.

Du côté de la recherche, ses travaux sont articulés autour de 4 axes : production agricole et forestière, transformation alimentaire et non-alimentaire, gestion durable des ressources naturelles et de l’environnement, santé humaine.3 Autant d’enjeux en accord avec les « défis pour demain » identifiés par le plan d’investissement France 2030.

10 découvertes qui ont fait progresser le monde

Chef de file des grands organismes de recherche, le CNRS rassemble 1 100 laboratoires répartis sur l’ensemble du territoire français, 80 laboratoires à l’étranger et 28 000 scientifiques de 90 nationalités différentes. Explorant tous les domaines de la science, la recherche au CNRS est multidisciplinaire par essence et privilégie les coopérations durables. Parmi ses 10 découvertes qui ont fait progresser le monde : le Boson de Higgs (prédite en 1964 et observée pour la première fois en

Siège du CNRS à Paris / CNRS headquarters in Paris

2012, cette particule donne sa masse aux particules élémentaires) ; les micropeptides, des protéines atypiques du génome qui régulent les protéines cellulaires ; les batteries sodium-ion, qui pourraient remplacer les batteries des ordinateurs portables ou voitures électriques actuellement utilisées ; des synapses électroniques capables d’apprendre de manière autonome, ouvrant la voie à la création d’un cerveau artificiel…

Dans le cadre de France 2030, le CNRS assure le pilotage ou le co-pilotage d’une quarantaine de programmes nationaux, dont la majorité des Programmes et équipements prioritaires de recherche (PEPR) et des Programmes prioritaires de recherche (PPR). Les PEPR se déclinent en deux catégories : les PEPR d’accélération (sur l’hydrogène décarboné et l’intelligence artificielle), avec un budget de 2 Md€ sur dix ans, et les PEPR exploratoires (stockage de données sur ADN, interaction lumière-matière), avec une enveloppe de 1 Md€. Ces programmes couvrent cinq grandes thématiques : électronique et numérique, environnement, santé, sociétés, transition énergétique.

Par ailleurs, le programme « Recherche à risque et à impact » est la réponse du CNRS à l’initiative « Recherche à risque » de l’État, financée par France 2030. 2 à 3 M€ ont été investis pour chacun des 12 projets retenus dans la première vague. Ces projets touchent à 5 grands champs d’application : environnement, matière, numérique, sociétés et vivant. Dans cette dernière thématique, le projet CatFoam vise à créer des fluides structurés aux enzymes actifs pour dégrader les biofilms bactériens ou les microplastiques.4 On imagine déjà les applications possibles en termes de santé ou de dépollution.

Des infrastructures interdisciplinaires aux multiples enjeux

Les infrastructures de recherche sont au service de la recherche d’excellence, dans des domaines aussi divers que la physique nucléaire et des hautes énergies, les sciences de la matière, l’astrophysique et l’astronomie, le calcul à haute performance, l’observation de l’environnement, la climatologie, la biologie, les sciences humaines et sociales. Elles présentent un caractère interdisciplinaire de plus en plus marqué, dont résulte une interdépendance croissante entre acteurs de la recherche aux niveaux national, européen et international. L’utilisation d’infrastructures de recherche est devenue, dans la plupart des disciplines, une condition impérative de compétitivité scientifique et de rayonnement international. Elles sont en outre entourées d’enjeux économiques, industriels, voire de souveraineté technologiques significatifs.

Les infrastructures de recherche sont au cœur des stratégies d’accélération de la transition énergétique : FR-Solaris couvre le domaine du solaire à concentration ; THeoREM (Réseau de Moyens d’Essais en Hydrodynamique pour les Énergies Marines Renouvelables) accompagne les projets de R&D&I des secteurs du génie océanique, de l’ingénierie marine et du secteur industriel des EMR ; ECCSEL (European Research Infrastructure for CO2 Capture, Utilisation, Transport and Storage) dispose d’un nœud français, ECCSEL-FR, animé par le BRGM ; IBISBA-FR (Industrial Biotechnology Innovation and Synthetic Biology Acceleration) réunit, au sein d’une coopération inter-organismes, un ensemble de plateformes de recherche produisant des services à la recherche et à l’innovation dans les domaines des biotechnologies industrielles et environnementales…5

Prévisibilité des phénomènes atmosphériques

Les grands organismes de recherche de premier plan hébergent eux aussi des infrastructures de premier plan : l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), l’IFP Energies nouvelles (énergie, transport, environnement), le CEA… Ou encore Météo-France : forte de 150 ans d’expérience et d’innovations technologiques,

Météo-France a développé un large réseau d’infrastructures d’observation, de transmission de données et de calcul intensif. Autour de notre planète, 20 satellites surveillent les terres et les océans ; au sol, 2 000 stations automatiques de surface fournissent des mesures en temps réel ; 39 radars produisent des images des précipitations toutes les 5 minutes ; 15 sites de radio sondage effectuent des observations d’altitude grâce à des ballons ; 4 navires effectuent des radiosondages embarqués sur leur trajet entre la France et les Antilles ; sans compter les 300 bouées dérivantes et 6 bouées ancrées en mer. S’y ajoutent les appareils de télédétection (lidar, sodar), les méthodes d’assimilation de données (pour passer du monde de l’observation à celui de la prévision grâce aux modèles de prévision numérique du temps) et les longues séries de référence qui permettent de suivre l’évolution du climat et de fournir de meilleures données pour évaluer et calibrer les modèles numériques globaux et régionaux du climat.

Les travaux de recherche de Météo-France portent principalement sur la prévisibilité des phénomènes atmosphériques, l’étude du climat et du changement climatique, le cycle de l’eau, l’étude des échanges océan/ atmosphère, la physico-chimie atmosphérique, la météorologie urbaine, l’assimilation et la modélisation pour la prévision numérique du temps, les développements instrumentaux et l’étude du manteau neigeux. Autant de thèmes à forts enjeux socio-économiques. De la recherche fondamentale aux applications directes sur le terrain : c’est tout un continuum que les acteurs français font vivre au quotidien.

1 Source : France Universités.

2 Source : Conférence des grandes écoles.

3 Source : AgroParisTech.

4 Source : CNRS.

5 Source : ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Bois coupé en bordure de chemin. La production forestière fait partie des axes de recherche d’AgroParisTech / Wood cut along the roadside. Forestry production is one of AgroParisTech’s areas of research

Scientific and academic potential: research serving society

Universities, Grandes Ecoles, major research organisations, priority research programmes and facilities, research infrastructures... The French research area is rich in talent that needs to be harnessed to its full potential. Here’s a brief overview.

117 members, 2 million students, 3,000 research laboratories, 82 Nobel Prize winners and 13 Fields Medals: that’s what France Universités stands for. The successor to the Conférence des Présidents d’Universités aims to ensure that France (re)becomes a great scientific nation at the service of society. Spread across the country, including the French Overseas Territories, France’s 75 universities offer high-quality, degree-granting education in all fields of knowledge. They are home to 2 million students, or 57% of all higher education students. What’s more, their teaching is backed up by research, as demonstrated by the 55,000 teachersresearchers.

Universities, in conjunction with research bodies (CNRS, INSERM, CEA, etc.), host most of France’s fundamental and applied research in their laboratories. There are currently 75,000 doctoral students (40% of whom are from outside France) in university laboratories (joint research units or those run by universities themselves) and 275 doctoral schools. The economic spin-offs are clearly identified: €1 invested in research universities has an economic impact of €4. On 18 July, France Universités published ‘6 proposals for funding that meets the challenges and ambitions of the institu-

tions’. A tall order given the constraints on public finances...

Excellence, openness, agility and impact

The grandes écoles are also committed to scientific excellence. As the voice of France’s 246 grandes écoles (64% of which are public schools), the Conférence des grandes écoles (CGE) is a forum for reflection and action, and an accreditation body that offers a guarantee of quality. The grandes écoles model ‘combines excellence, openness, agility and impact’, according to Delphine Manceau, President of the CGE. This broad network shares the same requirements, including the link to business and innovation.

Chaired by François Dellacherie, Director of Télécom SudParis, its Research & Transfers Commission aims to promote excellence in research in CGE member schools. On 8 April 2025, the CGE Bureau approved the creation of two new working groups attached to the commission: one for open science, the other for doctorates (promotion of doctorates in a grande école and their value to companies).

An inspiring example: AgroParisTech. Part of the Université Paris-Saclay, this grande école trains engineers, masters and

PhDs in the fields of life sciences and environmental industries. It has eight sites, including five campuses, a centre, an experimental farm and a branch. Its 250 teacher-researchers, lecturers and scientific managers teach 3,000 students, including 12% of doctoral students. On the research side, its work focuses on 4 areas: agricultural and forestry production, food and non-food processing, sustainable management of natural resources and the environment, and human health. All these issues are in line with the ‘challenges for tomorrow’ identified by the France 2030 investment plan.

10 discoveries that have moved the world forward

The CNRS is the leading research organisation in France, with 1,100 laboratories throughout the country, 80 laboratories abroad and 28,000 scientists of 90 different nationalities. Exploring all areas of science, CNRS research is inherently multidisciplinary and favours long-term cooperation. Among its 10 discoveries that have moved the world forward: the Higgs Boson (predicted in 1964 and observed for the first time in 2012, this particle gives elementary particles their mass); micropeptides, atypical proteins in the genome that regulate cellular

Agro Paris-Saclay Campus, Palaiseau / Campus Agro Paris-Saclay, Palaiseau

proteins; sodium-ion batteries, which could replace the batteries currently used in laptops or electric cars; electronic synapses capable of autonomous learning, opening the way to the creation of an artificial brain...

As part of France 2030, the CNRS is responsible for steering or co-steering around forty national programmes, including Priority Research Programmes and Equipment (PEPR) and Priority Research Programmes (PPR). The PEPRs fall into two categories: acceleration PEPRs (on low-carbon hydrogen and artificial intelligence), with a budget of € 2 billion over ten years, and exploratory PEPRs (data storage on DNA, light-matter interaction), with a budget of € 1 billion. These programmes cover five major themes: electronics and digital technology, the environment, health, society and the energy transition.

The ‘Research with Risk and Impact’ programme is CNRS’s response to the French government’s ‘Research with Risk’ initiative, funded by France 2030. Between €2m and €3m has been invested in each of the 12 projects selected in the first wave. These projects cover 5 major fields of application: environment, matter, digital, societies and life. In this last area, the CatFoam project aims to create structured fluids with active enzymes to degrade bacterial biofilms or microplastics. We can already imagine the possible applications in terms of health and pollution control.

Interdisciplinary infrastructures to meet a wide range of challenges

Research infrastructures serve research of excellence in fields as diverse as nuclear and high-energy physics, matter sciences, astrophysics and astronomy, highperformance computing, environmental

Vertical cross-section of the Earth’s atmosphere. Climatology is a field of research at Météo-France / Coupe verticale de l’atmosphère terrestre. La climatologie est un champ de recherche de Météo-France

observation, climatology, biology and the human and social sciences. They are increasingly interdisciplinary in nature, resulting in growing interdependence between research players at national, European and international levels. In most disciplines, the use of research infrastructures has become an imperative condition for scientific competitiveness and international influence. In addition, significant economic, industrial and even technological sovereignty issues are at stake.

Research infrastructures are at the heart of strategies to accelerate the energy transition: FR-Solaris covers the field of concentrated solar power; THeoREM (Réseau de Moyens d’Essais en Hydrodynamique pour les Énergies Marines Renouvelables) supports R&D&I projects in the ocean engineering, marine engineering and renewable marine energy industrial sectors; ECCSEL (European Research Infrastructure for CO2 Capture, Utilisation, Transport and Storage) has a French node, ECCSEL-FR, run by BRGM; IBISBA-FR (Industrial Biotechnology Innovation and Synthetic Biology Acceleration) brings together, within an inter-organisational cooperation, a set of research platforms producing services for research and innovation in the fields of industrial and environmental biotechnologies...

Predictability of atmospheric phenomena

Some of the world’s leading research organisations are also home to world-class infrastructures: INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), IFP Energies nouvelles (energy, transport, environment), CEA... Or Météo-France:

with 150 years of experience and technological innovation behind it, MétéoFrance has developed an extensive network of observation, data transmission and intensive computing infrastructures. Around our planet, 20 satellites monitor land and sea; on the ground, 2,000 automatic surface stations provide real-time measurements; 39 radars produce rainfall images every 5 minutes; 15 radio sounding sites carry out altitude observations using balloons; 4 ships carry out on-board radiosoundings on their journey between France and the French West Indies; not to mention the 300 drifting buoys and 6 buoys anchored at sea. In addition, there are remote sensing devices (lidar, sodar), data assimilation methods (to move from the world of observation to that of forecasting using numerical weather prediction models) and long reference series which make it possible to monitor climate change and provide better data for evaluating and calibrating global and regional numerical climate models.

Neuro-neuronal synapse under the transmission electron microscope. Today, electronic synapses are paving the way for the creation of an artificial brain / Synapse neuro-neuronale au microscope électronique en transmission. Aujourd’hui les synapses électroniques ouvrent la voie à la création d’un cerveau artificiel

Météo-France’s research focuses mainly on the predictability of atmospheric phenomena, the study of climate and climate change, the water cycle, the study of ocean/atmosphere exchanges, atmospheric physico-chemistry, urban meteorology, assimilation and modelling for numerical weather prediction, instrumental developments and the study of snow cover. These are all themes with major socio-economic implications. From fundamental research to direct applications in the field: it’s a whole continuum that French players bring to life on a daily basis.

The Space Astrophysics Institute in Orsay: a member of the Université Paris-Saclay / L’Institut d’astrophysique spatiale à Orsay : un membre de l’université Paris-Saclay.

La recherche libre, clé des innovations de rupture de demain

Un entretien avec M. Lamri ADOUI, Président de France Universités,

de l’université de Caen Normandie

Pourriez-vous nous rappeler ce qui distingue les universités en matière de recherche ?

Les universités sont des institutions situées au cœur de leurs écosystèmes, en lien étroit avec l’ensemble de leurs partenaires : l’État, les collectivités territoriales, pour lesquelles la recherche et l’innovation représentent un facteur d’attractivité et de développement économique, le monde économique, avec ses besoins en matière de formation et de compétences, et la société civile, qu’il s’agit de sensibiliser à la science au travers de manifestations variées comme « Ma thèse en 180 secondes ». Fortes du potentiel élevé de leurs laboratoires de recherche, les universités sont les seules à pouvoir articuler les enjeux de formation, de recherche et d’innovation en leur sein. C’est le cas de l’IA notamment : formation de spécialistes, acculturation des professionnels, formation de formateurs, recherche de haut niveau, innovation, transfert de technologie… c’est tout un continuum que seules les universités maîtrisent.

Où en est la France en tant que nation scientifique ?

La France est le quatrième pays le plus récompensé pour les Prix Nobel (82) et le deuxième pour les médailles Fields. Elle compte plus de 3 000 laboratoires de recherche, 55 000 chercheurs et occupe le deuxième rang européen pour le dépôt de brevets, derrière l’Allemagne mais devant le Royaume-Uni et l’Italie. Cela dit, plusieurs rapports européens récents pointent un léger décrochage de la France en matière d’innovation par rapport aux États-Unis, à la Chine, à la Corée du Sud ou à Singapour. De plus, la part du PIB consacrée à la recherche en France (2,2 %) est encore loin de l’objectif de 3 % fixé par l’État il y a 20 ans, et en-dessous de la moyenne de l’OCDE (2,7 %). Il importe donc, à l’échelle française et européenne, d’accélérer les efforts en matière de recherche et d’innovation tout en soutenant équitablement la recherche dirigée, top-down, et la recherche libre, portée par la curiosité du chercheur et susceptible de

générer des innovations de rupture pour demain. Je tiens aussi à souligner le potentiel entrepreneurial des universités avec pas moins de 6 000 étudiants entrepreneurs en 2023-2024.

Comment les universités contribuentelles aux transitions écologiques et sociétales ?

Les universités ont nettement accru leurs compétences et leur prise de conscience en matière de transition écologique. Dans le sillage du Plan climat-biodiversité et transition écologique de l’Enseignement supérieur et de la Recherche de 2022, elles ont renforcé la production de nouvelles connaissances, le développement d’expertises et les actions de sensibilisation. 80 % des universités comptent parmi leur équipe dirigeante un membre dédié à ces questions et chaque université doit finaliser d’ici la fin 2025 son schéma directeur en matière de développement durable et de responsabilité sociale et environnementale. De plus, un plan national de formation stipule qu’à la rentrée 2025, 100 % des étudiants de licence devront recevoir une formation au développement durable et des formateurs devront être formés à cette fin. Les travaux des chercheurs et les PEPR (dont celui porté par l’Université Gustave Eiffel sur la ville et le bâtiment durable) jouent aussi un

rôle moteur. Un autre facteur-clé est celui du patrimoine immobilier universitaire : il représente un quart du patrimoine de l’État avec plus de 10 millions de m². Nous travaillons actuellement avec la Banque européenne d’investissement pour faciliter le recours à l’emprunt et accélérer la mise en œuvre de projets de transition énergétique qui nous permettront de réduire les coûts. Après le Plan Campus et le plan France Relance, nous appelons de nos vœux un nouveau plan pérenne avec le soutien de l’État. Du côté sociétal, les universités promeuvent la science avec et pour la société via de nombreuses actions (programme de l’ANR sur la recherche participative, contribution de l’IUF par le biais de chercheurs médiateurs et de masters, événements dans les territoires…).

Quels obstacles les universités doiventelles lever pour mener ces missions à bien ?

Elles pâtissent d’un manque de moyens très important pour assurer l’ensemble de leurs missions de service public. Les décisions inattendues de l’État, comme l’augmentation du point d’indice des agents de la fonction publique sans compensation budgétaire, nuisent à leur capacité de pilotage stratégique. Depuis les années 2010, elles ont accueilli 500 000 étudiants supplémentaires sans fonds en sus. Les universités ont pourtant un rôle-clé à jouer sur les grands enjeux que sont les compétences et la formation, l’avenir de la jeunesse, la souveraineté et la compétitivité. Encore faut-il leur en donner les moyens, en synergie avec l’ensemble des acteurs. Ces moyens concernent aussi le rôle de chef de file de l’enseignement supérieur que l’État attribue aux universités sur leurs territoires. Je m’interroge en outre sur le modèle économique des appels à projets, dont les ressources sont non pérennes. Je m’inquiète enfin du manque de reconnaissance institutionnelle des universités et, plus encore, du manque de valorisation des doctorants français, du peu de passerelles entre le public et le privé. Puisse ce verrou se transformer en levier !

Open research, the key to tomorrow’s breakthrough innovations

An interview with Mr. Lamri ADOUI, President of France Universités, President of the University of Caen Normandie

Could you remind us what distinguishes universities in terms of research?

Universities are institutions at the heart of their ecosystems, working closely with all their partners: the State; local authorities, for whom research and innovation are a factor in attractiveness and economic development; the business world, with its needs in terms of training and skills; and civil society, which needs to be made more aware of science through a variety of events such as ‘My thesis in 180 seconds’. Thanks to the high potential of their research laboratories, universities are uniquely able to combine the challenges of education, research and innovation within their own structures. This is particularly true in the case of AI: training specialists, educating professionals, training trainers, high-level research, innovation, technology transfer... it’s a whole continuum that only universities can master.

Where does France stand as a scientific nation?

France is the fourth most awarded country in terms of Nobel Prizes (82) and second in terms of Fields Medals. It has more than 3,000 research laboratories and 55,000 researchers, and ranks second in Europe for patent applications, behind Germany but ahead of the UK and Italy. That said, a number of recent European reports point to France falling slightly behind the United States, China, South Korea and Singapore in terms of innovation. What’s more, the proportion of GDP devoted to research in France (2.2%) is still a long way off the 3% target set by the French government 20 years ago, and below the OECD average (2.7%). It is therefore important, at both French and European level, to step up efforts in the field of research and innovation, while providing fair support for directed, top-down research and free research, driven by the curiosity of the researcher and likely to generate breakthrough innovations for tomorrow. I would also like to highlight the entrepreneurial potential of universities, with no fewer than 6,000 student entrepreneurs in 2023-2024.

How are universities contributing to ecological and societal transitions?

Universities have significantly increased their skills and awareness of the ecological transition. In the wake of the 2022 Plan climat-biodiversité et transition écologique de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, they have stepped up the production of new knowledge, the development of expertise and awareness-raising initiatives. 80% of universities have a member of their management team dedicated to these issues, and each university must finalise its sustainable development and social and environmental responsibility master plan by the end of 2025. In addition, a national training plan stipulates that by the start of the new academic year in 2025, 100% of undergraduates must receive training in sustainable development, and instructors must be trained for this purpose. The work of researchers and the PEPRs (including the one supported by the Université Gustave Eiffel on the city and sustainable building) are also playing a driving role. Another key factor is the university property portfolio, which represents a quarter of the State’s total, with over 10 million m². We are currently working with the European Investment Bank to facilitate recourse to borrowing and accelerate the implementation of energy transition projects that will enable us to reduce costs. After the Campus Plan and the France Relance plan, we are calling for a new long-term plan with the support of the State. On the societal

front, universities are promoting science with and for society through a number of initiatives (ANR programme on participatory research, IUF contribution through researcher mediators and masters courses, events in local areas, etc.).

What obstacles do universities have to overcome in order to carry out these missions?

They are suffering from a serious lack of resources to carry out all their public service missions. Unexpected decisions by the State, such as the increase in the index point for civil servants without budgetary compensation, have a negative impact on their capacity for strategic management. Since the 2010s, universities have taken on 500,000 extra students without any additional funding. Yet universities have a key role to play in the major issues of skills and training, the future of young people, sovereignty and competitiveness. But they need to be given the resources to do so, in synergy with all the other players. These resources also concern the role of leader in higher education that the State assigns to the universities in their territories. I also wonder about the economic model for calls for projects, whose resources are not sustainable. Finally, I am concerned about the lack of institutional recognition of universities and, even more so, the lack of recognition of French doctoral students and the lack of bridges between the public and private sectors.

L’Université PSL, un acteur majeur de l’innovation et de l’économie de demain

Un entretien avec M. Cédric DENIS-RÉMIS, Vice-président développement, innovation et entrepreneuriat à l’Université PSL

Quels sont les grands axes de la politique de l’Université PSL en matière de soutien à l’innovation ?

Longtemps les universités ont été connues pour leurs deux premières missions : la formation et la recherche. Aujourd’hui leur troisième mission est de plus en plus visible : c’est l’innovation au sens large, le transfert de technologies et la création de valeur associée (laboratoires communs, création de startups et d’emplois…). Cette volonté d’avoir un fort impact socio-économique, l’Université PSL la porte depuis plus de 10 ans et fait figure de pionnière à cet égard. Parallèlement au modèle classique de dépôt de brevet, de licence et de royalties, elle a développé un nouveau modèle pour aider les chercheurs à créer leur entreprise. Cela a eu un effet boule de neige : nous avons désormais une véritable population de chercheurs-entrepreneurs, co-fondateurs, actionnaires ou responsables scientifiques de startups. Dans ce modèle, la licence est accordée à un entrepreneur et non une entreprise établie depuis longtemps ; elle est convertie en participation en ne demandant pas d’argent au tout début de la vie de l’en-

treprise, là où elle est le plus fragile. Chaque année une dizaine de startups en lien avec la recherche sont créées au sein de l’Université. Par ailleurs PSL a pris une participation dans 30 startups actives ainsi qu’une trentaine d’autres via le PSL Innovation Fund, fonds d’investissement indépendant qu’elle a créé avec Elaia. Un tiers d’entre elles sont actives dans la biologie-santé, un tiers dans le numérique et l’IA, un dernier tiers dans les technologies pour le climat.

Pourquoi PSL soutient-elle particulièrement l’émergence des start-ups deeptech ? Contrairement aux entreprises « classiques », les startups deeptech entretiennent un lien étroit en lien avec la science, la recherche et sont intensives en capital - une nécessité pour concevoir un prototype industriel. De plus, le temps de maîtrise d’une nouvelle technologie est très long mais l’impact attendu est important : un nouveau vaccin, une nouvelle solution pour la mobilité ou le climat…

Pourriez-vous nous donner quelques exemples de success-stories en la matière ?

Il y en a beaucoup ! Mais je peux vous en citer trois. SUBLIME Energie a développé un procédé révolutionnaire de liquéfaction du biogaz issu des déchets organiques de l’agriculture (lisier de porc). Cette première mondiale devrait optimiser la gestion de ces déchets et démocratiser la méthanisation auprès des exploitations agricoles. Les investisseurs ne s’y sont pas trompés : en mars 2024, la start-up deeptech SUBLIME Energie a levé 11,5 M € . Pour sa part, Energo a développé une technologie révolutionnaire de synthèse chimique en combinant la catalyse hétérogène et le plasma froid. Cette technologie propre et décarbonée s’applique notamment à la

production de gaz renouvelable par transformation en CH4, du CO et du CO2, d’origine biogénique, issu du traitement des déchets, ou de l’industrie métallurgique. Cela lui a permis de lever 16,5 M € en mai 2024. Enfin, LightOn est le premier acteur de l’IA générative à entrer en bourse sur Euronext Growth à Paris. Cette introduction lui a permis de lever 12 M € en novembre 2024. Une belle reconnaissance pour cette entreprise : après avoir commercialisé des co-processeurs photoniques pour l’IA de très grande taille et des Large Language Models (LLMs) sur supercalculateurs, elle commercialisera prochainement Paradigm, une plateforme d’IA générative sécurisée par design à destination des entreprises.

Pourriez-vous nous présenter le Pôle Universitaire d’Innovation (PUI) de PSL ?

L’université PSL est en effet l’une des 29 lauréates de l’appel à propositions 2023 des Pôles Universitaires d’Innovation (PUI). À ce titre, elle a reçu 11 M€ sur 4 ans : c’est le plus gros montant alloué dans ce cadre. Cela conforte la politique de PSL, qui place les relations avec le monde socio-économique au cœur de ses priorités et se positionne comme un acteur majeur de l’innovation et de l’économie de demain. Le PUI va accélérer le renforcement de notre écosystème, contribuant ainsi à créer de la valeur et à réindustrialiser la France. Pour ce faire, nous disposons de plusieurs leviers : la sensibilisation, les plateformes technologiques, le renforcement des liens avec les entreprises, l’accompagnement des startups, et bien sûr la communication pour créer du lien avec la société toute entière. C’est dans cet esprit d’ouverture que se tiendront le Mines Paris Research Day le 23 juin 2026 (avec notamment une session spécifique sur les applications de l’IA à la défense) et le Deeptech Forum, également organisé par Mines Paris-PSL le 18 mars 2026. Des événements rassembleurs !

Université PSL, a major player in tomorrow’s innovation and economy

An interview with Mr. Cédric DENIS-RÉMIS, Vice-President, Development, Innovation and Entrepreneurship, Université PSL

What are the main thrusts of Université PSL innovation support policy?

For a long time, universities were known for their first two missions: education and research. Today, their third mission is increasingly visible: innovation in the broadest sense of the term, technology transfer and associated value creation (joint laboratories, creation of start-ups and jobs, etc.). Université PSL has been committed to achieving a strong socio-economic impact for over 10 years, and is a pioneer in this field. Alongside the classic model of patent registration, licensing and royalties, it has developed a new model to help researchers set up their own companies. This has had a snowball effect: we now have a veritable population of researcher-entrepreneurs, co-founders, shareholders or scientific managers of startups. In this model, the license is granted to an entrepreneur, not a long-established company; it is converted into a shareholding by not asking for money at the very beginning of the company’s life, when it is most fragile. Every year, around ten research-related startups are created within the University. In addition, PSL has acquired a stake in 30 active startups, as well as around 30 others via the PSL Innovation Fund, an independent investment fund it set up with Elaia. A third of these are active in biology-health, a third in digital and AI, and a final third in climate technologies.

Why does PSL particularly support the emergence of deeptech start-ups?

Unlike “classic” companies, deeptech startups are closely linked to science and research, and are capital-intensive - a necessity if they are to develop an industrial prototype. What’s more, it takes a very long time to master a new technology, but the expected impact is significant: a new vaccine, a new solution for mobility or the climate...

Could you give us a few examples of success stories in this field?

There are a lot of them! But I can give you three. SUBLIME Energie has developed a

revolutionary process for liquefying biogas from organic agricultural waste (pig slurry). This world first should optimize the management of this waste and democratize methanization on farms. Investors have made no mistake: in March 2024, deep tech start-up SUBLIME Energie raised €11.5 million. For its part, Energo has developed a revolutionary chemical synthesis technology combining heterogeneous catalysis and cold plasma. This clean, low-carbon technology can be applied in particular to the production of renewable gas by converting biogenic CO and CO2 from waste treatment or the metallurgical industry into CH4. This enabled it to raise €16.5 million in May 2024. Finally, LightOn is the first player in generative AI to go public on Euronext Growth in Paris. This IPO enabled it to raise €12 million in November 2024. A great recognition for this company: after marketing photonic co-processors for very large-scale AI and Large Language Models (LLMs) on supercomputers, it will soon be marketing Paradigm, a design-secure generative AI platform for enterprises.

Could you tell us about PSL’s Pôle Universitaire d’Innovation (PUI)?

Université PSL is one of the 29 winners of the 2023 call for proposals for the Pôles Universitaires d’Innovation (PUIs - University Innovation Clusters). As such, it has received €11 million over 4 years, the largest amount ever allocated in this context. This reinforces PSL’s policy, which places relations with the socio-economic world at the heart of its priorities, and positions it as a major player in innovation and the economy of tomorrow. The PUIs will accelerate the strengthening of our ecosystem, helping to create value and reindustrialize France. To achieve this, we have a number of levers at our disposal: raising awareness, technology platforms, strengthening links with companies, supporting startups, and of course communication to create links with society as a whole. It is in this spirit of openness that Mines Paris Research Day will be held on June 23, 2026 (with a special session on AI applications in defense) and the Deeptech Forum, also organized by Mines Paris-PSL on March 18, 2026. Events that bring people together!

Students in a cutting-edge laboratory at ESPCI Paris - PSL / Étudiants au sein d’un laboratoire de pointe de l’ESPCI Paris - PSL

Pour une cyberdéfense autonome

Pourriez-vous nous rappeler la mission et les chiffres-clés du PEC ?

Le Pôle a été créé en 2014 en réponse au Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale 2008. Cluster industriel reposant sur une technologie duale, le PEC tient compte du nouvel espace de combat défensif et offensif que représente le numérique. Il s’appuie sur un écosystème breton dynamique (centre d’expertise de la DGA, ComCyber, PME actives dans le hacking, la crypto, la désinformation, universités, Télécom Bretagne…), en lien avec les axes prioritaires de développement régionaux : maritime, agro-alimentaire et cyber. Aujourd’hui le PEC compte près de 130 membres : ministère des Armées, startups, Inria, CNRS, une quarantaine d’écoles et de facultés, de grandes sociétés (EDF, La Poste, Capgemini, Thales, Airbus, Orange, Sopra Steria…), des PME dont 40 % sont bretonnes, un incubateur, la Cyber Defense Factory…

Pourriez-vous nous présenter vos 3 axes stratégiques ?

Le premier axe concerne la recherche. De concert avec David Alis, vice-président du PEC et président de l’Université de Rennes, le projet Sequoia (Cyber et IA) a été lauréat de l’appel à projets IA & Cyber de France 2030. Par ailleurs, le Pôle anime une trentaine de groupes de travail, en par-

Un entretien avec le vice-amiral d’escadre (2S) Arnaud COUSTILLIÈRE, Président du Pôle d’excellence cyber (PEC)

ticulier sur le Canada (avec diverses universités du Québec et celle de Rennes), le quantique (avec l’organisation de la CAIDConference on Artificial Intelligence for Defense dans le cadre de la European Cyber Week)… Deuxième axe : la formation. Dans le cadre de l’appel à projets « CyberSkills4All », le Pôle d’excellence cyber remplit une mission de conseil stratégique et de mise en relation des entreprises avec des besoins de formation et des formateurs. Une vingtaine d’organismes bénéficieront d’un financement France 2030 pour sensibiliser 80 000 élèves rennais à la cybersécurité et former des professionnels. Enfin, le troisième axe est centré sur le business avec des forums de discussion pour relayer les appels à projets et les opportunités d’investissement, un groupe de travail sur les appels à projets du Fonds Européen de Défense, la participation à divers événements (Govware à Singapour, SIT Africa Forum à Marrakech…), l’ouverture de représentations à Singapour, en Corée du Sud et au Canada, la signature d’un protocole de coopération avec l’association canadienne de la cybersécurité In-Sec-M, l’aide au développement…

En quoi consistent les programmes du PEC ?

Je tiens à souligner la dimension sociétale et inclusive de programmes comme les Cadettes de la cyber : chaque année (nous en sommes à la 5ème édition), un peu plus d’une douzaine de jeunes femmes de niveau master sont sélectionnées, marrainées et formées aux soft skills, qui feront la différence dans leurs parcours. Elles assurent une mission de sensibilisation au risque cyber, auprès des collégiens et lycéens, et sont très actives sur Internet Linkedin, Instagram, podcast La matrice a buggé...). Dans une approche plus large des enjeux sociétaux de la filière, le PEC soutient également l’inclusion des personnes neuroatypiques en entreprise. Aujourd’hui, seuls 11 % des Asperger occupent un emploi, malgré des compétences reconnues et recherchées. Nous privilégions des micro-projets à forte visibilité et aimerions accompagner une quinzaine de trentenaires en 2025-26 : l’objectif est de donner l’envie à des entreprises de relayer cette initiative.

Dans le sillage de précédents Livres blancs (intégration du risque cyber au plan communal de sauvegarde des petites communes, lutte contre les manipulations de l’information…) et du Guide de sécurité numérique pour les petites et moyennes collectivités territoriales, nous publions en mai 2025 un Livre blanc sur le thème d’une IA de confiance dans le domaine régalien. Le PEC participe également à l’EDIH Bretagne, un programme qui fédère 27 partenaires pour l’accompagnement de la cyber-résilience des territoires et des entreprises. Et n’oublions pas notre événement annuel : l’European Cyber Week, qui s’est tenu du 17 au 20 novembre dernier. Cette édition a confirmé le rôle de l’ECW comme un rendez-vous de référence de l’écosystème cyber français et européen. Les travaux ont porté à la fois sur les enjeux structurants de la cybersécurité et sur le développement d’une intelligence artificielle de confiance appliquée à la défense, au cœur des préoccupations de souveraineté et de sécurité nationales.

Quel bilan dressez-vous des dix ans d’activité du PEC et quels défis anticipezvous pour les dix ans à venir ?

Le PEC est d’ores et déjà un succès car il a accompagné la dynamique commune MinArm-Bretagne avec pour résultats visibles 10 000 emplois créés en Bretagne, 130 membres et des publications qui jouissent d’une belle visibilité. Notre rôle a été réaffirmé par une récente convention entre le ministre et le président de la Région. Mais nous agissons à partir de la Bretagne avec un objectif national à dimension européenne. Nous sommes aussi très proches de l’Occitanie. Notre objectif reste de satisfaire nos membres et de les aider à créer une cyberdéfense autonome dont les technologies partiront à l’assaut du monde grâce à des entrepreneurs capables de prendre des risques. Dans un monde incertain marqué par une forte dépendance à l’extérieur, il est urgent de développer une autonomie stratégique dans un contexte où les velléités de contrôle accrues font peser une menace sur le traitement des données. IA générative, quantique, 5G… Le numérique est au cœur de cette transformation technologique et le PEC y prend part !

For an autonomous cyber defence

An interview with vice-admiral d’escadre (2S)

COUSTILLIÈRE,

of the Cyber Centre of Excellence (PEC)

Could you remind us of the PEC’s mission and key figures?

The cluster was created in 2014 in response to the 2008 White Paper on Defence and National Security. An industrial cluster based on dual technology, the PEC takes account of the new defensive and offensive battlespace that digital technology represents. It relies on a dynamic Breton ecosystem (DGA centre of expertise, COMCYBER, SMEs active in hacking, crypto, disinformation, universities, Télécom Bretagne, etc.), linked to the region’s development priorities: maritime, agri-food and cyber. Today, the PEC has nearly 130 members: the Ministry of the Armed Forces, start-ups, Inria, CNRS, around forty schools and faculties, major companies (EDF, La Poste, Capgemini, Thales, Airbus, Orange, Sopra Steria, etc.), SMEs (40% of which are Breton), an incubator, the Cyber Defense Factory, etc.

Could you tell us about your 3 strategic priorities?

The first area is research. Together with David Alis, Vice-President of the PEC and President of the University of Rennes, the Sequoia project (Cyber and AI) won the France 2030 call for AI & Cyber projects. In addition, the cluster leads around thirty working groups, in particular on Canada (with various universities in Quebec and the University of Rennes), quantum (with the organisation of the CAID - Conference on Artificial Intelligence for Defence as part of European Cyber Week)... Second area: training. As part of the ‘CyberSkills4All’ call for projects, the Cyber Centre of Excellence is providing strategic advice and putting companies with training needs and trainers in touch with each

other. Around twenty organisations will benefit from France 2030 funding to raise awareness of cyber security among 80,000 schoolchildren in Rennes and train professionals. Finally, the third axis is focused on business, with discussion forums to relay calls for projects and investment opportunities, a working group on calls for projects from the European Defence Fund, participation in various events (Govware in Singapore, SIT Africa Forum in Marrakech, etc.), the opening of representative offices in Singapore, South Korea and Canada, the signing of a cooperation protocol with the Canadian cybersecurity association In-Sec-M, development aid, etc.

What do the ECP programmes consist of?

I’d like to emphasise the social and inclusive dimension of programmes like the Cadettes de la cyber: each year (we’re in the 5th year), just over a dozen young women at Masters level are selected, mentored and trained in the soft skills that will make all the difference to their careers. They raise awareness of cyber risks among secondary school pupils and are very active on the Internet, LinkedIn, Instagram, and the podcast La matrice a buggé (The Matrix Has Bugged Out). Taking a broader approach to the societal challenges facing the sector, the PEC also supports the inclusion of neuroatypical people in the workplace. Today, only 11% of people with Asperger’s syndrome are in employment, despite their recognised and sought-after skills. We favour high-profile micro-projects and would like to support around fifteen people in their thirties by 2025-26: the aim is to encourage companies to take up this initiative. In the wake of previous White Papers (integrating cyber risk into the local protection plan for small local authorities, combating the manipulation of information, etc.) and the Digital Security Guide for small and medium-sized local authorities, we are

publishing a White Paper in May 2025 on the theme of trusted AI in the government sector. The PEC is also taking part in EDIH Bretagne, a programme that brings together 27 partners to support the cyber-resilience of local authorities and businesses. And let’s not forget our annual event: European Cyber Week (ECW), which took place from 17 to 20 November. This year’s edition confirmed ECW’s role as a key event for the French and European cyber ecosystem. The work focused both on the structural challenges of cybersecurity and on the development of trusted artificial intelligence applied to defence, which is at the heart of national sovereignty and security concerns.

What is your assessment of the PEC’s ten years of activity and what challenges do you foresee for the next ten years?

The PEC is already a success because it has supported the joint MinArm-Brittany dynamic, with the visible results being 10,000 jobs created in Brittany, 130 members and publications that enjoy a high profile. Our role was reaffirmed by a recent agreement between the Minister and the President of the Region. But we are acting from Brittany with a national objective with a European dimension. We are also very close to the Occitanie region. Our objective remains to satisfy our members and help them create an autonomous cyberdefence whose technologies will take the world by storm, thanks to entrepreneurs capable of taking risks. In an uncertain world marked by a high level of dependence on the outside world, there is an urgent need to develop strategic autonomy in a context where the desire for greater control poses a threat to data processing. Generative AI, quantum, 5G... Digital technology is at the heart of this technological transformation, and the PEC is playing its part!

Intelligence artificielle : un levier d’innovation au service de la compétitivité

Placer la France au cœur des débats internationaux sur l’avenir de l’IA pour établir collectivement les fondements scientifiques, les solutions et les standards d’une IA plus durable au service du progrès et de l’intérêt général : c’était l’ambition affichée par le gouvernement français lors de la Semaine pour l’action sur l’intelligence artificielle organisée du 6 au 11 février dernier. Une ambition qui se décline en de nombreux projets innovants.

La France compte plus de 1 000 jeunes pousses (startups) en IA et occupe le 1er rang européen pour les projets d’investissements étrangers en IA. Elle est aussi le 1er pays hébergeur de centres de recherche et de centres de décision en IA de leaders mondiaux. Le 6 février dernier, la 3ème phase de la stratégie nationale pour l’IA (SNIA), soutenue via le plan France 2030, a été lancée par le gouvernement. Elle s’articule autour quatre priorités : renforcer les infrastructures de calcul et les maillons critiques de la chaîne de valeur de l’IA, former et attirer les talents de l’IA, accélérer les usages de l’IA, et se donner les moyens de bâtir l’IA de confiance.1

Chargée depuis 2017 d’opérer la SNIA, l’ANR a financé entre 2018 et 2024 plus de 720 projets sur l’IA dans le cadre du plan d’action pour un montant de plus de 340 M€. Côté Investissements d’avenir, désormais intégrés à France 2030, ce sont 161 projets (programmes et actions) opérés par l’ANR, qui concernent, totalement ou en partie, l’intelligence artificielle. Leurs travaux en lien avec l’IA sont soutenus par l’État à hauteur de 938 M€. L’ANR finance à travers son plan d’action des projets de recherche, des laboratoires communs, des chaires industrielles, mais aussi les 9 IA-clusters (cf. ci-dessous) et le Programme et équipements prioritaires de recherche (PEPR) IA : lancé le 25 mars 2024, il est financé par France 2030 (73 M€ sur 6 ans) et co-piloté par le CEA, le CNRS et Inria. Le PEPR IA vise à relever les défis essentiels et fondamentaux de l’apprentissage machine sur 3 axes complémentaires : IA de confiance et IA distribuée ; IA frugale et IA embarquée ; nouveaux fondements mathématiques de l’IA.

Pour réaliser les neuf premiers projets d’envergure, le PEPR IA mobilise plus de 50 équipes françaises de très haut niveau. L’axe « IA frugale et IA embarquée » rassemble les projets ADAPTING (Architectures adaptatives pour l’intelligence artificielle embarquée), EMERGENCES (Modèles émergents proche physique

L’Agence nationale de la recherche (ANR) a publié en février dernier un troisième numéro de sa revue Projets consacré à l’IA / Last February, the French National Research Agency (ANR) published the third issue of its magazine Projets, dedicated to AI

pour l’IA embarquée), HOLIGRAIL (Approches holistiques pour les architectures plus efficaces pour l’inférence et l’apprentissage) et SHARP (Principes théoriques et algorithmiques de l’apprentissage frugal) ; l’axe « IA de confiance et IA distribuée » comprend les projets CAUSALI-T-AI (La causalité au service de la robustesse et de l’explicabilité des algorithmes d’IA), FOUNDRY (Les fondements de la robustesse et de la fiabilité en intelligence artificielle), REDEEM (Apprentissage automatique résilient, décentralisé et respectueux de la vie privée) et SAIF (Sûreté de l’intelligence artificielle investiguée par les méthodes formelles) ; l’axe « Fondements mathématiques de l’IA » est, pour sa part, représenté par le projet PDE-AI (Nouvelles architectures pour l’apprentissage automatique).2

Des équipes-projets et des applications multiples

Acteur majeur de la recherche française sur l’IA, Inria est l’institut national de recherche en sciences et technologies du numérique et a la responsabilité depuis

janvier 2024 de l’Agence de programmes dans le numérique pour renforcer les dynamiques collectives de l’enseignement supérieur et de la recherche. Au sein de 300 projets, plus de 3 800 scientifiques y explorent des voies nouvelles, souvent dans l’interdisciplinarité et en collaboration avec des partenaires industriels pour répondre à des défis ambitieux. Institut technologique, Inria soutient la diversité des voies de l’innovation : de l’édition open source de logiciels à la création de 230 startups technologiques (Deeptech) depuis 1984. Avec ses 9 centres régionaux, Inria est ancré dans les grands campus universitaires de recherche, au cœur des écosystèmes industriels et entrepreneuriaux du numérique en France. Le siège et Inria Chile complètent les sites d’Inria.

Près de 220 équipes-projets (dont 80 % sont communes avec les grandes universités et les meilleurs instituts de recherche) travaillent chez Inria dans un cadre agile et partenarial qui promeut l’excellence scientifique, le développement technologique et l’innovation. Inria peut se prévaloir de 79 bourses ERC depuis 2007, 170 startups technologiques ces 20 dernières années et un million d’utilisateurs de Scikit Learn : ce logiciel open source est l’une des bibliothèques de machine learning parmi les plus populaires et les plus utilisées au monde. De plus, les scientifiques d’Inria produisent des connaissances, développent des technologies et se focalisent sur des applications dans les domaines de la santé, des transports, de l’énergie, de la communication, de la sécurité et de la protection de la vie privée, de la ville intelligente, de l’usine du futur, etc. Labellisé «Institut Carnot» depuis 2011, Inria développe des partenariats de recherche ambitieux avec de grands industriels comme avec des entreprises de plus petite taille, prioritairement français et européens. Ces partenariats facilitent l’accès des entreprises aux technologies issues des centres de recherche et favorisent la prise de risque ainsi que l’émergence de nouvelles solutions, de

produits ou de services. Ils reposent sur des accords qui mobilisent plusieurs équipes-projets d’Inria ou sur des laboratoires communs créés avec les entreprises : les Inria Joint Labs, les Inria Innovation Labs et les Labcoms. Dans le cadre de partenariats stratégiques, Inria participe aussi au développement technologique d’une dizaine de grands groupes industriels français (Airbus, EDF, Naval Group, Nokia, Orange, PSA, Total…) pour générer l’innovation adaptée à leurs besoins.3

IA Clusters

En mai 2024, 9 nouveaux « IA Clusters » et 2 nouveaux lauréats « Compétences et métiers d’avenir » soutenus par l’État au titre de France 2030 ont été annoncés dans le cadre de la phase 2 de la stratégie nationale pour l’IA : lancée en 2022, elle a pour objectif de diffuser l’IA dans l’économie pour contribuer à améliorer la compétitivité industrielle. Les 9 lauréats IA Cluster sont PR[AI]RIE – PSAI (Université Paris Sciences et Lettres - interdisciplinaire), MIAI Cluster (Université Grenoble Alpes – pour une IA embarquée, interactive et générative, frugale, fiable et au service des humains et de l’environnement : cf. article dédié), Hi ! PARIS Cluster 2030 (Institut Polytechnique de Paris – pour relever les grands défis dans les domaines de l’IA et de la science des données), le cluster PostGenAI@Paris (Alliance Sorbonne Université – avec des expertises complémentaires en mathématiques, informatique, ingénierie, santé, droit et sciences politiques), ENACT (Université de Lorraine – avec trois axes différenciateurs : le traitement du langage naturel et les grands modèles de langage multimodaux, l’IA pour l’ingénierie et la découverte scientifique, et la santé numérique), le DATAIA-Cluster (Université Paris Saclay – axé sur les défis

économiques et sociétaux, notamment l’éthique, l’écologie et la souveraineté),

ANITI IA Cluster (Université de Toulouse – pour répondre aux enjeux clés du futur de l’IA), 3IA Côte d’Azur 2030 (Université Côte d’Azur) et SequoIA (Security, Confidence, AI – Université de Rennes – avec des applications à la cybersécurité et à la défense, à l’environnement et à l’océan).4

Cette annonce a été complétée, le 31 janvier 2025, par le lancement de l’Institut national pour l’évaluation et la sécurité de l’intelligence artificielle (INESIA) – une manière de susciter la confiance, fondement de la diffusion de l’IA dans l’ensemble de la société. Cet institut permettra à la France de jouer pleinement son rôle au sein du réseau international des AI Safety Institutes aux côtés du Canada, de la Corée du Sud, des États-Unis d’Amérique, du Japon, du Kenya, de Singapour, du Royaume-Uni ou encore de l’AI Office de la Commission européenne. Il pourrait

1 Source : Ministère de l’Économie, « La stratégie nationale pour l’intelligence artificielle », 07/02/2025 : https://www.economie.gouv.fr/actualites/strategie-nationale-intelligence-artificielle#

aussi constituer une étape décisive pour placer la France parmi les leaders mondiaux de l’IA.5 Une volonté de leadership que partagent le pôle de compétitivité Systematic Paris-Region (il anime un écosystème d’excellence de 900 membres dédié aux Deep Tech avec pour premier hub technologique la science des données et l’IA) et les participants à la dernière édition de VivaTech : organisée du 11 au 14 juin dernier, le salon a accueilli 180 000 visiteurs, 14 000 startups, 4 000 partenaires et 3 600 investisseurs autour de l’IA et autres technologies de rupture. Un véritable tremplin pour les jeunes pousses en quête de clients. Un exemple ? Depuis ses débuts remarqués au salon VivaTech 2023 jusqu’à sa collaboration avec des géants du secteur tels qu’Amazon, la start-up Jumbo Mana donne vie à des personnages (à commencer par Van Gogh) grâce à une IA interactive. Rendezvous en 2026 pour célébrer 10 ans d’innovation !6

2 Sources : ANR, « L’IA en France : une priorité nationale soutenue par l’ANR », communiqué de presse du 5 février 2025, et « Le PEPR IA » : https://www.pepr-ia.fr/le-pepr/#:%7E:text=Lanc%C3%A9%20le%2025%20mars%202024%2C%20le%20Programme%20et,dot%C3%A9%20de%2073%20 millions%20d%E2%80%99euros%20sur%206%20ans

3 Source : Inria : https://inria.fr/fr

4 Source : CAP Recherche, « Intelligence artificielle : 9 nouveaux « IA Clusters » et 2 nouveaux lauréats « Compétences et métiers d’avenir » soutenus par l’Etat au titre de France 2030 », 28 mai 2024 : https://www.cap-recherche.fr/ intelligence-artificielle-9-nouveaux-ia-clusters-et-2-nouveaux-laureats-competences-et-metiers-davenir-soutenus-par-letat-au-titre-de-france-2030/

5 Source : Ministère de l’Économie, « Le Gouvernement annonce la création de l’Institut national pour l’évaluation et la sécurité de l’intelligence artificielle (INESIA) », 31 janvier 2025 : https://presse.economie.gouv.fr/ le-gouvernement-annonce-la-creation-de-linstitut-national-pour-levaluation-et-la-securite-de-lintelligence-artificielle-inesia/

6 Source : VivaTech : https://vivatechnology.com/

Cartographie globale du consortium du PEPR IA / Global mapping of the PEPR IA consortium

Artificial intelligence: a driver of innovation for competitiveness

Placing France at the heart of international debates on the future of AI in order to collectively establish the scientific foundations, solutions and standards for more sustainable AI that serves progress and the public interest: this was the ambition stated by the French government during the Week of Action on Artificial Intelligence organised from 6 to 11 February. An ambition that is reflected in numerous innovative projects.

France has more than 1,000 AI startups and ranks first in Europe for foreign investment projects in AI. It is also the leading host country for AI research and decision-making centres run by global leaders. On 6 February, the government launched the third phase of the National AI Strategy (SNIA), supported by the France 2030 plan. It focuses on four priorities: strengthening computing infrastructure and critical links in the AI value chain, training and attracting AI talent, accelerating the use of AI, and providing the means to build trustworthy AI.

Responsible for operating the SNIA since 2017, the ANR has funded more than 720 AI projects between 2018 and 2024 as part of its action plan, for a total amount of more than €340 million. In terms of Investments for the Future, now part of France 2030, there are 161 projects (programmes and actions) operated by the ANR that relate, in whole or in part, to artificial intelligence. Their AI-related work is supported by the State to the tune of €938 million. Through its action plan, the ANR funds research projects, joint laboratories, industrial chairs, as well as the nine AI clusters (see below) and the Priority Research Pro-

gramme and Equipment (PEPR) AI: launched on 25 March 2024, it is funded by France 2030 (€73 million over 6 years) and co-piloted by the CEA, the CNRS and Inria. The PEPR AI aims to address the essential and fundamental challenges of machine learning in three complementary areas: trusted AI and distributed AI; frugal AI and embedded AI; new mathematical foundations of AI.

To carry out the first nine large-scale projects, the PEPR IA is mobilising more than 50 top-level French teams. The ‘frugal AI and embedded AI’ area brings together the ADAPTING (Adaptive Architectures for Embedded Artificial Intelligence), EMERGENCES (Emergent Physics-Based Models for Embedded AI), HOLIGRAIL (Holistic Approaches for More Efficient Architectures for Inference and Learning) and SHARP (Theoretical and Algorithmic Principles of Frugal Learning) projects; the ‘Trustworthy AI and Distributed AI’ axis includes the projects CAUSALI-T-AI (Causality for the Robustness and Explainability of AI Algorithms), FOUNDRY (Foundations of Robustness and Reliability in Artificial Intelligence), REDEEM (Resilient, Decentralised and Privacy-Preserving Machine Learning) and SAIF (Safety of Artificial Intelligence Investigated by Formal Methods); the ‘Mathematical Foundations of AI’ research area is represented by the PDE-AI project (New Architectures for Machine Learning).

Project teams and multiple applications

A major player in French AI research, Inria is the national research institute for digital science and technology and, since January

The Inria building in Palaiseau, on the École Polytechnique campus (Paris-Saclay) / Le bâtiment d’Inria à Palaiseau, sur le campus de l’École polytechnique (Paris-Saclay)
Aerial view of the campus of École Polytechnique, a member of the Institut Polytechnique de Paris and co-founder of Hi! PARIS Cluster 2030 / Vue aérienne du campus de l’École polytechnique, membre de l’Institut Polytechnique de Paris, co-fondateur de Hi! PARIS Cluster 2030

2024, has been responsible for the Digital Program Agency to strengthen collective dynamics in higher education and research. Within 300 projects, more than 3,800 scientists are exploring new avenues, often in an interdisciplinary manner and in collaboration with industrial partners to meet ambitious challenges. As a technology institute, Inria supports a variety of innovation pathways: from open source software publishing to the creation of 230 technology start-ups (Deeptech) since 1984. With its nine regional centres, Inria is firmly established in major university research campuses, at the heart of France’s digital industrial and entrepreneurial ecosystems. The headquarters and Inria Chile complete Inria’s sites.

Nearly 220 project teams (80% of which are shared with major universities and leading research institutes) work at Inria in an agile and collaborative environment that promotes scientific excellence, technological development and innovation. Inria has been awarded 79 ERC grants since 2007, has produced 170 technology start-ups over the last 20 years and has one million users of Scikit Learn: this open source software is one of the most popular and widely used machine learning libraries in the world. In addition, Inria scientists produce knowledge, develop technologies and focus on applications in the fields of health, transport, energy, communication, security and privacy, smart cities, the factory of the future, etc. Certified as an ‘Institut Carnot’ since 2011, Inria develops ambitious research partnerships with major industrial players and smaller companies, primarily in France and Europe. These partnerships facilitate companies’ access to technologies developed by research centres and encourage risk-taking and the emergence of new solutions, products and services. They are based on agreements that involve several Inria project teams or joint laboratories created with companies: Inria Joint Labs, Inria Innovation Labs and Labcoms. As part of strategic partnerships, Inria also participates in the technological development of around ten major French industrial groups (Airbus, EDF, Naval Group, Nokia, Orange, PSA, Total, etc.) to generate innovation tailored to their needs.

AI Clusters

In May 2024, nine new ‘AI Clusters’ and two new ‘Skills and Jobs of the Future’ winners supported by the French government under France 2030 were announced as part of phase 2 of the national AI strategy. Launched in 2022, this strategy aimed to spread AI throughout the economy to help improve industrial competitiveness. The nine AI Cluster winners are PR[AI]RIE – PSAI (Paris Sciences et Lettres University – interdisciplinary), MIAI Cluster (Grenoble Alpes University – for embedded, interactive and generative AI that is frugal, reliable and serves humans and the environment: see dedicated article), Hi! PARIS Cluster 2030 (Paris Institute of Technology – to address major challenges in the fields of AI and data science), the PostGenAI@Paris cluster (Sorbonne University Alliance – with complementary expertise in mathematics, computer science, engineering, health, law and political science), ENACT (University of Lorraine – with three differentiating areas: natural language processing and large multimodal language models, AI for engineering and scientific discovery, and digital health), the DATAIA Cluster (Paris Saclay University – focused on economic and societal challenges, particularly ethics, ecology and sovereignty), ANITI IA Cluster (University of Toulouse – to address key challenges for the future of AI), 3IA Côte d’Azur 2030 (University of Côte d’Azur) and SequoIA (Security, Confidence, AI – University of Rennes –

with applications in cybersecurity and defence, the environment and the ocean). This announcement was followed on 31 January 2025 by the launch of the National Institute for the Evaluation and Security of Artificial Intelligence (INESIA) –a way of building trust, which is fundamental to the spread of AI throughout society. This institute will enable France to play its full role within the international network of AI Safety Institutes alongside Canada, South Korea, the United States of America, Japan, Kenya, Singapore, the United Kingdom and the European Commission’s AI Office. It could also be a decisive step in placing France among the world leaders in AI. This desire for leadership is shared by the Systematic Paris-Region competitiveness cluster (which runs an ecosystem of excellence with 900 members dedicated to Deep Tech, with data science and AI as its primary technological hub) and the participants in the latest edition of VivaTech: held from 11 to 14 June, the trade show welcomed 180,000 visitors, 14,000 startups, 4,000 partners and 3,600 investors interested in AI and other disruptive technologies. It was a real springboard for young companies looking for customers. An example? Since its remarkable debut at the VivaTech 2023 trade show and its collaboration with industry giants such as Amazon, the start-up Jumbo Mana has been bringing characters to life (starting with Van Gogh) using interactive AI. See you in 2026 to celebrate 10 years of innovation!

Scikit-learn is an organization promoting education around machine learning / Scikit-learn est une organisation qui promeut l’éducation dans le domaine de l’apprentissage automatique

Institut de Recherche sur les Composants logiciels et matériels pour l’Information et la Communication Avancée - IRCICA

Pour une IA au service de la société

Hôtel à projets du CNRS regroupant les activités d’environ 120 personnes issues de 4 laboratoires (PhLAM, IEMN, CRIStAL, L2EP), l’IRCICA héberge des collaborations de recherche interdisciplinaires long terme sur le sujet des technologies numériques de communication durables et responsables. L’IRCICA est ainsi sensible au débat de société lié aux enjeux de l’IA.

L’IRCICA structure ses activités autour de 4 axes de recherche : les petits objets connectés, l’électronique bio-inspirée, les supports de communication avancés (fibre optique haute performance, communication sans fil avancée), et les interactions tactiles et gestuelles. Sa singularité : penser l’évolution technique selon des critères de durabilité (viabilité des technologies, matières premières, consommation d’énergie) et de responsabilité (intégrer au design technologique une réflexion sur l’impact de cette technologie sur la société). Ce positionnement se reflète par exemple dans les recherches sur les architectures neuro-inspirées réalisées au sein de l’IRCICA. Ces technologies, inspirées du fonctionnement du neurone biologique, sont utilisées pour le développement de capteurs et de briques élémentaires de communication très peu énergivores. Ces technologies frugales sont en test pour instrumenter les anciennes carrières de pierres de la Métropole européenne de Lille, dont les réseaux souterrains sont source de fragilité pour le sol et d’insécurité pour ceux qui s’y aventureraient. Un réseau de communication d’urgence, adapté au contexte extrême de ces anciennes carrières, est en ligne de mire, pour surveiller ces anciennes carrières et potentiellement localiser puis secourir ceux qui s’y seraient perdus. À plus long terme, on pourrait même imaginer une valorisation touristique de ces carrières, dont certaines parties remontent au XIIème siècle. Ce projet, où sont impliqués les laboratoires IEMN et CRIStAL, a donné lieu à de premiers tests très encourageants.

Une ébauche de solution qui pourrait ensuite être proposée à d’autres territoires ou contextes applicatifs.

L’IRCICA pousse également au sein du projet du CPER CornelIA l’idée de promouvoir une meilleure adéquation entre développement technologico-scientifique et attentes socio-économiques autour de l’IA. L’objectif est de faire avancer l’IA sur un certain nombre d’aspects : processus d’apprentissage non supervisé (deep learning), explicabilité, collaboration humainmachine, réduction de la consommation d’énergie, gestion humaine des hallucinations pour l’IA generative, intégration de l’IA dans le processus créatif… Autant d’enjeux autant technologiques que sociétaux. Un enjeu crucial à l’heure où les outils de l’IA restent largement méconnus, peu maîtrisés ou compris du grand public. Or, selon toute vraisemblance l’IA aura un impact sur de nombreux métiers. On sait que la qualité de production des systèmes génératifs chute lorsque ceux-ci sont nourris de données elles-mêmes générées par IA. Or on ne sait pas encore bien comment distinguer ces données de celles générées par des êtres humains ! Ces enjeux doivent, au-delà de la formation sur l’outil IA, faire l’objet de discussions critiques,

centrées sur les impacts pour la société ; ces discussions doivent aboutir à des recommandations sur le design technologique des outils pour l’IA.

Pour l’IRCICA, il importe donc d’adopter une approche critique vis-à-vis de l’IA. De telles réflexions sont en cours avec des domaines tels ceux de la santé ou de l’écologie, pour utiliser ces technologies avec discernement. C’est vrai aussi pour le tissu socioéconomique et culturel : à ce titre et sur le territoire, des structures comme la Cité de l’IA proposent aussi par exemple des activités qui visent à diffuser les connaissances tout en développant la culture de la logique critique vis-à-vis de l’IA. Jusqu’où lui déléguer des compétences dans une logique économique concurrentielle ? Aujourd’hui, le prix de revient des outils IA semble très sensiblement sous-évalué en regard du prix demandé pour les services offerts, probablement par logique de prise de marché. Déterminer le périmètre d’action de ces outils reste un problème difficile, et l’expertise de pointe aura (toujours) toute sa place. Or, comment encore disposer à moyen terme d’experts sur un métier où une IA aurait quasiment totalement asphyxié le métier, qui n’aurait donc plus de débouché pour les formations ? L’enjeu est ici éminemment politique : la technologie est un moteur de dynamique économique et se doit de rester au service de la société. Face à ce défi, l’IRCICA participe activement à cette réflexion, pour un développement technologique aussi harmonieux que possible et en phase avec les attentes de la société.

Le Pr Laurent Grisoni, directeur de l’IRCICA / Prof. Laurent Grisoni, Director of the IRCICA

Institut de Recherche sur les Composants logiciels et matériels pour l’Information et la Communication Avancée - IRCICA

For AI at the service of society

As a CNRS project centre bringing together the activities of around 120 people from 4 laboratories (PhLAM, IEMN, CRIStAL, L2EP), IRCICA hosts long-term interdisciplinary research collaborations on the subject of sustainable and responsible digital communication technologies. IRCICA is therefore sensitive to the social debate linked to the challenges of AI.

IRCICA structures its activities around 4 areas of research: small connected objects, bio-inspired electronics, advanced communication media (high-performance fibre optics, advanced wireless communication), and tactile and gestural interactions. Its unique approach is to think about technical developments in terms of sustainability (viability of technologies, raw materials, energy consumption) and responsibility (integrating into technological design a reflection on the impact of this technology on society).

This positioning is reflected, for example, in the research into neuro-inspired architectures being carried out at the IRCICA. These technologies, inspired by the workings of the biological neuron, are used to develop sensors and basic communication building blocks that consume very little energy. These frugal technologies are being tested to instrument the former stone quarries of the Lille European Metropolis, whose underground networks are a source of fragility for the soil and insecurity for those who venture there. An emergency communications network, adapted to the extreme conditions of these former quarries, is in the offing, to monitor these former quarries and potentially locate and then rescue those who get lost there. In the longer term, the quarries, parts of which date back to the 12th century, could even be used for tourism. This project, in which the IEMN and CRIStAL laboratories are involved, has given rise to some very encouraging initial tests. A draft solution that could then be offered to other territories or application contexts.

Within the CPER CornelIA project, IRCICA is also pushing the idea of promoting a better match between scientific and technological development and socioeconomic expectations around AI. The aim is to move AI forward on a number of aspects: unsupervised learning processes (deep learning), explainability, humanmachine collaboration, reducing energy

consumption, human management of hallucinations for generative AI, integration of AI into the creative process, etc. The challenges are as much technological as they are societal. This is a crucial issue at a time when AI tools are still largely unknown to the general public, and not yet fully mastered or understood. And yet, in all likelihood, AI will have an impact on a wide range of professions. We know that the production quality of generative systems drops when they are fed with data that has itself been generated by AI. But we don’t yet know how to distinguish this data from that generated by human beings! In addition to training on AI tools, these issues must be the subject of critical discussions, focusing on the impact on society; these discussions must lead to recommendations on the technological design of AI tools.

For the IRCICA, it is therefore important to adopt a critical approach to AI. Similar discussions are underway in fields such as health and ecology, to ensure that these technologies are used with discernment. This is also true for the socio-economic and cultural fabric: in this respect and in the region, structures such as the Cité de l’IA also offer activities that aim to disseminate knowledge while developing a culture of critical thinking with regard to AI.

How far can we delegate skills to AI in a competitive economic context? Today, the cost price of AI tools seems to be significantly underestimated in relation to the price charged for the services offered, probably as a result of a market capture strategy. Determining the scope of these tools remains a difficult problem, and cutting-edge expertise will (always) have its place. But how can we still have experts in the medium term in a field where AI would have almost totally asphyxiated the profession, leaving no outlet for training? The issue here is eminently political: technology is a driving force behind the economy and must remain at the service of society. Faced with this challenge, IRCICA is taking an active part in this debate, to ensure that technological development is as harmonious as possible and in line with society’s expectations.

CAMPUS Haute-Borne CNRS IRCICA-IRI-RMN Parc Scientifique de la Haute Borne 50 Avenue Halley - BP 70478

F-59658 Villeneuve d’Ascq Cedex

Tél. : +33 (0)3 62 53 15 72

E-mail : laurent.grisoni@univ-lille.fr https://ircica.univ-lille.fr/

MIAI Cluster

Pour une IA embarquée, interactive,

générative, frugale et fiable

Un entretien avec Éric GAUSSIER, Professeur et ex-Directeur de MIAI Cluster (Institut Interdisciplinaire en Intelligence Artificielle),

Sophie ACHARD,

Directrice de recherche et Directrice scientifique de MIAI Cluster, et Nguyen KIM-THANG, Professeur et Directeur formation de MIAI Cluster

Pourriez-vous nous présenter MIAI

Cluster en quelques mots ?

Éric Gaussier (E.G.). MIAI Cluster est l’Institut Interdisciplinaire en Intelligence Artificielle porté par l’Université Grenoble Alpes. Créé en 2019, il a été labellisé Cluster IA en 2024 par le gouvernement français, après avoir été labellisé 3IA de 2019 à 2024. Il rassemble actuellement douze partenaires : Université Grenoble Alpes, Université Savoie-Mont-Blanc, Université Clermont-Auvergne, Grenoble École de Management, CHU de Grenoble, CEA, CNRS, Inria, Inserm, Grenoble INP-UGA, ENSAG-UGA, Sciences Po Grenoble-UGA.

Sophie Achard (S.A.). Notre ambition est de faire de MIAI Cluster un leader mondial sur le thème de l’IA embarquée, interactive et générative, frugale, fiable et au service des humains et de l’environnement. Ensemble, les partenaires représentent une masse critique de 48 unités de recherche, avec plus de 300 personnels académiques dans les domaines cœur de l’IA, et plus de 180 dans les

Philippe Wieczorek a été nommé nouveau directeur de MIAI Cluster le 15 septembre 2025, succédant à Eric Gaussier, qui se dédie désormais pleinement à ses activités de recherche.

Pour tout contact : philippe.wieczorek@univ-grenoble-alpes.fr

principaux domaines d’application identifiés : Environnement & énergie, Santé, Industrie 4.0, IA et Société, IA pour les sciences.

Nguyen Kim-Thang (N.K.-T.). MIAI Cluster place enfin l’excellence de la formation en intelligence artificielle au cœur de ses priorités. Toutefois, ses actions s’étendent également à la formation professionnelle et à l’apprentissage tout au long de la vie. Des modules spécifiques sont conçus pour répondre aux besoins variés des professionnels, depuis des connaissances générales en IA jusqu’à l’accompagnement stratégique des décideurs.

Pourriez-vous nous parler des appels à projets recherche pour 2025 et des chaires sélectionnées dans le cadre de l’appel à chaires 2024-2025 ?

E.G. Nous avons récemment labellisé 29 projets autour de l’IA avec un ancrage fort de tous les partenaires de l’IA Cluster. Ces projets sont portés par des membres permanents et des partenaires en privilégiant la diversité des profils. Les thématiques abordées sont variées : IA génératives et embarqués, régulation de l’IA, applications en santé, enjeux sociétaux (droit, éducation, environnement, énergie) mais aussi quantique et architecture.

Pourriez-vous nous donner quelques exemples de réalisations scientifiques, de projets collaboratifs et de startups créées depuis 2019 au sein de MIAI@ Grenoble Alpes ?

S.A. En matière de réalisations scientifiques, nous avons montré comment le RGPD et d’autres réglementations s’appliquent à la reconnaissance faciale, et mis en évidence les lacunes juridiques devant être comblées par l’AI Act. Nous menons actuellement un travail similaire sur l’IA générative. En science des matériaux, nous avons apporté la première preuve pratique de l’utilité de l’IA pour la métallurgie adaptative en utilisant des jeux de données collectés au synchrotron de Grenoble.

E.G. Notre collaboration avec la société EasyVista (à travers deux thèse CIFRE) a conduit au développement d’une solution de détection de causes premières (root cause analysis) qui permet aux ingénieurs et aux clients d’EasyVista d’identifier la cause première d’un problème observé sur un parc de machines et d’y remédier dans les plus brefs délais. De plus, nous avons participé à la création d’un réseau national autour de l’IA en imagerie biomédicale avec PRAIRIE et 3IA Côte d’Azur. Trois colloques ont déjà été organisés et une association a vu le jour en 2025. Le prochain congrès aura lieu en 2026 : https://iabm2026.sciencesconf.org/

S.A. Du côté des startups, j’aimerais citer XPDeep : sa technologie permet la conception de modèles d’apprentissage profond auto-explicables, alliant performance, faible complexité et intelligibilité. Elle a été lauréate du concours i-Labs deeptech en 2023. Issue pour sa part des 3IA MIAI et PRAIRIE, Enhance Lab a développé une technologie qui combine IA et problèmes inverses et permet de multiplier par 4 la résolution spatiale des photos de smartphone.

Nguyen Kim-Thang, Éric Gaussier & Sophie Achard
© MIAI Cluster
© MIAI Cluster

MIAI Cluster

For embedded, interactive, generative, frugal and reliable AI

An interview with Éric GAUSSIER, Professor and ex-Director of MIAI Cluster (Interdisciplinary Institute for Artificial Intelligence), Sophie ACHARD, Research Director and Scientific Director of MIAI Cluster, and Nguyen KIM-THANG, Professor and Training Director of MIAI Cluster

Could you tell us a bit about MIAI Cluster?

Éric Gaussier (E.G.). MIAI Cluster is the Interdisciplinary Institute for Artificial Intelligence supported by Grenoble Alpes University. Created in 2019, it was awarded the AI Cluster label in 2024 by the French government, after having been awarded the 3IA label from 2019 to 2024. It currently brings together twelve partners: Université Grenoble Alpes, Université Savoie-Mont-Blanc, Université Clermont-Auvergne, Grenoble École de Management, CHU de Grenoble, CEA, CNRS, Inria, Inserm, Grenoble INP-UGA, ENSAG-UGA, Sciences Po Grenoble-UGA.

Sophie Achard (S.A.). Our ambition is to make the MIAI Cluster a world leader in embedded, interactive and generative AI that is frugal, reliable and at the service of humans and the environment. Together, the partners represent a critical mass of 48 research units, with more than 300 academic staff in the core areas of AI, and more than 180 in the main application areas identified: Environment & Energy, Health, Industry 4.0, AI and Society, AI for Science.

Nguyen Kim-Thang (N.K.-T.). Finally, the MIAI Cluster places excellence in artificial intelligence training at the heart of its priorities. However, its activities also extend to vocational training and lifelong learning. Specific modules are designed to meet the varied needs of professionals, from general knowledge of AI to strategic support for decision-makers.

Could you tell us about the calls for research projects for 2025 and the chairs selected under the 2024-2025 call for chairs?

E.G. We recently approved 29 AI-related projects, with all the IA Cluster’s partners playing a key role. These projects are led

by permanent members and partners, with the emphasis on a diversity of profiles. The topics covered are varied: generative and embedded AI, AI regulation, health applications, societal issues (law, education, environment, energy), as well as quantum and architecture.

Could you give us a few examples of scientific achievements, collaborative projects and start-ups created since 2019 within MIAI@Grenoble Alpes?

S.A. In terms of scientific achievements, we have shown how the RGPD and other regulations apply to facial recognition, and highlighted the legal gaps that need to be filled by the AI Act. We are currently carrying out similar work on generative AI. In materials science, we have provided the first practical proof of the usefulness of AI for adaptive metallurgy using datasets collected at the Grenoble synchrotron.

E.G. Our collaboration with EasyVista (through two CIFRE theses) has led to the development of a root cause analysis solution that enables EasyVista’s engineers and customers to identify the root cause of a problem observed on a fleet of machines and to remedy it as quickly as possible. We have also participated in the creation of a national network around AI in biomedical imaging with PRAIRIE and 3IA Côte d’Azur. Three conferences have already been organised and an association was created in 2025. The next conference will be held in 2026: https:// iabm2026.sciencesconf.org/

S.A. As far as start-ups are concerned, I’d like to mention XPDeep: its technology

enables the design of self-explaining deep learning models, combining performance, low complexity and intelligibility. It won the i-Labs deeptech competition in 2023. Enhance Lab, a spin-off from the 3IA MIAI and PRAIRIE, has developed a technology that combines AI and inverse problems to increase the spatial resolution of smartphone photos by a factor of 4.

Philippe Wieczorek was nominated as the new director of MIAI Cluster on 15 September 2025, succeeding Eric Gaussier, who is now devoting himself fully to his research activities.

For all enquiries, please contact : philippe.wieczorek@univ-grenoble-alpes.fr

MIAI Cluster :

Répondre aux besoins croissants de la recherche, de l’industrie et de la société

La communauté MIAI Cluster rassemble plus de 100 partenaires privés, près de 600 membres académiques permanents et plus de 250 membres non permanents. Les collaborations entre acteurs publics et privés, mais aussi entre chercheurs de différentes disciplines, ont conduit à des contributions majeures et à la création d’un écosystème de R&D particulièrement riche et dynamique avec 79 chaires créées, 190 projets collaboratifs, 43 projets exploratoires, plus de 2 000 articles scientifiques et brevets, de nombreuses distinctions et prix scientifiques et la création de 17 startups.

Dans le domaine de la formation, fort du succès de son programme EFELIA-MIAI, MIAI vise à renforcer et accélérer le développement des formations, la sensibilisation et l’acculturation à l’IA afin de répondre aux besoins croissants de la recherche, de l’industrie et de la société. Les actions mises en œuvre nous ont permis de doubler le nombre de personnes formées en IA dès la rentrée 2022. En 2024, nous avons pu former près de 4 000 personnes en IA, contre environ 1 250 personnes formées en 2018. Nous avons également labellisé 14 programmes d’enseignement « cœur IA » et 19 programmes « applications de l’IA ». Enfin, la formation en apprentissage profond FIDLE en ligne, conçue avec le CNRS et ouverte à tous, a rassemblé plus de 14 000 participants, illustrant notre ambition de changement d’échelle. Ce développement s’appuie sur des outils transversaux comme la plateforme pédagogique Caséine et les ressources de calcul de notre Data Center Gricad.

Des chaires pluridisciplinaires pour des applications multiples 33 chaires scientifiques, incluant 2 chaires de professeur junior et 2 chaires industrielles, ont été sélectionnées dans le cadre de l’appel à chaires 2024-2025 : 11 chaires

sont dédiées à la thématique « Cœur IA », 4 à la thématique « IA & Société », 4 à la thématique « IA pour les Sciences », 4 à la thématique « Santé », 4 à la thématique « Environment & Energy » et 6 à la thématique « Industrie 4.0 ».

Des partenariats privés essentiels à la dynamique de l’Institut Depuis la phase de construction de MIAI, nous avons interagi avec plus de 100 partenaires privés. Afin de répondre aux besoins exprimés par ces partenaires et de les aider à adopter les technologies d’IA les plus pertinentes, nous maintenons trois actions récurrentes : 1) inviter régulièrement les entreprises à présenter leur activité et leurs problématiques de R&D, soit au cours des événements MIAI Cluster, soit via des rendez-vous dédiés, afin d’inclure, lorsque cela est possible, ces problématiques dans nos activités ; 2) interagir régulièrement avec des entreprises qui ne sont pas membres de MIAI Cluster et qui souhaitent intégrer ou développer de l’IA (avec l’appui de nos services de valorisation ou en partenariat avec les pôles de compétitivité ou les clusters thématiques) ; 3) participer à des événements réunissant des acteurs académiques et privés. L’Institut communique régulièrement sur les résultats de R&D des projets collaboratifs et partenariaux menés dans les équipes de recherche en IA et incite les scientifiques à développer des collaborations avec de nouveaux partenaires privés par le soutien à des projets exploratoires. Enfin, des membres et des partenaires privés interviennent régulièrement dans nos formations, ce qui permet d’illustrer et d’ancrer nos enseignements dans des cas pratiques et prépare nos étudiantes et nos étudiants aux problématiques de nos partenaires. Nous relayons aussi les offres de stage de nos partenaires auprès de nos étudiantes et nos étudiants. Nos partenaires privés ont ainsi un accès privilégié au vivier d’étudiantes et d’étudiants formé à l’IA dans le cadre de MIAI Cluster.

MIAI Cluster :

Meeting the growing needs of research, industry and society

The MIAI Cluster community brings together more than 100 private partners, nearly 600 permanent academic members and more than 250 non-permanent members. Collaborations between public and private players, but also between researchers from different disciplines, have led to major contributions and the creation of a particularly rich and dynamic R&D ecosystem with 79 chairs created, 190 collaborative projects, 43 exploratory projects, more than 2,000 scientific articles and patents, numerous scientific distinctions and awards and the creation of 17 start-ups.

In the field of training, building on the success of its EFELIA-MIAI programme, MIAI aims to strengthen and accelerate the development of training, awareness and acculturation to AI in order to meet the growing needs of research, industry and society. The actions implemented have enabled us to double the number of people trained in AI by the start of the 2022 academic year. In 2024, we have been able to train nearly 4,000 people in AI, compared with around 1,250 people trained in 2018. We have also accredited 14 ‘AI core’ teaching programmes and 19 ‘AI applications’ programmes. Lastly, the

FIDLE online deep learning course, designed with the CNRS and open to all, attracted more than 14,000 participants, illustrating our ambition to scale up. This development is supported by crossdisciplinary tools such as the Caséine educational platform and the computing resources of our Gricad Data Centre.

Multidisciplinary chairs for multiple applications

33 scientific chairs, including 2 junior professorships and 2 industrial chairs, have been selected as part of the 20242025 call for chairs: 11 chairs are dedicated to the ‘AI Core’ theme, 4 to the ‘AI & Society’ theme, 4 to the ‘AI for Science’ theme, 4 to the ‘Health’ theme, 4 to the ‘Environment & Energy’ theme and 6 to the ‘Industry 4.0’ theme.

Private partnerships are essential to the Institut’s dynamism

Since the construction phase of MIAI, we have interacted with more than 100 private partners. In order to meet the needs expressed by these partners and help them adopt the most relevant AI technologies,

we are maintaining three recurring actions: 1) regularly inviting companies to present their business and R&D issues, either during MIAI Cluster events or via dedicated meetings, in order to include, where possible, these issues in our activities; 2) regularly interacting with companies that are not members of MIAI Cluster and that wish to integrate or develop AI (with the support of our valorisation services or in partnership with competitiveness clusters or thematic clusters); 3) participating in events bringing together academic and private players.

The Institute regularly communicates the R&D results of collaborative and partnership projects carried out by AI research teams and encourages scientists to develop collaborations with new private partners by supporting exploratory projects. Lastly, private sector members and partners regularly take part in our courses, which helps to illustrate and anchor our teaching in practical cases and prepares our students for the issues faced by our partners. We also pass on our partners’ placement offers to our students. Our private partners thus have privileged access to the pool of students trained in AI as part of MIAI Cluster.

MIAI Cluster

Université Grenoble Alpes 150 Place du Torrent F-38400 Saint-Martin-d’Hères E-mail : Philippe.Wieczorek@univ-grenoble-alpes.fr https://miai-cluster.univ-grenoble-alpes.fr/

ALYCE

L’innovation pour l’optimisation de la mobilité et de la sécurité des Territoires

Connectés

Créée en 2000 par Ismaël Hachem, ALYCE est un leader européen de la collecte et de l’analyse des données de mobilités, transport et sécurité publique. Un outil d’aide à la décision indispensable pour les politiques publiques d’aujourd’hui et de demain.

Forte de 80 collaborateurs dont 40 % dédiés à la R&D et l’innovation – un record ! -, ALYCE réalise 1 500 missions de collecte de données par an, pour plus de 600 clients (villes, ministères, centres commerciaux, gestionnaires de réseaux et d’infrastructures de transport, bureaux d’études…). De 5 M€ en 2018, son chiffre d’affaires a été multiplié par 3 pour atteindre les 15 M€ en 2024. « C’est grâce à un investissement massif dans l’IA que nous avons pu réaliser cette percée » explique Ismaël Hachem.

Tous les projets d’infrastructures de mobilité et d’établissements recevant du public doivent être accompagnés par des outils d’aide à la décision. C’est là qu’ALYCE entre en jeu. « Les données fournies par nos solutions de comptage et d’enquête alimentent les chantiers les plus divers : aménagement de ronds-points, d’aéroports ou de parkings de centres commerciaux, extension de lignes de LGV… » souligne Ismaël Hachem. Fini le temps des comptages manuels : l’IA vidéo transforme les images en statistiques fiables et permet d’adresser de nombreux cas d’usages, de l’étude trafic à l’aide à l’exploitation des opérateurs. Une combinaison unique d’expertise de terrain, d’algorithmes et de hardware (caméra)

fabriqués en interne. Une solution surmesure pour territoires connectées, exploitants et opérateurs de transport est aujourd’hui commercialisée par Alyce : le logiciel d’analyse vidéo par IA minUi®. Une innovation longuement mûrie par les ingénieurs de haut vol d’ALYCE, parfaitement en phase avec la volonté du client final.

L’expertise d’ALYCE a été particulièrement valorisée durant les J.O. d’été de Paris en 2024 : les pôles de transport desservant 10 sites olympiques ont été équipés avec minUi®, son IA vidéo. Ce monitoring en permanence et en temps réel a grandement permis de faciliter les flux. « Trois de ces pôles autour du Stade de France et du Parc des Princes ont

pérennisé notre solution » se félicite Ismaël Hachem. ALYCE compte également parmi ses clients la métropole du Grand Paris (monitoring pilote d’aires de livraison par 200 capteurs), la Ville de Saint-Médard (régulation des places de stationnement), l’Observatoire national interministériel de la sécurité routièreONISR (aide à la publication d’indicateurs statistiques annuels), mais aussi les organisateurs de grands événements comme la Coupe du monde de rugby en 2023 et la Coupe africaine des nations en 2025.

À l’heure où les données sont devenues incontournables, ALYCE se prépare à effectuer un second virage majeur. « Nous souhaitons appliquer nos algorithmes sur les dizaines de milliers de caméras présentes en France afin de produire des statistiques en temps réel » précise Ismaël Hachem. En bref, une solution IA élargie à d’autres axes : modes de circulation doux, sécurité, localisation de colis abandonnés ou de dépôts sauvages, impact du télétravail sur le trafic, cohabitation intermodale… Les applications ne manquent pas pour éclairer les politiques publiques des élus de demain. Une deuxième étape de la fusée ALYCE fin prête à être lancée !

M. Ismaël Hachem, fondateur et P.-DG d’ALYCE / Mr. Ismaël Hachem, founder and CEO of ALYCE

ALYCE

Innovation for optimising mobility and safety in Connected Territories

Founded in 2000 by Ismaël Hachem, ALYCE is a European leader in the collection and analysis of mobility, transport and public safety data. An indispensable decision-making tool for public policy today and tomorrow.

With 80 employees, 40% of whom are dedicated to R&D and innovation – a record! – ALYCE carries out 1,500 data collection missions per year for more than 600 clients (cities, ministries, shopping centres, transport network and infrastructure managers, design offices, etc.). From €5 million in 2018, its turnover has tripled to reach €15 million in 2024. ‘It is thanks to massive investment in AI that we have been able to achieve this breakthrough,’ explains Ismaël Hachem.

All mobility infrastructure and public access building projects must be supported by decision-making tools. This is where ALYCE comes in. ‘The data provided by our counting and survey solutions feeds into a wide variety of projects: the development of roundabouts, airports and shopping centre car parks, the extension of high-speed rail lines, and more,’ emphasises Ismaël Hachem. Gone are the days of manual counting: video AI transforms images into reliable statistics and can be used for a wide range of applications, from traffic studies to operational support for operators. A unique combination of field expertise, algorithms and hardware (cameras) manufactured in-house. Alyce now markets a tailor-made solution for connected territories, operators and transport operators: minUi® AI video analysis software. This innovation has been developed over many years by ALYCE’s top engineers and is perfectly in line with the end customer’s requirements.

ALYCE’s expertise was particularly valued during the 2024 Summer Olympics in Paris: transport hubs serving 10 Olympic sites were equipped with minUi®, its video AI. This continuous, real-time monitoring greatly facilitated traffic flow.

‘Three of these hubs around the Stade de France and the Parc des Princes have made our solution a permanent fixture,’

says Ismaël Hachem. ALYCE’s clients also include the Greater Paris Metropolis (pilot monitoring of delivery areas using 200 sensors), the City of Saint-Médard (parking space regulation), the National Interministerial Road Safety Observatory - ONISR (assistance with the publication of annual statistical indicators), as well as organisers of major events such as the Rugby World Cup in 2023 and the African Cup of Nations in 2025. At a time when data has become indispensable, ALYCE is preparing to make a second major shift. ‘We want to apply our algorithms to the tens of thousands of cameras in France in order to produce real-time statistics,’ explains Ismaël Hachem. In short, an AI solution extended to other areas: sustainable modes of transport, security, locating abandoned

parcels or fly-tipping, the impact of remote working on traffic, intermodal cohabitation... There is no shortage of applications to inform the public policies of tomorrow’s elected representatives. The second stage of the ALYCE rocket is ready for launch!

ALYCE

196 rue Houdan

F-92330 Sceaux

Tél. : +33 (0)1 84 01 18 91

E-mail : contact@alyce.fr https://www.alyce.fr/

Santé humaine : médecine personnalisée et technologies de demain

Faire de la France la première nation européenne innovante et souveraine en santé : c’est l’objectif du plan Innovation Santé 2030. Lancé le 29 juin 2021 et doté de 7,5 Md € (dont 1,7 Md € dédiés à la recherche biomédicale), ce plan est piloté par l’Agence de l’innovation en santé au sein du Secrétariat général pour l’investissement. Présentation de ses dispositifs et des autres acteurs en pointe sur cette thématique stratégique.

Le plan Innovation Santé 2030 prévoit 550 M € pour la recherche autour de 4 priorités : numérique en santé, biomédicaments et bioproduction, maladies infectieuses émergentes et dispositifs médicaux innovants. Par ailleurs, 110 M€ sont dédiés à des programmes de recherche exploratoire. En 2023 ont été annoncés les clusters lauréats. Ils incluent cinq bioclusters de dimension mondiale : Brain&Mind (Paris), Genother (EvryCourcouronnes), Paris Saclay Cancer Cluster (PSCC), BCF2I en infectiologie (Lyon), MIB en immunologie (Marseille). Dix nouveaux IHU ont également été désignés, à savoir Cancer des femmes (Paris), InovAND sur le neurodéveloppement pédiatrique (Paris), PRISM en oncologie (Villejuif), Prometheus sur la prise en charge du sepsis (Garches), THEMA 2 en hématologie (Paris), Everest en hépatologie (Lyon), VBHI sur les maladies vasculaires cérébrales (Bordeaux), RespirERA (Nice), Immun4Care (Montpellier) et re-Connect sur les troubles de l’audition (Paris).

S’y ajoutent deux nouveaux IHU émergents sur les maladies inflammatoires de l’intestin (Infinity, Nancy), la gérontologie et le vieillissement (HealtAge à Toulouse) ainsi que seize infrastructures de recherche en imagerie cellulaire et in vivo, neurologie, bio-informatique, infectiologie, génomique, métabolomique, thérapies cellulaires, protéomique, infectiologie, biologie structurale intégrée…

En outre, le plan Innovation Santé 2030 a opté pour des Chaires d’excellence en Biologie / Santé. Le 24 avril 2024 ont été dévoilés les 22 premiers chercheurs distingués dans le cadre d’un appel à projets opéré par l’ANR. Ces lauréats seront soutenus pour un montant total de 47 M€ À titre d’exemple, Marc Bajenoff (CNRS) explore les macrophages, ces cellules immunitaires essentielles dans la lutte contre de nombreuses maladies, Yasmine Belkaid (Institut Pasteur) cherche à découvrir comment l’immunité mater-

nelle influence la santé de l’enfant au cœur de la grossesse, Jérôme Dejardin (Inserm) étudie les télomères, un bouclier contre la dégradation de nos chromosomes, tandis que Florent Ginhoux (Institut Gustave Roussy) s’appuie sur des organoïdes cérébraux pour guérir le cancer du cerveau chez l’enfant.1

Enfin, le plan Innovation Santé 2030 a défini 7 programmes de recherche dont 5 Programmes et équipements prioritaires de recherche (PEPR) qui ciblent les maladies infectieuses (ré)émergentes et les menaces NRBC (PEPR MIE piloté par l’Inserm), la prévention des risques d’émergence zoonotiques (PEPR PREZODE piloté par le CIRAD, l’INRAE et l’IRD), la santé numérique (PEPR piloté par l’Inserm et Inria), les biothérapies et la bioproduction de thérapies innovantes (piloté par l’Inserm et le CEA), la santé des femmes et des couples (piloté par l’Inserm). Ces PEPR sont complétés par deux programmes de recherche explora-

toires en santé : MoleculArXiv (développement du stockage de données sur l’ADN ou ses dérivés), piloté par le CNRS, et PROPSY (projet-programme en psychiatrie de précision), piloté par l’Inserm et le CNRS. Quant au projet ZE[US], il vise le développement d’un démonstrateur d’imagerie multi-échelle du corps entier par ultrasons issu des recherches des équipes de l’ESPCI Paris (PSL), de l’Inserm et du Pr Mickael Tanter à l’Institut de Physique et Technologies pour la Santé – une première mondiale et un bel exemple de collaboration entre l’Institut de la Vision, les sociétés Vermon et Moduleus (groupe Doliam) et les deux startups deeptech Iconeus et eMyosound.2

Ces dispositifs ont été confortés par de nombreux appels à projets dont celui du Grand Défi « Dispositifs médicaux numériques au service du bien vieillir » : lancé en mai dernier et doté de 8 M€, cet appel à projets vise à identifier, évaluer et financer

Schéma du système nerveux humain / Diagram of the human nervous system

des projets numériques innovants conçus pour améliorer la prévention, le diagnostic, la prise en charge et le suivi à distance. Les projets présentés pourront concerner deux stades de développement : le stade 1

« Programmes d’innovation » et le stade 2

« Démonstrateurs grandeur nature ». L’annonce des lauréats devrait intervenir en janvier-février 2026.3

De nombreux acteurs concourent à la recherche et l’innovation en santé. C’est le cas du Health Data Hub (cf. article dédié) et bien sûr de l’Inserm. Recherche fondamentale, translationnelle et clinique, recherche en santé publique, recherche technologique, valorisation et recherche participative traduisent un continuum, du laboratoire au patient. L’Inserm participe au pilotage et à la mise en œuvre des programmes de recherche en santé nationaux : programmes financés par France 2030 (systèmes alimentaires, microbiome et santé ; organes et organoïdes sur puces (MED-OOC) ; identités et destins cellulaires (Cell-ID…), stratégies nationales et plans thématiques (lutte contre les cancers, médecine génomique, antibiorésistance, maladies neurodégénératives, autisme et troubles du neurodéveloppement, maladies rares).

Dans le cadre de France 2030, l’État a également confié à l’Inserm le pilotage d’Impact Santé, un programme de financement de la recherche de rupture. Quinze projets Impact Santé ont été sélectionnés au terme des appels 2024-2025 : 9 projets d’accélération (dont le projet Antibax, qui vise à développer des anticorps pour neutraliser les bactéries nuisibles impliquées dans les cancers des muqueuses et améliorer les traitements anticancéreux) et 6 projets exploratoires (dont le projet « Contrôle volontaire de la respiration. Une plongée dans l’apnée », dont l’objectif est d’identifier les neurones qui participent au contrôle volontaire de la respiration et de comprendre leur fonctionnement). En outre, l’Inserm a mis en place 3 « accélérateurs de recherche technologique » autour des ultrasons médicaux, de la bioimpression et de la thérapie génomique. Un quatrième, dédié à l’IA, est à l’étude.4

À l’instar de l’Inserm, le CNRS pilote ou co-pilote une quarantaine de programmes nationaux dans le cadre de France 2030. Il s’agit, dans le domaine-clé de la santé, des programmes Cell-ID, Interaction lumière matière (LUMA), Mathématiques en interaction (Maths-Vives), OneWater - Eau Bien Commun, MED-OOC, PROPSY, Quantique et Ville durable.5

Pôle de référence mondiale dans la recherche sur les infections et pour la santé des populations, l’Institut Pasteur totalise 144 unités de recherche à Paris (au 01/01/2020), 32 instituts dans le monde et 10 prix Nobel. La recherche pasteurienne s’appuie sur quatre atouts essentiels : des recherches menées à tous les niveaux du vivant, la mise en œuvre d’approches pluridisciplinaires (bio-informatique, biophysique, chimie, nanotechnologies), un plateau technologique unique (avec par exemple le microscope le plus puissant du monde, Titan) et un réseau international unique au monde. Des ressources bienvenues pour répondre aux défis de santé publique actuels : résistance aux antibiotiques, impact du microbiote sur notre santé, vieillissement en bonne santé… Sans oublier le cœur de métier de l’Institut Pasteur, i.e. la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies infectieuses mais aussi neurodégénératives, sans oublier les cancers, l’autisme, etc. Par ailleurs, la direction des Applications de la recherche et des relations industrielles (DARRI) transforme les technologies et innovations

de l’Institut Pasteur en avancées diagnostiques, vaccinales, thérapeutiques ou technologiques pour les patients. Dans ce but, elle s’appuie notamment sur l’Institut Carnot « Pasteur Microbes & Santé » et sur l’Institut de recherche technologique (IRT) Bioaster, spécialisé dans l’innovation technologique en microbiologie (en partenariat avec le CEA, le CNRS, l’Inserm, Danone Nutricia Research, l’Institut Mérieux et Sanofi Pasteur).6

À ces grands acteurs publics répondent France BioLead, acteur national qui structure, pilote et anime la filière française de bioproduction de biomédicaments, et France BioTech, qui rassemble les entrepreneurs de la healthtech (biotech, medtech, e-santé, IA) et accompagne l’innovation en santé. Une innovation illustrée par des startups comme Therapixel (cf. article dédié), Qubit Pharma, qui apporte une précision et une exactitude inégalées à la conception moléculaire en utilisant la physique quantique et l’IA pour développer des traitements révolutionnaires contre les maladies graves, Neuronys, spécialisée dans la création de solutions EdTech visant à faciliter l’autoapprentissage et la formation en ligne grâce à l’IA, ou encore Lutèce Dynamics, qui propose un module de microscope et des solutions d’IA pour l’imagerie longitudinale sans produits chimiques d’échantillons biologiques vivants en 2D/3D. Une imagerie en temps réel, sans marquage et non invasive.

Reste à ne pas prendre l’IA pour une panacée universelle : dans sa lettre d’information du 14 décembre 20257, le Dr Jean-Pierre Willem souligne ses nombreux angles morts liés à la non-prise en compte des effets iatrogènes, aux risques d’erreurs médicales (sur- ou sous-diagnostic, médicalisation excessive) et à l’appauvrissement de la relation médecin-patient. Il rappelle l’importance de l’anamnèse, du tableau clinique et des paramètres psychosociaux pour une réponse personnalisée. L’IA apparaît dès lors comme un outil complémentaire au service d’une médecine intégrative, de plus en plus promue… à juste titre !

1 Source : ANR, « Stratégie Innovation Santé 2030. Chaires d’excellence en Biologie / Santé », dossier de presse du 22 avril 2024.

2 Source : Gouvernement, « Innovation santé 2030 », Dossier de presse du mardi 16 mai 2023.

3 Source : Ministère du Travail, « France 2030 : ouverture de l’appel à projets du Grand Défi « Dispositifs médicaux numériques au service du bien vieillir », publié le 21/05/2025 : https://solidarites.gouv.fr/france-2030-ouverture-de-lappel-projets-du-grand-defi-dispositifs-medicaux-numeriques-au-service-du-bien-vieillir

4 Source : Inserm, « Programmes de recherche » : https://www.inserm.fr/nous-connaitre/programmes-de-recherche/

5 Source : CNRS, « Programmes nationaux : thématique Santé » : https://www.cnrs.fr/fr/nos-recherches/france-2030/programmes-nationaux-sante

6 Source : Institut Pasteur : https://www.pasteur.fr/fr

Sporozoite de Plasmodium bergei, l’agent du paludisme des rongeurs (malaria) / Sporozoite of Plasmodium bergei, the agent of rodent malaria

Human health: personalised medicine and technologies of tomorrow

Making France the leading innovative and sovereign nation in Europe in terms of healthcare: this is the objective of the Innovation Santé 2030 plan. Launched on 29 June 2021 with a budget of € 7.5 billion (including € 1.7 billion dedicated to biomedical research), this plan is led by the Health Innovation Agency within the General Secretariat for Investment. Here we present its measures and the other key players involved in this strategic area.

The Health Innovation 2030 plan allocates € 550 million to research in four priority areas: digital health, biomedicines and bioproduction, emerging infectious diseases and innovative medical devices. In addition, € 110 million is dedicated to exploratory research programmes. In 2023, the winning clusters were announced. They include five global bioclusters: Brain&Mind (Paris), Genother (Evry-Courcouronnes), Paris Saclay Cancer Cluster (PSCC), BCF2I in infectious diseases (Lyon), and MIB in immunology (Marseille). Ten new IHUs were also designated, namely Cancer des femmes (Paris), InovAND on paediatric neurodevelopment (Paris), PRISM in oncology (Villejuif), Prometheus on the management of sepsis (Garches), THEMA 2 in haematology (Paris), Everest in hepatology (Lyon), VBHI on cerebrovascular diseases (Bordeaux), RespirERA (Nice), Immun4Care (Montpellier) and re-Connect on hearing disorders (Paris).

In addition, there are two new emerging IHU centres focusing on inflammatory bowel diseases (Infinity, Nancy), gerontology and ageing (HealtAge in Toulouse), as well as sixteen research infrastructures in cellular and in vivo imaging, neurology, bioinformatics, infectious diseases, genomics, metabolomics, cell therapies, proteomics, infectious diseases, integrated structural biology, etc.

The Innovation Santé 2030 plan has also opted for Chairs of Excellence in Biology/ Health. On 24 April 2024, the first 22 researchers selected as part of a call for projects launched by the ANR were announced. These winners will receive a total of €47 million in funding. For example, Marc Bajenoff (CNRS) is exploring macrophages, the immune cells that are essential in the fight against many diseases, Yasmine Belkaid (Institut Pasteur) is seeking to discover how maternal immunity influences the health of the child during pregnancy, Jérôme Dejardin (Inserm) is studying telomeres, a shield

against the degradation of our chromosomes, while Florent Ginhoux (Institut Gustave Roussy) is using brain organoids to cure brain cancer in children.

Finally, the Health Innovation 2030 plan has defined seven research programmes, including five Priority Research Programmes and Facilities (PEPR) targeting (re)emerging infectious diseases and CBRN threats (PEPR MIE led by Inserm), the prevention of zoonotic emergence risks (PEPR PREZODE led by CIRAD, INRAE and IRD), digital health (PEPR led by Inserm and Inria), biotherapies and bioproduction of innovative therapies (led by Inserm and CEA), and women’s and couples’ health (led by Inserm). These PEPRs are complemented by two exploratory health research programmes: MoleculArXiv (development of data storage on DNA or its derivatives), led by CNRS, and PROPSY (precision psychiatry project-programme), led by Inserm and CNRS. In addition, the ZE[US] project aims to develop a wholebody multi-scale ultrasound imaging

demonstrator based on research by teams from ESPCI Paris (PSL), Inserm and Prof. Mickael Tanter at the Institute of Physics and Technologies for Health – a world first and a fine example of collaboration between the Vision Institute, the companies Vermon and Moduleus (Doliam group) and the two deeptech start-ups Iconeus and eMyosound.

These initiatives have been reinforced by numerous calls for projects, including the Grand Défi ‘Digital medical devices for healthy ageing’: launched last May with a budget of €8 million, this call for projects aims to identify, evaluate and finance innovative digital projects designed to improve prevention, diagnosis, care and remote monitoring. The projects submitted may concern two stages of development: stage 1 ‘Innovation programmes’ and stage 2 ‘Full-scale demonstrators’. The winners are expected to be announced in January-February 2026.

Many players are involved in health research and innovation. This is the case

University Hospital Institute for Infectious Diseases in Marseille / Institut hospitalo-universitaire en maladies infectieuses de Marseille

for the Health Data Hub (see dedicated article) and, of course, Inserm. Fundamental, translational and clinical research, public health research, technological research, valorisation and participatory research form a continuum, from the laboratory to the patient. Inserm participates in the management and implementation of national health research programmes: programmes funded by France 2030 (food systems, microbiome and health; organs and organoids on chips (MED-OOC); cellular identities and destinies (Cell-ID), etc.), national strategies and thematic plans (the fight against cancer, genomic medicine, antibiotic resistance, neurodegenerative diseases, autism and neurodevelopmental disorders, rare diseases).

As part of France 2030, the French government has also entrusted Inserm with the management of Impact Santé, a programme to fund breakthrough research. Fifteen Impact Santé projects were selected following the 2024-2025 calls for proposals: nine acceleration projects (including the Antibax project, which aims to develop antibodies to neutralise harmful bacteria involved in mucosal

cancers and improve cancer treatments) and six exploratory projects (including the «Voluntary control of breathing. A dive into apnoea‘, which aims to identify the neurons involved in voluntary control of breathing and understand how they work). In addition, Inserm has set up three ’technological research accelerators» focusing on medical ultrasound, bioprinting and genomic therapy. A fourth, dedicated to AI, is under consideration.

Like Inserm, the CNRS is leading or co-leading some 40 national programmes as part of France 2030. In the key area of health, these include Cell-ID, LightMatter Interaction (LUMA), Mathematics in Interaction (Maths-Vives), OneWater - Eau Bien Commun (Water as a Common Good), MED-OOC, PROPSY, Quantique (Quantum) and Ville durable (Sustainable city).

A global leader in infection research and public health, the Institut Pasteur has 144 research units in Paris (as of 1 January 2020), 32 institutes worldwide and 10 Nobel Prize winners. Pasteurian research is based on four key strengths: research conducted at all levels of life, the implementation of multidisciplinary approaches (bioinformatics, biophysics, chemistry, nanotechnologies), a unique technological platform (including, for example, the world’s most powerful microscope, Titan) and an international network that is unique in the world. These resources are welcome in meeting current public health challenges: antibiotic resistance, the impact of microbiota on our health, healthy ageing, etc. Not to mention the core business of the Institut Pasteur, i.e. the prevention, diagnosis and treatment of infectious diseases, but also neurodegenerative diseases, cancer, autism, etc. In addition, the Research Applications and Industrial Relations Department (DARRI) transforms the Institut Pasteur’s technologies and innovations into diagnostic, vaccine, therapeutic and technological

advances for patients. To this end, it relies in particular on the Pasteur Microbes & Santé Carnot Institute and the Bioaster Institute for Technological Research (IRT), which specialises in technological innovation in microbiology (in partnership with the CEA, CNRS, Inserm, Danone Nutricia Research, Institut Mérieux and Sanofi Pasteur).

These major public players are complemented by France BioLead, a national player that structures, steers and drives the French biopharmaceutical production sector, and France BioTech, which brings together healthtech entrepreneurs (biotech, medtech, e-health, AI) and supports innovation in healthcare. This innovation is illustrated by start-ups such as Therapixel (see dedicated article), Qubit Pharma, which brings unrivalled precision and accuracy to molecular design by using quantum physics and AI to develop revolutionary treatments for serious diseases, Neuronys, which specialises in creating EdTech solutions to facilitate self-learning and online training using AI, and Lutèce Dynamics, which offers a microscope module and AI solutions for chemical-free longitudinal imaging of living biological samples in 2D/3D. Real-time, label-free and non-invasive imaging.

However, AI should not be viewed as a universal panacea: in his newsletter dated 14 December 2025, Dr Jean-Pierre Willem highlights its many blind spots, which are linked to the failure to take into account iatrogenic effects, the risks of medical errors (over- or under-diagnosis, excessive medicalisation) and the deterioration of the doctor-patient relationship. He reiterates the importance of medical history, clinical presentation and psychosocial factors in providing personalised care. AI therefore appears to be a complementary tool in the service of integrative medicine, which is increasingly being promoted... and rightly so!

Paramecium aurelia, a paramecium. Living cells enable the synthesis of biopharmaceuticals. / Paramecium aurelia, une paramécie. Les cellules vivantes permettent la synthèse des biomédicaments.

Therapixel

Créé en 2013 et fort d’une quarantaine de personnes, Therapixel est un éditeur de logiciels spécialisé dans l’IA appliquée à la détection et la caractérisation du cancer du sein. Sa solution est déjà plébiscitée en France et aux États-Unis.

Founded in 2013 and with a workforce of around 40, Therapixel is a software publisher specialising in AI applied to the detection and characterisation of breast cancer. Its solution is already highly acclaimed in France and the United States.

En France, une femme sur cinq bénéficie de l’IA lors d’un dépistage du cancer du sein et le logiciel de Therapixel est utilisé dans 60 % des cas. Cet outil rassure le radiologue dans sa prise de décision : dans 90 % des cas le premier examen ne montre aucun signe inquiétant et l’IA lui donne un deuxième avis immédiat pour ne pas passer à côté de lésions plus subtiles. De plus, Therapixel propose d’autres solutions telles que la rédaction de compte-rendu et l’estimation de la densité mammaire, un facteur de risque car le diagnostic est plus difficile à poser. Cette innovation, déjà lancée aux États-Unis, est en attente d’accord réglementaire pour l’UE.

En 2023 Therapixel a lancé une étude prospective nationale visant à évaluer l’utilisation de son logiciel pour l’assistance à la deuxième lecture des mammographies de dépistage. Présentés lors des Journées françaises de radiologie en octobre 2025, les résultats de cette étude démontrent qu’il est possible de se passer d’un radiologue dans plus de la moitié des cas de deuxième lecture. Cela permet de donner un résultat plus rapidement, de rassurer les femmes dépistées, d’alléger la charge de travail du radiologue et de réaliser des économies financières appréciables. Autre étude lancée en 2024, AURELIA s’appuie sur 8 sites de recrutement et ses résultats préliminaires devraient être publiés fin 2026. Pour Therapixel, l’enjeu est de développer une estimation du risque personnalisé à 2, 3 et 5 ans à partir des images radiologiques de chaque femme afin d’adapter la stratégie : un dépistage classique si le risque est faible, une surveillance plus poussée si le risque est plus élevé. Les procédures de validation clinique et d’accord réglementaire devraient être lancées d’ici la fin 2025 pour l’UE et les ÉtatsUnis (où la Mayo Clinic a fait de Therapixel son fournisseur exclusif). Avec un regard sur les marchés asiatiques… et un appel aux législateurs français : le logiciel de Therapixel est déjà fréquemment utilisé et a démontré son bénéfice pour la santé publique. À eux d’en faciliter la mise en œuvre pour le plus grand nombre !

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In France, one in five women benefits from AI during breast cancer screening, and Therapixel’s software is used in 60% of cases. This tool reassures radiologists in their decision-making: in 90% of cases, the initial examination shows no worrying signs, and AI provides an immediate second opinion to ensure that more subtle lesions are not overlooked. In addition, Therapixel offers other solutions such as report writing and breast density estimation, a risk factor because diagnosis is more difficult to make. This innovation, already launched in the United States, is awaiting regulatory approval for the EU.

In 2023, Therapixel launched a national prospective study to evaluate the use of its software to assist in the second reading of screening mammograms. Presented at the French Radiology Days in October 2025, the results of this study demonstrate that it is possible to do without a radiologist in more than half of second reading cases. This makes it possible to provide results more quickly, reassure women undergoing screening, lighten the radiologist’s workload and achieve significant financial savings. Another study launched in 2024, AURELIA, is based on eight recruitment sites and its preliminary results are expected to be published at the end of 2026.

For Therapixel, the challenge is to develop a personalised 2-, 3- and 5-year risk assessment based on each woman’s radiological images in order to tailor the strategy: conventional screening if the risk is low, more intensive monitoring if the risk is higher. Clinical validation and regulatory approval procedures are expected to be launched by the end of 2025 for the EU and the United States (where the Mayo Clinic has made Therapixel its exclusive supplier). With an eye on Asian markets... and a call to French legislators: Therapixel’s software is already in frequent use and has demonstrated its benefits for public health. It is up to them to facilitate its implementation for as many women as possible!

Therapixel 455, promenade des Anglais - F-06200 Nice

Tél. : +33 (0)9 72 55 20 39

E-mail : contact@therapixel.com https://www.therapixel.fr/

Transition énergétique et mobilités décarbonées au service de la ville de demain

Soutenir les projets innovants au profit des transitions de notre époque : c’est l’un des objectifs du plan d’investissement France 2030 qui a fêté ses 3 ans en octobre 2024. Depuis 2021, près de 35 Md € ont été engagés pour soutenir plus de 4 700 projets innovants dans de nombreux secteurs, dont la transition énergétique et les mobilités décarbonnées. Plongée au cœur des mutations en cours.

France 2030 s’engage à accélérer la transition écologique dans le secteur des énergies : des investissements massifs ont été réalisés dans le développement de l’éolien et de l’hydrogène décarboné, sources d’énergie moins émettrices de CO2. Des entreprises comme Sofresid Engineering ou GENVIA œuvrent pour une énergie décarbonée. C’est également l’objectif du CNRS, qui pilote ou co-pilote une quarantaine de programmes nationaux visant à renforcer la recherche française dans cinq domaines clés, dont la transition énergétique. Dix thématiques ont été identifiées dans ce domaine : batteries (PEPR co-piloté avec le CEA), décarbonation de l’industrie (PEPR SPLEEN co-piloté avec IFPEN), hydrogène (PEPR H2 co-piloté avec le CEA), interaction lumière-matière, matériaux émergents (PEPR exploratoire DIADEM co-piloté avec le CEA), recyclage, sous-sol, spintronique (SPIN), supraconducteurs à haute température (PEPR co-piloté avec le CEA pour de possibles applications dans les secteurs de l’énergie de fusion, des réseaux électriques, de la mobilité à faible émission de carbone, de la physique des hautes énergies...), systèmes énergétiques & énergies renouvelables (TASE).

Focus sur TASE : co-piloté par le CNRS et le CEA, le PEPR d’accélération Technologies avancées des systèmes énergétiques, qui s’inscrit dans la stratégie nationale éponyme, vise à générer des innovations dans les domaines de l’énergie solaire photovoltaïque, de l’éolien flottant… L’objectif est de lever les verrous associés à deux problématiques technologiques : le développement des réseaux d’énergie flexibles et résilients et le développement des cellules photovoltaïques à haut rendement et à impact environnemental minimisé.1

Modes de production d’énergie bas-carbone

Apporter des solutions concrètes aux besoins de l’État, de l’économie et des citoyens : c’est la mission du CEA. Cet

acteur majeur de la recherche française consacre aux énergies l’un de ses six axes de recherche. Dans ce cadre, il conduit des recherches sur un système énergétique bas-carbone combinant nucléaire et renouvelables. Il s’intéresse aux modes de production d’énergie bas-carbone (développement de petits réacteurs modulaires, solaire photovoltaïque, hydrogène), à leurs interactions au sein du réseau (réseaux énergétiques du futur, stockage stationnaire de l’énergie, hydrogène et piles à combustible, mobilité durable) et à la problématique des ressources dans une logique d’économie circulaire (cycle du combustible nucléaire, économie circulaire du carbone et des matières). Une expertise au service des pouvoirs publics et des industriels.2

Cap vers l’hydrogène décarboné : en juin dernier, IFP Energies nouvelles (IFPEN) a remis un rapport stratégique au ministre de l’Industrie et de l’Énergie sur le potentiel de l’hydrogène naturel, une ressource étudiée par les équipes du Carnot IFPEN Ressources Énergétiques. Objectif : outiller les pouvoirs publics pour une exploration maîtrisée, au service de la transition

énergétique et de la souveraineté nationale. En parallèle, IFPEN agit sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’hydrogène décarboné - production, stockage, transport et usages - pour structurer une filière industrielle durable. Plus largement, IFPEN est un acteur majeur de la recherche et de la formation dans les domaines de l’énergie, du transport et de l’environnement. Depuis les concepts scientifiques en recherche fondamentale (structurée autour de neuf verrous scientifiques) jusqu’aux solutions technologiques en recherche appliquée, l’innovation technologique est au cœur de son action.

À l’actif d’IFPEN, 71 projets de recherche collaboratifs en cours, dont 38 impliquant des partenaires étrangers, et 21 projets H2020. Une belle reconnaissance de son expertise multiple dans les énergies renouvelables (biocarburants et e-fuels, biogaz, chimie biosourcée, énergies éoliennes, géothermie, hydrogène, stockage d’énergie) et la mobilité durable (mobilité électrifiée, batteries, analyse environnementale des transports, motorisations thermiques). IFPEN accompagne également les startups et PME innovantes dans le développement de leur innovation en mettant à leur disposition un savoir-faire en R&D industrielle, des expertises transverses (propriété intellectuelle, juridique, business development) et la force d’un réseau : 40 laboratoires, 50 métiers, 1 550 collaborateurs mobilisables et 130 dépôts de brevets par an pour ce groupe industriel de 12 entreprises qui est aussi un institut public de recherche de référence. La start-up iséroise FUNCELL, qui a développé BioWet™, un additif biosourcé pour l’industrie papetière, a justement rejoint le programme Boost & Link d’IFPEN en 2021. Diagnostic et optimisation du procédé, mise au point d’une séparation par électrodialyse, dépôt d’un brevet, construction d’un pilote industriel, remboursement des travaux et acquisition du brevet par FUNCELL : autant d’étapes qui ont permis à l’entreprise de figurer parmi les 3 lauréats de la 17ème édition du Prix Pierre Potier en 2024.3

Deux types d’éoliennes à Marcellois en Côte-d’Or / Two types of wind turbine at Marcellois in the Côte-d’Or

Mobilités décarbonées et connectées

Dans le cadre de France 2030, la production de voitures électriques en France est accompagnée avec des projets comme le DZ110 d’Alpine, qui marque l’arrivée d’une nouvelle génération de véhicules électriques. En 2023, ce sont près de 490 0000 véhicules électriques (y compris hybrides) qui ont été fabriqués en France.4

Les mobilités décarbonées et connectées sont précisément au cœur de l’activité d’iTRANS. Situé dans les Hauts-de-France, le pôle de compétitivité associe grands groupes, ETI, PME, startups et laboratoires de tous horizons dans des projets R&D&I dans 4 secteurs prioritaires : le ferroviaire, l’automobile, l’aéronautique et l’industrie du futur appliquée aux transports. i-TRANS accompagne les industriels (du grand groupe à la startup), les acteurs de la recherche et de la formation ainsi que les institutionnels et les territoires dans toutes les étapes du développement des projets : de l’innovation et la conception jusqu’à l’industrialisation et la mise sur le marché. Projets, réseau, veille, international : le pôle propose des services adaptés au plus proche des besoins de ses membres. Pour chaque projet innovant, i-TRANS propose un accompagnement complet et sur mesure pour l’ensemble des domaines d’applications relatifs aux transports, à la mobilité et à la logistique. En outre, la feuille de route thématique du pôle se traduit par une animation sous forme de 3 clubs d’intérêts sur les nouveaux matériaux, les électromobilités et la maintenance prédictive. L’action de ces clubs d’intérêt est renforcée par une task force Intelligence Artificielle. i-TRANS fait aussi partie de partenariats collectifs au service de filières stratégiques pour le territoire des Hautsde-France : automobile et mobilités, aéronautique et industries électroniques.5

Le système ferroviaire de demain i-Trans est partenaire de l’Institut de Recherche Technologique (IRT) de la filière ferroviaire : Railenium. Depuis

2017 ces deux structures œuvrent au rapprochement de leurs actions au service de l’innovation au sein de la filière ferroviaire. Railenium conduit des projets de recherche et d’innovation partenariales rassemblant académiques et industriels, en lien avec les pouvoirs publics. Ensemble, ils développent collaborativement, valident et testent des technologies de rupture et des solutions innovantes répondant aux grands défis sociétaux et technologiques de la filière ferroviaire, en France et à l’international.

et humains, modélisation et dynamique ferroviaire, télécommunications et sécurité des systèmes.6

D’autres acteurs participent activement à l’élaboration de solutions pour les véhicules et les mobilités de demain : le Pôle Véhicule du Futur en BourgogneFranche-Comté et Grand Est, le Pôle ID4Mobility en Bretagne, Pays de la Loire et Nouvelle-Aquitaine, mais aussi ID4CAR, le hub d’innovation référent des filières Automobile, Véhicules et Mobilités

L’objectif de l’IRT : inventer et concevoir le système ferroviaire de demain - un transport plus sûr, plus performant et plus durable. Railenium totalise 80 projets, 32 thèses, 5 brevets/APP, 340 publications, 36 M€ de financement PIA et s’appuie sur 90 collaborateurs ETP. Les thématiques de recherche de Railenium suivent la feuille de route définie par le CORIFER (Conseil d’Orientation de la Recherche et de l’Innovation de la filière FERroviaire) qui porte sur quatre thèmes majeurs : industrie & infrastructure du futur, mobilité inclusive, trains zéro carbone et trains intelligents. Ces thèmes sont confortés par les 7 expertises de référence de l’IRT, à savoir energy & asset management, vision IA, IA science de la donnée, facteurs organisationnels

du Grand Ouest. Avec une ambition commune : stimuler les acteurs des différents territoires par le développement de leur compétitivité, leur excellence et leur impact européen. Une ambition complémentaire de celle de l’université Gustave Eiffel : leader en France sur la ville durable, elle représente 1/4 de la recherche française sur cette thématique. Son credo : transformer la vie et les villes grâce à de nombreux axes de recherche et d’expertise, dont bien évidemment les systèmes et infrastructures de transports (capteurs, télécommunications, interactions véhicules-infrastructures, véhicules autonomes, sécurité, sûreté, usages et impacts économique, social, sanitaire, énergétique, environnemental, humain…).7 Quand la mobilité va, tout va !

1 Source : CNRS, « Programmes nationaux : thématique Transition énergétique » : https://www.cnrs.fr/fr/nos-recherches/france-2030/ programmes-nationaux-transition-energetique

2 Source : CEA, Domaines de recherche / Energies : https://www.cea.fr/Pages/domaines-recherche/energies.aspx

3 Source : IFPEN : https://www.ifpenergiesnouvelles.fr/

4 Source : « France 2030 fête ses 3 ans » : https://www.info.gouv.fr/actualite/france-2030-fete-ses-3-ans

5 Source : i-TRANS : https://i-trans.org/i-trans/

6 Source : IRT Railenium : https://railenium.eu/

7 Source : Université Gustave Eiffel : https://www.univ-gustave-eiffel.fr/

Parc de centrales photovoltaïques de la Colle des Mées dans les Alpes-de-Haute-Provence / La Colle des Mées photovoltaic power plant in Alpes-de-Haute-Provence

Energy transition and low-carbon mobility for the city of tomorrow

One of the objectives of the France 2030 investment plan, which celebrated its 3rd anniversary in October 2024, is to support innovative projects that will benefit the transitions of our time. Since 2021, almost € 35 billion has been committed to support more than 4,700 innovative projects in a wide range of sectors, including the energy transition and low-carbon transport. Here’s a look at the changes underway.

France 2030 is committed to accelerating the ecological transition in the energy sector: massive investments have been made in the development of wind power and low-carbon hydrogen, energy sources that emit less CO2. Companies such as Sofresid Engineering and GENVIA are working to promote low-carbon energy. This is also the objective of the CNRS, which is piloting or co-piloting some forty national programmes aimed at strengthening French research in five key areas, including the energy transition. Ten themes have been identified in this area: batteries (PEPR co-piloted with CEA), decarbonisation of industry (PEPR SPLEEN co-piloted with IFPEN), hydrogen (PEPR H2 co-piloted with CEA), light-matter interaction, emerging materials (exploratory PEPR DIADEM co-piloted with CEA), recycling, underground, spintronics (SPIN), high-temperature superconductors (PEPR co-piloted with the CEA for possible applications in fusion energy, electricity networks, low-carbon mobility, high-energy physics, etc.), energy systems & energies (PEPR co-piloted with the CEA for possible applications in fusion energy, electricity networks, low-carbon mobility, high-energy physics, etc.), energy systems & renewable energies (TASE).

Focus on TASE: co-piloted by the CNRS and the CEA, the Advanced Energy Systems Technologies PEPR, which is part of the national strategy of the same name, aims to generate innovations in the fields of photovoltaic solar energy, floating wind power, etc. The objective is to remove the barriers associated with two technological issues: the development of flexible and resilient energy networks and the development of high-efficiency photovoltaic cells with minimal environmental impact.

Low-carbon energy production methods

The CEA’s mission is to provide practical solutions to the needs of the state, the economy and the general public. This

major player in French research is devoting one of its six research areas to energy. As part of this, it is conducting research into a low-carbon energy system combining nuclear power and renewable energies. It is interested in low-carbon energy production methods (development of small modular reactors, photovoltaic solar power, hydrogen), their interactions within the network (energy networks of the future, stationary energy storage, hydrogen and fuel cells, sustainable mobility) and the issue of resources in a circular economy (nuclear fuel cycle, circular economy of carbon and materials). Expertise at the service of public authorities and industry.

On the road to low-carbon hydrogen: last June, IFP Energies nouvelles (IFPEN) submitted a strategic report to the French Minister for Industry and Energy on the potential of natural hydrogen, a resource studied by the IFPEN Energy Resources Carnot teams. The aim is to provide public authorities with the tools they need for controlled exploration, in support of the energy transition and national sovereignty. At the same time, IFPEN is working

on the entire decarbonised hydrogen value chain - production, storage, transport and uses - to structure a sustainable industrial sector. More broadly, IFPEN is a major player in research and training in the fields of energy, transport and the environment. From scientific concepts in fundamental research (structured around nine scientific challenges) to technological solutions in applied research, technological innovation is at the heart of its activities.

IFPEN has 71 collaborative research projects underway, including 38 involving foreign partners, and 21 H2020 projects. This is a fine endorsement of its wideranging expertise in renewable energies (biofuels and e-fuels, biogas, biosourced chemistry, wind power, geothermal energy, hydrogen, energy storage) and sustainable mobility (electrified mobility, batteries, environmental analysis of transport, internal combustion engines). IFPEN also supports start-ups and innovative SMEs in the development of their innovations, providing them with know-how in industrial R&D, cross-disciplinary ex-

The Renault ZOE, a city car, connected to a recharging point / La Renault ZOE, une voiture citadine, branchée à une borne de recharge

pertise (intellectual property, legal, business development) and the strength of a network: 40 laboratories, 50 business lines, 1,550 staff available for mobilisation and 130 patent applications per year for this industrial group of 12 companies, which is also a benchmark public research institute. The Isère-based start-up FUNCELL, which has developed BioWet™, a bio-based additive for the paper industry, has joined IFPEN’s Boost & Link programme in 2021. Diagnosis and optimisation of the process, development of an electrodialysis separation, filing of a patent, construction of an industrial pilot, reimbursement of the work and acquisition of the patent by FUNCELL: all stages that enabled the company to be among the 3 winners of the 17th Pierre Potier Prize in 2024.

Carbon-free and connected mobility

As part of France 2030, the production of electric cars in France is supported by projects such as Alpine’s DZ110, which marks the arrival of a new generation of electric vehicles. In 2023, almost 490,0000 electric vehicles (including hybrids) were manufactured in France.

Low-carbon, connected mobility is precisely what i-TRANS is all about. Located in the Hauts-de-France region, the competitiveness cluster brings together large groups, SMEs, start-ups and laboratories from all horizons in R&D&I projects in 4 priority sectors: rail, automotive, aeronautics and the industry of the future applied to transport. i-TRANS supports manufacturers (from large groups to start-ups), research and training players, as well as institutions and local authorities in all stages of project development: from innovation and design to industrialisation and marketing. Projects, networking, monitoring, international: the cluster offers services tailored as closely as possible to the needs of its members. For each innovative project, i-TRANS offers comprehensive, tailor-made support for all areas of application relating to transport, mobility and logistics. In addition, the cluster’s thematic roadmap includes 3 interest clubs focusing on new materials, electromobility and predictive maintenance. The work of these interest clubs is reinforced by an Artificial Intelligence

task force. i-TRANS is also part of collective partnerships serving strategic sectors for the Hauts-de-France region: automotive and mobility, aeronautics and electronics industries.

The rail system of tomorrow i-Trans is a partner of the Railenium Institute for Technological Research (IRT). Since 2017, the two organisations have been working together to promote innovation in the rail industry. Railenium conducts partnership-based research and innovation projects bringing together academics and industry, in conjunction with public authorities. Together, they collaboratively develop, validate and test breakthrough technologies and innovative solutions that meet the major societal and technological challenges facing the rail industry, both in France and internationally.

The IRT’s objective is to invent and design the railway system of the future - safer, more efficient and more sustainable transport. Railenium has a total of 80 projects, 32 theses, 5 patents/APPs, 340 publications, €36 million in PIA funding and 90 FTE staff. Railenium’s research themes follow the roadmap defined by CORIFER (Railway Industry Research and Innovation Steering Committee), which focuses on four major themes: industry and infrastructure of the future, inclusive mobility, zero-carbon trains and

intelligent trains. These themes are supported by the IRT’s 7 core areas of expertise, namely energy & asset management, AI vision, AI data science, organisational and human factors, modelling and railway dynamics, telecommunications and systems security.

Other players are actively involved in developing solutions for the vehicles and mobility of the future: the Pôle Véhicule du Futur in Bourgogne-Franche-Comté and Grand Est, the Pôle ID4Mobility in Bretagne, Pays de la Loire and NouvelleAquitaine, as well as ID4CAR, the leading innovation hub for the automotive, vehicle and mobility industries in the Grand Ouest region. They share a common ambition: to stimulate the players in the various regions by developing their competitiveness, excellence and European impact. This ambition complements that of Gustave Eiffel University, the French leader in sustainable urban development, which accounts for 1/4 of French research in this field. Its credo is to transform life and cities through numerous areas of research and expertise, including of course transport systems and infrastructures (sensors, telecommunications, vehicleinfrastructure interactions, autonomous vehicles, safety, security, uses and economic, social, health, energy, environmental and human impacts, etc.). When mobility goes, everything goes!

Laboratoire de Thermique et Energie de Nantes - LTeN

Le transfert thermique au service de l’innovation énergétique et industrielle

Établi sur le site de Polytech Nantes et fort de 80 personnes (30 chercheurs et enseignants-chercheurs, 10 personnels techniques, 40 doctorants et postdoctorants), le LTeN s’appuie sur les sciences de l’ingénieur pour développer des recherches en transferts thermiques appliquées aux systèmes énergétiques et aux procédés industriels.

Le LTeN est spécialisé dans l’étude des transferts thermiques dans tous leurs états : physique des procédés composites, fluides complexes, écoulements diphasiques, conversion et stockage thermique à haute température, optimisation des systèmes énergétiques. Orientation majeure du LTeN, le stockage thermique haute température élargit l’éventail des possibles : de 200° à près de 1 000°, avec un objectif de 1 500° pour couvrir l’ensemble du spectre des températures dans l’industrie et faciliter sa décarbonation. Autres enjeux : la valorisation de la chaleur fatale industrielle (captation et restitution à la demande) et l’éco-conception d’une batterie complète thermophotovoltaïque dotée d’un matériau composite de stockage thermique qui améliore l’efficacité, le rendement et le temps de réponse tout en réduisant les coûts - un dispositif au cœur d’une future plateforme nationale qui permettra de fournir chaleur et électricité aux industriels, sur demande. Dans le cadre de la libéralisation du marché de l’électricité, cette solution pourrait être mise à profit pour capter l’électricité aux heures où elle est bon marché, la convertir en chaleur haute température et la fournir / la retransformer en électricité quand celle-ci est plus chère. In fine, le LTeN tient déjà compte du temps de retour environnemental et des services sociétaux rendus par ses innovations. La conversion de l’énergie haute température, via la prise en compte fine des transferts radiatifs, est un autre axe majeur pour le LTeN. Ces travaux s’intègrent dans un réseau national de recherche, piloté au LTeN, rassemblant 33 équipes

académiques et 14 partenaires industriels en quête, entre autres, de nouveaux paradigmes pour le développement de nouveaux échangeurs de chaleur haute température à haute longévité. Ces échangeurs sont conçus à partir de céramiques architecturées obtenues par fabrication additive. Une cellule sous atmosphère contrôlée (400 - 1 800°C) a été mise en place au sein du LTeN pour caractériser l’émissivité de ces matériaux et mieux maitriser le transport de la chaleur au sein des échangeurs. Un matériau d’intérêt, la cérine, fait l’objet d’une thèse en cotutelle CNRS-IRCER. Cet axe de recherche s’appuie aussi sur le design numérique de matériaux architecturés dont l’objectif est d’optimiser leur comportement thermique selon l’application énergétique visée. Cela aboutit dans le domaine de la concentration solaire à la conception de nouvelles architectures avec des gradients de porosité à même de maximiser la

conversion du rayonnement solaire en chaleur (+ 95 % à 1 000°C). Cette approche numérique est aussi utile pour décarboner les fours industriels (en remplaçant les brûleurs à gaz par des radiants électriques aux géométries agilement adaptées à la chauffe des charges) et pour prendre en compte le vieillissement des matériaux, ce qui permet d’anticipation les durées d’exploitation.

Le LTeN est aussi reconnu pour ses équipements de pointe (outils de caractérisation thermique avancée, bancs de stockage thermique et de caractérisation radiative) très appréciés des industriels de l’énergie, de l’aéronautique et de l’automobile. Très actif dans les activités partenariales, il réalise 700 000 € par an d’activité contractuelle. Les demandes des industriels suscitent de nouvelles problématiques scientifiques avec des contraintes liées à l’environnement et aux coûts - des problématiques parfaitement en phase avec le LTeN, soucieux de conjuguer recherche fondamentale et appliquée. C’est ainsi qu’avancent les connaissances sur les transformations physico-chimiques et l’évolution thermomécanique des matériaux. Autant d’opportunités de développer de nouvelles méthodologies expérimentales et numériques grâce à un panel de compétences pluridisciplinaires et complémentaires. Laboratoire intégrateur, le LTeN est ainsi pilote de la plateforme MAPE, qui mutualise les moyens de 4 laboratoires spécialisés dans la caractérisation, les procédés, le stockage thermique et la production d’énergie et le recyclage.

Steven Le Corre, directeur du LTeN / Steven Le Corre, Director of LTeN

Laboratoire de Thermique et Energie de Nantes - LTeN

Heat transfer for energy and industrial innovation

Based on the Polytech Nantes site and with a staff of 80 (30 researchers and teacher-researchers, 10 technical staff and 40 doctoral and post-doctoral students), the LTeN draws on the engineering sciences to develop research into heat transfer applied to energy systems and industrial processes.

LTeN specialises in the study of all aspects of heat transfer: the physics of composite processes, complex fluids, twophase flows, high-temperature thermal conversion and storage, and the optimisation of energy systems. A major focus of LTeN, high-temperature thermal storage extends the range of possibilities: from 200° to almost 1,000°, with a target of 1,500° to cover the entire temperature spectrum in industry and facilitate its decarbonisation. Other challenges include making the most of industrial waste heat (capture and restitution on demand) and the eco-design of a complete thermophotovoltaic battery equipped with a composite thermal storage material that improves efficiency, yield and response time while reducing costs - a device at the heart of a future national platform that will make it possible to supply heat and electricity to industry on demand. As part of the liberalisation of the electricity market, this solution could be used to capture electricity at times when it is cheap, convert it into high-temperature heat and supply it / convert it back into electricity when it is more expensive. Ultimately, LTeN is already taking into account the environmental payback and societal services provided by its innovations.

The conversion of high-temperature energy, by taking detailed account of radiative transfers, is another major focus for LTeN. This work is part of a national research network, led by LTeN, bringing together 33 academic teams and 14 industrial partners in search of, among other things, new paradigms for the development of new high-temperature, long-life heat exchangers. These heat exchangers are designed from architectural ceramics obtained by additive manufacturing. A cell under controlled atmosphere (400 - 1,800°C) has been set up at LTeN to characterise the emissivity of these materials and better control heat transport within the exchangers. One material of interest, ceria, is the subject of a joint CNRS-IRCER thesis. This line of research is also based on the digital design of architectural materials,

the aim of which is to optimise their thermal behaviour according to the energy application in question. In the field of solar concentration, this is leading to the design of new architectures with porosity gradients capable of maximising the conversion of solar radiation into heat (+95% at 1,000°C). This numerical approach is also useful for decarbonising industrial furnaces (by replacing gas burners with electric radiant heaters with geometries ideally suited to heating loads) and for taking account of the ageing of materials, which makes it possible to anticipate operating times.

LTeN is also renowned for its cutting-edge equipment (advanced thermal characterisation tools, thermal storage and radiative characterisation benches), which is much appreciated by the energy, aerospace and automotive industries. Very active in partnership activities, it generates €700,000 a year in contractual activity. The demands of industry are giving rise to new scientific problems with environmental and cost constraints - problems that are perfectly in tune with LTeN, which is keen to combine fundamental

and applied research. This is how knowledge of the physico-chemical transformations and thermo-mechanical evolution of materials is advancing. These are all opportunities to develop new experimental and numerical methodologies thanks to a multidisciplinary and complementary range of skills.

Laboratoire de Thermique et Energie de Nantes (LTeN) - UMR6607

Polytech’Nantes bat. ISITEM La Chantrerie, rue Christian Pauc - CS 50609 F-44306 Nantes Cedex 3

Tél. : +33 (0)2 40 68 31 42

E-mail : lten@univ-nantes.fr https://lten.cnrs.fr/

High-temperature thermal storage test bench / Banc de test de stockage thermique à haute température

La compétitivité passe par la différentiation technologique

Un

entretien avec M. Jean-Denis MULLER, Directeur général du Réseau des Carnot

Pourriez-vous nous rappeler la mission et les chiffres-clés du Réseau des Carnot ?

Fort de 35 000 chercheurs dont 10 000 doctorants et 400 laboratoires publics répartis dans 39 instituts, ce réseau a été créé en 2006 pour délivrer un label d’excellence dans la recherche partenariale et remédier à la difficulté historique que les laboratoires de recherche académique et les entreprises ont à collaborer. Le Réseau des Carnot encourage l’accès aux meilleures compétences (IA, matériaux, santé, environnement, énergie…) par la signature de contrats directs dont le bilan annuel, dressé par l’ANR, permet de calculer un abondement, c’est-à-dire un investissement qui financera une recherche plus amont pour préparer les futures innovations. Chaque année, ce sont plus de 10 000 contrats signés (soit un toutes les 10 minutes), un volume d’affaires de 600 M€ (soit 55 % de l’activité de R&D financée par les entreprises pour 20 % des chercheurs), une centaine de startups créées (sur les 500 fixées comme objectif national), environ 30 000 publications de rang A (prouvant ainsi l’excellence de la recherche scientifique au service de l’industrie), 40 nouvelles équipes communes et 900 brevets publiés, ce qui place le Réseau des Carnot dans le top 3 des déposants français (avec un poids lourd comme le CEA), aux côtés des industriels les plus innovants.

Quel est l’état de la recherche partenariale en France et quelle est la contribution du Réseau des Carnot à cet égard ?

Le Réseau des Carnot a multiplié par 3 son volume d’affaires depuis sa création – un volume qui a même été multiplié par 8 pour les PME. Il est plus difficile de rapprocher les laboratoires et les petites entreprises, faute de personnel disponible pour assurer le suivi d’un projet d’innovation. Le retard constaté il y a 20 ans n’a pas encore été complètement rattrapé car les entreprises françaises investissent moins dans l’innovation et la recherche que leurs homologues étrangères et sont moins enclines à collaborer avec des laboratoires

de recherche. Or la compétitivité passe par la différentiation technologique : les entreprises sont donc invitées à investir massivement dans la R&D et le Réseau des Carnot peut les aider à atteindre très rapidement le meilleur niveau international grâce à la mise en place d’équipes communes qui ont un effet accélérateur pour l’industriel partenaire.

Pourriez-vous nous décrire votre offre de services aux entreprises ?

Face à un industriel, le Réseau des Carnot se positionne comme un partenaire à l’écoute de ses besoins business, de ses besoins de différenciation face à la concurrence et de ses besoins de développer un nouveau produit ou service. Fini le temps où une technologie était développée sans savoir à quel marché elle pourrait convenir. À titre d’exemple, l’Institut Pasteur et ABL Diagnostics ont signé récemment un accord de licence pour l’intégration de la technologie innovante de séquençage de l’ARN du HPV dans les solutions de ABL Diagnostics qui produira et commercialisera le test. De même, la chaire innovation BOPA (AP-HP, IMT-BS, IMT Atlantique) entend proposer des solutions numériques innovantes pour « augmenter »

le bloc opératoire tout en cherchant à mieux comprendre les professionnels du bloc opératoire et leurs interactions. Quant au Laboratoire d’Electrochimie et Physicochimie des Matériaux et des Interfaces (LEPMI - Carnot Énergies du Futur), il s’associe à Michelin pour développer une nouvelle génération de matériaux et de procédés pour produire de l’hydrogène vert de manière plus durable et efficace (projet Alcal’Hylab). J’aimerais aussi citer l’entreprise BOIPLAST, qui explore une nouvelle voie avec le concours du Carnot Icéel : faire du bois un matériau thermoplastique, sans ajout de polymères fossiles. Enfin, nawu diagnostics, une start-up issue du CEA-Leti, a relevé avec France Futur Élevage le défi de détecter les infections respiratoires chez les animaux d’élevage en seulement 30 minutes grâce à son appareil portable et autonome qui analyse l’air expiré des animaux. Cette avancée réduira les risques d’épidémie et les pertes économiques.

Y a-t-il selon vous des obstacles à lever pour soutenir plus efficacement les projets d’innovation des entreprises ?

Laboratoires et entreprises n’ont pas encore acquis le réflexe culturel de se parler. C’est pourquoi le Réseau des Carnot multiplie les partenariats avec les réseaux d’entreprises innovantes (Comité Richelieu pour la coédition d’un guide de la recherche partenariale, Club de Paris des Directeurs de l’Innovation pour monter des opérations communes comme au prochain Festival de Cannes…), France Clusters, CCI… et organise diverses manifestations comme les Rendez-vous Carnot, complétés par des événements thématiques comme Les Rendez-Vous Carnot Sport 2025 en septembre à Marseille ou encore la 3ème édition du Breizh Carnot Tech - Carnot AgriFood Transition, s’est déroulée le 25 novembre 2025 à Rennes. Chercheurs académiques et chercheurs industriels ont les mêmes formations, les mêmes envies : le dialogue est à portée de main. La confiance aussi !

An

Competitiveness requires technological differentiation

Could you remind us of the Carnot Network’s mission and key figures?

With 35,000 researchers, including 10,000 PhD students, and 400 public laboratories in 39 institutes, this network was created in 2006 to award a label of excellence in partnership research and to remedy the historical difficulty that academic research laboratories and companies have in working together. The Carnot Network encourages access to the best expertise (in AI, materials, health, the environment, energy, etc.) by signing direct contracts, the annual assessment of which, drawn up by the ANR (National Research Ahency), makes it possible to calculate a top-up, i.e. an investment that will finance more upstream research to prepare for future innovations. Every year, more than 10,000 contracts are signed (i.e. one every 10 minutes), a business volume of €600m (i.e. 55% of R&D activity financed by companies for 20% of researchers), and around a hundred start-ups created (out of the 500 set as a national objective), around 30,000

A-rank publications (proving the excellence of scientific research serving industry), 40 new joint teams and 900 patents published, putting the Carnot Network in the top 3 of French patent filers (with a heavyweight like the CEA), alongside the most innovative industrial companies.

What is the state of partnership research in France and what is the Carnot Network’s contribution to this?

The Carnot Network has increased its business volume by a factor of 3 since it was set up - a volume that has even increased by a factor of 8 for SMEs. It is more difficult to bring laboratories and small businesses closer together, due to the lack of staff available to monitor an innovation project. The ground lost 20 years ago has not yet been completely made up, because French companies invest less in innovation and research than their foreign counterparts and are less inclined to collaborate with research laboratories. But competitiveness depends on technological differentiation, so compa-

nies are being encouraged to invest massively in R&D, and the Carnot Network can help them to reach the highest international level very quickly by setting up joint teams that have an accelerating effect on the industrial partner.

Could you describe the services you offer companies?

The Carnot Network positions itself as a partner for industry, listening to its business needs, its need to differentiate itself from the competition and its need to develop a new product or service. Gone are the days when a technology was developed without knowing which market it might be suitable for. For example, the Institut Pasteur and ABL Diagnostics recently signed a licensing agreement for the integration of innovative HPV RNA sequencing technology into ABL Diagnostics solutions, which will produce and market the test. Similarly, the BOPA innovation chair (AP-HP, IMT-BS, IMT Atlantique) intends to propose innovative digital solutions to “enhance” the operating theatre while seeking to better understand operating theatre professionals and their interactions. As for the Laboratoire d’Electrochimie et Physicochimie des Matériaux et des Interfaces (LEPMI - Carnot Énergies du Futur), it is teaming up with Michelin to develop a new generation of materials and processes to produce green hydrogen more sustainably and efficiently (Alcal’Hylab project). I’d also like to mention BOIPLAST, which is exploring a

new avenue with the help of Carnot Icéel: making wood into a thermoplastic material, without adding fossil polymers. Finally, nawu diagnostics, a CEA-Leti start-up, has taken up the challenge with France Futur Élevage of detecting respiratory infections in farm animals in just 30 minutes, thanks to its portable, autonomous device that analyses the animals’ exhaled air. This breakthrough will reduce the risk of epidemics and economic losses.

In your opinion, are there any obstacles that need to be removed to support companies’ innovation projects more effectively?

Laboratories and companies have not yet acquired the cultural reflex of talking to each other. That’s why the Carnot Network is stepping up its partnerships with networks of innovative companies (Comité Richelieu to co-publish a guide to partnership research, Club de Paris des Directeurs de l’Innovation to set up joint operations such as the forthcoming Cannes Film Festival, etc.), France Clusters, CCI, etc., and organises various events such as the Rendez-vous Carnot, complemented by themed events such as Les RendezVous Carnot Sport 2025 September in Marseille or the 3rd edition of Breizh Carnot Tech - Carnot AgriFood Transition, which took place on 25 November 2025 in Rennes. Academic researchers and industrial researchers have the same training, the same desires: dialogue is within reach. And so is trust!

The Carnot Meetings / Les Rendez-vous Carnot

Carnot Chimie Balard Cirimat

Grâce à ses 4 laboratoires et 800 chercheurs implantés à Toulouse et Montpellier, l’institut Carnot Chimie Balard Cirimat est spécialisé dans la chimie, les matériaux et les procédés. Il accompagne les industriels dans la mise au point de nouveaux produits sur le marché.

En 2024 l’institut a réalisé 23 M€ de contrats de recherche partenariale (dont 5,9 M€ pour la recherche partenariale bilatérale directe), soit 123 contrats signés avec 90 entreprises. Son action est structurée en 5 axes thématiques, dont 3 axes économiques et sociétaux (énergie, santé, transport) et 2 axes transverses : les matériaux haute performance ainsi que la chimie et les procédés durables. Par ailleurs, il est impliqué dans 6 réseaux Carnot thématiques, dont le réseau Industrie du Futur qui vient de publier une cartographie complète des compétences des instituts Carnot en matière d’impression 3D et 4D.

Le Carnot Chimie Balard Cirimat privilégie les contrats collaboratifs de recherche avec des industriels comme Biomanity : la startup française en biotechnologie a fait appel à ses chercheurs pour développer un super absorbant universel 100 % biodégradable, biosourcé, circulaire et sans microplastiques qui absorbe 500 fois son poids en eau et remplace les super absorbants pétrochimiques dans plus de 1 000 usages dont la cosmétique, l’hygiène, l’environnement ou l’agriculture. De même, l’institut a accompagné la PME Sÿnia dans la formulation d’une résine polyuréthane biosourcée innovante destinée au doming, technique de création d’étiquettes en relief, ce qui permet d’utiliser 74 à 90 % de matériaux renouvelables et de réduire l’usage de ressources fossiles. Le projet a abouti au dépôt de deux brevets internationaux, récompensés par le prix Carnot 2023. Fort de ces success stories, l’institut mise sur l’abondement pour financer les projets internes de recherche fondamentale qui généreront les savoir-faire au cœur des futurs contrats de recherche avec les industriels. En effet, 1€ investi suscite plus de 2€ de contrats signés et 90 % des projets financés ont donné lieu à un contrat avec un industriel. Autres défis : la pérennisation du label Carnot par les pouvoirs publics et la visibilité accrue du label auprès des entreprises. D’où la présence renforcée de l’institut via les RendezVous Carnot mais aussi les congrès d’affaires en France et en Europe (Materials Week Europe à Amsterdam, European Hydrogen Energy Congres à Séville, 3DPRINT à Lyon, Med’Inov à Lyon, Connecting Hydrogen Europe à Madrid, International Congress for Battery Recycling à Berlin, Enlit Europe à Vienne…).

ENSCM 246, avenue du professeur Emile Jeanbrau F-34206 Montpellier

With its 4 laboratories and 800 researchers based in Toulouse and Montpellier, the Chimie Balard Cirimat Carnot Institute specialises in chemistry, materials and processes. It supports manufacturers in developing new products for the market.

In 2024, the institute signed €23 million in partnership research contracts (including €5.9 million in direct bilateral partnership research), i.e. 123 contracts with 90 companies. Its activities are structured around 5 themes, including 3 economic and societal themes (energy, health and transport) and 2 crossdisciplinary themes: high-performance materials and sustainable chemistry and processes. It is also involved in 6 thematic Carnot networks, including the Industrie du Futur network, which has just published a complete mapping of the skills of Carnot institutes in 3D and 4D printing.

Carnot Chimie Balard Cirimat favours collaborative research contracts with industrial companies such as Biomanity: the French biotechnology start-up called on its researchers to develop a universal super absorbent that is 100% biodegradable, biosourced, circular and free of microplastics, which absorbs 500 times its weight in water and replaces petrochemical super absorbents in more than 1,000 applications including cosmetics, hygiene, the environment and agriculture. Similarly, the institute supported the SME Sÿnia in the formulation of an innovative biosourced polyurethane resin for doming, a technique used to create embossed labels, enabling 74-90% of renewable materials to be used and reducing the use of fossil resources. The project led to the filing of two international patents, which were awarded the Carnot 2023 prize.

On the strength of these success stories, the institute is counting on the matching funds to finance the internal fundamental research projects that will generate the know-how at the heart of future research contracts with industry. In fact, €1 invested leads to more than €2 worth of contracts being signed, and 90% of projects funded have resulted in a contract with industry. Other challenges include ensuring that the Carnot label is maintained by the public authorities, and raising the profile of the label among companies. Hence the institute’s increased presence at RendezVous Carnot events and business conferences in France and Europe (Materials Week Europe in Amsterdam, European Hydrogen Energy Congress in Seville, 3DPRINT in Lyon, Med’Inov in Lyon, Connecting Hydrogen Europe in Madrid, International Congress for Battery Recycling in Berlin, Enlit Europe in Vienna, etc.).

Tél. : +33 (0)4 67 14 43 96

E-mail : contact@carnot-chimie-balard-cirimat.fr

https://www.carnot-chimie-balard-cirimat.fr

Carnot Chimie Balard Cirimat

Contenus culturels et créatifs : être pionnier dans la production des œuvres de demain

Placer la France en tête de la production des contenus culturels et créatifs : c’est l’objectif du gouvernement français. Placée au cœur des 10 objectifs de France 2030, la culture est un levier essentiel pour faire de la France la championne de l’économie de demain.

Littérature, philosophie, théâtre, cinéma et musique : un patrimoine culturel riche qu’il s’agit de valoriser tout en développant de nouveaux contenus et expériences. En outre, ce secteur est étroitement lié aux technologies (informatique, traitements numériques, réseaux de communication). Les procédés de production, mais aussi les produits livrés, évoluent et se diversifient continuellement. Les défis sont aujourd’hui considérables : ils englobent la transition numérique (transformation des usages, bouleversement des modes de création, de production et de diffusion des contenus culturels), la transition écologique ainsi qu’une concurrence accrue avec l’apparition de nouveaux acteurs internationaux. En outre, les industries culturelles et créatives (ICC) sont de plus en plus multidisciplinaires et hybrides : elles ne cessent de créer des interactions avec les autres secteurs de l’économie. D’où la nécessité d’accélérer l’innovation pour y faire face.

C’est précisément l’ambition du plan d’investissement France 2030 : lancé en octobre 2021 par le président de la République, il affecte 1 milliard d’euros à la culture. L’objectif est double : être pionnier dans la production des œuvres de

demain ; protéger le modèle et l’indépendance culturelle française dans un environnement de compétition internationale accrue. Cette « révolution culturelle » répond à différents enjeux : enjeu sociétal, enjeu économique, enjeu d’indépendance culturelle et de rayonnement international, enjeu de développement durable, enjeu technologique et enjeu d’épanouissement personnel. S’agissant de l’enjeu technologique, l’arrivée de nouvelles innovations, comme les technologies immersives, va bouleverser la production culturelle dans les prochaines années. Afin d’en faire une opportunité pour le pays, l’État doit investir et accompagner les acteurs du milieu culturel.

Grandes fabriques de l’image Pour répondre à ces divers enjeux, le plan d’investissement France 2030 agit à trois niveaux. Premier niveau : soutenir la montée en compétence des acteurs de l’industrie culturelle et créative, un meilleur accès aux financements pour ses entreprises et un soutien à sa transformation numérique. Deuxième niveau : soutenir la création de « grandes fabriques de l’image » pour le cinéma, l’audiovisuel et le jeu vidéo - des fabriques réunissant le meilleur des studios de tournage, des studios numériques et de la formation. Troisième niveau : faire apparaître une nouvelle filière de production de contenus culturels immersifs et de métavers, tournée notamment vers les expositions muséales, la valorisation du patrimoine, le spectacle vivant augmenté et les arts visuels. Il est par exemple possible de visiter la cathédrale Notre-Dame de Paris en réalité virtuelle et à travers les époques. Le volet Culture de France 2030 vise ainsi à soutenir le développement de la capacité industrielle, technique et humaine capable de produire et de diffuser les contenus culturels de demain. Dans cette optique, 600 M€ seront consacrés au développement des nouvelles technologies immersives, aux infrastructures de tournage et de production numérique, et à la formation professionnelle.

En mai 2023, les lauréats de l’appel à projets « La grande fabrique de l’image » de France 2030 ont été présentés à l’occasion du Festival de Cannes. Cette initiative inédite, dotée de 350 M € de France 2030, mise en œuvre par le SGI et opérée pour le compte de l’État par la CdC en lien avec le CNC, se fixe pour ambition de faire de la France un leader des tournages, de la production de films, séries et jeux vidéo, de la post production (effets spéciaux notamment) et de la formation aux métiers du cinéma et de l’audiovisuel. Sur les 175 dossiers de candidature reçus, 68 projets ont été retenus dans 12 régions : 11 studios de tournage, 12 studios d’animation, 6 studios de jeu vidéo, 5 studios d’effets spéciaux et postproduction ainsi que 34 organismes de formation. Les projets sélectionnés permettront notamment un saut industriel avec le doublement de la surface de plateaux de tournage pour atteindre 153 000 m² et le quasi-quadruplement de la surface de backlots (décors extérieurs permanents) pour atteindre 187 000 m², ce qui placera la France en tête de l’Europe continentale - si la totalité des projets vont à leur terme.

La liseuse de Fragonard. La littérature relève à la fois du patrimoine et des contenus culturels de demain. / The young girl reading by Fragonard. Literature is both heritage and part of the cultural content of tomorrow.
© D.R.
Le chant des anges (œuvre de William BouguereauXIXe siècle) / The Song of Angels (by William Bouguereau - 19th century)
© GettyCenter

Nouveaux outils numériques

Renforcer le soutien à la créativité grâce à la maitrise des opportunités offertes par les nouveaux outils numériques (réalité virtuelle, diffusion OTT (Over The Top), temps réel, découvrabilité…) : c’est précisément l’objectif de Minalogic. Situé au cœur des technologies des contenus et basé en Auvergne-Rhône-Alpes, ce pôle de compétitivité accompagne ses adhérents dans la recherche de financement pour intégrer ces nouvelles technologies nécessaires à la création, à la créativité, et plus largement aux métiers de la diffusion et de la transformation des contenus culturels d’aujourd’hui et de demain. Minalogic totalise aujourd’hui 450 adhérents, plus de 1 000 projets labellisés et financés depuis 2005, 95 événements en 2024, plus de 16 000 rendez-vous B2B depuis 2012 et 2,9 Mds€ d’investissement R&D lié aux projets.

L’offre technologique de Minalogic est impressionante : Image processing (2D/ 3D/Holograms), Immersive technologies [AR/VR/XR], Game engines, Broadcasting, Sound processing, Light processing, 3D Printing, Intelligence Artificielle, Blockchain & NFC. Une offre qui s’applique à des secteurs d’activités tout aussi variés (Architecture & Heritage, Arts of living & FoodTech, Cinema & Audiovisual, Design, Editing & Book publishing, EdTech, Media, Press & Radio, Mode and Fashion, Music, Live performance, Video Gaming & eSport, Visual arts, Graphism & Photography, Web / Communication / Marketing). Et les contenus sont à l’avenant, qui englobent images, photographies, illustrations, textes, poèmes, livres, blogs, Sons (musique, podcast), livres audios, (méta-)données, complexes, courtsmétrages, documentaires, films, animation et jeux vidéo. Cette expertise, Minalogic l’a mise au service de nombreuses success stories dont celle de MICROOLED. Cette

entreprise conçoit et fabrique des microécrans OLED pour des applications proches de l’œil (appareils photos, lunettes de réalité virtuelle…). Grâce à sa technologie OLED les micro-écrans MICROOLED ont une haute luminosité, une forte résolution et une faible consommation d’énergie. Résultat : MICROOLED est le premier acteur en Europe et le numéro deux mondial sur ses marchés historiques.

Fertilisations croisées

Soucieux de favoriser les synergies, Minalogic souligne la manière dont les Industries Culturelles et Créatives (ICC) et les industries manufacturières se rejoignent autour de croisements technologiques et économiques. Le pôle de compétitivité souhaite accompagner ses adhérents dans cette dynamique en soulignant les enjeux et les opportunités offerts par cette rencontre qui ouvre la porte à une ère d’innovation partagée où les technologies ne se cantonnent plus à leur secteur d’origine, mais deviennent des vecteurs de transformation pour repenser le monde de demain. Chez Minalogic, cette convergence est perçue comme un véritable moteur de création de valeur, que ce soit dans le design, les services numériques, ou même dans l’industrie. Déjà initié lors de l’événement Tech&Fest en février 2024, ce dialogue entre ICC et industrie est plus que jamais d’actualité.

Parfaite illustration de cette rencontre fertile entre l’univers créatif des ICC et l’efficacité pragmatique de l’industrie : le secteur du jeu vidéo. Les moteurs de jeu, initialement développés pour la création de mondes virtuels et interactifs dans les jeux, trouvent aujourd’hui des applications concrètes dans l’industrie. Ces technologies puissantes, utilisées pour concevoir des simulations réalistes, ont d’abord été intégrées dans des outils tels que les serious games pour former et sensibiliser les salariés à travers des expériences immersives. Elles sont désormais utilisées de plus en plus largement dans l’industrie avec des concepts comme les jumeaux numériques qui reproduisent en temps réel des environnements industriels complexes, permettent une visualisation et une simulation précises des processus de fabrication. Ces jumeaux numériques optimisent la gestion des chaînes de production et facilitent la prise de décision en anticipant les dysfonctionnements, en testant des solutions en amont ou en formant les équipes dans des environnements virtuels sûrs.

1 Sources : gouvernement français, ministère de la Culture, Minalogic.

Métavers industriels et créatifs

De même, les métavers industriels et créatifs devraient être des facteurs de progrès et d’avantages significatifs pour les entreprises qui les intégreront au cœur de leurs activités et de leur roadmap technologique afin de se préparer à un avenir durable grâce à une prise de décision rapide basée sur des données fiables, enrichies par le calcul intensif et l’intelligence artificielle. En effet, l’IA simplifie les pipelines de production pour les contenus vidéo 2D et les environnements 3D, et contribue à rendre ces technologies accessibles à l’industrie. Minalogic appelle donc à anticiper dès maintenant l’émergence des métavers industriels et créatifs.

Ces nouveaux mondes redessineront les modes de production et de décision des entreprises innovantes. Ils favoriseront aussi une stratégie de numérisation. L’accompagnement de Minalogic sur les appels à projets « Culture immersive et métavers » (pour faire passer un saut technologique à la production et/ou à la diffusion d’expériences culturelles de grande qualité, depuis les briques technologiques jusqu’aux solutions de distribution en ligne ou physique) et « Technologies innovantes des univers virtuels immersifs » s’inscrit précisément dans cette dynamique. Avec un même objectif : démocratiser les expériences immersives pour un élargissement des publics.1

Acteurs vedettes du cinéma français / French film stars
Atelier de construction d’une scène de théâtre / Workshop to build a theatre stage
La cathédrale Notre-Dame de Paris peut désormais être visitée en réalité virtuelle. / Notre-Dame Cathedral in Paris can now be visited in virtual reality.

Cultural and creative content: pioneering the production of tomorrow’s works

Placing France at the forefront of the production of cultural and creative content is the French government’s objective. Placed at the heart of the 10 objectives of France 2030, culture is an essential lever for making France the champion of tomorrow’s economy.

Literature, philosophy, theatre, cinema and music: a rich cultural heritage that needs to be enhanced while developing new content and experiences. What’s more, this sector is closely linked to technology (IT, digital processing, communication networks). Production processes, as well as the products delivered, are constantly evolving and diversifying. The challenges today are considerable: they include the digital transition (transformation of uses, upheaval in the ways in which cultural content is created, produced and distributed), the ecological transition and increased competition with the emergence of new international players. What’s more, the cultural and creative industries (CCIs) are increasingly multidisciplinary and hybrid, constantly interacting with other sectors of the economy. Hence the need to accelerate innovation to meet these challenges.

This is precisely the ambition of the France 2030 investment plan: launched in October 2021 by the President of the Republic, it allocates €1 billion to culture. The aim is twofold: to be a pioneer in producing the works of tomorrow; and to protect the French cultural model and independence in an environment of increased international competition. This

‘cultural revolution’ responds to a number of challenges: societal challenges, economic challenges, challenges of cultural independence and international influence, challenges of sustainable development, technological challenges and challenges of personal fulfilment. As far as technology is concerned, the arrival of new innovations such as immersive technologies will revolutionise cultural production in the coming years. In order to turn this into an opportunity for the country, the State must invest in and support players in the cultural sector.

Great image factories

To meet these various challenges, the France 2030 investment plan acts on three levels. First level: supporting the development of the skills of the players in the cultural and creative industry, better access to finance for its businesses and support for its digital transformation. Second level: support the creation of ‘major image factories’ for film, audiovisual and video games - factories that bring together the best in film studios, digital studios and training. Third level: to create a new production sector for immersive cultural content and metavers, focusing in particular on museum exhibitions, heritage enhancement, augmented live per-

formance and the visual arts. Notre-Dame Cathedral in Paris, for example, can be visited in virtual reality and across the ages. The Culture strand of France 2030 aims to support the development of the industrial, technical and human capacity to produce and distribute the cultural content of tomorrow. With this in mind, €600m will be earmarked for the development of new immersive technologies, filming and digital production infrastructures, and professional training.

In May 2023, the winners of France 2030’s ‘La grande fabrique de l’image’ (The great image factory) call for projects were presented at the Cannes Film Festival. This ground-breaking initiative, backed by €350m from France 2030, implemented by the SGI (General Secretariat for Investment) and operated on behalf of the State by the CdC (Caisse des dépôts et consignations) in conjunction with the CNC (National Film Centre), aims to make France a leader in filming, the production of films, series and video games, post-production (special effects in particular) and training in film and audiovisual professions. Of the 175 applications received, 68 projects have been selected in 12 regions: 11 film studios, 12 animation studios, 6 video game studios, 5 special effects and post-production studios and

The art of gardens is a visual art that can be associated with architecture. Here, the gardens of the Château de Vaux-le-Vicomte, André Le Nôtre’s masterpiece, are a kilometre-long perspective full of optical effects and surprises. / Pouvant être associé à l’architecture, l’art des jardins est un art visuel.
Ici les jardins du château de Vaux-le-Vicomte, chef-d’œuvre d’André Le Nôtre, constitués d’une perspective de plus d’un kilomètre de long pleine d’effets d’optique et de surprises.

34 training organisations. The projects selected will lead to an industrial leap forward, with the surface area of film sets doubling to 153,000 m² and the surface area of backlots (permanent exterior sets) almost quadrupling to 187,000 m², putting France in the lead in continental Europe - if all the projects go ahead.

New digital tools

Providing greater support for creativity by harnessing the opportunities offered by new digital tools (virtual reality, OTT (Over The Top) broadcasting, real-time, discoverability, etc.): that’s the aim of Minalogic. Situated at the heart of content technologies and based in AuvergneRhône-Alpes, this competitiveness cluster helps its members to find the funding they need to integrate these new technologies, which are essential to creation, creativity and, more broadly, to the business of distributing and transforming the cultural content of today and tomorrow. Minalogic currently has 450 members, over 1,000 projects approved and funded since 2005, 95 events by 2024, more than 16,000 B2B meetings since 2012 and €2.9 billion in project-related R&D investment.

Minalogic’s technological offering is impressive: Image processing (2D/3D/Holograms), Immersive technologies [AR/VR/ XR], Game engines, Broadcasting, Sound processing, Light processing, 3D Printing, Artificial Intelligence, Blockchain & NFC. A range of services that apply to equally varied business sectors (Architecture & Heritage, Arts of living & FoodTech, Cinema & Audiovisual, Design, Editing & Book publishing, EdTech, Media, Press & Radio, Fashion and Fashion, Music, Live performance, Video Gaming & eSport, Visual arts, Graphics & Photography, Web / Communication / Mar-

keting). And there’s content to match, encompassing images, photographs, illustrations, texts, poems, books, blogs, sounds (music, podcasts), audiobooks, (meta-) data, complexes, short films, documentaries, films, animation and video games. Minalogic has put this expertise to work in a number of success stories, including MICROOLED. This company designs and manufactures OLED microdisplays for applications close to the eye (cameras, virtual reality glasses, etc.). Thanks to its OLED technology, MICROOLED microdisplays offer high brightness, high resolution and low energy consumption. As a result, MICROOLED is the leading player in Europe and number two worldwide in its traditional markets.

Cross-fertilisation

Minalogic is keen to encourage synergies, and is highlighting the ways in which the CCIs and manufacturing industries are coming together around technological and economic cross-fertilisation. The cluster wants to support its members in this dynamic by highlighting the challenges and opportunities presented by this meeting, which opens the door to an era of shared innovation where technologies are no longer confined to their original sector, but become vehicles for transformation to rethink the world of tomorrow. At Minalogic, this convergence is seen as a real driver of value creation, whether in design, digital services or even industry. Already initiated at the Tech&Fest event in February 2024, this dialogue between the CCIs and industry is more topical than ever.

The video game sector is a perfect illustration of this fertile encounter between the creative world of CCIs and the pragmatic efficiency of industry. Game engines, initially developed for the creation of virtual and interactive worlds in games, are now finding concrete applications in industry. These powerful technologies, used to design realistic simulations, were first integrat-

ed into tools such as serious games to train and raise awareness among employees through immersive experiences. They are now being used more and more widely in industry, with concepts such as digital twins that reproduce complex industrial environments in real time, enabling precise visualisation and simulation of manufacturing processes. These digital twins optimise the management of production lines and facilitate decision-making by anticipating malfunctions, testing solutions upstream or training teams in safe virtual environments.

Industrial

and creative metavers

Similarly, industrial and creative metavers are expected to drive significant progress and benefits for companies that integrate them into their core business and technology roadmap to prepare for a sustainable future through rapid decision-making based on reliable data, enriched by HPC and AI. Indeed, AI is simplifying production pipelines for 2D video content and 3D environments, and helping to make these technologies accessible to industry. Minalogic is therefore calling for the emergence of industrial and creative metavers to be anticipated now.

These new worlds will reshape the way innovative companies produce and make decisions. They will also encourage a digitisation strategy. Minalogic’s support for the “Immersive culture and metavers” (to take a technological leap forward in the production and/or distribution of high-quality cultural experiences, from technological building blocks to online or physical distribution solutions) and “Innovative technologies for immersive virtual universes” calls for projects is precisely in line with this dynamic. All with the same objective: to democratise immersive experiences and broaden the audience.

A yellow submarine in the virtual world of Second Life / Un sous-marin jaune dans le monde virtuel de Second Life
The crew filming a documentary in Chile’s Valley of the Moon / L’équipe de tournage d’un documentaire dans la vallée de la Lune au Chili

La nouvelle aventure spatiale : accès autonome à l’espace, constellations et

nouveaux

marchés spatiaux

Face aux menaces hybrides et à l’accélération de la compétition technologique mondiale, le président de la République a annoncé en juin dernier sa volonté que l’UE devienne une « puissance spatiale » avec la France pour cœur. Il a également annoncé une « stratégie spatiale nationale » pour fin octobre et l’organisation d’un « Space Summit » en France pour début 2026. Un sursaut auquel les acteurs français de la recherche et de l’innovation spatiale sont invités à prendre part.

Lanceurs réutilisables ou modulaires, constellations de satellites en orbite basse (LEO) : les Européens sont à la traîne à l’heure où SpaceX, la Chine et même Amazon (avec son projet Kuiper de réseau de satellites en orbite terrestre basse) entendent bien affirmer leur suprématie dans le secteur. Face à ce constat, le volet spatial du programme France 2030 revêt une signification toute particulière. Doté d’1,55 milliards d’euros (un investissement modique au regard de l’enjeu), il est piloté par la Direction générale des Entreprises (DGE) avec les directions de la Recherche et de l’Innovation (DGRI) et de l’Armement (DGA) et l’appui du secrétariat général pour l’investissement

(SGPI), et opéré conjointement pour le compte de l’État par Bpifrance et le CNES. Le volet spatial affiche trois objectifs : renforcer le New Space français par un soutien bénéficiant pour deux tiers aux acteurs émergents afin d’assurer le positionnement de la France sur des marchés en forte croissance ; investir sur les technologies de rupture qui structureront le futur paysage spatial en articulant mieux retombées de la recherche spatiale et innovations industrielles ; et orienter les investissements sur les besoins avérés des utilisateurs et les marchés porteurs. Trois ambitions sont également affichées : un micro- ou mini lanceur réutilisable à l’horizon 2026, 10 services offerts par des constellations opérationnelles en 2030 et 200 entités publiques et privées utilisatrices de données spatiales.

Des dispositifs ciblés

Aux côtés des acteurs établis et des laboratoires de recherche spécialisés, des entreprises émergentes s’inscrivent désormais dans la filière spatiale. Sept dispositifs ont été mis en place : parallèlement aux appels d’offres « Dispenseur motorisé » et « Surveillance de l’espace », l’appel d’offres « Surveillance maritime » a désigné comme lauréat le projet « SURMAR » de l’entreprise rennaise Unseenlabs - le premier projet où le CNES commande et facilite l’accès à des données spatiales pour les utilisateurs publics concernés par l’augmentation de comportements anormaux des navires. S’y ajoutent les appels à projets « Constellations », qui vise à soutenir le développement et l’industrialisation de nouveaux composants, systèmes et sous-systèmes de constellations de satellites et leurs technologies habilitantes (moyens au sol, terminaux utilisateurs), et « Services en orbite », avec parmi ses premiers lauréats le projet « CIPACO » (Capacité d’Inspection Pour Assurabilité des Constellations en Orbite terrestre basse) de l’entreprise parisienne SpaceAble, qui développe des capacités et

Image rapprochée de la surface du Soleil, avec des taches sombres et noires et des taches jaunes vives. Certaines arches jaunes et traînées de lumière donnent l’impression que le Soleil est très actif. / A close-up image of the Sun’s surface, with mottled dark black and bright yellow patches. Some yellow arches and streaks of light give an impression of the Sun being very active.

des outils analytiques dédiés à la surveillance de l’espace. Le projet CIPACO a trois objectifs principaux : la collecte de données SSA et le développement d’algorithmes d’analyse ; le développement d’un satellite pour inspecter des constellations de satellites, détecter les défauts, débris, impacts de météo spatiale jusqu’à 12 mm, et aider à la désorbitation ; une plateforme d’aide à la gestion des risques et à la prise de décision, notamment concernant la désorbitation. Avec 40 projets lauréats représentant plus de 266 M€ d’investissements (chiffres de 2023), dont une part importante pour les acteurs émergents, la France se concentre sur l’accès autonome à l’espace, les constellations et les nouveaux marchés spatiaux.1

L’espace au chevet de la Terre Premier opérateur du volet spatial de France 2030, le CNES met le spatial au service d’une ambition durable englobant climat, océans, biodiversité et forêts. Il a été créé en 1961 et remplit une triple mission d’agence de programme, de centre

Maquette en vraie grandeur du lanceur Ariane 5 de l’ESA à la Cité de l’espace / Full-scale model of ESA’s Ariane 5 launcher at the Cité de l’espace

technique et d’opérateur spatial. Le CNES totalise 160 projets et missions scientifiques, 2 350 salariés à Paris, Toulouse et Kourou, 3 029 M € de budget en 2024, 200 entreprises accompagnées depuis 2017, 115 accords de coopération avec 44 pays et 600 000 jeunes participant chaque année à ses programmes de médiation. Il est impliqué dans la nouvelle génération de lanceurs Ariane 6 et dans SVOM, une mission sino-française d’astrophysique lancée en juin 2024 et visant à détecter les sursauts gamma de l’Univers, indicateurs des plus lointaines explosions d’étoiles. De même, les quatre satellites de la mission Constellation Optique 3D (CO3D) et le satellite pour la mesure du CO2 atmosphérique, MicroCarb, ont décollé fin juillet depuis Kourou. Deux missions françaises essentielles pour mieux comprendre notre planète : les satellites CO3D cartographieront la Terre en trois dimensions, tandis que MicroCarb captera à l’échelle planétaire les flux de CO2 atmosphérique. Le CNES était bien présent au dernier Salon du Bourget comme en témoigne le lancement, le 17 juin dernier, du projet ASTRE (pour Advanced Staged-combustion Technologies for Reusable Engines) - une initiative du CNES en partenariat avec ArianeGroup et les start-ups SiriusSpace et Pangea. ASTRE se concentre sur le développement d’un moteur à cycle de combustion étagée full flow (débit total), capable de délivrer une poussée de 2000 à 3000 kN, avec des capacités de régulation, de rallumage en vol et de réutilisation. Ce moteur vise à doter l’industrie spatiale française et européenne de nouvelles compétences pour des applications stratégiques.

L’IA appliquée aux données spatiales

Autre annonce du dernier Salon du Bourget : celle des 15 lauréats de la 6e promotion de SpaceFounders, un programme

Les satellites d’observation de la Terre comme le franco-américain CALIPSO (lancé en 2006 et mis à l’arrêt en 2023) utilisent la déformation de l’orbite engendrée par l’aplatissement du globe terrestre. / Earth observation satellites such as the Franco-American CALIPSO (launched in 2006 and decommissioned in 2023) use the deformation of the orbit caused by the flattening of the Earth’s surface.

d’accélération européen pour les start-ups du spatial. Quatre startups françaises ont été distinguées dont Ingenuity i/O (France), qui accélère le développement de systèmes complexes grâce à des simulations de jumeaux numériques. Signe des temps, le CNES a signé avec PLD Space un contrat autorisant le développement de son complexe de lancement : il s’agit de la première entreprise privée à développer et à exploiter sa propre infrastructure dans le port spatial européen historique. En outre, le CNES et la Région Île-deFrance ont lancé un challenge pour démontrer le potentiel de l’intelligence artificielle dans l’usage des données spatiales. Doté d’1 million d’euros, ce concours ambitionne de révolutionner les analyses des données satellitaires et de services

applicatifs les utilisant, en s’appuyant sur le potentiel des technologies IA de pointe. Plus concrètement, il s’agit de développer un démonstrateur de services applicatifs appuyés sur la donnée satellitaire, et explorant le potentiel des modèles de fondation géospatiaux pour ces services dans des secteurs ciblés (sûreté industrielle, sécurité, énergie, environnement, gestion des risques environnementaux) ainsi qu’un démonstrateur de modèle vision-langage optimisé pour l’interprétation automatique des données satellitaires, avec une priorité sur les images optiques à haute ou très haute résolution (0.5m à 10m de résolution spatiale).2 Partenariat public-privé, collaborations européennes et internationales : autant de leviers pour favoriser autonomie stratégique, excellence scientifique et compétitivité de l’écosystème spatial.

Lanceurs et systèmes orbitaux

Le volet spatial de France 2030 compte également, aux côtés d’acteurs privés (ThrustMe, Thales Alenia Space, Loft Orbital, Starbust…), des ambassadeurs de la sphère publique dont l’Académie des technologies, l’Onera, le Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) et l’IRT Saint Exupéry. L’Onera, le centre français de recherche aérospatiale, structure son activité en cinq domaines scientifiques (matériaux et structures, mécanique des fluides et énergétique, physique, simulation numérique avancée, traitement de l’information et systèmes). Dans le domaine spatial, son périmètre applicatif est celui des lanceurs et des systèmes orbitaux. Soucieuse de favoriser une propulsion satellitaire plus verte, l’Onera innove avec la conception de systèmes de détection et de classification des satellites, un nouveau concept de lanceurs réutilisables, une optique adaptative pour la communication spatiale

optique… Le tout avec des équipements de pointe : les installations d’essai de sa division Soufflerie offrent de grandes capacités pour tester les véhicules spatiaux dans les différentes phases de vol, depuis le décollage jusqu’aux limites de l’enveloppe de vol. En outre, l’Onera accompagne les industriels en quête d’innovation grâce à ses compétences scientifiques (étude des performances des systèmes propulsifs, modèles et mesures de l’environnement spatial…).

Lors du dernier Salon du Bourget, l’Onera a présenté ses compétences en optique adaptative pour la surveillance de l’espace (application duale) grâce à la maquette PROVIDENCE : le projet éponyme dote le centre d’un moyen d’observation unique depuis l’orbite LEO, ce qui contribue à la consolidation de son leadership pour la surveillance de l’espace. Les visiteurs ont également découvert le monde des nanosatellites avec la maquette CROCUS, et la propulsion électrique grâce à la maquette ECRA. Autre motif de fierté pour l’Onera : la coordination du projet Horizon Europe HALLOA (Hybrid Amplifier Laser for Lidar OperAtions). Lancé le 1er janvier 2025 pour une durée de 3 ans, ce projet rassemblant 6 partenaires vise à concevoir une architecture laser simple et performante pour la mesure des gaz à effet de serre par Lidar depuis l’espace. Une belle

reconnaissance de sa longue expérience dans le développement de source laser pour les applications Lidar.3

Accélérateur de recherche technologique Pour sa part, le Gifas est l’organisateur de l’édition biennale du Salon du Bourget par le biais de sa filiale, le SIAE. Ce fer de lance de la filière aérospatiale compte parmi ses adhérents les grands maîtres d’œuvre industriels mais également leurs fournisseurs (ETI et PME). Il participe également à la toute première coalition de l’ensemble de la filière spatiale française et européenne : SpacEarth Initiative - un projet commun pour renforcer les coopérations et promouvoir auprès des concitoyens le secteur spatial, indispensable pour nos déplacements, nos communications, notre accès à l’information, mais aussi pour protéger la Terre, comprendre le dérèglement climatique et agir face aux catastrophes naturelles. Des expérimentations en orbite terrestre aux missions de sondes spatiales, l’exploration spatiale nous aide à comprendre d’où nous venons, à améliorer la vie sur Terre et à envisager une application sur Terre des technologies développées pour l’environnement lunaire.4

Un accélérateur de science, de recherche technologique et de transfert vers les industries de l’aéronautique et du spatial pour le développement de solutions innovantes sûres, robustes, certifiables et durables : c’est ainsi que se définit l’IRT Saint Exupéry. Répartie sur 3 sites à Toulouse, Bordeaux et Sophia Antipolis, cette fondation de recherche privée combine des projets de recherche et des prestations de R&T adossés à des plateformes technologiques et des équipements de fabrication et de caractérisation autour de 4 axes : les technologies de fabrication avancées, les technologies plus vertes, les technologies intelligentes et les méthodes & outils pour le développement des systèmes complexes. Depuis 2013, l’IRT Saint Exupéry totalise plus de 30 M€ investis dans des équipements de recherche, 110 collaborateurs qui utilisent ces équipements pour les projets et les prestations, plus de 160 partenaires académiques et industriels et plus de 15 M€ de prestations de recherche réalisées.

1 Source : Dossier de presse « Présentation des résultats du volet spatial de France 2030 », 5 juillet 2023.

2 Source : CNES.

3 Source : Onera.

4 Source : Gifas.

5 Source : IRT Saint-Exupéry.

6 Source : https://www.maddyness.com/2025/06/16/ salon-du-bourget-repondre-aux-defis-de-la-guerre-technologique-avec-les-entrepreneurs-europeens/

Améliorer la cybersécurité des systèmes spatiaux

Dans le cadre du programme France 2030, l’IRT Saint Exupéry participe notamment à plusieurs projets soutenus par l’ANR tels que CSS, dont l’objectif est de contribuer à améliorer la cybersécurité des systèmes spatiaux, IRMA, qui vise à améliorer la réactivité des systèmes spatiaux d’observation de la Terre par une boucle de rétroaction de l’analyse d’image vers la planification de mission, NS3 (simulations et maquettages, scientifiques et technologiques d’un concept innovant d’imageur à grand pouvoir de résolution et de petite taille pour applications mobiles, aéroportées et spatiales) ou encore RAPTOR (définition d’un sous-système embarqué pour mener une mission de rendez-vous avec des cibles spatiales plus ou moins collaboratives, ainsi qu’un outil de planification d’optimisation multi-objectif).5

Dans une tribune publiée le 16 juin dernier sur Maddyness et intitulée « Salon du Bourget : répondre aux défis de la guerre technologique avec les entrepreneurs européens », Yvan-Michel Ehkirch, Managing Partner chez Karista et ambassadeur du volet spatial de France 2030, souligne que l’Union européenne doit impérativement renforcer son autonomie industrielle et soutenir l’innovation entrepreneuriale pour défendre sa souveraineté. Il met en avant une nouvelle génération d’acteurs deeptech comme Cysec (LuxembourgSuisse-France), qui protège les flux de données orbitaux avec ses solutions ArcaSatCOM, ArcaSatLINK et les données souveraines grâce à son OS sécurisé ArcaOS ; Exotrail (France-USA), qui démocratise la propulsion électrique pour les satellites et promet la logistique orbitale ; et LookUp Space (France), qui traque les débris et les manœuvres hostiles via des radars multibandes. Reste à aider ces jeunes entreprises à franchir le cap industriel pour en faire les champions européens de demain…6

Tête optique du capteur terrestre utilisé sur les satellites Spot 1, 2 et 3 pour recaler l’orientation / Optical head of the ground sensor used on Spot 1, 2 and 3 satellites to recalibrate orientation
Centre spatial de Cannes - Mandelieu, siège de Thales Alenia Space / Cannes - Mandelieu Space Centre, headquarters of Thales Alenia Space

The new space adventure: autonomous access to space, constellations and new space markets

Faced with hybrid threats and accelerating global technological competition, last June the French President announced his desire for the EU to become a ‘space power’, with France at its heart. He also announced a ‘national space strategy’ for the end of October and the organisation of a ‘Space Summit’ in France for the beginning of 2026. French players in space research and innovation are invited to take part in this new initiative.

Reusable or modular launchers, constellations of satellites in low earth orbit (LEO): Europeans are lagging behind at a time when SpaceX, China and even Amazon (with its Kuiper project for a network of satellites in low earth orbit) are intent on asserting their supremacy in the sector. Against this backdrop, the space component of the France 2030 programme is of particular significance. With a budget of €1.55 billion (a modest investment given the stakes involved), it is being steered by the Directorate General for Enterprise (DGE) with the Research and Innovation Directorate (DGRI) and the Armaments Directorate (DGA) and the support of the General Secretariat for Investment (SGPI), and operated jointly on behalf of the State by Bpifrance and CNES.

The space component has three objectives: to strengthen France’s New Space by giving two-thirds of its support to emerging players in order to ensure France’s positioning in high-growth markets; to invest in the breakthrough technologies that will shape the future space landscape by better combining the spin-offs from space research and industrial innovation; and to focus investment on proven user needs and growth markets. Three ambitions are also set out: a reusable micro- or minilauncher by 2026, 10 services offered by operational constellations by 2030 and 200 public and private entities using space data.

Targeted programmes

Alongside established players and specialist research laboratories, emerging companies are now involved in the space industry. Seven schemes have been put in place: alongside the ‘Motorised Dispenser’ and ‘Space Surveillance’ calls for tenders, the ‘Maritime Surveillance’ call for tenders named as the winner the ‘SURMAR’ project by the Rennes-based company Unseenlabs - the first project in which

CNES commissions and facilitates access to space data for public users concerned by the increase in abnormal ship behaviour. There are also the “Constellations” call for projects, which aims to support the development and industrialisation of new components, systems and sub-systems for satellite constellations and their enabling technologies (ground resources, user terminals), and “In-orbit services”, whose first winners include the “CIPACO” project (Inspection Capability for Constellation Assurance in Low Earth Orbit) by Paris-based SpaceAble, which is developing capabilities and analytical tools dedicated to space surveillance. The CIPACO project has three main objectives: the collection of SSA data and the development of analysis algorithms; the development of a satellite to inspect satellite constellations, detect faults, debris and space weather impacts up to 12 mm, and help with deorbiting; and a platform to help with risk management and decision-making, particularly with regard to deorbiting. With 40 winning projects representing more than €266m of investment (2023 figures), including a significant share for emerging

players, France is focusing on autonomous access to space, constellations and new space markets.

Space at the Earth’s bedside

CNES is the leading operator of the space component of France 2030, using space to promote a sustainable vision encompassing climate, oceans, biodiversity and forests. Founded in 1961, CNES has a threefold mission: programme agency, technical centre and space operator. CNES has 160 scientific projects and missions, 2,350 employees in Paris, Toulouse and Kourou, a budget of €3,029 million in 2024, 200 companies supported since 2017, 115 cooperation agreements with 44 countries and 600,000 young people taking part in its outreach programmes every year. It is involved in the new generation of Ariane 6 launchers and in SVOM, a Sino-French astrophysics mission launched in June 2024 to detect gamma-ray bursts in the Universe, indicators of the most distant explosions of stars. Similarly, the four satellites of the Constellation Optique 3D (CO3D) mission and the MicroCarb satellite for measuring atmospheric CO2 took

A vision of a future Moon base that could be produced and maintained using 3D printing / Vision d’artiste d’une future base lunaire construite et entretenue via l’impression 3D

off from Kourou at the end of July. The CO3D satellites will map the Earth in three dimensions, while MicroCarb will measure atmospheric CO2 flows on a global scale.

CNES had a strong presence at the Paris Air Show, as demonstrated by the launch on 17 June of the ASTRE (Advanced Staged-combustion Technologies for Reusable Engines) project - a CNES initiative in partnership with ArianeGroup and start-ups SiriusSpace and Pangea. ASTRE is focusing on the development of a fullflow staged-combustion engine capable of delivering 2,000 to 3,000 kN of thrust, with regulation, in-flight re-ignition and reusability capabilities. This engine aims to provide the French and European space industry with new skills for strategic applications.

AI applied to space data

Another announcement made at the Paris Air Show was that of the 15 winners of the 6th promotion of SpaceFounders, a European acceleration programme for space start-ups. Four French start-ups were singled out, including Ingenuity i/O (France), which accelerates the development of complex systems using digital twin simulations. In a sign of the times, CNES signed a contract with PLD Space to develop its launch complex, making it the first private company to develop and operate its own infrastructure at Europe’s historic spaceport.

In addition, CNES and the Île-de-France region have launched a challenge to

demonstrate the potential of artificial intelligence in the use of space data. The €1 million competition aims to revolutionise the analysis of satellite data and the application services that use it, by harnessing the potential of cutting-edge AI technologies. More specifically, the aim is to develop a demonstrator of application services based on satellite data, exploring the potential of geospatial foundation models for these services in targeted sectors (industrial safety, security, energy, environment, environmental risk management) as well as a demonstrator of an optimised visionlanguage model for the automatic interpretation of satellite data, with a priority on high or very high resolution optical images (0.5m to 10m spatial resolution). Public-private partnerships, European and international collaborations: all levers to promote strategic autonomy, scientific excellence and competitiveness of the space ecosystem.

Launchers and orbital systems

Alongside private players (ThrustMe, Thales Alenia Space, Loft Orbital, Starbust, etc.), the France 2030 space component also includes ambassadors from the public sector, including the Académie des technologies, Onera, the Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) and the IRT Saint Exupéry. Onera, the French aerospace research centre, structures its activities around five scientific fields (materials and structures, fluid mechanics and energy, physics, advanced digital simulation, information processing and systems). In the space sector, it focuses on launchers and orbital systems. With a view to promoting greener satellite propulsion, Onera is innovating with the design of satellite detection and

classification systems, a new concept for reusable launchers, adaptive optics for optical space communications, etc. All of this with cutting-edge equipment: the test facilities of its Wind Tunnel Division offer great capacity for testing space vehicles in the various phases of flight, from take-off to the limits of the flight envelope. In addition, Onera’s scientific expertise (propulsion system performance studies, models and measurements of the space environment, etc.) supports manufacturers in their quest for innovation.

At the recent Paris Air Show, Onera showcased its expertise in adaptive optics for space surveillance (dual application) with the PROVIDENCE model: the eponymous project provides the centre with a unique means of observation from LEO orbit, helping to consolidate its leadership in space surveillance. Visitors also discovered the world of nanosatellites with the CROCUS model, and electric propulsion with the ECRA model. Another source of pride for Onera is the coordination of the Horizon Europe HALLOA (Hybrid Amplifier Laser for Lidar OperAtions) project. Launched on 1 January 2025 for a period of 3 years, this 6-partner project aims to design a simple, high-performance laser architecture for measuring greenhouse gases using Lidar from space. This is a fine acknowledgement of Onera’s long experience in developing laser sources for Lidar applications.

Technology research accelerator

For its part, Gifas organises the biennial Paris Air Show through its subsidiary SIAE. This spearhead of the aerospace industry counts among its members the major industrial prime contractors as well as their suppliers (ETIs and SMEs). It is

Spot 1 Earth observation satellite (mock-up) / Satellite Spot 1 d’observation de la Terre (maquette)
The rover on NASA’s MSL mission uses the ChemCam laser developed with CNES to remotely analyse the composition of a rock (artist’s view). / Le rover de la mission MSL de la NASA utilise le laser ChemCam développé avec le CNES pour analyser à distance la composition d’une roche (vue d’artiste).
© D.R.

also involved in the very first coalition of the entire French and European space industry: the SpacEarth Initiative - a joint project to strengthen cooperation and promote the space sector to the general public, a sector that is essential for our travel, communications and access to information, but also for protecting the Earth, understanding climate change and taking action in the face of natural disasters. From experiments in Earth orbit to space probe missions, space exploration is helping us to understand where we come from, to improve life on Earth and to envisage the application on Earth of technologies developed for the lunar environment.

As far as it is concerned, IRT Saint Exupéry is a science, technology research and transfer accelerator for the aerospace industry, developing innovative solutions that are safe, robust, certifiable and sus-

tainable. Spread over 3 sites in Toulouse, Bordeaux and Sophia Antipolis, this private research foundation combines research projects and R&T services backed by technology platforms and manufacturing and characterisation equipment around 4 axes: advanced manufacturing technologies, greener technologies, intelligent technologies and methods & tools for the development of complex systems. Since 2013, the IRT Saint Exupéry has invested more than €30m in research facilities, with 110 staff using these facilities for projects and services, more than 160 academic and industrial partners and more than € 15m in research services provided.

Improving the cybersecurity of space systems

As part of the France 2030 programme, the IRT Saint Exupéry is participating in a number of projects supported by the ANR, including CSS, which aims to help improve the cybersecurity of space systems, IRMA, which aims to improve the responsiveness of Earth observation space systems through a feedback loop from image analysis to mission planning, NS3 (scientific and technological simulations and mock-ups of an innovative concept for a small, high-resolution imager for mobile, airborne and space applications)

and RAPTOR (definition of an on-board sub-system for carrying out rendezvous missions with more or less collaborative space targets, as well as a multi-objective optimisation planning tool).

In an article published on Maddyness on 16 June entitled “Salon du Bourget : répondre aux défis de la guerre technologique avec les entrepreneurs européens” (Paris Air Show: responding to the challenges of technological warfare with European entrepreneurs), Yvan-Michel Ehkirch, Managing Partner at Karista and ambassador for the space component of France 2030, stresses that it is vital for the European Union to strengthen its industrial autonomy and support entrepreneurial innovation in order to defend its sovereignty. He highlights a new generation of deeptech players such as Cysec (Luxembourg-Switzerland-France), which protects orbital data flows with its ArcaSatCOM and ArcaSatLINK solutions and sovereign data with its secure ArcaOS OS; Exotrail (France-USA), which is democratising electric propulsion for satellites and promising orbital logistics; and LookUp Space (France), which tracks debris and hostile manoeuvres using multiband radar. All that remains now is to help these young companies take the industrial step to become the European champions of tomorrow...

The Franco-American oceanographic satellite Jason-2 shortly before launch / Le satellite océanographique franco-américain Jason-2 peu avant son lancement
© D.R.
Ariane 5 launch zone at the Kourou space centre / Zone de lancement Ariane 5 au centre spatial de Kourou
Onera’s S1 wind tunnel at Meudon / Soufflerie S1 de l’Onera à Meudon

Recherche océanique : protection, exploitation responsable des ressources et partage des données

Avec la deuxième zone économique exclusive du monde, la France est appelée à jouer un rôle moteur dans le domaine de la recherche océanique. En mai dernier, l’Agence nationale de la recherche (ANR), en partenariat avec l’Ifremer et le CNRS, dévoilait son 20ème cahier thématique « Océan : analyse, bilan et impact des projets financés (2005-2024) ». Avancées, thématiques, partenariats, retombées scientifiques, sociétales et économiques des projets de recherche financés : un bilan éclairant de la recherche océanique française et des défis qui l’attendent.

En vingt ans, 1 091 projets ont été soutenus par l’ANR à travers son Plan d’action et France 2030, pour un investissement total de 795 M€. Des projets répondant aux besoins nationaux (appels « Blancs », Plan d’action, France 2030) ou des projets collaboratifs avec d’autres pays, aux niveaux européen (participation au partenariat « Sustainable Blue Economy Partnership » (SBEP), qui regroupe 74 partenaires de 30 pays) et international (24 % des projets actuels), en vue de répondre à des enjeux transnationaux : collaborations bilatérales, actions des programmes cadres européens, et Belmont Forum, qui a lancé le 11 juin 2025 un nouvel appel à projets, labellisé dans le cadre de la Décennie des Nations Unies pour l’Océan et intitulé « OCEAN 2 : Towards the Ocean We Want : Biodiversity and Ecosystem Sustainability for Nature and Human Well-being » - une approche transdisciplinaire qui encourage les solutions innovantes pour relever les défis environnementaux mondiaux liés à l’océan et à sa biodiversité, des gènes aux écosystèmes.

Les projets soutenus par l’ANR couvrent des thématiques et disciplines très variées, comblant des lacunes en recherche fondamentale comme en recherche orientée solution : contaminants, pollution plastique, activités humaines et sociétés, climats et océans, hydrodynamique, écosystèmes polaires, cycles biogéochimiques, biodiversité marine, macro-algues, phytoplancton, écosystèmes microbiens et coralliens, poissons et pêcherie, culture et élevage de mollusques, grands fonds marins, géosciences marines, énergies marines renouvelables, moyens d’observation et expédition Tara.

Dynamique des glaces

À titre d’exemple, les régions polaires font l’objet de recherches interdisciplinaires

portant sur la dynamique des glaces, les écosystèmes marins, le rôle de l’Océan Austral dans le stockage du carbone et l’adaptation des populations arctiques. Les 78 projets ANR ont permis d’améliorer les connaissances sur la fonte des calottes glaciaires, les flux océaniques, la biodiversité polaire et les impacts de la pollution. Ils renforcent les capacités de modélisation du climat futur. Les perspectives mettent l’accent sur l’affinement des projections de montée des mers, l’intégration des données passées issues des archives glaciaires, et l’importance croissante des sciences sociales pour accompagner les transitions dans ces régions stratégiques. De plus, France 2030 a notamment lancé des appels spécifiques comme le Programme prioritaire de recherche (PPR) Océan et Climat ainsi que trois Programmes et équipements prioritaires de recherche (PEPR) : ATLASea, Bridges et Grands fonds marins.

En termes d’impact, les 1 091 projets ANR ont généré près de 12 500 publications

scientifiques et 36 % des projets sont cités dans des documents de politiques publiques et repris par des instances internationales : GIEC, IPBES (biodiversité des océans), ISA (code minier des grands fonds marins), traité sur la biodiversité audelà de la juridiction nationale (BBNJ). De plus, les recherches financées par l’ANR ont débouché sur la création de 29 brevets et plus de 100 projets ont donné lieu à des processus de valorisation industrielle (biotechnologie appliquée aux algues et au phytoplancton), mais aussi à des développements méthodologiques nouveaux (capteurs pour les hydrocarbures, pour la détection de métaux ou pour trier des foraminifères).

20 ans d’avancées scientifiques structurantes pour l’océan

Le cahier de l’ANR présente 19 synthèses scientifiques dressant un état des lieux des connaissances sur l’ensemble des thématiques de la recherche marine et maritime, allant des polluants aux récifs coralliens, de la géodynamique des grands fonds à la

Le siège social de l’Ifremer sur le technopole de la Pointe du Diable à Plouzané (Finistère) / Ifremer’s head office at the Pointe du Diable technology park in Plouzané (Finistère)

pêche durable, en passant par l’énergie marine, les technologies d’observation, la biogéochimie, ou les impacts du changement climatique sur les écosystèmes marins. Près d’une quarantaine d’experts ont contribué à ce travail qui permet de mettre en lumière des avancées majeures : nouvelles connaissances scientifiques, retombées économiques ou sociétales, émergence de nouveaux fronts de science.

Des avancées saillantes ont notamment été réalisées dans la modélisation du climat, la dynamique océanique (développement de flotteurs Argo permettant de prévoir les événements extrêmes) et la gestion des pêcheries ; dans la conception d’outils de surveillance de la biodiversité côtière ; dans la compréhension des écosystèmes marins (présence de virus abondants et diversifiés révélés notamment grâce à l’expédition Tara, impacts des métaux lourds et des plastiques sur les organismes marins et les écosystèmes) et la compréhension de certaines espèces invasives comme les algues Sargasses dans les Antilles.

La recherche au service de la Décennie de l’Océan des Nations Unies Du 3 au 6 juin dernier, le One Ocean Science Congress (OOSC) a réuni plus de 2 000 scientifiques du monde entier. Un congrès porté par le CNRS et l’Ifremer, avec l’ANR pour partenaire. Parallèlement aux enseignements, résultats, avancées et pistes de recherche à investir, l’ANR a mis en lumière les politiques de financement public et de fondations philanthropiques comme outils de transformation des sciences marines et de mise en œuvre de la Décennie des Nations Unies pour l’Océan.

Parfait exemple du financement public de la recherche, l’Ifremer rassemble 25 % des ressources humaines consacrées aux sciences et technologies marines en France. Il mène des recherches « des abysses à la surface, de la côte au large », innove et produit des expertises en appui aux politiques publiques pour protéger l’océan (biodiversité marine & écosystèmes, océan & climat, événements extrêmes, pollution & contamination), exploiter ses ressources de manière responsable (pêche & aquaculture, qualité sanitaire, ressources minérales, énergie & matériaux, biotechnologies marines) et partager les données marines (capteurs & systèmes de mesure, océan numérique et modalisation).

En outre, l’Ifremer dispose de l’une des cinq plus importantes flottes océanographiques au monde : composée de 4 navires hauturiers, 5 engins sous-marins, 6 navires côtiers et d’instruments d’exploration de pointe, elle sillonne les océans du globe au service de la communauté scientifique (CNRS, IRD, MNHN, Réseau français des Universités Marines) et repousse les frontières de la connaissance dans cet univers marin moins connu que la Lune. La flotte océanographique française totalise 1 800 scientifiques à bord des navires par an, 100 à 120 campagnes scientifiques chaque année et 330 publications de rang A. Une infrastructure de recherche majeure, complétée par la plateforme expérimentale de Polynésie française à Vairao, le bassin d’essais pour submersibles de la Seyne-surMer et le portail des données de l’Ifremer.

Vers un développement dérisqué, durable et digital des activités maritimes Dans le domaine de l’innovation, l’Ifremer travaille étroitement avec les entreprises pour les accompagner dans leurs projets

de R&D. Programmes de recherche, co-développement de solutions, transfert d’innovations ou création de startups (concours Octo’pousse, prise de participation via le fonds d’investissement Blue Oceans, prise de participation directe de l’Ifremer au capital de l’entreprise) : les entreprises bénéficient ainsi de ses savoirfaire, de ses solutions technologiques et de l’accès à ses moyens d’essais. À l’instar de la start-up Forssea Robotics, qui propose des solutions de ROV et de caméras intelligentes visant à offrir une autonomie supervisée aux opérations sous-marines.

Une étape importante a été franchie en 2020 avec la labellisation de l’institut Carnot MERS, porté par l’Ifremer et Centrale Nantes. Ambition : accélérer les collaborations entre les entreprises et les laboratoires de recherche pour développer

des activités maritimes durables et respectueuses de l’océan. Une nageoire de baleine pour des bateaux moins énergivores, une bouée connectée pour étudier la biodiversité sur les sites éoliens en mer, des solutions de dermo-cosmétique à partir de microalgues ou encore une digue portuaire qui produit de l’électricité figurent parmi les innovations développées avec l’Ifremer.

Face aux enjeux globaux comme le changement climatique, les pollutions et l’érosion de la biodiversité, la recherche scientifique entend jouer, plus que jamais, un rôle essentiel pour garantir un avenir durable pour l’Océan et les sociétés humaines.1

© Ifremer
Un véhicule à propulsion par vis sans fin de l’Ifremer (La Seyne-sur-Mer) / An auger-powered vehicle from Ifremer (La Seyne-sur-Mer)
Le Pourquoi pas ?, un navire océanographique multidisciplinaire / The Pourquoi pas? a multidisciplinary oceanographic vessel

Ocean research: protection, responsible exploitation of resources and data sharing

With the world’s second largest exclusive economic zone, France is set to play a leading role in ocean research. Last May, the French National Research Agency (ANR), in partnership with Ifremer and CNRS, unveiled its 20th thematic report, ‘Ocean: analysis, assessment and impact of funded projects (2005-2024)’. Advances, themes, partnerships, scientific, societal and economic spin-offs of funded research projects: an enlightening assessment of French ocean research and the challenges that lie ahead.

In twenty years, 1,091 projects have been supported by the ANR through its Action Plan and France 2030, for a total investment of € 795m. Projects responding to national needs (“White” calls, Action Plan, France 2030) or collaborative projects with other countries, at European level (participation in the Sustainable Blue Economy Partnership (SBEP), which brings together 74 partners from 30 countries) and internationally (24% of current projects), with a view to responding to transnational issues: bilateral collaborations, European framework programme actions, and Belmont Forum, which launched a new call for projects on 11 June 2025, labelled as part of the United Nations Decade of the Ocean and entitled “OCEAN 2: Towards the Ocean We Want: Biodiversity and Ecosystem Sustainability for Nature and Human Well-being” - a transdisciplinary approach that encourages innovative solutions to global environmental challenges linked to the ocean and its biodiversity, from genes to ecosystems.

The projects supported by the ANR cover a wide range of themes and disciplines, filling gaps in both fundamental and solution-oriented research: contaminants, plastic pollution, human activities and societies, climates and oceans, hydrodynamics, polar ecosystems, biogeochemical cycles, marine biodiversity, macro-algae, phytoplankton, microbial and coral reef ecosystems, fish and fisheries, shellfish culture and farming, deep seabed, marine geosciences, renewable marine energies, observation resources and the Tara expedition.

Ice dynamics

For example, the polar regions are the focus of interdisciplinary research into ice dynamics, marine ecosystems, the role of the Southern Ocean in carbon storage and the adaptation of Arctic populations. The 78 ANR projects have improved our knowledge of the melting ice caps, ocean flows, polar biodiversity and the impact of pollution. They are also strengthening our capacity to model future climate. The outlook focuses on refining sea-level rise projections, integrating past data from glacier archives, and the growing importance of social sciences in supporting transitions in these strategic regions. France 2030 has also launched specific calls for proposals, such as the Ocean and Climate Priority Research Programme (PPR) and three Priority Research Programmes and Equipment (PEPR): ATLASea, Bridges and Deep Seabed.

In terms of impact, the 1,091 ANR projects have generated nearly 12,500 scientific publications and 36% of the projects are cited in public policy documents and taken up by international bodies: IPCC, IPBES (ocean biodiversity), ISA (deep-sea mining code), treaty on biodiversity beyond national jurisdiction (BBNJ). In addition, the research funded by the ANR has led to the creation of 29 patents and more than 100 projects have led to industrial development processes (biotechnology applied to algae and phytoplankton), as well as new methodological developments (sensors for hydrocarbons, for detecting metals or for sorting foraminifera).

20 years of structuring scientific advances for the ocean

The ANR booklet presents 19 scientific summaries taking stock of knowledge on all areas of marine and maritime research,

Young Weddell seal in Antarctica / Jeune phoque de Weddell en Antarctique

from pollutants to coral reefs, deep-sea geodynamics, sustainable fishing, marine energy, observation technologies, biogeochemistry and the impact of climate change on marine ecosystems. Nearly forty experts contributed to this work, which highlights major advances: new scientific knowledge, economic or societal spin-offs, and the emergence of new scientific fronts.

Significant advances have been made in climate modelling, ocean dynamics (development of Argo floats to predict extreme events) and fisheries management; in the design of tools for monitoring coastal biodiversity; in understanding marine ecosystems (presence of abundant and diverse viruses revealed in particular by the Tara expedition, impacts of heavy metals and plastics on marine organisms and ecosystems) and in understanding certain invasive species such as Sargasso seaweed in the West Indies.

Research in support of the United Nations Decade of the Ocean

From 3 to 6 June, the One Ocean Science Congress (OOSC) brought together more than 2,000 scientists from all over the world. The congress was organised by CNRS and Ifremer, with ANR as a partner. Alongside the lessons, results, advances and avenues for future research, the ANR highlighted the policies of public funding and philanthropic foundations as tools for transforming marine sciences and implementing the United Nations Decade of the Ocean.

rine biodiversity & ecosystems, ocean & climate, extreme events, pollution & contamination), exploit its resources responsibly (fisheries & aquaculture, health quality, mineral resources, energy & materials, marine biotechnologies) and share marine data (sensors & measurement systems, digital ocean and modelling).

A perfect example of public funding of research, Ifremer accounts for 25% of the human resources devoted to marine science and technology in France. It conducts research ‘from the depths to the surface, from the coast to the open sea’, innovating and producing expertise in support of public policies to protect the ocean (ma-

In addition, Ifremer has one of the five largest oceanographic fleets in the world: comprising 4 deep-sea vessels, 5 underwater craft, 6 coastal vessels and cutting-edge exploration instruments, it criss-crosses the world’s oceans in the service of the scientific community (CNRS, IRD, MNHN, French Network of Marine Universities) and pushes back the frontiers of knowledge in this marine universe that is less well known than the Moon. The French oceanographic fleet has a total of 1,800 scientists on board every year, 100 to 120 scientific campaigns every year and 330 A-rank publications. This major research infrastructure is complemented by the French Polynesia experimental platform at Vairao, the submersible test basin at La Seyne-sur-Mer and the Ifremer data portal.

Towards risk-free, sustainable and digital development of maritime activities In the field of innovation, Ifremer works closely with companies to support them in their R&D projects. Research programmes, co-development of solutions,

transfer of innovations or creation of start-ups (Octo’pousse competition, equity investment via the Blue Oceans investment fund, direct equity investment by Ifremer in the company’s capital): companies thus benefit from its knowhow, its technological solutions and access to its testing facilities. One example is the start-up Forssea Robotics, which offers ROV and intelligent camera solutions designed to provide supervised autonomy for underwater operations.

A major milestone was reached in 2020 with the accreditation of the Carnot MERS institute, supported by Ifremer and Centrale Nantes. The aim is to accelerate collaboration between companies and research laboratories to develop sustainable maritime activities that respect the ocean. Innovations developed with Ifremer include a whale fin for energy-efficient boats, a connected buoy for studying biodiversity at offshore wind farms, dermo-cosmetic solutions based on microalgae and a harbour breakwater that generates electricity.

Faced with global challenges such as climate change, pollution and the erosion of biodiversity, scientific research intends to play, more than ever, an essential role in guaranteeing a sustainable future for the Ocean and human societies.

Antarctic krill (Euphausia superba) / Krill de l’Antarctique (Euphausia superba)
Miniacina miniacea, a contemporary foraminifer of the Homotrematidae family / Miniacina miniacea, un foraminifère contemporain de la famille des Homotrematidae

Écosystème national de l’innovation : une pépinière de talents et d’expertises

De la start-up au grand groupe, l’innovation demeure un critère essentiel de différentiation et de compétitivité dans un contexte ultra concurrentiel où l’émergence de nouveaux acteurs rebat les cartes. En France, nombreux sont les partenaires prêts à accompagner les porteurs de projets innovants. Revue de détail.

Promouvoir de jeunes entreprises et startups dans les secteurs technologiques susceptibles de devenir des acteurs majeurs du marché de la Tech française et mondiale : c’est l’objectif du Label French Tech Next40, créé par le gouvernement français en 2019. Sont concernées les entreprises ayant atteint le statut de Licornes (l’ensemble des start-ups valorisées à plus d’un milliard de dollars et noncotées en bourse), les entreprises ayant réalisé une levée de fonds de plus de 100 M€ lors des trois dernières années, les start-ups dont le chiffre d’affaires dépasse les 5 M€ annuels et croît de plus de 30 % minimum, et celles qui ont levé des fonds conséquents lors des trois dernières années. FT120, un autre label créé par le gouvernement français, recense les entreprises qui sont considérées comme scale-up : des entreprises en phase d’hyper-croissance. Pour être intégrée au FT120, une entreprise doit remplir une de ces deux conditions : avoir levé au moins 23 M€ lors d’une levée de fonds ; réaliser un chiffre d’affaires de 8 M€ minimum, augmentant de 30 % sur les 3 dernières années. En 2022, l’ensemble des startups bénéficiant de ces deux labels affichait un montant de revenus cumulés de 11,3 Mds€ et 47 800 emplois directs créés dans le monde (dont 31 400 emplois directs en France). En juin 2025, Licorne Society répertoriait 40 entreprises du Next40 (dont Alice & Bob, Blablacar, Flying Whales, Innovafeed, Pennylane, Weezevent…) et 81 entreprises du FT120 (52 Entertainment, ElicitPlant, GravitHy, ImCheck Therapeutics, Moon Surgical, Unseenlabs…).1

Les startups les plus créatives et les plus innovantes sont également mises à l’honneur par Les Pépites Tech. Des exemples ? Polygonia, qui développe le premier Système d’Information Géographique qui met l’IA au service des acteurs du territoire ; Sort’easy, qui conçoit une application de référencement et de valorisation de structures culturelles, de tourisme et de loisirs à destination des familles ; Delicity, la première plateforme équitable qui fait du bien aux clients, aux restaurants et aux livreurs ; ou encore Minddex, la première plateforme qui analyse la visibilité d’une marque dans les réponses générées par les IA.2

Ces « success stories » résultent souvent d’une lente maturation. C’est là où les incubateurs de start-ups entrent en jeu : Incubateur HEC Paris, Station F (2ème au classement Europe’s Leading Start-Up Hubs 2025), Agoranov (Sciences & Tech) ; La Ruche (entrepreneuriat responsable) ; le BIC de Montpellier (parmi les meilleurs incubateurs publics au monde) ; EuraTechnologies, hub tech de renommée mondiale à Lille, Hélioparc à Pau ; Nubbo en Occitanie (pour start-ups B2B) ; Quai Alpha, Via ID (mobilité durable), 50 Partners (accompagnement sur-mesure et à vie), et The Family (accompagnement en échange d’une prise de participation à hauteur de 5 % du capital).3

Du côté du financement, Bpifrance se positionne comme la banque des entrepreneurs avec un réseau de 1 200 personnes et 50 implantations. De plus, Bpifrance Le Hub propose un accompagnement sur-mesure des startups et entreprises innovantes investies par les pôles d’investissement en capital risque de Bpifrance. En 2024, Le Hub a enregistré plus de 130 missions d’accompagnement via des operating partners. Parmi les startups accompagnées figurent Healshape (un projet de médecine régénérative qui développe des solutions de reconstruction mammaire par impression 3D pour les femmes ayant subi une mastectomie suite à un cancer du sein), Kinetix (qui développe une plateforme no-code de création de contenu 3D assistée par de l’IA) ou encore

MatchTune4 (qui utilise des algorithmes d’IA pour protéger la musique contre les violations de droits d’auteur, tout en aidant les marques à respecter la conformité lorsqu’elles accordent des licences pour la musique de leur contenu vidéo). Les pôles de compétitivité ont quant à eux ont pour vocation de soutenir l’innovation sur un territoire donné. 55 pôles de compétitivités sont labellisés en France, rassemblant 2 000 laboratoires et établissements d’enseignement supérieur et 14 000 entreprises innovantes. Citons, à titre, d’exemple, Aerospace Valley, Aquimer, ASTech Paris Region, Polymeris, Qualitropic…5 et bien sûr Systematic Paris-Region : le pôle européen des deep tech s’inscrit dans une démarche d’innovation ouverte. Il rassemble et anime un écosystème d’excellence structuré autour de 7 hubs technologiques et 3 enjeux économiques et sociétaux (one health ; industries & services ; territoires).6 Votre partenaire R&D pour innover : c’est ainsi que se présente le Réseau des Carnot (cf. l’interview de Jean-Denis Muller dans cette même édition). Créé en 2006 et attribué à 39 structures de recherche publique, les instituts Carnot, le label Carnot a vocation à développer la recherche partenariale entre des laboratoires publics et des entreprises (de la PME aux grands groupes), en réponse à leurs besoins. Dans le même esprit, certains grands organismes de recherche ont développé des structures dédiées : c’est le cas de CNRS Innovation

Blablacar est une start-up labellisée French Tech Next40. / Blablacar is a start-up with the French Tech Next40 label.

et d’Inserm Transfert (santé humaine). Ces structures partagent la même ambition que les Centres de ressources technologiques (CRT), les Centres de diffusion technologique (CDT), les Plates-Formes Technologiques (PFT) et le réseau des Centres techniques industriels : mettre l’innovation au service de la société. Pour sa part, le Réseau SATT veut faciliter l’accès au meilleur de la DeepTech. Il s’adresse aux entreprises désireuses de booster leur R&D en accédant à des technologiques de rupture, aux chercheurs soucieux de transformer leurs résultats de recherche en produits ou services, aux entrepreneurs projetant de créer leur startup ou de rejoindre un projet innovant et ambitieux, mais aussi aux investisseurs cherchant à investir dans des startups DeepTech de pointe. Au 1er janvier 2025, le Réseau SATT affichait 20 131 projets innovants

détectés et analysés, 4 363 brevets prioritaires déposés, 2 164 licences d’exploitation signées avec des entreprises, 904 startup créées et 4 Md€ de valorisation des startups créées. Exemple de success story dans un secteur ô combien stratégique : REMEDY. Ancrée sur une innovation académique développée au cœur de l’IPCMS (Strasbourg) et du Trinity College Dublin, cette nouvelle startup a été propulsée par la SATT CONECTUS et le réseau d’incubateurs Quest for Change. Elle propose une innovation de rupture inédite permettant de filtrer et d’extraire par voie électrochimique les terres rares dans les minerais. Cette nouvelle technologie, beaucoup plus écologique et rapide, doit permettre à la France et à l’Europe de regagner une souveraineté dans le domaine ultra-sensible des métaux rares.7

National innovation ecosystem: a breeding ground for talent

and expertise

From start-ups to large groups, innovation remains a key factor in differentiation and competitiveness in an ultra-competitive environment where the emergence of new players is reshuffling the deck. In France, there are many partners ready to support innovative projects. Here’s a closer look.

The aim of the French Tech Next40 label, created by the French government in 2019, is to promote young companies and start-ups in technology sectors with the potential to become major players in the French and global tech markets. It applies to companies that have reached unicorn status (start-ups valued at more than $1 billion and not listed on the stock exchange), companies that have raised more than €100 million in the last three years, start-ups with annual sales of more than €5 million and growth of at least 30%, and those that have raised substantial funds in the last three years.

FT120, another label created by the French government, lists companies that are considered to be scale-ups: companies in a hyper-growth phase. To be included in the FT120, a company must meet one of

1 Source : Licorne Society, « Les startups et scale-ups du Next40 et French Tech 120 (FT120) » : https://www.licornesociety.com/startup-lists/startup-scale-up-next40-ft120

2 Source : Les Pépites Tech : https://lespepitestech.com/

3 Source : François Plattard, « 12 incubateurs de start-ups en France (+ comment en intégrer un) » : https://blog.hubspot.fr/sales/incubateur-startup

4 Source : Bpifrance : https://www.bpifrance.fr/ et Bpifrance Le Hub : https://lehub.bpifrance.fr/

5 Source : Ministère de l’Economie, « Tout savoir sur les pôles de compétitivité » : https://www.economie.gouv.fr/entreprises/innover-et-numeriser-son-entreprise/ tout-savoir-sur-les-poles-de-competitivite#

6 Source : Systematic Paris-Region : https://systematic-paris-region.org/

7 Source : Le Réseau des Carnot : https://www.lereseaudescarnot.fr/

Une entrée du campus Curie à Paris : à gauche, l’institut Curie, labellisé institut Carnot / An entrance to the Curie campus in Paris: on the left, the Institut Curie, which has been awarded the Carnot Institute label
HEC Paris Incubator / L’Incubateur HEC Paris

two conditions: it must have raised at least €23m in a fundraising round; and it must have achieved sales of at least €8m, with a 30% increase over the last 3 years. In 2022, all the start-ups benefiting from these two labels had combined revenues of €11.3 billion and 47,800 direct jobs created worldwide (including 31,400 direct jobs in France). In June 2025, Licorne Society listed 40 Next40 companies (including Alice & Bob, Blablacar, Flying Whales, Innovafeed, Pennylane, Weezevent, etc.) and 81 FT120 companies (52 Entertainment, ElicitPlant, GravitHy, ImCheck Therapeutics, Moon Surgical, Unseenlabs, etc.).

The most creative and innovative start-ups are also honoured by Les Pépites Tech. A few examples? Polygonia, which is developing the first Geographic Information System to use AI to help local players; Sort’easy, which has designed an application to list and promote cultural, tourism and leisure facilities for families; Delicity, the first fair trade platform that does good for customers, restaurants and delivery staff; and Minddex, the first platform to analyse a brand’s visibility in responses generated by AI.

These success stories are often the result of a slow maturation process. This is where start-up incubators come into play: Incubateur HEC Paris, Station F (ranked 2nd in Europe’s Leading Start-Up Hubs 2025), Agoranov (Sciences & Tech); La Ruche (responsible entrepreneurship); Montpellier BIC (one of the best public incubators in the world); EuraTechnologies, a worldrenowned tech hub in Lille; Hélioparc in

Pau; Nubbo in Occitanie (for B2B startups); Quai Alpha, Via ID (sustainable mobility), 50 Partners (tailor-made, lifelong support), and The Family (support in exchange for a 5% stake in the capital).

On the financing side, Bpifrance has positioned itself as the bank for entrepreneurs, with a network of 1,200 people and 50 branches. What is more, Bpifrance Le Hub offers tailor-made support for startups and innovative companies invested by Bpifrance’s venture capital investment centres. In 2024, Le Hub recorded more than 130 support missions via operating partners. Among the start-ups supported were Healshape (a regenerative medicine project developing 3D-printed breast reconstruction solutions for women who have undergone a mastectomy following breast cancer), Kinetix (developing a nocode platform for AI-assisted 3D content creation) and MatchTune (using AI algorithms to protect music against copyright infringement, while helping brands to comply when licensing music for their video content).

Competitiveness clusters, meanwhile, are designed to support innovation in a given region. There are currently 55, bringing together 2,000 laboratories and higher education establishments and 14,000 innovative companies. Examples include Aerospace Valley, Aquimer, ASTech Paris Region, Polymeris, Qualitropic and, of course, Systematic Paris-Region: Europe’s deep-tech cluster is part of an open innovation approach. It brings together and leads an ecosystem of excellence structured around 7 technology hubs and 3 economic and societal challenges (one health; industries & services; territories).

The Carnot Network is also a valued R&D partner for innovation (see the interview with Jean-Denis Muller in this same edition). Created in 2006 and awarded to 39 public research structures - the Carnot institutes -, the Carnot label aims to develop partnership research between public laboratories and companies (from SMEs to major groups), in response to their needs. In the same spirit, some major research organisations have developed dedicated structures, such as CNRS In -

novation and Inserm Transfert (human health). These structures share the same ambition as the Technology Resource Centres (TRCs), Technology Dissemination Centres (TDCs), Technology Platforms (TFPs) and the network of Industrial Technical Centres: to put innovation at the service of society.

For its part, the SATT Network aims to facilitate access to the best of DeepTech. It is aimed at companies looking to boost their R&D by accessing disruptive technologies, researchers keen to transform their research results into products or services, entrepreneurs planning to create their own start-up or join an innovative and ambitious project, and investors looking to invest in cutting-edge DeepTech start-ups. On 1 January 2025, the SATT Network had detected and analysed 20,131 innovative projects, filed 4,363 priority patents, signed 2,164 operating licences with companies, and created 904 start-ups for a total value of €4 billion.

REMEDY is a success story in a highly strategic sector. Rooted in an academic innovation developed at the heart of the IPCMS (Strasbourg) and Trinity College Dublin, this new start-up has been propelled by SATT CONECTUS and the Quest for Change network of incubators. It offers a ground-breaking innovation enabling rare earths in ores to be filtered and extracted electrochemically. This new technology, which is much greener and faster, should enable France and Europe to regain sovereignty in the ultra-sensitive field of rare metals.

Air-Cobot, a collaborative mobile robot designed to inspect aircraft during maintenance operations, is an R&D project run by the Aerospace Valley competitiveness cluster. / Air-Cobot, robot mobile collaboratif chargé d’inspecter un avion lors des opérations de maintenance, est un projet R&D du pôle de compétitivité Aerospace Valley.
EuraTechnologies forecourt in Lille / Le parvis d’EuraTechnologies à Lille

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L’information des élus et des acteurs économiques

Eau et Environnement, Recherche, Transports, Sécurité alimentaire, Sécurité intérieure, Architecture et Urbanisme, Intercommunalité… Parlementaires de France Magazine aborde des thèmes de dimensions locale, régionale, nationale, européenne et internationale.

Water and Environment, Research, Transport, Food Security, Homeland Security, Architecture and Urban planning, Groupings of towns... Parlementaires de France Magazine adresses themes of local, regional, national, European and internation dimensions.

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MIAI Cluster (Multidisciplinary Institute in Artificial Intelligence) aims to conduct research in artificial intelligence at the highest level, to offer attractive courses for students and professionals of all levels, to support innovation in large companies, SMEs and startups and to inform and interact with citizens on all aspects of AI.

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1 Fellow IEEE, 1 EIT innovation award and many other ones!

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