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OMGN30

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JANVIER | MARS 2026

OUTRE-MER

OcéIndia

grandeur Nature

L’E-MAG ULTRAMARIN DE L’ENVIRONNEMENT n°30

ÉDITO | T earii T e M oana A lpha , président de T ereh ēamanu

ST-PIERRE-ET-MIQUELON | premières relocalisations à M iquelon

UNE

MARTINIQUE | FILET DROM, UNE INNOVATION LOCALE ANTI-SARGASSES

SOMMAIRE

NOUVELLE-CALÉDONIE | le P arc naturel de la mer de C orail

3 édito 6 actu outre-mer 12 Saint-Pierre-et-Miquelon 14 Saint-Barthélemy 16 Saint-Martin

20 28 32 40 46

Martinique Guadeloupe Guyane Île de La Réunion Mayotte

50 56 64 72

TAAF Polynésie française Nouvelle-Calédonie Wallis-et-Futuna


+ d’info ici : Lien vers l’Agronews n°17 du Cirad


L’E-MAG ULTRAMARIN DE L’ENVIRONNEMENT

FÉLICITATIONS POUR LES CINQ ANS DU MAGAZINE Je me réjouis également que cette édition marque le 5 e anniversaire du magazine. Je tiens à adresser mes plus vives félicitations à toute l’équipe engagée dans sa production, ainsi qu’à ses précieux contributeurs. Leur qualité de travail et leur engagement font d’OUTRE-MER grandeur Nature une référence. Joyeux anniversaire à tous !

BIODIVERSITÉ, CULTURE ET NOUVEAUX HORIZONS

ÉDITO PAR TEARII TE MOANA ALPHA, PRÉSIDENT DE LA COMMUNAUTÉ DE COMMUNES TEREHĒAMANU, ET MAIRE DE TEVA I UTA

La biodiversité incarne la richesse du monde vivant dans toutes ses composantes. Elle joue un rôle fondamental dans nos contrées ultramarines et dans le monde. Plus que jamais, nos modes de vie menacent l’équilibre de ces écosystèmes fragiles. C’est pourquoi notre jeune communauté de communes, Terehēamanu, a fait du lien entre la nature et la culture la pierre angulaire de son développement. Je suis particulièrement heureux d’associer Terehēamanu à ce magazine, véritable vitrine de la vitalité de nos territoires.

LES TĀVANA, MOTEURS DES TRANSITIONS LOCALES Offrir l’éditorial de cette 30e édition d’OUTRE-MER Grandeur Nature est un honneur qui me réjouit à plus d’un titre. C’est, avant tout, l’occasion de vous adresser, chers lecteurs, depuis la Polynésie française, mes vœux les plus sincères pour cette nouvelle année. Pour 2026, je forme pour tous mes meilleurs vœux de réussite et d’accomplissement de projets écologiques et innovants, de bonheur et d’une appréciation renouvelée de la nature qui nous entoure – un bien essentiel à notre bien-être collectif.

Couverture : installé en Martinique, ce barrage flottant conçu par l’entreprise Filet DROM forme sur l’eau une barrière pour retenir les sargasses ou les dévier vers des zones de ramassage. © Filet DROM | Portrait de Tearii Te Moana Alpha. © Terehēamanu

Site archéologique de Vaiotea situé à l’entrée de la vallée de Papeno’o, sur lequel sont célébrées de nombreuses cérémonies culturelles et traditionnelles. © Terehēamanu

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UN TOURNANT STATUTAIRE MAJEUR : PROXIMITÉ ET SOLIDARITÉ J’aimerais également partager avec vous, chers lecteurs, la grande satisfaction de nos Tāvana (maires) suite à l’adoption récente de la proposition de loi organique. Celle-ci ouvre la voie à un élargissement des compétences des communes et des communautés de communes polynésiennes. Cette réforme statutaire permet désormais à nos maires d’intervenir dans des domaines relevant normalement du Pays (la Collectivité), via une simple convention, sans attendre une loi du Pays préalable. Elle donne surtout les moyens aux élus locaux de mieux accompagner leurs populations, notamment en luttant contre la précarité de certaines familles en difficulté. La réforme favorisera une plus grande proximité entre les élus locaux et leurs habitants, en particulier dans les îles éloignées, dans des domaines essentiels tels que les aides sociales, la culture, les actions pour la jeunesse, les activités sportives et l’aménagement du territoire. La modification de la loi organique sécurise juridiquement des interventions exercées de facto depuis longtemps dans ces domaines. Nous serons ainsi enfin en mesure de devenir, à l’instar des maires métropolitains et de nos homologues ultramarins, de véritables acteurs de la transformation et des transitions – qu’elles soient économique, environnementale, énergétique, démographique ou sociétale – de nos territoires.

À gauche : Hererau, écodéléguée du collège de Taravao, présente le panneau d’information réalisé avec ses camarades sur les effets du changement climatique sur la plage de Maui (Taiarapu-Ouest). | Ci-dessus : Jean-Baptiste, agriculteur bio, fait pousser ses cultures vivrières avec des solutions naturelles de fertilisation. © Terehēamanu

NOS AMBITIONS POUR UN DÉVELOPPEMENT DURABLE Dans le domaine économique, par exemple, notre ambition est de renforcer l’attractivité de nos entreprises en créant des zones prioritaires de développement adaptées aux réalités de chacune de nos communes. Nous voulons valoriser la ruralité de notre territoire et favoriser le secteur primaire à travers une économie de transformation des produits agricoles, de la mer et des énergies renouvelables. Nous souhaitons également investir dans l’économie de services et du numérique afin de diversifier le pôle économique sur Afaahiti, véritable pôle de convergence de Terehēamanu. En matière de formation et d’emploi, nous désirons encourager la spécialisation de nos jeunes dans les filières d’avenir (notamment via le Campus connecté de l’Université). Enfin, nous nous engageons activement en faveur de l’économie sociale et solidaire, de l’économie circulaire et nous investirons le domaine de l’innovation numérique. Tearii Te Moana Alpha


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Côte est de la presqu’île de Tahiti, dans la commune de Tautira (Tahiti Iti) à environ 80 kilomètres de Papeete. © Ra’i Mao / Tahiti Tourisme

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ACTU OUTRE-MER

© Comité français de l’UICN

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RACINES EN MOUVEMENT : FAIRE DANSER 200 JEUNES DANS LES MANGROVES

COP 30 : UN ACCORD A MINIMA FACE À L’URGENCE CLIMATIQUE La Conférence des Nations unies sur les changements climatiques – Belém (COP 30) s’est tenue du 10 au 21 novembre 2025 au Brésil. Ces négociations ont eu lieu 10 ans après l’accord de Paris, traité international juridiquement contraignant sur les changements climatiques, adopté par 196 Parties durant la COP 21 et visant à « limiter l’augmentation de la température à 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels. » Lors de la COP 30, dans un contexte géopolitique difficile et en dépit des efforts déployés par la France et l’Union européenne, aucune feuille de route n’a pu être intégrée dans l’accord final pour sortir progressivement des énergies fossiles et mettre un terme à la déforestation. « La France regrette l’insuffisante ambition du texte final sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, alors que près de 80 États n’ont pas encore soumis leurs engagements au titre de l’accord de Paris. La somme des contributions présentées à Belém ne nous permet pas de nous replacer sur une trajectoire suffisante pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C », regrette à Paris le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

Le Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) prépare le projet « Racines en mouvement », dédié aux zones humides d’outre-mer et auquel participeront 200 élèves de 12 à 18 ans résidant en Guyane, Guadeloupe, Martinique, Polynésie française, à Mayotte et à La Réunion. Il s’agira pour ces jeunes de devenir acteurs d’un documentaire mêlant danse, musique et chant dans les mangroves, lagunes, forêts... Pendant un an, des ateliers artistiques et immersions en pleine nature les sensibiliseront à la défense de ces écosystèmes. Une campagne de financement participatif a été lancée en fin d’année, portée par la plateforme Flamengo, pour que cette œuvre vivante et collective puisse voir le jour. Les dons reçus ont atteint l’objectif fixé de 74 550 euros. « À travers des ateliers, les élèves travailleront sur une chorégraphie, un répertoire de chants et un accompagnement musical, inspirés de leurs traditions tout en soulignant les éléments naturels spécifiques à leurs zones humides. Les performances de chaque classe seront filmées dans leurs milieux naturels respectifs, créant ainsi un lien entre l’art et la nature. », annonce le Comité français de l’UICN. Six scientifiques et six danseuses se sont associés à la création de ce spectacle vivant voué à être diffusé dans les salles de cinéma et dont l’une des finalités est aussi de renforcer le sentiment d’appartenance et de fierté culturelle des jeunes participants.


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Cliquer sur l’image pour zoomer. © Météo-France

Colonie de fous masqués à Clipperton. © Tristan Berre / IRD

DE NOUVELLES PROJECTIONS CLIMATIQUES POUR LES OUTRE-MER

LA LPO DE RETOUR DE MISSION SUR L’ATOLL DE CLIPPERTON

Depuis septembre 2025, des projections climatiques de fine échelle couvrant les outre-mer tropicaux – Mayotte, La Réunion, Guyane, Nouvelle-Calédonie, Antilles, Polynésie française – sont peu à peu rendues disponibles par Météo-France sur son portail DRIAS Les futurs du climat. Ce site internet mis en œuvre par Météo-France, en lien avec la communauté scientifique nationale du climat, a vocation à publier les projections climatiques régionalisées de référence, pour l’adaptation en France.

En novembre dernier, cinq naturalistes de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), accompagnés d’un médecin, se sont rendus à bord du voilier océanographique Persévérance de l’explorateur JeanLouis Étienne à Clipperton, atoll isolé à plus de 1 000 kilomètres des côtes mexicaines. L’enjeu était de préparer la restauration écologique de ce minuscule territoire à la biodiversité exceptionnelle et menacée. L’« île de la Passion » est depuis 1858 une possession française administrée depuis Papeete. Du fait de son éloignement, « l’atoll corallien d’une superficie d’à peine 170 hectares constitue un site de reproduction providentiel pour une dizaine d’espèces d’oiseaux marins. Il héberge notamment près de la moitié de la population mondiale de fous masqués, avec environ 35 000 couples nicheurs », informe la LPO.

Inédite, cette opération scientifique et technique répond à un besoin de connaissances sur le dérèglement climatique en outre-mer. Dans ces territoires situés en première ligne du phénomène, ce projet de grande envergure est une avancée majeure pour soutenir les politiques d’adaptation locales. Les utilisateurs pourront consulter des projections précises en termes de températures, cumul de précipitations, nombre de jours très chauds, de pluies intenses, etc. « Nos compatriotes ultramarins vivent au quotidien les effets du changement climatique et attendent des réponses concrètes. Les travaux conduits par Météo-France seront précieux pour permettre de bâtir des politiques publiques adaptées et efficaces aux réalités locales de nos outre-mer », déclare Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer. + d’info ici : https://www.drias-climat.fr/decouverte

De retour, les scientifiques alertent sur l’urgence d’éradiquer le rat noir, une espèce très invasive introduite accidentellement au début du siècle par un navire naufragé. Le rongeur a dévasté la population de crabes rouges de Clipperton 1. « Or, la disparition de ces crustacés herbivores entraîne la prolifération de lianes rampantes, lesquelles grignotent l’espace disponible au sol pour la nidification des oiseaux », signale la LPO. Un plan d’action opérationnel sera proposé à l’État dans les prochains mois. 1

Passée de 11 millions en 1968 à moins de 80 000 aujourd’hui.

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PUBLI-COMMUNIQUÉ

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OUTRE-MER grandeur Nature

Portrait : © Pierre-Emmanuel Chossat

LE CAHIER OMGN PROMOUVOIR DANS LES OUTRE-MER LES SOLUTIONS FONDÉES SUR LA NATURE

Reposant sur les services offerts par les écosystèmes, les solutions fondées sur la nature ( SFN ) s ’ imposent désormais auprès des décideurs comme des réponses pertinentes aux défis des territoires , tels que le changement climatique ou les risques naturels . L e point sur le rôle de l ’ É tat et les spécificités ultramarines . Ces solutions naturelles viennent répondre à une problématique concrète de terrain : lutte contre les inondations, érosion du trait de côte, etc. L’État s’engage pour sécuriser et développer les marchés publics y ayant recours, promouvoir les bénéfices et les performances de ces solutions, souvent moins coûteuses que les solutions traditionnelles, et pour fiabiliser les résultats obtenus. Il publie annuellement un catalogue de projets inspirants : celui de 2025 recense une trentaine de réalisations exemplaires et illustre ainsi l’appui concret de l’État et ses opérateurs aux porteurs de projets, tant au niveau financier qu’en matière d’ingénierie.

INTERVIEW CÉLIA DE LAVERGNE, DIRECTRICE DE L’EAU ET DE LA BIODIVERSITÉ 1 AU MINISTÈRE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE, DE LA BIODIVERSITÉ ET DES NÉGOCIATIONS INTERNATIONALES SUR LE CLIMAT ET LA NATURE • Que sont les solutions fondées sur la nature et quelle est la position de l’État à leur égard ? - Les SFN ont été définies par l’UICN comme des actions qui s’appuient sur les écosystèmes pour relever les défis que posent les changements globaux à nos sociétés, comme la lutte contre le dérèglement climatique, la gestion des risques naturels, la santé, l’approvisionnement en eau ou la sécurité alimentaire.

• En outre-mer, y a-t-il une nécessité spécifique à valoriser les solutions fondées sur la nature ? - La richesse des territoires ultramarins, la montée en puissance des enjeux et des risques les concernant, en font des candidats clés pour le développement des SFN, en privilégiant toujours la recherche de solutions adaptées, ayant recours à des essences et des plantes locales, et respectueuses des contextes territoriaux. Ainsi, plusieurs territoires ultramarins se sont engagés, avec succès, dans la mise en œuvre de programmes de « recherche-action » déployant des SFN. Sur certains sujets comme l’assainissement collectif avec filtres plantés de végétaux, ils sont à l’avant-garde. De plus, les projets SFN participent à la structuration de filières économiques locales, dont celle du génie écologique, à la formation et à l’insertion professionnelle, et à la résilience des territoires. Le développement de ces solutions est un levier d’avenir pour les outre-mer.

La Direction de l’eau et de la biodiversité a fait du déploiement de ces solutions une priorité de son action en les insérant dans les politiques publiques (Plan eau, Stratégie nationale biodiversité 2030, Plan d’adaptation au changement climatique), en développant une feuille de route « ingénierie écologique » dédiée et en accompagnant entreprises et maîtres d’ouvrage dans leur appropriation. 1


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EXEMPLES DE PROJETS ADOPTANT LES SFN EN OUTRE-MER L e ministère a publié un catalogue de 37 projets nationaux de solutions fondées sur la nature , soutenus par l ’É tat , sélectionnés ou récompensés dans le cadre de divers dispositifs 1. Découvrons trois des sept initiatives ultramarines ainsi mises à l ’ honneur . LE PROJET OBREG : OPÉRATION BERGES, RAVINES ET ÉTANG DU GOL À LA RÉUNION Ancienne baie isolée peu à peu de la mer par un cordon dunaire, le site de l’Étang du Gol, propriété du Conservatoire du littoral, héberge une biodiversité remarquable dont plusieurs espèces de limicoles menacées. Ce biotope humide à marécageux rare sur l’île remplit de multiples fonctions : stockage de l’eau en cas de crue ou de submersion marine, lutte contre la sécheresse, séquestration du CO2... Or, la prolifération de plantes exotiques envahissantes – zépinards, jacinthes d’eau, laitues d’eau... – entravait le bon écoulement des eaux, risquant d’inonder la zone périphérique urbaine et agricole, et d’asphyxier l’étang. De plus, des déchets s’étaient accumulés au fil du temps. S’appuyant sur le fonctionnement des écosystèmes, des travaux de génie écologique ont alors été menés début 2022 dans le cadre du projet OBREG, porté par la Communauté intercommunale des villes solidaires (CIVIS), gestionnaire de la partie terrestre du site et lauréat de l’appel à projets de l’OFB « Restauration des Milieux Humides d’Outre-mer ».

Avant le projet OBREG, les jacinthes d’eau couvraient peu à peu ce plan d’eau de la ravine Maniron, qui alimente l’Étang du Gol. © CIVIS

UNE ACTION DE LUTTE MÉCANIQUE CONTRE LES PLANTES INVASIVES ET DE RETRAIT DES DÉCHETS À l’issue du chantier, l’amélioration écologique et hydraulique du plan d’eau s’est traduite par « l’accroissement des surfaces en herbe de riz, plante indigène, et un meilleur écoulement dans les chenaux de l’étang », observe Sébastien Hermann, responsable du service Gestion des milieux aquatiques de la CIVIS. « Mais une action régulière est essentielle. Les plantes invasives ont repris du terrain et nous manquons de budget de fonctionnement pour entretenir le site comme il se doit.

Nous allons lancer le projet OBREG2 afin notamment d’augmenter la zone d’expansion des crues par la remise en eau d’anciens canaux de drainage agricole. En parallèle, nous intervenons au niveau du cordon dunaire en créant un écoulement de l’étang vers l’océan favorable aux migrations amphihalines 2 tout en réduisant les risques d’inondations. Le caractère expérimental de ces travaux cadrés par les services de l’État met entre autres en lumière le besoin de formation pour promouvoir les SFN dans la gestion de nos bassins versants : continuités écologiques, gestion des risques, ressource en eau, sol vivant…

Ce projet de restauration a amélioré la continuité écologique du site, notamment pour les espèces amphihalines – 2 vivant alternativement en eau douce et en eau de mer – tout en favorisant l’accueil de nombreux oiseaux d’eau nicheurs et migrateurs en quête d’aires de repos et d’alimentation. | 1 Trophées Life ARTISAN, prix du Génie écologique, Plan eau, appels à projets SFN Littorales, Life ADAPTO.

© Cynorkis

Des interventions de lutte mécanique – engin amphibie, pelle et broyeur – ont ainsi permis de supprimer les plantes exotiques envahissantes sur 90 236 m2. De plus, 700 kg de pneus et deux à cinq tonnes de déchets ont pu être retirés.


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Rédaction et interview : Stéphanie Castre

LE CAHIER OMGN

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LE CAHIER OMGN

LE PROJET REMA – RESTAURATION ET ENTRETIEN DES MARES DES ANTILLES De 4 000 à 5 000 mares sont recensées en Guadeloupe et environ 1 200 en Martinique. Les mares offrent un refuge à de nombreuses espèces et rendent les territoires plus résilients face au changement climatique. Ces milieux humides peu profonds et fluctuants contribuent à réguler les crues, à stocker l’eau, à filtrer les polluants, à lutter contre l’érosion et à absorber le carbone. En initiant le projet REMA (2021-2023), le Pôlerelais Zones Humides Tropicales (PRZHT) a fait écho à une demande croissante des gestionnaires en attente de solutions concrètes pour l’entretien, le suivi et la restauration des mares en contexte tropical. Des expérimentations ont ainsi eu lieu dans 12 mares des Antilles françaises pour élaborer le Guide technique de restauration et d’entretien . Quant au projet REMA II (20242026), il permet de mettre en application le guide en restaurant 80 mares réparties en Martinique et en Guadeloupe, tout en formant des bénévoles et en sensibilisant notamment les élus.

UN GUIDE TECHNIQUE SPÉCIFIQUEMENT CONÇU POUR LES MARES DES ANTILLES

TÉMOIGNAGE MATTHIEU NORDEN, CHARGÉ DU PROJET REMA AU PÔLE-RELAIS ZONES HUMIDES TROPICALES (PRZHT) « Le projet REMA constitue une véritable solution fondée sur la nature, dans la mesure où il vise à remettre en état fonctionnel des mares dégradées. La restauration de ces mares repose avant tout sur une analyse approfondie du milieu, en prenant en compte son contexte environnemental et le cycle de vie des espèces qu’il accueille. Les méthodes et moyens utilisés respectent au mieux l’intégrité de l’écosystème. Il est en effet essentiel de comprendre chaque aspect des problématiques rencontrées, notamment lorsqu’il s’agit de lutter contre des espèces exotiques envahissantes : écologie de l’espèce, mode de reproduction, etc... Au-delà de ces aspects techniques, l’humain est également au cœur du projet, qui fédère de multiples acteurs, du grand public aux professionnels. »

© PRZHT © PRZHT

Ci-dessus : mare asséchée à Marie-Galante. Porté par le PRZHT, lui-même animé par le Comité français de l’UICN, REMA – Restauration et Entretien des Mares des Antilles – vise à préserver ce milieu régulièrement soumis à des périodes de sécheresse intense et des invasions biologiques.


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LE PROJET « RECONNECTER LA MANGROVE À LA MER » En Guadeloupe, les forêts sèches du littoral de Port-Louis hébergent, entre mer et mangroves, une biodiversité remarquable. Toutefois, la capacité de ces milieux à protéger et à stabiliser la côte était entravée par une route littorale qui interrompait les échanges entre la mer et la mangrove et limitait le développement de la végétation. Dans ce contexte, l’Office national des forêts (ONF) Guadeloupe a porté le projet « Reconnecter la mangrove à la mer », soutenu par le ministère lors de l’appel à projets 2019-2023 « Des solutions fondées sur la nature pour des territoires littoraux résilients ». Cette intervention a permis de rétablir le fonctionnement du site, tout en conservant l’accès au public.

Vue aérienne du marais de Port-Louis en Guadeloupe. © ONF

TÉMOIGNAGE

Un site naturel majeur pour la ponte de tortues de mer. © ONF

L’ONF a identifié cette zone comme prioritaire pour la ponte des tortues marines. Depuis 1950, le site, qui jouit d’un fort attrait auprès de la population locale et des vacanciers, a enregistré un recul du trait de côte compris entre 15 et 25 mètres. Une route carrossable très fréquentée longeait le cordon littoral, entravant les fonctions écologiques et protectrices des milieux naturels face aux événements climatiques. Les écosystèmes du marais sont également exposés aux espèces exotiques envahissantes (Sansevieria, Typha). L’enjeu était d’aller vers une utilisation plus douce de ces espaces naturels et de restaurer la continuité hydrologique mer-mangrove-marais. Le projet a notamment renforcé le cordon forestier littoral en permettant à la végétation de recoloniser une partie de l’ancienne route. La restauration paysagère du site procure aussi un sentiment de fierté aux habitants. + d’info ici : Catalogue de projets inspirants de SFN

CATHERINE COSAQUE, DIRECTRICE GÉNÉRALE DES SERVICES DE LA COMMUNE DE PORT-LOUIS EN GUADELOUPE

« Le projet s’est déroulé au nord de la commune de Port-Louis, qui compte 5 601 habitants. Sur ce territoire, différents écosystèmes – marais, forêt sèche du littoral, mangroves, récifs coralliens, herbiers – coexistent, ce qui crée des conditions favorables au développement de nombreuses espèces. Nous avons travaillé en partenariat étroit avec l’ONF Guadeloupe pour aider la biodiversité à reconquérir ce milieu humide fascinant, mais soumis à de rudes pressions. Si avant les travaux, la voiture était le mode de déplacement privilégié pour se rendre sur le site, la concertation mise en place avec les usagers a facilité l’acceptabilité sociale du projet. De plus, nos animations thématiques ont permis de sensibiliser la population à l’importance de protéger les écosystèmes présents. Je suis convaincue que les meilleurs défenseurs des projets environnementaux sont les habitants eux-mêmes ! »


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SAINT-PIERRE-ET-MIQUELON À MIQUELON, 2026 EST L’ANNÉE DES PREMIÈRES RELOCALISATIONS S ur l ’ archipel , l ’ année 2026 va être marquée par les premiers emménagements dans le nouveau village de M iquelon , relocalisé en raison du risque de submersion marine . P ar ailleurs , plusieurs avancées en matière d ’ aménagement du territoire auront lieu , notamment en matière d ’ assainissement et de gestion des déchets .

• Depuis plusieurs années, l’avenir du village de Miquelon et ses 500 habitants fait partie des grandes questions animant l’archipel. Cette relocalisation est-elle devenue inévitable ? - Il faut d’abord rappeler que la commune de Miquelon est à l’initiative de cette relocalisation et non pas l’État, même si nous travaillons de concert sur ce sujet. Cette décision a été prise en concertation avec les habitants en 2022 et vise à anticiper le risque de submersion marine, de plus en plus élevé notamment en raison du dérèglement climatique qui amplifie la fréquence et l’intensité des tempêtes tropicales.

INTERVIEW PATRICIA BOURGEOIS, DIRECTRICE DE LA DIRECTION DES TERRITOIRES, DE L’ALIMENTATION ET DE LA MER (DTAM) En haut de page : paysage de Miquelon. © Caroline Dujardin / 97px

C’est un constat que nous avons acté dans notre Plan de prévention des risques littoraux (PPRL) en 2018 et qui nous a été rappelé par le passage du cyclone Fiona, en 2022. Si cette tempête tropicale a épargné l’archipel, elle a fait plusieurs morts et entraîné d’importants dégâts matériels au Canada, rappelant notre vulnérabilité.


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Barnier – le Fonds de prévention des risques naturels majeurs créé en 1995 – et feront l’objet de mesures de déconstruction, puis de renaturation. Toutefois, il reste impossible, à ce stade, de dire à quelle période se terminera cette relocalisation. Il s’agit en effet d’un processus pensé sur le temps long.

• Au-delà du cas du risque de submersion marine en cas de cyclone, comment l’archipel répond-il à la problématique, plus quotidienne, de l’érosion du littoral ? - L’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon est effectivement soumis à un recul du trait de côte. Nous notons en particulier des risques importants pour deux axes routiers, la route de l’isthme et la route de la Mirande, sur la Grande Miquelon. Face à cela, nous avons mis en place un programme avec la Collectivité territoriale en 2025 pour avoir un suivi du phénomène. Nous réfléchissons actuellement aux mesures à adopter, notamment au choix qui se pose entre des infrastructures lourdes ou plutôt des solutions fondées sur la nature. Nous allons consolider notre gouvernance sur ce sujet au cours de l’année.

• Au-delà de ces risques, quels grands projets locaux d’aménagement vont marquer l’année ? Ces aléas peuvent nous tomber dessus à tout moment, d’où le choix de relocaliser le village, aujourd’hui situé sur une plaine à seulement deux mètres d’altitude, dans un nouveau secteur à deux kilomètres dans les terres et à plus d’une dizaine de mètres au-dessus du niveau de la mer.

- Nous avons de belles avancées en matière d’assainissement et de gestion des déchets à l’horizon. Ce sont des sujets complexes sur un territoire insulaire et dans lesquels nous nous sommes beaucoup investis.

• Comment se déroule concrètement cette relocalisation, et quelles sont les prochaines étapes ?

En 2025, nous sommes ainsi rentrés dans le Plan eau DOM, qui nous amène de nouveaux leviers de financements et dont les premiers effets seront visibles dans les prochains mois, avec par exemple de nouveaux projets de collecte. L’année 2026 verra aussi l’ouverture de la station d’épuration de Miquelon.

- En 2026, les premiers habitants vont pouvoir s’installer dans leurs nouvelles maisons qui sont en ce moment en train de sortir de terre. Une vingtaine de parcelles sont aménagées par la commune qui s’est chargée de tout ce qui relève des réseaux d’assainissement, d’eau potable, d’épuration, etc. Une fois cette phase pionnière achevée, les autres étapes du projet pourront être entamées. Les maisons seront rachetées par l’État via un dispositif du fonds

Quant aux déchets, nous allons enfin nous débarrasser de stocks historiques qu’on ne pouvait pas traiter sur place, notamment des véhicules hors d’usage, des batteries, ou encore des déchets issus du secteur du bâtiment. Enfin, la première déchetterie de Miquelon ouvrira également, en 2026. Rédaction et interview : Enzo Dubesset

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SAINTBARTHÉLEMY À LA RECHERCHE DES IGUANES DES PETITES ANTILLES DÉVELOPPANT DES KYSTES S ur l ’ île de S aint -B arthélemy , l ’A gence te rr i to r i a l e d e l ’ e n v i r o n n e m e n t (ATE) a lancé en fin d ’ année 2025 un appel à témoins auprès de la population locale , pour entreprendre des recherches sur les iguanes des Petites Antilles qui présentent des kystes . E xplications .

Dans le monde, un reptile sur cinq est aujourd’hui en danger d’extinction, selon une étude scientifique publiée dans la revue Nature en 2022, et réalisée sur plus de 15 ans par une cinquantaine d’auteurs 1. D’après cette étude évaluant le risque d’extinction des reptiles à l’échelle mondiale, ces derniers sont proportionnellement moins menacés (21 %) que les mammifères (25 %) ou les amphibiens (40 %), mais davantage que les oiseaux (13 %).

UNE BACTÉRIE À L’ORIGINE DE KYSTES Parmi les reptiles présents à Saint-Barthélemy, l’iguane des Petites Antilles (Iguana delicatissima) est endémique de ces îles, où il a en grande partie disparu. Il est classé en danger critique d’extinction par l’UICN. En plus de la destruction de son habitat, de la prédation par les chats, chiens et rats, et surtout de la concurrence avec l’iguane rayé qui le supplante et s’hybride avec lui, ce grand lézard subit une toute autre menace sur l’île : depuis 2011, une bactérie virulente infectant entre autres cette espèce a été répertoriée localement (Hellebuyck et al., 2017 2).

Les iguanes infectés développent des kystes pouvant grossir jusqu’à les handicaper, voire causer leur mort. © ATE

Décrite en 2008 3, cette bactérie, initialement identifiée chez des agames de compagnie, génère des lésions sévères, notamment des kystes plus ou moins volumineux, sur la peau d’iguanes des Petites Antilles. « Ces kystes sont dus à Devriesea agamarum, une bactérie présente naturellement chez certains reptiles d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. Ces reptiles nous parviennent via les conteneurs de plantes, notamment en provenance de Floride, et contaminent nos reptiles indigènes (originaires de l’île) », communique l’ATE. « Les conséquences sont graves, ces kystes grossissent jusqu’à empêcher les mouvements de l’animal qui peut se retrouver avec un membre très handicapé, voire paralysé. À ce jour, aucun traitement n’a été trouvé pour y remédier. »

UN APPEL À TÉMOINS Pour améliorer les connaissances sur cette maladie bactérienne, les agents de l’ATE invitent la population à signaler toute observation d’iguane porteur de kyste 4. « Des prélèvements doivent être faits sur les iguanes touchés. Ils seront bien évidemment relâchés par la suite », précise l’ATE. Cette collecte d’échantillons vise à faire avancer la recherche et ainsi à protéger l’une des espèces de reptiles les plus menacées, désormais présente seulement sur quelques sites isolés en Guadeloupe, à Saint-Barthélemy, en Dominique, à Anguilla et à Saint-Eustache. Rédaction : Stéphanie Castre

https://www.nature.com/articles/s41586-022-04664-7 | 2 https://www.agencedelenvironnement.fr/upload/Virus-Iguane-Petites-Antilles6835faf7b5f39.pdf | 3 https://www.microbiologyresearch.org/content/journal/ijsem/10.1099/ijs.0.65478-0 | 4 En contactant le 06 90 31 70 73. 1


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À Saint-Barthélemy, iguane des Petites Antilles présentant des kystes dus à la bactérie Devriesea agamarum, une menace sanitaire importante pour cette espèce en danger critique d’extinction. « Cet exemple montre que les populations étant sur des territoires réduits avec parfois des densités fortes, une contamination par un agent pathogène d’un seul individu peut avoir des conséquences très graves sur la survie de la population » (source : Plan national d’actions « Pour le rétablissement de l’iguane des Petites Antilles Iguana delicatissima 2018-2022 »). © ATE

Pouvant atteindre 1,60 mètre, l’iguane des Petites Antilles est le plus grand reptile terrestre de Saint-Barthélemy. © ATE

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SAINT-MARTIN UN JEU POUR EXPLORER LA BIODIVERSITÉ CARIBÉENNE

Six classes de Saint-Martin ont participé au concours de la Biodiversité.

À Saint-Martin, la biodiversité se découvre désormais en jouant ! L’Association de gestion de la R éserve naturelle de S aint -M artin (AGRNSM) vient de lancer un jeu de plateau consacré à la biodiversité de la C araïbe . U ne initiative ludique et pédagogique portée par Vincent Oliva, responsable du pôle Éducation à l’environnement de la réserve. DÉCOUVRIR LES ÉCOSYSTÈMES DE LA CARAÏBE À TRAVERS UN JEU INÉDIT

« C’est une autre manière d’apprendre, plus active et engageante », souligne Vincent Oliva, convaincu du pouvoir du jeu dans l’éducation à l’environnement.

L’idée originale vient de Cécile Berthon, responsable pédagogique de l’Agence territoriale de l’environnement de Saint-Barthélemy, qui souhaitait proposer aux enfants un outil simple pour mieux comprendre la richesse et la fragilité du vivant.

LE CONCOURS DE LA BIODIVERSITÉ

Photos de l’article : © AGRNSM

Avec le soutien de la Fondation groupe EDF et du programme TeMeUm piloté et financé par l’OFB, le projet a pris forme dès 2023 grâce à l’implication de Vincent Oliva. Inspiré de la rosace des Réserves Naturelles de France, le jeu « À la découverte de la biodiversité de Saint-Martin » décline six grands thèmes qui reflètent la diversité des écosystèmes caribéens : la réserve naturelle et sa réglementation, les tortues marines, les mammifères marins, les oiseaux, les poissons, raies et requins, de même que les espèces exotiques envahissantes. Chaque thème est abordé à travers une soixantaine de questions permettant d’explorer les notions de manière progressive, entre observation, réflexion, stratégie et coups de chance. Le jeu fait ainsi appel à la curiosité et à la mémoire, tout en développant l’esprit d’équipe. Après un an de recherche, conception graphique et validation scientifique, la première série de jeux a vu le jour en 2024. Distribué dans plusieurs écoles de l’île, ce nouvel outil a très vite séduit enseignants et élèves.

Pour marquer le lancement, la Réserve naturelle de Saint-Martin a organisé en juin 2025 le « concours de la Biodiversité », réunissant six classes de CM1 et CM2 autour du jeu de plateau. Dans une ambiance joyeuse mais studieuse, les élèves se sont affrontés en équipe


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Page précédente : jeu intitulé « À la découverte de la biodiversité de Saint Martin ». | Ci-dessus : concours de la Biodiversité de Saint-Martin.

sur des questions de connaissance, de logique et de stratégie. À l’issue d’une finale disputée, c’est l’école Émile Choisy qui a remporté le trophée. Fort du succès de cette première édition, le tournoi 2026 accueillera huit établissements, dont les quatre collèges de SaintMartin, élargissant ainsi la portée du projet. Trois versions géantes du jeu, d’un mètre sur un mètre, circulent déjà entre les réserves de Petite-Terre en Guadeloupe, de Saint-Barthélemy et Saint-Martin, tandis qu’une douzaine de versions « de société » passent de classe en classe. Les résultats sont éloquents : en 2025, les élèves ont atteint 85 % de bonnes réponses en moyenne, signe d’un réel impact sur la compréhension des enjeux environnementaux.

UNE AVENTURE APPELÉE À GRANDIR L’histoire ne fait que commencer. Cette année, une version anglaise du jeu sera développée pour les écoles de la partie hollandaise de l’île, en collaboration avec la Nature Foundation Sint Maarten.

« UNE AUTRE MANIÈRE D’ABORDER LES SCIENCES » Depuis un an, David Farlot, enseignant en CM2 à l’école Émile Choisy, utilise régulièrement le jeu dans sa classe. « C’est un outil très ludique, parfaitement adapté au programme scolaire, qui capte l’attention de tous les élèves », confie-t-il. Selon lui, cette approche change la dynamique de groupe : « Les enfants les plus réservés prennent la parole, participent, collaborent… Le jeu devient un vrai levier d’inclusion et de motivation. » Cette année, sa classe bénéficiera de six interventions animées par Vincent Oliva, véritables moments de partage pour approfondir les connaissances avant le concours 2026. Les élèves remettront en jeu leur trophée avec enthousiasme, portés par l’esprit d’équipe et la fierté d’avoir appris en s’amusant. Au-delà du plateau coloré et des cartes à questions, c’est une nouvelle pédagogie de la nature qui s’invente à Saint-Martin : joyeuse, interactive et profondément ancrée dans le territoire caribéen.

À plus long terme, l’objectif est d’étendre le concours à l’ensemble de la région : Guadeloupe, Martinique, Saint-Barthélemy et Sint Maarten pourraient bientôt accueillir leurs propres tournois de biodiversité. Une belle manière de fédérer les jeunes Caribéens autour d’un même but : mieux connaître, pour mieux protéger leur environnement marin et terrestre. Ce projet viendra d’ailleurs s’inscrire dans la célébration des 30 ans de la Réserve naturelle de Saint-Martin, un anniversaire tourné vers l’avenir et la transmission. Rédaction : Mariane Aimar Ce jeu pédagogique et ludique s’apparentant à un « Trivial Pursuit » propose de mieux faire connaître la faune et la flore de l’île.


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PROGRESSER DANS L’ACCESSIBILITÉ DE L’ESPACE NATUREL LITTORAL EN OUTRE-MER L’ouverture au public des sites naturels acquis et protégés par le Conservatoire du littoral et ses différents partenaires a été inscrite dans les textes fondateurs de l’établissement par la loi du 27 février 2002. A ujourd ’ hui , rendre accessible les sites littoraux protégés aux personnes atteintes par un handicap constitue un nouveau devoir et un défi . Depuis 50 ans, le Conservatoire du littoral acquiert des espaces naturels sur le littoral « pour tous et pour toujours » afin de les soustraire définitivement à l’urbanisation, de préserver les équilibres écologiques et les paysages mais aussi de les ouvrir au public. Pourtant, l’accès aux espaces naturels reste encore trop souvent difficile voire impossible pour les personnes à mobilité réduite (PMR) ou en situation de handicap, particulièrement dans les outre-mer. Depuis plusieurs années, le Conservatoire tente d’intégrer systématiquement cet enjeu d’accessibilité dans la conception ou lors du renouvellement de l’aménagement des sites. Retour d’expérience sur quelques réalisations.

GUYANE : AMÉNAGEMENT DE L’ENTRÉE DU SENTIER DE LOYOLA Pour rendre ses sites naturels accessibles au plus grand nombre, l’antenne de Guyane du Conservatoire met en place depuis quelques années des dispositifs pour les PMR. Ainsi, en 2023, le site périurbain de l’habitation Loyola, à Rémire-Montjoly, a fait l’objet d’une profonde réflexion sur une série d’aménagements inclusifs. Un cheminement en platelage en bois, respectant les normes PMR, a été implanté sur la partie basse du site. L’accueil des personnes en difficulté est ainsi désormais assuré dans de bonnes conditions sur ce site historique majeur en Guyane.

GUADELOUPE : INSTALLATION DE CARBETS ACCESSIBLES AUX PERSONNES À MOBILITÉ RÉDUITE

Photos de l’article : © Conservatoire du littoral

Dans la commune de Morne-à-l’Eau, en lisière de mangrove, le site de Babin est réputé pour la présence de boues d’argile aux vertus thérapeutiques contre les rhumatismes. Il attire ainsi les personnes âgées ou à mobilité réduite, qui viennent s’y soigner. En 2014, à l’initiative de la commune, l’aménagement des lieux a été revu afin d’optimiser l’accueil des PMR, notamment via l’installation d’un carbet muni d’une rampe. En 2021, le programme Océan, financé par la Région Guadeloupe, a sélectionné le site de Babin pour y créer des aménagements adaptés. Cette zone humide littorale est aujourd’hui équipée de six carbets accessibles aux PMR, dont deux avec rampe, et quatre sans estrade, ce qui en facilite l’abord. À travers cette démarche, l’antenne guadeloupéenne du Conservatoire du littoral vise l’acquisition du label national « Tourisme et Handicap », nous confie Didier Lambert, son chargé de mission Aménagement et Gestion.

En Guadeloupe, carbet avec rampe accessible aux PMR, les tables sans bancs étant pensées pour le passage des fauteuils.

Platelage aux normes PMR sur le sentier de Loyola en Guyane, une ancienne exploitation agricole coloniale.


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Platelage de 300 mètres en cours de construction à la pointe Liberté en Guyane, où un sentier de découverte va voir le jour. Les personnes à mobilité réduite pourront cheminer à travers la mangrove jusqu’à un point d’observation, face à l’océan. | Le site de l’Étang du Gol à La Réunion.

GUYANE : CRÉATION EN COURS D’UN SENTIER À LA POINTE LIBERTÉ

RÉUNION : SENTIER EN BOUCLE ET PONTON DE L’ÉTANG DU GOL

Le Conservatoire du littoral travaille actuellement à la création d’un nouvel itinéraire de découverte sur le site de la pointe Liberté en Guyane, qui s’immiscera sur environ 2 500 mètres au cœur de milieux littoraux humides préservés. Dans cette même logique d’offrir des espaces de découverte aménagés pour le confort de tous, un cheminement pensé pour les PMR est en cours de réalisation sur ce sentier, et couvrira les 300 premiers mètres de cet espace naturel exceptionnel, situé dans la commune de Macouria.

En 2023, a été inauguré à La Réunion un sentier en boucle équipé d’une passerelle et permettant pour la première fois de relier à pied les communes de SaintLouis et l’Étang-Salé. Du fait de cette connexion, une forte augmentation de la fréquentation du sentier a pu être constatée. Face à ce succès et dans le but de protéger la biodiversité du site, certains ouvrages de canalisation sont en projet, basés sur un balisage plus précis ainsi qu’un rappel de la réglementation. Le circuit proposé comprend deux sites accessibles aux personnes à mobilité réduite, dont un écran d’observation et le ponton de l’Étang du Gol.

Ces infrastructures permettront à des personnes en déficience motrice et cognitive de cheminer sans difficulté le long d’un platelage serpentant au cœur de cet espace, et de découvrir une scénographie thématique, jusqu’à un observatoire ornithologique qui pourra également les accueillir de façon adaptée. Une première en Guyane !

SAINT-MARTIN : RÉFECTION DE LA PLATEFORME D’OBSERVATION DE LA MARE BAIE-LUCAS

À Saint-Martin, la Mare Baie-Lucas bénéficie d’une nouvelle plateforme d’observation dotée d’une rampe d’accès pour PMR.

Rédaction : Justine Taugourdeau

L’Étang de la Mare Baie-Lucas est une zone humide remarquable, en particulier du fait de son avifaune. Pour favoriser son observation dans les meilleures conditions, un platelage agrémenté d’un observatoire et de panneaux informatifs sur la biodiversité locale a été réalisé en 2014. Après des années d’usage, puis le passage du cyclone Irma, la totalité du platelage et de l’observatoire a été retirée en 2017 en vue d’une reconstruction. À la suite de ces travaux, l’accès à la nouvelle plateforme est désormais facilité pour les PMR grâce à une rampe. L’objectif poursuivi est d’aménager le site, de sorte que sa fréquentation soit compatible à la fois avec une découverte citoyenne et la protection du milieu naturel.


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MARTINIQUE

Rédaction : Mariane Aimar

FILET DROM, LE SAVOIR-FAIRE ANTILLAIS FACE À LA MARÉE DES SARGASSES Sur les côtes de la Martinique, de la Guadeloupe ou d’Antigua, d’étranges lignes flottantes dessinent un rempart contre les algues brunes. Derrière ces filets anti-sargasses, un homme : Alexis de Jaham, marin-pêcheur et fondateur de Filet DROM, l’une des sociétés les plus expérimentées des A ntilles dans la lutte contre ce fléau venu du large . UN COMBAT NÉ DE L’URGENCE

UNE TECHNOLOGIE LOCALE MODULABLE

« En 2012, les sargasses ont commencé à envahir nos côtes. Les embarcations des pêcheurs étaient bloquées, les engins de pêche inutilisables », raconte Alexis de Jaham. De fil en aiguille, littéralement, il imagine un premier barrage artisanal à partir d’un filet à langoustes. C’est devant une baie privée, au Cap Est en Martinique, qu’Alexis de Jaham installe ses premiers prototypes. Des modèles qu’il améliore peu à peu pour essayer autant que possible de dévier les sargasses des plages où elles s’échouent. Car une fois sur le sable, ces algues venues du large se décomposent et dégagent de l’hydrogène sulfuré, un gaz toxique pour la faune et les habitants.

Le filet DROM est désormais protégé par un brevet déposé en 2019. Son secret : une architecture « double nappe » composée d’un grillage rigide et d’un filet souple de type chalut, associé à des flotteurs fabriqués localement par Procap.

Au fil des mois, par obstination et amour du territoire, l’inventeur perfectionne son dispositif. Ce qui n’était qu’une initiative bénévole devient progressivement une aventure entrepreneuriale. De cette expérience naît Filet DROM, une technologie aujourd’hui déployée dans plusieurs îles de la Caraïbe.

Ce système limite la capture accidentelle de poissons tout en retenant les algues avant qu’elles n’atteignent la côte. Les filets sont démontables, modulables et ajustés selon la bathymétrie, les courants marins et la houle de chaque baie. Leur efficacité a été démontrée sur plus de 400 mètres linéaires au large de la longue et magnifique plage de sable doré de Cosmy, où la population a constaté un recul notable des échouages. « L’idée, c’est de bloquer les sargasses à la surface, mais aussi sous l’eau », explique Alexis de Jaham. « Chaque site est un cas particulier : courant, vent, fond marin… on s’adapte en permanence. »

En haut de page : les filets DROM sont une technologie éprouvée et inspirante pour lutter contre les sargasses. En réduisant leur prolifération, cette innovation contribue à protéger l’environnement, la santé humaine et l’économie des territoires. © Filet DROM


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FORMER UNE NOUVELLE GÉNÉRATION DE MARINS Filet DROM s’emploie à développer un partenariat avec l’École de pêche de la Martinique. L’objectif sera de former les jeunes marins à un nouveau métier : la pose et la maintenance de filets flottants, une compétence émergente dans la région. Deux passages mensuels sont nécessaires pour entretenir les installations et garantir leur solidité face aux éléments. « Nos équipes sont issues du monde de la mer. C’est un vrai savoir-faire local qu’on devrait davantage valoriser », insiste Alexis de Jaham.

DE LA MARTINIQUE À LA CARAÏBE Après la Martinique, l’entreprise a exporté son expertise en Guadeloupe, mais aussi à Antigua, Sainte-Lucie et sur l’île de la Grenade, avec près de 40 kilomètres de filets mis en place dans toute la Caraïbe. Si certains sites, comme Capesterre de Marie-Galante, se sont révélés plus complexes à cause de la houle et des rochers, d’autres – notamment autour des complexes hôteliers – rencontrent un franc succès. « Les sargasses ne connaissent pas de frontières, mais les solutions, elles, peuvent venir d’ici », affirme le fondateur.

UN RÉSEAU EN PLEINE EXPANSION Filet DROM s’appuie également sur une chaîne complète de gestion des algues : les filets bloquent les sargasses en mer, tandis que des bateaux comme le Sargator 3, acheté en Martinique et fabriqué en Guadeloupe, assurent la collecte avant échouage. L’entreprise prévoit aussi de proposer des filets saisonniers en location, afin d’aider les communes à se préparer à la période critique d’avril à septembre.

ENTRE INNOVATION ET RECONNAISSANCE LOCALE Derrière la technique, une conviction persiste : celle qu’une solution durable doit naître du terrain. Alexis de Jaham reste discret, mais fier : « Nous avons prouvé que l’on pouvait concevoir, fabriquer et entretenir nos propres systèmes ici, avec des matériaux caribéens et des équipes locales. Nos politiques devraient nous faire plus confiance. » Dans une région où la marée brune menace les écosystèmes, la santé publique et le tourisme, Filet DROM s’impose comme un symbole d’ingéniosité insulaire. Une innovation née de la mer, pour la protéger.

Collecter les sargasses en mer permet d’éviter leurs échouages sur les plages. | Grâce à sa détermination, Alexis de Jaham est l’inventeur de la technologie filet DROM, une solution robuste, durable et respectueuse de la biodiversité marine. © Filet DROM

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Entièrement fabriqué en Martinique, le barrage flottant Filet DROM inspire l’espoir face au fléau des sargasses. Cette initiative ultramarine permet de soutenir l’activité économique locale, tout en réduisant l’empreinte carbone de l’entreprise. © Filet DROM


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+ d’info ici : Vidéo d’une journée de ramassage de sargasses fraîches sur un barrage Filet-Drom Pour prendre contact avec Filet DROM : filetdrom@gmail.com | Tél. : +596 696 82 29 44

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CARIBSAN 2 : UNE NOUVELLE ÉTAPE POUR LA COOPÉRATION CARIBÉENNE EN FAVEUR DE L’ASSAINISSEMENT DURABLE

Photos de l’article : © ODE Martinique

Un cap est franchi avec le lancement du projet CARIBSAN 2, qui promeut une méthode de traitement des eaux usées fondée sur la nature. La signature de la convention de partenariat entre l ’ODE M artinique et l ’AFD, le 18 novembre , marque une étape majeure dans cette dynamique collective en faveur de la protection de l ’ eau et des milieux aquatiques . UNE RÉPONSE RÉGIONALE AUX DÉFIS COMMUNS

LA COOPÉRATION RÉGIONALE AU SERVICE DE L’ASSAINISSEMENT

Dans de nombreux territoires de la Caraïbe, les défis liés à l’assainissement restent majeurs : absence de raccordement, infrastructures vieillissantes, pressions croissantes sur les milieux naturels, etc. Ces différentes problématiques affectent directement la qualité de vie des populations et fragilisent les écosystèmes marins et côtiers.

Porté par l’Office de l’Eau Martinique, en partenariat avec l’Office de l’Eau Guadeloupe, l’INRAE, l’INRH, la WASCO, la DOWASCO et la CAWASA, le projet réunit la Martinique, la Guadeloupe, Cuba, Sainte-Lucie et la Dominique autour d’une solution d’assainissement écologique, accessible et adaptée au changement climatique.

Face à ces enjeux, le projet CARIBSAN, lancé en 2021, propose une alternative concrète, durable et adaptée aux réalités tropicales. Il s’appuie sur une technologie inspirée de la nature : les filtres plantés de végétaux. Déjà éprouvée en Martinique et en Guadeloupe, cette solution utilise une plante locale, du genre Heliconia, aussi appelée « oiseau du paradis », et un substrat filtrant composé de couches de sable. Économique et robuste, elle est particulièrement adaptée aux territoires tropicaux exposés aux aléas climatiques, comme les cyclones.

« Le projet CARIBSAN incarne pleinement ce que nous souhaitons encourager à l’échelle de la région : une coopération ambitieuse, fondée sur le partage de connaissances et tournée vers des solutions concrètes au service des populations et de l’environnement », souligne Marc Dubernet, directeur régional Océan Atlantique de l’Agence française de développement (AFD), partenaire financier du projet aux côtés de l’Union européenne via le programme INTERREG Caraïbes, et des Offices de l’Eau de Martinique et de Guadeloupe.

CARIBSAN vise à promouvoir les filtres plantés de végétaux pour le traitement des eaux usées dans la Caraïbe. Cette technique de génie écologique est climato-résiliente, adaptée au contexte tropical (valorisant le patrimoine naturel local), économique et très efficace.


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Michéla Afin, directrice générale de l’ODE Martinique, et Marc Dubernet, directeur régional Océan Atlantique de l’AFD, lors de la signature.

LES PROCHAINES ÉTAPES DU PROJET CARIBSAN

Avec un budget de 2,7 millions d’euros, CARIBSAN 1 a permis de former plus de 200 professionnels de l’assainissement et d’identifier des sites pilotes dans chaque territoire partenaire : Black Bay à Sainte-Lucie, La Plaine en Dominique, et Pogolotti à Cuba. Des études de dimensionnement ont aussi été réalisées pour passer à une phase concrète de construction de sites démonstrateurs.

Un forum technique va se tenir en ce début d’année 2026 en Martinique, réunissant les partenaires techniques régionaux. « La dimension humaine au sein de CARIBSAN est fondamentale. Les partenaires se sont approprié le projet, ils connaissent les territoires des uns et des autres, et ont envie de partager cette expérience… », témoigne Michéla Adin, directrice générale de l’ODE Martinique.

Fort de cette première phase, le projet CARIBSAN entre désormais dans sa dimension opérationnelle avec le lancement de CARIBSAN 2, pour un budget de près de 7 millions d’euros.

Au-delà de ses retombées environnementales et techniques, CARIBSAN 2 incarne une coopération régionale ambitieuse et pleinement alignée sur les Objectifs de développement durable des Nations unies (ODD 6) : garantir l’accès à un assainissement adéquat, préserver les écosystèmes liés à l’eau et prévenir les pollutions marines. CARIBSAN 2 poursuit ainsi un objectif clair : déployer une solution durable, efficace et écologique au service de la région Caraïbe et de sa population.

Cette nouvelle étape doit aboutir à une transmission de la technologie. D’ici 2027, trois stations d’épuration à filtres plantés de végétaux seront construites à la Dominique, à Sainte-Lucie et à Cuba. Un programme de recherche partagé sera aussi mené, en lien avec le Jardin botanique de La Havane, le Conservatoire botanique national de Martinique, ainsi que des botanistes de Sainte-Lucie et la Dominique pour tester de nouvelles plantes. CARIBSAN 2 est également assorti d’un programme de sensibilisation à l’enjeu de l’assainissement des populations, de formations, d’un plan de communication, d’activités d’évaluation des performances des stations, d’ingénierie d’intégration paysagère et d’ateliers d’acceptabilité sociale. Un projet varié et complet coconstruit avec les partenaires, pour garantir l’atteinte des objectifs. + d’info ici : Le projet CARIBSAN piloté par l’ODE

Rédaction : Mathilde Edmond-Mariette Minoton / ODE Martinique

CARIBSAN 2, LA MISE EN ŒUVRE OPÉRATIONNELLE


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Les filtres plantés de végétaux – ci-dessus des oiseaux de paradis (genre Heliconia) en Martinique – traitent les eaux usées en s’inspirant des processus d’épuration observés dans la nature. Ils ont prouvé leur efficacité depuis plusieurs décennies dans des climats tempérés.


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Ces filtres plantés de végétaux sont particulièrement adaptés au climat tropical, où ils nécessitent moins de surface au sol qu’en climat tempéré. Ils présentent aussi l’avantage d’être résilients aux aléas naturels comme les cyclones ou les fortes pluies. © ODE Martinique

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GUADELOUPE

+ d’info ici : https://mosotela.com

« MÒSO TÈ LA », DES FRUITS ET LÉGUMES PÉYI, SANS RISQUE LIÉ À LA CHLORDÉCONE L’association I guaflhor 1 porte depuis 2023 la marque « M òso T è la », qui signifie en créole « un morceau de notre terre ». Cette initiative est bâtie sur l’assurance de fournir aux consommateurs des fruits et légumes produits en G uadeloupe , dont les taux de chlordécone et autres résidus de pesticides sont conformes à la réglementation . DES SOLS POLLUÉS DURABLEMENT

UNE MARQUE QUI RASSURE

En Guadeloupe (et aussi en Martinique), la chlordécone a été utilisée dans les bananeraies de 1972 à 1993 pour lutter contre le charançon du bananier. Particulièrement persistant, cet insecticide a des effets néfastes reconnus sur la santé humaine. Ayant contaminé les sols et l’eau, il impacte directement les cultures et les productions animales.

Pour répondre à l’exigence de traçabilité, l’Iguaflhor a lancé la marque Mòso tè la, qui garantit des fruits et légumes sains pour le consommateur.

Depuis 2008, l’État a mis en place des plans d’action visant à sensibiliser et protéger au mieux les populations. À la suite de prélèvements effectués de 2001 à 2024 par la DAAF et l’IREPS, des travaux de cartographie ont été menés afin de déterminer les cultures et élevages possibles par zones, en fonction des teneurs en chlordécone des sols. Sur les 14 200 hectares non analysés, mais identifiés comme potentiellement à risque, environ 7 300 ont toujours un usage agricole.

Cette association interprofessionnelle regroupe à la fois des fournisseurs de matériels et intrants, des producteurs, des agrotransformateurs et des distributeurs au sein de quatre collèges, dans le but de planifier une production locale régulière répondant à la demande du marché guadeloupéen. La démarche Mòso tè la contribue ainsi à préserver des terres agricoles de qualité, en soutenant une filière respectueuse de l’environnement et adaptée aux écosystèmes guadeloupéens, tout en réduisant de fait les émissions de gaz à effet de serre liées au transport de marchandises.

En haut de page : encouragée par les acteurs de la filière agricole guadeloupéenne, la création de la marque Mòso tè la cherche à répondre aux exigences des consommateurs. |1 Association interprofessionnelle des fruits et légumes et de l’horticulture de Guadeloupe.


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INTERVIEW MANUEL GÉRARD, CHARGÉ DE LA MISE EN ŒUVRE DE « MOSO TÈ LA » POUR L’IGUAFLHOR • Comment « Mòso tè la » a-t-elle été créée ?

• Des pistes de développement pour la marque ?

- De manière collective, en réunissant les adhérents de l’Iguaflhor et des institutions telles que la DAAF, la DEETS, la Chambre d’agriculture, etc. Ensemble, nous avons pensé le concept de cette marque, réfléchi aux valeurs de solidarité, de qualité et d’exigence que nous portons, et bien sûr établi le cahier des charges, tant pour les producteurs que pour les distributeurs. Nous avons également défini un certain nombre de principes, comme la réalisation de contrôles par un organisme extérieur, d’audits réguliers, etc. Après ces travaux préparatoires, la marque Mòso tè la a pu être inaugurée en mai 2023, grâce à des financements du plan Chlordécone IV et de France Relance.

- Oui, et elles sont nombreuses ! Nous souhaitons avant tout être mieux connus de la population, et lui présenter la vraie plus-value des produits Mòso tè la pour la santé. Nous menons pour cela des campagnes de sensibilisation. Nous envisageons également de développer la marque au service d’autres filières, comme l’élevage, l’apiculture et les produits agrotransformés. Il y a encore beaucoup à faire pour permettre à tous de bénéficier d’une production agricole locale bonne pour la santé, garante d’un environnement lui aussi sain et de qualité. Rédaction : Lucie Labbouz

• Concrètement, comment fonctionne la marque du point de vue du consommateur ? - À l’Iguaflhor, nous regroupons 120 producteurs, ce qui représente 10 000 tonnes de récolte par an. La moitié d’entre eux, ainsi que plusieurs distributeurs, adhèrent à la marque. En plus d’imposer des analyses de pollution des sols par la chlordécone, Mòso tè la garantit la qualité sanitaire portant sur les résidus d’autres pesticides. Nous assurons une traçabilité pour que chaque produit puisse être identifié dans les supermarchés. Les consommateurs peuvent alors se diriger vers ces denrées en toute sécurité, contrairement aux achats qu’ils pourraient faire sur le bord des routes par exemple. Des fruits et légumes guadeloupéens mis en avant par un affichage distinctif dans plusieurs enseignes de distribution de l’archipel.


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UN NOUVEAU RAPPORT SUR L’ÉTAT DES RÉCIFS CORALLIENS DANS LA CARAÏBE Le Centre d’Activités Régional pour le protocole SPAW 1 (SPAW-RAC) pilote depuis plus d ’ un an et demi la réalisation d ’ un rapport régional sur « l ’ état et les tendances des récifs coralliens de la C araïbe : 1970 - 2024 », publié le 9 décembre 2025.

Ci-dessus : couverture du rapport. | À Saint-Barthélemy, récif dominé par le corail corne de cerf (Acropora cervicornis), une espèce menacée. © ATE

Le SPAW-RAC est un organisme à vocation régionale qui a pour mission de coordonner et mettre en œuvre des activités en faveur de la biodiversité de la Caraïbe, à la demande des 19 pays signataires dudit protocole. Le SPAW-RAC est notamment coordinateur de la composante régionale du réseau mondial de suivi des récifs coralliens (GCRMN 2), un réseau informel de scientifiques, de gestionnaires et d’experts gouvernementaux impliqués dans le suivi des récifs coralliens de la région Caraïbe. Les rapports régionaux produits par le GCRMNCaraïbe permettent de rendre compte de manière robuste et scientifique de l’état des récifs coralliens dans la région, pour orienter les prises de décision au niveau régional et sur le plan local.

UNE DÉMARCHE PARTENARIALE En 2024, le SPAW-RAC a engagé les démarches pour publier un nouveau rapport intitulé « État et tendances des récifs coralliens de la Caraïbe : 1970 2024 » 3, dix ans après le rapport précédent. Les données de plus de 200 contributeurs ont été collectées et analysées, afin d’aboutir, après un an et demi de travail, à la publication de ce nouvel état des lieux. Ce rapport, dont le contenu a été présenté lors d’un webinaire le 9 décembre dernier, révèle les menaces pesant sur les récifs coralliens de la Caraïbe et examine les tendances des quatre dernières décennies, tant à l’échelle régionale que locale, pour 44 pays ou territoires caribéens.

Le protocole relatif aux zones et à la vie sauvage spécialement protégées de la Grande Région Caraïbe (ou Specially Protected Area and Wildlife) est un des trois protocoles de la convention de Carthagène, pour la protection de la mer des Caraïbes. | 2 Global Coral Reef Monitoring Network. | 3 Wicquart, J., Mathon, L., Petit, A., Rivera-Sosa, A., and McField, M. (eds.), 2025. Status and Trends of Caribbean Coral Reefs: 1970 - 2024. Global Coral Reef Monitoring Network (GCRMN) and International Coral Reef Initiative (ICRI). 1


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Atelier de travail à Puerto Morelos, au Mexique. © SPAW-RAC

DES RÉSULTATS ALARMANTS…

… MAIS QUELQUES PISTES D’ESPOIR Pour contrebalancer ce constat alarmant, le rapport met néanmoins en évidence que le rétablissement des écosystèmes coralliens reste possible lorsque les pressions locales sont contrôlées. Dans toute la région Caraïbe, de nombreuses initiatives locales montrent que des progrès sont réalisables, comme dans la région Méso-Amérique où les aires marines intégralement protégées depuis plusieurs décennies accueillent des populations de poissons coralliens plus importantes.

TÉMOIGNAGE CHRISTOPHER CORBIN, COORDINATEUR DU SECRÉTARIAT DE LA CONVENTION DE CARTHAGÈNE DU PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR L’ENVIRONNEMENT (PNUE) « La convention de Carthagène et le protocole SPAW nous rappellent que le partenariat entre scientifiques et décideurs est le fondement du progrès. Ce rapport illustre cet esprit de collaboration réunissant scientifiques, décideurs politiques, organisations régionales et société civile pour surveiller, comprendre et sauvegarder nos récifs. En harmonisant les approches de suivi et en construisant de solides réseaux d’acteurs, nous avons produit non pas un simple rapport, mais une véritable vision régionale partagée de l’état de santé et de résilience des récifs. »

Rédaction : Lucie Labbouz

Depuis les années 1980, la couverture corallienne a diminué de près de 50 % dans la Caraïbe, en raison de sévères épisodes de blanchissement ou de maladies, telles que la maladie corallienne liée à la perte de tissus (Stony Coral Tissue Loss Disease ou SCTLD). À l’inverse, la couverture en macroalgues a quasiment doublé sur la même période de temps, à cause de la diminution d’espèces herbivores – poissonsperroquets, oursins – et de la dégradation de la qualité de l’eau. Les compositions coralliennes des récifs ont également changé, avec un effondrement des espèces de coraux structurants, rendant les écosystèmes moins complexes.

+ d’info ici : Télécharger le rapport https://www.car-spaw-rac.org/

© SPAW RAC

UN BESOIN D’ACTION URGENT En plus de ce rapport scientifique complet, une « note à l’intention des décideurs » résume les principales recommandations pour enrayer le déclin des récifs coralliens de la Caraïbe, parmi lesquelles : l’importance d’intégrer la protection et la restauration des récifs dans les politiques publiques, le besoin de réduire les pressions locales et globales, la nécessité de promouvoir une meilleure gestion des aires protégées et la mise en place de programmes de restauration. Distribution spatio-temporelle des sites de suivi de la couverture benthique dans la région Caraïbe du GCRMN, de 1970 à 2024.


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GUYANE

LA STATION DE PARACOU, UN AVANT-POSTE SCIENTIFIQUE POUR COMPRENDRE L’AMAZONIE

Depuis 1984, la station scientifique de Paracou, située sur le littoral guyanais, étudie les dynamiques de la forêt tropicale humide. Grâce à des inventaires précis et à sa tour à flux 1, elle aide à mieux saisir les impacts du dérèglement climatique et l ’ avenir de cet écosystème . Sous l’épaisse canopée que les lueurs matinales peinent à percer, la petite équipe de forestiers de Paracou, pieds bottés et machette à la ceinture, emprunte un discret sentier. Elle laisse derrière elle la piste menant aux carbets de cette station scientifique localisée entre Kourou et Sinnamary, pour ce chemin connu par cœur. La trace qui se dessine sous les feuilles mortes fait partie du dédale de layons parcourant les 120 hectares de parcelles d’étude qu’ils sont chargés, comme tous les jours, d’inventorier.

développement (Cirad), ce travail de fourmi a permis de recenser plus de 70 000 arbres – tous ceux dont la circonférence a dépassé 30 centimètres. Avec une diversité à tomber par terre : plus de 700 espèces y ont été identifiées, sur les 1 811 connues en Guyane.

Là, ils jouent instinctivement du mètre, de l’échelle et de la bombe fluorescente pour recenser, marquer et mesurer la croissance des différentes espèces peuplant cette forêt mature, semblable à celle couvrant 97 % du territoire guyanais. Depuis la création de la station, en 1984, à l’initiative du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le

En haut de page : gérée par le Cirad en partenariat avec l’INRAE, la station de Paracou est le centre de recherche en forêt équatoriale le plus ancien de Guyane et un site de référence pour la cartographie de la biomasse forestière mondiale. | Ci-dessus : garde-forestier de la station. | 1 Plateforme de 57 mètres de haut conçue pour mesurer les quantités de CO2 absorbées et émises par les arbres.


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Ou autrement dit comment la forêt « chauffe », « respire » et « transpire » en temps réel. « Ce dispositif expérimental nous aide à mieux comprendre comment les événements extrêmes liés au dérèglement climatique perturbent cet écosystème », poursuit Laëtitia Bréchet, chercheuse en écologie forestière pour l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), en charge de l’imposante infrastructure.

ABSORPTION DU CARBONE

Botanistes et écologues de la station de Paracou. Celle-ci s’étend sur 5 000 hectares de forêt littorale humide à forte biodiversité, abritant plus de 700 espèces d’arbres. © Enzo Dubesset

UN TRÉSOR STATISTIQUE Ce butin scientifique a notamment alimenté de nombreux modèles de dynamique forestière (TROLL, Logginlab…), essentiels pour les chercheurs spécialisés du monde entier. C’est aussi à partir des parcelles de Paracou qu’ont été calibrés les radars embarqués du satellite Biomass, lancé en avril 2025 depuis le Centre spatial guyanais (CSG). Son objectif est de mesurer la biomasse globale des forêts tropicales afin de mieux décrypter l’impact du dérèglement climatique sur ces écosystèmes. « Nous avons des séries de données particulièrement anciennes et un très bon degré d’identification botanique – plus de 80  % des arbres identifiés à l’espèce – dans une des régions de l’Amazonie très riche en termes de diversité floristique. Pour comprendre les dynamiques forestières tropicales, Paracou, c’est le top du top », résume Ariane Mirabel, coordinatrice scientifique de la station. Les données collectées au sol sont complétées par celles captées par l’imposante tour à flux, installée depuis 2003 à quelques centaines de mètres du camp de vie. Du haut de ses 57 mètres, elle perce la canopée et mesure en temps réel les flux d’eau, de carbone et d’énergie entre l’atmosphère et la forêt.

« Le dérèglement climatique se traduit par des phénomènes extrêmes qui perturbent le milieu. Le stress hydrique entraîne des phénomènes de ralentissement de la croissance et de surmortalité sur plusieurs espèces », analyse Ariane Mirabel. « Comme tout milieu qui s’adapte, la forêt connaît un état transitoire avec des conséquences qui peuvent être catastrophiques ». Des phénomènes de dépérissement localisés, liés à l’alternance de fortes pluies et de sécheresses, ont d’ailleurs déjà été remarqués sur près de 12 000 hectares, dans l’ensemble de la Guyane. De la même façon, les données de Paracou montrent que la forêt absorbe moins de carbone pendant les saisons sèches – a fortiori quand elles sont très intenses. Une mauvaise nouvelle au vu des projections météorologiques qui prévoient une augmentation des températures maximales de 2,5 à 4,1 °C d’ici 2100 et une baisse des précipitations de 15 à 25 %. Alors qu’elle séquestre à elle seule l’équivalent de 1,3 gigatonne de carbone aérien et continue d’en absorber chaque année 0,35 tonne par hectare, la forêt guyanaise pourrait donc, à terme, devenir émettrice de carbone, comme c’est déjà le cas d’autres régions amazoniennes (hors zones déforestées). Petite note d’espoir tout de même, la recherche a aussi mis en exergue que les forêts tropicales les plus diversifiées – comme celle de Paracou – résistaient mieux aux phénomènes extrêmes. Une incitation de plus à préserver ces écosystèmes, aussi vitaux que méconnus. En Guyane, plus de 390 « morphoespèces » d’arbres ont été décrites par les scientifiques mais n’ont pas encore été formellement été identifiés et rattachés à une essence déjà connue. Rédaction : Enzo Dubesset

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GREAT OCEAN : PRÉSERVER LA BIODIVERSITÉ MARINE DU PLATEAU DES GUYANES Le Plateau des Guyanes fait face à des enjeux transfrontaliers pour la protection de sa biodiversité marine . P our lutter contre cette menace , l ’ AFD cofinance , avec le groupe Accor , le projet de coopération GREAT O cean ( acronyme de G uianas R egional A ction for a T hriving O cean ) porté par le WWF-F rance et ses partenaires régionaux . En 2024, le WWF, le Comité Régional des Pêches de Guyane et l’Ifremer ont joint leurs forces pour mettre à jour le rapport historique de l’Ifremer sur la pression de pêche INN en Guyane : la pression de la pêche illicite, non déclarée, non réglementée, dite pêche INN, a doublé en 12 ans. Cette activité est une menace pour la pêche artisanale et la sécurité alimentaire des populations locales.

• Le projet GREAT Ocean permet aux Guyanes de s’unir pour améliorer la gestion des pêches ?

INTERVIEW STÉPHANIE GAYMARD, CHEFFE DE PROJET BIODIVERSITÉENVIRONNEMENT OCÉANS ET OUTREMER À LA DIVISION DES PARTENARIATS AVEC LA SOCIÉTÉ CIVILE DE L’AFD • L’un des grands fléaux qui touche le Plateau des Guyanes est celui de la pêche illégale. Vous confirmez ? - Les Guyanes, qui couvrent la Guyane française, le Guyana et le Suriname, sont des hotspots mondiaux de biodiversité marine riches d’une faune exceptionnelle et d’espèces emblématiques, telles que les dauphins, lamentins, tortues luth, raies... En s’appuyant sur des expériences de terrain et des recherches scientifiques, avec le soutien d’organisations de la société civile (OSC), le WWF met en œuvre des stratégies de gestion efficaces pour améliorer la gestion des pêches dans les Guyanes et préserver les espèces marines.

- Le projet de terrain GREAT Ocean a démarré il y a un an. Il est financé par le dispositif Initiatives OSC géré par l’AFD qui permet de renforcer les capacités d’action des associations. Il est porté par le WWF en partenariat avec des OSC dont la Sepanguy et Muntu Gwiyann en Guyane, Green Heritage Fund Suriname et CEDEPESCA au Suriname, ainsi que Guyana Youth and Environment Network au Guyana. Ce projet vise à sauvegarder les espèces emblématiques du Plateau des Guyanes, avec un focus dans l’estuaire du Maroni, fleuve transfrontalier entre la Guyane et le Suriname, grâce à un plaidoyer argumenté de lutte contre la pêche illégale, principale pression sur la faune marine, et grâce à la mobilisation de la société civile locale en faveur des initiatives de conservation de la biodiversité marine et d’un développement durable de l’économie bleue dans la région. D’ici 2027, l’objectif est de réduire la pêche INN d’au moins 50 % dans l’estuaire du Maroni !

• Quelles sont les activités mises en place ? - Plusieurs activités sont déployées autour de trois grands axes. Tout d’abord, GREAT Ocean va permettre d’acquérir des connaissances sur la pêche illégale.


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Le troisième axe de travail concerne l’accompagnement local aux changements de pratiques. Dans l’estuaire du Maroni, des plans de gestion sont prévus avec les pêcheurs locaux et les acteurs du tourisme. Par exemple, la formation d’écoguides locaux visera à soutenir la promotion d’activités économiques durables alternatives bénéficiant directement aux communautés locales.

• Le projet GREAT Ocean est un bel exemple de coopération régionale ?

À travers le projet GREAT Ocean porté par le WWF, l’AFD soutient le développement de la coopération transfrontalière pour lutter contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée, et ainsi contribuer à sauvegarder les espèces emblématiques du Plateau des Guyanes. © Clément Villien / WWF France

Le deuxième axe du projet GREAT Ocean porte sur la sensibilisation et la communication. Le programme donnera lieu au développement d’une stratégie opérationnelle dans l’estuaire du Maroni à travers des ateliers multi-acteurs, des activités nature à destination du grand public, l’animation d’aires marines éducatives pour les écoliers, des formations, etc. Ainsi, il fournira aux citoyens, aux communautés locales et aux acteurs de l’économie bleue les moyens de se mobiliser en faveur de la biodiversité marine. Par ailleurs, le projet prévoit la création d’un réseau régional de jeunes ambassadeurs pour informer, sensibiliser le grand public autour des enjeux de la pêche illégale, mais aussi assurer la représentation régionale et internationale de la conservation de la biodiversité marine auprès des différentes instances. L’idée étant de donner les outils aux communautés locales pour faire entendre leurs voix et de les rendre actrices de la préservation de l’environnement !

GREAT Ocean est un projet phare de coopération régionale entre les pays à l’échelle des bassins d’outremer, mené par la société civile locale, en complémentarité avec les actions des États, pour répondre aux défis de la protection des écosystèmes marins et des communautés qui en dépendent. Il s’inscrit dans les ambitions françaises de mise en œuvre de l’accord de Kunming-Montréal et de coopération régionale entre les territoires ultramarins et les États voisins, qui est l’un des axes principaux de la stratégie Trois océans de l’AFD. Il complète les actions conduites localement avec les États et soutenues par l’AFD dans le cadre de la seconde phase du projet BIODEV2030, qui vise à promouvoir des pratiques de pêche conciliant biodiversité et développement au Guyana et au Suriname entre 2024 et 2026.

GREAT OCEAN EN QUELQUES CHIFFRES • Coût total du projet : 1 693 296 € • Participation de l’AFD : 1 190 000 € (70,27 %) • Durée totale du projet : 3 ans • Bénéficiaires directs : - 15 jeunes ambassadeurs - 12 OSC impliquées - 2 opérateurs touristiques - 400 enfants et jeunes adultes - 80 pêcheurs - 4 organisations et coopératives de pêche

Rédaction et interview : Sandrine Chopot

La création d’un observatoire régional de la pêche INN et la collecte de données en mer – auxquelles les pêcheurs seront invités à contribuer – aideront à mieux comprendre l’ampleur et les mécanismes de la pêche illégale. Des études sur les moteurs économiques de la pêche INN, les moyens de lutte existants ainsi que les cadres réglementaires des pêches en France et à l’international permettront d’élaborer, avec l’ensemble des acteurs, des propositions communes d’action.

- Tout à fait. En plus des activités communes menées sur les trois pays, comme l’organisation d’un séminaire régional au Suriname pour les jeunes ambassadeurs de Guyane, du Suriname et du Guyana par exemple, un partage d’expérience est prévu entre les équipes du projet GREAT Ocean et celles du projet Tamar au Brésil sur la préservation des tortues marines.


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+ d’info ici : www.cirad.fr

AGRICULTURE TROPICALE : INNOVER ET S’ADAPTER FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

Développement de maladies fongiques et bactériologiques , variations météo rologiques … L e changement climatique n ’ épargne pas les cultures de l ’ océan Indien. Focus sur quatre innovations du Cirad, entre sélection génétique, plans de fertilisation , étude de virus bactériophages 1 et séquençage ADN . LA VANILLE EN QUÊTE DE RÉSILIENCE Attaquée par la fusariose, soumise aux aléas du changement climatique, la vanille est au cœur de travaux génétiques et de sélection variétale portés par le Cirad et l’Université de La Réunion. À la suite du tout premier séquençage complet de Vanilla planifolia – 59 000 gènes identifiés – le Cirad est parvenu à obtenir une première variété résistante à la fusariose, le vanillier HANDA doté d’un certificat d’obtention végétale proposé sous contrat aux producteurs. Face à la sécheresse de plus en plus prégnante, l’objectif est aujourd’hui d’identifier les gènes impliqués dans la tolérance aux climats secs, par l’étude des espèces sauvages aphylles, c’est-à-dire sans feuille. En ligne de mire : proposer aux producteurs plus de variétés résistantes, adaptées aux critères gustatifs et sécuriser la filière dans un contexte de changement climatique. 1

Se dit de virus qui détruisent les bactéries.

Ci-dessus : chercheuse en génétique et génomique au Cirad, Carine Charron se consacre à la recherche sur le vanillier (ici une fleur de vanillier), un genre particulièrement vulnérable aux stress environnementaux et physiologiques en raison d’un faible brassage génétique. En 30 ans, la production de gousses de vanille a subi une baisse drastique sous l’influence de champignons et du changement climatique. © C. Charron


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DES IMPACTS SUR LA FERTILITÉ DES SOLS Le changement climatique accroît les risques de dégradation de la fertilité des sols en intensifiant l’érosion, la sécheresse, la perte de matière organique et les déséquilibres biologiques, compromettant durablement la production agricole.

AMENDA, UN OUTIL D’AIDE À LA DÉCISION, POUR UNE FERTILISATION RAISONNÉE DES SOLS DANS LES DÉPARTEMENTS ET RÉGIONS D’OUTRE-MER • L’application Amenda est née en 2025, au sein de Fertidom. De quoi s’agit-il ? - L’unité Recyclage et risques du Cirad travaille sur la fertilité des sols et le raisonnement de la fertilisation : élaborer des diagnostics de fertilité, caractériser l’impact de différents engrais chimiques et organiques, déterminer une base de calcul de la dose optimale d’engrais à apporter. C’est dans ce cadre qu’a été développé Amenda, outil en ligne gratuit d’aide à la fertilisation, destiné aux conseillers agricoles et aux agriculteurs de La Réunion et des Antilles.

INTERVIEW • Comment fonctionne Amenda ?

CÉCILE NOBILE, AGRO-PÉDOLOGUE AU CIRAD ET COORDINATRICE DU PROJET FERTIDOM

- Amenda permet d’établir le diagnostic de fertilité du sol d’une parcelle et de créer un plan de fertilisation. À partir d’une analyse de sol et de la géolocalisation de la parcelle, l’outil réalise un bulletin d’analyse composé de jauges visuelles indiquant les niveaux d’azote, phosphore, potassium, l’acidité et le statut organique du sol ; afin d’identifier des carences éventuelles du sol. Pour une culture donnée, l’utilisateur est ensuite invité à renseigner le rendement visé, le type de coupe et les fertilisants choisis. Amenda estime les volumes d’éléments nutritifs apportés et les compare aux doses optimales nécessaires, tout en proposant des alternatives locales aux engrais chimiques.

Ci-dessus : Antoine Versini est le co-porteur du projet Amenda. Afin de proposer une solution adaptée aux besoins des agriculteurs, les chercheurs du Cirad collaborent avec le RITA, Réseau d’innovation et de transfert agricole, et réalisent des ateliers destinés aux pôles de techniciens de La Réunion pour collecter les retours d’utilisateurs.

+ d’info ici : Découvrir l’application Amenda

Un « Ferti-Score » évalue les conséquences agroenvironnementales du plan de fertilisation, sur la base des apports nutritionnels, des effets produits sur la qualité du sol et sur l’environnement. Nous travaillons également au calcul de l’impact économique du plan de fertilisation.

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FOCUS CLIMAT

FOCUS CLIMAT

UN DIAGNOSTIC RAPIDE DE MALADIES DES PLANTES GRÂCE AUX NOUVEAUX TESTS LAMP Le changement climatique, combiné à l’augmentation des flux commerciaux et de personnes, accroissent le risque de transport d’agents pathogènes et donc d’émergence de maladies sur des territoires auparavant épargnés. Afin de renforcer la surveillance phytosanitaire dans l’océan Indien, la technologie LAMP, pour « Amplification isotherme médiée par les boucles » 2, est aujourd’hui mobilisée dans le cadre de la détection précoce pathogène, par des laboratoires de Madagascar, des Seychelles, des Comores, de l’île Maurice et de La Réunion. Développés par la chercheuse Isabelle Robène du Cirad, particulièrement simples d’utilisation et peu coûteux, les tests LAMP ont ainsi vocation à accélérer la mise en œuvre de mesures de protection et d’éradication, afin de prévenir l’installation de maladies et de réduire les coûts de lutte.

ISABELLE ROBÈNE, CHERCHEUSE EN PATHOLOGIE VÉGÉTALE AU CIRAD « Quatre maladies vasculaires touchent les bananiers au niveau mondial, provoquant des symptômes similaires et difficiles à distinguer sur le terrain. Une de ces maladies, la fusariose du bananier, est présente à Mayotte et aux Comores. C’est là qu’interviennent les tests LAMP basés sur le diagnostic moléculaire, permettant de détecter un fragment d’ADN ou d’ARN du pathogène recherché, de façon à identifier précisément le pathogène présent. Le but : exercer une surveillance dans les territoires pour l’instant préservés et, dans les pays touchés, utiliser les moyens de lutte les plus appropriés pour freiner le développement de la maladie au champ. Concrètement, un prélèvement de la plante infectée est broyé dans un tampon à base de soude, mélangé à un milieu réactionnel contenant les amorces spécifiques de l’agent pathogène, et placé dans la machine LAMP. Celle-ci atteint une température de 65 °C, ce qui permet de révéler la présence du pathogène recherché par une augmentation de fluorescence traduisant l’amplification de son ADN. L’avantage de la technologie LAMP est de pouvoir être utilisée hors laboratoire et de fournir des résultats en moins de 30 minutes. Outil simple et rapide de diagnostic moléculaire, LAMP s’affirme ainsi aujourd’hui comme une technologie clé pour renforcer la surveillance phytosanitaire dans l’océan Indien. »

Des tests LAMP sont actuellement développés pour détecter les pathogènes responsables de la maladie du flétrissement bactérien des solanacées, de maladies du haricot et du manioc. © Cirad | 2 En anglais « Loop-mediated isothermal amplification ».

MÉTHODE DE TEST RECONNUE POUR LA DÉTECTION DE LA COVID, LA LAMP EST UTILISÉE EN SANTÉ VÉGÉTALE, ANIMALE ET HUMAINE


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EPIPHAGES-OI : INNOVER AVEC LA NATURE POUR PRÉSERVER LA SANTÉ DES PLANTES Responsable de la maladie du flétrissement bactérien, la bactérie Ralstonia solanacearum colonise depuis plusieurs années les sols réunionnais et mahorais. Historiquement associée aux climats tropicaux et subtropicaux, elle est désormais détectée dans des zones climatiques plus tempérées, notamment du fait du changement climatique et des échanges commerciaux.

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BASÉ SUR LE BIOCONTRÔLE, EPIPHAGES-OI ÉTUDIE L’USAGE D’ANTAGONISTES NATURELLEMENT PRÉSENTS DANS LES SOLS LOCAUX

Des gouttes en dilution d’une solution de phages sont ajoutées à un tapis bactérien dans une boîte de gélose. Lorsque des trous se forment, cela indique que les phages mangent la bactérie.

ADRIEN RIEUX ET FERNANDO CLAVIJO-COPPENS, SPÉCIALISTES DES MICROBES PATHOGÈNES AU CIRAD

Financé par le dispositif Ecophyto de l’OFB, le projet Epiphages-OI étudie une approche innovante de biocontrôle ciblé reposant sur les bactériophages (ou phages), des virus naturels capables d’infecter spécifiquement certaines bactéries. Il s’agit d’évaluer leur présence dans les champs contaminés, puis de sélectionner les antagonistes les plus adaptés pour le biocontrôle de la bactérie. Lorsque la réglementation le permettra, ces phages pourront être amplifiés afin d’être utilisés en plein champ. Le but du biocontrôle est de préserver la diversité microbienne des sols, essentielle à la croissance et à la bonne santé des plantes. »

Rédaction et interview : Axelle Dorville

« La bactérie Ralstonia solanacearum infiltre les vaisseaux conducteurs des solanacées mais également des bananiers, impactant ainsi l’irrigation interne et donc le transport d’eau et de minéraux. Une fois la plante flétrie, la bactérie relarguée persiste dans les sols jusqu’à s’attaquer à une nouvelle culture.

Créer des gammes d’hôtes, en exposant les bactéries ciblées à différents virus et bactéries, mêmes humaines, permet d’identifier les phages spécifiques aux bactéries ciblées.


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ÎLE DE LA RÉUNION OYOBO : LE PARI VERTUEUX DE L’EMBALLAGE ÉCOLOGIQUE

Emma et Anthony, à l’origine d’Oyobo, entreprise experte en lavage, hygiène et logistique d’emballages réemployables à La Réunion.

Anthony Morel et Emma Galmar ont fondé en plein covid Oyobo (Only on YOur BOx), une entreprise qui réemploie les contenants des restaurateurs . U ne solution vertueuse , tant écologique qu ’ ambitieuse économiquement . U n projet en pleine croissance qui devrait être rentable en 2026, porté par la loi antigaspillage AGEC, votée en 2020. Géographe de formation avec un parcours professionnel dans la restauration à Aix-en-Provence, Anthony Morel s’est rendu compte du gaspillage d’emballages quotidien dont il était complice. « Je me suis rendu compte de la quantité de plastiques que l’on jetait tous les jours. J’ai tout de suite compris que ce projet de contenants réutilisables allait me suivre un bon bout de temps », explique le cofondateur d’Oyobo. Ce couple ne vient pas de nulle part et a une sensibilité écologique assez ancrée. « Emma, ma compagne, a été élevée par un père ornithologue amateur et travaillait dans la communication en développement durable. Moi, je suis né au milieu des vignobles dans le Rhône. »

LA LOI AGEC, UNE PETITE MUSIQUE QUI S’INSTALLE Le 10 février 2020, la loi AGEC (antigaspillage économie circulaire) a été votée, un coup de pouce législatif pour Anthony Morel et sa compagne. Malheureusement, encore aujourd’hui, la loi n’est pas à 100 % respectée, surtout à La Réunion où la culture snack est omniprésente, accompagnée de sa barquette à usage unique. « La loi AGEC est toujours mal appliquée, mais c’est une petite musique qui s’installe chez les industriels et restaurateurs, de plus en plus conscients de l’enjeu écologique autour de l’emballage réemployable. »

En 2021, en plein covid et de retour au pays pour Emma Galmar, Réunionnaise, le couple décide de créer sur l’île le projet Oyobo. « On a alors commencé une étude environnementale financée par l’Ademe [Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie] sur le réemploi, qui a prouvé la valeur ajoutée écologique d’utiliser des emballages réutilisables à La Réunion », ajoute Anthony Morel.

CRÉATION DE L’ENTREPRISE OYOBO Après une première rencontre avec les restaurateurs locaux, l’entreprise basée à Saint-Paul a reçu un prêt d’honneur de la BPI et du Crédit Agricole. Début 2023, l’expérience s’est concrétisée au Crous de La Réunion grâce à la cantine collective de l’université. « C’est à ce moment-là que l’on a senti la limite de la consigne car, à l’époque, les étudiants devaient avancer l’argent de l’emballage. On a donc développé une traçabilité numérique consistant à faire payer seulement si l’emballage n’est pas ramené », poursuit-il. Un nouveau contrat a été signé par la suite avec Newrest, qui gère la restauration de l’aéroport Roland Garros à Sainte-Marie, et toute la chaîne de production a été créée. « On a voulu être indépendants au maximum afin de ne pas être contraints par les partenaires extérieurs ou les importations », précise le cofondateur d’Oyobo.


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Ci-dessus : sur le campus du Moufia à Saint-Denis, les étudiants du Crous de La Réunion utilisent au quotidien les barquettes réutilisables Oyobo. | Emprunt digitalisé à l’aéroport de La Réunion : le passage en caisse est simplifié grâce au scan du contenant non jetable. © Oyobo

DES PERSPECTIVES DE DÉVELOPPEMENT PROMETTEUSES Oyobo commence aujourd’hui à avoir les reins solides et l’entreprise de quatre personnes se projette vers une croissance ambitieuse. « On espère d’ailleurs devenir rentable dès cette année 2026, et embaucher quelques personnes supplémentaires. On souhaite également augmenter notre volume de production, car ce sera grâce aux économies d’échelle réalisées que nous pourrons générer des bénéfices », nous confie Anthony Morel. Un projet Grand RAID pour 2025-2028 a d’ailleurs été planifié pour répondre davantage à leur cible : la restauration collective et l’industrie agroalimentaire. RAID pour Rentabilité, Ancrage, Industrialisation et Différenciation, des initiales bien trouvées, liées à la mythique course de trail réunionnaise. Pour cette année, 500 000 emballages réutilisés sont espérés par Oyobo, qui en a produit 120 000 en 2025. Anthony Morel et Emma Galmar ont désormais créé un modèle vertueux et sont en train de gagner la confiance des acteurs économiques locaux. « 2025 a été un tournant grâce à notre outil de traçabilité. On peut désormais démontrer que l’on a évité six tonnes de déchets plastiques depuis le début du projet. » Rédaction : Pierre-Yves Fouché Cette jeune entreprise réunionnaise se fait connaître par une communication dynamique, notamment sur les réseaux sociaux. © Oyobo


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QUAND LES ABEILLES PRENNENT LEURS QUARTIERS EN VILLE Les initiatives ne manquent pas à La Réunion pour restaurer et préserver la biodiversité. Développement de l’apiculture, valorisation des savoir-faire locaux et biodiversité urbaine sont les mots d’ordre du pôle Environnement et Biodiversité dionysien, qui a décidé de miser sur A pis mellifera unicolor , sous - espèce d ’ abeille indigène des M ascareignes . « Après la période covid, les Réunionnais ont aspiré à un véritable retour à la nature », note Émilie Catherine, directrice à la Ville de Saint-Denis des Espaces publics, de l’Environnement et du Cadre de vie, « et la production de miel en ville a permis de répondre à ce besoin ».

DES RUCHERS MULTI-FONCTIONS Depuis 2016, le rucher urbain de l’atelier chantier d’insertion « Miel en l’air » accueille à Saint-Denis la formation de futurs apiculteurs. Inaugurées en 2022 sur une ancienne friche urbaine, les ruches du quartier du Butor s’inscrivent quant à elles dans le Projet de renouvellement urbain du nord-est littoral (PRUNEL) et permettent, en plus de la production de miel, de sensibiliser sur le rôle de l’abeille et la préservation de la biodiversité. En 2025, deux ruches à visée scientifique ont par ailleurs été mises en place à la pépinière municipale en partenariat avec le CYROI 1, acteur clé de la recherche et de l’innovation à La Réunion.

VALORISATION DE LA PRODUCTION APICOLE DYONISIENNE La Ville de Saint-Denis accompagne les producteurs de miel à travers la mise à disposition de stands sur les marchés artisanaux et nocturnes, afin d’y mettre à l’honneur le miel local et ses produits dérivés : bougies, feuilles de cire pour conserver les aliments…

SOUTENIR LA BIODIVERSITÉ URBAINE L’installation de ruches va de pair avec des ressources mellifères suffisantes, d’où l’émergence de projets de végétalisation et de création d’îlots de fraîcheur : installation de refuges LPO 2 à l’aéroport et au jardinsentinelle avec la SEOR 3, création d’une microforêt urbaine avec le collectif « 5 000 Pié d’Bwa », renaturation des grands axes routiers, contrats de culture avec des pépinières pour planter des arbres fruitiers, protection des pollinisateurs que sont les abeilles, chauves-souris et libellules, aménagement des parcs, débitumisation des écoles… L’obtention du label APIcité de l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF) en septembre 2025 couronne ces initiatives en faveur d’une ville durable et respectueuse du vivant.

Ci-dessus : « Miel en l’air » primé lors du dernier Salon de l’Agriculture 2025 à Paris. | Ruche au Butor. © PRUNEL I 1 Groupement d’intérêt public Cyclotron Réunion Océan Indien. | 2 Ligue pour la protection des oiseaux. | 3 Société d’études ornithologiques de la Réunion.


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Dominick Cerveaux, figure de l’apiculture locale et président de l’ADA Réunion, défend la promotion du miel péi lors de nombreux événements. « Sans les insectes pollinisateurs, il n’y aurait pas de vie sur Terre », aime-t-il à rappeler. © Ville de Saint-Denis | Cadre de ruche. © CYROI

TÉMOIGNAGES

« Depuis ma première ruche en 2000, j’ai parcouru un long chemin dans le monde de l’apiculture. J’ai fait mon apprentissage au fur et à mesure, malgré les piqûres... C’est très technique et requiert des années d’expérience. Mon rapport avec les abeilles repose sur l’amour. En fait, ce sont comme mes enfants, j’ai besoin tous les jours du vrombissement des abeilles, de voir si elles vont bien !

« Mon unité de recherche étudie l’impact de la biodiversité sur la composition des miels. Le projet Mielomic, débuté en 2020, a mis en évidence les propriétés biologiques de 417 miels réunionnais ! Le miel est un aliment fonctionnel pour l’abeille, qui a besoin d’y trouver des enzymes, vitamines, sucres complexes, etc. L’abeille doit butiner des essences qui renforcent son système immunutaire, sinon elle devient la proie de virus ou bactéries, puis disparaît. Depuis 2023, avec le projet Prop’O Miel 5, nous cherchons à déterminer les molécules qui dans les miels – en forêt, milieu urbain... – permettent d’obtenir ces propriétés. La biodiversité en ville suffit aux abeilles, dès lors que des espèces pollinifères et nectarifères sont présentes. Dans les jardins partagés du Chaudron par exemple, les abeilles pollinisent l’espace et apportent de la diversité végétale, contribuent à assainir l’air, à apaiser les points chauds. Nous menons des recherches inédites pour connaître les préférences alimentaires des abeilles et ainsi guider les décideurs sur le choix de la flore à privilégier. »

Association pour le développement de l’apiculture. | 5 Projet financé par l’Union européeenne dans le cadre du programme INTERREG VI océan Indien, dont l’autorité de gestion est la Région Réunion. 4

Rédaction : Delphine Ciolek

Aujourd’hui, je possède un parc de 200 ruches réparties sur des zones forestières, industrielles et urbaines. Par exemple, à Saint-Denis, dans les quartiers de SaintFrançois et La Montagne, mes ruchers produisent du miel de baies roses, de letchis et de fleurs. Je transmets mon savoir en tant qu’encadrant technique d’insertion et sensibilise la population. Ainsi, au rucher de PRUNEL situé au Butor, j’entretiens des ruches et anime des ateliers pour les scolaires. Depuis 2022, l’engouement ne faiblit pas. Quand je suis sur place, les habitants et retraités viennent régulièrement se renseigner. »

JIMMY CHANE MING, DIRECTEUR DE RECHERCHE À LA CYROI (CYCLOTRON RÉUNION OCÉAN INDIEN)

© Portrait : CYROI

© Portrait : Anne Guillot

DOMINICK CERVEAUX, APICULTEUR À SAINT-DENIS ET PRÉSIDENT DE L’ADA 4 RÉUNION


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LA DÉMARCHE RSE, UN ENGAGEMENT FORT DU GRAND PORT MARITIME DE LA RÉUNION Dans le cadre de son initiative innovante de Plan d’Aménagement et de Développement Durable (PA2D), le Grand Port Maritime de La Réunion (GPMDLR) contribue aux enjeux du développement durable . Z oom sur quelques actions RSE – R esponsabilité sociétale des entreprises – mises en œuvre récemment par le GPMDLR . LE GPMDLR MOBILISÉ LORS DE L’ESCALE DE LA GLOBE 40 Du 2 au 22 novembre dernier, un événement sportif majeur et de portée internationale attirait passionnés de la mer, familles et curieux à la Darse Titan, au Port Ouest : l’escale de la deuxième édition de la « Globe 40 », course autour du monde de voiliers Class40, en double et six étapes. Partie de Cadix en Espagne le 14 septembre 2025, elle s’achèvera à Lorient en avril 2026, à l’issue d’un parcours théorique d’environ 30 000 milles, soit 55 560 kilomètres ! Le GPMDLR s’est mobilisé au cœur du village organisé par son partenaire le Territoire de l’Ouest et sa régie de plaisance. Au-delà de leur appui logistique, les équipes du GPMDLR ont été présentes notamment via la tenue d’un stand pédagogique animé par les agents bénévoles du PA2D-RSE, qui a permis de

sensibiliser le public scolaire au patrimoine maritime et de présenter deux expositions inédites : l’une sur l’histoire du Port, l’autre sur les zones profondes, fruit des travaux du Dr Ludovic Hoarau, qui a réalisé sa thèse au Grand Port Maritime. De plus, la mise à sec par le GPMDLR de trois voiliers de la course a mis en lumière l’offre locale de réparation navale. Par ailleurs, Priscille Labarrère, responsable du service Environnement et Aménagement, est intervenue sur la transition écologique lors du Séminaire de l’Économie bleue, et a communiqué sur le label « La Mer en commun » du Schéma Directeur du Patrimoine Naturel (SDPN) du port. Karine Li-Hong-Wan, responsable du Service Littoral et Maritime, a quant à elle présenté au CaféCo le dock flottant Titan, nouvel outil stratégique du Grand Port de 120 mètres de long et 32 mètres de large, arrivé le 9 novembre et visant à relancer la filière de la réparation navale à La Réunion.

Le dock flottant Titan permet de réaliser les arrêts techniques des navires jusqu’à 4 600 tonnes. | Visite de l’exposition de Ludovic Hoarau dédiée à la biodiversité marine profonde autour du port. | Séminaire de l’Économie Bleue, organisé par le Cluster maritime de La Réunion. © CMR et GPMDLR


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L’opération de solidarité « Un don, un sourire » a rencontré un franc succès cette année encore. © GPMDLR

Participants de la course de huit kilomètres « La Ryel des Docks », organisée le 6 décembre 2025 par le Grand Port Maritime. © GPMDLR

« LA RYEL DES DOCKS », UNE COURSE COLLECTIVE AU PROFIT DU TÉLÉTHON

L’opération « Un don, un sourire » est proposée en partenariat avec le Centre communal d’action sociale (CCAS) de la Ville du Port. Cette action solidaire a permis de collecter au total près de 90 jouets destinés aux enfants des familles défavorisées de la ville du Port.

Le Grand Port Maritime de La Réunion a organisé le 6 décembre au profit du Téléthon une course de huit kilomètres dans le périmètre du port, à laquelle ont participé les salariés du GPMDLR et leurs familles. Plusieurs opérateurs portuaires, la SAMR, la COR, SOMACOM, ENDEL Réunion et le Pilotage Maritime, ont rejoint les équipes du GPMDLR. La ligne d’arrivée de « La Ryel des Docks » a eu lieu au Foyer du personnel, où un bon « risofé » attendait les coureurs et marcheurs, ainsi que leurs proches. Plus de 9 500 euros de dons ont été collectés, dont la contribution des employeurs, au service d’une belle cause !

Cette action a été une nouvelle fois rendue possible grâce l’élan de générosité des agents du Grand Port Maritime, qui ont offert des jouets, jeux, livres en bon état ou neufs, pour le plus grand bonheur des enfants.

Distribution de cadeaux aux enfants lors de l’action « Un don, un sourire » le 10 décembre au Foyer du personnel. © GPMDLR

CRÉATION DU MAGAZINE ESCALE À PORT RÉUNION ! Ce nouveau rendez-vous trimestriel présente l’actualité et les projets stratégiques de la communauté portuaire, tout en mettant en lumière les entreprises et les talents qui font rayonner le territoire réunionnais.

Le sapin de Noël du PA2D-RSE a été conçu avec près de 300 bouteilles plastiques recyclées. Les équipes du GPMDLR vous présentent leurs meilleurs vœux !

Rédaction : Stéphanie Castre

« UN DON, UN SOURIRE » POUR LE BONHEUR DES ENFANTS

Une distribution de cadeaux s’est tenue le 10 décembre au Foyer du personnel du GPMDLR, avec son Père Noël, dans une ambiance chaleureuse et festive. Plus de 60 marmailles et leurs familles ont alors partagé un moment de joie et de convivialité en recevant des cadeaux des mains du Père Noël.

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MAYOTTE UN AN APRÈS CHIDO, LA LENTE RECONSTRUCTION

La piscine de l’hôtel Caribou avant le passage du cyclone Chido. © DR

Le 14 décembre 2024, le territoire déjà très vulnérable de Mayotte était frappé de plein fouet par le cyclone C hido . L e travail de reconstruction avance lentement et le paiement des indemnisations par les compagnies d’assurances patine. Explications avec Bruno G arcia , dirigeant de l ’ hôtel C aribou à M amoudzou , installé depuis 24 ans sur l ’ île . • Où en êtes-vous de la reconstruction de votre établissement ? - J’ai fait appel à un groupement d’artisans de l’île de La Réunion, spécialisé dans les structures métalliques aux normes cycloniques. Depuis mars 2025, l’hôtel est à 70 % reconstruit, la piscine est refaite dans son intégralité. Les chambres en revanche ne sont toujours pas rénovées.

• De lourdes conséquences économiques pour votre hôtel ?

INTERVIEW BRUNO GARCIA, DIRECTEUR DE L’HÔTEL CARIBOU À MAMOUDZOU • L’hôtel Caribou a été ravagé par le cyclone Chido. Quelle a été l’étendue de ces dégâts ? - L’hôtel Caribou est situé en plein centre-ville de Mamoudzou côté mer. L’établissement a été détruit à 80 % de sa capacité en façade et les toitures ont été fortement impactées. Sur 40 chambres, huit sont intactes. Les deux restaurants ont été totalement détruits, ainsi que la piscine. J’ai vu des cumulus de 500 litres partir et brûler, des morceaux de béton se déplaçaient ! En deux heures, ce sont des années de travail et d’investissement qui ont été détruites.

- Tout à fait. Le montant des travaux est estimé à 2,7 millions d’euros. Une partie du personnel se trouve aujourd’hui en chômage partiel. Certains salariés ont été positionnés sur des postes plus techniques pour répondre aux besoins de reconstruction. L’objectif étant de ne licencier personne.

• Quel constat faites-vous aujourd’hui ? - Un an après Chido, le travail de reconstruction avance très lentement. Les routes restent encore souvent impraticables. On estime que près de 85 % des habitations et commerces ne sont toujours pas reconstruits. Par exemple, la toiture du Centre hospitalier de Mayotte (CHM) à Mamoudzou n’a été que partiellement réparée. Les entreprises locales rencontrent des difficultés pour s’approvisionner en matériel et matériaux.


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L’hôtel Caribou, proposant 40 chambres dans le centre-ville de Mamoudzou, au lendemain de la catastrophe naturelle. © Bruno Garcia

Dans les quartiers informels qui ont été rasés, les habitants ont reconstruit à la va-vite, presque à l’identique, avec des matériaux de fortune. C’est comme l’histoire des trois petits cochons, il suffit de souffler sur les habitations pour qu’elles retombent ! S’il venait à y avoir un cyclone, il raserait Mayotte. Aujourd’hui, nous craignons l’arrivée de la saison des pluies. Quant à la Nature, elle a repris ses droits à une vitesse grand V. Les makis ont trouvé refuge dans les villes et viennent se nourrir dans les poubelles. On voit réapparaître certains oiseaux qui avaient disparu du paysage, comme les chauves-souris.

• Comment considérez-vous le soutien de l’État ? - Le préfet de Mayotte a pris à bras-le-corps la situation. Le Gouvernement a débloqué une enveloppe de quatre milliards d’euros sur cinq ans pour Mayotte, qui concerne l’éducation, la santé, les routes, etc. De plus, les pouvoirs publics ont mis en place des mécanismes de soutien transitoire : avance remboursable, « Reconstruction Mayotte », fonds de solidarité agricole, aides de l’Anah... Les cotisations sociales ont été repoussées, et la taxe foncière supprimée. Les lieux publics ont été sécurisés pour éviter les pillages. Le chômage partiel a été instauré. L’État a également accompagné les entreprises dans le montage de leurs dossiers pour le reclassement du personnel, la mise en œuvre de formations, ceci en attendant la réouverture des établissements.

« LES ASSURANCES SONT LES GRANDES ABSENTES DE LA RECONSTRUCTION À MAYOTTE » • Et les assurances jouent-elles leur rôle ? - Les assurances sont les grandes absentes de la reconstruction à Mayotte. La plupart des sinistrés n’ont toujours pas vu leurs dossiers traités et cela met de nombreuses entreprises locales en grande difficulté, ce qui est mon cas. La société d’assurances Allianz, qui a pignon sur rue à Mayotte, gagne du temps en arguant du fait que les décisions d’indemnisation sont prises par le siège social en métropole. Le manque d’indemnisation menace la reprise économique du territoire. Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises ont dû financer des travaux en urgence, ce qui est le cas pour l’hôtel Caribou. J’ai contracté un prêt bancaire à taux zéro d’un montant de 1,8 million d’euros ! Les compagnies d’assurances doivent assumer leurs responsabilités et se mobiliser pour la reconstruction de Mayotte. Il en va de la survie de notre territoire ! Rédaction et interview : Sandrine Chopot

INTERMÉDIATION AVEC LES ASSUREURS À la suite d’une réunion initiée en septembre par le préfet de Mayotte, 93 dossiers de difficulté d’indemnisation pour 71 entreprises ont été enregistrés.


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LA CAGNM RÉCOMPENSÉE POUR SON ENGAGEMENT ENVIRONNEMENTAL La Communauté d’agglomération du Grand Nord de Mayotte (CAGNM) a été distinguée lors des Trophées mahorais de l’environnement, organisés par la Somapresse, dans la catégorie Collectivités. Cette reconnaissance met en lumière l’engagement de la collectivité pour la préservation de l’environnement et la transition écologique sur le territoire du Grand Nord. L’ÉCOLOGIE AU CŒUR DU TERRITOIRE À Mayotte, où les enjeux environnementaux sont particulièrement prégnants notamment en matière de gestion des déchets, de protection des milieux naturels, de préservation des écosystèmes terrestres et marins, l’action des collectivités locales joue un rôle essentiel. À travers ce trophée, c’est la dynamique initiée par la CAGNM qui a été saluée, ainsi que sa capacité à fédérer les élus, agents, associations et habitants autour d’objectifs communs. Depuis plus de deux ans, la CAGNM développe des actions visant à renforcer la résilience du terri-

toire, en soutenant les initiatives locales, en intégrant les enjeux environnementaux dans ses politiques publiques et en sensibilisant la population aux bonnes pratiques. Ces démarches s’inscrivent dans une vision globale, où développement du territoire et protection de l’environnement avancent de concert. Au-delà de la distinction, ce trophée constitue un signal fort : celui de l’importance de l’action publique locale pour préserver les richesses naturelles du Grand Nord et préparer le territoire aux défis environnementaux de demain. Une reconnaissance qui encourage la CAGNM à poursuivre et amplifier son engagement au service d’un environnement durable et préservé.

Fayda Youssouf, directrice du cycle de l’eau à la CAGNM, lors de la 7e édition des Trophées mahorais de l’environnement, qui a récompensé les actions menées par la communauté d’agglomération. | Stand de sensibilisation à l’aménagement et au développement durable. © CAGNM


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LA CAGNM LANCE L’EXPÉRIMENTATION « POISSON GLOUTON » SUR LES PLAGES DU GRAND NORD Dans la continuité de ses actions en faveur de la préservation de l’environnement, la CAGNM déploie le dispositif expérimental « Poisson glouton ». Ce projet consiste à mettre à disposition un conteneur de grande capacité, en forme de poisson, dans lequel les usagers peuvent déposer leurs canettes et bouteilles en plastique usagées. L’expérimentation est actuellement en place sur la plage d’Acoua et sera prochainement étendue à l’ensemble des plages du Grand Nord de Mayotte. En complément des opérations de nettoyage des plages menées par la CAGNM, cette initiative vise à sensibiliser la jeunesse aux enjeux environnementaux, en particulier à la protection de la richesse floristique et faunique du territoire, mais aussi à encourager l’adoption de comportements écoresponsables auprès de tous les usagers.

Rédaction : Naïza Soihiboudine / CAGNM

Le projet « Poisson glouton », déployé sur la plage d’Acoua, s’étendra bientôt aux autres plages du Grand Nord de Mayotte. Cette structure pédagogique permet de collecter les déchets plastiques tout en sensibilisant le public à la protection du littoral. © CAGNM


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Timbre : © Sylvie Patte et Tanguy Besset

TAAF

L’ENVIRONNEMENT À L’HONNEUR DANS LE PROGRAMME PHILATÉLIQUE DES TAAF 2026 Depuis sa création il y a 70 ans , l ’ administration des T erres australes et antarctiques françaises (TAAF) émet ses propres timbres - poste . L a richesse unique de ses territoires est ainsi célébrée à travers plusieurs thématiques , dont la biodiversité . C haque 1 er janvier , ce sont 12 à 15 timbres conçus par des artistes ou graveurs , qui voient le jour . « LA PHILATÉLIE PERMET DE DÉCOUVRIR LES TAAF D’UNE AUTRE FAÇON »

TÉMOIGNAGE ARMELLE PICCOZ, DIRECTRICE DE CABINET DE L’ADMINISTRATION DES TERRES AUTRALES ET ANTARCTIQUES FRANÇAISES (TAAF) « La philatélie fait partie du patrimoine immatériel des TAAF et revêt une dimension très transversale. En effet, d’une collection à l’autre, nous essayons de balayer tous les sujets qui illustrent les territoires : histoire, culture, environnement, etc. Cela permet de découvrir les TAAF d’une autre façon.

En novembre, nous avons commencé à préparer la collection 2027. À cette période de l’année, nous recevons entre 70 et 90 propositions de thèmes, de la part des associations philatéliques, d’agents de terrain, d’anciens hivernants des TAAF, etc. Nous récupérons ainsi des idées de nouveaux timbres, et veillons à respecter une répartition thématique et géographique équilibrée. Nos produits philatéliques sont émis en moyenne à 16 000 exemplaires. La philatélie est l’une des voies d’entrée que nous utilisons pour la médiation scolaire. Les élèves dessinent des timbres et c’est une manière très intéressante de sensibiliser les jeunes à l’importance de protéger la biodiversité. Par exemple, courant 2026, un timbre sera créé par des étudiants de La Réunion en deuxième année du Diplôme national des métiers d’art et du design (DN MADE) mention graphisme, pour célébrer les 20 ans de la Réserve naturelle des Terres australes françaises. Enfin, quand on envoie aux jeunes du courrier depuis les TAAF, cela permet de leur faire découvrir – et apprécier – une activité qu’ils ne connaissent plus ! »


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L’ÎLE EUROPA : SANCTUAIRE DES QUATRE ÉLÉMENTS Dans le sud du canal du Mozambique, Europa compte 28 km2 de surface terrestre et 47 km2 de récifs. Au sein des îles Éparses, elle illustre le stade avancé de l’évolution d’une île volcanique. Sa faune et sa flore uniques représentent des trésors d’adaptation. Du fait de son isolement, l’île Europa constitue en effet un sanctuaire, notamment pour les oiseaux marins – fous à pieds rouges, frégates du Pacifique... – et les tortues. À l’échelle de l’océan Indien, la petite île tropicale est le premier site de ponte de tortues vertes avec, chaque année, de 2 000 à 11 000 femelles venant pondre sur ses plages.

L’OTARIE AUX TROIS ÂGES DE LA VIE « Dans la continuité du triptyque émis en 2023 sur l’éléphant de mer aux trois âges de la vie, les TAAF poursuivent la série en mettant en lumière les trois âges de l’otarie », indique l’administration des Terres australes et antarctiques françaises basée à SaintPierre, sur l’île de La Réunion.

L’otarie d’Amsterdam vit en mer toute l’année, hormis pour la reproduction, la mise bas et l’allaitement. À la fin du mois de novembre, les mâles sont les premiers à rejoindre les sites de reproduction, les plus âgés d’entre eux établissant avec force le territoire où ils accueilleront les femelles de leur harem. De grandes et denses colonies se forment alors sur les rivages rocheux de l’île. Les femelles regagnent les colonies un jour ou deux avant de mettre bas, entre fin novembre et début janvier. Elles sont prêtes à s’accoupler à peine 10 jours après la naissance des nouveaux-nés, qu’elles allaitent environ 11 mois, en alternant séjours à terre et voyages en mer pour se nourrir et reconstituer leurs réserves énergétiques. Les mâles ont une espérance de vie moyenne de 12 ans alors que les femelles vivent environ 20 ans.

© Pierre Albuisson

Seul mammifère marin se reproduisant sur l’île Amsterdam, l’otarie à fourrure subantarctique, ou otarie d’Amsterdam (Arctocephalus tropicalis) a sans doute frôlé l’extinction au XIXe siècle en raison de la chasse intensive dont elle a été la victime. Aujourd’hui, les scientifiques observent chez cette espèce protégée une hausse constante des populations, estimée à environ 40 000 individus à Saint-Paul et Amsterdam.

© Lucie Soussan

Entre terre et mer, sa mangrove a la particularité de s’enraciner dans une boue d’origine corallienne. Cet écosystème s’enroule autour d’un lagon intérieur, dont les eaux calmes et riches en nutriments servent, elles aussi, d’abri à de nombreuses espèces marines.


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L’AVENTURE II

LA FORSTÉRITE

À Kerguelen, le chaland L’Aventure II est un chaînon essentiel pour les opérations logistiques, puisqu’il sert de support au chargement et déchargement du Marion Dufresne. De plus, ce bateau rénové en 2020 est le moyen de transport des missions scientifiques et environnementales conduites dans le golfe du Morbihan, parsemé d’une myriade d’îles et îlots.

Observable à Crozet et Kerguelen, la forstérite a été nommée en l’honneur du minéralogiste et collectionneur anglais Adolarius Jacob Forster (1739-1806). Il s’agit du constituant fondamental de la péridotite, principale roche du manteau terrestre. Dans les basaltes, la forstérite est le premier minéral à cristalliser lors du refroidissement des laves.

LE RAID AWACA

son bilan de masse, ce qui est par exemple indispensable pour déterminer l’évolution future du niveau des océans », cite l’équipe. Organisé par l’Institut polaire français Paul-Émile Victor (IPEV), le raid scientifique du projet a permis de déployer des instruments de mesure innovants durant la campagne d’été 20242025, le long d’un transect de 1 100 kilomètres entre la base Dumont-d’Urville, sur la côte, et Concordia, au cœur du plateau. Pendant trois ans, ces systèmes d’observation spécialement conçus pour AWACA vont assurer un suivi de la colonne atmosphérique, de la composition de la neige en surface, etc.

© Captain Atlas

© Christophe Laborde-Balen

© Bernard Alunni et Marie-Christine Lemayeur

OUTRE-MER grandeur Nature

Copiloté par le CNRS, le CEA, l’EPFL et l’École polytechnique, le projet AWACA (Atmospheric WAter Cycle over Antarctica : past, present & future) s’intéresse à la branche atmosphérique du cycle de l’eau en Antarctique. L’objectif est de mieux comprendre les processus météorologiques régissant cette région du globe, afin de prédire la variabilité du climat lors des 100 prochaines années. « Ce travail permettra, entre autres, de simuler correctement l’accumulation de neige sur la calotte glaciaire de l’Antarctique, donc


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© Sarah Lazarevic

LES FONDS MARINS DE TERRE ADÉLIE – PROFONDEUR 1 250 MÈTRES Cette création signée par Sarah Lazarevic s’inscrit dans une série de quatre blocs de timbres émis depuis 2023 par l’administration des TAAF. Chacun d’entre eux représente un paysage sousmarin antarctique remarquable, observé à une profondeur croissante : 100-150 mètres (en 2023), 200 mètres (en 2024) et 800 mètres (en 2025). Pour faire découvrir au grand public et aux philatélistes un aperçu des écosystèmes uniques et fragiles de l’océan Austral, chaque timbre met en lumière un ou deux organismes marins typiques du plancher océanique bordant la terre Adélie. La série s’achève ainsi par un bloc de deux timbres illustrant un fond marin situé à 1 250 mètres sous la surface de l’eau. « À ces profondeurs les fonds sont plus désertiques, vaseux et parsemés de blocs de roches sur lesquels s’implantent des organismes peu abondants et peuvent être entaillés de profonds canyons », décrit l’administration des TAAF.

LA PHILATÉLIE VALORISE LES MERVEILLES DE LA NATURE AINSI QUE LA RECHERCHE, DANS CES TERRITOIRES AU CŒUR DES ENJEUX DE LA PLANÈTE Une invitation à entrevoir la diversité du vivant dans ces immensités encore très largement inexplorées. « Les deux timbres mettent l’accent sur une espèce de poisson-grenadier abondante à ces profondeurs, Macrourus whitsoni, et sur une pennatule, Umbellula sp., genre d’animal de l’embranchement des cnidaires qui vit fixé dans la vase et se nourrit en filtrant les particules en suspension dans l’eau de mer. » Rédaction : Stéphanie Castre

LA PHILATÉLIE DANS LES TAAF À ce jour, plus de 1 000 timbres et huit carnets de voyages ont été émis, illustrant les îles Australes, les îles Éparses et la terre Adélie. + d’info ici : Postes et philatélie


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L’IFRECOR PUBLIE UN GUIDE SUR L’APPORT DES MÉTHODES INNOVANTES DE SUIVI CORALLIEN Dans son cinquième programme d’action 2022-2026, l’IFRECOR a priorisé l’amélioration de la collecte des données et la production de diagnostics sur l’état des récifs. La publication, en novembre dernier , du guide A pports des méthodes innovantes pour l ’ évaluation de l ’ état des récifs coralliens ( état des lieux 2025 ) reflète ces priorités . DIFFÉRENTES MÉTHODES DE SUIVI

L’Initiative française pour les récifs coralliens (IFRECOR) publie tous les cinq ans un état de santé des récifs coralliens des outre-mer, qui oriente les politiques publiques pour une meilleure protection des récifs et écosystèmes associés. Le dernier rapport, de 2020, a compilé les résultats de plus de 200 stations de suivi dans l’ensemble des territoires ultramarins. Pour disposer des données de qualité harmonisées nécessaires à la production de ce rapport, l’IFRECOR accompagne les acteurs régionaux dans leurs réflexions pour optimiser les suivis, historiquement réalisés par des plongeurs qui notent directement sous l’eau, sur une tablette, les informations observées ou mesurées.

Ces dernières années, l’IFRECOR a observé l’utilisation de méthodes innovantes pour les suivis des récifs coralliens, telles que la photogrammétrie, l’acoustique passive, l’ADN environnemental, l’usage de drones, de satellites, etc. Mais, produits pour les gestionnaires, les rendus ne sont pas toujours à la hauteur des attentes placées dans ces nouvelles techniques. En collaboration avec l’administration des Terres australes antarctiques françaises (TAAF), l’IFRECOR a ainsi souhaité publier un guide des méthodes innovantes existant à ce jour, pour permettre aux gestionnaires de trouver celle(s) pouvant répondre au mieux à leurs besoins.

© IFRECOR

DES SUIVIS INDISPENSABLES

Synthèse extraite de ce guide conçu pour les gestionnaires souhaitant s’informer des approches innovantes en matière de suivi des récifs coralliens. Cet outil propose de nouvelles méthodes pour évaluer et surveiller ces écosystèmes fragiles. Cliquer sur l’image pour zoomer.


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© ReefPulse Parmi les méthodes innovantes pour évaluer l’état des récifs coralliens, on peut citer l’acoustique passive, qui permet aux scientifiques de mesurer l’activité sonore des communautés coralliennes.

INTERVIEW CROISÉE

• Comment s’est déroulée la rédaction du guide ? Clément Lelabousse - Les TAAF se sont portées volontaires pour copiloter la conception du document avec le réseau de surveillance des récifs coralliens de l’IFRECOR. Nous avons défini ensemble quelques grands principes : le guide devait être élaboré à destination des gestionnaires, utilisable dans tous les océans et le plus objectif possible. Nous avons réuni à cinq reprises un comité de pilotage composé d’une dizaine d’experts pour nous accompagner tout au long de la rédaction du guide et de la validation de son contenu scientifique.

Nous avons ensuite décidé de cibler, dans le guide, uniquement les techniques accessibles à une majorité de gestionnaires. Nous avons donc assez peu détaillé les méthodes trop coûteuses – comme les robots sous-marins autonomes, l’imagerie hyperspectrale sous-marine – ou les méthodes qui ne peuvent pas rendre véritablement compte de l’état de santé des récifs, comme la télédétection LiDAR.

Autre exemple, l’ADN environnemental (ADNe) est une méthode consistant à collecter le matériel génétique rejeté par les organismes dans la colonne d’eau, afin d’effectuer des inventaires de biodiversité.

• Comment ce guide va-t-il pouvoir être utilisé par les gestionnaires ? Clément Lelabousse - Le guide présente un certain nombre de méthodes innovantes, accompagnées d’études de cas dans tous les océans. En outre-mer, les gestionnaires pourront en apprendre plus sur chacune des techniques, mais également entrer en contact avec les acteurs qui les ont mises en œuvre. De mon point de vue de gestionnaire dans les TAAF, j’ai découvert des méthodes que je ne connaissais pas et que j’ai hâte d’utiliser pour venir compléter notre vision sur l’état de santé des récifs ici. Clarisse Thellier - Nous avons choisi de diffuser le guide de manière numérique, mais il est possible de l’imprimer. Une des problématiques étant que certaines méthodes nouvelles vont rapidement apparaître et que d’autres risquent d’être obsolètes. Il faudra donc que les gestionnaires aient bien en tête qu’il s’agit d’un état des lieux des technologies existantes à un moment donné, dont ils pourront se servir pour compléter le suivi des récifs. Ce guide devrait néanmoins leur permettre d’y voir plus clair et les aider à choisir la méthode la plus adaptée à la gestion de leurs récifs coralliens. + d’info ici : Télécharger le guide de l’IFRECOR

Rédaction et interview : Lucie Labbouz

Clarisse Thellier - J’ai eu des entretiens avec plus de 70 gestionnaires de récifs coralliens ou scientifiques spécialistes, et en ai contacté d’autres par mail. L’idée était d’avoir la vision la plus exhaustive possible des méthodes de suivi employées par les gestionnaires, chercheurs, bureaux d’étude, associations... que ce soit en outre-mer ou ailleurs dans le monde.

© Clarisse Thellier

CLÉMENT LELABOUSSE, CHARGÉ DU PLAN LOCAL IFRECOR À L’ADMINISTRATION DES TAAF, ET CLARISSE THELLIER, AUTRICE DU GUIDE, INGÉNIEURE EN BIOLOGIE MARINE À L’ADMINISTRATION DES TAAF


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POLYNÉSIE FRANÇAISE L’IMMENSE POTENTIEL HYDROÉLECTRIQUE FREINÉ PAR LE PROBLÈME FONCIER

Tahiti 1 est un paradis pour la production d’hydroélectricité, avec des versants qui reçoivent jusqu’à plus de 12 mètres d’eau par an ! Mais le parc de barrages n’est plus amené à évoluer, en raison des difficultés foncières et de la concurrence du photovoltaïque . Y ann W olff , directeur de la société M arama N ui , confirme un potentiel hydroélectrique considérable .

Portrait : © Damien Grivois

• Tahiti, où la pluie ne manque pas, offre-t-elle des conditions idéales pour l’hydroélectricité ?

INTERVIEW YANN WOLFF, DIRECTEUR DE LA SOCIÉTÉ MARAMA NUI ET CHARGÉ DES ÉNERGIES RENOUVELABLES CHEZ ÉLECTRICITÉ DE TAHITI, GROUPE ENGIE

- Dans la zone exposée aux alizés, de Papenoo à Teva i Uta, les nuages viennent directement percuter le relief. Le record dépasse les 12 mètres de pluie par an. En France hexagonale, la moyenne est de l’ordre d’un mètre par an. La seule et véritable solution pour les besoins nocturnes, c’est l’hydroélectricité. Le mix énergétique « idéal », ce serait de pouvoir atteindre 50 % d’hydro, 35 % de solaire et 15 % de thermique, pourquoi pas avec du biocarburant local. Une retenue d’eau, c’est le moyen le plus simple de stocker de l’énergie et de la piloter. Ce n’est pas une production intermittente, principal reproche adressé aux énergies renouvelables, et la technique est parfaitement maîtrisée.

• Pourquoi l’hydroélectricité ne se développe plus ? - Faire de l’hydroélectricité à Tahiti, ça n’est pas facile.

En haut de page : l’un des barrages de Marama Nui à Tahiti. © Marama Nui | 1 Et quelques autres îles hautes de la Polynésie française.


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• Un pari impossible ?

Les captages sont plus discrets et mieux intégrés dans l’environnement que les grands barrages. © Marama Nui

D’abord à cause du problème foncier, et en particulier du foncier linéaire. Quand il nous faut une bande de quatre kilomètres sur 10 mètres de large, ça fait une surface modeste mais ces quatre hectares traversent 200 propriétés ! C’est difficile en Polynésie de mettre autour de la table des milliers de propriétaires – quand ils sont clairement identifiés – pour trouver un accord. Certains « raccourcis » utilisés dans les années 80 pour installer des ouvrages ne sont plus d’actualité.

• Pas de construction alors, mais de la maintenance et de l’entretien ? - Il n’y a aucun grand projet en cours pour un nouveau barrage à Tahiti. Comme aux îles Marquises où les petites installations ont été privilégiées, on opte pour de « l’hydro en base » avec des machines peu puissantes mais qui tournent en continu, des captages intégrés dans l’environnement… Cette énergie n’est pas stockée mais elle vient en permanence réduire la part de l’énergie thermique, c’est très intéressant.

• L’hydroélectricité offre-t-elle un coût de production compétitif ? - Oui, mais c’est de moins en moins le cas comparé au solaire, car le dumping asiatique est tel que cela fausse le jeu. Le coût de la production thermique est le plus variable, puisque sensible au cours du pétrole. Marama Nui a l’avantage d’avoir des ouvrages très amortis sur le plan financier. Aujourd’hui, le raisonnement environnemental sur le long terme doit avoir priorité sur l’aspect purement économique. Investir dans l’hydro, c’est investir pour un siècle alors que les panneaux solaires ne vivent que 25 ans et les batteries moins de 15 ans. Techniquement parlant, Tahiti pourrait avoir le double d’énergie hydroélectrique, ça assurerait 70 % du mix énergétique.

- Il faudrait une autre vision, une autre acceptation par la population, une autre conception de l’intérêt collectif. Cela supposerait de trouver un modèle économique plus intéressant pour les propriétaires en indivision, ce qui est souvent le cas. Ou un autre niveau d’intervention des pouvoirs publics, de type expropriations, ce qui reste compliqué à Tahiti tant la question foncière est sensible. Ceci étant, Marama Nui a désenclavé des vallées. À la vallée de la Papenoo, qui est principalement domaniale, c’est notre société qui a réalisé les pistes permettant aujourd’hui à 30 000 personnes par an d’admirer ce site isolé au cœur de l’île de Tahiti.

• Sur quel projet travaille Marama Nui ? - Il va falloir trouver une solution pour alimenter la nuit, puisque de 17h à 7h du matin il n’y a pas de production photovoltaïque à Tahiti. Dans les années à venir, nous allons développer des stations d’énergie par pompage. Un programme a été défini avec une mise en service prévue pour fin 2027 de la première dénommée « baby step ». C’est un démonstrateur, l’idée étant de montrer que l’on peut contribuer à absorber et stocker cette énergie solaire qui commence à être trop abondante. On pompe de l’eau en marche arrière dans nos barrages à midi, et ensuite on la returbine la nuit venue.

• L’énergie éolienne est-elle abandonnée ? - Non, pas forcément. Avec Ito Nui qui est en charge des centrales solaires, nous sommes en train d’étudier la possibilité non pas de créer une centrale éolienne, mais de bâtir un démonstrateur, une expérience préindustrielle. Ce sera volontairement très petit, et du côté de la Presqu’île de Tahiti. L’éolien a un lourd passé derrière lui, notamment sur l’atoll de Makemo. On va regarder ce que ça donne, obtenir un retour d’expérience. Dans tous les cas l’énergie éolienne restera à la marge. Nous devons produire une électricité peu chère compatible avec le prix marché polynésien. Nous ne sommes pas aidés par une contribution externe, à la différence des départements d’outre-mer, ce qui rend plus complexe la transition énergétique. Rédaction et interview : Damien Grivois

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L’hydroélectricité est une énergie renouvelable et stockable. Filiale d’Électricité de Tahiti, Marama Nui alimente près d’un tiers de la consommation électrique de l’île. Son activité repose sur un réseau de 16 centrales et 23 turbines, réparties dans cinq grandes vallées.


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Avec 47,6 MW de puissance installée, la société a déjà permis d’éviter le rejet de 188 000 tonnes de CO2, selon la direction. Marama Nui revendique 197 GWh de production totale et emploie aujourd’hui une trentaine de collaborateurs. © Marama Nui

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TEREHĒAMANU : UN PROJET DE TERRITOIRE CONCERTÉ ET FONDÉ SUR LA RÉSILIENCE Depuis 2021, la Communauté de communes de Terehēamanu (Tahiti) construit son projet de territoire autour d’une ambition forte : imaginer un modèle de développement résilient, inspiré par les valeurs culturelles locales et le lien terre - mer qui nourrit les P olynésiens . PRÉSERVER UN ÉQUILIBRE ENTRE NATURE, CULTURE ET DÉVELOPPEMENT Entre lagons, montagnes et forêts, Tereh ē amanu abrite un patrimoine naturel et culturel exceptionnel. Mais cet écrin est aujourd’hui soumis à d’importantes menaces : pression foncière croissante, érosion des milieux naturels, raréfaction des ressources et intensification des effets du changement climatique. À ces fragilités environnementales s’ajoute un enjeu de rééquilibrage territorial entre une agglomération de Papeete dense et dynamique, où se concentrent population et activités, et un Sud de l’île encore rural, mais traversé par des transformations rapides.

RÉFORME DE LA LOI ORGANIQUE : DES ÉLUS LOCAUX PLUS AUTONOMES Cette dynamique initiée par Tereh ē amanu prend aujourd’hui tout son sens et trouve une résonance déterminante avec la réforme de l’article 43.2 de la loi organique adoptée le 10 décembre, qui élargit les compétences des communes et communautés de communes polynésiennes. En autorisant les maires à intervenir, par simple convention, dans des domaines jusqu’ici réservés au Pays, cette évolution statutaire ouvre la voie à de nouvelles perspectives pour le territoire.

Pour relever ces défis, la communauté de communes a choisi de placer la résilience et l’économie sociale et solidaire au cœur de son projet de territoire. L’objectif : concilier protection de l’environnement, transmission des savoirs traditionnels et développement inclusif. Elle entend également jeter les bases d’une gouvernance partagée entre acteurs locaux, Pays et État, fondée sur la subsidiarité et la coconstruction des politiques publiques. C’est pourquoi, dans la continuité d’un diagnostic participatif établi dès 2022, Terehēamanu s’est associée depuis 2024 avec le Cerema, établissement public de référence en matière d’ingénierie territoriale et environnementale. Le Cerema apporte son expertise technique, sa connaissance des enjeux climatiques et sa capacité à structurer des stratégies d’adaptation à long terme. Le projet territorial concerté et fondé sur la résilience, inscrit dans le programme « Territoires adaptés au climat de demain (+4 °C) », pose les bases d’une adaptation face aux enjeux climatiques, économiques et sociaux à venir. Cérémonie d’ouverture avec les enfants de l’école élémentaire Nuutafaratea de Mataiea lors de la restitution des ateliers de concertation, à Afa’ahiti le 29 avril 2025. © Terehēamanu


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UNE MÉTHODOLOGIE INNOVANTE

le lien au temps et le lien au sacré. Cette approche, nommée Tūora – « rester debout, continuer à vivre » – propose une vision où l’adaptation ne relève pas seulement de réponses techniques, mais s’inscrit dans la continuité des valeurs, des histoires et des identités du territoire.

DES PRIORITÉS PARTAGÉES Au fil des ateliers menés dans les cinq communes de Terehēamanu, une vision partagée du futur s’est dessinée. Les habitants, élus, associations et acteurs économiques ont exprimé une aspiration convergente : préserver les ressources locales, renforcer les solidarités et valoriser les savoir-faire culturels. De cette dynamique est né un véritable socle partagé de projet de territoire, décliné selon trois piliers : • garantir les besoins essentiels et renforcer l’autonomie locale (eau, alimentation, énergie, santé) ; • aménager un développement équilibré entre Papeete et le sud de l’île, en préservant les espaces naturels et en favorisant les mobilités durables ; • faire vivre les traditions et soutenir une économie locale et solidaire, fondée sur les savoir-faire, l’employabilité des habitants et la valorisation des initiatives communautaires.

LES ÉTOILES DE LA RÉSILIENCE

ET APRÈS ? LE PASSAGE À L’ACTION

De cette démarche est née une création : les « étoiles de la résilience ». Inspirées des repères traditionnels des navigateurs polynésiens, elles proposent à Terehē amanu une grille de lecture originale pour penser son développement. Ces étoiles servent de boussole narrative pour raconter les trajectoires d’un développement résilient, en s’appuyant sur quatre dimensions fondatrices de la vision polynésienne du monde : le lien au vivant, le lien à la communauté,

En 2026, aura lieu la traduction opérationnelle des orientations issues de la concertation, à travers un plan d’actions. Ce travail s’inscrira dans un dialogue élargi avec le Pays, l’État et les instances consultatives, tout en tirant profit des expériences innovantes menées dans le champ de l’économie sociale et solidaire. Terehēamanu pose ainsi les fondations d’un projet de territoire résolument résilient, inclusif et profondément ancré dans l’esprit du Fenua.

Rédaction : Rosita Hoffman et David Nicogossian

Pour donner naissance à ce projet, Tereh ē amanu a engagé une démarche fondée sur l’écoute, la participation et la mise en récit collective du territoire. Un diagnostic immersif a permis d’apprécier les fragilités du territoire et la résilience locale, à travers des rencontres avec les habitants, associations, porteurs de savoirs traditionnels et acteurs économiques. Une concertation citoyenne a ensuite réuni plus de 600 participants lors de 12 ateliers, animés à partir d’un jeu sérieux conçu pour l’occasion. L’objectif : imaginer ensemble des trajectoires de développement capables de répondre simultanément aux défis climatiques, sociaux et économiques. Ces productions collectives ont ensuite été enrichies lors d’ateliers d’approfondissement associant, aux côtés des élus, des scientifiques et des acteurs ressources. Une manière d’éprouver la solidité des propositions, de les confronter à l’expertise scientifique et de les affiner commune par commune. Enfin, les partenaires institutionnels ont été mobilisés pour ancrer durablement la démarche et préparer la gouvernance du futur projet de territoire. Ont ainsi été posées les bases d’une coopération où la subsidiarité et la complémentarité entre communes, communauté de communes, Pays et État seront un préalable incontournable pour la réussite du projet de territoire.

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C PAS SI LOIN

DISPARITION DES OISEAUX : LES TROPIQUES EN PREMIÈRE LIGNE

La Société d’Ornithologie de Polynésie – ou SOP Manu, « manu » signifiant « oiseau » en polynésien – œuvre pour la protection et le sauvetage des oiseaux sauvages de Tahiti et ses îles, ainsi que pour la préservation de leurs habitats. Au centre de son combat, un oiseau local menacé, le monarque de Tahiti. « C pas si loin » est allé à la rencontre de Caroline Blanvillain, docteure vétérinaire entrée en 1998 à la SOP Manu et passionnée depuis toujours par la sauvegarde des oiseaux. Depuis qu’elle s’est installée à Tahiti il y a une trentaine d’années, elle s’est consacrée corps et âme à sauver le monarque de l’extinction. Caroline Blanvillain nous apprend qu’en 1998, il ne restait plus que 21 monarques de Tahiti connus dans les quatre vallées de l’île, là où 154 individus adultes sont recensés aujourd’hui. L’oiseau a frôlé l’extinction, en raison de la présence d’espèces introduites : rat noir, rat polynésien, petite fourmi de feu, merles, bulbuls... Pour assurer une surveillance permanente du

monarque, des caméras ont été installées. Maotihau, également de l’équipe SOP Manu, s’occupe de leur entretien et de la récupération des données. « Une rafale de trois photos se déclenche à chaque passage devant les caméras, qui sont une vingtaine sur le chemin de la vallée. Cela permet de voir si des présences extérieures viennent déranger le monarque. » En Polynésie française, 50 espèces d’oiseaux endémiques, c’est-à-dire n’existant nulle part ailleurs dans le monde, ont déjà disparu. Sur les 30 espèces endémiques restantes, 20 sont aujourd’hui menacées, dont 10 à un stade critique. « La planète est en train de vivre ce qu’on appelle une terrible uniformisation du monde », constate Caroline Blanvillain, filmée dans la vallée de Papehue. « Et tout ce qui est un peu original, endémique au niveau insulaire, est en train de disparaître sous cette avalanche d’espèces envahissantes véhiculées progressivement d’île en île par les hommes. »

Présenté par Karine Baste, le magazine de société « C pas si loin » propose de décrypter le rôle des outre-mer dans la construction de la France et leur place dans le monde. À voir ou écouter sur La1ère , l’offre numérique Outre-mer de France Télévisions.

Photo : extrait de l’émission. © C pas si loin / Edenpress

Près de la moitié des espèces d’oiseaux est en déclin sur notre planète ; essentiellement les oiseaux insulaires des tropiques. E n Polynésie française, 50 espèces endémiques se sont éteintes. A lors , les Polynésiens ont décidé de partir à la reconquête de leurs oiseaux pour maintenir et régénérer la biodiversité sur le territoire.


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NOUVELLE-CALÉDONIE

PROTÉGER, SURVEILLER, VIVRE AVEC LE PARC NATUREL DE LA MER DE CORAIL

Le Parc naturel de la mer de Corail, créé en 2014, couvre 1,3 million de km ². U ne immensité bleue que l ’ équipe de M anuel Ducrocq s ’ efforce de protéger . E n 2026, le parc mise sur une surveillance renforcée et un suivi scientifique accru , pour concilier conservation et usages durables et responsables.

conforme aux standards de l’Union internationale pour la conservation de la nature [UICN], puisque la Nouvelle-Calédonie souhaite que le parc y soit inscrit. 2026 est l’année où l’on fixe les objectifs stratégiques, les actions à mener, les indicateurs de performance et les échéances. C’est l’année où l’on construit un plan d’action crédible, mesurable, et capable de prouver que la Nouvelle-Calédonie est à la hauteur de l’exceptionnalité de ses récifs.

INTERVIEW MANUEL DUCROCQ, CHEF DU SERVICE DU PARC NATUREL DE LA MER DE CORAIL ET DE LA PÊCHE • Quelles sont les missions prioritaires en 2026 pour le parc ? - Notre priorité, c’est de doter le Parc naturel de la mer de Corail d’un plan de gestion solide, partagé et

• Comment assurer la surveillance d’un territoire marin aussi vaste ? - La Nouvelle-Calédonie a fait un choix ambitieux : classer l’ensemble de son espace maritime en aire marine protégée. Nous avons ici des récifs parmi les derniers au monde dans un état presque originel : 1,5 % des récifs de la planète sont encore considérés comme sauvages, et la Nouvelle-Calédonie en abrite 30 %. Cette responsabilité transforme nos obligations. Pour un espace aussi immense que le Parc naturel de la mer de Corail, la surveillance ne peut pas reposer uniquement sur des bateaux en mer. Nous avons donc

Les atolls d’Entrecasteaux, un sanctuaire pour les oiseaux marins (ici, un fou à pieds rouges). © Nicolas Job / Parc naturel de la mer de Corail


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réagissent au changement climatique. On souhaite suivre l’état des récifs, mais c’est compliqué et coûteux : il faut aller sous l’eau, installer des stations et revenir régulièrement.

Requin au large des îles Chesterfield. © Sylvain Roblet / IRD | Récif corallien. © Nicolas Job / Parc naturel de la mer de Corail | Plongée en 2024 aux îles Chesterfield, dans le cadre du projet Tic Tac pour suivre l’impact des canicules marines sur les récifs coralliens de la mer de Corail. © Magali Boussion / IRD

développé localement un véritable radar du parc grâce au programme S2P, « Suivi et Surveillance du Parc », financé par l’État et la Nouvelle-Calédonie. C’est une plateforme numérique qui agrège en temps réel plusieurs sources : les données satellites, les positions AIS [Automatic Identification System] des navires, les informations météo-marines, mais aussi les détections d’activités suspectes, et tout cela depuis un poste de contrôle numérique. La partie suivi du système complète cette surveillance, en exploitant toutes les données déjà collectées dans la base de S2P. Cela permet de revenir sur l’historique des activités, mais aussi d’identifier des tendances ou des zones particulièrement fréquentées, et de produire des indicateurs pour mieux planifier les missions et gérer le parc. • Quels sont les nouveaux moyens techniques et technologiques prévus à l’avenir ? - On va continuer à renforcer la surveillance, mais on met aussi l’accent sur l’acquisition de connaissances pour mieux comprendre comment les écosystèmes

Pour réduire notre présence, on travaille sur des solutions automatisées, comme le suivi acoustique. Un récif vivant, ce n’est pas silencieux, c’est bruyant comme une forêt tropicale. Des enregistreurs autonomes peuvent nous donner des informations sur l’activité et l’état des écosystèmes, sans qu’il y ait toujours quelqu’un sur place. À plus long terme, le programme S2P pourrait évoluer vers un suivi environnemental automatisé, grâce à des capteurs mesurant la température, la salinité, le vent, les sons de manière autonome, et communiquant par satellite. L’équipe n’aurait plus qu’à intervenir occasionnellement pour la maintenance. L’idée, c’est de collecter plus de données tout en réduisant notre impact humain sur les réserves. • Où projetez-vous le parc d’ici à 2030 ? - Pour moi, c’est un parc en pleine santé. Avec des pêcheurs qui en sont les véritables sentinelles : ils prennent soin de cet espace, parce que sans ressource, ils ne peuvent pas vivre. Ce sont un peu les jardiniers du parc. Ils contribuent à la surveillance, ils prélèvent la ressource de manière précautionneuse. L’âme du parc, c’est vraiment la conciliation entre les usages et la conservation. Protéger, conserver, préserver ce qui doit l’être, tout en permettant un développement économique qui crée de l’emploi, du revenu et de l’autosuffisance alimentaire. Et tout cela, mis ensemble, crée un écosystème équilibré, vivant, exemplaire pour la région. C’est la direction dans laquelle on va, et on est déjà en train de l’atteindre. Rédaction et interview : Manon Dejean

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Les atolls d’Entrecasteaux (ci-dessus) se situent dans le Parc naturel de la mer de Corail, joyau de nature formant l’une des plus grandes aires marines protégées au monde. Aujourd’hui, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie souhaite placer sous « très haute protection » au moins 10 % du parc.


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Ces nouvelles réserves intégrales concernent des zones clés pour la conservation d’espèces emblématiques : baleines, dauphins, requins, tortues, oiseaux marins... Sans oublier les récifs coralliens et monts sous-marins, aussi fragiles que fascinants. © Nicolas Job / Parc naturel de la mer de Corail


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LES CERFS ET LES INCENDIES, DEUX MENACES POUR LES ÉCOSYSTÈMES CALÉDONIENS J oyau écologique mondial , la N ouvelle -C alédonie fait aujourd ’ hui face à deux enjeux environnementaux majeurs : les impacts de la prolifération des cerfs et de la hausse des incendies . L e point avec A gnès C arlier , en charge de la délégation de l ’O ffice français de la biodiversité (OFB) en N ouvelle -C alédonie , compétente pour W allis - et -F utuna .

INTERVIEW AGNÈS CARLIER, DÉLÉGUÉE TERRITORIALE DE L’OFB EN NOUVELLECALÉDONIE ET À WALLIS-ET-FUTUNA • Les cerfs prolifèrent et les forêts souffrent en Nouvelle-Calédonie ? - Il faut avant tout savoir que le cerf Rusa (Rusa timorensis) ou cerf de Java est une espèce importée en Nouvelle-Calédonie. À la suite du covid, puis des émeutes de 2024 ayant donné lieu à une interdiction temporaire d’utiliser des armes à feu et munitions, la chasse a pratiquement cessé sur la Grande Terre. La surpopulation des cerfs, déjà chronique 1, s’est donc accentuée, y compris dans certains sites protégés comme le domaine de Deva ou le parc provincial des Grandes Fougères, où le sous bois a localement disparu. Sans prédateurs naturels, les cerfs consomment massivement de jeunes arbres, des arbustes et de la végétation basse, compromettant la régénération des forêts et favorisant l’érosion des sols et le colmatage des rivières.

Les cerfs épuisent leurs ressources alimentaires, dévastent les sous-bois, pâturages et cultures. © Patrick Barrière / ANCB

• Quelles sont les actions de régulation engagées ? - Considéré sur le territoire comme une espèce exotique envahissante prioritaire, le cerf fait l’objet de campagnes de régulation. Pour donner un exemple, la Fédération de la Faune et de la Chasse de NouvelleCalédonie et la Sem Mwe Ara 2 organisent des opérations de régulation professionnelles notamment sur le domaine de Deva. Afin de protéger la forêt sèche, l’OFB a apporté son soutien financier à l’Agence néo-calédonienne de la Biodiversité (ANCB) pour l’installation d’une clôture sur le domaine. À travers le projet Protège, puis Pebacc+, une expérience de protection de captage a été lancée à Kouaoua, où les habitants sont formés par l’ANCB et la fédération de chasse pour éliminer les cerfs, et limiter les incendies dans les forêts communales. Nous devons pérenniser ces actions, et les accompagner de la pose de hautes clôtures dans les secteurs les plus sensibles, difficiles d’accès, en particulier dans la chaîne centrale où les cerfs trouvent souvent refuge.

Le dernier recensement, datant de 2008, faisait déjà état de 250 000 à 350 000 individus, soit plus de cerfs que d’habitants. | 2 Société qui développe et anime le site naturel, touristique et historique de Deva, sur la côte ouest, en lien avec les communautés locales. 1


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INCENDIE À L’ÎLE DES PINS En décembre, 2 000 hectares sont partis en fumée dans un incendie survenu à l’île des Pins. Outre leurs conséquences environnementales, les incendies posent un problème de santé publique. À l’île des Pins précisément, une corrélation a pu être établie entre les incendies et la contamination des captages en éléments traces métalliques, dont le nickel et le chrome.

Ci-dessus : incendie près de Tiaré. Le feu menace la faune calédonienne. C’est le cas des reptiles par exemple dont la plupart des 140 espèces, essentiellement endémiques (93 %), décrites à ce jour en Nouvelle-Calédonie, sont menacées. © Province Sud

• La structuration de la filière cerf pourrait-elle être une solution ? - C’est une piste. Le gouvernement de la NouvelleCalédonie a légiféré en 2023 pour autoriser la commercialisation de la viande de cerfs et doit se donner aujourd’hui les moyens de développer une filière contrôlée. Cela offrirait un débouché aux chasseurs tout en participant à la régulation.

- Chaque année, près de 20 000 hectares partent en fumée en Nouvelle-Calédonie, soit deux fois plus que dans l’Hexagone. Ces incendies sont l’une des principales causes d’érosion de la biodiversité, affectant autant la faune que la flore. En cause, l’action de l’homme qui utilise le feu comme un outil de nettoyage des espèces envahissantes – fourmi électrique, sensitive, etc. – dans les champs, en forêt, ou lors de conflits fonciers. Depuis 2019, l’ŒIL – Observatoire de l’environnement en Nouvelle-Calédonie – assure un suivi précis

Les provinces pourront utiliser ces données pour identifier les zones prioritaires où concentrer les efforts de lutte contre les feux ayant un impact sur la biodiversité. L’antenne calédonienne du WWF France joue aussi un rôle clé : habilitée par la Direction de la sécurité civile et de la gestion des risques (DSCGR), elle aide les associations locales à constituer des brigades volontaires qui interviennent sur les incendies.

• Des actions utiles, mais insuffisantes ? - L’expérience menée à Kouaoua montre que l’implication des tribus est déterminante aussi bien pour l’éradication des cerfs que pour lutter contre les incendies, mais elle ne peut suffire. Une réflexion sur un modèle de financement permettant de rémunérer ces actions locales à long terme apparaît nécessaire.

Rédaction et interview : Sandrine Chopot

• Quid de l’impact des incendies sur la biodiversité calédonienne et quelles solutions ?

de leurs impacts. L’OFB a également financé la mise en place du Conservatoire botanique de NouvelleCalédonie, qui, avec l’association Endemia, développe une carte interactive des espèces rares et menacées, ainsi qu’une typologie des habitats qui permettra d’établir une liste rouge des écosystèmes.


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Ci-dessus: © SGN © Patrick Barrière / ANCB

Page précédente : les forêts sèches de Nouvelle-Calédonie figurent parmi les écosystèmes les plus riches et les plus menacés au monde. © Agnès Carlier / OFB | Incendie au Col de Tonghoué, à une dizaine de kilomètres de Nouméa. © Province Sud | Ci-dessus : cerfs.


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WALLISET-FUTUNA PROJETS CLIMAT : ANTICIPER ET PRÉPARER LES ÎLES AU CHANGEMENT

Restauration d’une zone de mangrove à Wallis-et-Futuna. © STE

François Fao travaille sur les grands enjeux liés au bouleversement climatique, notamment le changement des milieux naturels, sur l’accès à la ressource en eau potable et la gestion des eaux pluviales. Il explique les problématiques de l’archipel, présente des solutions concrètes inspirées de la nature et se désole au passage du discours climatosceptique . E ntretien . un système de tri qui permet de récupérer séparément les papiers et cartons, le verre, certains plastiques. Une écotaxe favorise le retour des canettes en aluminium, des barquettes en plastique et du verre. La prise de conscience de l’importance de bien gérer ses déchets reste parfois à améliorer. Pour les déchets spéciaux du type huiles de vidange ou batteries, nous agissons en partenariat avec une société prestataire qui les réexpédie vers la Nouvelle-Zélande. Nous organisons des campagnes de ramassage des encombrants et travaillons avec les chefs coutumiers pour intégrer les familles de manière participative.

INTERVIEW

• Vous êtes natif de l’archipel, quel premier changement lié au bouleversement climatique avez-vous constaté depuis votre enfance ?

FRANÇOIS FAO, CHARGÉ DE PROJETS CLIMAT AU SERVICE TERRITORIAL DE L’ENVIRONNEMENT (STE) 1 DE WALLIS-ET-FUTUNA

- Il fait plus chaud. Et je remarque bien sûr aussi le recul du trait de côte, les zones érodées, sur les îles principales et sur les motu qui sont très exposés.

• De quelle manière sont gérés les déchets à Wallis-et-Futuna ? - Il y a un centre d’enfouissement technique sur chacune des deux îles, et nous procédons d’ailleurs à une mise aux normes des casiers. Une partie des déchets est brûlée pour réduire le volume. Il existe 1

Il y a aussi les changements de milieux ressentis, par exemple des poissons moins abondants dans le lagon, ou encore des cultures agricoles qui souffrent d’un excès de chaleur. Nous étudions des possibilités de cultures plus résistantes et résilientes, et nous nous intéressons à l’agroforesterie. Avec le taro, l’igname…, le secteur agricole vivrier assure les besoins essentiels de la population, d’un point de vue nourricier mais aussi culturel.

Service de l’État d’une trentaine de personnes, chargé notamment de gérer les deux centres d’enfouissement technique de l’archipel.


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bénéficier de leur appui technique et capitaliser sur les expériences des différents pays et territoires insulaires de la région Pacifique. Il est important que l’ensemble de la population mesure concrètement ce que le changement climatique signifie pour notre territoire, les risques et dangers qu’il comporte pour nos petites îles afin de développer des réponses adaptées, dès maintenant.

Installation de barrières végétales en bord de mer. © STE

Le changement climatique se traduit également par l’apparition de nouvelles espèces envahissantes, végétales ou animales. (…) Enfin, des cas de ciguatera ont été recensés à Futuna.

• Quels dangers peuvent menacer la population ? Des glissements de terrain par exemple ? - Oui, notamment parce que l’écoulement des eaux pluviales n’est pas maîtrisé et qu’il n’y a pas de réel plan d’aménagement du territoire. Les terrassements de terrain se font selon les opportunités des familles de propriétaires sans que les risques et enjeux liés à l’érosion pluviale ne soient réellement évalués au préalable. Des risques de submersion et d’inondation sont également présents. Certaines habitations en bord de mer sont dangereusement exposées à la montée des eaux et se retrouvent menacées directement en cas de cyclones. À ce sujet, la question du foncier est un thème central dans l’archipel et il relève des autorités coutumières. Grâce à notre réseau sur le terrain, nous entretenons un bon contact avec la population. En 2021, nous avons par exemple conduit un « diagnostic villages » pour échanger avec les chefs et les habitants. Nous œuvrons avec Météo-France et l’Institut de recherche pour le développement (IRD) pour adapter les simulations climatiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) à notre petit territoire. Nous procédons à des simulations cartographiques de la montée du niveau de l’océan. Nous nous appuyons également sur les agences régionales d’aide au développement comme la Communauté du Pacifique (CPS) ou le Programme régional océanien de l’environnement (PROE) pour

• Comment agir selon vous face au bouleversement climatique ? - Avec le Pacific Ecosystem-based Adaptation to Climate Change Plus (PEBACC+) qui intègre aussi la Nouvelle-Calédonie, le Vanuatu et les Salomon, nous travaillons sur des solutions inspirées de la nature. Par exemple, la restauration des mangroves, c’est peu coûteux et facile à mettre en œuvre par la population elle-même si elle y a été formée. Nous menons des actions de restauration du littoral avec l’utilisation de barrières végétales, qui freinent l’effet des vagues et favorisent l’implantation naturelle de la flore en bord de mer. On peut ainsi favoriser la sédimentation sur certaines zones, juste en laissant des feuilles de cocotier dans le sable des plages. Une bonne raison de ne pas brûler les déchets végétaux, ce qui reste hélas parfois une habitude « pour faire propre ». Le cocotier est un arbre très important à Wallis-etFutuna, notamment parce qu’il permet de produire de l’aliment pour les cochons. Il est également possible de planter certains arbres comme le vétiver, dont les racines plongent très profondément.

• Le dérèglement climatique s’observe au quotidien dans le monde entier mais reste contesté, comment le comprendre ? - En matière de climat, ce qui semble exceptionnel aujourd’hui sera la norme de demain. Les déclarations du président américain Donald Trump, qui a qualifié d’escroquerie le changement climatique et, plus globalement tous les discours climatosceptiques, il faut admettre que c’est difficile à avaler… Plus encore peut-être pour nous, pays du Pacifique, qui ressentons un sentiment d’injustice, car nous sommes parmi les premières victimes tout en ayant été très peu contributeurs au réchauffement. Le climatoscepticisme est dangereux, mais également l’inertie. La mobilisation des peuples du Pacifique est nécessaire. Rédaction et interview : Damien Grivois

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Fédérer l’outre-mer, favoriser les échanges, mettre en lumière les acteurs de terrain, les initiatives pour la protection de la nature et le développement durable

OCT. | DÉCEMBRE 2025

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OcéIndia

DE L’ENVIRONNEMENT

n°29

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SOMMAIRE

UNE

TAAF | « RÉCIFS ISOLÉS 2 3 édito 4 actu outre-mer on 10 Saint-Pierre-et-Miquel 13 Saint-Barthélemy in -Mart Saint 20

» : EXPLORATIONS MAR 22 Martinique 26 Guadeloupe 30 Guyane 36 Île de La Réunion 48 Mayotte

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56 TAAF 64 Polynésie française 70 Nouvelle-Calédonie 72 Wallis-et-Futuna

L’E-MAG ULTRAMARIN DE L’ENVIRONNEMENT SUPPORT D’INFORMATION TRIMESTRIEL GRATUIT ADRESSÉ AUX : décideurs publics acteurs ultramarins de l’environnement académies d’outre-mer internautes via de nombreux sites web et réseaux sociaux

Page Facebook « E-mag Outre-mer » Un support proposé par OcéIndia aux Éditions Insulae 7 chemin Léona Revest - 97417 La Montagne, île de la Réunion Stéphanie Castre, directrice de publication | oceindia@icloud.com Rédaction : Stéphanie Castre, Enzo Dubesset, Mariane Aimar, Lucie Labbouz, Sandrine Chopot, Damien Grivois, Justine Taugourdeau, Axelle Dorville, Manon Dejean, Delphine Ciolek, Pierre-Yves Fouché, Mathilde Edmond-Mariette Minoton, Naïza Soihiboudine, Rosita Hoffman, David Nicogossian Conception graphique : Océindia


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