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Petit Poisson, Grand Fondement

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Photo de Nick Hawkins
Photo de Nick Hawkins
Photo de Tavish Campbell / Moonfish Media

LES PLUS PETITS POISSONS, LE PLUS GRAND RÔLE

Les poissons-fourrages comptent parmi les plus petits poissons de l’océan, mais ils ont un impact considérable sur sa santé globale. Ils nourrissent plusieurs mammifères marins, dont les baleines et les dauphins, ainsi que d’innombrables oiseaux marins et d’autres poissons, dont le saumon et la morue, deux espèces d’importance commerciale. Ils représentent le fondement essentiel de la chaîne alimentaire marine, mais jouent aussi un rôle crucial sur terre, puisque les ours, les aigles et les loups s’en nourrissent tous.

Les communautés et les peuples autochtones de la côte du Pacifique dépendent du hareng du Pacifique et de l’eulakane pour leur sécurité alimentaire et leur culture ; sur la côte Est, ce sont le maquereau, le capelan et le hareng de l’Atlantique. Ces petits poissons, riches en nutriments, fournissent également une source cruciale d’appâts pour les pêches de homard et de crabe, deux pêches parmi les plus lucratives du Canada. Malgré leur rôle vital, les poissons-fourrages ne bénéficient toutefois pas de la reconnaissance, l’attention ou la protection juridique qu’ils méritent.

Leur sous-estimation a entraîné surexploitation et gestion déficiente. Des 16 principaux stocks de poissons-fourrages gérés par le Canada, la majorité est en mauvaise santé ou ne dispose pas d’indicateurs pour déterminer leur santé. Certains, épuisés depuis des décennies, continuent d’être fortement exploités par les pêches commerciales. En 2025, seuls 13 % des débarquements provenaient de stocks en santé, et même ceux-ci font l’objet de controverses. De plus, seuls trois stocks bénéficient d’une protection juridique. Cela devrait préoccuper tous ceux qui aiment observer les baleines ou les oiseaux, pêcher, ou qui dépendent d’océans sains pour leur subsistance

La tendance est constante : là où le rétablissement des stocks est une priorité, celui-ci est au rendez-vous. Là où ce n’est pas le cas, le déclin s’accentue. Les poissons-fourrages se trouvent au cœur de tout cela.

Ce premier rapport national sur les poissons-fourrages identifie trois priorités pour passer de la politique à la pratique : mettre pleinement en œuvre la Loi sur les pêches, mettre en place des protections fondées sur la science dans le cadre d’une politique modernisée, et associer les données scientifiques aux systèmes de connaissances autochtones afin d’améliorer la prise de décisions.

Si les poissons-fourrages sont en bonne santé, les espèces qui en dépendent profitent également. Ceci peut accélérer le rétablissement des pêches commerciales épuisées, accroître la sécurité alimentaire, soutenir les populations côtières, et renforcer la stabilité du marché des produits de la mer. La résilience des écosystèmes marins et des communautés côtières face aux changements climatiques s’améliore aussi. Toutefois, tous ces aspects sont menacés si les stocks ne sont pas rétablis.

Bien que les poissons-fourrages ne sont qu’une part de l’industrie canadienne de la pêche, leur valeur écologique ne se mesure pas uniquement en termes financiers. Il faut privilégier leur richesse biologique, et écouter ceux qui reconnaissent leur valeur et se soucient de leur sort. Leurs voix ne sont pas toujours entendues dans les décisions de gestion, mais elles sont entendues dans ce rapport. Une pêcheuse, une chercheuse autochtone spécialisée dans la gestion responsable, une naturaliste et un océanographe nous font part de leurs observations. Leurs expériences font écho à la science : la renaissance de nos océans passe par le rétablissement des poissons-fourrages.

Jasmine Paul à propos du capelan
Shelley Lonergan à propos du hareng de l’Atlantique
Sierra Hall à propos du hareng du Pacifique
Jack Daly à propos du maquereau de l’Atlantique
(G à D) Photo de Nicholas Hiscock / Oceana Canada, Photo de Tavish Campbell / Moonfish Media, Photo de Jeff Rotman, Photo de shaunl / iStock

LE CAPELAN, LA NOUVELLE MORUE ?

PAR JASMINE PAUL

Pêcheuse de cinquième génération, Come by Chance, Terre-Neuve-et-Labrador

Capelan du nord-est de Terre-Neuve-et-Labrador

Chaque été, à Terre-Neuve, les capelans viennent « rouler » sur les plages. Bien qu’il s’agisse d’un événement annuel ici, ce phénomène est plutôt rare ailleurs. Ce phénomène naturel attire des milliers de baleines à bosse dans l’Atlantique Nord après avoir passé l’hiver dans les Caraïbes. Des centaines de milliers d’oiseaux marins, dont des fous de Bassan, des mouettes tridactyles, des goélands et des puffins, profitent aussi de ce banquet de poissons-fourrages.

Le roulé du capelan a une odeur caractéristique. Cette odeur n’est pas nauséabonde ; c’est plutôt une odeur fraîche de mer. Touristes et résidents affluent vers les plages, équipés de filets et de seaux, pour ramasser les poissons échoués sur le rivage. Quand j’étais petite, ma famille y allait chaque année pour ramasser ces jolis poissons aux reflets métalliques. On en mangeait une partie et on s’en servait comme engrais pour le jardin. Je me souviens d’une fois où Papa et moi sommes allés sur une plage près de Heart’s Desire, où les fous de Bassan plongeaient pour attraper des capelans.

Il y en avait tellement que Papa a rempli mes bottes en caoutchouc de poissons et a dû me porter jusqu’au camion.

Aujourd’hui, cela occupe toujours une place importante dans la vie des gens, mais on voit moins de bancs de capelans ; et il y a moins d’endroits où les observer. C’est le cas dans Placentia Bay, où cinq générations de Paul pêchent le crabe, la morue et le homard. Pendant un certain temps, j’étais rassurée par le fait que, même si je ne les voyais plus de capelan ni d’oiseaux ou de baleines les pourchassant sur les plages, j’en trouvais encore dans l’estomac des morues. Mais de plus en plus souvent, ce sont des crevettes et du crabe des neiges que je trouve quand j’ouvre les morues. D’habitude, elles ne mangent pas ce genre de proies. Elles préfèrent le capelan.

Ces deux derniers automnes, nous n’avons pas vu de morues arriver dans la baie de Placentia, ce qui est assez inhabituel. Mais c’est le capelan qui m’inquiète.

On ne peut pas faire autrement ! Si l’on veut pêcher et manger de gros poissons, il faut se soucier des petits poissons. Ces petits poissons jouent un rôle crucial dans l’écosystème et l’économie.

On ne peut pas promouvoir les macareux et les baleines comme attrait touristique, et ignorer ce qui attire ces animaux ici : le capelan et les autres poissons-fourrages. Tout est interconnecté. Donc, si vous aimez observer les oiseaux marins et les baleines, si vous souhaitez préserver un environnement sain, vous devez vous soucier de chaque petite créature.

En 1992, un moratoire commercial a entraîné la fermeture de la pêche à la morue, les stocks s’étant effondrés après des années de surpêche. Cela a dévasté l’économie. Si on ne change pas les choses pour le capelan, l’histoire pourrait se répéter : le capelan pourrait devenir la nouvelle morue. Mais les conséquences pourraient être pires… comme la disparition des abeilles.

Si l’on veut pêcher et manger de gros poissons, il faut se soucier des petits poissons.

Imaginez à quoi ressembleraient les rayons des supermarchés sans ces pollinisateurs : il n’y aurait ni pommes, ni oranges, ni fruits, ni légumes. Ce serait la même chose en mer sans le capelan.

Nous devons traiter le capelan avec plus de respect, car nous dépendons de lui. La gestion ne peut se dissocier de l’écosystème ; elle doit dépasser les considérations économiques et les quotas. Les capelans méritent d’exister, avec autant d’attention, de respect, de recherche et de protection que n’importe quel autre poisson. Ils sont petits, mais cela signifie simplement que nous devons veiller à ce que leurs populations restent suffisantes pour qu’ils puissent continuer à jouer leur rôle dans l’écosystème et assurer la survie des gros poissons.

Photos de Nicholas Hiscock

LA PÊCHE AU HARENG EST DANS NOTRE ADN

PAR SIERRA HALL

Technicienne de recherche de terrain, Office de gestion de Kitasoo Xai’xais, Klemtu, Colombie-Britannique Hareng de la côte centrale du Pacifique

Dès notre plus jeune âge, on nous a appris à récolter les œufs de hareng du Pacifique. Je me souviens avoir attendu chaque année, en mars et avril, que les équipes de pêche reviennent avec cette nourriture fraîche. C’était comme Noël. Nous avions passé l’hiver à manger ce qu’il y avait dans nos congélateurs, alors c’était comme s’ils donnaient des cadeaux à toute la communauté.

Tout le monde se rendait sur les quais pour faire le plein de provisions pour l’année, puis passait les jours suivants à détacher les œufs de hareng des branches de pruche et à les mettre au congélateur. Le hareng est la première récolte de notre saison, notre premier aliment frais de l’année : une belle façon d’accueillir le printemps.

Je travaillais comme guide au Spirit Bear Lodge l’été, et j’ai pu voir à quel point le hareng est essentiel à l’écosystème. On regardait les baleines à bosse se nourrir en formant des filets de bulles pour les attraper, et avons vu les otaries, les phoques, les saumons et les aigles dépendre tous de ce même repas.

À mon avis, le hareng du Pacifique est en situation critique. J’en ai discuté avec des membres de la communauté et j’ai appris comment ils se battent pour protéger les stocks locaux. Ils m’ont aidé à comprendre l’évolution de la situation depuis vingt ans. Dans les années 1990, apercevoir des flottes commerciales dans la baie de Kitasu était un signe de mauvaises années à venir, car elles décimaient souvent les stocks.

Une gestion inadéquate conduit à la surpêche. Si nous continuons à augmenter les quotas de pêche, nous ne faisons qu’accélérer l’effondrement total de l’écosystème marin.

C’est pourquoi, en 2022, la Nation Kitasoo Xai’xais a créé la zone de protection marine (ZPM) Gitdisdzu Lugyeks dans Kitasu Bay. La Nation estimait qu’Ottawa n’en faisait pas assez pour protéger cette zone et regardait uniquement la science pour évaluer la santé des harengs. Mais la science occidentale ne suffit pas pour prendre des décisions de gestion. Les connaissances locales et traditionnelles des peuples autochtones qui vivent sur cette côte depuis des milliers d’années sont essentielles pour comprendre

Photo de Rebecca Benjamin-Carey
Photo de Tavish Campbell / Moonfish Media
Une gestion inadéquate conduit à la surpêche. Si nous continuons à augmenter les quotas de pêche, nous ne faisons qu’accélérer l’effondrement total de l’écosystème marin.

la santé des océans. En les ignorant, on passe à côté d’une grande partie de la situation dans son ensemble.

Après tout, si vous visitez l’Île-du-Prince-Édouard, vous ne demandez pas à quelqu’un de Toronto de vous aider à découvrir la région. Au final, ce sont des gens qui n’ont jamais mis les pieds à Kitasu Bay qui prennent les décisions. Ce n’est pas une bonne chose. Il manque tellement de connaissances locales à ces discussions.

La pêche commerciale est interdite dans la ZPM, et la communauté veille au respect de cette interdiction. Nous la gérons très bien, en suivant des règles transmises de génération en génération. Nous avons montré ces dernières années comment les stocks se rétablissent avec une gestion adéquate. C’est important, car les changements climatiques exercent une pression croissante sur l’océan.

La Nation a préparé un plan de gestion pour la ZPM afin de définir comment nous gérons les ressources

marines selon nos lois, nos coutumes et nos valeurs. Ce plan définit une vision pour l’avenir ainsi que des principes directeurs, soit le respect de tous les êtres vivants, prélever uniquement ce dont on a besoin, ne pas gaspiller ce que l’on prélève, et éviter la surpêche.

Nous travaillons avec les scientifiques de Pêches et Océans Canada (MPO) pour déterminer comment intégrer les données scientifiques et les savoirs autochtones, et pour définir les prises de décisions conjointes. Au final, nous avons tous le même objectif.

Je veux que chacun comprenne à quel point le hareng est important pour notre culture et notre mode de vie. Nous nous battons pour le protéger, car il fait partie de notre ADN. On a souvent tendance à l’oublier. Perdre le hareng reviendrait à perdre une grande partie de notre identité.

Photos de Tavish Campbell/ Moonfish Media
Photo de Moonfish Media/ Kitasoo Xai’xais Stewardship Authority

ASSOMBRIR L’ÉCLAT D’UN PETIT POISSON ARGENTÉ

PAR SHELLEY LONERGAN

Naturaliste principale et directrice de recherche, Brier Island Whale and Seabird Cruises, Westport, Nouvelle-Écosse Hareng de l’Atlantique dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse et la baie de Fundy

Quand j’ai commencé à travailler pour Brier Island Whale and Seabird Cruises en 1989, il était rare que je ne voie pas des harengs de l’Atlantique remonter à la surface de la baie de Fundy. On aurait dit qu’il pleuvait, car ils sautaient hors de l’eau pour se nourrir de krill. Ils scintillaient à la surface de l’eau.

Aujourd’hui, l’éclat s’est amoindri. Ces petits poissons argentés ne sont plus aussi nombreux qu’autrefois. Il est inhabituel de les voir à la surface, alors nous sommes toujours très enthousiastes lorsque cela arrive. Nous arrêtons le bateau pour les montrer à nos clients, car c’est un spectacle vraiment rare.

Au fil des ans, cette baie a été ravagée par la surpêche, et certaines zones de fraie ont été détruites. On ne trouve plus de harengs aussi gros qu’avant. Mais les senneurs continuent de pêcher des harengs de plus en plus petits pour en faire des appâts. Comment peuvent-ils grandir suffisamment pour se reproduire ?

Ça n’a aucun sens. Les poissons n’ont aucune chance.

Au milieu des années 90, j’ai vu un grand changement. Ce n’était pas seulement le hareng qui se faisait rare ; il y avait aussi les baleines. Les baleines à bosse viennent ici chaque printemps et été pour se nourrir de ces poissons. Ceux-ci sont une source alimentaire pour beaucoup d’espèces : poissons de fond, oiseaux, baleines, marsouins, dauphins et requins. Les gens en mangent aussi. Je me soucie de ces poissons car ils forment la base de la chaîne alimentaire marine. S’ils disparaissent, l’océan sera en danger. Qu’adviendra-t-il alors des baleines ?

Nous avons des données qui remontent à 1984. En raison de la diminution des stocks de harengs, 1996 fut la pire année en matière d’observations de baleines. En temps normal, nous observons entre 100 et 150 baleines à bosse par saison. Mais cette année-là, il n’y en a eu que 24. Elles ont suivi leurs proies et sont allées ailleurs.

Par la suite, nous avons commencé à voyager plus loin à la recherche de baleines. Si certaines années furent

Photo de Shelley Lonergan

plus fructueuses que d’autres, en 2025, nous n’avons observé que 73 baleines à bosse.

Une baleine à bosse consomme environ une tonne de nourriture par jour. Selon leur taille, certains senneurs peuvent capturer jusqu’à 100 tonnes de harengs en une journée. Ils prennent donc la nourriture de 100 baleines. C’est vraiment triste.

Dans cette région de la Nouvelle-Écosse, les villages dépendent de la pêche et de l’écotourisme pour leur survie. Et cela ne comprend pas juste ceux qui sont directement impliqués dans l’observation des baleines ; il y a aussi les restaurants et les hébergements. Beaucoup de gens ici dépendent des emplois liés au tourisme.

Les réservations pour nos excursions sont en hausse cette année. Les gens adorent les baleines et veulent les voir. Mais si nous continuons à surexploiter les stocks de hareng, il y aura moins de baleines et plus de personnes déçues lors des excursions, qui espéraient

Au fil des ans, cette baie a été ravagée par la surpêche, et certaines zones de fraie ont été détruites.

les voir. S’il n’y a plus de hareng, il n’y aura plus de baleines. Éventuellement, les gens ne nous visiteront plus.

Il faut laisser le hareng tranquille pendant un certain temps pour lui permettre de se rétablir, comme cela a été fait dans la mer du Nord. À la fin des années 1970, alors que les stocks étaient très bas et surexploités, la pêche au hareng a été suspendue pendant environ cinq ans afin de laisser aux stocks le temps de se régénérer. Lors de sa réouverture, des conditions ont été imposées aux pêcheurs de hareng.

Cette année, nous fêtons nos 40 ans d’activité en mer, et nous en avons vu de toutes les sortes. J’observe ces baleines depuis plus de 35 ans, et j’ai constaté énormément de changements au fil du temps. Je m’inquiète pour elles, et je m’inquiète de ce qui se passe dans la baie de Fundy.

Photo de Nick Hawkins
Photo de Shelley Lonergan

UNE LUEUR D’ESPOIR EN EAUX TROUBLES

PAR JACK DALY

Spécialiste des sciences de la mer, Oceana Canada, Halifax, Nouvelle-Écosse

Maquereau de l’Atlantique

La situation est difficile pour plusieurs espèces de poissons-fourrages au Canada, mais le maquereau de l’Atlantique représente une lueur d’espoir. C’est peut-être le meilleur exemple de la manière dont le gouvernement fédéral a pris conscience du déclin d’une population de poissons et a mis en place des mesures pour y remédier.

En 2019, la Loi sur les pêches fédérale a été révisée ; pour la première fois en 150 ans, elle a imposé l’élaboration de plans de rétablissement. Avant cela, le maquereau constituait un exemple flagrant de mauvaise gestion. Le stock est classé comme gravement épuisé depuis 2018, mais il se trouve en situation critique depuis 25 ans en raison de quotas de pêche extrêmement élevés.

Le maquereau figurait parmi les 12 stocks gravement épuisés inscrits dans la législation révisée. Des données scientifiques solides démontrent qu’en diminuant la pression de la pêche, le stock peut retourner en zone de prudence en moins de dix ans. Il y a donc de l’espoir.

Pêches et Océans Canada (MPO) a réduit les quotas et imposé un moratoire sur la pêche commerciale, une mesure réclamée depuis longtemps. Cela ne signifie pas pour autant qu’aucun maquereau ne sort de l’eau. La pêche au leurre est toujours autorisée, tout comme les quotas accordés aux pêcheurs de thon, la recherche scientifique et les activités de pêche à des fins alimentaires, sociales et cérémonielles des communautés autochtones. Mais les captures se situent désormais à des niveaux plus viables.

Cela dit, nous continuons à en pêcher d’énormes quantités. Je crois que les gens oublient ce que représente une tonne : cela correspond à un millier de kilos de poissons. Dans certains cas, cela équivaut à des millions de poissons. J’aborde toujours ce sujet lorsque je rencontre le MPO et les représentants de l’industrie de la pêche, car j’ai l’impression que l’on parle parfois de ces poissons en termes abstraits.

Bien sûr, tous ne sont pas satisfaits des quotas de pêche actuellement autorisés. Le maquereau est présent dans quatre provinces de l’Atlantique et au Québec, et sa gestion relève de la compétence

Photo de Nick Hawkins
Photo de Nicholas Hiscock
La protection juridique n’est pas une fin en soi : l’objectif ultime, c’est le rétablissement.

fédérale et non régionale ; il s’agit donc d’un stock très controversé.

Les associations provinciales de pêcheurs sont souvent en désaccord sur les volumes à pêcher et à quelles fins. De plus, il s’agit d’un stock partagé avec les États-Unis, ce qui complique encore davantage la situation.

Les gens veulent croire qu’il faudra trois ans pour ramener le stock en zone saine, moyennant quelques sacrifices. En réalité, il faudra entre six et dix ans pour atteindre la zone de prudence. Plus la surpêche est intensive, plus il faut de temps aux stocks pour se rétablir. Des décisions difficiles ont été prises concernant le maquereau, et, en principe, nous devrions bientôt en voir les bénéfices.

La Loi sur les pêches a donc un impact réel. Elle vise à sortir les stocks épuisés de la zone critique et à les maintenir à des niveaux sains. Et le message est clair : les stocks épuisés doivent faire l’objet de plans de rétablissement. Bien qu’il s’agisse d’une loi stricte, elle

n’est que partiellement mise en œuvre. Plusieurs stocks ne sont pas protégés et n’ont aucun statut de santé.

Faudra-t-il attendre jusqu’en 2040 pour implanter cette loi de 2019 et protéger tous les stocks? La protection juridique n’est pas une fin en soi : l’objectif ultime, c’est le rétablissement.

Le Canada dispose de l’expertise, des lois et des politiques nécessaires pour rétablir les poissonsfourrages, ainsi que de données scientifiques solides pour étayer des décisions de gestion qui priorisent leur santé à long terme. Nous ne voulons pas attendre que chaque stock soit épuisé à un point de non-retour.

Grâce à une législation claire et à un leadership fort, le maquereau pourrait être le premier poisson-fourrage à se rétablir sous la nouvelle Loi sur les pêches. C’est tout à fait possible, et c’est ce dont les océans du Canada ont besoin dès maintenant.

Photos de shaunl/iStock

L’ÉTAT DE NOTRE FONDATION

Les poissons-fourrages du Canada sont la pierre angulaire méconnue de l’abondance des océans, mais leur avenir est menacé. Plusieurs stocks sont épuisés, et la gestion ne tient souvent pas compte de leur rôle crucial dans l’écosystème. Les décisions concernant les petits poissons compromettent silencieusement le rétablissement des grandes espèces et la résilience des communautés côtières. Le Canada dispose des lois, des données scientifiques et des connaissances nécessaires pour rétablir ces populations. La question est de savoir si nous traiterons les poissons-fourrages pour ce qu’ils sont réellement : le fondement du rétablissement de la richesse des océans au Canada plutôt qu’un simple détail. C’est sur cet aspect que le rétablissement de nos pêches est le défi le plus visible et le plus facile à relever.

District de Prince-Rupert

HARENG

Haïda Gwaii

HARENG

PACIFIQUE

Côte centrale

HARENG

ÉTAT DE SANTÉ DES POISSONS-FOURRAGES

EN SANTÉ

PRUDENCE

CRITIQUE

INCERTAIN

STATUT DE PROTECTION

SOUS PROTECTION

LÉGALE

PROTECTION

LÉGALE PROPOSÉE

AUCUNE PROTECTION

LÉGALE

Sierra Hall : « Je veux que tout le monde sache à quel point le hareng est important pour notre culture et notre mode de vie. Nous nous battons pour le protéger, car il fait partie de notre ADN. On a souvent tendance à l’oublier. Perdre le hareng reviendrait à perdre une grande partie de notre identité. »

Côte ouest de l’île de Vancouver

de Géorgie

Détroit

ATLANTIQUE

OTTAWA

Nord du golfe du Saint-Laurent

HARENG

Côte ouest de Terre-Neuve (automne)

HARENG

Shelley Lonergan :

« Je me soucie de ces poissons car ils constituent la base de la chaîne alimentaire marine. S’ils disparaissent, ce sera la catastrophe dans l’océan. »

Sud-ouest de la Nouvelle-Écosse et Baie de Fundy (Atlantique)

HARENG

Sud du golfe du Saint-Laurent (automne)

HARENG

des poissons-fourrages au Canada ne sont pas classés comme étant en santé 81,3 %

Côte ouest de Terre-Neuve (printemps)

HARENG

Nord-est de Terre-Neuve-etLabrador

HARENG

Nord-est de Terre-Neuve-etLabrador

CAPELAN

Jasmine Paul :

« Ces petits poissons jouent un rôle crucial dans l’écosystème et l’économie. On ne peut pas vraiment promouvoir les macareux et les baleines en tant qu’attraction touristique sans tenir compte de ce qui attire ces animaux ici : le capelan et d’autres poissons-fourrages. »

Jack Daly :

« Le maquereau pourrait être le premier poisson-fourrage à se rétablir sous la nouvelle Loi sur les pêches. C’est ce qui est possible — et c’est ce dont les océans du Canada ont besoin aujourd’hui. »

Sud du golfe du Saint-Laurent (printemps)

HARENG

Golfe du Saint-Laurent

CAPELAN

LA FONDATION EN ÉCHEC

Pêches et Océans Canada (MPO) a adopté une approche de précaution au début des années 2000 et l’a intégrée à son processus décisionnel en 2009. Cependant, la réalité sur le terrain est toute autre : l’utilisation limitée de cette approche par le MPO est insuffisante pour orienter la gestion. Or, il s’agit d’une fondation indispensable au rétablissement des poissons-fourrages.

Pour adopter l’approche de précaution, il est crucial d’établir des repères clairs pour déterminer quand un stock est menacé et comment les niveaux de pêche doivent s’adapter. Seuls 13 des 16 stocks de poissonsfourrages ont ces repères, laissant trois stocks dans la catégorie « incertain » et exposés au risque de surpêche.

Si l’on regroupe les stocks dont l’état est incertain, critique ou prudent, la majorité des stocks de poissons-fourrages au Canada ne sont pas classés comme étant en santé. Faute d’éléments nécessaires à l’application complète de l’approche de précaution, seuls trois stocks sur 16 sont protégés en vertu de la Loi sur les pêches, qui impose des plans de rétablissement pour les stocks gravement épuisés. Les trois stocks en santé se trouvent dans la région du Pacifique, mais ces classifications ne reflètent peut-être pas les niveaux de référence historiques ni même la réalité actuelle.

Pourtant, année après année, les plus hauts quotas de pêche commerciale de poissons-fourrages sont attribués à des stocks dont l’état est appauvri et incertain. En 2025, seuls 13 % de l’ensemble des débarquements provenaient de stocks se trouvant dans la zone saine, le reste provenant de stocks en mauvaise santé. Avec une approche de précaution, une telle situation ne se produirait pas. Il est particulièrement révélateur que la plus grande pêche commerciale de poissons-fourrages du Canada exploite les stocks de hareng du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse et de la baie de Fundy, gravement épuisés, avec un quota de 20 000 tonnes

Les décisions de gestion s’écartent régulièrement des avis scientifiques, privilégiant des intérêts à court terme en reportant les quotas de l’année précédente ou en les augmentant.

On accorde aussi peu d’importance aux pressions exercées par les changements climatiques sur l’écosystème marin : les vagues de chaleur, le réchauffement des eaux et la modification des courants glaciaires. Les scientifiques du MPO sont préoccupés, car à peine 27 % des évaluations intègrent des variables environnementales dans les avis sur les pêches1

La gestion actuelle ne tient pas systématiquement compte des besoins alimentaires des prédateurs comme les poissons de fond, les mammifères marins et les oiseaux marins, négligeant ainsi le rôle essentiel des poissonsfourrages dans l’écosystème.

Le décalage est flagrant entre les attentes de gestion et les conditions écologiques, comme l’indiquent les quotas qui dépassent de loin les débarquements réels de poissonsfourrages. De 2020 à 2025, les quotas de poisonsfourrages ont atteint 115 000 tonnes en moyenne, tandis que les débarquements s’élevaient à 79 400 tonnes. Il n’y a tout simplement plus de poissons à pêcher.

Cette gestion fragmentaire va à l’encontre de la législation et des politiques en vigueur, laissant les populations de poissons-fourrages épuisées. Il existe toutefois des points positifs. Sur la côte ouest du Canada, la gestion du hareng du Pacifique de Haida Gwaii suit une approche écosystémique, combinant une science quantitative rigoureuse avec les connaissances uniques de la nation Haïda. Cette approche s’appuie sur des valeurs culturelles, des liens spirituels et le respect de tous les êtres vivants. Cette collaboration a renforcé la gestion du hareng et favorisé la santé de l’écosystème.

Stocks de poissons-fourrages protégés sous la Loi sur les pêches 3 sur 16

1 Pepin, P., Koen-Alonso, M., Boudreau, S. A., Cogliati, K.M., den Heyer, C.E., Edwards, A. M., Hedges, K. J., and Plourde, S. 2023. Fisheries and Oceans Canada’s Ecosystem Approach to Fisheries Management Working Group: case study synthesis and lessons learned. Can. Tech. Rep. Fish. Aquat. Sci. 3553: v + 67 p.

AMORCER LE RÉTABLISSEMENT

Ils sont tout petits, mais les poissons-fourrages jouent un rôle déterminant. Lorsque leur population diminue, la morue peine à se rétablir, les baleines manquent de nourriture, les oiseaux marins déclinent, et les économies côtières s’affaiblissent. En revanche, lorsque leurs populations sont fortes et en santé, l’écosystème se stabilise et les efforts de rétablissement des stocks s’intensifient dans les pêches commerciales. Rétablir les stocks de poissons-fourrages est l’une des mesures les plus directes et efficaces pour restaurer l’abondance des océans.

Le Canada dispose des connaissances scientifiques, du cadre juridique et des outils politiques nécessaires pour gérer et rétablir adéquatement la plupart des stocks de poissons-fourrages d’ici dix ans. Pour ce faire, il faut s’engager à prioriser le rétablissement dans toutes les grandes régions de pêche du pays, à appliquer concrètement l’approche de précaution — pas seulement sur papier — et à prendre des décisions qui favorisent leur santé à long terme, selon des données scientifiques solides. Les règles de contrôle des prises doivent devenir la norme, et les effets des changements climatiques sur la vie marine doivent être pris en compte.

Pour combler le fossé entre la politique et la pratique, le Canada doit :

1. Mettre

pleinement en œuvre la Loi sur les pêches

Une protection légale est requise pour les 16 stocks de poissons-fourrages gérés par le fédéral. À l’heure actuelle, la Loi protège seulement trois stocks, laissant les autres sans protection.

2. Mettre en place des mesures fondées sur la science

Selon l’approche de précaution, tous les stocks de poissons-fourrage nécessitent des points de référence écosystémiques pour déterminer quand ils sont menacés et ajuster les niveaux de pêche en conséquence. Ces références devraient s’inscrire sous une politique modernisée sur les poissons-fourrages et être mises en place d’ici deux ans afin d’assurer que les décisions de gestion s’appuient sur la science.

3. Associer les données scientifiques aux systèmes de connaissances autochtones

La gestion des poissons-fourrages bénéficie de l’association de la science occidentale et des systèmes de connaissances autochtones pour évaluer les stocks, les points de référence, les stratégies de rétablissement et l’aménagement du territoire. Il est crucial de respecter les différences historiques et les relations avec le milieu marin pour prendre des décisions fondées sur l’écosystème.

MÉTHODOLOGIE

Ce rapport s’appuie sur des entrevues menées par Holly Lake au printemps 2026. Les données portent exclusivement sur les poissons-fourrages du Canada. Toutes les données relatives à l’état et la gestion des stocks sont tirées de l’Audit des pêches 2025 d’Oceana Canada, couvrant la période du 2 juillet 2024 au 1er juillet 2025. Les analyses supplémentaires des quotas et des débarquements de poissons-fourrages incluent des données jusqu’au 1er janvier 2026. Pour plus de détails sur la méthodologie de l’audit, consultez oceana.ca/fr/audit-des-peches/.

Photo de Nick Hawkins
Petit poisson, grand fondement

PASSEZ À L’ACTION

Participez au renouveau des océans canadiens.

Les poissons-fourrages du Canada peuvent se rétablir — et la voie à suivre est claire.

Rétablir les poissons-fourrages est l’une des mesures les plus directes et les plus efficaces que le Canada puisse prendre pour rétablir l’abondance dans l’océan. Chaque population rétablie se traduit par des communautés côtières plus fortes, une meilleure sécurité alimentaire, des marchés des produits de la mer plus stables et une meilleure résilience économique.

Signez la pétition : Joignez-vous à nous pour soutenir le rétablissement des stocks de poissons-fourrages et l’abondance des océans au oceana.ca/renouveau-des-oceans.

Partagez le rapport : Discutez avec vos amis, votre famille et vos collègues de l’importance du rétablissement des poissonsfourrages pour l’avenir du Canada et la santé des océans.

Passez le mot : utilisez les réseaux sociaux pour diffuser ce message important et encourager les autres à agir.

Remerciements

Oceana Canada remercie toutes les personnes qui ont généreusement donné de leur temps et leur témoignage pour la rédaction de ce rapport, en particulier Jasmine Paul, Sierra Hall et Shelley Lonergan. La version originale anglaise de ce rapport a été rédigée par Holly Lake. Nous tenons également à remercier Jack Daly, Jennifer Whyte, Josh Laughren, Kim Elmslie, Rebecca Schijns, Lesley Wilmot et Robert Rangeley, dont les connaissances et l’expertise ont contribué à la réalisation de ce travail.

NOUS POUVONS SAUVER LES OCÉANS ET NOURRIR LE MONDE ENTIER.

Établie en 2015, Oceana Canada est une organisation caritative indépendante qui fait partie de la plus grande organisation internationale vouée exclusivement à la conservation des océans. Nous avons réalisé des campagnes visant à interdire les plastiques à usage unique, à mettre fin au commerce des nageoires de requins, à faire du rétablissement des populations de poissons épuisées une obligation légale, à améliorer la gestion des pêches et à protéger les habitats marins. Nous travaillons avec la société civile, les universitaires, les pêcheurs, les populations autochtones et les gouvernements afin d’aider les océans canadiens à retrouver leur santé et leur abondance d’autrefois. En assurant la restauration des océans canadiens, nous fortifierons nos communautés, profiterons de plus grands avantages sur les plans économique et alimentaire, et protégerons notre avenir. Pour en savoir plus, rendez-vous sur Oceana.ca.

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Photo de Nick Hawkins
Oceana Canada

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