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CULTURE

mercredi 9 février 2011

L'éloge de la contemplation Véritable bouffée de fraîcheur à contre-courant de l'effervescence ambiante, le roman de Philippe Delerm paru récemment chez Folio sublime l'instant à travers un personnage énigmatique. ■ Quelque chose en lui de Bartleby est le quarantième ouvrage de l'écrivain français Philippe Delerm connu surtout par le grand public pour le triomphe remporté par son recueil de poèmes en prose La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules paru en 1997. Le récit du présent roman que l'on peut désormais trouver en format poche met en scène un certain Arnold Spitzweg, employé de bureau discret qui travaille à la poste et vit seul, modestement à Paris. Contrairement à ses contemporains, Spitzweg, homme effacé, enclin à la «paresse dégustée» ne revendique aucun exploit ni aucune ambition. «Arnold ne réfléchit jamais à son propre sujet. Il traverse les jours, à la surface. Il voudrait qu'on l'oublie, devenir transparent. Il voudrait s'oublier lui-même, traverser le temps et l'espace sans rien changer, sans déranger personne.» Il aime les petits plaisirs simples comme prendre un café en terrasse en lisant le journal, flâner et pique-

niquer aux abords de la Seine. Le fait de voyager, d'être riche et connu, d'avoir une vie sociale et professionnelle trépidante ne l'intéresse nullement. «J'aime être seul, c'est vrai. J'aime surtout pouvoir accueillir les choses. Devenir les choses. Même une lézarde ou un bout de papier peint qui se décolle. Il me faut de la lenteur et du silence, le moins possible d'horaires programmés.» Un jour, Spitzweg décide de se lancer dans l'aventure informatique. Il crée son propre blog

www.antiaction.com où il livre sa façon de voir les choses glorifiant la flânerie et la contemplation. De façon inattendue, son blog remporte un grand succès auprès des internautes. Spitzweg va donc devoir gérer cette subite notoriété qui s'inscrit à l'encontre de tous ses principes... Très agréable à lire et à déguster, cette histoire fait l'apologie du plaisir de voir le temps passer en plein centre de Paris, à l'époque estivale. Selon les dires du titre, le protagoniste Spitzweg ressemblerait à Bartleby en référence au personnage du roman d'Herman Melville. Dans l'ouvrage en question, Bartleby est un simple commis aux écritures dans un bureau de Wall Street où il finit par élire domicile. Préférant rester en retrait et renoncer à toute contrainte, la phrase qu'il affectionne est «Je préférerais pas» lorsqu'on lui propose un travail sortant de sa routine. A une époque où les gens trépignent et se

bousculent pour obtenir une reconnaissance publique quelque peu valorisante, il est fascinant d'entendre parler des voix contraires qui «préfèrent pas» et se glissent paisiblement dans une existence discrète et effacée. Comment ces voix peuventelles résister à la tentation de flatter leur ego en livrant des pensées intimes sur la toile? Le pouvoir du présent est-il vraiment multiplié par l'envie de le dire à autrui, comme le pense au départ Spitzweg? Ou tout simplement, la reconnaissance publique est-elle devenue une condition sine qua non du bonheur? Sous une apparence de légèreté, le roman de Philippe Delerm soulève des réflexions d'actualité qui touchent à la vie de tout un chacun. ■ Nathalie Cailteux Quelque chose en lui de Bartleby, de Philippe Delerm, paru aux éditions Folio (ISBN 978-2-07-044022-1, 162 pages).

Participez à notre jeu-concours, organisé en partenariat avec LIBO, qui chaque mercredi met deux exemplaires du livre de poche sélectionné en jeu. Ce livre est par ailleurs mis en évidence au rayon littérature de la librairie. Pour tenter d'empocher le poche de la semaine, envoyez un SMS au 644 47 avec le code: Voix (espace) Nom (espace) Prénom (espace) Delerm. Les gagnants tirés au sort seront prévenus par retour de SMS et pourront retirer leur exemplaire à la librairie LIBO au 11, rue du Fort Bourbon à Luxembourg. www.libo.lu

Jeunes publics

Plus que quelques jours pour s'inscrire Dernière ligne droite pour les inscriptions aux activités que les «stater muséeën» proposent à l'occasion de la «Semaine Jeunes Publics» du 28 février au 6 mars dans les musées de la capitale. Réunies sous le titre Expérience Musée, ces activités doivent permettre aux lycéens d'expérimenter ces lieux dans le cadre des horaires scolaires. L'objectif est non seulement d'intéresser durablement les jeunes aux multiples facettes des musées, mais aussi de sensibiliser les enseignants aux aspects transversaux liés à la création et à la recherche scientifique: photographie web, art virtuel, cartographie, montage sonore, vidéo, poésie. Renseignements et inscriptions au tél. 45 37 85 531 et sur www.experiencemusee.lu.

Distinctions

Amitié, vengeance et adolescence une sélection proposée par Marie Lempicki ■ Loulou et Tom sont de vrais bons amis. Loulou est un loup, Tom est un lapin. Tout va bien pour eux jusqu'au jour où Loulou se met à avoir une réflexion profonde: un vrai loup doit être courageux et partir à l'aventure. Il plante donc son ami lapin qui n'y comprend plus rien et qui, le soir venu, décide de partir à sa recherche. Il brave les vrais dangers de la forêt et fait une rencontre très déplaisante en la personne de Gaspard, le grand méchant loup. Il n'est pas au bout de ses surprises quand, une fois enfermé dans le garde-manger, c'est son ami Loulou qu'il aperçoit confortablement installé… d'ailleurs, est-il encore son ami? Les planches de couleurs éclatantes donnent un beau relief aux personnages et évoluent au gré de l'intrigue. Très belle histoire d'amitié qui dépasse les clichés et les différences. Après tout, un lapin instruit peut très bien vivre dans son terrier avec un loup imprévisible… • C'est en se levant cette nuit-là pour aller faire pipi que Pierre, surpris, découvre d'étranges et minuscules traces de pas sur le sol de la maison. Très vite, c'est face à Cornebidouille qu'il se retrouve… nouvelle intrusion de cette sorcière qui a bien l'intention de se venger d'une aventure précédente. C'est dans la cuisine que cette vengeance se

prépare, autour d'une soupe bien peu appétissante. Folle de rage, Cornebidouille a retrouvé sa taille de géante et notre Pierre devra user de malice pour l'affronter… Album très réussi que l'on savoure tant il foisonne de noms d'oiseaux délicieux et d'illustrations drôles, colorées et impressionnantes. Sans modération! • Louise, élève brillante de seconde, se retrouve convoquée chez le proviseur de son lycée pour cause de «rire intempestif». C'est plus fort qu'elle, parfois incontrôlable. D'habitude, elle lit pendant le cours de français car elle s'y ennuie mais aujourd'hui elle observe son professeur et ses déambulations devant le tableau. Et les spasmes ont monté, le rire s'est échappé, son corps secoué de plaisir… Si Louise ne rit pas, elle meurt. Face à la dispa-

rition de son frère, ce rire la soulage d'un poids douloureux. Elle attend donc la sanction et devant le bureau du proviseur, ses pensées se démêlent. Ce récit à une voix laisse défiler les réflexions de cette adolescente, ses souffrances, ses souvenirs dans ce quotidien qui parfois l'encombre. Très beau texte de Bernard Friot qui encense la joie de vivre tout en évoquant la mort que Louise doit apprendre à côtoyer. Plein d'espoir. – Grégoire Solotareff: Loulou plus fort que le loup, Ecole des loisirs, 5 ans, 31 pages. Prix: 12, 50 euros; – Magali Bonniol, Pierre Bertrand: La vengeance de Cornebidouille, Ecole des loisirs, 4-5 ans, 23 pages. Prix: 12 euros; – Bernard Friot: La fille qui ritActe sud junior, coll. D'une seule voix, 14 ans, 85 pages. Prix: 7,80 euros.

Globes de Cristal Kristin Scott Thomas pour Elle s'appelait Sarah, film de Gilles Paquet Brenner, Michael Lonsdale dans Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, mais aussi Edouard Baer pour sa pièce Miam Miam comptent parmi les principaux lauréats des Globes de Cristal 2010. Retransmis depuis Le Lido, en présence du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, les sixièmes Globes de Cristal ont également distingué les chanteurs Yael Naïm et Ben L'Oncle Soul (meilleurs interprètes), Jean-Paul Gaul(Photo: AP) tier (meilleur créateur de mode), Pierre Arditi Carlos d'Olivier Assayas (meilleur téléfilm), le musée d'Art moderne de Paris et l'exposition Jean-Michel Basquiat (meilleure exposition), Mamma Mia (meilleure comédie musicale), Le quai de Ouistreham de Florence Aubenas (meilleur roman-essai) et Audrey Lamy (meilleur one man show). L'Arnaqueur de Pascal Chaumeil a été désigné meilleur film, devant Des hommes et des dieux, Potiche, Tournée et Le nom des gens. Un prix d'honneur a été décerné au comédien Pierre Arditi. Trophées récompensant les arts et la culture, les Globes de Cristal sont décernés chaque année par un collège de 4.600 journalistes spécialisés. Les nommés sont désignés par un jury présidé cette année par Franz-Olivier Giesbert et regroupant des critiques de quotidiens et magazines.

Prix Roland Dorgelès Mireille Dumas et Nicolas Poincaré ont reçu à Paris le prix Roland Dorgelès, récompensant deux professionnels de l'audiovisuel qui se sont particulièrement distingués par leur attachement à la langue française. Le ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, a remis ce prix à Mireille Dumas, animatrice et productrice de Vie privée, vie publique sur France 3, et à Nicolas Poincaré, journaliste à France Info qui doit rejoindre Europe 1 à la fin du mois de février. Le ministre de la Culture a lui-même reçu ce prix en 2003, lorsqu'il officiait à la télévision. Le prix Roland Dorgelès a été créé à l'initiative de l'association des écrivains combattants, fondée en 1919 et qui réunit 650 membres.

20110210 Philippe Delerm  

Véritable bouffée de fraî- cheur à contre-courant de l'effervescence ambiante, le roman de Philippe Delerm paru récemment chez Folio sublime...