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L’AVENIR DE L’INVESTISSEMENT EST AUX PLACEMENTS DURABLES TIMO BUSCH
MUSÉE D’HISTOIRE DE BERNE
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Turbo-capitalisme, orientation exclusive vers le profit, maximisation de la valeur actionnariale : aux yeux des esprits critiques, ce sont autant d’indices des dérives de l’argent déchaîné. L’économie, mais aussi le secteur des finances, intrinsèquement dédié à la croissance et à la maximisation du profit, sont considérés comme les facteurs clés des problèmes globaux tels que la crise climatique, la perte de biodiversité et les fléaux sociaux avec leur cortège de troubles. Comment réagir ? Et qui est appelé à réagir ? Les voix critiques pointent du doigt le monde politique, reprochant aux politicien.ne.s leur inaptitude à renverser la vapeur et à donner une nouvelle orientation à l’économie à l’aide d’une législation adéquate. D’autres voix en appellent à nous, toutes et tous, à prendre davantage de responsabilités au moment de consommer. Le marché financier est un autre acteur décisif. La fonction essentielle du secteur financier est de fournir et d’allouer des capitaux à l’économie réelle. Une tendance se dessine actuellement : à côté de l’orientation traditionnelle et unilatérale vers le rendement ajusté au risque, une dimension nouvelle occupe un rôle toujours plus important : le développement durable. L’ÉVOLUTION DU MARCHÉ FINANCIER DURABLE Sur les marchés financiers, les placements durables font l’objet de toutes les discussions. Cette actualité s’accompagne de l’espoir que les investissements et les placements durables qui prennent en compte des critères de durabilité contribueront à résoudre les problèmes sociétaux. Les critères de durabilité sont qualifiés de l’acronyme ESG (de l’anglais Environmental, Social and Governance), c’est-à-dire critères environnementaux, sociaux et de gouvernance d’entreprise, l’hypothèse principale étant que les produits financiers orientés vers la durabilité ont un effet – ou « impact », pour rester près du terme anglais – positif sur la société et sur l’environnement. Entre-temps, cette hypothèse s’est transformée en opinion dominante. Comment en est-on arrivé là ?
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La « finance durable 1.0 » est la phase durant laquelle les actrices et les acteurs du secteur financier ont commencé à découvrir le lien entre marchés financiers et investissements d’un côté, défis sociaux et problèmes écologiques de l’autre. L’origine de ce changement de paradigme remonte à la politique de l’Apartheid pratiquée en Afrique du Sud ou à la guerre du Vietnam : dans ces deux pays, les investissements ont consciemment évité certains types d’entreprises ou encore les entreprises d’une certaine région. L’ontologie s’invitait soudain dans la logique classique du secteur de la finance alors que des aspects non financiers qui relèvent des domaines de la responsabilité, de la justice et de l’éthique partaient à la conquête des modèles de la mathématique financière. Tous ces efforts tendaient vers un but commun : les investisseuses et les investisseurs voulaient éviter d’investir dans des activités entrepreneuriales en contradiction avec les principes du développement durable. Les investisseuses et les investisseurs ont ainsi assumé leur responsabilité en renonçant à soutenir des activités commerciales non souhaitables. Cette approche n’a pas pour objectif premier de modifier les activités en question, même si cet effet peut se manifester si le nombre d’investisseuses et d’investisseurs ainsi motivé.e.s atteint un seuil critique. Durant la phase suivante de la « finance durable 2.0 » est apparu l’acronyme ESG décrit ci-avant. On a commencé à quantifier la notion de durabilité en mesurant les performances des entreprises à l’aide de critères relatifs à l’environnement, à la société ainsi qu’aux risques et aux chances en termes de gouvernance ; cette approche quantitative a permis de comparer les performances des entreprises entre elles. Les résultats de cette comparaison pèsent dans la décision d’investir ou non dans une entreprise. Les évaluations ESG se constituent de l’agrégation de séries de données qualitatives et quantitatives, généralement de petite dimension, qui, si elles ne témoignent pas d’un impact direct, montrent une tendance en termes de durabilité à l’aide d’un chiffre, qui, à son tour, permet d’établir un classement. Depuis qu’on a constaté que les données ESG sont significatives non seulement en termes d’éthique, mais aussi en termes financiers, l’aspect de la durabilité s’est imposé sur les marchés financiers classiques. Ainsi, les personnes qui
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interviennent sur les marchés financiers sont toujours plus nombreuses à estimer que les nouveaux risques écologiques et sociaux vont aller croissant et que les placements durables peuvent contribuer à réduire ces risques. En Suisse, le lancement de l’indice de durabilité Dow Jones, en 1999, par l’entreprise Sustainable Asset Management (SAM ; aujourd’hui intégrée à la société d’investissement internationale Robeco) basée à Zurich, constitue une étape clé de la deuxième phase de la finance durable. Parallèlement, le monde universitaire a lancé un débat à propos de l’injonction « Faites le bien en faisant bien ». La littérature publiée à ce propos est très majoritairement d’avis qu’en moyenne, les investissements durables n’ont pas de retombées financières négatives.1 À cette époque, il n’y avait guère de manifestations consacrées à ce sujet où l’on n’entendait pas des voix s’élever pour demander que l’investissement durable quitte son statut de produit de niche et devienne la norme sur les marchés financiers. C’est ce qui est arrivé entre-temps, nous y reviendrons. La phase de la « finance durable 3.0 » est celle à laquelle nous avons passé avec la décennie actuelle. Un trait caractéristique de cette phase est la réorientation des marchés financiers vers les investissements à impact (Impact Investments). Alors que la « finance durable 1.0 » portait avant tout sur la question de la responsabilité des investisseuses et des investisseurs et que la phase 2.0 se terminait par l’ancrage de la durabilité dans le courant normal, un aspect avait été généralement oublié jusquelà : la vérification si les investissements durables contribuent réellement à un monde meilleur. Si c’est le cas, celles et ceux qui investissent ont le pouvoir de changer en profondeur la performance écologique et sociale d’une entreprise et par conséquent à avoir un impact direct sur l’environnement et la société ; c’est ce qu’on appelle l’impact de l’investisseur (Investor Impact en anglais). La différence fondamentale entre un investissement classique et un investissement à impact réside dans le fait que l’investissement à impact ne comporte pas uniquement des objectifs en matière de performance financière, mais aussi en matière de performances écologiques et sociales. Lors du passage de la phase de la finance durable 2.0 à la phase de la finance durable 3.0, il s’agit avant tout de placer au centre du
LE PLACEMENT DURABLE D’ARGENT, UNE VÉRITABLE VAGUE DE FOND Le marché des placements durable a le vent en poupe. La Global Sustainable Investing Alliance estime qu’entre 2016 et 2020, quelque 3,1 billions de dollars étasuniens supplémentaires ont pris le chemin des produits financiers durables.2 Les plus récentes statistiques globales concernent 2020 : quelque 35,3 billions de dollars étasuniens ont été investis dans une perspective durable, 35’300’000’000’000 dollars. Ce chiffre pourrait être dépassé par les Nations Unies, qui, en 2006, créait les principes d’investissement durable (United Nations Principles for Responsible Investment, UN PRI).3 Cette initiative invite les investisseuses et les investisseurs à y adhérer et à témoigner ainsi de leur volonté d’investir de manière responsable. L’année de sa création, le fonds réunissait 63 investisseuses et investisseurs et un montant de 6,5 billions de dollars étasuniens. Fin 2021, 3’826 investisseuses et investisseurs qui avait rejoint l’initiative, totalisant 121,3 billions de dollars, soit 121’300’000’000’000 de dollars ! Ce montant l’indique sans
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débat les impacts réels escomptés, à savoir la résolution de problèmes écologiques et sociaux ainsi que d’éthique entrepreneuriale. L’investisseuse ou l’investisseur souhaite apporter une contribution active à la résolution de ces problèmes. Il va de soi que dans un premier temps, rien ne va changer dans l’économie réelle si on vend les actions des entreprises pétrolière pour investir dans un fonds consacré aux énergies durables, puisqu’une personne tierce rachètera les actions pétrolières ainsi libérées. D’ailleurs, les entreprises réunies dans le fonds destiné à financer les énergies durables ne savent en principe pas que leurs titres ont changé de propriétaires. Rien ne change quant à leur dotation financière, c’est le courant normal. Ce qui est une bonne chose. L’exemple montre toutefois que l’actionnaire n’a pas le pouvoir de modifier l’économie réelle. Nous reviendrons plus bas sur les possibilités que les investisseuses et les investisseurs ont de contribuer activement au changement.
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équivoque : le placement durable d’argent obéit à une vague de fond globale. La Suisse n’y échappe pas. Ces cinq dernières années, j’ai été associé de près à la rédaction du rapport sur le marché suisse concernant ces placements durables en ma qualité de co-auteur et en collaboration avec Swiss Sustainable Finance, l’association faîtière des placements durables, dont le siège se trouve à Zurich. La croissance exponentielle le montre : en 2017, le volume de ces placements était de 390 milliards de francs suisses et en 2021, il s’élevait déjà à 1’982 milliards de francs. Une hausse de plus de 500 pour cent en cinq ans seulement… des chiffres à faire rêver ! En 2020, pour la première fois, plus de la moitié des avoirs placés dans fonds publics en Suisse obéissaient à une stratégie ESG. Compte tenu des montants en jeu, il faut effectivement se demander quel est l’avantage d’une telle stratégie. Je propose trois pistes de réflexion : la question de la définition, le point de vue académique et la critique (injustifiée) adressée à la pratique courante. Pour ce qui concerne la définition, les rapports de marchés cités ci-avant utilisent la notion d’« investissements durables » comme terme générique pour désigner tout investissement qui inclut dans ces décisions de placement des aspects qui concernent l’environnement, la société et la gouvernance. Il y a trois bonnes raisons au moins d’utiliser ce terme générique : tout d’abord, il est largement répandu et établi dans la pratique, où il désigne tout type d’investissement qui place ces aspects au-dessus de critères de rendement et de risque, quel que soit le poids de ces critères durables d’ailleurs. Ensuite, la notion se réfère à celle de développement durable tel qu’elle est décrite dans le rapport Brundtland des Nations Unies.4 Cette notion se distingue par son approche large de la durabilité qui, à son tour, conduit à des interprétations différentes selon les actrices et les acteurs, ce qui ne les empêche pas de s’entendre sur un dénominateur commun. Enfin, les investissements durables sont appelés sociaux, éthiques ou écoresponsables dans la théorie comme dans la pratique. Ces notions se recoupent et se complètent partiellement et sont sujettes à interprétation. Le terme générique « investissements durables » recouvre toutes les nuances et interprétations, ce qui est
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exactement le but de statistiques globales établies par agrégation de données ponctuelles. Le choix d’un terme aussi général comporte toutefois des inconvénients majeurs, dans la mesure où il englobe toutes les activités et éléments ESG, sans tenir compte de leur intensité, de leur rationalité et de leur fiabilité. De manière un peu cynique, on pourrait dire que l’essentiel est de pouvoir cocher la bonne case qui a vaguement quelque chose à voir avec l’environnement, la société et la gouvernance. Plus sérieusement, il faut relever que la grande majorité des offres de produits d’investissement durables est parfaitement sérieuse et que ces produits s’efforcent réellement d’intégrer au mieux la durabilité. En même temps, il est clair qu’un offrant qui exclut une seule industrie, que ce soit le tabac, l’atome, les armes ou la pornographie, pratique déjà une stratégie d’exclusion. Tout le capital investi se retrouve dans les statistiques globales évoquées plus haut. Quant à savoir si une telle stratégie contribue de manière significative à relever les défis sociaux et écologiques, la question est pour le moins discutable. Face à cette problématique, il vaut la peine de se tourner vers l’approche académique. Un article spécialisé récemment publié relate l’étude que nous avons entreprise avec un groupe de recherche à l’Université de Zurich pour savoir si les investissements durables déploient réellement un effet positif 5. L’étude conclut que les investissements durables comportent effectivement un potentiel considérable pour aider à résoudre les problèmes de dimension globale. Actuellement, l’effet des investissements durables est, il faut le dire, plutôt médiocre. Ce résultat s’explique notamment par le fait que de nombreux investisseurs, investisseuses et prestataires financiers considèrent « impact positif » et « ESG » comme synonymes. Dans la pratique, la seule prise en compte de critères ESG ne garantit pas automatiquement un impact positif. Pour comprendre ce phénomène et pour comprendre le mécanisme des investissements durables, il faut analyser comment les investisseuses et les investisseurs peuvent obtenir l’impact voulu. La question consiste à savoir quelle est l’emprise potentielle des investisseuses et les investisseurs sur l’économie réelle. Deux mécanismes permettent à l’investissement d’amener un changement dans une entreprise :
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d’une part l’engagement personnel et d’autre part l’apport de capital frais (= supplémentaire). L’engagement se manifeste sous la forme d’activités des actionnaires qui visent à améliorer les pratiques des entreprises en termes de durabilité ; ce sont notamment l’utilisation du droit de vote pour approuver des propositions d’actionnaires lors des assemblées annuelles et les démarches de communication telles que les entretiens informels et le dialogue avec la direction de l’entreprise. Deux manières efficaces pour les investisseuses et les investisseurs d’injecter du capital frais dans les processus de transformation durable innovateurs sont la contribution au capital initial (Venture Capital) et l’investissement dans les produits classiques de la microfinance (p. ex. soutien aux petit.e.s paysan.ne.s dans les pays en développement). Les investisseuses et les investisseurs sont actifs aussi s’iels s’engagent que s’iels fournissant des capitaux supplémentaires, initiant ainsi un changement dans l’économie réelle ; on appelle ce phénomène « impact de l’investisseur ». De nombreux produits de placements se contentent de sélectionner des titres isolés puis de les intégrer dans un portefeuille dont la performance ESG est reconnue. L’investissement dans un tel produit permet d’avoir bonne conscience, puisqu’on investit de manière responsable. Toutefois, l’investisseuse ou l’investisseur ne s’implique pas directement pour amener un changement. Par conséquent, on ne peut pas systématiquement attendre qu’un placement qualifié de durable contribue systématiquement à venir à bout des défis sociaux et écologiques que nous sommes amenés à relever. RIEN QUE DE LA POUDRE AUX YEUX ? Le champ de tension que nous venons d’esquisser entre la définition vaste de l’investissement durable et de l’important volume de placements qu’elle draine et le constat empirique qu’un produit durable ne contribue pas nécessairement à résoudre activement les problèmes, génère de nombreuses critiques. À tort dans beaucoup de cas. Parmi les voix qui s’élèvent contre la pratique courante, on en trouve d’aussi connues que celle de Tariq Fancy, qui travaille pour le gestionnaire de fortunes
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BlackRock ou celle de Desiree Fixler (DWS). Tous deux remettent fondamentalement en question les placements durables, qu’ils qualifient de « balivernes vertes » ou d’« ésotériques ». L’effet placebo est un autre argument invoqué contre les placements durables. Et par conséquent, les accusations d’écoblanchiment font les délices de la presse. Les personnes qui investissent dans un fonds durable financeraient précisément les entreprises et les secteurs économiques qu’elles ne considèrent pas comme durables. J’estime qu’il y a une série de malentendus fondamentaux que j’aimerais évoquer sur la base de quatre mythes.
Cette affirmation est fallacieuse dans la mesure où tout investissement peut avoir un effet, qu’il soit positif ou négatif. Nos travaux montrent que l’effet de causalité direct entre investissement et impact/effet est réellement difficile à prouver. Il faut aussi dire que ce n’était pas l’idée qui était à la base des placements durables. Les critères d’exclusion tels que le charbon servent avant tout à ne pas investir dans les entreprises concernées pour des raisons de responsabilité et de choc de valeurs. L’approche « Best in Class » cherche à minimiser les risques ESG relatifs et à investir dans les entreprises pionnières. Dans une perspective à long terme, j’exige que la question de la quantification de l’impact et des mécanismes d’action soit posée pour tous les placements de capitaux. Les effets et la prise d’influence potentiels dans le cadre d’un investissement varie selon les types de placements. Il convient par exemple de distinguer entre financement par actions et financement externe ainsi qu’entre transactions sur le marché primaire ou sur le marché secondaire. Mythe no 2 : « Les placements durables ne résolvent aucun problème. » Effectivement, un simple changement de propriétaire d’action ne résout aucun problème. Par conséquent, la recherche sur l’impact des placements durables demande que les investis-
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Mythe no 1 : « Les placements durables n’ont aucun effet. »
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seuses et les investisseurs s’impliquent personnellement, comme leur statut d’actionnaire le leur permet ; ces personnes peuvent mettre le doigt sur un problème et contribuer à trouver des solutions. Il faut aussi dire que les investissements durables se basent généralement sur des classements ESG. Alors que les bonnes performances ESG traduisent des améliorations aux plans écologique ou social, ce classement dépend de l’interprétation de la durabilité définie par l’institution qui effectue le classement et de la procédure d’évaluation appliquée. Des différences peuvent ainsi apparaître. Néanmoins, les classements ESG mettent en évidence les entreprises pionnières. Indépendamment de ces réflexions, qui touchent avant tout les investissements sous forme d’actions, les investisseuses et les investisseurs ont d’autres leviers d’action, tels que l’investissement direct dans un projet ou dans une jeune pousse, moyen efficace pour contribuer à résoudre un problème et qu’on ne recommandera jamais assez à celles et à ceux qui investissent. Mythe no 3 : « Ce n’est pas avec des placements durables qu’on sauvera le monde. » Nous devons définitivement abandonner l’idée que le marché financier est/doit être le lieu où tous les problèmes seront résolus. Ce sont bien plutôt les investisseuses et les investisseurs qui peuvent fournier les ressources financières nécessaires pour assurer le tournant vers une économie durable. Les placements durables sont en mesure d’assurer une fonction d’incitation centrale et contribuer, au sens des publications de la présente série, à regagner le contrôle sur l’argent déchaîné. Il s’agit de mettre à profit cette fonction d’incitation et de la renforcer au moyen d’un cadre normatif approprié. Les gouvernements sont nombreux à l’avoir reconnu et à être en train d’élaborer les plans et les stratégies qui vont dans ce sens. Un aspect important, notamment pour les personnes qui débutent dans ce domaine : il convient de toujours bien analyser les produits dans lesquels on envisage d’investir. D’ailleurs, la durabilité d’un produit financier ne se manifeste pas sous une forme donnée : certains mettent l’accent sur les aspects sociaux, d’autres sur
Mythe no 4 : « Si la durabilité était payante, tout le monde la pratiquerait. » C’est l’argument-massue par excellence. Car si on va jusqu’au bout de ce raisonnement, on arrive à la conclusion que toute gestion active d’un fonds demeure sans effet. En d’autres termes, toutes les banques et toutes les personnes qui gèrent des actifs dans les centres financiers sont quasi superflus. Sur quoi cette argumentation se base-t-elle ? La théorie des marchés financiers stipule que dans les marchés efficaces, il n’existe pas de super-performance systématique et durable. La pratique confirme-t-elle cette affirmation ? Non. La recherche a prouvé depuis bien longtemps que les investisseuses et les investisseurs se comportent rarement en fonction de critères rationnels uniquement. Ce qui explique au moins une super-performance temporaire. Et ce qui justifie aussi une approche active de la gestion des fonds, peu importe qu’elle aille dans le sens d’un investissement durable ou non. La recherche scientifique universitaire confirme ce phénomène. Les méta-analyses concluent régulièrement que la majorité des études scientifiques confirment l’effet réel des placements d’argent durables sur le terrain. Ma conclusion personnelle à ce propos : en moyenne, les
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le changement climatique, d’autres encore excluent des secteurs d’activité ou investissent de manière ciblée dans les entreprises pionnières de tous les secteurs. Dans un processus d’exclusion, des compromis sont parfois incontournables : faut-il considérer un fabricant de voitures qui fournit des moteurs pour des véhicules militaires comme une entreprise du secteur de l’armement ? Jusqu’à concurrence de quel pourcentage du chiffre d’affaires peut-on admettre que le charbon est un mal nécessaire pour le moment ? Ces questions sont importantes et elles doivent être posées aux offrants, qui ont des approches individuelles. Ne pas se poser ces questions, c’est prendre le risque d’investir dans des titres que l’on ne juge au fond pas dignes. La clé pour éviter l’écoblanchiment ? La transparence ! L’industrie financière a développé des labels à cette fin et ces labels sont certifiés au moyen d’un processus indépendant.
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placements d’argent durables ne sont pas plus mauvais que ceux qui existent sur le marché général. Autrement dit : investir dans la durabilité ne fait pas mal.
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PERSPECTIVES : LES PLACEMENTS DURABLES LES PLUS EFFICACES Dans les débats menés à propos du développement durable, on entend souvent dire que renoncer à consommer et/ou à investir est le seul remède pour venir à bout des difficultés que nous connaissons. Effectivement, une telle attitude est la seule qui se défend face à certains produits et secteurs. Ainsi, il faut cesser l’utilisation de pesticides, qui contribuent de manière avérée à réduire la biodiversité. Et il ne devrait plus être possible de construire de nouvelles centrales à charbon, faute de moyens financiers mis à disposition. Inversement, il existe d’innombrables secteurs où des capitaux et des investissements supplémentaires sont indispensables. Les placements d’argent durables sont considérés à juste titre comme des leviers essentiels qui permettront d’atteindre les objectifs sociétaux tels qu’ils sont formulés dans les objectifs de développement durable de l’ONU. Plusieurs analyses arrivent à la conclusion que nous avons actuellement énorme déficit de financement : si nous voulons effectivement atteindre les objectifs de développement durables de l’ONU en 2030, il nous faudra trouver des montants bien plus importants pour assurer le financement des mesures qui permettront d’y parvenir. Agir sans attendre 2030, dès aujourd’hui. L’impact des investisseuses et des investisseurs joue un rôle clé dans ce contexte : ce n’est qu’à condition que ces personnes jouent leur rôle que l’impact escompté pourra être atteint. Voilà pour le constat. Il convient de reconnaître néanmoins que tant la recherche que les activités sur le terrain n’en sont qu’à leurs débuts. L’ère de la « finance durable 3.0 » vient seulement de commencer et il faut en tenir compte, tout en accélérant le mouvement. Une condition essentielle est d’arriver à ce que les investisseuses et les investisseurs, mais aussi les prestataires de services financiers, ne considèrent pas
1) Fournissez des capitaux à de jeunes entreprises orientées vers la croissance. Ce sont les investissements dans le marché primaire qui ont la plus grande chance de provoquer un impact immédiat. Les jeunes entreprises sont typiquement celles qui misent sur une croissance forte, tout en n’ayant qu’un accès limité aux modalités de financement externes, pensons à une jeune pousse qui affronte un défi concret pour parvenir à une plus grande durabilité et qui nécessite des moyens financiers. Dans une telle situation, les investisseuses et les investisseurs qui cherchent à atteindre un impact concret peuvent un jouer un rôle clé pour maintenir ou développer l’entreprise, en fournissant soit un capitalrisque, soit des fonds propres privés. 2) Faites usage de votre droit de vote et veillez à ce que votre gérant.e de fortune évoque spontanément la question de la durabilité dans les entreprises : c’est le moyen pour les investisseuses et les investisseurs d’exercer leur influence au niveau de la direction et de promouvoir les changements dans les entreprises bien établies. En misant sur les stratégies d’engagement, vous pouvez, à titre personnel, faire usage de votre voix, en votre qualité de détenteur ou de détentrice de titres, pour convaincre les entreprises de changer de démarche et d’améliorer leurs processus de production ou leurs produits et services. Dans ce contexte, il importe d’assurer que les investisseuses et les investisseurs individuel.le.s puissent adhérer à des coalitions pour collaborer avec des investisseuses et des investisseurs tiers afin d’intervenir des sujets essentiels tels que les violations des droits humains ou le changement climatique. De grandes coalitions
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« impact » et « ESG » comme synonymes. Il s’agit avant tout de se demander comment on peut provoquer, à l’aide de financement ciblés, des modifications et des investissements supplémentaires en vue d’atteindre les objectifs de développement durable de l’ONU. Des considérations ci-avant découlent deux recommandations essentielles à l’adresse des investisseuses et des investisseurs (tant privé.e.s qu’institutionnel.le.s) qui visent un impact réel :
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permettent aux investisseuses et aux investisseurs de lancer des initiatives aptes à motiver les entreprises à changer leurs stratégies. L’avantage de telles coalitions est de rendre visible le lien de causalité entre engagement et résultat. Au-delà, les investisseuses et les investisseurs disposent certainement de nombreuses autres options pour faire intervenir le critère de la durabilité au moment de décider de leurs placements. Iels peuvent par exemple exclure de leur portefeuille les entreprises qui contreviennent aux normes les plus fondamentales. Il faut bien comprendre, dans ce contexte, qu’un investissement doit se faire de manière responsable. Toutefois, pour qu’une contribution devienne effective, d’autres démarches doivent suivre et le succès de ces démarches n’est pas garanti d’avance. Prenons l’exemple d’une grande investisseuse qui exclut désormais certaines entreprises et qui fait part de cette décision à grands renforts médiatiques. Cette démarche est-elle en mesure de développer son effet sur la durabilité ? On peut imaginer que ce tapage et l’écho médiatique qui s’en suit porte atteinte à la réputation des entreprises exclues et que leurs directions se trouvent poussées à compenser cette perte de réputation par des mesures favorables à la durabilité ; l’effet escompté serait donc atteint. Néanmoins, on se trouve ici dans le domaine de la spéculation. Les deux recommandations ci-avant demeurent des stratégies d’impact plus efficaces. Autant de méthodes modernes pour serrer la bride de la monnaie déchaînée.
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NOTES FINALES
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Friede, G., Busch, T., Bassen, A. (2015): ESG and Financial Performance: Aggregated Evidence from more than 2,000 Empirical Studies. Journal of Sustainable Finance & Investment 5 (4), 210–233. Global Sustainable Investment Review 2020, http://www.gsi-alliance.org https://www.unpri.org WCED (1987) Our Common Future. World Commission on Environment and Development, Oxford University Press, Oxford. Kölbel, J.F., Heeb, F., Paetzold, F., Busch, T. (2020): Can Sustainable Investing Save the World? Reviewing the Mechanisms of Investor Impact. Organization & Environment, https://journals.sagepub.com/doi/full/10.1177/1086026 620919202
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Auteur : Timo Busch Éditeur : Musée d’Histoire de Berne (MHB) Responsabilité générale : Thomas Pauli-Gabi (directeur MHB) Responsabilité des contenus : David Iselin (MHB) Traduction : Irène Minder-Jeanneret Relecture : Vanessa Haussener (MHB) Conception graphique : Ronnie Fueglister, avec Yves Graber Impression : Ast & Fischer AG ©2022
Musée d’Histoire de Berne Helvetiaplatz 5 3005 Berne www.bhm.ch
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€$$@1 est une série de publications publiée par le MHB sur la thématique de l’argent. Elle fait partie de la coopération entre le MHB et la Banque nationale suisse. Les deux partenaires ouvriront en 2024 un nouveau lieu d‘expérience sur l’argent à Berne.
La finance « verte », c’est-à-dire les placements durables, sont Auteur : Timo Busch considérés comme des leviers pour parer la crise climaÉditeur : Musée d’Histoire de efficaces Berne (MHB) tique. Les personnes qui: Thomas investissent sont toujours plus nomResponsabilité générale Pauli-Gabi (directeur MHB) breuses à placer leurs avoirs :sous le Iselin titre de la durabilité. Sans Responsabilité des contenus David (MHB) vouloir être: Irène cynique, on peut dire que le marché donne peu à Traduction Minder-Jeanneret peu suite :àVanessa l’évidence scientifique et aux revendications des Relecture Haussener (MHB) jeunes engagés en faveur de l’action climatique. réalité, seul Conception graphique : Ronnie Fueglister, avec En Yves Graber l’effet de levier marchés Impression : Astdes & Fischer AGfinanciers sera suffisamment puissant pour rendre le monde plus durable. Plaidoyer en faveur de l’investissement durable. ©2022 Timo Busch est professeur à l’Université de Hambourg et chercheur associé au Center for Sustainable Finance and Private Wealth de l’Université de Zurich.
Musée d’Histoire de Berne Helvetiaplatz 5 3005 Berne www.bhm.ch
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€$$@1 est une série de publications publiée par le MHB sur la thématique de l’argent. Elle fait partie de la coopération entre le MHB et la Banque nationale suisse. Les deux partenaires ouvriront en 2024 un nouveau lieu d‘expérience sur l’argent à Berne.