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WWF Magazine 115 FR

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WWF

MAGAZINE ENSEMBLE, TOUT EST POSSIBLE

FOCUS

CARCASSES ET CHAROGNARDS : QUAND LA MORT DONNE LA VIE

DOSSIER

REVENEZ AVEC NOUS SUR

LES 60 ANS D’EXISTENCE DU WWF-BELGIQUE TERRAIN

UN RÊVE DE VIE SAUVAGE POUR LA BELGIQUE N° 115 – automne 2026 – semestriel


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L’ESPOIR EST UN CHOIX

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ÉDITO

Lorsque je me retourne sur les 60 ans d’existence du WWF-Belgique, je vois l’histoire de personnes qui ont toujours choisi l’espoir. Qui ont refusé de croire que la perte de la nature est une fatalité. Des personnes comme vous. Cet espoir a commencé à petite échelle, avec Christiane Linet, notre cofondatrice qui a déplacé des montagnes depuis la cave de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique. Elle rédigeait l’ancêtre de ce magazine sur une machine à écrire, donnait des conférences, et sillonnait le pays pour convaincre les gens de devenir membres du tout jeune WWF-Belgique. Heureusement, l’espoir est contagieux. Soixante ans plus tard, nos 56 collaborateurs et collaboratrices veillent jour après jour à ce que nos 20 projets, répartis sur huit écorégions, bénéficient au maximum à l’humain, aux animaux et à la nature. À ce que des lois fortes protègent ce que nous construisons ensemble sur le terrain, en Belgique et à l’étranger. À informer la société sur notre planète vivante et à la mobiliser pour agir en sa faveur. À inciter les enfants et les jeunes à devenir des ambassadeurs et ambassadrices du monde de demain. Avec vous, nous choisissons l’espoir depuis 60 ans. Aussi face aux obstacles. Car nous constatons avec regret que des forêts aujourd’hui protégées peuvent être à nouveau menacées demain. Que des lois pour sauvegarder la nature et notre avenir peuvent être fragilisées. Ce que nous avons bâti ensemble demande de l’attention, de la vigilance et de l’engagement. Par ailleurs, les défis qui se dressent devant nous aujourd’hui sont plus colossaux et plus urgents que jamais. Changement climatique, perte de biodiversité, pression accrue exercée sur les ressources naturelles… Pourtant, c’est avec espoir que je regarde vers l’avenir. Car depuis 60 ans déjà, nous voyons ce qui se passe lorsque les gens se rassemblent derrière le panda et passent ensemble à l’action. Des espèces emblématiques menacées comme le gorille de montagne regagnent lentement mais sûrement du terrain. Les peuples autochtones d’Amazonie veillent sur leurs vastes forêts. Un grand nombre écocitoyen·nes font entendre leur voix haut et fort en faveur de lois qui protègent notre nature. Oui, l’espoir est un choix. Un choix que nous faisons au WWF-Belgique avec beaucoup de détermination, car nous pouvons compter sur vous, nos fidèles sympathisant·es, depuis 60 ans. Et nous vous en remercions du fond du cœur. Anka Stenten Directrice générale faisant fonction

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Dans ce magazine, nous revenons sur les 60 ans d’existence du WWFBelgique. Envie de savoir à quoi ressemblera l’avenir ? Jetez un coup d’œil à notre nouveau plan stratégique !


SOMMAIRE © WWF-China

DOSSIER

Revenez avec nous sur les 60 ans d’existence du WWF-Belgique

Un rêve de vie sauvage pour la Belgique

FOCUS

© Ola Jennersten / WWF-Sweden

© Lars Soerink / Vilda

TERRAIN

14 6 Carcasses et charognards : quand la mort donne la vie

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Les visages du WWF 4 Protéger la nature de demain 22 Votre adoption en action 24

Attention ! Suite à une nouvelle législation, les ONG doivent transmettre le numéro de registre national des donateurs et donatrices à l’administration fiscale pour que leurs dons soient déductibles fiscalement. Complétez vos données ici ou appelez le 02 340 09 20.

Le WWF Magazine est une publication du WWF-Belgique Communauté Française asbl. Tous droits réservés au WWF. Le logo et les initiales WWF sont des marques déposées du World Wide Fund for Nature. Reproduction des textes autorisée, à condition qu’il soit fait mention de la source. • Ont collaboré à ce numéro : Alison Avanzini, Nicky Cremers, Céline De Caluwé, Laura de Kort, Audrey François, Hans Moyson, Corentin Rousseau, Anka Stenten, Koen Stuyck, Pepijn T’Hooft, Nicolas Tubbs, Julie Vandenberghe, Laura Willème, Constance Wong • Coordination : Emma Maris

• Rédaction : Esther Favre-Félix, Emma Maris, Catherine Renard • Traduction : Christelle Cosme, Emma Maris • Design : Alexander Kahrel • Impression : imprimé de façon neutre en CO2 par Zwart Op Wit sur du papier recyclé cyclus silk 90 gr. • Photo de couverture : © WWF-China • E.R. : Déborah Van Thournout, Bd E. Jacqmain 90, 1000 Bruxelles.

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LES VISAGES DU WWF

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Depuis 60 ans, le WWF-Belgique est fait de milliers de visages différents. Certains y travaillent depuis des décennies, d’autres donnent de leur temps, de leur énergie ou de leur soutien. Chacun·e, à son échelle, partage l’envie de protéger la nature et a une histoire à raconter… En voici quelques-unes.

MAGGY, comptable, 42 ans de carrière au WWF-Belgique Maggy avait 21 ans quand elle est arrivée au WWF-Belgique, en 1984. « Au début, il n’y avait pas d’ordinateur, on triait d’immenses sacs de courrier et on répondait à tous les donateurs par la poste. C’est inimaginable, maintenant. » Après avoir arpenté différents départements, Maggy a aussi eu l’occasion d’aller découvrir le terrain, en Équateur. « Visiter le bureau du WWF à Quito, voir qu’on est tellement à travailler pour la même cause, ça donne une énergie infinie. Et puis avancer dans la jungle amazonienne pendant des heures, observer les nids des tortues que les communautés locales protègent … On sait pourquoi on fait ce qu’on fait. » Pendant toute sa carrière, sa dévotion ne s’est jamais estompée. « Je n’ai jamais eu l’impression que je devais aller travailler, ça a toujours été un plaisir. »

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TIM, volontaire au WWF depuis 2019, et « panda » officiel durant les événements Pour Tim, tout a commencé avec les camps du Rangerclub (le club 6-14 ans du WWF). « Je suis directement tombé sous le charme de l’ambiance des camps. Réveiller ces jeunes en plein cœur de la nature et partager notre passion, ça me comble tant. Maintenant, aller au WWF, c’est retourner chez moi. » Au fil des ans, Tim a tissé des liens solides avec les enfants qu’il a appris à connaître. Avec Sietse, par exemple. « Au début, il nous a fallu un peu de temps pour s’apprivoiser, mais maintenant, je passe même le chercher chez lui pour les événements auxquels il participe. C’est le genre de personne qui se glisse dans ton cœur et qui n’en part plus jamais. » Lors des événements et manifestations, Tim devient LE panda : c’est lui qui enfile le costume que l’on repère de loin. « Quand je me transforme en panda, tout le monde autour de moi redevient un enfant heureux : on veut un high-five, un câlin ou un selfie. Ça vaut bien les litres de sueur du costume bien chaud ! »

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BRUNO, au service sympathisant·es depuis 2017

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Depuis bientôt 10 ans, Bruno répond au téléphone, par email ou par la poste lorsque vous avez une question ou une remarque. « Ce qui me touche le plus, ce sont les appels ou les lettres de personnes qui veulent simplement nous témoigner leur sympathie, leur reconnaissance pour ce que nous faisons. J’ai justement une carte postale reçue récemment que j’ai mise là, sur mon bureau. »

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Des moments marquants ou drôles, il en a vécu à la pelle ; il faut croire que le WWF stimule l’imagination des grands comme des petits. « Parfois, les gens appellent pour savoir s’ils ont vraiment adopté un animal – s’ils vont pouvoir donner un nom à leur tortue de mer, par exemple. Ou des enfants qui se figurent que dans le bureau, ça grouille d’animaux », sourit-il. « La variété des contacts fait que les journées ne se ressemblent pas. »

SARAH, chargée des projets liés à l’océan au WWF-Belgique depuis 2015

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Biologiste marine de formation, Sarah pensait surtout travailler sur le plaidoyer politique pour l’océan. Dix ans plus tard, elle sourit en regardant tout ce que son métier lui a permis de faire. « J’ai notamment participé à un livre pour enfants, monté des expositions, collaboré avec un musée, mené des campagnes et même donné cours à des enfants de maternelle et de primaire. Je n’imaginais pas à quel point mon métier pourrait se révéler aussi varié. » Parmi ses souvenirs les plus marquants, elle retient la campagne menée pour mieux protéger la nature de la mer du Nord, alors très peu respectée. « C’était un vrai travail d’équipe. Voir qu’il y a trois réserves marines et plusieurs projets de restauration de la nature dans la partie belge de la mer du Nord est une grande fierté. »

MONIQUE, 86 ans, bénévole depuis 2005

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À 86 ans, Monique est en quelque sorte la doyenne du bureau. Depuis plus de 20 ans, elle vient prêter main-forte à l’équipe quatre matins par semaine. Si vous avez une petite peluche chez vous, il y a une grande chance pour qu’elle soit passée par les mains de Monique : c’est elle qui s’occupe du courrier et des colis. « À ma retraite, j’ai voulu continuer à me rendre utile. Mais je ne m’attendais pas à découvrir un endroit si chaleureux et convivial… Une seconde famille, en somme. »

Et puis, il y a vous. Depuis 60 ans, le WWF-Belgique avance grâce à tous nos donateurs et donatrices, bénévoles, membres du Rangerclub, participant·es à nos événements ou fidèles lecteurs et lectrices. Quel que soit votre lien avec le WWF-Belgique : merci de faire partie de cette aventure.

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DOSSIER

REVENEZ AVEC NOUS SUR

LES 60 ANS D’EXISTENCE DU WWF-BELGIQUE C’est dans une cave poussiéreuse située sous la salle des iguanodons de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique que le WWF-Belgique a connu ses débuts. Dès ses balbutiements, en 1966, notre organisation avait deux objectifs clairs en tête : diffuser des informations sur la nature et la biodiversité, et collecter des fonds pour des projets de conservation de la nature. Si ceux-ci sont toujours d’actualité, nos ambitions ont aussi pris de l’ampleur en 60 ans. Nous avons lancé nos propres projets – d’abord en Belgique, puis dans le monde entier. Nous avons appris. Nous avons grandi. Cette croissance, nous voulons la partager avec vous dans ce dossier, car sans vous, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Merci !

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À quoi pensez-vous immédiatement quand vous entendez parler du parc naturel du Zwin ? Aux cigognes, bien sûr ! Ce que vous ignorez peut-être, c’est qu’il s’agit du tout premier projet du WWF-Belgique. Les cigognes étaient éteintes dans notre pays depuis la fin du 19e siècle. Mais au cours de notre première année d’existence, nous avons participé à changer la donne en les réintroduisant dans le Zwin. Ce projet a tout de suite été couronné de succès car, peu de temps après, nous avons pu accueillir les premiers cigogneaux depuis 1895. Dans les années 1970, les choses ont vraiment commencé à bouger. De plus en plus d’amateurs et amatrices de nature nous ont rejoints, et nous avons rapidement pu lancer nos premiers projets internationaux. Pendant des années, le WWF-Belgique s’est concentré sur le bassin du Congo, où nous nous mobilisons aujourd’hui encore en faveur de la gestion durable des forêts tropicales.

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DU ZWIN AU PARC NATIONAL DES VIRUNGA : LE WWF-BELGIQUE AGIT DANS LE MONDE ENTIER 7


ÉTUDE DE CAS 40 ANS DE

CONSERVATION DE LA NATURE DANS ET AUTOUR DU PARC NATIONAL DES VIRUNGA

Notre projet le plus emblématique et le plus long est sans aucun doute celui mené à l’intérieur et aux alentours du parc national des Virunga, dans la partie est de la République démocratique du Congo. Depuis 1987, nous y luttons contre la déforestation. Car le parc national des Virunga est plus qu’une simple zone protégée. C’est le plus ancien parc national d’Afrique. Il s’étend sur une superficie de 7 800 km² – des sommets enneigés de la chaîne de montagnes du Rwenzori au massif des Virunga au sud, en passant par l’immense lac Édouard –, et abrite des éléphants, des buffles, des guépards… et un tiers des gorilles de montagne de notre planète. Les conflits mettent la nature sous pression L’est de la République démocratique du Congo est en proie à des conflits armés depuis des décennies. Des millions de personnes ont dû fuir en abandonnant tout ce qu’elles possédaient. Beaucoup ont trouvé refuge dans le parc national des Virunga et alentour. Pour survivre, elles ont besoin de terres à cultiver pour se nourrir. Et de bois pour produire le charbon de bois nécessaire à la cuisine. Pour ces communautés, l’abattage d’arbres est leur seul moyen de subsistance. De plus, des groupes armés pénètrent régulièrement dans le parc pour braconner ; le revenu de ce trafic leur permettant d’acheter de nouvelles armes. Pas l’humain ou la nature, mais l’humain et la nature Certes, les conflits persistants exercent une pression sans précédent sur humains et la nature. Cependant, les richesses du parc ont toujours été convoitées. Dès le début du projet en 1987 – avant même que les conflits n’éclatent –, veiller sur ces forêts uniques a donc été la priorité du WWF-Belgique. Pour ce faire, nous avons uni nos forces avec les agriculteurs et agricultrices de la région, qui plantent des arbres à croissance rapide sur

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les terres tampons déboisées autour du parc. Ceux-ci fournissent les matières premières pour le charbon de bois, épargnant ainsi les arbres multicentenaires à croissance lente à l’intérieur du parc. Grâce à cette approche, nous protégeons les forêts tout en permettant aux personnes déplacées de subvenir à leurs besoins élémentaires. La lutte contre le braconnage était aussi une priorité dès le départ : nous avons aidé à délimiter les frontières du parc national et soutenons les écogardes qui y patrouillent pour décourager la coupe illégale et éviter le braconnage. Cette mission, nous la menons aujourd’hui encore. Même dans un contexte de conflits, nous continuons de veiller sur la forêt, main dans la main avec les communautés locales et les écogardes. Pour et par la population Au fil des ans, le projet a pris une dimension sociale et économique de plus en plus importante. Avec le soutien du WWF-Belgique, des associations de femmes ont commencé à fabriquer de petites cuisinières économes en énergie qui consomment deux fois moins de charbon de bois que les foyers ouverts traditionnels. Grâce à l’agroforesterie et à l’apiculture, les familles développent de nouvelles sources de revenus et de nourriture. Nous aidons les communautés locales à faire reconnaître officiellement leurs forêts comme des forêts communautaires, qu’elles gèrent de manière durable et autonome. Enfin, nous distribuons des digesteurs de biogaz et des kits solaires, de façon à ce que les sources d’énergie alternatives soient accessibles au plus grand nombre. D’un projet de protection de la nature classique, notre travail à l’intérieur et autour du parc national des Virunga est ainsi devenu un programme pour la nature et l’humain, pour et par la population.


© Brent Stirton / Reportage for Getty Images / WWF

© Kate Holt / WWF-UK

© Kate Holt / WWF-UK

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© WWF-Ecuador

PLUS INTERNATIONAL ET PLUS INCLUSIF

Les leçons que le WWF-Belgique a tirées dans le bassin du Congo, nous les avons appliquées dans d’autres parties du monde. Peu à peu, nous avons étendu notre action aux Carpates, à l’Asie du Sud-Est et à l’Amérique du Sud. Au fil des ans, notre portefeuille de projets s’est étoffé, mais aussi notre vision : dans la nature, tout est lié. À nos débuts, nous mettions souvent l’accent sur une seule espèce ou un seul lieu, mais pour provoquer un changement durable, nous avons dû regarder au-delà des zones protégées et des espèces emblématiques. Notre approche a donc évolué vers une conservation inclusive de la nature à l’échelle des paysages. Avec des projets qui dépassent les frontières, où les communautés locales sont aux commandes et auxquels toute la société participe, des citoyen·nes aux entreprises, en passant par les pouvoirs publics. Aujourd’hui, le WWF-Belgique est actif dans les trois plus grandes forêts tropicales de notre planète, main dans la main avec les meilleurs gardiens de ces forêts : les peuples autochtones et les communautés locales qui y vivent en harmonie avec la nature, depuis des générations. Notre projet en Équateur en est un bel exemple. Équateur : protéger les forêts… En plus d’abriter le puissant jaguar, l’Amazonie équatorienne est aussi la terre nourricière de dix peuples indigènes, qui représentent ensemble plus d’un quart de million d’habitant·es. Ces peuples prennent soin et dépendent des ressources naturelles que la région a à offrir. La déforestation ne menace donc pas seulement la biodiversité inouïe de la région, mais aussi leur mode de vie. En 2015, l’année où nous avons lancé notre projet en Équateur, 100 000 hectares de forêt tropicale se faisaient rayer chaque année de la carte, soit à peu près la superficie du Brabant wallon. Pendant deux ans, nous avons alors soutenu Socio Bosque, un programme public qui accorde une aide financière aux communautés indigènes et aux propriétaires fonciers pour chaque hectare de forêt qu’ils protègent pendant 20 ans.

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Seulement, pour avoir droit à cet argent, les communautés devaient présenter des plans : comment comptaient-elles gérer leur territoire ? Dans quoi allaient-elles investir les produits ? Cela semble simple, mais leurs territoires n’étaient souvent pas délimités officiellement. Il leur était donc difficile de protéger leurs forêts contre les intrus qui venaient y abattre des arbres pour pratiquer l’agriculture et l’élevage. Nos collègues en Équateur les ont donc aidées à cartographier leurs territoires, à établir des plans de gestion forestière, et à consigner leur souhait d’investir dans les soins de santé, l’enseignement, la protection des droits des peuples autochtones, la transformation durable du cacao et l’infrastructure touristique. … aider les communautés à grandir… La protection de la nature est bien plus efficace lorsque nous collaborons avec les communautés qui veillent sur leur environnement depuis toujours. Afin de garantir que la protection des forêts aille de pair avec le développement durable, nous avons élargi notre projet

© Karen Toro


© WWF-Ecuador

AU-DELÀ DE LA PROTECTION DES FORÊTS

COMMENT NOTRE PROJET EN ÉQUATEUR A ÉVOLUÉ 1 Développer des activités économiques durables Le WWF a aidé le peuple Kichwa de Zancudo Cocha à produire du cacao durable. Entre-temps, Indigenous Amazonian Chakras, un projet que soutient le WWF, est devenu un exemple phare de la production de cacao sans déforestation, dans laquelle les femmes occupent des postes de direction.

2 Soutenir une gestion efficace de la nature protégée

et éleveuses, les scientifiques et les pouvoirs publics, le WWF participe à consolider des paysages résilients dans lesquels l’équilibre entre les forêts, les rivières, les animaux sauvages et les activités humaines est maintenu. Mais tous ces efforts ne peuvent vraiment porter leurs fruits que s’ils sont soutenus par des lois et des choix politiques forts. En plus de notre travail de terrain, voilà 60 ans déjà que nous militons pour des lois qui protègent la nature, l’humain et la faune.

… et soutenir les paysages vivants Au fil des ans, les communautés autochtones ont joué un rôle de plus en plus actif dans nos projets. Certain·es membres cartographient scientifiquement la biodiversité de leur territoire avec des pièges photographiques qu’ils et elles posent et entretiennent de façon autonome (voir p. 24) ; d’autres ont appris à identifier les dauphins de rivière pour en surveiller les populations. D’autres encore ont suivi une formation d’assistant·e juridique afin de défendre les droits des populations indigènes pour protéger leurs forêts et rivières, notamment des projets d’exploitation minière aux conséquences désastreuses. Les éleveurs et éleveuses participent aussi, en désignant les points chauds des conflits avec les jaguars ; en 2025, 48 se sont engagés formellement à protéger les jaguars et leurs habitats. Aujourd’hui, la conservation de la nature en Équateur ne se limite donc plus aux seules forêts. Avec les communautés indigènes, les éleveurs

© Chris Gomersall / naturepl.com / WWF

avec elles, en nous appuyant sur trois piliers (voir encadré à droite).

Le territoire de la communauté Achuar s’étend sur une superficie de 679 000 hectares. Grâce au soutien du WWF, il a acquis le statut de zone communautaire protégée : les Achuar assurent désormais eux-mêmes la gestion et la protection de leurs forêts.

3 Échanger des connaissances sur la nature Le WWF-Équateur a développé un programme d’éducation environnementale pour les écoles primaires de la réserve de Cuyabeno. Les autorités, convaincues du modèle d’enseignement, le promeuvent et le diffusent dans d’autres régions.

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60 ANS À DÉFENDRE LES LOIS QUI PROTÈGENT LA NATURE, L’HUMAIN ET LES ANIMAUX

© James Morgan / WWF

1984 - 1985

COMMERCE ILLÉGAL DES ESPÈCES SAUVAGES

Pendant 11 ans, le WWF-Belgique a fait pression sur les autorités, et en 1984, ça y est : la Belgique ratifie enfin la convention de Washington sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées (CITES). Notre pays interdit ainsi le commerce des espèces en danger critique et réglemente le commerce d’autres espèces vulnérables.

Certaines victoires semblent aller de soi. Des forêts protégées. Des lois européennes qui protègent la nature et l’environnement. L’interdiction du commerce des animaux menacés d’extinction. Mais derrière une législation qui veille sur l’humain, les animaux et la nature se cachent des dizaines d’années de plaidoyer politique, de rédaction de rapports et de campagnes. Depuis 60 ans déjà, nous exigeons que l’état de notre planète figure en bonne place sur l’agenda politique. Et c’est plus que jamais nécessaire.

En 1985, le WWF-Belgique participe à la création de la branche belge de TRAFFIC, une ONG internationale qui contrôle l’application de la CITES et lutte contre le commerce illégal des animaux sauvages.

Quelques-unes de nos victoires politiques

© Lien van den Eynde / WWF-Belgium

© Rollin Verlinde / Vilda

2008 (& 2019)

CLIMAT

Le WWF-Belgique contribue à la fondation de la Coalition Climat. Cette organisation faîtière mobilise un large éventail d’ONG, mutualités, syndicats et mouvements citoyens de toute la Belgique en faveur de mesures équitables et nécessaires pour gérer la crise climatique. Le 5 décembre, 15 000 personnes participent à la première marche pour le climat. Le mouvement connaît son apogée en 2019, lorsque quelque 100 000 personnes descendent dans les rues de notre capitale pour réclamer des actions climatiques.

© Misjel Decleer

© Alexander Kahrel

2020-2022

FORÊTS

Grâce à #Together4Forests (une campagne portée par le WWF réunissant plus de 160 ONG), près de 1,2 million de citoyen·nes participent à la consultation publique de l’Union européenne. Plus de 87 000 Belges font ainsi entendre leur voix en faveur d’une loi ambitieuse contre la déforestation. En 2022, l’accord historique est sur la table ! Malheureusement, avant même son entrée en vigueur, la loi connaît un parcours semé d’embûches : elle est reportée et le texte initial est édulcoré. C’est là que le WWF trace une ligne rouge : l’UE ne peut plus affaiblir ni ajourner la loi.

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2023-2024

RESTAURATION DE LA NATURE

C’était une lutte acharnée, mais en 2024, nous pouvons pousser un cri de soulagement : après des années de plaidoyer politique du WWF et d’autres organisations de protection de l’environnement, le règlement européen sur la restauration de la nature entre en vigueur. Les États membres – et donc aussi la Belgique – doivent à présent élaborer des plans nationaux pour atteindre les objectifs du règlement. Le WWF-Belgique conseille les responsables politiques et suit la situation de près. Une tâche indispensable, puisque les différents accords de coalition de notre pays n’allouent pas les budgets nécessaires à l’application du règlement sur la restauration de la nature…


1993 (& 1997)

2000

Le WWF International contribue à la création du FSC (Forest Stewardship Council), l’organisation indépendante qui s’engage dans le monde entier en faveur d’une gestion forestière durable. En Belgique, il faut attendre 1997 pour que le premier bois portant le label FSC soit commercialisé. La même année, trois forêts flamandes obtiennent leur certification FSC. Le WWF mène une vaste campagne sur l’importance du bois durable.

Le WWF-Belgique joue un rôle majeur dans la désignation des sites Natura 2000 belges (Natura 2000 est un réseau européen de nature protégée). Nous cartographions des sites naturels de grande valeur « oubliés » et les inscrivons à l’agenda des pouvoirs publics et de la Commission européenne.

FORÊTS

NATURE PROTÉGÉE

© Kate Holt / WWF-UK

© Grant Durr

2015-2016

2019

Les directives Oiseaux et Habitats veillent depuis des dizaines d’années sur notre nature, mais en 2015-2016, la Commission européenne veut les « moderniser » (lisez : les affaiblir). Le WWF-Belgique et 100 autres organisations européennes réagissent avec #NatureAlert, une campagne qui mobilise plus de 520 000 citoyen·nes pour s’opposer à la révision proposée. Avec succès, puisque la CE a laissé les directives intactes tout en renforçant leur application.

S’appuyant sur un rapport scientifique, le WWF-Belgique démontre le montant des subventions accordées aux combustibles fossiles, convainc le gouvernement de faire preuve de transparence à cet égard et fait du plaidoyer politique pour leur suppression progressive. En 2019, le gouvernement fédéral publie son premier inventaire fédéral annuel des subventions aux combustibles fossiles. En 2025, les gouvernements wallon et flamand inscrivent explicitement la suppression des subventions aux combustibles fossiles dans leurs accords de coalition respectifs. L’administration fédérale est à la traîne, mais nous ne baissons pas les bras.

NATURE PROTÉGÉE

COMBUSTIBLES FOSSILES

QUE NOUS RÉSERVE L’AVENIR ? 2026

MER DU NORD

Après des années de plaidoyer politique du WWF-Belgique, le nouveau plan d’aménagement des espaces marins de la mer du Nord inclut trois réserves naturelles marines protégées. Il met aussi l’accent sur la conservation et la restauration de la nature : une nécessité absolue, car la nature de la mer du Nord ne se porte pas bien. C’est la raison pour laquelle le WWF-Belgique s’efforce de faire en sorte que les nouvelles zones d’énergie éolienne offshore soient conçues de manière « inclusive pour la nature », afin qu’elles produisent non seulement de l’énergie verte, mais qu’elles profitent aussi à la biodiversité.

Ces victoires, nous les devons à des personnes comme vous : des personnes qui nous soutiennent en adoptant symboliquement un animal, en faisant des dons, en signant nos pétitions, en descendant dans les rues de Bruxelles avec nous pour participer à la marche pour le climat… Nous ne vous en remercierons jamais assez ! Mais pas question de nous reposer sur nos lauriers, car les temps sont durs pour la nature. Aujourd’hui, de nouvelles voix s’élèvent pour modifier les directives Oiseaux et Habitats. Pour affaiblir le règlement sur la déforestation. Pour « simplifier » le règlement sur la restauration de la nature (et donc le vider de sa substance). Nous avons donc plus que jamais besoin de votre soutien. Sur le terrain aussi, notre travail est loin d’être terminé. Au contraire : nous entamons cette année une nouvelle stratégie ambitieuse. D’ici à 2030, nous entendons participer à : METTRE UN TERME À LA PERTE D’HABITATS - RAMENER LA PERTE D’ESPÈCES À ZÉRO RÉDUIRE L’EMPREINTE ÉCOLOGIQUE DE LA BELGIQUE DE MOITIÉ - INCITER LES GENS À AGIR POUR LA NATURE - DÉVELOPPER LE SOUTIEN AU MONDE VIVANT Ensemble, nous réalisons des progrès tangibles pour l’humain, les animaux et la nature depuis 60 ans. Nous sommes prêt·es pour les 60 prochaines années. Vous vous joignez à nous ?

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TERRAIN En Belgique, le WWF agit à l’échelle des paysages, dans les zones frontalières incluses, et se concentre sur les grands mammifères.

UN RÊVE DE VIE SAUVAGE pour la Belgique

Des parcs nationaux où la nature peut s’épanouir librement, des rivières méandreuses où les loutres nagent gaiement, des forêts riches en biodiversité où les loups élèvent leurs petits : telle est la vision de nos collègues Céline, Pepijn et Corentin. Leur trio se consacre à la nature dans notre petit pays. Et il voit les choses en grand. « C’est super intéressant, ce que vous faites en République démocratique du Congo, mais que faites-vous en Belgique ? » Il y a dix ans, nous entendions cette question régulièrement. Une question pertinente. En 2016, Céline De Caluwé s’est ainsi vu confier un nouveau défi : élaborer une stratégie pour la nature en Belgique. Un défi d’ampleur qui ne lui faisait pas peur.

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Depuis ses débuts en 2019, la WFTB a : effectué 1 334 visites pour prodiguer des conseils adapté 337 clôtures pour les rendre plus résistantes au loup formé 114 bénévoles

© Hans Moyson / WWF-Belgium

Notre place dans l’écosystème

« Nous avons dû nous réinventer », se souvient Céline. « Nous voulions créer une valeur ajoutée, sans faire double emploi ou concurrencer d’autres organisations de conservation de la nature. Nous avons donc discuté avec plus de 30 acteurs en Wallonie, en Flandre et au-delà de nos frontières. Heureusement, je n’étais pas seule : Pepijn T’Hooft faisait un stage chez nous à ce moment-là. » Le duo a défini sa ligne directrice suite à ces entretiens : agir à l’échelle des paysages, dans les zones frontalières incluses, et se concentrer sur les grands mammifères. En 2018, Corentin Rousseau est venu apporter son expertise wallonne et Pepijn a été engagé. L’équipe était prête à relever le défi. Et c’est juste à ce moment-là que des animaux emblématiques ont commencé à faire leur retour dans notre pays. « Nous savions que quelques loutres vivaient à nouveau dans la vallée de l’Escaut. Et en 2018, Naya est apparue : la première louve à avoir fondé une meute sur le territoire flamand après plus d’un siècle d’absence du loup dans notre pays », s’enthousiasme Corentin.

comment cohabiter avec les grands prédateurs. Pour prévenir les pertes de bétail et assurer l’avenir du loup en Belgique, nous avons donc uni nos forces avec Natuurpunt et Natagora. » De cette union est née la Wolf Fencing Team Belgium (WFTB), un groupe de spécialistes et de bénévoles qui aident gratuitement les éleveurs et éleveuses à rendre leurs clôtures résistantes au loup. « La protection des grands prédateurs commence chez les personnes qui partagent l’espace avec ces animaux », explique Pepijn. « Prévenir les dégâts est le meilleur moyen d’assurer une cohabitation harmonieuse de l’humain et du loup. » En 2024, la WFTB a décroché un prix Natura 2000, dans la catégorie ‘Conservation par le partenariat’. « Le partenariat, c’est ce qui a permis à la WFTB de devenir une véritable référence en Belgique et en Europe. Ce prix était donc une belle reconnaissance. »

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© Frank Maes

Apprendre à vivre avec les loups

Sept mois plus tard, Naya cohabitait avec August, tandis qu’Akela s’installait dans les Hautes Fagnes. Au fil des ans, la population belge de loups a grandi. « Au WWF nous étions on ne peut plus enthousiastes », se remémore Pepijn. « Mais ce retour tout juste amorcé comportait déjà son lot de défis. Notre pays avait oublié

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D’Otterland à ‘Otter over de Grens’

« En 2019, j’ai trouvé mes premières épreintes (ou excréments) de loutre à Kruibeke, dans la vallée de l’Escaut », raconte Céline en souriant. « En Flandre, la loutre recevait trop peu d’attention à l’époque. Au WWF, nous voulions donner à ce mustélidé toutes les chances de s’épanouir à nouveau dans notre pays. Avec l’Institut flamand pour l’étude de la nature et des forêts, nous avons donc examiné quels habitats des loutres nous devions restaurer en priorité dans l’Escaut inférieur. Notre étude a débouché sur un plan de protection pour la loutre en Flandre. » C’était le début d’Otterland, notre premier projet pour la loutre. « Mais il faut savoir que les loutres qui vivent dans la vallée de l’Escaut sont arrivées depuis les Pays-Bas : la nature n’a pas de frontières », explique Céline. « L’étape

suivante était donc de collaborer avec nos voisins du nord. C’est ce que nous faisons aujourd’hui avec ‘Otter over de Grens’, un projet Interreg via lequel nous restaurons les habitats des loutres en Flandre et aux Pays-Bas et améliorons la connexion entre eux. » Cette transformation d’un projet local en un projet transfrontalier fait la fierté de Céline. « Cette année, nous avons réuni des chercheurs, des chercheuses, des expert·es de terrain et des organismes publics lors de notre conférence européenne sur la loutre. Nous avons échangé nos connaissances pour assurer l’avenir de la loutre en Europe. La petite graine que nous avons plantée en 2019 a ainsi pris de véritables proportions internationales », raconte-t-elle avec satisfaction.

Comment faire le bonheur des loutres ? Prévoir des habitats qualitatifs poissonneux en éliminant les obstacles des cours d’eau, en restaurant les frayères, en insufflant une nouvelle vie aux zones humides et en aménageant des étangs naturels. Placer des échelles à faune sur les berges en dur escarpées pour aider les loutres à sortir en toute sécurité de l’eau.

Installer des loutroducs sous les ponts. Les loutres n’aiment pas nager sous les ponts ; elles préfèrent sortir de l’eau pour traverser le pont au sec, au péril de leur vie. Les loutroducs sont des planches qui longent la rivière, mais qui restent au sec ; ils constituent donc une alternative sûre pour la loutre.

© Emma Maris / WWF-Belgium

© Lars Soerink / Vilda

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Corentin montre un loutroduc


Agir à l’échelle des paysages, main dans la main avec les parcs nationaux

En parallèle, le WWF-Belgique collabore également avec les parcs nationaux de la vallée de l’Escaut, du Bosland, de la Haute Campine et de l’Entre-Sambre-et-Meuse. « Les parcs nationaux protègent les zones qui présentent une valeur naturelle exceptionnelle. Notre soutien y fait vraiment la différence. Ce sera donc notre priorité pour les années à venir », déclare Corentin.

Protéger la nature en lâchant prise

Céline

Lâcher prise et continuer quand même à voir des résultats : l’objectif ultime de notre action en Belgique. « À terme, nous voulons nous rendre superflus. Nous n’y sommes pas encore, loin de là, mais le fait que l’Agence pour la nature et les forêts coordonne le projet Interreg pour la loutre en est déjà un bel exemple. Il y a quelques années, la loutre ne figurait pas du tout à l’agenda politique. Maintenant, ‘Otter over de Grens’ est un projet important pour l’Autorité flamande », raconte Céline avec fierté.

© Catherine Renard / WWF-Belgium

« Le WWF est actif dans la vallée de la Semois depuis 2020 », se rappelle Corentin. « Cette année-là, les images des pièges photographiques ont prouvé qu’un lynx boréal s’y était établi, et des rumeurs couraient selon lesquelles des loutres vivraient là-bas. Nous avons donc aidé nos partenaires à présenter la candidature de la vallée de la Semois au titre de parc national. Cette reconnaissance est arrivée en 2023. Maintenant, nous y soutenons des actions de restauration de la nature et y offrons une assistance technique. Notre rêve ? Une nature connectée et des écosystèmes restaurés qui favorisent le retour de la loutre et du lynx dans la vallée de la Semois et alentour. »

« Pour moi, la plus belle forme de lâcher-prise est, le ‘réensauvagement’. Dans cette approche, nous redonnons les rênes à la nature », ajoute Pepijn. « Au cours des prochaines années, nous voulons inciter les parcs nationaux à fixer des objectifs ambitieux pour la nature sauvage. Avec le Bosland, notre partenaire dans le nord-ouest du Limbourg, nous allons franchir un pas important en 2027. En réintroduisant des bisons d’Europe, nous restaurerons un maillon indispensable de l’écosystème : en tant que grand herbivore, le bison assure naturellement de la diversité dans le paysage. » « Nous avons encouragé les parcs nationaux à tester de nouvelles choses », conclut Céline. « Des choses audacieuses. Comme le rétablissement du cycle de la vie en laissant des cadavres comme sources de nourriture pour les autres animaux, les plantes, les bactéries et les champignons. » Corentin acquiesce. « La vallée de la Semois vient de m’appeler : ils veulent essayer. »

Si vous donnez à la nature l’espace dont elle a besoin pour se régénérer, elle vous démontre sa résilience. Le castor qui s’est directement mis à construire un barrage dans la vallée des Vachères, économisant ainsi des milliers d’euros de travaux de déblai (voir ci-dessous), en est la preuve vivante. C’est précisément l’ambition du WWF pour la Belgique les années à venir : redonner à la nature l’espace dont elle a besoin pour faire son œuvre. Car les loups, les loutres, et bientôt aussi les bisons, prouvent une chose : que la nature sauvage en Belgique n’est plus un rêve lointain.

Trois ans de soutien du WWF au parc national de la vallée de la Semois : Restauration de la vallée des Vachères : d’une forêt de production uniquement composée d’épicéas à une vallée riche en biodiversité. Les travaux étaient à peine terminés qu’un castor est venu y construire un barrage qui a créé une mare naturelle ! Suppression des obstacles dans la Fange des Gomhets : nous avons remplacé d’étroits passages d’eau souterrains (buses) pour améliorer l’écoulement de l’eau, afin que les

truites et autres poissons puissent passer par là. Protection de 287 hectares de forêt : aujourd’hui, le parc national compte 1 226 hectares de « réserve forestière intégrale », des zones où la sylviculture est interdite. Cette protection garantit la tranquillité d’animaux comme le lynx. Restauration des frayères de Breuvanne : les frayères sont des lieux où les poissons se reproduisent.

Ils ont besoin de zones peu profondes avec des berges végétalisées. Et si nous voulons faire de la Semois un paradis pour la loutre, il est essentiel qu’il y ait suffisamment de poissons. Lutte contre la balsamine de l’Himalaya sur 105 km de berges : cette plante exotique envahit les berges et ne laisse aucune place à la végétation indigène, qui offrirait plus de refuges aux loutres.

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© Ola Jennersten

FOCUS

CARCASSES ET CHAROGNARDS : QUAND LA MORT DONNE LA VIE

Dans la savane zambienne, un groupe de hyènes tachetées glapissent d’impatience en attendant que les lions se soient délectés de leur proie. Dans la steppe mongole, une large volée de vautours de l’Himalaya dépèce tranquillement le cadavre d’un mouton domestique tout juste trépassé. Il fut un temps où ce type de scène n’avait rien d’incongru dans nos contrées.

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Les animaux morts et leurs carcasses en décomposition ont quasiment disparu de notre quotidien, et pourtant : ils ont un rôle crucial à jouer dans le cycle de la vie. Dans les années 1970, la question de savoir s’il fallait retirer le bois mort des forêts faisait l’objet de nombreux débats, aujourd’hui nous savons que ce bois contribue directement à la résilience des forêts ainsi qu’à une multitude d’espèces forestières. De la même manière, la présence de carcasses bénéficie elle aussi à une foule d’espèces différentes – opportunistes ou spécialistes – et enrichit le sol de manière irremplaçable. Un équilibre disparu Il y a quelques milliers d’années, de larges hardes de chevaux sauvages, d’aurochs, de bisons

d’Europe parcouraient librement notre continent. Lorsqu’ils venaient à mourir, de vieillesse, de maladie, ou d’attaques de grands prédateurs, toute une armée de charognards se chargeait naturellement de nettoyer leurs carcasses, allant des champignons et des insectes aux petits et grands mammifères, en passant par les rapaces tels que les vautours et les aigles. Depuis lors, les vastes étendues sauvages ont été transformées en terres agricoles et bon nombre des grands herbivores sauvages ont complètement disparu du continent. Dans de nombreuses régions, les moutons ou les vaches les ont remplacés, mais lorsque ce bétail meurt de mort naturelle, la loi impose aujourd’hui son enlèvement et sa destruction. Les


herbivores sauvages qui subsistent aujourd’hui dans nos paysages – tels que le chevreuil, le cerf élaphe, et le sanglier – devraient, en principe, continuer à faire partie du cycle naturel de la vie. Mais c’est rarement le cas, entre autres parce que les grands prédateurs se font rares, si l’on fait abstraction des voitures et de la chasse, dont les victimes sont généralement enlevées et détruites ou consommées. Privés de ces processus naturels, nos écosystèmes se retrouvent profondément appauvris et de nombreuses espèces en pâtissent. Mammifères et oiseaux Une large carcasse d’herbivore a en effet la capacité de fournir de grandes quantités de minéraux et de nourriture pendant plusieurs semaines. Une source d’énergie qui est particulièrement bienvenue durant l’hiver ainsi que pour les prédateurs inexpérimentés, pour

les rapaces en cours de migration ou encore les blaireaux qui sortent de leur période de repos hivernal. Les carcasses permettent aussi aux animaux et aux oiseaux de prendre du poids rapidement, comme les jeunes corbeaux, par exemple, qui grandissent vite et ont besoin de grandes quantités de nourriture en un laps de temps relativement court. Les mésanges, elles, viennent y picorer comme elles le feraient sur les boules de graisse de nos jardins. Au total, un projet à travers la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne a compté pas moins de 95 espèces d’oiseaux et de mammifères tirant profit de carcasses. Outre des espèces relativement répandues comme les buses variables, les renards, les sangliers et les martres des pins, d’autres espèces plus rares ont été observées, telles que les milans royaux, les vautours fauves, les putois d’Europe ou les loups.

Un fourmillement de vie Si l’on regarde d’un peu plus près, c’est tout un autre monde qui s’active. Une grosse carcasse offre refuge et nourriture à plus d’un millier d’espèces d’insectes, d’araignées, d’opilions, de mille-pattes, d’acariens, de vers... Les insectes, qui sont attirés par les charognes depuis des kilomètres à la ronde, viennent notamment s’y reproduire. Pour bon nombre d’entre eux, il est donc important qu’un cadavre soit volumineux et reste longtemps sur place, afin qu’ils puissent achever leur cycle de vie, de l’œuf à l’insecte adulte. À leur tour, ces insectes et leurs larves constituent une source de nourriture précieuse pour les insectes prédateurs, les mammifères, les reptiles, les amphibiens et les oiseaux. Enfin après s’être entièrement décomposée, une grande carcasse

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© Ola Jennersten / WWF-Sweden

Le saviez-vous ? Les corbeaux emportent et cachent des morceaux de viande « pour plus tard », ce qui crée de micro-habitats pour les insectes et enrichit les sols.

laisse place à une zone dégagée de sol fertile, entourée de végétation, que les animaux à sang froid utilisent souvent pour se réchauffer au soleil. Des minéraux qui enrichissent le sol En plus d’apporter une concentration locale de nutriments, tels que les protéines et les graisses, les carcasses de grands herbivores constituent aussi des sources précieuses de minéraux comme le calcium, le phosphore, le potassium, le sodium et le magnésium. Au cours de leur vie, les herbivores accumulent les nutriments rares en s’alimentant, et leur mort les libère soudainement. Or ces minéraux sont

essentiels dans la chaîne alimentaire. Dans de nombreux paysages européens, l’équilibre naturel des nutriments a été perturbé suite à l’exploitation forestière, aux dépôts d’azote liés aux engrais, et à la disparition des grands ongulés. Si les zones riveraines reçoivent bien un apport de minéraux par des inondations régulières, dans d’autres sols les minéraux présents sont rarement renouvelés, et leur carence affecte le sol, les plantes et les animaux. Grâce à leur décomposition lente, les os des grands herbivores peuvent apporter des minéraux aux

Les charognards : éboueurs de la nature Les grosses carcasses et leur chair en décomposition risquent-elles de transmettre des maladies ? Plusieurs études vétérinaires ont conclu que le risque de transmission de maladies par ce biais était faible. L’acide gastrique puissant de l’estomac des charognards a en effet la capacité de détruire efficacement de nombreuses bactéries et virus nuisibles. Les vautours réduisent ainsi au contraire les risques de transmission de certaines

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sols appauvris pendant plusieurs décennies. Et pour les grands ongulés, ce sont des « pierres à lécher » naturelles qu’ils visitent régulièrement. Vers un retour à un vrai « cycle de la vie » en Belgique ? Dans un contexte où le « réensauvagement » a le vent en poupe et où le nombre de zones désignées comme parcs nationaux augmente à travers le pays (six à ce jour !), on se prendrait à espérer un retour à une nature plus sauvage, où les processus naturels comme la décomposition des carcasses reprendraient leur place.

maladies comme la peste porcine, en nettoyant la carcasse des animaux touchés. Il n’est toutefois pas impossible qu’un animal mort de maladie puisse en contaminer d’autres via sa carcasse. On pense aussi à certaines situations qui présentent des risques particuliers, comme les carcasses se trouvant dans l’eau, où le botulisme peut se développer par temps chaud. Les scientifiques continuent donc d’analyser les risques pour la santé que présentent différents scénarios.


« En Wallonie, on pourrait se poser la question de replacer dans la nature dans des zones sauvages déterminées aléatoirement - les carcasses des animaux sauvages tués sur la route, » explique Corentin Rousseau, biologiste au WWF, « On pourrait aussi réfléchir à laisser sur place un certain pourcentage des animaux abattus par la chasse, notamment lorsqu’ils sont impropres à la consommation humaine. » Une condition toutefois : que les chasseurs utilisent exclusivement des balles sans plomb. En effet, la nourriture est conservée pendant de longues périodes dans l’estomac robuste des charognards, ce qui leur permet de digérer ainsi des charognes en décomposition sans tomber malades, mais cela les rend particulièrement sensibles à l’empoisonnement au plomb, dont des quantités relativement importantes peuvent s’accumuler dans leur organisme. À mi-chemin entre les animaux totalement sauvages et le bétail domestique, les troupeaux de

chevaux et de bovins semi-sauvages, pourraient aussi être un maillon manquant de ce processus, en étant laissés libres de vivre leur cycle de vie dans les zones naturelles jusqu’après leur mort. On pense notamment aux chevaux Konik, aux poneys Exmoor et aux vaches de Galloway. Ces animaux parcourent déjà des zones naturelles en Flandre, qu’ils « gèrent » eux-mêmes en broutant, écorçant, fouillant le sol et d’autres comportements naturels tels que le roulement dans le sable. Leur nombre a considérablement augmenté au cours des 25 dernières années, et on peut notamment les retrouver dans le Rivierpark Maasvallei. Ils seront d’ailleurs bientôt rejoints par des bisons dans le parc de Bosland ! En attendant, une première étape reste la prise de conscience de la place de la mort dans le cycle naturel de la vie, dans sa complexité infinie. Et pourquoi pas espérer qu’elle soit un jour vue de la même manière que le bois mort, aujourd’hui accueilli de façon réfléchie dans nos forêts.

Permettre le deuil Les grands herbivores sont des animaux sociables, qui entretiennent des liens très forts. Il a ainsi été observé que lorsqu’ils en ont l’occasion, les animaux du troupeau viennent visiter le cadavre de leur proche pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, chacun à son rythme. Le sol est piétiné et des sentiers se forment. Laisser un animal mort à l’endroit où il a vécu est également une marque de respect pour les liens qui unissent les animaux entre eux. Découvrez ici une vidéo d’un tel comportement dans un troupeau de bovins Galloway, publiée par notre partenaire ARK Rewilding Nederland :

© Wirestock Creators / Shutterstock

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PROTÉGER

LA NATURE DE DEMAIN L’avenir de notre planète est entre les mains de la jeunesse. Au WWF-Belgique, nous estimons qu’il n’est jamais trop tôt pour commencer à découvrir la nature et pour apprendre à la défendre. Depuis de nombreuses années, des bénévoles enthousiastes animent nos programmes pour les enfants et les jeunes, qui s’engagent à leur tour. Le moment est venu de leur laisser la parole !

LE RANGERCLUB DU WWF Depuis 2012 Excursions, activités et camps Enfants de 6 à 14 ans

Sietse van Echelpoel « J’ai déjà participé à au moins 10 ou 15 camps. Mon préféré, c’était le camp sur les loups en France. Nous sommes partis dans les montagnes avec notre sac à dos, et Tim, le moniteur, m’a bien aidé (merci, Tim !). Malheureusement, nous n’avons pas vu de loups, mais nous avons trouvé des traces. Ensuite, nous avons créé de petits livres avec des traces de plusieurs animaux. J’ai encore le mien ! Le camp sur les blaireaux était aussi super chouette. Ce n’est pas difficile de voir des blaireaux, mais il faut être très silencieux. Si vous marchez sur une branche, le blaireau disparaît. Il faisait noir, donc, c’était compliqué d’éviter les branches au sol. Mais nous sommes parvenus à voir toute une famille de blaireaux ! Tout le monde devrait venir au Rangerclub. J’ai même offert un abonnement à un de mes meilleurs amis pour son anniversaire ! »

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Tinne Verhelst « Je me souviens bien qu’à mon premier camp du Rangerclub, nous avions posé des pièges pour les papillons, pour voir les espèces qu’il y avait dedans le lendemain. Il y en avait plein ! J’étais vraiment émerveillée. Et pendant notre camp dans la Forêt-Noire en Allemagne, nous avons eu l’occasion de dormir une nuit dehors. Il faisait tellement noir que nous avons pu voir la Voie lactée. Un autre soir, nous avons entendu des cerfs bramer et des hiboux hululer. C’était magnifique. C’est pour ces expériences que le Rangerclub est si important : vous découvrez la nature, vous apprenez pourquoi nous devons la protéger. Quand nous sommes devenus trop vieux pour faire partie du Rangerclub, mes amis et moi avons décidé de devenir bénévoles. Aujourd’hui, nous animons des camps et des activités pour permettre à d’autres enfants de vivre les mêmes expériences que nous. »


Laurence Decaluwe « Je veux transmettre un monde vivable aux générations futures. Les actions individuelles aident, mais je voulais avoir plus d’impact. J’avais envie de renforcer la conscience collective. C’est pourquoi j’ai commencé à donner des ateliers pour le WWF en tant que bénévole. Leur matériel pédagogique est génial : à l’aide d’expériences et d’escape games, les enfants découvrent les conséquences du changement climatique et de la pollution plastique, ainsi que les solutions. Leurs professeurs sont eux-mêmes toujours très soucieux du climat et de l’écologie. Ils donnent le bon exemple à leurs élèves, qui s’emploient avec enthousiasme à faire une différence après les ateliers. En donnant des ateliers, je plante une petite graine chez eux. C’est une motivation énorme. »

WWF-ÉCOLES

Depuis la fin des années 80 Matériel pédagogique et ateliers Élèves de l’école secondaire

Zoé Collignon « Cela fait trois ans que j’assume le rôle d’experte climatique ou de présidente des mini-COPs du WWF-Belgique. Avec des élèves de 16 à 18 ans, nous reproduisons une conférence sur le climat : en tant que leaders mondiaux, nous négocions sur les solutions climatiques. Les personnes qui assument le rôle des puissances mondiales servent surtout des intérêts économiques et relèguent donc parfois le climat au second plan. Les personnes qui représentent les États vulnérables défendent avec ferveur la lutte contre le changement climatique, car ces pays en subissent déjà les conséquences. Grâce à la mini-COP, les élèves se rendent compte que le changement climatique n’est pas une notion abstraite, mais un défi concret que nous devons relever tous ensemble. Voir comment les élèves s’investissent et prennent conscience de la gravité et de la complexité de la cause : c’est pour ça que je le fais. »

Evelyne Sel « En tant que membre de la Youth Team du WWF, j’ai participé à la rédaction d’un manifeste politique sur les systèmes alimentaires durables. Notre but était d’inciter les décideurs à rendre l’alimentation durable plus accessible et plus abordable, et de faire inscrire le sujet à l’agenda politique européen. La Youth Team nous a soutenus à chaque étape, grâce à des formations et à des rencontres avec des jeunes qui partagent les mêmes idées que nous. L’année où j’ai fait partie de la Youth Team, j’ai grandi en tant que personne et j’ai acquis d’importantes compétences professionnelles. Le point culminant de mon parcours ? Nous avons pu présenter notre travail et défendre notre vision d’une société durable devant la Commission européenne : une chance unique de nous entretenir avec l’institution qui façonne la législation influençant la vie de millions d’Européens. »

WWF-YOUTH TEAM

Depuis 2021 Projets nature pour et par les jeunes Protecteurs et protectrices de la nature de 15 à 25 ans

Elmo Swenne « Mon projet au sein de la Youth Team ? Contribuer à la “toile de biodiversité”, un jeu pour les 10 à 14 ans, pour découvrir en jouant comment tout est lié dans la nature. Aujourd’hui, je suis aussi bénévole au sein du pilier Écoles du WWF-Belgique : j’encadre des mini-COPs et j’aide à mettre à jour les textes sur climatechallenge.be. Ces expériences sont très précieuses pour moi, en tant que bio-ingénieur fraîchement diplômé. Je rencontre des jeunes engagés de tout le pays, et nous faisons quelque chose de positif pour notre planète. Le fait que nous venions en aide à la nature non seulement à l’autre bout du monde, mais aussi ici, en Belgique, est important pour moi. »

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VOTRE ADOPTION EN ACTION Vous avez adopté un jaguar, un dauphin de rivière, une panthère des neiges ou un tigre ? Découvrez les dernières nouvelles de votre animal préféré !

UN

AR U G JA EST.

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Début 2026, six membres des Tinkias, une communauté autochtone Achuar qui vit au cœur de l’Amazonie équatorienne, se sont enfoncés dans la forêt. Cinq jours durant, le groupe a sillonné la forêt humide pour récupérer les pièges photographiques posés quelques mois plus tôt. À l’issue de leur périple, les membres ont ramené des images extraordinaires à leur communauté. Des photos d’un jaguar noir.

Le mélanisme, un excès de pigments Nous savons tous à quoi ressemble un jaguar ordinaire, brun doré constellé de rosettes noires. Mais certains jaguars ont plus de pigments que leurs congénères, et même si leurs rosettes sont légèrement visibles, on parle bien de ‘jaguars noirs’. « D’après les scientifiques, environ un jaguar sur dix est noir », explique Rafael Yunda du WWF-Équateur. Les jaguars sont des animaux très farouches : chaque jaguar entraperçu est donc une victoire, mais il est encore plus exceptionnel d’immortaliser un jaguar noir : « Le fait qu’un jaguar noir vive sur le territoire des Tinkias est la preuve que l’écosystème y est stable et sain. Cela montre toute l’importance de la conservation de la nature et du monitoring par la communauté locale », ajoute Rafael. Les Tinkias, gardiens de l’Amazonie équatorienne Les 79 membres de la communauté veillent sur 40 000 hectares de territoire amazonien, soit près de quatre fois la superficie de Charleroi. Des enfants aux adultes : toute la communauté protège et gère la nature qui les entoure avec ardeur. « C’est propre à leur mode de vie, à leur rapport à la nature », raconte Estefanía Arias du WWF-Équateur. Depuis des années, le WWF aide la communauté à étudier la vie qu’abrite leur territoire. Six membres de la communauté ont appris à utiliser des GPS, des

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smartphones et des pièges photographiques pour le monitoring et la cartographie de la biodiversité, ce qui leur a permis d’immortaliser le jaguar noir. « Avec les images des pièges photographiques, la communauté montre au reste du monde comment elle veille sur la biodiversité avec ses connaissances, son leadership et son engagement », conclut Estefanía. Grâce à votre soutien mensuel, les Tinkias peuvent étudier les jaguars de leurs forêts. Merci !

Comment le WWF collabore-t-il avec des communautés comme les Tinkias ? • Nous soutenons la gestion durable des forêts par la communauté. • Nous échangeons des connaissances sur la biodiversité. • Nous veillons à ce que les membres de la communauté disposent du matériel nécessaire, allant des sacs à dos aux pièges photographiques.

Faites la connaissance du jaguar noir de Tinkias.

© WWF-Ecuador

UN PIÈGE PHOTOGRAPHIQUE DU WWF DÉVOILE… UN JAGUAR NOIR


CAMBODGE : UNE ANNÉE PLEINE D’ESPOIR POUR LE DAUPHIN DE L’IRRAWADDY Dauphin de l’Irrawaddy (Orcaella brevirostris)

En danger dans le monde entier selon l’UICN

Les dauphins de l’Irrawaddy vivent dans les eaux tropicales d’Asie du Sud et du Sud-Est. Le WWF-Belgique protège la population de dauphins de l’Irrawaddy qui court le plus grave danger sur notre planète : celle du Mékong cambodgien. Là-bas, leur avenir ne tient qu’à un fil. En 2020, le WWF a estimé leur population à 89 individus seulement. Les efforts de conservation UN DAUPHIN DE RIVIÈRE de la nature que vous soutenez là-bas sont donc EST. 1961 indispensables à leur survie. En 2002, le Cambodge a commencé à faire le suivi du nombre de naissances et du nombre de dauphins perdus à cause de la pêche illégale. Depuis lors, le nombre de décès de dauphins a drastiquement chuté. Pour la première fois depuis 2002, une année entière s’est écoulée sans

En danger critique au Cambodge

qu’un seul dauphin de l’Irrawaddy adulte n’ait perdu la vie ! Cette nouvelle pleine d’espoir est le résultat d’efforts de longue date du WWF et du gouvernement cambodgien, et surtout des pêcheurs, pêcheuses et des gardes-rivières locaux qui participent à la conservation du dauphin de l’Irrawaddy.

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En 2025, aucun dauphin de l’Irrawaddy adulte n’est mort au Cambodge. Au début de l’année 2026, nous avons accueilli six bébés dauphins de l’Irrawaddy.

Avec votre soutien, le WWF-Belgique s’emploie à sauvegarder la population de dauphins de l’Irrawaddy au Cambodge depuis 2017. Au nom du dauphin de l’Irrawaddy, merci !

© Kimlo

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Comment le WWF protège-t-il le dauphin de l’Irrawaddy ? •

Avec succès, nous avons fait du plaidoyer en faveur de l’interdiction des filets maillants dans les habitats des dauphins de l’Irrawaddy, car ces filets ont déjà coûté la vie à de nombreux individus.

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Nous collaborons avec les gardes-rivières locaux qui patrouillent pour prévenir la pêche illégale et retirer les filets maillants de l’eau.

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Nous avons tissé des liens avec les communautés locales qui suivent la population de près : leurs membres recueillent des informations précieuses sur les naissances et les décès.

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Nous sensibilisons les communautés riveraines à l’importance du dauphin de l’Irrawaddy et au danger qu’il court, et travaillons ensemble pour trouver des sources de revenus alternatives qui pèsent moins sur la vie dans le fleuve.

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Une base d’ADN pour protéger les tigres

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± 5.574 tigres à l’état sauvage

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> 8.900 tigres en captivité 3.808

tigres saisis entre 2000 et 2025

Saviez-vous que plus de tigres vivent en captivité qu’à l’état sauvage ? En Asie, au moins 8 900 tigres passent leurs jours dans des cages. Certains vivent dans des zoos agréés, mais la grande majorité est bien moins lotie. Ils vivent dans des fermes de tigres… Attraction touristique au côté obscur Les fermes de tigres se font passer pour des zoos ou des centres de réhabilitation. Elles prétendent vivre uniquement du tourisme, mais en réalité, elles tirent surtout profit du commerce illégal des tigres. Force est de constater qu’il subsiste une forte demande de produits tels que les peaux, dents, griffes et os de tigre, auxquels la médecine traditionnelle attribue des vertus curatives. Les fermes de tigres répondent à cette demande en faisant « disparaitre » des tigres qu’elles élèvent dans l’antre du commerce illégal. Contrôles basés sur les rayures et les échantillons d’ADN Comment prévenir ce fléau ? En créant une base de données centrale qui répertorie tous les tigres vivant en captivité. Cette base de données contient non seulement des photos des animaux – chaque tigre a un pelage rayé distinctif –, mais aussi des échantillons d’ADN. Si les contrôleurs trouvent par exemple des dents de tigre sur un marché, ils peuvent déterminer si elles proviennent d’une ferme de tigres, et infliger des sanctions au vendeur. Et grâce à la banque d’images, ils peuvent mieux pister les activités suspectes.

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UN TIGRE EST.

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Le WWF en action Pour combattre le commerce illégal des tigres, nous travaillons donc en étroite collaboration avec WIFOS, un laboratoire qui collecte et analyse l’ADN des tigres en captivité. En 2025, nous avons ainsi prélevé 843 échantillons d’ADN, un grand pas en avant ! Au WWF, nous continuons de militer pour l’abolition des fermes de tigres. C’est un long processus dans lequel chaque victoire compte. En adoptant un tigre, vous y contribuez. Merci !

Que pouvez-vous faire à votre niveau ?

Ne visitez jamais des fermes de tigres. Vous avez des doutes sur l’endroit que vous visitez ? Gardez à l’esprit qu’un vrai zoo ne vous mettrait jamais en contact direct avec les animaux. Si on vous propose de prendre une photo côte à côte avec un tigre, c’est donc très mauvais signe !


PAKISTAN : COHABITER AVEC LES PANTHÈRES DES NEIGES GRÂCE À L’IA

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entièrement autonomes à dix endroits où passent « Avant, nous voyions les panthères des neiges comme habituellement les panthères des neiges quand elles se des ennemies. Et nous les tuions. » C’est ce que dirigent vers le village, et donc vers le bétail. Ces pièges raconte Aman Baig, un habitant de Khyber. Ce village fonctionnent avec des panneaux solaires et prennent de montagne du Karakoram pakistanais entretenait une photo lorsqu’ils détectent un mouvement », explique une relation complexe avec les panthères des neiges. Muhammad Waseem du WWF-Pakistan. Les images sont Aujourd’hui, grâce à un système innovant mis en ensuite transmises à un serveur central, où l’IA identifie place par le WWF et ses partenaires, la © WW F-P l’espèce animale qui apparaît sur la photo. « S’il s’agit cohabitation avec ces mystérieux ak d’une panthère des neiges, le système envoie une félins est bien différente. alerte à une personne de contact de la communauté. Le processus ne prend que quelques secondes ; Du conflit à l’harmonie les propriétaires ont ainsi le temps de mettre « Nous avons beaucoup de leur cheptel à l’abri dans les enclos avant que la respect pour les animaux panthère ait l’occasion d’attaquer. » sauvages avec lesquels nous partageons notre espace », Nishat Ali, un éleveur de Khyber, raconte comment le explique Irfan Ali de Khyber. « Nous système d’alerte a changé leur vie : « Nous nous sentons protégeons même nos bouquetins du braconnage. Mais enfin à nouveau en sécurité. Avant l’introduction du que devions-nous faire quand une panthère des neiges système, nous étions toujours inquiets pour nos animaux. anéantissait tous nos revenus en une seule attaque ? » Cette technologie est un véritable soulagement pour nous. » C’était en effet leur réalité : quand le « fantôme de la montagne » visitait Khyber, le bétail le payait de sa vie. Aujourd’hui, les habitants et habitantes de Khyber Un butin facile pour la panthère, un drame pour les dorment à nouveau sur leurs deux oreilles, et la villageois et villageoises. « Nous n’aurions jamais imaginé communauté n’a plus besoin de se venger des que des experts en conservation de la nature trouveraient panthères des neiges. Avec votre adoption, vous faites une solution », poursuit Aman. donc la différence pour l’humain et pour la panthère des neiges. Merci ! Mieux vaut prévenir que guérir WF-Pakistan Pour prévenir ces drames ainsi que les représailles ama / W ad Os a mm h u contre les panthères des neiges, le WWF-Pakistan et ©M ses partenaires ont mis au point un système innovant. « Nous avons installé des pièges photographiques UN LÉOPARD DES NEIGES 4 000-6 000 : le nombre de panthères de neiges qui vivraient actuellement à l’état sauvage

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20 : en 20 ans, nous avons perdu 20 % de leur population totale 221-450 : le nombre de panthères des neiges tuées chaque année, dont la moitié en représailles à des attaques sur le bétail

P.-S. Envie d’en savoir plus sur le système mis en place ? Scannez ce code QR !

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