Skip to main content

WWF Magazine 114 FR

Page 1

WWF

MAGAZINE ENSEMBLE, TOUT EST POSSIBLE

DOSSIER FORÊTS TROPICALES HUMIDES : TROIS BASSINS HORS DU COMMUN

TERRAIN ATLAS MAROCAIN : UNE FORÊT EN QUÊTE D’ÉQUILIBRE

FOCUS

LYCAONS : LA SCIENCE À LA RESCOUSSE

N° 114 – printemps 2026 – semestriel


ÉDITO

La dernière fois que j’ai visité notre projet dans le Dawna-Tenasserim, en Thaïlande, nous sommes tombés « nez à trompe » avec un éléphant d’Asie, au cœur d’une forêt en cours de régénération. Il se tenait tout au bord de la route, mais nous avons pourtant failli passer juste à côté sans le voir, tant il se fondait bien dans le paysage. Une rencontre magique qui prouve combien la nature est résiliente. Situé à la frontière entre le Myanmar et la Thaïlande, le paysage du Dawna-Tenasserim (DTL) est un territoire crucial pour des espèces emblématiques telles que les éléphants et les tigres. Nous mettons donc tout en œuvre pour y revaloriser les forêts dégradées et reconnecter les habitats naturels fragmentés. S’il faut faire preuve d’une grande patience avant de voir les résultats des projets de reboisement, d’autres petites actions plus simples portent presque tout de suite leurs fruits, comme la restauration des points d’eau et des sources de sels minéraux. Toutes ces actions bénéficient non seulement à l’éléphant que nous avons rencontré, mais aussi aux nombreux animaux qui vivent dans ces forêts denses, y compris des espèces très discrètes comme les chats-léopards du Bengale, que nous pouvons suivre grâce à leurs empreintes ou aux images de nos pièges photographiques. Ce magazine vous emmène découvrir des histoires pleines d’espoir, à travers les trois plus grandes forêts tropicales humides de notre planète, de l’Amazonie à l’Asie du Sud-Est, en passant par le bassin du Congo (p. 6-13). Découvrez comment nous veillons sur ces écosystèmes si cruciaux pour la vie sur Terre, main dans la main avec les communautés qui y vivent en harmonie avec la nature depuis des millénaires. Vous pourrez aussi découvrir notre travail dans un autre type d’écosystème forestier, lui aussi menacé : la cédraie de l’Atlas, dans le nord-est du Maroc, où notre partenaire Living Planet Morocco travaille à rétablir un fragile équilibre écologique (p. 14-17). L’équilibre écologique, c’est aussi le cœur du travail de recherche mené par notre partenaire Zambian Carnivore Programme dans le Grand Kafue, en Zambie. Leurs scientifiques y ont analysé la quantité d’énergie que consomment les lycaons pour chasser et la quantité d’énergie que cette chasse leur apporte sous la forme de proies (p. 18-21). Toutes ces réussites ne seraient pas possibles sans votre soutien si précieux au WWF-Belgique. Du fond du cœur, merci, et bonne lecture.

Ensemble, tout est possible ! Veerle Hermans Gestionnaire de programme au WWF-Belgique

2


SOMMAIRE

Forêts tropicales humides : trois bassins hors du commun

14 6

Atlas marocain : une forêt en quête d’équilibre

6 14

FOCUS

Lycaons : la science à la rescousse

© Nick Dale / Shutterstock

© Emma Maris / WWF-Belgium

TERRAIN

© Emma Maris / WWF-Belgium

DOSSIER

18 18

Merci 4 Votre adoption en action 24

Attention ! Suite à une nouvelle législation, les ONG doivent transmettre le numéro de registre national des donateurs et donatrices à l’administration fiscale pour que leurs dons soient déductibles fiscalement. Complétez vos données ici ou appelez le 02 340 09 20.

Le WWF Magazine est une publication du WWF-Belgique Communauté Française asbl. Tous droits réservés au WWF. Le logo et les initiales WWF sont des marques déposées du World Wide Fund for Nature. Reproduction des textes autorisée, à condition qu’il soit fait mention de la source. • Ont collaboré à ce numéro : Alison Avanzini, Céline De Caluwé, Pauwel De Wachter,

Veerle Hermans, Marie Lebeau, Hans Moyson, Constance Wong • Coordination : Emma Maris • Rédaction : Esther Favre-Félix, Emma Maris • Traduction : Christelle Cosme, Emma Maris • Design : Alexander Kahrel • Impression : imprimé de façon neutre en CO2 par Zwart Op Wit sur du papier recyclé cyclus silk 90 gr. • Photo de couverture : © Nick Dale / Shutterstock E.R. : Déborah Van Thournout, Bd E. Jacqmain 90, 1000 Bruxelles.

3


MERCI ! Le bison fait son retour en Belgique Saviez-vous qu’il y a 1.200 ans, des bisons d’Europe vivaient dans notre pays ? Ces grands ruminants jouaient un rôle clé dans l’écosystème : ils dispersaient les graines par leur fumier et leur pelage, et stimulaient la biodiversité en créant des espaces ouverts dans le paysage. La chasse intensive et la destruction des habitats les ont fait disparaitre de notre pays, et même de toute l’Europe ; le dernier bison sauvage y a été abattu en 1928… Des individus en captivité ont toutefois pu être élevés puis remis en liberté. Une opération rondement menée, puisqu’en 2023, quelque 8.225 bisons sauvages s’épanouissaient dans dix pays européens. Et en 2027, la Belgique rejoindra cette liste ! L’an prochain, le WWF, l’INBO et l’ANB réintroduiront en effet le bison d’Europe dans le parc national du Bosland, rétablissant ainsi un maillon manquant dans l’écosystème. Nous contribuons à la conservation de cette espèce en danger tout en donnant à la nature sauvage la possibilité de s’épanouir. De telles victoires ne sont possibles qu’avec votre soutien. Merci !

©

W

cific -Pa WF

© Ola Jennersten / WWF-Sweden

Une première tortue équipée d’une balise GPS à Pomio L’an dernier, nous avons lancé un nouveau projet à Pomio : dans ce district de Papouasie-Nouvelle-Guinée, nous protégeons les tortues marines, main dans la main avec les communautés locales. Nos actions clés : protéger les plages de nidification, surveiller les nids, et équiper les tortues de balises GPS, qui fournissent des informations essentielles sur leurs habitudes migratoires. Grâce à votre soutien, les gardiens et gardiennes des tortues marines de Pomio ont récemment pu partir en échange sur la côte de Huon, où des collègues expérimentés leur ont appris à équiper les tortues marines de balises GPS. Des connaissances vite mises en pratique. À la mi-décembre, une excellente nouvelle nous est ainsi parvenue : la toute première tortue luth de Pomio avait été équipée d’une balise GPS ! L’animal venait de pondre sur la plage de Malai, donnant ainsi le coup d’envoi de la saison de nidification. Merci de rendre possible ce projet !

4


© Suyash Keshari / WWF-Australia

POURQUOI CHOISIR DE FAIRE UN DON AU WWF-BELGIQUE PAR TESTAMENT ?

Votre héritage peut faire la différence. Faire un don par testament au WWF-Belgique, c’est un geste simple avec des résultats de grande envergure pour la préservation d’espèces menacées et de leur habitat. Nous avons tous et toutes, chacun à notre échelle, la possibilité de continuer à transmettre notre passion pour la nature et la vie sauvage.

© Hans Moyson /

WW F

e -B

um lgi

Vous souhaitez en savoir davantage ? Demandez votre brochure d’information sur les dons par testament au 02 340 09 20, à l’adresse legacy@wwf.be ou sur testament.wwf.be. Dominique Weyers répond à toutes vos questions. Vous avez déjà inscrit le WWF-Belgique dans votre testament ? Faites-le-nous savoir : nous serions ravi·es de pouvoir vous inviter aux événements du WWF et vous faire parvenir de la documentation spécialisée !

Le WWF-Belgique est membre de la campagne Testament.be


DOSSIER

FORÊTS TROPICALES HUMIDES : TROIS BASSINS HORS DU COMMUN Incroyablement complexes, les forêts tropicales humides sont parmi les écosystèmes les plus anciens de la Terre, certaines ayant survécu sous leur forme actuelle pendant au moins 60 millions d’années. Bien qu’elles ne couvrent que 6% de la surface terrestre, elles comptent parmi les endroits les plus diversifiés de la planète, abritant plus de la moitié des espèces terrestres répertoriées dans le monde ! 80% de ces forêts se concentrent dans trois grandes zones : le bassin du Congo, l’Amazonie, et enfin la région du Mékong et de Bornéo. Le WWF est actif dans chacun de ces trois bassins emblématiques, et vous invite à découvrir comment votre soutien nous permet de défendre et de préserver ces biomes hors du commun…

6


© 4FR / iStock

7


BASSIN DU CONGO : UN COLOSSE AUX PIEDS D’ARGILE Deuxième plus grande forêt tropicale au monde, la forêt du bassin du Congo a la particularité d’abriter une nature restée en grande partie intacte. Cela lui permet de jouer un rôle essentiel dans la régulation du bilan carbone mondial, son couvert forestier et ses tourbières séquestrant l’équivalent de dix ans d’émissions mondiales de CO2, lui valant le surnom de « poumon de l’Afrique » … Des okapis, des bongos et des potamochères - sortes de cousins rayés et colorés des girafes, des gazelles et des sangliers - y vivent aux côtés des chimpanzés, des gorilles et des hippopotames. Plus de 10.000 espèces de plantes y poussent, dont 30% ne se trouvent nulle part ailleurs sur Terre. Les forêts denses sont entrecoupées de rivières miroirs bordées de larges roselières et de clairières appelées « bai » où la grande faune se rassemble. On y trouve des savanes humides, des marécages, et les plus grandes tourbières tropicales du monde. Sous la canopée, le sol forestier est parfois envahi par une couche de marantacées, sorte de hautes herbacées géantes dont raffolent les éléphants de forêt d’Afrique. Ces forêts sauvages sont malheureusement menacées, d’une part car la population de la région devrait doubler d’ici 2050, mais aussi car la zone est riche en ressources naturelles (pétrole, diamants, coltan…) qui attirent les convoitises. En parallèle, les taux de déforestation progressent rapidement - notamment liés à la culture du cacao. Au rythme actuel, 27% des forêts de la région auront disparu d’ici 2050. Et pendant ce temps, le braconnage vide petit à petit les forêts...

8

Enfin la pauvreté reste un défi majeur dans la région. Pour faire face à ces menaces complexes, il faut donc trouver des solutions inclusives, qui reconnaissent notamment que le développement socio-économique doit être une priorité absolue pour la région. Dans tout le bassin du Congo, le WWF s’assure donc que les zones protégées profitent à la fois à la nature et aux communautés locales, en mettant en place des mécanismes basés sur le dialogue, garantissant que les populations locales puissent décider librement de tout ce qui touche à leurs terres. Une plateforme pour travailler ensemble Par exemple, dans le Parc national de Ntokou-Pikounda, en République du Congo, l’une des priorités du WWF a été de mettre en place une plateforme réunissant toutes les parties prenantes. « Cela semble très simple, mais dans la pratique, ce type de structure fait souvent défaut », explique Veerle Hermans du WWF. Cette plateforme regroupe les administrations, les concessions forestières, la société civile, les autorités traditionnelles et des représentant·es élu·es des communautés. « Tout ce que nous voulons faire, nous le soumettons d’abord à la plateforme », poursuit Veerle. « Les communautés peuvent présenter leurs préoccupations, et participer au processus de décision et à la mise en œuvre. » C’est aussi l’occasion d’identifier leurs besoins les plus pressants, amenant le WWF à soutenir les populations via des alternatives économiques durables, ou encore via un appui aux soins de santé, à l’accès à l’eau potable et à l’éducation.


© Jaap van der Waarde / WWF

© WWF-Republic of Congo

Le retour des éléphants L’un des comités de cette plateforme est en charge des conflits avec la faune, une problématique nouvelle pour les habitant·es : qui vivent en bordure de ce parc national. Pendant de longues années, le braconnage intense avait fait fuir les éléphants, qui s’étaient retranchés dans les profondeurs de la jungle. « Quand le WWF a commencé à travailler ici en 2019, le taux de braconnage a drastiquement diminué, grâce aux efforts des écogardes », explique Camille Mbete, directeur adjoint du parc.

« Aujourd’hui, les éléphants se sentent plus en sécurité, et ils reprennent progressivement possession de la forêt », confirme Veerle. Une bonne nouvelle, mais qui n’est pas sans défis : en 2022, une dizaine d’éléphants ont ainsi fait irruption dans une zone agricole de Ntokou, piétinant les cultures de manioc et se régalant de bananes, maïs et taros. À la grande stupéfaction des villageois qui n’avaient souvent jamais entraperçu d’éléphants de toute leur vie ! « Tout d’abord, il fallait que les gens sachent comment réagir en cas de rencontre avec un éléphant », explique Veerle. Le comité a ensuite impliqué les communautés dans la recherche de solutions. « C’est difficile, car vu que ce problème est nouveau, nos ancêtres n’ont pas de méthodes traditionnelles pour faire face à cette situation », explique Yvette Béatrice Pea, membre du comité. Ensemble, ils ont décidé de mettre en place des zones tampons entre les terres agricoles et la forêt marécageuse, d’organiser des patrouilles nocturnes armées de mégaphones, et d’utiliser des torches pour repousser les éléphants vers la forêt. Avec succès : on note déjà une baisse notable des dégâts aux cultures à Ntokou !

9


AMAZONIE ÉQUATORIENNE : DÉFENDRE ENSEMBLE UNE FORÊT UNIQUE © WWF-Ecuador

Faut-il encore présenter l’Amazonie ? Sans égal en termes d’échelle et de complexité, la plus grande forêt tropicale du monde est aussi la plus emblématique. Sa végétation dense à perte de vue est entrecoupée par le fleuve Amazone et ses centaines d’affluents sinueux aux couleurs boueuses comme les limons qu’ils transportent, du brun presque noir au beige opaque… « Quand on pénètre dans la forêt amazonienne, c’est comme si on entrait dans une réalité inattendue », s’enthousiasme Tarsicio Granizo, le directeur du WWF en Équateur. « Il y a beaucoup d’insectes et des centaines d’oiseaux : la nuit, c’est un véritable chœur de bruits. » Ses forêts humides cachent des jaguars, des tapirs et des paresseux. Pendant les saisons les plus chaudes, la végétation absorbe la chaleur et libère de l’humidité - créant de vastes ‘rivières volantes’ qui influencent les précipitations et le climat de toute la région. « Il pleut presque tous les jours et certaines forêts se retrouvent parfois inondées : on peut alors slalomer en bateau entre les cimes des arbres », raconte Tarsicio Granizo. Les chanceux peuvent entrapercevoir dans les eaux opaques le dauphin rose de l’Amazone ou la loutre géante, nageant aux côtés du plus grand nombre d’espèces de poissons d’eau douce au monde.

10

© WWF-Ecuador

© Dr. Morley Read


Une maison à protéger On ne peut évoquer l’Amazonie sans penser aux plus de 350 groupes autochtones qui vivent en harmonie avec la forêt depuis des milliers d’années. Ils dépendent directement de la nature, et en sont d’ailleurs souvent les meilleurs gardiens. C’est l’une des raisons pour lesquelles le travail du WWF en Amazonie équatorienne se fait avec les communautés locales, et notamment les communautés autochtones. « Nous n’avons rien à leur apprendre », explique Tarsicio Granizo, « Mais nous avons besoin d’échanger nos connaissances, dans l’intérêt des uns et des autres. Par exemple, nous cherchons ensemble à développer des systèmes agroécologiques qui fournissent des moyens de subsistance durables à ces communautés, tout en conservant les zones critiques pour la biodiversité. » Une conservation cruciale, car depuis 1970, le bassin amazonien a perdu près de 20% de sa forêt d’origine, pour faire place à de vastes zones d’agriculture et de pâturage pour satisfaire la demande mondiale en produits agricoles, notamment l’élevage bovin et le soja pour le fourrage. Bien que l’Équateur ne possède que 3 à 4% de la forêt amazonienne, il reste l’un des endroits les plus riches en biodiversité de la région. Mais comme le reste du bassin amazonien, il est menacé par la déforestation à grande échelle. « Si on regarde uniquement l’Équateur, nous perdons 60.000 hectares de forêt par an, un chiffre considérable pour un petit pays comme le nôtre », regrette Tarsicio Granizo. En Équateur aussi, c’est le défrichage des terres pour l’agriculture - notamment le cacao - ainsi que pour l’élevage qui sont en cause. « La plupart du temps, cette déforestation est légale : les limites sont floues ». Si les règles sont floues, la menace est bien réelle. La culture ‘classique’ du cacao fait appel à beaucoup de pesticides et épuise les terres, créant un appétit pour de nouvelles terres à défricher. « Avec les communautés autochtones et d’autres producteurs locaux de cacao, nous travaillons donc à améliorer la productivité des terres qui ont déjà été défrichées, afin de ne pas avoir à accroître la déforestation. Nous les aidons également à accéder à des marchés certifiés ‘sans déforestation’ comme un chocolat haut de gamme durable, produit à

© Taita Films

l’ombre de la canopée aux côtés d’autres plantes indigènes, préservant la diversité naturelle de la forêt », raconte Tarsicio Granizo. Amplifier leurs voix En parallèle, le WWF travaille à renforcer les capacités des communautés autochtones. « Par exemple, l’idée est qu’elles puissent observer et dénoncer elles-mêmes les incursions des braconniers, l’exploitation forestière illégale et la pollution des sources d’eau sur leurs propres terres », explique Tarsicio Granizo. Leurs territoires ancestraux sont très vastes et l’extraction de l’or et d’autres minéraux - illégale ou irresponsable contamine les eaux douces. « Des analyses de poissons ont confirmé la présence de métaux lourds », raconte Tarsicio Granizo. Ces poissons font partie intégrante du régime alimentaire des communautés, qui se retrouvent elles aussi contaminées. « Ces résultats seront une arme importante pour dénoncer la situation, par exemple via les médias. Nous voulons amplifier leurs voix et leur permettre de mettre leurs gouvernements face à leurs responsabilités. » Le WWF collabore aussi avec d’autres parties prenantes pour améliorer les réglementations. « Nous visons à terme une protection complète des rivières et zones humides des paysages clés de l’Amazonie équatorienne », conclut Tarsicio Granizo. Une situation qui ne pourrait que plaire aux dauphins roses de l’Amazone.

11


© Chit Ko / WWF Myanmar

THAÏLANDE : UN TERRITOIRE MORCELÉ, À RECONNECTER Au début des années 1970, les forêts couvraient encore les trois quarts de l’Asie du Sud-Est. En 30 ans, plus de 30% de cette couverture forestière a disparu. En cause ? Une urbanisation exponentielle et une forte croissance démographique (ce bassin abrite aujourd’hui plus de 680 millions d’habitants·es !), couplées au développement d’industries telles que l’huile de palme, la pâte à papier ou le caoutchouc. « Entre 1945 et 1975, la couverture forestière en Thaïlande est passée de 61% à 34% de la superficie du pays », confirme Constance Wong, qui gère le projet du WWF-Belgique en Thaïlande. « Au cours des 11 années suivantes, le pays a perdu près de 28% de toutes ses forêts restantes, cantonnant ses espèces emblématiques comme les tigres à des espaces fragmentés. » La priorité du WWF : protéger à tout prix les forêts sauvages qui restent, et les reconnecter les unes aux autres. C’est ce qui nous amène dans les montagnes ondulantes du Dawna-Tenasserim, à la frontière entre la Thaïlande et le Myanmar, l’une des plus grandes zones boisées contiguës d’Asie et donc l’un des derniers habitats propices à accueillir des populations de tigres florissantes. On y trouve des forêts tropicales sombres - dont les feuilles sont parfois caduques à la saison sèche et des zones boisées reposant sur du calcaire qui s’est

12

érodé au fil du temps, créant des micro-habitats idéaux pour l’évolution d’espèces uniques et d’une végétation variée. La région abrite plus de 560 espèces d’oiseaux et 160 espèces de mammifères, notamment des éléphants d’Asie, des pangolins, des tapirs de Malaisie... Des passages pour les tigres « Nous estimons qu’il y a au moins 152 à 196 tigres dans l’ensemble du paysage », explique Suphisit Jitvijak, responsable du programme connectivité & habitats naturels du WWF en Thaïlande. Un nombre remarquable. Mais sans couloirs sûrs pour se déplacer d’une zone naturelle à l’autre, les tigres se retrouvent de plus en plus isolés les uns des autres : cela empêche les jeunes d’aller coloniser de nouveaux territoires et ils risquent plus de rentrer en contact - et donc en conflit - avec les humains. « La connectivité est notre principale priorité. Elle est cruciale pour la diversité génétique des tigres, mais elle a aussi d’autres avantages : par exemple, une forêt continue capte mieux le carbone qu’une forêt morcelée, et une forêt saine joue un rôle d’éponge pendant la saison des moussons, libérant l’eau stockée petit à petit le reste de l’année et prévenant ainsi les sécheresses. En recouvrant les montagnes, les forêts forment aussi une barrière naturelle aux glissements de terrain », poursuit Suphisit Jitvijak.


Préserver les forêts restantes et permettre le libre déplacement des animaux à travers l’ensemble du paysage est donc l’objectif ultime. « En pratique, cela passe par exemple par l’instauration de nouvelles aires protégées, ou par la restauration des paysages dégradés… » explique Suphisit Jitvijak. Une sorte de travail de puzzle. En parallèle, le WWF plaide pour l’instauration d’écoducs pour mitiger les conséquences des projets d’infrastructures, et lutte contre les activités illégales via des patrouilles d’écogardes – car le braconnage n’est jamais loin. « Le programme du WWF réintroduit aussi des cerfs sambars, une des proies favorites des tigres », raconte Suphisit Jitvijak. Des raisons d’espérer Le travail du WWF commence déjà à porter ses fruits : « Nous avions remarqué que plusieurs tigresses s’étaient installées dans le parc national de Khlong Lan, mais elles n’avaient pas de petits, probablement car elles ne trouvaient pas assez de proies », explique Constance Wong. Or lorsque le WWF et ses partenaires ont commencé à réintroduire des cerfs sambars, tout a changé : la tigresse F19 est devenue la première femelle à y élever une famille ! L’un de ses petits, né fin 2023, a été surnommé Gamma, comme la lettre grecque reconnaissable dans ses rayures. Les photos le montraient explorant derrière sa mère les hautes herbes des prairies que le WWF a contribué à restaurer.

À gauche : Gamma et sa mère à Khlong Lan (2024) À droite : Gamma à Lan Sang (2025)

En janvier 2025, le WWF l’a perdu de vue... Un nouveau mâle adulte venait d’entrer sur le territoire de F19, un événement risqué car les mâles entrants peuvent tuer les petits qui ne sont pas les leurs. Mais après neuf mois de silence, soulagement : un piège photographique à 70km au nord de son lieu de naissance a capturé l’image d’un jeune mâle puissant aux rayures distinctes. « Le fait que Gamma ait survécu jusqu’à l’âge adulte et qu’il ait trouvé refuge dans un nouveau parc national est un signe que notre travail pour connecter les forêts fonctionne », conclut Constance, en espérant que ces tigres puissent un jour repartir à la conquête de toute la région…

13


TERRAIN

Atlas marocain : une forêt en quête d’équilibre Dans le nord-est du Maroc, la Réserve de Biosphère du Cèdre de l’Atlas (RBCA) abrite les trois quarts des cèdres de l’Atlas de notre planète. Ces majestueux conifères protègent notamment de l’érosion le sol sur lequel ils poussent. Mais cette fonction cruciale est aujourd’hui en danger.

14


Les gardes forestiers utilisent une application mobile pour surveiller la biodiversité.

Les cèdres de l’Atlas ne mettent pas moins de cent ans (!) avant de porter leurs premiers fruits et de pouvoir se reproduire. Atteindre cet âge canonique n’est pas une mince affaire : les moutons, les chèvres et les herbivores sauvages raffolent tous des pousses des jeunes cèdres, qui ne sont pas encore assez robustes pour survivre à ce « grignotage ». Et la pression du pâturage ne fait qu’augmenter, comme l’explique Oussama Abaouss, chef du programme biodiversité de Living Planet Morocco, partenaire du WWF-Belgique : « Autrefois, les éleveurs transhumaient entre la forêt et la vallée. Aujourd’hui, sous l’effet du changement climatique, leur bétail paît presque toute l’année dans la forêt, ce qui complique la régénération naturelle des jeunes cèdres de l’Atlas. » Et lorsque les cèdres de l’Atlas disparaissent, la protection qu’ils offraient au sol disparaît elle aussi, la couche d’argile laisse alors place à un substrat nu et rocheux sur lequel rien ne pousse. Le changement climatique accélère encore ce processus : la sécheresse persistante affaiblit les arbres et rend la forêt plus vulnérable aux incendies. La pression est en train de devenir trop forte…

Un rôle pour chacun

Aux côtés du bétail, des herbivores sauvages abondent eux aussi dans la cédraie de l’Atlas. Dans une forêt en bonne santé, chaque espèce a un rôle à jouer : les herbivores dispersent les graines des fruits qu’ils mangent et contribuent ainsi à la régénération de la forêt. Les prédateurs maintiennent quant à eux l’équilibre des populations d’herbivores. Mais dans cette forêt, il y a un manque criant de Photos p. 14-15 : Emma Maris / WWF-Belgium

prédateurs : en leur absence, le nombre d’herbivores augmente, les jeunes cèdres de l’Atlas n’ont aucune chance de survie, et la régénération naturelle de la forêt en pâtit directement. Pour rétablir l’équilibre écologique, il est toutefois nécessaire d’avoir une vision d’ensemble de tous les animaux sauvages qui vivent dans la cédraie, de la taille de leurs populations et des pressions qu’ils subissent. « On ne peut pas protéger ce que l’on ne connaît pas », précise Oussama, qui étudie avec son équipe la faune du parc national d’Ifrane, l’un des trois parcs nationaux de la RBCA. « Nos écogardes se rendent donc chaque jour sur le terrain pour collecter des données, soit par observation directe, soit à l’aide de pièges photographiques. »

Espèces emblématiques

Chaque équipe d’écogardes de Living Planet Morocco a sa propre spécialité : Jamal et Ismail veillent sur les gazelles de Cuvier, Abdeslam surveille les mouflons à manchettes, et Abdellah, Saleh et Alla se consacrent aux macaques de Barbarie. Les gazelles de Cuvier (Gazella cuvieri) et les mouflons à manchettes (Ammotragus lervia) avaient complètement disparu du parc national d’Ifrane, mais l’Agence Nationale des Eaux et Forêts

(ANEF) marocaine a changé la donne il y a quelques années en les réintroduisant. Leur suivi a été confié aux écogardes de Living Planet Morocco, qui vérifient leur santé, leur nombre, leurs naissances... Ils encodent toutes ces données dans l’application CyberTracker. « Nous avons ainsi une vue des tendances à long terme », explique Oussama. Les macaques de Barbarie (Macaca sylvanus) n’ont quant à eux jamais disparu d’Ifrane, mais leur aire de répartition s’est considérablement réduite. Autrefois, ces animaux matriarcaux étaient présents jusqu’en Libye et en Égypte ; aujourd’hui, leur sort est lié à celui de la cédraie de l’Atlas, leur habitat principal. Ils y trouvent leur nourriture, y élèvent leurs petits et dorment dans ses arbres. Dans le même temps, ils contribuent à la régénération de la forêt en dispersant les glands du chêne vert, une espèce qui cohabite bien avec le cèdre de l’Atlas.

15


Ces animaux sont apparus sur les pièges photographiques de Living Planet Morocco. Ces singes étant menacés, Abdellah, Saleh et Alla passent chaque semaine de nombreuses heures en leur compagnie. Ils collectent eux aussi des données, mais leur mission principale est peut-être la sensibilisation. « Il y a trois ‘types’ de macaques de Barbarie qui vivent ici », explique Abdellah. « Vous verrez rarement des singes vraiment sauvages : ils vous entendent arriver de loin et se cachent haut dans les arbres. Il y a aussi des singes semi-sauvages, qui gardent toujours une distance de sécurité avec l’humain. Enfin, nous avons les singes ‘touristiques’. Contrairement aux singes semi-sauvages, ils n’arrivent plus à trouver eux-mêmes leur nourriture : les gens les appâtent et leur donnent du pain, des cacahuètes et même des bonbons, ce qui ne fait bien sûr pas partie de leur régime alimentaire. » Cette alimentation a des effets néfastes sur la santé des macaques, et pourrait même entraîner des troubles reproductifs. « Expliquer aux touristes pourquoi ils ne peuvent pas nourrir les singes fait donc également partie de nos tâches », explique Alla. « La sensibilisation est la première étape vers la protection. »

Révéler les secrets de la nuit

Pour pouvoir rétablir à terme l’équilibre de l’écosystème, il est également crucial de savoir quels prédateurs y vivent encore. Autrefois, le lion de l’Atlas régnait sur les forêts du Moyen Atlas, mais aujourd’hui, le loup doré africain (Canis lupaster) est l’un des seuls grands prédateurs dont la présence est encore attestée dans le parc national d’Ifrane. Afin de recenser les autres prédateurs qui vivent dans le parc, Living Planet Morocco a installé un réseau de vingt pièges photographiques, qui permettent aux écogardes d’apercevoir les animaux nocturnes et plus farouches, ce qui est le cas de la plupart des prédateurs. « Nous avons déterminé l’emplacement exact de ces pièges photographiques sur la base de la recherche scientifique », raconte Oussama. « Nous essayons notamment de photographier deux espèces spécifiques : les caracals et les servals (voir ci-contre). Des témoins oculaires affirment que ces espèces vivent encore ici, mais nous n’avons pas encore pu le prouver. » Les écogardes ne laissent rien au hasard. « Nous avons reçu de l’urine de caracals et de servals provenant d’un zoo. Nous en déposons quelques gouttes sur une pierre

16

placée devant le piège photographique pour attirer les félins », explique Saleh. « Jusqu’à présent, nous ne les avons pas encore aperçus, mais nous ne baissons pas les bras. »

Des réintroductions de prédateurs ?

La présence de prédateurs étant un élément clé pour rétablir l’équilibre écologique du parc, leur réintroduction est donc aujourd’hui envisagée, à l’image de celles des gazelles de Cuvier et des mouflons à manchettes. « Les caracals et les servals seraient un bon choix : ils font déjà partie de cet écosystème, et en tant que félins de taille moyenne, ils seraient facilement acceptés par les communautés locales, contrairement aux grands prédateurs comme les léopards », explique Oussama. Prochaine étape, la réintroduction ? « Nous voulons d’abord nous assurer que les caracals et les servals aient bien complètement disparu du parc », précise Oussama. « Car si l’ANEF réintroduisait des individus, ils proviendraient d’Afrique subsaharienne, un habitat bien différent du Moyen Atlas, et les espèces y ont donc évolué autrement. Or s’il s’avérait que des caracals ou des servals indigènes étaient encore présents ici, il serait essentiel de préserver leur spécificité, et donc d’éviter tout croisement avec des animaux réintroduits. Dans ce contexte, l’absence de détection sur les pièges photographiques constitue en soi un résultat important : si nous ne voyons toujours pas de caracals ou de servals sur nos pièges photographiques, l’ANEF pourra commencer à réaliser des études en vue de réintroductions. À l’inverse, leur détection serait bien sûr une excellente nouvelle, mais impliquerait des recherches complémentaires. » En collaboration avec le WWF-Belgique, Living Planet Morocco va donc continuer à surveiller de près la cédraie de l’Atlas et collecter chaque jour de nouvelles données, qui serviront de base aux réintroductions et aux projets de restauration de la nature. Ensemble, nous aiderons la cédraie de l’Atlas à retrouver son équilibre. Ce projet, c’est votre soutien qui le rend possible. Merci !


Caracal Nom scientifique : Caracal caracal Habitat : une grande partie de l’Afrique et du Moyen-Orient, jusqu’en Asie Caractéristiques : félin musclé de taille moyenne, avec de grandes oreilles touffues Pelage : court et épais, de couleur brun-roux

rve y

/W

WF

Taille : 40 à 45 cm de haut, pèse en moyenne 16 à 18 kg Ha

Régime alimentaire : carnivore opportuniste (mange tout ce qui se présente !)

ar M

tin

©

Le saviez-vous ? Le caracal est capable de faire des bonds de trois mètres de haut pour attraper des oiseaux en vol (jusqu’à douze d’un seul coup !).

Serval Nom scientifique : Leptailurus serval Habitat principal : Afrique subsaharienne Caractéristiques : félin élancé de taille moyenne, avec de grandes oreilles et de longues pattes Pelage : jaune doré avec un motif unique de taches et de rayures noires Taille : en moyenne 50 cm de haut, pèse 8 à 18 kg Régime alimentaire : carnivore ayant une préférence pour les petits mammifères et les oiseaux Le saviez-vous ? Le serval a une excellente ouïe. Il entend le moindre bruissement dans l’herbe et capte même les bruits souterrains des rongeurs qui creusent. ©

Ah med

Galal / Un

splash

17


FOCUS

LYCAONS :

LA SCIENCE À LA RESCOUSSE Les lycaons (Lycaon pictus) ont un esprit

d’équipe très fort : ils chassent en groupe, partagent leurs prises et s’occupent des petits tous ensemble. Une collaboration qui est vitale pour ces animaux, surtout dans les régions où les proies se raréfient sous l’effet du braconnage.

Dans le parc national de Luangwa Sud, en Zambie, les lycaons de la meute Manzi savourent leur deuxième impala de la soirée. Ils mangent à la hâte et retournent aussitôt dans leur tanière, où la femelle alpha les attend avec ses dix chiots. De retour de chasse, les lycaons leur rapportent plusieurs kilos de viande fraîche, avant de monter la garde pour la nuit. Des centaines de kilomètres plus loin, au cœur de l’écosystème du Grand Kafue, la meute Tushonto mène une vie bien différente. Leurs trois chiots sont laissés sans surveillance dans la tanière, tandis que tous les animaux en âge de chasser sont de la partie. Après avoir parcouru six kilomètres en quête

18

de nourriture, ils ne parviennent à trouver qu’un petit céphalophe (Cephalophinae, antilopes africaines de petite taille). Ils rejoignent leur tanière l’estomac à moitié rempli, épuisés, et avec un maigre butin à partager. Mais pourquoi une telle différence entre ces deux histoires ? Changement d’équilibre Daan Smit, chercheur au Zambian Carnivore Programme (ZCP), partenaire du WWF, apporte des explications : « Nous constatons depuis des années que le Grand Kafue est beaucoup moins riche en proies que le parc national de Luangwa Sud. C’est parce que le braconnage y a eu le champ libre pendant des dizaines d’années, alors que le Luangwa Sud a été mieux

protégé. Cette situation nous a fait réfléchir aux conséquences pour les lycaons. » Trois millions d’années durant, le défi principal de ces canidés tachetés était d’éviter leurs principaux concurrents : les lions et les hyènes. Les lycaons sont en effet deux fois plus petits qu’une hyène et cinq fois plus petits qu’une lionne adulte. Il y a peu de temps encore, c’était donc surtout cette tension avec les grands prédateurs qui dictait la prospérité d’une population de lycaons à un endroit donné. Mais leur monde change à une vitesse fulgurante. Et aujourd’hui, les populations de grands herbivores diminuent à vue d’œil, essentiellement braconnées pour la consommation humaine.


© Ondrej Prosicky / Shutterstock

« Bien qu’il y ait moins de lions et d’hyènes dans le Kafue, le taux de survie des lycaons y est plus faible, et ils mettent moins de chiots au monde que dans le Luangwa Sud », poursuit Daan. Selon l’équipe de recherche, cela s’explique par le fait que les lycaons du Kafue doivent parcourir des distances beaucoup plus importantes pour trouver de la nourriture, et qu’ils doivent en outre se contenter de repas plus frugaux. « Autrement dit, ils dépensent plus d’énergie qu’ils n’en emmagasinent », précise Daan. Le ZCP a voulu corroborer cette hypothèse. Colliers high-tech Daan et ses collègues ont donc équipé 16 lycaons issus de 13 meutes, réparties sur deux

écosystèmes, de colliers high-tech intégrant non seulement un émetteur GPS, mais aussi un accéléromètre extrêmement précis. « Un gadget minuscule, pratiquement invisible », raconte Daan avec enthousiasme. « Ce dispositif nous permet non seulement de savoir où se trouvaient les lycaons à tel moment, mais aussi de calculer avec précision l’itinéraire qu’ils ont parcouru entre le point A et le point B. Le collier fournit des données tridimensionnelles : nous pouvons même voir si un lycaon regarde vers le haut ou s’il tourne la tête à gauche ou à droite. »

que l’énergie qu’ils ont à nouveau engrangée en mangeant, des observations complémentaires étaient nécessaires : « Les données des colliers ne suffisent jamais à elles seules », explique Daan. « Nous avons donc aussi réalisé un important travail de terrain. Grâce aux colliers, nous avons suivi la trace des lycaons, puis nous les avons observés : nous avons noté les moments exacts auxquels ils chassaient, tuaient une proie, se sustentaient ou se reposaient… Tout cela nous a permis d’interpréter ensuite correctement les mesures. »

Pour déterminer en détail la quantité d’énergie consommée par les lycaons pendant la chasse, ainsi

19


© Zambian Carnivore Programme

Comment équiper un lycaon d’un collier ?

© Zambian Carnivore Programme

Les lycaons sont particulièrement actifs tôt le matin, et ils se reposent ensuite souvent lorsque le mercure commence à grimper. « Nous profitons de cette pause pour poser le collier », raconte Daan. « Le vétérinaire anesthésie l’animal à 30 mètres de distance. Dix à quinze minutes plus tard, le lycaon dort profondément. Nous garons alors notre voiture entre l’animal anesthésié et la meute qui se repose, de façon à déranger le moins possible les autres lycaons. » L’équipe dispose d’une petite heure pour évaluer la santé du lycaon, procéder à toute une série de mesures et poser le collier. « Lorsque nous avons fini, nous faisons une injection à l’animal pour le réveiller. Après environ dix minutes, il est sur ses pattes, et nous repartons. La meute n’est souvent qu’à une centaine de mètres ; le lycaon peut donc vite la rejoindre », poursuit Daan. Comment les animaux réagissent-ils au collier ? « Ils semblent peu le remarquer ; ils reprennent simplement le cours de leur vie. »

Céphalophe ou gnou ? En combinant les données des colliers et les observations de terrain, les scientifiques ont même pu déduire le type de proie attrapée par les lycaons. « Grâce à nos observations, nous savons que les lycaons ne doivent poursuivre un céphalophe que sur une distance de 100 à 150 mètres », indique Daan. « Pour les plus grosses proies, comme les gnous, ils doivent tenir bon sur un kilomètre, et parfois jusqu’à trois kilomètres. Nous savons

20

aussi qu’ils tuent un céphalophe en quelques secondes ; alors que pour les grosses proies, il leur faut jusqu’à un quart d’heure. Tout cela ressort clairement des données d’accélération. » Équilibre perturbé Les lycaons ont porté leur accéléromètre pendant 31 jours. Les données recueillies ont ensuite été analysées, et les résultats n’ont laissé planer aucun doute : dans le Grand Kafue, les lycaons ont parcouru des

distances plus importantes et ont dû s’accommoder d’un nombre plus limité de proies, elles-mêmes de plus petite taille (contrairement au Luangwa Sud, où les proies sont plus nombreuses et plus grandes). Ils ont donc consommé plus d’énergie qu’ils n’en ont accumulé. « Nous savions déjà qu’un nombre réduit de proies allait de pair avec des chances de survie plus faibles et de plus petites portées », explique Daan. « À présent, nous pouvons


aussi prouver de manière chiffrée combien le braconnage a perturbé l’équilibre entre la quantité d’énergie que les lycaons doivent consommer pour chasser, se déplacer, élever leurs petits, etc. et la quantité d’énergie qu’ils engrangent en mangeant. »

et des autres menaces qui pèsent sur elles. C’est la seule solution pour que leurs populations se rétablissent durablement », explique Daan. « Et cela aide ainsi du même coup les prédateurs, qui dépendent de ces proies. »

Protéger les proies = sauver les prédateurs On ne recense plus que 6.600 lycaons à travers le monde. Rien d’étonnant donc à ce que l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe l’espèce dans la catégorie « en danger ». Avec leur travail de recherche, Daan et son équipe espèrent contribuer à la survie de ces prédateurs hors du commun.

Le travail de recherche mené par le Zambian Carnivore Programme, partenaire du WWF, montre l’importance de la science pour les espèces en danger. Grâce à votre soutien, nous connaissons maintenant plus précisément les défis qui pèsent sur les lycaons, et nous pouvons intervenir de manière ciblée, pour assurer ainsi leur avenir.

« Beaucoup d’écosystèmes sont confrontés à une disparition rapide des populations de proies. Nous devons donc mieux les protéger du braconnage

Le saviez-vous ? Les lycaons vivent en meute de 10 à 15 individus. Une femelle dominante (« alpha ») et un mâle sont à la tête de la meute. Ils s’accouplent et élèvent leurs chiots avec l’aide de toute la meute. Normalement, lorsque les chiots sont encore très petits, la mère est dispensée de chasse pendant quelques semaines : une partie de la meute part à la chasse pendant qu’elle reste dans la tanière avec les petits, et la meute leur ramène à manger. Mais quand les estomacs crient famine, comme dans le Grand Kafue, tous les animaux adultes sont obligés de participer à la chasse.

© Paula French / Shutterstock

21


BÉNÉVOLE À L’HONNEUR

FAITES LA CONNAISSANCE DE

LIEN GYSELYNCK

Comment a commencé ton parcours au WWF ? « Je suis biologiste et je suis active comme bénévole au WWF depuis 2024. Au début, j’écrivais des textes pour le site web du Rangerclub, surtout sur les félins sauvages et leurs habitats. Cela me permettait de partager mes connaissances et d’enthousiasmer les enfants pour la nature. »

Quelles expériences resteront des souvenirs forts ? « J’ai eu l’occasion de participer au I Love Science Festival, où j’ai aidé les enfants à découvrir l’impact de la production de cacao sur l’humain et la nature via notre outil de réalité virtuelle. Ça a été un franc succès ! J’ai aussi donné un workshop ‘mini-COP’ au Sénat de Belgique : une expérience dont je n’aurais même jamais osé rêver. » Pourquoi ça vaut la peine d’être bénévole pour le WWF ? « Parce qu’en tant que bénévole au WWF, vous pouvez faire la différence à votre manière pour la faune et la flore. En apprenant vous-même, en partageant vos connaissances, en vous retroussant les manches. Mon histoire montre qu’avec de la bonne volonté, tout le monde peut apporter sa pierre à l’édifice. Et on en retire tellement de satisfaction ! » Merci pour ton engagement, Lien !

22

Envie de passer vous aussi à l’action ? Scannez le QR code et posez votre candidature !

© Hans Moyson / WWF-Belgium

el gi um

Comment cela a-t-il évolué ? « Ensuite, j’ai eu l’occasion de faire un stage au sein de l’équipe Youth & Education. J’ai remplacé temporairement la coordinatrice des bénévoles et j’ai participé à des projets éducatifs. Par exemple, j’ai organisé des ateliers pédagogiques pour les écoles sur le thème de la déforestation. En parallèle, j’avais d’autres missions : je veillais au bon déroulement de différentes activités, comme notre nettoyage des plages, notre action de plantation d’arbres, ou encore notre visite du centre de réhabilitation pour oiseaux et animaux sauvages à Beernem. » ©

B FWW


SIGNEZ NOTRE PÉTITION POUR RESTAURER LA NATURE BELGE Nous avons besoin de restaurer notre nature. Besoin de plus de forêts, de plus de marais, et de plus de rivières qui s’écoulent librement. Pour le retour des oiseaux, des papillons et des poissons, pour nous protéger contre les sécheresses et les inondations. Nous méritons toutes et tous un environnement résilient et une nature saine. C’est pourquoi nous demandons à nos gouvernements un plan de restauration de la nature qui soit ambitieux et basé sur la science.

Pour le retour du vivant

wwf.be/restaurerlanature © Vaclav Matous / Shutterstock

C’est quoi, Earth Month ?


©

VOTRE ADOPTION EN ACTION

Vous avez adopté une loutre, un ours brun, un gorille ou un éléphant ? Découvrez les dernières nouvelles de votre animal préféré !

LES PIMENTS DE LA PAIX ENTRE L’HUMAIN ET L’ÉLÉPHANT

UN ÉLÉPHAN EST.

T

1961

Le parc national de Liwonde est situé dans le sud du Malawi. Ses plaines fertiles et ses forêts denses abritent une grande diversité d’animaux sauvages, des lions et des guépards aux hippopotames et aux éléphants. Et ces éléphants s’y portent particulièrement bien : en 2022, ils étaient même tellement nombreux que 263 individus ont été transférés dans le parc national de Kasungu, à l’ouest du pays.

A

c fr i

an

rks Pa

Afr ica n ©

C’est la raison pour laquelle notre partenaire African Parks a mis sur pied un projet innovant en 2020 : Spicy Farmers. L’idée est de cultiver des piments autour du parc, car les éléphants en ont horreur : leur trompe et leurs yeux sont sensibles à la capsaïcine, la substance active responsable du piquant des piments. Lorsque la femelle qui dirige le troupeau détecte les piments à la frontière du parc et rebrousse chemin, les autres éléphants lui emboîtent le pas.

Par ks

Le parc national de Liwonde est donc entouré d’une clôture, qui retient les éléphants dans le parc et prévient le braconnage. Mais lorsque les éléphants sont trop nombreux dans une zone clôturée, ils finissent par s’en échapper et par provoquer inévitablement des dégâts aux cultures bordant le parc.

Le projet porte ses fruits : les éléphants restent dans le parc, les cultures situées autour du parc subissent moins de dégâts, et les agriculteurs et agricultrices gagnent un revenu d’appoint en vendant la récolte de piments. Au bout de cinq ans, ce qui a démarré comme une expérience à petite échelle a donné ces résultats : • Ils étaient 152 au départ ; aujourd’hui, 480 agriculteurs et agricultrices participent au projet. • Au total, 27 tonnes de piments ont déjà été produites. • La vente de la récolte leur a rapporté environ 36.000 euros. Une situation gagnant-gagnant pour l’humain et l’animal, que votre adoption rend possible. Merci !

24


©E ll i e

FAIRE DE LA BELGIQUE UN PARADIS POUR LA LOUTRE

Bur gin /

Il y a des dizaines d’années, les loutres avaient disparu de notre pays ; aujourd’hui, elles reviennent, lentement mais sûrement. Depuis 2012, ces mustélidés farouches réapparaissent de temps en temps sur les images de nos pièges photographiques. Ne comptant qu’une vingtaine d’individus, elles restent en danger critique d’extinction dans notre pays. Comme vous, nous aimerions les voir se multiplier. C’est pourquoi le WWF met tout en œuvre pour faire de la Belgique un paradis pour la loutre. À quoi ressemblerait cette terre promise ? • Des zones humides plus nombreuses et mieux connectées • Des rivières plus propres et des bassins foisonnant de poissons • Des passages à faune sûrs pour les loutres, comme des loutroducs sous les ponts*

UNE LOUTRE EST.

1961

Voici un aperçu de ce que nous avons pu mettre en place pour la loutre en 2025, grâce à votre soutien :

FLANDRE, VALLÉE DE L’ESCAUT

WALLONIE, VALLÉE DE LA SEMOIS

3 Nous avons aménagé trois nouveaux étangs naturels dans la zone naturelle du Niels Broek à Anvers.

2 Nous avons aménagé deux loutroducs sous des ponts pour éviter que les loutres ne doivent traverser la route.

6,5 Nous avons restauré 6,5 km de rivières et acheté neuf hectares de terrain sur le Sint-Onolfspolder à Termonde, où nous insufflons une nouvelle vie aux zones humides.

5 Nous avons levé cinq obstacles sur les affluents de la Semois, donnant ainsi libre cours à l’eau et à toute la vie qu’elle abrite (y compris les poissons, nourriture de prédilection des loutres).

10 Nous avons installé dix « échelles à faune » pour

18 Nous avons restauré dix-huit frayères (endroits

© Catherin

e Ren

ard /W WF -Be lg iu

m

aider les loutres à sortir en toute sécurité des cours d’eau aux berges escarpées et en dur (songez par exemple aux canaux).

où les poissons se reproduisent).

* Les loutres n’aiment pas nager sous les ponts ; à choisir, elles préfèrent sortir de l’eau pour traverser le pont. Mais sur les ponts, les voitures présentent un grave danger pour les loutres. Les loutroducs constituent une alternative sûre : ces planches longent la rivière tout en permettant aux loutres de rester au sec.

25

Pex el s


© László Gál

UN OURS EST.

1961

BĂILE TUȘNAD,

UNE COMMUNAUTÉ « AMIE DES OURS » Cohabiter avec de grands prédateurs comme les ours comporte son lot de défis. Mais ces défis ne sont pas insurmontables. C’est ce que nous prouve Băile Tușnad, une petite ville située au beau milieu d’un corridor écologique que les ours bruns et d’autres animaux empruntent pour se déplacer dans les Carpates roumaines. En quelques années, Băile Tușnad est devenue une « communauté amie des ours », et vous y avez contribué.

Băile Tușnad et ses ours en chiffres : Autour de Băile Tușnad, on compte

12,4

densités d’ours en Roumanie.

41 signalements de dégâts causés

par des ours ont été introduits. Depuis trois ans, il n’y a plus aucun signalement !

En 2021, le numéro d’urgence a reçu

149 appels concernant des ours ; en sept appels ont été enregistrés.

2025, seuls

26

En 2022, le WWF-Roumanie, l’administration communale de Băile Tușnad et une ONG locale se sont serré les coudes. Leur objectif ? Veiller à une cohabitation harmonieuse de l’humain et de l’ours. Grâce aux mesures prises, leur petite ville est devenue une « bear-smart community » ou « communauté amie des ours » : • Informer avant tout : Băile Tușnad abrite un centre des visiteurs, et un festival et une conférence sur la cohabitation avec les ours y sont organisés chaque année. • Les arbres fruitiers situés sur le territoire de la commune ont été remplacés par des arbres qui ne portent pas de fruits, afin de ne pas attirer les ours. • Des poubelles résistantes aux ours entourées de clôtures électriques empêchent les ours de venir y chercher de la nourriture.

ours par 100 km² – c’est l’une des plus grandes

En 2021,

Qu’est-ce qu’une « communauté amie des ours » ?

• Les ours habitués à l’humain, qui s’aventurent donc plus souvent dans la ville, sont équipés d’un collier GPS. Grâce à ces colliers, l’équipe d’intervention rapide reçoit une notification lorsque les ours s’approchent trop près de la zone habitée et peut ainsi réagir en temps utile. • L’équipe d’intervention organise des patrouilles nocturnes dans la ville et suit l’activité des ours à l’aide de pièges photographiques. De plus, la communauté locale peut signaler des ours via l’application TusnadBearEcoWatch. Ce projet sauve littéralement des vies, chez les humains comme chez les ours. C’est grâce à votre adoption : merci !


RÉPUBLIQUE DU CONGO : RILLE NOUVELLE SURPRENANTE O G UN SUR LE GORILLE DES PLAINES DE L’OUEST EST.

1961

Si vous faisiez déjà partie de la famille du WWF fin 2023, vous aviez découvert le parc national de Ntokou-Pikounda, au nord-est de la République du Congo, dans le numéro 106 du WWF Magazine. Ce parc abrite l’une des plus importantes populations au monde de gorilles des plaines de l’Ouest (Gorilla gorilla gorilla). Mais nous ne connaissions alors pas encore le nombre exact d’individus : votre soutien a changé la donne.

J ’A I A D O PTÉ

Avec les communautés locales, les écogardes ont passé les forêts au peigne fin des mois durant, relevant toutes les traces de gorilles des plaines de l’Ouest, des excréments aux empreintes de pattes. Les résultats de ce travail intense sont là : • La population de gorilles dans le parc même est estimée à 3.971 individus. • Les concessions forestières FSC entourant le parc abritent environ 16.310 gorilles. • Au total, ce sont donc quelque 20.281 gorilles qui vivent à l’intérieur et autour du parc.

En adoptant un gorille, vous nous avez permis de réaliser ce travail de recherche, et vous avez aussi contribué à : • 35 patrouilles anti-braconnage, au cours desquelles les écogardes ont retiré 179 pièges à collet et saisi des armes à feu et des munitions, • 53 pièges photographiques permettant aux écogardes d’étudier la présence de grands mammifères (comme les gorilles), la taille de leurs populations et leur comportement, • des collaborations avec les communautés locales : vous avez aidé à rénover deux écoles et à distribuer 233 kits de matériel scolaire, et nous avez permis de partager nos connaissances sur la biodiversité lors de moments de concertation.

Il y a donc plus d’individus autour du parc que dans le parc lui-même ! Si cette nouvelle peut sembler surprenante, elle est surtout porteuse d’espoir : elle prouve que la certification FSC porte ses fruits. Dans les zones certifiées FSC comme celles qui abritent nombre de ces gorilles, les exploitations mettent en place des cycles de rotation longs de dizaines d’années. Leurs activités perturbent donc le moins possible la vie des animaux sauvages, et la nature a l’occasion de se rétablir entre les périodes d’activité. Au nom du gorille des plaines de l’Ouest, merci !

©

n/ cso Isaa y d An

Vous n’avez pas encore lu le numéro 106 du WWF Magazine ? Scannez le QR code pour en savoir plus sur le parc national de Ntokou-Pikounda et les gorilles des plaines de l’Ouest qui y vivent.

27

S F-U WW


WWF-Belgique C.F. ASBL Bd Emile Jacqmain 90 1000 Bruxelles 02 340 09 20 wwf.be

PB-PP | B 714

BELGIE(N) - BELGIQUE

Merci de ne pas masquer cette zone en cas de retour postal

LE WWF-BELGIQUE FÊTE SES 60 ANS Vous faites partie de notre histoire. Merci !

1961

1961

1978

1986

2000

©

Dites-le-nous ! Quel est votre plus beau souvenir lié au WWF ? Votre projet préféré ? Avez-vous un message ou un souhait à nous transmettre ? Envoyez-nous un e-mail à happybirthday@wwf.be !

© WWF-China


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
WWF Magazine 114 FR by WWF-Belgium - Issuu