Skip to main content

MAS | L'art de l'Amérique pré-Colombienne (FR)

Page 1

FR

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE COLLECTION PAUL & DOR A JA NSSEN-A RTS


« J'ai vu aussi les choses qu'on rapporte au roi du nouveau pays de l'or. … Et je n'ai rien vu en ma vie qui eût réjoui mon cœur tant comme ces choses. Car j'y ai vu des objets artistiques étonnants et ai été étonné du génie subtil des hommes des pays étrangers. »

Citation de l’artiste allemand Albrecht Dürer à propos des objets précolombiens du Mexique exposés à la cour de l’empereur Charles-Quint à Bruxelles le 27 août 1520. Citation de : Masters of Art – Albrecht Dürer. Delphi Classics, Hastings, 2016.

1


2


L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE - COLLECTION PAUL & DORA JANSSEN-ARTS -

Depuis la découverte de l'Amérique par les Européens en 1492, les objets d’art transitent du Nouveau à l'Ancien Monde. Exhibés et collectionnés, ces objets suscitent la fascination des Européens pour les cultures indigènes des Amériques. Une fascination qui ne tarit pas. Au lendemain de 1492, les échanges de dons font arriver de nombreux objets d’art en Europe depuis le Nouveau Monde, au même titre que le pillage des Empires aztèque et inca par les Espagnols (1520-1530). Les rois font étalage de leurs nouvelles richesses, l’exotisme inspire les artistes, les scientifiques constituent des collections. On admire les objets pour leur beauté et leur qualité artisanale. Mais ces expressions de religions indigènes et ces images de divinités non chrétiennes sont aussi, souvent, taxées d’hérésie. Quant aux Américains – appelés à tort « Indiens » –, ils sont « exposés » en Europe dès la conquête du Mexique. L’actuelle Belgique joue un rôle de premier plan dans la diffusion de ces objets en Europe. La première exposition d’art précolombien a lieu à Bruxelles, où Charles Quint admire les dons de l’empereur aztèque Montezuma. Cet intérêt soutenu connaît une résurgence au XXe siècle. Le marché explose dès les années 1960, tandis que musées et particuliers constituent des collections d’art précolombien. Aujourd’hui comme hier, Mayas, Aztèques et Incas captivent l’imagination… 3


-1-

La Collection de Paul & Dora Janssen-Arts

- p. 6 -

4


-2-

Vie et mort en Amérique précolombienne

- p. 12 -

-3-

Des offrandes pour après la mort

- p. 38 -

-4-

De l’exotisme, de l’esthétisme et du sens

- p. 46 -

-5-

L’espoir de la recherche

- p. 74 -

5


LA COLLECTION DE PAUL & DORA JANSSEN-ARTS

6


1

Le couple Janssen-Arts est à l’origine de l’une des principales collections d’art précolombien en Europe. Si la beauté des objets était le premier motif de cette collection, elle se double progressivement d’un intérêt plus scientifique et culturel. Dora Janssen est d’abord saisie par la splendeur de l’or précolombien. Ses choix sont donc motivés, dans un premier temps, par des considérations esthétiques. Aussi collectionne-t-elle peu d’objets aztèques, car ceux-ci ne lui plaisaient pas. Elle suivra plus tard des cours à l’université d’Austin, l’un des principaux centres d’étude de la civilisation classique des Mayas. Sa collection finira par refléter son intérêt et sa fascination pour le développement culturel des peuples précolombiens. Les quelque 400 objets de la collection offrent une merveilleuse vue d’ensemble des nombreuses traditions du continent américain.

7


Dora Janssen en tant que collectionneuse Les deux objets présentés dans cette vitrine traduisent l'évolution qu'a connue Dora Janssen en tant que collectionneuse. Si, au début, son intérêt a été éveillé par les joyaux tout en or de l'artprécolombien, elle a par la suite davantage apprecié le contexte qui a donné vie à ces objets. Bien qu'elle ait continué de porter un intérêt particulier à l'or précolombien – la pièce en or présentée ici est l'une de ses préférées –, elle a ensuite éprouvé une fascination pour les Mayas et leur écriture et s'est mise à étudier cette culture.

1 Stèle illustrant une femmealligator

2 Pendentif représentant un chef ou un chaman

Culture Maya, sud-est du Mexique 250-900 Pierre calcaire comportant des traces de pigment rouge MAS.IB.2010.017.083

Culture Tairona, nord de la Colombie 500-1600 Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.169

Les Mayas excellaient en ‘chirurgie plastique’. Ils travaillaient le nez et les dents pour les rendre plus pointues et savaient « allonger » les têtes en comprimant le crâne encore mou des nouveau-nés entre des planchettes.

L’homme porte des bijoux auriculaires, une parure de tête, un anneau de nez, un labret et un masque facial.

Par sa forme longiligne et rasée, et parée de coiffes de plumes, la tête d’un adulte ressemblait à un épi de maïs. Les souverains mayas s’annexaient le pouvoir du jeune dieu du maïs en l’imitant.

Alle objecten met nummer MAS.IB behoren tot: Collectie Paul en Dora Janssen-Arts, bruikleen Vlaamse Gemeenschap. 8

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


1

L’histoire, entre vérité et stéréotypes Anvers joue un rôle clé dans la diffusion de l’imagerie et des connaissances relatives au Nouveau Monde en Europe. C’est ici que nombre d’images et de stéréotypes actuels trouvent leur origine. Des éditeurs comme Christoffel Plantijn publient des travaux pionniers. Ces livres se vendent souvent comme des petits pains, notamment parce qu’ils décrivent les horreurs perpétrées par les Espagnols sur les Indiens. À l’époque, l’Espagne figurait l’ennemi pour de nombreuses personnes dans nos contrées… Les gravures inventives de Theodor de Bry illustrent souvent des récits d’Indiens de deuxième ou de troisième main. Elles ont façonné des stéréotypes qui persistent encore aujourd’hui.

3 Recueil : Americae sive Indiae Occidentalis descriptio 1-6 Theodor De Bry Frankfurt 1590 – 1617 Collection Musée Plantin-Moretus, Anvers, B423:1

Recueil : Americae sive Indiae occidentalis descriptio 7-11 Theodor De Bry Frankfurt 1599-1620 Collection Musée Plantin-Moretus, Anvers, B423:2

Recueil : Wunderbarliche, doch warhafftige Erklärung, von der Gelegenheit und Sitten der Wilden in Virginia [e.a.] [recueil de 6 travaux sur le continent américain] Theodor De Bry Frankfurt 1590-1594 Collection Musée Plantin-Moretus, Anvers, B428:1

Recueil : Das sechste Theil der neuwen Welt [e.a.] [recueil de 8 travaux sur le continent américain] Theodor De Bry Frankfurt 1597-1602 Collection Musée Plantin-Moretus, Anvers, B428:2 Ces livres alternent avec des reproductions, pour des raisons de conservation.

- COLLECTION PAUL & DORA JANSSEN-ARTS -

9


Le revers de l’intérêt Le marché de l’art est le principal fournisseur de pièces précolombiennes aux musées européens, y compris le MAS. Les pièces ne proviennent pas de fouilles scientifiques et ont souvent été achetées en dehors de leur pays d’origine. Ce marché international est né au début du XX siècle, en même temps que l’intérêt grandissant pour les artefacts précolombiens. Considérés jusque-là comme des objets d’« intérêt scientifique », ils sont à présent reconnus comme des œuvres d’art. Mais cet intérêt a un revers : les sites archéologiques sont systématiquement pillés, provoquant ainsi la perte de précieuses données culturelles.

4 Cruche

Terre cuite et peinture MAS (AE.1990.0032.0018)

Culture nicoya, Costa Rica 800-1200 Terre cuite et peinture MAS (AE.1975.0037) Ce type de cruche était enterré dans les tombeaux. Le jaguar était associé aux élites et au pouvoir dans de nombreuses zones d’Amérique centrale.

La culture coclé est connue bien au-delà du Panama pour ses superbes travaux d'orfèvrerie et de poterie.

5 Plat Culture coclé, Panama, Azuero 500-1200

6 Fragment de visage humain Culture maya, Guatemala ou Mexique 100-900 Stuc et peinture MAS (AE.1970.0036.0001) Les Mayas ornaient leurs temples de masques en stuc pour honorer leurs dieux et leurs ancêtres.

Collectionner du sens Pour les musées de cultures mondiales, le contexte est une donnée essentielle. Sans lui, les objets n’ont aucun sens. Il importe donc de les collectionner « à la source », c’est-à-dire d’acheter sur place. Jadis, les vendeurs étaient le plus souvent des Européens qui habitaient la région. Par intérêt, mais aussi par désir de se constituer un revenu complémentaire, ils collectionnaient des objets pour les revendre aux musées. Les objets de ce cluster ont été rassemblés par Lothar Petersen, un médecin et anthropologue allemand qui vivait en Colombie. Il vendit ses pièces à au moins cinq musées. 10

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


7 Cruche anthropomorphe

9 Flûte

Culture muisca, Colombie 1000-1500 Terre cuite MAS (AE.1959.0045.0005)

Culture tucano, Rio Negro, Colombie / Brésil env. 1950 Osier et corde MAS (AE.1959.0045.0373)

8 Plat

1

Potentiellement culture muisca, Colombie 1000-1500 Terre cuite MAS (AE.1959.0045.0006)

Le port comme source d’art Le port d’Anvers était également une importante source d’objets pour les musées. Les commerçants et mécènes du monde portuaire faisaient don d’objets et de collections. Eugène de Decker, commerçant et député belge, légua cette stèle maya en 1864 à l’ancien « Museum voor Oudheden in het Steen » (Musée des antiquités en pierre). Son don allait constituer la base d’une collection d’objets non occidentaux. La stèle fut découverte au Mexique ou au Guatemala et arriva dans le port d’Anvers sur un navire de la société commerciale du donateur.

10 Stèle en relief MCulture maya, Guatemala env. 200-50 av. J.-Chr. Pierre calcaire MAS (AE.3870) Cette stèle est l’une des plus anciennes de ce genre. Elle porte aussi l’un des plus anciens témoignages de l’écriture des Mayas. - COLLECTION PAUL & DORA JANSSEN-ARTS -

11


VIE ET MORT EN AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE

12


Pour les peuples d'Amérique précolombienne - d'avant Christophe Colomb - la vie et la mort formaient un tout indissociable. Comme dans la nature, la vie procédait de la mort. La vie et la mort se tenaient mutuellement en respect : l'une ne pouvait exister sans l'autre. D'une région à l'autre, la nature de la vie après la mort variait considérablement. En Méso-Amérique, une croyance voulait que la manière dont quelqu'un mourait déterminait dans quelle couche de quel monde il ou elle se retrouverait. En effet, dans toute l'Amérique précolombienne, on pensait que le cosmos était triple : composé d’un monde inférieur et d’un monde supérieur, et entre eux, de notre monde intermédiaire. Chacun de ces mondes étant euxmêmes subdivisés en plusieurs couches. Le passage à d’autres mondes n'était possible qu'après la mort. En perspective de leur grand voyage, les défunts recevaient des offrandes funéraires spéciales. Mais on sait que les chamans et les prêtres étaient très particuliers en ce sens qu’ils avaient le pouvoir de pénétrer dans les mondes inférieur et supérieur.

13

2


L'Amérique précolombienne : un concept, de nombreuses cultures

Les objets de la collection Paul et Dora Janssen-Arts proviennent presque tous d'Amérique latine, où la grande diversité climatique et paysagère permit l’éclosion d’un grand nombre de cultures. La Méso-Amérique s’étendait du nord du Mexique au Salvador et au Honduras. Elle se caractérisait par une alternance de déserts, jungles et massifs montagneux. Les civilisations olmèques, mayas et aztèques y furent très influentes. La région intermédiaire s’étendait du Nicaragua à la Colombie. Un véritable pont terrestre, entre la Méso-Amérique et les Andes centrales, où des connaissances et idées affluaient, de par les nombreux échanges entre les peuples du nord et du sud. Des cultures comme la Coclé y fabriquaient de superbes bijoux en or. La cordillère des Andes relie le sud de la Colombie, l’Équateur, le Pérou, la Bolivie, le Chili et l'Argentine actuels. Les hauts sommets, culminant à de plus de 4000 m d'altitude, séparent la jungle à l'est, de la zone côtière aride à l'ouest. Sur la colonne vertébrale andine, les Incas construisirent un gigantesque empire. La « découverte » de l'Amérique par Christophe Colomb en 1492 marque une rupture dans l'histoire du continent. Les conquistadores espagnols décimèrent les cultures locales en un temps record. Mais certaines traditions et croyances survécurent au christianisme.

14

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


Le chaman : médiateur et spécialiste du calendrier Les chamans des Amériques comptaient et comptent souvent encore énormément pour leur communauté en Amérique latine. Grâce à leurs connaissances du soleil, de la lune et des étoiles, ils savaient précisément quand semer les cultures et procéder aux récoltes. Ils étaient experts dans l'art de créer et lire des calendriers agraires complexes tels que ceux des Mayas. Le propre des chamans était surtout de pouvoir accéder à d'autres mondes. Aux habitants de ces mondes peuplés de dieux et ancêtres, ces hommes et femmes demandaient, par exemple, pourquoi une personne était malade ou comment faire cesser la pluie. Pour ce faire, ils devaient d'abord entrer en transe. Par la musique, la danse et le biais de substances psychotropes. Le jeûne et le vomissement les y aidaient également. Au cours de la transe, ils se voyaient eux-mêmes changés en animaux capables, plus facilement que les hommes, d'accéder aux mondes inférieur ou supérieur. Des transmutations d'hommes en animaux bien illustrées sur les parures en or.

1 Pendentif (?) représentant un crabe ou homard Culture Malagana, sud de la Colombie Entre 200 av. J.-C. et 200 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.149

2 Pendentif d’un homme portant un masque de jaguar Culture Tairona, nord de la Colombie 500-1600 Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.170

3 Pendentifs illustrant la transformation d’un homme en animal aquatique

Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.204 et 206 Les créatures aquatiques étaient très importantes pour les Zenùs, qui vivaient entre beaucoup de canaux artificiels.

4 Parures pectorales en forme de personnage mi-animal mi-humain Culture Tolima, Colombie centrale 100-1000 Or MAS.IB.2010.017.150 et 151 La culture Tolima est connue pour ses bijoux plats de forme hommeanimal quasiment « archétypale ».

- VIE ET MORT EN AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE -

15

2


5 Pendentif orné d’oiseaux et personnages anthropomorphes et une parure pectorale comportant cinq chamans masqués et trois oiseaux. Culture Tairona, nord de la Colombie 500-1600 Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.174 et 175 Les Taironas croyaient que leurs chamans se changeaient en oiseaux pour se rendre dans le monde supérieur.

6 Pendentif en forme d’une rangée ressemblant des animaux Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.216

7 Pendentif constitué d’éléments mi-oiseau et mi-mammifère Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.215

8 Statuette de chaman tenant un bâton avec des oiseaux Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.207 Le masque porté par ce chaman masque presqu’entièrement son visage. 16

9 Statuette de femme assise sur un petit banc Culture Tairona, nord de la Colombie 500-1600 Céramique MAS.IB.2010.017.167 La petite ouverture au-dessus de la statuette empêchait son éclatement au cours de la cuisson.

10 Statuette-flûte (ocarina) représentant un chaman Culture Tairona, nord de la Colombie 500-1600 Céramique MAS.IB.2010.017.165 Ce chaman est assis entre deux félidés : il est l’axe entre le monde supérieur et inférieur.

11 Cruche ornée de deux hommes Culture Cupisnique, côte nord péruvienne Entre 900 et 400 av. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.266 Les deux hommes surmontant le corps de cette cruche boivent et prisent des substances pour entrer en transe.

12 Cruche représentant un chaman Période de transition à la culture Nazca, côte sud péruvienne Entre 100 av. J.-C. et 100 apr. J.-C.

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


Céramique MAS.IB.2010.017.272 Le bandeau de maintien de la houppe constituait également une fronde et une arme efficace.

13 Cruche dotée d’un tamis / d’une passoire représentant un chaman Culture Tembladera, côte nord péruvienne Entre 900 et 400 av. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.267 En transe, ce chaman s’étripe en offrande.

14 Statuette de chaman Culture Paracas, côte sud péruvienne Entre 400 av. J.-C. et 100 apr. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.269

16 Statuette de chaman Culture Nayarit, Mexique occidental Entre 300 av. J.-C. et 300 apr. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.035 Le chaman devait nécessairement jeûner un temps, car ses joues étaient transpercées.

17 Cruche représentant un chaman Culture Nayarit, Mexique occidental Entre 300 av. J.-C. et 300 apr. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.034

18 Portrait (encensoir) Culture Zapotèque, Mexique 200-400 Terre cuite Emprunt Communauté flamande (308)

La peinture du visage nous indique que cette statuette représente un chaman ou un chef.

19 Statuette représentant un homme assis

15 Statuette d’homme manipulant pilon et mortier

Culture Olmèque, sud du Mexique, Guatemala ou Salvador Entre 1200 et 400 av. J.-C. Pierre brune MAS.IB.2010.017.016

Culture Jalisco, Mexique occidental Entre 300 av. J.-C. et 300 apr. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.036 Les reliefs « perlés » sur les épaules de cet homme résultent peut-être d’automutilations.

20 Cruche représentant un chaman Culture Casas Grandes, sud des États-Unis 1200-1450 Céramique MAS.IB.2010.017.007

- VIE ET MORT EN AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE -

17

2


Les plantes hallucinogènes et la musique

Les chamans d’Amérique précolombienne disposaient de nombreux produits naturels vomitifs pour entrer en transe et se procurer des visions. C’est-à-dire voir des images hautes en couleurs ou des créatures étranges. Ils expérimentaient également le vol ou le fait de se changer en animaux. Parmi les produits hallucinogènes utilisés figuraient des poudres à priser, dont une tirée des graines de l’Anadenanthera colubrina, également appelé 'vilca'. Cette poudre a été retrouvée sur des « plateaux à râpés » de la culture Tiwanaku du sud du Pérou et en Bolivie. Les peuples actuels de la forêt amazonienne continuent d’utiliser ces substances végétales. Les instruments de musique étaient tout aussi essentiels pour permettre au chaman d’entrer en transe. Le rythme des percussions et hochets était ensorcelant et provoquait l’extase. Pour la mélodie, parfois rapide, on utilisait des instruments à vent, ocariñas et coquillages. De la coca et de la chaux Dans les Andes, la coca faisait et fait encore partie du quotidien aujourd’hui. Elle est, en cela, comparable au café ailleurs. La coca combat la fatigue, la sensation de faim et le vertige. Les feuilles sont mastiquées seules, puis mélangées à de la chaux de coquillage. Cette chaux était conservée dans des statuettes creuses appelées « poporos ». Sans la chaux, les feuilles de coca ont peu d’effet. Interdire la coca ? « Certaines personnes nient toutes les vertus de la coca. Elles parlent et écrivent en mal à propos de cette plante uniquement parce que les païens d’alors offraient de la coca aux divinités, ce que certains sorciers et prophètes font encore. Soit la raison pour laquelle ces personnes estiment que l’usage de coca devrait être interdit. » Inca Garcilaso de la Vega, chroniqueur, in Comentarios Reales de los Incas, début du XVIIe siècle. 18

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


Instruments de musique précolombiens En Amérique précolombienne, la musique jouait un rôle important dans les rituels chamaniques, lors des enterrements et au cours de cérémonies religieuses. Des flûtes de pan, trompettes et coquillages étaient utilisés pour créer une ambiance musicale. Certaines statuettes servaient également de flûte. Les percussions sèches comme les crécelles et les « tambours » donnaient un rythme extatique. Pour le MAS, Luiz Marquez (musicien mexicain habitant à Anvers) a copié plusieurs instruments exposés dans cette vitrine. Vous entendez retentir le son authentique des nouveaux exemplaires.

21 Gobelet rituel (kero) utilisé pour le service ou l’offrande de bière de maïs Culture Inca, Andes 1450-1533 Bois peint MAS.IB.2010.017.318

22 Pendentif-hochet représentant une caille Costa Rica ou Panama 700-1520 Or MAS.IB.2010.017.131

23 Labret à barrettes Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.228

24 Cloche en forme de strombus Culture Moche, côte nord du Pérou Entre 100 av. J.-C. et 700 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.293 Cette clochette en or cousue à un vêtement accompagnait les mouvements d’un son cristallin. Appuyez sur le bouton au bas de la vitrine pour écouter la musique.

25 Clochette Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.227

26. Cruche représentant un chaman agitant un hochet Culture Tembladera, côte nord péruvienne Entre 900 et 400 av. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.268

- VIE ET MORT EN AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE -

19

2


27 Flûte (ocariña) anthropomorphe

30 Flûte anthropomorphe

Culture Tairona, nord de la Colombie 500-1600 Céramique MAS.IB.2010.017.166

Culture Veracruz, côte nord du golfe du Mexique 400-900 Céramique MAS.IB.2010.017.060

Appuyez sur le bouton au bas de la vitrine pour écouter la musique.

Le bec de la flûte ainsi que deux des trois trous se trouvent au dos.

28 Statuette surmontée d’un homme marchant sur les mains Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.223 La statuette était probablement un pommeau de sceptre ou un ornement de tête.

29 Deux labrets Culture Tairona, nord de la Colombie 500-1600 Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.183-184 Les labrets contenaient des petites boules métalliques : elles tintaient lorsque le porteur bougeait.

Appuyez sur le bouton au bas de la vitrine pour écouter la musique.

31 Statuette représentant un zemi (être surnaturel) ; abaisse-langue pour provoquer le vomissement. Culture Taino, Puerto Rico ou République dominicaine 1000-1524 Os humain MAS.IB.2010.017.141 et 142 Se purifier par un jeûne rituel et le vomissement était une condition sine qua non pour pouvoir approcher des êtres surnaturels.

32 Aiguille permettant de prélever de la chaux d’une fiole à chaux Culture Calima, sud de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C.; 100-1000 Or MAS.IB.2010.017.147 Prélever de la chaux d’une fiole à l’aide d’un bâtonnet symbolisait peut-être aussi l’union de l’homme et la femme.

20

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


33 Fiole à chaux représentant un homme nu paré de bijoux Culture Quimbaya, Colombie centrale 100-1600 Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.152

34 Fiole à chaux représentant un homme-félidé Culture Wari, Pérou 600-900 Bois MAS.IB.2010.017.300

35 Statuettes de coqueros (hommes mastiquant des chiques de coca). Culture Nariño, zone frontalière Colombie-Equateur 500-1600 Céramique MAS.IB.2010.195 et 196

36 Mortier représentant un félidé

37 Pilon orné d’un visage sculpté Culture Xochipala, province deGuerrero, Mexico de l’ouest Entre 1200 et 600 av. J.-C. Diorite MAS.IB.2010.017.029

38 Pendentif féminin et pendentif masculin Culture Quimbaya, Colombie centrale 100-1600 Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.154 Les extrémités plates étaient peutêtre utilisées pour priser la poudre.

39 Plateau et pipe utilisés pour priser les poudres hallucinogènes Culture Tiwaniku, sud du Pérou, nord de la Bolivie et Chili 600-900 Bois et turquoise MAS.IB.2010.017.304

Période de transition entre la culture Valdivia et la culture Chorrera, côte nord de l’Equateur Entre 1500 et 600 av. J.-C. Diorite MAS.IB.2010.017.252

- VIE ET MORT EN AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE -

21

2


De la dualité

Les habitants de la Méso-Amérique tiraient leur substance de la culture du maïs surtout, d’où leur véritable préoccupation pour l’équilibre entre la pluie et le soleil. Lorsqu’il était perturbé, la fertilité de la nature était menacée, et partant, la survie de l’homme également. Nous retrouvons l’unité des deux contraires comme le principe de tous les aspects de la culture précolombienne. La vie et la mort constituent la première paire de principes contraires. Le soleil et la pluie sont d’autres principes complémentaires : ils sont nécessaires pour perpétuer la vie. La représentation de forces masculines et féminines symbolise souvent l’équilibre nécessaire entre les deux contraires.

22

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


A la vie, à la mort En Amérique précolombienne, la vie et la mort étaient indissociables. Mourir était nécessaire pour perpétuer la vie. Ce qui ressortait également du jeu de balle méso-américain, dont le caractère était plus rituel que ludique. Selon un mythe maya, les dieux du monde inférieur défiaient des jumeaux héroïques. Ils s’affrontaient chaque jour dans le cadre d’une partie de jeu de balles, mais le match restait nul. Au bout du compte, les jumeaux décapitèrent les dieux du monde inférieur. La vie renaît : les frères sont réenfantés en tant que le soleil et la lune et veillent aux cultures. Le jeu de balle met cette lutte en scène. Le rituel s’est souvent terminé par la décapitation d’un joueur symbolisant les dieux de la mort. Son exécution rendit donc possible le renouveau de la vie. Les nombreux sites de jeu de balles mis au jour dans toute la Méso-Amérique prouvent l’importance de ce rituel, et à quel point cette vision de la vie et de la mort était étendue.

40 Protections de hanche en pierre (yugos) comme celles utilisées dans le jeu de balle Culture Veracruz, côte nord du golfe du Mexique 400-900 Pierre MAS.IB.2010.017.056 et 057 Les yugos en pierre symbolisaient les protections de hanche en tissu utilisées pendant le jeu de balle. Lors des fouilles, on a toujours retrouvé ces hachas à côté de yugos, mais nous ne savons pas exactement à quoi elles servaient dans le jeu de balle.

41 Accessoire pour le jeu de balle (hache de bourreau ou hacha) Culture Maya, sud du Guatemala 250-900 Pierre comportant des traces de pigment rouge MAS.IB.2010.017.090 On joue toujours au jeu de balle aujourd’hui, mais comme sport et avec d’autres règles. Des illustrations anciennes montrent que l’on utilisait jadis une lourde balle en caoutchouc. Une balle que l’on frappait vraisemblablement avec les coudes et les hanches. Une bonne protection n’était donc pas un luxe. Les formes en « U » en pierre sont peutêtre des imitations des protections de hanche, plus souples, que les joueurs portaient dans la vie terrestre. Dans le mobilier funéraire, elles étaient en pierre, pour durer des siècles.

- VIE ET MORT EN AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE -

23

2


42 Etui pénien de forme conique ; pectoral avec illustration de deux seins Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.225 et 226 Ce pectoral est révélateur du rang social et du rôle joué par les femmes en politique chez les Zenù.

43 Etuis péniens Culture Nariño, zone frontalière entre la Colombie et l’Equateur Entre 500 et 1600 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.199 à 201 inclus Les étuis péniens étaient généralement en coquillage. Toutefois, s’ils étaient destinés au mobilier funéraire, ils étaient en or. Les hommes ne portaient pas ces étuis péniens de Colombie de leur vivant. En tant que symbole de la fertilité masculine, ils figuraient parmi le mobilier funéraire. Cette parure pectorale en or étonnante par sa taille réduite était un bijou masculin. En portant ce symbole masculin, les hommes réunissaient les deux forces nécessaires pour la procréation.

24

44 Figurines féminines Style Chupicaro, centre du Mexique Entre 300 et 100 av. J.-C. ; Entre 1200 et 600 Entre 300 et 100 av. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.049, 050, 027, 048 et 051 Ces statuettes de femmes en Céramique, aussi connues comme les « jolies dames », proviennent du Mexique et ont 3000 ans. Les femmes sont le plus souvent représentées nues. Partout dans le monde, les cultures anciennes réalisaient des statuettes de femmes à hanches larges, à forte poitrine et parfois enceintes. Elles ne symbolisaient pas seulement la fertilité humaine, mais également la terre, et donc, l’abondance des récoltes.

45 Figurine féminine assise sur un petit banc Culture Tlatilco (?), Mexique central Entre 1200 et 500 av. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.031

46 Figurine féminine Hautes terres du centre du Mexique Entre 600 et 100 av. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.032

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


47 Figurine de femme allongée et figurine de femme portant une parure de tête rouge

2

Culture Olmèque, Mexique central Entre 900 et 600 av. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.020 et 021

48 Vase représentant une femme enceinte Culture parita, centre du Panama 1000-1300 Céramique MAS.IB.2010.017.124

- VIE ET MORT EN AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE -

25


La renaissance du dieu du maïs

TJusqu’à nos jours, en Amérique latine, le maïs est aussi important que le blé dans les pays occidentaux. Ce qui explique pourquoi le dieu du maïs a été décrit si souvent, tout comme le mythe dans lequel il meurt et renaît. Cette renaissance signifiait que les plants de maïs croîtraient à nouveau. L’élite maya se parait parfois de vêtements ou bijoux en jade symbolisant le dieu du maïs. Ainsi vêtus, ils participaient à des rituels dans lesquels ils représentaient la régénération du dieu du maïs en dansant. L’importance du maïs ressort également du mythe selon lequel les Mayas étaient faits de maïs. Du maïs était déposé dans la tombe du défunt, sous forme de pâte de maïs, dans la bouche du mort. Il avait ainsi quelque chose à se mettre sous la dent dans sa vie après la mort.

26

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


Le dieu aux bâtons L’image du « dieu aux bâtons » est récurrente depuis 2000 ans dans les Andes. Ce personnage vu de face tient un ‘bâton’ dans chacune de ses mains, probablement un outil agricole. Il était peut-être le symbole de la fertilité et d’une bonne récolte. Ses auxiliaires tenaient également un bâton. Ils étaient représentés de profil, se tenant à gauche et à droite. Les personnages sur les tissus sont particulièrement stylisés. Ils sont, dès lors, difficilement reconnaissables.

49 Tissu orné d’illustration d’un personnage tenant un bâton Culture Wari, Pérou 600-900 Laine et coton MAS.IB.2010.017.295

50 Deux statuettes représentant le dieu aux bâtons des Andes Culture Chavín, Pérou Entre 900 et 400 av. J.-C. Coquillage et turquoise MAS.IB.2010.017.263

51 'Silex excentrique' Culture Maya, zone frontalière entre le Honduras et le Guatemala 250-900 Silex MAS.IB.2010.017.082 Ces formes extrêmement tranchantes, que l’on appelle également « excentriques en silex » étaient trop fragiles pour que l’on s’en serve comme outil de découpe. Elles étaient vraisemblablement destinées aux offrandes. La forme semble sym-

boliser l’éclair. Le profil de la tête du dieu de la foudre K’awil, reconnaissable à la forme de flambeau dont elle est surmontée, apparaît cinq fois. Un mythe maya raconte comment l’homme avait découvert le maïs le jour où un éclair fit éclater une pierre au cœur de laquelle se trouvait un grain de maïs.

52 Coupe illustrant de la danse du dieu du maïs Culture Maya, nord du Guatemala 250-900 Céramique MAS.IB.2010.017.084 Les idéographiques racontent que cette coupe contenait du cacao, une boisson très populaire.

53 Collier et bijoux auriculaires Région Maya, Mexique 250-900 Jade MAS.IB.2010.017.078 et 80 La couleur verte de ces bijoux symbolise la fertilité et la croissance végétale, notamment celle du maïs.

- VIE ET MORT EN AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE -

27

2


54 Pendentif avec homme assis les jambes croisées

57 Têtes allongées ayant autrefois fait partie d’une statue

Culture Maya, zone frontalière Mexico et Guatemala 250-900 Pierre MAS.IB.2010.017.076

Culture Maya, zone frontière entre le Mexique et le Guatemala 250-900 Plâtre MAS.IB.2010.017.093

55 'Haches’ en forme d’épi de maïs Culture Olmèque, côte sud du golfe du Mexique Entre 1200 et 400 av. J.-C. Diorite (et pigment rouge) MAS.IB.2010.017.011 et 012

« L’offrande la plus puissante et la plus prestigieuse était le sang humain, mais on ne l’offrait qu’à des dieux importants et des éléments animés, à des fins essentielles et à des occasions spéciales. » D’après le chroniqueur Bernabé Cobo in Historia General de los Indias, 1653

Sur une des haches de cérémonie, nous pouvons voir une illustration stylisée de la tête du dieu du maïs.

56 Trois figurines d’hommes à tête allongée et menton en galoche Culture Olmèque, Mexique Entre 1200 et 400 av. J.-C. Diorite MAS.IB.2010.017.013 à 015 inclus La tradition maya qui consistait à faire ressembler des têtes à des épis de maïs trouve son origine chez les Olmèques.

28

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


Des têtes de mort pour engendrer la vie Dans les anciennes Amériques, la tête avait une signification particulière. Beaucoup d’illustrations montrent des décapitations rituelles, et également des crânes et têtes séchées isolés. On les portait parfois avec soi. Les nombreux crânes isolés retrouvés dans des temples et tombes et sous des terrains de jeu de balle sont la preuve des décapitations.

2

Selon les anciens habitants des Andes et les peuples de Méso-Amérique, les dieux s’occupaient de l’humanité en échange d’offrandes. Car ils s’étaient eux-mêmes sacrifiés lors de la création du monde pour permettre à l’homme de vivre. Les sacrifices humains ou offrandes de sang permettaient de maintenir l’équilibre de l’univers et de garantir une nouvelle vie pour les hommes, les animaux et les végétaux. Pour ne pas sacrifier des membres de sa propre communauté, on envoyait souvent des guerriers pour capturer des ennemis à sacrifier. Rapporter une tête-trophée signifiait triomphe et pouvoir pour le guerrier. Un défi doublé d’un enjeu capital, cependant : quand il revenait bredouille, le guerrier était décapité au cours d’un rituel largement théâtralisé.

58 Deux pendentifs : l’un représentant des guerriers à têtes d’oiseau, l’autre à têtes de crocodile Presqu’île d’Azuero, Panama 700-1520 Or MAS.IB.2010.017.132 et 133 Les guerriers sont munis d’une arme en forme de massue.

59 Bijou nasal orné d’une scène de chasse aux oiseaux Culture Moche, côte nord péruvienne Entre 100 av. J.-C. et 700 apr. J.-C. Or, argent et turquoise MAS.IB.2010.017.290

60 Statue de guerrier agenouillé tenant une tête-trophée en main Versant Atlantique et Massifs Centraux, Costa Rica 1000-1550 Lave basaltique MAS.IB.2010.017.104 Cette statue, parmi les statues plus statiques de cette période, frappe par son dynamisme. Beaucoup de sculptures en pierre représentant des hommes tenant une tête-trophée et une hache ont été retrouvées au Panama et au Costa Rica. Sans doute, un tête-trophée signifiait une nouvelle vie pour les hommes, les animaux et les végétaux.

Les deux chasseurs sont équipés d’un bouclier et d’une sarbacane. - VIE ET MORT EN AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE -

29


61 Image d’un homme nu en position debout Versant Atlantique et Massifs Centraux, Costa Rica ou Gran Chiriqui, zone frontière entre le Costa Rica et le Panama 800-1550 Lave basaltique MAS.IB.2010.017.105 Compte tenu de l’absence de vêtements et de bijoux, on pense qu’il pourrait s’agir d’une statue représentant un prisonnier de guerre.

62 Statue de guerrier portant un masque zoomorphe Versant Atlantique et Massifs Centraux, Costa Rica 400-700 Lave basaltique MAS.IB.2010.017.102

63 Lutteurs Culture Colima, Mexique occidental Entre 300 av. J.-C. et 300 apr. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.038

64 Guerrier dans l’expectative Culture Veracruz, côte nord du golfe du Mexique 400-900 Céramique MAS.IB.2010.017.055 Ce guerrier attend patiemment sa mort.

30

65 Figurines souriantes Culture Veracruz, côte nord du golfe du Mexique 400-900 Céramique MAS.IB.2010.017.058 et 059 Ces figurines sont couramment appelées « figurines souriantes ». Beaucoup d’exemplaires ont été retrouvés sur la côte est du Mexique. Des instruments de musique sont associés à certaines. Dans cette région, des puits remplis de têtes cassées de ces statuettes ont été découverts. Elles représentent peut-être des hommes et des femmes qui, après avoir été droguées, s’abandonnent à la musique et la danse avant le rituel de décapitation.

66 Couteau de saignée Culture Olmèque, côte sud du golfe du Mexique Entre 1200 et 400 av. J.-C. Jade MAS.IB.2010.017.010 On attendait de l’élite maya qu’elle offre parfois de son propre sang pour obtenir la faveur des dieux.

67 Coupe en forme de crâne humain Culture Chancay, côte centrale du Pérou 1000-1450 MAS.IB.2010.017.313

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


68 Parure frontale comportant une tête humaine Culture Moche, côte nord péruvienne Entre 100 av. J.-C. et 700 apr. J.-C. Or (tumbaga) et coquillage MAS.IB.2010.017.287

69 « Fausse tête » Culture Wari, Pérou 600-900 Coton, plumes, argent, or, cheveux et os humains MAS.IB.2010.017.298 Les Waris enveloppaient leurs morts dans de nombreuses couches de textile. On y fixait une « fausse tête ».

70 Perle en forme de tête humaine Culture Moche, côte nord péruvienne Entre 100 av. J.-C. et 700 apr. J.-C. Or et lapis-lazuli MAS.IB.2010.017.288 Les fresques murales et restes humains dans les temples prouvent l’importance des rituels de décapitation chez les Mochés.

71 Bijou intégrant un oiseau et une tête humaine Culture Moche, côte nord péruvienne Entre 100 av. J.-C. et 700 apr. J.-C. Or et turquoise MAS.IB.2010.017.289

72 Statue de guerrier Versant Atlantique et Massifs Centraux, Costa Rica 700-1520 Pierre volcanique MAS.IB.2010.017.103

2

Le guerrier tient une tête-trophée dans sa main gauche.

73 Groupe de statues : un guerrier et deux chiens Culture Veracruz, côte nord du golfe du Mexique 400-900 Céramique MAS.IB.2010.017.054 Ce prisonnier accompagné de ses deux chiens porte la coiffe de l’ordre des guerriers du chacal. Il ne porte plus qu’un pagne et d’étranges bijoux auriculaires : ses bijoux en or ont été remplacés par des exemplaires de corde. On lui a ôté le restant de ses vêtements. Il attend sa décapitation, dans le calme et la sérénité.

74 Cruche illustrée d’un serpent à sonnette Culture Michoacán, Mexique occidental 300-700 Céramique MAS.IB.2010.017.047 Le bandeau inférieur de cette cruche montre une illustration très stylisée de serpent.

- VIE ET MORT EN AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE -

31


Les animaux magiques

La zone qui s’étend des déserts mexicains à la forêt primitive brésilienne est peuplée d’un nombre incommensurable d’espèces animales. L’homme précolombien avait un rapport spécial à beaucoup d’entre elles. Certains peuples croyaient que l’homme avait un « deuxième moi » d’apparence animale. Certains animaux symbolisaient également la puissance ou une nouvelle vie. Les chamans accordaient une attention particulière aux animaux capables d’évoluer dans plusieurs mondes : dans notre monde, mais également dans le monde inférieur aquatique ou le monde supérieur. En « s’appropriant » les pouvoirs de ces animaux, les chamans s’octroyaient la possibilité de voyager dans ces autres mondes. Cela est toujours vrai aujourd’hui. Les amphibiens et les papillons retenaient tout particulièrement leur attention en raison de la métamorphose corporelle subie au cours de leur croissance. Les chauves-souris et les hiboux volant silencieusement dans l’obscurité symbolisaient le monde des ténèbres et la mort. Les oiseaux, habitants du monde supérieur, étaient un thème énormément utilisé en Colombie pour la décoration des bijoux en or.

32

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


Le serpent, habitant des deux mondes Le serpent était couramment utilisé pour symboliser la fertilité. Le zigzag rapide de son mouvement faisait penser à la foudre annonciatrice des pluies estivales. La mue de sa peau symbolisait le renouveau de la vie. Comme le serpent est bon nageur, les peuples précolombiens le pensaient lié au monde inférieur. Le serpent jouait donc un rôle important dans les rituels des chamans.

Le jaguar royal Le jaguar est très rapide, bon nageur, et il grimpe facilement aux arbres. Il affiche donc une puissance supérieure dans notre monde ainsi que dans le monde inférieur et le monde supérieur. Sa peau a la couleur du soleil et son cri rappelle le fracas du tonnerre. Ce n’est donc pas un hasard si cet animal est le symbole par excellence des rois et des guerriers, et si les mythes et histoires lui font la part belle.

Un lézard miraculeux Le lézard vert basilic se rencontre fréquemment au Costa Rica. Les chamans prenaient exemple sur cet animal à même de pénétrer dans le monde de la terre et de l’eau. Non content de pouvoir demeurer une demi-heure en apnée, le lézard est également capable de courir sur l’eau à une vitesse de 10 km/heure. C’est d’ailleurs de ce don de la nature que lui vient son surnom de lézard Jésus-Christ.

75 Cruche représentant un hibou Culture Cupisnique, côte nord péruvienne Entre 900 et 400 av. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.264 Les habitants des côtes associaient les oiseaux de nuit comme le hibou à la lune, responsable des marées.

76 Statuettes représentant des poissons volants Culture Quimbaya, Colombie centrale 100-1600 Or MAS.IB.2010.017.155 et 156 Capables de se mouvoir dans l’eau et l’air, les poissons volants sont réputés appartenir au monde inférieur et au monde supérieur.

- VIE ET MORT EN AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE -

33

2


77 Deux pendentifs : un crabe et une tortue

81 Pendentif en forme de grenouille

Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.220 et 221

Gran Chiriqui, zone frontière entre le Costa Rica et le Panama 700-1520 Or MAS.IB.2010.017.114

78 Pendentif représentant un crocodilien Gran Chiriqui, zone frontière entre le Costa Rica et le Panama 700-1520 Or MAS.IB.2010.017.120

79 Deux pendentifs : deux sauriens et un lézard basilic Région de Coclé, Panama 700-1520 Or MAS.IB.2010.017.138 et 140

80 Pendentif représentant deux crocodiliens Région de Coclé, Panama 700-1520 Or MAS.IB.2010.017.140

34

82 Pendentif en forme de grenouille Gran Chiriqui, zone frontière entre le Costa Rica et le Panama 700-1520 Or MAS.IB.2010.017.113 En plus de vivre dans le monde souterrain de l’eau, les amphibiens vivaient également dans notre monde intermédiaire.

83 Cruche représentant un poisson Culture Olmèque, Mexique central Entre 1200 et 400 av. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.024 Le monde inférieur était souvent considéré comme un monde aqueux peuplé de poissons et d’amphibiens.

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


84 Cruche représentant un oiseau aquatique

87 Pendentif représentant un primate

Culture Olmèque, Mexique central Entre 1200 et 400 av. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.023

Gran Chiriqui, zone frontière entre le Costa Rica et le Panama 700-1520 Or MAS.IB.2010.017.118

Cet oiseau aquatique (un pélican ?) habite les trois mondes : il vole, plonge pour pêcher et court sur la terre.

85 Pendentif représentant deux personnages à tête de chauve-souris

88 3 pendentifs représentant des félidés Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or et tumbaga MAS.IB.2010.017.217 à 219 inclus

Presqu’île d’Azuero, Panama 700-1520 Or MAS.IB.2010.017.134

89 Pendentif représentant un félidé

86 Pendentif représentant un chauve-souris

Gran Chiriqui, zone frontière entre le Costa Rica et le Panama 700-1520 Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.122

Région de Coclé, Panama 700-1520 Or MAS.IB.2010.017.129 Les chauves-souris sont des oiseaux de nuit. Elles étaient considérées comme les habitantes du monde inférieur.

90 Cruche illustrée d’une peau de jaguar Culture Maya, Honduras 250-900 Céramique MAS.IB.2010.017.088 Cette cruche conjugue la forme du pécari et la peau mouchetée du jaguar.

- VIE ET MORT EN AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE -

35

2


91 Cruche représentant une tête de félidé

95 Cruche illustrée d’une tête de serpent

Culture Cupisnique, côte nord péruvienne Entre 900 et 400 av. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.265

Culture Maya, nord du Guatemala 250-900 Céramique MAS.IB.2010.017.089

92 Statuette de félidé Culture Tiwaniku, sud du Pérou et nord de la Bolivie 600-900 Pierre MAS.IB.2010.017.303 Le motif cruciforme sur les bras est une conjugaison des mondes supérieur et inférieur en forme d’escalier.

93 Statuette de jaguar Culture Moche, côte nord péruvienne Entre 100 av. J.-C. et 700 apr. J.-C. Bronze et coquillage MAS.IB.2010.017.285

94 Cruche représentant un jaguar Culture Olmèque, Mexique central Entre 1200 et 400 av. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.022 L’air s’échappant par les petits orifices de la cruche lors de son remplissage provoquait un sifflement.

36

Ce serpent stylisé, gueule béante, laisse voir une langue triplement fourchue.

96 Parure pectorale ornée de plusieurs animaux Costa Rica ou Panama 700-1520 Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.108 La parure pectorale combine deux têtes d’oiseau, deux têtes de félidés et des crocodiles sur les ornements de tête.

97 Pendentif orné d’une tête d’oiseau Région Coclé, Panama 450-900 Or MAS.IB.2010.017.125

Ce pendentif montre un oiseau portant un grand diadème en forme de crocodiles et de serpents.

98 Pendentifs : un oiseau et un vautour Costa Rica ou Panama 700-1520 Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.110 et 112

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


2

- VIE ET MORT EN AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE -

37


DES OFFRANDES POUR APRÈS LA MORT

38 38


Les cultures précolombiennes ont occupé un vaste territoire et connu un faramineux essor. Les différentes cultures partageaient toutefois le même point de vue quant au lien entre la vie et la mort. Ce que prouvent les quantités de mobilier funéraire destinés au monde d’après la vie ou le voyage y menant. Les illustrations de couples aimants symbolisaient l’espoir. Les fruits en Céramique servaient d’aliment pour une nouvelle existence.

39 39

3


Un compagnon quadrupède Les tombes en Méso-Amérique contiennent souvent des squelettes ou statuettes ressemblant fortement à des chiens. Les petits chiens pelés (itzcuintli) étaient vraiment très importants dans cette région. Ils accompagnaient les guerriers sur le champ de bataille et leur montraient, après la mort, le chemin vers le monde suivant. Les chiens étaient également élevés pour leur viande. Avant que les Espagnols n’importent vaches et porcs, peu de grands animaux existaient sur le continent.

1 Statuette représentant un chien

3 Vase représentant un chien hurlant

Culture Colima, Mexique occidental Entre 300 av. J.-C. et 300 apr. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.041

Transition de la culture Olmèque vers la culture Maya, sud du Guatemala Entre 200 av. J.-C. et 250 apr. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.072

Les traces noires de manganèse résultent de l’érosion dans le sol.

2 Vase orné de l'illustration d’un souverain installé dans une chaise à porteurs accompagné d’un petit chien Culture Maya, nord du Guatemala 250-900 Céramique MAS.IB.2010.017.087 Un petit chien, des serviteurs et des musiciens accompagnent le souverain vers l’au-delà.

40

4 Vase représentant une citrouille à pattes en forme de perroquet Culture Colima, Mexique occidental Entre 300 av. J.-C. et 300 apr. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.042 Le défunt recevait de la véritable nourriture et également des illustrations de nourriture pour son voyage vers le monde des morts.

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


5 Statuette d’un couple s’embrassant Culture Jalisco ou Nayarit, Mexique occidental Entre 300 av. J.-C. et 300 apr. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.033 Les représentations de couples symbolisaient peut-être le souhait d'expérimenter l’amour après la mort.

6 Statuettes de couples Culture Colima, Mexique occidental Entre 300 av. J.-C. et 300 apr. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.039 et 040

7 Cruche représentant un couple avec enfant

3

Culture Vicus, côte nord péruvienne Entre 200 av. J.-C. et 200 apr. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.280

Apprêté pour l'éternité Les souverains et les nobles recevaient énormément de bijoux en guise de mobilier funéraire, comme des bandeaux de tête, des masques, pectoraux et sceptres. Les bijoux de nez étaient souvent tellement grands qu’ils couvraient la partie inférieure du visage. Certains bijoux montraient des éléments d’un animal terrestre ou mythique. On croyait que le porteur de ces bijoux, dans sa vie suivante, recevait le pouvoir de cet animal.

8 Statuette représentant une femme parée de bijoux et tête de statue

9 Ensemble de bijoux : pendentif, anneau de nez et bijoux auriculaires

Culture Tolita-Tumaco, zone frontière entre l'Équateur et la Colombie Entre 600 av. J.-C. et 400 apr. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.254 et 255

Culture Tolita-Tumaco, zone frontière entre l'Équateur et la Colombie Entre 600 av. J.-C. et 400 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.259 à 261 inclus

- DES OFFRANDES POUR APRÈS LA MORT -

41


10 Bijou nasal Culture Muisca, Colombie centrale 600-1600 Or MAS.IB.2010.017.163

11 Pendentif représentant un homme paré de bijoux Culture Tairona, nord de la Colombie 500-1600 Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.171 L’homme porte un labret, un masque facial et une grande parure de tête.

12 Bijou nasal Culture Nariño, zone frontalière entre la Colombie et l’Equateur 500-1600 Or MAS.IB.2010.017.198

13 Cinq anneaux de nez Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.233 à 237 inclus Les bijoux ressemblent à ceux de l’homme-grenouille en or adjacent.

14 Collier composé de 48 plaquettes Culture Tairona, nord de la Colombie 500-1600 Or MAS.IB.2010.017.180

15 Pendentif représentant un homme-amphibien Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.205 Cette figurine mi-homme mi-animal porte un collier et un anneau de nez en « S ».

16 Barrettes nasales Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.229 à 232 inclus

17 Pommeaux de sceptres anthropomorphes (?) Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.224 Nous ne savons pas avec certitude si ces figurines parées de bijoux auriculaires en forme de croissants lunaires étaient des pommeaux de sceptre.

42

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


18 Boucles d’oreille à motif carré Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.238 à 240 inclus Ces boucles d’oreille ressemblent à celles au personnage sur le sceptre.

19 Bijoux auriculaires pourvus d’une extrémité ophidienne et labrets représentant un serpent à langue fourchue Culture Tairona, nord de la Colombie 500-1600 Or et tumbaga MAS.IB.2010.017.185 à 188 inclus et MAS.IB.2010.017.193 et 194 Ces labrets s’inséraient dans la lèvre inférieure. Ils ressemblent aux bijoux de la statuette adjacente.

20 Parure faciale que l'on fixait à un bandeau de tête Culture Calima, Colombie centrale Entre 100 av. J.-C. et 1000 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.146 Cette grande parure faciale, pourvue de nombreux éléments mobiles, garantissait une apparence spectaculaire à qui la portait.

21 Bijoux auriculaires ou labrets

22 Anneau ou bijou nasal illustré de deux oiseaux Culture Vicus, côte nord péruvienne Entre 200 av. J.-C. et 200 apr. J.-C. Or (tumbaga), turquoise et coquillage MAS.IB.2010.017.282

23 Pendentif doté de perlesperroquets

3

Culture Moche, côte nord péruvienne Entre 100 av. J.-C. et 700 apr. J.-C. Or (tumbaga), coquillage et pierre MAS.IB.2010.017.294

24 Deux paires de perceuses et une couronne Culture Chimu, côte nord péruvienne 1100-1470 Or MAS.IB.2010.017.306 et 307 Les perceuses et la couronne représentent chacune un homme portant une grande parure de tête en forme de croissant lunaire.

25 Masque et parure faciale en forme de croissant lunaire Culture Sican, côte nord péruvienne 900-1100 Or et tumbaga MAS.IB.2010.017.309 et 310

Culture Quimbaya, Colombie centrale 100-1600 Or MAS.IB.2010.017.158 - DES OFFRANDES POUR APRÈS LA MORT -

43


La mort et l’au-delà : des traditions divergentes

Tous les habitants de l’ancienne Amérique croyaient en une vie dans l’au-delà, mais les représentations de cette vie différaient de région en région. Les Aztèques et les Mayas décrivaient comment leurs défunts devaient d’abord voyager dans les différents mondes inférieurs avant d’atteindre leur destination finale. Les femmes mortes en couches et les guerriers morts au combat allaient directement au soleil et l’accompagnaient dans son voyage quotidien. Les traditions funéraires différaient, elles aussi, fortement d’un endroit à l’autre de l’énorme continent. Certaines régions utilisaient des urnes, d’autres faisaient reposer leurs morts sur des ‘lits’ en pierre. Certains morts étaient incinérés, d’autres enterrés. Les gens simples étaient souvent enterrés dans une simple tombe sous ou à côté d’une maison. Les souverains, prêtres et nobles avaient droit à beaucoup d’égards. Momifications DLes peuples Paracas plaçaient leurs morts dans un panier de jonc, en position accroupie, et enveloppaient le tout de tissus. Par-dessus ces momies venait un tissu décoré avec l’illustration d’une tête. Les défunts notables étaient enveloppés dans une grande quantité de longues et belles étoffes. Les équipes de tisserands pouvaient consacrer jusqu’à 30 000 heure/ homme à ce genre de tissu. Comme les momies étaient enterrées dans la terre très aride du sud du Pérou, les tissus se sont particulièrement bien conservés.

44

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


Île des morts L’élite maya était enterrée sur l’île de Jaina, à l’ouest du continent, avec vue sur le soleil couchant. Les milliers de tombes sur cette île aux morts contiennent des offrandes funéraires. Les statuettes en Céramique sont très frappantes. Elles sont particulièrement soignées et donnent une bonne idée du vêtement, de la parure et même des professions des nantis mayas.

26 Cruche décorée d’une créature mi-humaine mi-animale Culture Macaracas, centre du Panama 800-1000 Céramique MAS.IB.2010.017.123

29 Tombeau funéraire en pierre Versant Atlantique et Massifs Centraux, Costa Rica 400-700 Lave basaltique MAS.IB.2010.017.101

On pense que cet objet est une urne dans laquelle on réenterrait les restes humains.

Cette forme en pierre travaillée ressemble à une grande meule, mais elle était peut-être un lit funéraire ou un trône symbolique.

27 Deux fragments de tissu et un coussin pour momie

30 Urne funéraire dans laquelle on réenterrait les os

Culture Paracas, côte sud péruvienne Entre 400 av. J.-C. et 100 apr. J.-C. Laine et coton MAS.IB.2010.017.270 et 271

Culture Marajó, embouchure de l’Amazone, au Brésil 400-1350 Céramique MAS.IB.2010.017.325

28 Offrandes funéraires

Cette urne dont seule la partie évasée dépassait du sol contenait les ossements avec un crâne au-dessus.

Culture Maya, île de Jaina, Mexique 250-900 MAS.IB.2010.017.096 à 100 inclus

- DES OFFRANDES POUR APRÈS LA MORT -

45

3


DE L’EXOTISME, DE L’ESTHÉTISME ET DU SENS

46 46


Après la « découverte » de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492, les Européens furent pour la toute première fois en contact avec des objets précolombiens. Tout ce qui provenait du nouveau continent était exotique et avidement collectionné. De nos jours, les collectionneurs prisent surtout des qualités esthétiques. Lors des fouilles, les équipes continuent de trouver des objets surprenants par leur beauté, leur aboutissement technique et les matériaux particuliers dans lesquels ils ont été réalisés. Mais pour les archéologues, l’idée de « l’art pour l’art » est problématique. Les découvertes sont avant tout considérées comme des sources d’information permettant d’en apprendre davantage sur les coutumes des peuples d’autrefois. Les créations des peintres, sculpteurs, fondeurs et tisserands recèlent des trésors d’information quant à leur usage dans la vie quotidienne de l’époque en tant qu’objets rituels ou comme offrandes funéraires, par exemple. Mais établir leur signification précise demeure néanmoins très difficile.

47 47

4


Or et cuivre

La plupart des objets préhispaniques d’Amérique latine ne sont pas en or massif, mais en tumbaga. Cet alliage d’or et de cuivre s’obtient à une température de fusion moins élevée. Il est, en outre, plus dur et donc moins fragile que l’or pur. L’inconvénient de cet alliage cuivré est qu’il verdit en s’oxydant. Pour éviter ce phénomène, les orfèvres avaient mis au point une technique consistant à « brûler » le cuivre des parties apparentes afin de l’éliminer en surface.

48

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


Orfèvrerie Les premières statuettes et bijoux en or ont été fabriqués au Pérou aux alentours de 1500 av. J.-C.. Ensuite, les techniques d'orfèvrerie se sont progressivement disséminées en Colombie, au Panama et au Costa Rica. Aux alentours de 800 apr. J.-C., les Mixtèques du Mexique découvrent eux aussi ces techniques. Ils en acquièrent une maîtrise telle que les Aztèques les contraignent à déménager dans leur capitale Tenochtitlán distante de quelque 500 km.

1 Statuette représentant une femme Culture Tolita-Tumaco, zone frontière entre l'Équateur et la Colombie Entre 600 av. J.-C. et 400 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.262

2 Bijoux auriculaires Culture Tolita-Tumaco, zone frontière entre l'Équateur et la Colombie Entre 600 av. J.-C. et 400 apr. J.-C. Or et émeraude MAS.IB.2010.017.256 et 258

3 Casque de cérémonie (?) Culture Tolita-Tumaco, zone frontière entre l'Équateur et la Colombie Entre 600 av. J.-C. et 400 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.257 La tête représente un chaman se transformant en félidé.

4 Pendentifs représentant un personnage stylisé et un visage stylisé

4

Culture Quimbaya, Colombie centrale 100-1600 Or MAS.IB.2010.017.157 et 153 Cette parure de tête à « croissants » apparaît partout dans le monde, mais des doutes subsistent quant à son contenu symbolique.

5 Pendentif en forme d’un oiseau et statuette d’un animal bicéphale Culture Uraba, zone frontière entre la Colombie et le Panama 500-1600 Or et tumbaga MAS.IB.2010.017.202 et 203 Une fois le corps en mouvement, les plaquettes des pendentifs s’animaient aussi. L’ensemble produisait un son subtil suggérant une idée d'énergie.

- DE L’EXOTISME, DE L’ESTHÉTISME ET DU SENS -

49


6 Parure pectorale en forme d'oiseau stylisé Culture Nariño, zone frontalière entre la Colombie et l’Equateur 500-1600 Or MAS.IB.2010.017.197

10 Eléments de collier (mailles); deux paires de bijoux auriculaires Culture Tairona, nord de la Colombie 500-1600 Or et émeraude ; Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.181, 191 et 192

7 Bijou nasal

11 Parures pectorales spiralées

Culture San Agustín, sud-ouest de la Colombie 100-800 Or MAS.IB.2010.017.143

Culture Tairona, nord de la Colombie 500-1600 Or MAS.IB.2010.017.189 à 190 inclus

8 Pendentif représentant un homme avec un masque Culture Calima, Colombie centrale Entre 100 av. J.-C. et 1000 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.148

9 Une paire de bijoux auriculaires et trois parures pectorales Culture Muisca, Colombie centrale 600-1600 Or MAS.IB.2010.017.162 et 164

50

On pense que la forme spiralée symbolise l’évolution cyclique du temps.

12 Parures pectorales représentant un homme en transformation Culture Tairona, nord de la Colombie 500-1600 Or MAS.IB.2010.017.172 et 173 L'homme ailé a une queue de poisson et un chapeau en forme de champignon. Son visage est caché par un bâton.

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


13 Pendentif plat orné d’animaux; Parure pectorale représentant un oiseau orné d’une grande parure de tête ; Bijou nasal représentant un papillon Culture Tairona, nord de la Colombie 500-1600 Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.177, 176 et 182

16 Pendentif représentant un homme-insecte portant un anneau nasal; pendentif représentant un hommepapillon Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.208 et 209

Dans la partie supérieure du pendentif, deux jaguars ouvrent une gueule béante ; en dessous d’eux, nous discernons deux têtes d'oiseau.

17 Bijoux auriculaires finement ciselés (trois paires plus trois dépariés)

14 Deux pendentifs en forme d'animaux bicéphales.

Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.241 à 246 inclus

Culture Tairona, nord de la Colombie 500-1600 Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.178 et 179 Les têtes présentent des caractéristiques de félidé et l’arrière-train est celui d’un crocodilien équipé de pattes de grenouilles.

15 Paire de boucles d'oreilles ornées d'un homme ailé portant un chapeau en forme de champignon

Sur la partie supérieure de certains bijoux auriculaires, nous apercevons un oiseau.

18 Pectoraux en forme d'oiseaux stylisés Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or et tumbaga MAS.IB.2010.017.210 à 214 inclus

Culture Zenù, nord de la Colombie Entre 150 av. J.-C. et 1600 apr. J.-C. Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.247

- DE L’EXOTISME, DE L’ESTHÉTISME ET DU SENS -

51

4


Des sources d’inspiration Beaucoup d’artistes et collectionneurs européens ont puisé leur inspiration dans des objets provenant de régions non-occidentales. Pablo Picasso, par exemple, a peint des masques africains dans ses tableaux. Plus tard, le langage imagé, presque abstrait, des objets précolombiens a entre autres empreint les créations du sculpteur Henry Moore et de l’architecte Frank Lloyd Wright, tandis que d’autres objets moins abstraits comme les poteries mayas et les vases de la culture Moche du Pérou ont notamment inspiré Paul Gauguin. Au Mexique, les peintres Frida Kahlo et Diego Rivera se sont émerveillés pour des statuettes du Mexique occidental : elles symbolisaient à leurs yeux la joie de vivre du peuple mexicain.

19 Statuette sculptée de guerrier Culture Jalisco, Mexique occidental Entre 300 av. J.-C. et 300 apr. J.-C. MAS.IB.2010.017.037 Ces statuettes étaient très prisées par les collectionneurs en raison de leurs formes rondes et de leur réalisme.

20 Statuette représentant un homme Culture Maya, île de Jaina, Mexique 250-900 Céramique MAS.IB.2010.017.327 Beaucoup de statuettes retrouvées sur l'île de Jaina frappent par leur réalisme.

52

21 Statuette représentant une femme Culture Maya, île de Jaina, Mexique 250-900 Céramique MAS.IB.2010.017.095 Beaucoup des visages des statuettes retrouvées sur l'île de Jaina frappent par leur réalisme.

22 Plat monté sur quatre pieds en forme de jambe humaine Culture Xochipala, Mexique occidental Entre 1200 et 600 av. J.-C. Diorite MAS.IB.2010.017.028 Ce plat est en diorite massive. Un soin tout particulier a été consacré à la finition de ses jambes.

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


23 Personnage fortement stylisé Culture Mezcala, Mexique occidental Entre 300 av. J.-C. et 300 apr. J.-C. Pierre MAS.IB.2010.017.045

24 Cruche représentant un ­oiseau chantant Culture Tlatilco(?), Mexique central Entre 1200 et 500 av. J.-C. Céramique (porcelaine) MAS.IB.2010.017.030 Cette forme équilibrée d'oiseau a été réalisée en porcelaine brillante photo-réfléchissante.

25 Vase sans bord (tecomate) et mortier Culture Tlatilco(?), Mexique central Entre 1200 et 500 av. J.-C. Céramique (porcelaine) et pierre MAS.IB.2010.017.025 et 026 La production de Céramique fine et de pierres étonnamment colorées requiert beaucoup de savoir-faire.

26 Vase réalisé à partir de jade finement travaillé Culture Maya, nord du Guatemala 250-900 Jade MAS.IB.2010.017.081

27 Figurine creuse représentant une femme Culture Chorrera, Équateur Entre 900 et 300 Av. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.253 Cette figurine fut une des premières moulées dans les Andes septentrionales.

28 Vase représentant une tête humaine Culture Moche, côte nord péruvienne Entre 100 av. J.-C. et 700 apr. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.286 Certains de ces vases-portraits mondialement connus semblent représenter la même personne à différents âges.

29 Bol doté de deux poignées anthropomorphes Culture Inca, pays andins 1450-1533 Pierre MAS.IB.2010.017.317 Le créateur de ce bol a fait coïncider la veine grise de la pierre avec les visages. « Lorsque nous avons découvert ces peuples et pénétré en leur province de Los Armas avec le capitaine Jorge Robledo, nous avons vu des Indiens vêtus d’or de la tête au pied. » Citation de Pedro Cieza de Léon dans sa Cronica del Perú, 1533

- DE L’EXOTISME, DE L’ESTHÉTISME ET DU SENS -

53

4


Des richesses symboliques

Pour les habitants de l’Amérique ancienne, l’or n’avait rien d’une richesse matérielle. Il avait uniquement une signification rituelle : par sa couleur et son éclat, il symbolisait l’astre solaire. L’or était symbole de fertilité et d’énergie vitale. Seuls l’élite et les chamans portaient ce métal. En tant que symbole d’une nouvelle vie après la mort, les bijoux en or constituaient des offrandes funéraires de grande valeur.

54

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


La fièvre de l’or Au Mexique, les conquérants espagnols apprirent rapidement les rumeurs circulant à propos de fabuleuses réserves d’or, et même d’une cité d’or située plus loin au sud. Motivées par la fièvre de l’or oblige, des expéditions furent montées en forêt amazonienne. En vain. Entre-temps, tombes et temples de l’empire inca faisaient l’objet d’incessants pillages. De nos jours, cette même fièvre de l’or est à l’origine de nombreuses entreprises d’orpaillage dans la région andine. Leurs conséquences pour l’homme et la nature sont hélas désastreuses.

30 Anneau ou bijou nasal paré de deux oiseaux (en haut) et de la tête d’un félidé (sur le côté) Culture Vicus, côte nord péruvienne Entre 200 av. J.-C. et 200 apr. J.-C. Or MAS.IB.2010.017.283 Les orfèvres Vicus excellaient dans l’art du brasage de minuscules éléments.

31 Bijou nasal plat orné de trois oiseaux; pendentif orné de quatre arachnides Culture Vicus, côte nord péruvienne Entre 200 av. J.-C. et 200 apr. J.-C. Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.284 et 281

4

32 Bijou nasal orné d’illustrations d'oiseaux en argent; bijou nasal et bijoux auriculaires dotés de petits disques en turquoise Culture Moche, côte nord péruvienne Argent, argent doré et turquoise ; or et turquoise Entre 150 av. J.-C. et 700 apr. J.-C. MAS.IB.2010.017.291 et 292

33 Anneau nasal orné de deux paires d’oiseaux; parure de tête représentant une coiffe de plumes Culture Nazca, côte sud péruvienne Entre 100 av. J.-C. et 600 apr. J.-C. Or et cuivre doré MAS.IB.2010.017.278 et 279 Les plumes d’oiseaux tropicaux étaient si rares à la côte qu’elles faisaient parfois l’objet d’imitations en or.

- DE L’EXOTISME, DE L’ESTHÉTISME ET DU SENS -

55


34 Bol orné de cercles

37 Pendentif en forme de félidé

Culture Inca, Andes 1450-1533 Or MAS.IB.2010.017.319

Gran Chiriqui, zone frontière entre le Costa Rica et le Panama 700-1520 Or MAS.IB.2010.017.121

Presque tout l’or inca fut refondu par les Espagnols. Ce grand bol en or constitue dès lors une véritable rareté.

35 Pendentif représentant un personnage portant un bijou nasal et une parure de tête; parure pectorale représentant une femme debout Panama 400-900 Or et tumbaga MAS.IB.2010.017.127 en 126 Un personnage sur un banc symbolise le plus souvent un « dignitaire », comme un souverain ou un chaman.

36 Plat décoré d'un crocodilien; grand disque Costa Rica ou Panama 700-1520 Or MAS.IB.2010.017.137 et 136

La symbolique de ces animaux tenant dans leur gueule un bras ou une jambe humaine est inconnue

38 Pendentif équipé de défenses et orné de petits disques; pendentif en forme d’oiseau; pendentif zoomorphe hybride; pendentifs anthropomorphes entourés par un bandeau céleste Gran Chiriqui, zone frontière entre le Costa Rica et le Panama 700-1520 Or MAS.IB.2010.017.107, 109, 111, 116 et 117

39 Pendentif représentant un personnage équipé d’un cordage et d’une parure de tête; pendentif encadré intégrant un homme-animal Gran Chiriqui, zone frontière entre le Costa Rica et le Panama 700-1520 Or MAS.IB.2010.017.119 et 115 La parure de tête a la forme d'une ramure.

56

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


40 Gravure montrant des animaux hybrides; pendentifs en forme de crocodile et de poisson Région de Coclé, Panama 700-1520 Or MAS.IB.2010.017.135, 128 et 130 Des rubans ophidiens s'échappent de la gueule du poisson et pénètrent ensuite dans une tête de crocodile.

41 Collier à perles-tortues Pendentif représentant une carapace ; celle-ci était remplie de turquoise Boucle d'oreille représentant une tête d'oiseau. Celuici porte, dans son bec, un élément décoratif auquel quatre grelots sont suspendus. Boucle d'oreille représentant la tête de « Yacatecuhtli », le dieu des commerçants et des voyageurs Labret représentant un oiseau Bague illustrée d’une tête anthropomorphe et équipée de grelots Ornements divers, que l'on cousait sur des vêtements (?)

4

Aztèques-Mixtèques-Zapotèques, Mexique 1450-1521 Or et turquoise MAS.IB.2010.017.063 -069 Il fallut attendre 900 apr. J.-C. pour voir l'orfèvrerie faire son entrée au Mexique.

- DE L’EXOTISME, DE L’ESTHÉTISME ET DU SENS -

57


Trésors de la mer

Au Pérou, les bijoux en coquillage étaient principalement fabriqués à partir d’« huîtres épineuses ». L’extérieur de ce coquillage est épineux et son intérieur, brillant et rougeâtre. Cette huître était donc associée au sang, et aussi, à l’eau et la pluie évidemment. Le strombus servait d’instrument de musique. Difficile à se procurer, ce coquillage était particulièrement précieux. En effet, pour en pêcher, des marins devaient gagner les eaux plus chaudes de l’Équateur à bord d’embarcations de roseau et plonger jusqu’à 30 mètres de profondeur.

58

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


L’or vert et bleu Le jade était rare, ce qui en faisant un matériau très précieux du Mexique au Panama. Les Olmèques et Mayas ont réalisé énormément de statuettes et bijoux en jade. Pour eux, la couleur turquoise était le symbole de l’eau et de la régénération végétale. Les souverains mayas veillaient sur la fertilité de la nature et de l’homme et portaient beaucoup de bijoux en jade. Y compris, mais peut-être surtout, après leur mort.

42 Figurine (amulette) en forme de baleine Culture « Old Bering », phase Punuk, Alaska occidentale 500-1200 Ivoire d’animaux marins MAS.IB.2010.017.004

43 Masque zoomorphe Groupe Yup’ik, sud-ouest de l’Alaska Début du XXe siècle Bois MAS.IB.2010.017.006

44 Figurine (amulette ?) zoomorphe

45 Nécessaire de chaman (?)

4

Alaska ou Canada Datation inconnue Ivoire provenant d’animaux marins, graphite et poils d’ours MAS.IB.2010.017.003 La forme, sculptée dans la pierre, contient : des poils d’ours, un galet et une statuette de femme en ivoire.

46 Tête cassée d’une figurine; visage en ivoire Culture « Old Bering », phase Okvik, Alaska occidentale Entre 250 av. J.-C. et 100 apr. J.-C. Ivoire d’animaux marins MAS.IB.2010.017.001 et 002

Culture Tlingit, côte nord-ouest de l’Alaska ou Canada 1700-1800 Ivoire provenant d’animaux marins MAS.IB.2010.017.005

- DE L’EXOTISME, DE L’ESTHÉTISME ET DU SENS -

59


47 Bijou auriculaire orné d’une représentation de Tlaloc, le dieu de la pluie Culture Maya, nord du Guatemala 250-900 Coquillage et jade MAS.IB.2010.017.075 Le dieu Tlaloc a toujours été associé à l’eau, tout comme le coquillage et la couleur verte du jade.

48 Pendentif orné d’un profil d’homme sculpté (un souverain ?) Culture Maya, nord du Guatemala 250-900 Coquillage et cinabre ou hématite MAS.IB.2010.017.074 Au-dessus du visage, nous pouvons voir une parure de tête en forme de tête de crocodile.

49 Paire de bijoux auriculaires et eléments de collier incrustés de coquillage et pierre incrustés d’une mosaïque de coquillage et de pierre Culture Wari, Pérou 600-900 Coquillage et divers types de pierre MAS.IB.2010.017.301 et 302

60

50 Bol en albâtre fin orné d’illustrations gravées Culture Maya, ouest du Honduras 250-900 Albâtre et vermillon MAS.IB.2010.017.092 La partie inférieure de ce bol montre une hotte de plumes que l’on portait sur le dos lors des danses rituelles.

51 Coupe en marbre ornée de la représentation stylisée d’un visage Culture Maya, ouest du Honduras 250-900 Marbre MAS.IB.2010.017.091 Les coupes étaient presque toujours fabriquées en céramique, rarement en pierre.

52 Figurines de grenouilles en émeraude, hibou et personnage masqué Culture Tairona, nord de la Colombie 500-1600 Emeraude MAS.IB.2010.017.168 Le coassement des grenouilles annonce la pluie. La couleur verte de l’émeraude symbolise également l’eau.

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


53 Masque miniature (?) en pierre turquoise

56 Idole d’une déesse de l’eau en position assise

Culture Olmèque, côte sud du golfe du Mexique Entre 1200 et 400 av. J.-C. Diorite claire ou jadéite MAS.IB.2010.017.017

Culture Aztèque, Mexique 1450-1521 Onyx blanc MAS.IB.2010.017.070

La forme (qui ressemble à un grain de maïs) et la couleur verte sont un symbole de fertilité.

54 Plusieurs labrets Aztèques-Mixtèques-Zapotèques, Mexique 1450-1521 E.a. métal, obsidienne, turquoise, feuilles d’or et cristal de roche MAS.IB.2010.017.062

La pierre particulière d’onyx était convoitée chez les Aztèques en raison de sa couleur et son effet translucide. « Les vêtements en coton qu’ils fabriquaient semblaient si fins que nous les pensions de soie. Ils étaient ornés de personnages en feuille d’or. De toute beauté. » Citation de Cristóbal de Mena (?) dans La Conquista del Perú. Llamada la Neuva Castilla, 1534. L’auteur fut un des premiers soldats espagnols au Pérou.

Le labret était coincé par la lèvre inférieure et maintenu en place par son côté large entre la lèvre et les dents de la mâchoire inférieure.

55 Bijoux auriculaires en forme de tête de perroquet Culture Maya, centre du Guatemala 250-900 Jade MAS.IB.2010.017.079

- DE L’EXOTISME, DE L’ESTHÉTISME ET DU SENS -

61

4


Des textiles pour les générations futures

Le textile et les plumules qui se retrouvent en terre lors de l'inhumation se conservent vraiment mal dans des conditions normales. En effet, quelques décennies plus tard, l'humidité du sol a entièrement assuré la dégradation de ce matériau. Mais les textiles précolombiens, qui se composent de coton, de laine ou de plumules, constituent une exception à cette règle. En effet, comme ils ont été enterrés dans la terre désertique - vraiment sèche - du Pérou, nous les retrouvons encore en très bon état au bout de nombreux siècles. Les couleurs ont très peu terni, voire pas du tout, et la qualité du tissu reste exceptionnelle. Néanmoins, les pièces constituées de cette étoffe restent vraiment fragiles ; la lumière artificielle n'est pas bonne pour la conservation des couleurs. Et l'exposition à la verticale de ces tissus n'aide pas non plus à la conservation. C'est pourquoi le MAS a décidé, en concertation avec la Communauté flamande et Dora Janssen, d'exposer les étoffes précolombiennes de la collection Janssen-Arts en rotation. Nous exposons deux textiles pendant six mois – tous deux issus de la collection Janssen-Arts ou en alternance avec une étoffe de la collection du MAS – de manière à nous assurer que les autres étoffes pourront être conservées à l'horizontale et dans l'obscurité totale pendant quelque temps au dépôt. Une mesure qui, nous l'espérons, permettra de conserver ces objets uniques pendant encore de nombreux siècles pour les générations futures.

62

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


Des plumes qui venaient de loin Les plumes utilisées pour ces constructions phénoménales provenaient du plumage haut en couleur d’oiseaux de la forêt tropicale à l'est des Andes. Tout comme la laine des lamas, des alpacas ou des vigognes, les plumes devaient parcourir une très longue distance pour arriver jusqu'à la zone côtière. Un réseau commercial étendu devait donc nécessairement exister par-delà les sommets et diverses zones climatiques de la cordillère des Andes.

Plus précieux que l’or Ces étoffes de coton et de laine retrouvées lors de fouilles de tombes dans les Andes sont connues dans le monde entier pour leur complexité, mais aussi parce que leurs couleurs furent particulièrement bien conservées durant 2000 ans grâce à l’aridité des sols du désert.

4

Pour la population andine, le textile avait beaucoup plus de valeur que l’or. En effet, le processus de tissage complexe requérait beaucoup de temps, tandis que le transport du coton et de la laine représentait également toute une entreprise.

57 Calebasse remplie d'oiseaux et poissons miniatures en bois ornés de plumes

58 Boa en plumes et deux tangaras du paradis naturalisés

Culture Nazca, côte sud péruvienne Entre 100 av. J.-C. et 600 apr. J.-C. Calebasse, bois et plumes MAS.IB.2010.017.277

Culture Nazca, côte sud péruvienne Entre 100 av. J.-C. et 600 apr. J.-C. Coton et plumes MAS.IB.2010.017.274

Les oiseaux miniatures représentent peut-être des colibris, dont les plumes très colorées étaient très convoitées.

Ce superbe oiseau très coloré de la forêt amazonienne était vraiment apprécié dans la zone côtière.

- DE L’EXOTISME, DE L’ESTHÉTISME ET DU SENS -

63


59 Fourreaux en bois garnis de plumes dont deux encore emballés dans des feuilles de maïs. Culture Nazca, côte sud péruvienne Entre 100 av. J.-C. et 600 apr. J.-C. Bois, plumes, feuilles de maïs et coton MAS.IB.2010.017.276 S’agissait-il d’un nuancier de plumes ou de plumes d’offrande ? S’agissait-il d’offrandes funéraires destinées à un « emplumeur » ?

60 Poncho (uncu) doté d’ouvertures à mailles serrées pour le cou et les bras Culture Wari, Pérou 600-900 Coton et plumes MAS.IB.2010.017.297 Beaucoup de ces uncus miniatures en plumes ont été retrouvées dans un tombeau du sud du Pérou. Leur fonction est inconnue.

61 Mante ornée de deux guerriers et d’un arbitre les séparant Pérou, zone côtière médiane, culture Chancay Entre 1000 et 1450 apr. J.-C. Laine et coton MAS.IB.2010.017.312

62 Pendentif représentant un quetzal Zone de Guanacaste-Nicoya, Costa Rica occidental 300-700 Jade MAS.IB.2010.017.106 Le quetzal, très coloré, avec sa longue queue, était très connu du Mexique au Panama

63 Fourreaux à épingles ou aiguilles Culture Wari, Pérou 600-900 Jonc, laine et aiguilles de cactus MAS.IB.2010.017.296 Les tombes de tisserands contiennent parfois leur équipement complet : fils de laine ou de coton, épingles et aiguilles.

64 Broche montée d’une perle Culture Chimu, côte nord péruvienne 1100-1470 Or et nacre MAS.IB.2010.017.308 Cette broche est montée de la seule espèce de perle connue de l’Amérique précolombienne.

Certains combats rituels (tinku) continuent d’être organisés dans les Andes aujourd’hui.

64

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


65 Bijoux auriculaires représentant un visage orné des plumes Culture Chimu, côte nord péruvienne 1100-1470 Bois, plumes et argent MAS.IB.2010.017.305

66 Mante ornée d’oiseaux et de serpents stylisés Culture Nazca, Pérou Entre 100 av. J.-C. et 600 apr. J.-C. Laine et coton MAS.IB.2010.017.273 Le rectangle central montre deux serpents rouges. Les arêtes montrent deux oiseaux en vol. Les objets suivants changent régulièrement.

67b Poncho en plumes orné d'un soleil ou d'une étoile. Culture Nazca, Pérou Entre 100 av. J.-C. et 600 apr. J.-C. Coton et plumes MAS.IB.2010.017.275 Les plumes étaient fixées à de longs fils que l’on cousait ensuite au tissu en coton.

67c Poncho ou « tapisserie d’intérieur » en plumes

4

Culture Wari, Pérou 600-900 Coton et plumes MAS.IB.2010.017.299 Bien que ce tissu ait plus de 1000 ans d'âge, ses couleurs restent éclatantes.

67a Parure de tête surmontée d’un crâne d’animal

67d Poncho (uncu) décoré d’illustrations de pélicans stylisés (?)

Culture Camarones, nord du Chili Entre 1500 et 500 av. J.-C. Crâne d’animal, fourrure, plumes, bois, écheveaux de laine et poil MAS.IB.2010.017.323

Culture Chancay ou Chimu, région côtière du centre ou du nord du Pérou 1000-1450 Laine et coton MAS.IB.2010.017.311

Cette parure de tête particulièrement ancienne retrouvée dans le désert côtier très aride de l’Atacama surprend par son état de conservation.

- DE L’EXOTISME, DE L’ESTHÉTISME ET DU SENS -

65


Les mystères des Mayas

« Je ne prétendrai nullement professer quoi que ce soit quant aux implications morales des monuments visibles dans les entrailles de la forêt tropicale : silencieux et solennels et de conception bizarre, leur fonction, leurs raisons d’être, et toute l’histoire qui les entoure, sont totalement mystérieuses. Les hiéroglyphes dont ils sont ornés nous fourniraient sans doute des explications, mais nous ne pouvons pas les déchiffrer. Ce qu’il nous fut donné de voir dépassait souvent l’imagination. » Citation du diplomate et voyageur John Lloyd Stephens en 1841 à propos des monuments mayas.

66

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


Les scientifiques ne baissent jamais les bras La Culture Maya est vraisemblablement la plus connue et la plus étudiée des civilisations précolombiennes. De nouvelles fouilles et recherches nous imposent une remise en question permanente de nos idées.

Des enfants sacrifiés Pendant longtemps, la vocation de ces statuettes incas est restée un mystère. Mais lors des fouilles menées récemment dans les Andes à plus de 4000 mètres d’altitude, des exemplaires ont été retrouvés dans des tombes d’enfants. L’autopsie de leur corps congelés a révélé qu’ils avaient été tués violemment. Des écrits datant du début de l’époque coloniale décrivent des rituels capac cocha : après des catastrophes naturelles, des enfants de l’élite étaient emmenés dans les montagnes, drogués et sacrifiés en offrande aux dieux.

68 Pommeau de sceptre ou ­figurine d’offrande

70 Figurines féminines Capac cocha

Culture Inca, Andes 1450-1533 Argent et bronze MAS.IB.2010.017.316

Culture Inca, Andes 1450-1533 Argent, plumes, laine et coton ; coquillage Coquillage MAS.IB.2010.017.314 et 315

69 Trois figurines féminines Culture Inca, Andes 1450-1533 Or et argent MAS.IB.2010.017.320 Des figurines féminines similaires ont été retrouvées près de sites de sacrifices capac cocha en haute ­montagne.

71 Couple de figurines de lama Culture Inca, Andes 1450-1533 Or et argent MAS.IB.2010.017.321 De semblables figurines de lama ont été retrouvées près de sites de sacrifices capac cocha en haute montagne.

- DE L’EXOTISME, DE L’ESTHÉTISME ET DU SENS -

67

4


72 Figurine représentant un homme assis sur un banc Transition de la culture Olmèque à la culture Maya, au Guatemala Entre 700 et 500 av. J.-C. Pierre MAS.IB.2010.017.071 Les figurines assises sur des bancs représentent le plus souvent des souverains ou des hauts dignitaires.

76 Coupe dans le style « codex » Culture Maya, nord du Guatemala 250-900 Céramique MAS.IB.2010.017.085 Le dessin noir sur fond blanc fait penser aux idéographiques des Mayas, les codex.

73 Bol orné d’une scène de banquet Culture Maya, nord du Guatemala 250-900 Céramique MAS.IB.2010.017.086

74 Miniature d’un temple Culture Maya, sud du Guatemala 250-900 Céramique comportant des traces de pigment rouge et noir MAS.IB.2010.017.073

75 Partie d'une parure de tête ou de diadème comportant une tête miniature (hu'unal) Culture Maya, zone frontière entre le Guatemala et le Honduras 250-900 Jade MAS.IB.2010.017.077 Cette tête miniaturisée était le symbole royal par excellence.

68

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


4

- DE L’EXOTISME, DE L’ESTHÉTISME ET DU SENS -

69


Des objets expressifs

OLes scientifiques entendent trouver à quoi s’occupaient les populations de l’Amérique ancienne et découvrir leur mode de pensée. C’est la raison pour laquelle ils recherchent et étudient les objets de la conquête hispanique. Qu’ils soient esthétiques ou précieux n’a aucun intérêt à leurs yeux. Seules les informations contenues dans ces objets et les histoires qu’ils racontent les intéressent : pourquoi ou à quelles fins ont-ils été réalisés ? Que représentent-ils ? Quelles conclusions peut-on en tirer du point de vue culturel ? Il n’est pas facile de « faire parler » un objet. Il n’existe pratiquement aucune information de première main ; la plupart des civilisations n’avaient pas de système d’écriture et une grande partie de la population fut décimée par les maladies occidentales à la suite de la conquête espagnole. Quant aux histoires des chroniqueurs européens, elles étaient inévitablement empreintes de leurs croyances et de l’esprit du temps. Ainsi, beaucoup d’objets suscitent davantage de questions qu’ils n’apportent de réponses. Aujourd’hui, de précieuses sources d’information résident encore dans de vieilles légendes et quelques traditions préhispaniques ayant survécu jusqu’à nous.

70

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


Énigmes anciennes et moins anciennes Ces objets issus de nombreuses régions et époques diverses ont une caractéristique en commun : ils nous placent face à une énigme. Les statuettes originaires d'Équateur ont certainement 3500 ans. Leur fonction est inconnue. Bien qu’il soit de conception tout aussi simple, le sceptre en pierre a été réalisé en 1500 apr. J.-C., peut-être même après la conquête espagnole. Mais nous ne savons rien plus quant à son utilité.

Des masques et bébés énigmatiques Nous n'avons pratiquement aucune certitude quant au rôle de ces masques et bébés, a fortiori puisque nous ignorons le plus souvent d’où ils proviennent. Il se peut que les masques aient été utilisés pour des rituels ou des processions. À moins qu'ils ne fussent attachés au visage de statues en bois de défunts ? Les bébés en argile, tout comme deux des masques, sont des objets olmèques, une des cultures les plus anciennes du Mexique. Constituaient-ils le siège de l'âme ?

77 Maquettes de temples de cérémonie Culture Calima, sud de la Colombie Entre 100 av. J.-C. et 1000 apr. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.144 Le plus grand modèle représente peut-être un temple, avec des habitations ou des entrepôts tout autour.

78 Sceptre, bâton, figurine ou pendentif représentant un perroquet stylisé (?) Culture Mapuche, Chili 1200-1700 Pierre MAS.IB.2010.017.324 Nous savons vraiment très peu de choses à propos des débuts de l'histoire des Mapuches. La fonction de cet objet demeure un mystère.

- DE L’EXOTISME, DE L’ESTHÉTISME ET DU SENS -

71

4


79 Statuette d’homme enserré d’un cordon à la taille et portant un grand chapeau Culture Teotihuacán, Mexique central Entre 150 et 700 apr. J.-C. Diorite MAS.IB.2010.017.052 Ces statuettes des débuts de la culture teotihuacán sont vraiment très rares. La fonction du grand chapeau est inconnue.

80 Statuette féminine; une des jambes est cassée Culture Valdivia, centre de l’Équateur Entre 3500 et 1500 av. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.248 Tout au début, les scientifiques pensaient que ces statuettes vraiment très anciennes symbolisaient la fertilité, mais ils pensent aujourd’hui que les chamans s’en servaient également.

81 Statuette féminine et deux stèles stylisées représentant un hibou (?) Culture Valdivia, centre de l’Équateur Entre 3500 et 1500 av. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.249 à 251 inclus Ce sont les objets les plus anciens de la collection Janssen. Leur fonction prête à équivoque.

72

82 Maquettes de temples de cérémonie Culture Calima, sud de la Colombie Entre 100 av. J.-C. et 1000 apr. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.145 Le plus grand modèle représente peut-être un temple, avec des habitations ou des entrepôts tout autour.

83 Maquettes de temples de cérémonie Culture Mezcala, Mexique occidental Entre 300 av. J.-C. et 300 apr. J.-C. Pierre MAS.IB.2010.017.043 et 044 Ces modèles représentent-ils des temples de notre monde ou sont-ils un passage vers un autre monde ?

84 Masque sculpté Culture Alamito, Argentine 200-450 Pierre MAS.IB.2010.017.322

85 Masque sculpté Culture Mezcala, Mexique occidental Entre 300 av. J.-C. et 300 apr. J.-C. Pierre MAS.IB.2010.017.046

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


86 Statuettes de « bébés » assis Culture Olmèque, Mexique central ou Mexique occidental Entre 1200 et 400 av. J.-C. Céramique MAS.IB.2010.017.018 et 019 Ces bébés symbolisent-ils le surnaturel ? On peut se le demander car les Olmèques associaient des formes corporelles inhabituelles à des pouvoirs spéciaux.

87 Masques sculptés

4

Culture Olmèque, côte sud du golfe du Mexique ou centre du Mexique Entre 1200 et 400 av. J.-C. Jadéite bleue avec traces de pigment rouge et pierre MAS.IB.2010.017.008 et 009

88 Masque sculpté Culture Teotihuacán, Mexique central 150-700 Pierre MAS.IB.2010.017.053

89 Statue représentant un homme Culture Huaxtèque, nord de la côte du golfe du Mexique 700-1521 Pierre calcaire MAS.IB.2010.017.061 Cette sculpture assez plate faisait vraisemblablement partie d’un élément d'architecture.

- DE L’EXOTISME, DE L’ESTHÉTISME ET DU SENS -

73


L’ESPOIR DE LA RECHERCHE

74 74


Les pièces de la collection Janssen-Arts ne proviennent pas de fouilles documentées. Pour la plupart, nous ne savons donc que peu, voire rien, de leur contexte d’origine. Où étaient-elles enterrées ? Comment et à partir de quoi ont-elles été fabriquées ? Quel est leur âge ? Jusqu’à il y a peu, nous n’étions pas en mesure de répondre à ces questions. Mais il y a de l’espoir. Grâce aux évolutions desdites « sciences dures », l’histoire de ces objets se révèle progressivement. La méthode du carbone 14 (C14), par exemple, permet de dater de nombreux artefacts. Effectuée sur des restes humains, l’analyse isotopique reconstitue les habitudes alimentaires et l’origine géographique de la personne en question. Quant aux rayonnements électromagnétiques, ils nous permettent de déterminer les composantes et le mode de production des objets métalliques. En collaboration avec le laboratoire KIK-IRPA de Bruxelles, nous vous montrons comment ces méthodes de recherche permettent, depuis peu, de mieux situer des objets isolés et dénués de tout contexte.

75 75

5


Jusque dans les moindres détails

Toute méthode de recherche qui porte atteinte à l’intégrité physique d’un objet est considérée comme problématique par les musées. D’où un développement permanent de nouvelles techniques. La microscopie numérique ou les rayons X, par exemple, peuvent beaucoup nous apprendre sur le mode de fabrication et la composition des objets. La microscopie numérique fait partie des techniques utilisées dans le cadre de cette recherche. Elle permet d’agrandir jusqu’à 2 000 fois un objet et, ainsi, d’obtenir une image ultra-précise du savoirfaire de l’artiste. Quant à la radiographie, elle met en lumière les différentes parties des objets, ainsi que leurs coutures de départ et les petites déchirures du métal.

76

L’ART DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE


Quand l’échantillon ouvre de nouvelles pistes

Pour pouvoir étudier la composition et la structure interne des objets, nous devons les « endommager » un minimum. Une petite scie à bijoux a permis de prélever un échantillon d’une surface totale de 1 mm2 des deux objets exposés. À partir de cet échantillon, la métallographie et la microscopie électronique à balayage, associées aux rayons X, vont répondre à diverses questions : le métal a-t-il été fondu ? A-t-il été travaillé à chaud ou à froid ? Sa composition intérieure est-elle la même qu’en surface ? C’est ainsi que les techniques anciennes nous livrent progressivement leurs secrets.

1 Une offrande votive (tunjo) ­représentant un guerrier muni de son carquois et un homme avec un bâton Culture Muisca, Colombie centrale 600-1600 Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.159 et 160 Ces tunjos Muiscas typiques étaient jetés dans des lacs dans l’espoir qu’un vœu s’exauce ou en remerciement pour un vœu exaucé.

2. Figurine d’offrande votive (tunjo) représentant un serpent

5

Culture Muisca, Colombie centrale 600-1600 Or (tumbaga) MAS.IB.2010.017.161 Ces figurines votives plates typiques étaient jetées dans un lac dans l’espoir de voir un vœu exaucé.

- L’ESPOIR DE LA RECHERCHE -

77


Colophon

Concept et Réalisation

Martin Berger, commissaire Collection Paul & Dora Janssen-Arts et l'espoir de la recherche Annelies Valgaeren, commissaire 'Vie et mort en Amérique précolombienne', 'Des offrandes pour après la mort', 'De l'exotisme, de l'esthétisme et du sens'

Scénographie & réalisation

B-architecten: 'Vie et mort en Amérique précolombienne', 'Des offrandes pour après la mort', 'De l'exotisme, de l'esthétisme et du sens' (2011) Kinkorn: Collection Paul & Dora JanssenArts et l'espoir de la recherche (2018)

Traduction (Français) Oneliner Translations

Mise en page

Ann Walkers, BAI pour le MAS, 2018

Éditeurs responsable BAI pour le MAS, 2018

D/2018/5751/15

© Textes: MAS, BAI et les auteurs.

78

Prêteurs

Museum Plantin Moretus, Anvers Communauté Flamande


Remerciements Le MAS remercie Caroline Bastiaens, échevine de la Culture et son équipe, les bénévoles et stagiaires de Kunstenstad et tous leurs collegues de la Ville d'Anvers impliqués dans le projet. Le MAS remercie Dora Janssen, la Communauté Flamande et l'Institut royal du Patrimoine artistique (KIK-IRPA) pour leur collaboration. Nous avons tenté d'appliquer les prescriptions légales en matières de copyright. Quiconcque estime avoir des droits à faire valoir est prié de s'adresser au MAS (mas@stad.antwerpen.be)

79


80


81


MAS Hanzestedenplaats 1 B - 2000 Antwerpen www.mas.be +32 (0) 3 338 44 00

Souhaitez-vous relire les textes? Ces guide du visiteurs est disponible dans le MASshop à 5 €


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
MAS | L'art de l'Amérique pré-Colombienne (FR) by Cultuur Stad Antwerpen - Issuu