Skip to main content

MSF Infos - Juin 2026

Page 1


J262 / N° 226 / Juin 2026 / 2€ ISSN 1146-2930

GRAND ANGLE

Soudan du Sud : la population prise au piège de la violence et de l’indifférence

Attaques contre les hôpitaux :

« Ce qui était autrefois considéré comme exceptionnel est désormais devenu courant »

« Le 3 mai 2016, les membres du Conseil de sécurité des Nations unies adoptaient à l’unanimité la Résolution 2286 et s’engageaient, avec 80 autres États, à protéger les structures médicales et le personnel en temps de guerre. Dix ans plus tard, rien n’a fondamentalement changé et on peut même affirmer que la situation est pire sur le terrain.

En 2025, le système de surveillance des attaques contre les soins de santé de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé 1 348 attaques contre des structures médicales, ayant causé la mort de 1 981 personnes dans de nombreux pays parmi lesquels l'Ukraine, le Yémen, la Syrie, Gaza ou encore le Soudan du Sud. Dans toutes ces zones, nos équipes sont au mieux témoins, au pire victimes, de ces attaques. Elles prennent des formes multiples : bombardements, frappes aériennes, frappes de drones ou tirs visant des ambulances pourtant clairement identifiées. S'il ne s'agit pas d'un phénomène nouveau, nous assistons aujourd’hui à une évolution extrêmement préoccupante : ces attaques sont le plus souvent l’œuvre d’armées étatiques, et non pas de groupes armés, et des structures de santé sont présentées comme des cibles légitimes, souvent sans éléments probants, au motif qu’elles abriteraient des combattants ou des armes, les privant ainsi de leur statut de protection au regard du droit international humanitaire.

Ce que MSF demande aujourd’hui, c’est la traduction des paroles de cette résolution en acte. Les États doivent reconnaître qu'il n'existe aucune circonstance dans laquelle il est moralement acceptable et légalement justifiable de s'en prendre à un hôpital, à du personnel médical, ou de condamner une population entière à être privée de soins. Lorsque cet impératif absolu de protection de la mission médicale est bafoué, des enquêtes véritablement indépendantes et transparentes doivent être diligentées — menées par des tiers, avec la garantie que les preuves soient rigoureusement collectées et préservées. »

SOMMAIRE

FOCUS Une arme décisive contre la maladie du sommeil

GRAND ANGLE Soudan du Sud : la population prise au piège de la violence et de l'indifférence

REGARD Mahmoud Al-Dahdouh, déplacé dans la ville de Gaza

EN LUMIÈRE Récits d’Ukraine : des vies au cœur de la guerre

EN APARTÉ 4 questions sur la modification d’un testament

EN QUESTION Soudan : témoigner des exactions subies par les populations

(2026)
Diego Menjíbar (2025)
Julia Kochetova (2026)
Cindy Gonzalez/MSF (2026)
Isaac Buay/MSF (2026)
P11 : Moses Sawasawa (2026)
MSF

Une arme décisive contre la maladie du sommeil

Un nouveau médicament contre la maladie du sommeil, développé par le DNDi, un organisme de recherche créé par notre association, et la société pharmaceutique Sanofi, présente des résultats très encourageants et pourrait constituer une avancée sans précédent dans la prise en charge des malades.

Qu’est-ce que la maladie du sommeil ?

La trypanosomiase humaine africaine, communément appelée maladie du sommeil, est causée par un parasite transmis par la mouche tsétsé, présente en Afrique subsaharienne. Sans prise en charge, elle est presque toujours mortelle.

Les symptômes débutent par des maux de tête ou de la fièvre. Au stade avancé, les symptômes sont comportementaux, cognitifs et neurologiques : crises d’épilepsie, troubles du sommeil, agressivité, confusion, léthargie, convulsions, pouvant entraîner le décès du patient.

La trypanosomiase se présente sous deux formes, selon la sous-espèce de parasite à l’origine de la maladie :

92 % des cas sont dus au Trypanosoma brucei gambiense et sont présents dans 24 pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale.

8 % des cas sont dus au Trypanosoma brucei rhodesiense et sont présents dans 13 pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe.

Des évolutions thérapeutiques spectaculaires depuis 20 ans

Il y a 20 ans, le seul traitement disponible pour les personnes atteintes d’un stade avancé de la maladie était un dérivé injectable de l’arsenic, l’Arsobal, présentant des effets secondaires graves.

« La maladie du sommeil c’est plus de 30 000 cas par an en République démocratique du Congo (RDC). J’ai traité des malades avec l’Arsobal. J’ai perdu des jeunes patients, tous dans la vingtaine, qui sont morts après avoir reçu le traitement.» Dr Wilfried Mutombo, responsable des opérations clinique du DNDi.

Plus de deux décennies d’investissement dans de nouveaux outils thérapeutiques ont permis d’améliorer sans cesse les traitements, notamment la thérapie combinée nifurtimox-eflornithine en 2009 et le premier traitement oral de 10 jours, le fexinidazole en 2018.

Qu’est-ce que le DNDi (Drugs for Neglected Diseases initiative) ?

Créé en 2003 par notre association et plusieurs instituts de recherche, dont l’Institut Pasteur, le DNDi est un organisme à but non lucratif, engagé dans la recherche et le développement de traitements nouveaux contre les maladies négligées. Il développe des médicaments pour les maladies du sommeil, la leishmaniose, la maladie de Chagas, la cécité des rivières, le mycétome, la dengue, le VIH pédiatrique, la méningite cryptococcique et l’hépatite C.

Un nouveau traitement à dose unique

Engagés depuis une vingtaine d’années dans la lutte contre la maladie du sommeil, le DNDi et la société pharmaceutique Sanofi ont récemment développé un nouveau traitement : l’acoziborole Winthrop qui peut être administré en une seule dose de trois comprimés. En février dernier, l’Agence Européenne des Médicaments (EMA) a rendu un avis scientifique favorable, ouvrant la voie à des recommandations internationales de l’OMS. En étendant son accès à toute l’Afrique centrale et de l’Ouest, l’acoziborole Winthrop pourrait devenir un outil majeur pour éliminer définitivement la maladie du sommeil.

« Dans le village de Miti Miti en RDC, les gens vivent de la culture et de la pêche dans les étangs où vit la mouche tsé-tsé. C’est à cause de cela qu'ils l'attrapent. Lorsqu’une personne tombe malade, toute la famille est touchée parce qu’il n’y a plus personne pour ramener à manger. L’avantage du traitement avec l’acoziborole à dose unique c’est que la personne va tout de suite pouvoir reprendre une vie normale. »

Dr Hélène Mahenzi, investigatrice principale sur les essais cliniques au sein DNDi.

« On passe d’un médicament qui est toxique et qui peut tuer à un traitement en dose unique qu’on administre en toute sérénité et pour lequel on ne craint pas d’effets secondaires. C’est un rêve qui devient réalité. »

Dr Wilfried Mutombo, responsable des opérations clinique du DNDi.

Évolution des cas de maladie du sommeil

Soudan du Sud : la population prise au piège de la violence et de l'indifférence

Vingt ans après la déclaration de son indépendance, le Soudan du Sud est aujourd’hui l’un des pays les plus fragiles au monde. Conflits, déplacements massifs de population, inondations et épidémies engendrent des besoins colossaux alors que l’aide humanitaire dépend intégralement de financements internationaux en déclin.

De nombreuses femmes ont amené leurs enfants souffrant de malnutrition pour qu'ils soient examinés par les équipes de la clinique mobile de Thanakuach, dans l'État de Jonglei.

En 2025, le conflit entre les Forces gouvernementales et celles de l'opposition s’est fortement intensifié, marquant la pire escalade depuis la signature de l'accord de paix de 2018. Selon l’ONU, près de 2 000 civils ont été tués et 320 000 autres ont été déplacés entre janvier et septembre 2025.

À Lankien et dans ses environs, dans l'État de Jonglei, ainsi que le long du fleuve Sobat, au nord-est du pays, les violences ont contraint des dizaines de milliers de personnes à fuir leur foyer au début de l’année 2026.

« J’ai connu de nombreuses guerres, mais je n’ai jamais vu de tels déplacements de population », raconte Moses, 77 ans, qui a fui la ville de Lankien. « Je n’ai jamais vu autant de maisons réduites en cendres. Nous sommes désormais obligés de vivre sous les arbres ».

De nombreuses familles ont marché pendant des jours pour échapper aux attaques et aux villages brûlés. Au moins 25 000 personnes ont trouvé refuge dans la ville de Chuil, dans le Jonglei, et des milliers d’autres sont dispersées dans les villages et les marécages environnants. D’autres se

sont déplacées vers Nyangore et Barmach, dans le comté d’Ulang, et 28 000 personnes supplémentaires sont arrivées à Minkaman, dans l’État des Lacs. Beaucoup ont dû fuir à plusieurs reprises. Les personnes arrivent sans rien et vivent désormais sans abri ou dans des campements de fortune, sans nourriture suffisante, sans eau potable ni soins de santé. « C'est une question de vie ou de

mort. Nous avons été obligés de faire bouillir des feuilles d'arbres pour les manger afin de survivre », raconte Nyamai Ruot, mère de trois enfants qui vit dans un camp de déplacés à Chuil.

Face à l'urgence, nos équipes ont intensifié leur aide médicale dans ces zones. La capacité d’accueil du centre de soins de santé primaire de Chuil a été augmentée

«  Nous avons été obligés de faire bouillir des feuilles d'arbres pour les manger afin de survivre  », raconte Nyamai Ruot, mère de trois enfants qui vit dans un camp de déplacés à Chuil.

Nyachan est assise aux côtés de sa fille de neuf ans, qui souffre de graves brûlures aux deux jambes. Elles attendent d’être transférées à la clinique de Chuil, dans l’État de Jonglei.

pour assurer des soins d'urgence, la prise en charge de la malnutrition, des services de santé maternelle et la stabilisation des traumatismes. Entre la fin du mois de février et du mois de mars 2026, nos équipes y ont effectué plus de 2 000 consultations et admis plus de 170 patients. Des cliniques mobiles sont également déployées en bateau pour atteindre les zones les plus isolées.

LES STRUCTURES

DÉLIBÉRÉMENT

CIBLÉES POUR EMPÊCHER

L’ACCÈS AUX

SOINS

Le 3 février dernier, l’hôpital de MSF de Lankien a été touché par une frappe aérienne menée par les forces du gouvernement sudsoudanais, blessant un membre du personnel. L’attaque a détruit l’entrepôt principal de l’hôpital, entraînant la perte de la plupart des fournitures médicales essentielles. « MSF a communiqué les coordonnées GPS de toutes ses structures au gouvernement et aux autres parties au conflit avant l’attaque, et a reçu la confirmation que ces derniers avaient connaissance de ses localisations », déclare Gul Badshah, respon -

sable des opérations de MSF. « Les forces armées du gouvernement du Soudan du Sud sont la seule partie au conflit disposant de la capacité de mener des attaques aériennes dans le pays ». Le même jour, l’établissement de santé de MSF à Pieri, situé dans le même État, a été pillé par des assaillants inconnus. MSF était l'unique fournisseur de soins de santé en activité, en capacité de servir 250 000 personnes, à Lankien et Pieri.

2025, l’hôpital géré par MSF à Old Fangak a aussi été délibérément bombardé par les forces gouvernementales. Il n'a jamais rouvert. La même année, l'association a subi sept autres attaques, entraînant la fermeture d’hôpitaux dans la région du Grand Nil Supérieur et la suspension des activités de soins de santé généraux dans les États de Jonglei, du Nil Supérieur et de l’Équatoria central.

UN SYSTÈME DE SANTÉ AU BORD DE L’EFFONDREMENT

2025 EN CHIFFRES :

115 683 consultations médicales dispensées à des enfants de moins de 5 ans

202 856 patients traités contre le paludisme

180 213 consultations d'urgence dispensées

27 968 enfants souffrant de malnutrition sévère hospitalisés

« La situation dans le pays est catastrophique. Partout où nous intervenons, nos équipes constatent d'énormes lacunes dans les services de santé. Les structures sanitaires sont soit hors service, soit gravement souséquipées » + de 700 000 personnes sont privées d'accès aux soins en raison des bombardements et du pillage des hôpitaux

Ces deux attaques s’inscrivent dans une série alarmante d’incidents qui ciblent des infrastructures civiles dans le pays, dont les structures de santé, et ont pour but de priver les populations de services essentiels. Le 3 mai

Au Soudan du Sud, plus de 80 % des services de santé sont assurés par des organisations non gouvernementales, et seulement 1,3 % du budget national est consacré à la santé. « La situation dans le pays est catastrophique. Partout où nous intervenons, nos équipes constatent d'énormes lacunes dans les services de santé. Les structures sanitaires sont soit hors service, soit gravement sous-équipées. Les pénuries chroniques de médicaments et de personnel font que des personnes meurent de maladies évitables et traitables.», explique le Dr Sigrid Lamberg, responsable des opérations de terrain de MSF au Soudan du Sud.

NYAKUOK GATKUOTH A DÛ QUITTER OLD FANGAK APRÈS LE BOMBARDEMENT DU 3 MAI 2025. IL ÉVOQUE LES CONSÉQUENCES DURABLES SUR SA COMMUNAUTÉ.

« Qu’est-ce que ce bombardement a apporté de bon ?

Ils voulaient tuer nos enfants. Et les personnes qui sont mortes ce matin-là ?

Et nos médicaments et l’hôpital ? Qu’est-ce que cela a apporté de bon ?

Nous en payons le prix aujourd’hui, car les médicaments coûtent cher ici. »

Avec l'un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde, le Soudan du Sud est l’un des pays les plus dangereux pour les femmes enceintes mais aussi pour les enfants de moins de cinq ans, hautement vulnérables à de nombreuses maladies, comme le paludisme, la malnutrition ou les infections respiratoires. Dans le nord-ouest du pays, nos équipes gèrent les services de pédiatrie, intégrant la néonatalité, la chirurgie et la prise en charge de la brûlure, et la maternité à l’hôpital d’Aweil depuis près de 20 ans. Avec plus de 25 000 hospitalisations par an, ce projet est l’un des plus importants menés par nos équipes.

À ces crises chroniques s'ajoutent des épidémies récurrentes de choléra ou d'hépatite E, par exemple, aggravées par les déplacements massifs de population et les conditions dans lesquelles elle survit.

UNE POPULATION

Malgré des besoins croissants, le soutien des bailleurs de fonds au Soudan du Sud continue de décliner. Au début de l’année 2025, les

États-Unis, qui avaient financé 55 % de l’appel humanitaire lancé pour le pays en 2024, ont annoncé la suspension, puis la résiliation de nombreux contrats humanitaires dans le pays. Cette décision a été suivie de baisses de financements de la part d’autres pays donateurs. Face au manque de ressources, les agences humanitaires coordonnées par OCHA (Bureau de la coordination des affaires humanitaires) ont procédé à une révision drastique du Plan des besoins humanitaires et de l'intervention (HNRP*), réduisant le nombre de personnes ciblées par l’aide de 5,4 à 2,9 millions, alors que l’on estimait à 9,3 millions, soit 70 %

« Les besoins urgents de la population du Soudan du Sud exigent une action coordonnée, un engagement renouvelé et une véritable solidarité internationale.

Le monde ne peut pas détourner le regard, surtout pas maintenant  »

de la population, le nombre de personnes en ayant besoin.

Le projet de transformation du secteur de la santé (HSTP), une initiative multi-donateurs lancée en juillet 2024 dirigée par le gouvernement sud-soudanais en collaboration avec l'OMS, l'UNICEF et d'autres partenaires, visait à l'origine à soutenir 1 158 établissements de santé dans 10 États et trois zones administratives. Mais en raison de contraintes financières, seuls 816 établissements sont actuellement soutenus dans le cadre du programme, et sont tout-demême confrontés à des pénuries persistantes de médicaments et de personnel.

« Les besoins urgents de la population du Soudan du Sud exigent une action coordonnée, un engagement renouvelé et une véritable solidarité internationale. Le monde ne peut pas détourner le regard, surtout pas maintenant » alerte le Dr Sigrid Lamberg, responsable des opérations de terrain au Soudan du Sud.

*Le Plan des besoins humanitaires et de l’intervention (HNRP) est un document qui identifie les besoins des populations en situation de crise et organise la réponse humanitaire des acteurs sur un territoire donné.

Le Dr Chuol Hoth examine un enfant dans la clinique mobile de MSF située au centre de transit de Bulukat, dans l’État du Haut-Nil.

Somalie

Des millions de Somaliens font face aux sécheresses, à l’insécurité alimentaire sévère et à l’effondrement des services de santé de base. Cette crise humanitaire majeure est également aggravée par une baisse drastique des financements de l’aide internationale, alors même que les besoins n’ont jamais été aussi importants. Nos équipes continuent de prodiguer des soins vitaux dans les zones de Baidoa et la région de Mudug : soutien aux hôpitaux, gestion de centres de traitement de la malnutrition, services d’urgence médicale, et déploiement de cliniques mobiles pour atteindre les communautés isolées.

PANORAMA

Liban

Selon les autorités locales, plus de 2 000 personnes ont été tuées et 7 000 blessées entre le 2 mars et le 10 avril 2026 par les frappes des autorités israéliennes. Pour aider le système de santé à faire face à l’urgence, nos équipes ont soutenu les hôpitaux Rafik Hariri à Beyrouth et Jabal Amel à Tyr. Aux côtés du personnel local, elles ont soigné des patients souffrant de blessures irréparables, notamment des membres sectionnés et de graves traumatismes d’organes. Les frappes indiscriminées dans des zones densément peuplées n’ont pas épargné les civils, et les attaques contre le système de santé ont tué et blessé des travailleurs médicaux.

Plus de 15 000,

c’est le nombre d’enfants de moins de cinq ans hospitalisés dans nos programmes pour malnutrition aiguë au Soudan en 2025.

Pologne

Le 26 mars 2025, le gouvernement polonais a adopté une loi suspendant le droit de déposer une demande de protection internationale via les procédures d’asile à la frontière polono-biélorusse. Depuis, nos équipes constatent que les personnes arrivant dans le pays sont exposées à de graves dangers, conséquence du refus persistant des autorités polonaises de leur accorder l’asile et des refoulements violents vers la Biélorussie. Certaines d’entre elles gravement malades restent bloquées dans la forêt, au lieu d’être transférées en urgence vers des hôpitaux polonais pour recevoir des soins.

PapouasieNouvelle-Guinée

Nos équipes collaborent avec les autorités locales pour offrir des soins gratuits, confidentiels et respectueux aux survivantes de violences sexuelles et domestiques qui font face à l’exclusion et au traumatisme dans la province de Jiwaka. Entre septembre et décembre 2025, leur action s’est structurée autour de deux axes : le soutien aux professionnels de santé pour accompagner les survivantes et la sensibilisation des communautés. Plus de 4 000 personnes ont ainsi été sensibilisées via des séances d’information pour mieux connaître leurs droits et les services disponibles, et lever les tabous.

HONDURAS

NOS ÉQUIPES DISTRIBUENT DES KITS DE SANTÉ SEXUELLE ET REPRODUCTIVE AUX PERSONNES LGBTQIA+ ET AUX TRAVAILLEURS ET TRAVAILLEUSES DU SEXE, DEUX COMMUNAUTÉS LARGEMENT MARGINALISÉES À SAN PEDRO SULA, DEUXIÈME PLUS GRANDE VILLE DU PAYS. ELLES Y ONT ÉGALEMENT OUVERT UNE CLINIQUE DÉDIÉE À CES COMMUNAUTÉS ET AUX VICTIMES DE VIOLENCES SEXUELLES OÙ ELLES OFFRENT DES SOINS MÉDICAUX ET PSYCHOLOGIQUES COMPLETS SANS AUCUNE STIGMATISATION NI DISCRIMINATION ENVERS LES PATIENTS.

© Fritz Pinnow Kawasaki/MSF (2025)

REGARD

«Tout le monde souffre à Gaza. Cela ne se limite pas à ceux qui ont été blessés. Nous souffrons des inondations, du manque d’eau potable. Nous vivons dans des tentes à côté de maisons détruites qui s’effondrent et dont les débris blessent de nombreuses personnes. »

Mahmoud Al-Dahdouh vit dans la ville de Gaza avec sa famille. Il est devant le poste de secours de Zaytoon où le pansement de son fils, blessé à la tête par une balle perdue de l’armée israélienne, a été changé par l’équipe médicale.

Suivez-nous sur

Récits d’Ukraine : des vies au cœur de la guerre

En Ukraine, les quatre dernières années de guerre ont coûté la vie à des milliers de civils, déplacé des millions de familles et causé des dégâts considérables aux infrastructures civiles, y compris aux installations médicales. La population doit supporter des conditions de vie extrêmement précaires, aggravées par la destruction ciblée des infrastructures énergétiques par les forces russes. Les patients racontent.

Damir et Kateryna - 2025

Damir, deux mois, et sa mère Kateryna, 17 ans, vivent dans un ancien institut scientifique à Dnipro, réaménagé en refuge. Environ 270 personnes déplacées de zones occupées ou de villes réduites en ruines y logent également. Pendant l’hiver, les frappes répétées des forces russes sur les infrastructures énergétiques ont obligé les résidents à endurer des journées sans chauffage, sans eau et sans électricité, avec des températures descendant jusqu’à - 20 °C. Depuis sa naissance, Damir a seulement été baigné deux fois : une fois à l’hôpital et une fois lors d’une journée où l’électricité était brièvement revenue. « Nous utilisons maintenant des lingettes parce qu’il fait très froid », explique Kateryna. « La pièce ne se réchauffe pas à temps pour lui donner son bain. J’ai peur que mon enfant attrape froid. »

Les besoins des personnes déplacées sont croissants, alors que les combats continuent de vider les villes et les villages. Nos équipes interviennent dans des abris comme celui où vivent Katerina et Damir, via des dispensaires mobiles. En 2025, elles ont effectué 9 500 consultations contre 4 327 en 2024.

Oleksandr

Oleksandr, 27 ans, a été grièvement blessé en mai 2022 dans la région de Louhansk lors d’une double explosion. Depuis, il vit avec un traumatisme crânien, ainsi que des troubles du sommeil, des pertes de mémoire et d’autres symptômes couramment associés au stress post-traumatique, notamment de l’irritabilité, une perte de motivation et des difficultés dans les interactions sociales. Après plusieurs hospitalisations, Oleksandr a été orienté vers le centre de santé mentale de MSF à Vinnytsia, où il a commencé une thérapie en janvier 2025. « Aujourd’hui, après plusieurs années de rééducation et un soutien psychologique régulier, je me sens beaucoup plus fort. À tel point que j’ai même postulé pour un poste au sein de l’organisation, car je pense être prêt à partager mon expérience et à aider les autres sur le chemin de la guérison », confie Oleksandr.

Avec l’aide du kinésithérapeute de MSF, Yurii apprend à marcher avec des béquilles. « Je viens de la région de Tchernihiv et je suis hospitalisé à la suite d’une blessure causée par des éclats d’obus et une explosion, explique-t-il. Mon os de la hanche a été gravement endommagé, ce qui a entraîné une perte osseuse partielle. Au début, j’étais en état de choc et je ne ressentais aucune douleur. Je me souviens avoir été transféré dans trois hôpitaux différents pour y subir des opérations, avant d’arriver finalement ici. Lorsque je suis arrivé à l’hôpital de Tcherkassy, j’avais déjà subi de nombreuses opérations et je n’avais pas pu me tenir debout depuis deux mois. Les muscles de ma jambe s’étaient presque atrophiés. Une fois les vertiges passés, j’ai commencé à marcher avec des béquilles. La première étape a été d’apprendre à m’asseoir, et petit à petit, j’ai senti des progrès à mesure que mes genoux recommençaient à fonctionner. »

En mars 2023, les équipes ont lancé un projet de rééducation à l’hôpital de Tcherkassy, dans le centre du pays, pour fournir un suivi aux personnes souffrant de blessures causées par des explosions, des éclats d’obus ou d’amputations. Elles y offrent de la physiothérapie, un soutien psychologique et des soins infirmiers.

Hanna, sa mère Tetiana et sa fille Polina partagent une chambre dans le centre d’accueil pour personnes déplacées de Vinnytsia, où la famille vit depuis son arrivée de Bakhmut, dans la région de Donetsk. Polina a été gravement blessée lors d’un entraînement sportif et a subi une fracture par compression de la colonne vertébrale qui l’oblige à rester alitée pendant plusieurs mois. Marquée par l’exil, l’incertitude quant à son avenir sportif et la douleur, elle bénéficie désormais d’un soutien psychologique de MSF, tout comme Hanna et Tetiana. « Je pense très souvent à ma vie à Bakhmout, et je ressens de la tristesse et de la colère », confie Polina.

Depuis 2023, nous proposons des services psychothérapeutiques spécialisés destinés aux personnes présentant des symptômes de syndrome de stress post-traumatique lié à la guerre à Vinnytsia. Elle offre également des soins de santé mentale aux anciens combattants et aux personnes déplacées par le conflit.

Yurii
Hanna, Tetiana et Polina 2025

Assurance-vie

Soutenir durablement une cause

qui vous tient à cœur, sans léser vos héritiers,

grâce à l’assurance-vie.

Le capital transmis via une assurance-vie est en grande partie "hors succession", ce qui simplifie considérablement les démarches, permet un règlement rapide des versements et évite de possibles conflits successoraux sous réserve du respect absolu de la réserve héréditaire de vos héritiers réservataires (enfants, conjoint).

Contrairement à certaines idées reçues, il n’est pas nécessaire d’être très riche. Même un contrat modeste peut créer un impact concret, laisser une trace durable, soutenir une cause sur le long terme.

Vous voulez désigner plusieurs bénéficiaires : vos enfants, un ami et une association comme MSF. Comment faut-il rédiger la clause bénéficiaire ?

Témoignage

Exemple de proposition :

Je désigne comme bénéficiaires du contrat :

☛ mes enfants vivants ou représentés, par parts égales, pour 60 % des capitaux décès ;

☛ mon ami Pierre MARTIN, (date de naissance, adresse, téléphone, email) pour 25 % ;

☛ l’association Médecins Sans Frontières, sise 14-34 avenue Jean Jaurès 75019 Paris, pour 15 %. À défaut de l’un des bénéficiaires ci-dessus, sa part reviendra aux bénéficiaires survivants au prorata de leurs droits.

Vous retrouverez la synthèse de nos comptes 2025 dans un prochain courrier envoyé en septembre. Comptes 2025

Le conseil de notre expert Annie-Nelly Scain, responsable juridique legs MSF :

Avant de rédiger la clause bénéficiaire en faveur d’une association, pensez à vérifier le statut exact de l’association ; utiliser sa dénomination juridique complète. N’hésitez pas à contacter son service “legs et assurances-vie” qui pourra vous accompagner dans votre projet de transmission ou à faire appel à votre notaire.

Des questions sur le legs ou l’assurance-vie, contactez notre service legs et libéralités au 01 40 21 29 09 ou par email : relations.testateurs@paris.msf.org

Shonagh Anderson, soutien de MSF depuis plus de 20 ans

« Je soutiens MSF depuis plus de vingt ans. Juriste négociatrice de profession, j’ai travaillé à l’étranger et voyais souvent, à l’aéroport, les équipes MSF partir en mission avec leur matériel. Écossaise, j’ai d’abord soutenu des organisations britanniques avant de m’intéresser au travail de MSF. J’ai aussi rencontré une médecin MSF française ayant, comme moi, passé du temps au Yémen. D’abord donatrice régulière, j’ai ensuite effectué des dons plus importants de manière ponctuelle. Ce qui m’a convaincue, c’est la part importante des financements directement consacrée aux opérations de terrain, signe selon moi d’une gestion efficace et rigoureuse. Je souhaitais aussi soutenir une organisation indépendante, non partisane, capable de dire les choses telles qu’elles sont. Au long de mon parcours dans

l’industrie, j’ai participé à des projets sociaux destinés aux communautés locales dans les régions où nous étions présents, notamment dans l’accès à l’eau et l’éducation. Je suis consciente qu'il n'est pas aisé de collaborer avec les autorités et partenaires locaux, sans toutefois s'y substituer. Aujourd’hui retraitée, j’ai le temps d’assister à des conférences et discussions. Les recherches soutenues par La Fondation MSF m’intéressent et je suis impressionnée par les innovations comme les prothèses imprimées en 3D. Les projets consacrés aux femmes me touchent aussi beaucoup, notamment celui mené au Malawi pour traiter le cancer du col de l’utérus. La Fondation complète les actions de terrain : elle sert l’efficacité des équipes médicales en leur permettant d’agir avec des techniques optimisées.

Par ailleurs, l’espace médiatique est saturé par les crises, et certaines, comme celle du Soudan, sont malheureusement trop oubliées. C’est devenu également le cas pour Gaza où les restrictions imposées par le gouvernement israélien ont beaucoup réduit les activités des organisations humanitaires depuis janvier. Les témoignages de MSF sont importants pour attirer l’attention des États sur ces situations et leur rappeler leurs responsabilités.

Je crois que le sérieux de MSF se reflète dans une communication précise et transparente : les difficultés sont partagées et les choix publiquement assumés. Cette capacité à se remettre en question me paraît essentielle pour garantir l’éthique de son action et la crédibilité de son témoignage. »

Faites un don en cryptomonnaie en soutien à MSF

Vous détenez des Bitcoins, de l’Ethereum ou d’autres cryptomonnaies ? Et si vous les mettiez au service de l’action humanitaire ?

Rien de plus simple : scannez le QR code ci-dessous pour vous rendre sur notre page dédiée, choisissez votre cryptomonnaie, et validez votre don. Votre contribution sera instantanément convertie en euros et reversée directement à MSF.

Pour faire un don en cryptomonnaie, scannez le QR Code ci-dessous

EN QUESTION

Soudan : témoigner des exactions subies par les populations

Depuis le début du conflit au Soudan en avril 2023, MSF déploie des activités médicales à la fois dans des zones contrôlées par les Forces de Soutien Rapide (FSR) et dans celles qui le sont par les Forces armées soudanaises (FAS). En parallèle, elle mène un important travail de plaidoyer pour documenter les exactions commises par les différentes parties au conflit.

Entretien avec Mathilde Simon, Responsable du plaidoyer pour MSF.

Depuis le début du conflit au Soudan, MSF mène un travail de plaidoyer. Pourriezvous nous en dire plus sur vos prises de parole ?

Mathilde Simon : Depuis 2023, nos équipes sont témoins de violences contre les civils et d’attaques contre les structures de santé commises par toutes les parties au conflit. Nous avons choisi de les dénoncer et de nommer les acteurs qui en étaient responsables, qu’il s’agisse des Forces de Soutien Rapide (FSR) ou des Forces armées soudanaises (FAS). La première enquête de mortalité rétrospective menée auprès de réfugiés soudanais au Tchad par Epicentre, satellite de MSF dédié à l’épidémiologie et la recherche médicale, a montré l’ampleur effarante de la vague de violences qui a déferlé sur la région en juin 2023, alors que les atrocités se sont poursuivies ensuite pendant plusieurs mois dans la région d’El Geneina, capitale du Darfour occidental. Par la suite, nous avons alerté sur des taux de malnutrition extrêmement élevés dans le Darfour du Nord, correspondant à une situation qualifiée de famine par l'IPC, le principal organisme d'analyse des crises alimentaires, en septembre 2025. L’objectif était d’obtenir une réponse humanitaire à la hauteur des besoins, ce qui n’a pas été le cas. Nous avons ensuite documenté les attaques contre les structures de santé ainsi que les violences ethniques et les massacres commis par les FSR lors de l’attaque du camp de Zamzam en avril 20251

Après plus de 500 jours de siège, les FSR se sont emparées en octobre 2025 de la ville d’El Fasher. Que révèlent les données de MSF ?

M.S : Nous n'avons enregistré que 9 000 personnes arrivées à Tawila, à une soixantaine de kilomètres de la ville d’El Fasher, après la chute de la ville. C’est un chiffre très faible au regard des 260 000 habitants estimés par l'ONU avant sa prise de contrôle par les FSR. À partir des données collectées dans notre hôpital de Tawila et de témoignages de survivants, nous avons pu retracer ce qui s’est passé dans les mois qui ont précédé la chute d’El Fasher et ceux qui ont suivi. Les civils se sont retrouvés piégés à l’intérieur de la ville dans des conditions de plus en plus désespérées, alors que la violence s’intensifiait. L’aide humanitaire

étant bloquée, la population a été privée de nourriture et contrainte de survivre avec des ressources minimales. L'assaut final des FSR fin octobre 2025 a marqué une escalade dramatique, avec des massacres généralisés de civils, notamment parmi les femmes, les enfants et les personnes âgées. Les survivants ont rapporté un ciblage systématique des populations non arabes, les Zaghawa notamment, assimilés à des combattants par les FSR. Nos équipes ont recueilli des témoignages faisant état de détentions massives, d'extorsions, d’exécutions à grande échelle, et de violences sexuelles généralisées. Entre octobre et décembre 2025, 478 survivantes ont été prises en charge à Tawila. Les routes de fuite ont été tout aussi meurtrières — pillages, arrestations, tortures, morts par famine et déshydratation, notamment chez des enfants. Il faut garder en tête que ceux qui sont arrivés jusqu'à nous sont les survivants. Beaucoup d'autres n'ont pas eu cette chance, ce qui explique en partie le faible nombre de déplacés recensés.

En février 2026, une mission de l'ONU a conclu que des actes de génocide avaient été commis à El Fasher. Comment MSF se positionne-t-elle par rapport à cette qualification ?

M.S : Tous les éléments dont nous disposons corroborent les conclusions de ce rapport. D'ailleurs ses auteurs se sont également servis d'un certain nombre d'éléments collectés par les équipes MSF pour arriver à leurs conclusions. Pour MSF la dynamique ethnique de la violence perpétrée par les FSR et leurs alliés, la destruction de pans entiers de la population et de leur habitat, et l'impact irréversible de cette violence sur la démographie d'El Fasher et de cette région, ne font aucun doute. Il est fondamental que les responsabilités pour ces massacres soient clairement établies. La communauté internationale - et notamment les principaux alliés des FSR - ont laissé commettre ces atrocités, malgré les alertes répétées d'organisations comme MSF. Ils se doivent de prendre toutes les mesures possibles afin d'empêcher que les responsables de ces violences ne restent impunis, ainsi que la perpétuation de tels actes dans d'autres régions du Soudan.

Honduras - Des membres de l’équipe MSF, fournissant des soins inclusifs pour les patients LGBTQIA+ à San Pedro Sula, tiennent l’enfant d’une patiente dans leurs bras.

Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook