86 le journal de l’Église en mission Trimestriel » 22e année n°86 » décembre 2021 - janvier - février 2022
© Wei Zhu
Interview de Bart Willemen
L’Œuvre de la Propagation de la Foi
L’abbé Nepolean James Raj en mission
Réchauffons nos coeurs Bureau de dépôt: MassPost, Hypercentrum Turnhout | P 508033
éditorial
sommaire
suara 86
à lire Nous avons besoin de gens qui ne se laissent pas submerger par les préoccupations de la vie. Ce sont des gens qui, comme Jésus, osent dire «Ne t’inquiète pas pour le lendemain» (Matthieu 6.34).
?page
Devenons ce que nous sommes EMMANUEL BABISSAGANA
L’année qui s’achève ne laissera pas que des traces et des souvenirs réjouissants pour bon nombre d’entre nous, qui ont dû affronter de nombreuses épreuves. Entre crise sanitaire, catastrophe naturelle, problème de santé, perte de revenus, etc., il aura fallu faire preuve de courage, de résilience, et de confiance dans la présence aimante de Dieu dans nos vies. C’est cette confiance qui nous a permis de nous mobiliser pour continuer à annoncer la Bonne Nouvelle en paroles et en actes, pour revendiquer la réouverture de nos églises et témoigner ensemble de notre foi, etc. Oui, comme jadis les apôtres, nous avons refusé de nous taire, de nous résigner face aux épreuves et à la persécution. Nous avons été des signes visibles de l’Amour de Dieu, des témoins fidèles de la Bonne Nouvelle. Tout au long de la campagne Missionnaire 2021-2022, Missio Belgique nous invite à persévérer dans cet engagement, à montrer en toutes circonstances notre foi en cet Amour de Dieu, et à illuminer ainsi le monde à travers la charité fraternelle.
Oui, comme jadis les apôtres, nous avons refusé de nous taire, de nous résigner face aux épreuves et à la persécution.
3
?page
6
Nous devons littéralement être plus visibles dans le «monde extérieur».
?page
8
«On n’est jamais aussi heureux que dans le bonheur qu’on donne. Donner c’est recevoir»
également dans ce numéro Projet : une église à bâtir ensemble En mission en Belgique : Entretien avec l’abbé Nepolean James Raj Le mot du directeur
Joyeux Noël et Bonne année! Au crépuscule de l’année 2021, nous vous souhaitons d’ores et déjà une année 2022 pleine de grâces, malgré et au travers des incertitudes et des épreuves. Que Dieu vous accorde la santé, vous comble de sa Paix et exauce vos vœux les plus chers.
Au moment où nous nous apprêtons à célébrer, à Noël, la venue de Celui qui éclaire et sauve le monde, puissions-nous implorer sa bénédiction pour que l’année 2022 nous apporte le réconfort et les grâces dont nous aurons besoin, afin que nous puissions devenir toujours plus ce que nous sommes (appelé.e.s à être), le sel de la terre et la lumière du monde. Joyeux Noël et déjà Bonne Année 2022!
» 5 » 10 » 11
© Alexas_Fotos
montre-moi ta foi
Donnons encore plus d’amour! L’apôtre Jacques considère qu’une foi sans les actes est morte (Jacques 2,26). En effet, l’expérience de l’amour inconditionnel de Dieu implique aussi la volonté de proclamer cet amour en paroles et en actes. Croire en un Père affectueux incite donc beaucoup à un engagement concret. Gisela Vanwinckel, qui a dirigé Missio en tant que coordinatrice ad intérim entre 2020 et 2021, en est une illustration. Comment témoigne-t-elle de sa foi chrétienne aujourd’hui? Au fil des ans, chaque engagement prend une forme particulière, adaptée aux différentes étapes de la vie et au contexte social et ecclésial. Commençons donc par le début.
Avez-vous ressenti une vocation particulière dans votre vie? Dès mon plus jeune âge, je voulais être sœur missionnaire… Et les missionnaires qui venaient à l’école témoigner de leur travail ont fait davantage pousser cette graine dans mon cœur. Et pourtant, j’ai finalement choisi une autre voie. À 19 ans, j’ai choisi plutôt un apostolat laïc (laïque consacrée). En tant qu’auxiliaire de l’apostolat, j’ai trouvé l’occasion d’être la levure dans la pâte au milieu du monde. J’ai suivi deux années de formation intensive au Centre international de formation de Lourdes, puis je suis partie au Burundi.
Que faisiez-vous concrètement? Tout d’abord, je voulais m’impliquer socialement à la lumière de l’Évangile. Et je l’ai fait pendant six ans dans un atelier de couture, où j’ai été responsable de la formation générale des filles qui y suivaient
une formation de deux ans. Beaucoup d’entre elles, par la suite, ont elles-mêmes formé de jeunes mères, entre autres. En 1984, avec de nombreux autres missionnaires étrangers, j’ai dû quitter le Burundi, du fait du président Bagaza. Et je suis revenue au centre de formation de Lourdes, où j’ai passé vingt ans à former de jeunes femmes qui voulaient se consacrer corps et âme à la construction du Royaume de Dieu sur terre. En 2004, j’ai laissé la place à de jeunes gens et je suis revenue en Belgique.
En Belgique aussi, vous avez continué à travailler au sein de l’Église. J’ai d’abord été responsable de Missio au vicariat du Brabant flamand & Malines, puis collaboratrice au Centre de Formation chrétienne (CCV). J’ai terminé ma carrière professionnelle au sein de l’Église en tant qu’assistante à la paroisse Saint-Michel de Keerbergen. Après une année de retraite, j’ai repris du service comme coordinatrice ad interim de Missio, de 2020 à 2021. 4
Si un seul Homme se tourne vers Dieu aujourd’hui, nous serons tous en meilleure santé.
Nous devons croire à la proximité aimante de Dieu et en témoigner. En Lui, nous ne devons pas nous inquiéter du lendemain. © silviarita
?3
montre-moi ta foi Vos nombreux engagements sont-ils un moyen de témoigner de votre foi? Témoigner ce n’est pas avant tout parler de Dieu, mais vivre en tant que chrétien.ne dans le monde actuel. Montrer que c’est Dieu qui vous inspire et vous guide en toutes choses, et croire vraiment que nous ne devons pas nous inquiéter du lendemain. Notre société a besoin de tels témoignages. Nous avons besoin de gens qui ne se laissent pas submerger par les préoccupations de la vie. Ce sont des gens qui, comme Jésus, osent dire «Ne t’inquiète pas pour le lendemain» (Matthieu 6.34) ou «Dieu sait ce qu’il te faut, les cheveux de ta tête sont comptés» (Luc 12.6-7). Pour moi, c’est la première et la plus importante façon de témoigner dans la vie. En croyant profondément à la proximité fortifiante de Dieu qui est «Je suis celui qui suis» (Exodus 3.14). Cette confiance est une source d’énergie importante. J’en ai fait l’expérience quand j’ai dirigé Missio. C’était une très grande aventure, et je me suis demandée à quoi je pensais. Mais j’ai aussi senti la présence de Dieu, et je me suis sentie soutenue.
Et vous l’éprouvez d’une manière particulière au sein de l’Église universelle? Les nombreuses années que j’ai eu l’honneur de passer à Lourdes, avec de nombreux jeunes du monde entier, ont certainement renforcé le sentiment d’appartenance à une communauté universelle. Après tout, nous sommes tous les enfants du même Père. En tant qu’Église, nous sommes la plus grande famille du monde. C’est pourquoi il est si important de nous soutenir mutuellement, spirituellement et matériellement. Nous donnons à chacun la possibilité de prendre soin l’un de l’autre par amour de Dieu. D’où le slogan «La foi conduit au partage» (Montremoi ta foi). L’amour de Dieu nous y pousse et ne grandira qu’en le partageant avec d’autres. Ce n’est pas une chose à laquelle les chrétiens doivent réfléchir, c’est une chose qui se produit tout simplement d’elle-même.
Sommes-nous encore libres de faire ce que nous voulons? En amour, on est toujours libre. Témoigner de l’amour n’est pas une tâche supplémentaire.
4
suara
86
Reconnaissons nos fautes et essayons d’être chaque jour un peu meilleur. Sur la photo: Statue de la paix d’Octave Rotsaert, site de l’hôpital Saint-Jean de Brugge.
Ceux qui se laissent guider par Dieu et par l’Esprit sont capables de beaucoup. En Dieu, vous faites et dites des choses que vous n’auriez jamais pu faire par vous-même, parce que Dieu est aux commandes de nos vies, de nos actions et de nos omissions. Nous devons simplement oser dire «oui». Nos possibilités ne vont pas au-delà de donner une voix à Dieu, lui donner les mains et les pieds. Mais ce n’est pas une restriction, c’est plutôt une liberté qui donne de la joie et de la paix. Ce n’est certainement pas toujours évident dans notre contexte social. Après tout, nous sommes tous prisonniers de notre “ikkigheid” (égoïsme), comme l’appelle Dirk De Wachter. Nous devons oser «mourir à nous-mêmes» pour découvrir ce qui nous dépasse et ce qui nous unit.
© Dimitris Kamaras
Quel est votre plus grand vœu pour nos lecteurs? Je souhaite que toutes et tous puissent entendre l’appel à donner toujours plus d’amour, et que par-delà ses défauts, notre Église dans son ensemble puisse en faire autant. Cela commence par la reconnaissance des erreurs, mais aussi par le fait de réaliser que nous sommes et restons toujours l’Église de Dieu. Aucun d’entre nous n’est le disciple parfait de Jésus, mais essayons de devenir un peu meilleur chaque jour. Nous sommes tous des membres du même Corps. Si un seul Homme se tourne vers Dieu aujourd’hui, nous serons tous en meilleure santé. Donc plus il y a de gens qui se convertissent, plus l’Église devient forte et rayonnante. Qu’attendons-nous?
Nous avons besoin de gens qui ne se laissent pas submerger par les préoccupations de la vie. Ce sont des gens qui, comme Jésus, osent dire «Ne t’inquiète pas pour le lendemain» (Matthieu 6.34)
projet
Une église pour célébrer ensemble Le bâtiment provisioire de l’église de Campbell Bay ne résiste plus aux vents marins et aux nombreuses secousses terrestres (voir aussi photo en médaillon).
© Visuvasam Selvaraj
Bientôt nous fêterons Noël ensemble. C’est un des moments les plus forts de la vie de l’Église, y compris dans notre pays sécularisé. Il n’y a pas que la lumière qui remplit nos églises, mais également des personnes, de l’intérieur et de l’extérieur. Même ceux qui ne viennent pas souvent à une fête religieuse sont régulièrement présents à Noël. Quelle joie! Fêter Noël ensemble est en outre un moment ultime de ressourcement, où nous nous nourrissons de la lumière de ce divin Enfant. Il est donc triste de savoir que toutes les communautés chrétiennes n’ont pas la même chance.
© Visuvasam Selvaraj
C’est pourquoi Missio apporte un soutien universel à la construction d’églises, pour permettre aux fidèles de se rassembler. Aujourd’hui, nous mettons en lumière la paroisse Saint-Joseph de Campbell Bay, dans l’archipel indien des Andamans.
Tsunami Depuis le 26 décembre 2004, l’église où se rassemble cette communauté chrétienne est en sursis, suite à l’important tsunami qui a frappé la région et coûté la vie à environ 15 000 personnes. De nombreux bâtiments, y compris des écoles, des monastères et des églises, ont été détruits. Il en est de même à Campbell Bay, sur Grand Nicobar. C’est la plus grande et la plus méridionale île des Nicobares.
Dommages L’église de la paroisse Saint-Joseph a aussi été fortement endommagée. En plus de l’église, le presbytère et un monastère carmélite ont été gravement touchés. Outre la misère matérielle, cela a également porté un coup à la vie religieuse locale.
Les 324 familles catholiques ne pouvaient plus se réunir autour de la table du Seigneur, les prêtres n’avaient plus de résidence près de l’église et de leurs paroissiens, les sœurs non plus. Les personnes en détresse ou les invités (étrangers) ne pouvaient plus être accueillis dans le presbytère ou le monastère.
Reconstruction C’est pour cette raison qu’il fut décidé de restaurer rapidement l’église et le presbytère. Toutefois, l’air marin et les fréquents tremblements de terre perturbent de plus en plus les structures provisoires. Le monastère des Sœurs attend d’être reconstruit. C’est pourquoi cette paroisse est à la recherche
d’un soutien – votre soutien – pour rénover complètement les bâtiments afin que la vie chrétienne puisse vraiment reprendre son cours. Une rénovation et une reconstruction approfondies doivent rendre les bâtiments plus résistants aux fréquents tremblements de terre et à l’air marin, afin que la vie de l’Église de Campbell Bay ne soit pas rapidement remise en cause.
Voir un témoignage de Campbell Bay sur https://youtu.be/Qw4ljvbr_n4
OFFREZ AUX FIDÈLES DE CAMPBELL BAY L’OCCASION DE CÉLÉBRER ENSEMBLE. Soutenez la reconstruction de la paroisse en faisant un don sur le compte de Missio: BE19 000 0421 1012 avec la communication «Suara Baie de Campbell». Merci!
une vie, une mission
Une Église accueillante au quotidien Bart Willemen est un chrétien à plusieurs casquettes. Il est notamment secrétaire de la Commission interdiocésaine de la Catéchèse (ICC), membre de l’équipe de catéchèse dans le diocèse d’Anvers et professeur de religion à Brasschaat. Il est marié et père de trois enfants. Une personne qui combine autant de missions différentes a certainement une vocation particulière. Nous avons discuté avec lui de ce qui l’inspire et l’anime profondément. Aussi diverses que puissent paraître les missions de Bart, elles ont toutes la même motivation: éprouver et transmettre l’amour de Jésus.
Est-ce une façon de comprendre la «mission» aujourd’hui? Nous touchons en effet à une dimension importante de la «mission»: elle ne renvoie pas à nous, mais à quelque chose qui nous dépasse. Pour moi, la mission est donc indissociable de la vocation. C’est Dieu qui t’appelle et te demande de suivre Jésus. Très concrètement, il demande d’aller vers les autres et d’être proche d’eux.
Comment avez-vous découvert cette mission? D’une part, je viens d’une famille croyante et engagée. J’ai ainsi eu la chance de grandir dans un contexte où croire était quelque chose d’évident pour nous. Dès mon plus jeune âge, j’ai appris, grâce à notre engagement dans les associations sportives ou la Ligue des familles, que le monde est plus grand que notre propre groupe ou cercle. J’ai été en contact avec des personnes issues de différents secteurs de notre société, chacune avec un parcours
6
suara
86
Quels sont les travaux qui vous ont inspiré? Dès les premières années du lycée, je me suis attaché à la littérature fantastique, comme Le Seigneur des Anneaux. Peu de gens savent que J. R. R. Tolkien était aussi un catholique convaincu. Dans de nombreuses lettres, il parle de son amour pour l’Église. Il utilise pour cela l’image d’un arbre qu’il faut entretenir. Cela signifie aussi qu’il faut parfois oser rogner des branches pour permettre une nouvelle vie. Mais même au-delà de ces lettres, le lecteur attentif trouve beaucoup de références chrétiennes ou religieuses dans les œuvres de Tolkien ou d’autres livres fantastiques. Cela pourrait être une façon de rattacher l’Église aux préoccupations de la société dans son ensemble.
Nous devons littéralement être plus visibles dans le «monde extérieur».
Est-ce aussi votre propre mission? Parler de Jésus et transmettre l’amour de Dieu aux autres est en effet la mission de ma vie. Je savais dès le plus jeune âge que je voulais travailler au sein de l’Église. En fait, c’est fantastique d’être payé grâce à mes différentes fonctions au sein de l’Église, pour faire ce qui me fait le plus plaisir dans la vie: vivre sa foi et la transmettre. Cela ne signifie pas que je vais prêcher à tout vent, dans un wagon de train ou au coin de la rue. Mais je mène ma vie d’une façon particulière et j’écoute les gens de manière différente. Je suis sensible à la soif spirituelle des autres et puis, très prudemment, je propose ma propre foi.
unique. D’autre part, mon intérêt pour la foi chrétienne et l’Église a été fortement alimenté par la littérature.
Est-ce une façon de construire une Église missionnaire?
J.R.R. Tolkien était un catholique convaincu et est pour moi une source d’inspiation.
La recherche de repères est certainement un aspect important de cette question, pour autant, bien sûr, que l’on ne cherche pas forcément à les mettre sur le compte du christianisme. Mais être une Église missionnaire, cela se réalise aussi à travers
Sortir en tant qu’Église ou communauté chrétienne crée l’ouverture et donne la possibilité aux passants de s’intéresser à nous. © John Ragai
La liturgie nous impose, lors d’un baptême ou de l’accueil d’un catéchumène, de nous rassembler d’abord à l’extérieur de l’église. Pourquoi ne le faisons-nous presque plus? de très petites choses. Evangelii Gaudium en est une grande source d’inspiration. C’est le premier document du pape François, mais n’oubliez pas qu’il est le résultat d’un synode convoqué par le pape Benoît XVI. L’idée principale de cette Encyclique est que l’Église doit, d’une part, sortir et, d’autre part, offrir la vie du Christ aux gens.
En tant qu’Église, comment pouvons-nous le faire concrètement? Nous devons littéralement être plus visibles dans le «monde extérieur». Par exemple, ouvrir les grandes portes de l’église au lieu d’ouvrir toujours la petite entrée latérale. Si tu veux parler avec d’autres fidèles après l’eucharistie, fais-le sur la place de l’église et ne te cache pas dans l’église. La liturgie nous impose, lors d’un baptême ou de l’accueil d’un catéchumène, de nous rassembler d’abord en tant que
communauté à l’extérieur de l’église ou à ses portes. Pourquoi ne le faisons-nous presque plus? C’est très accessible aux personnes et cela permet également aux passants de poser des questions. Cette hospitalité et cette ouverture sont très importantes. Même lorsque des gens entrent dans l’église pour une célébration, par exemple, il est très important de les accueillir et de les orienter. Ce n’est qu’ainsi que chacun pourra se sentir accueilli et chez soi.
L’Église universelle facilite-t-elle cette tâche? Être membre de la plus grande famille du monde est une source de joie et de richesse. J’en ai moi-même fait l’expérience lors de réunions internationales et je souhaite aux autres la même expérience. L’idée qu’à travers l’Église universelle nous respectons le commandement biblique de «prier sans
cesse» est également encourageante. Grâce aux différentes communautés religieuses du monde, des groupes de personnes prient littéralement chaque minute de la journée à travers le monde.
La commission interdiocésaine pour la Catéchèse et Missio collaboreront désormais plus étroitement. Qu’est-ce que cela signifie? Tout d’abord, cela signifie que nous nous rencontrerons souvent, ce qui offre de nombreuses possibilités d’échanges. Deuxièmement, nous espérons ainsi démontrer que la catéchèse n’est pas une fin en soi, mais une mission de plus en plus approfondie pour mieux connaître et diffuser la Bonne Nouvelle. C’est pourquoi il est bon de connecter la catéchèse et la diaconie. Les deux contribuent à un meilleur approfondissement de l’Évangile et de sa diffusion.
Avez-vous un dernier mot pour nos lecteurs? Je vous souhaite à tous trois choses: joie, liberté et indignation. Les trois sont essentielles pour le christianisme et pour une Église qui veut être debout.
?7
merci
L’Œuvre Pontificale de la Propagation de la Foi Pauline Jaricot, jeune lyonnaise qui au XIXe siècle, est à l’origine de l’Œuvre de la Propagation de la foi.
© Missio / Clemens Fuchs
La coopération et la solidarité missionnaires entre les Églises est la tâche principale de Missio – Les Œuvres Pontificales Missionnaires (OPM) constituées de: l’Œuvre de la Propagation de la Foi, l’Œuvre de Saint Pierre Apôtre, L’Enfance Missionnaire, et l’Union Pontificale Missionnaire. Chacune de ces quatre composantes a son domaine spécifique. Toutes contribuent cependant au même objectif commun, notamment la promotion de la solidarité universelle entre les Églises, à commencer par les plus démunies. Grâce à la solidarité universelle les Œuvres Pontificales Missionnaires collectent les fonds et les distribuent équitablement dans le monde entier.
L’exhortation du pape À maintes reprises le pape François a loué ce travail énorme. Cependant il met les OPM en garde contre la tentation de se comporter comme des ONGs. Il insiste sur l’aspect spirituel et mystique qui doit guider les OPM. S’adressant aux directeurs nationaux et aux secrétaires généraux des OPM en 2016 il dit: «même s’il est important que vous vous préoccupiez de la collecte et de la distribution des aides économiques…, je vous exhorte à ne pas vous limiter à ce seul aspect.
8
suara
86
Une «mystique» est nécessaire. Nous devons grandir en passion évangélisatrice. (…) vous n’êtes pas une ONG!».
On n’est jamais aussi heureux que dans le bonheur qu’on donne. «On n’est jamais aussi heureux que dans le bonheur qu’on donne» L’Œuvre de la Propagation de la Foi contribue aux projets d’évangélisation dans les diocèses les plus démunis. À travers des subsides ordinaires et extraordinaires elle soutient des projets d’évangélisation
proprement dite, des projets de catéchèse, la réhabilitation des presbytères et couvents, les lieux de culte, etc. D’après les chiffres du rapport des OPM de 2018/2019, plus de 5550 projets en provenance de plus de 1500 diocèses du monde entier ont étés soutenus via l’Œuvre de la propagation de la foi.
En mouvement vers l’autre À travers les témoignages de gratitude on observe une unité profonde qui se crée entre celui qui donne et celui qui reçoit. Apprendre qu’on a rendu quelqu’un heureux multiplie votre bonheur. «On n’est jamais aussi heureux que dans le bonheur qu’on donne. Donner c’est recevoir», disait l’Abbé Pierre. La vraie générosité n’est-elle pas un mouvement vers l’autre, une expérience de bonheur
SOUTENEZ L’ŒUVRE DE LA PROPAGATION DE LA FOI
missionnaire qui pousse à sortir de soi-même pour participer au bonheur de l’autre?
Une jeune fondatrice À l’origine de ce vaste mouvement de solidarité entre chrétien.ne.s du monde, se trouve une jeune Lyonnaise, Pauline Jaricot, qui sera béatifiée le 22 mai 2022. Dès 1819 en effet, elle commence à sensibiliser les gens à leurs liens avec les communautés chrétiennes du monde. Elle collecte aussi des fonds en demandant aux gens une petite contribution hebdomadaire. Cette collecte est portée par la prière, et notamment le «rosaire vivant» qu’elle lance, des petits groupes de prière liés à l’Église universelle. En 1822, le pape Pie VII baptise son travail «Œuvre de la propagation de la foi», et en 1922, le pape Pie XI en a fait une des quatre Œuvres Pontificales Missionnaires.
«À l’écoute de Dieu , à l’écoute des frères» Souvent nous prêtons attention au bonheur de celui qui bénéficie de notre générosité, et oublions l’élan de joie et de bonheur qui nous envahit après avoir réalisé que nous avons pu contribuer au bonheur de l’autre à travers notre geste de générosité, aussi petite soit-elle. Eh bien c’est ce bonheur qui envahit le cœur quand on entend les Sœurs de la Providence de la Pommeraye de Béoumi témoigner de leur gratitude. Grâce à la somme de 20 000 euros octroyée via l’Œuvre de la propagation de la foi, elles ont finalement pu réhabiliter leur couvent. Fondée en 1955, leur communauté de Béoumi, dans le diocèse de Bouaké fut la première communauté de cette congrégation en Afrique. Leur engagement missionnaire dans cette petite ville rurale, à 60 km de Bouaké, témoigne de leur amour pour Dieu et pour les hommes. Pour ces sœurs, l’évangélisation consiste d’abord à se mettre à l’écoute de Dieu pour enfin avoir une parole capable de réconforter leurs frères et sœurs. Elles laissent la volonté de Dieu se réaliser en elles, à travers leur engagement au service des jeunes en formation, et au service des malades. Leur bonheur est le nôtre!
Faites un don sur le compte de Missio BE19 0000 0421 1012 avec la communication “Suara Propagation de la foi”. Merci d’apporter votre contribution à l’Annonce de l’Évangile.
La coopération et la solidarité missionnaires entre les Églises est la tâche principale de Missio. des endroits autrefois inaccessibles! Ayant pour objectif l’annonce de l’Évangile sur l’ensemble du territoire ivoirien, le projet Radio Nationale Catholique de Côte d’Ivoire n’a pas cessé de grandir depuis 2001 grâce au fonds de solidarité universelle de l’Église. Participer à ce projet c’est donner la voix aux sans voix et permettre à l’Évangile d’atteindre des contrées reculées. L’archidiocèse de Bouaké se réjouit d’avoir reçu un financement (4500 euros) pour renforcer le signal de la Radio Nationale Catholique de Côte d’Ivoire et ainsi porter l’Évangile sur l’ensemble de son territoire. «L’extension du signal de cette radio sur l’ensemble de l’archidiocèse de Bouaké est aujourd’hui plus qu’une urgence au vue de la grave crise et des
tensions politiques, économiques, militaires, et sociales qu’a connues la Côte d’Ivoire pendant plus d’une décennie à laquelle s’ajoute aujourd’hui une crise sanitaire (la Covid 19). La construction de 2 centres relais dans les villes de Daoukro et de Béoumi nous permettra une plus grande efficacité dans la diffusion de nos différentes productions» (Maxime Babel GBENDE Kouakou).
Gratitude Mgr Eugène Cyrille Houndékon, évêque d’Abomey (Benin), exprime sa gratitude. Voir chaque paroisse en possession de prêtres résidents est une priorité pour cet évêque. Son projet de construction du presbytère de la jeune paroisse Sainte Trinité de Nadota (depuis 2013) a reçu 20.000 euros via l’Œuvre de la Propagation de la Foi. Ce financement permettra à cette paroisse d’avoir des pasteurs résidents dont la présence constitue un témoignage missionnaire important.
Un grand merci pour votre générosité missionnaire!
Accéder à l’inaccessible Les médias, et surtout la radio, contribuent depuis quelques décennies à l’évangélisation des milieux ruraux. Grâce à la radio et la télévision, la parole de Dieu a pu parvenir à
Le 21 février dernier, la Radio catholique nationale de Côte d’Ivoire a célébré son vingtième anniversaire. Grâce à Missio, son signal est désormais capté plus loin que par le passé, en zones rurales. © Archidiocèse de Bouaké
?9
Belgique, terre de mission
Les voies de Dieu sont insondables, mais riches d’agréables surprises En 2014, j’ai quitté l’Inde pour la Belgique, où j’ai d’abord été étudiant puis inséré comme prêtre dans l’Église belge. Quel défi missionnaire que d’annoncer la Bonne Nouvelle dans un contexte totalement nouveau! NEPOLEAN JAMES RAJ
L’Inde est plus de cent fois grand que la Belgique, tant du point de vue géographique que démographique.
Foi Je suis moi-même originaire d’Elandurai, un petit village dans l’État de Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde. Ma langue maternelle est le tamoul et ma paroisse, Vadagarai, dans le diocèse de Kumbakonam, a presque cent ans. Les fidèles de ma paroisse sont profondément croyants. Ce sont des gens simples et pieux qui sont fiers de leurs pratiques religieuses chrétiennes. Ils ne sont pas riches, mais il existe une profonde solidarité entre les villages pauvres. La paroisse est importante pour la perception de la foi et les pratiques dévotionnelles des fidèles.
Défis Cette atmosphère religieuse, la pieuse éducation de ma famille et la persuasion permanente de mon grand-père et de ma mère ont suscité chez moi le désir ardent de devenir prêtre. Grâce à mon curé, j’ai intégré la congrégation des pères montfortains et suis allé au séminaire. C’est là que je suis devenu un être libre, prêt à relever les défis de la proclamation de l’Évangile.
10
suara
86
À mesure que l'Avent progresse et que Noël approche, de plus en plus de lumières et de bâtiments de Noël surgissent en Inde. © Reji
Les montfortains m’envoyèrent ensuite à la KU Leuven pour étudier. Au cours de mes études, j’ai parfois célébré des messes dans différentes paroisses. La découverte des églises quasiment vides fut éprouvante. Cette impression a quelque peu changé quand j’ai commencé à passer les week-ends à Montaigu en 2017. Ce lieu de pèlerinage était encore actif et attirait beaucoup de gens. J’ai compris depuis lors qu’il y avait un besoin d’activité missionnaire en Belgique.
La vie de l’Église Le pays qui envoie le plus de missionnaires à travers le monde a lui-même besoin de missionnaires. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons continuer à annoncer l’Évangile, et être comme Église une communauté qui offre aux gens sens, paix et réconfort. L’Église n’est pas en dehors de la vie quotidienne, mais en fait partie intégrante.
Ce qui me manque le plus ici par rapport à l’Inde, c’est la célébration de Noël. En Inde, nous célébrons l’Avent et la Noël de manière solennelle et grandiose. Tout est fait pour accueillir l’Enfant Jésus, dont l’histoire de Noël est racontée magnifiquement par des préparations enthousiastes dans les paroisses et les maisons. En Belgique, je vois plus une fête d’hiver qu’une fête de Noël, excepté dans le cercle restreint de nos communautés chrétiennes. Mais je ne me laisse pas décourager pour autant. Au contraire, c’est une nouvelle occasion de jouer mon rôle missionnaire et de proclamer une fois de plus l’Évangile!
Je vous souhaite à toutes et tous un joyeux Noël. Puisse l’Enfant Jésus vous apporter beaucoup de réussite et de joie.
le mot du directeur
Un temps de crise… un temps favorable au dynamisme missionnaire THÉOGÈNE HAVUGIMANA
Notre contexte de crises, de pandémies et de toutes formes de bouleversements à tous niveaux constitue un signal important de réveil et une invitation à redynamiser la mission de l’Église dans le monde actuel. Comme le souligne le Cardinal Joseph De Kesel, «la question n’est pas de savoir si l’Église doit être missionnaire. La question est de savoir comment cette mission doit être accomplie (…) dans une culture laïque et pluraliste». La pluralité religieuse et culturelle est une réalité qu’il faut confronter positivement et reconnaître comme une richesse. La question est de savoir comment l’approcher sans compromettre notre identité. La synodalité comme modus vivendi et operandi dans l’Église de notre temps peut nous amener sur la bonne piste. Il s’agit pour tous les membres de l’Église d’apprendre à marcher ensemble, de participer ensemble à la mission évangélisatrice de l’Église et ainsi, à travers leur façon de vivre et d’agir, d’inviter toute personne à cheminer avec eux. Il ne s’agit pas d’imposer la foi. Il s’agit de la proposer en toute humilité et douceur. Dans sa réflexion sur l’exhortation apostolique post-synodale
© Sally Wilson
L’avenir de la mission de l’Église dépendra de notre collaboration, de notre solidarité et notre attitude envers la diversité humaine. du Pape François, «Christus vivit», Sr. Nathalie Becquart entend ce mode de vivre et d’agir ensemble en termes de «synodalité missionnaire». La manière dont nous marcherons ensemble et nous respecterons mutuellement attirera le monde autour de nous! Ce modus videndi est sans doute missionnaire. Missionnaires de notre temps, nous sommes tous ensemble appelés à affronter les crises et bouleversements de notre époque et à faire l’expérience de la grâce de Dieu qui se manifeste dans la richesse de nos diversités. La métaphore proposée par l’un des jeunes venant des îles Samoa qui voit l’Église comme une pirogue pour tous les pèlerins, sur laquelle nous montons et cherchons ensemble un monde meilleur, sous l’impulsion toujours nouvelle de l’Esprit-Saint (Christus Vivit 201) est captivante. Pour avancer il faut ramer ensemble, dans la même direction. L’avenir de la mission de l’Église dépendra de notre collaboration, de notre solidarité et notre attitude envers la diver-
sité humaine. Toute solidarité missionnaire implique une confrontation positive avec l’autre, si différent de nous soit-il. Grâce à la coopération missionnaire notre pirogue avancera et nous attirerons de nouveaux pèlerins. Si non ?, elle ne fera que semblant d’avancer! Le dynamisme missionnaire commence par un cœur missionnaire qui par amour s’ouvre et se montre solidaire à l’autre. Pauline Jaricot, fondatrice de l’Œuvre catholique de la Propagation de la Foi en 1822, comprit vite que la source de tout dynamisme missionnaire réside en Dieu lui-même. «Pour donner beaucoup aux autres, disait-elle, il faut puiser dans son propre cœur ; et pour alimenter ce cœur, il faut puiser dans celui de Dieu.» Elle sera béatifiée le 22 Mai 2022, à Lyon.
Bonnes fêtes de Noël et de Nouvel an!
colophon Rédaction Emmanuel Babissagana Ont collaboré Catherine De Ryck, Théogène Havugimana, Nepolean James Raj, Gisela Vanwinckel, Bart Willemen
merccoiup! beau
Photos Alexas_Fotos, Archidiocèse de Bouaké, Tracy Hunter, Dimitris Kamaras, Missio / Clemens Fuchs, John Ragai, Reji, Visuvasam Selvaraj, siliviarita, Sally Wilson, Wei Zhu Lay-out et impression Halewijn S.A. Éditeur responsable Théogène Havugimana, Bd du Souverain 199, 1160 Bruxelles Contact Bd du Souverain 199, 1160 Bruxelles, 02 679 06 30 info@missio.be, www.missio.be, www.facebook.com/MissioBelgique Numéro d’entreprise: 0410647718 Abonnements et changements d’adresse suarafr@missio.be
Merci! Merci à tous ceux qui ont contribué au bon déroulement de la campagne Missionnaire 2021.
Réactions et suggestions info@missio.be
Merci à tous nos bienfaiteurs! BE19 0000 0421 1012
www.
.be