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Suara 68 Fr - 06/07/08-2017

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suara le journal de l’église en mission Trimestriel » 17ème année n°68 » juin / juillet / août 2017

Haut les cœurs ! » UNE ÉGLISE JOYEUSE ET MISSIONNAIRE » MISSIO EN CORÉE DU SUD » LA JOIE SELON COLETTE NYS-MAZURE

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© SOLOMINVIKTOR


éditorial

Changez de lunettes ! Bientôt les vacances. Il est temps de décompresser. D’abandonner nos mines soucieuses pour se laisser aller au plaisir d’échapper aux contraintes du reste de l’année. Certains d’entre nous partirons, changeront de cadre. D’autres n’en auront pas la possibilité ou l’envie. Quoique nous en fassions, réjouissons-nous de cette pause dans le rythme habituel. Et si nous sommes préoccupés par des soucis matériels, des problèmes de santé, ou des difficultés relationnelles, peut-être est-ce l’occasion de changer de regard. Comme on met des lunettes noires pour se protéger du soleil, mettons nos « lunettes roses » pour voir ce qui va bien dans le noir de notre vie. Non pas pour faire de l’angélisme, car les occasions de se plaindre ou de craindre l’avenir ne manquerons jamais, mais pour voir ce qui nous fait du bien. Voulons-nous, comme chrétien, faire envie plutôt que faire pitié ? Alors il est temps d’abandonner nos jérémiades et nos têtes de mars en Carême pour montrer notre joie d’être disciples du Christ. Si notre foi ne nous rend pas joyeux, pourquoi rester dans l’Église ? Et si elle nous met en joie, pourquoi ne pas le montrer ? À l’image de ceux qui, comme Colette Nys-Mazure, Stan Vanuytrecht ou Fatima Babu témoignent dans ce numéro de la joie qui les anime, soyons des témoins joyeux de l’Évangile. Bonnes vacances !

© LIUSOL

sommaire suara 68 « En Corée du Sud, la technologie ne nuit pas aux relations humaines, ni aux traditions ou au respect. » » Lire en page 5. « Recevoir, et transmettre le cadeau de Dieu, la joie profonde, cela ne va pas de soi. C’est un fameux défi pour tout croyant ou chercheur. » » Lire en page 8. « La joie des disciples est tellement grande qu’ils ne peuvent la garder pour eux. » » Lire en page 10.

DANS CE NUMÉRO Une Église joyeuse et missionnaire Aider les futurs prêtres à Douala S’orienter vers la lumière Joie de vivre, Joie d’agir Joie sur le chemin d’Emmaüs Missio, un nom, des personnes Billet

» 3 » 4 » 6 » 9 » 10 » 11 » 11


chrétiens dans le monde

Une Église joyeuse et missionnaire Journée Transmission pour les enfants de la catéchèse du Brabant Wallon le 14 octobre 2017 à Grez-Doiceau. Missio y animera des ateliers.

5Être chrétien c’est être joyeux.

© MISSIO

« Un évangélisateur ne devrait pas avoir constamment une tête d’enterrement », (Document d’Aparecida 2007). Dans cette affirmation, on trouve déjà en germe l’élan qui traverse les différentes interventions pastorales du pape François, de la Joie de l’Évangile à la Joie de l’Amour, animé par la certitude qu’être chrétien c’est être joyeux. »» ARMELLE GRIFFON

Savoir se réjouir des petites choses qui nous font du bien : un sourire, une belle lumière, un moment de partage, fera plus sûrement de nous des porteurs de la Bonne Nouvelle que la lecture d’une thèse de missiologie ! Les catholiques sud-coréens semblent mieux que d’autres mettre ce principe en pratique. Voilà pourquoi, pour le mois de la mission 2017, Missio a choisi l’Église coréenne comme figure emblématique d’une Église missionnaire et heureuse de l’être.

Une Église rayonnante

C’est en effet cet optimisme qui donne à l’Église de Corée du Sud son ardeur missionnaire. Les communautés ecclésiales coréennes sont en effet doublement missionnaires. Si, en l’espace de 60 ans,

le nombre des catholiques est passé de 180.000 à plus de 5 millions, on le doit au dynamisme et au rayonnement des catholiques.

Engagement pour la justice

L’Église coréenne attire en premier lieu à cause de son engagement pour la justice. De ses prises de position en faveur de la démocratie à son engagement auprès des plus fragiles de cette société hyper moderne où la performance est une obligation, elle apporte de l’humanité et de la compassion à ceux qui ne peuvent pas suivre le mouvement. La récente élection à la présidence de la République sud-coréenne de l’avocat progressiste catholique, Moon-Jae-In, est un signe supplémentaire de cette considération .

Convivialité et solidarité

L’Église catholique coréenne a aussi un grand souci de convivialité s’exprimant dans les petits détails de la vie d’un quartier. L’organisation très structurée des paroisses, qui peut nous paraître rigide, permet de quadriller leur territoire et d’assurer une présence auprès des fidèles comme auprès des autres habitants. Actifs chez eux, les catholiques Coréens sont aussi présents sur tous les continents, y compris en Europe, car ils veulent partager la joie de l’Évangile. À nous de nous inspirer de cette attitude qu’on dirait aujourd’hui « proactive » pour que nos communautés soient faites de chrétiens joyeux plutôt que de chrétiens mélancoliques!

Témoins de Corée

En septembre et octobre, vous aurez l’occasion de découvrir l’Église de Corée à travers le témoignage de missionnaires Coréens qui viendront nous parler de leur expérience chez eux et chez nous. Le P. Michel Roncin, des Missions Étrangères de Paris, donnera également quelques conférences sur la Corée du sud où il a passé plusieurs années.

Quelques dates

Conférences du P. Roncin : • Le 23/8/17 à l’occasion du pèlerinage missionnaire annuel de ND de Banneux. • Le 17/9/17 à 9h30 à la paroisse St François de Louvain-La-Neuve. • Le 22/10/17 à 11h à Andenne après la messe. • Le 12/11/17 à 15h à la Basilique de Koekelberg à Bruxelles. Messes avec témoignage de missionnaires Coréens dans différents lieux de Belgique Francophone entre le 17 septembre et le 12 novembre 2017. •

Armelle Griffon est responsable de la communication francophone à Missio.

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projet

Aider les futurs prêtres à Douala La rareté des vocations sacerdotales en Belgique et plus généralement en Europe, nous prédispose peu ou mal à percevoir les défis inhérents à la formation des prêtres dans nos églises sœurs, notamment en Afrique et en Asie. »» EMMANUEL BABISSAGANA

Dans les pays du Sud, comme le Cameroun, les vocations ne manquent pas. Or la formation des séminaristes a un coût : logement, entretien des bâtiments, frais de subsistance, de scolarité, de santé, etc. Les séminaristes doivent verser une contribution symbolique de 150 € par an. C’est déjà un sacrifice financier pour les familles. Lorsque les collectes de Missio à travers le monde le permettent, un subside de 500 € par étudiant est accordé aux séminaires. Mais c’est malheureusement de moins en moins le cas.

Exploitation agricole

Le Grand Séminaire de Douala compte une centaine de futurs prêtres. Le recteur, l’Abbé Ewane, a fait preuve d’imagination. Il a monté des petites unités agricoles (porcherie et palmeraie notamment) où travaillent les séminaristes : on peut ainsi couvrir une partie des frais de subsistance.

Achat de livres

Cela permet aussi d’acheter quelques ouvrages indispensables à leur formation. C’est là, en effet, le défi majeur au Cameroun et dans les pays économiquement démunis, où les livres les plus récents datent parfois d’une quinzaine ou d’une vingtaine d’années.

Une aide bienvenue 1157 113 215 53

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5Grâce à votre soutien, Missio a pu aider de nombreux séminaristes à recevoir une bonne formation.

Aujourd’hui, l’Église de Belgique est heureuse d’accueillir des prêtres d’ailleurs qui viennent donner un coup de main. Une raison de plus pour nous d’aider à la formation des prêtres du Sud. Soutenir le Grand Séminaire de Douala afin qu’il se procure des ouvrages récents, c’est aider à former les prêtres qui, demain, annonceront l’Évangile chez eux et ailleurs. •

Emmanuel Babissagana est coordinateur national des formations à Missio-Belgique.

SOUTENIR AUJOURD’HUI LES PRÊTRES DE DEMAIN En aidant les séminaires d’Asie et d’Afrique, vous permettez vous permettez aux séminaristes de ces régions de devenir des prêtres formés aux défis de notre temps. Faites un don sur le compte Missio asbl :

IBAN BE19 0000 0421 1012 • BIC BPOTBEB1 (communication : ‘108 Séminaires’) ou en ligne sur www.missio.be Les projets pastoraux ne peuvent légalement pas bénéficier de l’attestation fiscale.

Offrez une longue vie à votre solidarité Vous souhaitez faire durer votre solidarité ? C’est possible, grâce à un legs mentionné dans votre testament. Vous pourrez ainsi continuer à aider les communautés locales qui, en Afrique, en Asie et en Amérique Latine annoncent l’Évangile. Ce testament peut être manuscrit (écrit de votre propre main, daté et signé par vous) ou fait devant notaire. Renseignez-vous auprès de votre notaire ou contactez le directeur de Missio Belgique, le Père Michel Coppin : legs@missio.be ou 02 679 06 30. 4»

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dans les coulisses de Missio

Kamsa hamnida, merci En avril, je suis partie en voyage d’étude en Corée du Sud, notre nouveau lieu de campagne. Un voyage passionnant et enrichissant ! Durant notre campagne, je vous en raconterai davantage mais je voudrais déjà vous partager quelques impressions spontanées sur le pays. »» ELLY MATTHEUS

Il s’avère cependant difficile de faire un véritable compte-rendu. Si je peux raconter ce que j’ai vu, et citer les personnes rencontrées, mon expérience personnelle est cependant difficile à exprimer. Mais ne risque rien n’a rien !

Modernité

Si vous trouvez que les gens d’ici sont trop « accros » à smartphone, c’est que vous n’êtes pas encore allés en Corée du Sud ! A Séoul, toutes et tous sont occupés avec leur smartphone. Mais ce n’est cependant pas de manière asociale ; cet appareil fait partie de la vie quotidienne. Les cartes de visite, vous

ne les tenez pas seulement en main, vous les digitalisez aussi avec votre smartphone. Partout, dans les maisons, bâtiments, universités…on trouve des stands de matériel informatique.

Tradition

Toute cette technologie ne nuit pas aux relations entre les gens, ni aux traditions ou au respect. Car les Sud-Coréens y attachent beaucoup d’importance. Ils enlèvent par exemple leurs chaussures lorsqu’ils entrent dans une maison ou un restaurant, ce qui explique qu’ils portent presque tous les chaussures sans lacet. Cela favorise la rapidité, qui est importante pour eux. On entend partout « pale, pale » : vite, vite. Ainsi, lorsqu’il n’y a pas assez de places assises : « vite, vite, apportez encore quelques tabourets ». On n’admet pas que quelqu’un doive rester debout.

« L’attention aux hôtes est très importante. »

Honneur aux hôtes

Car elle est attentionnée, la population sud-coréenne ! Envers nous également. Nous étions des étrangers, mais on ne nous l’a jamais fait sentir. Nous étions avant tout des hôtes auxquels il fallait être attentif. Et donc : Merci ! •

Elly Mattheus est responsable néerlandophone des formations à Missio-Belgique.

« Ici, la technologie ne nuit pas aux relations. »

Merci

Ce qui m’a le plus marqué, c’est un simple mot. Le premier mot de coréen que j’ai appris : kamsa hamnida, ce qui signifie « merci ». Quand un sud-coréen vous dit kamsa hamnida, cela chante, ce qui rend l’expression encore plus belle que sa seule signification. C’est le mot que j’ai prononcé le plus souvent au cours du voyage. Non pas que j’aie parlé si souvent le coréen ! Monseigneur Luc Van Looy m’accompagnait ; il a vécu vingt ans en Corée du Sud, il parle donc couramment la langue. Mais le « merci », je tenais cependant toujours à le dire moi-même.

5 En Corée du Sud, on se déchausse en entrant quelque part.

© PAUL B.

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point de vue

S’orienter vers la lumière « La joie n’est pas volontaire. (…) Il faut fuir comme la peste ceux qui en vendraient la recette. En revanche, la joie exige un climat favorable : un état d’esprit pareil à un état de grâce. Le climat favorable se favorise. » Mathieu Térence, Petit éloge de la joie »» COLETTE NYS-MAZURE

Dans la vie quotidienne, j’admire de plus en plus la vertu de gaieté. Nous chérissons ceux et celles qui traversent la rue pour rejoindre le trottoir côté soleil. Trop rares sont les personnes joyeuses, non que les épreuves leur soient épargnées mais elles réussissent à se délester sans glisser dans l’indifférence. Refusant de mariner dans le glauque, elles avivent par tous les sens leur présence au monde, aux autres, au grand Autre.

Comme un enfant

Allègre et rieuse, la gamine saute à cloche-pied sur le chemin; elle va à la rencontre des amis, des animaux, des herbes et des fruits au lieu de bouder dans son coin. Et nous, réussirons-nous à remonter en enfance au lieu d’y retomber, à cultiver cette légèreté aux allures de bulles de champagne ?

Nous savons que vivre est une aventure, que des obstacles imprévus aussi bien que pressentis se dresseront devant nous. Cependant nous avançons, confiants en la joie offerte, tel un présent, à travers le simple fait d’exister, de contempler le jeu des saisons, de créer et recréer sans cesse le tissu des liens susceptibles de s’effilocher ou de se rompre ? Il nous appartient de la susciter par une attention, une invitation, un pardon, un

fou rire, une promenade au grand air, une visite impromptue ou annoncée ; une admiration échangée à la lecture d’un poème, d’un roman ; devant un tableau, un film. Toutes les formes de beauté, qu’elles soient de nature ou de culture, nous orientent vers la fête sans fin.

La joie se partage

Au lieu de réclamer des autres ce qu’ils ne peuvent pas nous accorder au moment même où nous le désirons, nous entendons Henry Bauchau suggérer : « L’amour qui me manque est celui que je ne donne pas ». Les gestes gratuits, la générosité du partage, l’intime conviction d’être inscrits dans la paume de Dieu qui jamais ne nous oubliera contribuent à entretenir la joie imprenable. •

Colette Nys-Mazure, poète et écrivain belge, est l’auteur de nombreux ouvrages appréciés du public. Elle a notamment publié : Célébration du quotidien aux éditions Desclée de Brouwer , Feu dans la nuit aux éditions Espace Nord qui regroupe toute sont œuvre poétique.

© ATELIERS ET PRESSES DE TAIZÉ, 71250 TAIZÉ, FR.

C’est comme une petite vague qui remonte toujours en moi et qui me réchauffe, même après les moments les plus difficiles : « Comme la vie est belle pourtant ! » C’est un sentiment inexplicable. ETTY HILLESUM 5 Illustration : Pastel Frère Ghislain, Taizé.

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église en autriche

Un ermite d’aujourd’hui 5 La nouvelle maison de Stan Vanuytrecht.

© SAALFELDEN LEOGANG TOURISTIK

À l’approche des vacances, nous aspirons au repos. Quitter la pression, prendre le temps pour des choses agréables, pour ceux qui nous sont chers, et pour nous-mêmes. Pour l’un ce sera son jardin, pour l’autre une baignade en plein soleil, pour l’autre encore une bonne promenade dans la nature. Mais il y a aussi des gens comme Stan Vanuytrecht, qui rêvent de devenir ermite. Et pas seulement pour un petit temps de vacances. »» ELLY MATTHEUS

Le diacre de Diest entre bientôt à l’ermitage Saint-Georges, à Saalfelden, au nordouest de l’Autriche. Bien que débordé de travail, il est parvenu à libérer du temps pour Missio juste avant son départ. Comment avez-vous eu l’idée de devenir ermite en Autriche ? « Comme souvent, le hasard a joué un grand rôle. Je suis tombé sur un avis de

place disponible à l’ermitage. Je n’ai pas reçu de réponse à mon offre de candidature. Petit à petit j’ai compris que la place était réservée à des candidats de l’endroit. J’avais donc accepté l’idée que ce n’était pas pour moi. »

Tilt

« Plus tard, lors d’un déplacement avec mon frère dans la région, j’ai eu envie

« Durant ma vie, j’ai fait un peu de tout. »

de savoir à quoi j’avais échappé. Nous sommes allés rencontrer le bourgmestre et le curé ; le courant est passé entre nous. Nous avions la même manière de voir le monde et la vie. C’était amusant, mais je n’attendais plus rien. La surprise fut donc grande de recevoir un peu plus tard un coup de téléphone : est-ce que j’envisageais toujours d’habiter à Saint-Georges ? Et voilà ! » Votre choix a-t-il surpris les gens ? « C’est à eux qu’il faudrait le demander. Durant ma vie, j’ai essayé et fait un peu de tout. Par exemple, après l’école moyenne, j’ai fait des études d’ingénieur industriel, mais cela ne me convenait pas. J’ai fait mon service militaire comme officier en Allemagne. J’y suis devenu arpenteur. Et j’y ai appris l’allemand, ce qui m’est bien utile aujourd’hui. » 4

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église en autriche Dans votre vie, vous avez eu des expériences très diverses. « Absolument. Parfois très bonnes, parfois moins. Je me suis marié, et nous avons eu deux beaux enfants. Ce mariage a malheureusement abouti à une pénible séparation. Je suis tombé dans le trou : physiquement et psychiquement, j’étais une épave. Et à tout cela s’ajoutèrent des difficultés financières. Ce fut difficile, mais cela m’a beaucoup appris. Cette misère m’a fait saisir qu’il y a plus dans le monde que ce que l’œil ne peut voir. De même, dans mon travail avec des personnes handicapées, toxicomanes ou prisonnières, j’ai pu découvrir des réalités plus profondes ».

Amour

En quoi consistent, selon vous, ces réalités plus profondes ? “Dans ce domaine, mon expérience est double. D’un côté, les épreuves mont fait saisir qu’il existe beaucoup de belles choses dans la vie. Ça fait un peu cliché, mais si vous avez connu la peine, vous apprécierez mieux la beauté et le bonheur. Actuellement je jouis

© MISSIO

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très consciemment d’une promenade avec mon chien ou de la beauté de la mer. Par ailleurs, en de tels moments, j’expérimente la proximité de Dieu. Le fait de recevoir, gratuitement, tant de beauté, signifie qu’Il doit nous regarder avec amour. Cet amour, nous devons le partager entre nous. Selon moi, c’est la vraie signification du commandement : « Tu aimeras Dieu et ton prochain comme toi-même ».

Se taire

N’avons-nous pas oublié cela, dans nos vies surchargées ? « Absolument. Quand vous admirez pareille beauté, le mieux à faire, c’est de vous taire. Recevoir simplement la création, et l’accueillir. C’est quelque chose que nous avons oublié. Pourtant, il existe beaucoup de gens en recherche d’« un plus ». Ils découvrent l’existence de quelque chose qu’ils ne peuvent nommer ou comprendre par la raison. Cette recherche ne va pas de soi. Recevoir, et transmettre le cadeau

de Dieu, la joie profonde, cela ne va pas de soi. C’est un fameux défi pour tout croyant ou chercheur ». Les incroyants n’ont-ils donc pas la vie plus facile ? « Oh non, certainement pas, selon moi. Les non-croyants se mettent beaucoup de responsabilités sur le dos. Ils sont responsables de tout, des réussites, des échecs. Comme chrétien, on peut compter sur l’appui de Dieu, et parfois être fâché contre Lui. Mais on peut aussi tout remettre entre ses mains, afin de ne pas devoir tout porter seul. C’est là la grâce que, en tant que croyant, vous pouvez recevoir, et expérimenter. C’est quand même chouette ! Presque incroyable ! »

Transmettre la joie

Que ferez-vous exactement, en Autriche ? « Expérimenter cette joie, et la transmettre. Ma vie en Autriche sera l’ultime combinaison entre la réflexion et le service. Je consacrerai beaucoup de temps au silence et à la prière, mais aussi aux autres personnes. Le moine

moderne n’est plus assis toute la journée dans sa cellule. Des marcheurs et des touristes peuvent venir à lui pour un entretien (pastoral). Certaines personnes peuvent y trouver un grand intérêt, bien que cela ne débouche pas toujours sur une solution du problème. Mais ce n’est pas nécessairement indispensable. Nous devons arrêter de nous mettre la pression et de vouloir toujours tout résoudre. Comme diacre, j’essaye d’être proche des gens, de faire un bout de chemin avec eux. Je le fais par beau et par mauvais temps. En fait, je m’efforce de rapprocher les gens de Dieu. Qu’est-ce qui pourrait m’apporter plus de joie ? » N’avez-vous pas peur du saut dans l’inconnu ? « Ce n’est pas un saut ! Il s’agit plutôt de (re)venir à la maison. » •

Stan Vanuytrecht est diacre à Diest et s’apprête à rejoindre l’ermitage de Saalfelden, en Autriche.


Une joie intérieure

Une joie qui ne m’a pas quittée dans ma vie de femme, d’épouse et de mère, en dépit des inévitables turbulences du mariage. Une joie démultipliée par la naissance de ma fille qui m’a donné l’énergie d’essayer de résoudre les problèmes plutôt que de les fuir. Trente ans d’enseignement supérieur comme professeur de littérature et de travail avec les jeunes ont renforcé mon enthousiasme et ma capacité d’action. Enseigner a été pour moi un bonheur de tous les instants. © ROEHAN RENGADURAI

S’engager

5 Balayeuse de rues en Inde : les discriminations sociales et les inégalités hommes/femmes sont encore très importantes.

pour aller plus loin

Joie de vivre, joie d’agir Devant les difficultés de la vie, tout le monde n’a pas les mêmes réactions. Certains se lamentent et baissent les bras. D’autres se battent contre ce qu’ils ne peuvent pas contrôler. Mais pour moi la vraie question est la suivante : où et comment trouver la joie ? »» FATIMA BABU

« Toutes les villes sont les nôtres et toutes les personnes sont nos proches , ni le bien ni le mal, ni la douleur ni le soulagement ne viennent des autres. » Cette citation du poète Tamoul Kanyian Poongundranar m’a accompagnée de mon enfance à l’âge adulte et m’a

aidée à éprouver de l’empathie pour les autres. Mais la vie m’a enseigné que la joie n’est pas synonyme de bonheur.

La foi de ma mère

Une enfance et une adolescence marquées par la foi profonde de ma mère

m’ont poussée en avant. J’étais entourée en permanence d’un groupe d’amis et engagée dans de nombreuses activités, mais toujours habitée par une sorte de joie intérieure dont je sais maintenant qu’elle trouve son origine dans cette foi instillée en moi par ma mère.

Parallèlement, je me suis engagée dans la vie publique. J’ai fondé le groupe des Veeranganai, ou Femmes courageuses, pour aider les femmes à défendre leurs droits. La lutte contre les nuisances des grandes industries et l’incurie de responsables m’ont conduite à défendre les droits des plus faibles. Je me suis notamment lancée à corps perdu dans le combat contre Sterlite, le consortium d’exploitation du cuivre, qui empoisonne l’atmosphère à Tuticorin avec des émanations de gaz toxiques.

Avec l’aide de Dieu

Malgré les menaces dont j’ai été l’objet, je n’ai jamais ressenti la peur, je savais que mon combat était juste. Mon désir de dénoncer les préjugés et de combattre l’injustice m’a donné l’audace et le courage de parler au nom des « sans-voix ». Ma foi en Dieu et la prière me donnaient la force de continuer. Les défis auxquels j’ai dû faire face m’ont renforcée. Que mes actions se soient soldées par un succès ou un échec (comme par ma défaite aux élections législatives et communales), agir a toujours été et sera toujours pour moi une source de joie. •

Fatima Babu est professeur de littérature au St Mary’s College de Tuticorin (Tamil Nadu, Inde). Elle est engagée dans diverses actions en faveur des personnes défavorisées de la société indienne.

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bible

Joie sur le chemin Emmaüs « A la fraction du pain, leurs yeux s’ouvrent de joie. »

celui du péché, source de toutes les servitudes, violences et injustices.

La joie de la fraction de pain

© ZVONIMIR ATLETIC

Luc est l’évangéliste de la joie. Pour les disciples d’Emmaüs, cette joie jaillit de la découverte du Ressuscité sur le chemin, dans l’écoute de sa Parole, la fraction de pain, et la mission. »» PAULIN POUCOUTA

C’est sur un chemin d’espoirs déçus que les disciples d’Emmaüs rencontrent le Ressuscité : « Nous avions l’espoir que c’est lui qui devait délivrer Israël » (Lc 24, 21). Pour Luc, le chemin, c’est le lieu du quotidien. Ce chemin est semé d’interrogations ; il est jonché d’idoles, de mauvaises nouvelles, de divisions, de haine, de violence, voire de cadavres. Avec le Ressuscité, les tombeaux se vident de 10 »

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leurs cadavres, les chemins de mort deviennent des chemins de vie et de joie.

pas que le Messie souffre ainsi avant d’entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26). Les disciples attendaient un messie qui devait les libérer de l’emprise romaine. Le cœur brûlant de joie, ils découvrent le Fils de Dieu vainqueur de la mort, témoin de l’amour universel du Père. Il vient arracher toute personne au véritable esclavage,

La joie de la Parole

Après les avoir rejoints, Jésus écoute les angoisses des deux disciples, mais il les entraine sur le chemin de conversion. Il leur explique le sens de sa mort en s’appuyant sur le texte du serviteur souffrant : « Ne fallait-il

« La joie des disciples est tellement grande qu’ils ne peuvent la garder pour eux. »

La Parole de Dieu prépare les disciples à reconnaître Jésus à la fraction du pain. Lors des repas juifs, le chef de famille rompt le pain et le distribue aux autres. Jésus reprendra ce geste lors de son dernier souper. On comprend que les yeux des deux disciples s’ouvrent de joie. Ils célèbrent la mort et la résurrection du Seigneur, l’aventure commune entre Dieu et l’humanité, sur les chemins du quotidien.

La joie de l’Évangile

La joie des disciples est tellement grande qu’ils ne peuvent la garder pour eux. Alors, oubliant leur fatigue, secouant leur désarroi et leur peur, ils se lèvent. Ils s’élancent en pleine nuit sur la route de Jérusalem pour partager avec les apôtres la joie de la résurrection. N’est-ce pas là la joie de l’Évangile dont il nous faut témoigner dans nos quotidiens et dont parle François, dans Evangelii Gaudium ? • Paulin Poucouta est professeur à la Faculté de Théologie de l’Institut Catholique de Yaoundé.


MISSIO, UN NOM, DES PERSONNES Missio en Corée Ci-dessous, en avant-goût de notre campagne d’octobre, quelques images des communautés ecclésiales de Corée du Sud visitées par notre collègue, Elly Mattheus, lors de son voyage sur place, en avril 2017.

5Fête paroissiale pour l’inauguration d’une chapelle.

5 Fête paroissiale.

© EMMANUEL VAN LIERDE

De plus en plus, des personnes entrent en contact avec des communautés du Sud. Confrontées à une criante pauvreté, elles sont impressionnées. Certains fondent parfois une petite ONG en vue d’améliorer la situation de la population concernée. D’autres témoignent : « Ces personnes sont extrêmement pauvres, mais leurs visages sont radieux ». Manifestement, elles trouvent encore, malgré la pauvreté, une joie de vivre. Mais comprenons-nous bien le vrai sens de ces beaux sourires ? M’appuyant sur mon expérience de terrain, je vous propose de le décrypter avec moi. Un premier élément de ce sourire « du Sud » tient au climat ensoleillé. Nous savons bien que lorsque le soleil brille, l’humeur s’améliore. C’est un argument évident, mais il reste superficiel. Les gens du Sud sont communautaires par essence ; ils veulent appartenir à une famille ou à une communauté. Être exclus de la famille ou du groupe est très grave pour eux car, en faire partie, c’est être accepté et soutenu. Ce sentiment positif donne une joie et un bonheur bien plus profonds que toute autre possession matérielle. Les gens du Sud vivent davantage en communauté, et ils sont prêts à en supporter les contraintes. Mais, ne nous y trompons pas, derrière leur sourire se cachent des questions : « Voulez-vous être des nôtres ? Êtes-vous prêts à partager les bons et les mauvais côtés de notre existence ? Voulez-vous partager avec nous les biens spirituels et matériels ? » Autant qu’une aide financière, ils attendent que vous écoutiez leur histoire : récits d’amour et de peine, des souffrances qui détruisent leur vie, récits de foi aussi. Ils tiennent à les partager avec vous. Ils veulent vous voir prier avec eux le dieu dont ils savent que dépend leur vie. Parfois un autre dieu que le nôtre, mais il fait partie leur vie quotidienne. L’espoir et l’avenir qu’ils trouvent en lui sont la source de leur joie de vivre. Ces peuples peuvent-ils transformer à nouveau notre culture du « moi » en une culture du « nous » ? Leur sourire contagieux pourra-t-il nous unir de nouveau aux autres, et bien sûr aussi à l’Autre ? Une belle espérance, fondée sur leur communauté et leur Dieu, donne à leur vie un fondement, une force, et une raison de vous sourire.

© EMMANUEL VAN LIERDE

5 Communauté de religieuses salésiennes.

billet

© MISSIO

Directeur de Missio-Belgique 5Rencontre avec des professeurs de la Ghent University.

© MISSIO

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suara

Rédacteur en chef : Kenny Frederickx Rédaction finale : Armelle Griffon Ont collaboré : Emmanuel Babissagana, Fatima Babu, Michel Coppin, Catherine De Ryck, Armelle Griffon, Elly Mattheus, Colette Nys-Mazure, Paulin Poucouta Photos : Frère Ghislain/Ateliers et Presses de Taizé, Lison Leroy, LiuSol, Missio, Saalfelden Leogang Touristik, Zvonimir Atletic, Emmanuel Van Lierde, solominviktor, Paul B., Roehan Rengadurai Mise en page et impression : Halewijn nv

Editeur responsable Michel Coppin Bd du Souverain 199 1160 Bruxelles Info et contact Bd du Souverain 199 1160 Bruxelles 02 679 06 30 info@missio.be www.missio.be

Abonnements et changement d’adresse suarafr@missio.be Réactions et suggestions communication@missio.be Missio Wallonie-Bruxelles Boulevard du Souverain 199 1160 Bruxelles Tél.: 02 679 06 47 wallonie@missio.be

Suara est un mot indonésien qui signifie voix. Suara veut être la voix des sans voix, le porte-parole des catholiques à travers le monde. Suara vous informe sur la vie des Eglises locales et de leurs communautés qui s’efforcent de vivre à la lumière de l’Evangile. Suara vous relie à l’Eglise Universelle. www. .be


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