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Suara 67 Fr - 03/04/05-2017

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suara le journal de l’église en mission Trimestriel » 17ème année n°67 » mars / avril / mai 2017

Ensemble, c’est tout!

» CARITAS, UNE MAIN TENDUE AUX RÉFUGIÉS » RELIGIONS EN DIALOGUE À MOLENBEEK » ÊTRE PROPHÈTE, AUJOURD’HUI

© CORALINE SAMBON


éditorial

Ensemble, c’est tout Comme Monsieur Jourdain avec la prose, nous faisons du vivre-ensemble sans le savoir. L’ expression sert désormais à requalifier ce à quoi nous sommes appelés dès la naissance : vivre en relation. Comme si tout à coup, un mode de vie constitutif de l’être humain devenait un objectif à atteindre. La question n’est donc pas de savoir si le vivre-ensemble n’est plus ce qu’il était puisque, par essence, les relations évoluent. Il s’agit de trouver la meilleure façon de vivre harmonieusement, dans une société pluriculturelle, pluriethnique, pluri-convictionnelle. Et donc de reconnaître à chacun le droit à la liberté et à la différence et le devoir d’accepter et de respecter celles de l’autre. À Bruxelles, un an après les attentats du 22 mars, la tentation était grande d’assimiler toute une communauté à une poignée de fanatiques. À Molenbeek, les pouvoir publics comme les responsables de communautés ont voulu montrer qu’il est possible de retisser des liens après de tels événements. De dépasser les angoisses légitimes et la méfiance réciproque pour créer, ensemble, un climat de convivialité. L’abbé Aurélien Saniko et l’imam Jamal Habbachich racontent en page 7 et 8 de ce numéro comment ils s’efforcent, avec leurs communautés, d’instaurer à Molenbeek ce climat de rencontre, de dialogue et de respect mutuel. Une démarche que Missio ne peut que soutenir, puisque rencontre et dialogue font partie intégrante de sa dynamique.

© SHUTTERSTOCK

sommaire suara 67 « La presse chrétienne apporte une autre lecture de l’actualité. » » Lire en page 3. « C’est bien que nous puissions aider les enfants d’autres pays » » Lire en page 5. « La présence chrétienne est indissociable de la solidarité. » » Lire en page 9.

DANS CE NUMÉRO Informer pour donner du sens En route pour la mission Les enfants aident les enfants Une main tendue aux réfugiés Vivre ensemble à Molenbeek Convivialité à la libanaise Être prophète aujourd’hui Missio, un nom, des personnes Le Billet du P. Michel Coppin

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page 3 page 4 page 5 page 6 pages 7-8 page 9 page 10 page 11 page 11


© CATHOBEL

chrétiens dans le monde

Informer pour donner du sens Dans notre monde en mutation, la presse chrétienne a un rôle essentiel à jouer : apporter un éclairage sur les grands thèmes de société et l’actualité, à la lumière de l’Évangile. C’est ce que s’efforce de faire Cathobel, le service d’information de l’Église catholique francophone en Belgique. »» JEAN-JACQUES DURRÉ

Tant de nos contemporains sont aujourd’hui en quête de sens, en recherche. Plus que jamais, il est essentiel de favoriser le vivre-ensemble, par des actes. À cet égard, la presse catholique occupe une place particulière. Cathobel a pour mission d’informer sur la vie de l’Église et de porter des regards chrétiens sur l’actualité. Une actualité souvent sombre, mais qui ne doit pas pour autant nous décourager. Car, analyser ce qui se passe dans le monde à la lumière de l’Évangile, c’est avoir l’espérance en plus !

Un regard différent

Par les différents médias qui la composent, Cathobel apporte une autre lecture de l’actualité, un regard différent, mais aussi une analyse des grands enjeux de notre société et des défis qu’elle doit relever. Modestement, mais avec conviction, la rédaction de Cathobel travaille à cet objectif qui consiste à créer des ponts, là où tant de murs se dressent ; à favoriser le vivre-ensemble par la découverte de l’autre, dans ce qu’il est culturellement et cultuellement.

Les journalistes de Cathobel dénoncent aussi les dérives potentielles et réelles, non pour le plaisir de critiquer, mais pour mettre en garde, afin que nous préparions ensemble, au-delà des différences, un monde meilleur pour les générations futures.

Apporter du sens

Que ce soit par l’hebdomadaire Dimanche, les émissions Il était une foi en télévision et en radio sur la RTBF, le site internet d’informations Cathobel.be (qui est aussi le site officiel de l’Église de Belgique francophone) et sa lettre d’informations électronique quotidienne, les messes radio et télévisées ou dans la réalisation d’émissions pour la Radio Chrétienne Francophone (RCF) – flash quotidien d’informations, Bonjour Cathobel, En débat et Décryptages – l’équipe rédactionnelle souhaite apporter du sens au lecteurs, téléspectateurs et auditeurs, en approfondissant aussi les questions essentielles en matière de spiritualité. Ainsi, l’ensemble du personnel de Cathobel poursuit aussi la mission d’annoncer cette Bonne Nouvelle reçue il y a deux mille ans et toujours d’une actualité brûlante. •

Jean-Jacques Durré est directeur de la rédaction de Cathobel. Intéressé par le Journal Dimanche ? Plus d’infos sur : Cathobel.be 010/235 900

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projet

En route pour la mission Grâce à l’action Moyens de Transport pour la Mission, Missio-Belgique permet chaque année à des dizaines de prêtres, religieux, religieuses et catéchistes d’enfourcher vélo ou moto pour rejoindre les lieux de leur action pastorale. »» ROBERT VASTMANS Dans de nombreux pays d’Afrique et d’Asie, les territoires des paroisses sont très étendus. En Afrique, inutile de compter sur les transports en commun, ils sont inexistants. En Asie, ils prennent leur temps. Quant à l’état des routes, mieux vaut ne pas en parler. Le moyen le plus sûr d’arriver à destination sans perdre trop de temps, c’est le vélo ou la moto.

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€ 50.60 0

€ 27.67

Asie 10x 32x

Afrique 40x 25x 1x

Action pastorale

Alors, imaginez la joie d’une paroisse lorsque, grâce à Missio, elle peut équiper chaque catéchiste d’un vélo ; ou bien quand grâce à un rickshaw (scooter à trois roues très utilisé en Asie), un prêtre peut visiter des dizaines de paroissiens dans la journée. Plus rarement, le seul moyen d’arriver à bon port sera un hors-bord, car les routes terrestres sont impraticables à la saison des pluies.

Merci pour votre aide

En 2016, grâce à vos dons, Missio a pu consacrer 78.270 € au financement de véhicules. Nous avons pu satisfaire 53 demandes, réparties comme l’indique le graphique ci-contre. Participer à l’action Moyens de Transports pour la Mission, c’est donc une façon dynamique de permettre la diffusion de l’Évangile. •

Robert Vastmans est coordinateur de projets à Missio-Belgique.

© MISSIO

OUVREZ UN BOULEVARD À L’ÉVANGILE Pour mener leur mission les prêtres, religieux, religieuses et catéchistes doivent aller à la rencontre des communautés. Aidez-les par un don sur le compte de Missio asbl :

IBAN BE19 0000 0421 1012 • BIC BPOTBEB1 (avec la communication ‘Suara Véhicules’) Ou rendez-vous sur www.missio.be Les projets pastoraux ne peuvent légalement pas bénéficier de l’attestation fiscale.

Offrez une longue vie à votre générosité Vous souhaitez faire durer votre solidarité ? C’est possible, grâce à un legs mentionné dans votre testament. Vous pourrez ainsi continuer à aider les communautés locales qui, en Afrique, en Asie et en Amérique Latine annoncent l’Évangile. Ce testament peut être manuscrit (écrit de votre propre main, daté et signé par vous) ou fait devant notaire. Renseignez-vous auprès de votre notaire ou contactez le directeur de Missio Belgique, le Père Michel Coppin : legs@missio.be ou 02 679 06 30. 4»

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dans les coulisses de missio

Les enfants aident les enfants À travers la Belgique, de nombreux groupes d’enfants parcourent leur quartier et leur village pour chanter des chants d’Épiphanie. Les Chanteurs à l ’étoile apportent la bénédiction de Dieu dans les maisons et proposent aux habitants un geste de solidarité avec les enfants d’autres pays, par le biais des projets soutenus par Missio. Pendant ce temps, sous le soleil du Rwanda, d’autres chanteurs s’activent. »» ARMELLE GRIFFON

Enthousiasme communicatif

Cette année encore, les enfants de Baelen et Membach, dans l’Unité Pastorale de Welkenraedt, ont pris leur bâton étoilé de pèlerin. Déguisés qui en Roi Mage, qui en berger, ils ont su, avec un enthousiasme communicatif, susciter la générosité de leurs voisins. Les commentaires des jeunes chanteurs parlent pour eux : « C’est bien que nous puissions aider les enfants d’autres pays.» ;

« Surtout que l’argent vient de tout le village » ; « Même un petit sou nous contentera ». Les enfants y ont aussi vu une occasion de mieux connaître les gens de leur quartier. Maintenant, quand ils se croisent, ils échangent un sourire. À Baelen et Membach, les gens ont su se montrer généreux. Les Chanteurs à l’étoile ont récolté 1009,00 € qui viendront s’ajouter aux sommes déjà récoltées lors de notre campagne d’octobre

pour le projet d’agrandissement de l ‘école de Kota-Omuo-Ekiti, au Nigéria.

Au Rwanda aussi

Autour du Lac Muhazi, au Rwanda, de nouveaux groupes de Chanteurs à l’étoile naissent chaque année. Thérèse Watripont, qui a lancé l’action depuis plusieurs années, s’émerveille de voir la générosité de cœur de ces enfants qui ont si peu et qui se mobilisent

La 22e édition de l’Afrika Film Festival se déroulera du 21 avril 2017 jusqu’au 6 mai 2017 à Leuven, Louvain-laNeuve et dans d’autres lieux en Flandre, à Bruxelles et en Wallonie . Les films seront sous-titrés en français. Le 5 mai 2017, à 20h00, projection du film Watatu au Kinepolis de Leuven. Adresse : Bondgenotenlaan 145-149. pour partager avec d’autres. « Et les voilà, toujours enthousiastes! Ils sont plus de deux cents cette année. Ils sillonnent les collines, jour après jour. Que c’est beau et bon de les voir et de les entendre! Ils ont été envoyés en mission le jour de Noël. » Et quelques jours plus tard : « Au détour de la piste... surprise! Quel est cet attroupement? C’est le groupe de Petits Chanteurs à l’étoile de Gikomero qui est en piste. Bien que la région soit pauvre et que les récoltes aient été compromises par la saison sèche, le bilan est très positif – l’appel à la solidarité a été entendu. » Merci à tous les Chanteurs! •

Armelle Griffon est responsable de la communication francophone à Missio.

CONCOURS Gagnez deux tickets, par tirage au sort, pour le film Watatu! Intéressé? Envoyez simplement vos nom, prénom et adresse e-mail à : Missio - Afrika Film Festival Bd du souverain 199, 1160 Bruxelles pub@missio.be BONNE CHANCE! ! Attention, le film est en swahili et anglais avec soustitres néerlandais et anglais !

5Les années passent et les Chanteurs à l’étoile de Membach sont toujours aussi enthousiastes.

© MISSIO

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point de vue

Tendre la main aux réfugiés

crimination, par exemple. Ou encore : la barrière de la langue, la méconnaissance des démarches à entreprendre ou du fonctionnement des institutions, etc. Cette transition est d’autant plus difficile pour des réfugiés dits « vulnérables » (personnes avec un handicap, un problème médical important, un problème psychosocial, analphabétisme, etc), en raison de problématiques supplémentaires à surmonter. Le projet Housing Café de Caritas, lui aussi, soutient les réfugiés reconnus dans la recherche d’un logement et fait le lien avec les propriétaires, grâce aux efforts de nombreux volontaires.

« Des paroisses se sont mobilisées pour accueillir des primo-arrivants. »

5Aider les réfugiés dans la recherche d’un logement.

© KAREN NACHTERGAELE

L’arrivée massive des réfugiés du Moyen-Orient depuis 2015 a suscité un grand élan de solidarité mais a aussi rencontré des résistances. Un des enjeux du travail de Caritas auprès des réfugiés en Belgique est de leur permettre de s’insérer le mieux possible dans leur pays d’accueil »» JULIE VANSTALLEN

Caritas International a publié un document intitulé Bienvenue – Une Europe plus forte grâce aux migrants, qui plaide pour une Europe inclusive ; c’est-à-dire une Europe qui « présuppose un environnement accueillant où tous bénéficient d’un accès aux biens et services sur un pied d’égalité. » Et où « chacun a la possibilité et est même encouragé à participer au sein de sa communauté et de sa société. » Pour les réfugiés tout justes reconnus, des pro6»

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Accompagner « L’accueil des migrants et leur intégration est un atout. »

blèmes urgents se posent. Ils ont deux mois, après l’obtention du statut, pour trouver un logement. C’est bien court.

Voilà pourquoi Caritas International a, entre autres, mis sur pied, avec le soutien de l’agence Fedasil, le projetTransit pour vulnérables. Ce projet propose un logement et un accompagnement de 6 mois aux personnes se trouvant dans cette situation transitoire. Les réfugiés qui obtiennent une décision positive se heurtent souvent à de nombreux obstacles comme les difficultés d’accès à un logement privé en raison de dis-

Si les préjugés sont parfois encore tenaces, à force de dialogue, les permanents et volontaires de Caritas arrivent souvent à convaincre les propriétaires réticents. Il faut déployer beaucoup d’énergie mais le jeu en vaut la chandelle. Nous remarquons également que beaucoup de paroisses se sont mobilisées pour accueillir des primo-arrivants et casser les préjugés.

Une double dynamique

Peu à peu, la société prendra conscience que l’accueil des migrants et leur intégration progressive est un atout. Un atout économique car il s’agit souvent de personnes jeunes prêtes à se retrousser les manches ; un atout humain car elles arrivent avec un bagage culturel qui peut élargir nos horizons. Pour que l’intégration soit réussie, la dynamique doit être double : l’envie de dialoguer et de se rapprocher de l’autre, d’apprendre à le connaître. C’est le moteur d’une intégration positive. •

Julie Vanstallen, est responsable de la communication pour Caritas International.


église à molenbeek

Vivre ensemble par-delà les peurs « Les attentats de novembre 2015 et mars 2016 nous ont aussi permis de reconnaître que nous sommes tous des êtres humains. » L’imam Jamal Habbachich, et le père Aurélien Saniko, responsables de communautés religieuses à Molenbeek, témoignent, un an après, qu’il est possible de vivre ensemble en se respectant et en s’appréciant. »» PROPOS RECUEILLIS PAR E. BABISSAGANA / A. GRIFFON

Comment avez-vous réagi, avec vos communautés, aux événements de mars 2016 ? Jamal Habbachich : Le 13 novembre 2015, après les attentats de Paris, la foudre nous est tombée sur la tête. Nous avons immédiatement dû répondre à des questions, nous mettre ensemble pour comprendre pourquoi ces jeunes ont commis ces atrocités. Quand nous commencions éclaircir

les mécanismes ayant conduit à cette folie, les attentats de Bruxelles nous ont touchés en mars. Cette violence nous a vraiment poignardés dans le dos. La stigmatisation, la peur et la méfiance qui ont suivi ont brisé trois décennies de dialogue et d’échange. Ils ont eu un double effet sur les habitants de Molenbeek et les responsables de communautés : cela nous a tous obligés à nous remettre en

question. Les communautés, le politique, l’associatif ont dû se rapprocher. Un impératif s’est imposé à nous : faire notre possible pour que cela n’arrive plus. Il était indispensable de sensibiliser nos communautés, de comprendre comment et pourquoi ces jeunes, que nous avons vus grandir, nous ont échappé et sont devenus les proies faciles de réseaux criminels. Avant les attentats, la commune

avait lancé un groupe de réflexion interconvictionnel, sur lequel elle s’est appuyée depuis pour renforcer le dialogue, et ça marche. À plusieurs reprises, nous avons organisé des rassemblements interconfessionnels à l’occasion des grandes fêtes religieuses : Noël, la Pâque Juive, la rupture du jeune du Ramadan. Il y a donc des hommes et des femmes de bonne volonté prêts à travailler ensemble. 4

© THIERRY ROGE

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église à molenbeek

5Aurélien Saniko et Jamal Habbachcich à la mosquée Attadamoune.

Aurélien Saniko: Du travail amorcé dès avant le 13 novembre 2015, était ressortie la nécessité d’aller à la rencontre de l’autre, des autres communautés. Des événements ont été organisés, notamment un repas de Noël pour tout Molenbeek, à la mosquée. 400 personnes de toutes convictions étaient présentes ainsi qu’une chorale musulmane et une chorale chrétienne. Noël a été présenté comme la fête de la rencontre. Il y a également eu une fête de la rupture du jeûne du Ramadan à l’église St Jean-Baptiste de Molenbeek.

« Pourquoi ces jeunes sont-ils devenus la proie des réseaux criminels? »

Quel soutien – ou quelles réticences – avez-vous perçu dans vos communautés ? A S : La majorité des membres de nos communautés nous ont suivis. Ils ont compris l’importance du dialogue et de la rencontre. Il y a néanmoins eu des critiques, j’ai même reçu des menaces. 8»

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© CORALINE SAMBON

J H : L’opinion publique parle surtout de la minorité musulmane militante et non des « sans voix » qui sont majoritaires et ne souhaitent qu’une chose : vivre ensemble, en paix, avec les autres communautés, briser les barrières psychologiques. Les enfants le vivent déjà à l’école. Les autres y viendront. Nous irons de l’avant, même si certains ne sont pas d’accord. Aujourd’hui, la tendance à la stigmatisation a-t-elle augmenté ? A S : Cela a été évité en expliquant aux fidèles la nécessité de s’ouvrir aux autres communautés pour mieux les connaître. Lors de la fête de la rupture du jeûne du Ramadan, à l’église St Jean Baptiste, en juin dernier, il y avait près de 600 personnes, dont 500 musulmans. Certains chrétiens se sont imaginé que les musulmans allaient envahir l’église. De même, pour la fête de Noël, à la mosquée : quelques-uns étaient réticents mais finalement, les participants étaient contents. J H : Les politiques avaient peur de la suite des événements. Nous, les responsables religieux, leur avons dit que nous allions tout faire pour favoriser le dialogue. Notre mosquée est un lieu public sans tabou. L’important est d’être vrai.

« on ne parle pas de la majorité des musulmans qui souhaitent vivre en paix. »

Nous avons par ailleurs laissé se développer un discours de fermeture et de rejet de l’autre, et certains musulmans exploitent ce rejet en instrumentalisant l’islam. Après le 13 novembre 2015, j’ai personnellement reçu des menaces de mort de la part de personnes qui ont signé « EC » (pour État Chrétien). Nous sommes donc aussi, comme musulmans, victimes du terrorisme. Il y a une question récurrente : pourquoi, dans l’islam, peut-on aller jusqu’à l’attentat ? J H : Certains jeunes, qui ne connaissent pas l’arabe, n’ont pas les clés d’interprétation du texte coranique. Ils en font une lecture littérale et non spirituelle. C’est ce type de lecture, enseignée par les fondamentalistes et instrumentalisée par des politiques et des États, qui conduit à l’extrémisme.

Êtes-vous confiants quant à l’avenir? J H : Nous sommes déjà dans l’anticipation. En concertation avec la commune, Aurélien et moi allons dans les écoles, les associations, pour expliquer que ce qui nous unit, notre commune humanité, est plus important que ce qui nous divise. Comme le dit le Coran, « Le Seigneur honore l’être humain ». Chacun dans son domaine doit toucher le maximum de jeunes pour les préserver de la radicalisation mais aussi des autres fléaux que sont la délinquance, la drogue etc. Les politiques doivent aussi s’impliquer. A S : Mon rêve pour Molenbeek est que chacun ait l’esprit de citoyenneté, accepte que l’autre soit différent et donc pense différemment, comprenne que le dialogue est possible après la rencontre. Quand Jamal m’appelle « frère », je sais qu’il le sort de ses tripes. •

Jamal Habbachich est professeur de religion islamique et Imam de la mosquée Attadamoune à Molenbeek. Aurélien Saniko est curé de l’unité pastorale de Molenbeek-Centre.


pour aller plus loin

Convivialité à la libanaise Le flux des migrants arrivés en Europe, pose un problème fondamental dans un monde de plus en plus multiculturel et multi-religieux : la convivialité, avec toutes ses conséquences, en particulier avec les musulmans. La coexistence avec les musulmans est en effet un élément fondamental de l’identité des Églises en Orient, en particulier au Liban où elle est vécue dans toutes ses dimensions sociales, politiques et religieuses. »» ROUPHAEL ZGHEIB

Dans ce contexte mondial nouveau, l’expérience libanaise peut être utile au monde entier. À la lumière des principes fondamentaux de la lettre des Patriarches catholiques d’Orient, on peut mieux comprendre le sens la présence chrétienne en Orient. Parce que cette présence s’enracine dans le mystère de l’Incarnation du Verbe, l’Église doit s’incarner dans la société où elle vit, pour rendre témoignage à Dieu.

Présence de foi et de prière

L’Église, c’est avant tout une présence de foi et de prière. En effet, chaque fois que nous avons perdu de vue notre mission, nous sommes passés de l’ouverture à l’exclusion et du témoignage à la lutte pour la survie. C’est cette présence priante qui est, aux yeux des musulmans, le trait marquant des chrétiens. À travers leur histoire, les musulmans ont ainsi identifié les chrétiens à leurs monastères.

« Nous visons la dignité de toutes les personnes. »

arabe chrétien, mais aussi dans ce qu’on appelle le dialogue quotidien où prévalent la convivialité et l’entraide surtout dans les grands événements joyeux et tristes de la vie (fêtes religieuses, funérailles). Il s’agit ici de che-

miner ensemble vers le «bien commun». D’ailleurs, beaucoup de musulmans estiment que, sans les chrétiens, le Liban s’émietterait parce que ces derniers sont les garants de l’identité nationale au niveau politique et social.

Appelés à la solidarité

Enfin la présence chrétienne est indissociable de la solidarité et de la défense des droits de l’homme. Au-delà du souci légitime de nos droits de minorité confessionnelle, nous visons essentiellement la libération des

peuples et la dignité de toutes les personnes. Pour vivre ensemble dans un monde arabe en crise, la présence chrétienne doit s’appuyer sur l’ouverture, la participation active et dynamique à la vie de la société, le dialogue désintéressé et les droits de l’homme. Nous ne visons pas la conversion de l’autre mais «la gloire de Dieu et le service de tous les hommes». •

Le père Rouphael Zgheib est directeur de Missio-Liban.

Appelés au service

L’Église, c’est aussi le service. Tout au long de l’histoire, elle a vécu cette dimension à travers ses institutions (hôpitaux, orphelinats, écoles…) et ses initiatives caritatives, dont profitent beaucoup de musulmans. Elle ne cesse de le faire actuellement à travers le soin et l’assistance aux 2 millions de réfugiés syriens et iraquiens (soit la moitié de la population libanaise). L’Église c’est également une présence de dialogue non seulement à travers le patrimoine

5Le Liban accueille et aide les réfugiés des pays voisins.

© SADIK GULEC

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bible

Être prophète aujourd’hui

Ainsi le baptême confère-t-il au chrétien la responsabilité de mettre ses pas dans ceux du Fils en prenant en compte les exigences du contexte où il vit et les demandes qui en émanent. Il appartient également aux chrétiens d’inciter chacun à s’impliquer dans la transformation de sa propre vie.

Inversion des valeurs

En ce sens, le rôle du prophète dans la société actuelle sera de dénoncer l’inversion des valeurs qui met l’argent au-dessus de Dieu, conduit au mépris de la société envers les pauvres, les migrants et tous ceux qui sont écrasés par l’économie. Son rôle sera aussi de dénoncer les systèmes de pouvoir et de lever la voix, lorsqu’il le faut, en faveur des victimes des puissants. Prophétie et martyre sont intimement liés. Nombreux ont été, dans un continent aux besoins multiples, les prophètes et prophétesses de notre temps qui ont donné leur vie pour la cause de l’Évangile et pour leur frères : Sr Dorothy Stang, engagée pour la terre en Amazonie ; P. João Bosco Penido Burnier, pour la cause des paysans et des Amérindiens ; P. Josimo Tavares à Imperatriz (dans le Maranhão), Dom Oscar Romero au Salvador, et tant d’autres.

Le courage des prophètes

5Le travail de Sr Dorothy se poursuit.

© FLAVIO SERAFINI

Le monde d’aujourd’hui aurait grand besoin de prophètes qui seraient, pour chacun d’entre nous, porteurs d’espérance. La théologie latino-américaine a revisité le prophétisme à la lumière de l’évangile et de son souci pour les pauvres et les exclus. Il appartient ainsi au prophète de dénoncer l’inversion des valeurs et la toute-puissance de l’argent. »» ALZIRINHA SOUZA

Comme nous l’affirmons dans le Credo Romain, de l’Ancien au Nouveau Testament, « l’Esprit a parlé par les prophètes ». Ainsi, la tradition prophétique s’est transmise, imprégnant la pensée de Jésus. Une influence présente dans l’affirmation du rôle d’Israël dans 10 »

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l’histoire du salut comme dans « l’aujourd’hui » de son histoire humaine.

La « méthode Jésus »

Dans la théologie latino-américaine, la prophétie émerge du processus appelé « la suite de Jésus », qui se traduit

dans l’actualisation de sa pratique à un moment donné de l’histoire. Les évangiles exposent la « méthode de Jésus » : plutôt que d’énoncer des doctrines, de faire longues prédications, Jésus, par ses actes, éveille l’espoir de transformation possible de la réalité.

La parole du prophète au nom de l’Église doit être fidèle à sa mission. Les chrétiens accomplissent leur rôle de baptisés et de prophètes en se levant pour défendre les persécutés. Ils révèlent le monde tel qu’il est pour faire bouger un monde statique. La prophétie, plus qu’un don, exige du courage et devient de plus en plus nécessaire. Se sachant soutenus par Dieu, ayant pour modèle la pratique de Jésus et poussés par le Saint Esprit, des hommes et des femmes de notre temps assument leur rôle dans la transformation du monde actuel, par laquelle pourront rayonner les signes du Royaume de Dieu. •

Alzirinha Souza, docteure en théologie de l’Université catholique de Louvain, laïque, vit à São Paulo, au Brésil.


MISSIO, UN NOM, DES PERSONNES

5Mgr Servilien Mzakamwita, évêque de Mjumba, au nord du Rwanda était de passage à Missio-Belgique le 21 février. Il a notamment rencontré Robert Vastmans, responsable des projets à Missio, ainsi que l’abbé Armand Abeme qui travaille sur les projets en Afrique. © MISSIO

5Des responsables internationaux de Missio étaient les invités du P. Michel Coppin à Montaigu (Scherpenheuvel) pour un forum sur la collecte de fonds. © MISSIO

billet Les contemporains de Jésus vivaient dans l’angoisse. Le peuple subissait la domination romaine. Les leaders locaux n’étaient que des « collabos » sans pouvoir. Les leaders religieux n’avaient pas de message inspirant. Ils étaient plus préoccupés de préserver leurs privilèges sociaux que de servir le peuple et Dieu. Deux attitudes qui en disent long. En revanche, dans leur engagement politico-religieux violent, les « Zélotes » n’hésitaient pas à commettre des attentats meurtriers. Ils semaient la panique dans la population et ses dirigeants. Cependant, ils attiraient les personnes déçues par les responsables religieux et politiques. Il n’y avait plus de confiance en l’avenir. Chacun vivait sa petite vie, sans grande cause pour le motiver. Quelques-uns pourtant n’avaient pas oublié les paroles du prophète Isaïe. Il leur avait promis un « serviteur » qui conduirait le peuple vers le pays promis par Dieu, où couleraient le lait et le miel, vers un lieu de bonheur profond où ils seraient toujours en présence de Dieu. Jean le Baptiste était l’un d’eux. Voyant Jésus, il le présenta comme l’agneau de Dieu, ce qui, en araméen, voulait dire : le serviteur de Dieu, espéré depuis longtemps, et envoyé par Lui. Ses auditeurs le comprirent et nombre d’entre eux devinrent disciples du Christ. Jésus est le serviteur envoyé par Dieu à une humanité nouvelle, pour ouvrir les perspectives d’une vie nouvelle. Pour les dirigeants politiques et religieux, l’enseignement de Jésus présentait un danger car il mettait en cause leur vie confortable. Le serviteur de Dieu donnera donc sa vie comme un agneau conduit à l’abattoir. Mais cet agneau nous rappelle celui que sacrifièrent les Hébreux avant d’être libérés du joug des Égyptiens. Saurons- nous aujourd’hui redécouvrir le visage de ce Christ qui remet des couleurs dans la grisaille de notre vie ? Son message peut-il nous aider à surmonter nos peurs et nos déceptions, afin de donner un nouvel élan à notre société ? Je vous adresse cette question, sachant que dans de nombreuses communautés ecclésiales du monde, le Christ est la principale source d’espérance, l’antidote à la misère qu’elles affrontent quotidiennement.

Directeur de Missio-Belgique 5Notre prochain pays de campagne sera la Corée du Sud. Aussi sommes-nous allés rencontrer la communauté catholique coréenne de Bruxelles qui célèbre deux fois par mois une eucharistie au Foyer Catholique Européen. © MISSIO

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Rédacteur en chef : Kenny Frederickx Rédaction finale : Armelle Griffon Ont collaboré : Emmanuel Babissagana, Michel Coppin, Catherine De Ryck, Jean-Jacques Durré, Armelle Griffon, Alzirinha Souza, Julie Vanstallen, P. Rouphael Zgheib Photos : Cathobel, Caritas/Karen Nachtergaele, Sadik Gulec, Missio, Thierry Roge, Coraline Sambon, Flavio Serafini, Shutterstock.com Mise en page et impression : Halewijn nv

Editeur responsable Michel Coppin Bd du Souverain 199 1160 Bruxelles Info et contact Bd du Souverain 199 1160 Bruxelles 02 679 06 30 info@missio.be www.missio.be

Abonnements et changement d’adresse suarafr@missio.be Réactions et suggestions communication@missio.be Missio Wallonie-Bruxelles Boulevard du Souverain 199 1160 Bruxelles Tél.: 02 679 06 47 wallonie@missio.be

Suara est un mot indonésien qui signifie voix. Suara veut être la voix des sans voix, le porte-parole des catholiques à travers le monde. Suara vous informe sur la vie des Eglises locales et de leurs communautés qui s’efforcent de vivre à la lumière de l’Evangile. Suara vous relie à l’Eglise Universelle. www. .be


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