Bureau de dépôt : MassPost Hypercentrum Antwerpen X P 508033
73
suara le journal de l’église en mission Trimestriel » 19ème année n°73 » septembre - octobre - novembre 2018
Connectés Créer des liens, jeter des ponts » Cours de religion au Rwanda » L’Église du Bangladesh au secours des Rohingyas © Photo: Shutterstock - Mangostar
éditorial
sommaire
suara 73
dans ce numéro
Restez connectés ARMELLE GRIFFON
Dossier Projet - Centre de catéchèse en Côte d’Ivoire Pleins feux sur - Les Rohingyas au Bangladesh Merci - Un projet au Rwanda Congrégations missionnaires Les Sœurs de Notre-Dame d’Afrique Missio, un nom, des personnes Billet Prière
Avec les tempêtes qui secouent le monde et l’Église, au sens propre comme au sens figuré, il semble plus que jamais indispensable de restaurer les liens brisés, de jeter des ponts entre les groupes humains. C’est ce que nous vous proposerons de faire tout au long du mois de la mission universelle. En avant-goût de cette campagne missionnaire d’octobre, nous vous invitons, après quelques pistes pour rester connectés à Jésus et au monde, individuellement et en communauté, à découvrir comment les catholiques trouvent un peu partout des chemins de solidarité et de réconciliation.
"Il semble plus que jamais indispensable de jeter des ponts entre les groupes humains." C’est grâce à des projets bien concrets qu’ils tissent des liens, réfléchissent à des solutions et apportent leur soutien à ceux qui en ont le plus besoin. Le travail de Missio c’est de les aider à remplir les objectifs qu’ils se sont fixés. Votre travail à vous, c’est de les porter dans votre prière et de nous aider à les aider. Merci de nous soutenir fidèlement depuis de longues années ! Bonne rentrée à tous et bon mois de la mission.
2
suara
73
» » » »
3-4 5 6-7 8-9
» » » »
10 11 11 12
à noter
Mission universelle Ce 21 octobre, nous célébrons le dimanche de la mission universelle de l’Église. Les collectes de toutes les églises seront affectées à Missio. Nous soutenons des projets développés dans le monde entier par les communautés ecclésiales locales pour faire vivre l’Évangile.
Les pralines Missio sont de retour ! Avec l’automne les envies de petites douceurs reviennent. Cédez à la tentation pour 5 € seulement. C’est pour la bonne cause ! » » » »
À commander sur www.missio.be par courriel : commandes@missio.be par téléphone au 02 679 06 30 ou par courrier à notre service commandes : Boulevard du Souverain 199, 1160 Bruxelles.
dossier tous connectés
Jeter des ponts, construire des communautés La mission de l’Église universelle et des chrétiens, jeunes et moins jeunes, c’est de construire des ponts, de travailler à un monde pacifié et réconcilié. Cela passe par des gestes simples mais pas toujours faciles à accomplir. Car nos résistances sont grandes et nos habitudes ont la vie dure.
Des ponts à jeter
Des outils pour les bâtir
UN PONT VERS LES JEUNES
EN PAROLES ET EN ACTES
...pour répondre à leurs attentes » Être authentique » Donner des repères et mettre des limites » Accepter un rapport différent à la pratique religieuse » Proposer des célébrations joyeuses » Donner du sens à la vie
»
OUVRIR L’ÉGLISE AU MONDE
EN PAROLES ET EN ACTES
… pour vivre l’universalité au quotidien
»
» » » » »
Tirer parti de nouvelles technologies et nouveaux moyens de communication Saisir les opportunités pour dépoussiérer l’image de l’Église Montrer la diversité de l’Église dans le monde Favoriser la solidarité dans l’Église Donner une voix aux sans-voix, dans l’Église et dans le monde
» »
» » »
Je témoigne de mon expérience personnelle auprès des jeunes. J’invite des personnes à témoigner Je reconnais à chacun la liberté d’être différent Je soutiens les initiatives de célébrations qui créent du lien avec les jeunes, entre eux et entre les générations
J’utilise les réseaux sociaux s’ils permettent d’annoncer l’Évangile au plus grand nombre, notamment aux jeunes. Je m’informe sur ce que vivent les autres communautés d’Église dans le monde. Je soutiens les Églises du Sud par la prière et le partage. Je profite du mois de la mission universelle pour sensibiliser ma communauté, par exemple en invitant un témoin de Missio
UN PONT VERS LA SOCIÉTÉ
EN PAROLES ET EN ACTES
...en osant casser les codes » Tenir un discours clair sur les valeurs » Oser aller à contre-courant » Favoriser le dialogue entre les différentes composantes de la société » Collaborer avec les autres courants à l’humanisation du monde » Aller à la rencontre des plus pauvres
» » »
Je me positionne en fonction de mes convictions et non de l’opinion dominante Je prends part à des actions qui bénéficient à l’ensemble de la société Je m’investis dans des initiatives en dehors de l’Église : épicerie solidaire, accueil des réfugiés, visites de malades, associations de quartier…
dossier tous connectés Des ponts à jeter
Des outils pour les bâtir
UN PONT ENTRE LES CŒURS
EN PAROLES ET EN ACTES
...en construisant la paix » Participer à des initiatives qui favorisent des relations humaines et sociales pacifiques » Tenir ses positions sans polémiquer » Ne pas considérer les autres courants religieux comme des adversaires
» » » »
UN PONT SPIRITUEL
… de célébration, prière, enseignement » Proposer des figures de référence chrétiennes » Faire découvrir les richesses de la Tradition et des rites » Soigner les célébrations » Accompagner les diverses formes de prières et donner places aux différentes sensibilités
»
J’arrête de penser que c’était mieux avant Je fais confiance aux jeunes pour construire une société plus juste J’accepte d’entendre les arguments de l’autre Je suis des formations avec des associations qui font avancer la paix dans la société Je participe au dialogue avec les autres religions
EN PAROLES ET EN ACTES
» » » »
Il y a de multiples façons de jeter des ponts pour que le monde s’approche chaque jour davantage du Royaume de Dieu proclamé par Jésus-Christ : témoignages.
ÉPISOL, L’ÉPICERIE SOLIDAIRE QUI CRÉE DU LIEN
Je me réfère à ceux qui m’ont précédé dans la foi. Je m’appuie sur l’exemple du Christ et des saints pour conduire ma vie J’encourage ma communauté à proposer des liturgies festives et porteuses de sens Je pose des actes qui renforcent la convivialité Je soutiens les initiatives de prière communautaire
AVEC MISSIO, LES CHANTEURS À L’ÉTOILE VIVENT LA SOLIDARITÉ DANS LE TEMPS DE NOËL
« En chantant dans les rues et dans les maisons, on apporte du bonheur dans le cœur des gens. » « Ça me plaît d’aider les autres. Les enfants du Malawi ont certainement plus besoin d’argent que nous . »
Une collaboration de l’UP des Coteaux et des services sociaux des communes de St Josse et Schaerbeek. « Quand je viens à ÉPISOL je me sens bien, je peux choisir ce dont j’ai besoin, je me sens accueilli, c’est un endroit convivial qui me permet de nouer des liens avec d’autres. » DIALOGUE ISLAMO-CHRETIEN AVEC LES SŒURS DE ND D’AFRIQUE Une rencontre fraternelle à Louvain-La-Neuve SANT’EGIDIO S’ENGAGE POUR LA PAIX
« L’école de la paix est une initiative des Jeunes pour la paix. De jeunes bénévoles accueillent des enfants défavorisés de la ville pour une aide scolaire et pour construire une société de la cohabitation pacifique, au-delà des différences de culture, de religion et de nationalité. »
« Chrétiens et musulmans ont prié ensemble avec Marie, Mère de Jésus ou Aïssa. Les récits de l’Annonciation dans le Coran et l’Evangile ont été lus et commentés par un imam et un père Dominicain. Un jeune chrétien et une femme musulmane ont donné des témoignages vibrants. »
un projet à soutenir
Former les catéchistes à Lataha, en Côte d’Ivoire Un Centre diocésain de formation des catéchistes en piteux état. C’est un coup dur pour le diocèse qui compte sur les laïcs pour assister les prêtres. Appel à l’aide... ARMELLE GRIFFON
Lataha, au nord de la Côte d’Ivoire, fait partie de l’archidiocèse de Korhogo. C’est une région de savane, frontalière du Mali et du Burkina Faso. Les ressources de la région sont avant tout agricoles. Outre les cultures vivrières destinées à la consommation locale, on y produit également du coton et de l’anacarde ou noix de cajou.
FORMER LES CATÉCHISTES
Les catéchistes viennent se former pour mieux accomplir leur mission. Formation initiale ou recyclage, l’accent est mis sur la liturgie de la Parole et permet à chacun d’assurer, dans sa communauté de base, une catéchèse centrée sur la découverte de la Bible et la prière. 100 à 150 catéchistes sont ainsi formés chaque année. Le centre fonctionne depuis plusieurs années. Il permet également d’héberger les personnes venues de villages éloignés. Il est cependant en très mauvais état. La chapelle comme les logements et salles de cours doivent être rénovés.
AUGMENTER LA CAPACITÉ D’ACCUEIL
Le Père Nicolas Kone, responsable du Centre, souhaiterait profiter de la rénovation pour augmenter la capacité d’accueil. Il aimerait pouvoir accueillir 300 catéchistes. Cela lui paraît d’autant plus nécessaire que, dans cette région qui compte près de 43% de musulmans pour 34% de chrétiens, catholiques (17%) et protestants (17%), l’is-
« Entre 100 et 150 catéchistes sont formés chaque année. »
Chapelle et bâtiments du Centre de formation ont bien besoin d’être rénovés.
lamisme gagne du terrain. Il est donc important que les catéchistes soient bien formés. En outre les prêtres ont vraiment besoin de l’aide des laïcs pour animer les communautés villageoises qui gravitent autour des 33 paroisses. On compte 5 à 10 communautés de base par paroisse. AVEC LE SOUTIEN DE MISSIO
Missio soutient ce projet qui développera l’annonce de la Parole de Dieu dans l’archidiocèse. Par la suite, l’entretien et le fonctionnement du bâtiment seront pris en charge par le diocèse grâce à une contribution des paroisses et à un appel aux dons auprès des cadres chrétiens. Le montant total des travaux s’élèvera à 42.686 €. Une somme importante pour le diocèse dont
© Missio
les fidèles sont avant tout des petits paysans. L’aide de Missio Belgique permettra de soutenir le dynamisme de l’Église dans la région.
CONTRIBUEZ À LA RÉNOVATION DU CENTRE DE FORMATION CATÉCHÉTIQUE !
BE19 0000 0421 1012 BPOTBEB 1. Communication : 207 Centre catéchèse Côte d’Ivoire Par virement bancaire ou en ligne sur www.missio.be. Merci !
5
pleins feux sur
L’Église et les Rohingyas
Les camps d’accueil sont construits à l’aide de bambous et de bâches.
© UN Women - Allison Joyce
Depuis le mois d’août 2017, près de 700.000 Rohingyas ont fui le Myanmar pour venir se réfugier au Bangladesh. Les populations Rohingyas de la région birmane de l’Arakan sont l’objet, depuis plusieurs années, de brimades et persécutions les poussant à quitter la Birmanie. En 2017, l’armée birmane a mené à leur encontre une violente campagne d’éradication. ARMELLE GRIFFON & ROBERT VASTMANS
APATRIDES
Les musulmans Rohingyas représentent la plus grande population apatride du monde depuis que la nationalité birmane leur a été retirée en 1982, sous le régime militaire. Au Bangladesh, les camps d’accueil sont surpeuplés et les abris des réfugiés, composés de bambous et des bâches, sont très fragiles. Nombre d’entre eux se trouvent sur des collines, déboisées pour les installer. Des glissements de terrain peuvent arriver à tout moment. L’opinion internationale s’est émue un temps, mais la situation demeure très préoccupante.
6
suara
73
Lors de son voyage en Birmanie, le Pape luimême avait insisté sur la nécessité de venir en aide à ces populations. La présence de Dieu,
avait-il déclaré, s’appelle aussi Rohingyas, sans toutefois prononcer effectivement le nom de ce peuple qui soulève tant de haine. Il a en revanche été très clair sur la responsabilité de la communauté internationale face à la situation de ces réfugiés : « Aucun d’entre nous ne peut manquer d’être conscient de la gravité de la situation, de l’immense coût imposé par les souffrances humaines et les conditions de vie précaires de si nombreux de nos frères et sœurs, dont la majorité sont des femmes et des enfants, entassés dans des camps de réfugiés ». Le Saint Père a par ailleurs félicité le Bangladesh pour l’hospitalité qu’il a offerte aux populations déplacées. L’ÉGLISE AU SECOURS DES RÉFUGIÉS
« Avec la mousson, les conditions d’hygiène et de santé se dégradent. »
De passage à Missio, le Cardinal Patrick D’Rozario, archevêque de Dacca, a souligné la gravité de la situation des réfugiés. La petite communauté catholique du Bangladesh (380 000 personnes, soit environ 0,2 % des 162 millions d’habitants) se mobilise pour venir
au Bangladesh en aide à ces réfugiés. Le cardinal, qui s’est luimême rendu dans le camp de Cox’s Bazar au sud-est du pays, a constaté de visu la précarité de la situation des réfugiés. « Je voulais être avec eux, partager leur peine à ma manière, et surtout, préparer le terrain pour que Caritas leur vienne en aide » a confié le prélat à l’agence d’information Crux. « J’ai touché les blessures de Jésus dans les camps, a-t-il aussi déclaré. C’est une souffrance humanitaire, nous souffrons pour et avec ces personnes, mon cœur pleure pour notre peuple, pour tant de souffrances. » LES PAUVRES AIDENT LES PAUVRES
Mais le Bangladesh est très pauvre et les catholiques ne sont pas mieux lotis que les autres habitants. Ils s’efforcent néanmoins d’accompagner les réfugiés du mieux qu’ils peuvent. Aujourd’hui, le flux des réfugiés s’est tari et des négociations pour un retour au Myanmar ont été entamées en janvier dernier.
« L’assistance financière à l’achat de véhicules serait d’un grand secours. »
GÉRER LE QUOTIDIEN
Mais en attendant, il faut gérer le quotidien qui, ces derniers mois, a été marqué par la mousson. Le résultat ? Une dégradation des conditions d’hygiène et de santé. Des milliers de bébés naissent chaque mois dans ces camps (environ 130 naissances par jour pour l’ensemble des lieux d’accueil) et survivent tant bien que mal. Il y a donc beaucoup à faire pour les personnes qui viennent aider les réfugiés et qui sont ellesmêmes très démunies. Que pouvons-nous faire pour aider les catholiques bangladais dans leur mission auprès des Rohingyas déplacés?
LES CATHOLIQUES DU BANGLADESH AIDENT LES ROHINGYAS. VOUS POUVEZ LES AIDER ! En faisant un don sur le compte de : Missio asbl - IBAN BE19 0000 0421 1012 - BIC BPOTBEB1 COMMUNICATION : 310100 Eglise Bangladesh
TRAVAILLER EN RÉSEAU
Grâce au réseau des Œuvres Pontificales Missionnaires, Missio Belgique peut apporter de l’aide à la communauté catholique bangladaise. Car, si nous n’avons pas vocation à intervenir sur le terrain de l’urgence humanitaire, nous disposons de divers outils qui peuvent faciliter l’intervention des catholiques– prêtres, religieux, religieuses et laïcs – en leur fournissant notamment des moyens pour accomplir leur tâche pastorale auprès des Rohingyas. FINANCER UN VÉHICULE
Dans la région où sont installés les réfugiés, il n’y a pour ainsi dire pas de communautés chrétiennes. Lors d’une de ses visites, le cardinal D’Rozario constatait : l’Église n’est pas du tout présente ici ; les gens ici n’ont jamais vu une église ou un prêtre.Une assistance financière à l’achat de véhicules – moto ou vélo – serait donc d’un grand secours pour aider les prêtres et les laïcs en responsabilité pastorale à se rendre dans les camps. INTENTIONS DE MESSE
En Belgique, de nombreux prêtres et paroisses offrent à Missio les honoraires de leurs intentions de messe. Des par-
130 bébés naissent chaque jour dans les camps de réfugiés. © European Union 2018
ticuliers peuvent aussi nous confier le soin de faire célébrer une messe dans un autre pays et nous versent les honoraires. Ces dons permettent notamment d’aider les prêtres des pays du Sud qui, contrairement à nos prêtres diocésains, ne sont pas rémunérés. Missio se propose donc d’allouer à l’Église du Bangladesh une aide à destination des paroisses soutenant les réfugiés. Elle leur permettra de se procurer des vivres, des médicaments, des vêtements qui seront bienvenus dans les camps Rohingyas.
merci
Rwanda : les valeurs citoyennes au cours de religion Missio soutient des projets très divers. Dans cette rubrique, nous vous présenterons des initiatives s’inscrivant dans la perspective missionnaire et auxquelles nous avons apporté notre soutien. Si nous avons pu le faire, c’est grâce à vous et nous vous en remercions. Le Pr Jean-Paul Niyigena de l’UCR (Université Catholique du Rwanda) a présenté les résultats d’une recherche, menée avec l’aide de Missio, auprès de 5000 enseignants de religion de ce pays. INTERVIEW DU PR NIYIGENA PAR ARMELLE GRIFFON
Cette étude devrait avoir des débouchés très concrets dans la pratique des enseignants de religion catholique au Rwanda. Pourquoi une telle étude ? En tant que théologien, ma mission est de mener une réflexion critique sur l’Église et sa mission. La situation de l’Église du Rwanda me préoccupe comme théologien rwandais. Je me suis posé beaucoup de questions sur l’impact de l’Église dans la société rwandaise à la lumière de la tragédie du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. En effet, dans ce pays, les chrétiens ont tué
« Il faut rechercher de nouvelles formes de présence de l’église dans la société. » d’autres chrétiens dans les églises qu’ils fréquentaient ensemble. Ce génocide est, pour moi, la clé d’interprétation et de compréhension de la mission de l’Église au Rwanda d’avant et d’après. On constate en effet que les célébrations litur-
giques et la célébration des sacrements restent la raison d’être principale de l’Église rwandaise. Quel pourrait être l’apport d’autres formes de présence de l’Église dans la société ? Il me semble que la dimension pédagogique, une fois bien développée, peut enrichir la mission et la place de l’Église dans la société rwandaise. Quelle est pour vous la mission du cours de religion ? Par le biais du cours de religion, l’Église offre un enseignement fondamental aux élèves des écoles catholiques, quelle que soit leur appar-
Le colloque international de juillet 2018. De g. À dr. .: Diane du Val d’Epremésnil (UCL), Jean-Paul Niyigena (UCR), Henri Deroitte (UCL), Philippe Rukamba (Conférence épiscopale du Rwanda), Angelo Vincenzo Zani (congrégation pour l’enseignement catholique) et Michel Coppin (Missio-Belgique). © Jean-Paul Niyigena
8
suara
73
tenance religieuse ou philosophique. Il révèle la capacité de l’Église à formuler et à expliciter le message du Christ, à le rendre audible et crédible aux yeux de tous. Touchant la raison mais aussi la sensibilité humaines, il peut enrichir la vision du monde des élèves catholiques, par le mûrissement de leurs représentations religieuses, ou non-catholiques, en leur proposant des outils d’interprétation du monde. Alors que la pédagogie d’apprentissage scolaire tend à se réduire à la raison instrumentale et donc matérialiste, le cours de religion offre une approche anthropologique. Il donne accès à l’intelligence historique de la foi et de l’histoire de l’Église. Il forme au respect de l’autre et de la nature, à la solidarité et à la coopération, à l’esprit critique et d’analyse, selon la perspective évangélique. C’est un défi majeur pour les écoles catholiques dans les pays du Sud. Et une mission fondamentale pour une Église et une société rwandaises blessées et meurtries par le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. Quelle est la formation des professeurs de religion catholique rwandais ? Une étude de terrain révèle des vérités parfois très surprenantes. Nous avons ainsi constaté que certains des professeurs sont d’une autre confession et que d’autres ne sont tout simplement pas croyants. Cette situation inquiète les responsables ecclésiaux, comme Mgr Philippe Rukamba, évêque de Butare, Président de la Conférence Épiscopale et de la Commission Épiscopale pour l’Enseignement Catholique. Quelles seront les prochaines étapes de votre recherche ? Cette recherche est « une recherche action », c’est-à-dire qu’elle a non seulement pour but de mettre en évidence la réalité du terrain mais surtout de proposer de nouvelles pistes pour une nouvelle pratique. La deuxième phase consistera à imprimer une nouvelle pratique aussi bien dans la formation des professeurs que dans la production d’un nouveau programme du cours de religion, d’un projet de l’école catholique au Rwanda dans lequel la
« La communauté chrétienne a besoin de l’engagement des professeurs de religion. »
© Thérèse Watripont
« Les cours de religion s’inscrivent dans le projet d’ensemble de la mission de l’église. »
place de la religion sera bien définie, etc. Cela nécessitera un accompagnement. Nous reviendrons vers Missio Belgique pour solliciter le financement de cette phase décisive. Quel est le lien entre le cours de religion et la mission universelle ? On pourrait penser que la mission n’a rien à voir avec les activités universitaires. Nos contemporains accordent de plus en plus d’importance à la précision, à la rigueur, à la pertinence et à la clarté. Le recours aux recherches universitaires aide l’Église à répondre à cette exigence. Ce projet a inspiré deux colloques internationaux, auxquels le P. Michel Coppin, directeur de Missio Belgique, a été invité. Dans les deux cas, l’élargissement de la problématique à l’Église universelle était manifeste. Le premier colloque, en octobre 2017, portait sur : « La mission hier et aujourd’hui. Les premiers prêtres et le premier évêque rwandais ». Il inscrivait le projet sur le cours de religion dans les écoles catholiques au Rwanda dans une vue
d’ensemble de la mission de l’Église, en lien avec le rôle joué par les écoles catholiques dans l’évangélisation du pays. Le deuxième colloque, en juillet 2018, portait sur le thème : « Religions et défis actuels de l’école. Quelle pertinence du cours de religion ? ». Il s’est agi de la place du cours de religion dans le contexte scolaire global et dans celui des écoles catholiques en particulier. Des débouchés concrets ont-ils émergé durant ce colloque? Des évêques, agents pastoraux, professeurs de théologie venant du Rwanda, Burundi, Belgique, et de tous les continents ont échangé lors de ces colloques des expériences, des interrogations. Ils ont pu proposer des pistes fiables en faveur de la mission évangélisatrice de l’Église. Notamment celle d’un service que des professeurs de religion bien formés en théologie comme en pédagogie peuvent rendre à la communauté chrétienne en assurant la catéchèse scolaire, la catéchèse paroissiale voire d’autres formes de diaconie. Une idée dont on pourrait également s’inspirer en Belgique pour renforcer la crédibilité du cours de religion catholique. Le Pr J-P Niyigena exerce au Centre de recherche Éducation et Religions de l’Université Catholique de Louvain et à la Faculté des Sciences Religieuses et Catéchèse de l’Université Catholique du Rwanda.
9
congrégations missionnaires
Les Sœurs de ND d’Afrique : 150 ans de mission MIGRATIONS, RÉFUGIÉS, DÉPLACÉS
En Algérie, une sœur responsable diocésaine pour les migrants témoigne : « j’assure la coordination des activités de Caritas Migrants dans le diocèse d’Oran. Il y a parmi les migrants des demandeurs de retour au pays natal, des migrants-prisonniers que je visite… Je suis témoin des gestes d’humanité très touchants entre détenus. Des migrants-collaborateurs de Caritas agissent pour la dignité des plus démunis parmi eux. Nous collaborons avec les associations locales pour la défense des droits humains. » CONTRE LA TRAITE D’ÊTRES HUMAINS © Sœurs Missionnaires de ND d’Afrique
On les appelle aussi les « Sœurs Blanches », même si elles sont aujourd’hui en « civil ». À l’origine, ce sont 8 jeunes Bretonnes intrépides, répondant à l’appel du Cardinal Lavigerie, fondateur de la Société des Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs), qui débarquèrent à Alger en septembre 1869. Quel est le charisme de cette congrégation qui fêtera bientôt ses 150 ans d’existence? SR MIA DOMBRECHT
Quelques grands axes portent la mission des Sœurs Blanches. La rencontre et le dialogue interreligieux et interculturel, les migrations, la lutte contre l’esclavage et la traite d’êtres humains et la préservation de l’environnement. Découvrons-les à travers quelques témoignages. INTERRELIGIEUX ET INTERCULTUREL
Le point de départ de l’ordre a naturellement conduit les religieuses à développer le dialogue avec l’islam. Une sœur , membre du Comité diocésain interreligieux au Burkina Faso raconte : « Lors de la conférence « Soif de Paix », organisée par San Egidio, l’imam qui représentait la communauté musulmane a invité les membres de la commission
10
suara
73
diocésaine pour le dialogue inter-religieux à la prière de la Fête et au sacrifice du mouton. » À Montréal, au Canada, « , le groupe Inter-foi a réuni dans le centre islamique Libano-Canadien une cinquantaine de musulmans et chrétiens autour de Maryam (nommée 34 fois dans le Coran), « Ensemble avec Marie ». Ce fut une journée remarquable. »
« Tout ce qui est inhumain révolte mon cœur. »
« Je suis homme et tout ce qui est inhumain révolte mon cœur. » disait déjà le Cardinal Lavigerie. En Tunisie, la fraternité de ND des migrants lutte contre le trafic entre la Côte d’Ivoire et la Tunisie. En Italie, les sœurs de ND d’Afrique participent à une communauté inter-congrégation pour l’accueil des migrants. Elles ont rencontré Mustapha, jeune licencié en droit qui lutte contre les injustices dans son pays. « Il a fui pour échapper à la mort et a trouvé refuge dans un pays du Maghreb. Un monsieur lui offre d’aller travailler dans une de ses fermes. Mustapha accepte l’offre. Hélas, la ferme est une prison bien gardée où il rencontre beaucoup d’autres jeunes torturés et vendus comme lui. » ENVIRONNEMENT
Dans leurs différentes structures : écoles, centres aérés, garderies, les religieuses sensibilisent les enfants à la nécessité de préserver la nature. Ainsi à Arusha, en Tanzanie : « Le personnel de la garderie S. Simon est conscient de l’environnement et enseigne aux enfants d’en prendre soin. Maintenant, ils jettent les saletés dans la fosse à ordures. » Mia Dombrecht est une religieuse Missionnaire de ND d’Afrique. Elle a été provinciale de la congrégation pour l’Afrique du Nord et de l’Ouest.
billet
MICHEL COPPIN - DIRECTEUR MISSIO-BELGIQUE
Au début de l’été, j’ai été invité au Burundi et au Rwanda. J’ai découvert deux pays à l’histoire tourmentée mais à l’avenir radieux. Dans le passé, ces deux pays ont connu un génocide dévastateur. On ne comprend pas comment de telles horreurs ont pu être commises par des êtres humains.
« Missio soutient grâce à vos dons des projets pour la paix et la réconciliation. »
Et l’honnêteté exige malheureusement de reconnaître que l’Église a alimenté le conflit. En effet, les responsables de l’Église ont souligné les différences entre les populations et ne les ont pas traitées équitablement. Comment les disciples de Jésus peuvent-ils agir ainsi ? Pourquoi n’ont-ils pas suivi son exemple en donnant à chacun une place dans l’ensemble de la société? Aujourd’hui, les Églises rwandaise et burundaise se sont transformées. Le message évangélique de Jésus y est primordial. L’accent est mis sur ce qui relie les gens et non pas sur ce qui les sépare. Les évêques du Rwanda et du Burundi y travaillent tous les jours, en partie grâce à votre aide. Dans les deux pays, Missio soutient grâce à vos dons des projets pour la paix et la réconciliation.
Au Burundi, l’Église a créé un centre de formation où les jeunes apprennent à travailler à une société plus solidaire pour combattre la pauvreté. On mesure l’immensité de la tâche quand on sait que le Burundi est l’un des dix pays les plus pauvres du monde. Au Rwanda, l’Église travaille à la paix et à la réconciliation à travers les cours de religion et la catéchèse. La catéchèse a donc un rôle missionnaire. Plus de détails sur les projets de l'Église rwandaise en pages 8 et 9. Les évêques et les peuples burundais et rwandais sont très reconnaissants de l’aide obtenue. Plus que jamais ils veulent s’engager pour la réconciliation et une meilleure société. Prions ensemble pour le succès de ces projets et inspirons-nous de leur engagement pour la solidarité.
missio, un nom, des personnes
Au sanctuaire de ND de Banneux, les missionnaires se sont réunis le 22 août 2018 pour leur pèlerinage annuel organisé par Missio. © Missio-R. Vastmans
Mgr D’Rozario, archevêque du Bangladesh et Mgr Boras, Archevêque du Venezuela, reçus en Belgique par le P. Michel Coppin, en mai 2018. © Missio-R. Vastmans
la solidarité en héritage Vous souhaitez faire durer votre solidarité ? C’est possible, grâce à un legs mentionné dans votre testament. Vous pourrez ainsi continuer à aider les communautés locales qui, en Afrique, en Asie et en Amérique Latine annoncent l’Évangile. Ce testament peut être manuscrit (écrit de votre propre main, daté et signé par vous) ou fait devant notaire.
Renseignez-vous auprès de votre notaire ou contactez le directeur de Missio Belgique, le Père Michel Coppin : legs@missio.be ou 02 679 06 30.
11
suara Rédacteur en chef Michel Coppin Rédaction finale Armelle Griffon Ont collaboré Michel Coppin, Patrick D’Rozario, Armelle Griffon, Nicolas Doh Koné, Jean-Paul Niyigena, Robert Vastmans Photos European Union 2018, Jean-Paul Niyigena, Missio, Shutterstock/Sarine Arslanian, Shutterstock/Mangostar, Shutterstock/Solomnikov, UN Women/Allison Joyce, Mise en page et impression Halewijn nv Éditeur responsable Michel Coppin, Bd du Souverain 199, 1160 Bruxelles Info et contact Bd du Souverain 199, 1160 Bruxelles, 02 679 06 30 info@missio.be, www.missio.be Abonnements et changements d’adresse suarafr@missio.be Réactions et suggestions communication@missio.be Missio Wallonie-Bruxelles Boulevard du Souverain 199, 1160 Bruxelles Tél.: 02 679 06 47, wallonie@missio
BE19 0000 0421 1012
www.
.be