Skip to main content

MIM By La Mamounia 8

Page 1

APRIL / OCTOBER 2019

MUSES - ISSUE #8


MUSES - ISSUE #8 MIM BY LA MAMOUNIA, APRIL / OCTOBER 2019

PUBLISHED BY MAISON MIM / WEEKEND ÉDITIONS 34 RUE IBN HAMZA SEMLALIA 40000 MARRAKECH MA

FOUNDING PUBLISHER EDITOR-IN-CHIEF CREATIVE DIRECTOR MOUNA ANAJJAR

WWW.MAISONMIM.COM ART DIRECTOR DESIGNER ADVERTISING & MARKETING

CORINE KAPUSTIN

BONJOUR@MAISONMIM.COM WRITERS PRINTED BY AGPOGRAF/NEXE BARCELONE

MOUNA ANAJJAR JASMIN VERDÈS

ILLUSTRATOR CORINE KAPUSTIN

CONTRIBUTORS ÉMILIE RÉGNIER BILLIE ZANGEWA

COPY EDITORS NATHALIE CHEVALIER WE WOULD LIKE TO THANK ALL THE PARTICIPANTS FOR THEIR TIME, CREATIVITY AND SUPPORT. CHOUKRAN!

TRANSLATOR CLAIRE MUFSON

PRESS RELEASE “13/16 ‫”ص‬, LEGAL DEPOSIT & ISSN IN PROGRESS ALL RIGHTS RESERVED WEEKEND ÉDITIONS NO PART OF THIS PUBLICATION MAY BE REPRODUCED, STORED IN A RETRIEVAL SYSTEM OR TRANSMITTED IN ANY FORM OR BY ANY MEANS, ELECTRONIC, MECHANICAL, PHOTOCOPYING, RECORDING OR OTHERWISE, WITHOUT PRIOR PERMISSION OF WEEKEND ÉDITIONS.

1


MUSES - ISSUE #8

Black Gold Trio 1 - Photo © Marco Guerra

© Chris Saunders

African Women in Art

T����� E� G����� À corps rompu © Fatima Mazmouz

Founding director 1-54 Art Fair, UK & Morocco.

Y������ A����� Visual artist, Morocco & USA.

F����� M������

����� R������ Photographer, France & Canada.

2

Inaccessible - Courtesy de l’artiste & L’Atelier 21

Luanda © Émilie Régnier

Photographer & conceptual artist, Morocco & France.

S���� E����� Visual artist, Morocco.


La pesanteur et la grâce @ Macaal - Photo © Nicolas Henry

F����� Z�������

© Anke Koots / Icon magazine

Visual artist, Morocco.

C������� H�����

G������� S����

Assetta #2 © Amina Agueznay

Artist, Morocco.

Amazigh, Aouchem Visage © Safaa Mazirh

Visual artist, France.

Artist, South Africa.

HTV01 @ David Bloch

© Ulrike Monso

B����� Z������

A���� A������� Artist, Morocco.

S���� M����� Photographer, Morocco. 3


4


CONTENTS

MUSES - ISSUE #8 MIM BY LA MAMOUNIA, APRIL / OCTOBER 2019

NOW AT LA MAMOUNIA

11

PIERRE JOCHEM, L’NTERVIEW ARTY PIERRE JOCHEM, THE ARTY INTERVIEW

14 17

PART I/ MAINTENANT NOW [AL-AAN]

20 › 39

IN BED WITH TOURIA EL GLAOUI IN BED WITH TOURIA EL GLAOUI

22 32

PART II/ MAGNÉTIQUE MAGNETIC [MIGHNATISSI]

40 › 53

DE MOBUTU À BEYONCÉ FROM MOBUTU TO BEYONCÉ

42 52

PART III/ MAESTRO MASTER [MAHER]

54 › 77

8 FEMMES, 8 ARTISTES X 8 ŒUVRES 8 WOMENS, 8 ARTISTS X 8 ŒUVRES

56 74

PART IV/ MAGIQUE MAGICAL [SA’HER]

78 › 95

LE JOURNAL DE BILLIE BILLIES’ DIARY

80

AGENDA CULTUREL CULTURAL CALENDAR

88

THE END

96

5


MAINTENANT

6


LA MAMOUNIA’S NOTE

L’année 2019 s’annonce exceptionnelle pour Marrakech, qui devient neuvième destination la plus prisée par les touristes dans le monde, selon le dernier classement du Travellers’ Choice Awards 2019. De même, un nouveau Marrakech plus culturel et artistique est né sous nos yeux, riche en évènements et en nouveaux lieux remarquables à visiter. C’est très beau de voir se transformer une ville en véritable “hub” artistique, et à la Mamounia, nous sommes heureux d’avoir contribué à cette transformation. Écrin de l'art de vivre à la marocaine, l’hôtel a su nourrir ses visiteurs autant de mises en bouche artistiques que d’expositions majeures, sans oublier les deux éditions à succès de la 1:54 Contemporary African Art Fair, foire émergeante qui met en valeur les artistes contemporains de l’Afrique et de sa diaspora, que nous sommes ravis d’accueillir pour une troisième édition les 23 et 24 février 2020. Pour célébrer ce cru d’exception, le coup d’envoi des festivités cette année est donné dès le printemps. Le rendez-vous est donc pris pour une première fête le 20 avril, puis une seconde le 3 novembre. Autre bonne nouvelle : nous avons conçu et mis en ligne La boutique Mamounia, pour répondre aux nombreuses demandes de nos clients, à qui nous envoyons déjà leurs produits préférés à travers le monde. Vous faire rêver a toujours été notre premier cheval de bataille, et continuer à œuvrer chaque jour pour vous offrir un niveau d’excellence restera notre moteur. C’est chaleureusement que nous vous remercions pour tous les instants vécus et ceux à venir, et que toute l’équipe de La Mamounia et moi-même demeurons à votre écoute pour faire de votre séjour un moment inoubliable. _ 2019 is shaping up to be a great year for Marrakech, the ninth most popular destination among tourists from all over the world, according to Travellers’s Choice Awards 2019. A new, more cultural and artistic Marrakech is emerging before our eyes, with a wealth of events and remarkable sites to visit. It’s been a pleasure to see the city transform into an artistic hub, and La Mamounia is very proud of the part we have played in that transformation. The hotel, an oasis of Maroccan art de vivre, enriches its visitors with artistic events and major exhibitions—not to mention the two much-lauded editions of the 1:54 Contemporary African Art Fair, an up and coming art event that showcases contemporary African and African diaspora artists. We are thrilled to be hosting the event for a third time from February 23 to 24, 2020. To celebrate this momentous occasion, we are kicking off the festivities this spring on April 20th, with a second party planned for November 3rd. In other good news: by popular demand, the Mamounia store is now available online! We have already begun shipping our clients’ favorite products to every corner of the world. Making your dreams come true is our priority, and we strive every day to provide you with the highest level of service. So we would like to thank you for the wonderful moments we have had together and for those yet to come. The whole La Mamounia team remains at your disposal to ensure you have an unforgettable stay.

PIERRE JOCHEM DIRECTEUR GÉNÉRAL GENERAL MANAGER

7


8


THE EDITOR’S NOTE

À la fin du XIXe siècle, la liberté créatrice était réservée aux seuls hommes. Chez les femmes, trop de créativité menaçait l’aptitude à la procréation disait-on. Les femmes n’avaient donc le droit de peindre que les natures mortes, le portrait et les paysages, et devaient se contenter de petits formats. Il a fallu bien des combats pour que les prémices de nouveaux paradigmes se mettent en place, ou laissent entrevoir de nouvelles possibilités. Pour que les femmes puissent devenir des artistes professionnelles sans avoir à se déconnecter de leurs pulsions féminines, de leur voix intérieure. Aujourd’hui, un regard d’horizon rapide montre avec évidence que même si l’expression créative féminine a plus de lieux, d’audiences et d’acquéreurs, ses chiffres font figure d’exceptions. Les Guerrila Girls montent encore au créneau -certains stéréotypes ont la peau dure !-, et le sujet est, plus que jamais, brûlant. C’est sur ce fond de questionnements que nous avons foulé les marches du Grand Salon de La Mamounia, où se tenait la seconde édition de la 1:54 -foire d’art africain contemporain. Qu’en était-il de nos femmes artistes en Afrique ? Quels sont leurs univers, leurs obsessions, leurs combats ; leur expression ? Dans ce numéro, de Marrakech à Johannesburg, en passant par Casablanca et Abidjan, nous vous invitons à découvrir des femmes d’exception. Aucun constat d’ensemble, mais une exposition de fines individualités, multitudes de singularités ; parfois de revendications de liberté ou quêtes d'identité, mais assurément un désir -affirmé ou en filigrane- d’universalité. _At the end of the 19th century, creative freedom was a right reserved for men. It was said that too much creativity in a woman threatened her childrearing abilities. Women were restricted to painting still lives, portraits, and landscapes, and were expected to limit themselves to small formats. They had to fight to redefine what was expected of them and to open up new possibilities - like the possibility that a woman can become a professional artist without having to censor her inner voice or reign in her creative impulses. Today, it is evident that although there are more outlets, audiences, and collectors of works by female artists, there is still a long way to go. As the Guerilla Girls continue their struggle to redefine womanhood - some stereotypes die hard! -, this topic divides us now more than ever. These issues were at the forefront of our minds as we walked up the steps to La Mamounia’s Grand Salon, where the second edition of the 1:54 Contemporary African Art Fair was being held. Who are today’s female artists in Africa? What universe do they inhabit, what obsessions consume them, what are their struggles and how do they express themselves? In this issue, we travel from Marrakech to Johannesburg, via Casablanca and Abidjan, where we invite you to meet these exceptional women. We don’t draw any overarching conclusions - instead, we expose individuals in all their subtleties and in the multitudes of their singular characters as they seek at times freedom, at times identity ; and always, overtly or covertly, a sense of shared humanity.

9


KHALID FINE ARTS

Precious Treasures of History & Culture A luxurious gallery in the heart of the old Medina wich contains a sublime collection of original pieces and works of art: doors, fountains, tables, embroidery, rifles, Fez ceramics, rural pottery, antique carpets, etc.

“Mr El Gharib Khalid est un passeur de mémoire et de traditions. Un collectionneur averti, passionné, dont le regard traduit tout l’intérêt que l’on porte à notre histoire.”

HÔTEL LA MAMOUNIA, AVENUE BAB JDID. OPEN DAILY 10-8PM

10

KHALID FINE ARTS: 2 RUE FATIMA ZAHRA, MARRAKECH MÉDINA. T + 212 5 24 37 84 84 GALERIE DAR EL BACHA: 51 RUE DAR EL BACHA, MARRAKECH MÉDINA. T + 212 5 24 39 09 86 KHALIDOUN ART: 52 BIS TRIK SIDI YAMANI, MARRAKECH MÉDINA. T + 212 5 24 42 74 20


HERE & NOW La Mamounia en tournée mondiale

La Mamounia en un click

Marchica Lagon Resort

Les équipes de La Mamounia vont à la rencontre des partenaires et des clients du Palace aux quatre coins du monde. Cette année encore, un record a été battu avec plus de 20 villes en 8 mois : Tokyo, Shanghai, New-York, Washington, Los Angeles, Paris, Madrid, Barcelone, Sao Paulo, Rio de Janeiro, Bogota, Santiago du Chili, Medellin, Munich, Hambourg, Milan, Rome, Bierut, Jeddah, Koweït City, Bruxelles… et bien d’autres à venir !

Un peu de La Mamounia chez vous et de partout dans le monde, telle est l’intention du palace qui désormais met sa boutique en ligne, afin de permettre à ses clients et fans du monde entier de se procurer les articles, produits qui leur feront vivre la magie de La légendaire Mamounia où qu’ils soient.

L’ONCF, propriétaire de La Mamounia, du Michlifen Resort & Golf, et du Palais Jamaï à Fès, agrandit sa collection et ouvre un magnifique hôtel au bord de Marchica, l’une des plus importantes lagunes du pourtour méditerranéen. Cet été le resort dévoilera, dans un décor balnéo-chic épuré, 93 chambres, 3 restaurants, 2 clubs et un sublime spa donnant sur la lagune.

_ La Mamounia’s world tour The teams of La Mamounia set out to meet the Palace’s partners and clients all over the world. This year, we broke the record again with more than 20 cities in 8 months: Tokyo, Shanghai, New York, Washington, Los Angeles, Paris, Madrid, Barcelona, Sao Paulo, Rio de Janeiro, Bogota, Santiago de Chile, Medellin, Munich, Hamburg, Milan, Rome, Beirut, Jeddah, Kuwait City, Brussels… and many more to come!

_ La Mamounia in one click The palace now offers an online shopping experience, enabling you to take a piece of La Mamounia home with you or wherever you go in the world. La Mamounia customers and fans from the four corners of the Earth can now purchase our products and relive the legendary magic of La Mamounia wherever they are. WWW.BOUTIQUE-MAMOUNIA.COM

_ Marchica Lagoon Resort The ONCF (National Railway Office) -owner of La Mamounia, the Michlifen Resort and Golf, and the Palais Jamaï in Fès- is expanding its collection and opening a magnificent seaside resort at the edge of Marchica, one of the largest lagoons in the Mediterranean. Next summer, the hotel will make unveil 93 rooms, 3 restaurants, 2 clubs and a magnificent spa overlooking the lagoon in a ‘seaside-chic’ atmosphere. MARCHICALAGOONRESORT.COM

La Boutique Mamounia

Marchica Lagon Resort

11


AT LA MAMOUNIA Prêts pour l’expérience sublime ? Conçu exclusivement pour La Mamounia, ce rituel combine l’expertise suisse antiâge de haute performance Valmont, et le savoir-faire Mamounia. Il commence par un massage de 30 minutes à l’huile d’argan Mamounia (tête, nuque et bras), se poursuit par un soin du visage Valmont hydratant, antiride ou énergisant de 60 minutes. Efficacité immédiate garantie ! _ Ready for the Sublime Experience? Designed exclusively for La Mamounia, this ritual care session combines the expertise of Valmont—a Swiss specialist in high-performance anti-aging care— with Mamounia’s local know-how. It starts with a 30-minute massage with Mamounia’s own argan oil (head, neck, and arms) followed by a 60-minute moisturizing, anti-wrinkle, or energizing Valmont face treatment. Immediate results guaranteed!

Pierre Hermé, pour vos anniversaires et mariages La Boutique Pierre Hermé à La Mamounia propose un large choix de prestations pour les anniversaires et les mariages. Une belle offre adaptée à toutes les envies, autant de promesses de moments festifs ! _ Pierre Hermé for your birthdays and weddings The Boutique Pierre Hermé in La Mamounia offers a wide range of services for birthdays and weddings. A beautiful selection caters to all desires, promising everything you need for a beautiful celebration. LIVRAISONS À MARRAKECH, CASABLANCA ET RABAT T + 212 5 24 38 86 89 BOUTIQUEPIERREHERME@MAMOUNIA.COM

Le Grand Casino La Mamounia Véritable institution qui a su ériger le jeu en art, Le Grand Casino La Mamounia a été rénové, offrant une ambiance épurée et des jeux de lumières colorées. Exceptionnel de par son histoire et la richesse de son offre -140 machines à sous et 20 tables de jeux-, il est une étape incontournable pour tous. _ Le Grand Casino La Mamounia Aprehensive renovations, and now boasts a sleek and spacious layout with colorful lighting design. Thanks to its prestigious history, its elegant decoration, and the wide selection available —140 slot machines and 20 game tables—Le Grand Casino La Mamounia has elevated gaming to an art form and become an essential destination for all. 7/7 13-9H WWW.GRANDCASINOMAMOUNIA.COM

EXPERIENCE SUBLIME SPA DE LA MAMOUNIA (90 MN - 4.000 MAD)

Valmont

Pierre Hermé

Le Gand Casino La Mammounia

12


MAINTENANT

13


NOW AT LA MAMOUNIA

Pierre Jochem, L’Interview Arty Magnifiques jardins, raffinements de l’art de la table, fresques de maîtres, expositions inédites, La Mamounia a toujours abrité l’art et accompagné les artistes. Pierre Jochem, son Directeur Général, répond à nos questions. La Mamounia a toujours accueilli l’art dans ses murs, peut-on dire que celui-ci fait partie intégrante de l’ADN de l’hôtel ? _Oui absolument, l’art a toujours fait partie du quotidien de La Mamounia. Nous avons acquis des œuvres au nom de La Mamounia qui font partie de notre collection permanente. L’hôtel a t-il des espaces véritablement dédiés à l’Art ? _Tout d’abord, je pense que tout l’hôtel est un véritable espace d’art, jusqu’aux fabuleux jardins. Mais pour en parler plus concrètement, les couloirs des chambres sont de véritables galeries d’art avec, pour chaque étage, un photographe différent auquel nous avons demandé de réaliser des photographies en noir et blanc. Puis, le plafond Majorelle est la pièce maitresse de La Mamounia, un véritable chef-d’œuvre. Sans oublier les Galerie Mamounia et Galerie Majorelle, le Salon de thé, avec leurs aquarelles et dessins à ne surtout pas rater. Parmi les expositions et manifestations artistiques qui se sont déroulées dans l’atmosphère unique de La Mamounia, pourriez-vous nous citer des événements majeurs qui ont marqué les murs du palace depuis la décennie de sa réouverture ? _Nous avions monté en 2014 une très belle exposition : “Rencontres à Marrakech” qui rassemblait les œuvres de Sir Winston Churchill peintes à La Mamounia et celles de feu Hassan El Glaoui, un des plus grands

14

peintres marocains. Pour la première fois, les œuvres de Churchill quittaient l’Angleterre le temps d’une exposition de dix jours. Cela a été un très grand moment d’art. Une autre magnifique exposition, “Suite 280”, que nous avions organisée suite à un shooting avec notre Magazine MIM, montrait les clichés du grand photographe marocain Hassan Hajjaj, accompagné du styliste et DJ Amine Bendriouch. Le vernissage fut un très beau moment, qui a rassemblé presque toute la scène artistique marocaine. Sans oublier bien sûr les deux éditions de la foire d’Art Contemporain Africain 1:54, qui est devenue un rendez-vous incontournable de l’art. Je suis ravi d’annoncer que nous accueillerons la troisième édition les 23 et 24 février 2020. Vous arrive-t-il de conseiller les clients du palace dans leurs recherches en matière d’expositions, ou encore d’acquisition d’œuvres ? _Nous sommes bien sûr au courant de tout ce qui peut se passer à Marrakech, et il s’en passe des choses, surtout sur le plan culturel et artistique. Nous conseillons en effet nos clients sur les expositions et les musées à visiter. La clientèle de Marrakech et de La Mamounia vient également pour ce nouveau Marrakech, culturel, cultivé et artistique. C’est très beau de voir se transformer une ville en véritable “hub” artistique et, en tant qu’institution, nous sommes heureux d’avoir contribué à cette transformation. En revanche, le conseil en acquisition d’œuvres est un véritable métier, nous laissons cela aux professionnels.


15


MAINTENANT

16

www.valmontcosmetics.com


ENGLISH VERSION MAINTENANT

Pierre Jochem : The Arty Interview With magnificent gardens, a refined art de la table, master frescoes and unparalleled exhibitions, La Mamounia has always been a haven for art and artists. We sat down with General Manager Pierre Jochem for a few questions. _La Mamounia has always welcomed art within its walls. Art is an integral part of the hotel’s identity?

Yes, absolutely. Art has always been central to the daily operations of La Mamounia. Works acquired in the name of the hotel are part of our permanent collection. _Does the hotel have dedicated art spaces?

First, I think the whole hotel is an art space, including the fabulous gardens. But specifically the hallways leading to the guest rooms are themselves galleries. Each floor is home to black and white works commissioned from a different photographer. Then there is the ceiling of the Majorelle, La Mamounia’s principle and a true masterpiece. Not to mention the Mamounia Gallery, the Majorelle Gallery, and the Tea Room with their must-see watercolors and drawings. _Tell us about the major artistic events that have taken place at La Mamounia in the decade since its reopening?

We put together a beautiful exhibit in 2014 called “Meetings in Marrakech,” which brought together the works Sir Winston Churchill painted here and those of Hassan El Glaoui, one of Morocco’s most celebrated painters. The ten-day exhibit was the first time Churchill’s works had left England. It was a momentous occasion. We held another great exhibit, “Suite 280,” after a photo shoot with Mim Magazine. It showcased the works of Moroccan photographer Hassan Hajjaj and stylist DJ Amine Bendriouch. The opening was a beautiful event; it brought together most of the Moroccan art scene. And we can’t forget the two editions of the Contemporary African Art Fair, the 1:54, which has become a must-see event on the African art circuit. I am pleased to announce that we will host a third edition from February 23 to February 24, 2020. _Do you have occasion to advise the palace guests in their search for exhibits or for art acquisitions of their own?

Of course we keep abreast of everything happening in Marrakech, and there is a lot happening here, especially when it comes to art and culture. We advise our clients on which exhibits and museums to visit. The new clientele in Marrakech and at La Mamounia come here for this new cosmopolitan,cultural, and artistic side of the city. It’s been wonderful to see the city transform into an artistic hub, and as a local institution, we are very happy to have contributed to that transformation. As for art acquisition consulting, that is an expertise in its own right. We leave that to professionals.

17


MAINTENANT

18


MAINTENANT

BEAUTIFUL PEOPLE AT LA MAMOUNIA De la gauche vers la droite et de haut en bas, from left to right and top to bottom.

Adrian Brody, Pierre Jochem & AgnĂŠs Varda, Amitabh Bachchan, Dakota Johson & Pierre Jochem, Elizabeth Hurley, Fanny Ardant, Gemma Aterto, Gwyneth Paltrow, Jennifer Aniston, Joan Collins, Pierre Jochem & Keanu Reeves, Lambert Wilson, Pierre Jochem & Laurence Fishburn, Malaika Arora Khan & Christian Louboutin, Martin Scorcese & Pierre Jochem, Miranda Keer, Pierre Jochem & Monica Bellucci, Peter Dundas, Poppy & Cara Delevigne, Prince Albert II & Pierre Jochem, Robert de Niro & Pierre Jochem, Valeria Bruni-Tedeschi, Valeria Golino, Karine Silla & Elsa Zylberstein, Pierre Jochem & Valeria Golino, Pierre Jochem & Vincent Lafitte.

19


MUSES - ISSUE #8 PART I

MAINTENANT

NOW

[AL-AAN]

20 > 39

20


21


MAINTENANT

In bed with T����� E� G����� Touria El Glaoui est la femme qui a fondé 1-54, la première foire d’art africain contemporain, en 2013. Une foire qui compte aujourd’hui trois éditions par an - à Londres, New York et Marrakech et réunit les plus grands artistes du continent, les galeries les plus prestigieuses. Elle est aussi cette femme, née au Maroc, fille du peintre Hassan El Glaoui, au parcours atypique, entrepreneuse dans l’âme, indépendante, cosmopolite, musulmane… Une femme de son temps que j’ai eu envie de découvrir plus intimement. Interview MOUNA ANAJJAR Photographie 1-54 MARRAKECH 2019 / KATRINA SORRENTINO + Portrait JAVIER SALAS

22


M���� A������

Comme nous allons partager un moment intime, je dois d’abord te poser trois questions essentielles. 1. Quel genre de dormeuse es-tu ? T����� E� G�����

il était très occupé. Mais les moments où il était là, il était là pour moi. C’est amusant, nous sommes quatre sœurs et nous avons toutes des expériences différentes par rapport à nos parents. Moi, j’ai eu une relation plus importante avec eux à partir de l’âge adulte.

Je dors très peu, mais aux bonnes heures, je pense. Je suis en général au lit avant minuit et je suis réveillée à la première lueur du jour.

�. �.

�. �.

�. �. �.

2. La dernière chose que tu fais avant de te coucher ?

Toi, tu es le numéro combien ?

Je sais que c’est mal, mais je consulte mes e-mails. Je vagabonde tellement dans la journée que le soir est souvent le seul moment où je peux le faire…

Quatre. La dernière. Mais comme j’étais au Collège royal à Rabat, je ne passais pas beaucoup de temps avec ma famille, sauf les week-ends. Le fait de ne pas avoir beaucoup été avec mes parents pendant mon enfance a déclenché plus tard comme un besoin de rattraper le temps.

�. �.

�. �.

�. �. �.

3. La première chose au réveil ?

Venaient-ils te rendre visite à New York pendant tes études ?

�. �. �.

Pour moi c’est vraiment sacré, je vais chercher mon café et je me remets au lit, pour lire ou écouter les informations. J’aime bien avoir cette première demi-heure où il n y a encore rien que je sois obligée de faire. C’est mon moment. Quand on voyage beaucoup, il y a une chose à laquelle on est très attaché : son chez-soi, en l’occurrence ma maison à Londres, avec mes habitudes, mes photos, etc. �. �.

Tu vis à Londres depuis un moment, mais tu as aussi ta maison familiale au Maroc, où tu as passé ton enfance. Où te sens-tu le plus chez toi ? �. �. �.

Alors ça… Je ne me sens pas totalement capable de revenir ici parce que j’ai passé trop de temps à l’étranger, mais ces trois dernières années, depuis que je suis régulièrement à Marrakech sur de longues périodes, je me dis que c’est finalement quelque part où je pourrais vivre la moitié du temps, en sachant que je peux en repartir. J’ai souvent pensé aussi que c’était là où mes parents vivaient - j’ai malheureusement perdu mon père l’été dernier que je me sentais bien, peu importe le lieu… �. �.

Tu étais proche de tes parents ? �. �. �.

Oui, j’ai eu une relation différente avec les deux. Mon père, je ne le voyais pas beaucoup. Quand j’étais enfant, il travaillait pour le roi, donc il suivait beaucoup Hassan II dans ses voyages, mais on le retrouvait le week-end. Après, il avait ses expositions donc il était tout le temps là, mais

�. �. �.

J’avais choisi de les faire aux États-Unis contre leur gré pour l’unique raison que j’avais besoin de partir loin. Je me rappelle que, d’abord, ils m’avaient dit qu’ils ne voulaient pas payer… �. �.

Débrouille-toi ! �. �. �.

Oui, débrouille-toi. Les États-Unis leur rappelaient une forte mauvaise expérience avec ma sœur aînée. C’était loin, la mentalité était trop différente, etc. Mais moi, depuis l’âge de 6 ans, je voulais y aller. Mon père avait refusé, alors j’ai trouvé une bourse d’études, et ensuite ils m’ont dit : “Bon alors très bien, on ne viendra jamais te rendre visite.” Ils ont tenu bon et ne sont venus que pour la cérémonie de remise des diplômes ! �. �.

C’était le début de ton expérience d’adulte, hors cocon… �. �. �.

Tout à fait. Et j’ai eu des surprises, parce que j’étais un peu dans une bulle au Maroc. Là-bas je ne voulais pas me remettre dans un milieu marocain, sinon j’aurais vécu la même chose. Tous mes amis étaient cosmopolites et, eux, avaient une bien meilleure idée que moi de ce qu’est être un “petit adulte”. �. �.

New York puis Londres t’ont apporté cette part d’influence anglophone. Ta maman est Française, ton papa Marocain, tu as grandi au Maroc…

23


IN BED WITH TOURIA EL GLAOUI

De quelle culture te sens-tu la plus proche ? �. �. �.

Je me sens de mentalité anglophone et de culture marocaine. Je “connecte” moins bien avec le côté français, même si j’adore par exemple le sud de la France où j’ai passé toutes mes vacances d’été. Je pense que je suis un peu comme une “citoyenne du monde” ! �. �.

Quand tu t’exprimes qu’est-ce qui sort spontanément comme langue ? �. �. �.

Le français. �. �.

Le français reste la langue maternelle. �. �. �.

Je pense qu’au bout de deux semaines ici, ça va mieux, mais j’ai vraiment du mal. L’anglais, c’est sûr, est devenu la deuxième - avant le marocain et l’arabe, que j’ai même du mal à lire maintenant, alors qu’avant je le lisais et l’écrivais… D’ailleurs, si je m’installe à Marrakech, je reprendrai des cours. �. �.

Là, je vais te parler plutôt de ta carrière. Tu es partie dans quelque chose d’assez classique au départ : travailler dans des grosses boîtes. �. �. �.

Je trouvais que c’était important pour mon CV à l’époque. En plus j’avais étudié la finance, j’avais un MBA, et c’était logique de choisir un job qui fasse avancer ma carrière quand j’étais à New York. En Europe, j’ai davantage eu une expérience d’entrepreneur, j’ai travaillé dans un fonds anglais de télécom. C’était fabuleux de monter une start-up dans une grosse structure avec des gens qui me chapeautaient, qui avaient énormément d’expérience. J’ai beaucoup appris. Et comme le fonds a racheté une compagnie au Maroc, j’allais souvent à Casablanca pour gérer cette entreprise. �. �.

Tu y allais donc régulièrement ? �. �. �.

Oui et ça m’a aidé à comprendre ce qu’était la vie dans cette ville, d’y travailler et d’être aux côtés de Marocains hyper motivés… C’était vers 2004, 2005. J’étais tellement contente aussi de passer beaucoup de temps avec mon père et ma mère. Après j’ai travaillé dans un gros groupe, Cisco Système. J’étais dans les ventes, donc je couvrais

24


MAINTENANT

25


MAINTENANT

l’Afrique et le Moyen-Orient. C’est à ce moment-là que j’ai développé vraiment tout mon amour pour le continent africain et pour l’entrepreneurship. C’est comme ça que j’ai découvert la scène artistique locale, du continent. Puis je suis partie car je ne voulais pas être basée forcément dans un pays en particulier, j’aime bien la découverte, le fait de pouvoir bouger d’un pays à l’autre. �. �.

C’est à cette période-là que tu as commencé à penser à la foire ? �. �. �.

Oui, à l’époque, j’avais déjà cette idée de foire qui me trottait dans la tête parce que je venais de finir une exposition de mon père dans un musée de Londres. �. �.

L’exposition qui a ensuite continué à Marrakech ? �. �. �.

Oui, je l’ai montée à l’Eaton House. Je voulais alors faire quelque chose plus dans l’art, j’avais adoré m’occuper de cette exposition à côté de mon travail, ça me semblait tellement normal d’être dans ce milieu. En 2008, déjà, j’avais travaillé

sur une rétrospective de mon père, sur son organisation… �. �.

Toute la logistique. �. �. �.

J’ai compris qu’il fallait que je prenne un peu le relais, mon père commençait à être fatigué. Et lui, était vraiment le pur artiste. Pendant cette expérience marocaine, j’ai commencé à comprendre qu’il fallait s’occuper de son œuvre : faire un catalogue raisonné, etc. �. �.

C’est un travail fou qui a pris plus d’ampleur…

26

Peintures de Djamel Tatah, Galerie Poggi.


Et qui est toujours en cours… Lorsque j’ai commencé la foire, j’ai dû ralentir le rythme. Travailler à la fois sur l’œuvre de mon père et la foire, ce sont des projets de toute une vie ! Donc, pas de date butoir !

connue, Koyo Kouoh, qui est en fait comme une grande sœur. Quand j’engage pour la foire, c’est pour faire beaucoup de logistique, beaucoup de management de projets, et pas seulement pour rencontrer des artistes toute la journée !

�. �.

�. �.

�. �. �.

Et comment travailles-tu ? Tu as des bureaux à Londres ? Tu as une équipe fixe ?

Il n’y a que des filles, donc ? �. �. �.

�. �. �.

Oui, je travaille sur les trois foires avec la même

Oui, mais je ne le fais pas exprès. Les Américains, les Anglais trouvent ça extraordinaire, gender, yes women, etc. On a essayé d’avoir des garçons mais ils ne viennent pas, ils ne sont pas intéressés… �. �.

Oui, il y a peut-être des sensibilités… �. �. �.

équipe de quatre personnes. Ce ne sont pas des gens qui aiment se mettre en avant, et pourtant la foire n’aurait pas lieu sans eux tellement je délègue, mais vraiment, vraiment tout. Je leur fais une confiance absolue.

Peut-être, mais je remarque qu’on trouve les femmes jusqu’aux postes de management et que les hommes, qui n’ont pas forcément fait toute leur carrière dans le domaine de l’art, sont catapultés directement au top, deviennent directeurs de musée… Là, tu te dis, bon, la parité “n’est pas très égale” ! C’est sans doute normal que les femmes ralentissent à un moment donné à cause des enfants et peutêtre qu’elles ne se projettent pas après dans des positions plus hautes. Mais se donnent-elles vraiment la chance de gérer à la fois vie familiale et carrière ? �. �.

Et à ton avis, ça demande quel genre de qualité ? �. �. �.

�. �.

Comment t’y es-tu pris pour la constituer lorsque tu t’es lancée dans cette aventure ? �. �. �.

La foire a  commencé  en octobre 2013. Jusqu’en avril 2013 j’étais seule, et ce n’était plus possible de le rester. Et j’ai commencé à engager, surtout des filles d’ailleurs, grâce à des gens proches qui me donnaient des idées, avec qui je pouvais partager, qui étaient dans l’art. J’avais une amie, surtout, qui m’a beaucoup appris sur l’industrie de l’art que je ne connaissais pas encore très bien à l’époque. �. �.

Toute une culture, des réseaux… �. �. �.

Oui, pour le recrutement de mon équipe, j’ai été aidée par une directrice d’une grande galerie à Londres et une commissaire d’exposition très

Photographie de Shirin Neshat, Goodman Gallery.

Sans doute de savoir déléguer. Je pense que c’est une des règles les plus importantes pour pouvoir faire le maximum de choses. Dans le travail, c’est possible en tout cas. En étant mère de famille, je ne sais pas… �. �.

Dis-moi, en tant que femme, quelle est pour toi la chose la plus difficile et quelle est la meilleure ? �. �. �.

Eh bien, la première chose c’est qu’on est vraiment, quand on a un rôle de leadership dans sa carrière, très honorée par les autres femmes. Elles nous prennent comme exemple, parlent tout le temps de nous, nous invitent à des colloques. En même temps, c’est comme si elles étaient encore très surprises que ça puisse arriver. Il y a presque un oubli de toutes ces femmes incroyables qui ont conquis le monde, bâti, battu des records, obtenu le droit de vote…

27


IN BED WITH TOURIA EL GLAOUI

�. �.

�. �.

Parmi ces femmes incroyables dans l’histoire, certaines t’ont-elles influencée ? Ou bien, tout simplement, tu as toujours senti en toi ce tempérament d’entrepreneuse ?

C’est tout à ton honneur, il faut bien avoir une ligne de conduite.

�. �. �.

J’ai toujours été motivée par le fait d’être une femme active au niveau business. Enfant, je voulais être une businesswoman alors que je ne savais même pas ce que ça voulait dire à l’époque ! En tout cas, je ne me suis jamais posée la question de savoir si ce serait plus dur, plus facile, pour moi parce que je suis une femme. Quand on choisit l’entreprenariat, on choisit aussi une certaine solitude au départ, personne ne pouvait répondre aux questions que je me posais, à la peur que je pouvais ressentir, il fallait juste que j’arrive au bout de l’expérience pour savoir si j’avais raison. Rien à voir avec le fait d’être une femme, en fait.

�. �. �.

Tout-à-fait, et pourtant tout le monde sait qu’il faut avoir 150 galeries pour avoir un business model profitable. Moi je ne suis pas du tout dans ce modèle-là. Si je le posais, ce serait tellement plus facile pour moi. �. �.

Quelle est ton ambition pour les années à venir ? �. �. �.

Eh bien je pense vraiment qu’on est seulement au début de la créativité et de la représentation africaine. Il y a beaucoup de villes d’Afrique où il n’y a encore ni galeries, ni scènes artistiques, donc même si c’est les 40 meilleures galeries que l’on a à Londres, il n’y en a que 40 pour le moment, dont seulement vingt qui sont africaines. Je suis sûre que le continent africain est l’un des plus grands continents du monde, que le chiffre que l’on représente aujourd’hui est ridicule par rapport à dans 10 ou 15 ans. �. �.

C’est une foire en devenir, bien sûr. �. �. �.

Mon prochain projet est de monter la foire dans beaucoup plus de villes où on est invité à le faire, mais dans une version plus légère pour voir si le marché est au rendez-vous. �. �. �. �.

Il y avait combien de galeries à la première édition ?

Justement, à quel moment le fait de rentrer dans un marché ne formate t-il pas, y compris les artistes africains, dans des logiques commerciales ?

�. �. �.

On avait 17 exposants à Londres en 2013. �. �.

Mais ton ambition est d’avoir plus de galeries par la suite ? �. �. �.

Oui, mais en voulant toujours plus de qualité ! �. �.

Donc il y a un choix déjà.

�. �. �.

Pour moi, l’idée de faire un projet parallèle implique que l’esprit de 1-54 demeure car je sais ce que les gens apprécient en venant à la foire : le côté intime, le fait de pouvoir parler aux artistes, de les découvrir, d’avoir un vrai échange avec les galeries, etc. Je suis bien consciente de ce qui fait de 1-54 un succès. Par contre, je sais aussi que le monde de l’art obéit à des règles très précises auxquelles il faut aussi adhérer. De toute façon, ce projet-là ne peut se faire qu’en partenariat avec mes galeries…

�. �. �.

Et on n’est pas forcément aimé lorsque l’on fait ces choix-là. En fait, je voudrais être Art Basel pour l’Afrique, pas une foire dont personne ne se rappellera demain.

28

�. �.

Te souviens-tu du livre, édité par Abdellah Taïa, Lettres à un jeune Marocain ? Dix-huit écrivains ou artistes envoyaient chacun une lettre à un jeune,

Touria El Glaoui, en art fair.


comme s’ils s’adressaient à leur fils, pour l’encourager, ou alors le critiquer, le réveiller, l’inspirer. Si tu devais t’adresser à un jeune artiste en devenir, que lui dirais-tu ?

importantes dès le départ. Moi, j’ai eu la chance

�. �. �.

Tu ne vas pas aimer mon message [rires]. Pour le remettre dans le contexte, il y a une chose que j’ai remarquée, et qui est très importante : peut-être en effet que le système éducatif n’est pas à la hauteur, et on est bien d’accord que l’éducation est à la base de tout, mais c’est à chacun surtout de se donner les moyens d’y arriver, en s’informant, etc. pour évoluer. �. �.

L’information existe aujourd’hui, elle est plus accessible.

d’avoir des cours de dessin quand j’étais jeune, tu vois, des choses stimulantes… �. �.

�. �. �.

Par exemple, quand on est artiste, il y a des occasions incroyables de résidence dans le monde entier qui sont complètement payées pour te donner l’espace de penser, pour pouvoir accéder à des commissaires d'exposition, des gens incroyables qui vont t’aider dans ta carrière. Savoir saisir l’information, c’est le point de départ.

Tu as suivi un système français ? �. �. �.

J’ai fait le système français, après le système un peu arabe avec le Collège royal, mais dans les deux une grande partie était consacrée à la musique. �. �.

À l’éducation artistique. �. �.

Donc “informe-toi” et “développe ta passion” ?

�. �. �.

À l’éducation artistique qui peut-être n’existe plus. �. �. �.

Je dirais aussi qu’il y a des fois où il faut aussi savoir abandonner, parce que tout le monde n’est pas artiste, n’a pas du talent. C’est dur ce que je dis, mais c’est la réalité. En tant qu’artiste aujourd’hui, il est très important de savoir taper aux bonnes portes, ce qui suppose, encore une fois, de s’être informé, d’avoir fait l’effort de le faire.

�. �.

Il y a toujours des choses qui t’inspirent dans une vie, un truc qui te réveille. Peut-être un prof qui te dit quelque chose. �. �. �.

Mais au-delà du fait de s’informer, tu ne crois pas que les jeunes manquent de modèles ?

C’est vrai. Mon père a eu comme prof un grand peintre allemand, réfugié au Maroc pour échapper à l’Holocauste pendant la guerre, qui lui a donné l’amour du dessin. Il avait peut-être 7 ou 10 ans, ça a été comme une graine déposée là.

�. �. �.

�. �.

Oui, mais si tu as besoin d’un modèle, il faut que tu saches lequel choisir. Je suis tellement flattée et humble quand je suis ici parce que tout le monde vient à moi, pourtant je ne me sens pas vraiment légitime pour guider les artistes, ce n’est pas mon rôle à vrai dire.

Toi aussi tu as eu un prof qui t’a inspirée ?

�. �.

�. �. �.

Je ne suis pas quelqu’un de religieux, du tout, mais au Collège royal on avait un professeur de Coran incroyable. Je me suis mise à l’étudier alors qu’on n’était pas du tout religieux chez moi.

�. �.

Pour revenir au système éducatif marocain, s’il y avait une chose à changer, que ferais-tu ?

�. �.

�. �. �.

�. �. �.

Et bien, je ferais des sections artistiques plus

Je suis clairement croyante. Je crois à quelque chose

Vues de la 1-54 Art Fair Marrakech 2019.

Tu es croyante ?

29


MAINTENANT

de plus fort que nous. Je suis sûre qu’il y a quelque chose au-dessus de nous. La religion peut avoir deux rôles, le rôle que l’on voit à la télé aujourd’hui et qui est horrible, et qui sépare les gens et qui crée une haine entre les différentes religions. Elle a aussi le rôle de rassembler les gens car nous sommes tous devenus tellement individualistes. Une des forces de la religion c’est de rassembler et de penser au bien-être de tout le monde, des animaux, de la nature, de tout ce qui nous entoure. �. �.

Est-ce que en tant que femme musulmane, tu parles de ça librement, puisque tu es une figure publique ? �. �. �.

Bien sûr, parce que je suis aussi invitée à parler beaucoup dans les pays musulmans, et comme tu le dis, les gens ont besoin de s’identifier à un modèle. Aux Émirats arabes unis, par exemple, je dis que je suis une femme musulmane, oui, mais je dis aussi que je viens d’un milieu très ouvert d’esprit, d’une famille privilégiée qui n’a pas cherché à m’imposer des rites, des comportements, etc. �. �.

Oui, on n’est pas obligé de rester dans une forme de “religieusement correct”. �. �. �.

Oui, on a beaucoup décrié mon père parce qu’il osait faire du figuratif, et que c’était interdit par le Coran. En tant que bon musulman, il n’aurait pas dû faire ceci et cela. Or quand je suis allée au Qatar, et que j’ai visité le musée islamique, où on trouve les plus anciens Corans, j’ai vu qu’il y avait des images avec la tête du prophète. �. �.

Encore une fois l’ignorance et l’instrumentalisation de l’information par un petit groupuscule qui définit des choses... �. �. �.

Et moi j’ai cru à tout ça, je pensais que mon père ne faisait pas ce qu’il fallait, alors que non. Encore une fois, l’éducation est à la base de tout. �. �.

J’ai un questionnaire beaucoup plus léger pour la fin. Tu me réponds du tac au tac. C’est parti ! Si tu étais un homme le temps d’une journée, tu ferais quoi ? �. �. �.

[Silence]. C’est trop dur, cette question, je n’ai jamais pensé à ce que je ne pouvais pas faire parce que

Mourir Fatmi, Officine Dell’imagine – Gerald Machona, Goodman Gallery – Stand Yossi Milo Gallery – Ernesto Neto, Goodman Gallery


�. �. �.

Clairement, la foire. D’avoir réussi à donner cette visibilité aux artistes du continent africain, et d’avoir compris aussi que c’était quand même une responsabilité de le faire. �. �.

Si tu devais pardonner à quelqu’un, ce serait à qui ? C’est peut-être un peu personnel... �. �. �.

À moi-même. Sur des choses auxquelles j’accorde souvent trop d’importance, alors que ça mérite juste un “let go”. �. �.

Si tu avais le droit à un super pouvoir, tu choisirais lequel ? pensé à ce que je ne pouvais pas faire parce que j’étais une femme ! Je ne sais pas, j’aurais peut-être entrepris quelque chose de très physique, un sport extrême où il faut avoir beaucoup de force.

�. �. �.

Voler [rires]. Je ne sais pas, mais ça serait quelque chose d’assez extraordinaire. Ou, la téléportation pour partir autre part !

�. �.

Un tue-l’amour rédhibitoire ? �. �. �.

Trop d’intimité dans certaines choses de la vie intime. Si je pouvais avoir une salle de bains pour moi toute seule, ce serait parfait. �. �.

Pour toi, l’idéal c’est deux appartements collés ? �. �. �.

Ah oui ! Et si malheureusement les moyens ne sont pas là, c’est clairement deux salles de bains séparées. �. �.

Une expression que tu utilises tout le temps ? �. �. �.

Je dirais “Yes”. Je suis quelqu’un qui dit beaucoup “oui”. �. �.

Une chose que tu aimerais faire avant de mourir ? �. �. �.

Aller à La Mecque. Mais je dis ça parce qu’on a beaucoup parlé de religion. C’est quelque chose d’assez mystique que j’aimerais bien expérimenter : découvrir le lieu lui-même, vivre l’expérience de tous ces gens qui méditent en même temps, qui prient. �. �.

Qu’est-ce que tu considères comme ton plus grand accomplissement dans ta vie ?

Vue de l’exposition de Moataz Nasr, Voice Gallery à La Conserverie.

31


MAINTENANT

32


ENGLISH VERSION MAINTENANT

In bed with Touria El Glaoui Touria El Glaoui founded 1-54, the first contemporary African art fair, in 2013. Six years later, the fair’s three yearly editions – in London, New York, and Marrakech – draw the continent’s most prestigious artists and galleries. Cosmopolitan, Muslim, entrepreneurial, and the Moroccan-born daughter of painter Hassan El Glaoui, Touria has followed an unconventional path. She is a woman of her time, and I was eager to share a more intimate moment with her.

MOUNA ANAJJAR

As we are going to share a more personal moment, I want to start with three essential questions. 1. What kind of a sleeper are you? TOURIA EL GLAOUI

I don’t sleep much, but I sleep at the right time, I think. I am usually in bed before midnight and I wake at first light. M.A.

2. What is the last thing you do before going to bed? T.E.G.

I know it’s bad, but I read my e-mails. I move around so much during the day that the evening is often the only moment when I have time. M.A.

3. And first thing in the morning? T.E.G.

It’s sacred: I go get a coffee and get back in bed to read or listen to the news. I like having that first half hour free of obligations. It’s my moment. When you travel a lot, there is one thing you get really attached to: your home. In my case, my house in London with my routines and my photos, etc.

M.A.

Were you close to your parents? T.E.G.

Yes, I had a different relationship with each of them. I didn’t see much of my father. When I was a child, he worked for the king, so he accompanied Hassan II on his trips, and we would see him on the weekend. Later, he had his exhibitions, so he was here all the time, but he was very busy. But when he was around, he was there for me. It’s funny, I’m one of four sisters, and we all had very different experiences with our parents. I was much closer to them as an adult. M.A.

Where are you in the birth order? T.E.G.

Fourth. The youngest. But since I attended the Collège Royal in Rabat, I didn’t spend much time with my family apart from weekends. The fact that I spent very little time with my parents as a child caught up with me later. I felt like I had to make up for the lost time. M.A.

Did they visit while you were studying in New York?

M.A.

T.E.G.

T.E.G.

M.A.

You’ve lived in London for some time now, but you also have your family’s house in Morocco, where you grew up. Where do you feel most at home? I don’t really think I could move back here because I’ve spent too much time abroad. But in the last three years, since I’ve been coming regularly to Marrakech for long trips, I’ve come to feel that I could live here part time, knowing I could always leave again. Unfortunately, I lost my father last summer, and I have often reflected that the place that felt like home to me was wherever my parents lived.

I chose to study in the US against their wishes. I needed to get far away. They told me they wouldn’t pay for it. Fend for yourself! T.E.G.

Yes. My sister had had a very negative experience in the United States. It was far away, the way of life was too different. But from the age of six, I wanted to go. My father refused, so I found a scholarship and they said, "Fine, but we’ll never come to visit." They stuck to it. They only came for my graduation.

Interview MOUNA ANAJJAR + Photography 1-54 MARRAKECH 2019 / KATRINA SORRENTINO & ADNANE ZEMMAMA

33


IN BED WITH TOURIA EL GLAOUI

M.A.

It was the beginning of your adult life, outside the nest. T.E.G.

Absolutely. And I had some surprises, because I’d lived in a sort of bubble in Morocco. I didn’t want to seek out the same Moroccan milieu in New York. All my friends were very cosmopolitan, and they had a much better sense than I did of what it meant to be a young adult. M.A.

Your time in New York and then London exposed you to the Anglophone influences. Your mother is French, your father is Moroccan, and you grew up in Morocco… Which culture do you feel closest to? T.E.G.

I feel I have an Anglophone mentality and a Moroccan culture. I relate less to my French side, even though I love the south of France, for example, where I spent all my summer vacations. I think I’m a bit of a “world citizen”!

M.A.

Is that when you began thinking about the fair? T.E.G.

Yes, at the time I was already turning the idea of a fair over in my head, because I had just finished working on one of my father’s exhibitions in a museum in London. M.A.

That’s the exhibit that travelled to Marrakech next? T.E.G.

French.

Yes, I put it up at Leighton House Museum first. I wanted to do something in the arts, and I loved working on that exhibit alongside my job. It felt so natural to be in that environment. In 2008, I had already worked on a retrospective on my father and his organization.

M.A.

M.A.

M.A.

In which language do you express yourself most easily? T.E.G.

French is still your native language. T.E.G.

After two weeks here or so, my Arabic gets better, but I really struggle. English is definitely my second language -more so than Moroccan and dialectal Arabic, which I even have trouble reading now, though I used to read and write. If I were to move back to Marrakech, I would take lessons. M.A.

Now let’s talk about your career. You started on a relatively conventional path, working for big companies. T.E.G.

At the time I thought it was important for my CV. I had studied finance, I had an MBA, and it made sense to choose a job that would advance my career when I was in New York. In Europe, I got more entrepreneurial experience working for an English telecom fund. It was fabulous to launch a startup within a bigger company, with enormously experienced people to guide me. I learned a lot. And since the fund had bought a company in Morocco, I went frequently to Casablanca to manage that company.

You took care of all the logistics? T.E.G.

I realized that I would have to pick up the slack as my father began to get tired. And he’s a true artist. During my time in Morocco, I realized I had to do something with his body of work—make an organized catalogue, etc. M.A.

It was a huge undertaking that just kept growing… T.E.G.

And it still isn’t finished…When I began running the fair, I had to slow down. Working on my father’s body of work and on the fair---each is the project of a lifetime! So there’s no end in sight. M.A.

How do you get it all done? Do you have offices in London? A full-time team? T.E.G.

M.A.

Yes, I work on all three fairs with the same team of four people. They are very self-effacing people, even though the fair could never happen without them. I delegate so much—everything, really everything. I have complete confidence in them.

T.E.G.

M.A.

So you went regularly? Yes, and it helped me understand what life was like in that city, working alongside extremely driven Moroccans. It was around 2004 or 2005. I was so happy to

34

spend a lot of time with my mother and father. Next I worked for a big group, Cisco Systems. I was in sales, covering Africa and the Middle East. That’s when I really developed my love of Africa and of entrepreneurship. That’s how I discovered Africa’s local art scene. Then I left because I didn’t necessarily want to be based in a particular country. I love exploring and having the freedom to move from country to country.

How did you go about embarking on this adventure? T.E.G.

The fair launched in October 2013. Until then, I had


worked on it alone, but it couldn’t stay that way. I began to hire people, mostly women, with the help of a committee of friends who worked in the arts, with whom I could share the work and who gave me ideas. I had one friend in particular who taught me a lot about the art industry, which I didn’t know much about at the time. M.A.

An entire culture, and networks… T.E.G.

Yes, for the recruitment of my team, I was helped by a well-known director of a big gallery in London and a well-known curator, Koyo Kouoh, who is like a big sister to me. When I hire for the fair, it’s to do a lot of logistics and lots of project management—not just to meet artists all day long! M.A.

So just women? T.E.G.

Yes, but it wasn’t deliberate. The Americans and the English think that’s great—gender, yes women, etc. We tried to recruit men, but they didn’t come. They weren’t interested. M.A.

Yes, they may have different sensibilities… T.E.G.

Maybe, but I notice that women are found in management positions, and that men, who haven’t necessarily had careers in the arts, are catapulted directly to the top, becoming museum directors… That’s when you say to yourself, it’s not very egalitarian! It’s probably normal for women to slow down at some point when they have children, and maybe they don’t see themselves in higher positions. But do they really give themselves a chance to manage family and a career at once? M.A.

In your opinion what does it take to strike that balance? T.E.G.

Without a doubt, you have to know how to delegate. I think that’s one of the most important rules for being able to do the most possible, at least in terms of work. As a mother, I don’t know… M.A.

Tell me, what is the best thing and the hardest thing about being a woman? T.E.G.

So, the first thing is that we really have a leadership role in the industry. Other women admire us a lot. They see us as role models, they talk about us all the time, they invite us to conferences. At the same time, it’s as though they were still very surprised that this could have happened. They almost forget all the incredible

35


MAINTENANT NOW

women who have conquered and built the world. Those who beat records and got the right to vote… M.A.

Among the incredible women of the past, who has influenced you the most? Or have you simply always felt the entrepreneurial spirit? T.E.G.

When conducting business, being a woman has always been a motivating factor. As a child, I wanted to be a businesswoman, even though I had no idea what that meant at the time! In any case, I never asked myself whether it would be harder or easier for me as a woman. When you choose entrepreneurship, you also choose solitude to a certain extent, at least at the beginning. No one would answer my questions, no one could understand the fear I felt. I just had to go through it to see if I was right. Which had nothing to do with being a woman, actually. M.A.

How many galleries did you have at the first edition? T.E.G.

We had 17 in London in 2013. M.A.

Are you aiming to have even more moving forward? T.E.G.

Yes, but always of a high quality! M.A.

So you’re already being selective. T.E.G.

Right, and it’s tough making these kinds of choices. The truth is, I’d like to become Africa’s Art Basel—not one of those fairs no one remembers. M.A.

It’s to your credit. You have a clear vision. T.E.G.

Exactly. And yet everyone knows that you need to have 150 galleries in order to turn a profit. But I don’t work that way, though it would be much easier to do so. M.A.

What do you want to achieve in the coming years? T.E.G.

Well, I really think we are the outset of African creativity and representation. In many African cities, you still don’t see galleries or an art scene of any kind. So even if we have the 40 best galleries at the fair in London – there are only 40 for now, 20 of them African – I know that the African continent is immense, and that the number I just mentioned will seem ridiculously low in 10 or 15 years. M.A.

So of course, it’s a work in progress.

36


MAINTENANT

37


IN BED WITH MAINTENANT TOURIA EL GLAOUI

T.E.G.

My next project is to set up fairs in the many cities that have invited us to do so. Those fairs would be a little more modest—a way of assessing the demand. M.A.

Speaking of markets: isn’t there a way in which entering the art market pushes African artists into marketingoriented creative endeavors? T.E.G.

To me, the idea of conducting a joint project implies that the spirit of 1-54 will endure. I know what people look forward to when they attend the fairs: the intimacy, the ability to speak to artists, to get to know them, and to engage in genuine conversations with the galleries. I’m well aware that this is what makes 1-54 popular. On the other hand, I know that the art world is organized around very specific rules to which we have to adhere. In any case, this project can only happen in partnership with my galleries… M.A.

In a book edited by Adbellah Taïa, Letters to a Young Moroccan, eighteen writers and artists each sent a letter to a young person, as though to their own child, to encourage, criticize, awaken, or inspire them. If you were to address a young artist in the making, what would you tell them? T.E.G.

You’re not going to like this [laughs]. To give you some context: I’ve noticed one important thing. Although it is perhaps true that the educational system is not up to par—and we agree I am sure that education is the basis of everything—it is one’s individual responsibility to give oneself the means to succeed, by continuing to learn in order to evolve. M.A.

Today, information is out there; it is more accessible. T.E.G.

For example as artists, we have incredible opportunities for residencies throughout the world, all expenses paid, that give you space to think, access to curators. These are incredible people who will help you in your career. Being able to gather information is the first step. M.A.

So “stay informed” and “develop your passion”? T.E.G.

I would also say that sometimes you have to know to give up. Because not everyone is an artist, and not everyone has talent. I know this is hard to hear, but it’s true. As an artist today, you have to know which doors to knock at. This implies, once again, having made the effort to acquire the right information. M.A.

But beyond staying informed, don’t you think young

38

people are lacking role models? T.E.G.

Yes, but if you need a model, you have to know which one to choose. I’m so flattered and humbled when I come here because everyone approaches me. And yet I do not feel legitimate mentoring artists. It’s not really my role, actually. M.A.

Let’s return to education in Morocco. If you could change one thing, what would it be? T.E.G.

Well, I would have students take more art classes right from the beginning. I was lucky to take drawing classes when I was young, very stimulating stuff… M.A.

Were you in a French school? T.E.G.

I was in the French system, and then in the Arabic system for a bit with the Collège Royal. In both schools, a large part of our studies was dedicated to music. M.A.

So to an artistic education? T.E.G.

To a form of artistic education that perhaps no longer exists today. M.A.

Aren’t there always things to inspire or awaken you in a lifetime? Maybe something a teacher says… T.E.G.

That’s true. One of my father’s teachers was a great German painter who came to Morocco to escape the Holocaust. He communicated to him his great passion for drawing. My father was maybe 7 or 10 years old. It was like the teacher had planted a seed. M.A.

Has one of your teachers ever inspired you like that? T.E.G.

I’m not religious at all, but at the Collège Royal, we had a really incredible Coran teacher. I started studying it, even though no one was religious at home. M.A.

Do you believe in God? T.E.G.

Without a doubt. I believe that there exists some entity more powerful than we are. I’m certain that there is something above us. Religion can play two roles: the role we see on TV these days, which is horrible, which separates people and creates hatred between different religions. But it also brings people together. And we’ve all become too individualistic. One of the strengths of religion is to bring us together and to


MAINTENANT

make us care about everyone’s well-being, including animals, nature, and everything that surrounds us. M.A.

As a Muslim woman, do you speak about this freely ever since you’ve become a public figure? T.E.G.

Of course. I’m often invited to speak in Muslim countries, and as you said, people need role models. In the Emirates, for example, I say that I am a Muslim woman, but I also say that I come from a very openminded background, from a privileged family who did not attempt to impose rituals or behaviors… M.A.

Right, we don’t have to stay “religiously correct.” T.E.G.

Yes. My father was often criticized for his figurative works, which are forbidden by the Coran. As a good Muslim man, there were a number of things he could not do. However, when I went to Qatar and saw the Islamic Museum, where you can see the oldest versions of the Coran, I saw they contained images of the prophet.

M.A.

What’s an expression you use all the time? T.E.G.

I’d say “yes.” I say “yes” a lot. M.A.

What is one thing you’d like to do before you die ? T.E.G.

Go to Mecca. But I’m only saying that because we just talked about religion. It’s a mystical journal I’d like to experience: discovering the place itself, living the experience of all these people meditating, praying together. M.A.

What do you consider your greatest life accomplishment? T.E.G.

Clearly the art fair. And managing to give visibility to African artists and understanding that we have a responsibility to do so. M.A.

M.A.

If you had to forgive someone, who would it be? Maybe that’s a little too personal…

T.E.G.

Myself. When I make a big deal out of things that I should really just let go.

Once again, ignorance and manipulation of information by a small group of people who define things… And I believed all that! I thought my father was not doing the right thing, but I was wrong. Once again, education is the basis of everything. M.A.

To finish, I have a set of lighter questions. Just say the first thing that comes to mind.

T.E.G.

M.A.

What superpower would you like to have? T.E.G.

Flying [laugh]. I don’t know, but it would have to be something extraordinary. Or teleportation, so I could go somewhere else.

If you were a man for one day, what would you do? T.E.G.

[Pause] That’s a really tough question! I’ve never thought about what I couldn’t do as a woman. I don’t know, I would probably have taken on a really physical challenge, like an extreme sport where you need a lot of strength. M.A.

Ultimate romantic dealbreakers? T.E.G.

Too much closeness in certain aspects of intimate life. If I could have my own bathroom just for me, that would be perfect. M.A.

Your ideal set-up would be two connected apartments? T.E.G.

Oh yes. And if that’s out of reach financially, at least separate bathrooms.

39


MUSES - ISSUE #8 PART II

MAGNÉTIQUE

MAGNETIC

[MIGHNATISSI]

40 > 53

40


41


MAGNÉTIQUE

Texte + Photographie ÉMILIE RÉGNIER

De Mobutu à Beyoncé

La coiffure est un moyen d’expression. En Côte d’Ivoire, les femmes font de leur mieux pour être une “go” (une femme attirante). Un “go” est une femme qui balance ses épaules ! À son passage, les hommes tournent la tête. Dans les bars, elle boit du champagne. Qu’elles viennent de Yopougon, d’Adjamé ou de Marcoury, elles ne lésinent pas sur les moyens pour se faire belle. Pédicure, manucure, produits pour dépigmenter… et surtout perruques. La coiffure est le privilège de la “go-choc”. Blondes, rouges ou noires, leurs coiffures donneraient envie à Nicki Minaj, Beyoncé ou Rihanna. Ces femmes investissent leurs économies dans des mèches, des extensions, des cheveux naturels ou synthétiques. Il y a plusieurs décennies, le photographe nigérian Okhai Ojeikre a photographié les coiffures nigérianes traditionnelles. Son travail m’a en partie inspiré pour tenter de comprendre la complexité des cheveux des femmes noires. J’ai essayé de démystifier l’influence directe afro-américaine, la part due à la mondialisation et la part relative au décodage africain des informations vues à la télévision. Presque toutes les femmes interviewées à propos de leurs goûts capillaires m’ont dit qu’elles souhaitaient ressembler à Beyoncé, Rihanna et parfois les deux à la fois. Le résultat est unique. Comme dirait Dieudonné, un coiffeur dans un salon Marcoury, “Dis-moi qui tu es et je te dirai quelle coiffure porter”. Toutes les coiffures représentent une fusion entre l'influence afroaméricaine et les interprétations africaines. Pour illustrer cela, j’ai utilisé une technique de photographies locales. Incapables de se procurer un appareil photo numérique, de nombreux photographes ivoiriens travaillent toujours avec des films. Beaucoup d’entre eux sont des photographes de beauté. Caméra autour du cou, ils sillonnent la ville dans le but d’enrichir le vaste répertoire de la myriade de coiffures disponibles sur le marché. Une fois que leurs photos ont été développées dans le laboratoire, ils essaient de les vendre à des coiffeurs pour un prix allant de 75 cents à 1dollar. Pour faire des économies, ils impriment le même cliché d’une même coiffure en double. J’ai choisi ce sujet parce que je comprends un peu ce que ces femmes recherchent à travers la coiffure. Une partie de notre identité est inhérente à notre image et notre image est définie par notre attitude. Dans la Bible, Dalila coupe les cheveux de Samson et perd instantanément sa force légendaire. La métaphore est encore valable aujourd’hui, du moins pour les femmes noires pour qui l’amalgame de la coiffure et du pouvoir vont de pair.

42


MAINTENANT

43


44


QUIZ MUSES EXPRESS Émilie Régnier

Femme ? Pouvoir, les femmes sont la force qui génère les changements dans les sociétés. Beauté ? La vraie beauté n’est pas physique : elle vient du rayonnement intérieur. Mode & Style ? On ne choisit pas la peau dans laquelle on naît. Pour moi la mode est une seconde peau qu’on décide de porter à la face du monde, une façon pour l’âme de s’exprimer. Chevelure ? Un ornement. Identité ? Multiple. Elle se bâtie au contact des gens. Héroine ? Ma mère. Beyoncé ? Une reine ! Rêve ? Un monde daltonien, indifférent à la couleur.

BRIGITTE ADJOUA, ABIDJAN - 2014

45


46


DANIELLE BABOU, ABIDJAN - 2014

47


48


SANDRA MELESS, ABIDJAN - 2014


50


MARIAM SIDIBÉ, ABIDJAN - 2014

51


Text + Photography ÉMILIE RÉGNIER

ENGLISH VERSION MAINTENANT

From Mobutu to Beyoncé

Hairstyle is a means of expression. In Côte d'Ivoire, women go out of their way to be a “go” (a good looking girl). A “go” is a woman who sways her shoulders! As she walks by, men turn their heads. At bars, she drinks champagne. Whether they come from Yopougon, Adjamé or Marcoury, they do not skimp on the means to make themselves beautiful. Pedicure, manicure, depigmentation products, and especially wigs. Hairstyle is the privilege of the “go-choc.” Blonde, red or black, their hairdos would be the envy of Nicki Minaj, Beyonce or Rihanna. These women invest their savings in highlights, extensions, natural or synthetic hair. Several decades ago, Nigerian photographer Okhai Ojeikre photographed traditional Nigerian hairstyles. I was partially inspired by his work to try to understand the complexities of the hair of black women. I tried to demystify the direct African-American influence, the part owed to globalization, and the part relating to the African decoding of information seen on television. Almost all women interviewed about their hair tastes told me that they wished to look like Beyonce, Rihanna, and sometimes both at once. The result is unique. To quote Dieudonné, a hairdresser in a Marcoury salon, “Tell me who you are and I will tell you what hairstyle to wear.” All the hairstyles represent a fusion between African-American influence and African interpretations. To illustrate this, I used a technique of local photographs. Unable to afford a digital camera, many Ivorian photographers still work with film. Many of them are beauty photographers. Camera around the neck, they crisscross the city with the goal of enriching the vast repertoire of the myriad hairstyles available on the market. Once their photos have been developed in the laboratory, they try to sell them for a price ranging between 75 cents and $1 to hairdressers to illustrate their book. To save a little, they print two perspectives of the same hairstyle on each print. I chose this topic because I somewhat understand what these women are seeking through hairstyle. Part of our identity is inherent to our image, and our image is defined by our attitude. In the Bible, Delilah cuts Samson’s hair and instantly loses his legendary strength. The metaphor still applies today, at least to black women for whom the amalgam of hairstyle and power go hand-in-hand. QUIZ MUSES EXPRESS ÉMILIE RÉGNIER WOMAN?

Power, women are the force that generates change in societies. BEAUTY?

True beauty is not physical ; it comes from the inner radiance. FASHION & STYLE?

We do not choose the skin in which we are born. For me, fashion is a second skin that we decide to bring to the face of the world ; a way for the soul to express itself. HAIR?

An ornament. IDENTITY?

Multiple. It is built in contact with people. HEROINE?

My mother. BEYONCÉ?

A queen! DREAM?

A colour-blind world.

52


MAINTENANT

53


MUSES - ISSUE #8 PART III

MAESTRO

MASTER

]MAHER[

54 > 77

54


55


MAINTENANT MAESTRO

8 F����� F����� Z������� S���� E����� G������� S���� Y������ A����� F����� M������ A���� A������� S���� M����� C������� H�����

Propos recueillis par MOUNA ANAJJAR

56


MAINTENANT

8 A������� � 8 Œ����� Huit femmes, huit artistes marocaines splendides aux parcours hétéroclites. Leur travail a conquis le gotha international de l’art contemporain. Ici, chacune devient spectatrice de son œuvre et nous en raconte l’histoire.

57


8 FEMMES, 8 ARTISTES X 8 ŒUVRES

F����� Z������� En suspension II, 2019

“Avant de choisir une pierre à dessiner, j’en collecte une centaine, j’observe leurs petits cratères, leurs petites failles, je les prends en photo pour voir comment elles réfléchissent la lumière, pour n’en choisir qu’une ou deux. Au début, lorsque j’ai suspendu la pierre, c’était assez intriguant, j’avais besoin de défier les lois de la gravité, de travailler avec cette notion de poids et de masse, et de doter de légèreté un matériau qui n’en a absolument pas au départ. Cela m’évoque une forme d’équilibre un peu instable, il y a toujours comme un souffle de menace, une impression que le fil peut craquer, ou que la pierre peut lâcher…”

© Fouad Maazouz

Fatiha Zemmouri vit et travaille entre Casablanca et Tahanaout.

58


En suspension II, 2019 ENCRE - 168 X 118 CM Courtesy GALERIE KATHARINA MARIA RAAB (BERLIN) / 1-54 ART FAIR MARRAKECH

59


MAESTRO

S���� E����� Invisibles, 2011

“Cette installation in situ est composée d’une centaine de structures métalliques très fines, accrochées au plafond. À partir d’elles sont suspendus des milliers de fils blancs en coton, soutenant des petites reproductions photographiques d’yeux humains. J’ai particulièrement utilisé des yeux de femmes, suite à une réflexion sur la notion de visibilité/invisibilité de ces dernières dans notre société. J’ai souhaité accentuer cette ‘présence/absence’ dans un espace complexe et fragile à la fois, visiblement impénétrable, avec des regards figés, suspendus, et poussés à leur extrême limite.”

© CAAM Nacho Gonzales

Safaa Erruas vit et travaille à Tétouan.

60


© CAAM Nacho Gonzales

Invisibles, 2011 DIMENSION VARIABLE Courtesy CULTURESINTERFACE

61


8 FEMMES, 8 ARTISTES X 8 ŒUVRES

G������� S���� Histoires de Tripes 026, 2018

“Cette œuvre représente pour moi la force et la fragilité. Elle est faite de fonds de bouteilles en plastique, et de fils de fer. Le tout est brodé de fils de soie. Ces éléments sont ensuite attachés à une matrice en grillage métallique dont j’ai au préalable modelé la forme. C’est une pièce que je trouve intense et harmonieuse. Elle dégage une force, beaucoup de force je trouve… et à la fois, une réelle fragilité. La présence de pics autour laisse deviner cette fragilité, elle nous intime qu’elle a besoin de se protéger. Car malgré sa force, sa partie la plus dense, la plus profonde, la plus intime ; celle qui représente les entrailles féminines, la porte sacrée, est à la fois accessible et libre.”

© Katia Sahli

Ghizlane Sahli vit et travaille à Marrakech.

62


© David Bloch

Histoires de Tripes 026, 2018 183 X 122 X 30 CM Courtesy PRIMO MARELLA GALLERY (MILAN) / 1-54 ART FAIR MARRAKECH

63


MAESTRO

Y������ A����� Sediments, White & Gold Trio 1, 2017

“Cette pièce fait partie de ma série ‘Sediments’, ses compositions abstraites évoquent de vastes paysages minéralogiques vus du ciel, que je recouvre d’un mélange de matières organiques et minérales -sel, sable, gravier, géodes de l’Atlas-, de peinture acrylique et de pigments purs ; ou de matériaux ramassés dans la palmeraie de Marrakech : ossements de chameaux, morceaux de polystyrène, tesselles, éclats de céramiques… Les pièces rappellent les décombres d’un village ancien, une civilisation défunte, des images de destruction, un possible désastre humain mais aussi peut-être encore l’image d’un monde végétal ou celle d’une division cellulaire… tout en restant stellaire, cosmique. Chaque tableau est un portrait du monde dans lequel nous vivons : deux couches se superposent, l’une délicate et fragile, l’autre plus forte et presque violente.”

© Marco Guerra

Yasmina Alaoui vit et travaille entre New York et Marrakech.

64


© Marco Guerra

Sediments, White & Gold Trio 1, 2017 182 X 249 CM Courtesy OPERA GALLERY (NEW YORK)

65


8 FEMMES, 8 ARTISTES X 8 ŒUVRES

F����� M������ Bouzbir, Utérus #01, 2018

“À partir d’une carte postale coloniale, cliché de Marcellin Flandrin représentant des femmes prostituées assises aux abords d’une ruelle de Bouzbir à Casablanca, j’ai retravaillé une trame composée d’un utérus malformé, symbolisant les matrices malades du colonialisme. Ces femmes, à une époque de colonisation, étaient la propriété de l’armée française. Enfermées dans le quartier de Bouzbir, elles subissaient toutes formes de domination - politique, économique, militaire, culturelle, masculine et enfin sexuelle. Mais pour moi, ces femmes sont des Résistantes. Lorsque je regarde cette image, elle réveille en moi une valeur fondamentale, le droit à la liberté. C’est pourquoi, en tant qu’artiste, il était essentiel de leur donner une autre voix, leur faire raconter une autre histoire, et certainement l’humble début d’une résilience.”

Fatima Mazmouz vit et travaille entre le Maroc et le sud de la France.

66


Bouzbir, Utérus #01, 2018 TIRAGE NUMÉRIQUE CARTE ANCIENNE SUR CANSON PLATINE FIBRE RAG - 30 X 50 OU 50 X 100 CM Origine FLANDRIN CASABLANCA, “LE QUARTIER RÉSERVÉ - DANS L’ATTENTE” Courtesy FATIMA MAZMOUZ / GALERIE 127

67


MAESTRO

A���� A������� Bruits, 2018

“Bruits est une installation de matières, de mots et de sons née à la suite d’un atelier de tissage que j’avais conduit en 2016 en collaboration avec des maâllmates d’Assilah, Shafiah Benaïssa et Mohamed Rachdi, dans le désir d’une restitution commune. Cette œuvre représente l’approche collaborative qui est devenue inhérente à mon travail. Seize femmes, gardiennes et détentrices de savoir-faire précieux, ont tricoté, tressé… ce qui est devenu une bibliothèque géante d’émotions, une sorte de membrane enfermant des moments de partage et de joie. Le mouvement accompagnait les rires -il y a une rigueur dans le jeu !-, c’était magique. Cette œuvre me reflète dans sa diversité. Il y a sa dimension architecturale, mais il y a aussi mon amour de l’échange et du partage ; la matière visible, mais aussi l’invisible.”

© Hazem Treasure

Amina Agueznay vit et travaille à Casablanca.

68


© Guy Thimel

Bruits, 2018 210 CAISSONS 50 X 50 X 25 CM MATERIAL INSANITY, MACAAL 2019 / Courtesy FONDATION DU FORUM D’ASSILAH

69


8 FEMMES, 8 ARTISTES X 8 ŒUVRES

S���� M����� Amazigh, Aouchem Main, 2017

“Cette image combine un autoportrait et des dessins inspirés par les symboles des tatouages amazighs. Autrefois dans cette culture -avant que le tatouage ne soit interdit au nom de l’Islam-, la femme était telle un ‘sanctuaire vivant’. Sa peau était porteuse des traditions de sa tribu, de sa culture et de ses sentiments. Le tatouage exprimait tout cela et permettait d’identifier son origine tribale. Mon enfance garde les souvenirs des symboles sur les murs de la maison de ma grand-mère maternelle à Khénifra. J’ai toujours été fascinée par leur langage et la beauté de leurs formes. Les apposer sur mon corps s’est naturellement imposé à moi dans ce processus de recherche, tel un besoin de porter fièrement mon identité et ma culture amazighes.”

© M’hammed Kilito

Safaa Mazirh vit et travaille entre Rabat et Casablanca.

70


Amazigh, Aouchem Main, 2017 TIRAGE EN PIEZOGRAPHIE SUR PAPIER CANSON - 30 X 50 OU 60 X 100 CM Courtesy SAFAA MAZIRH / GALERIE 127

71


MAESTRO

C������� H����� Poème court #1, 2019

“J’ai réalisé ce dessin à la suite d’un voyage fascinant et étrange en Andalousie, durant lequel je retrouvais le Maroc dans chaque architecture. Une histoire que je ne connaissais qu’à travers des récits, s’ouvrait sous mes yeux ébahis par tant de raffinement et de poésie. Je me suis mise à rêver ce monde… Ce dessin représente un intérieur ouvert sur un paysage. La fontaine est vide, mais à l’extérieur, des étendues d’eau et des rivages dominent. Ce que j’aime le plus, c’est d’imaginer ce à quoi pourrait ressembler l’extérieur de cette bâtisse si nous étions sur les bateaux dessinés. Encore une histoire de ce que l’on voit, ce que l’on suppose voir, ou ce que l’on aimerait voir. Un poème court qui nous placerait face à nous-même. Car les paysages que nous supposons ne sont que les reflets des pensées qui nous façonnent. Et il y a toujours des parts de soi-même que l’on ne connaît pas. Nous les rencontrons dans ce que j’appellerai la pratique du monde…”

© Ulrike Monso

Chourouk Hriech vit et travaille à Marseille.

72


Poème court #1, 2019 ENCRE DE CHINE SUR PAPIER - 65 X 51CM Courtesy GALERIE ANNE SARAH BÉNICHOU

73


ENGLISH MAINTENANT VERSION

8 women, 8 artists x 8 works of art

Safaa Erruas

En suspension II, 2019

Invisibles, 2011

“Before picking a stone to draw, I gather about a hundred. I take note of their small cavities and indentations. I photograph them to understand how they reflect light. In the end, I only pick one or two.

“This installation is made up of dozens of very thin metal structures hanging from the ceiling. From these, I suspended thousands of white cotton threads, to which I attached small photographs of human eyes.

© CAAM Nacho Gonzales

Fatiha Zemmouri

When I first hung the stone, I was rather intrigued. I needed to defy the laws of gravity and to work with the concepts of weight and mass. I had to make weightless an object that had no lightness to begin with. It struck me as a slightly precarious sort of balance. There always lingers an element of threat, a feeling that the thread could snap, that the stone could drop…”

I used women’s eyes for the most part, after reflecting on the dichotomy of women’s visibility and invisibility in our society. I wanted to highlight their presence and absence by creating a space of simultaneous complexity and fragility, visually impenetrable, where fixed stares are suspended and pushed to their limits.”

Zemmouri lives and works between Casablanca and Tahanaout.

Erruas lives and works in Tétouan.

En suspension II, 2019 ENCRE - 168 X 118 CM Courtesy GALERIE KATHARINA MARIA RAAB (BERLIN) / 1-54 ART FAIR MARRAKECH

74

Invisibles, 2011 DIMENSION VARIABLE Courtesy CULTURESINTERFACE


MAINTENANT

Eight women, eight phenomenal Moroccan artists with unlikely life stories. Their work has conquered the high circles of the contemporary art world. Here, each artist becomes a viewer of her own work and tells us the story of its creation.

Histoires de Tripes 026, 2018

Sediments, White& Gold Trio 1, 2017

“For me, this piece is a symbol of strength and fragility. I made it with cut up plastic bottles and tubes and wire, all of which I embroidered with silk. I then attached these elements to a metal structure I had built in advance. It is an intense and harmonious piece. It emanates strength, a lot of strength, I think. And, at the same time, real fragility. The picks around the object suggest that fragility -they indicate to us that it needs to protect itself. Because despite its strength, the densest, deepest, most intimate part, which represents the feminine womb and the sacred gate, is both accessible and free.” Sahli lives and works in Marrakech.

© Marco Guerra

Yasmina Alaoui

© David Bloch

Ghizlane Sahli

“This piece is part of a series, “Sediments,” of abstract compositions that suggest vast mineralogical landscapes seen from the sky, which I cover with a mix of organic and mineral matter -salt, sand, gravel, geodes from the Atlas-, with acrylic paint and pure pigments, but also with materials gathered in Marrakech’s palm grove: camel bones, pieces of polyester, bits of colored glass, and chips of ceramic. The pieces bring to mind the ruins of an ancient village, a lost civilization -images of destruction, possibly a human disaster- as well as images of the floral world, or of cell division; all the while remaining stellar, cosmic. Each frame is a portrait of the world in which we live: two layers are superposed, one delicate and fragile, the other stronger and almost violent.” Alaoui lives and works between New York and Marrakech.

Histoires de Tripes 026, 2018 183 X 122 X 30 CM Courtesy PRIMO MARELLA GALLERY (MILAN) / 1-54 ART FAIR MARRAKECH

Sediments, White & Gold Trio 1, 2017 182 X 249 CM Courtesy OPERA GALLERY (NEW YORK)

75


8 WOMEN, 8 ARTISTS MAINTENANT X 8 WORKS OF ART

Amina Agueznay

Bouzbir, Utérus #01, 2018

Bruits, 2018

“Working from a colonial postcard, a photograph by Marecellin Flandrin featuring prostitutes on the sides of an alleyway in the Bousbir district of Casablanca, I reworked a frame crisscrossed with misshapen uteri, which symbolizes the diseased structures of colonialism.

“Noises is a piece of installation art made up of words and sounds, born out of a weaving workshop I led in 2016 in collaboration with the maâllmates (master artisans) of Assilah, Shafiah Benaïssa and Mohamed Rachdi, with the aim of creating a common artifact. This piece represents the collaborative approach that has become intrinsic to my work. Sixteen women, keepers and guarantors of a precious craft, have sewn and woven what became a giant library of emotions, a sort of membrane that encloses shared moments of joy. As we created, we also shared laughter -playing is one way to be rigorous!-, which made it a magical moment.

© Guy Thimel

Fatima Mazmouz

These women, at the height of colonialism, belonged to the French army. Locked inside the Bousbir district, they suffered all forms of domination: political, economic, military, cultural, patriarchal, and sexual. But to me, these women are rebels. When I see this image, it awakens one of my fundamental values: the right to liberty. That is why as an artist, I made it a priority in my work to give them another voice, to have them tell a different story: that of the humble beginnings of resilience.” Mazmouz lives and works between Morocco and the south of France.

The diversity of the piece is a reflection of myself. There is an architectural aspect to it, but it also embodies my love of generosity and shared experiences; both the visible material world, and the realm of the intangible.” Agueznay lives and works in Casablanca.

Bouzbir, Utérus #01, 2018 TIRAGE NUMÉRIQUE CARTE ANCIENNE SUR CANSON PLATINE FIBRE RAG - 30 X 50 / 50 X 100 CM Origine FLANDRIN CASABLANCA, “LE QUARTIER RÉSERVÉ - DANS L’ATTENTE” Courtesy FATIMA MAZMOUZ / GALERIE 127

76

Bruits, 2018 210 CAISSONS 50 X 50 X 25 CM Courtesy MATERIAL INSANITY, MACAAL / FONDATION DU FORUM D’ASSILAH


MAINTENANT

Safaa Mazirh

Chourouk Hriech

Amazigh, Aouchem Main, 2017

Poème court #1, 2019

“This image combines self-portrait and drawings inspired by Berber women’s tattoos. In Amazigh culture, before tattoos were forbidden in the name of Islam, women were considered “live sanctuaries”. Their skin bore the tribe’s traditions, culture, and emotional heritage. By expressing all that, tattoos made it possible to identify a woman’s tribal origin.

“I made this drawing after a bizarre and fascinating trip to Andalusia, where I caught glimpses of Morocco everywhere in the architecture. The history of that region, which I only knew through stories, came alive to me as my eyes took in so much refinement and poetry. I began to dream up this world… The drawing shows an interior space opening out onto a landscape. The fountain inside is empty, but bodies of water and coastlines dominate the outside landscape. What I love most is to imagine what the building might look like from one of the ships I drew outside.

I cherish childhood memories of these symbols painted on the walls of my grandmother’s house in Khenifra. I was always fascinated by their language and by the beauty of their shapes. Pasting them onto my body seemed like a natural step in my process, like a need to proudly carry my Amazigh identity and culture.” Mazirh lives and works between Rabat and Casablanca.

It’s always a matter of what we see, what we imagine we see, and what we wish to see. It’s a short poem that places us face to face with ourselves. Because the landscapes we imagine are only the reflection of the thoughts that make up who we are. And there are always parts of ourselves that we do not know. We meet these parts in what I would call experiences of the world.” Hriech lives and works in Marseille.

Amazigh, Aouchem Main, 2017 TIRAGE EN PIEZOGRAPHIE SUR PAPIER CANSON - 30 X 50 / 60 X 100 CM Courtesy SAFAA MAZIRH / GALERIE 127

Poème court #1, 2019 ENCRE DE CHINE SUR PAPIER - 65 X 51CM Courtesy GALERIE ANNE SARAH BÉNICHOU

77


MUSES - ISSUE #8 PART IV

MAGIQUE

MAGICAL

]SA’HER[

78 > 95

78


79


Text JASMIN VERDÈS Portrait CAROLE DESBOIS Courtesy of the artist

MAGIQUE

L� ������� �� B����� Portfolio

Billie Zangewa, 46 ans, artiste originaire du Malawi qui vit et travaille à Johannesburg, utilise principalement des chutes de soie brute pour des collages complexes, brodés à la main. Elle créée des compositions figuratives qui explorent son identité multidimensionnelle, défiant le regard stéréotypé -parfois exotique-, et les discours instrumentalisés sur la femme noire. Dans ses tableaux tapisseries au style coloré, elle dépeint des scènes du quotidien, dans lesquelles elle se met souvent en scène. Des récits intimes sans grands gestes ni déclarations pompeuses, plutôt le quotidien d’une femme indépendante dans toute sa banalité et son universalité. _BILLIES’ DIARY Billie Zangewa, 46, is a Malawian artist who works in Johannesburg. She works primarily with raw silk to create intricate hand-embroidered collages. Her figurative compositions explore her own multidimensional identity, defying the stereotypical, exoticizing gaze and discourse often imposed on black women. She often includes herself in her colorful textile depictions of everyday scenes. The intimate works are devoid of grand gestures or pompous declarations. Instead, they offer a window into the daily rituals of an independent woman, showing them in all their banality and universality.

80


MAINTENANT

81


BILLIES’ DIARY

82

Stolen moments, 2017 Silk tapestry - 119 x 138 cm


Every woman, 2016 Silk tapestry - 136 x 98,5 cm

83


84

Mother and child, 2015 Silk tapestry - 137 x 125 cm


Signs of rain, 2011 Silk tapestry - 77 x 80 cm

85


PORTFOLIO

86

Afternoon Delight, 2018 Silk tapestry - 110 x 198 cm


The rebirth of the black venus, 2010 Silk tapestry - 127 x 103 cm

87


MAINTENANT

88


MAGIQUE

A����� C������� Cultural Calendar

@ M���� Y��� S���� L������ JUSQU’AU 2 JUIN 2019

“CHRISTO : FEMMES 1962-1968” Le Musée Yves Saint Laurent Marrakech présente la première exposition monographique de Christo au Maroc, ainsi que sa première exposition dans un musée consacré à la mode. Un ensemble d’œuvres liées à la femme et à la mode, créées par l’artiste entre 1962 et 68, y seront réunis, dont des collages et des dessins préparatoires pour certains inédits, ainsi qu’une sculpture originale, l’emblématique Wedding Dress créée en 1967. 16 JUIN - 8 OCTOBRE 2019

“DESERT DESIGN” Une sélection de tapis contemporains extraordinaires tissés par les Aït Khebbach, tribu qui se déploie aux confins du sud-est marocain, aux portes du Sahara. Le réemploi des matières, la vivacité des couleurs comme la modernité des motifs, attestent de la créativité remarquable des tisseuses berbères qui contraste avec l’environnement austère et minimal dans lequel elles évoluent.

89


MAINTENANT

90


MAINTENANT

SÉBASTIEN PRESCHOUX Aconite, 2018 @ David Bloch Gallery

@ D���� B���� G������ 22 MAI - 28 SEPTEMBRE 2019

SUMMER GROUP SHOW Cette exposition est l’occasion de (re)découvrir les artistes résidents et les thèmes de prédilection de la galerie, qui sont mis à l’honneur : la lettre et la calligraphie, l’abstraction et l’imaginaire, l’art optique et l’abstraction géométrique. @ M����� �� �� P����������� JUSQU’AU 30 DÉCEMBRE 2019

TRÉSORS PHOTOGRAPHIQUES DU MAROC La Maison de la Photographie fête son 10ème anniversaire avec une sélection exceptionnelle de tirages photographiques des années 1860 -les premières photographies réalisées au Maroc- jusqu’aux années 1960. Papiers albuminés de 1870, plaques de verre et autochromes, photographies argentiques illustrent l’histoire de la photographie d’un Maroc visité, parcouru, par de nombreux photographes dont les archives témoignent souvent d’une passion marocaine. JEAN BESANCENOT Parure de bijoux d’or d’une citadine arabe de Fès, 1939

91


CULTURAL CALENDAR

CYRUS KABIRU - Another Mask, 2017l

@ M����� JUSQU’AU 22 SEPTEMBRE 2019

“MATERIAL INSANITY” Cette exposition collective, inaugurée en février dernier lors de la 1:54, réunit les œuvres de 34 artistes dont Hassan Hajjaj (Maroc), Ibrahim Mahama (Ghana), Frances Goodman (Afrique du Sud) et Nari Ward (Jamaïque), travaillant tous sur différents médiums. À travers des installations réalisées à partir d’objets du quotidien -comprenant de nouvelles œuvres in situ et commissionnées par le MACAAL-, l’exposition révèle comment les artistes du continent africain et de sa diaspora interprètent et réinventent les biographies d’objets et de matériaux pour refléter le contexte social, politique ou économique de leur expérience propre.

92


SAID CHAIR MOHAMED - Wonder Woman, 2018

@ M�������� / J����� R���� 22 AVRIL - 15 JUIN 2019

XXL #3 : MOHAMED SAID CHAIR, POES & SKUNKDOG La Fondation Montresso présente la troisième édition de l’exposition collective XXL, un rendez-vous artistique annuel autour de la question de la monumentalité. La notion de démesure, illustrée par le prisme de l’art figuratif, dévoile une expérience immersive initiée par la vision de trois artistes. Trois dialogues percutent ainsi l’espace, les œuvres picturales et sculpturales in situ envahissent les murs, le sol et l’extérieur. 20 MAI - 16 JUIN 2019

KOKIAN “PLAY WITH ME” Un projet de fin de résidence autour du “Tarot africain” : une manière de jouer avec les cartes habituelles du tarot en créant une série d’œuvres uniques dédiées à chacune des 54 cartes à jouer. 22 JUIN - 14 JUILLET 2019

LA COLLECTIVE Projets en cours de résidence des artistes Les Canailles, Ignacio Lobrera et Thibault Laget-Ro, La Collective est un premier regard sur les recherches des différents artistes.

93


94


AGENDA CULTUREL

@ M����

@ N��� ��� B����

JUSQU’AU 20 FÉVRIER 2020

JUSQU’AU 6 JUIN 2019

“TIRAGES MULTIPLES D’UN PAYS SINGULIER” Un siècle de photographies sur la Vie et l’Art du Maroc (1870-1970), une collection répartie sur huit chapitres/salles : des clichés inédits -de Tanger et Tétouan, premiers champs d’action des photographes, jusqu’aux ksars vers les confins du Sahara ou sur les flancs tumultueux du Rif-, qui révèlent une réalité quasi immuable, mais aussi une liberté photographique croissant proportionnellement à la découverte du pays.

EXPOSITION COLLECTIVE Des artistes d’ici et d’ailleurs, riches de leurs inspirations, proposent des itinéraires différents à travers leurs créations : Abdelkarim Al Azhar, Florence Arnold, Rachid Bakkar, Ahmed Ben Ismail, Salah Benjkane, Hicham Benohoud, Mahi Binebine, Hassan Echair, Ahmed El Amine, My Youssef Elkahfai, Ahmed Hayani, Tibari Kantour, Keya, Aziz Lkhattaf, Mohamed Mourabiti, Hassan Nadim, Monia Touiss, Christophe Ronel, … 7 - 30 JUIN 2019

@ C������� ��� M���� G������ JUSQU’AU 15 JUIN 2019

POÉSIES AFRICAINES “La mélancolie est le plus légitime de tons poétiques” écrivait Edgar Allan Poe, cette exposition évoque cette tristesse indéfinie que l’on éprouve face à la fuite du temps, le bouleversement de nos sociétés, les blessures du passé, et surtout les incertitudes de l’avenir. Les artistes Marocains Mohamed Kacimi, Larbi Cherkaoui, Mustapha Akrim, Youness Atbane, Hassan Bourkia, Mohamed Arejdal, Khalil Nemmaoui et Simohamed Fettaka, abordent la thématique originalement et sous différents angles.

EXPOSITION DE DEUX ARTISTES NAÏFS Découvrons les peintures de Bachir Ben Allal, fils du célèbre peintre autodidacte Mohamed Ben Allal, et de Hafida Zizi, dont le travail s'inspire de Chaïbia Talal. @ M�������� 27 OCTOBRE 2019

IRONMAN 70.3 MARRAKECH Une date à retenir, car Marrakech sera le théâtre de l’une des courses les plus prestigieuses de la planète, et deviendra ainsi la première ville au Maghreb à accueillir un Ironman 70.3 et des athlètes venus de tous les coins du globe.

SIMOHAMMED FETTAKA, 2018 @ Comptoir des Mines Galerie

95


MUSES - ISSUE #8

Thank you and see you soon!

96


D I O R . C O M - +2 12 5 2 2 7 9 6 6 8 3 I C o u r t e s y o f S h e i l a H i c k s a n d S i k k e m a J e n k i n s & C o ., N e w Yo r k


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
MIM By La Mamounia 8 by Maison Mim - Issuu