Le magazine
du bien-être et du développement durable
06/2015
NUTRITION Les superaliments ont-ils vraiment des vertus que nos produits locaux ne possèdent pas? Pas si sûr…
BOUGEZ ! Une meilleure posture, une souplesse et un bien-être accrus: un objectif accessible par l’entraînement des fascias.
Question de goût Du jardin au labo, voyage au pays des arômes et des saveurs
Les marques Migros r茅pondent au go没t des Suisses.
Michael Erismann, Responsable de projet Frey
www.elabore-chez-nous.ch
ÉDITORIAL
Envie de nouveauté Six ans et déjà grand
Imaginez-vous débarquer à New York en parfait inconnu, dont personne n’aurait jamais entendu le nom. Et que six ans plus tard, près d’un million de New-Yorkais vous connaissent. Comment une telle chose estelle possible? Peut-être avezvous parlé de sujets qui intéressent les gens. C’est ce qui s’est passé avec Vivai depuis son lancement en 2009. Selon l’étude d’audience 2015 de Publicom, le nombre de lecteurs a atteint 980000. Nous en sommes bien sûr ravis. Merci à vous tous! Voici de quoi avait l’air notre premier numéro:
Photo de couverture: Getty Images (montage: Vivai) © Roland Tännler
Dans de beaux draps
Le dernier numéro de Vivai, consacré au sommeil, compte parmi les préférés. Je reviens volontiers sur ce thème passionnant avec un chant de louanges pour les linges de lit haut de gamme. Un luxe, certes, mais quel bonheur que de sentir le contact d’une belle étoffe (de préférence bio) qui vous enveloppe des pieds à la tête… Bien plus satisfaisant qu’un nouveau sac à main!
Chère lectrice,cher lecteur, «Heu… c’est quoi ça?» Seuls les enfants osent une remarque aussi directe quand ils ne comprennent pas ou n’aiment pas quelque chose. Lorsque l’on avance en âge, les propos se modèrent. On passe au «très intéressant», simulant l’appro bation, ou au «ah oui, maintenant que tu le dis!» Des réactions que l’on entend aussi à table. Surtout depuis qu’il est tendance de se frotter à l’art d’identifier les saveurs. Lorsqu’un cuisinier amateur sert un mets qui «marie la légère acidité de la canne berge à la douceur parfumée d’un miel fraîchement centrifugé», les papilles gustatives des convives, souvent dépassées, s’affolent devant le défi. La plupart des gourmets se concentrent sur les goûts qui se développent en bouche, mais il y en a toujours un pour surenchérir: «Pour moi, les canneberges cara mélisées révèlent une subtile note de vanille». Ce genre de réflexion me laisse perplexe et, en général, je ne réagis pas. Parfois, j’ose la provocation: «Seuls les ventres pleins peuvent parler saveur!» Et c’est ce que nous faisons dans cette édition. Car le goût est bien plus qu’un thème à la mode. Nous poussons les portes de l’univers des arômes. Véritables séducteurs des sens, ceuxci s’avèrent pourtant parfois trompeurs. Récemment, l’une de mes collègues s’est extasiée devant ma sauce à salade: «Elle est délicieuse. Bien relevée sans être trop salée. On dirait un carré d’herbes aromatiques». Ce petit feu d’artifice d’arômes sortait en fait d’un sachet. Il m’avait suffi d’ajouter un peu d’huile et de vinaigre. Si vous n’êtes pas un maître de la prose gourmande, mais que la forme est importante pour vous, nous avons un sujet tout indiqué: les fascias (page 50 et suiv.). Ils ne se goûtent peutêtre pas, mais ils se sentent… Bonne lecture!
Rédactrice en chef Vivai 6/15
3
Les marques Migros préservent les souvenirs d’enfance.
Urs Buchegger, Responsable Développement Glaces, Midor
www.elabore-chez-nous.ch
APERÇU
Impressum Editeur: Fédération des coopératives Migros Directeur des médias Migros: Lorenz Bruegger Directeur des éditions: Rolf Hauser Directrice des publications: Monica Glisenti Rédactrice en chef: Susanna Heim Adjointe: Christine Kunovits Rédaction: Lukas Hadorn, Imelda Stalder, Daniel Stehula Edition française: Sylvie Castagné Edition italienne: Cora Gianolla Directrice artistique: Dora Siegenthaler Rédactrice photo: Cornelia Thalmann Traitement d’images: Reto Mainetti Révision (F): Martine Rivier
40 La journaliste Petra Koci est partie en excursion dans la paisible vallée de Safien, avec des lamas cnantants.
Adresse de la rédaction: Magazine Vivai, case postale 1766, 8031 Zurich, vivai@mediasmigros.ch migros.ch/fr/vivai Notre rédacteur Lukas Hadorn a soif de connaissance. Depuis peu, il suit une formation de coach en nutrition à l’Ecole-club Migros. Premier exercice: noter tous les aliments consommés et calculer leur valeur nutritionnelle durant une semaine. Il a toujours un papier et un crayon à table…
Imprimerie: Vogt-Schild Druck AG, CH-4552 Derendingen Papier: sans bois, FSC-Mix Emissions de CO2 compensées par un projet au Brésil ISSN: 1663-716X Tirage total de Vivai: 249 492 D: 172 264 Ex., F: 61 931 Ex., I: 15 297 ex.
Constitutif de l’identité, le goût s’acquiert dès le plus jeune âge. Les experts
© Bruno Augsburger, Pablo Tys, Marion Nitsch
neutral imprimé
01-13-827371 myclimate.org
Commandez gratuitement Vivai par e-mail à: abonnements.vivai@ mediasmigros.ch ou par téléphone au: 0800 180 180
Professeure d’histoire de l’alimentation, Petra Hagen Hodgson explique pourquoi le sens du goût est primordial. (Interview page 14.)
Le physiologiste nutritionniste David Fäh, enseignant à l’Université de Zurich, s’intéresse aux superaliments et à leurs alternatives. (Page 30.)
Le physiothérapeute et professeur d’anatomie Jörg Hering nous invite à entretenir la souplesse de nos tissus conjonctifs. (Page 53.) Vivai 6/15
5
La solution à base de plantes pour soulager les nez bouchés. Les dragées Sinupret® libèrent.
Médicament phytothérapeutique en cas d’inflammations des sinus et des voies respiratoires. • Contient 5 plantes actives • Dissout les mucosités visqueuses • Décongestionne le nez bouché
Disponible en pharmacie. Veuillez lire la notice d’emballage. Biomed AG, 8600 Dübendorf © Biomed AG. All rights reserved.
ÇA FAIT PLAISIR !
A Noël,croquez équitable
© Photos: Monika Flückiger, Shutterstock, illustration: iStock
La grande majorité des Suisses n’imaginent pas un repas de Noël sans fondue chinoise. Et qui dit fondue chinoise dit petits épis de maïs. Bonne nouvelle pour les fêtes à venir: Migros proposera prochainement des épis de maïs Max Havelaar. Et c’est le premier distributeur à le faire. Pour cela, il a fallu trouver une entreprise de transformation prête à collaborer. Chose faite dans le sud de l’Inde. Près de 90 producteurs sont im pliqués. Quant aux primes de Max Havelaar, elles seront investies dans un hôpital mobile et dans des toilettes pour l’école locale. Les petits épis de maïs Condy dotés du label Fair trade Max Havelaar seront disponibles dans les grands magasins Migros dès la première semaine de décembre.
Dans les petits coins, nettoyez bio Le détergent pour WC Migros Plus à l’honneur: il a été désigné le meilleur de sa catégorie lors du test réalisé par l’association indépendante de défense des consom mateurs Fédération Romande des Consommateurs (FRC). Mention: Très bien! Son acide acétique transforme les dépôts de calcaire et de tartre urique en sels facilement solubles qui s’éliminent alors sans effort. Et en plus, il est 100 % biodégradable!
OBJECTIF EN VUE Dans le cadre de son programme de développement durable Génération M, Migros s’est engagée à utiliser exclu sivement de l’huile de palme issue de sources durables d’ici fin 2015. La promesse faite est en bonne voie. Les entreprises de MIndustrie avaient déjà modifié 98 % des matières premières utilisées en juin. Ainsi, les pâtes à gâteau, les pâtes à pizza et les biscuits de la boulangerie JOWA sont dorénavant exclusivement fabriqués avec de l’huile de palme issue d’exploitations durables. migros.ch/generationm
MIGROS A DU CŒUR En Suisse, un enfant sur dix est touché par la pauvreté – et donc bien souvent par l’ex clusion sociale. Une triste réalité sur laquelle Migros souhaite attirer l’attention avec sa collecte de dons de Noël «Ayez du cœur». Pour chaque photo téléchargée sur ayez ducoeur.ch, cinq francs sont reversés à des projets des organisations caritatives Caritas, EPER, Pro Juventute et Secours d’hiver pour venir en aide aux enfants défavorisés en Suisse. Les photos doivent illustrer un joli moment de l’enfance de leurs auteurs. Des souvenirs passés peuvent ainsi se traduire en instants de bonheur futurs. Par ailleurs, des cœurs au chocolat Frey d’une valeur de 5.–, 10.– et 15.– francs seront en vente à Migros, et la recette sera intégralement reversée aux mêmes quatre œuvres caritatives. En fin d’année, Migros doublera le montant total, en plafonnant toutefois son don à un million de francs. ayezducoeur.ch
Vivai 6/15
7
AU VE U O
N À chacun son système de défense.
Le zinc et la vitamine C soutiennent notre système immunitaire!
✔ Comprimés à sucer, disponibles dans deux arômes de fruits ✔ Convient aux enfants à partir de 4 ans ✔ Sans lactose et sans gluten
© Biomed AG. 09.2015. All rights reserved. CH-8600 Dübendorf, biomed@biomed.ch, www.biomed.ch.
C o nv i e nt au x enf a nt s Complément alimentaire. Disponible dans votre pharmacie ou droguerie.
ON AIME
Du virtuel à la réalité Si vous naviguez sur les réseaux sociaux type Facebook, Instagram ou Snapchat, vous avez certainement constaté qu’il est très tendance de poster le contenu de son assiette, que l’on soit chez soi ou au restaurant. C’est ce que l’on appelle le «food porn». Des chercheurs de l’université d’Oxford ont toutefois mis en évidence que l’exposition permanente à des images d’aliments déclenche plus rapidement la sensation de faim. Sans une bonne dose de discipline, notre ligne peut en pâtir. Il vaut donc mieux s’abonner au magazine Cuisine de saison et se régaler une fois par mois en découvrant de succulentes recettes, illustrées de photos professionnelles, que de subir les assauts quotidiens du «food porn».
DU BESOIN D ‚ ÊTRE ATTENTIF Où que l’on regarde, les gens s’efforcent de se concentrer. Face aux flux d’informations numériques qui nous sub mergent parfois, il semble que le besoin de marquer des pauses régulières et de fixer son attention sur quelque chose de précis est de plus en plus présent dans notre société. Que ce soit en buvant un café ou en attendant le bus, on essaie d’être attentif à ce que l’on fait. Le coloriage est souverain pour évacuer le stress. Essayez sans plus attendre et donnez des couleurs à ce bel écureuil. A vos crayons!
© Photos: Getty Images, Plainpicture, iStock (montage Vivai), illustration: iStock
saison.ch
Des romans sur canapé
Vers une société sans âge Depuis que les babyboomers actifs, en bonne santé et férus de technologie ont pris leur retraite, le concept de troisième âge a considérablement évolué. La société qui se profile offre de nouvelles chances aux seniors et nous place devant des défis inédits. Le Gottlieb Duttweiler Institute (GDI) a réalisé une étude passionnante sur les perspectives d’avenir de nos aînés. Etude «Digital Ageing» téléchargeable gratuitement sur le site gdi.ch (en allemand)
Le projet sofalesungen.ch, mené pour l’instant seulement outre-Sarine, a pour but de faire sortir la littérature des lieux dédiés pour la faire entrer dans les salons privés et les ateliers, les cours et les jardins ouvriers. Cette belle initiative, qui vise à faire découvrir de jeunes auteurs helvétiques à un nouveau public, est encouragée par le fonds de soutien Engagement Migros, qui parraine d’autres projets dans les domaines de la culture, du développement durable, de l’économie et du sport. sofalesungen.ch, engagement-migros.ch
Vivai 6/15
9
10
Vivai 6/15
DOSSIER LE GOÛT
Le goût Une belle fraise bien sucrée. Serait-elle sucrée artificiellement ? Est-ce une fraise de Hollande ? A moins qu ‚ elle ne soit suisse ? A-t-elle la saveur de l ‚ enfance ? Le goût ne naît pas seulement sur la langue, mais aussi dans la tête, au cours des jeunes années ainsi que dans les laboratoires. Il possède diverses composantes :
© iStock
génétique, culturelle et sociale. C ‚ est un sens très complexe. Vivai 6/15
11
DOSSIER LE GOÛT
Le gôut de la cuisine de grand-mère Nouveau symbole de prestige, le goût participe à asseoir l ‚ identité. Il est toutefois impossible d ‚ éduquer ou d ‚ aiguiser son sens du goût.
l
a parade des mots s’est déroulée dans un restaurant branché, tel qu’il en existe dans beaucoup de villes. Un menu écrit à la main, des chaises en bois vintage et une lumière bleu pâle. Le serveur a ouvert la bouche, et ils se sont déversés: «Une touche de thym, un chouïa de crème aigre au mascarpone, une pincée de fleur de sel, des chatouilles sur la langue et une sensation de chaleur dans la gorge, douce-amère, relevée, mais pas pénétrante, un super feeling, des saveurs venues de Norvège septentrionale, une pointe d’Indochine, tout fait maison». Un coup d’œil sur la carte révèle qu’il décrit une salade de marché mélangée avec une sauce maison, un pâté de viande sur lit de poireaux, des feuilletés aux dés de courge. Il parle de nourriture et irradie littéralement. L’eau ne vient pourtant pas à la bouche des convives. Mais l’avalanche de mots leur reste en travers de la gorge. De nos jours, il est apparemment de bon ton de prouver que l’on a entraîné sa capacité gustative. Manger ne se résume plus à la simple consommation d’aliments, c’est une expérience, un moyen d’affirmer son identité. En célébrant le raffinement du goût, on montre que l’on 12
Vivai 6/15
est initié. Selon le «European Food Trends Report» publié par l’Institut Gottlieb Duttweiler, le goût constitue un nouveau symbole de prestige. On ne se contente plus de manger: on parle avec passion de la nourriture. Un morceau de viande n’est pas simplement bon, il a le parfum d’une promenade dans une clairière, il éveille le désir, l’instinct sauvage, provoque une explosion de goûts dans la cavité buccale et entraîne un véritable chaos de sensations. Notre palais ne distingue toutefois que cinq saveurs: le sucré, l’acide, le salé, l’amer et l’umami (un mot japonais qui signifie «savoureux», correspondant au goût du glutamate monosodique). Le goût est un système extrêmement complexe, conditionné par la génétique ainsi que par les facteurs culturels et sociaux. Il est étroitement lié à l’odorat et au toucher ainsi qu’à la température ressentie et à la sensation de douleur. C’est une perception dite «à courte portée», soit qui demande un contact corporel direct. Le sens du goût réagit rapidement aux saveurs acides et amères, car, depuis toujours, elles mettent les êtres humains en garde contre des denrées manquant de maturité, pourries ou empoisonnées.
Dans le cas du sucré et du salé, c’est l’inverse, car elles renseignent l’organisme sur la présence de substances ayant une importance au plan nutritionnel, telles que les glucides, les protéines ou les lipides. Contrairement à ce que nombre de gens croient, l’épicé, du piment par exemple, n’est pas une saveur. Il provoque une douleur sur la langue, à laquelle l’organisme réagit en sécrétant de l’endorphine, une hormone aux propriétés analgésiques. Cette réaction est appelée «pepper high effect» (l’ivresse provoquée par le poivre). Ce sont les papilles gustatives présentes sur la langue qui nous permettent de percevoir les cinq saveurs de base reconnues par la science: le sucré, le salé, l’acide, l’amer et l’umami. Ces papilles se développent sur le fœtus dès le deuxième mois de grossesse. La mère participe donc à la formation du goût de son enfant avant même sa naissance, via le liquide amniotique. Ensuite, le sens du goût évolue en fonction de la vie sociale, de la cuisine servie au sein de la famille, de la culture culinaire, avec les recettes régionales et nationales qui la composent. Tout en participant à forger notre identité, ces facteurs conditionnent notre perception,
© Arthur Belebeau / Trunk Archive
Texte: Stephanie Rebonati
Vivai 6/15
13
l ‚ identité ” Petra Hagen Hodgson, professeure d’histoire de l’alimentation à la Haute école de sciences appliquée de Zurich (ZHAW), à Wädenswil Madame Hodgson, pourquoi parle-t-on autant du goût?
Parce que nous sommes en quête d’authenticité et nous intéressons à des choses concrètes, à des espèces de tomates anciennes, à des mouvements tels que le Slow Food, à l’urban gardening (jardinage en milieu urbain). Que signifie le goût au plan social?
Le goût est important uniquement chez les personnes ayant assez à manger. C’est un sens par lequel on se distingue d’un autre groupe et un outil de discernement qui s’acquiert dès le plus jeune âge. Et quel rôle joue la cuisine familiale?
Un rôle décisif. Elle nous permet d’expérimenter nos premières saveurs et forme la base de la mémoire gustative propre à notre culture. Il est donc essentiel de ne pas manger que du fast-food, issu de la mondialisation. Il faut cuisiner aussi. C’est un facteur constitutif de l’identité. Vous enseignez l’histoire de l’alimentation. De quoi s’agit-il exactement?
Nous étudions l’évolution de l’alimentation humaine. Au Moyen Age, par exemple, les plats avaient un goût acétique. Puis, le beurre est devenu dominant. Il y a aussi la cuisine méditerranéenne: plus riche en fruits et légumes que l’allemande, elle comprend moins de produits carnés. C’est le résultat d’une évolution culturelle. Vous avez écrit un livre sur la cuisine et la construction. Quels rapports y a-t-il entre les deux?
Il s’agit, dans un domaine comme dans l’autre, de satisfaire des besoins primitifs de l’être humain. En associant, en mesurant et en façonnant, en composant à l’aide de diverses matières et couleurs. Les deux ont un rapport avec le plaisir. Et il en a toujours été ainsi. 14
Vivai 6/15
Les goûts que nous percevons: le sucré (donut), l’amer (artichaut), le salé (brezel), l’acide (citron) et l’umami (sardine).
différencient ce qui est bon de ce qui ne l’est pas. C’est pourquoi la nostalgie nous prend lorsque nous passons devant une boulangerie et sentons l’odeur de la tresse à peine sortie du four. On se rappelle instantanément le village ou la rue où l’on a grandi. Nombreuses sont les personnes qui sentent véritablement le goût de la viande hachée aux cornettes en lisant simplement le nom de ce plat sur la carte du restaurant. C’est le goût d’un chez-soi familier. Il semble donc normal que le plus grand compliment qu’un critique gastronomique puisse faire à un restaurateur est de dire qu’il propose une «cuisine de grand-mère». Mauvaise nouvelle pour tous ceux qui font volontiers usage d’un vocabulaire recherché afin de décrire le contenu de leur assiette: on ne peut ni éduquer ni aiguiser son sens du goût. «Si nous percevons les saveurs sucrées, acides, salées ou amères ou l’umami avec plus ou moins d’intensité, c’est plutôt une question de génétique», explique Patrick Bürgisser, ingénieur en sciences alimentaires et directeur du laboratoire d’analyse sensorielle de la Haute école spécialisée bernoise (bfh). L’analyse sensorielle fait le distinguo entre les supertasters («supergoûteurs»), les medium-tasters («goûteurs moyens») et les non-tasters («non-goûteurs»). Un supergoûteur trouve, par exemple, le goût du Coca-Cola trop intense et sélectionne soigneusement les aliments qu’il va consommer. Les goûteurs moyens,
quant à eux, constituent entre 50 et 60 % de la société, et les non-goûteurs mangent en principe plus gras et boivent des alcools forts. «Les non-goûteurs sont surtout des hommes, Européens ou NordAméricains. Si les femmes appartiennent davantage aux catégories des «goûteurs moyens» et des «supergoûteurs», il faut y voir une conséquence de l’évolution. Car elles ont probablement toujours été responsables de la préparation des repas», complète Patrick Bürgisser. Le spécialiste explique que, si le sens du goût ne change pas, l’ensemble du système gustatif, lui, évolue. Il est possible, grâce à un entraînement intensif, d’améliorer la perception que l’on a des différentes saveurs. Il faut, pour cela, se soumettre régulièrement à des stimuli, augmentant ainsi sa capacité de mémorisation. Lorsque l’on reconnaît, dans une gorgée de vin rouge, des notes de baies de sureau et de baies noires, il ne s’agit pas, du point de vue purement sensoriel, de goûts, mais de ce que l’on désigne par le terme anglais «flavours». On peut s’entraîner à les identifier en faisant interagir le goût et l’odorat. Pour Patrick Bürgisser, l’odorat est, avec la vue, le sens le plus important. Il appuie son propos en disant: «L’odorat détermine le goût, car c’est le seul sens qui, comme le système lymphatique, est relié au cerveau, là où sont gérées les émotions.» Retour dans le restaurant branché, où le serveur tente de faire naître une nouvelle symphonie de sensations culinaires. Entre-temps, nous en sommes au dessert: «D’une saveur sucrée et acide, il est crémeux. Le froid est compensé par une touche d’italianità, fraîchement cueillie dans notre propre jardin. Vient ensuite un composant croustillant et sucré, qui contraste merveilleusement avec le moelleux et l’onctueux. Tout ça fait maison!» De quel dessert le serveur parlait-il en termes si flatteurs? La solution se trouve au bas de cette page. Bon appétit! l Solution:il s’agit d’une glace à la crème aigre avec des feuilles de basilic et un croquant au caramel
" Le goût participe à
© fotolia, iStock, Keystone/Gallery Stock
DOSSIER LE GOÛT
DOSSIER LE GOÛT
Saveurs nationales Quel goût a la Suisse pour ceux qui ont grandi ailleurs ? Notre enquête montre que la perception du goût est également une question d ‚ origine. Propos recueillis par Lukas Hadorn Photos: Yves Bachmann
”
La plus grosse surprise que j’ai eue, c’est en mordant dans un ramequin au fromage. Je connaissais le cheese cake, qui est un dessert. Je ne m’attendais donc vraiment pas à quelque chose de salé. En fait, j’apprécie beaucoup la cuisine suisse. Au restaurant, j’essaie volontiers des plats traditionnels. J’aime bien également la fondue et la raclette, mais pas plus d’une ou deux fois dans l’hiver. Quand je cuisine moi-même, la plupart du temps, ce sont des spécialités chinoises. On peut trouver presque tous les ingrédients nécessaires en Suisse. A part les pousses de bambou fraîches. Ça me manque. Tout comme la variété de produits à base de tofu que nous avons en Chine. Je suis née dans la province de Sichuan (ou Setzchouan), réputée pour sa cuisine très épicée. J’utilise des piments séchés que mes parents me rapportent de Chine, ainsi que, souvent, du poivre de Sichuan et de la pâte de haricots épicée. Par contre, j’ai beaucoup de mal à trouver des fanes de fenouil. J’en ai besoin pour la farce de mes raviolis et de mes petits pains cuits à la vapeur. Malheureusement, en Suisse, les fanes ont la plupart du temps été coupées avant que le bulbe ne soit mis en vente. J’ai donc planté du fenouil dans mon jardin. Mais mes enfants ne veulent pas que je coupe les fanes, sous prétexte qu’elles attirent les papillons. Je dois donc continuer à m’en passer en cuisine…
”
Wanqiu Hu Frey, 33 ans, est native de Leshan, au sud de la Chine, et vit en Suisse centrale depuis cinq ans. Vivai 6/15
15
”
”
La viande et les fruits, ce sont les aliments qui, selon moi, ont un goût vraiment différent en Suisse et au Brésil. Chez nous, la viande est un aliment de base. A condition, bien entendu, d’en avoir les moyens. On en mange tous les jours. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi des familles aisées renoncent volontairement à manger de la viande. Au plan gustatif, je trouve par exemple souvent le bœuf un peu fade. Au Brésil, on le fait mûrir plus longtemps pour que son goût soit plus intense. En ce qui concerne les fruits, je n’ai curieusement remarqué la différence de goût que lorsque je suis retournée au Brésil pour la première fois avec mon fils. Ma mère lui avait préparé une compote à la banane et à la pomme. Je crois qu’elle avait rajouté un peu de sucre. Les fruits étaient si doux! Mais j’ai aussi expérimenté et appris à aimer quantité de saveurs ici, en Suisse. La combinaison de pain frais et de fromage avec du vin rouge, je trouve ça fantastique. Je ne connaissais que la baguette ou la pâte à pain sucrée. L’éventail de céréales que l’on trouve en Suisse est incroyable.
”
Luzimar Santos Brunner, 41 ans, a vécu à Brasilia et à Rio de Janeiro, avant de s’installer en Suisse en 2006.
Je sais que ça peut sembler incroyable, mais le chocolat canadien me manque. Le chocolat suisse est meilleur, c’est sûr, mais l’une des premières choses que je fais quand je rentre au Canada est de m’acheter une barre de Oh Henry! Il a le goût de mon enfance. Quand je suis arrivé en Suisse, j’ai dû m’habituer à bien des choses. Notamment à la petite taille des portions et au fait que, dans les restaurants suisses, on traite les glaçons comme si c’était des cubes d’or fin. Mais j’ai aussi appris à connaître et à apprécier beaucoup de choses. Quand je commande des spaghettis alla carbonara, par exemple, je sais que la sauce sera faite avec des lardons, des œufs et du parmesan ou du pecorino. En Amérique du Nord, il peut y avoir du jambon cru, de la mozzarella et même des tomates! On ne sait jamais ce qu’on trouvera dans son assiette. Une sauce à salade italienne? Il y a déjà de la crème ou de la mayonnaise dedans. En Europe, les noms des plats, des sauces et des styles culinaires indiquent la présence d’ingrédients précis, garants d’un goût spécifique. L’alimentation a un composant culturel fort. En tant que cuisinier, j’aime ça.
”
Tony Gerig, 46 ans, a vécu à Vancouver et à Hawaii avant de venir en Suisse, à l’âge de 17 ans.
16
Vivai 6/15
DOSSIER LE GOÛT
”
”
Tout d’abord, j’ai constaté que la qualité des aliments était ici en principe supérieure à celle des produits allemands. Mais bien sûr, il y a certaines choses qui font partie de mon enfance et qui me manquent, comme le véritable pain de seigle ou le pain au levain, dont deux tranches suffisent à rassasier pour une demi-journée. J’aime les aliments tels quels, non transformés, et ils sont plus rares en Suisse que dans le nord de l’Allemagne. Ici, de nombreux produits sont aromatisés et contiennent des agents de saveur et des colorants. J’ai remarqué cela surtout pour les produits laitiers. Ma préférence va aux goûts authentiques. J’aime le babeurre, le lait caillé et le kéfir frais quand ils sont naturels, non sucrés. En Suisse, ils sont presque toujours sucrés et aromatisés.
En fait, je ne suis pas compliqué à table. Au début, j’ai toutefois eu un peu de mal avec le fromage. Son odeur me rappelait le soumbara, une épice fabriquée à partir des fruits fermentés du néré dont nous parsemons le riz en Guinée. Je ne l’aimais déjà pas lorsque j’étais enfant. En tant qu’étudiant fauché vivant à l’étranger pour la première fois, faire mes courses et cuisiner moi-même, c’était de toute façon trop me demander au début. Les premiers mois, je me suis nourri de pâtes et de parmesan râpé. J’ai tout de suite aimé le goût des pâtes au fromage. Ensuite, j’ai découvert des épiceries africaines où je pouvais trouver les ingrédients nécessaires pour faire des plats de chez moi, comme des okras, des bananes plantains, de la pâte de cacahuètes ou de l’huile de palme. Et entre-temps, je me suis habitué à la cuisine suisse. La raclette est devenue mon plat préféré par temps froid. Je n’aurais jamais imaginé que cela puisse arriver!
”
Ibrahima Diallo, 42 ans, a grandi en Guinée, en Afrique de l’Ouest. Il est venu étudier à Genève en 1998 et vit dans le canton de Fribourg depuis 2014.
”
Meike Hanne Seele, 47 ans, a grandi dans le nord de l’Allemagne, au bord de la mer. Elle vit et travaille en Suisse depuis 2001.
Vivai 6/15
17
DOSSIER LE GOÛT
Sushi ou rösti ? L‚univers des saveurs se mondialise. Les spécialités exotiques se sont déjà taillé une belle place dans notre alimentation, et le rythme s‚accélère.
u
n porridge au petit-déjeuner, des sushis à midi et, le soir, des fajitas. Des menus qui n’ont rien d’extraordinaire dans la Suisse d’aujourd’hui. Il y a quelques années, il en aurait été tout autrement. Nous avons appris à aimer le goût du poisson cru et du riz froid acidifié. Que les sushis soient enveloppés dans des algues ne nous étonne plus. Au début, se rendre dans un restaurant à sushis était une expérience particulière. On se rappelle peut-être avoir visité une ville où les sushis faisaient déjà partie du paysage. Ou bien on a voulu se prouver à soi-même – et aux autres – que l’on était cosmopolite. Aujourd’hui, on trouve des barquettes de sushis dans les armoires réfrigérées des supermarchés. Il n’y a toutefois rien de nouveau dans le fait de découvrir des spécialités culinaires venues d’autres coins de la planète. Les pizzas, les pâtes et le curry n’ont eu aucun mal à se faire une place sur la table des ménages suisses. Par contre, la vitesse à laquelle des modes et saveurs jusque-là inédites gagnent nos assiettes est plus élevée. Les nouveaux médias et le grand intérêt porté aux plaisirs de la table et à la nutrition dans les sociétés occidentales y sont certainement pour quelque chose. Il est donc compréhensible que le traditionnel chou frisé, si prisé en Allemagne du Nord durant les mois d’hiver, se retrouve sur le marché suisse sous l’appellation «kale», où il est proposé en smoothie ou comme ingrédient dans des 18
Vivai 6/15
plats qui promettent de booster notre capital santé. Le kale a connu un essor faramineux à Hollywood. Ses vertus ont été louées sur les blogs food et beauté. Et les médias, friands des secrets santé des stars, ont participé à étendre sa notoriété. Des denrées voyageuses L’intégration de nouveaux aliments est une constante dans l’histoire de l’humanité. La consommation de lait et de produits laitiers s’est propagée grâce à des échanges de marchandises. Les premières traces d’animaux de rente trouvées sur des sites de fouilles archéologiques révèlent que, il y a 13000 ans déjà, on élevait des moutons et des chèvres au MoyenOrient. De là, les saveurs du lait et du fromage ont conquis de vastes parties du monde. Dans l’Antiquité, les Romains importaient du safran, du poivre et d’autres épices provenant des côtes de la mer d’Arabie et de l’océan Indien. Les Vénitiens, doués pour le négoce, ont commercé avec l’Asie dès le XIIIe siècle. Outre diverses marchandises exotiques, les bateaux ont rapporté à la cité sur la lagune des nouilles et du riz chinois. Du riz fut planté dans la plaine du Po et intégré à la cuisine vénitienne. Puis, d’Italie du Nord, il a passé les Alpes pour gagner les régions plus septentrionales. La pomme de terre, la tomate et le maïs ont été introduits en Europe suite à la découverte du continent américain par Christoph Colomb, au XVe siècle. La
pomme de terre a poursuivi son avancée au nord des Alpes, tandis que le maïs gagnait les terres méridionales, y détrônant des plantes comme le millet. En matière d’alimentation, l’offre évolue en permanence. Et d’autant plus vite que la mobilité de l’être humain ne cesse de croître. Les restaurants italiens sont indissociables des paysages urbains, et s’acheter un kebab est entré dans les mœurs. Le Zurichois Ueli Gyr, professeur émérite spécialiste des cultures populaires, a étudié le phénomène des restaurants chinois durant dix ans. Il a écrit: «Lorsque je me rends dans un restaurant chinois, je sais ce qui m’attend comme éventail de combinaisons gustatives, spécialités et techniques culinaires inhabituelles.» Il s’agit d’un exotisme bien dosé. Nous connaissons de nombreux ingrédients, car ils sont vendus au supermarché. Fruits et légumes sont importés des quatre coins de la planète, et les goûts de la citronnelle, du gingembre, de la mangue et du kiwi nous sont familiers. A l’apéritif, antipasti, tapas et mezze ont remplacé les assiettes de charcuterie et de fromage. Certaines saveurs exotiques sont devenues plus courantes que des aliments suisses traditionnels. Et vous? Optez-vous plutôt pour du roquefort ou du schabziger? Des brochettes de satay ou du foie? Du kimchi ou de la choucroute? Du miso ou de la soupe à la queue de bœuf? Des frites ou des rösti? Avec la mondialisation du goût, c’est la cuisine locale qui devient exotique. l
© Corbis, Getty Images, iStock, Keystone, Photoshot, Shutterstock
Texte: Daniel Stehula
Vivai 6/15
19
DOSSIER LE GOÛT
Framboise et paprika Elaborer des produits qui plaisent au plus grand nombre n‚est pas chose aisée. Pour savoir ce qu‚aiment les Suisses, il suffit d ‚ aller faire un tour à Migros. Texte: Lukas Hadorn
Les fabricants lancent souvent des éditions limitées afin de tester des saveurs originales sans effrayer leurs fidèles clients. Le muesli Farmer Croc baies des bois caracole en tête des ventes des produits Migros à base de céréales. Actuellement, la marque propose également une édition limitée aux saveurs d’amande grillée.
Il y a longtemps que les fins palais savent qu’une pincée de sel intensifie la saveur d’un met sucré. La combinaison sucré-salé est utilisée dans la fabrication de chocolat, de petits gâteaux et même de crème glacée.
Cela fait un demi-siècle que les caves de la société Mifroma abritent du Gruyère AOP, qui s’y affine tranquillement. Ni la fabrication, ni le processus de maturation de 14 mois, rien n’a été modifié durant ces 50 ans. Et la saveur du fromage reste intacte. 20
Vivai 6/15
Les graines de chia n’ont pas de goût, et alors? Elles sont riches en acides gras omégas 3, en protéines et en fibres alimentaires. Et très appréciées, même si elles n’ont pas un goût prononcé. Ou est-ce la raison de leur succès? On peut en parsemer son muesli ou la salade ou en mettre dans le yogourt.
C’est bien au Tessin que l’on mange le plus de pain tessinois. Globalement, les Suisses italophones et franco phones consomment davantage de pain blanc ou miblanc, tandis que le pain bis remporte les faveurs de l’autre côté de la Sarine.
Les Romands apprécient particuliè rement le thé noir, tandis que les Suisses alémaniques donnent la préférence aux infusions aux herbes.
On appelle foodpairing l’association des arômes de deux aliments ou celle de deux saveurs qui se complètent avantageuse ment. Récemment venus enrichir l’assorti ment Migros, les biscuits Cindy et Lenny surfent sur cette tendance. Leurs drôles d’emballages renferment de savoureux petits gâteaux proposés en duo: beurre et canneberge pour le premier, orange et cho colat pour le second.
© iStock, Shutterstock, Getty Images (montage Vivai)
Le goût ne connaît pas de frontière. Champions des ventes de biscuits, les Blévita connaissent un succès croissant et leur gamme est cons tamment élargie. Il y a par exemple les sand wichs yogourtabricot, les biscuits Cream & Onion ou tomatebasilic.
Pour ce qui est des chips, il n’y a pas photo: le paprika l’emporte haut la main sur la version nature.
Qui dit sirop, dit framboise. Rien ne saurait concurrencer la framboise lorsqu’il s’agit d’apporter une touche suave et frui tée à un simple verre d’eau. Les Romands aiment également le sirop de menthe vert pétard.
Outre le Choco Drink MClassic, il y a d’autres pro duits Migros dont le goût a légèrement changé au cours des dernières années suite à la diminution de leur taux de sucre. Dans le cadre de son programme de développement durable Génération M, Migros a promis de réduire l’ajout de sucre, de sel et de lipides dans la composition de nombreux produits et d’utiliser les adjuvants avec parcimonie.
Douceurs appréciées à tout âge, les bâton nets glacés Migros sont des produits culte de l’enseigne. Et leur goût n’a pas changé depuis des décennies. Notamment grâce à la crème qu’ils contiennent, bien qu’il ait été un moment question de la rempla cer par de la graisse végétale moins oné reuse. Le parfum le plus vendu reste le phoque. Enfin, c’estàdire la vanille!
Vivai 6/15
21
Nature de laboratoire De nombreux goûts sont créés artificiellement. Et pourtant, on peut expérimenter de nouveaux arômes sans ajout de produits chimiques. Texte: Marianne Botta Diener
22
Vivai 6/15
DOSSIER LE GOÛT
d
u café sans l’odeur de grains fraîchement torréfiés, un rösti sans celle alléchante de pommes de terre rôties, ou encore une glace à la vanille sans parfum de vanille, voilà qui nous paraîtrait tout simplement incon cevable. Car ce sont bien les effluves, les saveurs et les goûts qui font d’un repas une fête pour nos sens. Les aliments natu rellement riches en arômes, comme les fruits mûrs, renferment en général plus de substances bioactives, vitamines et mi néraux que ceux au goût moins prononcé. C’est pourquoi les arômes constituent un indicateur de qualité. «Etroitement liées aux émotions, les odeurs influent sur notre bienêtre et même sur notre système hor monal», explique Ruth Koradi-Stötzel, qui développe des arômes pour l’entre prise Bischofszell Produits alimentaires SA (BINA). Et elles laissent une empreinte durable, car elles possèdent le pouvoir de faire ressurgir des souvenirs enfouis depuis longtemps dans notre mémoire.
Arômes artificiels et
© Keystone/Gallery Stock/Sam Amstrong
naturels — ou presque… En principe, on fait la distinction entre arômes de synthèse et arômes naturels. Fabriqués en laboratoire, les arômes de synthèse regrou pent les arômes artificiels et ceux dont la molécule est strictement identique à celles des arômes natu rels (par exemple la vanilline). Les arômes artificiels sont synthétisés et n’existent pas dans la nature. Quant aux arômes naturels, ils sont obtenus à partir de matières premières d’origine végétale ou animale, par des procédés physiques (distillation, extraction), enzyma tiques ou microbiologiques. Pour être qualifié de «naturel», un arôme de fraise, par exemple, doit être composé exclusivement de fraises (extrait de fraises) ou au minimum à 95 % d’aromatisants naturels issus de fraises.
L’industrie agroalimentaire s’appuie sur ces faits. «Un produit aux arômes bien équilibrés marque notre mémoire et suscite des émotions», affirme l’aromati cienne. En raison de leur importance pour les consommateurs, les arômes jouent, depuis des décennies, un rôle clé dans l’industrie alimentaire. Or plus une denrée subit de transformations, plus son patrimoine aromatique s’amenuise. Pour com penser cette perte, l’industrie alimentaire recourt aux arômes. C’est notamment grâce aux arômes ajoutés que les aliments conservent leur goût jusqu’à la date limite de consommation. Ils entrent souvent dans la composition de produits fades ou insipides, comme les yogourts ou les sodas. «Les chewinggums et les bonbons sont les produits les plus aromatisés», relève la spécialiste. La gomme absorbant les composants aromatisants, un chewinggum doit inclure environ 1 % d’arômes ajoutés dans sa composition pour être consommable. Les arômes de synthèse permettent par ailleurs d’économiser les matières premières et donc, de l’argent. Le prix de l’arôme de truffe est modique par rapport à celui d’une vraie truffe. «Les arômes vanille, citron, menthe et fraise sont les plus utilisés», indique en core l’aromaticienne. La loi sur les denrées alimentaires régit précisément l’utilisation des arômes. Jusqu’à présent, quelque 600 substances aromatisantes ont été répertoriées comme sans danger par l’OMS (Organisation mondiale de la Santé). Un petit nombre de composés aromatiques suffit toutefois pour restituer le goût associé à un produit alimentaire, comme le fait remarquer Christine Brugger, aromaticienne et fondatrice de la société Aromareich. Elle précise que, si des analyses permettent d’identifier 400 à 500 substances aroma tiques dans le whisky, il suffit d’ajouter une douzaine de composants aromatiques à une boisson pour qu’elle soit perçue comme du vrai whisky par des testeurs. Le goût d’un produit repose donc sur la sélection des bons arômes et leur juste dosage. «Les analyses apportent une aide Vivai 6/15
23
DOSSIER LE GOÛT
Flavours pairing, pour des expériences gustatives inédites
Fraise + cannelle
précieuse dans la création d’arômes ronds et équilibrés», précise Ruth Koradi-Stötzel. Aucune machine n’étant encore en mesure de reconnaître les goûts capables de séduire nos palais, cette tâche incombe à des aromaticiens au bénéfice d’une formation pointue. Les produits exempts d’arômes de synthèse sont de plus en plus demandés. «Les consommateurs étudient les compositions de près et exigent des arômes naturels», indique la spécialiste de Bina. On reproche aux arômes de synthèse de faire grossir et d’envoyer des infor mations trompeuses au cerveau. A ce jour, aucune preuve scientifique ne permet pourtant d’étayer cette assertion. Si certaines études ont mis en lumière que l’ingestion d’un arôme à la fraise stimulait l’envie de sucreries, d’autres illustrent que les aliments fades rassasient moins que ceux forts en goût, ce qui incite à en ingérer de plus grandes quantités. A l’inverse, les aliments riches en arômes ayant un fort 24
Vivai 6/15
Bière brune + chocolat noir
pouvoir rassasiant, on en consomme moins. Les produits industriels transformés favorisent en revanche la prise de poids, car souvent riches en graisses et en glucides, ils sont de véritables bombes caloriques. Un yogourt à la fraise sucré fournit logiquement plus de calories qu’un yogourt nature sans sucre ajouté. Annette Bongartz, professeure en charge de l’Unité technique Aromatique alimentaire à l’Institut d’innovation alimentaire de la Haute école zurichoise des sciences appliquées (ZHAW) de Wädenswil, doute que cet engouement pour les arômes naturels persiste sur le long terme, les consommateurs achetant au final les produits qu’ils trouvent bon: «Le goût des personnes de 30 à 60 ans en particulier a été conditionné par les arômes de synthèse. Lorsqu’on consomme des aliments additionnés d’arômes synthétiques depuis l’enfance, notre préférence va à ce type de produits à l’âge adulte», explique-t-elle. Lors de dégustations à l’aveugle de
Pomme + romarin
fenouil + poivre de Cubèbe
yogourts à la fraise, il arrive souvent que les testeurs préfèrent le produit avec des arômes synthétiques, jugé meilleur et «plus naturel», que celui à base de fraises, sans agent d’aromatisation. «Plutôt que de condamner les arômes de synthèse, tentez donc des expériences gustatives inédites!», suggère Christine Brugger. C’est ce que propose le food pairing, qui consiste à associer des aliments afin de renforcer ou de modifier leur goût. Ainsi, ajouter une pointe de vanille à des asperges, alors qu’elles contiennent déjà des composants aromatiques vanillés, décuple leur arôme et garantit une expérience gustative saisissante, même aux personnes habituées aux arômes synthétiques. On peut également marier fenouil et poivre de Cubèbe, fraises et cannelle, pomme et romarin, mûres et basilic, ou encore chocolat noir et bière brune. Toutes ces combinaisons conduisent à de véritables explosions de goûts et ce, sans l’intervention d’aucun laboratoire. l
© Getty Images, iStock, Keystone
Mûre + basilic
U
Les nouveaux déodorants
Plus d’informations sur le site www.compresseddeodorants.ch
NO UV EA
Mesdames, nous avons réduit le format des déodorants.
MOINS D´EMBALLAGE, AUTANT D´UTILISATIONS même application
même performance
moins de gaz propulseur
Rexona est en vente à votre Migros et à LeShop.ch
ENFANT MIGROS
L‚amour à pleins tubes Si Anita Welti Rosen vit un mariage heureux, c’est un peu grâce à la sauce tartare M-Classic. Mais ce n’est pas l’unique raison pour laquelle cette praticienne des matières synthétiques est une «enfant Migros». Texte: Lukas Hadorn Photos: Christian Schnur (montage: Vivai)
Depuis que je suis en âge de marcher! J’ai grandi dans un petit village du Mutschellen, dans le canton d’Argovie. Il n’y avait pas de Migros, juste une épicerie. Je dois mon titre d’«enfant Migros» au fait que j’accompagnais mes parents au centre commercial Tivoli de Spreitenbach presque chaque semaine. J’adorais pousser le chariot entre les rayons, c’était pour moi à chaque fois un véritable événement! Et qu’achetaient vos parents?
Je me souviens de la tresse et des croissants précuits. Comme on ne trouvait pas ce type de produits à l’épicerie du village, nous en rapportions toujours plusieurs paquets. Et une fois les courses terminées, nous allions prendre un bon petitdéjeuner au restaurant Migros. C’était une fête dont je conserve encore d’excellents souvenirs! Et aujourd’hui, où faites-vous vos courses?
A Migros, bien sûr! J’avoue avoir entretenu par le passé des relations commerciales avec Migros, qui assurait la distribution des produits fabriqués par mon ancienne entreprise. Il m’apparaissait alors naturel d’être cliente de l’enseigne. Et depuis qu’il n’est plus nécessaire de se rendre dans d’autres magasins pour y trouver des produits de marque comme les chips Zweifel ou le Nescafé, la question ne se pose même plus!
Mon mari et moi-même sommes de grands consommateurs de sauce tartare M-Classic en tube. Elle accompagne tous nos sandwichs, nos œufs durs et même la fondue chinoise. Et elle a en quelque sorte contribué à lier nos destinées! Nous brûlons d’envie d’en savoir plus!
Vivai 6/15
la meilleure !
”
Anita Welti Rosen avoue avoir aussi goûté les sauces tartares de la concurrence. Son verdict: aucune n’est aussi bonne que la M-Classic!
(Rires) Mon mari ne se lasse pas de cette anecdote. Le jour où il est venu chez moi pour la première fois, il a découvert un tube de sauce tartare dans mon frigo. C’est grâce à cette trouvaille qu’il a tout de suite compris que j’étais la femme de sa vie! Et si le tube est vide, vous arrive-t-il de vous battre pour la dernière goutte de sauce?
Ce cas de figure ne se présente jamais, car nous avons toujours au moins quatre tubes en réserve! Vous faites donc vos courses en gros?
Pas vraiment, non. Je réserve la constitution de stocks à certains produits comme le démaquillant pour les yeux à base d’huile de la ligne I am. J’en achète toujours six flacons à la fois, car ce produit a disparu à trois reprises de l’assortiment au cours des dernières années. A chaque fois, j’ai adressé un courrier de réclamation à Migros! Avez-vous été entendue?
Il semblerait, puisqu’on le trouve à nouveau en magasin! l
Etes-vous aussi un enfant Migros? Ecrivez-nous à: vivai@mediasmigros.ch
26
” Simplement
Avez-vous un produit culte?
Facts
& Figures
Grand classique de l’assortiment Migros, la sauce tartare M-Classic a fait son apparition dans les rayons de l’enseigne il y a plus de 30 ans. Sa recette originale demeure inchangée, et il s’en écoule quelque 300 000 tubes chaque année.
Photo prise au restaurant de corporation Zunfthaus zur Saffran, à Zurich
Depuis quand êtes-vous une «enfant Migros», Madame Welti?
Publireportage
«Nos enfants devraient avoir une vie meilleure» Dans un pays riche comme la Suisse, fonder une famille constitue un risque d’appauvrissement. Silvana Suter explique pourquoi le salaire de son mari ne permet pas de subvenir aux besoins de leur famille de cinq personnes.
U
n aller-retour pour échapper à la pauvreté. Ainsi pourrait se résumer en une phrase l’histoire de la famille de Silvana Suter. En effet, le père de cette Argentine de 32 ans était suisse: sa famille avait émigré en Amérique latine dans l’espoir d’y trouver une vie meilleure. Frappés par la pauvreté qui sévit dans la province de Misiones, Silvana et son mari se sont résignés, il y a quatre ans, à tenter leur chance en Suisse grâce au passeport rouge à croix blanche de la jeune femme. Ici, la famille a certes un toit sur la tête, de quoi se nourrir et se vêtir, mais en Suisse aussi, elle vit dans la précarité. Sans formation, le mari de Silvana Suter travaille à plein temps comme ouvrier. Son salaire ne suffit pourtant pas à faire vivre une famille de cinq personnes, même avec les allocations familiales. Silvana Suter bénéficie de l’aide sociale et travaille à mi-temps dans une Epicerie Caritas. «Pour y arriver, il faudrait que j’aie un vrai travail», soupire-t-elle. Sans formation professionnelle et avec une faible maîtrise de l’allemand, il est toutefois difficile de trouver un emploi. «La situation en Argentine empirait de jour en jour. Les prix ne cessaient d’augmenter alors que les salaires restaient toujours aussi bas», raconte Silvana Suter en
Pour en savoir plus sur Silvana Suter: www.agirtoutsimplement.caritas.ch
évoquant les difficultés du passé. «Il nous fallait choisir entre acheter des chaussures aux enfants et manger. Nous n’avions pas assez d’argent pour les fournitures scolaires, et lors d’un hiver particulièrement froid et humide, nous sommes tous tombés malades dans notre maison mal isolée.» En Suisse aussi, la famille doit retourner chaque centime. Elle vit à l’étroit dans un petit appartement, et ses revenus ne permettent d’acheter que le strict nécessaire. Les produits alimentaires proviennent presque exclusivement de l’Epicerie Caritas, et le vendredi, Silvana Suter obtient des denrées supplémentaires grâce à l’organisation Table, couvre-toi. Corollaire des privations permanentes, la famille n’a pratiquement aucune vie sociale. Depuis leur établissement en Suisse il y a quatre ans, les parents et leurs trois enfants ne connaissent du pays que Winterthur, leur lieu de résidence, et Zurich, où ils ont de la parenté. Les excursions n’entrent pas en ligne de compte et les vacances, encore moins. Les contacts sociaux sont rares, voire inexistants. «Il est arrivé plus d’une fois que des gens nous tournent le dos après avoir appris que nous dépendions de l’aide sociale», déplore Silvana Suter. «Nous sommes heureux et reconnaissants de bénéficier d’une telle aide de l’Etat, mais la dépendance, la nécessité de surveiller la moindre dépense et l’isolement nous pèsent», confie-t-elle. Dans l’immédiat, la famille ne voit pas d’issue pour sortir de la pauvreté. Pourtant, elle ne regrette pas une seconde son choix: «En Suisse, nous pouvons au moins répondre aux besoins de nos enfants. Ici, ils vont à l’école, et ils auront la possibilité de suivre des formations auxquelles ils n’auraient pas eu accès en Argentine. Notre vœu le plus cher est que nos enfants aient une meilleure vie que la nôtre.»
Photos: Pia Zanetti, Andreas Schwaiger
Risque de pauvreté pour les familles En Suisse, un pays pourtant riche, les enfants constituent un risque d’appauvrissement pour nombre de familles. Quelque 250 000 parents et enfants vivent sous le seuil de pauvreté et n’ont quasiment aucune vie sociale. Par rapport à d’autres pays, la Suisse consacre peu de moyens au soutien des familles, alors que les coûts engendrés par les enfants sont élevés et que la protection sociale offre une couverture insuffisante aux personnes ayant de faibles revenus ou un emploi à temps partiel. Pour Caritas, une bonne politique familiale doit garantir aux personnes touchées par la pauvreté la possibilité de disposer de modes de garde pour leurs enfants et un travail, ainsi qu’un meilleur accès à un système de prise en charge stimulant pour les enfants, dès leur plus jeune âge, et à des formations professionnelles et continues pour les parents. Compte des dons: 60-7000-4, Dons en ligne: www.agirtoutsimplement.caritas.ch/pauvrete-familles
Superfood ou supercherie ? Les superaliments sont censés nous faire maigrir, nous maintenir jeunes et accroître nos performances. Mais des produits locaux ne feraient-ils pas tout aussi bien l’affaire? Texte: David Fäh Illustration: Paula Sanz Caballero
e
ncensés par les gourous du fitness et les médias, les superaliments se voient attribuer des propriétés à faire pâlir les vulgaires fraises et radis de nos jardins. Le thé matcha du Japon stimulerait la combustion des graisses, le miel manuka de Nouvelle-Zélande ferait barrage au rhume, les graines de chia du Mexique, les baies de goji et d’açaï de Chine et d’Amazonie seraient de véritables bombes nutritionnelles. Quant au quinoa des Andes, il battrait nos féculents à plate couture. Plus leur nom est exotique, plus on semble enclin à croire à leurs promesses. Mais ces aliments de tous les superlatifs sont-ils vraiment nos sauveurs tant attendus? Ou cédons-nous simplement aux sirènes de la hype? Pour le savoir, rien ne vaut une analyse rigoureuse de leur valeur nutritionnelle. Et hélas, la désillusion est souvent au rendez-vous, car il apparaît alors que nombre de ces «superfoods» n’offrent pas grand-chose de plus que les produits traditionnels de nos terroirs (voir page ci-contre). Si l’on surévalue en général les bienfaits des superaliments, c’est notamment parce que les données nutritionnelles qu’on leur prête ne se basent pas sur le 30
Vivai 6/15
produit brut, mais sur des extraits, notamment des poudres ou des comprimés. Ceux-ci étant élaborés après extraction de l’eau, cela induit une concentration des substances. Par conséquent, les valeurs affichées par 100 grammes sont forcément plus élevées. Il suffirait de sécher ou de pulvériser des carottes ou du brocoli pour obtenir une concentration de nutriments égale, voire supérieure à celle de nombreux superaliments. Les superaliments d’aujourd’hui sont moins révolutionnaires que leurs aïeuls débarqués chez nous il y a plusieurs siècles. Car au fond, «superfood» n’est qu’un nouveau terme pour désigner un vieux phénomène. Il n’y a rien de nouveau, en effet, à ce que des vagues d’aliments inconnus déferlent sur nos assiettes. Aux XVIe et XVIIe siècles, les marins ne rapportèrent pas uniquement de l’or du Nouveau-Monde, mais aussi des biens plus précieux encore: des tomates, du maïs, des piments, des haricots, des courgettes, des avocats et même le chocolat! C’est une vraie malle aux trésors que Christophe Colomb et ses compagnons ont rapportée de leurs voyages – même si leurs contemporains étaient loin d’en imaginer tout le potentiel. Parmi toutes
ces nouveautés, la pomme de terre s’est révélée le superaliment par excellence. A une époque où des récoltes entières de céréales pourrissaient ou séchaient sur pied, le tubercule miracle a sauvé des millions d’Européens de la famine. De nos jours, nul ne songerait à qualifier ces aliments d’exotiques ou d’insolites. Ils font partie intégrante de notre culture. Qui voit aujourd’hui un migrant d’outremer dans une salade caprese? Il en ira de même des superfoods en vogue actuellement. Le monde est devenu un village, et les nouveaux venus s’intègrent bien plus rapidement qu’autrefois dans nos habitudes alimentaires. De nombreux superaliments ont aussi l’avantage d’être peu exigeants et de s’adapter sans problème au climat en Suisse. De quoi faciliter grandement leur adoption en tant que plante cultivée. Et bien sûr, ils élargissent notre éventail culinaire, invitent au dépaysement à table et nous séduisent par leurs goûts, couleurs et parfums inédits. Un émincé à la zurichoise accompagné de quinoa? Une polenta à base d’amarante plutôt que de maïs? Un buisson de lyciet de Chine, l’arbre à goji, dans votre jardin? N’hésitez pas! C’est le signe d’une intégration réussie. l
LES SUPERALIMENTS
NUTRITION
Superaliments exotiques vs produits traditionnels de chez nous
© Getty Images, iStock, Shutterstock
Superaliment Baies de goji
Alternative locale Framboises ou groseilles rouges
Ces baies sont riches en pré cieux nutriments, notamment des vitamines A, B, C, E, et autres principes antioxydants. Leur saveur est toutefois inhabituelle, très différente de celle des baies de chez nous.
Ces équivalents indigènes présentent parfois des concentrations de nutriments plus élevées. Surtout fraîchement cueillis dans le jardin. Les baies exotiques ont, quant à elles, souvent parcouru un long voyage, qui se traduit par une perte de précieuses substan ces. Et puis, comment savoir si ces baies ont été contaminées par des pesticides ou d’autres polluants?
Superaliment Baies d’açaï
Alternative locale Myrtilles
Ce fruit provenant d’un palmier regorge effectivement de subs tances nutritives… mais aussi de calories. D’une teneur élevée en lipides, en protéines et en fibres, il a un bon effet rassasiant.
Bien que nettement moins caloriques, les myrtilles présentent une composition de vitamines semblable à celle des baies d’açaï. Certes, elles contiennent moins de protéines et de bons lipides, mais les besoins dans ce domaine peuvent facilement être couverts par des fruits secs locaux. Le bilan écologique des produits indigènes est aussi infiniment meilleur que celui des baies d’açaï, transportées sur de longues distances.
Superaliment Graines de chia
Alternative locale Graines de lin
Ces graines sont une bonne source de fibres, de précieux lipides et de protéines.
Les graines de lin recèlent un peu moins d’acides gras oméga 3. Pour le reste, leur composition est similaire à celle des graines de chia.
Superaliment Quinoa
Alternative locale Epeautre
Cette plante herbacée de la famille des amarantes fournit des graines dont la composition nutritive est, à bien des égards, supérieure à celle du blé.
Comparé au quinoa, l’épeautre fournit plus de fibres, autant de fer et de zinc, mais moins de calcium, de magnésium, de protéines et de bons lipides. Par ail leurs, il contient du gluten, contrairement au quinoa, et il peut donc causer des réactions croisées chez les personnes allergiques aux graminées.
Superaliment Thé matcha
Alternative locale Huile d’olive
Ce thé vert contient des tanins concentrés et des composés appelés catéchines, qui peuvent améliorer certains facteurs de risque dans le sang. Ces sub stances ont aussi la propriété d’activer la combustion d’énergie et l’oxydation des acides gras dans l’organisme, ce qui peut aider à perdre du poids.
Elle aussi contient des substances amères qui stimulent la production de chaleur corporelle et la combustion des graisses. L’huile d’olive est, il est vrai, bourrée de calories, mais elle possède égale ment un bon pouvoir rassasiant. Des études ont montré que la consommation d’huile d’olive dans le cadre d’un régime méditerranéen va de pair avec un IMC (indice de masse corporelle) inférieur à celui des personnes qui n’en consomment pas.
Vivai 6/15
31
Publireportage
Excursions passionnantes pour toute la famille. La Suisse et les pays limitrophes sont des parcs de loisirs inoubliables pour les familles. Une excursion journalière suffit pour ressentir l’atmosphère des vacances. De plus, les familles qui voyagent avec le train profitent, avec RailAway CFF, jusqu’à 20% de réduction. Finalement, les offres combinées RailAway CFF comprennent le voyage en transports publics et l’entrée ou, dans certains cas, des petits extras. Voici quelques excursions spécialement intéressantes pour les familles:
Information et achat: – A votre gare – Sur cff.ch/loisirs – Sur Rail Service 0900 300 300 (CHF 1.19/min depuis le réseau fixe suisse)
Ice Magic Interlaken.
Tobogganing Park Leysin.
Zoo de Bâle.
L’expérience inédite en patins à Interlaken est repartie pour un deuxième tour. Cette année encore, le centre-ville se transformera en un paradis hivernal. Avec plusieurs espaces de glace différents, des pistes en courbes, des stands et le restaurant Igloo, l’hiver saura divertir les patineuses et les patineurs. Pour ceux qui ne se sentent pas appelés par la glace, ils peuvent profiter de l’atmosphère détendue et du panorama de rêve depuis la loge hivernale. cff.ch/icemagic
Gonflé à bloc, vous dévalez des pistes glacées sur des chambres à air. «Snow tubing» est le nom de ce sport original, comparable au bobsleigh avec ses virages relevés. Imaginé et conçu par Silvio Giobellina, médaillé olympique et champion du monde de bobsleigh, le Park est façonné chaque hiver à Leysin. Les pistes sont composées de toboggans sur lesquels on peut atteindre des vitesses folles en s’élançant du sommet d’une tour de 5 mètres sur 4 à 10 couloirs, longs de 100 à 300 m. cff.ch/tobogganing
Un environnement unique et des espaces soigneusement aménagés font du zoo de Bâle, en toute saison, un lieu d’excursion incomparable. Observez les léopards des neiges sur leur rocher. Découvrez un espace regroupant rhinocéros et loutres cendrées qui ouvre les portes de la lointaine Asie. Au vivarium, un joyeux monde coloré sousmarin regroupant hippocampes, requins ou manchots s’agite gaiement. cff.ch/zoo-bale
Des excursions à l’intérieur comme à l’extérieur. Achetez maintenant sur cff.ch/loisirs.
OFFRE COMBINÉE RaIlaway jUSQU’À
20%* DE RÉDUCTION
* par ex. offre combinée «Papiliorama Chiètres»: Voyage en train (20%, 10% dans Frimobil) jusqu’à Kerzers Papiliorama, entrée (10%) au Papiliorama. Valable jusqu’à le 31 mars 2016
Photo: Papiliorama Chiètres
Excursions hivernales.
SAIN & LÉGER
NUTRITION
Gewusst wie
Le chou, surtout cru, peut être difficile à digérer et provoquer des ballonnements. L’ajout de cumin facilite la digestion. L’association d’épices peut également contribuer à atténuer son odeur à la cuisson.
Un légume star trop chou Nouvelle star de la diététique, le chou a la cote. Rien d’étonnant à cela: il est aussi riche en vitamines qu’il est pauvre en calories. Texte: Imelda Stalder Recette: Annina Ciocco Photo: Pia Grimbühler Illustration: Anja Kroencke
l
e chou dégage, il est vrai, une forte odeur à la cuisson. Pour certains, celle-ci évoque de chauds souvenirs d’enfance, tandis que d’autres l’apprécient moins. Quelle que soit notre opinion sur la question, la variété aux feuilles frisées s’est imposée dans nos assiettes depuis le XVIe siècle. Considéré comme un légume d’hiver, le chou supporte allègrement les températures négatives. Cette résistance se reflète dans les nutriments qu’il contient: 100 g de ce généreux crucifère (un chou entier peut peser 1 kg) suffisent à couvrir les besoins journaliers d’un adulte en vitamine C et en acide folique, en fournissant
seulement 35 calories! Cela explique la cote dont il jouit dans les régimes ou les recettes de smoothies verts énergisants. Ajoutons qu’outre ses vertus vitaminiques, cette star légumière renferme aussi des glucosinolates, des molécules réputées pour leurs effets anticancéreux. Notons encore que le chou se digère plus facilement cuit et quand l’intestin y est déjà habitué. Mieux vaut donc l’introduire progressivement dans l’alimentation. Chou étuvé pour 4 personnes
4 cs de pignons de pin, 1 chou d’env. 800 g, 1 oignon, 2 cs d’huile de colza, 2 gousses
d’ail, 1 citron, du sel rose de l’Himalaya, du poivre du moulin. Faire revenir les pignons de pin à sec dans une poêle antiadhésive, jusqu’à légère coloration. Laisser refroidir. Couper le chou en quatre, retirer le trognon, puis détailler les feuilles en lanières. Hacher finement l’oignon et le faire blondir dans l’huile. Presser l’ail par-dessus. Ajouter le chou et faire revenir brièvement. Ajouter un peu de zeste de citron râpé et le jus du citron. Veiller à ce que le chou reste croquant. Assaisonner de sel et de poivre. Avant de servir, parsemer de pignons de pin. Cette recette accompagne idéalement un risotto. l Vivai 6/15
33
DÉVELOPPEMENT DURABLE
OIES DE PÂTURAGE
Des oies en joie Les oies de pâturage mangent de l’herbe au lieu d’être enfermées et engraissées. Cela implique une charge de travail et des coûts plus élevés, mais leur bien-être est à ce prix. Visite d’un élevage près de Berne. Texte: Atlant Bieri Photos: Raffael Waldner
d
ans le poulailler, ça criaille et ça cacarde. Le bruit est assourdissant. On sent que l’heure de la sortie approche. Vite encore un peu d’eau, un coup de bec pour se lisser les plumes. On étend les ailes. Et voilà le signal tant attendu. Agitant gaiement sa clochette, Monika Zehnder rassemble ses pensionnaires: «Pout, pout, pout. Venez, venez!».
34
Vivai 6/15
Avec son mari, elle élève deux cents oies de pâturage à Zimmerwald, sur le Längenberg, au-dessus de Belp. Les animaux appartiennent à la communauté d’exploitation Grubenegg. L’oie de pâturage est élevée dans le respect de l’espèce. Loin d’être gavées de graines à longueur de journée dans un espace confiné, les volailles s’ébattent
dans la prairie en mangeant de l’herbe. Certes, il faut deux fois plus de temps pour que le poids d’abattage soit atteint, mais les oies bénéficient ainsi de conditions de vie dignes. Au tintement de la clochette, deux cents paires de pieds palmés se mettent en mouvement. «Nous avons introduit un signal acoustique pour que les oies com-
prennent tout de suite ce qu’on attend d’elles», explique Monika Zehnder. Car mener un troupeau d’oies du point A au point B n’est pas une mince affaire. Ces animaux se déplacent comme un essaim. L’oie qui se trouve par hasard en tête du groupe donne le rythme et la direction. Mais la meneuse peut être remplacée d’une seconde à l’autre. Il suffit qu’une
seule oie tourne la tête pour provoquer une réaction en chaîne: toutes les autres vont l’imiter et tourner la tête, si bien que l’avant du troupeau se déplace et qu’il y a un nouveau chef de file. Vu de loin, on dirait une grosse goutte de lait hésitant sur la direction dans laquelle couler. Puis tout s’enchaîne très vite. Une oie s’élance vers le portail et entraîne derrière elle
un long chapelet de boules blanches. Un tremblement secoue le poulailler, les volailles filent devant Monika Zehnder, soulevant derrière elles un nuage de plumes duveteuses. Tout a commencé il y a quatre ans. Les Zehnder s’étaient rendus à une réunion organisée par trois étudiants qui souhaitaient introduire en Suisse une production Vivai 6/15
35
DÉVELOPPEMENT DURABLE
de viande d’oie durable et respectueuse de l’espèce. On en était alors aux premiers jours de l’association Oies de pâturage (weidegans.ch) qui rassemble aujourd’hui 45 producteurs dans toute la Suisse. A eux tous, ils élèvent quelques milliers d’oies. La communauté d’exploitation Grubenegg est le deuxième plus grand site de production. L’association weidegans.ch est éga lement un label. Ses membres s’engagent à respecter des critères d’élevage rigou reux. Le nombre d’oies par hectare de pâturage est limité à cent. Par ailleurs, elles doivent pouvoir se baigner chaque jour, et la mare doit être assez profonde afin de leur permettre de plonger et de faire couler de l’eau sur leur dos. Le bien être de l’animal est un élément central dans la production de viande.
OIES DE PÂTURAGE
Assez indépendantes de nature, les oies de pâturage broutent l’herbe à ras et passent ensuite à la prairie suivante. Seuls leurs excréments donnent plus de travail. «Les oies ne se soucient pas de l’endroit où elles font leurs besoins», remarque l’avicultrice. Et comme elles se sentent particulièrement bien dans l’eau, c’est là qu’elles préfèrent se soulager. «Nous devons toutes les deux à trois semaines vidanger la mare et faire un grand net toyage», ajoutetelle. Les oies mènent une vie heureuse, et cela se reflète dans la qualité de la viande. «La viande d’oie de pâturage n’est pas aussi grasse que celle des oies engrais sées», note Monika Zehnder. Par ailleurs, la perte d’eau à la cuisson est moindre. Une fois le mets apprêté, il reste donc plus de viande à savourer. Ce type d’éle
vage est aussi remarquable en termes de développement durable, car les oies consomment peu de céréales issues de production intensive. Les premiers animaux sont abattus le 11 novembre, le jour de la SaintMartin. C’est l’abattoir d’Heimisbach, dans l’Em mental, qui se charge de cette tâche. Les oies pèsent alors neuf kilos, ce qui donne cinq kilogrammes de viande. Une partie des ces oies élevées durablement est ven due à Migros au moment des fêtes; l’autre, directement par la famille, à des consom mateurs de la région. Jusqu’à ces dernières années, il n’y avait pratiquement pas de marché en Suisse pour la viande d’oie. «Mais avec les nom breux immigrés allemands, la demande a augmenté», explique Monika Zehnder. Et les Suisses commencent à s’intéresser à
PUBLICITÉ
N’IMPORTE QUEL PROGRAMME – MERKER RESPECTE TOUJOURS L’ENVIRONNEMENT.
Les précieuse ressources et votre portemonnaie sont préservés. www.merker.ch
cette viande. «L’an dernier, nous avons eu un jeune de 20 ans qui voulait cuisiner une oie pour sa famille. Cela m’avait beaucoup touchée», raconte l’avicultrice. N’est-il pas compliqué de préparer une oie? «Pas du tout! Et nous donnons toujours à nos clients trois ou quatre bonnes recettes. Mais la plupart regardent comment faire sur Youtube», ajoute-t-elle. Lorsque le soleil se rapproche de la ligne d’horizon, le tintement retentit à nouveau. Les oies se dirigent en se dandinant vers le poulailler, où les attend une petite gâterie. Chacune reçoit 100 grammes d’orge pilée avant de se coucher. «Cela leur fournit quelques calories en plus», explique Monika Zehnder. Cet apport de nourriture supplémentaire est surtout important l’automne, quand l’herbe perd peu à peu de sa valeur nutritive. La nuit tombe, le silence s’installe. Mais dans un poulailler, rien n’est jamais tout à fait calme. «Les oies ronflent», avoue Monika Zehnder. Mais au moins, les jacassements se sont tus. l
Le bien-être des animaux chez Migros La production animale est essentielle, car elle fournit des denrées telles que la viande, les œufs et le lait. Migros s’engage pour une production animale responsable, exigeant que les animaux de rente soient traités avec respect et conformément aux besoins propres à chaque espèce. En Suisse, les lois sur la protection des animaux sont parmi les plus sévères au monde. De nombreuses pratiques ayant cours à l’étranger y sont interdites. Comme le confinement en cage des poules pondeuses, la castration des porcelets sans anesthésie ou les transports d’animaux de plus de six heures. La majorité des produits d’origine animale écoulés par Migros sont soumis à des règles dépassant encore le niveau des exigences légales. Dans le cadre de son programme Génération M, Migros promet de surcroît d’appliquer d’ici 2020 les standards suisses de bien-être animal à tous les produits venant de l’étranger.
Il faut aux oies de pâturage, qui mangent de l’herbe au lieu d’êre engraissées, deux fois plus de temps pour atteindre le poids d’abattage. Elles ne regagnent la chaleur de leur poulailler que le soir venu.
Les Zehnder ont adhéré à l’association weidegans.ch, qui comprend en tout 45 producteurs de viande d’oie durable. Vivai 6/15
37
DÉVELOPPEMENT DURABLE TRAÇABILITÉ
Doudounes sous surveillance Migros veille au respect des standards sociaux et au bienêtre des animaux ainsi qu ‚ à la protection de l‚environnement et de la santé chez ses fournisseurs. Même dans les pays lointains comme la Chine, d ‚ où proviennent ses doudounes. Recherche: Martina Bosshard Illustration: Andrew Timmins
Elevage de canards
Suqian
Abattoirs
Xinyi Suqian Nanjing Shanghai
CHINE
Tout commence dans un élevage de canards situé à Suqian, sur la côte est de la Chine. C’est de là que vient le duvet. La ferme où sont élevés les canards ainsi que les abattoirs où ils sont emmenés sont certifiés RDS, pour «Responsible Down Standard» (standard responsable concernant le duvet). Celui-ci garantit que les volatiles ne sont pas plumés vivants. Les élevages sont contrôlés une fois par an, et il y a aussi des contrôles spontanés.
Hong Kong
Après traitement, le duvet est transporté chez le fournisseur de doudounes, dans la ville de Xinyi. Cela fait près de 10 ans que cette entreprise travaille pour Migros, et elle applique sans faille les prescriptions du code de conduite de la BSCI (Business Social Compliance Initiative) depuis le début du partenariat. Des experts indépendants peuvent ainsi contrôler que les salaires minimaux convenus sont bien versés, que les heures effectivement travaillées sont bien rémunérées et que les standards de sécurité, p. ex. en cas d’incendie, sont bien respectés. Xinyi
38
Vivai 6/15
Afin d’aider les gens à se prendre en main, Migros instruit aussi directement les collaborateurs de ses fournisseurs, notamment sur les thèmes de la santé, de la sécurité et des salaires équitables. Cette démarche est appelée «capacity building» (renforcement des capacités). Son objectif est d’améliorer les conditions de travail à long terme.
Les doudounes sont cousues sur place, dans l’usine du fournisseur. En tout, Migros commande environ 30 000 pièces par saison, dans différents modèles.
Les doudounes sont ensuite chargées dans des camions et transportées jusqu’aux stocks du fournisseur, à Nanjing. Avant d’être emballée pour l’expédition, la marchandise est inspectée par le laboratoire de qualité SQTS (Swiss Quality Testing Services), en concertation avec le bureau des achats de Migros à Hong Kong. Si tout est en ordre, les doudounes prennent le chemin d’un entrepôt collectif dans le port de Shanghai. Là, elles sont chargées dans des conteneurs, avec d’autres marchandises à destination de la Suisse.
Nanjing
Rotterdam Neuendorf
La Spezia
Shanghai
CHINE
Rotterdam
Les doudounes sont dotées du label eco, qui signifie que les processus de fabrication critiques au plan écologique sont surveillés, qu’il y a une traçabilité des étapes de production cruciales, que les formules et les substances utilisées sont évaluées et documentées, soit qu’elles doivent être accompagnées de données sur la sécurité et d’informations techniques. Tous les composants, notamment les boutons et les fermetures éclair, doivent être contrôlés.
La Spezia
Shanghai Un porte-conteneurs – comme, par exemple, le gigantesque MSC Oscar, qui peut transporter plus de 19000 conteneurs – achemine la marchandise jusqu’en Europe par voie maritime. Il décharge sa cargaison soit en Italie, dans le port de La Spezia, soit aux Pays-Bas, à Rotterdam. De là, nos doudounes continuent leur chemin à bord d’un train de conteneurs et gagnent Frenkendorf, près de Bâle, avant d’être redirigées vers le centre de distribution Migros, à Volketswil, non loin de Zurich. Le voyage dure entre 36 et 42 jours au total.
Frenkendorf
Neuendorf
De Volketswil, les doudounes sont envoyées dans les 95 filiales qui les proposent dans leur assortiment. Vivai 6/15
39
VOYAGER
VALLÉE DE SAFIEN
Loin du monde Besoin de déconnecter? Enchâssée dans les montagnes grisonnes, la vallée de Safien conjugue tradition et innovation. Dans un silence infini. Texte: Petra Koci Photos: Bruno Augsburger Illustrations: Martin Haake
40
Vivai 6/15
Délimitée au nord par les gorges du Rhin, la vallée de Safien s’insère entre la vallée de Vals et la route du San Bernardino. Le versant oriental est abrupt et couvert de forêts. Les hameaux dispersés typiques de l’habitat walser se trouvent sur le versant occidental, moins escarpé.
l
orsque les embouteillages et les cohues humaines des heures de pointe nous insupportent au point de nous donner envie de hurler, on se prend à rêver d’un lieu isolé où l’on pourrait appuyer sur la touche «Pause». Un lieu en pleine nature, à l’écart de toute pollution sonore, où le silence règne en maître. Un lieu vierge, dont le panorama époustouflant s’étend à perte de vue. La vallée de Safien, dans les Grisons, satisfait à tous ces critères. Elle a tout d’un petit paradis terrestre. Outre ses paysages grandioses, elle se distingue par ses maisons walser typiques, au bardage brûlé par le soleil. Si les habitants sont très attachés à leur vallée, ils n’en sont pas moins ouverts au monde. Ils y font bon ménage avec des chameaux et des lamas et sont également friands d’innovation, ainsi qu’en témoigne l’installation du premier téléski solaire au monde. L’hiver, la région fait le bonheur des amateurs de randonnées en raquettes ou à ski. Ici, nul besoin de rechercher le calme. Comme le dit si bien Angelika Bandli, agricultrice bio et guide de trekking: «Rien ne sert de gravir les pentes en courant, ici, le silence vous rattrape partout!». Vivai 6/15
41
Les lamas chantent, et la caravane passe Hijo s’approche pour faire un bisou. C’est du moins l’impression qu’il donne lorsqu’il vient poser ses lèvres sur votre visage, tout en vous observant avec ses yeux bordés de longs cils. «Les lamas nous reconnaissent à notre odeur», explique Angelika Bandli. Et elle sait de quoi elle parle: elle possède douze lamas, ainsi que deux chameaux et un troupeau de yacks. Une fois les présentations faites, bipèdes et quadrupèdes quittent le village de Safien Platz en file indienne pour rejoindre un chemin d’alpage enneigé. Est-il vrai que les lamas crachent? Oui, mais seulement entre eux, pour affirmer leur position hiérarchique dans le groupe. Le calme impérial des lamas et la quiétude de la nature ont un effet apaisant. «Les lamas ne se laissent pas
42
Vivai 6/15
bousculer, ils conjuguent l’intelligence de la chèvre et le stoïcisme de l’âne», commente Angelika sans cacher son admiration pour ces animaux. Ses deux chouchous sont toutefois les chameaux Dschingis et Aladin, qui n’ont eu aucune peine à s’intégrer à la communauté de leurs cousins lamas. Après une soupe à l’orge revigorante dégustée dans une ferme bio, la caravane redescend en direction du village. Les lamas, qui captent toute l’attention, semblent maugréer dans leur barbe. Expriment-ils ainsi un mécontentement? «Non, nous rassure Angelika en riant, ils chantent!». Randonnée hivernale avec des lamas, env. 2 h ½ de marche. Tarif adultes: CHF 65, enfants de 7 à 14 ans: CHF 55, repas de midi inclus. bandli.ch
VALLÉE DE SAFIEN
VOYAGER
Ascension en raquettes A Camana, hameau perché sur la montagne, les maisons walser au bois noirci par le soleil semblent avoir été jetées au hasard dans le paysage, tels des dés. Chaussés de raquettes à neige, nous gravissons la pente qui mène aux fromageries traditionnelles de Camaner Hütta, puis glissons à travers une immense étendue immaculée. Le silence de la nature finit par triompher du vacarme intérieur qui habite les gens stressés. On a l’impression d’être seul au monde, et la vue est à couper le souffle. Le panorama s’étend du Piz Beverin au col de Glas. Des randonneurs à ski ont laissé des empreintes sinusoïdales dans le manteau neigeux. Nous traçons notre propre piste et glissons ensuite dans la poudreuse, comme en apesanteur. Le grondement d’une avalanche se fait entendre au loin, puis le silence retombe. Et pour clore en beauté, on peut s’offrir au retour un traitement pour prévenir les courbatures. Sur réservation, l’auberge de montagne Camana chauffe le baquet d’eau chaude ou le sauna extérieur, installés devant l’hôtel. hotelcamana.ch
Tradition et renouveau La sirène de Valendas aurait sûrement beaucoup de choses à raconter. Depuis des siècles, elle trône sur la plus grande fontaine en bois d’Europe, au milieu de la place du village. Par le passé, elle observait le bétail qui venait s’y abreuver. Puis, avec l’exode rural, le petit village de montagne s’est vidé, et l’ennui a commencé à la gagner. Aujourd’hui, elle s’étonne en silence de voir des touristes s’arrêter pour la saluer. Depuis la transformation, par le célèbre architecte Gion A. Caminada, de la maison Engihus am Brunnen en hôtelrestaurant, Matthias Althof et sa femme Elvira Solèr Althof y proposent une cuisine créative cotée 14 points au Gault&Millau. La carte attire aussi bien les gens du coin que des gourmets de passage. «Vu que nous sommes entourés de fermes, je ne cuisine pratiquement que des produits locaux», explique le chef. La viande de veau de la battuta cuite sur une pierre de sel et accompagnée de lentilles tièdes provient par exemple de chez Luzi. L’omble chevalier de Curdin est transformé en filets panés, servis avec une mousse au raifort et une salade de céleri et d’oranges sanguines. Hôtel-restaurant Gasthaus am Brunnen, Hauptstrasse 61, 7122 Valendas, tél. 081 920 21 22, fermé les lundis et mardis. gasthausambrunnen.ch
Le premier téléski solaire au monde Au téléski de Tenna, l’unique remontée mécanique de la vallée, l’ambiance est décontractée. Immanquables, les 82 panneaux solaires qui assurent son fonctionnement étincellent sur le fond de ciel bleu. Le projet était audacieux, mais l’investissement s’est révélé payant. L’installation photovoltaïque produit 13 fois plus d’énergie qu’il n’en faut au téléski pour fonctionner. En émettant un léger ronronnement, il dépose les skieurs en haut du Schlüechti, à 2283 m, en trois minutes. Si les remontées sont suspendues entre 12 et 13 h, ce n’est pas pour une raison technique. «Si nous ne l’arrêtions pas, les enfants refuseraient d’aller manger», commente le responsable de la caisse avec un petit sourire. Téléski solaire de Tenna, forfait journalier adultes: CHF 25, enfants: CHF 16. solarskilift.ch Vivai 6/15
43
VOYAGER
VALLÉE DE SAFIEN
Fromage, miel et peaux de marmotte L’épicerie alpestre de Tenna est une entreprise familiale. La femme et la belle-mère du patron font les confitures, le pain, le pain aux poires et les fameuses tourtes aux noix des Grisons. Un oncle récolte le miel. Le fromage provient de Tenner Alp, tandis que les salziz, les fameuses saucisses sèches d’alpage, sont confectionnées avec le bœuf Natura Beef fourni par l’éleveur Stefan Joos. Installée dans une ancienne étable, la Spensa (cellier en romanche) est toujours bien achalandée. Une cinquantaine de familles y veillent en approvisionnant le magasin en fromages d’alpage, en saucisses et salsiz, ainsi qu’en produits d’artisanat, notamment des chaussons en feutre et des peaux de marmotte. Ferme bio Hofstatt, Ausserberg 10, 7106 Tenna, www.hofstatt.ch Spensa, sur la route principale en face de l’arrêt du car postal, Safien Platz,
www. spensa.ch
Un hébergement stylé Perchée à 1636 mètres d’altitude, la Nühus («nouvelle maison» en suisse allemand walser) domine le village de Safien Platz depuis plus de deux siècles. Dagmar Steinemann et Marius Hagger ont acquis cette maison typiquement walser avec ses meubles d’origine et l’ont rénovée et agencée avec goût. Les lits des six chambres sont équipés de matelas avec un noyau en plumes, pour un confort optimum. Dans la salle à manger, un splendide poêle en pierre ollaire diffuse une douce chaleur. C’est ici qu’est servi le copieux petit-déjeuner à base de produits régionaux. Le soir, sur demande, Marius concocte un menu à trois plats, comprenant par exemple une fondue ou des capuns, spécialité incontournable de la gastronomie grisonne. Enfin, au salon, pièce maîtresse du lieu, de confortables canapés en cuir invitent à se détendre au coin du feu, tout en admirant le paysage grandiose à travers la grande baie vitrée. Nühus, Bed & Breakfast & Mehr, Bruschgaleschg, 7107 Safien Platz, tél. 081 630 60 66. www.nühus.ch 44
Vivai 6/15
Au cœur de la nature et avec elle Le jeune couple d’agriculteurs bio Ursina et Marco Waldburger élèvent des vaches mères. L’après-midi, ils servent des spécialités locales dans leur salle à manger rustique ou dressent les tables en terrasse. Parfait pour jouir de la vue sur le Tällihorn en dégustant un délicieux fromage d’alpage ou une soupe à l’orge! Imperturbables, les canards Hugo et Erna se dandinent entre les tables. Du bœuf bio ou du gibier, chassé par Marco, peut être servi à midi ou le soir sur demande. Gasslihof, tél. 079 212 83 36, ouvert de 12 h à 17h ou sur réservation. www.gasslihof.ch
Infos pratiques Accès
Huit kilomètres de liberté Les amateurs de ski de fond ou de randonnée pédestre hivernale peuvent rallier le bout de la vallée, vers le sud. L’itinéraire long de huit kilomètres débouche au cœur d’un cirque montagneux empreint d’une incroyable sérénité. Des cascades de glace bleutée s’accrochent à la paroi la plus reculée. Un site spectaculaire fréquenté par des grimpeurs aguerris. Sous l’épais manteau neigeux coule la rivière Rabiusa, qui fait entendre son doux murmure. Et lorsque le soleil réchauffe le versant est, les chamois et bouquetins qui se risquent à descendre vers la vallée complètent ce magnifique tableau.
En transports publics: depuis Coire, trajet en train sur la ligne des Chemins de fer rhétiques à travers les gorges du Rhin jusqu’à Versam-Safien. Un car postal circule jusqu’au fond de la vallée. En voiture: autoroute direction San Bernardino, sortie Bonaduz. La route étroite et sinueuse qui traverse le Versamer Tobel pour rallier la vallée de Safien est un peu sportive.
Hébergement
Petits hôtels à Versam, Safien Platz et Thalkirch ainsi qu’appartements et maisons de vacances, mayens ou B&B. A Valendas, jolies chambres tout confort au B&B Nühus et au Gasthaus am Brunnen.
Pour en savoir plus
Rendez-vous sur le site myswitzerland.com et tapez «safien» dans le champ de recherche. Vivai 6/15
45
CADDIE SOUS LA LOUPE
L‚ANALYSE DU PSY
Le goût des bonnes choses Notre éminent spécialiste du caddie sous la loupe bénéficie de l’aide inattendue d’une vendeuse. Mais l’analyse spontanée de celle-ci l’aiguillera-t-elle sur la bonne voie? Une chose est sûre: l’acheteur mystère soigne son alimentation. Photos: Claudio Bader
a
première vue, cette photo révèle des produits sélectionnés avec soin par une personne qui apprécie les bonnes choses, sans permettre de se faire une idée exacte des repas qu’ils compose ront. Il semble évident qu’ils ne seront pas consommés dans le seul but de se nourrir, mais de préparer des plats raffinés, aux accents méditerranéens. La tourte aux marrons et les étiquet tes en italien indiquent que ces achats ont 46
Vivai 6/15
été faits au Tessin. Pâtes et gressins attes tent des affinités de l’acheteur avec la gastronomie transalpine. En y regardant de plus près, cellesci n’excluent pas l’influence d’autres traditions culinaires. On trouve ainsi du quinoa, du yogourt à la grecque, du thé vert, ou encore du jus de canneberge. Ces articles m’incitent à ne pas tirer de conclusions trop hâtives. Comme à chaque analyse, j’ignore quels produits achetés dans d’autres ma
gasins viennent compléter ces courses. Je ne peux donc que me livrer à des spécu lations sur l’absence de lait, de fromage et de légumes frais – exception faite des to mates –, ou encore de salade. Je parierais néanmoins que l’acheteur mystère appré cie les légumes frais et les bons fromages. Plutôt que de m’égarer dans des suppositions hasardeuses, je préfère étu dier de plus près les articles que j’ai sous les yeux.
© Nik Hunger
Ces achats ont visiblement été réalisés au Tessin. En l’occurence à Biasca.
La ciboulette, le persil et les côtelettes semblent indiquer que les repas se composent de mets variés. Et compte tenu des quantités, je miserais sur un foyer de deux personnes. La tourte aux châtaignes me fournira peut-être un indice. Je présente la photo à une vendeuse du Migros MMM Limmatplatz. Celle-ci m’apprend que ce produit ne figure pas dans l’assortiment du magasin zurichois. Dommage! Je ne recule en effet devant aucun sacrifice pour accomplir mes missions! En général, j’achète les produits que je ne connais pas pour me faire une idée des goûts de l’acheteur mystère. Malheureusement, mon emploi du temps ne me permet pas de m’offrir une petite virée gastronomique au Tessin! La vendeuse consultée m’apporte toutefois une aide inattendue. Sans l’ombre d’une hésitation, elle affirme: «Ces achats ont certainement été faits par
„Une femme d’une trentaine d’années? Je n’adhère pas totalement à cette supposition.
„
Le psychologue de la nutrition Robert Sempach est responsable du projet Santé pour le Pour-cent culturel Migros. Son projet Tavolata a pour but de réunir des personnes âgées autour d’une table. Infos sur: www.tavolata.net.
une femme d’une trentaine d’années.» Je n’adhère pas totalement à sa supposition dans la mesure où j’aurais pu acheter moi-même pratiquement tout le contenu de ce caddie. Mais je n’ai pas non plus d’argument solide à opposer à cette analyse spontanée. Homme ou femme, la personne qui se cache derrière l’acheteur mystère est sans nul doute jeune et active professionnellement. Le soir et les weekends, elle aime partager un bon repas avec des amis. Pour valider l’hypothèse d’un foyer composé de deux personnes, il me faudrait savoir si d’autres produits sont achetés ailleurs et lesquels. Peut-être puis-je me dispenser de me pencher sur les derniers détails, car un aspect décisif saute aux yeux: le goût des bonnes choses s’inscrit ici en lettres d’or. Pour savoir qui a fait ces achats, tournez la page. Vivai 6/15
47
CADDIE SOUS LA LOUPE
u
La solution
Ces achats ont été faits à Biasca par Marco Marcacci, un historien de 65 ans qui conjugue habilement goût et santé. Il vit à Monticello, à la frontière entre les Grisons et le Tessin.
ne trentenaire au goût raffiné, je suis flatté! Il est vrai que j’apprécie la bonne chère, mais je m’attache à manger avec modération. Je privilégie les produits sains et frais. J’aime la cuisine méditerranéenne, simple et goûtueuse, mais pas seulement. Ma mère préparait des plats tessinois, comme la polenta et les luganighe. J’ai aussi vécu à Genève et à Berne, où j’ai découvert d’autres univers culinaires. Et je suis toujours curieux de goûter à de nouveaux aliments, comme le quinoa, qui constitue une bonne alternative aux céréales classiques. N’étant pas amateur de produits laitiers, je préfère le thé vert au café au lait le matin. A midi, je me contente d’un en-cas froid, salade de tomates ou viande séchée avec du pain. Pour mon travail, je me rends souvent aux Archives de l’Etat, à Bellinzone. Le raisin, les bananes et le jus de canneberge sont parfaits pour les pauses. Le soir, quand je suis seul, je fais un plat unique, par exemple une côtelette avec un risotto et une salade de roquette. Si j’invite des amis, je prévois des gressins pour l’apéro et une entrée maison. Il n’y a que le dessert que j’achète tout prêt. En ce qui concerne la pâtisserie, il s’agit de Baci di Dama (Baisers de Dame) fourrés d’une ganache au nougat. l Propos recueillis par Ueli Bischof
PUBLICITÉ
Votre don facilite la vie de Marlène.
Fondation suisse en faveur de l’enfant infirme moteur cérébral www.cerebral.ch Nous remercions la maison d’édition pour son aide lors de la réalisation de cette annonce.
Compte postal: 80-48-4
48
Vivai 6/15
. Chocolastinquiellee t exq uis,
noir et fondant, ru simple et raffiné
Envie n? d’inspiratio sà u o A bon nez-v a ison ! Cuisine de S 1 a n n ée , seu lement CH F 39.–.
Commandez votre abonnement via le coupon, par tél. au 0848 877 848 ou sur www.saison.ch/fr/inspiration
Oui, je souhaite m’inspirer et m’abonner, et je commande 12 nos de Cuisine de Saison pour seulement CHF 39.– (au lieu de CHF 58.80*).
80056048
Prénom
Nom
Rue, n°
NPA, lieu
Téléphone
Envoyez le coupon à : Cuisine de Saison, service des abonnements, case postale, 4800 Zofingue Tarifs 2015, sous réserve de modifications. Livraison à l’étranger, avec frais de port en sus. Les données peuvent être utilisées à des fins de marketing.
* prix de vente au numéro
DOSSIER
SFAFSAFKFKKLFHL
Vous avez dit fascias ? Que sont donc ces fascias qui sont sur toutes les lèvres? Un réseau de fibres qui accompagnent tous nos mouvements et qu’il nous faut entretenir pour que notre corps conserve souplesse et stabilité. Texte: Petra Koci
50
Vivai 6/15
LES FASCIAS
s
© fascialnet.com, blackroll.ch
emblant surgis de nulle part, les fascias conquièrent le monde du fitness. Ils font partie du tissu conjonctif et constituent un réseau de fibres qui s’étend au corps entier. Compa rables à la fine peau blanche qui entoure la viande rouge, ils enveloppent toutes les structures anatomiques: os, cartilages, tendons, organes, cerveau et muscles – chaque fibre musculaire! Ils forment ce que l’on nomme parfois un «deuxième squelette». Fait étonnant: si l’on ôtait tous les muscles, les os et les organes d’un corps, il conserverait, grâce à ces fascias, sa forme originelle. Le système fascial est constitué d’eau, pour environ 70%, et de fibroblastes, des cellules responsables de la formation des autres cellules du tissu conjonctif. Il est traversé de terminaisons nerveuses, de capteurs et de récepteurs. Son rôle est multiple. Grâce à sa teneur en eau élevée, il fonctionne comme un système hydrau lique qui maintient notre organisme en position, donne sa forme au corps, le sou tient et le stabilise. Les fascias ont égale ment la fonction d’un organe des sens et accompagnent nos mouvements. Leurs nombreux capteurs envoient des stimuli au cerveau, qui transmet ces signaux à la musculature. Ils sont également respon sables de la transmission de la force. Ima ginez un ressort en acier auquel est sus pendu un poids. Pour faire bouger ce poids, les muscles qui tendent le ressort (représentant les fascias) doivent fournir un peu d’énergie. Lorsque le ressort se dé tend, toute la force est libérée. Où naissent les courbatures Les fascias constituent un matériau non seulement ferme, exerçant une fonction de soutien, mais également souple et flexible. En fait, ils comportent plusieurs couches élastiques qui glissent les unes sur les autres grâce à une sorte de lubri fiant. Un tissu conjonctif en bonne santé est extensible, il est plein de liquide et riche en nutriments. Il nous permet de
nous pencher et de nous étirer de façon dynamique. Ce que les personnes jeunes peuvent faire sans difficulté. Un corps vieillissant peut toutefois conserver cette souplesse. Des efforts excessifs ou des blessures, notamment sportives, ainsi que de mauvaises postures ou une trop grande sédentarité peuvent cependant provoquer des adhérences au niveau des fascias, voire, avec le temps, des durcissements des fascias. Lorsque les différentes couches ne glissent plus les unes sur les autres, les mouvements des muscles et des articulations deviennent limités. Des tensions se font alors sentir et, du fait de la présence des capteurs dans les tissus, souvent des douleurs aussi. Les courbatures que nous attribuons volontiers aux muscles devraient l’être également aux fascias entourant chaque fibre musculaire, car c’est là que s’amorcent
Les automassages Pour détendre les fascias
Pour effectuer un automassage, on s’allonge sur un blackroll ou une balle de massage ( les deux acces soires les plus couramment utilisés pour détendre les fascias), que l’on fait rouler doucement en utilisant le poids du corps. Avant de se lancer, il est conseillé de consulter un profes sionnel. ctc-lausanne.ch/citymed.ch
BOUGEZ !
les stimuli douloureux. Des études ont montré que le tissu conjonctif se contracte également en cas de sécrétion de messa gers chimiques (ou neurotransmetteurs) impliqués dans la réponse au stress. Après une situation de stress de courte durée, les tissus se détendent à nouveau. Si le stress devient chronique, les fascias restent contractés, et il peut s’ensuivre des durcissements permanents. Eliminer les adhérences Depuis que les chercheurs ont mis en évi dence l’étroite collaboration entre les muscles et les fascias, dans le domaine sportif, le fitness fascial est souvent inté gré aux entraînements axés sur la force, l’endurance et la coordination. Les exer cices sont effectués à l’aide d’un rouleau d’automassage (blackroll) ou d’une balle en mousse dure, sur laquelle on se couche et que l’on fait rouler en utilisant le poids de son corps. La pression stimule l’échange des liquides dans les tissus, et les problè mes d’adhérence peuvent être éliminés. Certains centres de fitness proposent éga lement des entraînements ciblés. La recherche sur les fascias n’en est qu’à ses débuts. Une étude menée par la Harvard Medical School a toutefois dé montré que les thérapies manuelles, telles que l’acupuncture ou les massages, ont un impact positif sur le tissu conjonctif. A l’instar des disciplines orientales axées sur le mouvement, particulièrement le yoga. Dans de nombreuses positions de yoga, les grands fascias sont étirés len tement, et l’étirement est maintenu un certain temps. Ces extensions activent les fibroblastes, des cellules qui participent au renouvellement des fibres. Les flux au sein de l’installation hydraulique sont améliorés, les couches glissent plus faci lement les unes sur les autres. Le yoga est bon pour la santé. Mais ça, on le savait. Ce qui est nouveau, c’est que l’on sait pourquoi. Les recherches sur les fascias l’on montré. l Suite page 53
Vivai 6/15
51
Les Médias Migros
vous souhaitent un joyeux Noël et une bonne année.
BOUGEZ !
LES FASCIAS
” Le système fascial a besoin de temps. Il travaille lentement. ” Jörg Hering, physiothérapeute, professeur d’anatomie et thérapeute MDF (Modèle de Distorsion Fasciale), Berne Chez les personnes qui ne bougent pas suffisamment, il y a un danger d’adhérence des fascias. Est-ce que cela se produit déjà lorsque l’on passe trois heures d’affilée assis à son bureau?
Il ne suffit pas de rester inactif trois heures pour qu’apparaissent des adhérences. Mais plus l’inactivité se prolonge, plus il y en a – et plus elles sont fortes. Les adhérences se forment normalement durant la nuit, lorsque le corps se repose et les fibres se régénèrent. Le système fascial est comme un filet, et les cellules fibroplastes sont comparables à des araignées qui tisseraient des fils de collagène. Elles se baladent et créent sans arrêt de nouvelles connections. Le matin, lorsque nous nous étirons et nous mettons en mouvement, les adhérences se trouvant aux mauvais endroits disparaissent. Si cela ne se produit pas, elles deviennent de plus en plus fortes et entraînent des problèmes de l’appareil moteur. Les thérapies manuelles, telles que les massages, se révèlent efficaces. Quelles actions exercent-elles?
Par l’application de faibles pressions, ces thérapies permettent d’agir sur les fascias superficiels, tandis que pour atteindre les fascias profonds, il faut exercer de fortes pressions. L’impact de la pression est ponctuel et force les fibroblastes des fascias à se reformer. Les adhérences peuvent ainsi être résorbées. Parallèlement, la circulation de l’eau dans le système fascial est favorisée et, par conséquent, l’élimination des déchets dans l’organisme aussi.
En quoi consiste la nouvelle méthode Modèle de Distorsion Fasciale (MDF)?
Cette thérapie est basée sur six types de distorsions fasciales (linéaire, étendue, ponctuelle, etc.), correspondant à des douleurs traduites par des mots et des gestes spécifiques. Le but de la thérapie est de reconnaître la douleur telle qu’elle est décrite par le patient, de l’attribuer à un type de dysfonctionnement et d’appliquer la technique de manipulation adaptée. Les manipulations sont effectuées en fonction des gestes avec lesquels le patient exprime son mal. Et parfois avec une très forte pression. Le mal de dos est très répandu. Peut-il aussi être imputé à un dysfonctionnement des fascias?
Fascias et musculature sont à l’origine de bien des douleurs dorsales. Particulièrement quand le mal de dos n’est pas spécifique – c’est-à-dire quand ni les radios ni les IRM ne donnent de résultats concrets. Il y a alors presque toujours un dysfonctionnement fascial et/ou un point déclencheur, un nœud dans le muscle, appelé «trigger point» (point gâchette). Dans ce cas, une thérapie fasciale ou une thérapie ciblant ces «trigger points» peut apporter un soulagement. Lorsque le système fascial est sain, il suffit d’automassages à l’aide d’un blackroll. Mais est-ce efficace?
Quand ces massages sont réalisés correctement, bien sûr. Plus les mouvements sont lents, mieux c’est. Il faut passer le rouleau sans à-coups, tout doucement dans un sens, et revenir tout doucement dans l’autre. Le système fascial a besoin de temps. Il travaille lentement. Au début, l’automassage au blackroll peut faire assez mal. Si cela se produit, il vaut mieux attendre que la douleur soit atténuée avant de recommencer.
100% naturel
Choisissez le produit naturel depuis 1961
CORPS ET ÂME
LA CRYOTHÉRAPIE
Le bien-être venu du froid S’exposer brièvement à de basses températures est bénéfique. La thérapie par le froid, ou cryothérapie, rend plus performant et calme les douleurs.
m
immunitaire. Ses courageux adeptes connaissent bien la formidable énergie ressentie après coup.
Une kyrielle de bienfaits «Quand on est dans la cabine, la peau se refroidit très rapidement. Les vaisseaux situés sous la peau se resserrent, poussant le sang vers l’intérieur du corps. Le cœur pompe davantage de sang à chaque contraction. Après le choc thermique, dès que les vaisseaux se dilatent à nouveau, le sang afflue alors dans les muscles, qui connaissent une irrigation maximale», explique Astrid Bösch, directrice de medice, à Lucerne. Et de rassurer: «Il n’y a aucun danger de geler. Au contraire. Les muscles sont ensuite plus souples; ils sont plus mobiles, et les articulations aussi.» Il a été prouvé que les séances de cryothérapie permettent aux athlètes d’accroître leurs performances, au moins durant la demi-heure qui suit. Le froid glacial (qui pique la peau comme des aiguilles) inhibe la douleur, jugule les inflammations et renforce les
Stimulant et décongestionnant Dans le domaine sportif, les vertus du refroidissement gagnent en notoriété. Il n’est pas rare de voir des joggeurs et des coureurs de fond avec un «arm cooler» ou un gilet réfrigérant, appelé «cryoveste». Ces accessoires retardent la remontée de température du corps. Devant fournir moins d’énergie pour réguler sa température, celui-ci peut maintenir ses performances à un niveau élevé. Et inversement: dans un environnement glacial, le corps doit fournir de l’énergie pour se réchauffer et brûle davantage de calories. Lorsque les températures sont très basses, les adipocytes bruns sont activés. Ces cellules graisseuses, présentes surtout sur la poitrine et le long des clavicules, constituent la «bonne» graisse. Elle absorbe la «mauvaise», de couleur blanche. Le froid a également un effet décongestionnant, notamment au niveau des cernes. «Une dépense énergétique supérieure ainsi que des tissus à l’aspect plus ferme et plus lisse, tels sont les sympathiques effets secondaires d’une thérapie par le froid régulière», confirme Astrid Bösch de med-ice. Bien entendu, nul besoin d’être soumis à des températures arctiques pour frissonner. En hiver, il suffit d’aller se promener. Avec pour récompense une meilleure circulation sanguine, laquelle confère à la peau un aspect plus ferme et donne un joli teint rosé. l
oins 110 degrés! C’est-à-dire plus froid que les températures les plus basses jamais mesurées sur Terre. Et il faut supporter cela jusqu’à trois minutes, juste vêtu d’un maillot de bain, d’un masque, d’un bonnet, de gants et de chaussures. Le refroidissement, rapide et radical, contribue à améliorer les performances, accélère la récupération et la guérison. Jusqu’à présent, c’étaient les sportifs et les patients souffrant de douleurs qui y avaient recours, mais les clubs de fitness découvrent l’impact positif de la cryothérapie «corps entier» et d’autres applications d’une exposition à de très basses températures.
54
Vivai 6/15
Déjà connue des sportifs professionnels, la cabine de cryothérapie gagne les salles de fitness.
défenses immunitaires. La cryothérapie apporte un soulagement temporaire aux personnes qui souffrent, par exemple de rhumatismes. Le froid déclenchant une sécrétion d’endorphines, réputées pour leur potentiel euphorisant, il a souvent pour effet secondaire un sentiment de bien-être et de vitalité. Autre thérapie par le froid employée: l’immersion dans une baignoire remplie de glace. Footballeurs ou hockeyeurs professionnels l’utilisent pour éviter les courbatures et accélérer la récupération. Cette opération qui stimule la circulation, et donc le métabolisme, active l’élimination de substances nocives, telles que les lactates responsables de l’acidification des muscles. Sous l’effet du froid, les vaisseaux se resserrent, et une quantité moindre de liquide pénètre dans les tissus. Par conséquent, les œdèmes se résorbent et les ecchymoses peuvent être évitées. Qu’en est-il de la douche froide? Elle a aussi des bienfaits. Elle stimule la circulation sanguine et renforce le système
© Corbis, Astrid Bösch/med-ice GmbH, iStock
Texte: Petra Koci
A avoir dans son chill room privé
Antidouleur
Emplâtres réfrigérants à la menthe pour muscles et articulations Cool Patch d’Axanova
La tête claire
Roll-on avec effet rafraîchissant immédiat contre les maux de tête
Bâton de massage de Sanactiv
Les pieds au frais
Car même l’hiver, les pieds peuvent chauffer après une longue marche Cooling Gel de Pedic Care*
Le regard vif
Lisseur de rides
Caféine Roll-on yeux de Garnier
Baume Intensif de Zoé Revital
Une bille avec effet «glaçon» et de la caféine pour réduire les cernes
* Dans les grands magasins Migros
Un soin intensif pour le visage, antirides et rafraîchissant
Belle masquée
Offrez un coup de fraîcheur à votre regard avec ce masque gel Dans les beauty shops
AIRE DE JEUX e
êv er r d eux u jo d sé ur Un po
Le mot mystère A gagner: un forfait «Jours de rêve à deux» à l’hôtel Gams, dans la forêt de Bregenz, en
Autriche. Cet établissement séduit les gourmets et les personnes en quête de détente. Et particulièrement les couples. Le prix inclut 3 nuitées (ou 4 pour les arrivées le dimanche) pour deux personnes, d’une valeur de Fr. 1000.–, demi-pension, champagne, confiserie maison Chocolat d’Amour et accès au spa Da Vinci. Plus d’infos sur: hotel-gams.at
Par téléphone: composez le 0901 560 002 (Fr. 1.–/appel, tarif réseau fixe). Indiquez le mot mystère sur le répondeur ainsi que vos nom et adresse. Par SMS: envoyez un message contenant VIVAI F, le mot mystère, vos nom et adresse, au numéro 920 (Fr. 1.–/SMS).
Par carte postale (courrier A): Editions Vivai, concours 5/15, case postale, 8074 Zürich Date limite de participation: 20 décembre 2015 Solution du précédent numéro:
mobilité
Les 30 gagnants du concours de Vivai 5/2015 ont été avisés personnellement.
Les gagnants seront tirés au sort parmi les bonnes réponses des éditions de Vivai dans les trois langues et avisés par écrit. Les prix ne peuvent pas être convertis en espèces. La voie juridique est exclue. Aucune correspondance ne sera échangée au sujet du concours. Les gains n’ayant pas été retirés dans les trois mois suivant le tirage au sort sont considérés comme caducs. Ils ne donnent lieu à aucune contrepartie. Les collaborateurs de la Fédération des coopératives Migros ne sont pas autorisés à participer au concours. Le mot mystère ainsi que le nom du gagnant ou de la gagnante seront publiés dans le numéro 01/16 de Vivai.
56
Vivai 6/15
Abonnez-vous gratuitement à Vivai sur: www.migros.ch/fr/vivai ou par e-mail à: abonnements.vivai@ mediasmigros.ch ou par téléphone au: 0800 180 180.
Fatigué, fatigué, fatigué, fatigué...
Energie et vitalité avec FLORADIX® A base de substances végétales • Agit rapidement • Se prend facilement • Bien toléré • Sans additif artificiel • Contient du fer organique • Convient aux végétariens
•
Particulièrement bénéfique aux femmes
WWW.FLORADIX.CH
MON COIN À MOI
LISA M. CHUMA
«Les hôtels ont une atmosphère particulière. J’utilise le Kameha Grand comme un bureau externe.» Native du Zimbabwe, Lisa M. Chuma est partie vivre en Angleterre à 16 ans. ll y a quatre ans, elle est venue s’installer en Suisse avec son mari et leurs trois enfants. Elle a fondé Women’s Expo Switzerland, un salon professionnel et une plate-forme créés par des femmes pour des femmes.
’étais déjà conquise par cet hôtel avant son ouverture, lorsque je l’ai découvert sur Internet. J’aime la modernité de son aménagement intérieur, les jeux de lumières et la palette de couleurs. Tant dans la décoration que dans les assiettes. Ce lieu est à mon goût. C’est le reflet de moi-même. Les hôtels ont une atmosphère particulière. Chaque jour y est différent. C’est pourquoi j’utilise volontiers le Kameha Grand comme bureau externe quand mon mari est à la maison pour s’occuper des enfants. Bien que j’habite Zoug, je fais le détour sans problème. Lorsque l’on a vécu à Londres, on a pris
58
Vivai 6/15
l’habitude des longs trajets entre le domicile et le lieu de travail. Je tiens mes meetings dans le lobby. Ensuite, j’aime aller au restaurant de sushis, où je laisse les éclairages et les couleurs agir sur moi. Ce cadre me procure un agréable sentiment de bien-être. C’est peut-être les couleurs qui me font cet effet. En tout cas, le design de l’hôtel correspond à l’idée que je me fais du bureau que j’aurai un jour. Ce n’est pas un hasard si j’organise des manifestations. Mes parents se sont séparés quand j’étais encore très jeune. C’est pourquoi, aujourd’hui, je voudrais
construire des ponts entre les gens. Des ponts que j’emprunte aussi volontiers. Lorsque je suis arrivée en Suisse, j’ai participé à des manifestations de réseautage, pour faire des connaissances. Avec mes manifestations, je souhaite créer des liens plus étroits entre des Suissesses et des femmes expatriées. Malheureusement, le Kameha Grand est trop petit pour accueillir notre Expo. Mais j’y organiserai une réunion de préparation. Je me réjouis déjà de faire des rencontres passionnantes et de trouver de multiples sources d’inspiration! l Propos recueillis par Petra Koci
© Karin Heer
Le Kameha Grand Zürich j
oekom Rating 2015: Migros n° 1 mondial des détaillants durables.
Nous promettons à Manon d’investir un milliard pour les loisirs, la formation et la culture. Grâce au Pour-cent culturel Migros et à notre sponsoring, nous apporterons à la société une contribution d’un milliard de francs d’ici 2020.
Plus sur generation-m.ch
Souteno peuples e ns les t édifion s des nati ons PREMIÈRE DE CLASSE, MOTIVÉE ET SOCIALEMENT ENGAGÉE:
WINNIE LOZI, Kenia
Profession souhaitée: Neurochirurgienne Chance de formation: Aucune Découvrez comment Winnie peut accéder à sa formation et devenir un membre actif dans le développement durable de son pays: www.aiducation.org.
Soutenons les peuples et édifions des nations.