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MPS n° 3 - VAINS ÉLÉGANTS

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MPS MEN PORTRAITS SERIES

n°3 version française

VAINS ÉLÉGANTS

menportraits.blogspot.com © Francis Rousseau 2011-2020


MEN PORTRAITS _____________________ VAINS ÉLÉGANTS

Anna & Elena Balbusso Twelfth Night by William Shakespeare, Illustration for Folio Society (2016)

Indubitablement cette femme est un homme ! Il ou Elle ne cherche d’ailleurs pas à dissimuler sa pilosité faciale sous la somptueuse fraise de dentelles et des bijoux qu’il /elle porte. En réalité, il s’agit du portrait d’un acteur de théâtre de la Renaissance interprétant une comédie de William Shakespeare. A cette époque là, il était interdit aux femmes d'exercer le métier d'actrices de théâtre. Dans les pièces de Shakespeare et de ses contemporains, les rôles féminins étaient donc toujours joués par des hommes qui se travestissaient en femmes. Mais souvent, dans certaines de ses pièces, Shakespeare doublait ce comique de situation en obligeant ses acteurs à un travestissement multiple ; il faisait en sorte que ces hommes qui jouaient des rôles de femmes se déguise à leur tour en hommes pour amplifier l’effet comique ! DansTwelfth Night (La Nuit des Rois), le rôle de la belle Viola était tenu par un jeune homme qui jouait le rôle d’une jeune fille mais obligée de se travestir en garçon (Cesario) ! Elle aime le Duc Orsino, qui aime la Comtesse Olivia, qui aime Cesario… Olivia et Cesario étant donc incarné(e) par le même acteur ! Heureusement, tout se résolvait quand le frère de Viola, Sebastian, que l’on croyait mort, revenait. Il n’empêche que pendant toute la durée de cette pièce, on ne voyait Viola en tant que Viola elle-même que dans une seule petite scène seulement de pas même 5 minutes ! Pendant tout le reste de la pièce, on la voyait en garçon, incarnant Cesario ! C’est encore pire ou plus drôle comme on voudra, dans As you like it (Comme il vous plaira) ! Quand Rosalind et Celia s'enfuient de la Cour, Rosalind s'habille en homme. Puis Shakespeare noue l’intrigue de sorte que l’acteur masculin qui jouait Rosalind s'habilleren femme pour aider un ami à obtenir les faveurs de la fille dont il est épris ! Irrésistible pour le public d’alors qui attendait et adorait tous ces imbroglios et de voir un homme s'habillant en femme qui s'habille en homme qui se travestit en femme ! L’Angleterre n’était pas le seule lieu où le théâtre pratiquait cette confusion des genres : il en allait de même au Japon dans le théâtre Nô depuis le XIIIe siècle et dans le théâtre Kabuki depuis le XVIIe siècle, deux types de théâtre dans lesquels tous les rôles féminins étaient tenus par des hommes habillés en femmes et portant des masques féminins. Idem en Chine, où presque tous les personnages féminins du vaste répertoire de l’Opéra chinois traditionnel étaient joués et chantés par des hommes.

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On dit que la reine Victoria, qui ne cacha jamais son attirance pour sa colonie des Indes et pour ses habitants, fut littéralement fascinée par Duleep Singh (1838-1893) lorsqu’elle le rencontra pour la première fois. Il avait alors à peine 12 ans et venait d’être contraint d’abandonner sa souveraineté sur le royaume du Punjab. Il faut dire que le cher garçon avait de quoi fasciner !!! Il arriva en effet en Angleterre avec, dans ses bagages, le célèbre diamant Koh-iNor, un caillou légendaire de 105,602 carats, qu’il tenait de son père. Le 3 juillet 1850, il le « présenta » selon la formule de rigueur - à la reine Victoria, à l’occasion du 250e anniversaire de la Compagnie anglaise des Indes orientales. Pour remercier le jeune maharadjah de cette « présentation », qui se termina par une inclusion en bonne place du Koh-iNor dans la Couronne britannique (d’où il n’a pas bougé depuis d’ailleurs), la reine, commanda au célèbre peintre des grands du monde d’alors,Fr anz Xaver Winterhalter, le portrait de l’élégant Maharadjah. Un petit geste au regard du cadeau somptueux que l’adolescent venait de lui faire comme si de rien n’était ! A la date du 10 juillet 1854, la reine écrivait dans son journal :

Franz-Xaver Winterhalter (1805-1873) Maharadjah Duleep Singh, dernier maharadjah de Punjab en 1854 The Royal Trust Collection

« Winterhalter n’arrête pas de s’extasier devant la beauté et la noblesse de ce jeune Maharajah. Pendant les séances de poses, il est si aimable et patient qu’il peut se tenir immobile pendant plus de 2 heures ! ». Au moment du portrait, le jeune homme venait d’avoir 16 ans et il est représenté portant un turban surmonté d’une aigrette dans laquelle est enchâssé le fabuleux diamant Koh-i-Nor… celui là même qu’il avait offert quelques années auparavant à Victoria, mais qui lui avez été exceptionnellement rendu, l’instant de figurer sur ce portrait. Il porte aussi autour du cou, pour sceller son amitié, une miniature de la reine Victoria, réalisée par Emily Eden et accrochée à cinq rangées de perles légendaire. Devenu un ami proche de la famille royale britannique qu’il visitait régulièrement à Osborne, il invita aussi fréquemment le Prince de Galles à des parties de chasse dans le Suffolk. Mais en dépit de son éducation anglaise et de son mode de vie confortable, tout se gâta soudainement, lorsqu’il décida de retourner en Inde en 1866. Là, embrigadé par des membres de l’ex Cour Panjâbî, on lui souffla l’idée de récupérer ce trône qu’il avait offert à Victoria dans sa petite adolescence !

Idée qu’il eut le tort de prendre au sérieux. Arrêté à Aden, le voilà forcé de retourner en Europe et d’y demeurer sous étroite surveillance. Ce qui ne l’empêcha guère d’entretenir à partir de cette époque des contacts réguliers à la fois avec le Panjâb, les révolutionnaires irlandais et le gouvernement russe impliqué alors dans ce que l’on appelait Le Grand Jeu pour le contrôle de l'Asie centrale. Bizarrement, soudain sa santé se dégrada et il mourut à Paris, solitaire, dans une luxueuse chambre d'hôtel des suites… d'une crise d’épilepsie, selon la version officielle. Sa seconde épouse, la Maharaneh Ada, fut soupçonnée d'avoir été un espion au service du gouvernement britannique et d’avoir sans doute aidé à déclencher la crise d’épilepsie fatale. Résultat : depuis lors le Koh-i-Nor a la très mauvaise réputation de porter « malheur à qui s’en sépare ». Que l’on se rassure, la Couronne d’Angleterre n’est pas prête de le faire !


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