MPS MEN PORTRAITS SERIES n°5 version française
DORMIR
menportraits.blogspot.com © Francis Rousseau 2011-2020
MEN PORTRAITS _____________________ DORMIR
Artiste uruguayen, né à Montevideo, Carlos Federico Sáez a peint principalement des portraits. Son style se caractérise par des coups de pinceau très larges qui parviennent cependant toujours à donner au rendu de ses personnages une précision très réaliste. Pendant son séjour en Italie, il a peint plusieurs portraits à l 'huile sur » la réserve " de la toile (la toile est laissée visible), une technique assez novatrice à la fin du XIXe siècle, où elle était utilisée uniquement sur papier par les aquarellistes et qui fut très utilisée au 20e siècle dans l’art abstrait. Au cours de sa courte carrière, il réalisa plus de 70 peintures à l'huile et 100 dessins. Il est considéré comme l'un des principaux artistes uruguayens modernes et le premier à produire une forme d’art non conventionnel dans son pays. Peu ou pas du tout connu en Europe, les œuvres de Saez sont
conservées au MNAV (Museo Nacional de Artes Visuales) de Montevideo, au Museo Juan Manuel Blanes de Montevideo, à la Pinacoteca Eusebio Giménez de Mercedes (sa ville natale) et au MALBA de Buenos Aires. Les portraits peint par Saez ne sont jamais des œuvres de commandes ; il choisit toujours lui-même ses modèles qui sont rarement des professionnels. Dans la plupart des cas, il s’agit de membres de sa famille ou d’ amis proches (comme sur cette toile). Il n’a jamais peint de groupes, mais toujours des individus isolés. Il dessinait toujours avec le pinceau, la première dépose de définissant le contour à la place du trait du dessin. Son célèbre coup de pinceau rapide donnait à ses modèles le sentiment d'être capturés en un instant. La séance de pose ne durait jamais plus d’un quart d’heure.
Juan Carlos Muñoz, qui est peint sur cette toile, était un donc ami proche de Saez et son mentor. Emergeant d'un arrière-plan très neutre, sans autre objet ni décor que son fauteuil, il semble surgir de nulle part. Ce vide accentue l’impression générale de solitude qui émane de la toile. C’est indéniablement un homme seul qui est devant nous, un homme abandonné, qui semble vouloir ignorer ou fuir la réalité dans une somnolence qui n’est toutefois pas complètement le sommeil. Ses yeux mi clos, sans autre expression que celle d’une infinie tristesse, scrutent mollement le peintre, comme si le résultat final de cette séance de peinture et le portrait qui allait en jaillir lui était parfaitement indifférent. Cette attitude de fausse détente au moment de se faire tirer le portrait, en dit long sur le personnage et sur la capacité du peintre à saisir avec une grande finesse la psychologie de son modèle. Carlos Federico Sáez (1878-1901) Retrato del Sr. Juan Carlos Muñoz 1899, Oleo sul tela 50 x 61cm Museo Nacional de Artes Visuales, Montevideo
MEN PORTRAITS _____________________ DORMIR
Renato Guttuso (1911- 1987) Homme endormi, 1938 Collection privée
Renato Guttuso opposé aux canons académiques de son époque, s'attacha à la liberté des figures dans l'espace et à la recherche chromatique pure, s'éloignant davantage ainsi de la culture officielle du régime fasciste italien et de ses choix thématiques lors de la guerre civile espagnole et à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Ce fut durant son long séjour de trois ans à Milan que mûrit « l'art social » de Guttuso, dont l'engagement politique se manifesta de plus en plus nettement dans ses œuvres des années 1938-1940. Ainsi on ne saura jamais si cet Homme Endormi l’est à la façon du Dormeur du Val de Rimbaud, c’est à dire pour l’éternité, abattu en route par quelque milice sournoise ou si son sommeil ne dura que le temps d’une pause sur le bord du chemin. Durant toute la période du conflit mondial, Guttuso travailla sans relâche, multipliant les natures mortes ponctuées d'humbles objets quotidiens, les vues du golfe de Palerme et une suite de dessins intitulés Massacri, clandestinement diffusés, qui dénonçaient les exactions de l'armée nazie, notamment le massacre des Fosses ardéatines en mars 1944.