Page 18

18

État d e s l i e u x Par Florence Andoka

Photographe, Anna Meschiari a renoncé à la création d’images nouvelles pour travailler à partir d’éléments existants qu’elle s’approprie. Pour l’installation Are we alone ?, l’artiste puise sur Internet comme dans le fond de la bibliothèque de Mulhouse, pour mieux esquisser la possibilité d’une altérité absolue.

Comment votre installation Are we alone ? s’inscritelle dans la thématique de la biennale de cette année L’autre et le même ? Est-ce que nous sommes seuls dans cet univers ? Y a-t-il d’autres créatures ? Mais comment s’approcher d’une autre créature si nous n’en avons aucune représentation ? Ma démarche consiste à partir de ce qui existe, de ce que l’on a déjà vu, des images récurrentes, des stéréotypes utilisés, pour appréhender l’inconnu. Cet autre mystérieux pourrait être un extraterrestre, un fantôme, un être sans visage. Plus que l’autre en soi, c’est le chemin vers l’éventualité de cet autre qui m’intéresse. Parmi les images que je retiens pour ce parcours il y aura notamment des portraits d’hommes et de femmes ayant existé. L’important c’est le lien entre les pièces récoltées. Ce sont les principes du montage cinématographique. En plus des images puisées sur Internet ou dans mes archives, j’expose aussi des pièces du fond de la bibliothèque de Mulhouse, des livres rares, des gravures. L’exposition est un état des lieux de ma recherche en cours et reflète l’évolution de cette dernière. Je souhaite faire apparaître le processus de création. Très concrètement, cela implique que l’exposition soit agrémentée de nouveaux documents au fur et à mesure, et certaines de mes réalisations témoignant des étapes de création y seront présentées. L’exposition est un work in progress.

Vous avez une formation technique et artistique en photographie, puisque vous êtes diplômée de l’Ecole Supérieure d’Arts Appliqués de Vevey. Comment avez-vous glissé du côté de l’appropriationnisme ? En effet, je ne fais plus de photos moi-même, mon travail est basé sur l’iconographie. Je cherche donc beaucoup sur Internet avec lequel j’ai grandi et dont la forme arborescente m’inspire. Ce changement s’est opéré de façon progressive dans mon travail. J’utilise des captures de films, des images issues des journaux et parfois même de la presse culturelle. Pour cette nouvelle pièce, Are we alone ?, je ne me limite pas à l’image, je recherche aussi des textes, des objets. Travailler avec des images existantes me libère de la contrainte de créer quelque chose de nouveau. Tout au long de mes études j’ai entendu mes professeurs répéter à l’envi que tout a déjà été fait. Cela m’a beaucoup marqué. La recherche iconographique est une réponse possible à ce problème. La nouveauté est dans le dialogue entre les images, dans leur agencement. Par ailleurs, il y a aussi des éléments de continuité avec les photographies que j’ai pu faire autrefois, et notamment pour le projet At once qui explorait l’intime et comportait des autoportraits. Aujourd’hui, par l’iconographie, j’élargis mon horizon de création, même s’il est toujours question d’identité, de regard porté sur l’autre en particulier pour Are we alone ? Quand j’essaie de m’approcher d’un possible extraterrestre à partir de ce que je connais, c’est aussi une façon de chercher la trace de l’autre en moi-même. Peut-on dire que votre quête iconographique se rapproche du geste d’un commissaire d’exposition ? Oui, d’une certaine manière, parce que je m’intéresse beaucoup à la scénographie. Je suis une artiste qui expose des productions réalisées par d’autres. Bien sûr je n’entre pas en contact avec ceux qui ont réalisé ces images contrairement à ce que ferait un curateur. Il y a aussi dans ma démarche, un intérêt porté à la légende, je pense que le lien entre une image et un mot est très fort. Parfois ce lien est étonnant. Dans mon précédent travail intitulé Atlas, j’avais fait une recherche iconographique sur ce terme, il y avait deux cent cinquante images. Atlas, c’est un titan qui porte le monde, c’est la première vertèbre à la base du crâne qui fait la liaison entre la tête et le corps, c’est le plus grand papillon du monde, c’est un bodybuilder, c’est un préservatif, etc. Mon travail était

NOVO HS N°10 BPM 2016  

Hors-Série du magazine NOVO entièrement consacré à la Biennale de la photographie de Mulhouse (4 juin au 4 septembre 2016) dont le thème est...

NOVO HS N°10 BPM 2016  

Hors-Série du magazine NOVO entièrement consacré à la Biennale de la photographie de Mulhouse (4 juin au 4 septembre 2016) dont le thème est...

Advertisement