Crédits Photos : Marc Allaria / www.photo-sousmarine.com ; J. Wickel / Lagonia ; F.Cautain/ Agence française pour la biodiversité ; . Dessin : François Joulin. Réalisation : David Lorieux & C. Bourdon / Office français de la biodiversité.
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LE MOT DE LA RÉDACTION
TA PAROLE CONTRE SA HONTE Si les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc, symbolisés par les condamnations d’hommes jouissant d’un haut rang socio-économique, vous paraissaient lointains, il n’en sera pas de même avec #WamiToo. Construit et porté par plus de 90 acteurs locaux, le mouvement dépoussière le sujet du viol à Mayotte, et ambitionne de briser un tabou forçant les victimes à souffrir en silence, sans que ne soit inquiété leur agresseur. Celui-ci, selon 83,3% des 495 réponses récoltées au 22 octobre par l’enquête #WamiToo, est une connaissance de la victime, qu’il soit membre de la famille, conjoint, collègue ou ami. Il s’agit donc de changer les mentalités mahoraises vis-à-vis de l’intime, du viol et de l’inceste. De faire basculer la honte, encore trop souvent présente chez les victimes et leurs familles, dans le camp des violeurs et des agresseurs. C’est l’un des principaux combats menés par des associations de libération de la parole telles que Souboutou Ouhédzé Jilaho, dont la présidente, Saïrati Assimakou, est à l’honneur dans nos pages cette semaine. Car ces femmes, plus qu’à la poignée de minutes de l’agression, doivent faire face à une douleur perpétuelle, inimaginable tant les détails de leurs témoignages sont déjà difficiles à supporter. Une douleur dont elles ne veulent souvent pas se rappeler, et donc encore moins en parler. Pourtant, le soutien s’organise, ainsi que la lutte contre cette culture du viol bien réelle, afin d’y sensibiliser la société mahoraise une bonne fois pour toutes. Parce qu’il n’y a qu’en expulsant la douleur que la honte pourra être rendue aux criminels. Bonne lecture à toutes et à tous.
Axel Nodinot
TOUTE L’ACTUALITÉ DE MAYOTTE AU QUOTIDIEN
Lu par près de 20.000 personnes chaque semaine (enquête Ipsos juillet 2009), ce quotidien vous permet de suivre l’actualité mahoraise (politique, société, culture, sport, économie, etc.) et vous offre également un aperçu de l’actualité de l’Océan Indien et des Outremers.
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FI n°3818 Vendredi 5 février 2016 Ste Agathe
marine le Pen
environnement
Port de Longoni
ConSeil départeMental
Quel accueil se prépare pour la présiDente Du Fn ?
Le Lagon au patrimoine mondiaL de L'unesCo ?
la dsP sur la sEllEttE
pas de changement sUr l’octroi de mer
© Jonny CHADULI
Grève à Panima
TéléThon 2016
Des propositions mais toujours pas D'issue
DemanDez le programme
première parution : juillet 1999 - siret 02406197000018 - édition somapresse - n° Cppap : 0921 y 93207 - dir. publication : Laurent Canavate - red. chef : Gauthier dupraz - http://flash-infos.somapresse.com
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Diffusé du lundi au vendredi, Flash Infos a été créé en 1999 et s’est depuis hissé au rang de 1er quotidien de l’île.
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Économie
SÉcuritÉ
Les appeLs à projets de L'europe
Couvre-feu pour Les mineurs
Première parution : juillet 1999 - Siret 02406197000018 - APE 5813Z - Édité par la Somapresse - Directeur de publication : Laurent Canavate - http://flash-infos.somapresse.com
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Edmond BéBé nous a quitté
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ViCe-reCtorat
UltimatUm oU véritable main tendUe ?
l’institUtion répond aUx critiqUes
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TCHAKS LE CHIFFRE 350
C’est le nombre d’enfants en grande précarité qui vont pouvoir bénéficier d’une aide alimentaire dans quatre communes du territoire. Dans le cadre de l’opération “1 jour un repas”, la jeune fondation de l’agence d'intérim Proman a offert un chèque de 10 000 euros à l’association humanitaire Le village d’Eva. De quoi fournir quelque 42 000 repas équilibrés – déjeuners et collations – chaque jour à Pamandzi, M’tsapéré, Combani et Koungou. “Nous avons ramené des sacs de vêtements pour les enfants en plus de ce financement avec la Fondation. Car nous pensons qu’une entreprise a un rôle à jouer qui n’est pas qu’économique, qui est aussi social”, a expliqué la société figurant parmi les leaders européens de l’intérim.
L'ACTION
LA PHRASE
“J’ai l’impression d’avoir été humilié Suspendus depuis 10 publiquement” mois, Kenya Airways Mardi matin, Matthieu Guyot, reprend les vols directeur des ressources humaines Après presque dix mois sans se poser sur le tarmac de l’aéroport de Mayotte, les avions de la compagnie Kenya Airways reprendront enfin du service à compter de ce 3 novembre, mais avec de nouvelles restrictions sanitaires. D’abord, les voyageurs (adultes et enfants à partir de 12 ans) devront disposer d’un schéma vaccinal complet, ainsi qu’un test PCR de moins de 72 heures, les tests antigéniques n’étant pas acceptés. De plus, à l’arrivée à Nairobi, les passagers en transit seront installés dans un terminal dédié afin de limiter les échanges avec les transitaires venant d’autres destinations. Les vols seront assurés, dans un premier temps, à une fréquence de trois par semaine : le lundi, le mercredi et le vendredi.
et de la formation au sein du CHM, a découvert son nom assimilé à une croix gammée dessinée dans l’un des ascenseurs de l’hôpital. Un autre tag du même genre s’en prend à un autre collègue, travaillant également dans le service des ressources humaines. Un incident qui s’ajoute à ceux vécus ces derniers mois par Matthieu Guyot, qui évoque des tracts diffamatoires, des séquestrations, des insultes et des menaces. “Beaucoup d’entre nous se font agresser, physiquement et verbalement, à l’image du directeur des hôpitaux de Marseille lors d’une manifestation devant son logement, rappelle-t-il. Le poste de DRH est le plus exposé car il touche au salaire et à la carrière des agents”. Une plainte a été déposée le jour même au commissariat de Mamoudzou par les deux victimes, ainsi que par la direction de l'hôpital.
ELLE FAIT L'ACTU Tecno, traileur mahorais, remporte la Mascareignes 2021 Vendredi 22 octobre, El-Habib Zoubert, dit Tecno, est devenu le premier athlète de Mayotte à remporter l’une des fameuses courses du Grand Raid de La Réunion, la Mascareignes 2021. Il aura fallu 8 heures et 44 secondes au licencié du club d’athlétisme de Mamoudzou pour venir à bout des 72 kilomètres et 3 900 mètres de dénivelé positif de la course, alors que le sportif ne s’entraîne que depuis 2017 ! Mais, rapidement après sa victoire, une petite polémique a éclaté sur les réseaux sociaux concernant les origines du jeune sportif : “Je suis Comorien, je ne le cache pas. Je suis fier de ce que j’ai fait à Mayotte et d’avoir pu saisir les opportunités que le 101ème département m’a apportées. Je suis vraiment très heureux d’avoir pu représenter le club d’athlétisme de Mamoudzou à La Réunion”, a-t-il ainsi répondu à ses détracteurs.
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LU DANS LA PRESSE
Chaque semaine, découvrez le regard porté sur l’actualité locale à travers la presse nationale ou régionale
UN BUS VA SILLONNER LA RÉUNION POUR PROMOUVOIR LA DESTINATION MAYOTTE Le 18 octobre 2021, par Le Quotidien de La Réunion Dans le cadre de la reprise de ses activités de promotion post Covid-19, l’agence d’attractivité et de développement touristiques de Mayotte (AaDTM) part à la rencontre des Réunionnais à bord du Very Important Bus (VIB), un bus évènementiel entièrement customisé aux couleurs du 101e département, pour son événement “La Vie s’invente à Mayotte”. Mayotte se réinvente… Pendant 9 jours, du 30 octobre au 7 novembre, un bus un peu particulier sillonnera les routes du département pour aller à la rencontre de potentiels futurs touristes pour Mayotte. “ En effet, si la plupart d’entre eux ont déjà exploré l’océan Indien et ses merveilles, peu sont ceux à avoir déjà foulé le sol mahorais. A 2h de vol de Saint-Denis, à l’entrée Nord du Canal du Mozambique, l’île possède de nombreux atouts qui sauront séduire les voyageurs, qu’ils soient plongeurs, randonneurs ou simplement curieux de découvrir une nouvelle culture ”, explique Zaounaki Saindou, présidente de l’AaDTM (ex-comité du tourisme de Mayotte).
Billet d’avion à gagner A travers des animations, l’AaDTM leur proposera une immersion dans l’univers de Mayotte. L’occasion de (re) partir à la découverte de la richesse et la diversité du 101e département et pour les plus chanceux de peutêtre repartir avec un billet d’avion… “ Après des mois difficiles, nous sommes ravis de pouvoir de nouveau accueillir les vacanciers et notamment les touristes réunionnais ”, se réjouit la présidente de l’AaDTM. “ Nos professionnels sont prêts et attendent avec impatience le retour de la clientèle régionale. Partir à leur rencontre est primordial pour nous, d’autant que de nombreuses nouveautés sont à découvrir sur le territoire ultramarin ”, a-t-elle ajouté. Cette opération de promotion s’inscrit dans une campagne de communication plus globale qui entend rythmer la fin de l’année 2021. Après un volet “ formation ” consacrée aux professionnels du tourisme (agents de voyages), l’AaDTM a notamment affiché les couleurs de Mayotte en 4×3 dans les rues réunionnaises. L’opération “ La Vie s’invente à Mayotte ” sera soutenue par une campagne radio déployée sur NRJ et Freedom.
• 30/10 Forum de Saint-Gilles • 31/10 Plage de Boucan Canot – Plage Hermitage • 01/11 Front de Mer du Port • 02/11 Centre commercial Sainte-Marie • 03/11 Centre Commercial Le Portail Piton Saint-Leu • 04/11 Centre Commercial Grand-Est Sainte-Suzanne • 05/11 Marché Forain de Saint-Paul • 06/11 Centre Commercial Carrefour Saint-Pierre • 07/11 Le Parc du Colosse à Saint-André (Pass Sanitaire obligatoire) *Agenda des escales sous réserve de modifications ; planning complet disponible sur https://www.mayottetourisme.com/agenda
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PORTRAIT
S.P
DJEMILAH HASSANI 6•
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UN PATCHWORK PLEIN DE VIE
Il y a encore quatre ans, son blog, The Patchwork Life, était exclusivement tourné vers la cuisine végétarienne. Mais, depuis son retour à Mayotte, Djemilah Hassani n'hésite plus à y aborder ses réflexions sur la société mahoraise, et notamment sur son aspect traditionnel. Par sa créativité, la jeune femme pousse à s’interroger sur la place que chacun y occupe et la façon dont chacun est perçu et accepté. 7
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PORTRAIT
Elle dépeint les différentes facettes, “les différentes réalités” de la vie mahoraise et de ceux qui la rythment à la façon d’un patchwork. Sur son blog, naturellement intitulé The Patchwork Life, Djemilah Hassani partage ses réflexions, ses inspirations, ses anecdotes et ses idées. Voyage, musique, gastronomie… Un contenu que certains pourraient qualifier de “lifestyle” ou “feel good”, mais où légèreté et divertissement riment aussi avec militantisme et engagement. En 2017, la jeune femme, végétarienne et gourmande, crée son blog depuis la métropole, où elle vit alors, afin d’y partager ses recettes végétales, et conseiller ceux qui voudraient à leur tour franchir le pas du végétarisme. Puis, elle décide d’ouvrir sa chaîne YouTube afin d’ajouter de la vidéo à son contenu. En 2018, Djemilah rentre à Mayotte, où elle n’a pas posé le pied depuis 15 ans. “J’ai voulu parler de l’île,de mes impressions lorsque je suis
arrivée”. Dès lors, son blog s’ouvre à une nouvelle dimension. “Je me suis vite rendu compte qu’en termes de représentation en ligne, c’était très limité”. Car en ligne, justement, Mayotte est systématiquement associée à l’insécurité ou à la beauté de son lagon. “Mais c’est tellement plus que ça !”, fait-elle remarquer. Concernant la représentation de la femme, le constat apparaît, là encore, bien manichéen : “il y a d’un côté l’image de la femme très traditionnelle, et de l’autre, celle de la Mahoraise qui a quitté le territoire pour découvrir autre chose au point de devenir une ‘bounty’”, s’exclame la blogueuse pleine de vie. De quoi lui inspirer un nouveau contenu sur la place de la femme, des femmes, quel que soit leur parcours, dans la société mahoraise.
Montrer Mayotte “sous un autre prisme” 8•
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“Au départ, il y a eu pas mal de résistance, comme à chaque fois qu’on essaie d’apporter du changement, un nouveau point de vue”, retrace Djemilah. A propos du végétarisme qu’elle dévoile et développe sur son blog, d’autres réticences émergent. “On me disait que c’était impossible d’être mahoraise sans manger de viande, que je rejetais ma culture, que je ne l’aimais pas, s'indigne-t-elle. Mais justement, l’idée est d’explorer de nouvelles recettes avec ce que l’île peut offrir”, comme une allégorie de son contenu et de sa philosophie. Puis vient une nouvelle vidéo, celle “qui a vraiment changé les choses” : un vlog sur le quotidien à M'tsapéré, dans son quartier. “Elle a reçu un gros écho à Mayotte comme à l’extérieur.” Au Nord, au Sud, Djemilah est invitée à venir filmer un contenu similaire dans d’autres localités mahoraises. “C’est là que j’ai réalisé que les gens, surtout ici, avaient besoin d’être vus pour ce qu’ils étaient. Pour une fois, on montrait Mayotte sous un autre prisme, on était vu pour autre chose !” Montrer Mayotte à l’extérieur, oui, mais aussi à ceux
qui y sont déjà, comme une invitation à ouvrir son horizon culturel, questionner la tradition. “Même s’il y a un côté hyper fun et ludique dans ce que je crée, il y a quand même quelque chose de très engagé derrière”, défend la chargée de projet dans le milieu associatif. Preuve en est, sa prochaine vidéo devrait aborder l’épineux sujet du retour au pays des jeunes mahoraises ayant quitté le territoire. “Est-ce qu’on peut se réhabituer à Mayotte, à cette société traditionnelle ?”, interroge Djemilah. Bien consciente du fait de son “statut” de jeune femme mahoraise, nombre de pressions pèsent encore sur ses épaules. Une problématique abordée par la nouvelle série Colocs !, dont la sortie n’a pas manqué de faire éclater une petite polémique. “Cette série montre bien que beaucoup de challenges s’imposent à nous lorsqu’on rentre, mais aussi que l’on peut apporter une nouvelle identité au paysage. Il était temps que l’on puisse enfin en parler !” Parler, parler pour briser les tabous, et surtout, pour que toutes les individualités puissent être représentées, de façon juste et équitable. Parler pour exister, se rendre visible et se faire accepter. n
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LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXUELLES
DIRE STOP
Expulser la douleur pour rendre la honte à la bonne personne. C’est le but de l’association Souboutou Ouhédzé Jilaho, « Ose libérer ta parole » en français, mais aussi le cheminement personnel de Saïrati Assimakou, sa présidente, à l’instar de trop nombreuses autres femmes. Ces dernières, la Chiconienne d’origine est déterminée à les aider, à l’image des actions menées début septembre dans sa commune par les membres de l’association. Violée par son père alors qu’elle n’était qu’une enfant, Saïrati Assimakou n’est pas qu’une survivante d’inceste. Elle est bien plus que cela, comme en atteste cet entretien fleuve qu’elle nous a accordé.
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DOSSIER
Propos recueillis par Axel Nodinot
GRAND ENTRETIEN
“ CETTE PAROLE EST POSSIBLE, ET ÇA FAIT TELLEMENT DE BIEN ! ” ALORS QUE L’ENQUÊTE #WAMITOO, DÉBUTÉE EN SEPTEMBRE ET S’ACHEVANT FIN NOVEMBRE, VIENT DE LIVRER UN PREMIER BILAN ALARMANT SUR LE VIOL À MAYOTTE, DE NOMBREUSES FEMMES ABUSÉES SEXUELLEMENT OSENT PRENDRE LA PAROLE. LIBÉRER CETTE DERNIÈRE, POUR PROUVER AUX VICTIMES DE VIOL ET D’INCESTE QU’ELLES NE SONT PAS SEULES, MAIS AUSSI POUR SENSIBILISER L’INTÉGRALITÉ DE LA SOCIÉTÉ MAHORAISE, C’EST JUSTEMENT L’OBJECTIF DE L’ASSOCIATION SOUBOUTOU OUHÉDZÉ JILAHO. C’EST DEPUIS LA MÉTROPOLE, ENTRE DEUX COURS DE MASTER, QUE SA PRÉSIDENTE SAÏRATI ASSIMAKOU NOUS RACONTE SON HISTOIRE. 12•
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Mayotte Hebdo : Revenons d’abord sur votre parcours. Comment en êtes-vous venue à agir pour défendre les victimes de viol au travers de votre association ? Saïrati Assimakou : Je suis issue d’une famille de cinq enfants, deux garçons et trois filles. J’ai grandi dans une famille que je qualifie de toxique, avec beaucoup de violences, verbales ou physiques. J’étais donc toujours été ballottée entre mon foyer et chez ma grand-mère en fonction des événements. C’est dans ce contexte que vont débuter les violences sexuelles, qui n’étaient pas de l’ordre du viol au départ, mais qui le sont devenues. A l’époque, je ne comprends pas trop ce qui se passe, j’ai peur d’en parler. Intérieurement, je sais juste que ça n’est pas normal, que ça ne devrait pas arriver. Puis, à l’âge de six ans, mes parents se séparent, extrêmement violemment aussi : mon père nous a pris dans la voiture, mon frère et moi, nous a maltraités, en réfléchissant à comment il allait faire pour nous tuer. C’était une nuit d’horreur, je me suis vue mourir ce jour-là, par un père qui m’attrape par le chignon, me traîne par terre, me balance dans la voiture et me met des gifles parce que je n’arrive pas à arrêter de pleurer. Ensuite, ma grand-mère maternelle est parvenue à nous sortir de cet engrenage. La vie a donc plus ou moins repris son cours, puisqu’il avait saccagé notre maison et, étant employé d’EDM, il avait pris soin de couper le courant chez ma grand-mère. Nous sommes restés comme ça, sans lumière, pendant plusieurs mois. Encore aujourd’hui, il m’est impossible de rester dans le noir. Même si la violence n’existait plus, il avait installé une certaine peur. Puis, quand mon grand-père est tombé malade, il a dû être soigné à La Réunion, et ma grand-mère a naturellement décidé de le suivre. En partant, elle propose de prendre avec elle ma petitesœur et mon grand frère. J’ai donc poussé un cri du cœur, je ne voulais pas rester là, puisque les violences entre mon géniteur et ma mère ne cessaient pas malgré leur séparation. Cette petite fille que j’étais savait donc déjà trouver des mécanismes pour se sauver. MH : Quelle a été la réaction de vos proches en apprenant ce que votre géniteur vous avait fait ? S.A. : Quelques mois après mon arrivée à La Réunion, j’ai expliqué à ma grand-mère ce que j’avais
vécu. Pour la première fois, j’ai été confrontée à l’injonction au silence, “ ce genre de choses, on n’en parle pas ”. Malgré le fait que j’étais une jeune fille en souffrance, c’était une femme d’une autre génération, ce qui n’excuse rien. Pour elle, on garde ces choses pour soi, sinon, c’est la honte pour la famille, mais surtout pour la victime. Car reconnaître que l’on a été victime de viol, c’est reconnaître que l’on n’est plus vierge, dans une société qui sacralise la virginité, c’est donc accepter que l’on perde en valeur aux yeux des autres. Et puis, une petite fille de neuf ans qui entend que si elle parle, son géniteur ira en prison, elle ne dira évidemment rien. C’est mettre les responsabilités d’un adulte sur les épaules d’un enfant. L’un de mes oncles, à Mayotte, m’a aussi dit qu’il fallait avaler ses propres couleuvres, que mon géniteur buvait “ cette boisson-là ”, l’alcool, en le défendant. Je souffrais, j’avais mal, mais ce n’était pas audible. A l’école, c’était de plus en plus compliqué : j’arrivais à voir l’insouciance dans les yeux de mes amis, mais pas à l’être moi-même. Les copines n’arrivent pas forcément à comprendre non plus : dire que l’on a été violée, c’est une chose, mais par son père, c’est renvoyer aux autres quelque chose qui fait peur. A mes quinze ans, mon grand-père décède, et les tensions s’apaisent dans ma famille. Mon père revient, et je me vois obligée de reprendre contact, parce que les adultes l’avaient décidé. Je n’étais pas entendable, et c’est la première fois que j’ai eu des envies de suicide. Une expression mahoraise dit que même si ta main est gangrenée, tu ne peux pas la couper. De gré ou de force, nous sommes enchaînés à nos familles. MH : Quel impact cela a eu sur vos relations avec les hommes ? S.A. : Les années passant, je me suis rendu compte que c’était compliqué. Ce qui ne m’empêchais pas, à chaque début de relation potentielle avec un garçon, de tout de suite lui dire “ j’ai été violée, donc si tu veux un manzaraka, ça ne va pas être possible, je ne suis pas vierge ”. J’avais un très bon ami, avec qui on s’entendait super bien, qui a fini par m’avouer qu’il était attiré par moi. C’était en sortant du lycée, on discutait sous la pluie, il tenait le parapluie. Quand je le lui ai dit, j’ai juste senti l’averse sur moi. Il est parti, sans rien dire. J’ai commencé à pleurer, parce que c’est encore moi qui payais pour quelque chose que je n’ai pas demandé. C’est super violent à vivre,
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DOSSIER
“
CE GENRE DE CHOSES, ON N’EN PARLE PAS
”
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j’aurais préféré qu’il me crie dessus. Mais tous les hommes ne sont pas comme ça, j’en ai rencontré qui se fichaient de ce que j’avais vécu, qui ne pensaient qu’au présent. Mon histoire est importante, mais elle ne me forge pas en tant que femme. En 2011 ou 2012, je suis retournée à Mayotte. J’en ai parlé à une tante que j’appréciais. Elle m’a dit “ Je te crois, parce que je connais une personne qui m’a
raconté la même chose, venant de la même personne ”. Deux ans plus tard, j’arrive en métropole et je reste chez une autre tante, le temps de m’organiser. Je suis en confiance, et je lui en parle. Je vois ma tante s’effondrer, pleurer, me prendre dans ses bras. Cette personne, c’était elle. Aussi triste que ça pouvait être, j’étais rassurée, parce qu’il m’arrivait de croire que je devenais folle, que ce que j’avais vécu n’était pas réel.
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DOSSIER
C’est au moment de la naissance, compliquée, que tout m’est revenu en pleine face. J’arrive en salle de réveil, le père tient notre enfant, et en arrivant devant, je pleure. Je pleure parce que j’ai peur, parce que je n’ai jamais eu l’impression de recevoir de l’amour. Je me dis “ Mais comment moi je vais pouvoir aimer cet enfant ? ”, mais je pleure aussi car je suis convaincue de ne pas avoir été aimée comme je le méritais, et parce que je panique d’avoir mis en enfant au monde dans cette famille.
M.H. : Puis, vous êtes devenue mère. Comment avez-vous vécu la naissance de votre enfant ? S.A. : J’avais la tête dans mes études, j’étais loin de tout, j’avais peur. Je ne me sentais pas capable de devenir mère, ça n’a jamais été mon rêve. C’était au mois d’avril, j’avais été reçue à des concours et je devais commencer en septembre. Finalement, le papa et moi avons décidé de garder l’enfant. J’ai donc poursuivi ma grossesse sans me poser de questions.
J’en arrive à culpabiliser, je trouve que c’est injuste parce que cet enfant n’a rien demandé. Je rejette donc pendant quelque temps mon enfant, parce que je ne suis pas capable d’aimer, de le regarder en face. De toute façon, comment on fait pour aimer ? Déjà à cette époque, je sens bien que je dois parler. Et puis un jour, une infirmière qui venait souvent à la maison mais qui ne connaissait pas mon passé m’a dit : “ Votre histoire, c’est votre histoire. Mais vous avez deux possibilités. Soit vous la laissez détruire les relations que vous pouvez avoir avec votre enfant, soit vous choisissez d’écrire une belle histoire ensemble ”. Cette phrase m’a marquée, je me suis réveillée, et j’ai décidé de partir à la recherche de ma petite fille intérieure. En 2018, je fais le voyage de ma vie, partir à Mayotte pour en parler à ma mère, qui n’était pas au courant durant toutes ces années. Elle m’a dit : “ Qu’est-ce que tu attends pour parler ? ”. Ça a été un soulagement, je n’avais jamais connu ça mis à part avec ma tante. Au moment où je décide de parler, je ne me sens donc plus seule. Cependant, je n’étais pas totalement prête à me dénuder devant tout le monde, puisque c’est vraiment l’impression que j’ai eue, en leur disant où j’ai mal, comment j’ai mal… Je vivais ça comme une faiblesse. J’ai ensuite appris que mon géniteur était gravement malade, en fin de vie. C’était un chamboulement de voir des photos, des vidéos de lui, puisque je n’en avais rien vu depuis une vingtaine d’années. J’ai eu recours à des séances de psy car ça devenait pesant, oppressant,
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IL TENAIT LE PARAPLUIE. QUAND JE LUI AI DIT, J’AI JUSTE SENTI L’AVERSE SUR MOI. IL EST PARTI, SANS RIEN DIRE 17
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DOSSIER
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COMMENT ON FAIT POUR AIMER ?
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je savais que je pouvais commettre l’irréparable. J’avais tellement mal, j’étais épuisée. Mais j’ai refusé de le voir sur son lit de mort. Je n’ai jamais eu de père, pourquoi aurait-il eu le droit d’avoir une fille ? MH : C’est en 2019 que vous décidez de parler de votre viol, publiquement, sur les réseaux sociaux. Vous attendiezvous à un tel soutien ? S.A. : J’ai parlé à ma tante, et je lui ai dit que j’allais faire une vidéo pour expliquer tout ce que j’ai vécu. Le soir même, je décide de me filmer, en lisant une lettre que j’avais écrite à mon géniteur, où je lui dit tout ce que j’ai vécu, comment, que j’espérais pour lui une paix à la hauteur de ce qu’il estime ne pas avoir fait. Je demandais pardon à la petite fille que j’étais, et je publie cette vidéo sur ma page en public, en me disant que les membres de ma famille qui ne sont pas dans ma liste d’amis doivent aussi voir cette vidéo. Je ne m’attendais pas à ce que ça devienne viral. Le lendemain, je me réveille, et mon téléphone bugue à cause de toutes les notifications ! J’ai reçu énormément de témoignages : “ moi c’était pareil, moi c’était l’oncle, moi le fundi, moi mon frère… ” Je me prends une vague de soutien vraiment inattendue. Je ne pensais pas pouvoir recevoir autant d’amour, et, tristement, je ne me sentais plus seule dans ce combat. Vient ensuite le côté familial, puisque cette bombe que j’ai lâchée pousse chacun à assumer une position. Mais ça m’a surtout prouvé que cette parole est possible, et ça fait tellement de bien ! Je le referais mille fois. Deux jours après, j’apprends que mon géniteur décède. Il a fallu gérer mes émotions, assimiler que je n’aurai plus jamais de père, et s’en vouloir : il t’a fait du mal comme jamais personne ne pourra le faire, et toi tu pleures ? En 2020, en voyant que les témoignages n’arrêtaient pas d’affluer, j’ai fini par comprendre qu’il y avait quelque chose...
MH : Vous décidez donc de fonder Souboutou Ouhédzé Jilaho ? S.A. : C’est en parlant à une actuelle membre de l’association que j’ai réalisé que j’étais la première Mahoraise à parler de l’inceste à visage découvert, et des violences sexuelles de manière générale. Je ne l’avais jamais réalisé, et j’aurais aimé que la petite fille que j’étais puisse avoir un modèle de Mahoraise prenant la parole sur ce sujet, juste pour m’imprégner de cette force ou seulement de cette possibilité de parler. Comme personne n’en parlait, j’avais assimilé que c’était un sujet inexistant. Ma tante et moi avons donc décidé de créer l’association, mais nous ne voulions pas ne parler que des enfants, même s’ils en sont les premières victimes. Ce sont les parents qu’il faut éduquer, pour qu’ils protègent leurs enfants, en choisissant leurs entourages, en leur parlant d’éducation sexuelle. Et ce n’est pas une fin en soi : j’ai fini par comprendre, à force de lectures, que l’un des problèmes de notre société mahoraise est qu’on ne parle pas de sexualité. On découvre notre corps sans jamais qu’on nous prévienne sur les changements liés à l’adolescence, ou qu’on nous dise que notre corps nous appartient et que le corps de l’autre lui appartient. Il s’agit aussi de savoir, quand mon enfant a été victime de violences sexuelles, comment l’accompagner, où est-ce que je l’oriente ? Nous manquons cruellement de moyens pour orienter, et il est très intéressant de voir que l’on en parle aujourd’hui, plus qu’il y a deux ans par exemple. MH : Au début du mois de septembre, votre association a organisé un séminaire sur les violences sexuelles et une marche blanche contre le viol, à Chiconi. En êtes-vous satisfaite ? S.A. : Je croyais en ces projets, mais j’étais loin d’imaginer pouvoir fédérer du monde autour. On ne va pas se mentir, j’en ai profité pour réparer la petite fille que j’étais. J’ai toujours eu mal au ventre, et les médecins m’ont
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JE NE ME SENTAIS PLUS SEULE
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DOSSIER
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AUJOURD’HUI, ON A ÉCRIT UNE AUTRE HISTOIRE
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toujours dit que je n’avais rien, ou du moins une colopathie fonctionnelle [des troubles intestinaux, NDLR], ce que l’on dit à toute personne ayant des problèmes personnels n’arrivant pas à les régler, et qui se manifestent intérieurement. Je me suis rendu compte que mon ventre était le lieu du crime, à l’intérieur agonisait la petite fille que j’étais, qui attendait juste de pouvoir être écoutée, sauvée, en mettant en place ces actions à Mayotte, et notamment à Chiconi, dans ma ville d’origine. J’ai posé symboliquement aux yeux de tous, y compris de ma famille, que j’ai été victime et que ce ne sera plus jamais une honte. Je remercie d’ailleurs toutes les personnes de mon entourage qui m’ont aidé à me sauver. MH : Quelles sont maintenant les perspectives, non seulement pour votre association, mais aussi pour vous, personnellement ? S.A. : Cette année, ce n’était que le début. Nous espérons pouvoir apporter notre pierre à l’édifice concernant la prise en charge des personnes victimes de violences sexuelles intrafamiliales, et de violences sexistes en général. Nous ferons également de notre mieux pour accompagner, réfléchir à comment Mayotte peut proposer plus de solutions aux victimes. Je parle notamment de la mise à l’abri. A titre personnel, je dois me poser, et
accepter que j’aie fait quelque chose de grand, moi et l’association. Si l’on m’avait dit, il y a trois ans, que j’allais faire ce que j’ai fait cet été, j’aurais dit que ce n’était pas possible. Ce sont des choses que je n’aurais jamais pensé être capable de faire. Au mois de novembre, nous allons encore faire une semaine de sensibilisation dans des établissements scolaires mahorais. Aujourd’hui, on a écrit une autre histoire. M.H. : Pour l’enquête #WamiToo, de nombreuses personnes ont déclaré avoir été violées, avec, pour plus de 80% d’entre elles, un agresseur figurant dans leur cercle de connaissances. Que pensezvous de ces chiffres ? S.A. : A toutes les personnes qui ont eu le courage de parler, je leur dis bravo. Je sais à quel point c’est une bataille intérieure pour pouvoir le faire. Même derrière un écran, ça n’est pas anodin de dire que l’on a été victime. Concernant ces résultats, ils sont tellement tristes, car en cohérence avec d’autres études menées en métropole, où l’on voit que le viol perpétré par un inconnu n’est qu’un mythe. La plupart des personnes victimes de violences sexuelles le sont par des personnes de leur entourage. Ce n’est tristement pas étonnant. D’ailleurs, pour notre campagne, nous en sommes à plus de 160 contributions, et la majorité des victimes a été agressée par un membre de la famille. n
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DOSSIER
DÉCRYPTAGE
LA CAMPAGNE #WAMITOO EN CHIFFRES
LANCÉE LE 8 SEPTEMBRE DERNIER PAR LE COLLECTIF CIDE, LA CAMPAGNE #WAMITOO COURT ENCORE JUSQU’AU 20 NOVEMBRE. EN ATTENDANT, LES 30 ACTEURS INSTITUTIONNELS, ASSOCIATIFS ET PRIVÉS INVESTIS DANS LE MOUVEMENT DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXUELLES SUR LES MINEURS À MAYOTTE, VIENNENT DE DÉVOILER UN PREMIER BILAN DE LEUR ENQUÊTE EN LIGNE, À MI-PARCOURS.
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495
C’est le nombre de contributions à l’enquête en ligne reçues depuis le 8 septembre. Parmi les enquêtés, exclusivement mahorais, 76% de femmes. 69% d’entre eux sont âgés de 20 à 50 ans, 15,6% ont entre 15 et 20 ans, et 8% ont moins de 15 ans. Au terme de l’enquête, 25% des personnes interrogées ont souhaité déposer librement leur témoignage. 116 contributions ont ainsi été reçues.
37%
½
C’est le nombre de personnes à n’avoir jamais abordé le sujet de la sexualité avec leurs parents. Seuls 10% des enquêtés estiment en parler “souvent”. 40% c o n s i d è re n t “ n e pas pouvoir” en parler à l’heure actuelle. Parmi les raisons les plus avancées : le tabou, la peur et la religion notamment.
?
Parmi les personnes ayant déclaré avoir déjà été victime d’agression sexuelle, 34% ont identifié leur agresseur comme un membre de leur famille. 22% des réponses font état d’une agression commise par une personne de l’entourage, 17% par un ou une inconnue. Les autres agresseurs seraient, à part égales, un ou une amie, une personne “qui avait un lien d’autorité” et un ou une petite amie.
Au total, 25 associations et 6 institutions se sont mobilisés pour la campagne. A mi-parcours, Lydia Barneoud, représentante du collectif CIDE (convention internationale des droits de l’enfant) à Mayotte, se réjouissait d’avoir dépassé “d’autres départements en termes de sensibilisation et de cohésion sur cette thématique”. D’autres localités ont ainsi décidé de s’inspirer du mouvement mahorais. “C’est très intéressant, il y a des choses qui se dégagent, qui rejoignent les statistiques nationales, et d’autres qui dénotent des spécificités locales. Ce qu’on voit aussi, c’est que dès que l’on crée un espace de parole, il est investi”, poursuit Lydia Barneoud. Un nouvel espace de vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) dédié a d’ailleurs été inauguré fin septembre par l’association Mlezi Maoré près du collège K2 à Kawéni. Un endroit pour parler librement de ces différentes thématiques en toute liberté et en toute discrétion. Des permanences y sont assurées par des professionnels pour informer notamment sur le consentement, l’égalité hommes-femmes, l’orientation sexuelle, l'identité de genre ou encore la contraception.
%
90
C’est la part des interrogés qui estiment avoir déjà été au moins une fois victime d’agression sexuelle. 11% des autres sondés “[ne savent] pas” si ce qu’ils ont subi constitue une agression sexuelle, selon les termes du questionnaire.
C’est la part de patients suivis au sein de l’EVARS et victimes de violences sexuelles. “Les 10% restants, ce sont essentiellement des violences conjugales", atteste Bastien Barzack, psychologue de la structure, qui n’est pas la seule à être au contact direct des victimes.
285
C’est le nombre de victimes d’agressions sexuelles admises aux urgences du CHM entre septembre 2017 et août 2020, selon l’ARS. Parmi elles, 133 enfants, âgés de 6 mois à 16 ans. De 2018 à 2020, cette fois, le service de médecine légale de l’hôpital en recensait 207.
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Propos recueillis par C.D
Mayotte Nature Environnement
“LA SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION A DÉMARRÉ À MAYOTTE IL Y A DIX ANS, SANS GESTION DERRIÈRE” La fédération qui comprend 25 associations adhérentes sur le territoire a fêté ses dix bougies. L’occasion de dresser le bilan du chemin parcouru par la structure. Mais aussi de faire le point sur les défis environnementaux qui pèsent encore sur l’île aux parfums. Entretien avec Manuella Grimault, la coordinatrice de MNE. Mayotte Hebdo : Vous venez de fêter les dix ans de Mayotte Nature Environnement. Pourquoi MNE avait été créé, en 2011 ? Manuella Grimault : En effet, Mayotte Nature Environnement est une fédération d’associations qui a été créée en juillet 2011. À la base, ce sont huit associations qui avaient besoin de se regrouper pour travailler ensemble sur des thématiques communes, et pour avoir plus de poids au niveau politique. Depuis le départ, dans les statuts, le but est de protéger l’environnement mahorais, mais en lien transversal avec les associations
membres. Le projet stratégique repose sur trois piliers : l’éducation à l’environnement, la valorisation des connaissances et la réparation de l’environnement. L’idée du premier axe est d’informer, de sensibiliser et d’éduquer toute la population mahoraise sans exception ; la valorisation des connaissances vise à en savoir plus sur l’environnement, la biodiversité, les sols, la pollution… Justement dans le but de pouvoir le transmettre ensuite à la population. Quant à la réparation de l’environnement, nous intervenons sur le terrain avec par exemple des nettoyages, des replantations, ou encore par des actions juridiques
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MH : En dix ans, quel chemin a été parcouru par la fédération ? M.G. : On est passé de huit associations de départ, à 25 aujourd’hui ! Cela a notamment été rendu possible parce que nous avons ouvert les possibilités d’adhésion à d’autres associations, qui ne sont pas environnementales par essence. Par exemple, on va avoir un club de foot qui a décidé d’ouvrir une branche développement durable. C’est d’autant plus intéressant que ces structures n’ont pas l’obligation de le faire, donc il y a une vraie volonté derrière. En ce qui concerne les projets de la fédération en euxmêmes, on a aussi eu de belles réussites. Pour l’aspect éducation à l’environnement, nous avons créé le camion pédagogique. Le projet a vu le jour en 2017, c’est un camion entièrement aménagé pour accompagner l’outil pédagogique pour toutes les thématiques environnementales : on peut parler de tortues, de déchets, de développement durable, d’éco-citoyenneté, de chaîne alimentaire, de risques naturels… J’en oublie sûrement ! L’idée, c’était aussi d’être à disposition de la population, qui, on le sait, n’est pas toujours très mobile sur le territoire. Cela nous a aussi permis de créer un poste à temps plein d’animateur environnement, depuis 2018. Le camion est déployé dans les écoles la semaine et pendant les vacances scolaires et les samedis, on est plutôt sur des places publiques, à la plage ou sur des événements partout sur le territoire. En dix ans, il y en aussi eu pléthore de chantiers de nettoyage. Mais là où on a davantage progressé, je dirais que c’est sur la création de formation pour les bénévoles, notamment la formation tri des déchets. Dans l’idée, c’est de faire aussi de la sensibilisation pendant ces actions, et ne pas juste se contenter du ramassage bête et méchant si j’ose dire. MH : Et au niveau de Mayotte, des mœurs, mais aussi de l’état de l’environnement, qu’est-ce qui a aussi évolué, selon vous, en dix ans ? M.G. : Je pense que certaines choses évoluent doucement mais sûrement… Quand on va dans les villages avec le camion notamment, on s’en rend compte. Il y a quelques années, on venait parler d’environnement, et les gens découvraient en même temps qu’on arrivait. Aujourd’hui, ça devient de plus en plus courant que les gens connaissent déjà des choses sur le sujet. Par exemple, sur les tortues, ils savent que c’est une espèce protégée, qu’il ne faut pas la braconner. Le mot corail aussi, avant, on ne l’entendait pas dans les rues. Nous à MNE on a un
adage, c’est que plus on connaît les choses, plus on va avoir envie de les protéger. Donc pour nous, c’est déjà une très bonne chose de voir que les gens connaissent les termes autour de l’environnement. Certes, il s’agit pour la plupart, souvent de jeunes. Mais il y a des mamans qui nous surprennent aussi ! Sur l’état de l’environnement, c’est une autre histoire… La déforestation se poursuit sur Mayotte, on a encore beaucoup de brûlis. Nous n’arrivons pas à la stopper. Sur le braconnage de tortues c’est compliqué aussi, même si beaucoup d’actions sont mises en place, notamment ces dernières années, je pense au pacte anti braconnage, il faut espérer qu’on en verra les résultats. Sur l’assainissement ensuite, on est parti de zéro et les élus locaux n’avancent pas assez vite sur ces sujets. De même pour les déchets, on a une société de consommation qui a démarré il y a dix ans avec l’import de déchets non compostables, sans gestion derrière. Toute gestion aujourd’hui est faite avec du retard et elle n’est pas calibrée pour la quantité de déchets. Il faut néanmoins souligner les efforts fournis, notamment avec la création des intercommunalités qui se sont saisies du sujet. La Cadema a fait un beau travail, il y a beaucoup moins de déchets qu’avant, même si ce n’est pas parfait. Il y a aussi les brigades de police pour l’environnement qui se montent. Tout cela dénote de sérieuses avancées, heureusement ! MH : Quels sont selon vous les défis à relever dans les dix prochaines années et les principales menaces qui pèsent sur cet environnement ? M.G. : Sur les atteintes à l’environnement de façon générale, les principales menaces à Mayotte sont la déforestation, l’assainissement des eaux et les déchets. Il s’agit clairement des trois thématiques primordiales pour assurer un environnement sain, les trois priorités. Après en ce qui concerne MNE, nous allons renforcer l’accueil pour nos associations adhérentes. Pour 2022, nous allons proposer plus d’une dizaine de formations à toutes nos associations adhérentes. Bien sûr, leurs bénévoles sont prioritaires mais nous acceptons tout le monde ! L’éducation à l’environnement est un sujet que l’on décline, plus que jamais, et que l’on renforce d’année en année, pour déclencher un changement de comportement en faveur de l’environnement. Enfin, on a créé un service juridique en 2021. Et pour les années à venir, nous espérons bien voir naître des lanceurs d’alerte environnementaux et accompagner une communauté de lanceurs d’alertes ! n
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LITTÉRATURE
LISEZ MAYOTTE
LA BANGA, DE L'ARCHITECTURE AUX PREMIÈRES AMOURS
Mayotte, j'écris ton nom. Par Said Ahamadi (éditions Menaibu (2010)) Au détour de sentiers qui se perdent dans la brousse, le regard est attiré par les cases des adolescents ou banga, sur lesquelles figurent des messages picturaux ou écrits, agressifs ou naïfs pour attirer les filles, diton. En effet, pour marquer le passage de l'adolescence à la puberté, après les rites de circoncision, le jeune adolescent mahorais va quitter sa famille et construire sa propre case pour s'exercer à l'apprentissage de l'autonomie, pour flirter et pour vivre les prémices de sa vie d'adulte. S'appuyant sur Arnold van Gennep et ses "Rites de passage", l'auteur démontre dans ce livre, fruit de sa thèse, que la banga s'inscrit dans cette théorie. Elle s'interroge sur l'avenir de la banga et sur celui des adolescents, confrontés à l'urbanisation et au développement économique apporté par le monde occidental.
AGRÉGÉ DE LETTRES MODERNES ET DOCTEUR EN LITTÉRATURES FRANCOPHONES, CHRISTOPHE COSKER EST L’AUTEUR DE NOMBREUX OUVRAGES DE RÉFÉRENCE SUR LA LITTÉRATURE DE L’ÎLE AUX PARFUMS, NOTAMMENT UNE PETITE HISTOIRE DES LETTRES FRANCOPHONES À MAYOTTE (2015) DONT IL REPREND, APPROFONDIT ET ACTUALISE, DANS CETTE CHRONIQUE LITTÉRAIRE, LA MATIÈRE. Dans notre précédente chronique, nous avons cité successivement Josy Cassagnaud, puis Saïd Ahamadi, plus connu à Mayotte sous son dzina la shekedzo – son surnom – : Raos. Cet écrivain de l’île aux parfums publie, en 2009, un essai intitulé Mayotte, j’écris ton nom que nous considérons comme une excellente introduction à l’histoire culturelle de l’île. Le thème de la banga est présent à deux endroits du livre. Le premier est le chapitre sur la sexualité et c’est là que se trouve le passage cité par Josy Cassagnaud. Raos relie alors la banga à une certaine forme de sexualité. Puisse le lecteur délicat ne pas s’offusquer : “ Assez tartuffes qu’ils sont [sic], les adolescents suggèrent carrément la petite case non loin du nid familial. Tout en étant relié au foyer parental par le repas, l’école coranique et autres activités domestiques, le jeune mahorais vit dans une certaine manière en autonomie dans son banga. Belle astuce du jeune mahorais pour déjouer, sinon atténuer la domination socioculturelle des Arabes. La maisonnette prend alors le nom bantou de ‘Banga’. Ensuite, il faut trouver un moyen d’éviter la défloration de la jeune fille. Simple jeu d’enfant ! Comme l’on porte toujours à cette époque le ‘Mko kotro’ [cache-sexe], la fille ne doit pas l’enlever. C’est la ‘méthode Coué’. La seule qui assure la protection totale contre tous les risques liés au rapport sexuel [défloration, grossesse précoces [sic], transmission de maladies, etc.]. La jeune fille croise les pieds ; le garçon enduit un produit laxatif [l’huile de coco généralement] sur les
cuisses de sa compagne allongée, ensuite fait glisser sa verge en érection entre celles-ci tout en s’adonnant à des attouchements volcaniques dont il a le secret. ” (p. 93) Cette pratique est confirmée par l’ouvrage de référence de Bacar Achiraf, Les Mœurs sexuelles à Mayotte (2005). L’auteur décrit ainsi la sexualité adolescente : “ Néanmoins, en attendant de se marier, malgré les interdits, les filles ont des amourettes. L’acte sexuel de pénétration est évité autant que faire se peut. Les jeunes se livrent à des caresses et à des jeux érotiques sans réel risque pour la vertu de la fille. Ainsi le gourouwa [Note de l’auteur Ou gourouwa signifie frotter] est une pratique très répandue. Il s’agit pour le garçon de frotter son pénis sur le haut des cuisses de la fille. ” (p. 27) Si la sexualité ne semble pas menacée, il n’en va pas de même du lieu qui l’abrite selon Raos qui annonce la mort des mabanga en l’absence d’une volonté politique de s’y opposer : “ Depuis le début de cette décennie qui s’achève [2000-2010], les ‘Bangas’ souffrent d’un véritable mépris de la part des responsables du pays. Ces derniers, épris de modernisme, s’inscrivent pratiquement tous dans des programmes de RHI au détriment des Bangas qui constituent cependant l’un des meilleurs aspects de notre patrimoine architectural, historique, social, culturel et folklorique. Il est urgent que les différents plans locaux d’urbanisme [PLU] qui remplacent les plans d’occupation des sols [POS] et les cartes communales intègrent les Bangas afin
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qu’ils puissent être non seulement préservés mais surtout mis en valeur. C’est en tout cas de cette manière que Mayotte peut faire valoir une spécificité positive au sein de la nation française et maintenir le respect du Banga construit en 1991 au parc de La Villette dans le XIXe arrondissement de la ville de Paris. Les Bangas constituent en fait un produit touristique original et unique dans le territoire national et européen. ” (p. 168-169)
hésité à transgresser le conseil d’Ovide qui, dans son Ars amatoria, conseille de ne pas franchir l’huis des amants : Ad thalami clausas, Musa, resiste fores… (Livre II, vers 704).
Christophe Cosker
La banga relie donc, à Mayotte, architecture et art d’aimer et, pour l’édification du lecteur, nous n’avons
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MAGAZINE D’INFORMATION NUMÉRIQUE HEBDOMADAIRE Edité par la SARL Somapresse au capital de 20 000 euros 7, rue Salamani Cavani M’tsapéré BP 60 - 97600 Mamoudzou Tél. : 0269 61 20 04 contact@mayottehebdo.com Directeur de la publication Laurent Canavate canavate.laurent@mayottehebdo.com Directeur de la rédaction Mohamed El Mounir dit “Soldat” 0639 69 13 38 soldat@mayottehebdo.com Rédactrice en chef Solène Peillard
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Couverture :
Lutte contre les violences sexuelles : en parler
Journalistes Romain Guille Raïnat Aliloiffa Constance Daire Lise Gaeta Axel Nodinot Direction artistique Franco di Sangro Graphistes/Maquettistes Olivier Baron, Franco di Sangro Commerciaux Cédric Denaud, Murielle Turlan Thomas Lévy Comptabilité Catherine Chiggiato compta@mayottehebdo.com Secretariat Annabelle Mohamadi Première parution Vendredi 31 mars 2000 ISSN : 1288 - 1716 RCS : n° 9757/2000 N° de Siret : 024 061 970 000 18 N°CPPAP : 0121 I 92960 Site internet www.mayottehebdo.com
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AT internet ; Le Groupe La Poste document d’enregistrement universel 2020 ; Le Groupe La Poste, Rapport RSE 2020.