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Mayotte Hebdo n°750 (aperçu gratuit)

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CE QUE J’EN PENSE Mayotte peut encore s’en sortir ! Je ne vais pas dresser un nouveau tableau de la situation actuelle. Me répandre sur les tragédies humaines, les causes et les conséquences d’un laisser-aller de beaucoup d’entre nous. Sur le rôle et les responsabilités de l’État français, de l’État comorien, des élus locaux et des citoyens que nous sommes. Raconter les derniers faits divers tragiques. Me morfondre sur la situation de Mayotte qui continue de reculer. Je me bornerai à faire quelques propositions, que j’ai eu l’occasion de développer longuement dans ces colonnes, mais ne faut-il pas se répéter, et se répéter encore ?... L’État comorien doit reconnaître le choix des Mahorais. En échange de quoi, des relations pacifiées pourront se développer avec nos voisins, au bénéfice évident des populations. La France consacre une partie des fonds utilisés pour les clandestins à Mayotte, pour un temps, à participer à mettre en place un système éducatif et de santé de base aux Comores. Une aide au retour (expérimentale) est mise en place avec un “pactole” de départ de 500 € et 100 à 200 € par mois pendant un an pour tous ceux qui sont prêts à rentrer chez eux, avec leurs enfants. En échange de quoi, ils pourront obtenir un visa quand ils le désireront pour venir ponctuellement à Mayotte, en règle. En parallèle, une coopération active se met en place. La France, par le biais de Mayotte, peut aider à la mise en place de réseaux électriques, d’eau, du cadastre et de l’état civil, de casernes de pompiers, à la gestion des déchets, à la protection de la nature, au développement du tourisme… Mayotte dispose de compétences, d’expertises dans ces domaines, d’une proximité culturelle, linguistique, géographique qui seront ainsi valorisées. L’Etat comorien s’engage à fermer l’usine de kwassas d’Anjouan, qui enrichit certains, immatriculer tous les bateaux de pêche pour connaître leurs propriétaires et contrôler les départs de Domoni pour interdire les kwassas. Une coopération policière et judiciaire permettra d’incarcérer aux Comores les Comoriens reconnus coupables de crimes ou délits à Mayotte, et vice-versa. Il convient pour cela que l’État comorien engage une lutte sans merci contre la corruption qui gangrène aujourd’hui tout projet. C’est à la population à le réclamer à ses dirigeants, c’est aux dirigeants d’avoir une réelle ambition pour leur pays et pas seulement pour eux et leurs familles. Mayotte de son côté, retrouvant de la sérénité et de la sécurité, peut engager des chantiers ambitieux. Les fonds européens et ceux du Contrat de plan sont encore très peu utilisés à ce jour. L’appui technique de cabinets spécialisés, les conseils avisés de nos voisins réunionnais pourraient être utiles, le temps d’apprendre... L’État de son côté doit d’abord mettre en place, en toute urgence, une zone franche globale pour redonner à l’île une partie de son attractivité et symboliquement marquer son réel attachement à ce territoire trop longtemps abandonné, sur lequel trop d’économies ont été faites. Les médecins et les enseignants si nécessaires pourront alors revenir et à nouveau apprécier cette île, s’y investir, au profit de la population et de nos enfants. Parmi les grands chantiers, il convient de (re)lancer le front de mer de Mamoudzou, l’aménagement des plages, le pont entre les deux îles, la rocade par les hauteurs de Mamoudzou et une grande salle de spectacles couverte sur le terre-plein de M’tsapéré. Il convient aussi d’ouvrir les 47 MJC et les activer efficacement, pour offrir des activités à cette importante jeunesse. Le lagon constitue un potentiel important pour l’avenir, avec la production d’énergie renouvelable ininterrompue avec des turbines adaptées posées au fond de la passe en S et ailleurs, grâce aux marées importantes du Canal. Cette compétence, cette maîtrise à développer localement pourra ensuite être exportée dans la zone, sûrement très intéressée. Il en est de même avec le solaire. Un appui sans condition doit être accordé à l’aquaculture. Avec un potentiel de production de 10 000 tonnes par an, et un lagon disposant de conditions idéales, l’île pourrait devenir rapidement un important producteur de poissons ; et s’orienter dès le départ sur un label bio ouvrirait de nombreux marchés. Le tourisme lié à la plongée devrait se développer, dans des conditions de sécurité “françaises”, avec un lagon magnifique, un jour prochain classé au Patrimoine mondial de l’Humanité. Les ballades en mer de la même façon, avec une richesse qu’il convient de protéger et valoriser. L’élevage d’huitres perlières (présentes naturellement dans le lagon), d’algues à fortes valeurs ajoutées, le prélèvement de poissons tropicaux pour l’aquariophilie dans des normes européennes, constituent aussi de véritables opportunités, créatrices de milliers d’emplois, de richesses, qui pourront être saisies et relevées par des entrepreneurs ambitieux et motivés par la zone franche globale. La position de Mayotte dans le Canal de Mozambique, avec Pemba au Mozambique à 40 minutes de vol, devrait être fortement valorisée à travers son statut français et européen. Les découvertes de gaz gigantesques (avec l’exploration en cours pour le pétrole dans toute la zone) et la mise en route de son exploitation avec une usine de liquéfaction en cours de montage d’un milliard de dollars, amènent déjà dans la zone des milliers “d’expatriés” américains, canadiens, japonais, européens…, au pouvoir d’achat important, intéressés pour pouvoir se faire soigner, changer des lunettes, aller chez le dentiste, faire ses courses dans un supermarché, aller au restaurant, au cinéma durant le week-end, aller voir un spectacle, plonger dans le lagon… Ils sont très intéressés pour pouvoir installer leurs familles ici, s’il y a la sécurité, mais surtout un collège et un lycée d’excellence international, qui servira à tous. S’il y a une panne, une pièce détachée à recevoir ou un expert à faire venir, il arrivera ici très rapidement, surtout avec le vol direct sur Paris. De même qu’une zone sous douane au port pour stocker leur matériel et l’acheminer au fur et à mesure avec des caboteurs à Pemba les intéresse fortement. Cette excellence, Mayotte pourra la développer au bénéfice de tous ses habitants, mais aussi de ses voisins. Une université de haut niveau, une école de commerce, une école d’infirmières, de médecine (?), des formations de pompiers et tant d’autres pourraient voir le jour et faire rayonner Mayotte dans sa zone. Et faire rayonner la francophonie depuis Mayotte, dans cette zone en fort développement. Cela permettra à Mayotte de disposer de ces compétences, de ces expertises, de donner du travail à ses enfants et ouvrira les portes de la région aux plus ambitieux. Les “expatriés du gaz”, nos voisins en formation ou étudiants, les touristes à la découverte de Mayotte et de son lagon auront besoin de se loger, dans des hôtels, des résidences, des maisons. Ils auront besoin de manger, de s’amuser, de se divertir, de découvrir Mayotte, d’acheter des souvenirs… Cela constitue, je pense, quelques pistes, mais surtout du travail pour chacun pour y parvenir. Cela redonnerait de l’espoir, une certaine vision pour l’avenir à tous ceux qui habitent et aiment Mayotte, mais aussi aux populations voisines. Pour cela et sûrement bien plus encore, Mayotte a besoin de retrouver sa sérénité, sa sécurité, sa joie de vivre. Laurent Canavate


Ce que vous en dites CHRONIQUE

Regard sur l’archipel des Comores Quarante et un an (41) ans, ou presque, après la déclaration d’indépendance (6 juillet 1975), la devise de l’Union des Comores “Unité - Solidarité Développement” est toujours mise à mal. Le développement, le pays n’a pas pu, su le réaliser malgré les aides extérieures en tout genre : aides financières et matérielles de nombreux pays étrangers amis et rivaux, tous économiquement intéressés, sans parler de l’aide financière de la diaspora essentiellement établie dans l’hexagone. L’Union des Comores est entrée dans une impasse, se fourvoyant dans des réflexions politiques, idéologiques, menées souvent à distance par une intelligentsia bien à l’abri des vicissitudes. Nous sommes loin des sultans batailleurs mais n’avons pas oublié les années 60 et suivantes. Les rivalités inter-îles existent toujours bel et bien, y compris au sein même de l’Union des Comores. Sans évoquer le séparatisme toujours envisagé par certains, d’autres Comoriens se veulent avant tout Mohéliens, Anjouanais, Grand-Comoriens et réclament plus d’autonomie pour leurs îles respectives. Quant aux Mahorais, s’ils sont devenus minoritaires sur leur île comme on a tendance à le penser, ils savent répandre un message clair sur les réseaux sociaux et l’actualité relativement récente avec ces expulsions musclées de personnes en situation irrégulière n’en est

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MAYOTTE HEBDO N° 750 r 20 MAI 2016

que la traduction concrète. L’appartenance religieuse ne suffit pas à faire vivre la solidarité sur une terre où il devient difficile de partager les terrains, en particulier agricoles. Si les populations des quatre îles de l’archipel partagent une histoire commune mouvementée, les Mahorais ne se détournent toujours pas du choix effectué par leurs aïeux. La confrontation existe donc toujours et les Mahorais, même s’ils ne se sentent pas appuyés par l’État français et le gouvernement actuel, appellent aujourd’hui à la résistance sur leur île. “Ra Hachiri” “Restons vigilants”, telle reste indéfectible la devise mahoraise. L’unité des populations des quatre îles ne se construit donc pas sur des bases politiques qui ne font qu’exacerber les différences appelées parfois spécificités. En juillet 2008, dans une interview à trois journalistes, le président comorien Ahmed Abdallah Mohamed Sambi avait abordé la problématique mahoraise : “Que les Français le veuillent ou non, Mayotte est et restera comorienne”, reconnaissant cependant que l’Union des Comores n’avait pas la possibilité et les moyens de faire revenir Mayotte par la force. “Au lieu de continuer à débattre et à discourir éternellement sur la question de Mayotte, nous devons réfléchir et rechercher les voies et moyens pour apporter un début de solution”, précisat-il avant de conclure : “Mayotte reviendra

dans le giron naturel le jour où les Mahorais eux-mêmes demanderont de revenir”. Cette nouvelle approche dans la négociation avec la France avait pris la forme d’un Groupe de Travail de Haut Niveau (Union des Comores, France dont Mayotte) qui s’était rencontré à Moroni pour aborder des questions politiques, en particulier la libre circulation des personnes et des biens entre les quatre îles de l’archipel, avec en toile de fond la suppression du visa dit “Balladur”, sujet qui mériterait à lui seul des développements tant de fausses vérités sont publiées sans critique et discernement. La question qui se pose maintenant concerne la stratégie politico-économique que va déployer le 8 ème président, officiellement proclamé dimanche 15 mai, de l’Union des Comores : Azali Assoumani. Ses priorités sont connues de longue date : relancer une économie exsangue, garantir l’indépendance de la justice, redonner confiance à la jeunesse, remettre de l’ordre dans les finances de l’État comorien, s’attaquer à la corruption endémique que le président précédent, Ikiliou Dhoinine, est loin d’avoir endiguée. Dans son premier discours, avant l’investiture du 26 mai prochain, le président Azali évoque essentiellement les problèmes économiques internes à son pays. Faut-il voir là un bon signe, un signe de réalisme ? Jacques Girauld avec OL


contact@mayottehebdo.com LE COURRIER DE LA SEMAINE Expulsés Pseudo humanistes et Multiplication du pain Sur la Place de la République, je n’ai pas croisé beaucoup de nos donneurs de leçons, ceux prompts à traiter le mahorais d’inhumain, ceux qui croient détenir le monopole du cœur. J’ai plus croisé de brocantes sur les bords de route que d’âmes sensibles venant donner de quoi manger, de quoi aider. Je n’ai croisé aucun de ceux qui ont écrit dans les colonnes de Médiapart. Je n’ai pas vu les membres de l’Église proposer leur aide comme ils ont l’habitude de faire avec les réfugiés du continent voisin ni les djaoulas champions de “Fisabililahi” faire une quête pour eux ou proposer de les héberger à la mosquée. J’ai vu quoi ? Des femmes et des enfants, sans leurs les maris, les hommes, dans un enclos, exposés comme une sorte d’attraction. Ceci ressemble fort à un scénario, une mise en scène très bien ficelée pour baigner dans le pathos. Sauf que là, on expose des bébés : ils devraient être les premiers à être protégés. D’ailleurs, qui assure la sécurité ici ? Qui gère cette foule qui commence à s’agacer et à perdre patience ?

Pas de Place dans le grand Club Med de TAMA ? Le village d’Eva n’a rien à proposer ? Vous croyez que la solution ce sont nos gymnases, nos écoles ? C’est ça l’humanisme ? Je ne veux pas manquer de respect à ceux qui aident, parce qu’il y en a. Mais certains derrière leur écran devraient revoir certaines valeurs et les mettre en pratique. Ou bien se taire. On n’a aucune leçon à recevoir en la matière. Pour le reste, le mahorais a le droit de défendre ses parcelles. Il n’y avait aucun souci tant qu’on pouvait s’arranger avec les invités-étrangers. Mais ce sont ces mêmes associations censées les aider qui les poussent à réclamer ce qui ne leur appartient pas. Si bien qu’aujourd’hui c’est de manière décomplexée à la télé qu’ils les réclament. Le mahorais paie des impôts, paie cher pour ses terres souvent héritées de ses ancêtres. Il fallait s’y attendre. Il faut bien relire les termes du Traité de Cession pour comprendre un tantinet notre rapport à nos terres. Les Mahorais défendront leurs droits. Yazidou Maandhui

Le poster de la semaine

Le tweet de la semaine #Mayotte le courrier toujours en retard. Pas de changement du côté de @GroupeLaPoste pour distribuer le courrier. @Mayotte1ere @ladme55

Les commentaires sur la page Facebook (À propos des expulsions) Ça me fait mal, si mal... Ça me fait un coup pleurer de voir le nouveau président comorien élu il y a quelques jours célébrer sa victoire à la télévision locale pendant que certains de ses compatriotes sont à la rue à Mayotte... pourquoi la Cimade tu te portes pas partie civile pour saisir le tribunal international afin de traduire ces dirigeants comoriens de génocidaires envers son peuple qui périt tous les jours dans l’océan au large de Mayotte. Beaucoup accusent les Mahorais et Mahoraises de racistes, d’inhumains et autres, et les dirigeants Comoriens sont quoi eux dans tout ça ? Bob Naoi Ces populations doivent être reconduites chez eux. Elles sont mieux chez eux qu’ici, leur pays n’est pas en guerre. Le préfet doit éviter de réquisitionner nos terres pour reloger ces personnes, cela continue crée encore plus de tension communautaire. L’immigration clandestine a mis à mal tous les efforts et les projets de notre jeune département. Leprince Bill Quelle bande d’hypocrites ça loue des bandas miteux et insalubres à 150 euros par mois à des clandestins et après ça vient pleurnicher. Si t’es en France t’as pas le droit de faire ça il faut choisir... Yasmina El Mesaoudi (À propos des expulsés sur la place de la République) Je suis humain avant tout, je ne peux qu’être sensible face à tout ça. Peu importe la situation, il y a une démarche à suivre pour récupérer son bien, et le respect, la dignité humaine priment avant tout. Nadji Exone

La 22ème édition du festival de l’image sous -marine démarre ce mercredi 25 mai. Créé par Jack Passe en 1994, ce festival orga nise plusieurs concours, pour les enfants comme pour les adultes, permettant à tous les passionnés de photos ou de films sous-ma rins de faire montre de leurs talents. Les films et photos sélectionnés seront projetés au pub lic sur le parvis du CDTM pendant quatre jours (du 25 au 28 mai 2016).

(À propos de l’édito de la semaine dernière) L’impulsion doit venir du côté du gouvernement français qui (appris au détour d’une conversion fortuite lors d’un trajet en train l’année dernière avec un employé du Quai d’Orsay) pense et attend que les Comores trouvent du pétrole dans leurs eaux territoriales : “Comme ça ils n’auraient plus besoin d’aller à Mayotte”. Alors, comment mettre la pression sur le gouvernement français pour qu’il se mette véritablement en mouvement ???? L’impression que l’État et ce gouvernement donnent est plutôt : laisser pourrir la situation à dessein pour pouvoir dire : “Oh finalement nous avons fait une erreur, il est impossible que Mayotte reste française”. Est-il envisageable d’avoir un recours en justice d’un collectif citoyen contre l’État pour abandon des fonctions régaliennes, mise en danger de la vie d’autrui, et atteinte aux droits de l’homme ? Karine Allain Baco

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