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Education & Renouvellement Urbain | Atelier #Mixités | #ANRU #ANCT #DGESCO

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Réseau Éducation et Renouvellement Urbain

Atelier « Mixités » 8 avril 2021

Depuis 2020, l’ANRU en collaboration avec l’ANCT et la DGESCO, pilotes du programme national des « Cités éducatives », propose un réseau national d’acteurs sur les enjeux de l’éducation et du renouvellement urbain. L’objectif est de capitaliser les expériences sur quatre thématiques clés pour la réussite des stratégies scolaires et éducatives des projets de renouvellement urbain et des cités éducatives, identifiées à la suite des travaux du cahier pratique « École et renouvellement urbain », publié en 2018 par l’ANRU, avec le CGET et l’Éducation Nationale : - Mixités sociale et scolaire - Prospective démographique, habitat/ peuplement et scolaire - Programmation et conception d’un équipement scolaire et éducatif en QPV - Pilotage d’une stratégie scolaire et éducative dans un NPRU. Pour chaque thème, quatre sessions d’ateliers auront lieu sur 2021-2022. La première séance d’atelier sur le thème des « mixités sociale et scolaire » s’est tenue le 8 avril 2021 et a rassemblé près de 80 participants en visioconférence. La matinée a été consacrée aux interventions des copilotes et de sites témoins, l’après-midi à des temps de travail en sous-groupes, complétés d’interventions de chercheurs. Ce compte rendu retrace les échanges de la journée.


1/ Introduction à la thématique de la mixité sociale et scolaire Pour les copilotes du réseau : objectif de mixité rime avec « logique ensemblière » Julie-Jane Thoreau (ANCT), Alice Collet et Damien Kacza (Anru), Bruno Chiocchia (DGESCO) Renforcée par la Loi Lamy (2014), la mixité sociale est un objectif réaffirmé des pouvoirs publics et un « impératif » de la politique de la ville, vers lequel tendent toutes ses composantes, habitat et offre scolaire et éducative en tête. Le renouvellement urbain constitue, lui aussi, un levier notable pour la recherche de mixité. En témoignent les budgets dédiés, dans les deux Programmes nationaux de rénovation urbaine (PNRU), aux équipements scolaires qui constituent des éléments centraux de l’attractivité du quartier. Le contrat de ville est considéré comme le « cadre de mise en cohérence » de l’ensemble des actions entreprises. Dans le champ scolaire, l’article L. 111-1 du code de l’éducation confie au service public de l’éducation la mission de veiller à « la mixité sociale des publics scolarisés au sein des établissements d’enseignement » : les collectivités de rattachement sont compétentes en matière de sectorisation et l’IA-DASEN est responsable de l’affectation des élèves. Par ailleurs, l’article L.213-1 du code de l’éducation prévoit que « lorsque cela favorise la mixité sociale, un même secteur de recrutement peut être partagé par plusieurs collèges publics situés à l’intérieur d’un même périmètre de transports urbains ». En 2020, cette possibilité a été mise en œuvre dans 34 départements. Le ministère a lancé depuis plusieurs années des expérimentations pour améliorer la mixité sociale en collège, selon diverses modalités et des équipes de recherche travaillent actuellement pour en évaluer les effets. Le contexte actuel est marqué par les réflexions en cours, qui s’inscrivent notamment dans le cadre de la discussion au parlement du projet de loi confortant les principes républicains, pour renforcer la mixité sociale à l’école. Enfin, des projets sont en cours ou déjà programmés dans la plupart des académies pour les rentrées 2021 et 2022, autour d’un travail sur la sectorisation dans les territoires les plus ségrégués et par le renforcement de l’offre de formation (création de classes à horaires aménagés, de sections internationales, etc.). Mais surtout, c’est une politique plus large d’égalité des chances (doublement des classes en éducation prioritaire, Cordées de la réussite, Internats d’excellence, petits déjeuners, Devoirs faits, revalorisation des bourses etc.) qui est menée et qui donne sens à la recherche de mixité. Les copilotes s’accordent sur le fait que si la lutte contre la ségrégation socio-spatiale et les « effets de quartier » est devenue un moteur de l’action publique, il est nécessaire de tenir compte des réalités du terrain et des ressources (solidarités et sociabilités) que le quartier fournit aux habitants les plus fragiles. En cela, les débats qui animent le monde de la recherche autour de la mixité sociale encouragent les institutions à en privilégier une approche globale et intégrée. Plus qu’un objectif standardisé, la mixité sociale est donc un « cheminement » nécessairement progressif et contextualisé. À ce titre, bien que fortement interdépendantes, mixités scolaire et sociale sont loin d’être mécaniques et doivent être interrogées plus avant au sein du réseau « éducation et renouvellement urbain » : par quels leviers accroître la mixité scolaire dans les quartiers en renouvellement urbain ? Quelles modalités de pilotage, de suivi, d’évaluation cela nécessite-t-il ? Quelles initiatives peuvent être partagées ?

Pour la recherche : une notion plurielle, au croisement de plusieurs leviers Ariane Richard-Bossez (Université d’Aix-Marseille, CNRS, Mesopolhis) La mixité est une notion plurielle, complexe à définir et à appréhender au regard de sa notion sœur, la ségrégation . La mixité scolaire recouvre différentes dimensions : la dimension genrée (mixité filles/garçons), sociale (mixité en termes de catégories socioéconomique), ethno-culturelle (proportion d’élèves étrangers ou d’origine étrangère), académique (en termes de niveau scolaire). On peut également distinguer une mixité inter-établissements (c’est-à-dire entre établissements d’un même secteur) de la mixité intraétablissements (entre classes ou filières au sein d’un même établissement. Une enquête nationale récente, portant sur les ségrégations sociale et scolaire dans les collèges et les lycées français, permet de dégager les grands invariants qui définissent aujourd’hui les défis de la mixité à l’école : la forte ségrégation sociale entre les établissements (et encore plus au niveau du lycée) et la possibilité de ségrégation intra-établissement par la constitution des classes. Un premier travail d’analyse des retours des Cités Éducatives membres du réseau permet de cibler les pistes d’actions et les principaux leviers mobilisés au service de la mixité scolaire. Ceux-ci relèvent de 3 catégories : « l’urbain » (renouvellement, diversification de l’habitat, transports...), « l’éducatif » (projet pédagogique, continuité éducative, filières d’excellence...) et le « vivre-ensemble » Réseau « Éducation et Renouvellement urbain » / Atelier « Mixités » / Séance 1 - 8 avril 2021

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(complémentarité des acteurs, création de lien entre populations différentes...). Des dimensions seront à explorer par le réseau pour révéler de nouvelles pistes d’actions : la place des parents dans un projet d’école, le rôle de « vitrine du quartier » des équipements scolaires ou encore l’outil que constitue la carte scolaire, etc.

2/ Éclairage de la thématique : témoignages d’acteurs sur la mise en œuvre de la mixité Angers, Quartier Monplaisir – un projet de renouvellement urbain au service de la réussite éducative et de la mixité scolaire Intervention de Jean-Côme Barbin, Directeur de projet renouvellement urbain Le quartier prioritaire de Monplaisir présente des équipements scolaires vieillissants, mal adaptés aux objectifs de réussite éducative conditionnés à la continuité des parcours pédagogiques et à l’intégration de la communauté éducative élargie (petite enfance, acteurs culturels, sportifs et associatifs, parents etc.). Le NPRU apporte de premières réponses via l’intégration de structures petite enfance au sein des équipements scolaires reconfigurés et la construction d’un équipement scolaire en frange de quartier, pour absorber la pression démographique et proposer une offre scolaire attractive. Ces opérations sont accompagnées d’opérations de diversification à proximité directe des équipements, afin de favoriser la mixité scolaire et lutter contre l’évitement. La Cité Éducative a été un levier de dynamiques partenariales et ensemblières. Des groupes de travail thématiques ont permis de former collectivement un projet pédagogique et de faire émerger des opportunités nourrissant programmation urbaine et bâti scolaire : pôle santé en cœur de quartier, réhabilitation d’un complexe sportif, intégration des parents au sein des écoles... Une articulation inspirante entre urbain et éducatif qui soulève toutefois de nouveaux questionnements : comment articuler stratégie de diversification et restructuration des groupes scolaires ? Comment intégrer l’offre scolaire privée dans la carte scolaire ? Comment concrétiser une continuité éducative en termes de parcours, mais aussi dans le quartier, avec une école « hors les murs » ?

Mulhouse, Quartier Les Coteaux - Effets des filières d’excellence, rôle tremplin de la Cité Éducative Intervention de Louise Genton, Principale du collège Jean Macé La composition socio-démographique du quartier prioritaire des Coteaux pose l’enjeu scolaire et éducatif : un quartier jeune, avec un taux de chômage élevé, une part importante de familles monoparentales et des effectifs scolaires en hausse. Un nouveau collège verra le jour dans le cadre du projet urbain. Le quartier est en phase de restructuration et bénéficie d’un projet de renouvellement urbain dans le moyen terme. L’indice de positionnement social des familles (IPS) accueillies dans les établissements scolaires est faible, parmi les plus faibles de l’éducation prioritaire renforcée. La présentation des filières d’excellence, faite par Mme Genton, permet de distinguer les filières « internes » (cursus bi-langue, filière sport) aux objectifs d’ouverture culturelle auprès des élèves de l’établissement, des filières « externes » (Cordées de la réussite), créatrices de mixité sociale car elles permettent aux élèves de rencontrer des interlocuteurs extérieurs à l’établissement et au quartier. Quelle que soit leur nature, ces filières s’attachent à éviter les ruptures pédagogiques par un fonctionnement intégré de la communauté éducative et des partenaires. À ce titre, bien qu’arrivé ultérieurement, le label Cité Éducative s’avère facilitateur en favorisant les échanges entre les acteurs du territoire (centre social, école, associations…) et en contribuant à diluer les frontières entre les tranches d’âge ainsi qu’entre offre scolaire et périscolaire.

Expérimentation de l’académie de Paris sur les modes d’affectation et de sectorisation Intervention de Grégory Premon et Claire Mazeron, DAASEN académie de Paris. L’académie de Paris mène des expérimentations sur la mixité scolaire centrées sur les modalités d’affectation et de recrutement ainsi que sur la géographie d’intervention. L’académie compte une forte densité d’établissements, concentre une part importante des foyers CSP+ et son indice de position sociale est bien supérieur à la moyenne nationale (10 points de plus). Ces signes masquent toutefois de fortes disparités entre secteurs de l’académie et entre établissements parfois proches. Réseau « Éducation et Renouvellement urbain » / Atelier « Mixités » / Séance 1 - 8 avril 2021

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Au niveau des collèges : retour sur deux expérimentations et les perspectives En 2017, un « secteur multi-collèges » est expérimenté sur trois secteurs populaires de l’académie de Paris (comptant des établissements aux IPS variés), où les élèves sont affectés :  Soit de manière alternée : les élèves vont alternativement, année par année, dans l’un ou l’autre collège. Cette méthode a permis d’obtenir une plus grande mixité sociale en 6ème et de lutter efficacement contre l’évitement vers le privé.  Soit en fonction de « choix régulé » : les élèves sont répartis sur les deux collèges en s’assurant, via l’utilisation d’un algorithme, d’une composition sociale identique. Un chantier important est ouvert et concerne l’« affectation 6ème » sur les 114 collèges de l’académie. Chaque année, l’affectation 6ème conduit à de nombreuses réaffectations administratives. Cette situation est liée à des sectorisations inadaptées, à une offre de formation trop importante et source de très nombreuses demandes de dérogations, à une fraude à l’adresse importante dans les collèges les plus attractifs et à une pratique courante de double inscription public/ privé qui obère de nombreuses places dans les collèges publics. Plusieurs perspectives sont envisagées pour la suite :  Rentrée 2021 : vérification plus stricte des adresses transmises par les familles, plus forte régulation des demandes de dérogation, meilleure coordination entre rectorat, mairie centrale et mairies d’arrondissements, sensibilisation plus forte des familles  Rentrée 2022 : une réflexion sur la répartition de l’offre de formation et sur la sectorisation. Au niveau des lycées Dans un contexte où l’entrée au lycée est riche d’enjeux dans le parcours éducatif, l’académie constate des écarts importants entre les lycées les mieux dotés et les moins pourvus. La répartition des lycées par districts et les bonus en découlant ne permettent plus aux modalités de recrutement et d’affectation de suivre des objectifs de mixité. De nouveaux dispositifs sont mis à l’essai, notamment le remplacement du bonus REP/REP+ par un bonus lié à l’IPS du collège, comprenant trois tranches pour inciter les familles à laisser leurs enfants dans les collèges dont l’IPS est inférieur à la moyenne nationale. Si la mixité sociale est un objectif compris par les familles, la ségrégation scolaire reste contradictoire avec la manière dont elles envisagent l’excellence scolaire, notamment pour les plus aisées. L’un des objectifs que se fixe l’académie à long terme est d’éliminer les clichés relatifs à l’élitisme, grâce aux efforts de tous les acteurs (mairie, rectorat, directeurs d’établissements, professeurs).

3/ Retour des séances d’ateliers : Leviers et freins de la mixité La question posée en atelier « Sur votre territoire, comment articulez-vous urbain, éducatif et vivre-ensemble au service de la mixité : quels leviers, quelles difficultés, quelles questions ? » a conduit les participants à identifier des leviers ou des freins à un travail collectif visant à favoriser la mixité. Le levier urbain  L’offre de nouveaux logements, leur rénovation et diversification sont considérées comme un levier majeur. A contrario, la présence majoritaire de logements sociaux est perçue comme un frein. Cela pose la question de ce qui peut être fait quand la mixité est peu présente sur le territoire. Les pistes d’action sont nombreuses : que la mixité vienne des habitants eux-mêmes s’ils s’élèvent socialement et trouvent une offre d’habitat sur le territoire ; associer une politique de peuplement à la diversification de l’habitat ; penser à une échelle plus large que le quartier ; faire de la rénovation urbaine un axe transversal aux Cités éducatives.  Les transports : à travers cette question, il s’agit tout à la fois d’ouvrir les possibles par la mobilité, d’apporter des activités exogènes dans le quartier (marché, pôle médical…), de sortir d’une logique de « vase clos » qui peut exister entre habitants… Réseau « Éducation et Renouvellement urbain » / Atelier « Mixités » / Séance 1 - 8 avril 2021

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 L’attractivité du quartier : cela suggère de mettre les équipements au service du projet global et de faire du marketing territorial, en travaillant sur la qualité et la sûreté du cadre de vie.

Le levier scolaire L’offre scolaire est pointée comme participant fortement à l’attractivité du quartier. Plusieurs aspects peuvent y contribuer :  La qualité du bâti, sa localisation  Le projet pédagogique de l’établissement (pédagogie Freinet, pôles d’excellence…) et l’image ainsi véhiculée.  Le travail sur la carte scolaire : en l’intégrant au PRU ; en intégrant la question du privé dans la réflexion ; en modifiant les affectations entre collèges (REP et REP+, par exemple). Le levier partenarial  Un pilotage collaboratif apparaît nécessaire : en associant une variété d’acteurs dans la programmation des équipements scolaires, en élaborant un diagnostic partagé, en construisant une vision stratégique commune et en établissant une feuille de route partenariale.  Une meilleure coordination des services est perçue comme un enjeu majeur de mixité sociale : disposer d’une instance de travail commune et d’outils collaboratifs permettant d’animer un partenariat qui demeure fragile est une préoccupation partagée par l’ensemble des acteurs.  La création d’une culture commune est également mise en avant, via l’amélioration de la communication et de l’interconnaissance, ou encore via le fonctionnement en réseau (en intégrant les acteurs associatifs, en instaurant des temps de partage…). L’idée d’organiser des visites de quartiers avec différents acteurs (nouveaux enseignants, élèves, habitants…) est peut-être à exploiter.  La démarche Cité Éducative est unanimement considérée comme un levier important : par la recherche d’un travail en mode projet, par l’impulsion d’une logique partenariale souvent pour la première fois, par l’apport de pratiques innovantes, par l’attribution de budgets. La Cité Éducative est vue comme un accélérateur et un facteur de dynamisation.

Les difficultés à surmonter : une question d’équilibre Mener des projets alliant renouvellement urbain et éducation suppose de gérer des temporalités multiples (projets de renouvellement urbain, restructurations d’écoles…) et de mobiliser à long terme une grande variété d’acteurs. Des pistes d’actions sont identifiées : savoir articuler les échelles de temps des projets à court et long termes ; trouver un équilibre dans la poursuite des projets en dépit des irrégularités de l’investissement des habitants et du turnover des équipes éducatives (à l’inverse, anticiper l’intégration du secteur éducatif qui se sent souvent associé trop tardivement aux projets RU) ; penser les modalités de participation des habitants et des parents d’élèves : leur intégration aux différents stades du projet, l’organisation de temps d’accueil et leur implication continue (notamment au regard des contraintes sanitaires ou des difficultés liées à la langue). Dans cette recherche d’équilibre, le pilotage de la Cité éducative par les principaux de collège pose question : n’y a-t-il pas un risque de privilégier les actions envers une tranche d’âge au détriment d’une autre (jeunes enfants, 16 ans et +) ? Les expérimentations de structures multifonctions (groupe scolaire, pôle enfance) suscitent l’intérêt en ce qu’elles favorisent une logique de continuité et de « parcours » éducatif et scolaire.

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Retours d’expériences

Pilotage collaboratif, création d’instances communes  Comité de direction NPRU mensuel à géométrie variable selon l’ordre du jour à Angers  Création, au sein de Grand Paris Seine Ouest, d’une direction unique regroupant Politique de la ville, Renouvellement urbain et bientôt Habitat, pour y intégrer la question du peuplement.

Partenariat  Expérience collaborative et participative à Nîmes, autour d’un Pôle éducatif : un fonctionnement partenarial qui a vocation à être modélisé dans le cadre de la Cité Éducative.  Une étude « Mixité sociale », portée par la Métropole de Lille, qui s’est révélée un outil du partenariat en constituant un temps d’acculturation, d’interconnaissance, de coopération entre acteurs d’horizons différents et qui a permis d’aborder collectivement la question politique et complexe de la mixité et de disposer, in fine, d’une feuille de route partenariale.

Mixité et notion de parcours éducatif  Les expérimentations de pôles petite enfance au sein des équipements scolaires. Un levier à mobiliser dans la création de « parcours » enfance/ jeunesse au sein du quartier.

4/ Le point de vue des chercheurs Gwenaëlle Audren, Maîtresse de conférences, Université d’Aix-Marseille, TELEMME, CNRS. Gwenaëlle Audren éclaire trois questions ayant animé les débats de la journée :  Le rôle ambivalent des filières d’excellence : elles sont à la fois source potentielle d’attractivité pour les établissements, mais peuvent également contribuer à des formes de ségrégation scolaire interne aux établissements.  La mixité sociale statistique n’est pas nécessairement synonyme de mixité sociale vécue : la proximité spatiale entre populations aux niveaux socio-économiques différents peut aussi renforcer le contournement de la carte scolaire.  Pour favoriser la mixité au sein des établissements, la carte scolaire doit tenir compte de l’ampleur de la ségrégation urbaine au sein du quartier, de la proximité entre habitat et établissement scolaire et intégrer les établissements privés dans sa réflexion. Jean-Yves Rochex, Professeur émérite en sciences de l’éducation, Université Paris 8, CIRCEFT-ESCOL Pour Jean-Yves Rochex parler de mixité ou de ségrégation ne revient pas au même. Parler de lutte contre la ségrégation, c’est prendre en compte le sentiment de relégation des populations. Cette question de la perception de leur situation par les populations devrait d’ailleurs faire l’objet du diagnostic et de l’évaluation du projet. Il peut y avoir une hausse de la mixité qui soit vécue négativement par une part de la population ou qui contribue au délitement ou à l’affaiblissement de réseaux de solidarité ou de sentiments d’appartenance. Un autre point soulevé par Jean-Yves Rochex est le fait que la démocratisation et l’efficacité du système scolaire ne se résume pas à la question de la mixité scolaire. La Depp (la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l'Éducation nationale) mesure la plus-value des établissements en fonction de leurs résultats au regard du profil social des élèves qu’ils accueillent. On constate que cette plus-value est assez souvent la plus forte dans des établissements qui accueillent des populations très défavorisées avec peu de mixité. La question du rapport entre mixité sociale et mixité scolaire ne va donc pas de soi. La situation dans les Réseau « Éducation et Renouvellement urbain » / Atelier « Mixités » / Séance 1 - 8 avril 2021

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quartiers, les écoles et les établissements concernés par les projets de renouvellement urbain ne dépend pas de seules dynamiques internes mais de rapports d’interdépendance avec celle d’autres quartiers, écoles ou établissements de la ville ou de l’environnement urbain, ou se mêlent dynamiques internes et externes. On peut s’étonner à cet égard de la faible place prise dans les politiques de renouvellement urbain et dans nos échanges par les questions de l’enseignement, de la formation et de l’insertion professionnels, alors que s’y conjuguent justement dynamiques internes et externes aux quartiers et à leurs établissements. Ainsi M. Barbin souligne dans son intervention le fait qu’à Angers, la filière d’enseignement professionnel Métiers de la sécurité avait un recrutement mixte entre élèves provenant du quartier de Monplaisir et provenant d’autres quartiers. Les rapports entre mixité sociale et mixité scolaire eux non plus ne vont pas de soi. Ainsi les politiques visant à accroître le taux de boursiers dans les lycées de prestige peuvent ne pas produire plus de mixité scolaire dans ces lycées, voire en produire moins tout en conduisant éventuellement à « écrémer » les « meilleurs élèves » des autres établissements, comme l’a évoqué Mme Genton. La question des filières d’excellence est assez ambivalente. Il faut être vigilant et regarder en détail ce que cela produit et pour qui en termes de caractéristiques socio-économiques, scolaires, genrées et ethniques. Se situe-t-on dans une logique d’excellence pour certains ou d’excellence pour tous ? Ce qui peut au premier abord sembler efficace pour accroître la mixité scolaire dans certaines sections ou certains établissements peut avoir des effets pervers si cela renforce un sentiment de relégation chez les élèves qui se sentent confinés dans des filières qu’ils perçoivent comme « de seconde zone ». La question des rapports entre scolaire et éducatif est également à questionner au niveau de l’instauration des partenariats, dans un contexte où, depuis plusieurs décennies on assiste à la fois à une exacerbation des enjeux scolaires et à un délitement de l’éducation populaire. Dans un tel contexte, on assiste à un double mouvement pour le moins problématique : d’une part une tendance à l’externalisation du traitement de la difficulté scolaire en dehors de l’école ou en marge de la classe ; d’autre part une logique de « pédagogisation » de l’espace social et politique. D’où de nouveaux modes de division sociale du travail éducatif qui génèrent de la confusion, au détriment d’un partenariat clair, qui respecterait la spécificité et les compétences de chacun. Il convient ainsi de ne jamais oublier que la spécificité de l’institution scolaire est d’instaurer un espace-temps dévolu à l’étude, pour des contenus de savoir et des compétences qui nécessitent de prendre de la distance avec l’immédiateté de l’expérience ordinaire, et qu’il s’agit donc pour elle de construire chez tous les enfants et adolescents les dispositions à ce travail d’étude, que certains seulement ont acquises et continuent de développer au sein de leur socialisation familiale. Or, bon nombre d’innovations, promues dans ou hors l’espace scolaire, sont conçues sur le modèle des enfants de classe moyennes ou supérieures, disposés à ce travail d’étude, et négligent d’en construire les dispositions chez les autres, en les considérant comme un allant de soi, malentendus que risque de renforcer la confusion des registres entre scolaire et éducatif.

En conclusion, une demande de retours d’expériences et d’évaluation des effets de la mixité La question de la mixité apparaît fortement transversale, risquant de se diluer dans l’ensemble des thématiques traitées par le réseau. De la même façon, si les expérimentations et leviers à actionner sont nombreux, leur articulation reste difficile et leurs effets parfois incertains, voire contre-productifs (lorsque le désenclavement, la mobilité ou la réaffectation d’élèves de QPV dans des établissements renforcent plus qu’ils ne freinent l’évitement, par exemple). La mixité demande donc des efforts mutuels et une coopération de tous les acteurs pour contourner ce type d’effets. Globalement, le passage de la théorie à la pratique pose question. C’est le cas, typiquement, pour les communes ne disposant pas, à leur échelle, d’une diversité sociale de base, ou ne prévoyant pas de diversification de l’habitat à court terme, via le PRU. Tout ceci rappelle que la mixité ne se décrète pas, mais s’accompagne, se déconstruit et se construit collectivement. En ce sens, l’atelier a révélé une forte demande de retours d’expériences et d’évaluations : quels sont les effets réels de l’intégration de structures petite enfance aux équipements scolaires ? Quelles sont les retombées d’une création d’un continuum pédagogique au sein du quartier, sur les parcours scolaires, sur les relations avec les familles ou en termes d’attractivité ? Comment articuler restructuration d’établissements scolaires et diversification de l’habitat (via quelle politique de peuplement) ? Quels sont les effets des filières d’excellence ? La mise en œuvre de la mixité dévoile donc chez les acteurs le souhait d’une approche pragmatique, à l’aune de laquelle une objectivation et une réflexion sur le concept même de mixité leur semblent indiquées, notamment pour créer des ponts entre eux et faire émerger une culture commune. Réseau « Éducation et Renouvellement urbain » / Atelier « Mixités » / Séance 1 - 8 avril 2021

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Prochaines dates des ateliers du réseau :

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Atelier « Prospective démographique, habitat/peuplement et scolaire », 20 mai 2021 Atelier « Programmation et conception d’un équipement scolaire et éducatif en QPV », 10 juin 2021 Atelier « Pilotage d’une stratégie scolaire et éducative dans un NPRU », 24 juin 2021


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