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PFE - Animer l'organisme poreux, la plaine du Forez entre dans la balance - Mathias Goutelle

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ANIMER L’ORGANISME POREUX

Projet de fin d’étude 2021

ENSP Versailles

La plaine du Forez entre dans la balance

Mathias Goutelle


Sauf mention contraire, l’ensemble des documents présents dans cette plaquette sont des productions de l’auteur. ©Mathias Goutelle


ANIMER L’ORGANISME POREUX La plaine du Forez entre dans la balance

Projet de fin d’étude en vue de l’obtention du Diplôme d’état de de paysagiste-concepteur. Sous la direction de Bruno Tanant.


Remerciements La réalisation de ce projet de fin d’étude a été possible grâce au concours de plusieurs personnes à qui je voudrais témoigner toute ma reconnaissance. Tout d’abord je souhaite remercier Bruno Tanant, encadrant de la classe disparition, pour sa passion, sa disponibilité infaillible et les nombreux échanges qui ont grandement nourri le projet. Un grand merci à Eshter Salmona également pour les conseils avisés, les échanges riches. Un grand merci aux intervenant(e)s qui ont participé à cette aventure. Je tiens à remercier l’ensemble des personnes contactées au fur et à mesure de l’avancement du projet. Un immense merci à Gabrielle Repiquet d’avoir supporté mes doutes, mes interrogations et les nombreuses discussions qui ont contribués à la réalisation de ce projet de fin d’étude. Enfin je souhaiterais dire merci à l’ensemble de ma famille pour leur soutient infaillible et leur amour. Pour terminer je souhaite remercier ma deuxième famille, mes amis qui ont suivi de loin ou de près ce travail ainsi que les copains de promo.

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Résumé Dans les zones d’entre deux, réside souvent le risque d’un changement brutal, parfois irréversible, c’est le cas de la plaine du Forez. A la croisée des influences climatiques méditerranéennes et continentales, à la croisée des influences métropolitaines, ce territoire est le lieu d’expression de phénomènes aux origines parfois lointaines. Désormais, les rapports de forces se modifient, les influences aussi, il est temps de rebattre les cartes avec pour catalyseur « l’évènement anthropocène. » La plaine du Forez est ceinte comme un immense jardin alluvial, traversée du sud au nord par le grand fleuve Loire, elle est peuplée de trois constellations aquatiques, les étangs du Forez. Les influences méditerranéennes s’amplifient, remontent la vallée du Rhône et assèchent désormais l’ovale spongieux de la plaines agricoles du Forez. C’est finalement la fertilité d’une des dernières plaine agricole Rhône-Alpine qui est menacée. Les métropoles de Saint-Etienne et de Lyon perçoivent le « potentiel » de la plaine. Son sol suave et doux lui donne son caractère tendre, une aubaine pour le processus de métropolisation en action. Le projet trouve dans ces contraintes les éléments qui le nourrissent. Alors, il convient d’assumer la nécessité de la plaine du Forez, territoire de tendresse dans un système beaucoup plus vaste. C’est l’opportunité de penser le paysage de la plaine du Forez à l’horizon 2050, de définir une spatialité commune, édifiée par le prisme du paysage. La chance de pouvoir réfléchir à un nouvel équilibre de la balance métropolitaine Rhône-Alpine.

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Glossaire

Amphibiose : Nom d’une interaction entre espèces interdépendantes qui est bénéfiques à certains égards, dans certaines circonstances, et néfaste dans d’autres. (Morizot) Anthropocène : Période actuelle des temps géologiques, où les activités humaines ont de fortes répercussions sur les écosystèmes de la planète (biosphère) et les transforment à tous les niveaux. AP3C : Adaptation des pratiques culturales au changement climatique. Programme de propective climatique à l’échelle du Massif-Central à l’horizon 2050. Assec : Période de 1 à 2 ans où un étang est vidé de manière à cultiver des céréales ou autres cultures sur les limons fertiles qui se sont déposés au fond de l’étang. Balance métropolitaine Rhône-Alpine : Figure théorique issue de l’étude des phénomènes incidents sur la plaine du Forez et de leurs origines. Cette forme comprend les deux métropoles de Lyon et Saint-Etienne reliées par la vallée du Gier ainsi que la plaine du Forez. La construction de cette figure permet une réflexion à la juste échelle. Bilan hydrique potentiel : C’est la quantité de pluie disponible pour les plantes, une fois les besoins en évaporation et en transpiration satisfaits. Il est calculé par la différence entre les précipitations et l’évapotranspiration potentielle (ETP).

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DTA : Directive territoriale d’aménagement de l’aire métropolitaine Lyonnaise Evapotranspiration potentiel : Quantité maximale d’eau en mm qu’un sol recouvert de végétation peut transpirer. Evolage : Période de 5 ans en moyenne ou un étang est mis en eau dans un but de production piscicole. Forez : Région naturelle et historique située pour la plus grande majorité dans le département de la Loire. Cet ancien terrioire des comtes du Forez comprend les sommets des monts du Forez et la plaine du Forez, traversée par la Loire. GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat Métropolisation : La métropolisation traduit un mouvement de concentration de populations, d’activités, de richesses, de prises de décisions dans des ensembles urbains de très grande taille. C’est la concentration spatiale des fonctions stratégiques. Ce phénomène peut être au détriment des villes gravitant autour de l’hypercentre.


Natura 2000 : Natura 2000 a pour objectif de préserver la diversité biologique en Europe en assurant la protection d’habitats naturels exceptionnels en tant que tels ou en ce qu’ils sont nécessaires à la conservation d’espèces animales ou végétales. Les habitats et espèces concernées sont mentionnées dans les directives européennes « Oiseaux » et « Habitats ». PADOG : Plan d’aménagement et d’organisation de la région lyonnais Ramberte : Bateau à fond plat construit à Saint-Rambert pour transporter le charbon et les produits manufacturés stéphanois sur la Loire SCOT : Schéma de cohérence territoriale Sollastalgie : Sentiment de mal-être face à la destruction des lieux, des paysages du au mécanisme global du changement climatique. C’est lorsque le paysage que l’on connait nous quitte sans avoir à changer de lieu. Znieff : Zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique

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Sommaire

01

INTRODUCTION

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Plonger dans la plaine

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L’ENTRE MONDES

18

1. Nouer les deux mondes 2. La Loire, le flux oublié

20 34

3. L’agriculture symbole d’une influence Méditerranéenne et septentrionale 4. Appréhender l’échelle de la plaine

02

38 42

LA BALANCE MÉTROPOLITAINE

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1. La naissance de la figure territoriale 2. Décomposer la balance métropolitaine 3. Articulation de la balance métropolitaine 4. La balance métropolitaine en 2050

56 72 74 82

5. L’eau en partage

03

8

54

L’OVALE SPONGIEUX

84

1. Le contenu, la terre spongieuse 2. Récit hydrographique de l’ovale 3. Les trois constellations aquatiques 4. Habiter la figure spongieuse 5. Cultiver dans la plaine 6. La disparition et la plaine

86

88 92 109 120 128


04

ANIMER L’ORGANISME

130

1. La genèse d’un contre flux 2. Le grain, la finesse de la figure 3. Articuler le contre flux 4. Articulation du projet 5. Le coeur, la priorité

134 140 142 146 156

CONCLUSION

174

La fin, le début

176

Bibliographie

178

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10


INTRODUCTION

11


« Auprès de l’ancienne ville de Lyon, du côté du soleil couchant, il y a un pays nommé Forez1, qui en sa petitesse, contient ce qui est de plus rare au reste des Gaules, car, étant divisé en plaines et en montagnes, les unes et les autres sont si fertiles, et situé en un air si tempéré que la terre y est capable de tout ce que peut désirer le laboureur. Au cœur du pays est le plus beau de la plaine, ceinte, comme une sorte de muraille, des monts assez voisins et arosée du fleuve de Loire, qui, prenant sa source assez près de là, passe presque par le milieu, non point encore trop enflé ni orgueilleux, mais doux et paisible. Plusieurs autres ruisseaux en divers lieux la vont baignant de leurs claires ondes, mais l’un des plus beaux est Lignon, qui, vagabond en son cours, aussi bien que douteux en sa source, va serpentant dans cette plaine depuis les hautes montagnes de Cervières et de Chalmazel, jusques à Feurs, où Loire le recevant, et lui faisant perdre son nom propre, l’emporte pour tribut à l’Océan2. »

1 Le Forez désigne la région de Feurs, il correspond à l’actuel département de la Loire. La plaine du Forez se situe entre les Monts du Lyonnais (montagne du matin, à l’est) et les mont du Forez (montagne du soir, à l’ouest). Feurs est l’ancienne capitale du peuple gaulois des Ségusiaves. Son nom romain est Forum Segusiavarum. Ce terme est à l’origine des noms actuels de Feurs et de sa région, le Forez.

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2 URFÉ Honoré, L’Astrée, Paris, Folio classique, 1984, p. 35.


La plaine depuis la maison familiale, au loin les monts du Forez

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Plonger dans la plaine

C’est sur les montagnes du levant que j’ai longuement observé la peau suave de la plaine du Forez. La maison et la ferme familiale sont accrochées aux monts du Lyonnais. Je n’ai pas grandi dans cette plaine mais savoir sa présence m’a toujours passionné intérieurement, aujourd’hui avec un nouveau regard. Toujours le même cadrage, cette plaine et enfin au loin la peau de la plaine se soulève, monte éperdument vers le ciel. C’est le point d’arrêt, le regard se pose sur les montagnes du couchant, les Monts du Forez. Le matin souvent, la légère brume formée autour de la Loire happe le regard dans ce réceptacle. Avec la brume, c’est comme si la plaine du Forez tout entière était un lac immense. C’est ainsi qu’Honoré d’Urfé l’imaginait parfois. La journée, le drap tendu apparait, un fourmillement, les étangs reflètent et traduisent le caractère spongieux de la plaine du Forez. La nuit, les étoiles urbaines mettent à nu la densité, l’habitat qui tantôt suit des grandes lignes et parfois se condense. Depuis ces coteaux, la plaine du forez apparaît comme un organe vivant qui intrigue. A chaque fois, lorsque je plonge dans ce territoire c’est un sentiment incroyable. Toucher, fouler ce que mon œil a sans cesse regarder depuis les piémonts. Comme à chaque fois, je suis saisi par la beauté de cette terre spongieuse qui maintient l’eau, la présente au ciel. Les champs sont parfois immenses, les cultures pleines de vigueur, le non-humain est foisonnant. L’être central, celui qui tient l’ensemble de la plaine, c’est le fleuve Loire. Doux, puissant, parfois presque endormi lorsque le canis apparaît dans le ciel. C’est le fleuve et seulement le fleuve qui a permi le développement de la société humaine en ce lieu. La force tranquille de la Loire rend difficilement imaginable la fureur soudaine, le risque de crue. La rage de l’être Loire se diffuse alors dans le rythme 1 Loire, du latin Liger 2 Période actuelle des temps géologiques,

où les activités humaines ont de fortes répercussions sur les écosystèmes de la planète (biosphère) et les transforment à tous les niveaux. (On fait coïncider le début de l’anthropocène avec celui de la révolution industrielle, au XVIIIe siècle.)

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lent de la plaine du Forez. C’est comme une première respiration avant d’être de nouveau contraint par les gorges en amont du barrage de Villerest. Dernier pincement avant l’élargissement infini du fleuve dans les grandes plaines du Centre Val de Loire et la disparition de «Liger1» dans les abysses de l’Atlantique. Mais depuis quelques années maintenant l’image de cette plaine fertile, spongieuse et suave s’égrène. L’eau abondante parfois gênante vient à manquer à certaines périodes. Les cultures s’assèchent, parfois même grillent sur place. Le caractère spongieux de la plaine du Forez est menacé d’une disparition de cette eau. Parallèlement l’habitat se développe, poussé par le phénomène de métropolisation. Petit à petit les territoires de plus en plus éloignés du centre des métropoles sont mis en orbite, deviennent des satellites de ces hypercentres. La plaine alluviale du Forez permet, par opposition aux territoires escarpés aux alentours, un développement aisé de la société humaine. La faiblesse de son socle est le principal atout pour organiser le développement industriel et pavillonnaire. A ce jour, nous savons que nous avons passé un seuil sans possible retour en arrière. Cette nouvelle ère géologique que nous avons façonnée et dans laquelle nous nous jetons éperdument nécessite une réinterrogation de l’espace. L’Anthropocène2, nous impose de nouvelles réflexions, c’est un formidable catalyseur pour créer, essayer sans relâche. Le seul risque étant l’immobilisme, ainsi, « tenir l’Anthropocène pour un événement plutôt qu’une chose, c’est prendre au sérieux l’histoire et apprendre à travailler avec les sciences dites dures, sans pour autant se faire les simples chroniqueurs d’une histoire naturelle des interactions de l’espèce humaine avec le système Terre. C’est également observer qu’il ne suffit pas de mesurer pour comprendre et que l’on 3 BONNEUIL Christophe, FRESSOZ Jean-Baptiste, L’événement Anthropocène La Terre l’histoire et nous, 2016, Edition du seuil, Paris, p. 13.


ne saurait compter sur l’accumulation de données scientifiques pour engager les révolutions/involutions nécessaires. C’est déjouer le récit officiel dans ses variantes gestionnaires ou iréniques et forger de nouveaux récits et donc de nouveaux imaginaires pour l’Anthropocène3. » En positionnant mon regard à un horizon 2050 voire 2100, j’ai considéré deux enjeux qui à mon sens semblaient majeurs pour le territoire de la plaine du Forez. Le premier étant l’incertitude climatique qui nous impose de composer avec les données disponibles au moment où l’on développe un projet. C’est interroger la capacité du paysagiste à se saisir de données et de phénomènes climatiques qui dépassent les échelles habituelles. La plaine du Forez par son caractère spongieux est un territoire d’eau, la diminution de cette ressource va dicter une nouvelle spatialité. Est-il possible de maintenir la puissance de l’eau dans ce terrioire ou devons nous accepter se disparition ? Le second étant le phénomène de métropolisation, la plaine du Forez est sous l’influence de deux grands pôles métropolitain : Saint-Étienne et Lyon. La nature rurale de la plaine, si proche des pôles urbains, représente l’idylle de nombreuses personnes. Malheureusement ce qu’ils chérissent le plus, c’est ce qu’ils détruisent par ce développement en apparence contrôlé. En prenant en compte ces deux phénomènes il est passionnant de se demander comment faire pour que les Ligériens ne soit pas submergé par un sentiment de solastalgie ? Le philosophe Glenn Albrecht définit la solastalgie comme « la douleur ou la détresse causée par une absence continue de consolation et par le sentiment de désolation provoqué par 1’état actuel de son environnement proche et de son territoire [...] Il s’agit typiquement d’un trouble chronique, lié à l’érosion graduelle de

l’identité créée par le sentiment d’appartenir à un lieu aimé. Il s’agit d’un sentiment de détresse ou de désolation psychologique né de la transformation indésirable dudit lieu1. » Cela pose la question de ce que nous voulons pour la plaine du Forez à l’horizon 2050. Une infinité de solutions sont possibles, alors écoutons le territoire. C’est une chance immense, parfois déroutante que d’avoir tenté de l’apprivoiser durant ce travail de projet. Le projet de paysage pour décaler le regard d’une vision métropocentrée et expérimenter de nouvelles spatialités dans un avenir incertain. Tenter de rebondir sans oublier le passé.

1 ALBRECHT Glenn, Les émotions de la terre des nouveaux mots pour un nouveau monde, Paris, Les liens qui libèrent, 2020, p. 76.

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Étoiles urbaines de la plaine du Forez, vue depuis les monts du Lyonnais.

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17


01 18


L’ENTRE MONDES

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1. Nouer les deux mondes

La plaine du Forez est traversée du nord au sud par le grand fleuve Loire. Le flux remontant des monts d’Ardèche gagne le centre de la France pour aller trouver l’Atlantique sur la côte ouest. A quelques kilomètres à l’est le schéma est inverse, le Rhône descend des glacier Suisses et court vers la magie de son delta dans le Golfe du Lion. La puissance inversée de ces deux grands bassins versants induit des dynamiques anthropiques différentes. La grande vallée du Rhône conditionne un axe majeur à l’échelle nationale, l’arc Paris, Lyon, Marseille. Couloir de circulation de la matière et des humains extrêmement puissant, celui qui irrigue le triptyque métropolitain le plus important de France. Quant à la Loire, pas encore trop enflée, elle coule paisiblement. Son caractère « assez sauvage » rend le fleuve très difficilement navigable. Les voies ouvertes dans les reliefs par la Loire permettent également la circulation des humains et de la matière mais dans une mesure bien différente du voisin Rhôdanien. Des failles perméables créent un dialogue entre ces deux mondes si différents. Ces failles se sont les vallées qui permettent le flux de l’eau, de la matière et des humains entres ces deux entités fluviales. Les deux fleuves permettent des influences variées, génèrent des zones de rencontre comme c’est le cas de la plaine du Forez. L’air chaud du climat méditerranéen remonte par la vallée du Rhône et vient baigner la zone du Forez. C’est également le cas des influences océaniques, elles apportent la plupart des précipitations grâces aux reliefs du Massif-Central. Cette zone de rencontre à la fois climatique et humaine pose question quant au devenir de territoires sous influences multiples. Sous l’angle climatique, les zones d’entre deux vont certainement devenir les plus impactées par le dérèglement climatique, des

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lieux où les paysages vont se modifier radicalement. L’interface passionnante entre deux mondes qui changent. A l’échelle Rhône-Alpine, le triangle métropolitain donne le rythme. Composé par Lyon, Saint-Étienne et Grenoble, ce triangle est aujourd’hui scindé en deux. D’un côté Lyon et Saint-Étienne qui semblent vouloir édifier une métropole commune et de l’autre Grenoble devenu pôle d’excellence scientifique. C’est aussi dans ce jeu métropolitain que la plaine du Forez trouve certaines de ces influences, qui aujourd’hui prennent des formes différentes de celles connues par le passé. Avant le 21ème siècle il était question de la rencontre entre différentes pratiques culturales pour l’’agriculture venue du nord et du bassin méditerranéen. Aujourd’hui ces particularités se font discrètes à côté du flot urbain, industriel.


Recherche par le corps, nouer les deux bassins versants. Carte à l’échelle 1.200 000 (2.5m x 2.5m)

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L’Être Loire, peu après la confluence avec le Lignon

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TGV Paris/Saint-Étienne, la vallée du Rhône avant de remonter la vallée du Gier vers Saint-Étienne

24


25


Inversion fluviale

La Loire

Le Jura La Saône

Massif Central

Le Rhône

26


Les Alpes

1 . 6 000 000e 60km

27


La plaine et le triangle Rhône-Alpin

Plaine du Forez Lyon

Clermont-Ferrand

St Étienne Grenoble

28


1 . 6 000 000e 60km

29


Le triangle, articulations et influences

30


1 . 6 000 000e 60km

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Influences climatiques, mélange culturel

Influences climatiques méditerranéennes Précipitations et flux d’ouest

32


1 . 6 000 000e 60km

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2. La Loire, le flux oublié

Le contraste entre la vallée du Rhône et la Loire qui coule de l’autre côté des monts du Lyonnais est saisissant. La Loire n’étant plus navigable pour les bateaux aujourd’hui employé, elle est petit à petit tombée dans l’oubli du développement industriel et urbain. Par le passé, l’échelle de la batellerie était plus modeste, l’axe de la Loire était alors fortement sollicité. Ainsi, de 1704 à 1850, la Loire était réservée à la navigation1. Cette activité animait de nombreux ports et petites villes sur son cours. Le développement du transport fluvial s’était localisé dans la partie la plus méridionale de la plaine du Forez, directement sous l’influence de la ville de Saint-Étienne. Les villes de Saint-Just, Saint-Rambert, Andrézieux étaient les figures de proues de ce mode de transport. Toutes ces villes situées en rives droites étaient les passeuses, celles qui permettaient de mettre le charbon extrait dans les mines de Saint-Étienne sur des Rambertes. Les Rambertes étant de petites barques à fond plat, permettant la navigation avec un faible tirant d’eau. Ces embarcations modestes et les bateliers descendaient intégralement le cours de la Loire, jusqu’à Nantes pour livrer le charbon, des produits manufacturés ou encore des productions agricoles. Les Rambertes étaient fabriquées sur la rive gauche de la Loire, dans de grands entrepôts de Saint-Rambert. La chute de la navigation après 1850 entraîna un déclin de ces communes portuaires qui se réinventèrent très rapidement. L’industrie stéphanoise du tissu, de rubanerie, de verrerie et du cycle dynamisa de nouveau cette polarité sud de la plaine du Forez. Dans ce mouvement des industries, des centaines de bourgeois stéphanois vinrent construire des villas, à proximité du Fleuve. Les anciens petits ports se transformèrent en lieux de résidence ou de villégiature. C’est ainsi que commença l’exil des classes 1 TOMAS François. Quelques traits de la géographie et de l’histoire agraires de la plaine du Forez. In: Revue de géographie de Lyon, vol. 38, n°2, 1963. p. 139. 2 rév

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supérieures de Saint-Étienne vers la plaine du Forez, phénomène qui aujourd’hui encore est toujours à l’œuvre. Aujourd’hui l’axe Sud/Nord de la Loire permet tout de même le déplacement des humains et de la matière grâce au train et surtout aux différentes routes qui suivent la morphologie de la Loire. Les restes des installations portuaires de petites échelles traduisent encore aujourd’hui les liens forts entre ceux qui habitent et la Loire. A présent, la Loire est surtout vantée pour son intérêt faunistique et floristique. Les nombreux classements, réserves, témoignent de cette envie de tirer partie d’un fleuve qui est resté encore « sauvage ». Pas complètement car son cours, son niveau, son débit sont régulés par le barrage de Grangent situé légèrement en amont de la plaine du Forez.

Rambertes en désuétudes


Traversé de la Loire à Andrézieux avec le bac. ©Ville d’Andrézieux-Bouthéon

Rambertes chargées de charbon ©Ville d’Andrézieux-Bouthéon

Le chantier des barques à Saint-Just ©Les amis du vieux Saint-Just-Saint-Rambert

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Le barrage de Grangent. Le pincement avant la diffusion, l’origine du canal du Forez

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Le village de Saint-Just, un port oublié

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3. L’agriculture symbole d’une influence Méditerranéenne et septentrionale Dans la plaine du Forez, la recherche de l’économie d’échelle a transformé l’agriculture. Mais avant cette réincarnation de la société paysanne dans le productivisme, des écrits notifient cette rencontre entre des influences nord/sud. Ainsi, « au moyen âge la vie agricole était essentiellement de type méridional aussi bien par les cultures que par l’assolement, les droits collectifs sur l’herbe ou les instruments de travail. Puis s’y ajoutèrent le safran, le riz, le mûrier1. » Ces pratiques et ces influences furent modifiées par des apports septen-

1 TOMAS François. Quelques traits de

la géographie et de l’histoire agraires de la plaine du Forez. In: Revue de géographie de Lyon, vol. 38, n°2, 1963, p. 160.

38

2 Ibid., p.160.

trionaux. « Les étangs d’abord, puis des cultures comme les betteraves ou les topinambours. La charrue, la faux armée remplacèrent l’araire et le volant. L’élevage enfin devint l’essentiel : le cheval, imité du Nivernais, les bovins dont la race est charolaise2. » Aujourd’hui, quelques pratiques illustrent encore ces influences, notamment les vignes encore présentes sur les coteaux. Mais le résultat de ce mélange nord/sud est largement dilué par la réincarnation productiviste de l’agriculture.

Photo ancienne, les chambons de Bouthéon ©Paysans de la Loire


Aujourd’hui, les Chambons près de Feurs

Entremêlement entre cultures intensives et gravières

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40


L’épaisseur des chambons en aval de la confluence avec le Lignon, au fond coule la Loire

41


4. Appréhender l’échelle de la plaine

La ville de Paris dans la plaine du Forez

42

L’Étang de Berre dans la plaine du Forez

La ville de Lyon dans la plaine du Forez


Le lac du Bourget dans la plaine du Forez

Le vignoble de Côte-Rotie dans la plaine du Forez

Central Park dans la plaine du Forez

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Plaine du Forez : Département de la Loire (42) 90 000 hectares 125 000 habitants 62 communes 1500 nouveaux habitants par an 650 mm/an de précipitations 70% de surfaces agricoles

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La Loire

Monts du Forez

Monts du Lyonnais

St Étienne Vallée du Rhône

Plaine du Forez 3

1

2

45


Monts du Lyonnais

46 Andrézieux-Bouthéon

Saint-Galmier

1


Gorges de la Loire, Barrage de Grangent

Saint-Just-Saint-Rambert

Saint-Etienne

Vallée du Gier

Massif du Pilat

Panorama depuis le pic basaltique de Saint-Romaine-le-Puy, vue sur la polarité sud

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48 Mont d’Uzore

Montbrison

2

Mont du Forez


Feurs

Boën-sur-Lignon

Depuis Saint-Cyr-Les-Vignes, les étangs du plateau de Feurs miroitent, les reliefs découpent la brume

49


3

Limite méridionale de la plaine, le rythme ralenti, l’eau infuse

50

Montbrison

Pic de Saint-Romain le Puy

Les Monts du Forez


51

Andrézieux-Bouthéon


02 52


LA BALANCE METROPOLITAINE

53


1. La naissance de la figure territoriale

Il y a cela 70 ans, les décideurs, aménageurs et faiseurs d’espace ont révolutionné le dessin du territoire national. En 1947, le géographe Jean François Gravier publie un ouvrage majeur qui contribua fortement à la décentralisation : Paris et le désert français. A cette époque, au lendemain de la Guerre dans « une France vieillie et en stagnation démographique depuis 75 ans, l’hypertrophie parisienne, à la fois économique et démographique, menace d’asphyxier le pays1. » C’est le commencement du phénomène de métropolisation importé des États-Unis, phénomène qui aujourd’hui encore, oriente les forces, la matière et les humains sur le sol Français. En 1964, pour tenter de rétablir l’équilibre territorial, 8 métropoles sont créées2. La plupart de ces métropoles s’appuient sur un binôme ou un trinôme de villes. Dans le cadre de ce projet, une force motrice est décelée, c’est le triangle métropolitain Rhône-Alpin. Les villes de Lyon, Saint Étienne et Grenoble sont choisies pour recevoir ce rôle d’influence. Mais l’équilibre entre les trois pôles s’est rapidement fragilisé. Saint Étienne a été frappée de plein fouet par la désindustrialisation des années 1970, la ville s’est progressivement délestée de son vivier ouvrier. Lyon a continué son expansion et a affirmé son rôle de leader dans la région. Grenoble est finalement devenue un pôle technologique autonome, désormais hors de ce triangle Rhône-Alpin. Alors concentrons-nous sur les deux pôles qui aujourd’hui exercent des influences sur le territoire de la plaine du Forez : le duo Saint-Étienne Lyon. Le rapport est depuis longtemps considéré comme conflictuel entre Lyon la ville lumière et Saint Étienne l’ouvrière qui « porte son traumatisme en bandoulière. » Depuis plusieurs années désormais, les deux villes ont compris et vantent la nécessité d’une construction commune, la volonté d’une grande métropole pour faire de Lyon une ville de 1 VERMEREN Pierre, L’impasse de la métropolisation, 2021, Gallimard Le débat, Paris, p. 22. 2 Ibid., p. 24.

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« rang international » Depuis 2007, l’élaboration de la Directive Territoriale d’Aménagement (DTA) réaffirme le cadrage élargi de l’aire métropolitaine Lyonnaise. Ce cadrage avait déjà été plébiscité lors de la création du PADOG3 de la ville de Lyon et du développement de la ville de Saint-Étienne. En englobant Saint-Étienne par le biais de la vallée du Gier et également le sud de la plaine du Forez, une forme métropolitaine unique commence à se dessiner. La proximité entre les deux villes permet d’élaborer et de projeter les contours d’une métropole puissante, capable de discuter avec des grandes villes européennes. Dans la plaine du Forez, le relais administratif de cette volonté est porté par le Scot Sud Loire. Ce document définit les grands objectifs : rendre cette zone attractive d’un point du vue économique, culturel et résidentiel dans l’espace métropolitain. Le Scot soulève également la nécessité de « préserver l’espace agricole et les zones a risques d’inondations et les espaces naturels sensibles qui sont garants de l’attractivité du territoire4. » C’est dans ce fil d’événements et de pensées ramifiés que commence à naître l’imaginaire de la balance métropolitaine Rhône-Alpine. Cette figure territoriale à grande échelle qui polarise en différents points la plaine du Forez. La plaine, cet ovale presque parfait qui aujourd’hui plus que jamais se retrouve noué dans ce grand balancier métropolitain. Par son socle humide, la plaine du Forez semble nécessaire à ce schéma métropolitain. Ce territoire capable de générer de la fraicheur par la présence de l’eau, capable de proposer des conditions d’habiter qui attirent de nombreuses personnes. La plaine c’est sans doute aussi l’opportunité de s’attaquer à la question de l’autonomie alimentaire des métropoles. Cette nécessité centrale qui était jusqu’alors reléguée en arrière-plan, mais qui demeure sans doute une des plus grandes menaces pour les systèmes métropolitains dans les années futures.

3 PADOG : Plan d’Aménagement et d’Organisation de la région lyonnaise. Ce document de 1962 englobe déjà le sud de la plaine du Forez. Il considère cette zone comme possible lieu d’extension de la ville Stéphanoise et donc directement en lien avec cette volonté de créer une grand système métropolitain autour de Lyon.

4 Scot Sud Loire, PADD, Chapitre 1, Un positionnement : Construire un pôle de développement mutltipolaire dans l’aire métropolitaine Lyon - Saint-Étienne, p. 30.


Travail de maquette au sol, 2m x 2m, échelle libre

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2. Décomposer la balance métropolitaine

V Roanne

Monts du Forez

La plaine du Forez

Monts du Lyonnais

La Loire Saint-Etienne

56

Mont


Villefranche sur Saône

Les Dombes

Lyon

s

ts du Pilat

Vallée du Gier

Le Rhône

1 . 300 000e 3km

57


Matière liquide

1164m Pierre du Jour

Barrage de Villerest

L’Aix

La Loise

Le Lignon Etangs du Forez

1634m Pierre sur Haute La Coise 350m

946m Crêt Ma

La Mare Le Furan Barrage de Grangent

L’Ance

La Loire

58


La Saône

Les Dombes

282m

Le Rhône

La Brévenne

200m

alherbe

Le Gier

1431m Crêt de la Perdrix

1 . 400 000e 4km

59


Satellites urbains

Roanne

1164m

Saint Germain Laval Balbigny

Feurs Boën sur Lignon

Montrond les Bains 1634m Saint Galmier Montbrison 350m Saint Romain le Puy

946m Andrézieux-Bouthéon

Saint Just Saint Rambert

Saint

60


t-Étienne

Bourg en Bresse

Villefranche sur Saône

282m

Lyon 200m

Givors

25km Saint-Chamond

1431m

50km

1 . 400 000e 4km

61


Flux et liaisons métropolitaines

1164m

A89

A8

A72

1634m

350m

N88

Routes principal Train

62

946m


A6

282m

89

200m

TGV Paris, Lyon Marseille

1431m A7

1 . 400 000e 4km

63


Le contenant, l’écrin forestier

1164m

1634m

Parc naturel Régional du Livradois Forez

Parc naturel régional Forêt mixte Forêt de conifères Forêt de feuillus

64

350m

946m


282m

200m

1431m

Parc naturel Régional du Pilat

1 . 400 000e 4km

65


La nécessité des massifs

La plaine du Forez, ce territoire ovale résultant de l’effondrement d’une partie du socle terrestre il y a 300 millions d’années vers les profondeurs magmatiques se retrouve contenu dans un écrin. Presque en tous sens, les montagnes et les reliefs jaillissent du sol plat de la plaine Forezienne. A l’ouest les Monts du Forez, à l’est les Monts du Lyonnais et enfin au sud le Massif du Pilat. Le mouvement tellurique le plus majestueux étant les Monts du Forez. Depuis les 350m d’altitude de la plaine, le massif monte vers le ciel subitement pour atteindre 1634m d’altitude. Sur les pentes, les forêts sont denses, peuplées majoritairement de Douglas pour l’industrie sylvicole. Çà et là, des sapinières endémiques, quelques hêtraies et enfin au sommet les incroyables Hautes Chaumes. Ce territoire pelé, peuplé par les bruyères, harassé par le vent qui vient de l’ouest. L’hiver, les sommets arrondis sont recouverts de neige qui, en fondant lentement, irriguent

Le Forez d’en haut, sculpteur de nuages

66

progressivement les ruisseaux qui se jettent dans la plaine du Forez. Comme nous l’avons vu sur la carte précédente, le maillage forestier est dense sur les Monts du Forez. Cette présence joue un rôle crucial dans le cycle hydrologique de la plaine du Forez. En effet, la proéminence soudaine de ce massif crée un climat d’abris sur la plaine du Forez. En contrepartie, les sommets permettent de faire tomber des précipitations en abondance sur ce massif qui irrigue par ces veines la plaine en contre bas. Les forêts quant à elles, génèrent de l’humidité et permettent par le sol forestier humifère de faire pénétrer l’eau vers les profondeurs, de nourrir les résurgences en contre bas.


Les Crêts, derrière le Rhône cours vers le sud

Au sud, les Monts du Pilat semblent supporter la figure de la balance métropolitaine Rhône-Alpine. Le Pilat est le passeur, le liant entre le bassin stéphanois, la plaine du Forez et les influences méditerranéennes. Au nord, le Pilat s’arrête et plonge brusquement dans la vallée du Gier qui marque le point d’arrêt septentrionale du massif. La vallée du Gier quant à elle, forme le trait d’union entre les deux grandes entités fluviales du Rhône et de la Loire. Depuis la plaine du Forez, le Pilat apparait comme une forteresse voluptueuse. Les Crêts, ces sommets arrondis caractéristiques du Pilat sont les derniers remparts du Massif-Central. Du haut de ces 1400m d’altitude, le massif du Pilat assure sensiblement la même fonction climatique que les monts du Forez. Une partie de l’eau qui

est captée par les sommets gagne le Rhône et une autre partie rejoint la Loire grâce à de nombreuses rivières. Le Furan, une des veines les plus importantes, traverse en sous-terrain la ville de SaintÉtienne et vient trouver la Loire dans la plaine du Forez. La fraicheur procurée par les sommets forestiers du Pilat est une immense richesse, une nécessité, à conserver à l’avenir. De manière générale, les deux massifs évoqués jouent un rôle crucial pour l’ensemble de la balance métropolitaine Rhône-Alpine. Protéger ces territoires de moyenne montagne d’un afflux massif de personnes et d’habitats en quête de fraicheur semble essentiel. Il en va de la condition d’habiter sur l’ensemble de la figure territoriale. La source bienfaisante trouve son origine parfois bien loin de la résurgence.

67


Un climat d’abris

1634 m

Plaine du Forez

Monts du Forez Source Parot

La Loire

350 m

Granit à biotites

Granit du Forez

Granit à porphyroïde Infiltration de l’eau Résurgence, sources thermales et minérales

68

Formations sédimentaires


Source Badoit

Vallée du Rhône

Monts du Lyonnais

946 m

200 m

5 km 69


La puissance de ces phénomènes climatiques d’échelle tellurique dépasse l’échelle de la plaine du Forez. Difficilement appréhendable, tout ceci semble hors de l’échelle du paysage, du corps. Pourtant, à certains moments de la journée le ciel rend palpable ces flux bienfaiteurs. Le flux d’ouest venant de l’atlantique se condense lors de l’ascension des monts du Forez et se donne en spectacle dans le ciel de la plaine du Forez. Ces grandes lignes qui apparaissent en fin de journée balbutient, avancent lentement en direction des monts du Lyonnais. Les rubans nuageux passent ce léger relief sans encombre avant de rejoindre la vallée du Rhône. Les formes allongées des nuages traduisent graphiquement un phénomène récurent dans les territoires encaissés. C’est le climat d’abris. La plaine du Forez, blottie contre les monts du Forez a depuis toujours un climat beaucoup plus sec que les territoires plus à l’ouest des monts. La barrière montagneuse oblige les masses d’air chargées en eau à se condenser en s’élevant, ce qui provoque les nombreuses précipitations sur les monts du Forez. La plaine à l’abri de ces vents, ne perçoit pas toutes ces précipitations. Le territoire Foréziens doit être patient, attendre que les rivières qui descendent des monts apportent cette eau dans le réceptacle.

70


Témoins éphémères des vents d’ouest, capturés dans la plaine et dans les Monts du Lyonnais

71


3. Articulation de la balance métropolitaine

Par extrême simplification, le squelette de la balance métropolitaine apparaît. Cette figure permet de mieux saisir un des deux enjeux principaux lié au territoire de la plaine du Forez : le processus de métropolisation. À l’œuvre et opéré par Lyon et Saint-Étienne, il repousse sans cesse le périmètre d’attraction. Dans les années 1970, il était seulement question du sud de la plaine du Forez qui est devenu aujourd’hui la zone la plus densément bâtie et industrialisée de la plaine. Désormais, c’est le territoire dans son entièreté qui suscite des intérêts. Alors, dans cette montée en puissance des métropoles, il convient de se poser la question des territoires nécessaires à ces dernières. Car ce qui permet ces zones de densités attractives ceux sont les territoires périphériques. Ceux qui sont progressivement mis en orbite autour du point zéro de la métropole. C’est bien souvent en ces lieux lointains que les besoins vitaux des métropolitaines et métropolitains résident. En ce sens, la figure de la balance métropolitaine Rhône-Alpine questionne cette notion d’équilibre. Cette balance qui repose sur le Pilat, nécessite-elle la présence de la plaine du Forez ? Il semble que oui, la plaine devient alors nécessaire dans cette balance, elle rétablit l’équilibre. Non pas en devenant un nouveau lieu de résidence ou de développement industriel. La plaine par ce qui l’anime, par son cœur humide est en mesure de générer un flux contraire à la tache d’huile qui se répand de Lyon à Saint-Étienne en remontant vers la plaine. Face au défi social, climatique, alimentaire la réponse technique des métropoles est la recherche de résilience. Ce mot galvaudé, est désormais utilisé à tout va. Mais si ces systèmes n’avaient pas seulement besoin de résilience ? La plaine du Forez est un territoire de tendresse, tant par son socle que par sa fertilité bienfaisante. Et si les métropoles elles aussi avaient besoin de tendresse face au défi auquel nous devons faire face ?

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Plaine du Forez

Grand Lyon

Vallée du Gier St Étienne

Le Rhône

La Loire Le Pilat

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4. La balance métropolitaine en 2050

Après avoir interrogé la nécessité de la plaine du Forez dans le système de la balance métropolitaine, il convient de questionner cette figure face au défi climatique. Il parait essentiel de comprendre les mécanismes à l’œuvre, leurs localités pour imaginer ce territoire. Pour édifier ce projet de grand territoire, il paraît important de réfléchir à l’horizon 2050 voir 2100. Le temps du paysage est un temps long qui nécessite appropriation avant transformation. Depuis plusieurs années désormais, la question climatique pose de nombreux problèmes aux faiseurs d’espace. Les paysagistes y sont grandement confrontés, la matière à travail, le vivant est face à de nombreuses incertitudes. Dans cette mesure, le travail de précision et de spatialisation des phénomènes climatiques devient alors essentiel pour ajuster le projet d’espace. Les rapports et scénarios du GIEC offrent une vision d’ensemble, une mise en espace des grandes tendances qui sont difficilement utilisables pour élaborer un projet de paysage. A l’échelle du Massif-Central, un programme de prospective climatique localisé en lien avec les chambres d’agriculture a vu le jour il y a quelques années. Il s’agit du programme AP3C1 qui vise à mieux étudier les changements à l’horizon 2050 pour anticiper et engager de nouvelles pratiques culturales. Dans une conférence dispensée par Vincent Caillez2, le climatologue responsable du programme AP3C démontre qu’il est une erreur de prendre les modèles du GIEC3 pour références. En effet, selon lui quand on étudie localement les phénomènes à l’œuvre, les prévisions du GIEC sont d’ores et déjà dépassées. Pour une activité comme l’agriculture qui nécessite de rentrer dans la précision des lieux il est nécessaire de s’appuyer sur un modèle beaucoup plus local. Pour le projet de paysage qui nécessite également de rentrer finement dans la précision des lieux, la problématique est commune. 1 Adaptation des Pratiques Culturales au Changement Climatique https://www.sidam-massifcentral.fr/ cartes-climatiques-et-agro-climatiques 2 « Etudier le réchauffement climatique au niveau local : une nécessité pour anticiper son impact », https://www.youtube.com/watch?v=FfxFnt3HDEM

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En effet, imaginer projeter le climat d’une ville méditerranéenne sur la plaine du Forez ne fonctionne que si l’on prend en considération un seul paramètre, la température par exemple. La matérialité du paysage est tout autre, faite de surprises, d’événements localisés qui peuvent influer positivement ou négativement. Dans cette recherche de la matérialité, de la finesse des choses il apparait des nuances qui sont d’une richesse immense pour faire projet. D’une manière générale la ressource en eau va devenir moins importante et sera répartie de manière plus inégale au fil des saisons. Mais, çà et là, des phénomènes nouveaux apparaissent et laissent présager des opportunités. Au cours d’une discussion avec Vincent Caillez, j’ai pu aborder la question de ces phénomènes localisés qui apparaissent d’une grande richesse. Pour prendre un exemple, le département de la Haute-Loire situé en amont de la plaine du Forez sur le cours de la Loire va être le terrain de nombreux orages durant l’été. Ces phénomènes localisés vont faire augmenter les précipitations estivales, désormais supérieures aux années 2000. Ces nouveaux mécanismes devraient ainsi contribuer à éviter un niveau d’étiage très bas du fleuve Loire. Le printemps sera quant à lui la saison avec la plus forte baisse de précipitation à l’échéance 2050. Les températures, vont d’une manière générale devenir plus chaudes que les températures relevées dans les années 2000. La perte de la ressource en eau par l’évapotranspiration va donc devenir plus importante.

3 Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat


75


Évolution de l’évapotranspiration

Tout d’abord, les cartes qui suivent sont des productions personnelles adaptées au cadrage de la balance métropolitaine Rhône-Alpine d’après les productions cartographiques du programme AP3C à l’échelle du Massif-Central. Les cartes sont sans doute moins précises mais traduisent de manière simplifée les origines des influences climatiques sur la plaine du Forez. Pour commencer, il paraît essentiel de définir cette notion d’évapotranspiration potentielle :

L’ETP, l’évapotranspiration potentielle, soit le maximum d’eau (en mm) que peut évaporer le sol et transpirer la plante à condition que le sol soit bien pourvu en eau et que les plantes couvrent uniformément le sol. De manière générale, les cartes produites montrent l’évolution générale de l’ETP entre 2000 et 2050 par une augmentation de +100mm à +200mm. Là aussi, de grandes variabilités sont possibles localement. Ceci s’explique par les effets à l’échelle fine

Roanne

Lyon Monts du Forez

Plaine du Forez

La Loire

Saint-Etienne

Monts du Pilat

Evapotranspiration Potentiel annuel 2000 1300 mm 1000 mm 850 mm 500 mm

76


du relief et de manière générale par une modification du régime des vents dominants. L’augmentation de l’ETP sans augmentation des précipitations conduits l’ensemble du vivant vers des situations de stress hydrique récurrentes.

Roanne

Lyon Monts du Forez

Plaine du Forez

La Loire

Saint-Etienne

Monts du Pilat

Evapotranspiration Potentiel annuel 2050

1 . 400 000e 4km

77


Évolution des températures

L’évolution des températures met en exergue la topographie encaissée de la plaine du Forez. Deux flux majeurs sont à l’origine de ce réchauffement. Le premier qui arrive du sud-ouest, du Lot. Le second suit le couloir de la vallée du Rhône et des monts de l’Ardèche. Le massif du Pilat crée une dernière barrière qui procure un peu de fraicheur à la métropole stéphanoise. D’une manière générale, les températures annuelles moyennes dans la plaine du Forez augmenteront de

près de 2.6°C à l’horizon 2050. La puissance de refroidissement climatique des Monts du Forez s’amenuise elle aussi. Il faudra progressivement atteindre les 1300m voir 1400m d’altitude pour avoir des températures dites froides. Il s’agit des températures annuelles inférieures à 8.2°C, ce qui concernait 10% du territoire du Massif-Central en 2000.

Roanne

Lyon Monts du Forez

Plaine du Forez

La Loire

Saint-Etienne

Monts du Pilat

Températures moyennes annuelles 2000 15,5°c 14°c 12°c 10°c 8°c 4,2°c

78


Roanne

Lyon Monts du Forez

Plaine du Forez

La Loire

Saint-Etienne

Monts du Pilat

Températures moyennes annuelles 2050

1 . 400 000e 4km

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Évolution du bilan hydrique potentiel

En premier lieu, il convient de définir la notion de bilan hydrique potentiel. Cette variable est calculée grâce à deux données, les précipitations en positif et l’évapotranspiration en négatif. Dans le cas où le résultat est positif, alors les précipitations sont supérieures à l’évapotranspiration. A l’inverse si le résultat est négatif, cela veut dire que le sol et les plantes perdent plus d’eau qu’il n’en tombe. De ce fait, le vivant et plus particulièrement les plantes sont en situation de stress hydrique.

Pour prendre l’exemple de la plaine du Forez, le BHP passe d’une somme presque nulle voir légèrement négative dans les années 2000 à un déficit de près de 200mm à l’horizon 2050. Pour combler ce manque, il serait alors nécessaire de remplir l’ensemble de la plaine du Forez d’une hauteur d’eau de 20cm pour créer une réserve. Cette hypothèse étant irréalisable, il convient de se poser la question des rapports de forces liés auxxx besoins en eau que nous allons connaitre.

Roanne

Lyon Monts du Forez

Plaine du Forez

La Loire

Saint-Etienne

Monts du Pilat

Bilan Hydrique Potentiel annuel en 2000 1600 mm 450 mm 100 mm -200 mm -400 mm -900 mm

80


Qui devra fermer le robinet ? Qui plus est, la position amont de la plaine du Forez sur le bassin versant de la Loire nécessite une prise de conscience, la nécessité d’une responsabilité pour la condition d’habiter en aval.

Roanne

Lyon Monts du Forez

Plaine du Forez

La Loire

Saint-Etienne

Monts du Pilat

Bilan Hydrique Potentiel annuel en 2050

1 . 400 000e 4km

81


5. L’eau en partage Hausse des températures moyennes de 2.6°C Bilan hydrique potentiel -200mm

125 000 habitants

8 800 hectares irrigués 22 000 000 m3 d’eau par an

19 000 000 m3 d’eau par an

160 000 habitants 24 000 000 m3 d’eau par an

Plaine du Forez 90 000 hectares

2021

82

2050


9000 hectares irrigués 45 000 000 m3 d’eau par an

?

?

2100

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03 84


L’OVALE SPONGIEUX

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1. Le contenu, la terre spongieuse Versailles, le 28/04/2021 Lettre à la plaine du Forez Il y a quelques semaines, lors d’un exercice de dessin de groupe je qualifiais la plaine du Forez de territoire de tendresse. « Tendresse au centre » évoque ce lieu, cette plaine du Forez. En opposition aux bruits assourdissants des Monts du Forez et du Lyonnais qui se jettent dans la plaine. Le drap tendu forezien accueille, recueille l’essence de la vie. L’eau qui permet la fertilité de ce réceptacle. L’ovale formé par l’écrin montagneux est presque parfait, ruisselle vers l’asymétrie. Le fleuve Loire ordonne cette asymétrie entre les deux rives de la plaine, c’est la commissure entre les deux parties de l’éponge. La rive droite est beaucoup plus étroite, ponctuée des villes qui se sont développées sur les rives du fleuve. Feurs, Montrond-les-Bains sont des points névralgiques entre le Grand Lyon, l’Auvergne, la Bourgogne et la vallée du Rhône. Très rapidement les monts du Lyonnais soulèvent le drap tendu de la plaine. L’ovale est rompu, les vallées perforantes de la Coise et de la Brévenne jette les humains dans le va et vient de vallée en vallée. En rive gauche, la plaine gagne en épaisseur. Les villages épars sont éloignés de la Loire, de ses crues. Les villes les plus importantes sont nichées à l’interface entre les monts du Forez et la plaine, au bord des rivières importantes de la rive gauche (La Mare, le Lignon, Le Vizézy, l’Aix). L’ovale de la plaine semble lancer des échos qui s’écrasent sur l’écrin montagneux. Comme si l’on ne pressentait pas l’existence de ce territoire en dehors de ses limites. La peau de la plaine du Forez est suave, c’est dans cette qualité que réside peut-être l’ignorance de ce territoire de vie. L’ovale du Forez est pourtant la résurgence de phénomène tellurique puissant. L’eau abyssale jaillit. Jamais un sourcier n’avait dû pressentir la force de ces nappes d’eau si profondes, ni les déceler. Cette eau qui malgré l’illusion d’abondance vient et viendra cruellement à manquer. Mais alors que faire pour ce territoire qui va perdre 1/3 de ses précipitations en eau, voir la température augmenter de 2°C et accueillir 40 000 nouveaux habitants d’ici 2050 ? L’urbanisation et le développement industriel a-t-il sa place dans l’ovale du Forez ? Si c’est ainsi, quelle est sa forme, sa spatialité ? Les besoins de régulation climatique à l’échelle du corps sont essentiels. La fraicheur que génère l’eau des étangs, du fleuve et des rivières dans la plaine est surement l’une des grandes qualités oubliées de ce lieu. La société humaine conjointement aux éléments naturels a permis ce paysage hydroanthropique Forezien d’une grande beauté. Le renfermement et la seule visée agricole de la plaine du Forez ne semblent pas être la solution pour affirmer ce territoire de vie dans les métropoles. La société hydraulique, qui s’était développée dans le passé avait esquissé les contours d’une figure territoriale intéressante grâce aux systèmes d’étangs. La tendresse, c’est finalement cette terre qui retient l’eau. C’est la générosité de l’ovale qui permet une dilatation presque invisible de la Loire. La plaine du Forez est comme une respiration sur le cours du fleuve, ceinte comme un jardin alluviale, un lieu de temporalité lente. Alors se pose la question de l’échelle : Comment penser la plaine suave autrement que dans son entièreté ?

Mathias

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Maquette impulsive, apprivoiser le réceptacle

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2. Récit hydrographique de l’ovale

« Puisque des rochers de la montagne à la plaine baisse, le sol, remanié par les eaux pendant la série des âges, s’incline en pente régulière vers le bord de l’océan, le ruisseau, semble-t-il, devrait s’écouler en ligne droite, entraîné par son poids ; mais au contraire, son cours est une succession de courbes1. » Cet ainsi que l’organisme de la plaine illustre ces quelques mots. Tout juste sortie des gorges enclavées qui précèdent la plaine, la Loire semble dessiner ce mouvement d’ellipse. C’est comme si jadis, la Loire s’était étendue jusqu’à toucher les monts du Lyonnais et du Forez. Comme si le « verrou de Neulise » avait retenu un lac immense, finissant par laisser s’échapper l’être Loire un jour de grande colère. Dans cette fuite vers l’aval, la Loire aurait laissé en souvenir de sa présence les constellations d’étangs qui sont aujourd’hui l’identité du Forez. Cette histoire que j’aime me raconter n’est que le fruit de mon imagination. Quand bien même, elle reflète la réalité du travail réalisé par le fleuve. Cette obstination de l’ellipse qui se traduit par l’ovale. « Dans le lit, tortueux lui-même, et sous les arbres qui l’ombragent, tout se meut en cercles, en remous, en spirales : Les herbes du fond, chevelures onduleuses, les rides de la surface, les libellules qui volent au-dessus des joncs, qui se rencontrent, puis se séparent pour se rencontrer encore, les moucherons qui tournoient dans une ronde sans fin, le vent qui passe en dessinant en noir sur la nappe brillante des bouffées circulaires ; je ne vois que courbes gracieusement entrecroisées, que cercles enlacés, que figure aux contours flottants2. » En observant longuement la surface de la Loire ses mots m’apparaissent d’une extrême justesse. Comme si Reclus avait réussi à faire parler l’antre du fleuve. Au-delà de la beauté de ces explications, ces mots sont une clé pour lire autrement le territoire. 1 RECLUS Élisée, Histoire d’un ruisseau, 1995, Actes Sud / Babel, Arles, p. 89. 2 Ibid., p. 90.

88

De manière générale, les axes fluviaux invitent au premier regard, les planificateurs et aménageurs à penser le territoire dans le sens de la vallée. C’est en effet le moyen le plus simple et le plus rapide de tracer des voies de communications ou encore d’édifier des zones d’habitation. Parfois certains professionnels proposent une lecture transversale qui bien souvent amène de nouvelles aménités. Ce qu’Elisée Reclus écrit, nous invite à penser ces territoires d’une autre manière, finalement si proche des réactions physiques et dynamiques d’un cours d’eau. Rien n’est inventé, on observe sur la photo aérienne que la société humaine par le passé a elle aussi mis en pratique ces mouvement en ellipse. Les villes et villages surlignent le contour de l’ovale. Cette justesse semble d’une grande banalité, d’une grande logique de cohabitation avec le fleuve. La plaine du Forez est un territoire alluvial, avec des sols plus ou moins riches et de natures différentes à mesure que l’on s’éloigne ou que l’on se rapproche du fleuve. Car c’est le fleuve qui donne à l’organisme Foréziens une grande partie de sa fertilité. Cette variabilité des sols et des ressources formant une figure elliptique peut devenir une base de réflexion pour les territoires alluviaux. La métropolisation de la plaine du Forez est encore bien loin de sa voisine la vallée du Rhône. Une multitude de choix spatiaux sont encore possibles. C’est là l’opportunité de dessiner une spatialité désirée pour ce territoire de tendresse. Assumer le besoin de territoires tendres dans les systèmes métropolitains.


Ba ag rr ille eV ed st re

Le verrou de Neulise

Saint-Germain Laval

Balbigny

Monts du Lyonnais

Boën sur Lignon Feurs

Montrond les Bains

Montbrison Saint-Galmier

Saint-Romain le Puy Andrézieux Bouthéon

Saint-Just / Saint-Rambert Monts du Forez

Va ll

Barrage de Grangent

La Loire

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Saint-Etienne 1 . 50 000e 500m

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Asymétrie hydrographique

La première chose qui s’exprime en face à la carte du réseau hydrographique de la plaine du Forez, c’est l’asymétrie que génère la Loire. Le fleuve sépare les deux rives inégalement, la rive gauche étant beaucoup plus épaisse que la rive droite. Les ruisseaux de chaque côté de cette figure centrale paraissent comme aspirés. Ils forment des arcs de cercles, puis par la force des choses sont aspirés par Liger qui sont emportés pour tribut vers l’océan. D’un point de vue topographique, les deux rives sont également très différentes. La rive droite est en pente douce, linéaire des côteaux jusqu’au fleuve. Les terrasses alluviales successives s’observent aisément grâce aux courbes de niveaux. Les ruisseaux en rive droite témoignent également de cette régularité topographique en traçant des lignes presque droites des côteaux jusqu’au fleuve. La rive gauche à l’inverse est faite de proéminences, de déclivités et de folies basaltiques comme le pic de Saint-Romain et les Monts d’Uzore qui créent des points hauts. Le canal du Forez, cette veine d’eau qui naît au barrage de Grangent ceinture la rive gauche, le canal semble la protéger. Ce dernier lui assure de l’eau en abondance en tout temps, surtout lors des mois les plus chauds. Cet ouvrage du 19ème siècle sécurise les productions agricoles. Il a permis de développer sur certaines parties de la plaine une agriculture intensive en palliant au manque de précipitations lié

La veine qui protège la rive gauche ©Loire Tourisme

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au climat d’abris. Grâce à un réseau de conduites souterraines, le canal permet d’irriguer 6500 hectares même les plus éloignés entre le Lignon et l’Aix. Sur son cours, l’eau du canal est également utilisée pour l’usage domestique. C’est notamment le cas du plateau de l’Onzon, encerclé entre le Lignon et L’Aix. La majorité de ces villages reçoivent l’eau par le canal. L’éloignement de cette zone géographique de la source du canal combiné à un petit bassin versant pose de nombreux problèmes d’adduction en eau potable lors des épisodes de sécheresse. Les villages ont, à plusieurs reprises, dû être alimentés par camion pour subvenir à la pénurie, notamment en 2003. Les parcelles agricoles en rive droite sont irriguées directement avec l’eau de la Loire par le biais des stations de pompages qui sont disséminées le long du fleuve. La nappe phréatique alluviale de la Loire est la principale ressource en eau pour les villes qui se sont développées à proximité de ses rives. C’est comme si la Loire, par ses nappes invisibles et par le canal, protégeait l’ovale Forezien grâce à son eau bienfaisante.


Barrage de Villerest L’Aix

Le Chanason

La Loise

L’Onzon Le Gand

Le Lignon

Le Soleillant Monts d’Uzore

L’Aillot

Le Félines

Le Garollet

La Toranche

Le Vizézy

La Coise Le Moingt

Pic de St-Romain La Curaize

Canal du Forez

Le Bonson La Loire 1 . 50 000e 500m

Barrage de Grangent

La Mare

Le Furan

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3. Les trois constellations aquatiques

L’histoire des étangs du Forez a traversé les siècles, les premiers écrits qui attestent des travaux de construction des étangs datent du 13ème siècle. A partir du 14ème siècle, les travaux s’accélèrent par le biais des comtes du Forez qui produisent par cette volonté une révolution paysagère de la plaine. Les plateaux d’étangs à proximité de la Loise et du Vizézy sont les premiers à voir le jour. Le plateau au nord du Lignon est quant à lui aménagé plus tardivement au 15ème siècle1. Cette entreprise motivée par les comtes et les moines répondait à deux problématiques. La première, la valorisation des sols argileux, difficiles à cultiver à l’époque. La deuxième, la nécessité d’une meilleure alimentation. Les étangs par une gestion rigoureuse permettaient de produire des centaines de tonnes de poissons blancs qui étaient consommés localement. L’exploitation de la plupart des étangs s’effectuait généralement par une alternance d’évolage2 et d’assec3. La terre légère après un cycle d’évolage de 5 ans permettait de cultiver des céréales ou autre pendant deux ans. Ainsi l’immersion engraissait la terre et les chaumes préparaient le terrain nourricier des poissons. Dans le contexte climatique déjà assez sec, ce système d’étangs a été rendu possible par la création d’un réseau de fossés, ruisseaux pour récupérer l’eau qui descend des monts du Forez et du Lyonnais. Le développement de la pisciculture entre le 13ème et 15ème siècle s’accompagna d’une période de prospérité : la terre était ainsi devenue chère, en parallèle d’un fort développement démographique. Ainsi, au 19ème siècle le système d’étangs du Forez arrive à son apogée. On dénombre 600 étangs occupant une surface de 3000 hectares. Ce maillage aquatique s’accompagnait d’une faible présence d’arbres et de haies pour ne pas fragiliser les digues et ombrager les cultures. 1 THOMAS François, Paysages et milieux naturels de la plaine du Forez, 1984, Centre d’études foréziennes Université de Saint-Étienne, p. 27. 2 Période d’immersion de l’étang pour la pisciculture. 3 Période de vidange d’un étang pour mettre le sol en culture.

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A l’aube de la seconde moitié du 19ème siècle, se répand l’idée que les étangs participent à propager un air humide et malsain provoquant des maladies. Au même moment, la révolution agricole répand le dogme du drainage. Inévitablement, le système d’étangs paye un lourd tribut, plus de la moitié des étangs sont supprimés. Ce mouvement s’arrête lorsque de riches industriels stéphanois pressentent l’opportunité financière de la pisciculture. La famille Guichard, fondatrice de Casino, plébiscite dans ses magasins la carpe royale du Forez. Mais tout ceci est de courte durée, après la Guerre le marché de la pisciculture s’effondre. Les riches propriétaires convertissent leurs revenus grâce aux droits de chasses. Les étangs du Forez deviennent progressivement des aires de jeux privatives. Les propriétaires plantent des haies, des arbres pour se mettre à l’abri des regards, le Forez change alors de morphologie. La transformation de l’usage des étangs reste à ce jour inchangé. La plus grande majorité est destinée aux loisirs, la pisciculture étant toujours exsangue. Cet élan de privatisation et de renfermement rend aujourd’hui les étangs difficilement accessibles. C’est comme si ce patrimoine figé était sorti de l’imaginaire collectif des Foréziens. Les prévisions climatiques à l’horizon 2050 précédemment abordées questionnent la soutenabilité de ce système d’étangs. Les fossés et systèmes de canaux tombent en désuétude par manque de connaissance à l’égard de ce patrimoine. Le système nécessite alors des perfusions, c’est le fleuve qui semble désormais le protéger de l’assèchement par le biais du canal en rive gauche. Parrallèlement, un projet est à l’étude en rive droite. D’après un entretien avec le président du syndicat des étangs du Forez, un système de pompage dans la Loire au seuil de Feurs est en réflexion. Mais le fleuve a ses limites, d’autres schémas sont possibles.


Évolution historique des étangs du Forez ©THOMAS François

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Le plateau de Mornant

Autour du coude de la rivière du Vizézy, la plateau d’étang de Mornant fourmille. Niché dans ce vallon contenu par les monts d’Uzore et la butte de Poncins. Par endroit les chaines d’étang sont encore intactes, elles permettent de mieux comprendre le fonctionnement et les ouvrages nécessaires à ce système spongieux qui piège l’eau. Ce plateau est sillonné par de nombreuses rivières qui descendent des Monts du Forez. La puissance du massif et l’entendue du bassin versant assure la ressource en eau à cette constellation d’étangs. De plus, comme nous l’avons vu sur les cartographies de prospectives climatiques, le potentiel de captage pluviométrique des monts va se maintenir. La présence rassurante du canal du Forez qui serpente en pied de coteau confirme la capacité de ce plateau d’étang à se maintenir dans le temps. La cohabitation avec la polarité sud de la métropole semble une nécessité.

1

2 3

1 Bassin versant 2 Système de fossés et de canaux 3 Queue d’étang, zone de faible profon-

4

deurs et roselières

4 Utilisation de la topographie naturelle, endiguement sur les 3 faces

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ns

butte d e Pon ci

Monts d’Uzore Le Félines Plateau d’étang de Mornant

Le Vizézy

Le Moingt

La Curaize

Canal du Forez

La Mare

Le Bonson

1 . 50 000e 500m

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Le Grand Marais, premier réceptacle au pied des monts d’Uzore

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Le plateau de Feurs

Ce plateau d’étangs est le plus accessible physiquement, les routes et les champs à proximité permettent aisément de se plonger dans ce monde lacustre. La topographie linéaire de la rive droite se traduit dans l’orientation homogènes des étangs. Les digues étant toujours positionnées sur la partie la plus en aval de l’étang. Comme dans le cas précédent, cette constellation semble assurée de perdurer grâce aux nombreuses rivières et à l’étendue du bassin versant concerné. Ce qui rend ce plateau d’étang unique par rapport aux deux autres c’est sa proximité avec deux villes centrales de la plaine du Forez. Feurs étant la ville historique du cœur Foréziens et Montrond-les-

bains. Ce qui rend cette zone d’étang si particulière, ce sont les digues qui dans certains cas s’apparentent à d’immenses talus plantés. C’est comme si l’on ne pressentait pas la présence de la lame d’eau, paisiblement dormante.

Vocabulaire Foréziens, digues plantées de chênes et micro-canaux.

Sur la partie amont des étangs, l’eau se mêle aux roseaux et génère des milieux d’une grande richesse

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Le Chanason

La Loise

Le Soleillant

Le Garollet Plateau d’étang de Feurs La Toranche

La Coise

Le Furan

1 . 50 000e 500m

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Surface liquoreuse, en arrière plan les monts du Lyonnais

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Le plateau d’Arthun

Troisième et dernière constellation aquatique de la plaine du Forez. Le plateau d’Arthun est sans doute la zone d’étang qui a été la moins impactée par la révolution agricole de l’après-guerre et par le phénomène de métropolisation. Situé entre les deux arcs du Lignon et de l’Aix, la densité du plateau et la proximité entre des étangs montre le système de chaine d’étangs connectés qui était mis en place jadis. Cette nébuleuse aquatique bien dissimulée, à l’abri des regards est incroyable. L’Onzon, le ruisseau qui traverse le plateau d’étang est le principal garant du niveau d’eau. Sur plan mais également en éprouvant le site par l’arpentage, la densité des pièces d’eau est fascinante, tout semble en dialogue. Des canaux, des bondes, des martelières pour envoyer l’eau des étangs qui se vident en tout sens. C’est en foulant les digues de ces étangs que j’ai ressenti le manège

enivrant de l’eau. La danse du liquide était encore à l’œuvre. Çà et là, des cabanes et des outils disséminés autour des lames d’eau, certaines semblent encore produire du poisson. Un étang en période d’assec me présente son sol craqué. Les limons fertiles de 5 siècles de mise en eau et de mise en culture paraissent d’une grande richesse. La faible profondeur des étangs est intriguante, 1.60m peut-être 2.00m tout au plus sur une surface de 10 hectares. Les berges semblent mouvantes, bercées par le vent qui agite les roseaux. Mais ce plateau d’étang est fragile, le plus fragile des trois. Le bassin versant qui l’alimente est extrêmement réduit. Dans un entretien avec le président du Syndicat des étangs du Forez, la fragilité de cette constellation aquatique est confirmée. A l’horizon 2050, ces étangs seront les premiers à disparaitre.

Sol d’assec, fertilité endormie

Fouler l’éponge, en prendre la mesure par le corps

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L’Aix

Plateau d’étang d’Arthun

L’Onzon Le Gand

Le Lignon

1 . 50 000e 500m

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La puissance de la lame d’eau, l’idylle inconnue, le jardin clos

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Eprouver par le corps

Éprouver l’être Loire, côtoyer ses âmes

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Matières aquatiques, imaginaires Foréziens

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A89

A89

Saint-Germain Laval

Balbigny

Pouilly-les-Feurs

A72 Boën sur Lignon Feurs

D89 Valeille

Marcilly-le-Chatel D1082

Saint-Cyr-les-Vignes

Montrond-les-Bains D1089

Champdieu

Montbrison Veauche

Saint-Galmier

D8 Saint-Bonnet les Oules

Saint-Romain le Puy Sury Le Comtale

Bonson

Andrézieux-Bouthéon La Fouillouse

Saint-Just/Saint-Rambert

1 . 50 000e 500m

N88

Routes Train TER Habitat Bâtiment industriel Bâtiment commercial

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Saint-Etienne


4. Habiter la figure spongieuse

Parmi les 900km² qui composent la plaine du Forez, la société humaine a développé en fonction des âges, différentes formes de bâti. En regardant le motif généré dans la globalité on observe dans un premier lieu une grande différence entre la rive gauche et la rive droite de la Loire. La rive droite, par sa topographie relativement homogène et par la présence de balmes1 dominant la Loire, l’habitat a pu se développer en bordure de fleuve. Les deux villes principales, Montrond-lesBains et Feurs sont les carrefours entre les différents fils tendus. Le fil nord / sud qui traverse la plaine mais également les fils est / ouest qui vont chercher le Grand Lyon et Clermont-Ferrand. Par-delà l’attraction générée par ces deux villes, l’interface entre la plaine et les Monts du Lyonnais est également une zone de développement pour l’habitat. Le chapelet de petits villages et de villes qui sont disséminés en pied de coteau forment un arc de cercle qui renforce la figure de l’ovale. La rive gauche, par l’hétérogénéité du relief offre au fleuve un grand espace de liberté en cas de crue. Dans cette logique, les villes et villages étaient presque tous développés à la rencontre entre les monts du Forez et le drap tendu de la plaine. Ainsi, c’est en pied de coteaux que se sont développées les villes influentes à l’échelle de la plaine, c’est le cas de Montbrison. Les chambons2 autrefois zone de commun et de mise en culture favorisés par leurs extrêmes richesses sont aujourd’hui des zones plébiscitées pour le développement pavillonnaire. Là également, le développement formant un arc de cercle en pied de coteau renforce la forme territoriale de l’ovale, qui n’est en aucun cas une interprétation de l’esprit, c’est la morphogenèse de la plaine du Forez. A l’inverse de cette logique, la polarité sud de la plaine témoigne d’une autre volonté. Celle édifiée dès 1962 avec le PADOG de la région Lyonnaise, 1 Dans la plaine du Forez, les balmes désignent les petits coteaux qui bordent la Loire et la font se balancer d’un coté à un autre. Par la légère différence de niveau, ces petits reliefs permettent dans la plupart des cas l’installation des villages hors d’atteinte des crues.

espérant une aire urbaine s’étendant des rives du Rhône jusqu’aux berges de la Loire dans la plaine du Forez. C’est comme si Saint-Étienne avait déversé son flot urbain dans la plaine. C’est à Andrézieux-Bouthéon que commence à se répandre ces tissus diffus. En 1965, le préfet décide de la création de la zone industrielle des Trois Ponts, 25 000 hectares pour développer et attirer de nouveaux secteurs d’activités. Cette initiative de départ concernant 6 communes s’est aujourd’hui étendue plus largement, comme en témoigne la carte. C’est bien dans la plaine du Forez que commence ou finit la figure de la balance métropolitaine. La volonté d’un développement concomitant entre Lyon et Saint-Étienne a été réaffirmée en 2007 avec la Directive Territoriale d’Aménagement (DTA) de l’aire métropolitaine lyonnaise. Les documents planificateurs comme les SCOT font états de cette volonté à ce jour. Ce désir métropolitain interroge, son développement ne semble pas prendre en compte les caractéristiques paysagères et morphologiques, l’importance des sols agricoles et l’incroyable richesse biologique pourtant soulignées dans le Scot Sud Loire. Alors, comment générer une interface entre le tissu compact de la métropole et la force de l’être liquide central, la Loire ? Comment susciter l’intérêt, la rencontre entre deux métropoles en expansion et la tendresse de la plaine du Forez ? Les organismes métropolitains si forts n’ont-ils pas eux aussi besoin de faiblesse pour rétablir un équilibre ? La faiblesse comme antonyme du discours galvaudé de la résilience pour initier de nouveaux rapport entre les territoires de la balance.

2 Les ligériens désignent sous le nom de Chambon les terres limoneuses en bord de Loire qui s’étendent de Saint-Just Saint-Rambert à Balbigny. Les chambons sont pour la plupart dans le périmètre d’inondation du fleuve. Ces terres extrêmement riches sont destinées aux cultures exigeantes, elles ne se reposent jamais.

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Sury-Le-Comtale

Andrézieux-Bouthéon Déversement métropolitain, la plaine comme trop plein

Monts du Forez


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Veauche

Montbrison

Pierre sur Haute

Saint-Romain le Puy


1 . 50 000e 500m Forêt de feuillus Forêt mixte Forêt de conifères

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Rythme forestier

L’écrin montagneux qui contient la plaine du Forez est majoritairement peuplé de forêts de résineux. Les futaies régulières de Douglas occupent une grande partie des pentes montagneuses. Ces zones de productions sylvicoles s’entremêlent avec des sapinières et des hêtraies endémiques. L’humidité atmosphérique et les 1200mm de précipitations annuel sur les monts du Forez fait de cet écrin forestier une réserve d’eau majeure. La plaine du Forez, terre alluvionnaire marque une césure nette par les essences qui la peuplent. Les forêts qui accompagnent les plateaux d’étangs sont habitées par des Chênes Pédonculés, Chênes Sessiles parfois séculaires. Dans les bords de parcelles et parfois en plein milieu, les chênes sculptent l’espace. Le Frêne commun et lui aussi largement présent dans ces motifs forestiers. Çà et là, les pins sylvestres qui par leurs feuillages aciculaires donnent une impression méridionale. Le long du fleuve et des cours d’eau les motifs forestiers s’élancent, s’affinent. Les peupliers s’érigent, ces êtres bavards nous communiquent le passage de l’eau à celle ou celui qui veut bien les écouter. Les ripisylves se composent également de saules, parfois majestueux, le tronc penché vers l’eau. Ces deux lignes boisées de part et d’autre des cours d’eau forment cette ripisylve si riche. Sorte de couloir qui guide les oiseaux dans le ciel. Les hérons, les grandes aigrettes, les cormorans, les mouettes et le martin pécheur qui déchire d’un éclair de beauté la lenteur fluviale.

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Saint-Germain Laval

Balbigny

Feurs

Montrond-les-Bains

Saint-Galmier Montbrison Veauche

Saint-Romain le Puy Sury Le Comtale

Bonson

Andrézieux-Bouthéon

La Fouillouse Saint-Just/Saint-Rambert

1 . 50 000e 500m Limite Saint-Étienne métropole Scot Sud Loire Communes intégrant l’ovale de la plaine du Forez

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Saint-Etienne


Un organisme commun

Pour vouloir affirmer la nécessité d’unité, de figure territoriale de la plaine du Forez il convient de la regarder dans son ensemble. Cette vision finalement proche du biorégionalisme pose question du découpage, des limites internes de la plaine. Le développement de cette polarité sud de la plaine du Forez a sans équivoque une réponse administrative. C’est d’abord l’échelle des communes, puis rapidement intervient le périmètre métropolitain. SaintÉtienne métropole comprend la polarité sud, l’entité métropole continue de développer cette zone comme une extension de Saint-Étienne. A mesure que l’artificialisation avance on peut se demander si ce pôle est seulement une extension de Stéphanoise ou bien s’il est Saint-Étienne. C’est ce que le géographe Claude Cretin questionnait déjà en 1995 dans son livre, selon lui « Saint-Étienne n’est plus dans Saint-Etienne1. » Dans un second temps, par addition aux limites communales et métropolitaines apparaît le Scot Sud Loire. Ce périmètre englobe plus largement la plaine du Forez mais la divise en deux parties. La révision actuelle du Scot prévoit un périmètre plus élargi vers le nord mais rien ne semble encore bien défini. Par le périmètre métropolitain et par celui du Scot, la plaine du Forez est sectionnée. Cela rend actuellement difficile l’élaboration d’une vision d’ensemble qui serait cohérente. Pourtant considérer une partie de l’ovale et occulter l’autre semble complètement dénué de sens. Les Scots gravitant autour du duo Lyon / SaintÉtienne sont pourtant harmonisés afin de porter cette vision d’une grande région urbaine et dynamique. Ce qui reste inchangé, c’est cette vision métropocentrée, qui place les deux grandes villes au centre et raisonne par extension, besoin et concentration. Mais ce qui permet ce grand système, c’est les territoires qui gravitent autour. Sans eux rien n’est possible, indéniablement. Alors il est temps de

renverser le regard, ne plus voir la plaine du Forez comme un territoire de tendresse accueillant sans discussion le système métropolitain. Alors il faut essayer de défendre la nécessité de la plaine du Forez par ses qualités intrinsèques dans le grand système de la balance métropolitaine Rhône-Alpine. L’ovale est composé d’une mosaïque de villes et communes. En tout, c’est 62 communes qui prennent part et ont une responsabilité commune sur ce territoire de la plaine du Forez. C’est dans cet intérêt commun que le récit et les actions doivent s’orienter. Dans cette mesure, rien ne pourrait prévaloir la puissance insoupçonnée de ce territoire alluvionnaire. Par le biais de cette réfléxion commune, il serait possible de déterminer les zones à privilégier pour l’habiat. A l’inverse il serait alors possible de limiter le développement incontrolé dans les zones les plus riches et fertiles de la plaine.

1 CRETIN Claude, Saint-Étienne n’est plus dans Saint-Étienne... Plaidoyer pour un pays urbain, Centre d’Études Foreziennes, PUSE, 1995, 395p.

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Côtoyer le non-humain

Ce qui apparait comme le plus marquant, c’est la presque totalité de la plaine classifiée en ZNIEFF de type 2. La mosaïque de ZNIEFF de type 1 représente les endroits éminemment importants au vu de la diversité spécifique. Ce classement n’a pas d’incidence sur la limitation des usages, ne conditionne pas les règles d’urbanisme. Il est davantage considéré comme un outil de compréhension qui apporte une autre dimension. Dans le cas du développement du projet et de l’élaboration du récit la carte ci-contre donne une idée. C’est une base pour mieux replacer le territoire de la plaine du Forez dans son contexte. Le fait que presque l’entièreté de la plaine soit classée montre la nécessité de « garde-fou », des jalons sont nécessaires pour montrer aux générations futures la tendresse de la plaine du Forez, zone foisonnante du non-humain.

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1 . 50 000e 500m ZNIEFF de type 1 ZNIEFF de type 2

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Les trois cœurs et l’être central

Le classement des différents zones Natura 2000 met en évidence et confirme les centres névralgiques. Apparait alors les différents cœurs d’une grande richesse spécifique. L’être fluide la Loire est le ruban central autour duquel les différents satellites s’accrochent. Les trois plateaux d’étang sont également des zones d’une importance capitale notamment pour l’avifaune qui est d’une extrême richesse. Lors de mes enquêtes et arpentages sur le terrain, j’ai été subjugué par le balai incessant de centaines d’oiseaux sur les lames d’eau des étangs. D’un point de vue législatif, il m’a paru difficile de comprendre la portée de tel classement. Quelle est la puissance de ces différents zonages sur la limitation de l’artificialisation, du développement puissant du système métropolitain. Ce qui semble sûr, c’est que ces milieux deviendront peut-être extrêmement rares et fragiles au vu des prévisions climatiques à l’horizon 2050.

Le cœur humide, nécessité future ©Forez Montgolfière

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1 . 50 000e 500m Natura 2000, directive habitat Natura 2000, directive oiseau

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1 . 50 000e 500m Prairies permanentes Prairies temporaires

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5. Cultiver dans la plaine

Les dynamiques agricoles et la plaine de Forez sont intimement liées, 80% du territoire est destiné à l’agriculture. Au fil des évolutions, les agriculteurs ont quand même conservé les animaux dans les systèmes productifs. Quelques exploitations sont dites « céréalières » mais c’est une infime partie. Ce maintien du système de polyculture-élevage produit de grands espaces de prairies utilisés pour faire paître les animaux mais aussi pour effectuer la fenaison. Cette nécessité prairiale compose une mosaïque intéressante de milieux, alternances de prairies, parfois de haies et de petits bois. La carte montre cette puissance du système prairial qui perdure dans la plaine. Principalement localisé sur les terrasses alluviales hautes, moins profondes, moins riches que les chambons en bord de Loire, réservés eux aux cultures plus intensives. La densité des prairies traduit l’activité principale, l’élevage pour la production de lait ou de viande. Ce système à dominante prairiale génère des habitats variés, des zones d’une grande importance écologique. En effet, les prairies sont des zones de refuges et de nidification.

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Les prairies enchantées de l’Astrée, les rives du Lignon

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1 . 50 000e 500m Maïs Céréales

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Le ruban fertile

La culture intensive de céréales, de maïs c’est tout de même infuser dans l’ovale Foréziens. Même si c’est sans communes mesures avec les grandes plaines céréalières françaises. Ce qui apparait intéressant, c’est la densité de ces cultures en bordure du fleuve, sur les chambons. Les terres les plus fertiles de l’ovale. A certains endroits, les parcelles semblent totalement hors d’échelle. Arpenter ces zones à pied permet d’en prendre la mesure, de ressentir l’échelle hors du corps. C’est comme si la marche devenait écrasante, on cherche rapidement à divaguer, à rejoindre les rives foisonnantes du fleuve ou bien à se percher sur les premières balmes. La proximité entre des pratiques culturales intensives dites de « grandes cultures » et le ruban fluide de la Loire questionne. Ces cultures qui demandent toujours plus d’eau à mesure que les températures augmentent et qui relâchent des effluves azotés. Ces terres qui sont l’expression la plus pure de la fertilité Forézienne ne pourraient-elles pas se diversifier ? En portant rapidement un regard à l’échelle Rhöne-Alpine, on se rend compte que ces terres limoneuses et fertiles disparaissent peu à peu. Les plaines à proximité sont transformées, artificialisées, c’est le cas de l’ouest lyonnais, de la plaine de l’Isère. Quel devenir pour ses terres, et plus particulièrement le ruban central si fertile ? Quel rôle futur dans le système du duo-métropolitain ?

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Depuis la première balme, les chambons et les grandes cultures de céréales et d’oléagineux

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6. La disparition et la plaine

Comme énoncé précédemment, deux éléments centraux ont guidé la recherche et le développement de ce projet. En premier lieu, la baisse significative de la ressource en eau pour le territoire spongieux de la plaine du Forez. Le changement climatique interroge violemment l’avenir et l’espace de cette plaine jusqu’alors gorgée d’eau. Grâce aux prévisions climatiques à l’horizon 2050 abordées précédemment, nous sommes désormais certains que les changements seront violents, qu’ils soient désirés ou non. Comment habiter et vivre la plaine du Forez avec 1/3 de déficit hydrique ? Le second point et enjeu majeur est le phénomène de métropolisation porté par Lyon et Saint-Étienne. Le développement par le sud de la plaine conduit à l’augmentation de l’artificialisation. Les zones pavillonnaires, industrielles, commerciales se multiplient. La souplesse, la tendresse du sol Foréziens attire largement. La plaine attire chaque année de nouveaux habitants, la surface agricole baisse de 10% à chaque décennie1. Des élus s’alarment de ce phénomène, de cette perte de fertilité, celle d’une richesse immense et primaire pour toute société humaine. C’est le cas de Bruno Charles, ancien vice-président de la métropole Lyonnaise pour lui, « Dans la plaine du Forez, la zone la plus fertile de France, au lieu de la préserver, on construit des zones industrielles, c’est un non-sens2. »

cepter de perdre, sur quoi voulons nous concentrer nos efforts ? Que souhaitons nous protéger et qui protège quoi ? Il faut alors démêler, tirer les fils pour trouver l’essence, ce qui rend l’ovale Foréziens unique, nécessaire dans le système métropolitain. C’est sa qualité d’éponge, cet ovale qui permet le ralentissement du rythme de l’eau dès son entrée. C’est comme si le fleuve se divisait en une infinité de vaisseaux, de capillaires qui diffusent l’eau dans l’ovale. C’est la puissance du fleuve qui protège, alimente une grande partie du système hydrographique de pièges à eaux, les étangs. Les montagnes, ces géants sont aussi essentiels pour que la plaine recueille l’eau, la transforme par sa fertilité en nourriture. Aborder la question alimentaire est essentielle quand à l’heure actuelle une métropole comme Lyon est autonome à 5%3 de ses besoins alimentaires. C’est dans ces thématiques passionnantes que le projet se noue, se construit. La disparition n’est pas irréversible, pas une fatalité. C’est une formidable occasion pour dessiner de nouvelles spatialités. D’induire par le paysage de nouvelles façons d’habiter, de vivre dans cette plaine aux interactions proches et lointaines. Ce jeu d’échelle infinie qui façonne ce territoire.

Alors, dans l’équation complexe comprenant une baisse violente de la ressource en eau, l’augmentation de la population, la baisse de la surface agricole et du nombre d’agriculteurs, il convient de se poser la question de la disparition, non pas comme une vision dystopique mais comme un champ fertile, propice à la recherche, à l’imagination. Le paysage, matière systémique et complexe voit certaines choses disparaitre, réapparaître dans un ailleurs, sous une autre forme. Il convient aussi de faire des choix, d’affirmer des volontés. Qu’allons-nous ac1EPURES, L’agriculture dans le dépar-

tement de la Loire : un panorama en 8 cartes, 2014 2 Coût écologique de la vie à Lyon : les chiffres qui donnent le tournis, https:// www.lyoncapitale.fr/actualite/cout-ecologique-de-la-vie-a-lyon-les-chiffres-quidonnent-le-tournis/

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3 https://www.lyoncapitale.fr/actualite/

alimentation-locale-et-biologique-la-metropole-de-lyon-vote-sa-strategie-agricole/


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04 130


ANIMER L’ORGANISME

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1. La genèse d’un contre flux

Voici la figure constituante du projet, celle qui permet la mise en résonance, celle qui permet un nouveau dialogue. Le ruban alluvionnaire est l’armature centrale du projet. Cette armature fluide c’est l’ensemble de la zone de vie du fleuve. Le lit mineur et les ripisylves mais également le lit majeur, là où le fleuve est susceptible de déborder. Hors des périodes de crues, ces terres sont humides, rafraîchies par capillarité depuis la nappe alluviale de la Loire. Ce ruban s’accroche au nord au verrou de Neulise, ces gorges qui donnent au fleuve un rythme plus rapide avant de le voir disparaitre. A l’inverse, en remontant le cours de la Loire, la figure vient à la rencontre du tissu métropolitain. Le fluide rencontre le compact de la métropole. En imaginant des processus qui produiraient ce contre flux, la colonne vertébrale de la plaine viendrait alors rentrer en dialogue avec la balance métropolitaine Rhône-Alpine. La Loire comme passeuse entre l’ovale et la balance. Il est également temps d’affirmer l’axe Loire comme nouvelle accroche pour des modes de déplacement alternatif, de la plaine à la métropole et inversement.

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1 . 50 000e 500m Le ruban central, la zone inondable

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Les trois ventricules

La deuxième assise du projet se trouve dans les constellations d’étangs. Le caractère spongieux de ces zones est une force incommensurable, une nécessité pour horizon incertain. Aujourd’hui fragil et souvent protégé par l’eau de la Loire il s’agit de retourner ce schéma. Qu’adviendrait-il si les plateaux d’étangs protégeaient le ruban central ? Si ces ventricules gorgés d’eau de manière plus intense permettaient de libérer l’eau à des moments précis. La capacité de résistance des plateaux de Mornant et de Feurs devient une opportunité pour affirmer ces zones de piège à eau de manière plus radicale. Ils permettraient ainsi d’envisager de nouveaux usages et plus particulièrement de nouvelles pratiques culturales dans la zone du ruban central irriguée par les ventricules. A l’inverse le plateau d’Arthun fragilisé par un bassin versant trop petit semble difficilement pouvoir prendre part à ce nouveau système. Il faut parfois accepter l’éventuelle disparition pour concentrer les efforts. Suite à cette définition formelle de l’organe central du projet, il est désormais temps « d’essorer » cette forme. De travailler cette figure par la série, par l’accumulation. Libérer le geste de la main pour en extraire une intention forte, la bascule dans le projet.

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1 . 50 000e 500m Plateaux d’étangs résistants Plateau d’étangs potentiellement condamné à disparaitre

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Rechercher la forme

Essorer la figure par la série 15cm x 21 cm

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2. Le grain, la finesse de la figure

La figure territoriale qui se dégage en assemblant la zone fluviale et les constellations d’étangs constitue la genèse du projet d’un point de vue formel. Cet assemblage qui permettra de générer un contre flux qui viendra à la rencontre du système métropolitain, et ainsi, tenter de rétablir l’équilibre. Cette forme ample accroche les extrémités nord/ sud et est/ouest de la plaine. La finesse du tissu arboré et bocagé révèle des zones de densités qui s’accrochent autour de l’être central, cette zone qui semble comprimée entre les deux axes routiers majeurs. Les villes de Feurs et de Montrond-les-Bains se retrouvent désormais au centre, dans le cœur animé du Forez. Elles ont le rôle d’articulation entre le vertical et le transverse. L’occasion de laisser déborder de manière sensible, puissante ce nouvel organisme hydraulique dans le tissu des villes.

Tatonement, recherche sur les cartes IGN

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A89 A89

Feurs

Montrond-les-Bains

A72

Montbrison

D1082

Andrézieux Bouthéon

1 . 25 000e 750m Saisir la matérialité des lieux, l’articulation centrale Encre sur calque 2,40m x 1,20 m

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3. Articuler le contre flux

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Maquettes en collage papier 21cm x 29,7cm

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Par la main, les formes deviennent souples, amples. Parfois, la main devance l’esprit, elle exécute, se trompe et fait entrer en résonance des éléments. Tantôt les formes s’entrechoquent, s’entremêlent et finalement questionnent l’esprit. Le travail en série avec ses petites maquettes / collages permet d’explorer très rapidement des hypothèses de projets, d’imaginer sans la grande complexité d’un document ce qu’il se passerait si… Les maquettes permettent de clarifier les mois de recherche, de sélectionner, de retenir l’essentiel pour s’en saisir et proposer un projet de paysage. C’est le cas des deux maquettes ci-contre. Il réside dans ces productions plastiques l’essence d’une intention forte qui se clarifie et s’assume. C’est l’articulation d’un renversement, une nouvelle manière de faire circuler l’eau dans le tissu spongieux de la plaine du Forez. Un liant trouve naissance dans les deux plaques d’étangs de Feurs et Mornant. L’une en rive gauche, l’autre en rive droite. Ce liant ruisselle par la pente naturelle vers le ruban central. Cette zone si fertile qui permet de transformer ce liant en production vivrière. Le liant qui prend sa source dans les constellations d’étangs, c’est l’eau bienfaisante qui descend des socles montagneux. Le projet propose une multiplication du nombre d’étangs afin d’augmenter considérablement la capacité des deux ventricules. Le ruban liquide de la Loire, cette zone inondable et fertile, de 11 000 hectares, est désormais protégée par les systèmes d’étangs. Maintenant ces pièces d’eau deviennent essentielles au fonctionnement de la figure territoriale Forézienne. Les deux ventricules sont d’une richesse immense, ils permettent de ralentir l’eau, de la piéger, de la laisser couler quand cela est nécessaire. Le patrimoine fin de ruisseaux et fossés permet d’ores et déjà sur certaines zones de faire circuler l’eau où l’on désire. L’être 1MORIZOT Baptiste, Raviver les

braises du vivant Un front commun, 2020, Actes sud / Wildproject, Arles, p.124.

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central devient une zone de productions vivrières. Ce nouveau maillage, cette nouvelle forme cadastrale et culturale vient rencontrer le compact de la métropole (en jaune sur les maquettes) et se diffuse lentement dedans. Ce flux s’altère à mesure qu’il rentre dans ces tissus denses et bâtis, il se transforme en motif arboré, en cheminement qui s’insère dans les interstices, remonte la vallée du Furan et vient finalement s’immiscer dans Saint-Etienne. Un débordement fin, sensible du contre flux généré par la plaine spongieuse du Forez. Cette nouvelle force donnée à l’eau par la multiplication des zones de pièges grâce aux étangs donne une force incroyable au territoire tendre de la plaine du Forez dans le grand système de la balance métropolitaine. Cette nouvelle force centrale permise par l’abondance de l’eau induit d’innombrables bienfaits mais parfois aussi quelques désavantages. L’humidité peut parfois être excessive, dérangeante mais l’impératif climatique nous impose cette prise de conscience. Ce projet a pour but de défendre cette nuance, la relation entre la société humaine et la plaine du Forez sera une relation d’amphibiose. Ce terme désigne une « interaction entre espèces interdépendantes qui est bénéfique à certains égards, dans certaines circonstances, et néfaste dans d’autres1. » L’ambivalence est chose nécessaire, elle nourrit la faiblesse de la plaine forézienne nécessaire dans le système métropolitain.


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4. Articulation du projet

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Le mécanisme du projet

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Définition du projet

Le projet se développe à l’échelle de la plaine, il s’appuie sur les deux plateaux d’étangs qui désormais protègent le ruban central de la Loire. Ce renversement impose désormais de prendre soin et de développer radicalement le système d’étang Foréziens. L’enjeu de la ressource en eau est central pour ce territoire, cet ovale qui est une des dernières zones fertiles épargnée du flot métropolitain à l’échelle régional. Développement du projet de paysage :

1

Générer une endogènese des deux zones d’étangs les plus robustes. Par la création de nouveaux étangs qui s’appuient des étangs déjà existants ou sur des réseaux de fossés et canaux qui sont encore présent. Cette multiplication des étangs sur les zones argileuses permet d’augmenter la capacité spongieuse de la plaine. Ainsi par le biais des ruisseaux, canaux, fossés l’eau peut être conduite là où il est nécessaire pour les cultures, pour la société humaine en générale. Les étangs s’immiscent jusqu’au plus proche du tissu compact des villes et infusent. Ils deviennent espace publique, lieu de promenade, de flânerie tout en étant le cœur d’un système cultural complexe. Désormais, les étangs protègent le ruban central.

2

Créer un système de haies avec des canaux parallèlement au sens de la pente. Ces systèmes permettent soit de récupérer l’eau d’écoulement et de la conduire vers les chaines d’étangs. Dans une autre mesure, ce système qui vient croiser des petits ruisseaux ou des rivières, permet de détourner une partie de cette eau pour l’acheminer vers les étangs, sur le même principe que les biefs qui alimentaient les moulins autrefois.

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3

Insufflé une nouvelle figure culturale pour le ruban central. L’eau récupérer par les étangs permet de nouvelles cultures directement liées à la balance métropolitaine. Les terres les plus fertiles, celles qui sont au cœur génère un flux nourricier vers les métropoles de Lyon et Saint-Etienne. Cette nouvelle figure centrale comprise entre les deux routes est approximativement la zone de crue du Fleuve. Ainsi dans cette zone, le projet prévoit de limiter tout développement pavillonnaire, commercial ou industriel.

4

Créer une voie de circulation alternative à la voiture. Cette voie s’accroche à la rive droite de la Loire et traverse toute la plaine dans l’axe nord / sud. Elle permet de mettre en connexions des petites parties de chemins qui existent déjà. Par la vallée du Furan, la voie s’immisce dans le tissu métropolitain et s’accroche au centre-ville de Saint Etienne à son extrémité sud. Au nord, la voie est continue sur le GR des Gorges de la Loire.


5

Création d’un maillage forestier qui s’empare des délaissées et des grandes pelouses des zones industrielles et commerciales.

6

Définition d’un nouveaux schéma d’urbanisation en pied de coteaux. La plaine alluvionnaire concentre les terres les plus riches au centre de la plaine, ces dernières doivent être protégées. Les pieds de coteaux proposent d’incroyables conditions d’habiter, hors des crues avec panorama sur les montagnes. Cette réflexion pour le développement d’un « urbanisme alluvionaire » tiens compte des ressources pédologiques pour déterminer les usages à la surface. Ces densifications s’appuient sur des villes et villages existants qui en rive gauche sont à proximité de la ligne de train.

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Cette première ébauche d’un plan de projet permet de se plonger dans les détails du territoire, de clarifier l’articulation des choses, de définir où les formes s’accrochent et dans quelle mesure prennent-elles fin. Le travail à la main, permet de mieux saisir l’échelle de ce qui est dessiné. Le carré de 2.50 m de côté formé par les cartes IGN m’a permis de plonger dans l’ovale passionnant de la plaine du Forez. Allongé durant des heures, la matière se plisse, prend forme sur le calque. Le contre flux qui prend naissance dans les plateaux d’étangs voit le jour. Les allers et retours dans les échelles se poursuivent.

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1 . 25 000e 750m Tisser les intentions de projets, la rencontre Encre sur calque 2,40m x 1,20 m

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Mise en espace du projet

Ce plan de projet est la finalité de ma réflexion, il est une base, une invitation à la discussion et la réflexion sur le territoire de la plaine du Forez. Ce plan a été élaborer à un horizon 2050, il est le résultat de mois de réflexions sur la plaine du Forez. C’est par l’assemblage des différents mécanismes que l’ovale Foréziens entre dans la balance. L’ovale est alors plus seulement considérer comme une zone d’expansions du duo métropolitain Lyon Saint Etienne. Par ce projet de paysage, la plaine devient un lieu de production nourricière pour les métropoles il est également un lieu de vie, un lieu où l’on habite différemment, un lieu ou 62 communes ont à leurs responsabilité un organisme commun et fragile. Ainsi les 11 000 hectares du ruban central pourrait permettre d’engager concrètement l’autonomie alimentaire de la balance métropolitaine. Ce cœur productif pourrait permettre de répondre aux besoin en légumes de 464 000 personnes, au besoins en céréales de 50 000 personnes tout cela en production Bio1. Les surfaces de prairies autour de ce cœur sont quant à elle essentielles pour les besoins en viandes et l’amendement du cœur central. Les étangs permettent en premier lieu l’augmentation de la ressource disponible en eau pour les cultures. Il s’agit de la fonction première. Mais, ils permettent également de générer de nouveaux espaces publiques. Les étangs qui étaient fermés sur eux même, cachés deviennent des lieux de vie pour les habitants. Enfin, la densité de ces pièces d’eau permet de réguler le climat localement, la fraicheur apporter par l’eau permet d’améliorer les futures conditions d’habiter.

1PARCEL

https://parcel-app.org/composition-des-assiettes-relocalisees

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Coeur cultivé et développement d’un urbanisme alluvionaire

Nouveaux étangs

Trames de haies/Fossés pour le drainage et la conduite de l’eau. Voie de circulation

Réseau hydrographique existant

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Spatialisation du projet

Haies / fossé Développement de l’urbanisation Maillage arboré Nouveaux étangs Prairies 1 . 25 000e 250m

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Céréales et légumineuses Lentilles, légumes sec Maraîchage


Balbigny

Feurs

Montrond-les-Bains

Montbrison

Plan projet à l’horizon 2050 2.20m x 1.80m Saint-Etienne

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5. Le coeur, la priorité

Dans la mise en place d’un projet long comme celui édifier sur la plaine du Forez, il convient de se poser la question de la priorité, du phasage. Se demander ce qui est le plus important et ce qui devrait être mis en place en premier. Cette réflexion et mise en espace par la maquette montre cette intention. Quelle amorce du projet pour l’horizon 2030 ? En 2030, le cadrage comprend les villes de Montrond-Les-Bains et de Feurs qui se retrouvent désormais dans la « zone cœur. » Les deux villes font parties intégrante de ce nouveau paysage qui les infusent, les traversent. La densification spongieuse par la création de nouveaux étangs sur le modèle Foréziens endigué sur 3 faces est effective. Les nouveaux étangs s’agencent autour des quelques pièces d’eau restantes. Les interstices entre les étangs sont boisés, cette couverture permet de limiter le réchauffement trop important de l’eau en été et ainsi éviter une trop grande perte par transpiration. Les haies accompagnées de canaux se dessinent dans le paysage en suivant la topographie pour recueillir l’eau. Proche des zones ou l’eau est abondamment disponible les nouvelles cultures maraichères et de légumes secs pour la consommation humaine se mettent en place. C’est depuis ce cadrage, cet épicentre que le projet pourra ensuite se continuer et se répandre à l’échelle de la plaine. Le cœur de la plaine par sa préciosité devient le centre autour duquel tout rayonne. Habiter la plaine revient à habiter une oasis inversée, un lieu ou ce qui permet la vie est au centre et le développement humain est autour.

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Balbigny

Feurs

A

A’

Montrond-les-Bains

Montbrison

Cadrage du zoom en maquette

Saint-Etienne

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1 . 10 000e 100m

Existant Routes

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Projet

Villes

Étangs

Zones industrielles et commerciales

Maraîchages, légumineuses

Étangs du Forez

Fossés, canaux bordés de haies

Fleuve, rivières, gravières

Boisements entre les étangs


Feurs

Montrond-Les-Bains

Le cœur du projet Maquette 2.40m x 1.20m

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Zoom sur la ville de Feurs, vue depuis le nord

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Le système de haies / fossés qui permet de récolter et d’acheminer l’eau vers les étangs

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Les nouveaux étangs s’accrochent aux réseaux de canaux existant

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Entre Liger et le tissus poreux

A

La Loire

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Chemin

Maraichage


Monts du Lyonnais A’

D 1082 entre Montrond-Les-Bains et Feurs

Ligne TER SaintÉtienne Roanne

1 . 500e

Prairies

20m

1 . 2 000e

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Sur une digue, un étang du plateau de Feurs

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Nouveau chemin en bord de Loire, de la plaine à Saint-Étienne. L’être liquide va rencontrer le compact de la métropole

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CONCLUSION

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La fin, le début

Imaginer ce que serait la plaine du Forez en 2050 a été un exercice passionnant. Ce lieu tiraillé entre influence métropolitaine et changement radicaux liés aux modifications climatiques. Le paysage, cette matière palpable parfois difficile à définir est le médium, l’initiateur d’un projet de territoire finalement plus vaste que le périmètre de la plaine du Forez. Le paysage englobe la ville, l’agriculture, l’eau, là où il est souhaitable d’urbaniser et là où il ne l’est pas. Le temps long du paysage permet cette réflexion et cette édification d’un projet à l’horizon 2050, considérer comme lointain pour certains décideurs. Mais c’est dans cette temporalité que réside la cohérence, l’anticipation et surtout l’élaboration d’un paysage désiré. Le projet mené dans ce PFE a pris en considération les limites administratives, il les a surtout outrepassées. La plaine du Forez entre dans la balance métropolitaine, la plus grande qualité de la plaine est sa tendresse, c’est ce qui en fait un territoire nécessaire à l’équilibre métropolitain. Les intentions de projets parfois radicales témoignent de l’urgence climatique dont les habitants, parfois les décideurs n’ont pas pris la mesure. Me confronter aux données climatiques précises et aux savoirs d’un climatologue fut selon moi essentiel et d’une grande richesse. Travailler le grand territoire nécessite la compréhension des flux climatiques et leurs évolutions dans le temps, la justesse du projet et la pérennité en dépend. Le projet en l’état doit faire réfléchir, générer le débat, il n’est en aucun cas une doctrine à suivre et à mettre en place. Les intentions et le dessin du projet sont à l’échelle des problèmes et des enjeux qui incombent à ce territoire. Le caractère spongieux de l’organisme Foréziens est sa plus grande force, de cette émulsion entre la terre et l’eau réside la fertilité des sols, la nécessité encore trop discrète de la balance métropolitaine. Le processus métropolitain a sans cesse repousser

176

la question nourricière loin de ces hypercentres. Ce projet propose d’amorcer cette question, de l’entremêler avec la sensibilité et la beauté du paysage de la plaine. Désormais le ruban central qui accompagne la Loire est protégé par les étangs du Forez, les constellations aquatiques sont densifiées, elles s’animent. Tantôt se gorgent d’eau tantôt la laisse couler pour les cultures. L’eau est mouvante, l’organisme vit aux rythme des précipitations et des sècheresses. Les nombreux étangs dépassent le seul caractère fonctionnel, ils débordent vers les villes et propose cet espace public rural de la plaine du Forez. A ce stade, il serait essentiel de confronter ce projet de paysages avec les personnes en charge de son aménagement, de son devenir. Il serait également nécessaire de présenter ce projet aux agriculteurs, aux 62 villes et villages qui sont comprises dans le périmètre paysager de la plaine du Forez. Dans la confrontation et la complexité réside la finesse d’un projet possible, le projet de paysage comme lien commun entre les villes qui peut ensuite être ajusté parcelles par parcelles, arbre par arbre. La direction et la volonté que propose ce projet est commune, définit par une réflexion à très grande échelle. La disparition peut être dure, violente mais elle est pour les paysagistes l’occasion d’interroger différemment les territoires. La plaine du Forez n’est pas condamné, elle foisonnante, elle est l’illustration d’une beauté fragile et nécessaire. C’est dans cet ovale suave que réside l’équilibre de la balance métropolitaine. Cette conclusion est le commencement, le projet de paysage comme infatigable agitateur


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Membres du jury : Olivier Marty, artiste, paysagiste DPLG et président du jury Lucile Schmid, auteure, haut-fonctionnaire et co-fondatrice de La fabrique écologique. Esther Salmona, auteure, artiste et paysagiste DPLG. Co-encadrante de la classe disparition. Bruno Tanant, paysagiste DPLG et encadrant. 178


SOUTENANCE

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Vendredi 10 septembre 2021

©Didier Plowy, 2021

©Didier Plowy, 2021

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©Didier Plowy, 2021

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©Didier Plowy, 2021

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©Didier Plowy, 2021

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Bibliographie

Articles, ouvrages et rapports scientifiques

Conférences, vidéos

- BONNEUIL Christophe, FRESSOZ Jean-Baptiste, L’événement Anthropocène La Terre l’histoire et nous, Paris, Edition du seuil, 2016, 322p.

- Etudier le réchauffement climatique au niveau local : une nécessité pour anticiper son impact. Conference du climatologue Vincent Caillez. https://www.youtube.com/watch?v=FfxFnt3HDEM

-TOMAS François, Les étangs et la légende du lac. In : Paysage et milieux naturels de la plaine du Forez, Université de Saint Etienne, 1984, pp. 25-38 - TOMAS François. Quelques traits de la géographie et de l’histoire agraires de la plaine du Forez. In: Revue de géographie de Lyon, vol. 38, n°2, 1963. pp. 131-16. https://www.persee.fr/doc/geoca_0035-113x_1963_num_38_2_1754

Sites internet - INSEE https://www.insee.fr/fr/statistiques/2011101?geo=DEP-42

- VERMEREN Pierre, L’impasse de la métropolisation, Paris, Gallimard, 2021, 106p.

- PARCEL https://parcel-app.org/repartition-des-cultures-dans-la-relocalisation

Autres ouvrages et articles

- Progrramme AP3C, prospective clmimatique à l’échelle du Massif-Central. https://www.sidam-massifcentral.fr/developpement/ap3c/

- ALBRECHT Glenn, Les émotions de la terre des nouveaux mots pour un nouveau monde, Paris, Les liens qui libèrent, 2020, 365 p. - URFÉ Honoré, L’Astrée, Paris, Gallimard, 1984, 442p. - MORIZOT Baptiste, Raviver les braises du vivant Un front commun, 2020, Arles, Actes sud / Wildproject, 199p. - RECLUS Élisée, Histoire d’un ruisseau, 1995, Arles, Actes sud, 217p. - SAGE Loire https://sage-loire-rhone-alpes.fr/

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- Scot Sud Loire http://www.scot-sudloire.fr/ - DREAL Auvergne-Rhône-Alpes http://www.auvergne-rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr/


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ANIMER L’ORGANISME POREUX La plaine du Forez entre dans la balance Mathias Goutelle, PFE 2021 190


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