UN PAYSAGISTE DANS LES CHAMPS Éprouver les politiques agricoles dans la plaine du Forez
Mathias Goutelle Mémoire d’initiation à la recherche Diplôme d’État de Paysagiste
Année universitaire 2020/2021 Mémoire encadré par Alexis Pernet
UN PAYSAGISTE DANS LES CHAMPS Éprouver les politiques agricoles dans la plaine du Forez
Mémoire d’initiation à la recherche Diplôme d’état de paysagiste Année universitaire 2020/2021 Mémoire encadré par Alexis Pernet Soutenu par Mathias Goutelle
« L’une des définitions que l’on peut donner du paysan est qu’il ne dissocie pas l’activité productive et le soin donné à la nature, dans une logique d’ensemble dont le marché n’est qu’une composante parmi d’autre. » Pierre Alphandéry et Bernadette Lizet
Résumé Les questions agricoles et les enjeux d’un horizon 2050 incertain imposent d’édifier un nouveau système nourricier qui dépasse la seule visée productive. Çà et là, des agricultrices et des agriculteurs sont prêt à détourner le regard, à prendre de la hauteur et considérer la ferme dans un système paysager beaucoup plus vaste. Inexorablement, la définition d’un paysage nourricier désiré impose la rencontre avec les politiques agricoles. Alors, il s’avère nécessaire de se mettre en quête, de chercher les leviers d’actions pour la profession de paysagiste dans cette nébuleuse. Ainsi, vient le temps d’éprouver les politiques agricoles à différentes échelles. Ce travail propose un regard croisé entre le cadre européen de la PAC, les organes politiques agricole d’un département et l’échelle de la ferme.
C’est dans la plaine du Forez, ce territoire de 2000 km² traversé par la Loire que j’ai entrepris cette expérience. Les milliers d’hectares irrigués de la plaine sont de plus en plus confrontés à la rudesse du changement climatique. Dans cette affaire complexe, quelles peuvent être les places institutionnelles des paysagistes concepteurs ? Comment redéfinir une spatialité agricole ? Quelle perception de la sphère agricole pour cette profession ? L’engagement d’une réflexion paysagère pour l’agriculture évolue, pour effectuer ce pas de côté le temps est nécessaire. Mais dès à présent, des femmes et des hommes sollicitent le regard des paysagistes. Des forces vives qui essaiment de ferme en ferme. La possibilité d’engager dès à présent une réflexion paysagère qui concerne l’ensemble du vivant.
Remerciements La réalisation de ce mémoire a été possible grâce au concours de plusieurs personnes à qui je voudrais témoigner toute ma gratitude. Tout d’abord je souhaite remercier mon tuteur, Alexis Pernet, pour sa passion, sa disponibilité infaillible et les nombreux échanges qui ont grandement nourri ma réflexion. Un grand merci à Pauline Frileux également pour les conseils avisés et les échanges sur mon sujet. Un grand merci à Rémi Janin pour sa disponibilité, ainsi que la gentillesse de son accueil dans sa ferme. Je tiens à remercier Amandine et Carl Cheminal ainsi que Alexandre Coudour de s’être prêté à l’expérience de l’atelier, ces moments d’une immense richesse ont été décisifs dans la construction du mémoire. Je désire aussi remercier Marine Leschiutta, Éric Andrieu et Raymond Vial pour les temps d’échanges fondateurs dans ma réflexion. Un immense merci à Gabrielle Repiquet d’avoir supporté mes doutes, mes interrogations et les nombreuses discussions qui ont contribués à la réalisation de cet objet Enfin je souhaiterais dire merci à l’ensemble de ma famille pour leur soutient infaillible et leur amour, merci d’avoir développé en moi cet intérêt pour l’agriculture. Un merci tout particulier pour ma relectrice favorite, ma grande sœur. Pour terminer je souhaite remercier ma deuxième famille, mes amis qui ont suivi de loin ce travail ainsi que les copains de promo. Merci à Jojo pour tout. A mon grand-père.
Sommaire
Introduction
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I. L’agriculture à l’aube de l’Anthropocène
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1. L’Anthropocène comme évenement 2. L’agriculture dans la plaine et le changement climatique 3. Ceux qui restent 4. La nécessité de l’émerveillement
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II. La réincarnation de la société paysanne dans le productivisme
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1. Un processus antérieur à la PAC 2. L’originalité de la démarche religieuse 3. L’administrabilité de la société agricole
III. Une nouvelle échelle de lecture
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1. Une vision sectorielle de l’agriculture 2. L’amorce d’un autre regard 3. Agriculture et aménités territoriales
IV. L’avenir par le territoire
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1. Exploration prospective 2. Le liant entre les sociétés 3. Les outils de la territorialisation
V. Un paysagiste à l’épreuve des politiques
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55 61 63
1. Vers une expérimentation 2. La nécessité du temps 3. Les paysagistes à quelles places institutionnelles ?
VI. Atterrir : Ateliers aux champs
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71 75 81 93 109
1. Définir le cadre 2. Déroulement des ateliers 3. Chez Alexandre 4. Chez Amandine et Carl 5. Prendre du recul
Conclusion
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Table des figures
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Sigles et abréviations
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Bibliographie
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Annexes
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Introduction Voilà où tout a commencé. Vingt-cinq hectares accrochés au piémont des Monts du Lyonnais, à quelques kilomètres de Saint Étienne. Je fais partie de la troisième génération qui habite et participe à cette ferme. Un corps de ferme en pierre avec une grange remplie de bottes de foin qui coiffent l’étable à demie enterrée. Adossé aux coteaux, le regard se jette dans la plaine du Forez contenu par le silence assourdissant des Monts du Forez, les montagnes du soir1. Mes grands-parents avaient choisi cet endroit pour développer une activité de polyculture élevage, lait, yaourts, beurre, crème, viande et légumes, vendus sur les marchés des différentes places de Saint Étienne. Quand on grandit dans le milieu agricole, l’enfance a une importance toute particulière, des souvenirs, des jeux mais aussi du travail dans une liberté qui peut parfois paraître déconcertante aux yeux de la société. Finalement c’est un jeu grandeur nature qui jette l’enfant dans une douce responsabilisation. C’est ainsi que naît une fascination pour cette alliance entre l’humain et son paysage nourricier, une communication muette avec l’ardeur passionnante du non-humain. La ferme est toujours restée hors du temps. En grandissant cela a toujours été source d’interrogations. Les vaches sont à l’herbe presque tout l’année, le matériel fait son devoir sans provoquer la jalousie. J’ai rapidement vu les nombreuses manières d’exercer quand on décide d’être agriculteur. J’ai vu mon grand-père battre la faux, l’aiguiser avec la pierre. J’ai vu les lignes de pomme de terre buttées avec le cheval, mon grand-père maniant le butoir et moi devant pour guider le cheval. J’ai aussi vu mon grand-père chercher l’eau avec le bâton de coudrier, pas une seule goutte d’eau utilisée à la ferme ne provient du réseau, les sources sont nombreuses et abondantes. Depuis ces collines qui forment des balcons sur la plaine du Forez, j’ai vu la césure immense entre le fonctionnement de la petite ferme familiale et les pratiques productivistes de la plaine. La recherche de l’économie d’échelle a transformé les
chambons2 et les terres fertiles autour du fleuve sauvage, la Loire. L’échelle du paysage a considérablement changé, les parcelles se sont agrandies. Aujourd’hui je me suis éloigné physiquement de la ferme, depuis Versailles ou ailleurs je n’oublierai jamais l’odeur du foin que je travaillais le soir seul dans le tracteur parfois à la lueur des phares. Dès l’enfance, lorsque que l’on naît fils d’agriculteur, on ressent sans forcément comprendre la césure entre la société urbaine et la société agricole. A l’École nationale supérieure de paysage de Versailles j’ai compris qu’il est impossible de dissocier les deux, « l’agriculture est urbaine et la ville est agricole, indéniablement3. » A travers les mutations productivistes de l’agriculture, le paysage est une composante essentielle, chaque agriculteur dans son travail journalier porte « un projet spatial donc indirectement un projet de paysage4. » Les liens se délitent de plus en plus entre l’administration et les administrés, la question spatiale et territoriale est au cœur d’une nouvelle mutation nécessaire pour le grand système nourricier. Dans cette affaire d’espace, le paysagiste deviendrait-il une pièce d’importance grandissante ? Ce mémoire de recherche sera guidé par l’hypothèse que les paysagistes sont en mesure d’avoir des rôles, des apports dans la construction d’une agriculture à vision plus systémique. En effet, les mutations liées au changement climatique imposent une relecture de l’espace, un nouveau regard par le paysage. La nécessité de construire des systèmes alimentaires complexes et durables impose une réflexion croisée des échelles. Une pensée territoriale qui alimente et est alimentée par la puissance des projets localisés. Finalement, c’est aussi interroger la capacité du paysage à devenir liant entre l’agriculture et la société civile dans sa globalité. Ce rôle, qui peut impliquer différentes positions institutionnelles interroge l’interface entre les outils prospectifs propres au paysagiste et les politiques agricoles. Pour construire cette nouvelle dialectique, il parait essentiel d’éprouver les politiques agricoles à différentes échelles. Le dédale des gouvernances agricoles m’interroge, où sont les leviers et les points névralgiques sur lesquels s’appuyer.
1 Nom donné aux Monts du Forez lié à l’exposition au soleil, les monts du Lyonnais étant les montagnes du matin. 2 Terres fertiles au bord de la Loire où le maraichage était majoritairement pratiqué. 3 JANIN Rémi (paysagiste et agriculteur), La ville agricole, Fourneaux, Editions Openfield, 2018, p. 32. 4 Ibid., p. 34.
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Quelle place pour la profession de paysagiste dans cette nébuleuse ? Le développement du mémoire est basé sur cette nécessité de l’entrecroisement des échelles. Dans un premier temps, il s’agira de mettre en perspective l’agriculture et l’entrée dans l’Anthropocène. Quels sont ces changements sur une localité comme la plaine du Forez ? Quelles transformations sémantiques pour créer de nouveau récits ? Ensuite, nous interrogerons l’édification d’une pensée paysagère qui implique de comprendre les processus qui ont transformé l’agriculture et donc les territoires. La nouvelle échelle de lecture européenne proposée par la Politique Agricole Commune nécessite d’être éprouvée pour saisir les signaux faibles. La PAC s’est inscrite dans un processus déjà en marche, paradoxalement cette politique est aujourd’hui de moins en moins commune. Puis, nous verrons que dans le rouage de ces processus de globalisations des regards et des outils plus territoriaux sont nés. Aujourd’hui la nécessité prospective permet d’envisager d’une autre manière les différents cadres politiques. Enfin, il conviendra d’aborder plus finement l’éventuelle place d’un paysagiste dans cette nébuleuse nourricière et politique. Quelles expérimentations,
quels retours et surtout quelles possibilités pour le futur. Dernièrement, il sera temps d’atterrir dans cette plaine du Forez. Arpenter, expérimenter auprès des agriculteurs les possibles d’une synergie entre projet spatial et nourricier. Ainsi, sur le territoire d’application qui est la plaine du Forez plusieurs ateliers dans les champs ont été réalisés. Il semble pertinent de mettre en parallèle le rôle possible du paysagiste au sein d’une chambre d’agriculture et ses éventuels apports auprès d’un groupe d’agriculteurs déjà en projet. La proposition d’une nouvelle lecture par les outils du paysagiste demande à être confrontée aux réactions des différents acteurs d’un territoire rural. Les agriculteurs de la plaine du Forez font face aux sécheresses répétées, la prise de conscience est largement amorcée. En revanche, l’enjeu d’espace qui se cache derrière cette problématique semble pour l’instant peu mis en avant. Comment peut-être reçu la notion d’espace, de paysage dans les instances départementales ? Comment ne pas céder au biais de la compensation, mais affirmer la vrai nécessité du territoire pour les nouvelles gouvernances ? Par son occupation si vaste sur le territoire, l’agriculture nécessite une approche systémique. A ce jour, une vision unique de productivité ne répond plus aux besoins d’une société changeante. Là, réside peut-être le défi d’une ruralité à l’horizon 2050.
Figure 1 : Travail à la terre en juillet Les mentions complètes des illustrations sont regroupées en fin de mémoire.
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I
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L’agriculture à l’aube de l’Anthropocène
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1. L’Anthropocène comme événement Le basculement dans une nouvelle ère géologique ne se produit pas en un instant, ce renversement est le produit d’un amoncèlement d’évènements. Jusqu’alors, les temps géologiques n’étaient en rien régis par l’humain. A mesure que les installations et activités humaines se sont développées l’Holocène s’en est allé. L’histoire de la réincarnation de la société paysanne dans le productivisme est un parfait exemple du cheminement global de notre civilisation vers l’Anthropocène. Les récits sont de plus en plus nombreux, ceux des anthropocénologues s’organisent en différentes étapes qui conduisent à ce que l’on définit aujourd’hui comme l’Anthropocène : « La première, des débuts de la révolution industrielle à la Seconde Guerre mondiale, correspond au basculement vers l’Anthropocène avec la révolution thermo-industrielle faisant monter la concentration de CO² atmosphérique1. » Ensuite, une deuxième phase est identifiée après 1945, c’est « La Grande Accélération2. » Enfin la troisième phase aurait commencé à partir des années 2000, le carbone est le guide de cette classification en étape. Dans cette affaire complexe, il semble nécessaire de se saisir de ce récit où tout est à écrire. Dans l’ouvrage de Christophe Bonneuil et Jean Baptiste Fressoz qui sont tous deux chercheurs au CNRS et enseignants à l’EHESS3, une perception est intéressante. Pour eux, « tenir l’Anthropocène pour un événement, c’est acter que nous avons passé la porte de sortie de l’Holocène […] C’est déjouer le récit officiel dans ses variantes gestionnaires ou iréniques et forger de nouveaux récits et donc de nouveaux imaginaires pour l’Anthropocène4. » Inexorablement, l’arrivée progressive de l’Anthropocène dépend des évolutions et des pratiques à
l’échelle planétaire. Dans cette conséquence globale, il convient de souligner que les responsabilités sont variées. Que l’on soit un industriel occidental, un agriculteur français ou un géant du e-commerce la variabilité semble importante. C’est pourquoi il est intéressant de parler « d’Oliganthropocène, époque géologique causée par une petite fraction de l’humanité, plutôt que d’Anthropocène5. » Paradoxalement, cette période de grande accélération et de plénitude amorce la question de la décroissance. Ici, le mot décroissance n’est pas perçu comme un mode de vie « low-tech », c’est une sémantique tout à fait différente. L’exemple de l’agriculture est éloquent, avec la décroissance du rendement énergétique. Le passage d’une agriculture paysanne et vivrière au profit du modèle productiviste a conduit à utiliser davantage de calories provenant majoritairement du pétrole pour produire une calorie alimentaire. La production de maïs passe de dix calories produites pour une mobilisée à un ratio de trois pour un6. L’ensemble des processus qui conduisent à l’intensification sont pourtant présentés comme révolutionnaires, sans risque pour les agriculteurs et la société civile. La baisse du rendement énergétique, les risques sanitaires et environnementaux sont passés sous couvert par des processus agnotologiques. Ces mécanismes de la fabrique de l’ignorance permirent l’implantation durable de la chimie dans les campagnes. L’agnotologie est un « champ d’étude qui a émergé progressivement au cours de la première moitié des années 2000. Il prend pour objet la production culturelle de l’ignorance qui n’est alors plus simplement conçue comme l’absence de connaissance, mais comme le résultat d’un travail actif et organisé d’acteurs dominants cherchant à protéger leurs intérêts7. » Dans cette perspective, il paraît compliqué d’en vouloir
1 BONNEUIL Christophe, FRESSOZ Jean-Baptiste, L’événement Anthropocène La Terre l’histoire et nous, Paris, Édition du seuil, 2016, p. 66. 2 Ibid., p.66. 3 École des hautes études en sciences sociales 4 Ibid., p.13. 5 Ibid., p.89. 6 Ibid., p.127. 7 JAS Nathalie, « Agnotologie », dans : Emmanuel Henry éd., Dictionnaire critique de l’expertise. Santé, travail, environnement. Paris, Presses de Sciences Po, « Références », 2015, p. 33-40. https://www.cairn.info/dictionnaire-critique-de-l-expertise-9782724617603-page-33.htm
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aux agriculteurs, contraints de suivre les rails d’un train déjà lancé. Le mot Anthropocène traduit cette présence presque totale de l’humain sur la planète. La grande libération énergétique a permis de défricher, d’urbaniser, de manière générale, d’aménager les écosystèmes. « Les pâturages, les cultures et les villes, qui représentaient 5 % de la surface terrestre en 1750 et 12 % en 1900, en couvrent près du tiers aujourd’hui. En comptant les biomes partiellement anthropisés, on considère qu’aujourd’hui 83 % de la surface émergée non glacée de la planète est sous influence humaine directe et que 90 % de la photosynthèse sur Terre se fait dans ces « biomes anthropogéniques », c’est-à-dire des ensembles écologiques aménagés par les êtres humains1. » Comment fonder un nouvel idéal quand le rêve de l’abondance matérielle disparaît ? Comment penser la politique et plus précisément les politiques agricoles à l’aube de l’Anthropocène ?
affaire, il convient de garder à l’esprit que nous faisons partie de ce vivant. Tout être possède un rôle dans l’élaboration complexe et fine du vivant. L’Anthropocène est un événement géologique mais il est aussi un évènement politique. Ces politiques doivent être éprouvées. L’entrée dans cette nouvelle ère géologique pose des questions fondamentales. Les transformations, qui vont s’opérer avec ou sans l’accompagnement humain, désignent dans un second plan des politiques spatiales. Alors peut-être, faut-il encourager les paysagistes à rencontrer, distordre, éprouver les politiques agricoles. Prendre acte de l’entrée dans l’Anthropocène c’est peut-être aussi prendre acte d’un besoin nouveau. La volonté d’une spatialité désirée pour les gouvernances agricoles.
C’est ainsi qu’aujourd’hui il semble important de se libérer du dualisme entre humain et nature. Le mythe de la Wilderness Américaine2 n’est plus. « La réserve de Wilderness constitue par nature quelque chose comme le petit pourcentage de bonne conscience pour laisser l’agrobusiness capitaliste exploiter aveuglément tout le reste. Autrement dit, le problème de cette ancienne logique de sanctuarisation […], ce n’est pas ce qu’elle fait dans les sanctuaires, c’est ce qu’elle laisse faire et justifie partout ailleurs. Ce qu’elle chérit : c’est ce qu’elle néglige3. » Comme l’explique l’écrivain et philosophe Baptiste Morizot, notre société aujourd’hui hérite d’une classification dualiste des usages de la terre. Cette cosmologie se « formule en une opposition fondatrice entre exploiter et sanctuariser, comme si ces deux usages de la terre étaient exclusifs, en conflit, et irréconciliables4. » Pourtant, dans toute cette
1 BONNEUIL Christophe, FRESSOZ JB, op.cit. p.23. 2 « La wilderness, née en Amérique du Nord, désigne l’« état sauvage », ou plus spécifiquement la « nature sauvage »[…] Au Canada et aux États-Unis, la wilderness est imprégnée de « religiosité et de spiritualité » (Laslaz, 2012), par la confrontation de l’individu solitaire avec les paysages grandioses, comme on la retrouve dans les textes de Henry David Thoreau (Walden ou la Vie dans les bois, 1854) ou de John Muir, fondateur du Sierra Club, la plus ancienne association de protection de la nature. » http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/wilderness 3 MORIZOT Baptiste, Raviver les braises du vivant Un front commun, 2020, Arles, Actes sud / Wildproject, p. 157. 4 Ibid., p. 67.
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CHAPTER 3 · The Anthropocene Era: How Humans are Changing the Earth System
Fig. 3.66. The increasing rates of change in human activity since the beginning of the Industrial Revolution. Sharp changes in the slope of the curves occur around the 1950s in each case and illustrate how the past 50 years have been a period of dramatic and unprecedented change in human history. (US Bureau of the Census 2000; Nordhaus 1997; World Bank 2002; World Commission on Dams 2000; Shiklomanov 1990; International Fertilizer Industry Association 2002; UN Center for Human Settlements 2001; Pulp and Paper International 1993; McDonald’s 2002; UNEP 2000; Canning 2001; World Tourism Organization 2001)
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3.4 · Putting Human-Driven Changes into an Earth System Perspective
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Fig. 3.67. Global-scale changes in the Earth System as a result of the dramatic increase in human activity: a atmospheric CO2 conFigure : Le ctableau de bord de l’Anthropocène centration (Etheridge et al. 1996); b atmospheric N2O concentration (Machida et al.21995); atmospheric CH4 concentration (Blunier et al. 1993); d percentage total column ozone loss, using the average annual total column ozone, 330, as a base (image: J. D. Shanklin, British Antarctic Survey); e northern hemisphere average surface temperature anomalies (Mann et al. 1999); f decadal frequency of great floods (one-in-100-year events) after 1860 for basins larger than 200 000 km 2 with observations that span at least 30 years (Milly et al. 2002); g percentage of global fisheries either fully exploited, overfished or collapsed (FAOSTAT 2002); h annual shrimp production as a proxy for coastal zone alteration (WRI 2003; FAOSTAT 2002); i model-calculated partitioning of the human-induced nitrogen perturbation fluxes in the global coastal margin for the period since 1850 (Mackenzie et al. 2002); j loss of tropical rainforest and woodland, as estimated for tropical Africa, Latin America and South and Southeast Asia (Richards 1990; WRI 1990); k amount of land converted to pasture and cropland (Klein Goldewijk and Battjes 1997); and l mathematically calculated rate of extinction (based on Wilson 1992)
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2. L’agriculture dans le Forez et le changement climatique Depuis quelques années maintenant, les grandes cultures de la plaine du Forez subissent plus fortement le climat d’abri, largement amplifié par le changement climatique. Cette situation est commune sur le territoire du Massif Central. En effet, la plaine de la Limagne présente des caractéristiques et des enjeux communs à celle du Forez. Les nuages venant de l’océan Atlantique s’accrochent sur les Monts du Forez mais ne viennent guère arroser les terres limoneuses de la plaine (voir Figure 5). Au-delà de ce phénomène bien connu par les agriculteurs, les sécheresses à répétition sévissent désormais à partir du mois de mai et causent de réels problèmes pour la production de maïs, de foin mais aussi de céréales. Les nombreux étangs de cette région créent l’illusion d’une abondance hydrique, mais sans irrigation ce modèle ne fonctionne pas. Le besoin d’irrigation n’est pas récent, la plaine a nécessité des aménagements considérables comme le dit François Tomas en 1963, « C’est enfin une des premières plaines irriguées de France et le canal du Forez en reste le système d’irrigation le plus septentrional1. » . Aujourd’hui, malgré la perfusion du canal cela ne suffit plus pour abonder certaines zones géographiques. En été 2020, au mois d’août, les maïs étaient secs sur pied dans les parcelles où l’eau de la Loire n’infuse pas. Les agriculteurs voient les sècheresses se répéter chaque année, leurs terres, leurs paysages changent encore plus rapidement et intensément. Le changement climatique fait émerger des projets et des études prospectives sur les territoires. La question commence à être saisie à bras le corps par l’administration souvent considérée comme velléitaire. Sur le territoire du Massif Central un projet de prospective climatique est en construction depuis 2015. Ce projet regroupe onze chambres d’agriculture, des ingénieurs et un climatologue. AP3C2 a pour ambition de récolter les données d’analyse météorologique pour établir une analyse fine des impacts du changement climatique ; cela dans le but d’adapter les pratiques culturales et surtout de sensibiliser les acteurs3. Les données récoltées depuis 1980 sont analysées et homogénéisées. Cette masse
de données permet de projeter des scénarios climatiques localisés et détaillés en fonction de différents facteurs et des différentes saisons. Les cartes produites à l’horizon 2050 se révèlent très éloquentes. Globalement pour le territoire de la plaine du Forez c’est une augmentation moyenne des températures annuelles de 2°C et une baisse des précipitations annuelles de 150 millimètres. Ces modèles climatiques prospectifs très localisés sont d’une immense richesse. Dans une conférence dispensée par le climatologue responsable du projet, on comprend que les modèles créés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sont déjà dépassés lorsqu’ils sont territorialisés. Dans cette perspective, les modèles du GIEC ne peuvent pas être considérés comme matière pour des projets à l’échelle territoriale4. Ces changements interrogent sur la migration spatiale des cultures demandeuses en eau sur les hauteurs. C’est notamment le cas du maïs qui devrait dans une logique évolutive gagner les monts du Forez et du Lyonnais et délaisser progressivement les terres de plaine. C’est tout une chaîne spatiale qui pourrait accompagner cette transformation, avec le développement des retenues collinaires pour irriguer les terres de maïs en moyenne montagne. Cette vision prospective appelle des notions de spatialisation, les paysagistes pourraient être des apports de connaissances. Notamment auprès des instances qui encadrent et animent les politiques agricoles. Les gouvernances imposent de faire un pas de côté, il n’est pas trop tard pour engager des transformations. Il faut accepter que certaines choses disparaissent et à l’inverse provoquer l’effervescence pour maintenir ce qui peut l’être.
1 TOMAS François. Quelques traits de la géographie et de l’histoire agraires de la plaine du Forez. In: Revue de géographie de Lyon, vol. 38, n°2, 1963. pp. 131-161 2 Adaptation des Pratiques Culturales au Changement Climatique 3 https://www.sidam-massifcentral.fr/developpement/ap3c/ 4 CAILLEZ Vincent, Étudier le réchauffement climatique au niveau local : une nécessité pour anticiper son impact, 2020, https://www.youtube.com/watch?v=FfxFnt3HDEM
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plaine du Forez
Figure 3 : Carte de l’évolution hydrique en 2050 dans le Massif Central
Figure 4 : Carte de l’évolution moyenne des températures annuelles en 2050 dans le Massif-Central
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Monts du Forez
Plaine du Forez
1634 m
350 m
Granit à biotites Granit du Forez Granit à porphyroïde Eau
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Formations sédimentaires
La Loire
Monts du Lyonnais
Vallée du Rhône
946 m
Figure 5 : Coupe de la plaine du Forez. Climat d’abri et circulation de l’eau souterraine
5 km
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3. Ceux qui restent Le phénomène d’exode vers les villes de la population paysanne apparaît et s’intensifie bien avant la grande industrialisation de l’agriculture. En 1931, un cap est franchi, la population urbaine dépasse la population rurale en France1. La baisse du nombre d’agriculteurs est significative, en 1955 on dénombrait 2 267 704 agriculteurs2. Aujourd’hui il reste environs 400 000 agriculteurs en France. Par-delà la baisse du nombre d’agriculteurs en France, la société agricole représente aussi ces personnes qui restent. Cette part de la société qui est moins soumise à l’hyper mobilité et parfois même au déracinement. Par l’attachement aux terres et à la propriété foncière, les agriculteurs sont les témoins oculaires du rapide changement des paysages, des espèces vivantes, du non humain. Un sentiment semble s’amplifier dans l’Anthropocène, un sentiment qui apparaît quand on est en prise directe avec un lieu, quand l’écosystème qui est l’outil de travail des paysans est fortement modifié par des facteurs extérieurs et incommensurables. Ce sentiment a été défini par le philosophe australien Glen Albrecht, il s’agit de la solastalgie. Selon lui ce sentiment se caractérise « comme la douleur ou la détresse causée par une absence continue de consolation et par le sentiment de désolation provoqué par l’état actuel de son environnement proche et de son territoire3. » Cette définition ne semble pas décrire un nouveau sentiment, en revanche aujourd’hui la fréquence et l’intensité sont croissantes. Chez les agriculteurs, le lien à la terre est très fort. Les parcelles sont souvent héritées des parents ou des grands parents, « Le mot qui décrit au plus près ce sentiment positif a été créé par le géographe Yi-Fu Than : La « topophilie ou l’amour du lieu Le topos, c’est-à-dire le lieu où la région, est l’objet que les humains peuvent aimer4. » Qui plus est, le sentiment de topophilie est exacerbé dans les lieux ou les environnements qui sont riches en références culturelles. Par le biais de son livre, le philosophe Glenn Albrecht soulève une question centrale dans la construction des systèmes de pensées. Pour définir autrement l’espace qui nous entoure, il est nécessaire d’utiliser les mots en accord. Le contexte de l’Anthropocène impose une relecture de l’espace mais également une réinterrogation sémantique.
Les nouveaux événements qui apparaissent, génèrent des états de l’être qui peuvent être nouveaux. A partir de ce moment-là intervient la nécessité d’employer des mots nouveaux qui sont en adéquation avec les phénomènes. Malgré certains livres fustigeant les dérives du productivisme, les agriculteurs entretiennent pour la plupart une relation forte et sentimentale avec l’écosystème qu’ils travaillent. Malgré le refus de certains paysans de se revendiquer « jardinier des paysages », ils le sont. Le projet d’espace, mené de manière consciente ou non, se caractérise par une rapidité d’évolution incroyable, les saisons et les divers travaux changent le visage d’un lieu en moins d’une année. Dans le contexte climatique actuel, ces modifications peuvent être encore plus exacerbées. Ces changements soudains dont sont capables les agriculteurs représentent peut-être une forme de frustration et de jalousie pour les paysagistes. En vérité, cette rapidité de transformation des paysages est une richesse incommensurable. C’est la possibilité de mener des expériences spatiales variées en une seule et même année. Comme nous l’avons vu dans la première partie, les territoires vont se transformer rapidement en 30 ans et cela sans avoir besoin de faire travailler des femmes et des hommes. L’exogène, le territoire va entamer de lui-même une mutation de son enveloppe. La nature d’un lieu, d’une plaine n’aura sans doute plus grand-chose à voir. Sans céder au collapse, il semble nécessaire d’engager de nouveaux imaginaires, de dessiner, de spatialiser autrement les paysages. Au-delà de la transformation des territoires c’est le délaissement des zones rurales, la perte de vitalité, la disparition d’un tissu associatif qui peut accompagner ce sentiment de sol qui se dérobe, se liquéfie. Chercher, essayer pour limiter la vague de solastalgie que la société agricole risque de connaître à l’horizon 2050, voilà un sujet passionnant pour les professions relatives à l’espace.
1LAURENTIN Emmanuel, La France et ses paysans, Paris, Bayard, 2012, p. 14. 2 NOULHIANNE Xavier, Le ménage des champs chronique d’un éleveur au XXIe siècle, Le Mas-d’Azil, Les éditions du bout de la ville, 2016, p. 29. 3ALBRECHT Glenn, Les émotions de la terre des nouveaux mots pour un nouveau monde, Paris, Les liens qui libèrent, 2020, p. 76. 4Ibid., p. 57.
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Figure 6 : Lever du soleil dans les Monts du Lyonnais
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4. La nécessité de l’émerveillement Le productivisme largement ancré dans la ruralité française pousse des agriculteurs à utiliser une sémantique surprenante. Les produits fabriqués par la société agricole subissent parfois les termes inappropriés de l’industrie. La modernisation et l’industrialisation brouillent les limites entre les producteurs de matières premières comme le seraient une exploitation de minerai de fer et les agriculteurs. C’est ainsi qu’aujourd’hui certains producteurs se disent producteur de minerai1. Par exemple, les producteurs de minerai blanc sont les agriculteurs qui produisent du lait. La volonté d’une économie d’échelle pour l’agriculture française pose aujourd’hui de nombreuses questions. Il apparaît que la France ne sera jamais à la hauteur pour rivaliser face aux rendements des plaines immenses des Etats-Unis, du Brésil ou encore de la Russie2. En revanche, la France dispose d’une variété de terroirs, sols, microrégions et le travail des agriculteurs dans certains cas suscite encore l’émerveillement de leur être et du reste de la société civile. Le travail des agriculteurs est complexe, le sol n’est pas seulement leur outil de travail c’est un écosystème tout entier. Comme le dit l’agronome Marc Dufumier « les avantages comparatifs c’est la France des terroirs3. » S’arrêter quelques instants sur la pensée systémique permet de tisser de nouveaux les liens entre les agriculteurs et les habitants d’une entité. C’est à la fois une entité paysagère qui est définie, par exemple celle de la plaine du Forez. Avec du recul, c’est tout le bassin versant de la Loire qui forme une unité. Il n’y a rien de nouveau, en revanche il est nécessaire de prendre conscience du rôle de chacun dans ce système. Les petits ruisseaux, les prairies, les écosystèmes du Massif Central sont la pépinière du grand fleuve Loire. C’est dans ce fourmillement, cette ramification dense que jaillit la puissance d’un être fluvial. En cela, l’émerveillement est de prendre acte du pouvoir de tout un chacun dans le grand système du bassin versant.
Retrouver l’émerveillement quant au travail des agriculteurs implique donc logiquement un phénomène antérieur de dévaluation. Il semble intéressant de le mettre en parallèle des défenseurs de « l’improvement ». Ces derniers fustigent depuis longtemps la nécessité de mettre en valeur les milieux. Ainsi, « pour que les théories de « l’improvement » aient pu s’imposer, il a fallu d’abord transformer notre conception de la terre par la « cheapisation » ontologique : la dépouiller de sa valeur dans l’absolu. C’est parce qu’elle est considérée comme inaboutie, balbutiante, désorganisée, que la nature seule exige qu’on l’organise pour l’améliorer4. » Il est nécessaire de retrouver l’émerveillement, de définir autrement notre relation au vivant. Bien entendu, une vision idéaliste de l’émerveillement ne semble pas réellement possible. Les relations ne sont pas toujours bienveillantes, il paraît même essentiel de souligner l’ambivalence des interactions. D’un point de vue écologique cette relation s’appelle l’amphibiose, c’est « le nom d’une interaction entre espèces interdépendantes qui est bénéfique à certains égards, dans certaines circonstances, et néfaste dans d’autres5.» L’idée de séparer la propre et sage culture de blé de ce qui l’entoure, la nourrit par des relations complexes mais parfois limite les rendements et nécessite une réinterprétation des imaginaires.
1 Marchais Dominique, Le temps des grâces, 2010, film couleur, France, Capricci film, 123 min. 2 Ibid., 1“31“08 3 Ibid., 1“30“50 4 MORIZOT Baptiste, op cit, p.81. 5 Ibid., p.124.
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Dans cette quête d’un émerveillement conscient des agriculteurs et des non agriculteurs, les politiques agricoles jouent un rôle majeur mais discret. Ainsi, favoriser l’installation de méthaniseur dans les fermes pour produire de « l’énergie verte » ne semble pas forcément être la bonne voie. Quelle hérésie de désirer les agriculteurs comme des producteurs d’énergie. Semer et récolter du maïs pour alimenter des usines à méthane ne présente rien de « vert » lorsque l’on calcul l’énergie nécessaire à sa production. Quelle image de l’agriculture ses pratiques donnentelles ? Le monde agricole a-t-il réellement besoin de cette nouvelle pratique ? Dans cette histoire complexe, les chambres d’agriculture se doivent d’être responsables d’un émerveillement retrouvé. Le verdissement de l’agriculture par la production de biogaz n’étant pas une réponse solide. C’est un pas de plus vers la concentration de l’agriculture en ferme gigantesque. La nécessité de l’émerveillement est un engagement bipartite, il concerne aussi bien les agriculteurs que la société civile dans sa globalité. L’espace rural est alors un liant, une base de réflexion pour redéfinir une spatialité commune. La nécessité de l’émerveillement est un combat de chaque jour, une lutte pour la considération des choses simples. La profonde richesse du travail paysan, les paysages que cela façonne. Un espoir pour peut-être retrouver une langue interne au vivant.
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II
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La réincarnation de la société paysanne dans le productivisme
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1. Un processus antérieur à la PAC Le processus d’industrialisation de l’agriculture française ne se résume pas qu’à la Politique Agricole Commune (PAC) et encore moins aux réformes très contestées de 1992. Certains comme Marc Dufumier pensent que tout a basculé le jour où la sélection des semences a perdu le lien au territoire et a été confié à des agronomes et des généticiens au début du XXème siècle1. Ce processus long et rigoureux a été mené durant de nombreuses années. Un processus qui avait permis d’obtenir toute la diversité spécifique de la nation et qui mettait en exergue les caractéristiques d’un terroir, le rendait unique. Par la suite, contre toute attente c’est sous le gouvernement Blum que les choses continuent de se mettre en place. Par-delà l’imaginaire des congés payés et des Français empruntant la Nationale 7 en direction du sud, le monde rural est en crise. Le Front Populaire « se heurte dès son élection à l’exacerbation d’une identité rurale déjà en crise2 » et prend des mesures pour renforcer le rôle de l’état. Pour limiter les grèves, le gouvernement crée « l’Office National Interprofessionnel du Blé (ONIB), qui fixe les prix et donne à l’État le monopole de l’importation et de l’exportation3 » ; voici les prémices de la transmission des compétences des paysans vers l’état. Avec la création de l’ONIB, c’est le début des processus de régulation des marchés, ces processus seront des marqueurs forts de la politique agricole d’échelle européenne. C’est le début des processus d’intervention de l’état sur les productions agricoles. Cette construction qui vient de germer constitue les prémices de ce qui est à venir. Pour observer la mise en place des politiques modernes il faut attendre la naissance de la Ve République. La grande accélération de la modernisation de l’agriculture a lieu après la Seconde Guerre Mondiale sous la Ve République « très tôt, le Général De Gaulle ne peut accepter que l’Allemagne soit le seul leader dans l’Europe qui se construit. Il lui faut imaginer une contrepartie à la puissance industrielle allemande en plein essor. Ce sera l’agriculture française4. » Mais l’agriculture française coûte trop cher. Son fonctionnement semble trop isolé, « la solution paraît limpide : La modernisation de l’agriculture
sera conçue comme un soutien direct à la modernisation de l’industrie5. » Le pouvoir étatique estime que les agriculteurs sont trop nombreux avec de trop petites parcelles, ce qui risque de fortement limiter les ambitions de De Gaulle pour l’agriculture française dans le système européen. C’est ainsi qu’il est décidé de réduire de 94 000 agriculteurs par an entre les années 1962 et 19706. La société paysanne va disparaître en se réincarnant dans quelque chose de nouveau : La société productiviste. Elle n’est pas une création de toute pièce, elle est une émanation de la société paysanne, voici la particularité de cette transformation. La perte de connaissance et de lien au territoire est une conséquence inévitable dans le processus de mutation. Après-guerre, les États-Unis regardent scrupuleusement l’Europe. Pour le président Harry Truman, la principale crainte serait de voir la France tomber dans le communisme. Si la France est aux mains des communistes les États-Unis craignent que ce soit toute l’Europe qui suive et tombe aux mains « des rouges ». Dès lors, le nouveau continent va tout faire pour apporter son aide et éviter ce scénario. En 1947, à l’université de Harvard le Général Marshall, qui donne son nom au plan, prononce un discours historique. Pour lui le Plan Marshall va permettre sur cinq ans de, « rétablir la situation économique de l’Europe, sortie exsangue de la Seconde Guerre mondiale7. » A partir de ce moment-là, les paysans français vont voir débarquer des caisses de matériel agricole en provenance des États-Unis. Les premiers tracteurs sont acheminés, les grandes firmes de tracteur qui aujourd’hui encore peuplent les campagnes, livrent environs 48 000 tracteurs entre 1948 et 19508. De leurs côtés, les États-Unis accentuent la grande transformation de leur paysage urbain. Dans l’entre-deux-guerres, la périurbanisation est vue comme un projet politique. Pour le président Hoover, la maison individuelle et l’accès à la propriété doit permettre de faire front à la montée du communisme9. La stimulation de cet instinct de propriété engage une hyper mobilité. Les villes sont découpées, zonées et les espaces sont rendus au
1 Marchais Dominique, Le temps des grâces, 2010, film couleur, France, Capricci film, 1’07’20 2 Laurentin Emmanuel, op.cit. p. 17. 3 Ibid., p.17. 4 Ibid., p.59. 5 NOULHIANNE Xavier, op.cit. p. 123. 6 Ibid., p. 29. 7 LAURENTIN Emmanuel, op.cit. p.25. 8 Ibid., p.27 9 BONNEUIL Christophe, FRESSOZ JB, op.cit. p. 135
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Figure 7 : Largage de matériel sur le sol français par l’organisation Marshall
plus possible monofonctionnels. Le pétrole s’installe petit à petit comme la réponse à de nombreux problèmes, il permet les déplacements pendulaires, il nourrit ce nouveau schéma. La grande bonté du Plan Marshall cache tout de même des intentions malignes. « Un des objectifs du plan Marshall était d’encourager le recours au pétrole afin d’affaiblir les mineurs et leurs syndicats et d’arrimer ainsi les pays européens au bloc occidental1. » La livraison de matériel par les américains sur le sol français relève aussi de la mise en scène. Des nuées d’avions larguent par parachutage les caisses contenant le matériel sur le sol des campagnes. Dans le film Mission France réalisé par Henry Colomer, on découvre l’ensemble des stratégies connexes qui sont mises en place dans le cadre du Plan Marshall. La Mission France est l’organe de propagande de l’organisation Marshall en France, cette agence va concevoir de nombreux films, des affiches et réaliser
un mensuel (Rapport France Etats-Unis) pour accompagner la future dépendance de l’agriculture à l’industrie. La filmographie produite par la Mission France a pour but de dissiper la peur du remplacement de l’humain par la machine2. La notion de productivité3 est au cœur des réalisations cinématographiques, elle est une clé de l’abondance et donc du bonheur pour une société privée pendant de nombreuses années. En France, c’est Jean Monnet qui est la figure de proue de l’institution Marshall. Il est à la tête de l’Association Française pour l’Accroissement de la Productivité (AFAP) qui a pour but de combattre l’archaïsme4. Aux côtés de Jean Monnet, il est nécessaire d’évoquer la figure de Philippe Lamour, cet avocat de formation qui a joué un rôle décisif dans la modernisation de la France et l’aménagement du territoire.
1 Ibid., p. 141. 2 COLOMER Henry, Mission France, 2018, film noir et blanc, France, INA, 3 Productivité : Caractère productif de quelque chose, d’une activité : Productivité d’un sol. Larousse 4 COLOMER Henry, op.cit.
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Dans la grande construction de l’Europe menée par Jean Monnet, Philippe Lamour intègre l’équipe. Il impulse la création de Confédération générale de l’agriculture où il occupe le poste de secrétaire général. Il s’agit alors de donner un cadre à l’ensemble des composantes de l’agriculture. Philippe Lamour joue un rôle clé dans l’obtention de l’aide matérielle américaine par l’intermédiaire du Plan Marshall1. Pour le géographe Jean Robert Pitte, il est considéré comme le père de l’aménagement du territoire en France. Aujourd’hui il paraît difficile de blâmer les agriculteurs qui se sont jetés à corps perdu dans ce système. Comme le dit l’écrivain Pierre Bergounioux, il faut essayer de comprendre l’ivresse qu’ont put ressentir ces personnes assises sur un tracteur délivrant la puissance équivalente à 600 de leurs semblables2. La dureté du travail et le besoin de réduire l’écart entre la société paysanne et la société urbaine n’a sans doute pas laissé le choix. La révolution mentale nécessaire pour se saisir de ce modèle fut importante, c’était la fin de cette forme d’autarcie financière dont jouissaient les paysans. L’ensemble des changements et des innovations qui naissent imposent un réel changement de paradigme : « Les innovations des années cinquante nécessitent tout à coup de réviser les modèles de gestion de la ferme en acceptant par exemple le recours à l’emprunt et le regard des autres sur son bien3. » Dans les années cinquante c’est également les CUMA (Coopérative d’Utilisation du Matériel Agricole) qui voient le jour. Ces dernières sont des vecteurs importants de la transformation des paysages par la société productiviste car même la plus petite ferme à accès au machinisme agricole avec un coût très limité.
Cette fois-ci c’est le Nord et l’Est de la France. Puis elle gagne l’Ouest et Centre-Est, ignorant bien des communes du sud. La Beauce, La Brie, les grandes plaines du nord et la Limagne sont évidemment privilégiées mais le bocage n’est pas oublié4. » Dans certains endroits comme dans le nord, la stratégie est plutôt bien reçue par les autochtones mais ce n’est pas toujours le cas. Dans d’autres endroits « comme dans la commune de Geffosses dans la Manche, on se lance dans une longue guérilla juridique qui se conclura par la construction d’un « monument national à la nature et aux victimes du remembrement5. » Enfin en 1960 la Loi d’Orientation Agricole (LOA) est votée. Cette loi apporte de nombreuses nouveautés qui aujourd’hui encore influent fortement sur le territoire. C’est notamment le cas des SAFER (Société d’Aménagement Foncier et d’Établissement Rural) dont le but est « préempter les terres en jachères ou à vendre afin de les redistribuer au meilleur prix aux jeunes qui souhaitent s’installer6. » Cet apport de l’État est mal perçu, c’est notamment le cas en Bretagne ou les agriculteurs se sentent trahis. A l’arrière-plan de ce mouvement d’ensemble, la religion va également jouer un rôle essentiel dans la mutation de cette société et dans la transformation du paysage français.
Une des expériences les plus marquante pour le paysage français fut sans doute la mise en place du remembrement qui se diffuse dans toute la France : « Comme toutes les épidémies, elle a un foyer.
1PELISSIER Jacques, « LAMOUR PHILIPPE - (1903-1992) », Encyclopædia
Universalis [en ligne], consulté le 21 mars 2021. URL : https://www.universalis.fr/ encyclopedie/philippe-lamour/ 2 MARCHAIS Dominique, Le temps des grâces, 2010, film couleur, France, Capricci film, 50’27. 3 LAURENTIN Emmanuel, op.cit. p.35. 4 Ibid., p. 30. 5 Ibid., p. 31. 6 Ibid., p. 50.
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Figure 8 : Traitements phytosanitaires dans l’après guerre
Figure 9 : Arrivée de l’aide américaine dans les ports
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2. L’originalité de la démarche religieuse Pour comprendre l’originalité de la démarche religieuse dans l’agriculture, il apparaît nécessaire de présenter deux ouvrages. Ils mettent en exergue la puissance d’un phénomène méconnu avec justesse et clairvoyance. Le premier est un article co-écrit et tiré des Carnets du Paysage sur le thème du sacré. Bernadette Lizet est ethnologue et directrice de recherche au CNRS. Elle s’intéresse plus particulièrement à la relation entre nature et société. Pierre Alphandéry est sociologue et chercheur à l’INRA. Il s’intéresse aux grands bouleversements liés à la politique agricole de l’après-guerre. Il réfléchit également au rôle joué par la Jeunesse agricole catholique (JAC) dans la reconstruction et la modernisation de l’agriculture. Un second ouvrage semble également important dans le fil de la compréhension du mouvement Jaciste, c’est le livre La France et ses paysans. L’auteur, Emmanuel Laurentin est journaliste et producteur de l’émission La Fabrique de l’histoire sur France Culture. Comme il le raconte, sa jeunesse passée dans la campagne à brasser des poignées de blé l’a marqué à jamais.
Par cette construction mentale, la terre devient un patrimoine économique et professionnel lié au carcan de la politique agricole3. Au-delà de la nécessité de l’agriculture française de nourrir tout le monde, la JAC « redonne de l’espoir à une jeunesse rurale qui voit encore le pouvoir paysan accaparé par les agrariens d’avant-guerre et des conservateurs que la modernité effraie4. » Pour tenter de comprendre l’action englobante de la JAC sur la société paysanne deux grands axes sont identifiés : Le premier étant le devoir de produire le plus possible pour nourrir toute les personnes affamées en France et à plus grande échelle dans le monde. Enfin, le second est de faire confiance à la machine pour bénéficier d’une meilleure organisation du temps de travail pour obtenir la qualité de
La France rurale à la sortie de la guerre semble se diviser. La nouvelle génération d’agriculteurs va s’encourager dans un monde qu’il faut reconstruire mais surtout qu’il est nécessaire de nourrir. La jeune génération souhaite sortir de l’archaïsme, il est nécessaire de niveler les différences qui marginalisent la société paysanne dans la modernité. Alors que nombreuses sont les personnes démunies et affamées, la religion chrétienne va jouer un rôle capital de mobilisation des consciences : « Cette modalité chrétienne de la recherche du salut pose comme un devoir le fait de nourrir ceux qui ont faim et rend la nature exploitable à ces fins1. » L’organe principal du développement de cette pensée par la religion est la Jeunesse agricole catholique (JAC) qui est fondée en 1929. Dans la reconstruction après la seconde guerre mondiale, la JAC transforme profondément les pratiques paysannes concernant les écosystèmes et la terre. Paradoxalement, la pensée jaciste va désacraliser le rapport à la terre qu’avait les paysans. Ce rapport devient souvent exclusivement technique, productiviste ou la comptabilité à une grande importance2. Figure 10 : Carte postale de la JAC
1 ALPHANDERY Pierre et LIZET Bernadette, « La jeunesse agricole catholique, la modernisation et le paysage », in Les carnets du paysage, Le sacré, Arles, Actes sud, 2017, pp. 109-125. 2 Ibid., p. 111. 3 Ibid., p. 111. 4 LAURENTIN Emmanuel, op.cit. p. 37.
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Figure 11 : Journal du mouvement Jaciste
vie des citoyens modernes, similaire aux urbains. Finalement, l’action de la JAC peut paraître surprenante mais elle est surtout originale dans la « dimension religieuse donnée à la modernisation de l’agriculture1. » Pour fédérer, la JAC organise de nombreux rendez-vous dans les campagnes. C’est le début des comices, des concours de labours et l’organisation de discussions pour partager et construire cette nouvelle culture commune. Pourtant dans les campagnes, la chrétienté n’est pas dogmatique. Les rassemblements sont nombreux, populaires, où les jeunes entonnent ensemble des chants fédérateurs, prêt à relever les défis. Reste une interrogation, quelle est réellement l’ampleur de la JAC dans cette réincarnation ? « La JAC n’aurait-elle donc pas accompagnée un mouvement plus vaste et plus profond, de nature anthropologique2 ? » Dans les années 1980, on observe le triomphe du « jacisme productiviste. » Les idées nouvelles de cette organisation vont considérablement modifier l’espace rural en France et notamment la manière d’habiter l’espace. En effet, dans l’optique du développement entrepreneurial de la ferme, il est bon de laisser la nouvelle génération décider de l’avenir des exploitations. Les avis des parents et des grands-parents ne doivent pas venir offusquer les grands changements nécessaires à la modernisation. La JAC privilégie la
famille nucléaire pour que les futurs chefs d’exploitations soient complètement épanouis dans leurs couples3. Les vieux corps de ferme où plusieurs générations habitent sont délaissés ; un phénomène d’ampleur transforme l’espace rural. Les jeunes font construire des maisons individuelles en se libérant des contraintes mais aussi de la richesse du territoire. La pierre locale est délaissée au profit du moellon de même que l’organisation intelligente des corps de ferme pour des maisons isolées dans les normes modernes. Petit à petit, les maisons fleurissent, souvent à quelques centaines de mètres de l’exploitation. Ce schéma s’est répété, a essaimé un peu partout sur le paysage français. Voici l’un des phénomènes précurseurs qui a conditionné le mitage du paysage, renforcé ensuite par l’habitat pavillonnaire. Dans les campagnes cette évolution semble logique mais, « cette séparation physique des générations marque une rupture quasi anthropologique dans la façon d’imaginer le monde rural4. » La ramification du tissu agricole montre par cet exemple l’importance de réfléchir transversalement, notamment sur les stratégies engagées avec le monde agricole. Enfin, la réincarnation de la société paysanne dans le productivisme s’opère sur le paysage pas seulement par une banalisation des paysages, le productivisme en propose « une nouvelle échelle de lecture5 » qui bouleverse le passé.
1 ALPHANDERY Pierre et LIZET Bernadette, op.cit. p. 118. 2 LAURENTIN Emmanuel, op.cit. p. 40. 3 Ibid., p. 45. 4 Ibid., p. 46.
5 JANIN Rémi, op.cit. p. 36.
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3. L’administrabilité de la société agricole La notion « d’administrabilité » paraît de prime abord assez abrupte. Dans son livre, Xavier Noulhianne fait part de son retour réflexif sur son installation, une analyse de son entrée dans le monde agricole. C’est dans cette perspective qu’il développe la notion d’administrabilité. En premier lieu, il semble important de rappeler brièvement le parcours professionnel de Xavier Noulhianne pour comprendre cette prise de recul permettant l’analyse fine du système dont lui-même fait partie. Après une thèse réalisée à l’école des Mines, il devient ingénieur de recherche pour la société Rhône-Poulenc, un géant du secteur de la chimie en France. Selon ses mots, son travail d’ingénieur l’a fermement préparé au déluge administratif qui allait s’abattre lors de la mise en place de son projet agricole1. Alors, il devient nécessaire de définir cette notion qui s’applique à la société agricole aujourd’hui : L’administrabilité représente selon lui la capacité d’une personne à avoir une vie contrôlée, gérée par une administration, « c’est-à-dire une vie compatible avec le fonctionnement administratif2. » Cette nouvelle aptitude développée par les agriculteurs en quelques années était une condition sine qua none, un point de passage obligatoire qui émane de la transformation d’une société par l’état. Pour pouvoir rendre dépendant les paysans de l’administration il est nécessaire de briser la vision systémique de leur travail. En effet, leurs autorégulations par des systèmes complexes ne permettent pas une autorité suffisante de l’état. Dans un premier lieu c’est la dénomination même du métier qui va changer avec une nouvelle appellation : « c’est la notion de chef d’exploitation qui fut mise en avant, dans laquelle le couple ne travaille plus ensemble mais où « monsieur » étant l’exploitant agricole, « madame » travaille à l’extérieur3. » Dans un second temps, c’est le travail par une approche systémique qui est brisée. le travail est divisé en différentes activités : L’élevage, la traite, la production de céréales, le lait et la production de fromage par exemple. Par la suite l’agriculteur voit ces différents ateliers de manière indépendante où il est nécessaire d’optimiser chaque atelier dans une
question de rentabilité. Du coup, la ferme n’est plus regardée comme un équilibre fin où les pratiques sont complémentaires et souvent autorégulatrices mais comme un amoncèlement d’activités. D’ailleurs, cette sémantique se retrouve dans l’agriculture. On parle de production « verticale » pour les ateliers hors-sol, dans le cadre des volailles par exemple. Ce découpage de l’activité paysanne à la manière des grandes usines est lancé bien avant la mise en place d’une politique d’échelle européenne. En effet, la politique du Général De Gaulle est guidée par le fait « d’assurer à l’industrie l’émergence de structures agricoles stables (les exploitations agricoles) dont l’économie propre sera orientée de façon à rendre nécessaire la consommation de produits industriels4. » Finalement l’action de De Gaulle mérite d’être soulignée car c’est un véritable renversement. L’entrée de la paysannerie dans le capitalisme sans provoquer de réels mouvements sociaux ou de crise semble être une prouesse de ce gouvernement. La Ve République fût le théâtre de cette transformation mais sera-t-elle le témoin d’un retour vers une vision plus systémique ? Cela semble difficile sur le plan réglementaire car l’administration est obligatoire, même les personnes prônant des volontés qui apparaissent comme marginales pour la population sont obligées de subir les contrôles des organismes. L’organisation de la société actuelle ne permet pas le retour d’une vision systémique de l’agriculture. En revanche, rien n’empêche d’aborder la vision prospectiviste autrement que par l’investissement financier. La vision prospectiviste par le territoire semble être une des qualités des paysagistes qui sont formés aujourd’hui en France. Par le dessin, la réflexion en plan, le phasage et l’accompagnement dans les démarches administratives les paysagistes pourraient devenir des alliés de choix. Si l’activité de production est bloquée par l’administration alors pourquoi ne pas essayer de s’appuyer sur le paysage pour raviver cette vision systémique ?
1 NOULHIANNE Xavier, Le ménage des champs chronique d’un éleveur au XXIe siècle, Le Mas-d’Azil, Les éditions du bout de la ville, 2016, p. 12. 2 Ibid., p. 55. 3 Ibid., p. 31. 4 Ibid., p. 123.
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Malgré le monopole parfois litigieux de l’agriculture par les agriculteurs, il convient de se poser une question : Quand une activité comme l’agriculture qui concerne des millions de personnes et des millions de kilomètres carrés peut-elle seulement prendre en considération la production industrielle de nourriture1 ? Cette recherche de la systémique interroge la relation entre l’agriculture et le vivant de manière générale. La société humaine comprend celles et ceux qui cultivent la terre, il s’agit d’un seul et même tissage. En prenant cette mesure, « le monde n’est habitable pour nous que s’il l’est aussi pour les autres vivants, puisque nous ne sommes qu’un nœud de relations tissé aux autres formes de vie2. » Enfin il paraît important de souligner la manière dont l’Etat a réussi à passer la porte des paysans sans provoquer de réel soulèvement sous couvert de l’intérêt collectif. La notion implacable qui est mise en jeu est la traçabilité3. Les agriculteurs ont perdu pour la plupart l’activité de valorisation de leurs matières premières même si aujourd’hui on assiste à un retour grâce aux circuits courts. Comme le dit Xavier Noulhianne, la traçabilité impose des règles qui ne différencient plus les échelles, « lors de l’installation de notre fromagerie, la réglementation à laquelle la Direction des Services Vétérinaires (DSV) nous demandait de nous conformer en tant qu’atelier fermier est exactement celle qui est appliquée à une usine Nestlé4. » Ce point est déterminant, à de nombreuses reprises les protagonistes m’ont demandé de faire figurer noir sur blanc l’impact d’une normalisation sanitaire comparable aux industries. C’est entre autres, un des facteurs limitant les interactions entre demande publique et agriculture territoriale. Suite aux différents scandales sanitaires qui ont eu lieu notamment en Europe avec la vache folle, la traçabilité est justifiée auprès des éleveurs par une nécessité d’assurer la sécurité des consommateurs. L’argument de la santé est redoutable, il est difficile de le remettre en cause car aucun agriculteur ne souhaite empoisonner son prochain par sa production. Là encore, il s’agit d’une intrusion furtive de l’industrie dans la sphère paysanne et « ce que l’industrie montra le mieux, au cours des deux derniers siècles, c’est bien qu’elle empêche l’existence de tout
système de production qui aurait des capacités à fonctionner en dehors d’elle, en dehors des principes d’évolution du capital5. » Pour conclure nous pouvons également nous interroger sur la nature des données qui sont liées aux mesures environnementales. Vouloir qualifier le paysage par des sciences dures, des calculs et des algorithmes pose un problème de lecture du territoire qu’on pourrait qualifier de binaire. Aujourd’hui, « la puce électronique est à l’élevage ce que la photo satellite est à la parcelle cultivable, le moyen technique qui fait le lien entre la réalité agricole, comme lieu de production, et la réalité électronique de l’administration, comme lieu de contrôle à distance6. » Pourquoi obligatoirement chasser la notion de sensibilité lorsque l’on souhaite légiférer l’agriculture ? Pourquoi avoir peur de parler de sensibilité alors que l’ensemble des éléments telluriques et vivants qui créent le paysage nous touchent au plus profond de notre être ? Il s’agit peut-être d’un droit ou d’un devoir que de souffler sur les braises fragiles de la sensibilité. Les rendre de nouveau étincelantes car la justesse, la rigueur et la réglementation ne sont pas indissociables d’une construction sensible et systémique du paysage agricole.
1 Ibid., p. 212. 2 MORIZOT Baptiste, op cit, p. 54 3 Traçabilité : Possibilité de suivre un produit aux différents stades de sa production,
de sa transformation et de sa commercialisation, notamment dans les filières alimentaires. D’après le dictionnaire Larousse 4 NOULHIANNE Xavier, op.cit. p. 71. 5 Ibid., p. 137. 6 Ibid., p.114.
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III
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Une nouvelle échelle de lecture
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1. Une vision sectorielle de l’agriculture « L’agriculture est née de la faim et de l’agriculture est née la politique1. » Cette phrase d’Edgard Pisani, ancien ministre de l’agriculture sous Le Général De Gaulle illustre bien le transfert de la compétence des agriculteurs vers l’état. Le problème, aujourd’hui est que l’on peut se demander si ce sont encore les agriculteurs qui nous nourrissent ou bien l’état ? La question est quelque peu sulfureuse car souvent les agriculteurs refusent catégoriquement d’être perçu comme des salariés de la Politique Agricole Commune.
trop bas, la communauté stockait ou transformait la matière première produite par les agriculteurs. « Dans certains cas, comme des fruits et légumes qu’il est trop coûteux de stocker, il pouvait y avoir destruction pure et simple. Dans d’autres, il y avait transformation en produits stockables (poudre de lait et beurre) qui étaient, comme les céréales ou des carcasses de viande, stockés dans des silos ou dans des entrepôts frigorifiques4. » Cette politique très coûteuse suscitait des tensions liées à la concurrence de l’Europe vis-à-vis des autres agricultures notamment aux États-Unis.
Edgar Pisani, ministre de l’agriculture de 1961 à 1966 était donc en charge du sujet épineux de la modernisation de l’agriculture française. Peu de temps après sa nomination il a vu se construire la Politique Agricole Commune qui rassemble aujourd’hui encore les agricultures européennes. Cette grande gouvernance voit le jour en 1957 avec le traité de Rome, les objectifs définis sont clairs et vont dans le sens du mouvement qui semble pendre de plus en plus d’inertie. Comme le dit Edgar Pisani, le mouvement de modernisation de l’agriculture était lancé depuis les années cinquante, en 1960 il ne s’agissait pas de le stopper. La PAC doit donc permettre l’accroissement de la productivité de l’agriculture, assurer un meilleur revenu aux protagonistes tout en proposant des prix abordables aux européens. Dès le début la PAC laisse très peu de marge aux différents états membres afin de ne pas créer de distorsion ou d’avantage aux états membres. En revanche, aucune ligne ne figurait sur les préoccupations environnementales2. Pour mettre en place la politique de gestion et d’intervention sur l’agriculture, la PAC met en place son outil principal au début des années 1960 : le FEOGA3. C’est alors que la politique interventionniste se met en place. Par ce biais-là, la PAC permettait de garantir un prix minimum aux agriculteurs quel que soit l’état du marché mondial. Cette forme d’assurance donnait aux agriculteurs une vision à long terme qui incitait à l’investissement et donc à l’augmentation des rendements. Rapidement les premiers écueils de cette politique interventionniste apparaissent : Lorsque les cours mondiaux étaient
Les évolutions de la PAC au fil des réformes ont longtemps été critiquées, le manque de remise en question lors des décisions était mis en cause. En effet, jusqu’en 2009 l’agriculture a échappé à la codécision. Avec le traité de Lisbonne en 2009, les décisions concernant l’agriculture sont prises de manière bipartite. Les mesures sont désormais concertées entre le parlement européen et le conseil. Avant cette modification, le conseil était seul décisionnaire. Qui plus est, le conseil est l’émanation des pays membres de la commission. Les décisions étaient donc réfléchies dans une volonté de satisfaire les électeurs, « La PAC actuelle s’explique en partie par une accumulation historique de décisions qui résultent de tels compromis5. » D’un point de vue extérieur, il paraît inconcevable qu’une politique agricole d’échelle européenne ne soit plus régie par la codécision.
1 LAURENTIN Emmanuel, La France et ses paysans, Paris, Bayard, 2012, p. 46. 2 THOYER Sophie, BUREAU Jean Christophe (dir.), La politique agricole commune,
Paris, La Découverte, 2014, p. 9. 3 Fonds européen d’orientation et de garantie agricole 4 THOYER Sophie, BUREAU Jean Christophe (dir.), op.cit. p. 11. 5 Ibid., p. 17.
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Organe co-décisionaire
Parlement européen Conseil
Présent depuis le traité de Lisbonne. Le parlement est codécisionaire.
Autorité législative ultime dans l’agriculture. Représente les états membres.
Consensus
Commission européenne Pas de pouvoir de décision. La commission soumet des propositions
Consultation par les commissaires pour valider ou non la présentation au parlement et conseil
Initiatives
Figure 12 : Schéma du mécanisme de prise de décision pour la PAC
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Suite aux dérives de la politique interventionniste, l’Europe décide de réformer la manière dont l’argent est distribué aux agriculteurs. La réforme de 1992 marque une véritable césure dans l’histoire de la PAC : « Cette réforme apporta des changements radicaux, comme le remplacement progressif du soutien des prix par des aides directes1. » La réforme a eu pour effet de limiter les liens entre les aides et la production, c’est le début du processus de découplage. L’argent alloué aux agriculteurs n’est plus dépendant de la quantité produite. Désormais, ce sont les surfaces des différentes cultures multipliées par « un rendement forfaitaire dit de référence » qui fixe le paiement. Enfin, de manière inédite la Loi d’Orientation Agricole de 1992 inscrit dans son article premier que l’agriculture permet outre la production, l’entretien des paysages2.
de qualité5. » Le risque est grand de continuer à penser les territoires dans une pensée monofonctionaliste. Imaginer le territoire comme un fourmillement c’est finalement reprendre la vision développée par la société paysanne avant l’avènement de l’agriculture extractiviste.
D’un point de vue paysager c’est une petite avancée. En effet, au-delà d’une certaine superficie les exploitations étaient contraintes de geler une partie des terres. Les différentes parcelles devaient être laissées en jachère, aucune culture même non alimentaire ne devait y être implantée. La superficie de terre laissée en jachère dépendait de la surface cultivée de céréales et d’oléoprotéagineux3. L’obligation de jachère fut définitivement supprimée en 2008. En regardant par le prisme budgétaire, cette réforme a permis de considérablement faire baisser le budget de l’Europe lié au mécanisme d’intervention. En revanche d’un point de vue sociologique c’est un véritable basculement : « Les aides aux agriculteurs versées annuellement devinrent plus visibles que celles qui étaient cachées dans les mécanismes de soutien aux prix : cela fut mal accepté par certains agriculteurs, craignant d’apparaître comme des « salariés de la Pac4. » En contrepartie, cette transparence a peut-être permis aux citoyens de se reconnecter un peu avec l’agriculture. Quoi qu’il en soit, les traductions spatiales d’une approche sectorielle montrent aujourd’hui la nécessité de décaler le regard. Le zonage monofonctionnel a « un coût énergétique considérable et génère une consommation importante d’espace. En outre, il conduit à une banalisation des territoires et à une dilapidation d’un patrimoine paysager, érigé paradoxalement dans le même temps en bien commun et en ressource pour un développement économique
1 THOYER Sophie, BUREAU Jean Christophe (dir.), op.cit. p. 23. 2 AMBROISE Regis, TOUBLANC Monique, Paysage et agriculture pour le meilleur, Di-
jon, Educagri éditions, 2015, p. 31. 3 Plante dont les graines, les fruits sont riches en huile (lipides) et en protéines. (Soja, tournesol, colza…) https://dictionnaire.lerobert.com/definition/oleoproteagineux 4 THOYER Sophie, BUREAU Jean Christophe (dir.), La politique agricole commune, Paris, La Découverte, 2014, p. 25. 5 AMBROISE Regis, TOUBLANC Monique, op.cit, p.94.
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2. L’amorce d’un autre regard A partir du deuxième millénaire, l’agriculture commence à être regardée de manière plus transversale. Les externalités positives de l’agriculture sur le territoire sont prises au sérieux. La rédaction de l’Agenda 2000 provoque une petite révolution, il s’agit des prémices du second pilier qui élargit la portée de la PAC. La baisse de plus en plus significative de la population rurale a donné l’inspiration pour la mise en place d’un volet tourné vers le développement rural. Pour la politique en elle-même il s’agit d’un véritable changement. Le bras financier initial de la PAC, le FEOGA est scindé en deux. Premièrement, le Fonds Européen Agricole de Garantie (FEAGA) est créé et il concentre 80 % du budget de la PAC. Son but est de financer le premier pilier donc les aides directes aux agriculteurs. Deuxièmement, il s’agit de la création du Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural (FEADER). Le nom du bras financier du second pilier est un peu cocasse, en effet l’acronyme en anglais se rapproche étrangement du mot « Feeder » qui signifie en anglais nourrisseur. Le nom est assez étrange pour ce mécanisme censé laisser de côté les volontés productivistes. Le second pilier regroupe « l’ensemble des mesures qui visent à promouvoir, à côté des rôles traditionnels de l’agriculture, comme la production de matières premières agricoles alimentaires, d’autres fonctions : contribuer à l’aménagement du territoire, entretenir terres et paysages, maintenir la biodiversité par exemple1. » La PAC commence à intégrer doucement la notion de paysage, un sujet qui est parfois épineux lorsqu’on l’aborde avec les agriculteurs ; dans certains cas les protagonistes refusent leur qualité de jardinier des paysages. En 2003, une nouvelle réforme renforce un peu la place du second pilier en limitant les attributions au premier pilier. C’est également la fin des aides directes, désormais les aides sont découplées de la production. Ainsi, les aides sont délivrées en fonction de la superficie et non plus de ce qui pousse sur les terres ou des animaux qui y sont élevés. Les aides DPU (droit à paiement unique) « ne sont attribuées que si l’agriculteur préserve la santé publique et celles des animaux et végétaux et maintient les terres dans un bon état environnemental2. »
Malheureusement le système mis en place aura finalement peu d’effet sur la baisse de productivité des agriculteurs. En tout cas, la PAC a largement contribué à changer le paysage d’échelle. Les territoires ont été spécialisés à l’échelle européenne en fonction des ressources pédoclimatiques et humaines. La nouvelle PAC était planifiée pour 2014, « les innovations les plus originales de la Commission, en particulier sur le verdissement de la PAC, ont été réduites à peu de chose par des amendements successifs, souvent introduits au nom de la compétitivité et de la vocation agro-exportatrice de l’Europe3. » Les paiements directs sont réformés avec la volonté de venir en aide aux agriculteurs qui contribuent à l’environnement. En effet, la PAC subit des critiques qui mettent en avant le fait de subventionner des utilisations des terres parfois non agricoles comme les golfs. C’est ainsi que 30 % des budgets nationaux doivent être réservés aux paiements dits « vert ». Ces sommes viennent compléter les paiements de base versés aux agriculteurs sous réserve du respect de trois mesures : le maintien des prairies permanentes, la diversification des cultures et l’obligation de maintenir les Surfaces d’Intérêt Écologique (SIE4). Avec la réforme de 2014, la PAC intègre une notion qui suscite aujourd’hui de nombreux projets en paysage : Le risque. A ce jour, de plus en plus de projets de paysages prennent comme matière première les risques encourus sur les territoires pour formuler des projets d’espaces. « S’il est un domaine où l’agriculture n’est pas tout à fait une industrie comme les autres, c’est sans doute celui du risque5. » Avec l’apparition des Mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC), l’adaptation au changement climatique et la réduction des émissions de gaz à effet de serre font partie intégrante du devenir de l’agriculture. Le changement majeur de cette réforme appelle une question d’échelle. Désormais, « ce sont les régions françaises qui sont chargées de l’élaboration de leur programme de développement rural régional (PDRR)6. »
1 THOYER Sophie, BUREAU Jean Christophe (dir.), op.cit. p. 11. 2 LAURENTIN Emmanuel, op.cit, p. 105. 3 THOYER Sophie, BUREAU Jean Christophe (dir.), op.cit. p. 40. 4 SIE : Ce sont des éléments structurants du paysage, qui, s’ils ne permettent pas
directement une production agricole, contribuent à la performance économique environnementale de l’exploitation et à sa résilience. (Haies, arbres isolés ou alignés, bosquets, mares, terrasses, fossés...) https://agriculture.gouv.fr/paiements-decouplesle-paiement-vert 5 Ibid., p. 52. 6 Ibid., p. 49.
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Une plus grande liberté est conférée aux états membres, la répartition des aides en particulier celles du second pilier fait une grande place au « principe de subsidiarité1. » La politique d’échelle européenne devient de moins en moins commune, un nouveau jeu d’échelles se met en place. D’un point de vue actuel et prospectif, la nouvelle PAC pour 2021 à 2027 ne semble pas vraiment marquer une rupture. Dans une discussion avec l’eurodéputé Éric Andrieu qui plaide pour une refonte complète de la PAC, les choses semblent encore bien figées. Sur la nouvelle réforme les régions vont perdre en puissance. En effet, toutes les aides surfaciques dans les MAEC vont être centralisées à l’échelle nationale. L’état laisse aux régions seulement la partie investissement.
devant nous une opportunité pour la profession de paysagiste. Un autre point extrêmement intéressant au regard des paysagistes semble être en discussion à Bruxelles. Cette réforme souhaiterait que 10 % de chaque propriété soit réservée en non-culture avec l’implantation de plantes mellifères par exemple. Sur cette surface il peut y avoir un véritable travail paysager. Un espace où le paysagiste pourrait devenir conseil, peut-être même obligatoire pour obtenir les crédits en faveur de cette réforme. Cela relève peut-être de l’utopie mais les discussions avancent. Il est nécessaire d’être en éveil constant sur les décisions prises à Bruxelles et par le Ministère de l’agriculture. Dans cette nébuleuse réside des leviers qu’il faut actionner au bon moment
Ainsi, sur la futur PAC il est possible d’identifier trois leviers environnementaux : Le premier étant la mise en place des « eco-schemes » qui devrait être relatif au premier pilier. Ces eco-schemes visent à récompenser les agriculteurs qui mettent en place des pratiques plus vertueuses, en allant au-delà des obligations réglementaires. Ces mesures doivent être définies par les états membres. Dans les grandes lignes, ce nouveau dispositif vise à récompenser les prairies permanentes, les cultures de légumineuses, le pastoralisme, l’agriculture biologique et peut être dans certaines régions l’entretien des haies. Mais ce nouveau dispositif fait réagir les agriculteurs avec véhémence. Des manifestations ont lieu, le principal foyer étant le grand bassin parisien. Le versement de ces aides n’est pas en accord avec le modèle productif des grandes plaines. Les céréaliers craignent principalement une grande perte financière. Le second, c’est la conditionnalité. Il s’agit de conditionner l’aide au paiement de base (paiement à l’hectare) avec des mesures plus vertueuses. Les deux leviers qui ont été évoqués sont relatifs au premier pilier. Le troisième levier qui lui est relatif au second pilier concerne les MAEC. D’après les échanges avec Éric Andrieu, il nous faut être extrêmement vigilant face aux décisions qui seront prises pour les Eco-scheme. Le ministre de l’agriculture pourrait décider de la mise en œuvre de la réforme sur 30% du budget de la PAC par exemple. Si les crédits sont orientés vers l’agroforesterie ou la reconquête paysagère, alors se dévoile
1 La signification et la finalité générales du principe de subsidiarité résident dans l’oc-
troi d’un certain degré d’indépendance à une autorité subordonnée vis-à-vis d’une autorité de niveau supérieur, notamment d’une autorité locale envers le pouvoir central. https://www.europarl.europa.eu/factsheets/fr/sheet/7/le-principe-de-subsidiarite
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3. Agriculture et aménités territoriales La PAC a conforté une trajectoire infléchie bien avant sa mise en place. C’est un fait, l’agriculture aujourd’hui fait partie des secteurs d’activité qui ont le plus d’effets négatifs sur l’environnement. D’après Lydia et Claude Bourguignon, le modèle intensif a « tué 90 % de l’activité biologique des sols1 » , la rupture du lien étroit entre sol et paysan conduit à créer une illusion, la possibilité de se libérer du sol. Pendant longtemps l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA) a fait croire que les rendements de blé en France allaient atteindre le seuil des 150 quintaux de blé panifiable par hectare. Il s’agit d’un rêve déchu, les rendements en France ont plafonnés à 130 quintaux par hectare et il s’agit de blé à destination du bétail. La courbe des rendements est en train de s’infléchir partout en France, même sur les terres les plus fertiles.
discours moralisateur comme il est possible de le lire dans de nombreux ouvrages, souvent écrit par des « experts aux mains blanches2. » La nécessité de l’agriculture pour l’ensemble de la société suscite un intérêt collectif et donc des avis. Se lancer dans une description véhémente ne semble pas apporter de solutions. Voilà un moyen d’éloigner encore plus la zone d’interface entre l’agriculture et la nation. Dans certaines régions bien spécifiques, sans l’agriculture le paysage en place n’existerait pas mais cela va plus loin, « Il est probable que, dans certaines régions, la production de paysage soit même le domaine où l’agriculture crée le plus de valeur3. » Le maintien des prairies permanentes permet également de mettre en valeur la diversité spécifique créée par du pâturage extensif.
En partant de ce postulat, il est nécessaire de mettre en avant les nuances et les aménités positives de l’agriculture. Il semble facile de tomber dans un
Figure 13 : Affiche de propagande pour des semences
1 MARCHAIS Dominique, Le temps des grâces, 2010, film couleur, France, Capricci film, 1’03’07. 2 NOULHIANNE Xavier, Le ménage des champs chronique d’un éleveur au XXIe siècle, Le Mas-d’Azil, Les éditions du bout de la ville, 2016, p. 212. 3 THOYER Sophie, BUREAU Jean Christophe (dir.), op.cit. p. 85.
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Ce postulat confirme la nécessité de regarder le travail agricole d’un point de vue spatial. Il semble nécessaire de réfléchir à l’horizon 2050 à une trame qui se modifie pour chaque territoire. Les changements de spatialités liés indirectement aux réformes de la PAC tous les sept ans ne sont plus adaptés. Il est nécessaire dans un contexte de réchauffement climatique d’inclure une vision systémique et résiliente des paysages que l’administration dessine. Le mouvement de population des campagnes vers les villes pose dans certains territoires des réels problèmes du maintien de la vie et des services de base. N’en déplaise aux pourfendeurs de la PAC, dans certains cas les aides versées à l’agriculture peuvent être le moyen le plus efficace de lutter contre la désertification des territoires ruraux. L’ouverture de l’agriculture française sur le reste du monde est à double effet. On peut y voir dans un premier temps un enrichissement des agriculteurs mais dans un second temps c’est une exposition aux fluctuations des marchés mondiaux. Dans le rêve d’une territorialisation de la PAC il est nécessaire de noter qu’au fur et à mesure des réformes cette politique d’échelle européenne devient de moins en moins commune. La PAC et notamment la mise en place des paiements directs ont sans doute permis à une part de la population non agricole de comprendre un peu plus l’enjeu de l’agriculture. Le budget conséquent de la politique interventionniste des années soixante est révélé par ces réformes au grand dam des agriculteurs. Aujourd’hui, les 400 000 agriculteurs restants méritent peut-être de retrouver du lien avec la société par d’autres procédés. Comme il parait impensable de « croire en l’abandon de milliers d’hectares par les hommes et les femmes de la campagne ni à un nouvel ensauvagement, comme l’imaginait Claude Lévi-Strauss lors de la crise la vache folle, chacun doit réinventer son rôle1. » La géographie, le paysage doivent transpirer dans les villes et dans les campagnes la systémique d’un projet nourricier.
notion de « boite noire » ne pourrait-elle pas être appliquée à un territoire d’étude ? Mais d’abord, que définit ce principe de « boîte noire » ? « En définissant ainsi la partie centrale d’un système, on le décrit uniquement en termes de ses entrées et ses sorties : on se contente de constater ce que le système consomme et ce qu’il produit2. » Ainsi, le fait d’occulter le territoire concerné, de le mettre en attente dans la boîte permet de se concentrer sur le contexte territorial. Quelles sont les interactions entre le territoire connexe et la zone de projet qui est étudiée. Cette pratique pourrait permettre d’étudier en l’état ce qui rentre et ce qui sort du territoire. Faire ce point pourrait permettre de définir clairement les futures interactions souhaitées entre la « boîte noire » qui est le site de projet et la destination. Dans le cadre d’une réflexion nourricière et paysagère, cet exercice de pensée peut devenir un moyen d’imaginer en détail les boucles de rétroactions et l’ensemble des liens entre zone de production et foyer de consommation. Cette dimension d’interrogation paysagère montre indirectement la puissance du vivant, les facteurs non anthropiques qui permettent l’établissement de ce paysage et donc les flux qui en découlent. Imaginer une nouvelle conception multiscalaire des paysages nourriciers est complexe, il ne s’agit pas de tracer une ligne droite entre deux points. L’obligation de construire des systèmes complexes sollicite l’emploi d’un adjectif galvaudé présent dans de nombreux discours, la résilience. Quand bien même, la méthodologie de la boîte noire semble être un exercice riche pour définir clairement l’état des lieux et projeter les futures interactions. Forte heureusement, des exercices de prospective essaiment aujourd’hui à différentes échelles et laissent entrevoir des leviers d’actions. Ces nouveaux schémas de pensée peuvent être d’une grande inspiration pour redéfinir la spatialité d’un territoire.
En abordant la notion d’analyse systémique, une notion semble réellement importante à développer. Le principe de « boite noire » en analyse systémique crée un parallèle intéressant avec les analyses territoriales menées par les paysagistes concepteurs. La
1 LAURENTIN Emmanuel, La France et ses paysans, Paris, Bayard, 2012, p. 114. 2 NOULHIANNE Xavier, op.cit. p. 223.
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Figure 14 : Schéma du mécanisme de la « boîte noire » en analyse systémique. Mise en application sur le territoire d’étude
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IV
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Un avenir par le territoire
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1. Exploration prospective La réincarnation de la société paysanne dans le productivisme a considérablement fait chuter le nombre d’agriculteurs. Cette mutation s’est également accompagnée par le regroupement des parcelles, les fermes deviennent de plus en plus grandes pour devenir de plus en plus compétitives. Ironie du sort, aujourd’hui les personnes qui ont œuvré sur la mise en place du modèle productiviste dans les années soixante invitent à un retour en arrière. Dans une interview, Edgar Pisani se demande si nous n’allons pas assister à un retour vers le fractionnement des grandes exploitations. « Si l’on compare la quantité produite, le coût de la production, l’eau et l’énergie consommées, l’emploi créé, on arrive à la conclusion qu’il vaut mieux avoir cent fermes de cinquante hectares qu’une ferme de cinq mille. […] D’abord parce que cela est raisonnable, ensuite parce que l’agriculture est sans doute la seule qui soit capable de créer des emplois dans l’avenir1. » Cette vision ne semble pas être une volonté de l’état ou de l’Europe. En revanche, des exercices de prospectives intéressants sont réalisés par des organismes plus ou moins liés à l’état. La proposition de France Stratégie2 semble être particulièrement intéressante à mettre en valeur. Dans le rapport de 2019 intitulé « Faire de la politique agricole commune un levier de la transition agroécologique3 » des notions semblent émerger. Les contours d’une PAC plus durable sont dessinés. En premier lieu, il s’agit de mettre en place un système de fiscalité environnementale qui s’appuie sur le principe simple du pollueur-payeur. Le prélèvement de taxes présente l’avantage de « décourager les pratiques néfastes à la santé et à l’environnement tout en fournissant les moyens de financer plus généreusement les pratiques vertueuses.4 » En suivant ce schéma, les émissions de gaz à effet de serre ainsi que les intrants chimiques et les antibiotiques seraient taxés de manière à générer un fond de subvention important. La manne ainsi dégagée
permettrait de financer des bonus sur les prairies permanentes, ce bonus serait croissant jusqu’au seuil de dix ans. Ce schéma s’appliquerait également aux Surfaces d’intérêt écologique (SIE). Dans un second lieu une autre proposition paraît intéressante, il s’agit d’assumer l’agriculture comme pourvoyeuse d’emploi avec un retour plus important de la main d’œuvre humaine. Cette aide prend le nom d’Unité de Travail Annuel (UTA), « l’objectif de cette aide est d’assurer à tous les agriculteurs un paiement minimal, déconnecté du niveau de la production agricole, afin de résister au mieux aux crises et à la volatilité des prix. Les pratiques agroécologiques peuvent induire une charge de travail supérieure aux pratiques conventionnelles5. » L’aide dite UTA serait versée selon le rapport par les fonds destinés à l‘actuel premier pilier. Pour que l’agriculture devienne un secteur qui embauche et donc mettre en place le système des UTA, le monde agricole ne se suffira pas. Selon le collectif « Pour une autre PAC », les paysans vont avoir besoin des « NIMA », Les personnes Non Issues du Milieu Agricole. Voilà une occasion d’augmenter la zone d’interface entre les agriculteurs et le reste de la société civile. Si cela s’opère, on pourrait considérer cette mutation comme une nouvelle rupture anthropologique dans l’histoire de l’agriculture. Les différents points abordés par France Stratégie auraient pour objectif de diversifier les productions au sein d’une même ferme dans le but de la rendre plus résiliente. Ainsi qu’une « amélioration de la qualité nutritionnelle et sanitaire de l’offre alimentaire, ce qui implique notamment de limiter l’usage d’intrants pouvant avoir un impact sur la santé de l’homme et la qualité de l’environnement tout au long de la chaîne alimentaire6. » La simulation de cette étude montre que les systèmes herbagers et bio seraient avantagés en continuant leurs pratiques déjà en place.
1 Ibid., p. 147. 2 France Stratégie est une institution autonome placée auprès du Premier ministre, France
Stratégie contribue à l’action publique par ses analyses et ses propositions. Elle anime le débat public et éclaire les choix collectifs sur les enjeux sociaux, économiques et environnementaux. Elle produit également des évaluations de politiques publiques à la demande du gouvernement. Les résultats de ses travaux s’adressent aux pouvoirs publics, à la société civile et aux citoyens. https://www.strategie.gouv.fr/ 3 AUSSILLOUX Vincent, GREMILLET Alice, MESQUI Bérengère, FOSSE Julien (dir.), Faire de la politique agricole commune un levier de la transition agroécologique, Paris, France Stratégie, 2019, p. 106. 4 Ibid., p. 10. 5 Ibid., p. 17. 6 Ibid., p. 9.
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PAC ACROÉCOLOGIQUE
Bonus / malus Pilier emploi agricole Paiement de base par Unité de Travail Annuelle
Surfaces d’Intérêt Écologique, prairies permanentes, diversification
Pilier agroécologique
5, 7 milliards €
1, 7 milliards €
PAC ACTUELLE
3,9 milliards €
TAXES Pesticides, engrais, antibiotiques
Premier pilier + Droits au paiement de base + Paiement vert + Second pilier
Figure 15 : La Future PAC agroécologique selon France-Stratégie
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En portant une vision globale et prospective, le rapport de France Stratégie semble très juste. Dans cette vision, l’agriculture pourrait devenir une source d’emploi majeure pour la France. Appuyer le retour d’un système majoritairement herbager pourrait amorcer l’autonomie de l’agriculture. Apparaît un problème, le rapport est national, il s’agit d’une commande qui émane du Ministère français. Dans une discussion avec l’eurodéputé Eric Andrieu, j’ai pu constater que le rapport n’a pas du tout été pris en compte pour la nouvelle PAC à son plus grand désespoir. Le mouvement engagé par les états comme avec le rapport de France Stratégie reste bloqué à l’échelle nationale, ce qui sans doute n’est pas une première. Malheureusement pour espérer mettre en place de telles perspectives les engrenages ont besoin de rentrer en contact, de rentrer dans un mouvement synergique. Pour un tel changement, un profond remaniement est nécessaire, il paraît obligatoire de briser l’actuel premier pilier. Les aides découplées, ces aides à l’hectare qui sont versées en fonction d’un coefficient multiplicateur qui prend en compte la culture en place sont totalement désuètes. Ces aides représentent l’antithèse d’un nécessaire changement de modèle. Qui plus est, comme nous l’avons vu dans une partie antérieure, le découplage des aides ne s’est pas accompagné d’une baisse de la productivité et donc de l’extractivisme agricole, au contraire. La recherche constante d’hectares supplémentaires accentue encore le phénomène de non reprise des fermes. Quand les propriétaires d’empires de 400 hectares partent à la retraite, la reprise par un jeune qui n’est pas de la famille ou du milieu agricole est presque toujours impossible. Le prix de ce capital foncier est incommensurable, démesuré pour un jeune. C’est ainsi que les plus gros agriculteurs des communes procèdent souvent pour étendre leurs propres terrains ou bien ceux d’un collègue syndiqué. Cette approche peut paraître abrupte, mais elle est réelle. C’est ainsi que l’agriculture et les politiques agricoles financent l’autodestruction du nombre d’agriculteurs tout en déplorant leurs pertes. Mais tout est ambivalent, pour retrouver un système plus autonome en protéines et majoritairement
herbager compte tenu du réchauffement climatique l’agrandissement est nécessaire. Les sécheresses à répétitions diminuent le rendement des prairies pour la production de fourrage. Ainsi, les agriculteurs souhaitant retrouver leur souveraineté et le lien avec l’écosystème se voient obligés d’agrandir. C’est parfois le seul recours au défi climatique. Une fois de plus, il faut « dessiner avec des nuances », les tenants et les aboutissants trouvent des échos dans des champs variés. D’autres scénarios apparaissent, c’est notamment le cas du scénario Afterre 2050. Ce scénario élaboré par Solagro cherche à déterminer les possibles pour un nouveau modèle agricole. En tenant compte de l’enjeu climatique et sociétal, ce scénario définit les voies étroites possibles. La première piste définie par Solagro est la réduction du gaspillage alimentaire, une augmentation de l’agriculture biologique et surtout une réduction de la consommation de protéines animales. Dans les champs c’est la volonté d’un retour de « l’agronomie de la diversité1. » C’est également la nécessité de réduire la part des intrants chimiques sur les sols. Pour maintenir le cap selon le scénario, l’artificialisation des terres agricoles doit être divisée par deux, les haies et zones forestières doivent être augmentées. A propos de la question de la PAC, des collectifs et des groupes de réflexions se montent un peu partout. C’est notamment le cas du collectif « Pour une autre PAC2 » qui donne à voir lisiblement le fonctionnement parfois obscur de cette politique européenne majeure. Le collectif a misé sur les réseaux sociaux pour diffuser et faire prendre conscience à chacun de l’importance de la PAC dans notre vie de tous les jours. Dans une vidéo sur ton humoristique, le comédien Nicolas Meyrieux réalise un panorama de cette vieille dame et des enjeux qui doivent nous animer pour une nouvelle PAC. Dans une autre mesure, c’est le débat public imPACtons qui a été lancé pour sonder l’opinion publique sur la PAC. Le débat était organisé de février à octobre 2020 et doit fournir de la matière au Ministère de l’agriculture et de l’alimentation. Les éléments qui émanent du débat serviront à la rédaction du Plan Stratégique National, qui correspond
1 https://solagro.org/images/imagesCK/files/publications/f98_afterres2050-resume.
2 https://pouruneautrepac.eu/
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Figure 16 : Publication sur le débat public imPACctons
à l’application nationale de la PAC. Dans ces outils qui restent encore très discrets, réside la possibilité de porter de nouvelles voix. Dans un rapport de l’ONU, Mickael Fakhri1 qui est Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation pour le Conseil des droits de l’homme met en cause un cadre d’échelle mondiale. Dans son rapport « Réflexion analytique sur les systèmes alimentaires, les crises alimentaires et l’avenir du droit à l’alimentation », Mickael Fakhri porte un regard sur le néolibéralisme2 et les conséquences sur l’agriculture et l’accès à l’alimentation. « La mondialisation des systèmes alimentaires peut potentiellement contribuer à augmenter la disponibilité et la diversité des aliments, et permettre ainsi de lutter contre l’insécurité alimentaire et la malnutrition. Dans les faits, ce processus a pourtant perpétué les inégalités mondiales et entravé l’accès des populations les plus vulnérables à la nourriture.
Les systèmes alimentaires actuels sont régis par des accords commerciaux et des politiques économiques qui privilégient le profit au détriment de l’exercice du droit à l’alimentation. Le pouvoir est concentré dans les mains de quelques acteurs privés qui tirent parti des règles du libre-échange et de politiques agricoles tournées vers les exportations. Ces règles et politiques privilégient les grandes entreprises agroalimentaires, créant ainsi un déséquilibre dans le système alimentaire mondial3. » Dans cette perspective, il apparaît selon lui nécessaire que l’agriculture sorte des accords de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), qui finalement obligent les états à subventionner par de l’argent public des exportations, qui ne soutiennent en rien le tissu d’agriculteurs d’une nation. C’est l’antithèse d’une agriculture à échelle humaine.
1 Mickael Fakhri est professeur à la faculté de droit de l’Université de l’Oregon, où il
enseigne les droits de l’homme, la législation sur l’alimentation, le droit du développement et le droit commercial. Il est également à la tête du projet de résilience alimentaire de l’Environmental and Natural Resources Law Center. 2 Le néolibéralisme désigne le renouvellement des thèses économiques libérales qui ont inspiré les politiques économiques des pays occidentaux. Ces politiques, devenues dominantes, ont pour objet de créer un environnement propice à l’afflux des mouvements de capitaux — source d’épargne disponible pour l’investissement, par la dérégulation des marchés, la réduction du rôle de l’État, des dépenses publiques et de la fiscalité (en particulier au bénéfice des entreprises), un contrôle strict de l’évolution de la masse monétaire pour prévenir les effets inflationnistes, la privatisation des entreprises publiques et l’abaissement du coût du travail. https://www.monde-diplomatique.fr/index/sujet/neoliberalisme 3 FAKHRI Mickael, Réflexion analytique sur les systèmes alimentaires, les crises alimentaires et l’avenir du droit à l’alimentation, 2020, p. 4.
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2. Le liant entre les sociétés Depuis quelques années maintenant, la population de manière générale porte de plus en plus son regard sur ce qui se trouve dans son assiette. La question agricole se décloisonne et intéresse de plus en plus. Le rapport binaire n’a plus vraiment lieu d’être. Les critiques des pratiques intensives et monospécifiques par la population urbaine peuvent parfois relever de l’hérésie. Comme le dit le philosophe Emmanuele Coccia, c’est surprenant quand la ville accuse l’agriculture de faire de la monoculture alors que la ville en est le plus bel exemple1. En effet, cette représentation métaphorique pointe la présence omniprésente de la pierre et la non-fertilité que cette caractéristique engage. La lisière devient de plus en plus perméable, l’étalement des villes diffuses interroge de plus en plus cette notion d’interface. Dans les zones péri-urbaines « le besoin de paysages ruraux peut aboutir à dissocier des agriculteurs paysagistes (jardins familiaux, agricultures de plaisance) des agricultures liées aux marchés qui ont tendance à fuir la ville. […] Le projet paysagiste, qui s’était surtout concrétisé dans la ville, s’étend donc de plus en plus à une grande partie de l’espace rural qui échappe désormais au monopole des agriculteurs et de leurs partenaires. Il souligne la rivalité de deux modèles de mise en valeur des campagnes françaises, l’un fondé sur l’art d’habiter ou de visiter, l’autre sur celui de produire pour les marchés mondiaux2. » Il semble nécessaire de remettre en question cet extrait. En effet, aujourd’hui la population urbaine comprend que le territoire rural est un espace multifonctionnel. L’agriculture peut générer dans certains endroits de fortes externalités positives menant au tourisme mais la réalité productive est nécessaire à cette condition. La nécessité d’une campagne partagée semble un point essentiel pour raviver la flemme qui lie la société civile et les agriculteurs. Encore une fois, tout est très ambivalent. Les agriculteurs sont dans une position inconfortable, tiraillés entre les nouvelles attentes de la société et le sentiment de propriété. « Quand tu discutes avec des agriculteurs ils ont souvent la vision de la campagne agricole et elle ne doit pas forcément être partagée. Ce qui fait que dès qu’un chemin public peut être récupéré il l’est.
Eux s’estiment légitime ici et parfois voudraient qu’on leurs laissent les clés pour produire3. » Là où le bât blesse, c’est que pour une grande partie des exploitants agricoles, la majorité des revenus et des aides qui sont allouées proviennent de l’argent public. Il paraît donc concevable que l’ensemble des citoyens puissent avoir des besoins et un intérêt sur les campagnes. Autrement, la population non agricole doit quant-à-elle pouvoir être informée et immergée dans ce que représente un paysage productif. Les chemins de randonnées et de ballade apparaissent comme un premier outil d’interface. Une chose semble de plus en plus claire, la pression de la société civile sur ces questions favorise un changement de paradigme rapide. Dans certains cas comme Rémi Janin, des agriculteurs ont compris la nécessité d’une nouvelle porosité. Rémi Janin est paysagiste et agriculteur, son portrait est réalisé plus tard dans le développement du mémoire. Dans le film La ligne de partage des eaux de Dominique Marchais, un agriculteur tient des propos clairs à ce sujet : « On a besoin des environnementalistes, les paysans on a déjà perdu 4. » Pour cet agriculteur, la solution réside dans une alliance avec des organismes. Lui-même, travaille avec le Conservatoire du Littoral. Grâce à une convention, il fait pâturer ses bêtes dans l’estuaire de la Loire. C’est une relation symbiotique car le Conservatoire a également besoin de cet agriculteur pour maintenir l’écosystème ouvert. Mettre en place des fauches mécaniques seraient inconcevables sur l’ensemble de la surface concernée. Les enjeux pour l’horizon 2050 nécessitent de tisser des liens. Les agriculteurs ont plus que jamais besoin des urbains pour donner une nouvelle direction à l’agriculture. Le besoin de réappropriation de l’agriculture est urgent, les 400 000 agriculteurs restants ne seront sans doute pas suffisants pour engager un mouvement national. De son côté, l’agriculture ne peut plus laisser de côté la vision systémique. Dans cette recherche de nouveaux liens, le paysage semble être un formidable liant. Par le passé, la question paysagère a déjà été saisie par les agriculteurs pour reconstruire une image. C’est ainsi qu’en 1996, « la crise de la vache folle a constitué un exemple de la façon dont le paysage a
1 CLEMENT Gilles, COCCIA Emanuele, Penser la ville comme la foret, visioconfé-
rence, Caue du Rhône, 19/11/2020
2 DONADIEU Pierre, La société paysagiste, Arles, Actes sud / École nationale supé-
rieure de paysage, 2002, p. 119.
3 Entretien avec Rémi Janin 4 MARCHAIS Dominique, La ligne de partage des eaux, 2013, film couleur, France, Zadig
Production, 1’29’38
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été utilisé par les agriculteurs français pour redonner confiance aux consommateurs. Les campagnes de promotion lancées par l’interprofession de la viande ont largement joué la carte du paysage puisque toutes les images présentées montraient des animaux dans des herbages de moyenne montagne et ces arguments ont en partie aidé à surmonter la crise1. » La « paysagisation » de l’agriculture semble devenir nécessaire. L’agriculteur travaille avec un écosystème entier qui lui-même dépend d’un autre écosystème. Les boucles de rétroactions s’enchaînent, la vision administrative est dépassée. Le changement d’échelle ne semble-t-il pas une obligation ? Considérer l’espace rural comme un liant implique un accord, une redéfinition sémantique d’un espace rural nourricier pour la société civile et l’agriculture. 3. Les outils de la territorialisation Pour certains auteurs, avec le processus d’industrialisation de l’agriculture « on peut parler de « dé-territorialisation » pour une agriculture productiviste peu soucieuse des terroirs paysans d’autrefois, insérée dans les filières agro-industrielles et bassins de production spécialisés2. » Ici, l’auteur voit la modernisation comme une perte d’enracinement de l’homme à ses terres, ceci entraîne une réaction systémique. Mais, depuis les années 2000 de nouveaux processus ou groupements sont mis en place pour contrer cette perte de territoire. L’ensemble de ces mesures ne « désigne pas pour autant un processus de retour à un territoire passé, idéal et idéalisé3. » Le processus inverse, la « re-territorialisation exprime la construction d’un mouvement de retour de l’agriculture vers le territoire en insistant sur la nouveauté de la relation : des nouveaux référentiels de production, de nouveaux objectifs et un nouveau lien au territoire4. » Un des premiers outils se met en place en 1999 avec la seconde Loi d’Orientation Agricole (LOA), il
s’agit du Contrat Territorial d’Exploitation (CTE). La grande innovation de cet outil réside dans le fait qu’il considère l’agriculture comme un secteur multifonctionnel dont la relation au territoire est prépondérante. « Plus précisément, le CTE a consacré le passage du référentiel modernisateur et productiviste de la période d’après-guerre à un nouveau référentiel plus difficile à qualifier, référentiel « multifonctionnel », « durable » sous le jeu d’un ensemble de contraintes d’ordre très divers (environnemental, économique, social, financier)5. » Le CTE était novateur, il proposait une lecture transversale de l’agriculture en proposant un contrat entre l’État et l’agriculteur. Les agriculteurs proposaient un projet pour le maintien des haies par exemple en échange d’une prime versée par l’état. Mais rapidement le dispositif est critiqué par les agriculteurs, « la plupart redoutait qu’il remette en cause l’autonomie décisionnelle des exploitants, mis sous la tutelle de la demande sociale6. » Une nouvelle fois, la question épineuse du territoire dérive rapidement vers une qualité peu envisageable pour certain, les agriculteurs sont aussi des faiseurs d’espace. Pour eux, « c’est dans l’acte de production que s’étaient construit leur « dignité » et leur capacité d’intervention dans le débat public7. » Dans cet élan, les CTE sont stoppés en 2003. Malgré la difficulté à intégrer une lecture transversale, les CTE auront sans doute permis de faire évoluer les consciences et fait prendre la mesure des synergies possibles. En dépit des 49 368 contrats signés en 2003, l’expérience ne sera pas renouvelée. Finalement, les CTE auront permis de toucher les prémices d’une réflexion qui doit être portée par des professions relatives à l’espace. A ce jour, d’autres procédés sont en vigueur dans cette recherche de territorialisation. Dans une recherche d’échelle très locale, certains agriculteurs ont mis en place des Associations Pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne (AMAP). Ces associations « mettent en relation consommateurs urbains et producteurs8. »
1 AMBROISE Regis, TOUBLANC Monique, Paysage et agriculture, pour le meilleur !, Dijon, Educagri éditions, 2015, p. 58. 2 RIEUTORT Laurent, Dynamique rurales Française et re-territorialisation de l’agriculture, L’information géographique, 2009/1 Volume 73, p. 37. https://www.cairn. info/revue-l-information-geographique-2009-1-page-30.htm 3 Ibid., p. 38. 4 Ibid., p. 38. 5 LEGER François, VOLLET dominique, URBANO Ghislaine, Le contrat territoriale d’exploitation : La rencontre difficile d’un instrument à vocation territoriale et de la tradition sectorielle de la politique agricole française, Revue Internationale des Sciences Administratives 2006/3 (Vol. 72), p. 407. 6 Ibid., p. 411. 7 Ibid., p. 414. 8 RIEUTORT Laurent, op.cit., p. 40.
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L’apparition des différentes formes de labellisation crée une dynamique inverse à la tendance d’intensification. « L’apparition d’un nouveau système alimentaire agro-tertiaire de plus en plus mondialisé, va de pair avec d’autres schémas alternatifs, basé sur les produits dont l’origine et la qualité sont identifiées, sur des circuits courts et des entreprises « artisanales ». Ce souci récurrent pour la qualité des produits passe par les Signes Officiels d’Identification de la Qualité et de l’Origine territoriale1. » Les labels sont aujourd’hui de plus en plus nombreux mais nous pouvons retenir les principaux comme : Agriculture Biologique, AOC, IGP ou encore Label Rouge. Les Parcs Naturels Régionaux (PNR), sont des lieux où les gestionnaires tentent de faire fonctionner différents volets. Le but étant de maintenir la richesse environnementale tout en favorisant une économie de territoire et de nouveaux liens sociaux. L’action reste malheureusement bien définie à un territoire spécifique et ne permet donc pas une lecture à l’échelle nationale. Enfin, nous pouvons également citer le réseau CIVAM2, les membres sont « des groupes d’agriculteurs et de ruraux qui travaillent de manière collective à la transition agro-écologique. […] Ils agissent pour une agriculture plus économe et autonome, une alimentation relocalisée au cœur des territoires et des politiques agricoles, pour l’accueil de nouvelles populations et pour la préservation des ressources. Leur mission : animer et accompagner, selon les principes de l’éducation populaire, les projets collectifs et durables qui contribuent à dynamiser le tissu socio-économique rural3. » A l’échelle de la PAC, la distorsion de trame pour former une politique qui prend plus en compte le territoire est compliquée. Avec l’arrivée de l’outil informatique, les gestionnaires ont cru pouvoir apporter « plus de grain » au relevé. « Pour convertir les hectares en droits de paiement, les États membres disposent d’un « système intégré de gestion et de
contrôle » qui, grâce à des ortho-photographies et des programmes informatiques, rend les champs numériquement quantifiables. En France, cette puissante infrastructure informationnelle s’appelle le « registre parcellaire graphique4. » Malheureusement la numérisation des Surfaces Non Agricoles5 (SNA) est sous-estimée, il s’agit d’un travail titanesque qui conduira à un retard du versement des aides en 2016. Alors peut-être que le « grain » nécessaire pour définir une politique plus territoriale nécessite une imbrication des échelles plus complexes. Le bond de l’échelle européenne vers l’emplacement d’un arbre isolé mérite des étapes intermédiaires. La réflexion grâce à la carte d’analyse paysagère, sur le même principe que les atlas de paysage pourraient permettre de dégrossir le travail, d’identifier de grandes zones de similitudes par une étude in situ. Récemment, un outil est apparu, il semble pouvoir permettre une réflexion nourricière globale à l’échelle d’un territoire. Il s’agit du Plan Alimentaire Territorial (PAT). Ces plans sont en vigueur depuis 2014, ils sont issus de la Loi d’avenir pour l’agriculture. Le développement de ces PAT permet de « placer l’alimentation comme un axe majeur et structurant des politiques sectorielles d’un territoire6. » Ainsi, il ressort trois principaux enjeux qui animent le développement des PAT. Le premier concerne la relocalisation économique, rapprocher au maximum l’offre et la demande pour créer une synergie locale stable. Le second, c’est une incitation à produire plus sainement, favoriser les techniques agroécologiques, ceci afin de préserver les ressources territoriales. Le dernier repose sur une valorisation de cette nouvelle dynamique, par le biais de l’alimentation collective, de l’éducation auprès des enfants et une volonté de rendre cette nouvelle ressource accessible à tous. « Avec les SCOT7 et les PAT qui sont des outils plus territoriaux, ils pourraient davantage rencontrer la
1 Ibid., p. 41. 2 Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural. 3 https://www.civam.org/nos-missions/ 4 MAGNIN Léo, La politique agricole commune et les données retardataires, édition
de l’EHESS, 2019, n°72, p. 131. 5 « Ce sont autant de « routes, chemins et voies ferrées », de « bâtiments », de « zones aménagées », d’« affleurements rocheux », de « broussailles », de « forêts », de « végétations non agricoles non caractérisées », de « fossés », de « murs traditionnels en pierre », de « bosquets », de « mares », d’«arbres isolés», d’«arbres alignés» et de « haies », MAGNIN Léo, op.cit., p. 134 6 https://agriculture.gouv.fr/comment-construire-son-projet-alimentaire-territorial 7 Le Schéma de cohérence territoriale (SCoT) est l’outil de conception et de mise en œuvre d’une planification stratégique intercommunale, à l’échelle d’un large bassin de vie ou d’une aire urbaine, dans le cadre d’un projet d’aménagement et de développement durables (PADD). https://www.cohesion-territoires.gouv.fr/le-scot-un-projetstrategique-partage-pour-lamenagement-dun-territoire
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question paysagère1. » En se saisissant de ces outils, le paysagiste pourrait apporter une autre dimension. Dans le cas du PAT, ce levier rejoint la vision territoriale qui à mon sens est l’échelle des paysagistes. Cette réflexion territoriale, spatiale et sensible pourrait permettre de donner des préconisations pour une entité paysagère. Si nous prenons le cas de la Plaine du Forez qui est une entité paysagère très distincte, le paysagiste grâce au PAT pourrait infléchir une figure territoriale qui donne un cadre d’ensemble et descendre finement dans les échelles. Chaque projet agricole et nourricier est différent, une attention fine à l’exploitation est nécessaire pour assurer le jeu d’échelles. Les outils des paysagistes deviendraient alors des passerelles entre le socle et les gouvernances. La mise en place de ces outils à l’échelle départementale, dans les chambres d’agriculture serait une première solution. De manière idyllique, une présence multiscalaire du paysagiste serait une réflexion intéressante pour répondre à la « paysagisation » de l’agriculture dont la société est de plus en plus demandeuse.
Comme nous l’avons vu, le saut d’échelle entre une gouvernance Européenne et une réflexion à l’échelle du paysage est possible mais il convient d’interroger d’autres outils. L’hypothèse que les paysagistes puissent tenir un rôle à différentes places institutionnelles permettrait de mettre en action de nouvelle manière de faire. Prendre appui sur les chambres d’agriculture départementales pour définir un intermédiaire entre les politiques et une approche plus régionaliste de l’agriculture. Les outils utilisés par les paysagistes sont à la rencontre entre le tangible et ce qui relève du ressenti, du subjectif. Les changements brutaux imposent de laisser une part plus importante à l’incertitude. La réalisation de cartographies subjectives est une manière de mieux comprendre les grandes entités et les interfaces entre plusieurs territoires. Ce travail sensible combiné à des plans prospectifs détaillés et précis pourrait donner à la sphère agricole un nouveau souffle. Il est peut-être temps de redécouvrir le paysage qui nous entoure autrement que par le prisme des données et des sciences dures.
L’enjeu de l’agriculture et de la ruralité face au changement climatique implique une relecture complète de l’espace. L’organisation européenne de l’agriculture par la PAC impose une centralisation des données. Aujourd’hui, la volonté de « verdissement de la PAC » et un léger retour vers le territoire génère une immense quantité de données. Un peu partout, des groupes d’agriculteurs se rassemblent pour explorer une autre vision de l’agriculture. La transversalité de l’activité agricole se heurte alors à une vision sectorielle dont la production en est l’élément fort. Dans les villes, la question du changement climatique est devenue centrale. Elle est moteur de nombreux projets. La réflexion à un horizon 2050 doit s’affranchir de la dichotomie ville-campagne, il est nécessaire de révéler les liens, de prendre soin des systèmes complexes d’autorégulation. Le nombre d’agriculteurs baisse chaque année, pour prendre un nouveau tournant la question rurale doit également émaner des urbains. Si les villes et les habitants se reconnectent à la géographie alors, l’agriculture devient urbaine par une réappropriation de la question nourricière.
1 Entretien avec Rémi Janin
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V
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Un paysagiste à l’épreuve des politiques
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Figure 17 : Rémi Janin
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1. Vers une expérimentation
Figure 18 : Un matin de février à la ferme de Vernand
Dans le cadre de ce mémoire il m’importe d’expérimenter, d’essayer de comprendre les biais, les leviers possibles des paysagistes avec l’agriculture. Pendant les semaines de terrain, il me fallait trouver quelqu’un qui ait déjà amorcé une réflexion similaire. Après les nombreuses semaines de lecture, recherche et mise en forme de ma pensée, je ressentais désormais le besoin de confronter spatialement ce désir de « paysagisation ». Dans cette quête, je n’ai pas eu à chercher très loin du domicile de mes parents, niché à la naissance des Monts du Lyonnais et proche de Saint Étienne. J’ai pris la route, direction le nord de mon département d’enfance. Quelque part dans les Monts du Lyonnais, à quelques kilomètres de Roanne, à la ferme de Vernand, un paysagiste concepteur exerce le métier d’agriculteur.
La ferme est perchée, là-haut elle surplombe les ondulations des terres et prairies. Ces variations marquent les plis, les zones de fraîcheur où l’eau s’écoule et alimente l’étang de la ferme. Les Highlands coiffés par le vent du sud me regardent, dédaigneuses, plongeant aussitôt la tête pour cueillir la maigre repousse d’herbe. Les bottes de foins déroulées dans les prairies tracent des hachures éparses, témoins d’un hiver. Les dernières lueurs de la saison froide s’achèvent par des chants indomptables des oiseaux, il fait presque 16°c.
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Figure 19 : Conférence à la ferme
Figure 20 : Rencontres et balades lors des événements. Le territoire comme base de dialogue
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Figure 21 : Installation à la ferme dans le cadre du cycle de l’association Polyculture
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C’est alors que je rencontre Rémi Janin, paysagiste concepteur de formation. Après plusieurs années à codiriger une agence de paysage et d’architecture avec son frère, il a finalement décidé de reprendre la ferme familiale. L’exploitation en polyculture-élevage est labellisée agriculture biologique depuis les années 1990, des vaches et des moutons sont élevés pour la production de viande. La majorité de la production est vendue sur le marché de Roanne et le reste est livré en caissette. Avec la création de l’association Polyculture, Rémi et celles et ceux qui font vivre la ferme portent depuis 2018 un festival artistique. Ce projet de parc agricole, paysager et culturel vise à proposer au public un espace de campagne partagé qui reste bien entendu nourricier. La manière dont est entreprise la paysagisation de l’agriculture sur la ferme me pose de nombreuses questions. Des principes sont-ils applicables à l’échelle territoriale ? Quel enseignement pour une réflexion à l’échelle de la plaine du Forez ? Comment le paysagiste peut conseiller pour l’élaboration d’un projet territorial et alimentaire dans le Forez ? De cette discussion avec Rémi émanent plusieurs notions importantes, elles semblent nécessaires d’être développées pour calibrer au mieux les prochaines interventions avec les agriculteurs. De prime abord, il semble important de souligner le rapport entre l’exploitation de Rémi Janin et une politique d’échelle européenne. Selon lui, « le fait d’avoir quand même une politique européenne, de base est intéressant. Mais qui de toute manière à chaque fois est réinterprétée par pays voir par région. Il y a de plus en plus de marge régionale. Mais d’avoir un cadre commun c’est quand même pas si mal1. » En effet, sur certains points, le cadre européen ou national permet une équité. Cette notion s’est illustrée récemment avec les aides au maintien de l’agriculture biologique. En 2016, l’attribution de cette aide n’était plus régie par la cadre national ou européen. La responsabilité a été déléguée aux régions. « La région Auvergne-Rhône-Alpes, ils ont décidé de pas le faire par contre l’Occitanie ou d’autres régions eux ils le font. Du coup aujourd’hui on est un peu défavorisé. Finalement le cadre national était mieux pour ça. En fonction des politiques régionales, tu as quand même des différences assez fortes2. » Finalement, la proximité entre les exploita-
1 Entretien avec Rémi Janin 2 Entretien avec Rémi Janin
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tions agricoles et l’échelle de décision politique n’est pas systématiquement bénéfique. Le cadre commun semble sur certains points ne pas être limitant, en revanche ce qui semble important c’est de pouvoir développer des projets locaux, voire à l’échelle des fermes, qui peuvent être accompagnés par des paysagistes. Le facteur limitant à ce jour à ce développement de projet c’est qu’il n’y a pas vraiment de financement et de place définis pour le paysagiste. Les tendances évoluent, il nous faut croire et œuvrer pour cette perspective. En revanche, pour édifier cette nouvelle synergie entre agriculteurs et paysagistes, il semble essentiel que ces derniers aient des connaissances en agronomie. La connaissance du milieu agricole permet en effet de faciliter la discussion. D’une manière personnelle, en éprouvant sur le terrain les politiques agricoles par mon regard de paysagiste, il m’a fallu à plusieurs reprises avoir recours à mon enfance. Le fait d’être fille ou fils d’agriculteurs semble encore aujourd’hui rassurer et faciliter le dialogue dans certains cas. A mon sens, cela est dommageable, l’enfance ne prédispose pas forcément à la compréhension de la nébuleuse agricole pour édifier un projet nourricier. Alors finalement où sont les places institutionnelles pour les paysagistes ? Quels sont les leviers aujourd’hui qui pourrait permettre la nécessité du paysage dans les questions agricoles et nourricières ?
Figure 22 : Cœur humide à Vernand
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Figure 23 : Éric Andrieu
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2. La nécessité du temps « Pendant cinquante ans au nom de l’argent ils ont coupé les liens entre agriculture, biodiversité, santé et paysage. Aujourd’hui l’enjeu est de recréer ce lien-là, et si on le recrée la notion paysagère va reprendre sa place. Mais il faut 10 ans1 ! » Cette phrase est tirée d’un entretien réalisé avec Éric Andrieu. Monsieur Andrieu est originaire du Languedoc Roussilon, il est eurodéputé et rapporteur à la PAC. Il est également porte-parole des sociaux-démocrates européens pour l’Agriculture et le développement rural et plaide pour une refonte de la PAC. L’extrait de cet entretien laisse dans un état intermédiaire, flottant c’est du moins mon ressenti. Il y a là une source d’espoir incroyable, un élément qui confirme la nécessité pour les paysagistes de ne pas lâcher, la promesse de la légitimité d’une profession dans le paysage nourricier. Mais à ce jour rien n’est réellement acté. Qui plus est, au vu des prévisions climatiques présentées précédemment, attendre une décennie supplémentaire pose question. Le changement climatique nous laissera-t-il le loisir de considérer la question paysagère dans l’agriculture dans une dizaine d’année ? D’après les dires d’Éric Andrieu, il y a réellement de l’avenir pour les paysagistes sur la thématique nourricière et paysagère, nous sommes dans une phase de transition. Pour accompagner cela, il faut allumer des foyers çà et là, trouver les supports qui aujourd’hui acceptent d’amorcer cette réflexion spatiale. L’appui peut se trouver soit avec un groupe d’agriculteur, avec la chambre d’agriculture, le département ou bien les CAUE2. « Il y a de l’avenir mais on est vraiment dans une phase de transition. […] Je ne t’aurais pas dit ça il y a 5 ou 6 ans en arrière mais là ça bouge3. » Cette conviction de la part d’un député européen à la PAC résonne comme un encouragement, le travail est colossal mais passionnant. Une des zones d’interface possibles entre les agriculteurs et les politiques agricoles se trouve à l’échelle départementale. Les chambres d’agriculture s’illustrent comme l’un des organes politiques les plus proches du territoire. En revanche, en éprouvant directement les politiques agricoles sur le territoire de la plaine du Forez j’ai pu me rendre compte d’une réalité. La
chambre d’agriculture de la Loire s’apparente à une forteresse qu’il parait impossible d’infiltrer. La prise de contact s’avère extrêmement laborieuse et entamer une discussion sur la question de la « paysagisation » de l’agriculture l’est encore plus. Les chambres renferment des données capitales pour la gestion agraire d’un territoire, c’est notamment le cas du Registre Parcellaire Graphique (RPG) qui contient l’ensemble des données pour chaque parcelle du département. Cette mine d’information semble difficilement exploitable par une profession extérieure relative à l’espace qui pourrait intervenir en conseil. En abordant l’organe politique et décisionnel que sont les chambres d’agriculture départementale, il semble essentiel de définir quelques points qui sont souvent contestés avec véhémence par les protagonistes. D’un point de vue politique, il convient de souligner la prééminence du syndicat majoritaire : la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA). La FNSEA est donc majoritaire dans de nombreux départements et c’est le cas dans la Loire (42). Le rayonnement de ce syndicat représente aujourd’hui une importance capitale. Les responsables des chambres d’agriculture ainsi que les responsables des FDSEA4 sont présents sur les volets importants. C’est notamment le cas dans les SAFER, qui préemptent les terres et gèrent les questions de vente de foncier agricole. La nébuleuse FNSEA est également présente auprès du Crédit Agricole qui est la banque principale des agriculteurs et de Groupama qui est l’assureur majoritaire des agriculteurs. L’ensemble de cet écosystème stratégique influencé par le syndicat agricole majoritaire explique en partie la lenteur d’édification d’une nouvelle vision partagée de l’agriculture. La stigmatisation n’est pas le but mais il convient d’éclaircir cette notion, sur de nombreux points les agriculteurs et les instances politiques ont les clés pour insuffler des initiatives locales. Les instances voient peut-être par le biais de la technique la possibilité de maintenir l’écho du schéma agricole actuel. Alors, avant que le tournant soit vraiment opéré c’est un appel aux marges qu’il faut faire. Réfléchir, dessiner et essayer en direct avec des agriculteurs qui sont prêts à faire le pas. Il faut essayer, se tromper mais surtout commencer à allumer des foyers qui seront sources de rassemblement.
1 Entretien avec Éric Andrieu, eurodéputé sur la question agricole 2 Le CAUE (conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement) est un orga-
nisme investi d’une mission d’intérêt public, né de la loi sur l’architecture du 3 janvier 1977. Il a pour objectif de promouvoir la qualité de l’architecture, de l’urbanisme et de l’environnement dans le territoire départemental. L’architecture, les paysages et le patrimoine sont d’intérêt public Le CAUE est créé à l’initiative des responsables locaux et présidée par un élu local. C’est un organe de concertation entre les acteurs impliqués dans la production et la gestion de l’espace rural et urbain. https://www. fncaue.com 3 Entretien avec Éric Andrieu, eurodéputé sur la question agricole 4 Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles
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3. Les paysagistes à quelles places institutionnelles ? Se poser la question des places éventuelles où les paysagistes pourraient intervenir comme conseil dans les instances agricoles prend désormais tout son sens. Certes, comme nous l’avons vu par le biais de la discussion avec un eurodéputé, le processus va prendre du temps. Mais à ce jour, comment cette question est-elle perçue par les organes de gouvernance agricole à l’échelle départementale ? La pression de la société civile est grandissante, la puissance d’un nouvel imaginaire commun est incommensurable. Alors, les responsables des chambres d’agriculture sont-ils prêts à accueillir des « paysagistes conseil de l’agriculture » ? Ce besoin d’apport du paysage dans la prise de décision passe-t-il par l’ouverture d’un poste dans les chambres ou par un conseil extérieur mais obligatoire ? C’est beaucoup de questions qui demandent à être réfléchies de manière collective. Finalement, après ces plusieurs lignes de développement, l’apport des paysagistes sur la question agricole et territoriale semble évident. Mais à l’inverse, les paysagistes peuvent-ils être des jalons faisant remonter des volontés et des intentions de projets en politiques ? « Avec les SCOT et les PAT qui sont des outils plus territoriaux, ils pourraient davantage rencontrer la question paysagère. Cette lecture par entité pourrait permettre d’avoir des préconisations plus générales. Cela rejoint vite des questions de projet collectif notamment sur la question de plantation. C’est plus simple si tu le portes à plusieurs. C’est là que le paysagiste a un intérêt d’aller-retour entre le local et une vision plus territoriale. Donc carrément il peut faire remonter des choses en politique, et après fédérer des agriculteurs, créer des groupes qui ont envie de travailler sur tel sujet1. » Dans ce possible nouvel édifice la profession de paysagiste a un atout majeur, elle sait apprivoiser l’espace, le manipuler dans un entrelacement des échelles. La notion scalaire a toute son importance car elle permet de tisser des liens avec la dimension publique. Les paysagistes ont un regard élargi du contexte, une qualité intéressante pour relier une ferme avec son grand paysage. On peut aussi très bien « imaginer un paysagiste indépendant, que ça soit un paysagiste auquel on fait appel. Cela pour
1 Entretien avec Rémi Janin 2 Plan local d’urbanisme 3 Entretien avec Rémi Janin
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rait exister plus facilement à l’échelle régionale. Quand tu fais un SCOT pour un PLU2 tu as un bureau d’étude en paysage qui intervient. Tu pourrais très bien te dire que sur les Projets Alimentaires Territoriaux il pourrait y avoir des paysagistes. Je pense qu’il y a une place possible c’est juste qu’aujourd’hui elle n’existe pas3. » Il convient désormais d’éprouver au plus près les politiques agricoles locales. Premièrement, il est important de souligner la difficulté rencontrée pour engager un dialogue avec les représentants de la chambre d’agriculture de la Loire. Vouloir éprouver les gouvernances agricoles quand on est jeune paysagiste en formation demande une certaine capacité d’acharnement. C’est du moins ce que j’ai ressenti. Dans cette quête j’ai réussi à échanger beaucoup plus rapidement et facilement avec un eurodéputé à Bruxelles qu’avec un responsable d’une chambre départementale. N’en déplaise aux protagonistes c’est une vérité que j’ai vécue.
Figure 24 : Le paysagiste à quelles places institutionelles ?
État
Paysagiste Concepteur
Régions
Départements
Agriculteurs 64
Figure 25 : Raymond Vial
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Comme je l’évoquais, j’ai finalement pu obtenir un rendez-vous en visioconférence avec le Président de la chambre d’agriculture de la Loire. Après avoir rappelé les compétences des paysagistes concepteurs et les possibilités de convergences pour des projets territoriaux et nourriciers, une question centrale doit être abordée : Qu’est-ce que vous pensez de la possibilité qu’un paysagiste soit en conseil en chambre d’agriculture ? Le premier réflexe a été de me rappeler que le département de la Loire n’est pas un département céréalier du bassin parisien. En ce sens, le président souhaitait me faire comprendre que les paysages n’ont pas été malmenés comme c’est le cas dans les grandes régions de l’agriculture extractiviste. Est-ce une réponse déguisée pour justifier la non utilité des paysagistes ? La position du président est plutôt limpide à ce sujet-là, « je ne dis pas qu’il ne faut pas avoir de conseil, je dis qu’il faut être très vigilant. Au niveau de la structure Chambre d’agriculture, imaginer que nos équipes qui interviennent auprès des agriculteurs aient un accompagnement oui. Après, faisons très attention si on veut aller tout chambouler sur le terrain. Mais par contre je partage votre analyse que surement on a besoin de faire encore des choses. Mettre des cultures intercalaires pour la biodiversité. Par contre aller en direct avec les agriculteurs moi je pense que ce serait une erreur […] Chez certain peut être mais sinon je pense que ça peut être très mal perçu. Le matraquage depuis un certain nombre d’années, le fait qu’on les montre du doigt, ils peuvent percevoir les choses de manière différente1. » La notion de chef d’exploitation semble prendre une importance criante, mais où placer le curseur du paysage pour ces chefs. « Je ne suis pas fermé sur votre question du départ, mais vous savez on a à faire à des entreprises, et dans les entreprises il faut prendre en compte tous les dossiers et il n’y a pas que celui-là en sachant qu’il prend de plus en plus d’importance2. » Dans cette mesure, on peut se rendre compte que la vision monofonctionnaliste de l’agriculture est encore une doxa éminemment présente. Par ce schéma de pensée, les agriculteurs sont des chefs d’entreprise obnubilés par le marché et la capa-
cité productive de l’écosystème. Cette vision est à mesurer, en effet elle ne s’applique pas de manière uniforme à l’ensemble de la corporation agricole. Mais quels nouveaux imaginaires sont possibles quand les instances départementales propulsent encore les mots d’un modèle qui n’a plus de sens pour la société civile aujourd’hui ? Il convient de préciser que les chambres d’agriculture sont comme des entreprises, elles vendent des prestations de conseil aux agriculteurs. Il y a derrière cela une obligation économique. Empêcher l’échange direct entre les agriculteurs et les paysagistes impliquerait une réelle perte de sens. Demander aux paysagistes concepteurs de réaliser des formations pour les personnes qui travaillent dans les chambres est une première étape certes, mais il ne s’agit en aucun cas d’une finalité. Les trois années de formations en École nationale supérieure de paysage ne peuvent être dispensées par une formation d’une semaine. Les réflexes d’élaboration de projet et de réflexion territoriales sont des processus longs à assimiler, ils demandent une implication forte et la construction d’une culture du projet de paysage. Pourquoi vouloir un amoncèlement de formateurs qui forme des techniciens à une profession qui n’est pas la leur alors que cette profession existe déjà. Quelle nécessité d’inventer des strates là où elles n’ont aucun sens ? Dans un même registre, cela impliquerait aux architectes de donner des formations aux techniciens en bâtiments des chambres d’agriculture. Pourquoi demander à une personne qui n’a pas reçu la formation d’architecte de s’emparer de la démarche de projet architectural alors que des professionnels qualifiés peuvent le faire ? Il y a là aucune raison de couper les professions qui travaillent l’espace du réel du territoire, il est l’incubateur du projet. De cette première analyse ressort tout de même une méfiance dans la réflexion d’un projet territorial.
1 Entretien avec Raymond Vial, président de la Chambre d’agriculture de la Loire 2 Entretien avec Raymond Vial
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« L’impression que nous on a c’est que la profession agricole a l’oreille du gouvernement, enfin la FNSEA arrive pour l’essentiel à avoir ce qu’ils veulent et par contre dès qu’il y a des initiatives locales ils les entravent. Le projet territorial n’intéresse pas trop la chambre. Pour eux c’est toujours un risque d’aller vers la société civile qui n’a pas vraiment les mêmes attentes qu’eux1. » En abordant l’enjeu climatique par le biais des cartes réalisées par le programme AP3C, il apparaît clairement que ces modifications climatiques vont entraîner une profonde modification de l’espace rural. Pourtant la relecture complète du paysage de la plaine du Forez ne semble pas une nécessité politique, l’avenir se dessine plutôt comme une perfusion du présent. « C’est là où la recherche dans l’agriculture prend tout son sens. Dans la plaine du Forez, aujourd’hui on sait pertinemment que pour faire un blé, si on n’a pas l’irrigation au printemps ça sera très compliqué. Dans la recherche déjà il faut des variétés qui ne vont pas craindre le gel car il va geler au mois de mai. Et cela on ne connaissait pas. On va être obligé de mettre des variétés qui sont moins précoces. Il faut vraiment travailler le variétal. Ce qui veut dire qu’on va réduire le temps de production de la plante. Sur la question du maïs, la plaine du Forez c’est le grenier des exploitations des coteaux2. » La foi en la recherche semble totale, mais l’utilisation de nouvelles variétés est-elle une réponse suffisante ? En tout cas, c’est une aubaine pour les coopératives qui travaillent à fournir cet espoir. Le besoin en approvisionnement de maïs issu de la plaine du Forez montre une dépendance forte des systèmes laitiers en particulier. En effet, de nombreuses exploitations sur les Monts du Lyonnais et du Forez s’approvisionnent en maïs auprès des producteurs de la plaine. Pour la plupart il s’agit de producteurs laitiers. D’ailleurs, le mode de fonctionnement de nombreux producteurs laitiers pose question sur la notion de reterritorialisation de l’agriculture. L’autonomie en protéines des fermes aujourd’hui est un véritable enjeu. Les systèmes actuels ont complètement laissé de côté la production de protéines sur l’exploitation. C’est ainsi que de nombreux exploitants ont recours à l’achat de nourriture importée. C’est le cas du soja
1 Entretien avec Rémi Janin 2 Entretien avec Raymond Vial 3 Entretien avec Raymond Vial
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et des dérivés qui sont acheminés depuis l’Amérique du Sud. Comment promouvoir une agriculture qui se territorialise, vanter la nécessité des circuits courts tout en apportant aux vaches des protéines qui ruinent un territoire de l’autre côté de l’Atlantique. Cette question relève d’accords commerciaux, d’une échelle lointaine pour une chambre d’agriculture mais il y a à faire. La question des protéines peut être moteur pour un projet de paysage. Cette composante fait partie intégrante d’une réflexion territoriale, produire de nouveau des protéines sur la ferme implique un changement de paysage. A ce jour, dans la plaine du Forez, une parcelle de blé qui n’est pas irriguée au mois d’avril donnera une récolte très maigre. La question du maïs est encore plus préoccupante, « aujourd’hui les agriculteurs de la plaine, ils se sont rendus compte que même avec l’irrigation les maïs sont en train de griller sur place. Il faut revenir à des variétés avec des indices plus faibles de manière à pouvoir les ensiler plus tôt3. » Dans une perspective de réchauffement de 2.5°C c’est sans doute le maïs de manière générale qu’il va falloir délaisser, même avec un cycle de végétation raccourci. La foi inaltérable dans le progrès technique nous ramène dans une partie antérieure du développement du mémoire. La croyance d’un progrès infini interroge : Faut-il reproduire dans une autre mesure la doctrine d’après-guerre ? Finalement après de nombreuses discussions et entretiens, la question de la place du paysagiste dans les institutions semble encore opaque, ou bien, la zone d’interface ne se situe pas à l’échelle du département. Cela nécessite de prolonger l’exercice du mémoire pour aller questionner les chambres d’agriculture régionales à ce sujet. D’ailleurs, M Vial le président de la chambre d’agriculture de la Loire pense que c’est un travail à l’échelle régionale avec des redescentes dans les départements. Voilà une piste intéressante pour la profession de paysagiste. Si je m’en tiens à cet entretien, prendre appui sur les chambres d’agriculture à ce jour pour engager une réflexion territoriale de l’agriculture n’est peut-être pas la bonne voie. L’inertie de la vision agricole dans les gouvernances locales implique de
faire un pas de côté. Malgré la peur d’un lien direct entre agriculteurs et paysagistes par le président de la chambre, la discussion sur le terrain est possible. Des agriculteurs sont prêts à accueillir un regard extérieur, notamment celui d’un jeune de 23 ans étudiant à l’École de paysage de Versailles. Déconstruire la vision monofonctionnaliste de l’agriculture est urgent. C’est un édifice entier qu’il faut bâtir. Qui plus est, l’emprise de la chambre d’agriculture sur l’ensemble des agriculteurs du département est disparate. Certains fuient tout contact avec cet organe décisionnel lorsque cela est possible. L’influence variée de la chambre d’agriculture sur l’ensemble des agriculteurs de la plaine du Forez m’interpelle. Comment les agriculteurs peuvent-ils percevoir le regard d’un étudiant paysagiste sur leur ferme ? Convaincu de la pertinence d’engager une réflexion territoriale nourricière et paysagère, il me fallait à présent éprouver cette réalité. Il fallait trouver des personnes prêtes à engager une démarche de transformation spatiale, chose assez complexe en réalité. La partie suivante va traiter de ces ateliers que j’ai pu construire avec deux fermes complètement différentes à deux endroits complètement eux aussi très différents. Rien n’est linéaire, l’expérience du terrain est d’une richesse incroyable, le paysage vécu est l’incubateur du projet. Il est le lien direct entre des agriculteurs, un étudiant paysagiste et leurs paysages.
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Atterrir : ateliers aux champs
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1. Définir le cadre La nébuleuse de la plaine du Forez est vaste, malgré les limites visuelles qu’imposent les montagnes du couchant et du levant. C’est un territoire de 2 000 km² qui compte aujourd’hui près de 170 000 habitants. C’est une des premières grandes plaines sur le cours du fleuve Loire, depuis les sources proches du Mont Gerbier des Jonc, le lit s’est gonflé. Avant de rentrer sur le territoire la plaine, la Loire est canalisée dans le barrage de Grangent, qui forme des gorges abruptes et abyssales. Puis, par une interrogation géologique, c’est le calme plat. Désormais, seules les terrasses alluviales marquent l’éloignement avec le fleuve. Ce grand drap est tendu jusqu’à rencontrer les contreforts qui mettent un terme limpide au territoire de la plaine du Forez.
ment la carpe royale du Forez disparaît de manière très brutale après la seconde guerre mondiale3. La consommation de poisson blanc et principalement la carpe est en chute libre en France. S’ensuit une disparition progressive de la pisciculture et donc le délaissement des étangs dans une visée productive. Aujourd’hui, les étangs du Forez sont pour la plupart en proie à une gestion cynégétique. Les grands grillages ne permettent pas d’accéder aux berges, le motif des étangs ne fait presque plus partie de l’espace public rural.
Comme une éponge sur le cours de l’être Loire, la plaine déploie de nombreux étangs alimentés par des systèmes complexes de fossés, drainage mais surtout par le biais du canal du Forez. Cet ouvrage renforce la dimension asymétrique de la plaine. En rive gauche, les piémonts sont à distance, le chambons se déroulent avant de voir apparaître les premières balmes1. En rive droite, les monts du lyonnais sont proches et se jettent rapidement dans la plaine. Les éperons rocheux et les premières grandes terrasses contiennent rapidement les chambons. Le fourmillement du réseau hydrographique de la plaine marque une variation importante avec les territoires connexes. Le développement des étangs s’est accompagné du développement d’un réseau fin et incroyablement riche. Les étangs sont une des caractéristiques principales du Forez, bien que de nombreux soient amenés à disparaître. On compte aujourd’hui quelques 1 500 hectares d’étang dans la plaine. Cette surface est en diminution constante, au cours du XIXe siècle on dénombrait pas moins de 3 000 hectares d’étang2. La pisciculture et notam-
1 Dans la plaine du Forez, les balmes constituent les premiers contreforts rocheux qui
marquent un terme aux chambrons. Les balmes étaient historiquement densément habités car elles ont le grand avantage de mettre les habitations hors des crues du fleuve. 2 TOMAS François. Quelques traits de la géographie et de l’histoire agraires de la plaine du Forez. In : Revue de géographie de Lyon, vol. 38, n°2, 1963. pp. 131-161 3 TOMAS François, Les étangs et la légende du lac. In : Paysage et milieux naturels de la plaine du Forez, Université de Saint Etienne, 1984, pp. 25-38
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Figure 26 : La plaine du Forez depuis le Pic de Saint Romain le Puy
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Figure 27 : La plaine du Forez, l’éponge sur la Loire
Alexandre Coudour Amandine et Carl Cheminal Saint Étienne
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2 km
Figure 28 : Carte du réseau hydrographique de la plaine du Forez
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2. Déroulement des ateliers
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Figure 30 : Découverte de l’exploitation
Figure 29 : Le temps du café à la ferme
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Figure 33 : Rendu sur le travail en atelier et discussion avec les agriculteurs.
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Figure 31 : Immersion dans le plan au format A0
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Figure 32 : Vérification et ajustements in-situ
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1 Pour expérimenter les synergies entre les agriculteurs et les paysagistes concepteurs sans intermédiaire, il paraissait essentiel de définir clairement ces ateliers en amont. Pour observer clairement les variations entre les fermes, il convient de réaliser des ateliers similaires sur le plan méthodologique. L’axe développé s’appuie sur la démarche de projet enseignée à l’école de paysage de Versailles. Édifier un projet en alternance avec des visites de terrains et un travail en atelier. Là où intervient la différence majeure, c’est l’alternance entre les mains qui tiennent le stylo. Ne pas monopoliser le temps du dessin mais bien le partager avec ceux qui font vivre et modifient ce paysage. Dans cette perspective, je décide de réaliser des ateliers en trois temps après la prise de contact avec les agriculteurs.
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Dans un premier temps, il me semblait important de rencontrer au plus vite les agriculteurs, directement dans leur paysage, l’environnement de leur ferme. Ce moment se déroule sur une après-midi. L’envisager sur une journée entière s’est révélé très compliqué, l’emploi du temps des agriculteurs et bien rempli malgré la saison plutôt calme. La demi-journée est découpée en deux temps forts. Un premier où l’on explore ensemble, une prise de contact en discutant aux abords de la ferme. Comprendre rapidement l’histoire de l’exploitation, ce qui est produit et bien sûr venir rapidement aux grandes intentions voulues pour l’avenir. Puis, rapidement le deuxième temps où survient la nécessité de prendre du recul par rapport à l’exploitation. C’est d’abord le temps précieux du café, ce moment permet d’aller plus loin, de comprendre et de poser plus finement le cadre d’un projet.
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Pour cette seconde phase, il semble nécessaire de réaliser une première découverte de l’exploitation agricole. Réaliser une première marche dans les méandres de la ferme pour mieux saisir l’atmosphère et les différentes activités qui sont développées. C’est l’occasion de parcourir plus finement les bâtiments d’élevage, interroger les agricultrices et les agriculteurs sur le cœur de la ferme.
Enfin vient l’instant du travail sur carte et sur photos aériennes. Pour cela, il est important de travailler sur grand format, un des outils de prédilection des paysagistes pour amorcer une réflexion territoriale. La réflexion en amont est nécessaire pour aller vite le jour de l’atelier. Cela nécessite la réalisation de fond de plan à différents formats, une lecture de carte attentive et une amorce de réflexion territoriale. Quelle est cette entité paysagère, quels enjeux pour 2050 ? C’est un temps où je dois être en alerte, en éveil total pour sélectionner les informations qui peuvent nous aider à faire projet. C’est aussi le moment de partager l’expérience du dessin. Le stylo doit changer de main pour recréer le temps d’effervescence en atelier de projet. Les outils habituels des paysagistes ne sont pas vraiment communs, le travail sur carte s’effectue sur des formats A0. La dimension de la feuille n’est pas neutre, elle peut être source d’appréhension, mais le format permet d’entreprendre ce jeu d’échelle nécessaire.
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Dans l’idéal, après ce travail en intérieur directement chez les agriculteurs, il est intéressant de retourner rapidement sur les terrains. Faire des vérifications in-visu, des ajustements cartes en mains. C’est là ou peuvent intervenir plus finement les données et les contraintes techniques qu’impose la visée productive de ce paysage. Ces quelques minutes passées dehors après avoir dessiné sont cruciales. Elles permettent d’aller à l’essentiel sur certains points qui restaient en suspens. Pour cette quatrième phase, il s’agit également d’un travail en atelier, du moins à la maison en temps de covid. Il est temps de mobiliser toute la matière que j’ai pu récolter des différents sites. Reprendre les croquis et les photos réalisés sur site, se plonger de nouveau dans les dessins réalisés sur carte. Il est temps pour moi de produire des documents qui illustrent cette nouvelle volonté, qui traduisent un projet à la fois nourricier, cohérent et sensible. Il s’agit de conjuguer le texte, ma lecture de paysagiste en devenir, et les outils de dessins pour se projeter et spatialiser. Cette période à distance du terrain doit s’accompagner par des échanges avec les « maîtres d’ouvrages. » Prendre le temps au téléphone pour faire des mises au point et ajuster des détails qui auraient pû être oubliés.
Enfin, dans un dernier temps, il sera question du retour. La nécessité de faire un point directement chez les agriculteurs. Cet échange se construira autour des documents réalisés pendant le second temps. Dans l’idéal ce « temps de rendu » serait en deux phases. Une première de discussion autour des documents, à l’intérieur de préférence puis si possible un temps de confrontation in-situ de la spatialité du projet. Durant cet après-midi, il sera également l’occasion de discuter de la démarche mise en place. Comment les agriculteurs ont ressenti ce travail avec un étudiant paysagiste ? Est-ce que le lien direct avec l’agriculteur est une erreur comme le pense la chambre d’agriculture ?
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Dans le cadre de cet « atterrissage » le schéma méthodologique a été le plus possible suivi sur les différents ateliers menés. Au total, deux ateliers ont été réalisés sur deux exploitations et deux contextes totalement différents. Mais, dans les deux cas, la matrice élaborée a été suivie autant que possible. Les différences, qui seront développées entre les ateliers, ne relèvent en aucun cas d’une variation de traitement. Ces expériences reflètent à un instant, en 2021, des fragments d’une réalité complexe. C’est un échantillon d’un motif empli de subtilité, celui d’une recherche de synergie entre l’agriculture, la profession de paysagiste et la société civile dans sa globalité.
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Figure 34 : Alexandre Coudour
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3. Chez Alexandre Dans le temps imparti du mémoire, il s’est avéré complexe de trouver plusieurs fermes sur le territoire de la plaine du Forez qui souhaitaient se prêter à l’expérience de l’atelier. La chambre d’agriculture m’a fait parvenir une petite liste de contacts, des agricultrices et des agriculteurs qui sont aussi membres du bureau à la chambre. C’est ainsi que je rentre en contact avec Alexandre Coudour, jeune éleveur de charolaises dans la plaine de Roanne, à Saint Forgeux Lespinasse. La ferme d’Alexandre est en dehors du territoire de la plaine du Forez mais, il s’avère que c’est le seul à avoir répondu positivement à cette expérience de l’atelier. De plus, sa fonction d’élu à la chambre me paraissait être un réel intérêt pour le travail de mémoire. 20 février 2021, je découvre la ferme d’Alexandre Coudour. La commune de Saint-Forgeux-Lespinasse est nichée entre l’agglomération de Roanne et la forêt de Lespinasse. La ferme n’est pas sur le territoire de la plaine du Forez mais le schéma terri-
torial est assez similaire. Les monts de la Madeleine contiennent la plaine agricole dans laquelle coule la Loire. En revanche, le maillage agricole prend littéralement un autre visage. Les haies champêtres qui bordent les prairies sont nombreuses. Les arbres de haut-jet fourmillent et marquent l’horizon de leurs branches. En descendant de voiture, le soleil de l’après-midi baigne les prairies d’une belle lumière, le vent essaye d’agiter timidement les branches défoliées des arbres. Je rencontre Alexandre, on échange les premières paroles. Je connais bien la région, notamment la forêt de Lespinasse que j’ai parcourue de long en large en section sport au lycée. Tout est très calme, les vaches ne sont pas au pré et
Figure 35 : La ferme d’Alexandre et la forêt de Lespinasse échelle 1. 2000
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pas la moindre trace d’un tracteur à l’horizon. J’ai d’abord laissé sur la banquette arrière de la voiture mon sac, la carte au format A0 ainsi que le rouleau de calque qui serviront pour le deuxième temps de l’après-midi. Puis, je demande à Alexandre de me faire visiter l’exploitation tout en m’expliquant un petit peu son histoire. Je découvre les nombreux bâtiments qui composent la ferme. L’exploitation fonctionne essentiellement avec un modèle prairial. Alexandre me fait part de son envie de maintenir ses prairies permanentes. Sources d’une grande diversité spécifique, ses prairies produisent un fourrage d’une bonne qualité nutritionnelle. Les veaux de ses vaches charolaises partent pour la majorité en Italie. Comme pour beaucoup d’éleveurs de charolaise et de limousine, les veaux partent se faire engraisser dans la plaine du Pô avec du maïs irrigué. Cette pratique pose une question fondamentale de territorialisation de l’agriculture. Dans un des hangars, il me montre la nouvelle évolution qui se met en place. Un petit groupe de vache est équipé de colliers connectés. Ces appareils calculent tout un tas de données et les envoient par sms à Alexandre. Ainsi, par téléphone il est au courant des périodes de chaleurs de chaque vache, de l’état de santé, mais aussi de sa génétique. L’éleveur me montre fièrement les nouveaux bâtiments qui ont été ou seront construits. Le dernier
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en date est destiné à stocker du fourrage et un petit peu de matériel agricole. Le toit est entièrement recouvert de panneaux solaires. C’est selon lui une manière très intéressante de faire financer le bâtiment et par la suite gagner de l’argent sur cette nouvelle activité. Après avoir découvert l’exploitation, Alexandre me propose de continuer la discussion en intérieur. J’en profite pour prendre l’ensemble des documents de travail qui semble intriguer mon complice de l’après-midi. Après le temps d’un café, je déplie le grand fond de plan sur la table du salon. La faible densité de bâti m’interroge. Dans cette zone géographique, ou dans ce « triangle » comme le définit Alexandre, le foncier agricole intéresse peu les urbains qui souhaitent sortir de la métropole. Le paysage est très peu mité par des développements de zones pavillonnaires. Le maillage fin de haies et la présence de nombreux chênes pédonculés permettent de fournir de l’ombre au bétail. Même si , géographiquement, le contexte ressemble à celui de la plaine du Forez, le paysage lui diffère totalement. Il y a un attachement aux haies, à ce « patrimoine » comme le décrit Alexandre. En tant que propriétaire, il pense qu’il est de son devoir d’entretenir ce patrimoine végétal qui marque profondément cette entité paysagère.
Figure 36 : Croquis de l’exploitation de Alexandre Coudour
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Figure 37 : Le maillage des prairies et au loin les monts de la Madeleine
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Figure 38 : Les haies à 3 faces le long de la départementale 18. Vers le nord, le bocage charolais
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La grande difficulté de cet atelier réside dans le fait qu’Alexandre n’a pas réellement de projet de modification pour sa ferme. Il me fait part de son grand intérêt dans ses prairies permanentes qui composent la majorité du foncier de l’exploitation. Selon ses mots, la richesse nutritive et la grande diversité spécifique de ses prairies est une grande richesse. Alexandre ne voit pas d’intérêt à retourner ses prairies. En abordant le thème des haies, j’ai compris l’ancrage local des agriculteurs avec ce motif bien précis, défini selon des règles et un imaginaire commun. Les haies qui bordent les parcelles doivent être taillées sur les trois faces de manières régulières. L’utilisation du broyeur pour réaliser cette opération ne permet pas un bon renouvellement par le pied mais a le mérite de dessiner des lignes d’une grande beauté dans le paysage. L’attachement à ce motif de haie semble viscéral, malgré le coût d’un tel entretien, ce patrimoine comme le nomme Alexandre doit être maintenu en l’état. Cette pratique assez interventionniste de taille des haies m’amène à lui poser la question du renouvellement. Quelle finesse est apportée à cet entretien, les arbres spontanés sont-ils épargnés ? D’une manière très spontanée, l’agriculteur me répond que lorsqu’il travaille au champ, il marque les arbres de haut-jet qui essayent de percer la toison des haies. En abordant la problématique du changement climatique, j’essaye de saisir des informations, des envies qui pourraient m’amener à trouver un fil conducteur pour réfléchir en dessin. Mon interlocuteur me raconte qu’il a récemment acheté des terrains, qu’il a remodelé son parcellaire pour former des grands îlots. La nécessité d’agrandissement était pour lui nécessaire, la baisse de matière sèche récoltée pendant les travaux de fenaisons nécessite plus de surface pour subvenir aux besoins.
compliqué. Je comprends qu’il y a quelques années il souhaitait construire une retenue sur un cours d’eau. Les réglementations devenues très strictes à ce sujet permettent d’éviter ce genre d’infrastructure qui perturbe fortement le cycle hydrographique. L’agriculteur n’a pas forcément la même vision des choses. J’ai l’impression d’être face à une porte close, mon interlocuteur ne voit pas de changement ou de réflexion nécessaire. Le regroupement des parcelles était pour lui son objectif et voilà chose faite. Je savais avant de venir que l’exercice serait difficile. Comment initier une réflexion territoriale de l’agriculture quand l’agriculteur n’y voit aucun intérêt et se satisfait de son mode de fonctionnement actuel ? Les questions climatiques ne semblent pas réellement inquiéter l’agriculteur, la réalisation d’un forage lui permet de subvenir aux besoins en eau de l’exploitation. C’est vrai que le paysage agricole proche de la forêt de Lespinasse n’a rien à voir avec les grandes parcelles ouvertes de la plaine du Forez. Les haies sont partout, les chênes pédonculés ponctuent régulièrement les prairies. Je me demande si la vision d’un paysagiste dans ces cas précis se situe réellement auprès des agriculteurs ? Ce territoire étant en dehors de ma zone d’étude, je ressens tous les manques. Avant cette rencontre un travail d’analyse paysagère de plusieurs semaines m’aurait été nécessaire pour établir des prescriptions à l’échelle territoriale. Voilà un des premiers enseignements forts de ces ateliers. Une réflexion territoriale et une analyse paysagère fine sont essentielles pour rencontrer des agriculteurs qui n’ont pas envie d’amorcer un projet spatial. L’argumentation de la figure territoriale peut être puissante et source de dicussion
Alors vient le temps du dessin. Pour commencer, j’invite Alexandre à apposer sur le grand fond de plan les limites de son exploitation. Cette étape permet de comprendre les interactions, avec quoi les parcelles s’accrochent elles ? Ensuite, je prends le crayon pour dessiner les grandes lignes de forces qui marquent le territoire, quelle figure territoriale pour cette plaine nichée entre les monts de la Madeleine et le fleuve Loire. J’essaye de tirer les ficelles qui pourraient amener à une réelle réflexion spatiale mais l’exercice s’avère
Figure 39 : Tracé du périmètre de la ferme par l’agriculteur
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avec les acteurs. A mesure que nous échangons, mon homologue me renseigne sur une éventuelle envie de planter de nouvelles haies dans les parcelles où il cultive des céréales. Ces parcelles sont situées à flanc de coteaux près de la forêt. J’essaye de comprendre pourquoi il souhaite planter et dans combien de temps il souhaitera mettre en place ces plantations. Je saisis cette opportunité pour lui demander de dessiner. Ces quelques mètres linéaires de plantations seront finalement l’épicentre du reste de l’après-midi. Quelle sensibilité, comment mobiliser les sens réceptifs au paysage dans une telle entreprise ? Déjà 17h00, je n’ai plus réellement le temps de questionner mon interlocuteur car il a aussi a du travail. C’est sur cette intention que je quitte la ferme d’Alexandre. En partant je m’arrête pour prendre des photos et faire quelques croquis. J’aperçois au loin les parcelles qui jouxtent la forêt de Lespinasse. Je repars chez moi avec une timide intention posée sur mon fond de plan, la lumière de la fin d’après-midi change la teinte des prairies. J’aperçois au loin les premiers chevreuils qui sortent de la forêt pour brouter l’herbe. Le couvre-feu m’impose de rapidement reprendre la route, il est presque 17h30. Vient le temps de la production, du travail personnel en atelier. Ce projet timide me laisse perplexe, comment aborder le deuxième atelier avec les agriculteurs de la plaine du Forez pour ne pas me retrouver dans l’impasse une seconde fois ? Après avoir revu les cartes, les photos et les petits croquis, je décide de rendre uniquement un bloc diagramme à Alexandre. Cela me permettra d’apprécier sa réflexion sur ce médium et de spatialiser simplement ce projet de plantation de haies.
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D 18
Figure 40 : Mise en perspective de l’intention de projet
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Plantations des bandes
Forêt de Lespinasse
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Enfin, arrive le temps du retour, les conditions sanitaires et les mesures restrictives imposent l’utilisation de la visio-conférence. Précédemment, j’avais envoyé un petit dossier reprenant les éléments ainsi que la proposition pour les plantations que nous avions évoquées. Le petit dossier a été transmis par mail quelques jours avant le rendu de manière à ce que l’agriculteur puisse en prendre connaissance. Tout d’abord, il convient de faire un retour sur l’outil bloc diagramme qui a été utilisé pour spatialiser les intentions. L’agriculteur a apprécié ce mode de représentation assez simple car il permet de bien discerner la morphologie du territoire et les différents motifs. Puis, il m’importe de connaître son ressenti sur le petit travail d’atelier, le travail sur carte et son avis en tant que membre du bureau de la chambre d’agriculture. Comment est accueillie l’idée de la présence d’un paysagiste concepteur au sein des chambres d’agriculture départementale ? De prime abord, il me paraissait important de faire un petit point personnel sur ce premier atelier. Il m’importait de faire part à Alexandre de la difficulté éprouvée pour parler de projet avec un agriculteur qui ne souhaite pas forcément changer son espace agricole. Il ne s’agit pas d’accabler, au contraire c’est très bien ainsi. Dans certains cas, le regard d’un paysagiste n’est pas forcément utile à l’échelle de l’exploitation, surtout s’il n’y a pas de grandes prescriptions à l’échelle paysagère qui sont déterminées par avance. Mon homologue m’assure que le travail sur carte s’avère être d’une grande aide, il m’affirme luimême être un grand adepte du site Géoportail. Les outils cartographiques lui permettent de calculer rapidement des surfaces, des distances, tout cela pour planifier les différentes cultures. L’idée de la venue d’un paysagiste dès l’installation lui semble assez compliquée, en effet la période d’installation est un moment très dense avec de nombreuses problématiques d’ordre financières qui se posent. La réflexion territoriale d’un projet nourricier à ce stade semble donc compliqué selon lui. Mais d’autres moments peuvent-être propices selon lui, « sur la fusion des grandes exploitations, une réflexion sur carte pourrait être intéressante1. » Ce point est à développer car l’emprise sur le territoire de grandes exploitations est considérable. A ce moment-là,
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Entretien avec Alexandre Coudour Ibid 3 Ibid 4 Ibid 2
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une réflexion territoriale et sur carte pourrait être intéressante. Qui plus est, à l’avenir ce processus de fusion de grands exploitations pourrait devenir très courant du fait de la baisse considérable du nombre d’agriculteurs. Pour la question d’une éventuelle place pour les paysagistes concepteurs dans les chambres régionales les réponses apportées me semblent être d’une grande richesse. « Dans les chambres d’agriculture on a perdu le conseil il y a 15-20 ans, aujourd’hui tu as vraiment du conseil de base sur la fertilisation et en élevage pour te dire. Alors un conseil en paysage c’est compliqué2. » Les conseillers territoriaux qui sont présents en chambre se destinent finalement à faire des études économiques sur la viabilité d’une installation. « Ils font le lien entre la banque et le technique3. » Selon Alexandre, il ne faut pas s’arrêter aux chambres d’agriculture, ce conseil et cette présence institutionnelle des paysagistes peut être permis par un apport extérieur. Par exemple, par le biais d’une agence, un paysagiste pourrait être missionné sur la durée du mandat en chambre. « La chambre d’agriculture elle a un budget, quand tu emploies une personne spécialisée comme le profil que tu vas avoir, il faut l’occuper toute l’année. Donc aujourd’hui ce qu’on dit c’est pourquoi s’embêter à avoir un poste fixe alors qu’on peut prendre un conseil extérieur4. » Ce mode de fonctionnement fait penser à ce qui existe déjà au niveaux des régions avec les paysagistes conseil de l’état. Là réside peut-être des éléments qui viennent renforcer les premières réponses obtenues précédemment dans le développement du mémoire. Selon mon interlocuteur, l’échelle des chambres d’agriculture régionales sont des leviers intéressants pour les paysagistes concepteurs. Mutualiser la présence d’un paysagiste entre plusieurs chambres d’agricultures à l’échelle régionale serait envisageable pour répondre à la contrainte budgétaire. Pour conclure, l’échange avec Alexandre a été d’une grande richesse pour mon travail de mémoire. La double compétence agriculteur et élu à la chambre a permis d’obtenir des clés. L’ouverture d’esprit de mon interlocuteur et ses connaissances ont apporté d’autres éléments que je n’attendais pas forcément, notamment sur le volet gouvernance départemen-
tale et éventuelle place du paysagiste à cet échelon. Pour ce qui est de l’atelier en revanche, cela a été plus compliqué. Ce moment de travail collectif est tout de même un enseignement extrêmement riche pour un étudiant en dernière année à l’école de paysage de Versailles. Cela m’a permis de tirer les premières leçons pour engager le second atelier. Il s’agit là d’une première expérience, imparfaite certes mais qui a été pour moi source d’engouement. A mesure de l’avancement de la rédaction et de ma réflexion, je suis de plus en plus persuadé de la nécessité d’un paysagiste conseil de l’agriculture.
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4. Chez Amandine et Carl
Figure 41 : Amandine et Carl
Par un concours de circonstance, je me suis rendu le samedi 13 février 2021 à la présentation de la thèse de Mathilde Rue1. Cette ancienne étudiante de l’école de paysage de Versailles a réalisé une thèse sur la question de la transformation des paysages liés à l’agroforesterie dans la région de Toulouse. Mathilde présentait sa thèse dans son village d’enfance situé à quelques kilomètres de mes parents. Dans le petit village de Bussy-Albieux nous devions nous retrouver chez le boulanger qui semble avoir une salle pour accueillir cette discussion. Pour la présentation, Mathilde a convié des habitants, des agriculteurs et un pépiniériste. Au fil des discussions, une agricultrice, Amandine fait part de son intérêt pour le regard des paysagistes sur la question du paysage nourricier. Amandine cherche un nouveau regard, un conseil extérieur pour modifier en profondeur le paysage de son exploitation agricole. C’est la volonté de trouver un apport différent, laisser de côté l’angle technique et cynégétique apportée par la fédération départementale des chasseurs qui est aujourd’hui l’un des acteurs principaux des plantations. C’est ainsi que cette volonté a trouvé écho dans le travail d’atelier que je souhaitais mettre en place sur le territoire de la plaine du Forez. Après plusieurs échanges téléphoniques nous décidons de fixer la première date de cet atelier entre agriculteurs et étudiant paysagiste. Avant cette rencontre, je prépare les outils qui permettent la réflexion. Cela comprend un grand fond de plan englobant le contexte très large de l’exploitation à
l’échelle 1.25 000ème, des photos aériennes et bien sur l’inévitable rouleau de calque. En me plongeant sur le fond de plan de l’IGN, je discerne les modelés et les formes du socle avant d’être sur site. Le site se situe en retrait de l’éperon d’une balme. La terrasse exposée à l’est offre un terrain plus séchant qui permet l’implantation de vignes. A l’ouest de l’exploitation les coteaux gagnent en fréquence, les landes boisées descendent dans les talwegs, c’est le commencement des Monts du Forez. Le 22 février 2021, je découvre la ferme d’Amandine et Carl Cheminal. La commune de Bussy-Albieux témoigne de manière limpide de l’identité paysagère de la plaine du Forez. Les innombrables étangs miroitent le ciel et s’agencent dans le maillage agricole. Au volant, mon regard est suspendu sur ces grandes étendues d’eau. Les grandes aigrettes, les foulques, les hérons, les canards et les cormorans se donnent en spectacle. Là-bas, la Loire coule éloignée de ses terrasses alluviales. Le site attenant à la ferme s’articule à l’interface entre la plaine, l’entité du fleuve et la première terrasse alluviale qui se démarque par un coteau caillouteux ponctué de quelques vignes. La plaine s’étend à perte de vue, l’horizon noyé dans l’atmosphère sableuse et tourmentée. Au loin on observe les Monts du Lyonnais, ce socle qui vient mettre un point final à la plaine du Forez en sa limite est. Les restes d’un mur en pisé traduisent visuellement la nature du sol. L’argile présente dans le sous-sol de la plaine et des premières terrasses avait permis aux anciens de construire toutes sortes d’éléments maçonnés ou encore des bâtiments. Les terrains s’articulent sur deux petits bassins versant. Au nord, les terrains irriguent le ruisseau du Bost et au sud le ruisseau d’Argent. Les deux ruisseaux se rejoignent en aval avant de se jeter dans l’Aix et de confluer avec la Loire en aval de Balbigny. L’Aix semble être le marqueur nord de l’entité paysagère plaine du Forez. Le jour de la visite, un vent de sud puissant souffle et agite avec rudesse les arbres. Sur les grands plateaux, l’absence d’arbre amplifie la présence du vent. Les vaches de race Prim’holstein se tiennent à l’abri de la haie de cyprès de Leyland. Je parcours rapidement des yeux l’emprise de l’exploitation, les motifs de végétation et la topographie du site avant d’amorcer le travail sur table.
1 RUE Mathilde, Élaborer le paysage pour l’habiter, le cas des agriculteurs agroforestiers. Géographie. Université Toulouse le Mirail. Toulouse II, 2020
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Figure 42 : Le mur en pisé traduit la géologie du Forez
Figure 43 : Chemin communal qui borde les futures bandes boisées
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En ce tout début d’après-midi, les bourrasques de vent sont d’une grande puissance. Amandine me propose dans un premier temps de boire un café et de discuter à l’abri. Durant cette première phase de l’atelier, je souhaite en apprendre davantage sur l’historique de la ferme, son devenir, quelles visions pour l’avenir ? Le site principal de l’exploitation est regroupé autour des bâtiments. La ferme a été grandement développée par le père de Carl. Au début, la ferme était dans le bourg d’Albieux, puis dans l’élan de modernisation et le besoin de surface pour moderniser l’outil de travail, elle a été déplacée à son emplacement actuel. Carl a repris la suite de son père il y a une quinzaine d’années et Amandine l’a rapidement rejoint. La production laitière est le but principal de cette ferme. Il y a 5 ans environ, mes interlocuteurs ont décidé de changer complètement leur schéma de fonctionnement et donc leurs manières de produire à la ferme. Avant cette forme de rupture, les terrains et les animaux étaient conduits suivant le modèle conventionnel de l’agriculture. Les vaches Prim’Holstein sont des organismes tout à fait incroyables, capables de produire du lait à outrance, parfois au péril de leurs vies. Amandine me confie que pour soutenir cette production de lait et les besoins alimentaires des vaches, c’était environ 100 000 € d’aliments nécessaires par an. Il y a donc environ 5 ans que le couple a décidé de franchir le pas, de revoir en profondeur leur modèle de production. C’était la fin d’un schéma dans lequel le couple ne se reconnaissait plus. La première étape de cette mutation a été engagée par la conversion en agriculture biologique de leur exploitation. Cette transition est toujours en cours, le couple cherche aujourd’hui encore la nouvelle génétique pour leur troupeau. « Les Holsteins » sont bien trop demandeuses et bien trop fragiles. La nécessité de trouver une race plus rustique semble être un impératif pour sortir des carcans des grands producteurs laitiers. Amandine me fait part des grandes intentions pour le devenir de la ferme. Je dénombre trois objectifs principaux. Le premier étant de ramener l’arbre dans le système cultural, une nécessité pour apporter de l’ombre au bétail durant les mois les plus chauds mais également pour les cultures. Outre le soleil, les grandes horizontalités amplifient les
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effets dommageables du vent sur le sol, les cultures et les animaux. Le second est de favoriser le système prairial. Un bâtiment de stockage en vrac du fourrage est en construction pour appuyer cette volonté. La question du besoin en protéine pour le bétail implique des nouvelles cultures avec un assolement différent. Ces nouvelles volontés influencent directement l’espace, il s’agit là des prémices d’un projet d’espace nourricier. Enfin, il y a également la volonté de territorialiser les productions de la ferme. En plus du lait, le couple souhaite développer la production de céréales destinées à la consommation humaine. C’est la volonté de s’inscrire dans le circuit court ou semi-long à l’échelle des grands bassins de vie qui jouxtent la plaine. Amandine a déjà entrepris la plantation de quelques haies en bordure de parcelles avec la Fédération départementale des chasseurs. Il paraît important de souligner qu’aujourd’hui l’acteur le plus actif sur la question de la plantation des haies et sans doute le plus puissant financièrement, est la fédération départementale des chasseurs. Parallèlement, les agriculteurs sont en contact avec la LPO , un comptage a été réalisé avec l’exploitation en l’état. Dans quelques années, le couple souhaite réitérer l’opération pour prendre la mesure d’un tel changement sur le non-humain. Le couple souhaite aller au-delà des plantations avec les chasseurs, des plantations à l’intérieur des parcelles sont déjà envisagées et cela sur l’ensemble du site principal.
Figure 44 : Les boisements révèlent la présence du réseau hydrographique. Au centre le GAEC de la Route du Basalt Echelle 1. 10 000ème
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Puis vient le temps de dessiner, nous commençons par déployer le grand format sur la table à manger. Le format du document n’est pas neutre, la grande carte sur A0 semble impressionner. Mais la cartographie procure le sentiment qui anime les ateliers à l’école de Versailles, nous nous retrouvons à littéralement plonger dans la carte, debout, les chaises étant mises de côté. Je réitère le rituel que j’avais instauré lors du premier atelier, je demande à Amandine de dessiner l’emprise des terrains sur la carte IGN. Feutre en main, Amandine s’applique à retranscrire le plus fidèlement possible les contours. Sur un calque, je demande à mon interlocutrice de positionner les linéaires de haies en projet avec la fédération départementale des chasseurs. Les essences plébiscitées par la fédération des chasseurs sont locales, mais quel devenir pour les chênes pédonculés qui dépérissent d’années en années ? Le conservatisme de telles organisations n’enclenche pas le processus de recherche. Il faut essayer, manipuler de nouvelles essences qui ne sont pas forcément endémiques dans la plaine du Forez mais qui vont le devenir par la force des choses. Ensuite, nous identifions les variations topographiques, quels sont les points de vue offerts par les modelés et où sont les points bas potentiellement humides. Deux points haut sont identifiés. Ces points névralgiques nécessiterons une appréhension in-situ. L’envie de retrouver la strate arbustive et arborée dans les parcelles va demander de nombreux ajustements techniques. Mais, dans un premier temps je sollicite une nouvelle fois Amandine, et lui demande de tracer sur un nouveau calque la spatialité de ses futures plantations. Ces premiers traits au feutre qui ne sont pas issus de ma main sont importants. Ce calque est une base de discussion pour tordre, adapter le motif et impulser une dimension sensible dans ce projet nourricier. Un point particulier a marqué mon esprit, Amandine agence les bandes de plantation. Le dessin traduit les nombreuses contraintes techniques qui s’appliquent dans l’élaboration d’une nouvelle spatialité pour un paysage nourricier. Cette grande exploitation de la plaine du Forez est irriguée par l’eau du canal du Forez. Des kilomètres de conduites permettent d’acheminer l’eau de la Loire sur les ter-
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Figure 45 : Les premières intentions, une base pour modifier le dessin
rasses alluviales de Bussy-Albieux. La présence de ce réseau induit que la majorité des parcelles sont irriguées durant la période estivale. La manière, dont est installé le réseau et le sens dans lequel les asperseurs sont déployés, représente une condition sine qua none. Les grandes parcelles doivent maintenir leurs potentiels d’irrigation, la mise en place d’un nouveau maillage ne doit en aucun cas gêner ce déploiement. En plus de la nécessité d’irrigation, la majorité des grands îlots de cultures sont drainés. Point problématique car Amandine n’a aucune idée de l’emplacement, de la densité et de l’état de fonctionnement des drains dans le sous-sol. Une fois ces points techniques abordés, le stylo me revient dans les mains. Quelles sont les grandes intentions si on laisse de côté les impératifs techniques pour l’instant ? Premièrement, le coteau sur lequel la ferme est nichée, est tourné en direction de la Loire qui coule au loin. Ce regard met en lumière la dimension transversale du territoire qui est souvent laissée de côté. L’axe de circulation du fleuve à tendance à annihiler toute forme d’épaisseur du territoire. Par le biais de plantations orientées est/ouest, on souligne le lien entre la linéarité du fleuve et l’épaisseur de la plaine. Deuxièmement, la ferme se trouve à l’interface entre l’entité de la plaine du Forez et les Monts
du Forez. La beauté et la légèreté de ces premiers reliefs demandent à être soulignés, et révelent plus clairement la géographie de la ferme pour l’inscrire davantage dans le grand territoire. Ainsi, j’esquisse des lignes de plantations qui suivent les courbes de niveaux sur une parcelle. C’est l’une des parcelles avec le plus fort pourcentage de pente. Ce schéma de plantation permet de révéler ce modelé timide qui représente en réalité la transition entre deux entités paysagères. Troisièmement, une zone de point bas m’interroge. Amandine m’assure que cette zone est très souvent gorgée en eau. Dans cette mesure, il est proposé de réaliser une marre qui récolte l’eau en excédent. Un point d’eau représente une immense richesse pour le vivant de manière générale. La mare peut devenir une zone d’abreuvement supplémentaire pour le bétail et procurer un halo de fraîcheur durant les périodes caniculaires. Cette réflexion s’inscrit de manière plus large, les étangs et les mares font partie de l’identité du Forez. Composer avec cette dynamique permet un élargissement considérable de l’impact positif de l’exploitation sur le vivant de manière générale. Enfin dernièrement, intervient la question des points de vues. Lesquels doivent être conservés, mis en valeur ou alors totalement modifiés ?
Figure 46 : L’expérience du dessin avec les agriculteurs
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L’ensemble de ces grandes intentions nécessite d’aller vérifier de nombreux paramètres sur le terrain. Le second temps de l’atelier s’enclenche, nous partons arpenter et observer finement le motif de la ferme. (Séquence de photos de la ferme) Une des premières impressions qui m’a fortement marqué, c’est le ressenti du vent du sud dans les bâtiments. L’absence de végétation laisse entrer les bourrasques avec engouement. Puis, nous empruntons le large chemin de terre qui serpente vers le nord. Sur notre droite se déroule l’immense parcelle qui file jusqu’à l’horizon de la ligne de crête. Amandine me montre l’emplacement des vannes pour l’irrigation, je prends mesure de l’espacement entre chacune d’entre-elles. Cette grande étendue sera à l’avenir morcelée en plusieurs parcelles qui permettront de mettre en place le nouvel assolement. La question de l’apport en protéines, la volonté de produire des céréales pour la consommation humaine et le désir farouche de prendre soin des sols amènent le couple ligérien à redéfinir la succession des cultures. Selon leurs dires, il s’agira d’une rotation sur 7 ans, qui comprendra 5 ans en prairies et 2 ans en céréales. Le nouvel assolement fait partie intégrant de ce projet spatial. Enfin nous nous dirigeons vers le petit bois qui jouxte le chemin. La roche est affleurante, les graminées de la prairie sont desséchées. La faible présence d’ombre aux alentours met en exergue une nouvelle nécessité. S’appuyer sur le bois existant, et l’étendre sur la prairie où le sol est trop superficiel. Ceci afin de fournir une large zone d’ombrage qui peut être pâturée par les vaches. Nous continuons l’exploration en nous rendant sur le pré pentu qui borde la maison d’habitation. Sur carte, j’avais proposé de planter des bandes en suivant la topographie pour souligner l’amorce de changement d’identité paysagère. Les formes voluptueuses du relief demandent à être révélées. Qui plus est, le terrain est très séchant, planter en suivant les courbes de niveaux est une manière de retenir l’eau, la matière du sol qui va s’engouffrer dans le fossé près de la route.
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Figure 47 : Nouveau bâtiment pour le séchage en vrac du fourrage
Figure 48 : Prairie permanente
Figure 49 : Des bâtiments de stockage
Figure 50 : Les bâtiments d’élevage
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Figure 51 : Depuis le point de vue, au loin le commencement des Monts du Forez
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Il est presque 17h00, nous avons parcouru les « points névralgiques ». Amandine doit rentrer les vaches et s’occuper de la traite. Je profite des derniers rayons de soleil pour réaliser un dernier arpentage, seul cette fois. Commence désormais la seconde phase de l’atelier. Le temps d’échange et de mutualisation en atelier fut d’une extrême richesse. Une pleine mobilisation des sens et de l’esprit est nécessaire pour assimiler l’ensemble des informations ainsi que la richesse du terrain. L’utilisation des outils du paysagiste était pour moi une manière d’observer comment sont perçus ces outils de compréhension et de médiation du projet. Il est désormais le moment de mobiliser les outils de finalisation du projet. C’est la confrontation entre l’ensemble des informations et le plan. Le bilan de cette phase de travail en atelier est à mon sens d’une extrême richesse. Les grandes intentions, la sensibilité apportée à la lecture du territoire lors du travail sur carte se sont confrontées à la dureté du plan. La nécessité productive fixe de nombreuses contraintes non négociables. Laisser libre la zone de passage des asperseurs pour l’irrigation, tenir compte du vent, s’inscrire dans la lecture territoriale et sensible, tenir compte du plan de drainage, permettre aisément le passage des machines en tête de parcelles, connecter les motifs arborés des deux affluents et bien sûr révéler la beauté d’une ferme qui s’inscrit dans l’entité paysagère de la plaine du Forez. L’ensemble de ces conditions s’inscrivent dans le temps très contraint du mémoire.
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Figure 52 : Bloc diagramme du futur maillage
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10m 1.1000ème
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Figure 53 : Plan masse du projet
Figure 54 : Perspective des grandes parcelles irriguées
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Vient alors le moment du rendu, qui comme beaucoup de choses depuis un an s’est déroulé en distanciel. Les agriculteurs sont en procession du petit dossier contenant les différentes pièces graphiques depuis quelques jours. La première question qu’il me tarde de poser concerne le ressenti d’Amandine par rapport à l’approche paysagère menée durant ce petit atelier. Quel ressenti vis-à-vis de cette approche globale par le territoire et la spatialisation du projet par les outils des paysagistes ? « J’ai trouvé ça génial, moi ce qui me manquait c’était une vision globale du paysage que je pouvais mettre en place chez moi. C’est vraiment bien de pouvoir réfléchir sur une globalité et pas de rester à la parcelle. J’avais imaginé des choses dans ma tête mais de les voir sur plan tu comprends que ça à tout son intérêt1. » De manière générale, la méthode mise en place et les supports de travail sélectionnés ont permis de construire un dialogue simple et précis. L’approche territoriale et la recontextualisation de la ferme dans la grande entité plaine du Forez à apporter une vision contextuelle extrêmement riche. En revanche, le cadre temporel du mémoire a limité le travail engagé, notamment l’échelle du plan de plantation et la préconisation des essences et schéma de plantation. « A mon avis pour les agriculteurs, il faut aller au bout et leur dire il faut planter ça et les aider là-dedans. Sinon, si tu fais juste le cadre spatial sans l’apport technique je ne sais pas si ils iront dans cette démarche. La fédération de la chasse, ils ont l’argent mais sur le choix des plantations ça reste limité2. » Dans cette mesure, le fait que le couple d’agriculteurs ait amorcé des démarches avant mon intervention permis de pallier cet apport technique, sur le choix des essences qui est un élément important attendu d’un paysagiste. Comme je l’expliquai à Amandine, c’est une grande frustration de ma part également. J’aurais aimé pouvoir prendre le temps de définir une palette complète, réaliser le plan de plantation, essayer des zones tests avec des essences compatibles aux prévisions climatiques. Le projet n’étant pas réalisé dans l’immédiat nous avons convenu d’une possible suite afin d’apporter le grain nécessaire à la définition spatiale du projet. Le point soulevé par Amandine me laisse aujourd’hui avec des questions en suspens. Quels sont
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les intermédiaires à différentes échelles sur la question du végétal ? L’inscription dans une démarche de végétal local peut-elle devenir un frein à l’expérimentation d’essences adaptées aux prévisions climatiques de 2050 ? La paysagiste est-il le seul intermédiaire entre les agriculteurs et les pépiniéristes ? La finalité des plantations reste à ce jour un sujet flou nécessitant la définition d’un cadre clair pour assurer la qualité des espaces. « Là je vais retourner voir la fédération des chasseurs, je vais y aller avec tes plans et je vais pouvoir leur dire c’est comme ça que je veux les choses3. » Puis, vient le temps d’avoir un avis sur la réalisation d’ateliers avec des paysagistes concepteurs par le biais de la chambre d’agriculture départementale. Comment Amandine aurait perçu la même approche mais pilotée par cet organe de gouvernance agricole ? « On n’est pas des très bons élèves car à la chambre d’agriculture on fait appel à personne, pour l’installation on avait pas le choix mais c’est tout. On se débrouille en autonomie, je préfère aller à une formation plutôt qu’il y ait quelqu’un de la chambre qui vienne. De mon point de vue quand ça vient de la chambre j’ai déjà un a priori limite un peu négatif. […] Je préfère qu’il y est quelqu’un de l’extérieur vraiment spécialisé un peu comme toi que quelqu’un de la chambre qui va me parler d’un peu de tout4. » Cette réponse confirme les dires du président de la chambre d’agriculture de la Loire énoncés précédemment, en revanche la justification est tout bonnement l’inverse. Le président pense qu’il s’agirait d’une erreur de mettre en relation directe les agriculteurs avec un paysagiste concepteur. Les propos d’Amandine sont plus nuancés. Les apports d’une personne spécialisée qui n’a pas de lien avec la chambre d’agriculture est d’une extrême richesse selon elle. Quoi qu’il en soit, la demande est réelle de la part des agriculteurs et si pour l’instant les chambres d’agricultures ne se positionnent pas en qualité de structures relais, il est nécessaire d’amorcer les projets çà et là. Ce qui s’apparente à une forme de latence ou de conservatisme ne doit en aucun cas freiner les forces vives qui prouveront dans quelques années la nécessité de ces synergies. Cette nécessité soulevée par Amandine pose une
Entretien en visioconférence avec Amandine Cheminal Ibid 3 Ibid 4 Ibid 2
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question centrale, à quel stade du développement de la ferme le regard d’un paysagiste concepteur est-il le plus judicieux, est-ce à l’installation ? « A l’installation je ne sais pas si c’est le bon moment, tu vois Carl à l’installation il n’était pas prêt pour parler de ça et moi non plus car quand je me suis installé je n’y connaissais rien aux vaches, donc déjà j’ai dû apprendre le métier. Au bout de 5 ans je pense que c’est plus raisonnable. […] Par contre l’idée d’un paysagiste référent sur la Loire carrément, je l’ai cherché longtemps et je l’ai jamais trouvé1. » Cet avis n’est pas une généralité, mon homologue me confie qu’il y a beaucoup de variations entre les différentes filières. Les personnes qui s’installent en maraîchage semblent plus aptes dès l’installation à engager une réflexion paysagère et nourricière. Dans la filière allaitante et laitière c’est beaucoup moins le cas.
positif quant aux interrogations soulevées tout au long du développement du mémoire de recherche. Mais quelque chose reste en suspens, la question de l’approvisionnement en végétal. L’accompagnement sur le choix précis et la plantation est une nécessité pour convaincre les agriculteurs.
Enfin, dans une partie précédente j’avais évoqué la possibilité de considérer le paysage comme un nouveau liant entre les agriculteurs et la société civile. L’amorce de projet que nous avons mené avec le GAEC de La route du basalte d’Amandine et Carl peut-il s’inscrire dans cette dynamique ? « On l’espère ! En fait notre but c’est de monter un système qui fonctionne réellement, que l’on puisse se passer des aides extérieures et se rémunérer. Une fois que ça marche on a l’idée de la partager à la société ou au monde agricole. Nous ça nous tient à cœur de montrer une autre agriculture que ce que l’on voit encore majoritairement à l’heure actuelle. Tu vois on a sorti nos vaches le 21 février, et bien on a appelé du monde car c’est un évènement pour tout le monde et après ça permet de rebondir sur d’autres choses. Aujourd’hui il manque clairement de lien entre l’agriculture, la société et les politiques2. » Reste un facteur d’une très grande volatilité, les agriculteurs au sens large ne sont pas tous prêt à amorcer une réflexion, les temporalités sont très différentes d’une personne à une autre. Là réside une grande complexité, qui place les rapports humains au centre. Cette latence interroge, l’urgence climatique n’attend pas. Mais comme le dit Amandine, si le Ministère de l’Agriculture ou l’Europe décide de soutenir cette approche par des aides alors les choses iraient beaucoup plus vite. De manière générale, le retour d’Amandine est très
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Ibid Ibid 108
5. Prendre du recul Les deux ateliers que j’ai conduis dans le cadre de mon mémoire de recherche témoignent d’une grande disparité au sein du monde agricole. Mais, dans les deux cas, le retour d’expérience est d’une immense richesse. La rencontre et le travail spatial avec les agriculteurs directement sur la ferme sont une hypothèse largement envisageable. Dans le cadre du premier atelier avec Alexandre même si le processus spatial est moins abouti, les échanges humains ont permis de nourrir cette réflexion. Dans cet atelier ma posture de paysagiste a été appréciée, mais l’approche spatiale du paysagiste ne semblait pas avoir d’intérêt pour cette exploitant au moment où je suis intervenu. Il s’avère que les choses sont d’une extrême ambivalence, d’une ferme à une autre le paysage est totalement différent et la vision des agriculteurs également. Ces expérimentations ont permis de répondre à une question centrale qui suivait depuis les prémices le développement du mémoire. Le paysagiste concepteur peut-il intégrer les chambres d’agriculture en occupant une place de conseil auprès des agriculteurs ? A l’heure actuelle la place des paysagistes concepteurs comme conseil interne dans les chambres d’agriculture départementale semble difficile. Ce qui ne veut pas dire que les chambres ne sont pas prêtes à recevoir un conseil de la part des paysagistes concepteurs. Chez les agriculteurs la question est ambivalente, les apports des paysagistes sont prometteurs, et cela sans forcément prendre appui sur la chambre d’agriculture comme structure relai. Chaque ferme est différente, les applications de la pratique des paysagistes ne peuvent-être uniformes. L’humain est au centre, il convient de créer des projets au bon moment avec les personnes qui désirent ce pas de côté. Là réside toute la complexité, la nécessité d’engager rapidement un changement de vision sans offusquer les premières personnes concernées. La prise de conscience, climatique et environnementale, essaime de plus en plus dans la société agricole. La lourdeur du système en place et le conservatisme de certaines politiques imposent de devoir faire un pas de côté. L’approche sensible
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d’un paysage nourricier prend tout son sens aujourd’hui et de nombreux exploitants en prennent conscience. Si l’on ne veut pas voir cette transformation conduite par des professions purement techniques qui occultent la puissance du territoire et la réflexion globale, il est urgent de se saisir des enjeux. Après ces deux expériences de terrain, il me semble que la profession de paysagiste concepteur à tout son sens dans ces thématiques. Il apparaît nécessaire d’être en éveil constant sur les décisions politiques qui seront engagées avec la nouvelle PAC. La réfection du maillage bocager par la fédération départementale des chasseurs ne représente qu’une pièce de l’édifice qu’il reste à construire. Un point extrêmement important m’est apparu, l’adaptation d’une réflexion territoriale, sensible, paysagère et à la fois productive se révèle d’une grande complexité. Les impératifs productifs d’une exploitation agricole peuvent causer le délitement de cette figure territoriale. S’immiscer dans le paysage agricole implique également une recherche d’équilibre très fine. C’est à la fois impulser une vision globale et paysagère tout en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’un patrimoine d’une valeur incommensurable aux yeux des paysans. Ce paysage est pratiqué chaque jour, cela impose d’être le plus juste dans les décisions spatiales pour permettre le travail et la finalité productive. J’ai conscience de la chance d’avoir rencontré Amandine et Carl qui m’ont permis de mettre un pied dans cette dimension nouvelle et passionnante à mes yeux. L’expérience de l’atelier est riche d’enseignement, elle montre les synergies qu’il est possible de créer. C’est l’affirmation que la place du paysagiste est légitime auprès des agriculteurs et qu’elle sera bientôt nécessaire dans les gouvernances agricoles régionales.
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Conclusion L’entrée de notre société dans l’Anthropocène pose aujourd’hui et plus que jamais de nombreux enjeux complexes. La simplification à outrance des systèmes dans une visée productive nécessite de faire un pas de côté. La question nourricière et l’emprise des territoires productifs à l’échelle nationale imposent de mettre un terme à la vision monofonctionnelle de l’agriculture. Le cadre européen de la PAC est fustigé, souvent désigné à tort comme seul responsable d’un état déplorable de la ruralité. Bien sûr, le remaniement profond de cette politique apparaît aujourd’hui comme une obligation. Nous l’avons vu, les tentatives de verdissement et la foi en la technique montrent leurs limites. Les nombreuses tentatives dont le processus de découplage des aides a eu très peu d’effet sur le ralentissement de l’extractivisme agricole. Cette nécessaire refonte des piliers apparait comme une obligation pour un renversement d’échelle mais là ne résident pas toutes les solutions. En éprouvant l’écosystème politique de l’agriculture, j’ai pu ressentir l’inertie locale d’un schéma
bien en place. Les organes de politique agricole à l’échelle du département apparaissent comme des forteresses, c’est en tout cas mon ressenti de jeune paysagiste en devenir. Les échanges lors des ateliers, la conversation avec l’eurodéputé témoigne d’une évolution majeure de la perception spatiale et paysagère dans la sphère agricole. La nécessité du temps est chose inévitable, une possible « paysagisation » de l’agriculture désigne un processus long et complexe. La pression et la volonté grandissante de l’opinion publique montre un réel devenir, une future nécessité. Il va peut-être revenir aux paysagistes le devoir de lutter contre le prosaïsme du paysage nourricier et rural par le projet de paysage, mais la seule qualité de maître d’œuvre interroge. La puissance d’éventuelles prescription à l’échelle régionale serait tout autre. La puissance d’un projet local réside en partie dans le hors-champ. La traversée des échelles devient inéluctable, elle apparaît comme la première nécessité d’un paysage nourricier désiré.
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Tables des figures - Figure 1 : Travail à la terre en juillet. Photo noir et blanc, © Mathias Goutelle - Figure 2 : Le tableau de bord de l’anthropocène. Tableaux format A4, © Springer http://www.igbp.net/publications/igbpbookseries/igbpbookseries/globalchangeandtheearthsystem2004.5.1b8ae20512db692f2a680007462.html
- Figure 12 : Schéma du mécanisme de prise de décision pour la PAC. © Mathias Goutelle - Figure 13 : Affiche de propagande pour des semences. Capture d’écran du film Mission France. © Henry Colomer
- Figure 3 : Carte de l’évolution du bilan hydrique en 2050 dans le Massif-Central. © AP3C
- Figure 14 : Schéma du mécanisme de la « boîte noire » en analyse systémique. Mise en application sur le territoire d’étude. © Mathias Goutelle
- Figure 4 : Carte de l’évolution moyenne des températures annuelles en 2050 dans le Massif-Central. © AP3C
- Figure 15 : La nouvelle PAC agroécologique selon France-Stratégie. © Mathias Goutelle
- Figure 5 : Coupe de la plaine du Forez. Climat d’abri et circulation de l’eau souterraine. © Mathias Goutelle
- Figure 16 : Publication sur le débat public imPACtons. Capture d’écran. © Mathias Goutelle
- Figure 6 : Levé du soleil dans les Monts du Lyonnais. © Mathias Goutelle
- Figure 17 : Rémi Janin, paysagiste et agriculteur. © Mathias Goutelle
- Figure 7 : Largage de matériel sur le sol français par l’organisation Marshall. Capture d’écran du film Mission France © Henry Colomer
- Figure 18 : Un matin de février à la ferme de Vernand (42). © Mathias Goutelle
- Figure 8 : Traitements phytosanitaires dans l’après-guerre. Capture d’écran du film Mission France © Henry Colomer - Figure 9 : L’arivée de l’aide américaine dans les ports. Capture d’écran du film Mission France © Henry Colomer - Figure 10 : Carte postale de la JAC. Scan. La jeunesse agricole catholique, la modernisation et le paysage. © Bernadette Lizet et Pierre Alphandéry - Figure 11 : Journal du mouvement jaciste. Scan. La jeunesse agricole catholique, la modernisation et le paysage. © Bernadette Lizet et Pierre Alphandéry
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- Figure 19 : Conférence à la ferme de Vernand (42). © Polyculture - Figure 20 : Rencontres et ballades lors des évenments. © Polyculture - Figure 21 : Installation à la ferme dans le cadre du cycle de l’association Polyculture. © Polyculture - Figure 22 : Coeur humide à Vernand (42). © Mathias Goutelle - Figure 23 : Éric Andrieu, eurodéputé sur les questions agricoles. © Mathias Goutelle
- Figure 24 : Le paysagiste à quelles places institutionelles ? © Mathias Goutelle
- Figure 37 : Le maillage des prairies et au loin les Monts de la Madeleine. © Mathias Goutelle
- Figure 25 : Raymond Vial, Président de la Chambre d’agriculture de la Loire. © Mathias Goutelle
- Figure 38 : Les haies à 3 faces le long de la départementale 18. Vers le nord le bocage Charolais. © Mathias Goutelle
- Figure 26 : La plaine du Forez depuis le Pic de Saint-Romain Le Puy. Février 2021. © Mathias Goutelle-
- Figure 39 : Tracé du périmètre de la ferme par l’agriculteur © Mathias Goutelle
Figure 27 : La plaine du Forez, l’éponge sur la Loire. © Mathias Goutelle
- Figure 40 : Mise en perceptive de l’intention du projet. © Mathias Goutelle
- Figure 28 : Carte du réseau hydrographique du Forez. 1.200 000 © Mathias Goutelle - Figure 29 : Le temps du café à la ferme © Mathias Goutelle - Figure 30 : Découverte de l’exploitation. © Mathias Goutelle
- Figure 41 : Amandine et Carl © Mathias Goutelle - Figure 42 : Le mur en pisé traduit la géologie du Forez © Mathias Goutelle - Figure 43 : Chemin communal qui borde le futur projet d’espace © Mathias Goutelle
- Figure 31 : Immersion dans le plan au format A0. © Mathias Goutelle
- Figure 44 : Les boisements révèlent la présence du réseau hydrographique. Au centre le GAEC de la Route du Basalt. Echelle 1.10 000. QGIS © Mathias Goutelle
- Figure 32 : Vérifications et ajustements in-situ. © Mathias Goutelle
- Figure 45 : Les premières intentions, une base pour modifier le dessin. © Mathias Goutelle
- Figure 33 : Rendu sur le travail en atelier et discussion avec les agriculteurs. © Mathias Goutelle
- Figure 46 : L’expérience du dessin avec les agriculteurs © Mathias Goutelle
- Figure 34 : Alexandre Coudour. © Mathias Goutelle - Figure 35 : La ferme d’Alexandre et la forêt de Lespinasse. Échelle 1.2000 © Mathias Goutelle - Figure 36 : Croquis de l’exploitation de Alexandre Coudour. © Mathias Goutelle
- Figure 47 : Nouveau bâtiment pour le séchage en vrac du fourage © Mathias Goutelle - Figure 48 : Prairie permanente © Mathias Goutelle - Figure 49 : Des bâtiments de stockage © Mathias Goutelle - Figure 50 : Les bâtiments d’élevage © Mathias Goutelle
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- Figure 51 : Depuis le point de vue, au loin le commencement des Monts du Forez. © Mathias Goutelle - Figure 52 : Bloc diagramme du futur maillage © Mathias Goutelle - Figure 53 : Plan masse du projet. 1.1000e © Mathias Goutelle - Figure 54 : Perspective des grandes parcelles. © Mathias Goutelle
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Sigles et abréviations AMAP : Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne CAUE : Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement
ONIB : Office National Interprofessionnel du Blé PAC : Politique Agricole Commune PAT : Plan Alimentaire Territorial
CIVAM : Centres d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural
PDDR : Programme de Développement Rural Régional
CTE : Contrat Territorial d’Exploitation
RPG : Registre Parcellaire Graphique
CUMA : Coopérative d’Utilisation du Matériel Agricole
SAFER : Société d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural
DSV : Direction des Services Vétérnaires
SCoT : Schéma de Cohésion Territoriale
FEADER : Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural
SIE : Surface d’Intérêt Écologique
FEAGA : Fonds Européen Agricole de Garantie FNSEA : Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles
SNA : Surface Non Agricole UTA : Unité de Travail Annuel
GAEC : Groupement Agricole d’Exploitation en Commun GIEC : Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’évolution du Climat. IGN : Institut Géographique National INRA : Institut National de la Recherche Agronomique JAC : Jeunesse Agricole Catholique LOA : Loi d’Orientation Agricole MAEC : Mesures AgroEnvironementales et Climatiques NIMA : Non Issues du Milieu Agricole OMC : Organisation Mondiale du Commerce
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Bibliographie Articles, ouvrages et rapports scientifiques - ALPHANDÉRY Pierre et LIZET Bernadette, « La jeunesse agricole catholique, la modernisation et le paysage », in Les carnets du paysage, Le sacré, Arles, Actes sud, 2017, pp. 109-125.
des Sciences Administratives 2006/3 (Vol. 72), pp. 405-419. https://www.cairn.info/revue-internationale-des-sciencesadministratives2006-3-page-405.htm
AMBROISE Regis, TOUBLANC Monique, Paysage et agriculture, pour le meilleur !, Dijon, Educagri éditions, 2015, 139p.
- MAGNIN Léo, La politique agricole commune et les données retardataires, édition de l’EHESS, n°72 2019/2, pp. 130-143. https://www.cairn.info/revue-techniques-etculture-2019-2-page-130.htm
- BONNEUIL Christophe, FRESSOZ Jean-Baptiste, L’événement Anthropocène La Terre l’histoire et nous, Paris, Edition du seuil, 2016, 322p. - COUTURIER Christian, CHARRU Madeleine, DOUBLET Sylvain, POINTEREAU Philippe, Afterre 2050, Association Solagro, 2016, 96p. https://afterres2050.solagro.org/wp-content/ uploads/2015/11/Solagro_afterres2050-v2-web. pdf - DONADIEU Pierre, La société paysagiste, Arles, Actes sud / Ecole nationale supérieure de paysage, 2002, 150p. - FAKHRI Mickael, Réflexion analytique sur les systèmes alimentaires, les crises alimentaires et l’avenir du droit à l’alimentation, Nations Unies, février 2020, 23p. - JAS Nathalie, « Agnotologie », dans : Emmanuel Henry éd., Dictionnaire critique de l’expertise. Santé, travail, environnement. Paris, Presses de Sciences Po, « Références », 2015, p. 33-40. https://www.cairn.info/dictionnaire-critique-de-lexpertise--9782724617603-page-33.htm - LAURENTIN Emmanuel, La France et ses paysans, Paris, Bayard, 2012, 219 p. - LÉGER François, VOLLET dominique, URBANO Ghislaine, Le contrat territoriale d’exploitation : La rencontre difficile d’un instrument à vocation territoriale et de la tradition sectorielle de la politique agricole française, Revue Internationale
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- RIEUTORT Laurent, Dynamique rurales Française et re-territorialisation de l’agriculture, L’information géographique, 2009/1 Volume 73, pp. 30-48. https://www.cairn.info/revue-l-information-geographique-2009-1-page-30.htm - RUE Mathilde, Élaborer le paysage pour l’habiter, le cas des agriculteurs agroforestiers. Géographie. Université Toulouse le Mirail - Toulouse II, 2020. https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-03176336/document - THOYER Sophie, BUREAU Jean Christophe (dir.), La politique agricole commune, Paris, La Découverte, 2014, 119p. -TOMAS François, Les étangs et la légende du lac. In : Paysage et milieux naturels de la plaine du Forez, Université de Saint Etienne, 1984, pp. 25-38 - TOMAS François. Quelques traits de la géographie et de l’histoire agraires de la plaine du Forez. In: Revue de géographie de Lyon, vol. 38, n°2, 1963. pp. 131-16. https://www.persee.fr/doc/geoca_0035-113x_1963_num_38_2_1754 Autres articles et ouvrages - ALBRECHT Glenn, Les émotions de la terre des nouveaux mots pour un nouveau monde, Paris, Les liens qui libèrent, 2020, 365 p.
- AUSSILLOUX Vincent, GRÉMILLET Alice, MESQUI Bérengère, FOSSE Julien (dir.), Faire de la politique agricole commune un levier de la transition agroécologique, Paris, France Stratégie, 2019, 106p. - JANIN Rémi, La ville agricole, Fourneaux, Editions Openfield, 2018, 74 p.
- https://pouruneautrepac.eu/ Consulter le 25/04/2021 -https://solagro.org/images/imagesCK/files/publications/f98_afterres2050-resume.pdf Consulter le 25/04/2021
- MORIZOT Baptiste, Raviver les braises du vivant Un front commun, 2020, Arles, Actes sud / Wildproject, 199p. - NOULHIANNE Xavier, Le ménage des champs chronique d’un éleveur au XXIe siècle, Le Mas-d’Azil, Les éditions du bout de la ville, 2016, 249 p. Œuvres, films, visioconférences - CLEMENT Gilles, COCCIA Emanuele, Penser la ville comme la foret, visioconférence, Caue du Rhône, 19/11/2020 - COLOMER Henry, Mission France, 2018, film noir et blanc, France, INA, 93 min. - MARCHAIS Dominique, La ligne de partage des eaux, 2013, film couleur, France, Zadig Production, 104 min. - MARCHAIS Dominique, Le temps des grâces, 2010, film couleur, France, Capricci film, 123 min Sites internet https://www.sidam-massifcentral.fr/developpement/ap3c/ Consulter le 25/04/2021 -https://impactons.debatpublic.fr/ Consulter le 25/04/2021
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Annexes
1 : Plan de drainage et futures plantations avec la fédération des chasseurs ©Amandine Cheminal
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2 : Évolution des températures estivales moyennes en 2050 dans le Massif-Central ©AP3C
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3 : Évolutions températures moyennes hivernales en 2050 dans le Massif-Central ©AP3C
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4 : Évolutions températures moyennes au printemps en 2050 dans le Massif-Central ©AP3C
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Un paysagiste dans les champs Éprouver les politiques agricoles dans la plaine du Forez Mathias Goutelle
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