Issuu on Google+

marseille2013.org 9 OFF

Marseille 2013.org

une Capitale virtuelle

marseille2013.org

2013 y’a du boulot Š Doog Mc’Hell

9 44

8e art magazine

hiver 2009

hiver 2009

8e art magazine

45


marseille2013.org 9 OFF

“Nous avions l’idée d’un accident de capitale culturelle”

Il ne s’agit pas du site officiel de la capitale européenne de la culture. Mais Marseille2013.org entretient l’ambiguïté. Sur la toile, cet espace de liberté nous offre un autre regard sur l’actualité culturelle de la ville tout en invitant les artistes à y diffuser leurs projets pour 2013. Libre, critique, absurde : Marseille2013.org est une capitale rêvée, Une vision artistique.

11 septembre 2013. Une boule de feu s’écrase sur la tour CMA-CGM, plongeant le monde dans les ténèbres d’une apocalypse planétaire. Paco Rabanne et les Mayas l’avaient bien dit. A Marseille capitale du chaos, les habitants sont reclus dans les grottes, caves et entrepôts frigorifiques. Qui se souvient alors qu’à cette date, Marseille aurait dû être Capitale européenne de la culture ?

Comme une farce. Marseille2013.org est un site iconoclaste où se croisent rêveries et réflexions poétiques sur le thème de l’année capitale. A coup de visuels percutants accompagnés de textes littéraires, humoristiques ou pamphlétaires ; artistes, graphistes, journalistes, écrivains ont créé cet espace de liberté dans lequel tout est possible : coups de gueules liés à l’actualité comme réflexions personnelles, intemporelles. On y trouve aussi des projets plus ou moins utopiques, démontrant la force créative et l’imaginaire des artistes d’ici et d’ailleurs… Comme un aperçu du joyeux foutoir que serait la ville si on la confiait aux créateurs de tous poils. Sur Marseille2013.org tout le monde peut publier ses créations, ses idées, ses fantasmes contribuant à construire une Capitale européenne de la culture imaginaire. L’association officielle Marseille-Provence 2013 reste quant à elle bienveillante à l’égard de ce projet insolite : « Nous respectons leur positionnement critique. C’est normal, admissible et légitime », nous confie Michel Cerdan, directeur de la communication et des publics, avant de poursuivre « le seul problème est le nom ‘’Marseille 2013’’, qui peut porter à confusion. Le public et de nombreux porteurs de projet pensent avoir affaire au site officiel ». Cette confusion, Marseille2013.org l’entretien sciemment. Car de la confusion naît le doute. Et comme chacun le sait, “le doute est père de la création”…

46

8e art magazine

hiver 2009

Interview : Eric Pringels Ce graphiste belge de 38 ans est arrivé à Marseille en 2003. Il est en partie responsable de marseille2013.org n n n Vous avez créé le site Marseille2013.org dès l’année 2004. A cette date, Marseille n’était pas encore candidate au label de Capitale européenne de la culture ! En 2004, la Capitale européenne de la culture, c’était Lille. Je bossais dans la com’, et j’avais alors participé à certains projets. En me baladant sur le site de Lille 2004, j’ai appris que c’est en 2013 qu’une ville française sera à nouveau Capitale européenne de la culture. J’ai tout de suite su que cette ville serait Marseille.

En quoi cela vous paraissait-il évident ? Pour le “13” ! Plus sérieusement, cela partait d’un raisonnement logique. J’avais vécu la transformation de Lille avant qu’elle devienne Capitale et pour moi, Marseille s’inscrivait dans la même dynamique. Avant même que la ville ne se porte candidate, j’ai donc déposé le nom de domaine et la marque Marseille 2013 et ai décidé de créer un site internet.

Ce seront des barbares Par Martin Carrese. En Une du site le 27 août 2006 © Martin Carrese

Vous avez donc pris en charge la communication d’une Capitale de la culture virtuelle… L’idée, c’était d’initier un projet artistico - politique en m’appropriant les codes du marché (marque, noms de domaine) et en les utilisant pour promouvoir les artistes, les faire profiter de cet événement culturel au même titre que le monde économique. Je m’oppose

9

Projet : 100% barges Une scène flottante, dérivant le long du littoral, au fil de l’eau et d’une programmation de concerts, de spectacles de danse ou de théâtre… Un projet imaginé par l’architecte Ralitza Kaperska, qui a de bonnes chances de devenir réalité.

hiver 2009

8e art magazine

47


marseille2013.org 9 OFF

PROJET D’ARTISTE : zou de marseille « Marseille ne possède pas de sculpture emblématique comme New York, Copenhague ou Bruxelles. ZOU rêve d’un destin de célébrité, comme la Statue de la Liberté, la Petite Sirène ou le Manneken Pis. » L’artiste Bleue Roy défend son projet avec humour… mais elle y croit ! Zou est une sculpture contemporaine, qui du haut de ses 30 mètres, saluerait les navires depuis une île d’Endoume. Peut-elle faire de l’ombre à la Bonne Mère ? © Œuvre originale de Bleue Roy, intégration numérique, Eddie Petrequin.

“Nous sommes les représentants de la marge” en effet à l’utilisation mercantile de la culture. Et en tant qu’artiste, je crois avoir mon mot à dire.

Boule de Feu Détail d’un collage de Pom Gé Joos. En Une du site le 11 septembre 2008.

Comment votre projet a t-il été accueilli à Marseille ? J’ai cru à la movida marseillaise comme tous les bobos du nord qui, fraîchement arrivés à Marseille voient en cette ville une sorte de nouvel El Dorado. Or, je me suis heurté au pessimisme local, à cette forme de complexe d’infériorité... Personne ne croyait que Marseille serait Capitale de la culture en 2013. C’était impensable. Pus tard, la ville décide de se porter candidate et une association officielle est créée dans ce but… Nous avons entamé des négociations avec eux en 2006. Ils ne voulaient pas nous aider à devenir un “off” mais ne souhaitaient pas non plus nous intégrer à Marseille-Provence 2013 ! Nous voulions faire en sorte que cet événement profite à un maximum d’artistes, labellisés ou non, en jouant le rôle d’une pépinière à projets. A côté de la candidature officielle s’est donc constitué un projet de Capitale de la culture alternative, un “off” de Marseille-Provence 2013 en somme… Nous avons créé le site Marseille2013.org dès 2004, ainsi qu’une association, M2K13, regroupant des artistes, graphistes, illustrateurs, journalistes… Nous avions l’idée d’un “accident de capitale culturelle”. Je trouve que ça va bien à Marseille. Pas que la Capitale soit un échec, non... Mais plutôt que ça dérape, que

9

48

8e art magazine

hiver 2009

hiver 2009

8e art magazine

49


marseille2013.org 9 OFF

Bonnes années Par Antonin Dussot. En Une du site le 25 janvier 2008. © Antonin Doussot - antonindoussot@gmail.com

“Nous voulons faire en sorte que Marseille 2013 profite à un maximum d’artistes en jouant le rôle d’une pépinière à projets”

Qui ne saute pas n’est pas marseillais Par Martin Carrese. En Une du site le 26 octobre 2007. © Martin Carrese

Eric Pringels Le “responsable” de Marseille2013.org, c‘est lui ! © Francis Habert - Zèbre Studio

ça échappe, que ça ne se passe pas comme ailleurs. Le site a fonctionné au ralentit durant 5 ans. Depuis 2008, il est plus régulièrement mis à jour. On y trouve notamment des “unes”, montrant notre regard sur l’avancée du projet mais aussi sur l’actualité culturelle de la ville. Ces “unes” justement, sont souvent critiques.... L’idée de base, c’est le 1 + 1 : Une image et un texte, réalisés par deux personnes qui souvent, ne se sont jamais rencontrées mais sont en relation grâce au web. On commence par une image créée par un artiste à partir de laquelle un journaliste ou un auteur rédige un texte. La ligne éditoriale, c’est d’être impertinent mais seulement quand c’est pertinent. On trouve donc quelques coups de cœur… mais surtout des coups de gueule ! Comment le site est-il perçu par le grand public ? Nous sommes actuellement à près de 200 visites par jour. Cela marche mieux depuis que la périodicité des articles est régulière. Mais je crois que le grand public passe parfois à côté. Nous restons malgré nous élitistes. Une partie du site est réservée aux projets d’artistes. Ces projets sont-ils réels ou utopiques ? La force du projet, c’est l’ambiguïté. Certaines personnes y croiront, d’autres pas. On est dans l’utopie. Une utopie réalisable dans notre monde d’artistes. Mais Marseille - Provence 2013 n’est-elle pas une utopie réalisable ? Prenez le projet 100% Barges, consistant à installer une berge flottante sur

50

8e art magazine

hiver 2009

la mer servant de scène pour différents spectacles. C’était le projet de fin d’année d’une étudiante en architecture. Aujourd’hui, même l’association officielle y croit. D’autres projets, comme la création d’une ville sur l’Ile du Frioul sont eux, tout à fait utopiques… Mais n’y a t-il pas confusion entre les projets publiés sur votre site et l’appel à projet officiel de l’association Marseille-Provence 2013 ? Pour déposer un projet officiel, il faut avoir une association et définir un budget détaillé, autant de limitations qui découragent de nombreux artistes. Nous, nous voulons leur offrir une première vitrine. Le meilleur exemple en est 100% Barges ! Aujourd’hui, grâce aux retours positifs qui ont fait suite à la publication du projet sur notre site, Ralitza Kaperska, son auteur, a décidé de déposer une candidature officielle. Si ce projet abouti, ce sera une victoire ! Aujourd’hui, quels sont vos rapports avec l’association officielle Marseille-Provence 2013 ? Ils sont difficiles. Nous ne voulons pas nuire à l’événement, mais y participer. Nous nous considérons comme les représentants de la marge. Et ça nous plaît de rester à la marge.

c’est d’échapper au marché. Je pense donc que nous sommes dans la véritable utilisation du site internet d’une capitale culturelle ! Vous vous autoproclamez donc représentants des artistes résidant sur le territoire de la Capitale de la culture… Le problème, c’est que les artistes se tirent dans les pattes. Ils sont incapables de se fédérer. Nous n’avons pas de groupe de pression, nous ne pratiquons pas le lobbying. Actuellement, Marseille2013.org regroupe une cinquantaine d’artistes. Nous aimerions aller plus loin, nous structurer... Comment faut-il comprendre la phrase mise en exergue sur le site : “Aujourd’hui peut-être, ou alors demain” ? C’est en référence à une chanson de Michel Sardou… dont je précise que je ne suis absolument pas fan  ! Cette phrase, on peut la lire à la Marseillaise : “On verra demain” ; ou alors à la manière bruxelloise  : “Faisons le aujourd’hui”. Elle évoque l’utopie. Elle peut être lue comme notre projet, ambigu, perturbant... n

Finalement, vous êtes des usurpateurs ? Oui... (il réfléchit). Enfin, je ne pense pas. Imaginez que des martiens débarquent à Marseille en 2013 et qu’ils assistent à l’organisation d’une Capitale de la culture mais sans artistes. Ils n’y comprendraient rien ! Or pour l’instant on a des politiques, des financiers, des industriels... Mais pas d’artistes ! Le rôle de la culture,

hiver 2009

8e art magazine

51


Marseille2013.org dans le 8ième art