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Publicad’Elles

25 Gdes No 004 Volume 2 Jan-Avril 2015

OR GANISAT ION F E M I NI S T E D’E L L E S

Violence et domination: briser la culture de banalisation

Le Journal de Macafé

Signée… Nefta Poetry

« Et j’espère qu’on va cesser maintenant de jouer aux jeunes gens voués au sacrifice. Toutes les façons de voir doivent changer. » Virginia Woolf, 3 octobre 1938, in Journal intégral 1915-1941

A

vril 2015 : Régina Nicholas tombe sous les coups de son conjoint. Aucun des témoins de la scène ne lui viendra en aide.

Sa gade n’

Juillet 2011 : Rooldine Lindor est violée par deux hommes puis assassinée alors qu’elle procédait à la location d’une maison en République dominicaine. Mars 2010 : Fabienne Cherisma, 15 ans, est assassinée de 3 balles dans la tête la photo de son cadavre, ramené

par le photographe Paul Hansen, a été primé par l’Oscar de la meilleure photo de l’année en Suède. Parmi les autres photographes qui ont saisi cet instant de la mort de Fabienne Cherisma, d’autres ont reçu des récompenses dans leur pays, à l’instar de James Oatway ou d’Olivier Laban-Mattei, qui a reçu le Grand Prix Paris Match 2010 Décembre 2005 : une jeune vedette du petit écran, Ginoue Mondésir, 28 ans, meurt assassinée par son conjoint Valdo Jean. Ce dernier figure sur la liste des personnes évadées de la prison de Portau-Prince lors du tremblement de terre de janvier 2010.

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Equipe Publicad’Elles

Sommaire

Responsable de rédaction Darline Gilles

Editorial 3

Responsable de distribution Marc Cleevens Anténor

La mort de Jean-Claude Duvalier tue-t-elle l’espoir d’obtenir justice ? 4

Rédactrices-teurs Darline Gilles, Marc Cleevens Anténor Mimosette Kodjo

Pour le pays et pour nos mères

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Coup d’œil sur… 7 Le ministère à la Condition féminine et aux Droits des Femmes

7

Le Journal de Macafé 8 Épisode 4 8

Infographiste

Continuons l’histoire… 9

Marie Mona Augustin

Adeline Magloire Chancy 9

Photographe

Sa gade n’ 11

Pierre Michel Jean

Regina Nicolas mouri, lasosyete konplis

11

Correctrices-teurs Maude Malengrez Denis Dufresne

Cultur-ô-féminin 12

Ont collaboré Eve Emmanuella Bruno Sandy Georges Shelove Duperier Stéphanie Meylon-Reinette

Dieuvela Étienne honore les grandes figures féminines du théâtre en Haïti 13

8 mars, une journée pour chanter les femmes

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SOFA et Kay Fanm : pour la culture d’une politique féministe

12

Célébration en peinture de la Journée internationale des femmes par les artistes de Kalfou Richès Peyi Dayiti

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Signée… Nefta Poetry 14 Fanm Zéléman 14

D’ElleSport 16 Cette publication est financée par

Faire du sport pour se faire plaisir 16 Faire du sport par amour de la compétition

16

Faire du sport pour gérer son stress

16

Femmes, droits, justice : droit/ mariage, cadre légal La femme haïtienne et la conquête inachevée de ses droits

17 17

Ailleurs, Ailleurs, Ailleurs 19 La Chine, où les revendications féministes sont condamnables

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Espace D’Elles 20 Encore une fois, D’Elles a poussé le Cri

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Je connais mon corps 22 La domination à fleur de peau Cette revue est publiée par l’organisation féministe d’Elles 27, Mon Repos 44, Carrefour, Port-au-Prince, Haiti revuepublicadelles@yahoo.fr www.facebook.com/publicadelles (509) 36899963 / 34438534

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22

Paroles de femmes 22 Je pense donc j’écris 23 J’écris pour défaire le temps

PublicaD’Elles: le pouvoir entre les lignes!

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Editorial

P

ouvoir de dire, d’agir, d’accomplir. Pouvoir de réduire et de raccourcir. Pouvoir de détruire, de prendre, de tuer, de torturer. Le pouvoir fondé sur la peur, les illusions, l’ignorance, celui d’avoir raison ou de faire sienne la raison pour voler la liberté. Violer. Le pouvoir de priver du pouvoir. Ce pouvoir nous le côtoyons chaque jour, celui dont tant ont usé et abusé, les Duvalier sur leur peuple, Youri Beaubrun sur Régina Nicolas, celui qui enferme les femmes en Chine et les vide de leurs couleurs en Afrique. Par ailleurs, comprendre la relation entre la domination et la violence est une tâche difficile. C’est le paradoxe de l’œuf et de la poule : qui engendre l’autre et pourquoi ? Comment savoir sans répondre à la foule d’interrogations que cela suscite. Car la domination elle-même est une forme de violence sur la personne qui la subit. Mais toute violence est-elle motivée par la domination ? Si le rapport de celle-ci et de la violence est si difficile à cerner, le rôle du pouvoir en tant que lien les deux est plus facile à comprendre : il est le cordon qui les lie ensemble, l’entraver de leurs libertés mutuelles. Dans ce sens, le pouvoir n’est pas à conquérir, il est à dompter. Ce n’est pas une fatalité mais un devoir que nous de lutter contre les atteintes graves aux droits fondamentaux des femmes et des hommes et à leur intégrité physique et psychique causées par la domination, la violence, bref les abus de pouvoir de toute sorte.

L

es membres de l’organisation D’Elles profitent de cette publication pour saluer la mémoire de Nicole Magloire, une militante féministe décédée dans la nuit du 12 au 13 mars 2015. Elle était un médecin gynécologue qui s’est impliquée dans la lutte pour les droits et la santé reproductifs et sexuels des femmes et le contre les violences basées sur le genre. La féministe est morte à 76 ans. Elle était membre du Collectif contre l’impunité. Elle était aussi membre fondatrice de la Concertation nationale contre la violence faites aux femmes. En 2005, la défendresse des droits humains avait été nommée pour le prix Nobel de la Paix dans le cadre de la campagne 1000 femmes pour le Prix Nobel 2005.

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Pour le pays et pour nos mères… Luttons contre l’impunité

La mort de Jean-Claude Duvalier tue-t-elle l’espoir d’obtenir justice ? La mort soudaine de l’ancien dictateur, Jean-Claude Duvalier, au matin du 4 octobre a provoqué toutes sortes de sentiments chez le peuple haïtien. L’actuel président Michel Joseph Martelly n’a pas manqué d’exprimer sa profonde tristesse par rapport au départ définitif de cet homme qu’il a considéré comme « un Haïtien authentique ». Certains ont éprouvé un grand soulagement et d’autres une certaine inquiétude quant à l’avancement des procédures pénales contre les auteurs présumés des crimes commis sous son régime.

D

’abord, un petit rappel des faits. Le 16 janvier 2011, après vingtcinq années d’exil en France, Jean-Claude Duvalier, dit « Baby Doc » revient au pays. Il est accueilli par une foule, foncièrement jeune, ignorante de toutes les violations des droits humains perpétrées par le système répressif établi par son père, son prédécesseur pendant quatorze années. Pour justifier son retour, JeanClaude Duvalier déclare être revenu « pour aider le peuple haïtien». Le lendemain de son arrivée, il est arrêté par la police haïtienne pour détournement de fond et le jour suivant, est mis en accusation pour corruption. Remis immédiatement en liberté, l’ancien dictateur de 1971 à 1986, a refusé à trois reprises de comparaître au tribunal.

Le système judiciaire haïtien, dénudé Le 20 avril 2008 puis le 18 janvier 2011, des réquisitoires d’informer du procureur accusent Jean-Claude Duvalier ainsi que d’autres membres de son régime d’être les auteurs d’opérations ayant violé massivement et 4

systématiquement les droits humains. Parmi les crimes allégués : exécutions sommaires, exils forcés, torture, disparitions, arrestations arbitraires, viols. Certains des co-accusés de Duvalier sont déjà morts au moment de la publication des réquisitoires. Mais cela n’empêche pas les poursuites pénales contre ceux qui sont vivants. Pourtant, aucun de ses consorts n’est entendu dans le cadre de l’enquête du juge d’instruction, qui se borne à enregistrer les témoignages des plaignants. L’ex-président à vie, accusé principal des réquisitions du procureur, ne répond pas aux demandes de comparution et ne respecte pas l’assignation à résidence dressée à son encontre. Et le 27 janvier 2012, le juge Carvès Jean rend une ordonnance dans laquelle on peut lire : « Il existe des indices graves et concordants tendant à renvoyer le Nommé JEAN-CLAUDE DUVALIER au Tribunal Correctionnel pour être jugé pour le délit de détournements de fonds public. » Ainsi le juge libère l’ancien dictateur des charges l’accusant d’être l’auteur de crimes contre l’humanité. Toutes les pièces du dossier sont transmises au Commissaire du Gouvernement. La décision du juge Carvès provoque la colère des parties plaignantes, qui font tout de suite appel. La contestation des plaignants, renforcée par la mobilisation des organisations haïtiennes de défenses des droits humains et du Collectif contre l’impunité, aboutit à une décision bien différente de la Cour d’appel, le 20 février 2014, qui demande la réouverture de l’enquête. Jean-Claude Duvalier, qui est apparu pour la première fois dans une cour en février 2013, et ses anciens acolytes sont à nouveau passibles de poursuites pour crimes contre l’humanité.

« On ne peut prétendre, en aucun cas, que la justice haïtienne ne peut pas juger les crimes contre l’humanité », soutient Danièle Magloire, coordonnatrice du Collectif contre l’impunité, qui souligne le caractère imprescriptible de ces crimes. « On ne peut pas dire cela d’un pays qui, en 1945, après la Deuxième Guerre mondiale a signé avec dix-huit autres, la Charte de Nuremberg, document dans lequel, l’expression même est employée pour la première fois. Quand bien même la défense voudrait rester dans le droit haïtien, elle ne devrait pas considérer les crimes de Duvalier comme prescrits, puisqu’il y a toujours eu des actions judiciaires qui ont été entreprises contre les démarches répressives du régime duvaliériste », poursuit la défenderesse des droits humains. Ainsi, les plaintes n’ont jamais été éteintes. Après avril 1986, précise-t-elle, « il y a eu deux procès après l’exil de l’ancien dictateur : ceux de Luc Désir et de Samuel Jérémie, tortionnaires du régime ».

Malgré tout, l’enquête se poursuit La décision de la Cour d’appel de Port-au-Prince, présidée par le juge Jean Joseph Lebrun, est une victoire pour les victimes et les défenseurs des droits humains. Dans son arrêt du 20 février 2014, elle autorise en effet les poursuites pour crimes contre l’humanité visant l’ancien dictateur Jean-Claude Duvalier, mais elle ordonne également un supplément d›instruction ainsi que l›identification des autres personnes accusées, les fameux « consorts ». La mort de l’ancien dictateur a mis fin à la possibilité de le juger, «mais le décès de ce dernier ne va pas suspendre les procédures, puisqu’il y a l’implication d’autres personnes dans le dossier », insiste Maître Exumé, un avocat des


plaignants. « Et ils sont nombreux dans le pays, les responsables des crimes du régime dictatorial », affirme Pierre Esperance, directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) et secrétaire général de la FIDH. « Certains font partie de ce gouvernement, d’autres sont dans le secteur privé. Mais c’est le travail du juge d’instruction de les désigner, les localiser et les faire répondre de leurs actes, pas le nôtre. Et le juge qui se respecte, qui travaille pour l’intérêt de la société avec la loi comme boussole, le fera », poursuit-il. C’est le juge Durin Duret Junior, de la Cour d’appel de Portau-Prince, qui est désormais chargé de l’affaire. Depuis le mois de mai 2014, il a commencé avec l’audition des plaignants. D’après Me Espérance, il a aussi entendu des témoins et quelquesuns des accusés. L’enquête semble donc se poursuivre. Il est pourtant prématuré pour les associations de victimes de crier victoire. La justice haïtienne est réputée pour sa lenteur. Surtout, sans volonté politique, cette affaire peut traîner des années. Mais tant qu’il y aura, ne serait– ce qu’un seul vivant parmi les consort, il est encore possible d’avoir une poursuite judiciaire. Depuis le retour de Baby Doc, en janvier 2011, le dossier des poursuites contre les anciens responsables de la dictature a été une mise à l’épreuve du système judiciaire haïtien. La décision du juge de la première instance, l’audace et l’arrogance des avocats de la défense, l’influence de l’exécutif duvaliériste en faveur de l’impunité de Duvalier, le sursaut de la Cour d’appel, la mort de l’ancien dictateur, ont mis à nu les faiblesses – et les quelques espoirs de la justice haïtienne. Mais tout n’est pas perdu. Des criminels sont encore en vie. Les victimes, les défenderesses et défenseurs des droits humains ne lâchent pas l’affaire. Darline Gilles

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Violence et domination: briser la culture de banalisation Est-il humainement possible de comprendre de telles éruptions de violence et l’impassibilité ou l’indifférence qu’elles provoquent de façon généralisée dans la population ? La liste des manifestations de violence auxquelles nous sommes chaque jour confrontés pourrait être longue et prendre plusieurs formes. Mais à part lorsqu’elle est provoquée par la nature, qu’elle soit pathologique, entre les États, criminelle, politique, économique ou entre les personnes, la violence est la manifestation la plus évidente du pouvoir et constitue toujours un emploi de la force, physique ou psychologique qui, sans tenir compte de la légitimité de son usage, a pour principal objectif la domination. La violence entre les personnes se retrouve de façon endémique en Haïti. Et même si elle n’est pas toujours constituée de coups et blessures, elle entraîne toujours une souffrance pas nécessairement physique. En effet, les jeunes filles et les femmes sont souvent victimes de comportements de domination ou d’asservissement avec parfois utilisation de violence physique (coups, viol, etc.), mais elles sont aussi et surtout très souvent victimes d’une utilisation, consciente ou non, de forces verbales et psychologiques. Ce phénomène se manifeste sous de multiples formes telles que les abus de pouvoir et injonctions autoritaires, les agressions physiques, l’intimidation verbale, les menaces voilées, les insultes et injures, l’humiliation, le harcèlement ou la privation de droit ou de liberté. De façon générale, différents processus sociaux contribuent dès l’enfance à construire la masculinité et la féminité et à banaliser cet esprit

de domination qui trop souvent mène à la violence. En effet, dès l’enfance l’être humain est socialement préparé à des comportements d’agresseur et de victime. Les petits garçons sont orientés et encouragés vers des attitudes d’affirmation de soi, de domination et d’agressivité, alors que chez les petites filles sont privilégiées les attitudes plus souples, plus conciliatrices et altruistes. Virginia Wolf parlait de ce « pouvoir hypnotique de la domination » alors que, pour le sociologue Pierre Bourdieu, « la domination masculine est tellement ancrée dans nos inconscients que nous ne l’apercevons plus, tellement accordée à nos attentes que nous avons du mal à la remettre en question1. » Les rapports sociaux de sexe façonnent et banalisent donc ces comportements qui peuvent, mal contrôlés, conduire à la violence conjugale. En effet, ces rapports existant entre les sexes sont à la base d’une certaine forme de violence basée sur la domination masculine et exercée majoritairement contre les femmes. N’oublions pas qu’elle n’est pas si éloignée l’époque où, dans certains pays, la loi accordait à l’homme le droit de « corriger » sa femme. Pour le propre bien de celle-ci faut-il ajouter. En Haïti, avant le décret du 6 juillet 2005 par exemple, le viol n’était considéré que comme une atteinte aux mœurs. Le décret a criminalisé le viol et a également permis de rétablir un plus grand équilibre entre les sexes, par exemple face à l’adultère qui n’était auparavant

1 Bourdieu, Pierre, La Domination masculine, Paris, Seuil, 1998, 134 p.

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reconnu pour un homme que s’il était commis dans le lit conjugal, alors que pour la femme, le lieu importait peu. Par ailleurs, même si l’article 17 de la Constitution du 29 mars 1987 affirme l’égalité entre les sexes, il n’existe toujours pas de loi d’égalité intégrant expressément la notion de discrimination fondée sur le sexe et l’obligation de non-discrimination dans tous les domaines de la vie sociale. La violence faite aux femmes est pernicieuse : elle tend entre autres à bloquer la participation de celles-ci au développement communautaire et représente un frein à leurs promotions sociales et économiques, constituant ainsi une très importante source d’instabilité pour les familles. Les violences exercées visent toutes les catégories de femmes, dans toutes les couches de la société. Malheureusement, de nombreuses victimes, pour des questions d’éthique, ne veulent jamais parler des pressions qu’elles subissent, de peur d’être stigmatisées, parce qu’elles ressentent souvent un fort sentiment de culpabilité par rapport à leurs familles, qu’elles ont peur de salir et à qui elles n’osent rien dire. La violence conjugale proprement dite, cette forme de domination d’un partenaire sur l’autre, ne se limite pas à un certain nombre de gestes ou de paroles étrangères au reste de la vie d’un couple. Il s’agit bel et bien d’un partenaire qui utilise la violence et se sent en droit de contrôler l’autre, de le dominer, et qui croit que l’utilisation qu’il fait de la violence est légitime. Ce type de relation dite abusive suit en général un pattern de domination qui veut qu’après chaque épisode de violence, la personne qui abuse minimisera la gravité de ses actions, trouvera des excuses et pourra même faire porter à l’autre au moins une partie de la responsabilité. La personne abusée finit par accepter cette part de responsabilité qu’on lui fait porter et a de plus en plus de mal à faire confiance à ses propres

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émotions, qui sont systématiquement niées ou tournées en ridicule. S’ensuit une phase de réconciliation, avec baisse de tension, mais celle-ci rehaussera progressivement menant à la réapparition de la violence. Ce cycle va le plus souvent en s’intensifiant, les phases deviennent de plus en plus courtes, et les explosions de violence peuvent finir par mener à la mort de la personne dominée comme ce fut le cas dans les exemples mentionnés au début de cet article. Avant même que la situation ne se dégrade à ce point, une grande majorité de femmes sont désorientées par cette alternance d’épisodes calmes et violents, protègent leur partenaire, sous-estiment leur propre bien-être, niant la gravité de la violence subie ou s’en attribuant la responsabilité. Dominées, elles souffrent, bien au-delà des explosions de violence physique, de ce climat où s’installent progressivement la terreur, la rage refoulée et l’effacement identitaire, situation qui entraînera des séquelles durables. Contrairement aux idées reçues, la personne abusive n’est pas nécessairement une personne violente ou même passionnelle. Elle utilise très souvent des tactiques de manipulation pour maintenir l’autre sous sa domination, et ce parfois de façon inconsciente. Année après année, toutefois, le nombre de femmes portant plainte pour différentes violences subies, pas nécessairement sexuelles ou conjugales, augmente. Par ailleurs, il existe de plus en plus d’acteurs, d’institutions, d’organisations de femmes et de médias qui manifestent un intérêt particulier dans la lutte aux violences faites aux femmes. Les différents secteurs concernés continuent de travailler pour conserver les acquis et les avancées, réalisés, par exemple, au niveau du cadre juridique. Beaucoup d’efforts sont faits, de nombreux organismes travaillent à la sensibilisation de toute la société, offrent des séances de formation sur les violences physiques, psychologiques et sexistes faites aux femmes. Mais en dépit de ces nombreuses avancées dans le domaine, il y a encore de graves lacunes sur le plan juridique, notamment sur

l’application des lois. En effet, la réalité reste que trop peu d’auteurs de violences sexuelles sont jugés, et l’impunité reste l’un des principaux obstacles à l’accès aux soins appropriés. Le combat continue. Il faut briser la loi du silence et soutenir les victimes qui, bien que de plus en plus nombreuses à élever la voix, sont souvent encore trop effrayées ou honteuses à l’idée de témoigner contre leurs agresseurs, à plus forte raison lorsque les actes répréhensibles étaient commis par des hommes connus ou reconnus socialement. Cette violence délibérée est un instrument de domination et va à l’encontre des droits fondamentaux de la femme. Sandy George


Coup d’œil sur…

Le ministère à la Condition féminine et aux Droits des Femmes Dans ce numéro PublicaD’Elles, nous portons notre regard sur le ministère à la Condition féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF) pour permettre une meilleure compréhension du rôle de cette institution dans notre société.

E

n 2011 M. Daniel Gérard Rouzier Premier ministre nommé par Michel Martelly mais non ratifié, voulait que le ministère à la Condition féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF) soit intégré dans le ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST). Cela ne montre-t-il pas que certains ignorent la raison d’être de cet organisme ? Mais plus d’une vingtaine d’organisations féministes et féminines ont fait un plaidoyer pour maintenir cet acquis politique et ont réussi. Le bâtiment du MCFDF se trouve à Portau-Prince, dans la zone du Champs de Mars, à la rue Magny. Il est actuellement administré par MME Yves Rose Morquette. Elle a été affectée à ce poste en janvier 2015. Il a fallu attendre 1988, sous le gouvernement de Leslie Manigat, pour voir la création d’une Secrétairerie d’État à la Condition féminine. Six ans plus tard, avec le décret du 8 novembre 1994 sous le gouvernement de Jean Bertrand Aristide et Smarck Michel, suite à des revendications des organisations de femmes et de la mouvance des préparations de la quatrième conférence de Beijing en 1995, est fondé le MCFDF. Le 11 août 1995, quelques jours avant la quatrième conférence mondiale sur les femmes, dite la conférence de Beijing, le MCFDF est officiellement défini en lien avec l’intensification des luttes féministes en Haïti. Lise Marie Déjean a été la première personne nommée au poste de ministre à la Condition féminine et aux Droits des Femmes. Entre 1996 et

1997, le MCFDF traversa des moments de crises. En ce sens des organisations de femmes se sont mobilisées pour son maintien et la réalisation effective de ses missions qui sont : la définition des objectifs conformes à ses fonctions et l’octroi des ressources nécessaires au bon fonctionnement de l’institution. Néanmoins le MCFDF s’était vu obligé de compresser sa structure et son personnel. L’existence du MCFDF explique en partie l’implication de l’État haïtien dans la lutte pour l’extension et le respect des droits des femmes. Le MCFDF est une institution étatique qui est chargée de définir des politiques devant agir sur la condition de la femme haïtienne, ce qui doit permettre un avancement des droits de la personne féminine. Le MCFDF a pour fonction de formuler, d’appliquer et d’orienter la définition et l’exécution des politiques publiques équitables, favorables à l’émergence d’une société égalitaire à l’échelle nationale. À noter que la lutte pour l’égalité n’est pas engagée contre les hommes, mais contre un système (patriarcat) qui veut que ces derniers soient dans une position privilégiée par rapport à leurs homologues féminins. Le Ministère rempli deux rôles : l’un dit normatif, du fait qu’il lutte pour la défense et la promotion des droits des femmes, ce qui l’oblige à produire des travaux scientifiques sur la thématique genre et réviser des textes de lois et des règlements administratifs. L’autre rôle est transversal parce qu’il accompagne les autres entités étatiques dans la mise en œuvre des outils d’analyse des rapports sociaux de sexes. Il faut comprendre que le MCFDF ne remplace pas la justice en cas de conflits entre conjoints, par exemple. Il n’est pas une institution qui peut réduire la pauvreté des femmes ou

lutter contre la prostitution féminine. Il ne peut réaliser tout cela pour le simple fait qu’il ne représente pas à lui seul tout l’appareil étatique. Mireille Neptune Anglade, une militante féministe emporté par le séisme du 12 janvier 2010, a précisé que : « la lutte ne doit pas être individualisée mais sociale et politique ». Par cette phrase, elle a défini la mission du MCFDF. Une mission, qui le porte à réaliser des recherches tant en milieu urbain qu’en milieu rural, à réaliser des travaux de diagnostic et d’évaluation sur les situations des femmes, avec la collaboration des organisations féminines et féministe. Une mission à laquelle il a souvent failli souvent à causes de certaines faiblesses structurelles et contraintes financières. Mais, quelle entité de l’État haïtien est irréprochable ? Marc Cleevens Anténor

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Le Journal de Macafé

Épisode 4

Avant que Carmelle n’ait eu le temps d’ouvrir la bouche, elle se tint debout et dit :

rand silence dans le salon des Dubois, malgré la présence de Rachel, de Jésula et de la mystérieuse visiteuse. La pièce est bondée de tension. Ni la couleur ivoire des murs, ni le rouge du grand canapé ne pouvaient égayer l’espace. Mêmes le gros bouquet de fleurs jaunes dans le vase en porcelaine sur la table laissait indifférente la rigidité de l’atmosphère. La dernière phrase qui s’est dite est : « Avant aujourd’hui, je ne vous ai jamais rencontrée ». C’est la parole qui a accouché de cette sombre inertie autour des filles et de la dame.

- Je m’appelle Catherine Bontemps. C’est sainte Catherine elle-même qui a demandé à ma grand’mère de m’appeler ainsi. Elle l’a visitée dans un songe le soir même où ma mère devait accoucher. Catherine Bontemps, c’est mon nom.

G

- C’est pourtant la vérité, Madame, insista Rachel. Vous êtes peut-être la femme de l’ancien ministre, mais je jure que je ne vous ai jamais rencontrée. - Que tu n’aies jamais rencontré une des femmes de l’ancien ministre est concevable. Mais ne pas reconnaître la tête de la mère de Mackendy Bonhomme est à peine croyable ! Tu es sa copine depuis deux ans, et tu ne t’es jamais intéressée à voir une photo de celle qui l’a mis au monde. - Vous êtes la mère de Mackendy ? Dans le bus du retour, Carmelle est complètement perdue dans ses pensées. Elle pensait silencieusement, pour ne pas se surprendre à dire tout haut ce qui ne doit pas quitter le cœur. Les secrets sont à notre existence ce que le parfum est à la fleur. Ils nous permettent de nous séparer de temps en temps du reste du monde pour revivre ces gouttelettes de vies douces, amères, chaudes ou fades dans nos souvenirs. Le goût n’a pas la moindre importance. Ils donnent toujours un sens à nos vies présentes. Parce qu’ils sont à nous. Ils nous appartiennent. Nous n’avons pas à les partager. Nous avons le droit de les cacher au plus profond de nous, pour les ressortir au rythme de nos envies. - N’ai-je donc pas raison de croire que tu n’aimes pas mon fils ? Comment se fait-il que tu ne connaisses pas le visage de sa mère ? Pas une fois tu n’as 8

demandé à voir une photo ? Comment ne pas croire que tu es avec lui pour le sacrifier à la place de ton bébé. Les choses commençaient à paraître claires pour Rachel. Pour Jésula aussi qui n’ignorait pas tout de l’histoire d’amour entre la Dubois et le Bonhomme. Mais plus c’était clair, plus l’atmosphère était glaciale dans le salon. - Depuis quelques temps, mes nuits et mes jours sont tourmentés. Ce rêve me rend malade, pourtant il continue de hanter mon sommeil. Je vois mon fils tout nu, pieds et mains liés, les yeux bandés, allongé sur un lit. Inondé des eaux que tu venais de rendre et du sang qui sortait de ton sexe. Il y avait du sang partout dans la pièce. Partout sur le corps de mon garçon. Mais j’ai pu entrevoir sur son ventre un vèvè. Quelque chose qui ressemblais au cœur de Damballah. Tu étais nue toi aussi. Assise juste à côté de lui, les jambes bien écartées, tu accouchais. Pendant le travail d’accouchement, c’est lui qui ressentait la douleur. C’est lui qui souffrait. C’est lui qui pleurait. En rentrant chez elle, Carmelle trouva sa voisine assise devant l’entrée de sa chambre. Cette fois, elle portait une robe grise et une chemise rose. Elle portait sa bague de mariage qu’on ne voyait que rarement à son doigt. Elle avait des chaussures noires. Ses chaussures étaient toutes neuves. Elle avait dans la main, une Bible et un chapelet. De l’autre main, elle caressait avec nonchalance le crucifix du chapelet.

La mère de Mackendy était en colère. Non, c’était plutôt de la peur. Ou les deux. L’une ou l’autre peut faire trembler le corps et les lèvres. L’une et l’autre peuvent faire pleurer. Les larmes de rage ou de l’impuissance ont la même couleur. Qu’elles soient menées par la terreur, le désespoir ou la fureur, elles ont la même cadence, le même rythme pour longer les pommettes frissonnantes de nos visages. - Ou mèt tande kriye, pinga w vire gade ann ale avè mwen. Lapèsòn ooo, m pral fè yon wout ooo, ann ale avè mwen. Grann Yaya chantait cette même chanson, toute la matinée. Elle se trouvait dans la cuisine, une petite pièce qui se trouvait derrière sa maison. C’était une petite chaumière faite de bambou, couverte avec la paille sèche. Le toit rappelait les maisonnettes des indiens de l’Ayiti-Quiqueya. Il n’y avait pas de porte à l’entrée. Au milieu la pièce, sur de la terre battue se trouvait le placement du feu. Grann Yaya aimait beaucoup le feu. Elle en allumait tous les jours. Soit pour préparer le café ou la soupe. Soit pour faire bouillir les ignames ou le riz. Ou pour l’admirer danser sur les morceaux de bois, entre les trois roches, pendant qu’elle chantait pour elle, pour les esprits, pour la terre et les eaux. Grann Yaya était assise devant le feu. Elle boucanait de la viande de bœuf séché. Elle chantait. Elle s’arrêtait de temps en temps pour parler toute seule. Puis elle recommençait : - Lapèsònn ooo, m pral fè yon wout ooo, ann ale avè mwen Manzè Da


Continuons l’histoire… Avec Adeline Magloire Chancy

Cette page est différente de celles qui l’ont précédée. Les phrases qui y sont alignées sont de source vivante et fraîche comme la rosée du matin. Ce n’est pas la mémoire d’un lointain passé que nous transcrivons, mais le témoignage d’une âme rebelle, d’une tête pensante, de mains combattantes. En une matinée, devenue spéciale par sa rencontre, j’ai eu un entretien avec Adeline Magloire Chancy, une femme à connaître et à faire connaître.

E

lle est née à Port-au-Prince, le 4 avril 1931, elle ne fait pas ses quatre-vingt-quatre ans tant elle rayonne. À son sourire

lorsqu’elle est venue m’accueillir, j’ai

vu combien elle était encore pleine d’énergie malgré la longue vie derrière elle. Confortablement installée, pendant les trois heures passées avec elle, elle en a généreusement partagé une fine partie avec moi.

des textes féministes, comme le « Deuxième sexe », de Simone de Beauvoir. Elle a vu constaté les discriminations dans les textes de lois pendant ses études de droit à l’Université d’État d’Haïti. Mais ce sont surtout les répressions du régime duvaliériste qui l’ont portée à prendre conscience et à défendre les droits humains. Car, avec la dictature, résister était le choix le plus adéquat. Au début des années 60, elle a intégré des organismes dans la clandestinité, pour se battre pour la démocratie. Mais elle a dû quitter le pays, en 1965, pour fuir les sauvageries duvaliéristes. Avec son mari et ses enfants, elle s’est installée au Québec jusqu’en 1986. Pendant son séjour au Canada, elle ne s’est pas séparée de ses idéaux. Làbas, elle a intégré plusieurs féministes, organismes notamment le Congrès des femmes noires et le Conseil consultatif de la femme. Cette vingtaine d’années passées en dehors d’Haïti ne l’a pas éloigné de ses valeurs de militante. Que ce soit avec ses étudiants, au sein de la Commission Canadienne des droits de la personne ou dans ses activités sociales menées avec dévouement, elle a toujours gardé les mêmes convictions idéologiques.

Pour commencer la discussion, nous avons parlé de son implication dans la lutte pour la promotion et le respect des droits des femmes. Elle a confié À son retour dans le pays après avoir été insensible à la condition la chute de la dictature, elle a des femmes jusqu’à l’âge de trente ans. Elle a lu, dans sa jeunesse, continué à collaborer avec des 9


organisations féministes. Mais avec sa nomination au ministère à la Condition féminine et aux droits des femmes en 2004 qui, souligne-t-elle, « a été portée par les organisations féministes », elle a eu l’opportunité et le pouvoir politique pour poser de grandes actions en faveurs de l’amélioration des situations des femmes. Tout au début de son mandat, elle a signé un protocole d’accord avec la Coordination nationale de plaidoyer pour les droits des femmes (CONAP). Cet accord a été sur un menu législatif dressé par la dite coordination suite à la mise en place du tribunal international contre les violences à l’égard des femmes en Haïti, en novembre 1997. « Au Ministère, j’ai cherché des alliés. J’ai fait du lobbyisme et aussi des consultations permanentes avec les organisations de femmes,

pour aboutir à la proposition d’un décret » nous raconte-elle. Ce décret a porté un changement dans le code pénal à trois niveaux. « En premier lieu, explique-t-elle, il y a eu une redéfinition de l’agression sexuelle. Le viol, par exemple, n’était plus une atteinte aux mœurs

mais un crime. Ce ne sont pas les mœurs ou les coutumes qui sont atteintes, mais la personne physique, psychique

et morale d’un individu. En second lieu, il s’agit d’abrogation d’éléments d’articles où l’homme était excusé de tuer sa femme pris en fragrant délit, considérant cet acte comme crime passionnel; ou, en cas d’adultère pouvait la faire emprisonner. En dernier lieu, il y a été établi que, pour les victimes d’agression, les coups et blessures étaient excusables, dans le sens où il s’agissait de la légitime défense. » 10

Le décret du 6 juillet 2005 n’est pas la seul grande réalisation de l’ancienne ministre à la Condition féminine et aux droits des femmes. Elle a fait re-baptiser une quarantaine de rues par des noms de femmes. Elle a inauguré la Place Catherine-Flon. Elle a été également porteuse de grandes innovations structurelles au sein du Ministère, telles que la création d’une direction technique pour la prise en compte de l’analyse selon le genre et la formation d’un conseil consultatif composé de personnalités recommandées par les associations de la société civile. Après plusieurs années de retard, c’est sur l’administration d’Adeline Magloire Chancy qu’Haïti a présenté les premiers rapports de la Convention des Nations Unies pour l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) ratifiée par l’État haïtien depuis 1982. Après le récit de son expérience dans les luttes féministes, elle nous a fait comprendre que la libération des femmes doit passer par l’éducation. Déjà, aux premiers moments de sa vie de militante, l’alphabétisation des femmes et la valorisation de la langue créole était au cœur de son combat. Au Québec, elle a participé à la mise en place de politiques d’alphabétisation et d’éducation pour les adultes. Elle a même publié une thèse sur l’Analphabétisme chez les femmes immigrantes haïtiennes. En 1986, elle a été Directrice de la formation à l’Office nationale pour la participation et l’éducation populaire. Au début des années 90, elle a été membre de la direction du Bureau national d’alphabétisation et plus tard, Secrétaire d’État à l’Alphabétisation. Aujourd’hui plus que jamais, elle lutte contre les préjugés envers le créole, à titre d’académicienne.

Adeline Magloire Chancy s’est investie pour la cause des femmes et les droits humains. Ses actions sont reconnues. En 2013, le Groupe de réflexion et d’actions pour une Haïti nouvelle (GRAHN), dont elle est membre honoraire, lui a octroyé le Prix de la collaboration et de l’entraide. En octobre 2014, elle a été décorée de l’Ordre national de la Légion d’Honneur, au grade de Chevalier, par le président français, François Hollande.

Avant de mettre fin à cette fascinante causerie, Mme Chancy a brièvement abordé sa vie familiale. Elle nous confie avoir épousé un homme exceptionnel, Max Chancy qui était professeur de philosophie et militant politique. Elle avait dix-neuf ans quand ils se sont rencontrés. Ils ne se sont jamais séparés, jusqu’à ce que la mort le lui ait arraché en 2002. Ils ont vécus quarante années de mariage, ont eu trois fils dont Michel Chancy qui est Secrétaire d’État à la Production Animale depuis septembre 2008. Mme Adeline Magloire Chancy a conclu notre discussion, après une pensée pour sa sœur et grande camarade de tous les combats, Nicole Magloire, décédée en mars dernier, se disant heureuse d’avoir été un maillon dans l’histoire des luttes pour les femmes et pour l’alphabétisation en Haïti. C’est avec le sentiment de la mission accomplie dans un combat qui, lui, n’est pas terminé, qu’elle tend le flambeau à la jeunesse avec qui elle aime collaborer, à ces jeunes qui, selon elle, ont une bonne perspective pour ce combat ». Darline Gilles


Sa gade n’

Regina Nicolas mouri, lasosyete konplis

N

an fen lane swasant yo, ak dezyèm vag mouvaman feminis yo, soti nan Etazini, gen yon slogan ki di : « Personal is political. » Se te yon fason pou militant yo te fè konprann dimansyon politik ki genyen nan rapò moun ak moun. Sa vle di, pwoblèm pèsonèl de moun ka genyen, kelkeswa nivo intimite yo ka manifeste nan relasyon yo, sa konsène tout kominote a. Se tout sitwayèn ak sitwayen ki pou potekole pou bay solisyon. Epi se pou Leta kore aksyon yo. Nan sosyete nou an, yo toujou di : « Moun pa foure bouch nan koze madanm ak mouche. » Anpil gason malfezan pran woulib sou sa pou maltrete mennaj yo oswa madanm yo jan li pi pito, anndan kay tankou nan lari. Gen gason delenkan ki konn pran pòz yo se mennaj fi a, frape li ak anpil britalite, jis pou li vòlè telefòn li. Menm si tout moun ap asiste, depi vòlè a reyisi fè konprann se yon sèn jalouzi, yo pap fè anyen. Paske, malgre tout sa lalwa di sou zak maspinay fanm ka sibi, valè sosyal nou yo dakò pou yon gason malmennen yon fanm libelibè. Konsepsyon sa fè nou temwen anpil sèn vyolans. Se pa de grenn fanm sèlman ki pèdi respè yo, entegrite yo. Gen anpil tou ki rive pèdi lavi yo. Se nan kategori sa Regina Nicolas pase, nan jou kite madi 28 avril 2015 lan. Regina Nicolas alyas Joun Lascouny, se te yon jèn fi 26 lane. Se te yon fotograf. Li te yon komedyèn tou, li te konn jwe teyat. Li te jwenn lanmò nan yon milye piblik, se te devan Lopital Inivèsite Leta Ayiti, pi souvan nou rele lopital jeneral. Se yon ansyen mennaj li ki rele Youri Beaubrun ki touye jèn fanm lan. Gen anpil bagay ki montre kriminèl

la te planifye pou l tenyen souf atis la. Tou dabò, li pa t kwaze li sanzatann. Li te konnen byen pakou li, epi kote lap rankontre ak li. Answit, se ak yon kouto li te gen sou li, li komèt zak la. Pou fini, nou ka konsidere tou kote li chwazi bay viktim nan kout kouto yo, yon fason pou l pa t chape. Youri pa t komèt zak sasasinay sa an kachèt. Moun te la yo tap gade. Men, kòm se koze madanm ak mouche, yo pa foure bouch. Sa te fè yo rete la ap gade san aji. Yo pa janm pote jenn fi a sekou, jiskaske jennonm lan jwenn satisfasyon : Regina mouri.

yo ap fèt. Se pap yon dènye fwa nonplis si nou pa chanje mantalite nou. Vyolans sou fanm se pa yon espektak pou moun pran plezi asiste. Se pa yon zen pou moun vin kanpe fè jouda. Vyolans sou fanm, se krim ki merite pini pa lalwa. Moun kap gade san aji a, li patisipe tou. Darline Gilles

Se pa yon premye fwa. Nou sonje sa ki te aktris Ginoue Mondésir. Fwa sa, pawòl la te fè bri paske Ginoue te yon atis ki popilè. Men se tout tan zak kriminel sa 11


Cultur-ô-féminin

8 mars, une journée pour chanter les femmes

SOFA et Kay Fanm : pour la culture d’une politique féministe

C À

haque jour qui passe nous approche des élections. Le temps est à la prise de position, à la mobilisation et à la sensibilisation. C’est dans ce contexte que SOFA (Solidarité des femmes haïtiennes) et Kay Fanm (Maison des femmes) ont invité des membres d’organisations de femmes des différents départements du pays et des aspirantes politiques, autour d’une table ronde pour un débat électoral féministe. Cette rencontre s’est organisée dans l’esprit de la célébration du 3 avril, Journée nationale du mouvement des femmes haïtienne. L’évènement s’est tenu dans les locaux de la SOFA à la rue Villemenay, Port-au-Prince, le vendredi 10 avril dernier.

l’occasion de la Journée internationale des femmes, le 8 mars 2015, Leila Chicot, Danielle René-Corail et Suzie Trebeau, quatre chanteuses des Antilles, ont présenté un grand concert à l’auditorium des Sœurs salésiennes, à Carrefour. Cet évènement a été organisé par l’ONU Femmes, la MINUSTAH et le ministère à la Condition féminine et aux Droits des Femmes, dans le cadre de la campagne de solidarité des hommes pour l’égalité des sexes, « He for she ». Pour ouvrir le programme, Elise B. Gelin, Jean Claude Muenda et Sandra Honoré, respectivement Directrice générale du MCFDF, représentant de l’ONU Femmes en Haïti et Représentante spéciale du Secrétaire général et Chef de mission de la MINUSTAH ont adressé les mots de circonstance. Puis les jeunes ont participé à des jeux de question-réponse sur des notions féministes, avant que l’ambiance musicale ne débute avec la chanteuse Misty Jean. Sur cette même lancée ont suivi les performances de Princess Eud, de Jean Jean Roosvelt et de BIC. Après une pause ponctuée de petits jeux et de tirages pour les garçons, les chanteuses Antillaises ont offert leurs prestations. Les quatre artistes ont chanté la femme. Elles ont chanté la femme amoureuse; Orlane, femme « jalouse » de son doudou ou encore Leila qui a « avoué » avoir espéré le sien trop longtemps, et qui n’en reçoit pas quand elle « mande lanmou ». Pendant environ une heure, avec leurs voix pleines de chaleur, de douceur, de sensualité et de sérénité, elles ont fait danser le public dans un tendre tourbillon de plaisir fantasmatique.

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La représentation des femmes dans les postes de prises de décisions, l’application du quota de trente pour cent garantie par la Constitution amendée de 1987, le profil acceptable du candidat ou de la candidate dans les postes présidentiels et législatifs étaient au cœur du débat. Les panélistes féministes ont défini leurs attentes par rapport aux processus électoraux. Répartie en deux séances, la deuxième partie de cette rencontre consistait à présenter la mécanique électorale. Cette activité de plus de quatre heures de discussions et d’échanges a permis le partage d’une vision féministe de la constitution de l’État et de la politique en Haïti.


Dieuvela Étienne honore les grandes figures féminines du théâtre en Haïti

inestimables au théâtre haïtien.

Dieuvela Étienne fait montre de son dévouement envers la promotion et l’intégration des jeunes filles et des femmes évoluant dans le théâtre. Dans le cadre de son projet « Les Hélène », la comédienne et metteure en scène a honoré trois personnalités féminines, reconnues pour leurs contributions

avant Jésus Christ, dans le poème d’Homère intitulé « L’Iliade ». Ce prénom serait un dérivé du mot grec « helê » qui signifie « chaleur ». La beauté, la chaleur et plus encore, sont des qualités que l’artiste Dieuvela Étienne attribue aux femmes du théâtre, aux invitées internationales à cette première édition de l’événement et à toutes celles qui contribuent à l’épanouissement du théâtre contemporain, en les considérant comme des « Hélène ».

Célébration en peinture de la Journée internationale des femmes par les artistes de Kalfou Richès Peyi Dayiti

L

’initiative « Les Hélène » consiste en une série de formations en écriture dramatique et en jeu théâtral dans les départements du Nord, de l’Ouest et du Sud-Est du pays, au bénéfice de soixante-quinze jeunes filles. De plus, des conférences sur le théâtre et sur la musique ont été prévues dans le programme. Ce sont des professionnelles étrangères telles que la dramaturge française Carole Thibaut, la dramaturge et scénariste canadienne Dominick Parenteau-Lebeuf, la Française Natacha Leroux B. et la Belge Céline Delbecq qui ont eu à animer ces ateliers de formation et ces conférences. Le lancement de ce grand évènement culturel féminin s’est tenu à Café Trio à Pétionville, le mardi 7 avril. À cette occasion, Florence Jean Louis Dupuy, Magalie Comeau Denis, Paula Clermont Péan, trois figures emblématiques du théâtre haïtien, ont reçu chacune une plaque d’honneur et mérite de la directrice de l’Atelier Toto B, Dieuvela Étienne. Dans le cadre du projet « Les Hélène », des activités sont prévues pour tous les mois d’avril et de mai jusqu’au début de juin. Juillet sera consacré à la production et à la publication d’une revue sur la première édition de cette manifestation culturelle internationale. Hélène est le prénom de la fille de Léda et de Zeus dans la mythologie grecque; elle était dotée d’une beauté extraordinaire. Le prénom Hélène est apparu pour la première fois au IXe siècle

Beauté de la femme par Widelaine Joseph

C

’est sous le thème : « Yon sosyete respè dwa fanm pou yon Ayiti djanm » qu’a été organisée du 6 au 8 mars derniers une exposition de peinture à l’hôtel Marriott de Port-au-Prince. Cette activité s’est inscrite dans le cadre des diverses manifestations artistiques et culturelles faites pour la célébration de la Journée internationale des femmes. Cette exposition, une initiative de Mme Rose Anne Auguste, a été réalisée avec les œuvres de huit artistes dont trois filles du mouvement Kalfou Richès. Une quarantaine de toiles mettant en image le courage, la beauté, la détermination des femmes haïtiennes ont été exposées, en vue de rendre hommage aux valeurs féminines dans notre société. 13


Signée… Nefta Poetry Airelle, Cerise et arbousiers, Kaki, Alkenge, Mangue, Coloquinte, Ah GAÏA ! Si savoureuse GAÏA ! Ensemencez la glaise de son triangle, Des vers mus de faim repus du coco lacté La femme est Terre La femme est nourricière Pas’ Fanm sé Mitan

(Parce que la femme est un chair)

Pas’ Fanm sé Manman

(Parce que la femme est mère)

Fanm sé Zéléman Fanm sé Lanmè, Fanm sé Dlo…

Fanm Zéléman

NAÏADE, femme vaporeuse, Nuage

Stéphanie « Nèfta Poetry » Melyon-Reinette

Nues anges tout en nuances de Cyan

Inaccessible. Une aspiration au voyage Belle plante volubile. Son corps est langage

Fanm sé Zéléman

Elle est bleue, nostalgique

Fanm sé Lanmè, Fanm sé Mòso fè

Transparente, mélancolique

Fòs a fanm nan kat’ fanm ki fann tan

Onirique, romantique ou bucolique.

Mé ki pa jan fann asi doulè, asi soufè

Paisible, impassible, telle une mer d’huile

Fanm sé Zéléman

Parfois insaisissable, souvent impalpable

Fanm sé Lalizé, Fanm sé Gwan Van

Fantasme… Ô sensuelle NAÏADE !

Fanm sé Tonè, Fanm sé dousè

Les ressacs de ses reins en cascade

Siwò a fanm nan kat’ fanm ki fann tan

Hypnotiques chutes, rafraichissantes rasades

Mé ki pa jan fann asi pasyans, asi konsyans

Qui étanchent la soif de leurs sens…

FANM, FANM …

Mais toujours secrète, fugace, NAÏADE, Se déliant d’une étreinte aqueuse en coulant…

Fanm sé Zéléman [TERRE]

Craquelures-vergetures ocreuses zébrant la peau De son ventre couleur Terre de Sienne Tendu par la vie qui s’étire dans ce berceau

La femme est eau La femme est ruisseau Pas Fanm sé Dlo, Pas’ Fanm sé Dlo

D’amour, de sang, de chair et de veines.

Fanm sé Zéléman

Sa matrice est un fertile terreau

Fanm sé Latè, Fanm sé manman Fanm sé Lanmè, Fanm sé Mòso fè

Porteuse de fruits d’eaux écarlates Femme-Terre, porteuses de passions : Oasiennes dattes, juteuses tomates Grenades, Maracudja et Pommes lianes 14

Jeune ondine androgyne ondulant Sa ligne, son Méridien, son médian

Fanm sé Latè, Fanm sé manman

Fanm sé Latè… GAÏA, femme argile

[EAU]

Fòs a fanm nan kat’ fanm ki fann tan Mé ki pa jan fann asi doulè, asi soufè


Fanm sé Zéléman Son étalon la couvre de plaisirs Fanm sé Lalizé, Mé sé poto-mitan, courageuse, Fanm sé Gwan Van Elle a du mordant, VESTIA. Fanm sé Tonè, Fanm sé dousè Ô bienveillante VESTIA ! Ô brave VESTIA ! Siwò a fanm nan kat’ fanm ki fann tan Mé ki pa jan fann asi pasyans, asi konsyans

Un regard de braise

FANM, FANM …

Du feu dans les veines

Fanm sé Zéléman

Un ventre brûlant de passion

Fanm sé Lalizé… [AIR]

La femme est affection

ALIZARINE est une femme coquine

La femme est conviction

Un chuchotement à l’oreille, câline

Pas’ Fanm sé Vayans

Un souffle chaud sur la nuque, taquine Des frissons qui vous parcourent l’échine

Elle exhale des senteurs de vanille Un œil mutin, et les cœurs s’émoustillent ! Elle est Lolita, femme-enfant, juvénile Robe en popeline, foulard de soie, bas résille,

Pas’ Fanm sé longan Fanm sé Zéléman Fanm sé Latè, Fanm sé manman Fanm sé Lanmè, Fanm sé Mòso fè

Drap de coton, chaude couette, cocooning,

Fòs a fanm nan kat’ fanm ki fann tan

Se love, sommeille comme hiberne une hermine.

Mé ki pa jan fann asi doulè, asi soufè

Elle est souffle, coup de vent, rafale, caresse, marine. Ô ALIZARINE, si attendrissante ALIZARINE,

Fanm sé Zéléman

Tantôt chaude, sèche, Cherghi, Harmattan, Sirocco

Fanm sé Lalizé, Fanm sé Gwan Van

Tantôt froide comme le Blizzard,

Fanm sé Tonè, Fanm sé dousè

Tantôt Violente, elle est le Pampéro

Siwò a fanm nan kat’ fanm ki fann tan

Ou douce comme le Libeccio

Mé ki pa jan fann asi pasyans, asi konsyans

Tant de tempéraments dans ce frêle roseau

FANM, FANM …

Pas’ Fanm sé Lalizé Pas’ Fanm sé Gwan Van

Fanm sé Zéléman

Femme, fondamental élément

Fanm sé Nati

La femme est nature

Fanm sé Zéléman

Fanm sé Linivè

La femme est univers

Fanm sé Difé… [FEU]

Fanm sé Matris’

La femme est matrice

VESTIA, Femme-volcan, Manman Ouragan

Fanm sé Flè

La femme est fleur

Elle est matrone, plantureuse, aux hanches rondes

Fanm sé Soley

La femme est soleil

Son amour en floraison abonde

Fanm sé Karès’

La femme est caresse

Lé i Kolè, ses yeux courroucés crépitent, Zéklè !

Fanm sé Doucelette

La femme est doucelette

Ses narines, zévan ay gonflé. Elle fulmine !

Fanm sé Lanmou

La femme est amour,

Pourtant, c’est un flambeau dans le foyer

Alòs Enmen nou !!

Alors aimez-nous !!

Kè a timoun ay’, ich li, elle illumine.

Nèfta Poetry

Elle est un guide, un phare, un guerrier. C’est une amazone, sauvage, sulfureuse, 15


D’ElleSport Les activités sportives englobent les disciplines pratiquées en club ou en association et qui impliquent des entraînements réguliers menés à un rythme soutenu, avec éventuellement l’objectif de réaliser des performances. Une activité menée individuellement hors d’un cadre organisé peut également être considérée comme un sport à partir du moment où elle est pratiquée dans les mêmes conditions de régularité et d’intensité. La pratique sportive demande un investissement supérieur à l’activité physique, en temps et en motivation. Avant de choisir un sport, il est important de se demander si cet investissement est possible afin de s’éviter déception et découragement. Mais pourquoi faire du sport ?

Faire du sport pour se faire plaisir Avant toute autre chose, le plaisir doit être le facteur principal dans le choix d’un sport. Sans ce sentiment de plaisir, il est difficile de persévérer ou de maintenir l’assiduité nécessaire aux progrès des performances et aux bénéfices sur la santé. Ce plaisir peut prendre des aspects divers : excitation immédiate ressentie lors des entraînements, euphorie d›avoir réussi une épreuve, joie d›améliorer une performance personnelle ou simplement de se retrouver entre amis, bien-être après une activité sportive, etc. D’autres plaisirs peuvent également être trouvés dans le sport : sensations extrêmes (sports de glisse, vol libre, sports de vitesse), environnements différents (haute montagne, fonds marins, forêts, falaises).

Faire du sport par amour de la compétition La compétition (contre les éléments, un adversaire ou une équipe) est un excellent outil de motivation pour pratiquer un sport. Même pour un sport individuel, les épreuves s’abordent souvent par équipe. En compétition, il est important de ne pas décevoir son entraîneur et ses partenaires (et, au final, soi-même) ce qui permet de s’entraîner avec plus d’assiduité et de sérieux. La compétition offre également l’occasion d’évaluer son niveau, de pousser ses capacités au maximum, d’apprendre à gérer l’anxiété de l’épreuve. Elle peut se faire à de nombreux niveaux : rencontres interclubs, championnats de maîtres (adultes), tournois ou associatifs.

Faire du sport pour gérer son stress Bon nombre d’activités sportives ont un effet bénéfique sur le stress : natation, tir, yoga, tai chi. Le sport déclenche dans l’organisme la production d’hormones appelées endorphines. Ces hormones déclenchent chez l’individu une telle sensation de bien-être qu’une véritable dépendance peut s’installer. Le sport oblige également à se concentrer sur autre chose que ses idées noires, son travail ou ses ennuis domestiques. Il permet d’avoir des moments pour soi-même, en dehors des tracas de la vie quotidienne.

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Femmes, droits, justice : droit/ mariage, cadre légal

LA FEMME HAÏTIENNE ET LA CONQUÊTE INACHEVÉE DE SES DROITS

L

e mariage, par définition, est l’union légale d’un homme et d’une femme. Cette union crée des conséquences juridiques, et il est à peine besoin d’ajouter qu’à partir du moment où deux individus ont consacré leur union par le mariage, ils doivent remplir des obligations qui découlent de cette union. Ces obligations sont, entre autres, le devoir de fidélité, le devoir de cohabitation, le devoir de secours et d’assistance. Bien que de nos jours la femme constitue une personne sociale au même titre que l’homme, il n’en a pas toujours été ainsi. C’est dans son foyer, le milieu le plus favorable à l’épanouissement de ses tendances les plus profondes, que la femme subit les pires formes de discrimination. Certes, au cours des âges et selon les pays, ces actes discriminatoires ont évolué. Certains groupes sociaux ont attribué à la femme une place et un rôle prépondérant, ou au moins, égaux à ceux de l’homme. Mais même dans les milieux et aux époques où le droit et les mœurs semblaient réduire la femme à une condition effacée, son influence réelle et l’importance de son action dans tous les aspects de la vie familiale ont été beaucoup plus grandes que ne le laissaient entendre la législation et les conventions sociales. Pourquoi étudier les différentes formes de discriminations dont est victime la femme mariée à travers les lois haïtiennes ? Parce que, pendant des siècles, celle-ci n’a pas été réellement considérée comme une personne, comme un « en soi ». Il lui a fallu longtemps pour commencer à recevoir les moyens de développer sa personnalité et de s’affirmer. Aussi dans le mariage, le traitement de la femme était inégal par rapport à celui de l’homme, surtout en ce qui a trait à ces différentes obligations dont nous avons fait mention.

Considérons d’abord l’obligation de cohabitation, ce devoir impose aux époux une communauté de vie, traditionnellement conçue comme partage du même toit : boire, manger, coucher ensemble. Avant la loi du 8 octobre 1982, le Code civil haïtien faisait obligation à la femme mariée d’habiter avec son mari et de suivre ce dernier partout où il juge à propos de résider. La femme ne pouvait contester ou même faire opposition si son mari décidait de l’emmener, par exemple, vivre dans une porcherie. Toutefois cette loi n’a pas résolu totalement le problème car elle retient encore pour règle que le domicile du mari est celui de la femme. Abordons maintenant la question de la fidélité. Ce devoir est l’essence même du mariage, il caractérise la qualité de l’époux qui n’a de relation sexuelle qu’avec son conjoint. L’infidélité est en fait, une notion morale et hors le cas d’adultère consommé, son acception peut varier selon les époques, voire selon les milieux. L’infidélité s’entend de l’entretien avec un tiers d’une relation amoureuse. Pendant longtemps, l’adultère a constitué un délit pénal qui, d’ailleurs, était inégalement traité par la loi haïtienne à l’égard du mari et de la femme. Le mari n’était punissable que s’il y avait entretien de la maîtresse au domicile conjugal, alors que la femme elle, était punissable quelque soit le lieu où on l’a surprise en train de commettre l’adultère. Et les peines aussi étaient différentes ; le mari qui aurait entretenu une concubine dans la maison conjugale, et qui aura été convaincu sur la plainte de sa femme, sera puni d’une amende de cent gourdes à quatre cents gourdes, tandis que la femme convaincue d’adultère subira la peine de l’emprisonnement pendant trois mois au moins et deux ans au plus. Il a fallu attendre jusqu’au 6 juillet 2005,

avec le décret pris sous le gouvernement Boniface-Latortue, pour redresser cette injustice légale que subissaient les femmes mariées. Par ailleurs, il convient pour nous de dissocier le devoir de secours et d’assistance, car si la loi envisage en un seul bloc ces deux obligations, elles ne répondent pas aux mêmes implications. Si le devoir de secours relève des obligations pécuniaires entre les époux, celui d’assistance consiste à apporter au conjoint l’appui de son affection et de son dévouement dans les difficultés de la vie, à apporter à l’autre une assistance morale, à protéger l’autre. En général, on peut dire qu’il s’agit de respecter l’autre et à rendre la vie commune tolérable, sinon plaisante. La plupart des comportements injurieux, nous pouvons voir que parmi les causes de divorce, certaines sont ainsi considérées comme des manquements au devoir d’assistance. Par ailleurs, avant le décret du 8 octobre 1982, le mari avait l’administration de tous les biens personnels de sa femme, celle-ci était frappée d’incapacité, une incapacité qui lui enlevait le droit de vendre ses propres biens même d’exercer des actions en justice sans l’autorisation de son mari, puisqu’elle était placée sous l’autorité du mari. Le décret du 8 octobre 1982, d’inspiration féministe, est venu corriger la situation de la femme mariée haïtienne de la tutelle de son mari et lui accorder des droits identiques à son mari. Il a, par conséquent, éliminé dans les relations matrimoniales tout ce qui est de nature à établir la prépondérance du mari sur la femme, la femme est devenue maîtresse absolue de son corps, elle reste seule juge de l’opportunité de faire par exemple une ligature des trompes, elle jouit du plein exercice de sa capacité civile et juridique.

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Ainsi, de nos jours, le mari ne gère plus les biens propres à sa femme mais ce sont les époux qui administrent conjointement la communauté. De plus chaque époux a l’administration et la jouissance de ses biens propres dans le mariage. Cependant, le décret n’a pas tout résolu car, de nos jours la femme mariée subit encore certaines discriminations. Par exemple, pourquoi un enfant né dans le mariage porte-t-il seulement le nom patronymique de son père et non celui de sa mère ou encore les deux en même temps celui de son père et de sa mère ? Sur cet aspect, la femme joue un rôle effacé dès qu’elle se marie. Par ailleurs pourquoi le domicile conjugal reste encore celui du mari, alors que de nos jours, dans beaucoup de foyer, ce sont les épouses qui offrent le gîte à leur époux ou se débattent pour payer le loyer. Enfin, c’est dans la vie intime et secrète de chaque foyer qu’il nous faudrait pénétrer pour tenter de découvrir à sa juste mesure la place qu’occupe la femme dans la hiérarchie familiale et le rôle qu’elle y joue à tous les âges de sa vie et dans toutes les situations, pour constater à combien d’actes discriminatoires les femmes sont encore confrontées dans le mariage. Emmanuella Bruno

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Faire du sport pour gérer son stress De nombreuses activités sportives, notamment celles qui se pratiquent en pleine nature, aident à s’évader, à changer d’horizon. Une manière de s’éloigner des problèmes, non pas pour les fuir, mais pour les aborder plus sereinement. La compétition permet d’acquérir une meilleure confiance en soi et d’apprendre à gérer des moments de tension. Elle contribue à une amélioration de la capacité à prendre du recul, capacité qui est la clef de la gestion du stress. Aujourd’hui, nous ne sommes plus au temps où les femmes ne pouvaient pratiquer des activités sportives comme leurs homologues masculin. Une femme peut choisir faire du sport pour maigrir ou pour grossir, pour se faire plaisir ou pour garder une bonne santé physique ou psychologique. On peut faire du sport avant, pendant et après les règles dans la mesure où elles ne provoquent pas de douleur. Bien qu’il y ait des limites à respecter, même la grossesse n’est pas un facteur contraignant à la pratique du sport. Une femme enceinte peut avoir une activité sportive légère jusqu’au huitième mois.

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Ailleurs, Ailleurs, Ailleurs

La Chine, où les revendications féministes sont condamnables

L

a Chine est un pays de l’Asie des actions pour le respect des droits des réseaux sociaux pour réfuter cette de l’Est dont le machisme et la des femmes. Elle a défilé en public avec détention arbitraire et injuste des cinq

misogynie sont foncièrement ancrés dans la société. Elle a le record du taux de féminicides à la naissance qui est renforcé par la politique de l’enfant unique instaurée en 1979. Les inégalités entre les femmes et les hommes sont présentes à différents niveaux. Par le biais de la Fédération des femmes chinoises, le féminisme en Chine est étroitement lié au socialisme et aux problèmes de divisions de classes sociales. Les communistes ont beau prôner l’égalité entre les sexes, les lois prévoir presque les mêmes droits pour les filles que les garçons, la réalité est tout autre : les petites filles se retrouvent souvent dans les réseaux de prostitution, parfois les femmes ont de très mauvaises conditions de travail et subissent souvent des harcèlements sexuel et moral. En effet, le harcèlement est très fréquent en Chine, ce qui ne manque pas de révolter les féministes qui n’hésitent pas à gagner les rues pour dénoncer ce phénomène. La veille de la Journée internationale des femmes, le 7 mars 2015, cinq militantes féministes ont été arrêtées à Pékin, parce qu’elles s’apprêtaient à poser des autocollants pour une sensibilisation contre le harcèlement sexuel dans les transports publics. Il s’agit de Li Tingting, Wu Rongrong, Wei Tingting, Wang Nan et Zhen Churan. Elles ont été emmenées au Centre de détention de Haidian accusées de vouloir provoquer des troubles à l’ordre public. Accusation pour laquelle elles risquaient jusqu’à cinq ans de prison. Li Tingting, aussi connue sous le pseudonyme Li Maizi. Elle est née en 1989. Depuis plusieurs années, elle pose

une robe de mariée tachée de sang pour dénoncer les violences conjugales. Elle a occupé des toilettes pour hommes pour exiger plus de toilettes pour les femmes. Étant ouvertement lesbienne, elle clamait au nom de la communauté LGBTI pour une parfaite égalité dans la société chinoise. Wu Rongrong a trente ans. Elle a fondé le Centre des femmes de Weizhiming en 2014. Wei Tingting a 27 ans. Elle est la directrice de Ji’ande, une organisation de défense des droits des LGBTI, basée à Pékin. Elle a intégré plusieurs autres organisations pour défendre les droits des femmes et la liberté sexuelle.

féministes chinoises.

Après plus d’un mois de détention, elles ont été libérées par les autorités chinoises. Cette arrestation a montré l’intolérance de l’État chinois par rapport au mouvement des femmes. Mais cela doit être considéré comme un signe qui montre que la bataille n’est pas gagnée. Plus coriaces et plus solidaires, elles doivent être pour la cause des femmes. Darline Gilles

Wang Nan est la coordonnatrice de l’Appel basé à Pékin pour l’Appel mondial à l’action contre la pauvreté (AMCP), une organisation basée à Pékin. Elle a été dans des groupes de la société civile travaillant sur l’égalité des sexes et l’éradication de la pauvreté. Wang a également travaillé sur les questions des droits des femmes aux côtés d’autres militantes. Zhen Churan est née en 1989. Elle a conduit de nombreuses initiatives locales en faveur de l’égalité des droits des femmes et a combattu la discrimination contre les victimes de violences sexuelles et les femmes handicapées. Depuis leur arrestation, plusieurs organisations féministes se sont mobilisées pour demander qu’elles soient libérées. Mais la Chine, semblet-il, est insensible aux mobilisations mondiales des militantes féministes qui ont signé des pétitions et se sont servies 19


Espace D’Elles

Encore une fois, D’Elles a poussé le Cri

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our la 5e édition du festival international de poésie et d’arts « Cri de Femmes », 40 pays dans les différentes parties du monde ont participé à cette chaine d’évènements pendant tout le mois de mars. Pour la deuxième fois, Haïti a donné sa voix pour le meilleur et pour le Cri. Le festival Cri de femmes est une initiative du mouvement des Femmes Poètes International, basé en République Dominicaine depuis 2009. Lancé en mars 2010, ce festival est une chaine d’évènements artistiques organisés annuellement, dans plusieurs pays, dont l’objectif commun est l’élimination des violences des femmes. C’est l’année dernière qu’Haïti, avec la contribution de l’organisation D’Elles, a participé à cette manifestation féministe. Après le « Cri d’elles » présenté à la bibliothèque Justin Lhérisson le 22 mars 2014, D’Elles est revenue sur la scène pour se joindre au Cri. Pour unir sa voix à cette noble cause, une lecture scénique a présentée dans l’après-midi du dimanche 29 mars 2015, à la bibliothèque CECREJ. Les textes lus sont une pièce intitulée « Zuwena, au nom de mes ancêtres » produit lors d’une résidence d’écriture au Togo, et un roman feuilleton, qui se publie dans la revue PublicaD’Elles. Les deux textes sont de Darline Gilles, coordonnatrice générale D’Elles, comédienne. La mise en lecture a été par l’auteure, accompagnée de Shelove Dupérier et Cassandre-Erica Alexis, toutes deux comédiennes.

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Je connais mon corps

La domination à fleur de peau

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e désir de plaire et de paraître plus belles ou beaux emmène certaines personnes d’origine Africaine ou Afro-descendante à opter pour la dépigmentation. Avec le temps, ce nouveau teint qui leur apporte glorioles et les rends irrésistibles devient la source de tous leurs maux et de leur déchéance physique et morales qui a été s’exposant ainsi à des dangers. Peau basanée, teint cocacola, vergetures de 20 centimètres, impossibilité de s’exposer longtemps au soleil, risques de cancer de la peau, d’infections épidermiques et de maladies pigmentaires sont autant d’inconvénients de la dépigmentation chez celles et ceux qui s’y adonnent. On peut situer l’origine de cette tendance chez les Africains, suite au spectaculaire changement de peau du roi de la pop Michael Jackson. Cette métamorphose subite et drastique du chanteur a fait découvert aux populations noires la possibilité de muer le teint noir originel en tout autre couleur de peau. Ce fut le cas des congolais qui avaient déduit qu’il leur était aussi possible de changer leur couleur de peau et de se sentir un peu comme le colonisateur. C’est le grand début du phénomène en Afrique. Le mal a alors pris corps dans les pays voisins, au point de devenir une tendance. D’abord l’apanage des artistes chanteurs et autres personnalités du showbiz, le phénomène s’est ensuite généralisé à toutes les couches de la société sans distinction de sexe ni d’âge ni de pouvoir économique. L’effet recherché est de plaire. Définie comme étant la perte ou l’absence de pigment de la peau, la dépigmentation est considérée, ici, comme la suppression de la mélanine contenue en abondance chez l’Africain ou l’Afro-descendant et qui lui confère la couleur noire de sa peau. Selon Ramanou Allédji, coadministrateur du centre Culturel Artisttik Africa, « la dépigmentation des

noirs est la manifestation d’un complexe d’infériorité. C’est aussi l’expression d’un manque de confiance en soi qui s’est développé au niveau de la gent féminine en l’occurrence. Par ailleurs, le désir de paraître comme l’autre, de plaire, l’ambition démesurée et le mimétisme racial sont autant de raisons qui justifient l’option de dépigmentation chez les femmes africaines en général, et béninoises en particulier ». A l’instar des femmes africaines, la femme béninoise cherche avant tout à plaire à son homme dans tout ce qu’elle entreprend afin de le garder pour elle toute seule. Ainsi, accepte-t-elle de céder aux caprices de ce dernier qui a un faible pour les femmes claires. Certains hommes vont jusqu’à procurer des produits de dépigmentation à leurs partenaires ce qui favorise la recrudescence du phénomène au Bénin comme partout ailleurs en Afrique. Plus d’une nous a confiée n’a pas eu d’autres choix que de se contraindre à la volonté de son mari. La menace de les quitter est celle que brandissent ces hommes pour parvenir à assouvir leur fantasme. Celui d’avoir sous son toit une femme à la peau claire. Angéline D. mariée nous confie que son époux après lui avoir fait la proposition d’utiliser tel ou tel produit pour s’éclaircir la peau sans succès à profiter de son anniversaire pour lui offrir en cadeau une gamme variée de produit facilitant le changement de la couleur de la peau. Cette situation fait asseoir dans les mentalités, la théorie selon laquelle, la beauté est l’apanage des femmes claires.

c’est souvent une obligation. C’est donc une conséquence de la domination masculine sur les femmes. Plusieurs méthodes sont utilisées par les amateurs de la dépigmentation pour aboutir à leur fin. En la matière, aucune règle n’est suivie. Chacun y va selon ses moyens et ses ambitions. Ainsi existeil des produits pharmaceutiques, des recettes de mélange de plusieurs produits et laits corporels qui permettent de se dépigmenter à long termes. Par ailleurs, nous avons répertorié une gamme variée de produits injectables de sérums élaborés qui ont la propriété d’accélérer le processus de dépigmentation révélant en 48 heures ou 72 heures un nouvel individu doté d’un teint clair et raffiné. Cette dernière méthode est celle utilisée par nombre d’artistes et personnalités du showbiz africain. La dépigmentation est l’illustration d’une crise identitaire chez les Africains et les Afro-descendants. De ce fait, le phénomène est plus psychologique que physique car découlant de facteurs psychosociologiques. Mimosette Kodjo Correspondante PublicaD’Elles au Bénin

Loin d’être une tendance exclusivement observée chez la gent féminine, la dépigmentation a aussi embrasé la couche masculine. Ainsi, estil donné de remarquer des hommes qui, pour impressionner ou accroître leur cote de popularité auprès des femmes se dépigmentent. Mais si pour les hommes c’est un choix, pour les femmes

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Paroles de femmes Ces textes ont été produits dans le cadre d’un atelier d’écritures créatives des situations de post mémoire, animé par Zineb Ali-Benali et Françoise Simasotchi, l’une Professeure de littérature et l’autre Maître de conférence en littérature à l’université Paris VIII. Cet atelier a été organisé à Port-au-Prince, du 13 au 17 avril 2015

dictature, lors du retour du dictateur que j’ai pris conscience de sa peine. Comme beaucoup de Haïtiens et de Haïtiennes, elle avait fait face à de vives émotions. C’est ainsi qu’elle avait demandé pour une fois dans sa vie à avoir une motion pour dire qu’il faut les juger mais aussi commémorer les dates des massacres. K. L.

Faire écrire, et lire. Faire écrire à partir d’une consigne, d’un mot, d’une image, d’un texte, quel qu’il soit…

On était en 2004, je longeais cette route qu’aucune autorité étatique ne fréquentait. Les bandits y sont rois, disait-on. Je ne le savais pas, jusqu’à ce qu’une chose arrive qui allait s’entrelacer avec mes sentiments, mes paroles, mes écrits.

Faire écrire comme, avec, mais aussi contre, en dérive, en partance. Faire écrire et faire suivre le « cheval fou de l’écriture » dont parle D. Laferrière. Laisser donc faire le cheval fou et le suivre, le pister. Arrivera-t-il et où ? Il aura fait arriver aux textes produits. Suivre le cheval fou, et donc écrire et lire. On écrit pour soi et pour lire Ecrire à partir de la trace de ce qui est passé sans être passé. Postmémoire ? Comment approcher de la grotte du silence ? Surtout pas vouloir en forcer l’entrée, mais faire le détour par d’autres textes, d’autres histoires, un mot anodin en apparence, un mot clé, un mot charge… C’est de détour que permet, peutêtre, d’approcher du lieu de la mémoire sans mémoire et de son étant-là sans être là. Zineb Ali-Benali et Françoise Simasotchi Pendant longtemps je pensais que ma grand-mère était une « tarée ». Du moins, c’est le mot qu’on lui lançait à chaque fois qu’elle voulait conter la mort de son mari par les tontons macoutes. Elle disait toujours que son absence précoce lui donnait l’impression d’avoir raté son existence. Elle n’arrivait pas à se remettre des tortures qu’il avait subies et le coma qui s’en était suivi. En réalité, cette histoire n’avait pas de sens pour moi, c’est dans l’effervescence de la mémoire liée à la 22

Un silence amer sur la route de midi. Au cœur de la capitale. Je m’empressais. Pas un chien n’y passait. Pas un marchand ambulant. Un tout petit son, un écho. Je courais. Mais chaque bruit de mes pas suspects se fondait comme de la glace au chaud soleil. Je m’essoufflais. La route semblait plus longue ce jour-là. Je courais encore plus vite jusqu’à m’arrêter là... Là, devant cette histoire difficile à écrire, difficile à raconter. Je m’arrêtais là , devant trois corps morts, allongés devant moi. Trois corps d’homme. Trois corps noirs peints par la fumée. Trois corps brûlés. Trois corps en train d’être dévorés par de gros porcs. Trois hommes transformés en griot pour cet animal dont la chair est l’élément de base dans notre alimentation. L. J. Sur la pointe des pieds, j’ai marché sur des lambeaux de mémoires. Ma bouche serrée par un timide sourire décomposé, mes yeux voilés par la terreur d’une découverte trop amère à avaler. Je me suis assise, j’ai respiré, j’ai écouté. J’ai écouté les pauses, les silences, les paroles jamais prononcées. On a attendu. La patience c’est la vertu des forts. Mais la force des cris de colère, n’attend pas. Elle explose, on la suit. Main dans la main on parcourt une forêt impénétrable, on suit les traces d’un chemin d’espoir, ensemble. Je n’ai pas envie de dessiner l’Histoire, j’ai le désir d’essayer de raconter des histoires. Je voudrais… Est-ce que je peux ? J’ai peur.

Peur d’être envahie par une culpabilité sans fin, peur que mes mots ne suffisent pas. Peur que mes mots deviennent le tombeau de peines vibrantes, peur qu’on oublie. Elle était assise devant moi, elle pleurait, elle était patiente, elle était impatiente. G. S. Je ne sais pas si je n’ai rien à dire, mais il me semble que mes mots ne pèsent pas comme ceux des autres. À côté de leurs expressions, les miennes paraissent vide de sens. Je me demande ce qu’ils pensent. Dans leur silence ils peuvent vouloir dire beaucoup de choses. Je sais que je ne dis rien aussi, pourtant des paroles bouillonnent en moi. Celles qu’on ne peut pas prononcer, parce qu’on devient aphone en voulant les dire. Je sais que ce que je dis est comme pour ainsi dire une confession. Celle d’une personne introvertie, timide qui cherche à tout prix à le cacher. Celle d’une personne brisée, meurtrie, blessée mais qui peine à l’exprimer. C’est cela que je dis, c’est cela que j’écris mais estce vraiment ce que je ressens, ce que je suis. Dois-je me fier à cette plume qui pourrait me tromper en me faisant croire qu’elle peut suivre ma pensée, qu’elle peut élucider ces mots qui flottent et qui s’égarent dans tous les coins de ma tête. N. P. Continuer à écrire après un drame, c’est parler de rage et d’impuissance et de culpabilité, c’est parler des contours du visage qui s’estompent et on n’y peut rien, c’est parler du bol ébréché et du café solitaire du matin, c’est parler de ses portraits en noir et blanc sur le mur jauni du salon, qu’on n’ose plus regarder parce que la photographie est un mensonge. Continuer à écrire après un drame, c’est aller au Franprix chercher du saucisson et du PQ, c’est se rouler dans l’herbe quand le soleil a remplacé la rosée, c’est choisir sur un sentier les galets qui feront de bons ricochets, c’est manger des marrons chauds même quand on n’a pas vraiment envie, juste comme ça… Continuer à écrire, c’est continuer à vivre et à raconter. C. S


Je pense donc j’écris

J’écris pour défaire le temps

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ittérature. Dès que ce mot effleure mon entendement, je vois du papier, des phrases, de la chose écrite. À l’existence de la littérature est essentielle la production de choses écrites, à mon sens. Il faut des gens qui écrivent et d’autres qui lisent. Par-dessus tout, il faut l’accaparement du temps par les uns-es et les autres, cet élément qui sait dominer à sa guise quand il n’est pas maitrisé, et qui se laisse manier que par les plus vigilants-es. L’écriture, si je devais mettre une définition sur cette passion, cette expérience ; je prendrais des fragments de phrases de mes devancières pour aligner ma logique. Je joindrais des parcelles de discours d’Hélène Cixous, de Françoise Sagan, de Virginia Woolf, Christiane Rocherot et Marguerite Duras, pour dire ceci : « Écrire, c’est s’abandonner dans un rapport d’amour. C’est s’oublier. C’est se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une chambre à soi, dans une solitude quasitotal pour réaliser un objet de désir. » Écrire est à tout-e auteur-e ce que l’art est à chaque artiste. Comme tout art, l’écriture n’est pas et ne saurait être dépouillée du sens de l’engagement. L’action [écrire] même dans tout son aspect voluptueusement masturbateur (cette extase recherchée/ressentie aussitôt que la page blanche est intégralement tachée des murmures de notre discernement), est politique. C’est littérature : la jointure de la volupté à l’intellectualité, le ravissement à la responsabilité par rapport à la collectivité. En effet, faire la littérature consiste, entre autre, à transmettre à la collectivité les informations, le savoir, la culture nécessaire à son épanouissement ou au changement. Mais comment faire la littérature quand le temps ne nous le permet pas ? Ne nous le permet plus. Le temps ne change pas, est contre le changement. Et le changement se produit

au présent, quand les traces du passé sont imprimées et reconnues. Rapporter le passé, toujours faire revoir, revivre les empreintes des faits antérieurs, est la mission de la littérature.

le temps pour porter la littérature à changer le temps. Le temps n’aime pas le changement. Mais c’est le changement qui fait le temps. Et l’écriture soumet le temps à nos idéaux.

Défaire le temps, peut être une violence extrême. Cela peut être la violence extrême à recourir pour faire la littérature. Car, a dit l’autre, l’écriture n’est pas un passe-temps mais un dépassetemps. Dépasser les valeurs de ce temps pour faire la littérature. Dépasser

Darline Gilles

Pour la rubrique “je pense donc j’écris” envoyez vos textes au: gdarla22@yahoo.fr

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