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Correspondance A. Geny. 1876-1881

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Correspondance d’Alfred Joseph (1832-1881) avec son fils Maurice (1859-1906)

De gauche à droite. Au fond : Marie, future petite sœur des pauvres. Paul, futur religieux, assassiné à Rome. Thérèse, future épouse Aubry. Pierre, en noviciat chez les Jésuites. François, futur juriste, au service militaire. André, pensionnaire chez les Jésuites à Reims. Alfred-Joseph, le père. Devant : Mathilde, fut. ép. Beaudoin. Elisabeth, fut. ép. Benoit. Jean, « oncle Jean », de la Sapinière. Marie Eugénie, née Huin, la mère. Marguerite, fut. ép. Renard. Joseph, l’aîné, dans son costume de forestier. Maurice, le cadet, destinataire des lettres.

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5/03/1876 Cher ami, nous avons reçu hier ta lettre anticipée et nous te savons bon gré d'avoir pris tes mesures pour que nous ne manquions pas de tes nouvelles. Nous te remercions de tous les détails que tu nous as donnés sur ton compte. Ils nous intéressent toujours bien vivement et tu peux penser que nous nous associons de notre mieux par nos prières aux efforts que tu fais pour parvenir. Joseph est aussi, je te l’ai déjà dit, tout entier à son affaire et par la régularité de son travail nous donne toute satisfaction. Il peut, je crois, être considéré comme un des meilleurs candidats de Nancy, et dans chaque colle ou composition, il obtient des résultats qui nous font bien augurer du succès. Il vient encore, la semaine dernière, de faire une composition de mathématiques dont il est content. Espérons que le bon Dieu bénira les efforts de nos chers aînés qui, cette année plus que jamais, méritent notre sollicitude. Qu'il leur rende favorables les chances du concours. Je n'ai cette semaine, rien de bien intéressant à te communiquer. Nous avons toujours un temps fort triste et deux jours de gelée assez sérieuse qui avaient fait croire à Joseph qu'il pourrait enfin étrenner ses patins, ont tout de suite fait place à la pluie et à un temps des plus maussades. Notre petit malade continue ses progrès, il devient plus fort, s'agite dans son lit, recommence à bavarder, mais la suppuration de sa petite plaie au poumon est toujours la même et le médecin ne nous peut rien dire sur «l’époque possible de la guérison». Nous remercions Dieu toutefois de le voir dans l'état où il est maintenant et c'est déjà beaucoup, pour nous de pouvoir penser après qu'il a été si bas qu'il revient petit à petit à la vie. Tu n'as pas oublié, j'en suis sûr, ce cher enfant à Montmartre et tu as demandé pour lui le retour à la santé complet. Joseph, seul d'entre nous, a été voir hier Marie et Thérèse au Sacré-Cœur et les a trouvées en bon état. Les petits vont bien, mais trouvent le temps long d'être toujours à barboter dans la cour de St Joseph. Elisabeth fait des progrès en tout genre et travaille son piano avec ardeur et succès. Maman et Bonne-maman vont aussi bien que possible et nos dernières nouvelles de Raon sont satisfaisantes. Courage, cher enfant et ce sera dans quatre semaines autrement que sur le papier que nous embrasserons nos chers absents, Ton père affectionné. 30/10/1876 Merci, mon cher Maurice, de l'empressement que tu as mis à nous écrire. A mon tour, j’ai hâte de te dire que ta lettre du 28 bien ardemment désirée nous a causé un vif plaisir et que les détails intéressants que tu nous as prodigués sur ton voyage et ta réinstallation nous ont complètement satisfaits. Te voilà donc, mon bien cher fils, courageusement réembarqué pour une nouvelle traversée de dix mois ; mais courage, je te le répète encore, j'ai toute confiance que c'est ta dernière année bien pénible et qu'avec des efforts soutenus et de l'application tu arriveras à un succès complet, tu m'as bien promis de mettre tout ce que tu pourras du tien et si cela est, nous sommes en droit d'espérer que le Bon Dieu qui nous a donné pour chacun de vous ce que nous désirions l'année dernière, fera le reste, nous ne t'avons pas oublié dans nos prières du soir pendant ta retraite et j'espère que toutes nos demandes a ton endroit seront exaucées. Il sera intéressant et instructif de connaître tes notes de composition. Nous comptons donc que dès que le Père Joubert te les aura fait connaître, tu nous les communiqueras. Tu n'omettras pas mon cher enfant d'avoir jeudi prochain un souvenir pour nos parents défunts et notamment pour Bon-papa Geny. Je laisse à Joseph le soin de te narrer ce qui peut t'intéresser sur son compte et de nos chers absents je te dirai seulement que j'ai été hier voir Marie avec Rose, Thérèse et Zizi. Elle allait bien et m'a paru tout à fait acclimatée. Elle m'a annoncé qu'elle venait de t'écrire. Elle vient de reprendre ses leçons de piano et Mad. Hess m'a dit qu'elle la compte parmi ses meilleures élèves du Sacré-Cœur. J'en suis heureux et fier. De notre intérieur, je n'aurais que de bonnes nouvelles à te donner si Jean, le lendemain de ton départ, n'avait été pris subitement d'une indisposition qui semblait présenter un caractère de gravité. Un refroidissement subit a menacé un instant, au dire du docteur d'amener une fluxion de poitrine ou une pleurésie. Dieu merci, la chose prise à temps paraît avoir avorté et le médecin a cessé samedi ses visites, mais notre petit malade n’est pas encore remis, il est faible, grognon et pris souvent de difficultés

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de respirer qui nous feront peut-être prier le docteur de revenir. Il y a toutefois beaucoup de précautions à prendre et tu penses bien que sa mère ne le quitte pas un instant, Elle avait cependant la pauvre femme, bien besoin de se reposer et la voilà qui recommence à passer de suite des nuits incomplètes. Espérons que cette situation ne se prolongera pas. Nous avons un vrai temps de Toussaint, c'est-à-dire aussi triste que possible sauf la pluie. Pour nous aussi samedi, le soleil avait fait une tentative d'apparition, mais il a été immédiatement repoussé avec perte. Thérèse a recommencé la série des « bien » et aura je crois du mal d'en sortir, André ne se plaint pas trop et travaille de son mieux. Zizi garde toujours la maison et a assez mauvaise mine. Enfin Nollet paraît avoir emboîté le pas et le frère le trouve intelligent. Le pauvre drôle a eu hier une assez mauvaise aventure, s'étant mal conduit à Vêpres auxquelles nous avions eu le tort de le laisser aller, il a essuyé en rentrant d'un frère surveillant nouveau quelques mauvais traitements. Je ne sais trop en quoi ils ont consisté, André parle de coups de pied ; toujours est-il que je suis allé ce matin aux renseignements et j'ai appris du Frère Directeur un peu confus qu'il avait admonesté vertement le surveillant et que cela ne se présenterait plus. Il serait bien regrettable que notre écolier de quatre ans fût dégoûté au début. Il n'en a rien été et le pauvre gamin est reparti ce matin comme si de rien n'était. Je m'arrête cher ami, laissant à Joseph le soin de me compléter. Tous nous t'embrassons bien tendrement. Mes travaux marchent toujours assez lentement ; Claudel est toujours malade et je viens d'apprendre que M. Winsback est retenu par une forte grippe. Tout cela n'est pas fait pour achever la besogne. 7/11/1876 Nous venons de lire avec l'impatience accoutumée ta bonne et intéressante missive du 6 octobre. Je n'ai pas aujourd'hui le temps ni l'esprit à en relever tous les détails. Je me bornerai donc à te féliciter de tes deux 16 et de ton 15 et à te dire que le 13, j'espère, est une note de début dont l'infériorité relative pour un taupin mais qui se justifie par ta prolongation de vacances se relèvera prochainement par ta remise au courant de tes matières et de ton ardeur au travail. Courage, mon cher fils, voilà un satisfaisant début de conduite et de travail. Applique-toi bien à ce que la suite réponde au commencement et contribue pour ta part à ce que nos chers aînés nous donnent la satisfaction et l'espoir dont nous avons besoin. J'ai surtout à te dire, mon cher Maurice, que nous sommes en ce moment vivement et péniblement préoccupés de l'état de santé de Jean. Quand, je t'écrivis, il y a huit jours, tout danger paraissait conjuré, mais il n'en était rien. Après différentes alternatives, bonnes et mauvaises, la maladie qui ne faisait que couver s'est déclarée depuis deux jours assez franchement et hier les docteurs ROUSSEL et DIDION, réunis par nous en consultation l'on qualifiée d'affection muqueuse catarrhale, c'est-à-dire que les intestins et la poitrine sont à la fois attaqués. Il ne nous semble pas qu'ils aient vu rien de bien inquiétant pour le moment, mais la situation pourrait s'aggraver d'un moment à l'autre. Le pauvre petit malade qui est alité depuis demain 15 jours et n'a quasi pu prendre aucune nourriture est déjà fort affaibli ; il tousse assez fréquemment depuis 2 jours et dans ses accès de toux paraît souffrir douloureusement. Comme tous les enfants de son âge, il est fort difficile à soigner, prend avec beaucoup de peine les remèdes prescrits et ne supporte auprès de lui que sa mère qui ne le quitte pas bien entendu d'un instant, sommes-nous à l'apogée du mal? J'en doute et je crains bien que nous n'ayons encore de longs et pénibles jours à traverser. Nous ne pouvons donc que prendre patience, demander à Dieu de nous conserver notre benjamin et de nous le rendre bientôt en santé, tu le demanderas avec nous n'est-ce pas, mon cher fils, et je n'ai pas besoin de recommander ton petit frère à tes prières, Je ne t'écrirai avant huit jours que s'il survient un changement notable dans un sens ou dans l'autre. A part des rhumes justifiés par le renouvellement de la mauvaise saison (il nous tombe à chaque instant des averses de grêle, de neige fondue ou fondante) tous les autres petits vont assez bien et Joseph termine un assez violent rhume de cerveau. Maman va bien mais les journées et les mauvaises nuits surtout qu’elle passe auprès de notre petit malade mettent ses pauvres forces à rude épreuve. On nous a fait de RAON les offres les plus affectueuses de nous prendre tous ceux que nous voudrons donner d’ André, Zizi ou Paul. Mais j’avoue que tout en étant bien touché de cette bonté, je suis peu disposé à y correspondre dans la crainte qu’en voulant soustraire quelques uns des

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miens au mal, je ne l’expose à l’emporter avec lui. Je préfère me confier en la Providence qui veille sur les nombreuses familles. Adieu, cher fils, nous t’embrassons tous bien tendrement. Encore une fois, prie bien pour notre petit malade. Ton père et ami. S’il en est encore temps, je te souhaite une bonne sortie et te prie de nous rappeler au souvenir de ces excellents Bastien. 14/11/1876 Si je ne t'ai pas écrit depuis 6 jours, mon cher fils, c'est comme tu l'as deviné que je n'avais pas de changement bien notable à te signaler dans la situation de notre cher petit malade. J'espérais aujourd'hui avoir à t'annoncer un mieux; malheureusement, il n'en est rien et la situation s'est plutôt dessinée comme plus grave depuis un ou deux jours. Il ne faudrait pas en conclure qu'elle est désespérée, les intestins sont en meilleur état mais un poumon est fortement attaqué et le médecin qui nous a qualifie ce matin la maladie de pleuropneumonie avec épanchement nous a dit que ce serait fort long. Cela veut-il dire qu'au moins il espère triompher du mal ? Je n'en sais rien et n'ai pas osé le lui demander. Le pauvre petit est très considérablement affaibli : il ne respire que par le poumon gauche et nous avons bien de la peine à lui faire prendre quelque petite chose pour le soutenir. Il est cependant bien important qu'il conserve des forces pour lutter contre le mal qui est aigu et peut être long. Prions donc toujours ardemment pour que le bon Dieu soutienne ce pauvre petit et nous le conserve. Nous sommes bien touchés, cher fils, d'apprendre que tu as offert ta communion du 12 pour la guérison du malade et nous connaissons assez ton bon et fraternel cœur pour compter que tu ne cesseras pas de prier ardemment avec nous. La médecine est bien peu de chose et c'est en Dieu qu'il faut mettre notre espoir. Nous te remercions bien des détails intéressants que tu nous as donnés sur toi. Il me semble bien prouvé que tes compositions devaient être aussi bonnes que celles de bon nombre des admis et que sans ton triste examen Moutard et la puissance du coefficient de ce personnage, tu aurais pu passer. Courage, mon bien cher fils, voilà un important avertissement et un sérieux encouragement pour la fin de cette année. Etant très préoccupé et devant encore écrire à Amiens d'où nous recevons aussi aujourd'hui de bonnes nouvelles (Maman est trop tenue auprès de Jean pour pouvoir m'aider dans la correspondance) je te quitte en te disant que sauf le malade tout le monde va bien ici et en t'embrassant pour tous comme nous t’aimons. Ton père et ami. Encore une fois, prions bien pour le malade et sa garde dont les forces et le courage sont un peu altérés. Comme la semaine dernière, je ne t'écrirai qu'en cas d'amélioration ou d'accident. Je te rappelle dès aujourd'hui que c'est samedi 25 la fête de ta marraine. 18/11/1876 Bien cher fils, je ne puis encore aujourd’hui te donner de notre cher malade des nouvelles aussi bonnes que tu l’espère et que nous le désirerions et en nous faisant traverser des jours d’anxiété et de pénibles alternatives, le bon Dieu prolonge notre douloureuse épreuve. Il faut continuer à le prier, attendre et nous incliner devant sa sainte volonté. Entamera-t-il notre chère famille jusqu’ici si prospère ou nous conservera-t-il celui des nôtres qu’il a frappé si rigoureusement : c’est encore son secret. Depuis 8 jours, la situation ne n’est pas sensiblement modifiée dans un sens ou dans l’autre. Le malade ne paraît plus beaucoup souffrir mais bien souvent tourmenté par la fièvre, il a beaucoup dépéri et la figure qui était bonne pendant que le corps maigrissait à vue d’œil a diminué aussi beaucoup depuis 8 jours. Le dégoût de nourriture est cependant moins profond et nous arrivons à faire quelques bons petits repas qui, s’ils sont bien insuffisants pour réparer les forces, du moins entretiennent le peu qui reste. Malgré l’application successive de deux vésicatoires, le poumon gauche est toujours gêné et la résorption du liquide qui l’oppresse ne se fait pas ou très lentement. Aussi, le docteur nous a-t-il déjà entretenu de son projet : si un mieux ne se déclare pas, d’essayer l’opération de la ponction. Cela ne laisse pas que de nous effrayer, mais il ne faut négliger aucune chance de salut. Le docteur croit que le malade est assez fort pour la subir. Il nous assure que ce n’est pas très douloureux et produit souvent de bons résultats. En somme, la journée d’aujourd’hui est assez satisfaisante. La

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nuit a été calme, nous avons pris ce matin un petit beefsteak et jusqu’à cette heure (2h.), la fièvre n’a pas paru. Peut-être demain, la situation sera-t-elle tout autre. En résumé, nous sommes toujours entre les mains du bon Dieu, aussi allons-nous commencer ce soir une neuvaine à NotreDame de Lourdes (le malade boit de l’eau miraculeuse) à laquelle nous prions nos chers absents de s’associer dans la mesure du possible. Nous réciterons les litanies de N.D. de Lourdes et une dizaine de chapelet. En ce qui concerne ta santé, mon bon fils, nous avons reçu une lettre de la bonne Mad. Bastien qui nous a un peu rassurés sur ta jambe. Elle nous disait que le docteur lui avait certifié que tu n’avais rien de grave, qu’il devait te revoir Dimanche dernier et nous écrire pour nous donner des détails. Mais le fera-t-il ? Toi-même, tu es bien laconique sur ce point et dans ta lettre à ta bonne marraine dont elle me charge de te remercier, pas plus que dans celle que nous recevons ce matin, nous ne trouvons aucun détail sur le résultat de l’examen du docteur. Nous voulons espérer que nous nous étions peut-être plus inquiétés que de raison. Quoiqu’il en soit, évite je te prie la fatigue et les mouvements violents qui pourraient amener l’inflammation puis un abcès. Nous avons trop de tristes préoccupations ici pour en supporter encore d’autres venant de nos chers absents. Quant à tes études, nous sommes peinés des petits insuccès partiels que tu nous signales. Mais nous les comptons pour des accidents et puisque tu t’appliques, je veux croire que le bon Dieu t’aidera à les réparer. Si tu ne te décourages pas, nous ne perdons pas non plus confiance et je tiens toujours pour certain que tu es cette année dans d’excellentes conditions pour arriver au but proposé. Je ne trouve pas étrange que tu songes à bander ton arc de plusieurs cordes, mais j’espère bien que ce sera précaution inutile. Ta bonne mère te verrait avec déplaisir entrer dans les forêts. Elle trouve avec assez de raison que tu peux avoir plus d’ambition et qu’il n’est jamais sage de mettre tous ses œufs dans le même panier. Quant à l’école des Mines, j’éprouve toujours un certain éloignement pour les écoles au sortir desquelles on n’a pas une position assurée. Français, j’ai, je l’avoue, le travers des pères français de trop compter sur l’Etat pour caser leurs enfants. Mais l’industrie traverse souvent comme à cette heure, des crises terribles et dans le moment, on n’hésite pas pour économiser à mettre à pied des employés qui ne savent alors que devenir. Et puis le Volontariat ? Mais laissons cela, ne nous décourageons pas et espérons que nous n’aurons pas à songer à des pis-aller. Nous savons par l’ami Roussel que le programme de l’École forestière va être modifié, il y aura un peu d’analytique, il n’y aura plus d’arpentage et, je crois, il y aura un peu plus d’histoire. En somme, je ne crois pas que les modifications seront profondes, mais cela occupe Joseph qui s'inquiète aussi de voir les taupins songer au but auquel il aspire. Lui aussi a ses petits déboires. Il a composé dernièrement en math et sur deux problèmes, il en a raté un fort simple pour avoir cherché midi à 14 h., mais pour l'autre il a piqué 20 et aurait eu avec un peu plus de chance une excellente place qu'il n'attend plus. Mais il ne se décourage pas et travaille sérieusement. Fais comme lui, cher fils, et reste bien attaché au but que nous ambitionnons tous pour toi. Sauf le pauvre Jean, toutes les santés sont bonnes ici. J'ai vu dimanche notre bonne Marie qui travaille de son mieux, a ses "très bien" et de bonnes places. Si toutes les élèves étaient comme elle, dit Mad. la Supérieure, la tâche serait bien facile. Thérèse n'a plus que des "bien", André a commencé le latin. Le sous-directeur des Apprentis qui le lui enseigne est content de lui mais le ménage parce que son élève se fatigue vite. Quant à Noll, il est toujours bien remuant, bien bruyant, mais va sans peine à l'école et nous dit qu'il est parvenu à être le premier de son banc. TOUS les soirs à dîner, il nous récite un département nouveau avec chef-lieu et sous-préfectures. Il paraît qu'il s'était installé à la belle ligne une famille de jeunes sangliers. Le père MIGEL en a successivement tué deux d'environ 80 kg. et vendredi dernier, la veille de sa rentrée à RAON, Bon Papa et Charles en ont tué encore chacun un à peu près semblable. La troupe doit être bien décimée, quelle bonne aubaine si elle fût venue pendant notre séjour. J'ai de l'ennui en perspective au Blanc-Rupt, HIGEL m'annonçant hier qu'il le quittera en mai prochain, la santé de sa femme réclamant un changement de pays. Je suppose qu'il la conduira à NICE ou à CANNES où ils achèteront une villa pour finir leurs jours. Non, mais sans plaisanterie, j’aurai bien du mal à, lui trouver un successeur. Une idée... Si tu rates l'école peut-être consentirais-tu à devenir mon garde. J'ai là une si jolie petite installation à t’offrir. Je m'oublie avec toi mon cher fils, je plaisante et cependant je n'y ai guère le cœur. J'ai été aujourd'hui plus long que de coutume, mais tu bénéficies de ce que la lettre hebdomadaire d'AMIENS ne nous est pas parvenue ce matin. Adieu, tous et surtout ta bonne

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mère qui, Dieu merci se soutient à merveille à travers ses fatigues et ses peines nous t’embrassons tendrement, et te recommandons une fois encore de prier avec nous pour le cher malade, de bien te soigner et de ne pas perdre courage. Ton père et ami. 21/11/1876 Mon cher fils, après t’avoir fait partager nos inquiétudes et nos angoisses, il me tarde de te dire que si depuis ma dernière lettre nous avons encore passé de tristes jours, du moins depuis dimanche nous avons une situation meilleure qui nous dispose presque à renaître à l'espoir, ce n'est pas que le docteur signale une amélioration bien sensible dans l'état de notre pauvre petit ; mais enfin il y a évidemment stagnation du mal qui semble avoir parcouru sa phase ascendante et il y a un temps d'arrêt qui nous donne un peu de relâche et nous permet de concevoir un peu d'espoir. Car on nous a prévenu dès le début, la pleurésie est toujours très longue et la guérison si nous l'obtenons ne se fera que très lentement. Quoiqu'il en soit, le malade est plus calme, il ne souffre pas, ses nuits sont bien meilleures, sa respiration moins haletante et chose bien précieuse l'appétit semble disposé à revenir peu à peu. Tout cela est peu de chose et ne prouve pas encore que tout danger soit passé mais enfin après les triste moments que nous avons passés, c'est un instant de repos et, je veux l'espérer le prélude d'une amélioration plus sensible, remercions-en donc Dieu qui peut-être s'est laissé toucher par toutes les bonnes prières qui lui ont été adressées pour qu'il nous conserve notre Jean. Attendons avec confiance et prions toujours. J'ai bien compris, mon cher fils, combien l'éloignement augmentait pour toi l'inquiétude ; aussi, suis-je heureux de pouvoir aujourd'hui un peu la dissiper, espérons que dans quelques jours ,je pourrai te tranquilliser davantage. Le cher Jeannot a eu samedi une petite visite de son parrain. Dimanche, Mad. la Supérieure du Sacré-Cœur a bien voulu permettre à Marie de venir l'embrasser et passer quelques instants près de sa mère qui ne l'avait pas vue depuis longtemps. Enfin, hier soir, nous est arrivée Bonne-Maman HUIN qui va rester près de nous les quelques jours que son mari doit passer en forêt. Pourquoi faut-il cher fils, que tandis que notre inquiétude semble devoir diminuer à l'endroit de Jean, tu aies à nous attrister et à nous préoccuper par ce que tu nous dis de ta jambe blessée il y a un an ? Tu avais cependant si bien supporté les courses et les fatigues des vacances que nous croyions ne plus avoir à songer à cet accident. Il faut veiller au plus tôt à ce que le mal ne s'aggrave pas, s'il est possible. Aussi ta mère va-t-elle écrire au bon docteur BASTIEN pour qu'il veuille bien aller t'examiner et te dire les soins à prendre. Ma lettre te parviendra par le Révérend Père Préfet à qui je vais demander d'autoriser cette visite et que je prie de te faire observer, les précautions nécessaires. En attendant, le docteur ROUSSEL à qui je communiquais tout à l'heure ta lettre dit que tu dois t'abstenir de tout mouvement violent, de toute fatigue grande afin d'éviter qu'une inflammation ne se déclare et ne vienne à produire un abcès intérieur qui serait excessivement désagréable, pour ne pas dire plus, à soigner. Je t'en supplie, veille bien sur toi car ce que tu nous annonces à ce sujet nous préoccupe singulièrement. Prive-toi demain de la promenade, Peut-être BASTIEN aussitôt prévenu viendra-t-il te voir, et tâche d'obtenir de prendre un peu l'air sans te fatiguer. Peut-être ta course à Vincennes a-t-elle été trop forte ? Adieu, cher fils, courage et s'il y a lieu donne nous de tes nouvelles. Il me faut encore écrire aujourd'hui au père BELLANGE et à AMIENS où les santés et les études sont bonnes, le temps me manque pour t’écrire plus longuement. Nous t'embrassons tous avec la plus vive tendresse. Ton père bien affectionné. 5/12/1876 Mon bien cher fils, j’ai attendu que le docteur fût passé ce matin à la maison pour pouvoir te donner de notre cher malade des nouvelles aussi exactes et aussi fraîches que possible. Vendredi dernier, le docteur avait trouvé dans le poumon et l’état général une amélioration assez sensible pour nous dire qu’il ne reviendrait que dimanche. C’était très bon signe et nous étions tous à l’espoir, mais samedi la fièvre ayant reparu et le malade refusant toujours une nourriture suffisante pour le remonter et même l’entretenir, le docteur avait été frappé, inquiet même dimanche et lundi de l’affaiblissement et paraissait songer de nouveau à une ponction. La journée

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d’hier a été bonne et les repas assez importants relativement bien entendu. La nuit vient d’être excellente, les deux déjeuners pris ce matin assez copieux. Le docteur est plus satisfait et nous revoilà encore à l’espoir. Peut-être demain la situation changera-t-elle ? Tu le vois, nous passons constamment par des alternatives bien fatigantes d’espoir et de crainte. Quoiqu’il en soit comme une maladie de la nature et de la gravité de celle qui nous éprouve ne peut se guérir que lentement et sans que des retours reparaissant comme dans un foyer qui va s’éteignant, comme en définitive l’amélioration constatée depuis quelques jours dans le poumon malade qui recommence à fonctionner ne diminue pas, nous avons lieu d’espérer que nous marchons lentement vers une situation meilleure et que N.D. de Lourdes que nous prierons tous particulièrement jusqu’au jour de son Immaculée Conception se laissera fléchir. Prions donc toujours et espérons. Répondant mon cher fils, à ta bonne et intéressante lettre du 3, je te dirai d’abord que nous sommes bien satisfaits de ce que tu nous dis de ta santé. Nous ne pouvions véritablement compter lire le brave docteur et nous avions besoin des détails que tu nous as donnés sur ta jambe. Ils nous rassurent et au fond nous serions bien soulagés si avec le temps tu pouvais être déchargé de ton excédent anormal de poids en plomb. Nous avions déjà eu bien du plaisir, il y a quelques jours, à entendre E. Didierjean nous exposer le bon état physique dans lequel il t’avait trouvé. Quant au travail et à ses résultats, nous sommes indépendamment des notes hebdomadaires, en possession depuis quelques jour du bulletin mensuel et je t’en exprime notre satisfaction. Je veux aujourd’hui te juger non pas sur la note du Père JOUBERT et la place en mathématiques mais sur les autres notes et surtout sur celles d’application et de conduite qui me prouvent que tu fais de sérieux efforts et m’autorisent à conclure que les deux résultats susdits sont des accidents que tu répareras. J’ai tout de même du mal à avaler la place de 54ème. Je vois avec joie et espoir que tu soignes tout. Je te demande en grâce de ne pas participer aux tapages de récréation ou d’autres et de ne pas prendre trop facilement ton parti d’être dans les derniers de ceux qui ont chance de réussir. C’est toujours un jeu dangereux à jouer et je ne saurais assez te le redire, tu peux mieux que cela. S’il suffit de payer de mine devant les colleurs de cette année, il t’est bien aisé de les satisfaire. Joseph s’intéresse comme toi aux changements d’examinateurs projetés. Il regrette MOUTARD avec lequel il aurait dit-il, fait bon ménage. C’est peut-être un peu prétentieux de sa part. Si tu vas au punch, sois y bien réservé et bien sage. Joseph s’abstient d’une carotte de 10 F. qu’on voulait lui tirer pour l’absorption des forestiers. Je ne t’envoie pas une convocation à toi adressée ici pour le 7ème banquet des anciens élèves de Saint-clément le 17/12 à 5h.30, Richelieu, 100. Aurais-tu la possibilité d’y aller et te soucierais-tu de débourser 13 F. Je joins néanmoins la feuille d’adhésion jointe à la convocation. Nous allons tous bien ici, y compris Bonne-Maman HUIN qui nous est arrivée hier soir. Bon-Papa est retourné cette semaine à Thon et au Housard. Les nouvelles reçues ce matin d’AMIENS sont excellentes, et j’ai vu dimanche Marie en parfait état. Je me suis trouvé au parloir avec les frères BOHIN qui venaient voir leur sœur. Je n'ai pas encore vendu ma coupe, mais suis en possession d'une lettre qui me fait espérer aboutir, H. ANDRE a dû faire estimer dimanche et j'attends aujourd'hui ou demain, une lettre de lui me disant qu'il accepte mes conditions. Si Jean continue à mieux aller, il ne serait pas impossible que j'accompagnasse jeudi, CEZARD au BLANC-RUPT pour affaires et avec mon fusil. Bon courage, mon cher fils. Tous, nous t'embrassons tendrement. Ton père et ami. 12/12/1876 Tu ne seras pas étonné d'apprendre, mon cher fils, que nous avons connu ce matin avec une pénible surprise ton incartade de fumerie et ses tristes conséquences, Que puis-je faire cependant, mon cher ami, auprès d'un fils de 18 ans, c'est-à-dire qui n'est plus un enfant engagé comme tu l'es loin de tes mentors naturels dans une année des plus sérieuses comme travail et que je ne craindrais pas d'appeler décisive, si ce n'est de lui redire en toute occasion qu'il faut travailler sérieusement, pour cela se garer de tout acte d'indiscipline et par là éviter toute punition qui amènerait le découragement et le dégoût. Tu sembles faire bon marché des deux sorties dont

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tu as encouru la privation au prix d'une jouissance puérile et d'un moment, et un peu plus loin tu nous dis que tu t'ennuies cordialement. Cela veut dire, je veux le croire, que tu supporteras bravement ta peine, mais que tu es mécontent de toi-même et bien décidé à ne plus te mettre en aucun mauvais cas. Je termine ici le chapitre des conseils paternels que tu as fait toi-même plus long que je ne l'aurais voulu. Je n'ai pas besoin de t’assurer qu'ils me sont dictés par tes intérêts les plus précieux, mon affection la plus tendre et notre bien vif désir à tous de te voir réussir au plus tôt. Je ne finirai pas cependant sans te conjurer encore une fois de ne pas te décourager, d'oublier comme nous le ferons nous-mêmes les sottises passées et de nous prouver prochainement moins par des paroles que par des actes que tes promesses au Père JOUBERT sont fidèlement tenues. Je suis rentré hier à midi de ma course au BLANC-RUPT. Ca été en somme une assez sotte campagne, un vent épouvantable suivi d'une pluie intense ont rendu la chasse presqu'impossible et fort infructueuse. J'ai manqué un beau coup double de chevreuils et l'on a eu assez de peine à en raccrocher deux , l'un au 11ème lot, l'autre à mon petit BLANC-RUPT derrière chez DUVIC. J'ai rapporté un lumbago assez bien conditionné. Bien que Jeannot allât sensiblement mieux à mon départ, j'ai eu pendant toute mon absence l'esprit tourmenté à son endroit et en rentrant, j'ai eu le chagrin d'apprendre qu'il avait eu une rechute qui lui avait fait perdre le terrain gagné. Cependant le docteur a trouvé encore une fois ce matin la poitrine en voie de se dégager. On avait dû poser un troisième vésicatoire samedi. Espérons encore et prions. Mais que c'est long et pénible et quelles suites aura cette lente et cruelle maladie ? Je n'ai pu conclure ma coupe avec M. ANDRE de SCHIRMERCK, mais j'ai un autre amateur dont je ne connais pas encore la réponse. Si je ne puis traiter avec lui, j'exploiterai sans doute moimême. Adieu cher ami, la nuit qui arrive et la difficulté que j’ai à écrire à cause de mes reins me forcent à écourter ma lettre. Je ne puis plus que te redire une fois encore : courage, et t'embrasser tendrement pour nous tous.

26/12/1876 Mon bien cher fils, bien que tu ne fasses dans ta lettre du 25 aucune allusion à ton pauvre petit frère (je veux croire que c'est une inadvertance mais elle est regrettable), je te dois tout d'abord de ses nouvelles. Elles sont malheureusement bien mauvaises. Jeudi dernier, à la suite d'une complication qui rendait la respiration plus difficile, le docteur a jugé indispensable de pratiquer la ponction. Elle a réussi en ce sens qu'elle a soulagé temporairement le malade en le débarrassant d'un demi-litre d'eau. Mais elle n'a pas enlevé la cause du mal. L’inflammation a persisté, l'épanchement se renouvelle en sorte que sous peu une nouvelle ponction pourra être nécessaire. Cependant, la fièvre mine souvent le malade, l'appétit est de plus en plus nul, les forces vont en diminuant. Le pauvre petit ne s'intéresse presque plus à rien et très affaibli depuis un ou deux jours, il sommeille beaucoup. Le docteur est frappé ce matin de l'affaiblissement du pouls quoiqu'il ne puisse s'en étonner puisque depuis deux mois le pauvre enfant a toujours été mangeant de moins en moins, il ne m'a pas dissimulé que la situation était des plus fâcheuses et que faute de réparation suffisante elle ne pouvait guère manquer de se dénouer tôt ou tard par un dénouement fatal. Tout dépendra de la résistance du pauvre petit qui ne peut plus être bien grande mais je crois que nous devons dès maintenant nous habituer à l'idée du sacrifice en nous préparant à accepter généreusement la volonté de Dieu. Plongés dans la tristesse et la peine, nous aurions bien besoin de consolations. Mais elles ne nous sont pas venues aujourd'hui de ton coté puisque tu nous annonces que tu as manqué presque toutes tes compositions et qu'il faut nous attendre à un mauvais classement pour toi. C'est une dure et pénible perspective quand nous nous reportons à celui de l'an dernier à pareille époque et que nous songeons surtout à l'importance de l'année que tu traverses. Mais il faudra bien nous y résigner, compter que tu as néanmoins fait tous tes efforts, espérer que tu ne te décourageras pas et qu'en recommençant l'année tu prendras de sérieuses résolutions pour nous indemniser de ce premier trimestre insuffisant.

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Je t'en conjure, mon cher fils, au nom seulement de ton intérêt, songe sérieusement au but à atteindre et dépense-toi en efforts généreux pour ne pas nous attrister par un insuccès. Si tu as eu cette fois encore de mauvaises chances, oublie les et remets-toi à la besogne avec cœur et courage. Nous croyons toujours être assurés du voyage de Bon-Papa à PARIS, mais nous ne connaissons pas la date précise de son départ et nous pensons qu'il ira y coucher dimanche 31. Si quelque motif grave imprévu, si un malheur survenu chez nous venait à le retenir, il faudrait bien vous résigner à la privation de notre visite. Car moi-même je serais hors d'état malgré tout mon désir, je dirai même le besoin que j'ai de te voir et causer un peu avec toi, d'aller vous embrasser. Espérons que Bon-Papa HUIN ne sera pas empêché de me suppléer. Mais préparons-nous à supporter ce qui plaira à Dieu. Maman quoique forte et courageuse est bien fatiguée, car le pauvre petit malade ne supporte guère qu'elle auprès de lui et réclame jour et nuit ses soins, aussi devons nous bien prier Dieu de nous conserver ses forces. Nous avons ce matin de bonnes nouvelles d'Amiens et, sauf le pauvre Benjamin que tu reconnaîtrais à peine depuis 2 longs mois de souffrance que tu l'as quitté, tout le reste, notre entourage va généralement bien. Adieu, mon bien cher fils, quoique bien tristement absorbés auprès du lit de notre pauvre malade, nous n'oublions pas les absents et nous comptons sur toi pour nous procurer les consolations dont nous avons bien besoin. Tous, nous t'embrassons avec la plus vive tendresse. Ton père bien affectionné. 29/12/1876 Nous ne pouvions, mon bien cher fils, soupçonner longtemps ton cœur. Nous connaissons trop la place qu'y occupent tous les tiens et nous avons été trop souvent témoins de ta bonté et de tes soins complaisants pour les petits. Aussi a peine t'avais-je reproché ton silence que j’en avais du regret, apprenant que ta mère 8 jours avant moi t’avait donné des nouvelles rassurantes et songeant que, n’ayant pas connu l’aggravation du mal et la ponction, tu ne pouvais partager le redoublement de mon inquiétude. C’est là le grand mal de l’éloignement qui fait que dans les circonstances pénibles où nous nous trouvons, les absents ne pouvant être tenus au courant jour par jour de ce qui se passe, ne savent souvent ce qu’ils doivent penser. Quoiqu’il en soit, je te remercie de ta bonne lettre du 26 reçue seulement ce matin. Elle nous a bien impressionnés de toute façon. Mardi, j’étais bien désespéré et aujourd’hui quoique je ne croie pas devoir conserver beaucoup plus de confiance dans l’avenir, il es certain que la situation ne s’est pas aggravée. Du coté de la pleurésie en elle-même, le docteur constate une amélioration et de ce coté nous pourrions peut-être avoir quelque espoir. Mais les appréhensions bien vives sont toujours dans la diminution des forces et l’absence d’appétit qui empêche non seulement de les renouveler mais encore de les entretenir, et cependant le peu qui se mange se digère convenablement. Il semble qu’il y ait là quelque complication qui échappe à la science et soit rebelle aux soins maternels les plus tendres et il parait inévitable que si l’appétit ne revient pas le pauvre petit s’éteindra de consomption. Mais les desseins de Dieu sont aussi adorables qu’impénétrables tant qu’il y a de la vie. Il peut tout aussi, continuons-nous de lui demander avec ferveur de nous conserver notre cher Benjamin. Je ne saurais toutefois pour ma part lui demander de nous garder un enfant souffreteux, débile et maladif comme le docteur nous fait quelquefois craindre qu’il reste, s’il revient à la vie. Ce serait trop pénible pour tous et mieux vaudrait qu’il en fit un ange qui veillerait sur ses frères et sœurs. Il n’y a qu’à répéter sans cesse le Fiat Voluntas. Tu dois le dire avec nous mon bon fils, toi qui partages notre peine et souffres en plus de la distance et de l’isolement. Tu comprends toi-même combien l’idée de venir un instant près de nous est à cette heure peu réalisable. Voilà Bon Papa qui s’apprête, nous écrit-on hier soir, à partir et doit se mettre en route dimanche pour aller voir non seulement toi mais tes frères que nous ne pouvons songer à déplacer aussi. Sa bonne démarche, j’en suis sur, te soulagera un peu. J’ai quelque confiance dans l’amnistie dont tu parles et si elle n’a pas lieu, peut-être les circonstances et ton repentir provoqueraient chez le père Recteur de l’indulgence et l’amèneraient à t’accorder le mercredi. J’ai l’espoir que les conseils paternels que je t’ai donnés dans ma dernière lettre, mon bon fils, te profiteront, que si tu as eu un peu de défaillance dans le premier semestre tu te relèveras dans le 2ème. Tu songeras n’est-ce pas que dans la douloureuse épreuve qu’il a plut à Dieu de nous envoyer, nous avons bien besoin de consolation et de pouvoir envisager l’avenir de nos deux ainés avec quelque confiance. Tu

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donneras à ton grand-père là-dessus les meilleures assurances et surtout tu feras tous tes efforts pour que tes promesses se réalisent et que le classement de Pâques nous indemnise de celui que tu nous fis craindre et que nous recevrons prochainement. Adieu, cher enfant, espérons encore et prions. Bon Papa te donnera sous peu des nouvelles plus complètes et Dieu le veuille, meilleures. En attendant qu’il t’embrasse pour nous, je t’envoie nos meilleurs souhaits et caresses . Ton père et ami. 11/1/1877 Mon bien cher fils, puisque l'occasion m'en est offerte, je profite du passage du bon père DIDIERJEAN à Paris pour t'accuser réception du bulletin trimestriel que nous avons reçu ce matin. Tes notes de conduite, application devoirs religieux etc. sont excellentes et c'est là l’essentiel. Elles témoignent toutes de tes efforts et de ta bonne volonté et ce n'est que de cela que nous avons à te demander compte. Nous savons que tu n'es pas tout à fait maître des notes de colles ni des places en composition et que pour cela il faut compter avec des dispositions d'esprit ou des chances plus ou moins favorables. En somme et comme je te l'ai déjà dit ton classement est meilleur que nous n'osions l'espérer d'après tes lettres de décembre et si comme ton grand-père l'a donné à penser il n'y a pas chez toi de découragement, nous ne doutons pas que pour nos œufs de Pâques tu n'aies mieux à nous offrir encore que pour nos étrennes. Tâche surtout de relever cette note de mathématiques qui est si importante et ne néglige pas l'allemand qui me paraît ta partie faible. Courage, mon cher fils ce sera jusqu'au bout mon éternel refrain et ayons confiance que le bon Dieu récompensera tes peines et ton labeur. Je le lui demande tous les Jours de tout mon cœur et avec moi d'autres qui ont bien plus de crédit près de lui ne cessent de l'en prier. Ainsi qu'a pu te le dire mardi, Joseph t'écrivant à ma place, ton bon grand-père nous est revenu en bon port et pendant les quelques instants qu'il a. pu nous donner avant de rentrer à RAON, nous avons écouté bien avidement le récit de l'emploi du temps qu'il a donné à ses chers petits fils. Nous avons, tu n'en doutes pas, souffert de penser que la sortie du mercredi lui avait été refusée pour toi et, une fois de plus nous avons déploré la, misérable équipée qui t'a valu cette privation. Inutile de te supplier de ne plus retomber dans pareille faute et puisse le crédit du P. DIDIERJEAN qui compte s'employer à te faire relever de cette punition être assez puissant pour triompher du père BELLANGE. Je n'ai pas grand chose à ajouter aux nouvelles que Joseph a dû te donner de notre cher malade. La situation est toujours bien précaire et nous ne savons ni quand ni comment il plaira à Dieu de mettre fin à notre douloureuse épreuve. Nous n'avons pas perdu, Dieu merci, ce que nous avons gagné du côté de l'appétit depuis le jour de l'an et c'est beaucoup puisque nous entretenons le peu de forces qui restent et que dans les derniers jours de 76 nous étions en grand danger de voir le pauvre enfant s'éteindre de faiblesse. Mais l'affection est toujours bien violente et ne me paraît pas en voie de céder. Il v a donc toujours là une grande irritation et ce qui vient encore le prouver c'est le peu de calme dont jouit le malade. Les deux dernières nuits ont été très mauvaises et ta pauvre mère et la fidèle Inot sont sur les dents. Prions toujours pour que le bon Dieu nous prenne tous en pitié et demandons-lui la soumission à sa sainte Volonté. A part le cher malade et moi qui viens d'être assez tourmenté par des clous et suis de plus fort incommodé d'une affection cutanée au visage et à la tête, toutes les santés sont satisfaisantes. Adieu, mon cher fils, tous nous t'embrassons avec la plus vive tendresse. Ton père bien affectionné. Joseph arrive à l'instant du Sacré-Cœur rendre visite à ses sœurs. Comme moi qui y étais allé dimanche, il les a trouvées bien portantes et Thérèse nous fait l'effet de s’acclimater parfaitement. Nous verrons si le résultat espéré sera atteint. La tante Marie et les DUVAL te réclament à VERSAILLES quand tu disposeras d’une journée ce sera bien faire que les voir. 16/1/1877 Mon bon Maurice, nous venons de lire avec une bien vive satisfaction ta lettre du 14. Elle est plus nourrie que les précédentes, ne dit rien de ta santé ce qui est bon signe, nous donne de satisfaisantes indications sur ta conduite. Ton application et leurs résultats nous fait espérer la levée prochaine de ta punition. Enfin, elle respire un air de satisfaction et de contentement de toi-même qui nous met du baume dans le sang et nous fait bien augurer de ta tenue dans le second semestre. Rappelle-toi mon cher fils que ce laps de temps est aussi bien important pour ta

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préparation qu’il absolument en finir et nous sortir de peine cette année en ton endroit. La facilité dont tu es doué ne suffirait pas sans des efforts sérieux pour arriver et il est bien convenu que tu ne dois pas te reposer sur la pensée de parvenir dans les derniers. Je comprends que l’arrivée inattendue du père DIDIERJEAN t’a causé une -bien agréable surprise, je ne doute pas que ses bons et sages avis qui nous ont été toujours si précieux ne t’aient été une fois de plus bien salutaires et j’ai la confiance qu’en le remerciant de son intercession auprès de tes maîtres tu ne lui aies fait des promesses que tu auras à cœur de tenir. La situation de notre pauvre petit malade n’est ni meilleure ni pire. L’appétit Dieu merci persiste. Mais depuis la seconde ponction, l’écoulement des eaux du poumon continue très abondant et le médecin se montre inquiet de cette persistance qui indique que le foyer de l’irritation ne diminue pas d’intensité. Les journées sont relativement bonnes et calmes, mais les nuits très agitées et presque sans sommeil. Le malade se plaint beaucoup et quoiqu’en dise le docteur, doit souffrir. Pour ménager les forces de votre pauvre mère toujours courageuse, pleine d’abnégation et admirable par son égalité d’humeur, nous avons eu la nuit dernière une sœur garde-malade que le pauvre petit a mieux acceptée que nous n’espérions et je compte que grâce à. cette assistance, maman aura dorénavant de deux nuits une bonne ou passable. Tout le reste du petit ronde va bien. Joseph a reçu ce matin une charmante lettre du P. de FONTENAY qui s’informe de toi et ne doute pas que tu ne marches vers un plein succès, Amen. Nous avons reçu aussi ce matin de bonnes nouvelles d’ Amiens et effectivement le bon Pierre trouve que le métier devient un peu dur. Prions tous le 24 Ct. jour de triste anniversaire, pour que par l’intercession de celui qui nous été si prématurément enlevé nous obtenions le retour à la santé de notre cher malade ou du moins le courage pour supporter notre épreuve et la soumission à la volonté divine. La moins triste des perspectives que nous fait entrevoir le docteur c’est que la maladie de notre pauvre Jean dure encore plusieurs mois. Adieu, cher et bien aimé fils, je te quitte pour écrire à AMIENS et t’embrasse bien tendrement pour moi et mon entourage. Ton bien affectionné Père. 23/1/1877 Mon bien cher fils, sur la fin de la semaine dernière notre pauvre malade a été pris de quintes de toux incessantes, pénibles et qui l'empêchaient nuit et jour de prendre le moindre repos. Cette crise a cessé hier mais elle a fait place à un affaiblissement très grand et nous ne pouvons nous dissimuler qu'elle a produit un déchet très grand dans les forces déjà si amoindries de notre cher enfant. Sa poitrine est très encombrée de glaires et sa respiration est devenue plus pénible, de plus son appétit est moins bon sa soif plus grande. Il nous paraissait donc évident hier en l'absence de la visite du docteur qu'une phase nouvelle de la maladie se préparait. Le médecin est venu ce matin et questionné par moi sur ce qu'il pensait, il m'a répondu qu'il nous croyait à la veille d'une crise. Sera-t-elle heureuse ou fatale ? Je n'ai pas osé le lui demander mais je crains plutôt et je crois avoir distingué à son air que nous n'avons rien de bon à espérer. Ne nous lassons donc point de prier et demandons demain par l'intercession de votre bien aimé grand-père, la guérison ou si Dieu ne le veut pas peut-être pour le plus grand bien de notre dernier né, le courage et la soumission à son adorable Providence. Grâce à une sœur qui vient de deux nuits l'une veiller le malade, votre bonne et courageuse mère prend un peu de repos et se soutient. Moi je vais mieux, enfin Bonne-maman, Joseph et tous les petits sont en bonne santé. Nous avons été bien heureux ce matin d'apprendre qu'il en est de même de notre cher parisien et de nos amiénois. Pierre et François sont reçus dans toutes leurs épreuves de baccalauréat et Pierre vient d'être premier en mathématiques. De son côté, Joseph ne nous donne pas moins de satisfaction. Outre d'excellentes notes, son bulletin le signale comme studieux, régulier et en très bonne voie de succès. Le bruit court même qu'il serait premier dans les dernières compositions de mathématiques. Il apprend d'autre part avec inquiétude qu'à Ste Barbe et à Stanislas, il y a des candidats très redoutables. Mais il faut bien espérer que s'il continue à aussi bien s'aider le Ciel l'aidera à l'examen. Tu nous étonnes en nous parlant du mauvais temps qui règne à PARIS. Pour nous, il est beau, mais la gelée a bien du mal à prendre. Sous peu déjà nous verrons revenir le P.

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DIDIERJEAN de ses retraites de BEAUVAIS et de CHARLEVILLE et nous nous réjouissons de l'entendre nous parler de toi. Je ne puis encore rien préciser de ce que le Mardi gras nous réserve. Cependant je crains déjà pour plusieurs motifs sérieux et entre autres la dépense à laquelle je suis obligé de regarder de très près à cause de mes bâtisses de ne pouvoir me déplacer. S'il en est ainsi, je souffrirai tout autant que vous, mais je compte que tous quatre nous saurons offrir ce petit sacrifice à Dieu et prendre le Carême en patience. Réservant VERSAILLES pour une autre sortie moins importante, tu donnerais je le comprends le Mardi gras aux excellents BASTIEN. A Dieu, mon cher fils, je te réitère que si le bon Dieu nous éprouve cruellement en la personne de notre cher benjamin il nous console en nous donnant satisfaction sur toute la ligne de nos chers aînés. Je compte que pour ta part tu ne négligeras rien afin qu'il en soit toujours ainsi et je t'embrasse bien tendrement pour ta bonne mère, ta grand-mère, tés frères et sœurs et pour moi. Ton père et meilleur ami. J’apprends que les Amiénois ont écrit à leur grand-père pour le remercier de sa bonne visite. Si tu ne l'as déjà fait, fais-le aussi.

30/1/1877 Mon bien cher fils, ainsi que tu l'as deviné, la crise que nous redoutions ne s'est pas produite et à sa place est survenu un apaisement dans la situation du malade. Il ne paraît pas souffrir, s'occupe un peu de ce qui se passe autour de lui et passe d'assez bonnes nuits. L'appétit n'est plus tout à fait aussi bon mais les forces se maintiennent. Le docteur qui ne vient plus que tous les deux jours parce qu'en définitive il ne peut pas grand-chose, trouvait hier en auscultant une plus grande résonnance dans le poumon malade et paraissait de -l'état général. Ce n'est pas encore un mieux mais au moins c'est une détente et nous avons déjà été tant de fois prêts à nous laisser aller à l'espoir pour retomber que nous n'osons encore nous y livrer. Enfin nous prenons toujours cela en passant et nous continuons à prier avec ferveur espérant que Dieu se laissera fléchir. Nous comprenons que dans l'éloignement vous souffrez plus que nous, d'un mercredi à l'autre il peut survenir bien des choses. Mais il est clair que si un changement notable se produisait dans un sens ou l'autre nous vous en aviserions. Je ne saurais t'exprimer mon cher fils, toute la consolation que nous avons éprouvée dimanche, d'abord à lire ton satisfaisant bulletin mensuel puis quelques heures après à recevoir la visite du père DIDIERJEAN qui nous a longuement entretenu de toi dans les meilleurs termes. Il nous a dit aussi que tu es apprécié et estimé de tous tes maîtres et qu'ils avaient été véritablement peinés d'être obligés de sévir comme ils l'avaient fait pour ton incartade. Il est entendu que c'est une sévère leçon qui te servira non seulement pour l'école Ste Geneviève mais aussi pour l'avenir. Te voilà donc on ne peut mieux lancé mon cher fils et j'espère bien que tu ne te relâcheras plus jusqu'au moment décisif. Voilà aussi ta consigne levée et nous en sommes bien heureux. Si, comme je continue à le craindre je ne puis aller à PARIS au mardi gras, distribue pour le mieux tes sorties et ne néglige pas si c'est possible VERSAILLES en ayant soin de t'annoncer à la tante, rue Maurepas 4. J'associe difficilement ta superlative note de dessin avec la note 9 que tu as eue pour le mois. Nous avons ici aussi vents et tempêtes. Nous désirons bien savoir ta grippe finie et nous souffrons de penser qu'en un hiver aussi bénin tu as les mains abîmées d'engelures. Heureusement il est difficile qu'il nous vienne maintenant de grands froids et nous espérons que cette incommodité ne sera pas de longue durée. Ton admission étant possible cette année, je me trompe probable, j'estime que tu feras bien de t'arranger de façon à n'avoir pas trop de vêtements neufs. Nous allons bien, y compris Bonne-Maman et Joseph pique généralement des 18 pour ses devoirs de mathématiques. Marie et Thérèse que j'ai trouvées dimanche en fort bon état sont entrées en retraite hier soir avec le P. DIDIERJEAN jusqu'à vendredi prochain. Thérèse ne travaille pas mal et est très bien faite à sa nouvelle vie. Au dessous de nous le colonel de MORLET est dans un état de santé que son grand âge rend inquiétant Il a la nuit des crises d'asthme dans l'une desquelles on craint de le voir rester. Hier il s'est mis en règle pour paraître devant le bon Dieu. Adieu, mon cher fils, je te répète que nous sommes bien contents de toi. Courage donc et persévérance. Tous nous t'embrassons avec la plus vive tendresse. Ton père affectionné.

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13/2/1877. Mon bien cher fils, si en m’éveillant ce matin j'ai songé avec une certaine amertume que sans ce commencement d'année chargé pour nous de peines, de préoccupations et dépenses, je devrais être réuni à PARIS à mes trois chers enfants pour passer quelques instants avec eux et leur faire prendre en patience les 7 semaines qui nous séparent de Pâques, du moins je me suis un peu consolé en voyant le mauvais temps et la pluie torrentielle qui ne cessent de nous poursuivre et qui probablement dans la capitale comme en province nous auraient empêché de mettre le pied dehors et de prendre les distractions ordinaires. Mais ce qui m'a apporté le plus de consolation c'est de vous avoir vus tous trois exprimer dans vos lettres de la semaine dernière que vous offriez généreusement le sacrifice des rapides moments que j'aurais pu passer près de vous pour obtenir que Dieu nous conserve notre cher Benjamin. Il semble, mon bon fils, qu'il nous témoigne déjà que notre offrande lui a été agréable. Car, après avoir quitté lundi 5, NANCY pour aller avec votre grand-père à THON où m'appelait le départ prochain d'HIGEL du BLANC-RUPT et l'arrivée du successeur Constant REMY de St. QUIRIN que nous lui avons choisi et qui me paraît convenir à tous égards, laissant déjà ce cher Jeannot en meilleur état j'ai retrouvé vendredi 9 à mon retour le mieux s'accusant davantage et depuis bien que les progrès soient fort lents, nous n'avons plus eu de rechutes si bien qu'aujourd'hui, sans être encore certain de la guérison et avec la perspective qu'il faut pour l'atteindre de grands soins et précautions du moins nous pouvons l'envisager avec plus d'espoir que nous n'en avons jamais eu. L'épreuve aura été longue, mais il semble maintenant que Dieu veuille y mettre un terme et qu'Il exaucé enfin toutes les bonnes prières qui lui ont été adressées. Prévoyant, avant que ta lettre de ce matin ne nous en donnât la certitude, que tu renoncerais à aller au Cirque avec le docteur, approuvant du reste comme moi ton intention de renoncer à tout théâtre avant d'être élève de la grande École et n'ayant d'autre donnée sur l’emploi de ton Mardi gras que l'annonce d'une partie de billard plus ou moins enfumée, ta bonne mère dans sa sollicitude maternelle se préoccupait de ta sortie d'aujourd'hui. Je l'ai rassurée de mon mieux lui disant que nous pouvions assez compter sur toi pour la passer honnêtement et je suis bien sûr que tu nous annonceras la semaine prochaine que je ne me suis pas trompé. Pendant que tous nos chers pensionnaires, garçons et filles restent à leur poste et que les petits gardent la maison avec nous s'amusant de leur mieux par ce mauvais temps, Joseph et André sont partis pour RAON samedi soir en compagnie de l 'ami LEPOIRE. Grâce à la décoration de chevalier de la Légion d'honneur qui vient d'être décernée au professeur de Joseph, les vacances du lycée ont été prolongées jusqu'au mercredi soir. Joseph et LEPOIRE avaient le projet d'aller faire deux jours de villégiature à THON et même de tirer un sanglier en délit dans la Belle-Ligne. Mais ils auront été sans doute aussi contrariés par le temps que moi la semaine dernière et nous ne saurons que demain à leur rentrée ce qu'ils ont pu faire. Eux partis, je regrettais de les avoir autorisés â décrocher les fusils et je ne serai tranquille que quand je saurai qu'ils ne se sont pas fait prendre et qu'il ne leur est pas arrivé d'accident. Je te dirai en passant que Joseph a été enfin proclamé 1er en mathématiques avec des "très bien" et des "bien" de conduite, d'application et de travail et que décidément c'est un de nos beaux grands candidats. Toi aussi, mon bon fils, je te considère comme tel dans ta partie et te félicite [des] notes satisfaisantes que tu nous produis ce matin. Mets bien à profit le temps qui nous sépare du 1er avril pour fournir une bonne attelée et justifie comme le dit le père BELLANGE par ton application et ton travail les dispenses d'abstinence qui vous ont été accordées. Bien que ce barbouillage ne m'autorise guère à te faire remarquer ta mauvaise écriture, penses-y je t’en prie, et ne laisse pas ta main se gâter. Nous avons souvent bien du mal à déchiffrer certains de tes mots écrits trop rapidement. Nous allons tous bien et tous sans oublier ta marraine, nous t'embrassons avec tendresse. Ton père et ami. 20/2/1877 Si nous ne tenons pas encore la convalescence du moins mon cher fils, nous pouvons de jour en jour espérer plus sûrement la guérison puisque l'amélioration qui date déjà de plus de 15 jours ne s'est pas encore démentie Le docteur qui nous avait délaissés pendant 4 jours est venu hier et a

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trouvé la respiration bien améliorée depuis sa dernière visite. La mine du malade est bien meilleure : il est gai, il ne parle encore â aucun de nous, mais il répète souvent les chansons d'Inot. L'appétit se maintient aussi et tout ce que nous avons à déplorer maintenant, c'est un peu de dérangement d'entrailles qui ne contribue pas à redonner des forces. Espérons qu'on deviendra bientôt maître de ce contretemps. Je ne saurais te dire combien il nous est doux de voir ainsi revenir à la vie ce cher petit que plusieurs fois nous avons cru perdre et combien nous remercions Dieu et la Sainte Vierge qui j'en ai le ferme espoir, ne laisseront pas leur œuvre incomplète. Vos bonnes prières, mes chers enfants, et votre foi profonde nous auront été d'un grand secours et je vous en remercie de tout mon cœur vous demandant de ne pas discontinuer de prier tant que la guérison ne sera pas certaine et que nous ne serons pas tout à fait à l'abri d'une rechute. Malgré un temps qui continue à être désolant, nous allons tous bien et le plus malade c'est moi qui suis toujours fort incommodé par mon affection cutanée. J'ai surtout la figure pleine de rougeurs et de démangeaisons et j'aurai sans doute bien du mal à m'en débarrasser. Malgré cela, je vais et je viens comme toujours et demain j'irai à CHARTRES rendre les derniers devoirs à M. GRANDJEAN, notre cousin le gendre de la tante GENY mort d'une fluxion de poitrine. La brave tante se soutient toujours et la voilà qui enterre encore un des siens qu'elle aurait dû précéder. De RAON, nos nouvelles sont bonnes. Nous avons lu avec un vif intérêt mon cher fils les détails que tu nous as donnés sur ton mardi gras et nous avons su avec plaisir que tu l'as passé honnêtement et aussi heureusement que le permettaient les circonstances. Il est fort heureux que tu sois rentré à temps et que par un retard tu ne te sois pas attiré des désagréments. Joseph et LEPOIRE sont rentrés mercredi soir, bien portants et satisfaits de leur promenade, mais, d'exploits de chasse, néant. Ils n'ont rien trouvé à THON. Ils sont allés le lundi au HOUSARD, il y avait là du gibier. LEPOIRE a tiré à la petite chaume, je crois un chevreuil ou une biche (il n'a pu distinguer) mais il a manqué. Joseph a vu des sangliers au BLANC et TOC mais n'a pu les tirer, je ne sais plus trop pour quel motif. Bref, malgré le mauvais temps, ils ont eu du plaisir et ont fait vider à HIGEL tout son sac d'histoires d'Afrique et de chasses. Je vois avec peine que tu nourris encore la pensée de te présenter à l' École Forestière. Il sera temps d'y songer quand nous nous occuperons des formalités pour Joseph. Mais je ne veux m'y prêter pour toi que sous la réserve expresse que dans le cas où tu échouerais à l'École Polytechnique et réussirais à l'École Forestière, je serais maître de décider si tu dois ou non accepter. Il serait vraiment ridicule que tous mes fils entrassent successivement dans la même carrière. Dis-toi donc mon cher enfant que tu peux, que tu dois entrer à l' École Polytechnique, fût-ce au prix de trois années de spéciales. Allons ! du courage, encore 6 semaines de travail laborieux comme celui que tu produis depuis le renouvellement de l'année et le plus fort sera fait. Dieu aidant, j'en ai la conviction que le succès sera assuré. Vois Gabriel, il n'était certainement mieux doué pour les mathématiques que tu ne l’es et il [y] est parvenu. Ne cède pas à la tentation de viser plus bas que tu ne l'as fait jusqu'ici et crois aux conseils et à l’expérience de ton affectionné père. Tous nous t'embrassons bien tendrement. 27/2/1877 Depuis quelques jours déjà mon cher fils, nous ne sommes plus aussi satisfaits de la situation de notre malade que nous l'étions il y a 8 jours. Ce n'est pas que nous ayons perdu tout à fait le terrain que nous croyions avoir gagné durant les 3 dernières semaines. Mais différents symptômes inquiétants ont reparu. Une certaine agitation nerveuse s'est reproduite, l'appétit a diminué, les nuits sont moins bonnes et entrecoupées de réveils accompagnés de cris qui annoncent une souffrance intérieure. Enfin par dessus tout la suppuration dont nous espérions toujours l'atténuation puis la disparition progressive se poursuit avec autant d'abondance et accuse un foyer toujours sérieux ; car tant qu'elle ne diminuera pas nous ne pouvons prononcer le mot de guérison. Est-ce un simple temps d'arrêt ou le prélude d'une nouvelle crise qui verra recommencer nos anxiétés ? Je ne sais, espérons la première hypothèse mais tremblons de voir se réaliser la seconde. Toujours est-il que la médecine ne pouvant rien, nous n'avons qu'à prier Dieu de nous aider et d'achever l' œuvre qu'Il semblait avoir commencée et vous demander d'intercéder avec nous pour que l'espoir que nous avions conçu ne vienne à s'évanouir. Retomber dans les angoisses que nous avons traversées nous ferait craindre qu'il fût décidément impossible de sauver ce pauvre petit. Je te félicite mon bon fils de tes bonnes notes et vois avec plaisir que par

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ton application ton Carême sera accompli aussi parfaitement qu'il t'appartient de le faire. Te voilà maintenant à peu près quitte à l'égard de VERSAILLES, tu as fait preuve de bonne volonté et tu n'as plus qu'à attendre en été une invitation formelle à laquelle tu te rendras si tu en as le loisir. Je suis contrarié que les contretemps survenus dans les familles et qui empêchent de te recevoir te privent de sortir demain. Je t'avoue mon cher ami que j'ai lu avec plus de peine que d'intérêt les détails que tu nous as donnés sur l'esclandre de l' École Polytechnique et que je ne puis sans y prendre part songer aux anxiétés des pauvres parents dont les fils innocents partagent la responsabilité des actes d'indiscipline de quelques fous. Il est vraiment effrayant de penser que pour vouloir se soustraire à une autorité légitime, des jeunes gens réputés sages compromettent leur avenir et risquent souvent pour des bagatelles de perdre le fruit de leurs années les plus laborieuses. Notre tour viendra bientôt, je l'espère de trembler pour toi et alors nous prierons bien souvent Dieu de veiller sur toi et de te garder de pareils entraînements. Pour ne pas perdre de temps… (questions de pièces pour examen)... A part notre petit malade et moi qui suis toujours fort tourmenté par mon affection cutanée, tout le monde va bien. Nous avons cependant des temps bien variables et bien étranges, hier c'était de la grêle avec tonnerre et éclairs, aujourd'hui ce sont d'incessantes bourrasques de neige. Les jours grandissent cependant et nous nous acheminons vers une époque où l'hiver ne sera plus possible. Peut-être faudrait-il à notre pauvre Jeannot le printemps pour se remettre ? A Dieu, bien cher fils, encore un mois de persévérance et de courage et puis tu viendras respirer un peu près de nous. En attendant ce désiré moment tous nous t'embrassons avec la plus vive tendresse. Ton affectionné père. Nous croyons savoir par RAON que tu as eu la visite de Mgr. DU BELLEY du moins, il a vu le père DU LAC qui lui a parlé de toi dans de bons termes. 1/3/1877 Je t'adresse aujourd'hui cher enfant les deux pièces que tu m’as demandées. Soumets-les à qui de droit et dis-moi dans ta prochaine lettre si je les ai réussies du premier coup. Sinon je les recommencerai sans retard. Je reçois à l'instant ton bulletin mensuel. Il est au total fort bon et je n'y regrette que deux choses : la faiblesse de la note du P. JOUBERT et ton infériorité en composition française. Ce n'est pas je le sais une matière des plus importantes, mais elle a son prix et je t'en prie donne-lui tous tes soins. Ce bulletin est accompagné de la circulaire relative aux vacances de Pâques. C'est pour nous un avant goût de quelques jours de repos que nous nous réjouissons de te voir venir passer près de nous. Tu nous arriveras donc probablement le 1er avril à 1h du matin pour nous quitter le mercredi soir à 11 h. Le docteur est venu hier et nous avons été bien heureux de voir qu'il ne constatait pas de ralentissement sérieux dans l'amélioration fort lente de la situation de Jean. Il constate toujours plus d'amplitude dans la respiration et nous aimons à penser que la petite rechute que nous croyions avoir remarquée chez lui est due au temps. Il est incontestable qu'il a gagné en force et en gaieté sur ce qu'il était il y a un mois et que si la suppuration cessait et que le printemps revînt, il ferait des progrès plus sensibles. Mais je crains que vous ne le trouviez pas encore bien vaillant à Pâques. Enfin que Dieu nous le rende à la santé aussi lentement qu'il voudra mais qu'il nous le conserve. Nous sommes sous la neige depuis 2 jours, il fait bien froid et le pauvre Noll se désole tous les soirs à dîner à cause de ses engelures. Hormis moi qui ne me guéris guère, tout le monde va bien et Maman va aller tout à l'heure voir les fillettes au Sacré-Cœur. Là aussi les engelures doivent se faire sentir. Espérons que ce ne sera plus pour longtemps. Nous recevons ce matin de bonnes nouvelles de RAON et tous nous t'embrassons avec une bien vive tendresse. Ton père affectionné. 20/3/1877 Pour être les derniers venus mon bon fils, tes vœux n'en ont pas moins été parfaitement accueillis et c'est avec la plus vive satisfaction que je viens de lire l'expression de ta respectueuse et filiale affection qui me parvient à l'instant. Comme tu l'as bien pensé, j'ai reçu de tous mes chers enfants les plus consolants témoignages de leur attachement. Dimanche au repas de famille auquel avaient été conviés DENIS et LEPOIRE, mon cher aîné se faisant l'interprète des présents et 15


absents m'a lu suivant l'usage quelques mots bien sentis. André et Élisabeth m'ont récité chacun une poésie. Paul m'a débité avec sa bonne grosse face réjouie et bouffie l'Omelette Soufflée de la Comédie Enfantine que grâce à une excellente mémoire sa bonne mère lui avait facilement apprise. Ce gros père me paraît vraiment très bien doué et marchera, je l'espère sur les traces de ses frères. Enfin le Benjamin lui-même sur son petit lit m'a souhaité une bonne fête. Le plus beau bouquet que le cher petit pouvait m'offrir est le retour à la santé et je vois avec bonheur que ses progrès en ce sens ne se ralentissent pas. Le docteur ne vient plus le voir que tous les huit jours et samedi dernier il paraissait satisfait de son état. Si comme il y a lieu aujourd'hui de l'espérer le bon Dieu se contente pour cette fois de l'épreuve de la cruelle maladie qu'il nous a imposée, nous devons Le louer et Le remercier de tout notre cœur. Il va sans dire que d'Amiens, j'ai reçu aussi d'excellentes lettres ; Pierre et François avaient eu à m'offrir chacun comme bouquet une place de 1er en mathématiques et j'avais reçu au même titre un succès semblable que Joseph avait remporté récemment, tu le sais peut-être déjà. Malheureusement les compositions se suivent et ne se ressemblent pas. Ton aîné vient encore de concourir une fois avant Pâques dans la même matière et pour s'être trop tôt découragé (pas plus tôt rentré il a trouvé ce qu'il cherchait) il sera cette fois beaucoup moins bien classé. Enfin Jeudi dernier, Marie et Thérèse sachant qu'elles ne pourraient plus me voir avant la saint Joseph n'ont pas omis de me souhaiter ma fête et m'ont offert toutes deux un "très bien" auquel j'ai été fort sensible de la part surtout de notre chère indolente. Au total, j'ai été gâté comme toujours par mes bien aimés enfants et une fois de plus j'ai prié saint Joseph, patron des familles chrétiennes et remercié Dieu des satisfactions et encouragements qu'Il me donne. Je regrette mon bon Maurice de te voir déjà peu satisfait des premières épreuves de ton classement de Pâques et je désire de tout mon cœur qu'il en soit autrement des dernières. Tu y mettras j'en suis sûr, tous tes soins, ces épreuves partielles ne garantissent pas je le sais le succès final. Mais elles le font plus sûrement espérer et quand elles sont heureuses, rassurent l'espoir souvent inquiet de ton pauvre père. Encore 12 jours de courage et d'efforts et nous aurons j'y compte le bonheur de te voir bien portant et confiant dans un prochain avenir. Quoiqu'on parle beaucoup de fièvres muqueuses à NANCY, nous sommes tous bien portants. Le temps est du reste malsain et détestable, depuis hier la pluie n'a cessé de tomber à verse, peut-être du moins en serons nous délivrés pour les vacances. Nos dernières nouvelles de RAON n'étaient pas aussi satisfaisantes que de coutume ; Bon Papa souffrait d'un rhumatisme. J'espère toutefois que ce n'est qu'un petit accroc passager, car étant allé, il y a eu dimanche 8 jours, à RAON à l'occasion de l'enterrement de M. Choub, je l'avais trouvé bien vigoureux d'esprit et de corps et fort occupé de son chemin de fer forestier. A bientôt donc déjà, mon bon fils, en attendant le plaisir de la réunion. Nous t'embrassons tous avec la plus vive tendresse. Ton affectionné père. Je te félicite bien vivement de cette note 17 qui me paraît obtenue en mathématiques. Je la prends pour mon bouquet de fête et je t'en remercie de tout cœur. 27/3/1877 Mon bien cher fils, sous l’impression des satisfaisantes nouvelles que tu nous donnes du résultat probable de tes derniers efforts avant Pâques nous n'avons plus qu'à prier Dieu de bénir ton voyage et à nous réjouir du bonheur de te voir et de t'embrasser. Nous comptions Joseph et moi aller te recevoir dans la nuit du dimanche à lundi à 1h mais puisque le père Préfet ne veut pas te permettre comme l’an dernier de partir à 4h.25, nous en prendrons notre parti et nous nous coucherons comme d'habitude. Tu fais bien dans cette occurrence d'attendre le passage de tes frères. Je vais demander au père FLOUR de les laisser se réunir à toi et j'espère qu'ensemble vous trouverez moins pénibles les longues heures du train-omnibus qui ne vous amènera près de nous qu'à 11h.20. Pierre en nous écrivant ce matin nous dit qu'il attend la réponse à la demande qu'il a faite an R.P. Recteur de partir dimanche à 4h afin de se joindre à toi au train de 9h, et d'arriver à NANCY à 6h du matin. Mais par une note au bas de sa lettre le père BUNS refuse et ne permet le départ d'Amiens qu'à 6h du soir comme les années précédentes. Les choses se passeront donc je pense comme tu le supposes et nous serons bien heureux d'aller avec les sœurs vous recevoir tous trois à 11h.20. Dans la prévision que le temps se remettra, M. LEJEUNE

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veut bien préparer pour les vacances de Pâques une promenade du Club Alpin composé surtout de jeunes gens à laquelle je pense sérieusement à vous faire prendre part. Si le temps permet cette jolie course, elle ne présente guère pour nous que deux inconvénients : le premier de vous faire partir mardi à 5h du matin après votre mauvaise nuit de voyage, le second de priver votre mère et vos sœurs de 3 jours de votre présence dans la famille. Mais je pense que le plaisir de prendre un peu de bon air des montagnes vous fera passer sur le premier et il est presqu’inutile de dire que votre bonne mère toujours oublieuse d'elle-même veut bien nous permettre de la quitter. Tout dépendra donc probablement du temps. Nous allons tous bien mais les progrès de Jean sont toujours fort lents. Nous sommes sans nouvelles fraîches de Raon où nous savions samedi dernier par Camille et Augusta que Bon Papa HUIN souffrait assez sérieusement de douleurs rhumatismales. A bientôt donc, mon bon fils. En attendant lundi, tous nous t'embrassons avec une bien vive tendresse. Ton Père. Joseph, lui aussi espère un bon classement de Pâques. 16/04/1877 Mon bien cher fils nous attendions impatiemment des nouvelles de ton voyage et de ta santé, aussi venons-nous de lire avec joie que la traversée a été heureuse et que le rhume est en train de se fondre. Combien nous sommes aussi heureux, mon cher fils de lire l'expression de ta reconnaissance et de ta respectueuse affection. En même temps que toi Pierre nous disait aussi des choses bien douces à entendre pour nos cœurs de parents et nous remercions bien sincèrement Dieu de nous avoir donné des fils à la fois sages, pieux, laborieux, reconnaissants de tout ce que la sollicitude paternelle nous dicte pour eux et ne négligeant jamais l'occasion de nous exprimer leur gratitude. Nous lui demandons bien ardemment de les récompenser par le succès et de leur tenir compte de leurs efforts à nous satisfaire. Nous voilà donc aujourd'hui presque fixés sur le commencement de la mémorable campagne que vont entreprendre non chers aînés dans près de trois mois ils y toucheront tous les deux. Tu sais que ton père surtout ne va plus vivre que dans les angoisses et que certainement il y vieillira, mais il a la confiance que vous ne négligerez rien ni l'un ni l'autre pour mettre le plus d'atouts dans votre jeu et pour le reste il priera de tout son cœur se disant : Deus providebit. Le bulletin trimestriel de Joseph vient de nous être adressé, il est excellent et le Proviseur le résume ainsi : Excellent élève, succès probable et mérité. Nous avons reçu ce matin avec ta lettre les meilleures nouvelles données par Pierre du voyage des Amiénois de leur santé et de leur rentrée. J'ai été voir hier, au Sacré-Cœur Marie et Thérèse et je les ai trouvées toujours fraîches comme des roses et contentes. Pour nous, nous sommes rentrés dans le calme. Nous allons tous bien et il nous semble que la fin des vacances qui avait un peu surexcité et fatigué Jeannot a été pour lui le commencement d'une reprise de forces. Nous espérons donc que la bonne saison aidant vous le retrouverez dans 4 mois en bien meilleur état. Il passe de bonnes nuits, continue à essayer de temps en temps ses jambes et fait toujours de longues allées et venues au soleil sur le trottoir dans sa petite carriole. Aujourd'hui, cependant il fait un vent du nord si âpre que nous avons dû le priver de sortir. Je compte aller coucher mercredi 18 à RAON pour monter jeudi au BLANC-RUPT et veiller à la cessation de service d'HIGEL et à la prise de possession de REMY son successeur. J'espérais que Bon Papa monterait en même temps à THON, il paraît que quoiqu'il aille toujours mieux, il ne se sent pas encore assez solide pour entreprendre cette course et je ferai probablement seul mon déplacement. On ne pense pas â tout, mais après ton départ, j'ai réfléchi que j'aurais pu économiser 20F aux pauvres Dominicains en te donnant un billet de 1000 F. pour le père BAYONNE et conservant les 40 Marks que j'aurais facilement écoulés au BLANC-RUPT pour payer des ouvriers et mes contributions au percepteur allemand. Tu sais sans doute qu'aujourd'hui la guerre est presqu' inévitable en Orient. Dieu veuille si elle est déclarée que ce ne soit qu'un duel entre la Russie et la Turquie et que la conflagration ne devienne pas générale en Europe. A Dieu, bien cher fils, et bon courage. Merci encore une fois de ta lettre et de la confiance qu'elle nous donne dans la persévérance de ton travail et de tes efforts. Tous nous t'embrassons avec la plus vive tendresse. Ton père et meilleur ami.

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24/4/77 Mon cher fils, nous venons de lire avec satisfaction ta lettre du 22 courant et nous apprenons avec consolation que tu as repris courageusement le harnais. Nous pouvons déjà presque compter les jours qu'il te reste à le porter j'espère et cette pensée ne doit pas peu contribuer à te donner les forces nécessaires pour arriver à un heureux dénouement. Nous ne savons encore rien pour le concours de Joseph mais cela ne peut beaucoup tarder et en attendant il travaille toujours énergiquement et avec succès. Je n'ai pas besoin mon cher enfant de te recommander de te donner tout entier à ton affaire, l'heure est solennelle et il nous serait bien dur de te voir obligé de tenter une troisième épreuve. Évite donc je t'en supplie toute espèce de sottise, applique-toi sans relâche et sans distraction, d'abord en vue du but à atteindre et aussi pour mériter ces sorties de faveur dont tu fais je le crois peu de cas mais dont nous sommes jaloux de te voir profiter comme les autres quand l'occasion se présente. Ce matin aussi nous avons reçu de bonnes nouvelles d'AMIENS. Joseph et Bonne-Maman ont vu dimanche Marie et Thérèse en très bonne santé. La première communion de Thérèse est retardée de quinze jours, elle n'aura probablement lieu que vers le 15 juin. Prie bien avec nous mon cher fils pour que ta sœur accomplisse bien ce grand acte de la vie et en retire tout le fruit que nous espérons. De la lenteur que mettent le printemps et la chaleur à venir résulte, nous le croyons du moins, la lenteur des progrès de notre pauvre Jean vers la guérison. S'il n'a pas perdu, il n'a pas non plus beaucoup gagné depuis huit jours et la suppuration de sa petite plaie ne diminue pas autant que nous le voudrions. Patientons et prions toujours Dieu de nous le rendre bientôt à la santé complète. Ta bonne mère ne va pas mal et se repose un peu depuis la rentrée, mais ce n'est toujours qu'un repos relatif. Ayant perdu sa cuisinière, elle essaie d'en faire une d'Eugénie et a jugé à propos de réduire son personnel de domestiques à deux. Je souhaite vivement que cette combinaison ne lui cause pas trop de fatigue. Bonne-Maman, André, Zizi et Paul vont bien. Comme je te l'annonçais, je suis parti mercredi soir pour Raon et jeudi je suis allé procéder au Blanc-Rupt à l'installation de notre nouveau garde. Je suis rentré samedi soir après un heureux voyage. Bon Papa était allé de son côté au Housard régler quelques difficultés avec un marchand de bois. Il semble que cette petite course loin de le fatiguer comme on le craignait, lui ait fait du bien et je l'ai laissé en meilleur état que quand il nous a quittés pour retourner à Raon. Nous avons passé ensemble à THON la journée de vendredi qui a été fort belle. Nous y avons eu à plusieurs reprises le spectacle de deux chevreuils broutant paisiblement dans le pré d'Higel malgré les aboiements des chiens et nous avons bien entendu respecté la confiance que les pauvres bêtes mettaient dans notre voisinage. Malheureusement ce n'est pas en automne que se produit ce genre de distraction : les petits voire même les grands en seraient bien heureux. J'ai cherché vainement à tirer des sangliers et aussi infructueusement à descendre un coq de bruyère que le Révérend Père Higel connaissait mais qui ne s'est plus avisé de venir chanter sur le haut de la Belle-Ligne quand j'y suis allé à 3 heures du matin pour le surprendre. Il se sera défié de moi. Adieu, cher fils. Nous prions Dieu de te maintenir en santé et de bénir tes efforts et nous t'embrassons avec la plus vive tendresse. Ton père affectionné. 1/5/1877 Mon cher fils, nous sommes encore depuis ce matin d'une bien bonne lecture de toi puisqu'elle ne parle plus de rhume ni d'aucune souffrance physique et qu'elle accuse des notes satisfaisantes. Je pense que la dernière 12 concerne la physique et je te fais mon compliment de tes notes tout à fait supérieures en dessin. Nous ne saisissons pas bien d'après ta lettre lequel des deux, Rouché ou Marie, est appelé à remplacer Moutard et il me semble que tu ne le sais pas encore toi-même, en tout cas, nous comprenons que tu désirerais voir l'un ou l'autre appelé au 1er degré et Tissot devenir examinateur de 2ème. Nous ne pouvons malheureusement que souhaiter que satisfaction soit donnée à tes préférences.

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Nous sommes bien aises de te voir à la tête de plusieurs sorties et tu me parais devoir les utiliser convenablement. J'espère que le Général ne t'oubliera pas demain et que tu te rencontreras chez lui avec Gabriel. Là aussi Mad. Léonie pensera peut-être à te faire des offres de service. Je désirerais que ton projet de Versailles pût cette fois aboutir. Jeudi dernier, nous avons eu la visite de Paul Mengin qui disposant d'une permission de 15 jours nous a donné 24 heures, en a consacré autant à Blâmont et est reparti fort vite pour se retrouver aujourd'hui à Brest. Tu ne verras pas je le regrette cet excellent garçon, mais demain sans doute tu feras connaissance avec sa femme et ses petites filles qui passent un mois à Paris chez le général. Inutile de te recommander d'être bien poli et aussi causant que possible. Nous allons tous bien et incontestablement depuis quelques jours Jean a fait surtout à l'endroit de la marche des progrès sérieux : il trotte dans les chambres et quand le soleil malheureusement toujours rare parait et que l'air n'est pas trop vif, il fait des promenades conduit par Inot en voiture. Ses nuits sont bonnes. A cette heure, sont à la maison Bonne-Maman Huin arrivée hier à 1 h. pour repartir aujourd'hui à 4 ; elle nous dit que Bon papa va toujours mieux. Marie et Thérèse en sortie de quelques heures pour des acquisitions de toilette. Elles vont bien, mais Marie a depuis son entorse des vacances une grande faiblesse dans le pied et nous allons la faire visiter encore par une rebouteuse qui nous donnera j'espère, des conseils pour fortifier sa marche. Je viens de recevoir une lettre du Père Buns que j'avais consulté au sujet de la demande à adresser pour la dispense de François. Il me trace la marche ordinaire et hiérarchique à suivre mais ne me paraît pas avoir grande confiance dans la réussite des demandes présentées au Ministre par l'intermédiaire des Recteurs en faveur des élèves des Pères. Si tu avais l'occasion de voir le brave Docteur et s'il pensait pouvoir enlever facilement la chose par M. Lorquet, dis-le-moi. Si tu pouvais le voir demain réponds-moi tout de suite. Sinon je me hasarderai en suivant la voie ordinaire, c'est-à-dire en passant par l'Académie de Nancy, car le P. Buns me paraît redouter le peu de bienveillance de l'Académie de Douai pour ses élèves. Pierre et François vont bien et excusent ton silence avec eux par ton sérieux travail. Adieu, cher et bon fils - Conserve ton courage, reçois nos meilleures caresses et crois à la constante sollicitude et à la tendre affection de tous les tiens. Ton père et meilleur ami. Prions tous ardemment en ce mois la Sainte Vierge et recommandons-lui bien tous nos besoins.

7/5/1877 Cher Maurice, je te sais bon gré de l'empressement que tu as mis à me répondre au sujet de la demande de dispense d'âge à présenter pour François, mais quand ta lettre du 3 m'est parvenue, je m'étais déjà décidé après mûre réflexion à recourir à la voie hiérarchique, c'est-à-dire â soumettre ma requête au Recteur de Nancy en la lui faisant toutefois présenter par un de mes amis qui se flatte d'avoir sur lui quelque influence. Cet ami doit du reste demander au Recteur de me rendre ma lettre au Ministre dans le cas ou il ne croirait pas devoir l'apostiller favorablement afin que si nous éprouvions là un accroc, les voies pour parvenir ne nous soient pas entièrement coupées. C'est le mode d'agir que m'a conseillé le père Buns et je ne sais pas encore si je réussirai de cette manière. Sinon mon ami a encore accès auprès de M. Faye l'astronome qui présenterait la requête directement au Ministre ou enfin j'essaierais de M. Lorquet par le brave Docteur. Mais il faudrait que Lorquet enlevât la chose à Paris même sans que l'on demandât l'avis de l'Académie de Douai car là, d'après ce que me dit le père Buns nous nous exposerions à un échec. La dispense obtenue, on reste maître du choix du centre d'examen et nous verrons s'il faut préférer Paris à Douai. Nous trouvons mon cher enfant que tu mets un peu trop de discrétion à te présenter chez tes cousins Bastien ; ta cousine a toujours été pleine de bontés pour toi, elle est dans une situation intéressante et il ne faudrait pas que la discrétion allât jusqu'à pouvoir être taxée d'indifférence. Tu aurais donc bien fait d'aller mercredi dernier prendre de ses nouvelles. Tu as eu nous le voyons une bonne sortie, mais je regrette encore que tu n'aies pas dérangé un peu ton programme pour aller au Salon avec Mad. Juliette, c'était une excellente occasion pour en faire la visite et je me repentais de ne pas avoir dans ma dernière lettre appelé ton attention sur cette exhibition. Je serais enchanté que tu fisses la connaissance de nos parents Dumon et que tu

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leur offrisses les meilleurs souvenirs de Bonne Maman Geny et de moi en attendant que je puisse l'an prochain, je l'espère aller les voir avec toi. Je t'engage donc vivement si tu vas à Versailles les chercher. Je ne connais point leur adresse mais il te serait facile par l'obligeant Duval de te la procurer dans les bureaux du Sénat. Rien ici de nouveau à te mander. Les santés sont bonnes et tous ceux qui ont à travailler sérieusement le font. Le petit malade est toujours dans le même état. Le temps reste cru (?) et il faut nous attendre à ce que la guérison complète soit bien longue à venir. Nous avons vu hier Marie et Thérèse bien portantes, et la première communion de Thérèse est fixée au 15 juin. Bonne maman Geny va bien et se dispose à aller faire à Sr. Reginald sa visite de printemps. Nous attendons des nouvelles de Raon. Adieu et courage cher enfant, nous t'embrassons tous avec la plus vive tendresse. Ton père affectionné 14/5/77 Mon cher Maurice, nous recevons à l'instant ta lettre du 13 et quoique je n'aie pas grand-chose à y répondre, je veux être comme toujours exact à t'en accuser réception et te donner quelque peu de nos nouvelles. Nous sommes heureux de penser que tu pourras être débarrassé dans les premiers et nous souhaitons cependant que tu aies tout le temps de repasser tes matières. Dans ce but applique-toi, mon cher fils durant les deux mois qui te restent et songe bien au but important à atteindre. Je te fatigue peut-être de mes recommandations mais tu me les pardonneras en raison de ma sollicitude paternelle si éveillée à l'endroit de mes deux aînés. Le soleil et la chaleur ont bien du mal à s'installer : néanmoins les santés sont aussi bonnes que possible. Jean toutefois ne fait pas les progrès que nous voudrions ; son appétit est fort capricieux et les forces ne reviennent guère. Le docteur paraissait encore hier frappé de l'abondance persistante de la suppuration et songerait à appliquer un petit appareil qui la rendrait plus facile, cependant, il hésite, d'une part parce que le sujet lui fait toujours mauvais accueil et est très rétif à toute opération, d'autre part parce qu'il craint pour la plaie intérieure l'action trop directe de l'air. Je crois qu'avant d'en venir à ce moyen nous tenterons la semaine prochaine l'effet d'une huitaine passée dans les Vosges. Si le temps devenait beau et chaud, ta mère voudrait partir samedi pour Raon avec les trois petits et de là irait essayer au bois de Thon, de l'air des sapins pour le malade. Prions pour que ce projet soit réalisable et surtout nous procure le résultat désiré : la convalescence. Nous avons vu hier Marie et Thérèse bien portantes comme toujours. Marie paraîtil t'a écrit une longue lettre. Bonne maman Geny nous a quittés samedi pour passer huit jours à Langres et j'apprends Dieu merci, ce matin par S. Reginald qu'elle lui est arrivée en bon port. L'affaiblissement croissant de sa vue me fait toujours trembler quand je la vois se mettre seule en route. La demande de dispense d'âge de François me donne beaucoup de démarches et de soucis. Je crains de ne pas aboutir et que notre cher candidat quoique prêt avec de sérieuses chances de réussite ne soit forcé comme Pierre de doubler sa rhétorique. Le recteur de Nancy après m'avoir presqu'assuré d'un avis défavorable paraît aujourd'hui se raviser. Mais je ,crains de sa part un traquenard. En somme, je crains fort la voie hiérarchique et n'espère le succès que si un personnage puissant ayant accès auprès du Ministre peut la lui faire signer directement. Peutêtre vais-je essayer de M. le sénateur Salmon qui a fait savoir au père Didierjean qu'il se prêterait volontiers à présenter lui-même ma requête au ministre. En tout cas je suis fort perplexe et inquiet du succès. Je ne suis pas moins ennuyé des lenteurs que mettent les ouvriers à terminer notre maison. J'ai beau aller et venir auprès des uns et des autres, je n'obtiens pas grand-chose et il semble que plus nous approchons de la fin, plus nous sommes obligés de reculer le moment de l'installation. Adieu, mon cher enfant. Nous aimons à penser que tu as passé hier une bonne soirée à Athis et te souhaitant santé et courage, nous t'embrassons tous avec la plus vive tendresse. Ton père affectionné. 22/5/1877 Contrairement à ce que tu pensais mon cher fils, ta bonne mère et ses trois petits sont partis samedi dernier pour Raon et je reçois à l'instant la nouvelle qu'ils sont tous arrivés en bon port et

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qu'ils vont aussi bien que possible. Le temps toujours gris et froid n'est pas ce que nous avions rêvé pour faire faire des progrès à Jean. Espérons cependant qu'il s'améliorera et que ce petit déplacement produira le bien attendu. En même temps que le départ de ta mère s'opérait le retour de Bonne-maman Geny bien portante et heureuse d'avoir passé quelques jours avec sa fille toujours heureuse et bien occupée de nous tous. J'ai bien à te féliciter de ton dernier bulletin mon cher fils que j'ai reçu avant-hier et que j'ai trouvé excellent. Je me suis empressé de l'envoyer à Raon. Je vais de même envoyer aujourd'hui ta lettre bien satisfaisante et les nouvelles non moins bonnes qui me parviennent d'Amiens ce matin par François. Il va sans dire que le temps n'est pas assez favorable pour que Maman ait pu songer à aller en forêt et qu'elle reste à Raon attendant qu'il plaise au soleil d'éclairer et d'échauffer la terrasse. J'ai maintenant quelque espoir sérieux d'obtenir la dispense d'âge de François par le brave M. Salmon, sénateur, mais je ne la tiens pas encore. J'apprends aussi ce matin qu'il est né une seconde fille aux excellents Bastien. Ils désiraient, je suppose un garçon. Je suis peiné de voir que votre séjour à la fête d'Athis a été bien court. Mais je comprends qu'à l'époque sérieuse où vous êtes arrivés, le R.P. Recteur n'ait pas cru devoir vous laisser prendre une distraction trop prolongée. Je compte que tu es aujourd'hui à Versailles et que ta visite à nos parents ne leur causera pas de gêne. Je souhaite que la prorogation des Chambres n'ait pas encore fait partir les Dumon pour Marseille et que tu puisses te présenter à eux. Je crains qu'on ne songe plus cette année à Raon à créer les chambres en projet et qu'il ne soit prématuré de parler d'une suspension pour le billard. Adieu, bien cher fils, que Dieu te conserve en santé, continue à mériter les notes que, ton application t'a values la semaine dernière, et le succès, j'en ai l'espoir, couronnera dans deux mois tes efforts. Mes deux compagnons de veuvage, Joseph et `André travaillent de leur mieux et se joignent à Bonnemaman et à moi pour t'embrasser et t'assurer de leur tendre affection. Ton père et ami. 29/5/1877 Cher ami, ta bonne lettre aussitôt reçue et lue vient avec celle de Pierre de partir pour Raon où elles feront toutes deux comme à moi grand plaisir. Votre bonne mère n'ayant vu apparaître le soleil qu'à la fin du séjour projeté dans les Vosges m'a demandé samedi, à le prolonger de six jours et j'y ai consenti d'autant plus volontiers que ce déplacement paraît profitable à tous et surtout au petit malade. La suppuration du côté n'a pas diminué mais l'appétit est revenu, le sommeil est bon et c'est plaisir dit-on de voir le pauvre petit manger de tout. Il a tant à refaire. Peut-être même vos lettres iront-elles jusqu'à Thon car Bon-papa songeait sérieusement dimanche à y conduire toute la bande. Espérons que le temps qui semblait hier disposé encore à se gâter ne les a pas arrêtés. J'ai profité pour emporter vos lettres et la mienne de l'occasion de M. Hartmann venu hier à Nancy pour s'entendre avec la famille Beaupré dans laquelle il entre dans huit jours en qualité de précepteur. Il parait content et je souhaite qu'il fasse l'affaire. Nous allons tous quatre bien ici et prenons notre solitude en patience. Mes deux compagnons de veuvage travaillent de leur mieux et nous avons vu dimanche au Sacré-Cœur Marie et Thérèse qui se portent à merveille. Pour la dernière le grand jour (15 juin) approche. Hier, le R.P. Grandidier en tournée de province est venu me donner de bonnes et fraîches nouvelles d'Amiens que m'a confirmées ce matin la lettre de Pierre. Denis n'a pas encore quitté Nancy et attend que sa tante lui fasse signe de venir. Avant-hier, l'obligeant M. Salmon m'a transmis la lettre du Ministre l'avisant qu'il accordait à Chofia une dispense d'âge. Hier l'Académie de Nancy m'informait officiellement de la chose. Mais comme je n'avais pas annoncé que François compte passer à Douai, c'est à Nancy que le Ministre assigne Chofia à comparaître. Je ne m'en soucie guère pour divers motifs et je vais tâcher d'obtenir qu'il passe à Douai. Au surplus, je suivrai là-dessus ce que me conseillera de faire le père Buns. Je suis bien content de tes notes mon cher fils, et avec satisfaction je crois distinguer que plus l'instant critique approche, plus tu t'appliques. Dans un mois tu toucheras aux épreuves écrites. Nous ne savons encore rien sur l'époque des compositions de Joseph. Tu as eu une bonne sortie à Versailles et je suis bien aise que mes précédentes lettres conservées aient pu te servir en cette occurrence. Adieu, cher fils, Bonne -maman Geny va bien et se joint à nous pour t'embrasser tendrement. Ton père affectionné.

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9/6/1877 Mon cher fils, nous comptons toujours que tu jouiras lundi prochain d'une sortie et dans cet espoir je viens te recommander de ne pas omettre d'aller ce jour faire une petite visite au Général. Il est ton grand-oncle et âgé, et à ces deux titres il a droit à tous tes égards. Tu lui offriras ainsi qu'à Mad. Mengin nos plus respectueux compliments. Mille bonnes choses aux Bastien. Nous allons tous bien et souhaitons que la présente te trouve de même. Ton père affectionné. 13/6/1877 C'est une très bonne pensée que tu as eu mon cher fils de retarder d'un jour ta lettre hebdomadaire afin de nous donner d'intéressants détails sur tes journées de Dimanche et lundi. Déjà hier, le Français nous avait donné un petit article sur le banquet et fait connaître en quelques mots le thème du discours de M. de la Bouillerie . Pensant à toi, nous avons vu avec bonheur que la réunion avait dû être belle et intéressante. Pourquoi faut-il si ce n'est parce que le diable est déchaîné, que ces bons pères qui savent inspirer à la jeunesse qui leur est confiée des sentiments si patriotiques et si chrétiens soient le but de si nombreuses et si violentes attaques et, peut-être si Dieu ne s'en mêle, exposés un jour ou l'autre à l'expulsion. Mais toi, mon cher fils, tu es et seras toujours un de leurs élèves dévoués et reconnaissants et quoiqu'il arrive, les pères, auront, nous avons l'espoir de le voir bientôt, assuré ton entrée dans une carrière. Tes notes continuent à être satisfaisantes et n'ayant qu'elles pour me renseigner, je continue à bien augurer de l'événement. Tu penses bien que par les chaleurs sénégaliennes que nous subissons depuis quelques jours (j'avais hier 30 degrés à l'ombre) notre pensée se reporte souvent vers nos chers étudiants et que nous voudrions pouvoir écourter le mois qui vous sépare encore tous trois de vos épreuves. Je me rassure pour toi en pensant que tu n'en es pas à ta première année, que tu revois avec plus de tranquillité tes matières et je prie Dieu qu'Il te conserve en santé jusqu'au bout. Nos chers Amiénois travaillent aussi vaillamment et comptent subir leurs examens à peu près ensemble vers le 15 juillet. Ils reviendront par Langres pour faire connaissance avec notre chère recluse. Joseph ne sait toujours rien si ce n'est que de vous quatre, il portera le harnais le plus longtemps. Il travaille toujours avec énergie, régularité et succès mais n'a pas été content de ses compositions pour le concours académique. Il est vrai de dire que tous ses concurrents de Nancy sont à peu près dans le même cas. Il a commencé, comme tu le penses les bains de rivière mais s'est rationné à trois par semaine. Ce n'est pas dimanche mais bien après-demain, vendredi 15, mon cher fils que tu devras avoir un souvenir particulier pour Thérèse. Nous l'avons vue dimanche avant qu'elle n'entrât en retraite et nous irons demain l'embrasser avant la cérémonie du lendemain. Elle nous paraît bien préparée et nous aimons penser que les progrès qu'elle a déjà faits s'accroîtront encore. Elle sera aidée par tant de bonnes et ferventes prières. Nous attendons Bon-papa et bonne-maman Huin demain, et en l'honneur de Thérèse le R.P. Didierjean prononcera à la messe le discours d'usage. Samedi après la messe d'actions de grâces, les deux sœurs sortiront et nous aurons un déjeuner de famille. Votre absence augmentera les vides que la mort a déjà faits dans cette réunion mais vous ne serez point oubliés. Nous allons toujours aussi bien que possible. Jeannot mange, dort, s'amuse bien et grâce peut-être à la chaleur ses progrès vers la guérison se poursuivent. Les derniers travaux de la maison s'achèvent et dans trois semaines environ, nous comptons bien quitter la rue du Manège pour nous installer rue des Chanoines. C'est te dire que c'est là que nous voulons vous recevoir en vacances. Adieu, cher fils, encore quatre semaines d'énergie et de persévérance et Dieu aidant, tu nous reviendras satisfait de tes épreuves. Bonne-maman Geny bien sensible à ton souvenir se plaint beaucoup de ce rude début d'été. Tous nous t'embrassons avec la plus vive tendresse. Ton père affectionné.

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19/6/1877 Mon cher fils, avant ta bonne lettre de ce matin, dépourvue cependant de notes (je me demande pourquoi), nous était parvenu il y a quelques jours ton bulletin du mois de mai. A part une légère tache de conduite, il est très bon et il me tardait de t'en exprimer toute ma satisfaction. J'ai été surtout enchanté de ta place de 3ème en Maths. Un pareil succès, à la veille des compositions ne peut manquer de nous donner espoir et confiance. Nous n'avons donc mon cher fils qu'à te féliciter de tes courageux efforts et à prier Dieu qu'Il en bénisse les résultats. Nous apprenons avec soulagement que quelque soit l'ordre suivi, tu seras dans un mois environ à peu près tiré de peine et, Dieu le veuille, tranquille sur l'issue. Pierre et François nous annoncent une session commençant le 18 juillet à Amiens pour laquelle ils comptent se faite inscrire et qui les mettra à même d'être libres à peu près en même temps que toi. Enfin Joseph fait ses compositions les 16, 17 et 18 juillet. Mais à quand les examens oraux pour lui ? Nous l'ignorons et craignons bien que Nancy étant le dernier centre sur l'itinéraire, nous ne soyons tenus en suspens pour lui jusqu'en septembre. En résumé, sauf l'oral de Joseph, toutes vos épreuves se feront à peu près simultanément et j'en bénis Dieu, car ces moments me sont trop pénibles pour que je n'apprécie beaucoup d'en voir la durée atténuée. Prenons donc courage et prions bien Dieu qui tient en ses mains le succès. La chaleur continue à être forte, mais nous la croyons bonne à Jean, ses progrès ne sont pas très rapides. Mais il n'y a pas chez lui de recul et c'est ce qui nous donne surtout espoir que nous arriverons à la guérison. La suppuration reste à peu près la même mais nous devons espérer avec les médecins qu'elle s'éteindra d'elle-même. A part cela, la situation générale est bien améliorée : toutes les fonctions se font bien et la démarche n'est plus du tout la même qu'à Pâques. J'espère que vous constaterez un grand mieux. Notre cérémonie de vendredi s'est très bien passée et le lendemain la sortie égayée par le repas de famille a bien diverti ces demoiselles. Mais outre les vides que la mort d'un grand-père, l'éloignement des frères et des tantes faisaient parmi nous, il y avait encore un autre vide sensible et inattendu. Bon papa Huin avait été retenu par l'enterrement de son ami, M. Guérard de SaintDié, et Bonne Maman seule s'était dérangée. Nous avions aussi les dames Jeanpierre veuve, Cezard, Jacquot et des enfants. Enfin cela a été aussi bien que possible. Adieu, cher fils, tous nous t'embrassons de tout notre cœur, te souhaitant santé, énergie et confiance. Ton père affectionné. Pierre est entré dimanche soir en retraite de philosophe et en sortira jeudi. Prie pour lui et pour son succès. 26/6/77 Mon cher fils, lors même que tu n'as pas grand-chose à nous dire tes lettres nous sont toujours précieuses et celle de ce matin nous apprenait l'essentiel à savoir que tes notes sont satisfaisantes, que tu te portes bien et travailles de même. Nous sentons que tu es à cette heure dans le coup de feu. Aussi je n'ai pas besoin de te dire que notre sollicitude est bien éveillée à ton endroit et que nous attendons avec bien de l'anxiété ta prochaine lettre qui ne viendra plus, nous le comprenons que pour nous annoncer tes impressions sur tes compositions. Nous te savons bon gré de ne pas avoir malgré tes nombreuses occupations perdu de vue la Saint-Jean-Baptiste et Bon papa Huin aura été heureux de recevoir les nombreux témoignages d'affection et de respect de ses petits-enfants. Moi non plus, mon cher fils, je n'ai rien de bien important à te dire si ce n'est que nous continuons à aller tous aussi bien que possible et que lundi et jours suivants nous serons auprès de toi par la pensée et te prêterons tous le seul recours dont nous soyons capables, celui de nos prières. Les seules recommandations que ton père puisse te faire, sont des conseils de détails il est vrai mais qui ont bien souvent leur importance. Donne tous tes soins à toutes les épreuves, quel que soit leur coefficient et ne néglige rien sous prétexte que cela n'a pas un grand intérêt. Présente tout sous une forme avantageuse, facile à lire, c'est-à-dire emploie ta plus belle main. Soigne bien ton style dans la dissertation, évite l'enflure, gare-toi des fautes d'orthographe et aie soin de te relire. Pour les compositions de mathématiques ne sois pas trop prompt ; mûris bien ton sujet et ne te dépite pas trop tôt si tu ne trouves pas immédiatement la solution d'un problème. Surtout aussi pas d'étourderie dans les calculs. Ne vas pas te faire mettre hors de concours en copiant sur un voisin ou en cherchant à l'obliger. Je voudrais ne rien publier des soins et

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précautions que je désire te voir prendre ; mais cela m'est bien difficile et je suis obligé de me résumer en te recommandant d'être prudent et leste à la fois et en te disant pour finir : A la garde de Dieu. Je crois pouvoir te rendre cette justice que tu as travaillé de ton mieux et je veux espérer que pour ce motif tu recevras d'en haut de salutaires inspirations. Tu as j'espère un satisfaisant bagage d'épures, lavis et dessins à présenter à l'examinateur de mathématiques élémentaires. Nancy est en fête toute cette semaine, concours régional, concours hippique, exposition d'horticulture, tout cela remplit la pépinière qu'on dit charmante. Mais les derniers travaux de la maison et un petit commencement de déménagement m'ont empêché de rien voir encore. Aujourd'hui, on inaugure la statue de Callot sur la place Vaudémont1. Le lycée est à cette occasion en vacances et Joseph se paie un jour de repos. Jeudi on fait le centenaire de Dombasle et cette fête agricole nous procurera sans doute la visite de Bon papa Huin. Adieu, cher fils, à la veille d'une épreuve bien sérieuse, bien importante, pour toi, mais dont, j'en ai la confiance, tu sortiras vainqueur. Je t'envoie les meilleures caresses de nous tous et la bénédiction de ta tendre mère et de ton père bien affectionné. 6/7/77 Mon bien cher fils, nous recevons à l'instant la lettre que tu as pris soin de nous écrire hier et j'ai hâte de te dire la satisfaction qu'elle nous cause n'a d'égale que l'impatience avec laquelle elle était attendue. Dieu soit loué, voilà déjà un moment critique traversé heureusement ce nous semble. Encore une quinzaine de jours de courage et d'efforts, quelques heures de sang-froid au moment décisif, un peu de chance et j'espère, mon brave garçon que nous n'aurons qu'à remercier Dieu et attendre en paix la fin d'octobre. Tu me parais dans de trop bonnes dispositions pour que j'aie besoin de te recommander le travail soutenu et la persévérance jusqu'au dernier instant. Courage donc et espoir. Le temps me manque pour t'en dire plus long. Depuis mercredi, nous déménageons et le soir de ce jour nous avons définitivement pris possession de notre nouveau domicile. Un temps à souhait a favorisé cette opération dont nous avons traversé maintenant les plus gros ennuis et les plus grandes fatigues et Dieu merci, ta bonne mère s'en est heureusement tirée ; mais nous n'avons pas fini. Il faut tout remettre en place et avoir à faire à de nombreux ouvriers. Aussi sommes nous encore pour quelques jours fort en l'air. Nous espérons que quand nos trois chers fils arriveront, tout cela sera à peu près fini et qu'ils seront satisfaits de l'installation que nous leur aurons préparée. Adieu, cher fils et bon courage. Nous avons de bonnes nouvelles de Raon où sont Paul et Jean. Les grands ont bien voulu nous en débarrasser pour le déménagement. A Amiens, on va bien et bûche ferme et au Sacré-Cœur, chose inouïe, Thérèse vient d'avoir son très bien. Tous à Nancy nous allons bien et t'envoyons nos plus chaudes félicitations et meilleures tendresses. Ton père affectionné. 12/11/77 Merci mon bon fils de ton exactitude à remplir tes promesses et d'avoir pris quelques instants sur tes loisirs d'hier pour nous mettre au courant de tes débuts. Les détails que tu nous as donnés nous ont fort intéressés et satisfaits et nous sommes heureux de voir que tout se passe bien jusqu'ici. Du courage, de la prudence, de l'habileté et j'espère que la quarantaine aura sa fin. Pour ne pas l'oublier, je te dirai tout de suite que Joseph est content de ses débuts. L'absorption qui le préoccupait a eu lieu tout de suite et avant ma rentrée ici, les anciens avaient été sermonnés et rudement menacés par l'autorité et Joseph a eu la chance de se tirer proprement de cette sale cérémonie. Il est enchanté de son binôme et il serait bien difficile de ne pas l'être. Prévenu déjà favorablement par ces dames sur le compte de Perroy, j'ai fait sa connaissance hier et l'ai trouvé charmant : il est joli garçon, bien élevé, de bon ton et connaît le monde plus que notre Joseph, ce qui ne fera pas de mal à ce dernier. Malheureusement pour lui, le pauvre jeune homme parait être assez frêle de santé et ce sont les études trop sérieuses pour l'arrivée à la grande École qui l'ont forcé à y renoncer. Il est dans nos idées et nos croyances, et je crois qu'au total, on peut compter sur un bon tiers de braves garçons dans la promotion. Le directeur que j'ai vu augure bien des

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nouveaux arrivants. Pour en revenir à toi, mon bon ami, tiens-toi ferme à tous égards et n'oublie pas de t'atteler à la besogne avec régularité et avec ardeur. Par tout le monde, les deux Joseph sont aussi vivement sollicités d'en faire autant et de se méfier des conseils des anciens. J'ai fait bon retour et après une excellente journée passée près de la tante Réginald à causer de tous ceux dont elle est si tendrement occupée, je suis rentré vendredi à une heure chez moi où j'ai trouvé tout le monde bien portant. Jean le plus intéressant de tous après avoir été un peu plus souffrant est redevenu très gai et très bavard. Ta mère à qui j'avais déjà reporté par lettre les conseils du docteur Bastien avait trouvé, Roussel pensant comme Bastien qu'il fallait aujourd'hui tâcher de guérir la suppuration mais tenant à son bouton Dupuytren en argent et peu partisan du drain en caoutchouc. Tout ce que m'avait dit notre habile parent me mettait alors dans un tel embarras que je songeais sérieusement à prier Bastien de venir ici nous voir et décider en voyant le sujet. Cependant nous nous sommes décidés à faire une nouvelle consultation avec le docteur Hecht et ces messieurs viennent de nous amener par des raisons que je crois sages et surtout à cause de ce qu'ils connaissent mieux le mal et l'ouverture existante que je n'ai pu, moi ignorant, l'expliquer à Bastien, à poser le bouton en argent qu'a fait préparer Roussel. L'opération aura lieu samedi prochain à 9 heures à l'aide de chloroforme. Dis-le toujours au docteur si tu en as l'occasion et que Dieu nous assiste et nous procure par là, la guérison. Si l'écoulement plus facile qui se produira ne s'arrête pas de lui-même on recourra aux injections. En définitive, il faut fixer sa confiance en quelqu'un et je crois devoir la mettre en Roussel qui a bien traité le malade, en son confrère de Nancy qui l'a vu et approuve son procédé plutôt qu'en Bastien qui ne connaît les choses que par mes yeux et par mes renseignements d'ignorant en médecine. J'ai trouvé bien des choses à faire ici et je te galope ces quelques mots en hâte. Ta mère et tes grands parents vont bien. Pierre a beaucoup souffert des dents et est encore très enflé. Je crois que cela finira par un abcès. Il a été 5ème en composition. J'ai vu hier Marie et Thérèse, on ne peut mieux portantes. A peine de retour, j'ai reçu une lettre de Gustave Deseilligny m'exprimant son regret de ne pas nous avoir vus et l'espoir que tu viendras un jour ou l'autre de sortie lui demander à déjeuner ou dîner. C'est une bonne connaissance qu'il ne faut pas négliger : prends-donc je t'en prie un jour ton courage et présente toi toi-même une fois à 11 h. ou 6 h. La glace rompue cela ira tout seul. Il y a là trois ou quatre enfants et entres autres un rhétoricien ou un philosophe. Je regrette le départ possible du général Salanson. Mademoiselle Didion qui nous quitte seulement aujourd'hui te fera recommander au Colonel Protche par son beau-frère, M. Bezançon de Metz. Adieu, cher enfant, si tu savais comme je suis occupé de toi et de tes bons débuts si importants. Tous nous t'embrassons avec la plus vive tendresse. Ton père et ami. Je conserve le meilleur souvenir des instants que nous avons passés ensemble sur le pavé de la Babylone moderne. 17/11/1877 Mon bien cher fils, il est incontestable que ce que tu as pris soin de nous narrer le 15 au sujet de vos rapports avec les anciens n'est pas du tout folichon et il nous est pénible de te voir désirer entrer en quarantaine pour avoir un peu de tranquillité. Fais toutefois, je t'en prie appel â toute ta patience pour supporter ces petites vexations du début qui ne sauraient avoir qu'un temps et évite de recourir à la vengeance qui pourrait exciter vos tyrans et avoir de déplorables effets. Ton tour viendra et j'espère que tu te vengeras en ne molestant pas tes conscrits. Rappelle-toi qu'en toutes choses les débuts sont un peu pénibles et pour tes études surtout grand courage. J'espère que l'analyse s'éclaircira pour toi qui sous le rapport de l'intelligence (tu nous l'a bien prouvé) en vaux bien d'autres et que tu t'exagères un peu l'infériorité de ton premier lavis. Nous sommes toujours bien occupés toi et tous ces détails sur tes débuts nous sont précieux. N'as-tu pas un de ces jours une absorption à subir ? Joseph comme je te l'ai dit se tire bien des siennes mais il commence à en avoir assez des punchs qui se succèdent sans relâche. Il en est résulté pour lui un échauffement assez opiniâtre pour qu'il faille le purger. Peut-être aussi faudra-t-il qu'il revienne au café au lait du matin dont il cherchait à se déshabituer ? Nous allons tous bien et même très bien. C'est aujourd'hui que devait avoir lieu l'application du bouton de Jean. Mais depuis que les docteurs l'ont décidé, il s'est produit une amélioration si sensible, si remarquable chez Jean qu'on a décidé hier de surseoir. La suppuration s'est arrêtée. Il

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est d'une gaieté charmante, il mange avec appétit. Bonne Mère, dont on emploie toujours l'eau salutaire de Lourdes, céderait-elle enfin à nos prières et nous le rendrait-Elle sans opération à la santé ? Nous l'en supplions sans relâche et avons commencé hier soir une neuvaine à cette intention. Je suis allé hier à Charmes rendre les derniers devoirs à Camille Grandjean, mon contemporain et cousin. Il y avait presque neuf mois jour pour jour que nous enterrions son père. Ce malheureux garçon s'est usé par l'abus de toute espèce de liquides. Sa jeune femme reste veuve pour la seconde fois et sa pauvre mère est bien désolée. En montant dans le train, j'ai fait la connaissance de ton ami de Maud'huy se rendant six semaines plus tôt qu'il ne le pensait à son bataillon de chasseurs en garnison à Épinal. Il est fort bien et m'a chargé de te faire ses meilleures amitiés. Tu n'omettras pas d'aller prochainement voir le Général et de lui exprimer tous mes regrets de ne pas l'avoir rencontré. Tu lui feras part de la mort de Camille Grandjean. Il paraît que Duval a amené sa femme à Laneuveville. Elle est toujours fort souffrante et placée sous la garde de deux sœurs. Nous avons en Lorraine aussi un temps triste et brumeux, la température s'est notablement abaissée. Mais on ne peut encore appeler cela du froid. Adieu, bien cher fils, courage et patience je t'en prie. Nous comptons sur ton vigoureux moral pour faire face aux difficultés du début. Pense souvent aux conseils et à la sollicitude de ton père bien affectionné. 23/11/1877 Mon cher fils, ta bonne mère aurait voulu répondre à ta lettre de ce matin, mais elle me dit et je le vois qu'elle est toujours si occupée de mille et un soins qu'il faudra que tu te contentes encore aujourd'hui de moi pour te donner de nos nouvelles. Comme je crois te l'avoir déjà dit, au lendemain même du jour où les docteurs avaient décidé de poser 1e fameux bouton, la suppuration s'est arrêtée chez Jean comme par enchantement. Cet arrêt subit nous aurait préoccupés s'il n'avait été accompagné des symptômes les plus rassurants pas de toux, bon sommeil, appétit plus régulier et meilleur, gaieté folâtre, etc., etc. La veille du jour fixé pour l'opération le docteur venant pour nous indiquer les apprêts à faire a été stupéfait et après consultation ou plutôt auscultation satisfaite a déclaré qu'il n'y avait pas bien entendu lieu de réaliser son petit système. Depuis la situation s'est maintenue aussi et plus satisfaisante et hier le docteur n'a pas hésité à déclarer que c'était une guérison qu'on pouvait croire complète. Sollicité d'en donner l'explication il n'a pas su dire grand-chose, mais ta digne et pieuse mère n'a pas hésité à lui dire qu'elle attribuait le fait aux applications d'eau de Lourdes qu'elle a faites une fois l'opération décidée. Il a souri comme sourient en pareil cas presque tous les médecins. Mais comment ne croirions-nous pas à une intervention miraculeuse quand nous avons vu le mal s'arrêter incontinent au lendemain du jour où la science humaine déclarait qu'il y avait lieu de procéder et pendant que, nous le savons, de saintes femmes offraient leurs prières et leurs sacrifices. Le fait nous parait incontestable et tout en continuant la neuvaine commencée nous ne cessons de dire : Louée et remerciée soit à jamais N.D. de Lourdes. Avec cela nous allons tous bien et ta bonne mère quoique toujours plus lourde est délivrée d'un grand poids. Bonne maman Huin part tout à l'heure après avoir passé avec nous une assez mauvaise semaine sous le rapport du temps que Bon papa a passée à Thon pour marquer. Marie et Thérèse espèrent sortir demain quelques heures à l'occasion de la Sainte Catherine, mais elles seront rentrées pour le dîner auquel Bonne maman nous a conviés pour fêter sa patronne. Dimanche la 53ème de l'Ecole forestière endosse la petite tenue et par un luncheon à Saint-Nicolas ou Frouard, les conscrits rendent aux anciens leurs politesses jusqu'à ce jour. On traverse la ville en break escorté par les anciens à cheval. Ce sera splendide, cela abrutira le pékin à moins que cependant habitué à ces mascarades, il regarde à peine et que la pluie comme hier tombe à torrents. C'est là, je crois, à peu près la clôture des réceptions Nous sommes heureux cher fils de savoir que pour toi cela se calme et nous attendons le compte-rendu de la situation que te feront les cotes. A 3 sur 9 on peut prendre son mal en patience. Je regrette de te voir mécontent de ta colle de mathématiques et espère que celle de chimie sera plus satisfaisante. Je t'en supplie encore pense combien il est important et comme notre désir est vif que tes débuts soient bons. Je demande bien souvent au bon Dieu de t'aider dans toutes tes difficultés et de te garder bon et pur. A Dieu, cher fils, nous t'embrassons tous bien tendrement. Ton père bien affectionné.

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Je reçois à l'instant la nouvelle de la mort de M. Thomas de St Clément à la suite d'une congestion cérébrale. J'aurais cru que ta lettre de ce matin serait adressée à ta marraine. François va bien, travaille de même et t'écrira prochainement. Pierre n'est pas mécontent d'une composition en physique faite ce matin. 11/12/1877 Mon cher fils. Je ne veux pas désespérer si tôt que toi et tirer les mêmes conséquences que toi de ton dernier résultat en chimie. Fais comme moi je te prie, et en présence d'une cote qui semble équivaloir à un bien persévère dans tes efforts du début , te souvenant toujours de l'importance du premier semestre. Nous avons su par ta lettre à Marie, ta mésaventure de mercredi. Tâche de profiter de la leçon et évite des facéties qui coûtent plus cher qu'elles ne valent. Les Massu ont dû revenir cette nuit. Nous verrons donc sans doute bientôt sinon Émile qui devait être très pressé de rentrer à son poste, du moins Henriette qui nous parlera de toi. Tu verras aussi sans doute bientôt Didierjean, car il m'écrivait dernièrement qu'il serait à Paris dans la deuxième quinzaine de décembre et se ferait un plaisir de te voir. Depuis quelques jours, Jean est pris d'une bronchite et les quintes de toux ont fait reparaître hier l'écoulement. Est-ce le mal principal qui a amené la bronchite ou la bronchite qui a ramené l'écoulement ? Nous ne le savons, toujours est-il que nous ne sommes pas si avancés que nous le croyions et que cette rechute me peine quand j'entends le docteur repenser à son appareil. Prions toujours pour ce cher petit et ne nous lassons pas de mettre notre confiance dans la Sainte Vierge. A part cela et les engelures qui commencent et qui font surtout à Noll la plus affreuse grimace, nous allons tous bien. Nous attendons aujourd'hui Bonne-maman Huin qui revient encore nous donner une semaine que son mari va passer en forêt. Peut-être viendra-t-il la rechercher. Dimanche, Joseph a été présenter à ses grands-parents, ses camarades Perroy, de Brinon et de Lignières. Pierre était de la partie. On est arrivé à midi et demi puis on a dîné. A 2h on a été à la pierre d'appel et à 8h et demie on rentrait souper chez nous. Le temps a été beau et on est venu satisfait de cette course. La gelée paraît vouloir prendre sérieusement et Joseph a des chances d'étrenner bientôt ses patins. Il a déjà passé deux colles, l'une de droit où il a piqué 12 et une autre d'histoire naturelle qu'il compte meilleure. Les punchs sont à peu près finis et il commence à passer ses soirées à travailler en compagnie de Pierre. Je ne dis rien de ce dernier sinon qu'il est réglé comme un chronomètre. Nous recevons aujourd'hui de bonnes nouvelles de François et dimanche les fillettes allaient bien. A Dieu, cher fils et bon courage. Tous nous t'embrassons avec la plus vive tendresse. Ton père et ami. 21/12/1877 Il serait trop tard cher ami d'attendre la réponse à ta lettre prochaine, pour m'acquitter de la commission dont E. Didierjean me charge pour toi. II me prie de te dire qu'il sera à Paris pour la veille de Noël et te demande de venir le prendre au dépôt, soit le 25, soit un autre jour prochain de sortie pour aller dîner avec lui. Tu seras j'en suis sûr bien aise de le faire. Nous allons tous bien. L'écoulement a recessé chez Jean depuis une dizaine de jours et il est aussi bien que nous pouvons souhaiter. N'oublie pas tes lettres de nouvel an. Je te donnerai une liste de visites à faire à l'occasion de la nouvelle année. Nous t'embrassons bien tendrement. 24/12/1877 Ta lettre du 20 courant a été, cher ami, une douce et agréable surprise et tous ses détails nous ont intéressés et satisfaits. Je vois que la santé est bonne et tu me parais content de ton travail. Tu ne nous parles guère du dessin graphique ou d'imitation. J'entends toujours dire que c'est une partie importante et je me plais à entendre citer d'anciens élèves aujourd'hui dans différents services civils qui sans être des Laplace, des Hermitte, des Poincaré, ont obtenu la botte par leurs talents artistiques et le soin qu'ils mettaient à ce genre de travaux. Ne pourrais-tu être du nombre ? Je veux espérer que si. Courage donc, cher ami, exactitude et régularité dans le travail, c'est toujours

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le grand point et le Delenda Carthage de ton père. Je suis heureux que pour toi la glace soit maintenant rompue avec les braves Dumon, la famille de Marseille dont ils font partie est à peu près ce qui reste de mieux des parents de mon père : quoique méridionaux et assez peu démonstratifs, ils nous ont toujours à l'occasion témoigné de l'attachement et je serais bien aise que tu les cultives à l'occasion. Tu n'as pas eu je le vois un moment pour aller prendre des nouvelles de la tante Marie qui est souffrante et de Duval. Ce sera pour une autre fois. Camille est toujours à la Neuve Ville dans le même état. Tu sais sans que je te les énumère, les visites que tu devras faire à l'occasion du nouvel an, le jour même et un peu plus tard, si le temps te fait défaut : Bastien, le Général, Léonie, les Dominicains, les Jésuites, Schneider (rue Roquépine), Desseilligny. Tu devras y ajouter mes parents dont je n'ai pas pu te faire faire la connaissance. Il faudra aussi rechercher Mad. Gilbert, Boulevard Malesherbes, 52. C'est une demoiselle Schneider, nièce de l’ancien Président du Corps législatif ; elle est veuve sans enfants, mais a des nièces, les demoiselles Fay, dont le père veuf depuis peu est officier d'état-major. C'est une excellente personne dont il faudra tâcher de faire la connaissance. Il y a aussi Mad. Deseilligny Alf., Bd Malesherbes, 89, qui est peut-être rentrée à Paris. Tout cela peut se fait petit à petit, mais à l'occasion du nouvel an. Nous avons espéré hier que tu as pu réaliser ton projet de visite à François et nous avons joui du plaisir de la réunion de nos deux chers absents. Nous serons heureux de savoir par toi ou par François si ton voyage s'est fait heureusement. Nous allons tous bien et le bon Jeannot est toujours gai, a bon appétit, et bon sommeil. L'écoulement n'a pas reparu. Joseph a patiné hier. Le soir, il était de gala pour manger du chevreuil que bon papa lui avait envoyé à l'intention de ses camarades. Demain, il sera en grande tenue. Grand Hourvari dans le corps forestier à l'occasion du passage de l'Administration dans le ministère de l'Agriculture. M. Faré se retire, de Venel que nous avons vu ensemble ne restera pas : peut-être aussi M. Nanquette, directeur de l'Ecole se retirera. J'ai trouvé hier Thérèse au lit : elle s'est foulé en jouant, un nerf au genou et est condamnée au repos. J'espère que cela ne sera rien et ne compromettra pas les vacances du nouvel an qui commencent samedi pour finir jeudi. Je vais aller ce soir avec Pierre et bonne maman à la messe de minuit des Apprentis et nous prierons pour tous ceux des nôtres qui sont privés d'y assister. En guise d'étrennes, je t'envoie un billet de 100 frs représentant ta pension mensuelle jusqu'au 15 mars. Ce n'est pas un cadeau mais bien un dû. Malheureusement tu le sais bien mon bon fils nous avons bien des charges et je voudrais pouvoir mieux récompenser ton travail et tes efforts. N'oublie pas tes lettres à tes grands parents, à tes tantes, au père Didierjean. Sacrifie nous s'il le faut pour satisfaire à ces devoirs. A Dieu, mon cher fils, je te quitte en hâte, t'embrassant pour nous tous et te souhaitant par avance, bonne année, bonne santé et les plus heureux résultats dans bon travail. Mille bonnes choses de notre part à tous les parents et amis que tu verras. 7/1/1878 Bien cher fils, ce matin à six heures ta bonne mère a donné heureusement le jour à une grosse fille que nous présenterons sans doute après demain au baptême sous le nom de Marie-Mathilde. Tout s'est bien passé et j'espère que le rétablissement de ta pauvre mère sera heureux et prompt. J'attendais une lettre de toi aujourd'hui qui ne tardera pas, j'espère. Fais part mercredi de l'heureux événement aux Bastien. Je préviens directement l'oncle Mengin. 10/1/1878 Mon bien cher fils, je suppose que ma carte postale du 7 s'est croisée avec ta lettre du 8 et j'aime à penser que tu connais l'heureuse naissance de la petite Mathilde. Je suis heureux de pouvoir te dire aujourd'hui que la mère et la fille sont en bonne voie et que tout fait présumer que les forces si précieuses de votre tendre mère sa rétabliront promptement. Hier déjà Marie-Mathilde a pu être baptisée. André et Elisabeth se sont parfaitement acquittés de leurs fonctions et Marie et Thérèse ont eu quelques heures de congé pour assister à la cérémonie. Voilà une chrétienne de plus et une nouvelle âme dont le soin nous incombe. Espérons que Dieu nous conservera à tous deux la vie et nous continuera les grâces pour notre laborieuse tâche. Le petit retard de ta lettre m'inquiétait mon bien cher fils et je ne sais pourquoi je pressentais une mauvaise nouvelle. Bien que tu nous y eusses préparés, j'avoue cependant que le coup que tu as eu à porter à mon amourpropre paternel m'a un peu assommé. J'en suis encore abasourdi et la dégringolade est si grande

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que je me refuse presque à y croire. Vos calculs d'élèves doivent cependant être presqu'exacts et il est plus que probable qu'il faudra prendre notre parti d'un échec sérieux. Partant de là, qu'y a-t-il aujourd'hui à faire ? Se soumettre à la volonté de Dieu d'abord, mais néanmoins ne pas se décourager et continuer à lutter sérieusement comme si de rien n'était. Je ne saurais te gronder, mon bien cher fils, car j'ai confiance en toi et je crois fermement que tu travailles. Mais comment expliquer un résultat aussi inquiétant après deux mois seulement d'École ? Ou l'opinion émise mais aussi combattue que les élèves des Postes ne sont pas de taille à se soutenir à l'École est vraie, ou bien, tout en travaillant tu n’as pas eu assez à cœur de faire fructifier le talent qui t'a été confié. Je t'en conjure, profite sérieusement de tous tes moments, dis-toi que le mal n'est pas irrémédiable et si cela ne doit pas nuire à ta santé, impose-toi quelques privations de sortie. Profite de l'avertissement que tu reçois et songe que tu as encore du temps devant toi et que tout n'est pas perdu. Je te le répète j'ai avant tout à cœur de te donner courage et confiance en toi. Je ne me suis jamais dissimulé que tu étais en présence de deux années pénibles et laborieuses : mais bien d'autres que tu vaux y ont passé et qu'est-ce que deux années de travail quand la carrière toute entière en dépend ? Encore une fois, mes encouragements et conseils sont dictés moins par l'amour-propre que par la sollicitude paternelle. Je saurai, s'il le faut prendre avec toi mon parti de la carrière militaire, car ce qui nous importe avant tout, c'est que tu sois un bon chrétien et un homme utile à ton pays. Mais du moins fais tout ce que tu dois pour te relever et éviter que l'échec ne devienne humiliant. Au point où tu sembles être, il ne faut absolument rien négliger. Courage, mon bon cher ami, et crois bien que comme dans les moments difficiles, nous t'assisterons de nos plus ferventes prières. Ton père et ami. Le côté de Jean a encore recommencé à couler. Encore un mois et demi et nous aurons le plaisir de te revoir. 22/1/1878 Mon bon fils. A part une forte grippe que tu soignes, j'y compte, et qui, grâce à tes soins, ne dégénérera pas en quelque chose de plus grave, les nouvelles que tu nous a apportées, ta lettre reçue hier soir, nous ont été des plus consolantes. Elles témoignent d'un vif désir de la part de notre cher et bien aimé polytechnicien de réparer un grave échec et nous donnent à penser que s'il était impossible (on prétend que le mot n'est pas français) de regagner le terrain perdu, du moins tous tes efforts seront consacrés à ce que l'honneur soit sauf. Courage donc, mon brave enfant, ne néglige rien, maintiens bien tes études à jour et avec nous demande à Dieu confiance le 24 par l'intercession de notre vénéré défunt que tes efforts soient couronnés de succès. Nous allons tous bien : ta bonne mère continue à reprendre ses forces mais est tenue à des ménagements qu'elle observe plus par soumission que par goût. On ne se relève pas du onzième comme des premiers. La petite minette prospère et semble devoir se nourrir facilement quoique artificiellement. Jean est encore une fois remonté et nous donne pour le moment toute satisfaction. Bonne-maman Huin arrivée hier soir pour la semaine dit le trouver en meilleur état qu'à son précédent séjour. Je compte partir demain avec Léonce pour aller retrouver au Housard Bon Papa. Après demain, nous irons à Saint Quirin pour la route du Blanc-Rupt et de là nous irons tous deux faire un bout de clôture chez Madame Jeanpierre et chez nous. Si le temps n'est pas très beau du moins il n'est pas froid. Nous avons aussi reçu hier soir de bonnes nouvelles de François. A Dieu, cher fils, encore une fois bon courage, et reçois nos plus tendres et plus affectueuses caresses. Nous songeons avec bonheur que dans trois semaines, s'il plaît à Dieu, nous aurons encore la joie de t'entrevoir. Ton père et ami. Joseph calcule qu'il est actuellement second, c'est de Brinon qui lui aurait enlevé sa place. 29/1/1878 Mon cher fils, je m'empresse de répondre à ta lettre du 28. J'ai joui du plaisir que tu as éprouvé à l'Opéra en entendant Faust qui a toujours été une de mes musiques de prédilection. Nous sommes heureux d'apprendre que ta grippe n'a pas dégénéré et est en voie de guérison. Enfin, nous voulons croire que tu poursuis généreusement tes efforts pour réparer tes désastres et te

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raccrocher autant que possible. Didierjean de passage avec sa femme à Nancy pour aller à Bruyères vient de nous donner quelques instants et ne peut pas croire à un pareil échec. Enfin, je ne reviendrai avec toi aujourd'hui sur ce sujet que pour te supplier encore une fois de bien travailler tes examens de février et de sauvegarder au moins l'honneur. Il en sera de cela comme il plaira à Dieu et comme tu pourras faire. Mais je ne puis m’empêcher de penser que si tu arrives à te remonter dans la mesure que tu nous faisais dernièrement espérer, il eût été bien plus sage et bien plus sûr de ne pas tant déchoir. Profite, je t'en prie, mon bien cher fils de la leçon. Nous avons reçu hier de bonnes nouvelles de François et je lui transmets aujourd’hui ton regret de n'avoir reçu aucune lettre depuis ta visite. Mais je sais qu'il est de son côté fort occupé et en retard pour sa correspondance. Tout le monde va bien ici sans en excepter Jeannot. Quand j'ai quitté Nancy mercredi matin, ta mère et Mathilde allaient bien et je les ai retrouvées dimanche encore en progrès. Dès le soir de ce jour, ta mère a commencé à descendre à la salle à manger avec nous et je compte que petit à petit elle va reprendre son activité. La petite minette est sage et parait devoir s'accommoder de l'élevage à sec. J'ai donc, mercredi matin en compagnie de Cézard, chargé de représenter sa belle-mère à Saint Quirin, été retrouver bon papa Huin au Housard. Le temps était détestable et nous avons infructueusement essayé dans l'après-midi deux ou trois enceintes. Le jeudi, nous nous sommes rendus à Saint Quirin. Là presque tous les propriétaires intéressés étaient présents. L'ingénieur allemand a développé son projet et tout le monde, moins les mêmes, les Jeanpierre dont on redoutait le mauvais vouloir, se sont exécutés d'assez bonne grâce et assez largement pour que l'on nous fasse espérer qu'une bonne route desservant toute la vallée du Blanc-Rupt sera commencée au printemps et terminée dans le délai de deux ans. Ainsi soit-il. De Saint Quirin, nous avons avec Léonce gagné le château Jeanpierre par la neige. Elle était déjà assez forte mais ne nous a pas empêchés de chasser vendredi. Au Sauvageon, j'ai manqué une bande de 8 à 10 marcassins au poste où tu as tué ta laie, et Léonce au-dessous de moi en a tué deux qui s'étaient séparés de la troupe. De cerfs, nous n'en avons trouvé qu'un que Rémy a tiré venant de la forêt de St Quirin pour le faire entrer dans notre chaume mais qui a repris son contrepied. Enfin la journée s'est terminée par un beau brocard tué par le chançard Rémy dans les sapins de l'Engin. Mais la neige tombait toujours et le samedi matin, il y en avait une telle couche qu'il a fallu renoncer à chasser et nous mettre en devoir de revenir de peur d'être bloqués. Par une épaisseur de 60 centimètres sans fraye faite, nous sommes revenus à grand peine à Raon-surPlaine prendre le courrier. A Luvigny, nous avons ramassé bon papa qui avec Clémence avait fait le tour de force de revenir du Housard dans les mêmes conditions que nous et d'être à l'heure précise du passage de la voiture. Bon papa est vraiment merveilleux de force pour son âge. Enfin, grâce au triangle chasse-neige qui venait de passer sur la route pour la déblayer, nous sommes arrivés à Raon à 8 heures sans autre encombre. Léonce a pris immédiatement le train pour rentrer à Nancy le soir même et moi qui n'avais pu changer comme lui de chaussures avant de monter en voiture, j'ai passé la nuit à Raon pour me réchauffer. Le lendemain, dimanche après la messe, je repartais à 10 heures et je rentrais à l’ heure chez moi ayant rempli l'objet principal de mon voyage, gardant sur la conscience un coup de maladresse à ajouter aux autres et sur la poitrine et le cerveau un bon rhume qui suit son cours. A Dieu, bien cher fils, pense à ton père froissé dans son amour-propre et souffrant de te voir manquer l'une ou l'autre des carrières objets de tes désirs. Tous nous t'embrassons avec la plus vive et la plus affectueuse tendresse. Ton père et ami. Marie et Thérèse sont entrées en retraite hier soir et jusqu'à samedi vont goûter les fortes instructions du père Hoffmann.

5/2/1878 Mon bien cher fils, j'arrive de l'enterrement du brave colonel de Morlet qui s'est éteint doucement dimanche et je trouve en rentrant ta lettre du 4. Je la lis avec satisfaction, non pas qu'il y ait lieu de se réjouir de l'issue de tes derniers efforts en chimie (le résultat obtenu, satisfaisant si tu n'avais pas perdu de terrain est probablement insuffisant dans la situation où tu te trouves) mais parce que ton post-scriptum me prouve que tu comprends et apprécies les conseils et encouragements de ton père affectionné. Crois-le bien cher fils, quand je te pousse au travail toujours persistant et opiniâtre, j'ai moins en vue mon amour-propre paternel un peu froissé que ton intérêt et je ne

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crains pas de te répéter encore aujourd'hui de ne pas reculer devant les efforts opiniâtres, sans découragement, sans penser à ce qui est arrivé et sans te préoccuper de ce qui arrivera. Tu te repentirais, crois-moi, de jeter le manche après la cognée et sous le prétexte que le mal est irréparable, de laisser couler le vent sous les tuiles. Quand tu auras fait tout ce que tu auras dû et pu, ton père ne sera pas le dernier à accepter ce qu'il plaira à la Providence de disposer pour toi. Mais encore une fois pas de défaillance et quoiqu'il arrive, je serai content si tu peux te rendre toimême la justice de n'avoir rien négligé durant ces deux et laborieuses années. Comme je te le disais, je viens d'accompagner à sa dernière demeure le pauvre colonel. Si tu en avais le moment vas dire demain de ma part au Générai que son vieux camarade s'est endormi dans le Seigneur et qu'il a eu la consolation d'avoir auprès de lui son petit-fils pour lui fermer les yeux. Dès hier soir la pauvre Marie de Foucauld est partie emmenée par sa tante Mad. Moytessier qui la recueille. En même temps que le colonel, on enterrait le bon père Hiss, le doyen des Dominicains de France, un des premiers compagnons du Père Lacordaire lorsqu'il rétablit l'ordre de Saint Dominique en France. Ne pouvant me dédoubler, j'ai dû choisir l'enterrement du colonel, prié que j'avais été de tenir un des cordons du poêle. Tu feras bien d'envoyer une carte de condoléance à Ch. De Foucauld. Nous allons tous bien et sommes heureux de te savoir débarrassé de la grippe. Maman a fait ses relevailles la semaine dernière et sans le froid et un mal de dents serait complètement remise. Mathilde vient à souhait. Nous avons de bonnes nouvelles de Raon et nous en recevons de non moins satisfaisantes de Chofia. Ce brave exilé sera bien heureux si tu peux aller le voir mais prends garde de sacrifier pour cela des intérêts plus sérieux. Nous sommes toujours en grand désarroi de domestiques : notre cuisinière nous quitte comme insuffisante à sa besogne, la femme de chambre la suivra probablement pour le même motif, enfin Inot fait la bêtise de se marier et de se mettre probablement dans la misère. Nous la regretterons pour les soins qu'elle donnait à Jean bien qu'elle le gâtât horriblement. J'ai reçu ces jours-ci une let tre de Marseille. On m'y parle avantageusement de toi. Dumon et sa femme ont été heureux de faire ta connaissance et espèrent que maintenant que la glace est rompue, tu profiteras d'eux autant que tu en auras le loisir. Camille Duval va très sensiblement mieux et son mari a dû venir la voir dimanche dernier. Espérons que la guérison sera prochainement complète. N'omets pas chez Madame Schneider de lui faire présenter ta carte et si elle te reçoit, rappelle nous tous à son souvenir. A Dieu, cher fils, tous nous t'embrassons de tout notre cœur. Ton père et ami. Pouvons-nous toujours espérer te voir quelques instants, après les épreuves du premier semestre?

12/2/1878 Je ne pensais pas que notre bon Pierre aurait à t’écrire une lettre aussi complète aussi bien faite pour te mettre au courant de tout ce qui peut t'intéresser. Et après l’avoir lue, je ne vois vraiment rien à y ajouter, mon bien cher fils, si ce n’est que ton père pense à toi plus qu’il ne peut te le dire et qu’il ne se passe pas de jour qu’il ne recommande particulièrement à Dieu tes travaux et tes efforts. Prends donc courage, mon cher ami, et continue à ne pas te relâcher un seul instant. Cette persistance d’efforts est je le sens bien fatigante, mais c'est la plus grande garantie de succès et je ne puis que te répéter : Fais ce que dois, advienne que pourra. J’informe François de tes projets pour le dimanche gras, et je me mets à sa disposition pour faire s'il la croit efficace une démarche auprès des autorités qui vous procure quelques heures de réunion. Tu as fait aujourd’hui près de M. Gustave Desseilligny plus que le nécessaire et je t'en sais gré. Tu peux donc de ce côté te tenir pour le moment tranquille. A Dieu, cher fils, et bon courage N'aie pas peur de la chimie qui te cause à l’École plus de préoccupations que je m’y attendais. Ta bonne mère et moi, nous t’embrassons avec une sollicitude et une tendresse toute particulière. 18/2/1878

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Nous venons successivement tous de lire avec un vif intérêt les détails que nous apporte ta lettre d'hier et nous comprenons toute l'importance, tout le labeur que comporte ce mois qui va terminer pour toi la première partie de l’année. Aussi allons-nous voir anxieusement s'en succéder les jours, désirant la fin de cette période critique et priant pour l'heureuse issue des épreuves qui le rempliront. Malheureusement prier pour que le bon Dieu les soutienne et les éclaire des lumières de son Saint Esprit : voilà tout ce que peuvent parents comme nous pour les fils comme toi aux prises avec des travaux durs et pénibles. Quoique les nouvelles que tu nous donnes de ton dernier examen soient aussi peu encourageantes que les précédentes, je suis convaincu, mon bon fils, que tu fais tous les efforts possibles et je t'en sais le meilleur gré : bien résolu donc à accepter encore la volonté de Dieu, le résultat que tu pourras nous apporter dans un mois, je ne puis que te répéter : confiance et courage. Je n'ai aujourd'hui rien de particulièrement intéressant à te mander sur nous tous, à part le mal blanc de Thérèse qui suit son cours et quelques boutons qui masquent désagréablement la figure de Noll, toutes les santés sont bonnes. Grâce aux jours de printemps anticipés que nous traversons, Jean et Mathilde font ensemble les après-midi, un petit tour de promenade : le premier a une excellente mine et les orties procurent à la seconde de meilleurs sommeils. La nourrissonne va donc aussi bien que possible et nous ne pouvons que remercier Dieu des forces qu'a déjà reprises votre bonne mère. A Dieu, cher fils, dès maintenant je me berce de l'espoir que tu seras avec nous pour faire la Saint Joseph : puisses-tu m’apporter un bon bouquet. En attendant, et quoiqu’il en soit, je t’embrasse pour moi et notre cher monde avec la plus affectueuse tendresse. 21/2/1878 Cher fils, en suite de ton mot d’hier soir, je viens de tenter auprès du père Buns pour qu’il te considère comme mon suppléant auprès de notre cher François, soit le 24, soit le 3, une démarche dont je n’ose espérer le succès. Enfin, quoiqu'il en soit de la durée et des conditions de votre réunion fraternelle, je vous la souhaite bonne et vous assure que nous serons avec vous de cœur. Merci de la bonne nouvelle que tu as pu nous donner de ton travail. Si tu t’absentes dispose bien de ton temps et prends toutes les mesures pour que la revue de tes matières d’examen n’en souffre pas. Tous nous t’embrassons. Ton père et meilleur ami. Quoique le père Buns décide, je le prie d’avertir François de ton arrivée pour le 24 ou le 3. 26/2/1878 Merci, mon cher fils, de la peine que tu as prise et de la promptitude que tu as mise à nous rendre compte de ta course à Amiens. Nous en avons lu les détails avec le plus vif intérêt et nous voyons avec plaisir que le père Buns s'étant laissé fléchir, nos deux chers absents ont pu passer quelques bons instants ensemble. Nous sommes extrêmement touchés mon bon Maurice, des soins que tu rends à ton frère en toute occasion. Nous remercions Dieu de voir nos enfants si tendrement unis, si disposés à s'assister les uns les autres C'est pour nous un grand sujet de consolation et nous pensons avec repos que rien ne viendra jamais troubler cette union. Si nous venions à disparaître avant le temps, les liens qui vous unissent, loin de se détendre, se resserreraient davantage et les plus grands tiendraient notre place auprès des plus jeunes. Nous sommes toujours touchés des bontés de la famille Cosserat pour vous tous et quoique l'intérieur de M. de Lageneste veuf et seul ne puisse offrir grande ressource à François, je n'en suis pas moins sensible à ses offres de service. Le bulletin hebdomadaire que j'ai à te donner n'offre rien d'intéressant. Tout suit son cours régulier et les santés sont bonnes. Maman et Mathilde vont bien mais déjà il semble que cette dernière germe des dents. C'est un peu tôt, surtout si la précocité à voir paraître cet utile mais souvent douloureux engin est un indice de la précocité qu'il mettra à disparaître. Bonne maman Geny souffre un peu des reins mais cela ne l'empêche pas de trotter. Nos nouvelles de Raon sont bonnes sauf la mort récente et presque subite de M. Cabasse père. Je crois que Sœur Julienne en tournée d'assistante doit arriver demain à Raon ; ses parents seront bien contents de la posséder un ou deux jours. Tu avais oublié de nous aviser que dimanche 17, tu avais dîné avec le colonel

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Mengin se rendant à Épinal, il nous a surpris agréablement jeudi et a déjeuné avec nous. Nous avons une nouvelle cuisinière, Salomé, et une nouvelle femme de chambre, Barbe, toutes deux alsaciennes, elles portent des noms étranges. Espérons que leur service ne le sera pas. Nous sommes en carnaval, mais nous ne nous en doutons que par les représentations données autour de nous dans les maisons d'éducation et qui sont toujours une grande attraction pour André, Élisabeth et Paul. Jeudi le pensionnat St. Joseph donne les Templiers, tragédie de Raynouard, et le Mardi gras, les Apprentis jouent l'Ours et le Pacha arrangés pour la jeunesse. Pendant ce temps, tu bûches à mort, je le sens mon cher fils, et je souhaite bien vivement que tes efforts soient couronnés de succès. Courage donc, aplomb et confiance, tâche d'être éloquent au tableau. Tous nous t'embrassons tendrement. Ton père bien affectionné. Je ne te parle pas de Marie et Thérèse qui vont bien. La dernière m'a dit dimanche qu'elle venait de t'écrire. 4/3/1878 Si le temps ne m'en avait manqué hier dimanche, je t'aurais déjà accusé réception mon cher fils, du satisfaisant résultat de ton examen de géométrie et je t'aurais témoigné toute la joie que nous cause cette bonne nouvelle. Cela va, j'y compte, t'encourager pour l'examen d'analyse auquel tu t'attends et tu le prépareras bien. Je me berce de l'espoir que tu nous arriveras dans 15 jours plus content de la fin que du commencement de ton premier semestre. Encore une fois, cher ami, ne t'abandonne pas même quand le succès ne correspond pas à tes efforts. Lutte et espère toujours et puis comme tu le dis bien : à la Garde de Dieu. Suivant ton conseil le bon François ne nous a écrit que dans le courant de la semaine et nous a témoigné combien il avait été reconnaissant de ta visite. C'est une chose bien affreuse que la mort de votre pauvre camarade et nous prenons bien part à la douleur de cette pauvre mère doublement éprouvée. Je suis allé hier au Sacré-Coeur porter tes lettres aux fillettes, elles étaient bien portantes, très occupées de tes travaux et bien touchées de ton souvenir. Elles ont pour le Carnaval quelques distractions intérieures. Marie joue son rôle comme musicienne et Thérèse comme artiste dramatique. Samedi soir Pierre et André sont partis pour RAON, ils devaient nous revenir ce soir mais contre toute attente le temps s'est déclaré si beau que ce matin Pierre nous prévient par un mot que Bon Papa leur fait faire aujourd'hui une promenade et qu'ils ne rentreront que demain matin. Ils se rencontrent là-bas avec Sœur Julienne qui y est en tournée d'assistante. Nous allons tous bien mais Mathilde est un peu maussade toujours je pense à cause de la dentition. Notre carnaval se passe très tranquillement : ce ne sera fête pour nous que dans 15 jours si tu es comme je l'espère près de nous. Je crois qu'à cette occasion Bon Papa et Bonne Maman se décideront à venir de RAON pour te voir et voir leur petite fille. A Dieu, cher fils, nous t'embrassons bien tendrement et prions pour toi. Ton Père affectionné. Tu sais peut-être que l'élection de M. Michaut avait injustement invalidée malgré une majorité de plus de 1700 voix. Hier, il se représentait devant ses électeurs et il est heureusement réélu par 11936 voix contre 10357 données à son adversaire M. COSSON, frère du Roannais. C'est une consolation en ce temps d'écœurements et d'iniquités politiques de toute sorte de voir qu'il a retrouvé presque tous ses amis fidèles au rendez-vous qu'il leur avait donné. C'est aussi pour la Lorraine une gloire de renvoyer à la Chambre un homme de cette valeur. Cette lettre datée du 4 mars sans indication d'année doit être de 1878, a été reportée plus loin avec celles de 1878. 11/3/78 Comme tu as pu le penser, mon cher fils, la plus grande satisfaction que nous a apportée ta dernière lettre a été la nouvelle de ton arrivée prochaine au milieu de nous. Il ne me reste plus avant ce moment et ces quelques jours de détente qui te seront accordés, qu'à t'encourager une dernière fois et à te souhaiter meilleure chance en chimie qu'en analyse afin qu'au moins se réalisent tes prévisions sur ton classement. Madame Albert Mengin a dû filer droit sur Épinal et

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brûler Nancy car nous n'en avons rien vu. Quant à la tante Marie, Bonne Maman l'a vue hier et l'a entendue lui parler de toi. J'irai prochainement lui faire une visite. Camille Duval est paraît-il, complètement rétablie et reste chez Madame Grenet au milieu de tous les siens. Ils sont naturellement tous bien heureux de ce rétablissement survenu plus tôt qu'on n'osait l'espérer. J'ai reçu il y a quelques jours des nouvelles d'Henri Schneider à qui j'avais eu occasion d'écrire au Creusot pour lui recommander quelqu'un. Il me dit que sa femme et ses enfants sont à Paris pour la préparation à la première communion de sa fille ainée et qu'il se promet de les rejoindre et de chercher à t'y voir dès que le vent des grèves qui souffle autour du Creusot, sans cependant l'avoir encore visité, le lui permettra. Nous allons tous bien et j'espère que tu nous trouveras vendredi en parfait état. Mathilde cependant depuis quelques jours, était plus maussade et avait moins bonne mine, son développement ne paraissait plus aussi satisfaisant que dans le principe. Le docteur vient de l'examiner : il ne voit rien d'inquiétant dans sa situation. Nous espérons donc que les dents sont pour quelque chose dans cet arrêt et que, grâce à quelques précautions plus grandes dans l'allaitement artificiel et un beau temps, son développement prendra un cours normal. Hier, les bons parents de Raon ont été avisés par ta mère de ta venue et nous comptons que, réalisant leur promesse à Pierre, ils te suivront de près auprès de nous. D'après la tante Marie, tu aurais quatre jours à nous donner. Je doute qu'il te soit loisible de nous prévenir de l'heure exacte de ton arrivée. Mais ton lit sera prêt pour la nuit de vendredi et tu sonneras jusqu'à ce que tu me réveilles. A bientôt, cher fils et bon courage jusque là. Nous t'embrassons tous tendrement. Ton père et ami.

27/3/1878 Mon bien cher fils, ta lettre attendue comme tu le penses bien impatiemment nous est parvenue hier soir mais ne nous a été remise et n'a pu être lue que ce matin. Je m'empresse de te remercier de la promptitude que tu as mise à nous l'écrire. Je ne saurais te dire combien depuis que tu nous as quittés, j'étais préoccupée de toi ; mais je puis t'assurer que tes quelques lignes m'ont apporté un grand soulagement et que le parti pris qu’elles nous annoncent me satisfait pleinement. Oui, je le crois fermement, le père Joubert est dans le vrai et ce serait tenter la Providence et peut-être aussi se faire taxer d'une ambition qui n'existe, je crois, pas plus chez le fils que chez les parents, que de recourir au parti plein de courage, j'en conviens auquel tu songeais. J'ai eu beau le retourner dans ma tête depuis ton départ, je l'ai trouvé plein de chances, de difficultés et de périls et si tu t'y décidais, j'en craindrais les suites et en redouterais l'inutilité. En résumé, la situation est aujourd'hui moins mauvaise que tu ne nous le faisais craindre, et si tu ne jettes pas le manche après la cognée, si, réagissant de tout ton pouvoir contre les lacunes qui existent chez toi, tu te dépenses en efforts généreux, ne négligeant rien, profitant de tous les petits avantages que tu peux avoir, il ne serait pas inouï, je le crois , que tu revinsses à remonter sur ta bête. Admettons maintenant qu'il n'en soit rien et que le bon Dieu ne veuille pas bénir le travail opiniâtre auquel tu parais résolu, mon expérience te doit de te prémunir contre les préventions exagérées, je le crois, qui te feraient repousser les armes savantes. En définitive, elles ont, de tout temps, été le lot des trois quarts des élèves de l'École et par le temps qui court, elles fournissent encore des carrières utiles et fort enviées. A Dieu ne plaise que je veuille te faire accepter peut-être un jour le génie ou l'artillerie malgré toi : mais tu y songeras sérieusement, n'est-ce pas ? Et avant de renoncer au certain pour l'incertain, avant de lâcher une position honorable, une carrière toute tracée pour les hasards, la vie si sérieuse, si esclave de l'industriel, tu y regarderas à deux fois. Je considère Albert Mengin, Émile Massu, bien d'autres de mes contemporains et amis et en somme, je ne les trouve pas plus malheureux que bien d'autres. Assurément, je n'échangerais pas leur position contre les labeurs incessants; la vie si inquiète et si tourmentée d'un homme comme le brave Didierjean, par exemple. Enfin, tu y songeras, nous y songerons tous, et je n'ai pas besoin de t'assurer que, si tu ne pouvais pas absolument prendre ton parti de l'armée, ton père serait encore là j'espère, pour t'aider à entrer dans la carrière que tu croirais devoir le mieux te convenir. Pour le moment, je te redirai : espoir, confiance et courage, travaille de ton mieux et sans préoccupation de l'avenir, et tâche de tirer le meilleur parti possible de la situation que le bon Dieu a permise. Nous Lui devons trop pour ne pas croire qu'Il ne nous abandonnera jamais. Je considère

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aujourd'hui la crise que tu traversais comme terminée aussi heureusement que possible. Depuis ton départ, aucun changement important n'est survenu dans l'état physique de toute la maisonnée; à part quelques rhumes qu'un retour de neige et d'hiver a produits, nous allons tous assez bien. Nous savons qu'il en est de même à Raon mais que bon papa est bien ennuyé d'être retenu chez lui par la neige. Mathilde n'est ni mieux ni plus mal. Préoccupés de l'insuffisance de son développement, maman vient d'appeler ce matin le docteur pour elle ; ce dernier croit qu'il n'y a pas encore lieu de se préoccuper de ce temps d'arrêt et plutôt que de songer à prendre une nourrice, (il est si difficile d'en trouver une bonne) conseille de patienter encore et indique quelques précautions à prendre. J'espère dans le beau temps pour améliorer la situation et je voudrais bien que les préoccupations un peu exagérées de ta mère au sujet de sa petite Mathilde se dissipassent. Au lendemain de ton départ, cher fils, et alors que j'étais tout absorbé à ton sujet, il m'est tombé une tuile fort pénible : j'apprenais vendredi matin en sortant de chez moi avec Rémy qu'un sinistre financier considérable venait d'éclater à Nancy et que, la veille au soir, les deux gérants de la maison de banque en qui j'avais placé ma confiance, avaient pris la fuite laissant un déficit considérable On ne connaît pas encore toute l'étendue du désastre, mais beaucoup d'autres avec nous sont atteints, bonne maman perd 5000 francs qu’elle avait en actions de cette banque. De plus elle y avait 1500 Fr. d’argent déposé et moi, 12000 Fr. qui, s'ils ne sont pas totalement perdus, sont du moins fort compromis. Mes 12000 Fr. étaient là pour parer à nos besoins journaliers et surtout, attendant pour les solder, la production des mémoires d'ouvriers de ma bâtisse que je n'avais pas encore payés. Si j’en puis tirer 25 ou 30 pour cent, je m’estimerai heureux. On dit souvent que plaie d’argent n'est pas mortelle, mais avec nos nombreux enfants, celle-ci m'est fort dure et j'ai bien du mal à dire comme le saint homme Job : "Dieu me l’a donné, Dieu me l'a ôté, que son Saint Nom soit béni". Il faut cependant s'appliquer à le faire et s'estimer encore heureux en songeant au sort de bon nombre de pauvres gens qui perdent là tout leur avoir. Et puis, je dois me dire que si cette déconfiture était arrivée un an plus tôt au plus épais de mes reconstructions, j'aurais été bien plus éprouvé. Le piquant de l'affaire, c'est que, je le répète, ces 12000 Fr. étaient surtout là en attendant les dernières notes des ouvriers et que s'ils n'avaient pas été si lents à me les produire, ils auraient été presqu'entièrement sauvés. Enfin tout mon entourage cherche à me consoler de son mieux et j'avise aux moyens de parer aux difficultés temporaires que cette perte me crée. Tu es un homme aujourd'hui, mon cher fils, c'est pourquoi je te mets au courant de cette détresse et de ce moment d'ennui qui passera. Pour écrire à tes grands-parents et surtout pour leur communiquer ta lettre qu'ils sont bien impatients de connaître, je te quitte en te redisant encore une fois que ta lettre et l'annonce du parti que tu as pris nous ont apporté à tous soulagement et consolation. Remets-toi, mon cher fils, courageusement au travail, reste ferme dans ta résolution de ne pas perdre un instant. Nous prions bien pour toi et il faut espérer que le bon Dieu exaucera les prières et te tiendra compte de tes efforts. Tous nous t'embrassons tendrement. Ton père et ami. Mes respectueux compliments à tous les pères Dominicains que tu pourras voir. Nous aussi nous avons été bien heureux des quelques jours que tu as pu nous donner et il nous sera dur de ne pas voir se réaliser le léger espoir que tu nous avais laissé pour le dimanche de Pâques et son lundi.

2/4/1878 Mon bon Maurice, j'ai été bien sensible à la part que tu prends à notre mésaventure pécuniaire, et surtout bien touché des sentiments qu'elle t'inspire. Rassure-toi - cependant mon bien cher fils, répétons-nous encore une fois que plaie d'argent n'est pas mortelle et estimons-nous heureux d'en être quittes à ce prix. Nous ne serons pas obligés, Dieu merci, de vivre de privations pour cela, et grâce à nos habitudes d'ordre et d'économie que nous sommes heureux de voir partagées par tous nos chers enfants, j'espère, tout en me disant que la leçon profitera, que cet accident ne tardera pas à être oublié. Le premier moment était le plus dur à passer, mais voilà déjà qu'il s'éloigne. Quoiqu'il en soit, j'avais mis ma confiance en des coquins et si je récupère le quart ou le cinquième de l'argent que j'avais mis entre leurs mains, ce sera tout. Tu nous as fait assister on ne peut mieux au bal du point Gamma et nous sommes heureux de voir que, sans désordre, la fête s'est passée à la satisfaction générale, Il faut maintenant reprendre la pioche, mon pauvre ami, et, 35


je le vois avec peine, sans espoir d'une petite détente à Pâques. Nous en prendrons tous aussi philosophiquement notre parti que possible, et tu prendras patience et courage, j'y compte en songeant aux visites que pourra te procurer l'exposition. Joseph sait déjà que, le matin même de sa rentrée après les vacances de Pâques, il part pour visiter les forêts de l'Oise et de l'Aisne etc. et il espère bien qu'une journée de séjour à Paris lui permettra de passer quelques instants avec toi. Pendant que tu dînais chez le Général dimanche, nous avions à notre table son fils le colonel qui, trouvant le temps un peu long sans sa femme à Épinal, était venu pour se distraire, passer quelques heures â Nancy. Nous avons parlé de toi et il abondait dans le sens des conseils que je te donnais, s'il arrivait que les carrières civiles ne te fussent pas ouvertes. Il arrive souvent cependant que l'on apprécie peu sa position en ce monde et qu'on s'applique à la déconseiller aux autres. Mais Albert me citait bon nombre de ses camarades qui n'ont pas su s'arranger de leur lot et qui aujourd'hui pataugent. Il me disait aussi une chose digne d'être prise en considération : très prochainement les officiers en retraite vont jouir d'émoluments à peu près égaux à ceux d'activité et il doit être assez doux de jouir au repos de semblables avantages Je ne veux pas aujourd'hui recommencer mon plaidoyer, mais seulement te garer toujours des préventions contre l'inconnu et surtout te demander avec instance le courage, la persévérance, te prémunir enfin contre les funestes effets du dépit et du découragement auxquels tu serais plus qu'un autre peut-être disposé à céder. Malgré un temps détestable, source de rhumes pour plusieurs et dont nous souhaitons ardemment voir le terme, nous allons tous généralement bien. Peut-être est-ce parce que je le désire vraiment ? Mais il me semble que Mathilde va un peu mieux et que si le printemps était arrivé autrement que sur l'almanach, elle ferait décidément des progrès. Nous sommes toujours assez mal outillés en gens de service. Hier cependant est arrivée une femme de chambre bavaroise sur laquelle ta pauvre mère toujours bien occupée, mais grâce à Dieu, bien portante, fonde quelque espoir. A Dieu, cher et bon fils, nous prions de tout notre cœur pour qu'en ce semestre les chances te soient plus favorables que dans le précédent, et, comptant que tu persévéreras sans jamais t'abandonner dans les plus sérieux efforts, nous t'embrassons avec la plus vive tendresse. Ton père et ami. Ce matin, nous avons eu aussi de satisfaisantes nouvelles de Chofia ; il s'était foulé le poignet à l'escrime, mais cela n'a rien été ; il a été renommé conseiller de sa congrégation. 6/4/1878 Mon bien cher fils, ce ne sont pas les élèves seuls, mais bien aussi leurs parents qui sont, je ne dirai pas victimes, mais privés, et nous souffrons avec toi cela va sans dire, de renoncer au faible espoir que nous avions conservé de ta visite. La seule consolation est que 48 heures eussent été bien peu de chose et qu'aussitôt réunis, il nous eût fallu songer à la séparation. C'est la vie sérieuse qui commence, mon pauvre fils, il faut se dire courageusement que quand on devient homme, les vacances ne sont plus régulières comme lorsqu'on était écolier et puis regarder autour de soi pour voir qu'on n'a que le sort commun. Nous sommes avisés que François, partant d'Amiens à 6 h. du soir, arrive à Paris à 9 h.30 et que pour être à Nancy le 22 à 11h.20, il quitte la capitale à minuit 25, Tu vois par là le temps exact qu'il te sera donné de passer avec lui et le Général ne trouvera pas étrange que tu quittes plus tôt que de coutume son salon pour aller embrasser ton frère. Nous te remercions des détails que tu nous donnes comme toujours et comme toujours, nous nous intéressons à tes relations avec nos parents. Tu fais très bien de rendre une politesse aux Saladin ; organise bien ton petit menu et tâche que le repas ne soit maigre que par la nature même des mets. Tu auras soin de prendre en note cette dépense d'extra afin que je puisse t'en tenir compte à l'occasion. Si tu ne crois pas pouvoir rendre ta politesse en maigre, je conduirais à ta place mes invités au Dîner du Passage Jouffroy : c'est encore là qu'on est, je trouve, le mieux, sans être obligé de chercher un menu. Fais pour le mieux cher fils, et souviens-toi d'être toujours honorable. Je regrette que Gustave Desseilligny t'ait invité pour un jour impossible, il convient, comme tu le penses, d'aller soit demain, soit le Lundi de Pâques, faire une visite pour t'excuser et au besoin, laisser ta carte qui expliquera que tu ne disposes que du mercredi ou du dimanche. Chez tous les parents ou les gens de connaissance, n'oublie pas de faire nos compliments. Madame Schneider te recevra bien, je suis sûr, et tu as raison de ne pas

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perdre de vue son invitation. Nous sommes bien heureux d'apprendre qu'il n'a que failli avoir du grabuge au sujet du cours de Mécanique et nous te supplions toujours de te tenir en dehors des manifestations contre l'autorité. Je compte que tu fais tout le possible pour suppléer à l'insuffisance regrettable de ce cours : ce n'est point une matière à négliger. Tu ne nous parles pas cette fois de ton travail, mais nous voulons croire qu'il est assidu et régulier et que tu es fermement résolu à réparer dans les trois derniers semestres les désastres du premier. Nous allons tous aussi bien que possible. Le temps a été beau et chaud les jours passés, mais il menace en ce moment de se gâter. Mathilde est fort incommodée par la germination de ses dents et n'est par conséquent pas encore en aussi bonne voie que nous le voudrions. André et Paul entrent demain en vacances cela nous promet bien de l'agrément dans l'intérieur. Notre brave Pierre a obtenu le second prix d'excellence et n'a manqué le premier que de deux points ; c'est une place trop inférieure en composition d'allemand qui en est cause. A Dieu, cher fils, toujours bien occupés de toi, nous t'embrassons avec la plus vive tendresse. Ton père et ami. Je me demande pourquoi tu n'as pas attendu que le Carême fût fini pour inviter les Saladin. Cela t'aurait mis bien plus à l'aise.

23/4/1878 En voyant hier matin à 7 h. ce grand polisson de Chofia nous surprendre j'ai pensé tout de suite, mon pauvre ami, à notre cher absent et j'ai senti avec peine que tu avais eu une déception ; connaissant ton activité, j'ai bien deviné aussi que du Nord à l'Est tu avais dû faire des allées et venues. Le brave Chofia a été aussi bien contrarié de ce contretemps, et n'ayant pu obtenir de son cornac l'autorisation d'attendre seul le train de 12h25, il a dû se résigner à t'informer seulement par un camarade, de mon passage. C'est un mécompte, mon pauvre fils, à joindre à celui plus grand encore de ton absence qui nous est, je te le répète, bien sensible. Faute de l'original, tu nous envoies ce matin une excellente copie et je te remercie de cette attention ; tu es vraiment on ne peut mieux et je me régale en ce moment même de ta bonne face placée sous mes yeux. Si tu disposais d'une épreuve pour la bonne sœur Réginald, elle serait on ne peut mieux placée et jointe à un petit mot, lui ferait de ta part le plus grand Plaisir. Cette chère recluse, délivrée du silence que lui impose le Carême, nous a envoyé hier d'excellentes lettres ; elle est bien occupée de toi et t'aide de ses plus ferventes prières. Elle nous signale un élève qu'elle croit être de ta promotion, Étienne Massin et t'engage à faire sa connaissance. Quels beaux œufs de Pâques tu nous as ménagés, mon bon fils, et combien je suis heureux de cette note de 17 en mécanique surtout avec un cours que tu nous dis si inférieur. Je ne récriminerai pas en disant : si seulement tu t'étais toujours comporté ainsi durant le premier semestre, mais je dirai : Voilà un satisfaisant début qui me fait bien augurer de ton relèvement dans l'avenir. Courage donc, régularité et persévérance, le bon Dieu nous aidera. Le bon François nous est arrivé reçu au petit bachot avec la mention « Bien » et la sage Marie nous a apporté hier le ruban bleu. Thérèse ne nous a apporté que son genou toujours malade et qu'il faut soigner pendant les vacances. Si nous pouvions aussi la guérir de sa pigrite chronique. A part cela, nous allons tous bien et la mignonne Mathilde est en meilleur état. Les dents que sa mère espérait pour Pâques ne sont pas encore parues. Le temps est assez beau et j'espère que les vacances ne seront pas contrariées par la pluie. J'ai à faire au Blanc-Rupt et Dimanche prochain, nous irons coucher à Raon pour passer avec Bon papa trois jours à Thon. Pierre songe à emmener Jean du Coetlosquet. Joseph a cette semaine plusieurs tournées militaires ; puis viendront ses vacances de quinze jours et après elles son départ pour l'Aisne dont il ne manquera pas, j'espère de t'aviser. Nous avons vu hier le colonel Albert qui venait au devant de sa femme. Ils se sont présentés plus tard à la maison, mais nous étions sortis. Joseph seul les as vus et il a su que Mad. Juliette avait dîné avec toi la veille au soir. Nous avons bien reconnu notre brave Maurice en apprenant qu'il avait pris part à la communion générale de N.D. C'est un spectacle dont j'ai souvent désiré de jouir. Nous en avons eu le diminutif à la cathédrale de Nancy à la suite des conférences et de la retraite pascale prêchée par le P. Letierce. Sept forestiers se sont approchés de la Table Sainte : sous tous rapports notre cher major a vraiment une bonne promotion. Pour passer à un tout autre ordre d'idées, je jouis du plaisir que tu as dû avoir aux

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Fourchambaut : d'après ce que j'ai lu de la pièce, elle doit être fort intéressante et on la dit parfaitement rendue. Got surtout excelle dans le rôle de Bernard. Craignant d'après ce que tu me dis, cher fils, que tu ne sois gêné, je t'envoie un billet de 100 Fr. qui représentera ta pension soldée jusqu'au 15 juillet ; mais nous te savons bon administrateur, économe, et quand je pourrai voir tes dépenses je te tiendrai compte de celles qui doivent nous incomber : photographies, dîner Saladin, de tout ce que je pourrai en un mot raisonnablement faire. Les temps sont toujours durs et dispendieux, et ma perte d'argent m’est toujours pénible. A Dieu, cher fils, merci encore une fois de ta bonne et chère photographie et de ton excellent 17. Tous nous t'embrassons avec la plus vive tendresse. Ton père affectionné. 24/4/1878 Mon cher fils, je reçois à l'instant ta lettre du 13 et j'y réponds en t'envoyant une invitation au banquet d'Athis à laquelle tu répondras oui au non suivant que cela te sera possible ou que tu le jugeras convenable et un petit mot de sœur Réginald à ton adresse que bonne maman a rapporté hier soir de Langres : cette bonne mère vient d'aller passer une semaine près de sa fille et nous est rentrée hier soir bien portante et fort satisfaite de son séjour. Hier matin, Joseph est parti à 6h pour Villers-Cotterets passant par Reims et Soissons ; c'est là et non à Clermont dont les hôtels se trouvaient remplis qu'on a dû donner rendez-vous aux élèves qui les vacances finies, ne sont pas rentrés à Nancy à cause de leur éloignement. Le séjour dans les forêts voisines de VillersCotterets ne doit pas dépasser 4 ou 5 jours après lesquels on rentrera à Nancy pour étudier d'autres points. J'avais eu le tort de laisser notre aîné aussi peu clairvoyant au moral qu'au physique, exécuter vendredi une promenade excessive : de Nancy à Toul en suivant le cours de la Moselle et retour par le canal, environ 60 kilomètres de sorte qu'il nous est revenu les pieds abimés d'ampoules. Il allait cependant mieux hier matin et j'espère qu'il pourra sans trop de peine faire ses courses d'étude. Tu vois, mon cher fils, que ton frère ne pouvait songer à aller te voir ni te porter les vêtements que tu demandes. Puisqu'à ce sujet tu parais t'en remettre à ma décision, je te dirai ce que je pense : s'il y a pour toi danger de punition à porter des vêtements civils dans Paris, je trouve que tu ne devrais pas courir ce risque, ensuite tu es assez mal monté sous ce rapport et il y a lieu de réserver pour les vacances ce que nous pourrons faire pour toi à cet égard, enfin je crois difficilement que durant les quelques jours de sortie pénibles à traverser qui pourront se présenter dans l'espace de trois mois, il ne te soit pas possible de faire comme bien d'autres et d'endurer la gêne de l'uniforme. Que font donc tous les officiers de l'armée ? et pense aussi un peu aux pauvres soldats qui, le sac au dos, manœuvrent des heures entières au soleil. Pèse tout cela en homme et dis-moi si tu ne t'es pas laissé trop impressionner par ces quelques jours orageux que nous avons traversés mais qui ne se reproduiront pas à toutes les sorties d'été. Nous allons tous bien et sommes beaucoup plus satisfaits depuis quelques jours des progrès de Mathilde ; elle parait maintenant en bonne voie, restent cependant encore à percer les dents qu'elle germe depuis longtemps. Thérèse nous cause toujours du souci, avec son genou qui ne se guérit pas : ta mère va tout à l'heure la soumettre de nouveau au docteur et décider s'il ne conviendrait pas de la garder à la maison pour arriver à la guérir complètement avant les vacances. Tous les petits vont bien et ont repris le train ordinaire. Nous avons enterré samedi le pauvre monsieur Bastien qui a fini heureusement par succomber à son horrible cancer. La tante Geny baisse sensiblement et il est à craindre en raison de ses 96 ans qu'elle ne tarde plus beaucoup à s'éteindre. Je suis allé jeudi avec Pierre et les petits à la Neuve Ville et j'y ai trouvé la tante Marie fort souffrante de l'estomac. D'après ce que m'a dit Duval, le médecin, sans spécifier le mal, le trouve plus grave qu'elle ne le croit. Ce pauvre Duval ne sort pas des tribulations. A Dieu et courage, cher fils, ton père toujours bien occupé de toi, souhaite vivement que tu emploies bien tout ton temps et que tu persévères dans la voie heureuse par laquelle tu as débuté dans le deuxième semestre. Tous nous t'embrassons bien tendrement. Les grands-parents Huin ont passé la semaine dernière à Thon : Bonne maman nous rendant compte de ce séjour, dit qu'il y a 700 mètres de rails posés et que son mari est satisfait du résultat. Bon para a acheté à St. Quirin une paire de chevaux alezans de 5 ans auprès d'un meunier. On dit que ces chevaux peuvent se monter mais il faudrait deux selles et brides : et les temps sont durs.

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23/5/1878 Mon bien cher fils, quoique le léger retard apporté à ta lettre hebdomadaire toujours si exacte d'ordinaire ne nous ait pas permis de concevoir d'inquiétude à ton sujet, nous avons eu grand plaisir à te lire hier. J'ai été moi-même empêché de te répondre le jour même comme je le fais ordinairement et je viens seulement aujourd'hui t'accuser réception de ta bonne missive. Tous les détails que tu nous donnes et que tu nous donneras encore sans doute sur l'Exposition, la grande attraction de 1878 nous sont d'autant plus précieux que je ne compte guère voir cette merveille que par les yeux de mes enfants. Le dernier mot n'est peut-être pas dit : cependant jusqu'ici je me sens peu attiré par cette merveille ; je deviens avec l'âge moins curieux, je redoute les fatigues et surtout cette année la dépense : vous autres mes fils, qui êtes plus jeunes, vous avez plus d'intérêt que moi à conserver le souvenir d'une chose qui ne se reproduira peut-être pas de longtemps, et je ferai tous mes efforts pour que tous ceux qui sont en âge de profiter de ce spectacle en jouissent. Entre tous, mon cher ami et comme le dit le bon Pierre, tu es bien le plus favorisé et je m'en félicite : car tes yeux ne sont pas les moins bons de tous et jusqu'à nouvel ordre c'est par eux que je jouirai. Tu peux mieux qu'aucun de nous voir la chose à tête reposée, diviser le plaisir et c'est un grand avantage pour que la tête se meuble de plus durables et plus agréables souvenirs. A tous égards donc, et quoiqu'il advienne de toi, je suis heureux que ce soit notre polytechnicien qui soit le mieux en situation d'étudier cet immense bazar des arts et de l'industrie modernes. La tante Jeanpierre nous disait hier qu'elle avait vu son fils revenant de Blamont et passant à Nancy pour se rendre à Paris ; je la priais de lui écrire de t'assigner un rendez-vous dimanche. Mais il paraît qu'il aura déjà quitté la capitale ce jour-là. Il doit s'y rencontrer avec Léonce Cézard revenant de Nantes et Henri Vidil de retour d'Amiens où François a reçu sa visite. Tes excellentes notes en dessin me font toujours, mon cher fils, plaisir et peine à la fois. Je ne peux les apprendre sans songer avec amertume combien ton pauvre aïeul paternel eût été heureux et fier de voir son petitfils réussir dans un art qui lui a procuré de grandes jouissances et qu'il a cultivé lui-même non sans succès : d'autre part, je ne puis m'empêcher de songer que si dès le début, tes efforts dans d'autres matières plus ardues, j'en conviens, avaient été plus énergiques, plus suivis et surtout plus couronnés de succès, nous aurions plus d'espoir de te voir arriver à la carrière des Ponts et Chaussées pour laquelle je te crois toujours appelé. Enfin , j'aime à penser que tu fais tout ce que tu peux et ne pouvant moi-même plus, je te recommande et t'abandonne à la Providence. Comme te le dit Pierre, nous allons tous à merveille en ce moment. Mathilde vient à souhait et ses progrès donnent des forces et de la satisfaction à votre bien dévouée et tendre mère. L'intérieur domestique est satisfaisant et j'espère que des précautions et des soins triompheront du mal au genou de Thérèse. Marie doit nous venir cet après-midi pour une visite au dentiste, et quand je l'aurai entrevue j'irai avec bonne-maman et Pierre rendre visite à la Neuve Ville où la tante Marie est toujours fort souffrante de l'estomac. Joseph est toute cette semaine en tournée de sylviculture dans les environs de Nancy. Aujourd'hui il est à Lunéville dans la forêt de Mondon et il passera la semaine prochaine dans les sapinières de Saint-Dié. Il est revenu fort satisfait de son séjour dans l'Aisne; il a vu la forêt de Compiègne, le Château de Pierrefonds, etc. Nous avons de bonnes nouvelles de Raon et bon papa est satisfait de son emplette de chevaux. Pour galoper auprès de Brutus, portant sa chère épouse, il a acheté selle et bride non pas chez le Gruzat, mais à St. Dié, c'est un progrès : mais je crains que ces chevauchées en montagne n'ôtent à sa bête le mérite qu'elle aurait pu avoir pour trotter sur la grande route. Le chemin de fer nous dit-on, s'avance, et bientôt les tronces2 arriveront sur la scierie ; il faut donc croire que le service des wagonnets se fait sans accroc. A Dieu, cher ami, le temps est agréable à Paris comme à Nancy je l’espère ; profites-en si tu le peux, pour l'Exposition, et ne laisse pas arriver les grandes chaleurs. Tous nous t'embrassons bien tendrement et prions Dieu qu`il t'ait en sa sainte garde. Ton père et ami. Si par hasard, en parcourant les ameublements français, tu pouvais saisir quelques adresses de bons fabricants, mets-les moi de côté. Elles pourraient m'être utiles quand je serai en situation de meubler notre salon : ce serait surtout pour une table de milieu de salon : style Louis XV ou Louis XVI, servant à la fois de table de travail pour les dames et de table à jeu.

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26/5/78 Bien cher fils, avant de partir ce soir pour Raon et de gagner de là Thon, puis le Blanc-Rupt où j'ai besoin de voir ce qui se passe et passerai la journée de mardi, je t'accuse réception de ta lettre reçue hier soir et comme toujours, déchiffrée avec intérêt et plaisir. Je laisse à ta mère le soin d'y répondre plus complètement que moi, de te parler de nous tous et je me borne à te parler de la présence à Paris d'Henri Schneider qui t'a été signalée. Il est convenable à tous égards que tu cherches à faire sa connaissance. Mais pourras-tu le joindre ? Il faut du moins faire pour cela tout le possible. Présente-toi donc à son hôtel mercredi au sortir de l'École, et, s'il n'y est pas, laisse ta carte en t'informant de l'heure à laquelle tu aurais chance de le joindre. Je suppose que le moment le plus propice serait après son déjeuner, vers une heure, dans ce cas, tu te représenterais le dimanche suivant. Fais pour le mieux et n'oublie pas de lui offrir mes affectueux compliments. Ton peu de liberté et ta qualité de parent te permettent de ne pas te préoccuper de l'heure plus ou moins indue à laquelle tu te présenteras et d'insister pour que s'il était en affaires ta carte lui fût au moins soumise. Je n'ai pas besoin de te recommander d'être aussi gracieux et poli que possible. Ne te décourage pas vis à vis des autres membres de cette famille et à l'occasion, fais encore des démarches pour rencontrer Madame Schneider la mère, madame Veuve Desseilligny sa fille, monsieur Gustave Desseilligny, Madame Gilbert. Ce ne sont pas des parties de plaisir que je t'offre, mais des devoirs de famille à remplir, plus importants et plus utiles peut-être que tu ne penses. Je t'embrasse, mon cher fils, bien tendrement. 4/6/1878 Bien cher fils, ton long et intéressant journal nous est parvenu ce matin, au moment où nous allions partir pour rendre les derniers devoirs à la tante Geny. Notre pauvre doyenne s'est éteinte le 1er juin à l'âge de 95 ans. Éteint est bien le mot, car elle n'est morte que de vieillesse et il n'est pas possible de passer plus doucement qu'elle ne l'a fait de vie à trépas. Le 31, à 4h elle me serrait encore affectueusement la main, et à 4 h. de la nuit, on s'apercevait qu'elle avait cessé de vivre. Nous venons donc d'assister à son enterrement avec Albert et sa femme que j'y avais conviés et après avoir partagé notre déjeuner, ils viennent de nous quitter pour rentrer à Epinal. Quelles merveilles d'activité tu fais mon cher fils, nous avons véritablement peine à démêler tes allées et venues ; du reste, nous nous en applaudissons si comme le semble prouver ta dernière colle, le travail n'en souffre pas. Nous sommes contents de ton état de santé et bien contents que la fusion de ton abcès t'ait délivré du mal de dents. Prends garde toutefois d'en prendre plus que tu ne peux. Le bon François nous écrit en même temps que toi et a été bien sensible à ta visite. Cette année le séjour de Paris a bien de l'attrait, n'y cède pas trop et n'oublie pas le sérieux. Nous allons tous bien : mon voyage au Blanc-Rupt s'est bien passé et le chemin de fer de la station de La Broque du Lexandre au Marquis fonctionne très bien au moins pour les voyageurs. Bon Papa nous a descendus, Bonne maman et moi en 6 minutes. Ils doivent être retournés lundi à Thon pour la semaine. Je crains bien qu'ils n'aient perdu de vue l'Exposition et je doute fort que ton éloquence les arrache aux douceurs et à l'intérêt que leur procurent leurs forêts. Essaye toujours. En somme, leurs deux alezans sont assez laids et communs, mais ils sont doux, faciles et franchissent en deux heures la distance de Raon au Trupt. Les Higel se réjouissent de vous voir pour la dernière fois en vacances. Alphonse Didion était venu pour nous voir dimanche au moment où je partais pour Raon : je l'ai emmené y souper et coucher, et lundi, après nous avoir conduits jusqu'à la Trouche, il a dû regagner Revigny. Mais il s'est invité pour venir chasser à l'ouverture. Joseph est rentré mercredi quelques heures après moi et reparti vendredi à 4 h. du matin pour le Jura. Nous espérons de ses nouvelles mais il se promettait d'aller passer son dimanche à Lausanne. Le temps est toujours très orageux et nous ne passons pas un jour sans deux ou trois ondées. Bernadille nous dit que cela contrarie l'Exposition et qu'on y patauge fort souvent. Malgré cette abondance d'eau, les aquaria sont, dit-il, complètement manqués. Ne te préoccupe pas autrement des meubles de salon, quelques adresses de bons ébénistes me suffisent et encore en userai-je ? Aujourd’hui Duval doit regagner Versailles avec sa smala : la tante Marie est toujours bien souffrante ; Duval lui-même ne paraît pas très vaillant et il est certain que le pauvre garçon a une bien lourde charge de préoccupations et de peines. Si tu le peux, ne tarde pas trop à aller prendre

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de leurs nouvelles. Tâche un peu d'essayer chez le Général ta valeur chorégraphique ; il faut bien commencer un jour ou l'autre et prendre ton parti de faire quelques victimes. Il serait possible que jeudi, si le temps le permet, nous répondissions Pierre et moi, à une invitation des Mengin à Epinal : ils nous offrent la perspective d'un déjeuner préparé au Saint Mont qui domine Remiremont, par les soins du Capitaine de génie Picot, fils de mon brave camarade de St Dié, puis à la suite une visite au fort de Parmont. A Dieu, cher ami, je te le répète, tout va bien ici, quoique le genou de Thérèse ne fasse pas grands progrès et tous nous t'embrassons bien tendrement. Ton père affectionné.

11/6/1878 Je bénis cher fils cet heureux hasard qui t'a valu une invitation chez le général et t'a permis de faire tes premiers pas dans le monde, et je te sais le meilleur gré d'avoir suivant mon conseil, dévissé tes pattes de derrière. Tu as pu juger que ce n'était pas plus difficile que cela, et pour peu que les occasions se renouvellent tu seras bientôt à même de faire partout raisonnablement ta partie. Bien que tu crois déjà entrevoir que tes projets d'avenir ne seront pas servis de ce côté, et qu'Henri Schneider ait pu de prime abord, paraître vouloir se débarrasser de toi, je ne remercie pas moins encore ce Dieu hasard qui t'a permis, la semaine dernière, d'entrer en relations avec toute la branche cadette de la famille Schneider. Voilà la glace rompue et tu es maintenant à même de les cultiver dans la mesure convenable. Il se peut que le jugement porté par Henri Schneider soit discutable : cependant il n'est pas sans valeur et je me souviens très bien qu'au Creusot, on a toujours apprécié surtout les hommes formés à l'École même du Creusot et probablement pour cause. Quoiqu'il en soit, je n'ai aujourd'hui qu'une chose à te répéter, à savoir, qu'il te faut toujours travailler de ton mieux, ne pas abuser des distractions en cette année de fête à Paris, pour que tes forces suffisent toujours au travail nécessaire et puis, laisser faire le temps qui nous éclaircira les idées sur le parti à prendre. Je ne résisterai cependant pas à l'envie de te raconter qu'ayant répondu jeudi, Pierre et moi, à l'invitation du colonel Mengin, nous avons poussé avec sa femme et lui jusqu’à Remiremont et même jusqu'à St Mont, dont le sommet domine cette ville et où il nous a été servi un excellent déjeuner. Cette charmante partie qui s'est parfaitement passée avait été très heureusement organisée par les soins du Capitaine Picot, le fils du brave inspecteur de Saint-Dié, et qui est sous les ordres d'Albert. Je l'avais connu enfant lors de mon mariage, (il y a de cela 22 ans) mais perdu de vue depuis et je l'ai retrouvé brillant officier, plein de mérites de tout genre. Entré 40ème à l'École ayant mal travaillé au début, il était 125ème à la fin de la première année et est cependant à force d'efforts, sorti 50ème, les carrières civiles n'ayant pu lui échoir, il a pris le génie et est enchanté de son sort qu'il n'échangerait pas contre celui de bien des ingénieurs de ses amis. Il a un service fort intéressant, une charmante résidence, est son maître, a deux chevaux et voisine facilement avec ses parents. Bref, il voudrait te voir te convertir, et moi je ne m'y oppose pas ; je dirai mieux, j'en serais heureux. Je réponds aussi aujourd'hui au bon Chofia qui nous annonce que la session d'Amiens est du 10 au 14 juillet, mais qu'il ne se croit pas prêt pour cette époque et qu'il préfère la session de Douai du 20 au 25. Il me demande conseil : naturellement je l'engage à ne pas rater son affaire pour être débarrassé 15 jours plus tôt et je lui dis d'achever sa préparation à loisir. Il a du sortir hier chez les Cosserat. Joseph nous est revenu samedi soir du Jura tout mal fichu. Il était fatigué, avait eu mal au pied et ne valait pas 4 sous dimanche. Aussi est-il resté tout le jour couché. Mais il va déjà mieux, et la semaine qu'il va passer à Nancy le remettra tout à fait ; il n'a plus que des courses dans les environs de la ville. Ce chançard de Pierre a été passer ses deux jours de Pentecôte à Raon et même bon papa lui a fait toucher hier barre au Marquis pour lui montrer son chemin de fer. Il nous est revenu hier soir de sa promenade enchanté et estimant comme moi que cette innovation pour le transport du bois qui paraît toujours très réussie au point de vue utile, sera pour toute la famille une très agréable distraction de vacances. Nous attendons bonne maman Huin aujourd'hui et demain et il semble ressortir de ce que dit Pierre, que Bon papa ne serait pas éloigné d'aller dans une quinzaine voir l'Exposition. Je ne garantis rien mais je crois hors de doute que le logement est complètement inutile et que cette idée doit être mise de côté. Marie est à cette heure chez le dentiste avec sa mère pour faire revoir l'appareil qu'elle porte en vue de donner une direction meilleure à une dent 41


qui pousse mal. Thérèse soigne toujours son genou mais va bientôt refaire une apparition au Sacré Cœur pour renouveler sa première communion et recevoir la confirmation. Je ne dis rien d'André, Zi et Nolla qui vont à merveille. Jean a été ces jours passés un peu dolent et par suite embêtant ; enfin Mathilde est toujours charmante et en voie de prospérité. Encore deux mois et tu la trouveras bien changée à son avantage. Maman et Bonne maman sont toujours en excellent état. J'admire Madame Eudoxie qui, traitant sans doute les centaines de mille francs beaucoup plus brutalement que moi les billets de mille, nous convie à aller en smala au Creusot : C'est gracieux, mais irréalisable. Je ne désespère pas d'aller un jour revoir cette belle usine transformée, flanqué de mes deux savants de fils, mais quand ? A Dieu , cher fils, soigne-toi bien et tout en travaillant, conserve-toi en santé ; si le temps se maintient, tu ne tarderas pas plus que nous je pense, à prendre des bains de rivière. Tous nous t'embrassons bien tendrement. Ton Père et ami.

17/6/78 Mon cher ami, les Cezard et Jean-Pierre partent tout à l'heure pour Paris, ils comptent te donner un rendez-vous pour dîner avec eux mercredi et ont bien voulu me demander nos commissions pour toi. Dans le cas à ils ne se presseraient pas assez pour que tu fusses prévenu à temps, je t’informe qu'ils sont porteurs d'un billet de banque à ton adresse et t'engage si tu ne reçois pas d'eux un mot, mercredi matin, à tâcher de les joindre à leur hôtel de Castille , 5, Boulevard des Italiens, à midi ou à 6 ou 7 heures pour palper ledit billet. Ils passeront sans doute leur après-midi à l'Exposition. Nous allons tous bien et t'embrassons affectueusement. J'oubliais que tu ne sors qu'à deux heures. J'espère que ma précaution sera inutile.

25/6/78 Comme tu l'as pensé, mon cher fils, les Cézard de retour à Nancy samedi, nous ont donné de tes nouvelles fort satisfaisantes, ma foi, et nous avons été fort touchés des politesses dont tu as été de leur part l’objet ; je ne doute pas que tu leur aies témoigné ta gratitude. J’ai été content d'apprendre que tu as joui dans de bonnes conditions du spectacle de la Revue ; je n'ai jamais eu pareille chance et j'en serais cependant curieux. Une réception à l'Élysée serait aussi digne de ma colère mais j'y aspirerais en vain. Je suis heureux, mon cher fils, de toutes ces bonnes fortunes qui t'arrivent. Je ne demande qu'une chose et j'espère que tu y as égard ; c'est qu'elles ne te fassent pas perdre de vue l’essentiel. Il est fâcheux que tu n'aies pas averti Mademoiselle Didion que tu manquerais à son rendez-vous. Tâche d’y remédier avant qu'elle ne quitte Paris. Son oncle, le Général baisse beaucoup et il y a lieu de craindre que sa fin ne soit imminente. Je te félicite de ta bonne mémoire et ne doute pas que bon papa n'ait été touché de tous les témoignages qui lui sont venus de ses petits enfants à l’occasion du 24. J'ai reçu une lettre de Duval toujours fort peu rassuré sur l'état de sa belle-mère. En post-scriptum, il me dit qu'il pense être débarrassé de son inspection générale vers le 15 juillet et qu'alors il compte sur toi. C'est pour te dire qu'avant cette époque il vaut mieux ne pas aller les voir. Nous recevons aujourd'hui d'excellentes nouvelles de François qui n'a pas le temps de t'écrire. Hier passait à Nancy Juliette Mengin allant à Paris. Elle espérait dîner avec toi dimanche prochain, mais le Général va aller à, Fontainebleau et tes dîners dominicaux vont cesser. Le pauvre Jeannot a fait une triste fête ; il était tous ces jours-ci dolent et voilà qu'aujourd'hui le docteur lui trouve la rougeole en plein. Le temps est heureusement très propice pour qu'elle sorte bien et la grande chaleur rend cette maladie facile à soigner. Nous espérons qu'elle passera sans complication. L'ennui, c'est que tous ceux qui ne l'ont point eue vont sans doute y passer et la pauvre petite Mathilde est encore trop petite pour n’être pas difficile à soigner. Elle est tout à fait bonne maintenant et a déjà deux petites dents. A part cet accroc qu'il vaut mieux voir arriver maintenant que plus tard, nous allons tous bien et t'embrassons.

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9/7/78 J'espérais un peu, cher fils, que ta lettre reçue ce matin nous ferait savoir si, comme madame Juliette a dû le demander et nous l’a donné à espérer, le petit appartement du Général serait vacant en fin juillet et pourrait nous recevoir, Pédot, Chofia et moi pour visiter l'Exposition. Il faut croire que tu n'as rien appris à cet égard et que nous devons encore attendre pour prendre un parti. Tu sais sans doute que je m'étais à peu près décidé à utiliser ainsi le retour de François en vacances. Son examen devait avoir lieu à peu près en même temps que celui de Pierre, je serais allé au-devant de François avec Pierre aussitôt délivré et en 3 ou 4 jours, aidés de tes conseils, nous aurions acquis la satisfaction de pouvoir dire que nous avons vu l'Exposition. La question de logement est la seule difficulté et je comptais sur Juliette pour la résoudre. Peut-être le fera-t-elle encore ? En attendant, comme tu le supposes, François pioche à mort et Pierre idem. Le premier passera vers le 20 et le second le 22 ou le 24. Je ne saurais croire que le bon Dieu refuse le succès à ces bons et laborieux enfants. Comme te l'a écrit la bonne Marie, la rougeole a fait rage chez nous mais, Dieu merci, elle se passe bien. Elle est complète, mais sans complication et ne laissera, j'espère, pas de traces. Jean le premier atteint, est naturellement le premier débarrassé et maintenant hors d'affaire. André et Paul pris à peu près simultanément, vont prochainement sortir du lit. Zizi a succombé la dernière mais a été atteinte moins fortement et paraît aujourd'hui sortie des plus mauvais jours. La chère Mathilde a jusqu'ici échappé à la contagion et nous voulons encore espérer que son jeune âge l'en tiendra à l'abri. Elle vient si bien que ce serait vraiment dommage de la voir accrochée. Dieu merci, ta bonne mère supporte vaillamment les fatigues que lui donne sa trop nombreuse infirmerie et Thérèse dont le genou semble aller mieux l'aide un peu dans ses fonctions de garde-malade. Le résultat probable de cette petite contagion sera d'avancer un peu notre départ pour Raon. Les malades auront besoin du grand air pour achever de se purifier et il conviendrait à aucun égard de faire rentrer André et Paul à Saint Joseph avant les vacances ; il leur faudra faire le sacrifice des prix qu'ils espéraient et avaient mérités, je crois. Joseph a encore devant les mains quelques travaux d'arpentage sur le terrain et au cabinet puis viendra la préparation des examens de fin d'année. Pour toi, mon cher fils, te voilà au plus épais de cette besogne et je souhaite bien vivement que tu t'en tires aussi heureusement que tu l'as fait des examens du second semestre dont tu nous as fait admirer quelques notes. Je n'ai pas besoin de te recommander d'y donner tous tes soins. Le lycée de Nancy a eu un échec notoire pour les compositions de saint Cyr, sur 45 candidats, il n'y a eu que 7 admissibles et il paraît que les Postes n'ont pas été aussi bien partagées que les années précédentes. Plusieurs victimes nancéennes restent sur le carreau : Elie, de Calan, Bastien, de Scitivaux. L. de Frégeville a encore une fois franchi le premier pas, mais fera-t-il le second ? Son père en doute. Nous ne savons si Jean Marie Guillaume de Rozières serait le fameux Antoine que nous connaissons. Je remercie Dieu de n'avoir plus à prendre à toutes ces émotions qu'un modeste intérêt. A Dieu, cher ami, nous t'embrassons avec la plus vive tendresse. Nous attendons Melle Didion ce soir. Elle n'a pas été prévenue assez à temps pour venir rendre les derniers devoirs à son oncle le pauvre Général qui a été enterré samedi dernier. 17/7/78 Bravo, mon cher fils, et courage : si tu continues tes examens d'année comme les voilà emmanchés, il me semble qu'il n'est pas trop prétentieux d'espérer que tu te relèves sur la liste de classement. Que tu y mettes tous tes soins la chose ne fait pas de doute pour nous et nous ne manquerons pas de t'aider de nos prières. Voyant le temps se passer sans qu'il nous arrivât de nouvelles de Juliette, et en présence des démarches que tu nous disais le brave docteur disposé à faire pour nous assurer un gîte, je me suis décidé à écrire au Général. Il me répondait samedi 13 et m’expliquait le retard apporté par sa belle-fille à m'écrire en me disant qu'il ignorait l'époque de notre arrivée ; que par conséquent il n'avait pu lui dire si le petit appartement serait libre ou non pour nous ; mais il terminait ainsi, en suite de ma lettre : "Nous partons dans peu de jours ma femme et moi pour Fontainebleau et nous avons la certitude qu'à la fin de ce mois, nous pourrons vous réserver les trois lits dont vous avez besoin, de sorte que vous pouvez y compter absolument". Ce langage confirmé par une lettre de Juliette survenue le jour même du départ de la

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mienne au Général, s'accorde mal avec l'ambiguïté de la réponse qui t'a été faite. Mon oncle ajoute que je devrai prévenir son domestique Dominique de notre arrivée et que de plus comme ce garçon doit être appelé le 1er septembre pour le service de la réserve, il nous faut tâcher de venir avant le 24 ou le 25 août au plus tard. Je ne comprends plus, je l'avoue, cette recommandation, puisque j'ai bien spécifié que notre projet de séjour à Paris est pour la fin de juillet. Mon oncle se serait-il trompé de mois et ledit Dominique serait-il appelé le 1er août ? Quoiqu'il en soit je serai certainement en mesure de te faire savoir pour mercredi prochain le jour de notre arrivée à Paris : tu voudras bien aller le dire à Dominique et me faire savoir par une carte postale que tout va bien, c'est-à-dire que les trois lits seront prêts à nous recevoir. Chofia passe les 22 et 23, et comme ne connaissant pas encore mes projets, il me demandait déjà lundi mes instructions pour son retour, j'ai dû comprimer son impatience de revenir et lui dire de ne pas bouger d'Amiens tant qu'il n'aurait pas reçu d'ordre. Pédot est toujours sur le qui-vive, mais ne peut plus beaucoup tarder à être fixé sur la date de son épreuve. J'espère que, comme il l'a demandé, elle sera mise aux 24 et 25. Ce serait donc, selon toute apparence le 26 ou au plus tard le 27 que nous pourrions partir. Il me semble que nous arriverions pour toi dans un bon moment puisque tu aurais passé le 23 ton examen de physique. Je n'ai, Dieu merci, rien à te dire des santés qui sont redevenues très bonnes. La rougeole a complètement disparu sans complication et sans laisser de traces. Maman en a vaillamment supporté les fatigues et Bonne maman Geny traverse les chaleurs mieux que je ne lui ai vu faire de longtemps. Les grands-parents Huin sont partis hier pour aller achever la semaine à Thon. Bon papa se préoccupe de ses yeux et songe à aller consulter à Metz le fameux oculiste Zartmann. Bonne-maman dit que sa visite à l'Exposition est aujourd’hui rien moins que certaine et que je fais bien de prendre les devants avec mes deux cadets. Joseph me charge de te dire qu'il ne peut te fournir les renseignements qui te sont demandés. Il sait seulement qu'on passe de l'École polytechnique à l'École forestière sans examens et qu'on y entre bien entendu, comme élève de première année. Bon courage et adieu, cher fils, ou mieux, à bientôt. Prie un peu pour le succès de nos chers candidats et reçois nos plus tendres et plus affectueuses caresses. Ton père et ami. Pierre rentre un peu contrarié : l'ouverture de la session a été retardée de deux jours : elle ne commencera que le 24 : il avait demandé à être de la première ou de la seconde fournée : on l'a mis dans la seconde, c'est-à-dire aux 26 et 27. Il n'aura pas M. Forthomme auquel j'aurais pu le présenter et il sera avec beaucoup de forts. Enfin... espérons. En tout cas, nous pourrons partir au plus tôt samedi 27 à 3h. Je te préciserai la chose pour mercredi. Il faudrait pour que Joseph pût te répondre, que les grands chefs de l'École qui sont absents fussent rentrés et aussi que tes questions fussent posées un peu plus nettement.

19/7/78 Cher fils, nous sommes bien ennuyés je dirais même tourmentés de te savoir en proie à la grippe. Elle est bien mal venue en ce moment. Enfin, il faut l'accepter et surtout faire en sorte qu'elle ne dégénère pas en quoique ce soit de plus fâcheux. Tâche, je ne dirai pas de ne pas te refroidir, cela n'est pas difficile, mais au moins de ne pas te fatiguer. N'y a-t-il pas là une circonstance de force majeure qui te permette de demander la remise de ton examen de physique. Cela vaudrait mieux, ce me semble, que de le passer quand même et mal. Tu sais en général assez bien te tirer d'affaire pour que nous nous en rapportions à toi de ce qu'il convient mieux de faire. Je me borne donc à te recommander la prudence au physique et au moral. Joseph avait déjà parlé hier à M. Nanquette ; je viens de lui parler moi-même et voici, je crois, la réponse complète à ta question. Pour passer de l'École polytechnique à l'École forestière, il faut avoir fait ses deux ans à la première et en sortir classé dans les services publics, c'est à dire non fruit sec. On fait alors une demande au Ministre de l'Agriculture et du Commerce qui vous admet par voie de liste supplémentaire. C'est, je trouve, une dure extrémité à laquelle le pauvre Gabriel se trouve réduit, et qu'en se donnant peut-être un peu plus de peine il aurait pu éviter. J'ai fait part à M. Nan quette de ce que tu nous dis au sujet de son neveu Bastien. Il est étrange qu'ils ne sachent encore rien. Pourvu que je ne leur aie pas donné une fausse joie. Je compte toujours que, pour profiter de toi le 44


plus possible, nous pourrons partir samedi 27 à 3 h. et être à Paris à 9 h. 50. De son côté, François, si mon vieil indicateur du Nord est toujours exact, pourrait quitter Amiens à 6 h. et arriver à Paris à 8 h.55. Nous irions le prendre à la gare du Nord et nous transporterions tous trois rue de Vaugirard 55 où tu viendrais nous chercher dimanche matin à 6h. Dieu veuille, cher ami, que tu ne sois plus accroché à ce moment. A Dieu, cher fils, rien de nouveau à te signaler. Tous nous t'embrassons bien tendrement et te souhaitons d'être promptement remis. Ton père et ami.

23/7/1878 Mon bon fils, j’espérais ce matin une lettre de toi. Puisqu’elle nous fait défaut, je veux simplement croire que tu vas mieux et que tu es très occupé de ton examen qui arrive, je crois, jeudi. Puissent nos suppositions être exactes et le succès couronner tes efforts. Nous attendons aujourd'hui des nouvelles du bon François et j'espère ne pas fermer cette lettre sans te donner l'issue de son examen. Quoiqu'il en soit, il faut songer à notre départ et préparer les logements. Rien ne s'opposera j'y compte, à ce que Chofia quitte Amiens samedi 27 et soit à Paris à 10 h. Je lui donnerai donc demain avec mes instructions en conséquence, l'adresse du logis de la rue de Vaugirard ; mais il serait possible que l'examen oral de Pierre qui n'a lieu que samedi nous empêchât de partir à 3h. pour arriver comme François à10h auquel cas nous partirions à 8h.23 et serions à Paris dimanche à 4h.30. Sortiras-tu demain et pourras-tu aller donner ces explications à Dominique? Si oui, je me dispenserai de lui écrire, si non, je le préviendrai vendredi. Donc, en tous cas, informe-moi au moins jeudi par une carte postale. Nous allons tous bien malgré une chaleur étouffante : des orages violents ont signalé les deux nuits dernières mais n'ont pas rafraîchi le temps. Si cela dure comme on l'annonce, notre voyage et notre séjour seront fatigants. Nous sommes en pleine retraite de préparation à notre fête de St Vincent de Paul qui se célébrera jeudi 25. C'est le père Truck qui nous évangélise. Cette nuit s'est enfin éteint le pauvre M. Wehrle jeune après six mois d'une douloureuse maladie. C'était une bien belle âme que Dieu ne peut manquer de recevoir dans sa miséricorde. Bonne maman Geny supporte bien la chaleur et nous recevons à l'instant de satisfaisantes nouvelles de Raon. Rien n'est venu à notre connaissance confirmer la nouvelle que tu nous avais donnée pour Bastien. Je crois donc que tu as été induit en erreur. A bientôt cher fils, tous nous t'embrassons tendrement. Ton père. 5 h. du soir. Nous recevons le télégramme du bon Chofia daté de 11h55 : Reçu François. C'était écrit, mais nous n'en remercions pas moins Dieu de tout notre cœur. Et d'un. Puissions nous dire samedi : et de deusse. 9/8/78 Raon - Je te défends, bien cher fils, de te suicider pour la mécanique, mais je ne t'interdis pas moins de te décourager comme tu as toujours une fâcheuse tendance à le faire en présence d'un insuccès. Fais ce que dois, tu l'entends bien, ce que dois, et advienne que pourra. S'il en est ainsi, et quoiqu'il arrive, nous te saurons, tu le sais, gré de tes efforts. Donc, cher ami, ne t'abandonne pas, prends encore un peu de courage et de peine et compte sur le bon Dieu que tu n'as jamais manqué de servir, et qui nous le lui demanderons bien, t'aidera. Ton mot que je reçois à l'instant, est probablement l'avant-dernier. Dans le dernier, tu n'omettras pas de nous dire le jour et l'heure exacte de ton départ : si cela se peut, arrive à Nancy samedi 17 à 7 h., j'ai à y aller moi-même, nous y passerions la journée ensemble et arriverions le soir à Raon. Nous sommes ici depuis avant hier mercredi à midi ; notre retour de Paris s'est très bien effectué : mais j'ai eu fort à faire dimanche, lundi et mardi. Enfin nous avons été prêts et sommes partis tous ensemble et arrivés tous ensemble sans encombre. Le temps est charmant, l'air délicieux, l'eau de la Meurthe bonne et déjà hier dans une promenade de la journée seulement à Thon, nous avons apprécié la supériorité des jouissances forestières et montagnardes sur celles de Paris, voire même l'Exposition. Sous peu, tu seras, j'en suis sûr, à l'unisson avec nous. Je retournerai

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probablement lundi prochain à Thon avec Bon papa et les plus grands garçons jusqu'à mercredi à midi. Je voudrais aller mardi au Blanc-Rupt et Bon papa a toujours à faire avec son chemin de fer qui marche à souhait mais qui ne fonctionne que depuis La Broque du Lexandre et dont il voudrait avancer encore cette année le plus possible la partie supérieure. Nous rentrerons donc pour la fête de l'Assomption ; j'irais ensuite te recevoir et aussitôt que tu serais des nôtres nous irions en famille faire un séjour à la montagne. Je pense que nous y serions pour les ouvertures prussienne et française. A bientôt donc, cher fils, encore une fois, ne te tue pas : mais ne deviens pas musulman et fataliste. Tous nous t'embrassons comme nous t'aimons. Ton père. Hier soir, nous est arrivé le palmarès d'Amiens ; le grand Chofia a douze nominations dont un prix de version allemande. Il n'a pas raté une seule matière.

2/11/1878 Mon cher fils, le temps m'a manqué hier pour t'accuser réception de ton petit mot et peu s'en faut encore aujourd'hui que je n'arrive pas à le faire. Après le long office des Morts, le Colonel Mengin nous est arrivé à déjeuner, après lui, le bon père Didierjean arrivant de Langres ; pendant cette visite le Général est survenu nous donner quelques instants avant le départ de l'express de 3h. - il a fallu le reconduire à la gare au galop, lui faire retrouver sa femme , son fils. Bref, la nuit va tomber et je n'ai plus que quelques instants de jour pour ne pas te laisser trop longtemps sans nouvelles. Comme tu l'as pensé, cher fils, le bien aimé Pierre a profité du jour de repos qui lui a été donné avant d'entrer en retraite pour nous narrer votre voyage. Nous avons vu avec consolation qu'il avait été satisfaisant : nous avions du reste confiance que ta belle humeur contribuerait à dissiper un peu pour le pauvre novice les tristesses de la séparation : pour nous elles nous sont restées et nous avons encore le cœur bien serré chaque fois que nous nous reportons vers celui de nos enfants dont nous apprécions tant les heureuses qualités, la douce compagnie, et qui, le premier nous quitte pour se donner tout à Dieu. Sa lettre cependant nous a fait du bien ; elle est calme, pleine de cœur, et il envisage avec sérénité l'avenir de sa belle et touchante vocation. Il compte sortir de retraite vers le 10 et pouvoir alors recevoir des nouvelles des siens ; mais le père Didierjean pense qu'il se trompe et que dans quatre ou cinq jours déjà ma lettre pourra lui parvenir. Prions tous pour qu'il ne se soit pas trompé et qu'il soit heureux là où il se croit appelé. Mais le sacrifice est dur et je n'ai pas besoin de te dire que mon cœur saigne bien encore. Le P. Didierjean vient de nous remettre une lettre de Sœur Réginald bien heureuse de votre visite et de la sienne ; la pauvre recluse désirait bien faire la connaissance de cet excellent père et ami qui connaît si bien ses neveux et nièces et lui en a parlé en long et en large. Pour toi, mon bien cher fils, te voilà encore rentré au devoir et en face d'une année décisive : je ne voudrais pas t'obséder de mes conseils paternels laisse-moi cependant te répéter encore en commençant que ton avenir est entre tes mains, te supplier de ne pas laisser inachevé ce que tu as si bien commencé en fin de la première année, t'avertir enfin, qu'à part quelques sujets exceptionnels, le succès est aux travailleurs. Sans perdre un instant, prends donc bien au sérieux le but que nous avons à cœur de te voir atteindre et dis-toi que vouloir c'est pouvoir. C'est une bien bonne et fraternelle pensée que tu as eue d'aller hier à Reims : je souhaite que tu aies pu la réaliser. Ta bonne mère compte toujours partir mardi pour faire sortir le bonhomme mercredi avec son complice Antoine. J'espère qu'elle fera le voyagé avec Mad. Jacquet. André parait bien lancé et a déjà eu une fois ses 4 A. Ta mère va donc aussi bien que possible, il en est de même des petits et au Sacré-Cœur ; mais, par votre départ, la maisonnée a perdu beaucoup de sa gaieté. Bonne maman est assez triste et mal à l'aise ; la mort de Mad. de Dumast survenue enfin la secoue péniblement ; je crains qu'elle ne passe un mauvais hiver. De Raon, bonnes nouvelles ; mais bon papa a eu un bien triste temps pour sa course à Thon. De ce que m'a dit le Général, il ressort effectivement qu'il compte sur toi pour l'assister en sa qualité de correspondant du jeune Duchamp à la rue des Postes ; mets-y, je te prie, toute la complaisance possible et continue à justifier la bonne opinion que ton grand-oncle

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a de toi. Ne néglige aucune des relations de famille que tu as à entretenir : il faut se faire bien venir de tout le monde et il y va de ton intérêt à venir. A Dieu, bien cher fils, et bon courage, j'aurais encore bien des choses à te dire en ces jours de première séparation : mais le jour me manque : j’ai dit l'essentiel et je ne voulais pas te faire attendre davantage. Tous nous t'embrassons tendrement. Ton père et ami. 12/11/78 Jour auquel Noll entre dans sa huitième année. Mon bien cher fils, ta bonne et longue lettre nous parvient à l'instant et complète la série des nouvelles que nous attendions de nos chers absents. Nous ne nous sommes point émus de ton retard à nous écrire et nous en comprenons les motifs. Tout ce que tu nous contes nous a intéressés et satisfaits non pas cependant la grippe qui, je l'espère, va s'apaiser ni la lassitude provenant des premières équitations ; c'est inévitable, et bientôt, je l'espère, tu seras culotté : pourvu que les clous ne s'en mêlent point. Je me suis empressé d'offrir nos compliments de condoléances au Docteur à l'occasion de la mort de sa belle-mère, mais au fond, je crois, cette mort est une délivrance. Offre bien demain mes affectueux respects chez le Général. Je souhaite bien que ta colle d'aujourd'hui soit satisfaisante ; c'est toujours une bonne chose que de bien débuter : cela prévient heureusement le colleur en faveur du collé. Tâche donc, mon cher fils, de te mettre dès le commencement sur un bon pied et de t'y tenir. Je doute que notre cher Joseph que tu connais trouve le temps de t'écrire : mais je puis te dire que l'absorption qui a eu lieu samedi s'est passée moins bien qu'il ne l'espérait : par l’imprudence et l'empressement de leurs anciens, beaucoup de conscrits étaient gris avant d'avoir mangé. De Rouvray ne paraît pas encore assez connu pour que Joseph ait pu beaucoup nous en parler. De Brinon va bien et ta mère a eu sa visite dimanche. Joseph a pour conscrit Babinet, le petit-fils du robinet : il a refusé carrément de boire. Joseph était venu à bout de son discours en vers et il m'a paru assez gentiment tourné. J'ai été hier faire quelques visites à l'École, et, comme je m'y attendais, j'ai entendu dire les choses les plus flatteuses sur notre aîné qui a toute l'estime de ses camarades et de ses maîtres. En somme, de ce que Joseph peut dire dès maintenant, il résulte que les conscrits sont pour la plupart des gaillards qui ne demandent qu'à aller... du côté de la flânerie. Maman a fait un satisfaisant voyage à Reims et comme toi, sans doute, a trouvé le bon André bien acclimaté ; j'ai été enchanté de tout ce qu'elle nous a rapporté sur son comte, c'est un brave enfant et ce m'est une grande tranquillité de voir qu'il est content et ne se plaint pas comme il arrive à tant d'autres. Il est sur le pied des primes roses et a de bonnes places. Mais je suis content qu'il soit en sixième ; car, comme tu le dis, l'étourderie est son grand défaut, c'est un peu de son âge, il est vrai, et sa lettre de ce matin, toute gentille et amusante qu'elle est, est encore émaillée de fautes d'orthographe grossières. Quoiqu'il en soit, tout est pour le mieux de ce côté et je te remercie encore une fois d'avoir procuré à ce bon petit frère le plaisir de ta visite. Il est bon qu'il voie de temps à autre ses devanciers et profite de leurs exemples et conseils. De St. Acheul3 les nouvelles sont on ne peut plus satisfaisantes. Après être sorti de retraite le 5 et avoir pris la soutane le 7, notre cher novice nous a écrit le 8 une excellente lettre respirant le calme et la sérénité. Il n'a en ce moment qu'à prendre les usages du noviciat et il envisage sans crainte la grande retraite qui commence le 21. Tu feras bien de lui écrire avant ce jour. Demain pour la saint Stanislas, il sera en fête. Bref, je ne sais si je me trompe, mais il me fait l'effet d'être à sa place comme le poisson dans l'eau et cette pensée adoucit beaucoup pour moi l'amertume de la séparation. Du reste, le bon François fait de son mieux pour le remplacer auprès de nous. C'est aussi une compagnie charmante par sa douceur, sa déférence, sa régularité sa complaisance pour tous les petits. Son inscription est prise ; indépendamment du cours, il suivra les conférences. Hier, nous avons fait notre visite au doyen qui nous a reçus avec une grâce parfaite et dès samedi, le studieux étudiant prend le harnais. A la lettre de Pierre était jointe une charmante lettre du P. de Fontenay pour Joseph. Ce que tu nous dis sur Ch. Jacquet s'accorde parfaitement avec ce que ta mère qui avait fait le voyage avec la sienne nous a rapporté. Je crois que ce garçon n'a qu'un but, en finir au plus tôt sans même le simple couronnement d'études que le vulgaire obtient et puis jouir d'un farniente absolu. Grâce à la faiblesse de sa mère il y parviendra aisément. Hier, nous avons eu la visite

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d'adieu de l'abbé Hartmann ; il quitte la maison Beaupré avec la consolation d'avoir vu son élève refusé pour la quatrième fois et plus honteusement encore que les précédentes. Je ne sais ce que va devenir l’abbé. Il attend toujours la décision de M. de Ravinel qui songeait à le prendre à Villé pour précepteur de ses enfants. Ce serait bien son affaire. Au Sacré-Cœur on va bien et tous les petits ne se plaignent que d'engelures. Noll surtout enrage tous les soirs. C'est néanmoins un excellent écolier qui nous rapporte régulièrement tous les jours deux très bien: Bonne maman Geny ne va pas mal et nous avons de bonnes nouvelles de Raon. Nous attendons de jour en jour, Melle Didion qui était ces temps derniers à Paris et il paraît possible que je conduisisse la semaine prochaine Alphonse à la montagne. Il m'a réclamé dernièrement me disant qu'il a 51 ans et que s'il veut tuer un cerf, il est temps de s'y prendre. Je me suis mis à sa disposition en l'informant de nos insuccès de l'automne et j'avoue que ces insuccès et la persistance du mauvais temps ne me donnent pas de courage. Je le mènerai peutêtre à Allencombe et au Housard, mais pas au Blanc-Rupt ; Cézard décidément nous boude et je ne sais quand cela finira. Dans une petite explication que j'ai eue avec la tante, elle a tout rejeté sur son gendre et j'ai bien distingué qu'il nous reproche d'avoir été déchasser le gibier huit jours avant sa grande partie. C'est de l'enfantillage ou plutôt de l'amour-propre d'amphitryon blessé, car il sait bien que le gibier s'il a été déchassé par nous pouvait être revenu et qu'il a été tout simplement victime de malchance comme nous. Enfin, nous nous garderons bien à l'avenir de chasser sur ces terres inhospitalières. Nous sommes fâchés de ne pas avoir la perspective d'un congé pour toi au nouvel an ; peut-être me déciderai-je à faire mon voyage de Reims, Paris, Amiens et Douai en janvier. A Dieu, bien cher fils, tous nous t'embrassons avec la plus vive tendresse. Ton père et ami. Le capitaine du Génie Barré, fils du professeur de Joseph est envoyé en mission d'un an au Japon. Voilà un chançard. 26/11/1878 Mon bien cher fils, je m'attendais à t'annoncer ce matin la mort de notre pauvre cousin Duval, mais ta lettre à Bonne-maman qui lui est parvenue hier soir pendant que nous fêtions chez elle la Sainte Catherine nous ayant appris que tu connais cette perte bien cruelle, je n'ai plus qu'à te dire, que suivant le désir exprimé par le pauvre défunt, son corps a été ramené en Lorraine dans la nuit du vendredi à samedi par H. d'Ubexi et que, samedi à 7 h. nous avons conduit sa dépouille mortelle à la Neuve-ville où a eu lieu le service et l'enterrement. C'est un coup aussi terrible qu'inattendu et qui, après d'autres déjà bien douloureux et bien rapprochés laisse la pauvre tante, sa fille et les deux orphelins complètement seuls. On pouvait tout craindre pour le cerveau de l'infortunée Camille ; mais, Dieu merci, il parait qu'elle est jusqu'ici calme et résignée et supporte ce deuil affreux plus courageusement qu'on ne pouvait le prévoir. J'étais parti dimanche pour les Vosges dans l’ignorance absolue du danger, aussi je n'ai pas été moins atterré que toi quand jeudi soir en rentrant, nos dames m'ont reçu avec la funèbre nouvelle qu'elles venaient d'apprendre. Le pauvre capitaine qui était une excellente nature, s'est vu mourir. Il s'y est on ne peut mieux préparé et a lutté tant qu'il a pu pour cacher à sa chère femme sa fin prochaine. Je comprends que tu te félicites de n'être pas allé à Versailles le jour même de sa mort comme tu y avais songé. Mais aujourd'hui tu ne peux plus tarder beaucoup à aller pour toi et pour nous tous faire une visite de condoléance d'autant plus qu'il semble que ces dames ne tarderont pas beaucoup à revenir à Nancy ; tu seras notre interprète et naturellement tu insisteras à la porte dans le cas où les domestiques t'en refuseraient l'entrée, mais tu prendras garde que les enfants, nous dit-on, ne sont point encore avertis de leur perte et peut-être ne le seraient pas encore quand tu te présenteras. Tu jugeras bon, sans doute, de profiter de ta démarche pour aller sonner chez les Dumon vers l'heure du dîner et passer avec eux un bout de soirée s'ils t'y engagent : tu leur donneras de nos nouvelles et nous rappelleras à leur souvenir. Comme tu l'as appris, mon cher fils, relancé par Alphonse Didion, qui à cette heure encore brûle du désir de tuer un cerf, je suis parti avec lui dimanche soir pour Raon, et, comme tu l'as pensé, notre déplacement a été favorisé par un temps merveilleux. Bon papa ayant à faire à Thon, nous a emmenés lundi matin avec sa cuisinière, mais comme il ne chasse plus, nous avons rayonné autour de lui. J'avais commandé

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Charles Higel pour nous accompagner partout et il nous a été d'un grand secours. Mettant pied à terre lundi matin à la Hallière, noue avons laissé bon papa filer sur Thon et nous avons été faire Allencombe et la chaume du Grand Breheux avec Goeury Do Va. Au début, nous avons tué, Alphonse et moi, une grande chèvre à la brûlée de la Chapelote : nous n'avons rien trouvé dans Allencombe et au Grand Breheux nous avons lancé des cerfs et des sangliers qui n'ont été ni vus ni tirés. Le lendemain nous avons fait les Moises et la Gagère. J'ai manqué deux chevreuils à la cranée de la Gagère que tu connais et nous avons terminé la journée de mardi par la petite chaume de la Fourchiau : là, parait-il, il y avait une belle harde de cerfs : Goeury a heureusement manqué sur la rivière une grande biche. Alphonse au grand poste n'a pu que voir passer la bête et moi j'ai tué sur le chemin le hère qui, aux coups de fusil, s'était séparé de sa mère. Mercredi, au Housard, bredouille, nous avons eu à la petite chaume, un beau lancer de sangliers qui poussés par les chiens dans la forêt, ont gâché toutes les autres chasses. Jeudi matin, promenade en chemin de fer au Marquis, perdu Alphonse dans Chrypodhée à la suite d'une chasse quelconque lancée à Guérin, retrouvé Alphonse à temps à Chaumont et départ à midi, laissant derrière nous bon papa qui avait encore à marquer jusqu'à samedi. En somme, pas d'accident, temps à souhait, résultat satisfaisant, mais but principal de faire tuer un cerf à Alphonse restant à atteindre. Notre gibier a été facilement débité en famille. Alphonse a emporté vendredi un cuissot de chevreuil et une gigue de cerf. L'autre gigue va mercredi faire le morceau principal d'une deuxième absorption donnée par la 53ème à l'occasion d'une liste supplémentaire de 4 élèves ajoutés à la 54ème. Il s'agissait de faire arriver le neveu d'un M. Bedel, inspecteur général à Paris. Joseph a dû réenfourcher Pégase pour ces 4 nouveaux conscrits et vraiment il fait des progrès dans ce genre d'équitation. Bonne maman me charge de te dire qu'elle a été bien touchée de ton souvenir. La sainte Catherine lui a valu une foule de témoignages précieux de ses petits enfants et le pauvre novice lui-même, prenant les devants, lui a écrit le jour même de son entrée en retraite une bien bonne lettre : il va bien et paraissait envisager son mois d'épreuve sans trop de crainte. Bonne maman ne va ni mieux ni plus mal. Elle a bien une tendance à voir tout en noir, mais en somme, son physique se soutient et j'ai moins d'inquiétude pour l'hiver à traverser. À Raon et Nancy toutes les santés sont bonnes ; hier nos demoiselles ont eu une petite sortie pour souhaiter la fête à leur grand-mère, mais ce n'était pas tout plaisir car il fallait avoir une séance chez le dentiste. Le genou de Thérèse est le même ; mais en somme, elles vont bien et, ce qui nous enchante, c'est que Thérèse travaille. Mathilde est ronde et fraîche à croquer et nos dernières nouvelles de Reims sont bonnes. Ta bonne mère est en parfait état. Laisse-moi, mon cher fils, en terminant, te féliciter de ton succès en analyse et te recommander encore une fois de bien te tenir à jour pour éviter ce contretemps de manège qui ne t'a pas permis en astronomie d'aussi bien réussir. Pense, je t'en prie, que pour n'avoir rien à te reprocher, il faut absolument cette année bûcher régulièrement et ne pas compter sur les coups de force de la dernière heure. Tous nous t'embrassons bien tendrement. Ton père et meilleur ami. Respects rue de Vaugirard et amitiés au Boulevard Saint-Germain. 3/12/1878 Je ne me refuse pas à reconnaître, mon bien cher fils, que j'ai pu me tromper en te donnant dernièrement quelques conseils au sujet de l'emploi régulièrement calculé et prévu de ton temps ; mais confiant dans l'assurance que tu fais tout ce que tu peux, je n'en demande point davantage et en dépit de ces trois premières colles qui ne te satisfont pas complètement, je le conçois, je te répèterai toujours jusqu'au bout : Courage, courage, courage. Un bon vent peut s'élever si tu ne t'abandonnes pas et te remettre à flot. Le pire serait de te laisser aller à la dérive et d'en prendre ton parti. Ce ne sera pas, n'est-ce pas ? Je ne suis point étonné que tu songes déjà au parti à prendre si l'issue en fin d'année n'est pas conforme à tes désirs et aux nôtres. Ne vas pas cependant t'arrêter au parti de la marine sans y songer très sérieusement, sans te dire que pour de pauvres parents lorrains comme nous, chargés d'enfants, il est vrai, mais n'en trouvant aucun de trop, les fils marins sont à peu près perdus et réciproquement. Les marins sont-ils bien heureux de leur sort ? Je me suis laissé dire qu'ils étaient bien crânes et fiers à terre, mais qu'à bord, ils avaient à essuyer de bien durs, et longs moments d'isolement et d'ennui. Et puis, les Élèves de l'Ecole polytechnique ont-ils la carrière aussi facilement ouverte que les Élèves de Brest ? Songe à

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tout cela, tout en demeurant convaincu que nous ne pèserons pas sur ta détermination et que s'il y avait de ta part véritable vocation nous nous inclinerions. Tâche de ne pas tarder au delà de mercredi pour aller à Versailles et excuse bien ton retard. Je pense que le dîner du Général est remis du 6 au 8 et que ton dîner Desseilligny te privera d'y assister. Bien que cette invitation ne te mette pas à même de profiter de ta prolonge comme tu l'aurais désiré, je te sais bon gré de l'avoir encourue et je suis satisfait de tes démarches auprès des Schneider. N'oublie pas à l'occasion le Colonel Fay. Nous allons tous bien ici en ce jour de Saint François Xavier et tu ne seras pas étonné d'apprendre que celui de nos chers fils qui porte son nom, prend très à cœur ses études de droit. Je doute qu'il y ait un élève de première année pour bûcher aussi consciencieusement que lui. Il se charge aujourd'hui à la bonne petite lettre que nous avons reçue ce matin d'André et il le rappellera à ton souvenir. Ce brave enfant nous donne toute satisfaction et nous écrit des lettres très amusantes. Madame Jacquet part-elle aujourd'hui pour Reims et le fera-t-elle sortir demain ? Nous n'en savons rien. Nous attendons la visite du P. Didierjean qui arrive de Reims et nous donnera des nouvelles de visu. François a aussi reçu une bien affectueuse lettre de J. de Fontenay. Quel charmant frère. Quel excellent ami vous avez en lui... Il se rappelle bien à ton souvenir. Il dit entre autres choses que le pauvre père Stumpf va mourir et a déjà été extrêmisé à Dijon. P. de Fontenay passe l'hiver à Rome. On va bien à Raon et aussi bien que possible au Sacré-Cœur. Latunet va tous les matins à l'école avec Noll et c'est un bon débarras pour sa mère. Mathilde s'épuise en efforts pour parler et marcher. Joseph va commencer ses colles. A Dieu, cher ami, nous t'embrassons tous avec une bien vive tendresse. Ton père Si tu en as l'occasion, offre nos affectueux respects au Général à l'occasion de sa fête. Nous avons des nouvelles peu détaillées de notre cher novice par le P. de Fontenay, le P. Recteur le charge de nous dire qu'il va très bien. Jeudi, il sera à moitié de sa grande retraite. 10/12/78 Il est bien vrai, mon bien-aimé fils, que ta pauvre mère porte son douzième rejeton et qu'elle doit nous l'offrir pour nos œufs de Pâques. Pourquoi ne t'en ai-je point encore fait part ? Je ne sais trop. Serait-ce dans la crainte que nos chers aînés ne fissent mauvais accueil à ce petit Alexandre ou à cette petite Léonie à venir, en tout cas à ce rogneur de portions ? Non certes, les précédents sont là et nous connaissons trop bien votre généreux esprit de famille pour douter de vos sentiments en cette circonstance. Mais il nous est bien doux d'en recevoir l'assurance et je te sais le meilleur gré de nous l'avoir si bien exprimé avant même d'avoir reçu de tes parents la nouvelle officielle. Que tout se passe bien ; que la délivrance de votre si bonne mère soit aussi heureuse que sa grossesse et nous dirons tous, n'est-ce pas : Dieu soit loué. C'est toujours un moment critique à passer, et j'avoue, que quoique tous les antécédents soient heureux, je ne puis l'envisager sans crainte ; je te prie donc d'unir tes prières aux miennes pour que Dieu bénisse complètement cette douzième épreuve et conserve à votre bonne mère santé, force et courage. Ta lettre nous a vivement intéressés par les détails qu'elle contient sur tous ceux qui nous touchent et je suis heureux qu'au prix d'un peu de fatigue et de presse, tu aies fait la connaissance de Gustave Desseilligny. C'est dommage que leur invitation t'ait privé de la réunion de famille chez le Général que je pressentais bien remise au samedi ou dimanche. Bien que tu fusses à court de temps, tu as on ne peut mieux fait de ne pas remettre d'aller à Versailles et la visite que tu as faite pour nous tous aura produit le meilleur effet. Tu verras les Dumon une autre fois. Une autre fois, aussi j'y compte tu nous donneras le résultat de ton examen d'astronomie. Ce matin nous est venue aussi une bonne lettre d'André qui doit, dit-il, t'écrire prochainement. Ce brave enfant a d'excellentes notes et places et ses lettres drolatiques accusent toujours un épanouissement complet. Nous allons tous très bien malgré un quartier d'hiver bien senti. Les engelures se font sentir et le pauvre François a oublié de les laisser à Amiens. Jean va à l'école comme un ancien et Paul fait tous les soirs consciencieusement son devoir. La petite minette se porte à merveille. Nous avons en ce moment Melle Clémentine, et Juliette Mengin vient ce matin de s'annoncer à ta grandmère comme devant passer chez elle la nuit de mercredi à jeudi avant de rentrer à Epinal. Elle nous donnera de tes nouvelles de visu. Albert a parait-il bon espoir de voir Emile sur le tableau d'avancement pour le grade de chef de bataillon, mais ne compte pas lui-même être proposé pour le grade de colonel. Nous avons assisté hier, Joseph et moi, à la résidence, à une messe pour le

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repos de l'âme du regretté père Stumpf. Je venais à peine de t'expédier ma dernière lettre que j'ai appris sa mort. Le père Félix a dit quelques mots touchants à l'occasion de cette grande perte que fait la Compagnie. A Dieu, cher fils, tous nous t'embrassons avec la plus vive et la plus affectueuse tendresse. Ton père et ami. Melle Didion me charge de la rappeler à ton souvenir. Encore une dizaine de jours et notre cher novice sortira de retraite.

17/12/1878 Je désire que tu profites mon bien cher fils, de ta sortie de demain pour chercher le colonel Fay et lui faire au moins une tentative de visite. Il t'a déjà demandé, tu le sais, par la tante Réginald ; il vient encore de réclamer par les Massu et c'est naturellement à toi à faire le premier pas. Outre que c'est un bon parent, puisqu'il s'est donné la peine d'aller voir à Langres notre chère recluse, c'est une bonne connaissance militaire qu'il ne serait pas sage de négliger. C'est au Ministère de la Guerre où il est employé plutôt qu'à son domicile que tu feras bien de le chercher demain dans l'après-midi en te faisant précéder de ta carte. N'oublie pas en parlant, de l'appeler mon Colonel, comme si tu étais un vieux soldat. Tu demanderas au Ministère à voir M. Fay, colonel d'État-major. En tout état de cause, je n'ai jamais songé à m'absenter de Nancy pour le Nouvel an. Le voyage d'hiver que je songe à faire pour voir mes trois chers fils est commandé surtout par le jour de sortie du plus jeune ; or, André nous annonce ce matin que la grande sortie de janvier est reportée au mercredi 8 janvier. Si donc je me décide pour ce mois, je passerais à Reims la journée du 8 : j'irais de là à Amiens et Douai et me retrouverais à Paris pour le 11. Il s'ensuit que tu n'as pas à te préoccuper de ce que je pourrais faire, que nous te saurons gré d'aller voir à Noël le bon Pierre si tu le peux, que si vous décidez que vos vacances d'hiver seront scindées, tout le monde autour de moi en sera heureux, que sinon, je serai celui qui pourra en prendre le plus aisément son parti. Je laisse, cher ami, la plume à ta mère et, en t'embrassant, te souhaite comme toujours courage et persévérance. Ton père et meilleur ami. 25/12/1878 Mon cher fils, tout le monde ici s'est accordé à penser que le Général n'avait pas trop mal décidé et que, plutôt que de ne t’avoir que 48 heures au nouvel an, il valait mieux te posséder huit jours en février. De cette façon les courts instants de relâche qu'on vous octroie dans le premier semestre ne seront pas scindés en deux parties dont la première eût été réellement insignifiante et constitueront pour toi un petit repos qui sera un bien réel. Du reste, le fait est là, indiscutable et mieux vaut en prendre son parti tout de suite. Comme je te le disais déjà, je le fais plus facilement que d'autres ; car ce contretemps, si contretemps il y a, m'incite davantage encore à donner suite à mon projet de voyage. J'espère toujours que rien ne s'opposera à ce que j'aille mardi 7 janvier coucher à Reims ; le 8, je ferais sortir André ; le 9 je gagnerais Amiens par Tergnier, le 10 j'irais à Douai voir mon vieil ami M. Gand et le 11, je viendrais coucher à Paris de manière à passer avec toi la journée du 12. Il suit de ce programme auquel je ne puis rien changer pour voir le mieux possible tout mon monde que je ne puis répondre à la bonne invitation du colonel Fay et que seul tu devras faire l'aimable auprès des jeunes et gentilles cousines, dit-on, dont tu auras à faire la connaissance. Nous t'espérons aujourd’hui, mon cher fils, auprès de notre bon Pierre et nous jouissons de la pensée que ce cher novice va se détendre un peu avec toi. Il nous tarde bien aussi d'avoir de ses nouvelles par lui-même et de connaître les impressions de sa grande épreuve. N'omets pas aussi de nous dire l'effet qu'il t'aura fait au physique comme au moral, s'il t'a paru gai, dégagé, en un mot, si tu le crois toujours réellement appelé. Rien de particulier à te signaler, si ce n'est que l'hiver s'accentue davantage et que s'il continue dans sa marche hyperboréenne, nous pourrons bientôt faire un journal comme les capitaines Nares et Stephenson de l'Alert et de la Discovery. Malgré lui, les santés sont toujours bonnes : le pauvre François a cependant deux gros clous dont un à un endroit que la pudeur m'empêche de nommer et Latunet vient d'avoir un gros

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rhume. La petite Minette fait de sérieux progrès pour la marche et tout annonce que pour l'année révolue elle fera ses premiers pas. Samedi prochain, ces demoiselles viennent en vacances jusqu'au jeudi suivant. Il avait été question pour François et Paul d'aller dimanche présenter nos devoirs à Raon mais les grands-parents s'annoncent. J'avoue cependant que tant qu'ils ne seront pas ici je douterai que bonne maman se décide à sortir de chez elle par le froid de 8 à 10 degrés qui règne. Je te fais compliment, mon cher fils de ta note de physique. Joseph est un peu en retard pour ses colles sur ses camarades, il en a cependant sur 5 déjà passé trois dont il n'est pas mécontent. Adieu, cher fils, tous, sans oublier Bonne maman dont la santé me satisfait plus que je n'osais l'espérer au début de l'hiver, nous t'embrassons bien tendrement. Ton père. Rose te fait ses compliments. J'aimerais, si nous passons ensemble le 12 à aller avec toi à un bon théâtre. Tâche de nous découvrir quelque chose de bon. Il est possible que je descende à l'hôtel du Louvre ; mais je te donnerai un rendez-vous précis pour dimanche matin. 9/1/79 Bien cher fils, de St Acheul, et en attendant notre bon Pierre, je t'annonce que je compte arriver samedi soir 11 courant à Paris. Je descendrai à l’hôtel du Louvre. Dimanche matin, aussitôt sorti, viens m'y prendre, nous irons à la messe ensemble. Ton père et ami.

17/1/1879 Mon bon fils. J'ai fait bon retour, mais triste rentrée de mon heureux voyage. Le bon François me recevait à 7 h. à la gare et m'apprenait la mort de la malheureuse tante Joséphine survenue mercredi soir pendant que nous dînions ensemble joyeusement pour la dernière fois. Elle n'était pas bien portante à mon départ, tu le sais. Lundi des crises inquiétantes et douloureuses se sont produites et mercredi4 elle s'éteignait sans agonie et presque sans qu'on s'en aperçût par suite d'une obstruction d'entrailles. Heureusement on a pu une heure avant sa mort la confesser et la communier et lui donner l'extrême onction. Mais quel coup, tu le comprends pour sa pauvre mère, pour Charles qui, appelé trop tard, n'a plus trouvé que le cadavre de sa mère, pour Marguerite. Les voilà seuls, car leur pauvre grand-mère tient à peu de chose et cependant ils ont encore tous deux bien besoin de guide et d'appui. L'enterrement aura lieu demain à Nancy et dimanche nous assisterons à l'inhumation à Raon. Bon papa est accouru hier pour les dispositions à prendre, mais bonne maman toujours souffrante et faible, est restée à Raon. D'autre part, j'ai trouvé en rentrant à la maison, notre pauvre Jean assez souffrant : le rhume que maman nous avait appris a dégénéré en ce que le médecin appelle forte bronchite capillaire ou catarrhe pulmonaire. Le docteur venu hier et aujourd'hui ne paraît pas inquiet et nous dit ce matin qu'à moins de complications imprévues il ne voit pas de danger, mais le pauvre bonhomme ne veut déjà plus manger et après son affreuse pleurésie nous manquons naturellement de confiance. Ta pauvre mère n'avait pas besoin de ce nouveau souci ; mais comme toujours elle le supporte courageusement et avec calme. Prions et espérons, - Je ne t'écrirai en dehors de l'ordinaire que si la situation s'aggrave. Tu comprends qu'après l'heureuse tournée que je viens de faire chez nos trois chers absents, la rentrée a été pénible. Néanmoins, je remercie Dieu de vous avoir trouvé tous en si bon état et je conserve les meilleures impressions de notre entrevue. Ne te décourage pas bien cher ami, et mûris bien tout ce que nous avons dit ensemble sur ton avenir. Sauf Jean, tout le monde est bien à la maison, au Sacré-Cœur et le bon André se couvre toujours de gloire. Le temps me manque pour t'en dire plus, mais je t'embrasse pour nous tous comme nous t'aimons. Ton père et ami. Adresse à tes cousin et cousine en la personne de Charles, cours Léopold, 29, un mot de condoléance. En face de cette mort si frappante, remercions Dieu de nous avoir protégés tous et prions Le de continuer à veiller sur nous. Dépêche du 25/1/79 - 10h.40 mn - Madame Huin5 morte - enterrement lundi dix heures - Si possible sans rien compromettre viens directement Raon. - Geny –

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4/2/1879 Mon bon fils - Dès hier j'ai quitté mon lit et me revoici aujourd'hui à mon bureau maniant tant bien que mal la plume pour t'accuser réception de ta missive. J'aurais repris plus tôt mes habitudes si du bras 'la douleur rhumatismale ne m'était descendue sur les reins, son siège ordinaire. Hier soir, François est allé jusqu'à Blainville au devant de Marie et d'Elisabeth et nous les a ramenées en bon port ; Sr. Julienne regagnait de son côté Portieux et c'est à St Clément qu'on s'est séparé du pauvre grand-père. Le voilà aujourd'hui seul et nous sommes bien préoccupés de ses premiers moments d'isolement. Nous espérons qu'il ne tardera pas à éprouver le besoin de venir nous voir. Ta mère a reconduit ce matin au Sacré-Coeur Marie et Thérèse qui étaient venues hier passer la journée d'hier à la maison. Les petits vont bien et ont à peu près repris leurs allures. Les rhumes sont guéris sauf celui de ta mère qui persiste et la fatigue. Elle n'a cependant pas besoin de cela et je ne sais comment elle fait pour supporter toutes ses fatigues. Dieu lui donne évidemment des forces : prions-Le bien de les lui continuer. Nous sommes en mauvaise veine et tout m'effraie. Si nous venions aussi à la perdre en avril, que deviendrais-je ? Enfin, prions et espérons que Dieu ne nous abandonnera pas tout à fait. Je suis bien préoccupé aussi de toi, cher et bien-aimé fils, qui es en plein temps de pioche. Nous prions bien pour toi, mais soigne bien je t'en prie, tes examens de semestre afin que tu en sortes le mieux possible. Dès que je pourrai sortir, je m'occuperai de faire appeler sur toi la bienveillante attention de M. Faye. C'est bien pour le vendredi 14, n'est-ce pas ? Te voilà aussi en plein dans les faveurs de la rue Boudreau. Je me réjouirais de te voir ainsi attiré par ce brave Henri si je ne persistais à avoir horreur de l'industrie pour tous les miens et si je n'avais véritablement tenté la démarche que j'ai faite auprès de lui que pour que tu n'aies rien à reprocher à ton père. Je ne sais si tu comprends mon sentiment. Mais sans regretter ce que j'ai fait, je te dirai toujours : Prends bien garde de lâcher la proie pour l'ombre. En cela je crois être l'organe de tous ceux qui t'aiment et ont le plus souci de ton avenir et de ton bonheur. Sois donc aussi bien que possible chez nos parents, disposés, je crois à nous être utiles. Fais-toi connaître ce que tu es. Mais ne t'avance pas sans mûre réflexion et si tu ne peux avoir mieux, crois que tu serais encore plus heureux plus libre dans les premiers de l'artillerie que lancé dans une grande et maussade usine, au milieu des envies et des jalousies d'un corps d'ingénieurs avides de fortune et voulant grimper les uns sur les autres. Enfin nous en recauserons encore bientôt. A Dieu, cher ami, nous te souhaitons tous bon courage et succès et t'embrassons avec la plus vive tendresse. Ton père et ami. 10/2/79 Merci cher ami, des quelques mots que tu as eu soin de nous écrire en dépit de ta presse de travail et de tes nombreuses et importantes études. Je suis bien touché de tes efforts, du cas que tu fais de mes conseils, et remercie déjà toi et Dieu qui n'a pas laissé sans récompense la peine que tu as déjà prise. Si tu continues sérieusement ta préparation nous n'aurons rien à nous reprocher pour l'astronomie. Il m'a été très affectueusement promis jeudi dernier que le lendemain il serait écrit à M.F. et je ne doute pas qu'il ne soit très favorablement prévenu. Courage et tâche de mériter sa faveur. Tu n'étais pas en faute chez M. S., c'est toutefois une petite leçon dont il faut profiter pour un autre dimanche. Par les temps humides et affreux qui nous accablent, les rhumes sont fort difficiles à guérir et celui de ta pauvre mère est toujours tenace : les petits à peine débarrassés en reprennent d'autres et nous n'en sortons pas. Depuis ce matin, encore mes reins sont redevenus douillets. J''espère cependant que ce ne sera qu'une fausse rechute. Nous avons envoyé hier Joseph passer l'après-midi avec bon-papa. Il l'a trouvé aussi fort enrhumé comme nous le savions, sa cuisinière prétendait cependant qu'il était mieux que les jours passés. Au moral, Joseph l’a trouvé aussi bien que possible et nous avions déjà reçu deux lettres dont les sentiments de résignation et de courage nous avaient consolés et édifiés. Espérons que Dieu s'il ne la guérit pas, du moins pansera cette profonde blessure. Déjà nous n'avons plus cher fils, qu'une lettre de toi à attendre avant ta visite. Comme je serais heureux si tu pouvais faire une petite ascension au classement. Enfin, tu fais, je crois, tout ce qu'il faut pour cela. Donc, à l'avance, je me déclare satisfait. A Dieu et courage. Nous t'embrassons tous tendrement.

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Ton père et ami. Bon papa nous a autorisés à acheter pour le baby futur une petite voiture comme celle que nous avons usée pour les passés. je crois que l'on trouverait cela mieux conditionné à Paris que ce qui se vend en province. Ne pourrais-tu avant de nous venir, y voir ? Le docteur pourrait peut-être te procurer une adresse ; tu verrais, tu nous apporterais les prix, et, une fois rentré, tu nous ferais expédier notre commande L'important est d'avoir l'adresse d'un bon fabricant, sans cela, ce serait peine inutile. J'ai besoin pour l'envoi d'un billet de faire-part de l'adresse des Lacroix et Tardieu. 5/3/1879 Nous sommes heureux, cher fils, de recevoir ton mot. Ce petit succès peut avoir plus de portée qu'il n'en a l'air. Envisage-le ainsi et poursuis, je t'en prie, tes généreux efforts. Tous, comme nous le pouvons, nous t'aiderons de toutes nos forces. J'écris aujourd'hui au bon Pierre et lui annonce que ta première prolonge sera pour lui. Nous allons tous très bien et paraissons aussi tenir un peu de beau temps. Tous nous t'embrassons bien tendrement. Donne-nous toujours sur toi tous les détails qui peuvent nous intéresser et songe combien va être grande pendant ces cinq mois la sollicitude de ton père. 11/3/1879 Mon bien cher fils, nous recevons à l'instant ta lettre du 10 courant et si nous sommes peinés de te voir en présence de très vigoureux efforts à faire pour te rapprocher de ceux à la place desquels nous voudrions te voir, nous sommes d'autre part, satisfaits d'apprendre que tu envisages la tâche sans désespoir de la surmonter. Je ne puis assez te dire combien nous sommes occupés pour toi de ce second semestre dont va dépendre ton avenir et avec quelle ardeur nous prions Dieu de réchauffer ton zèle et de bénir tes efforts. Courage donc, gare-toi de l'atmosphère dangereuse dont tu nous parles, ne néglige plus aucun détail, raccroche-toi à toutes les branches possibles de salut et espérons que cette fois encore le secours d'en haut ne nous manquera pas. En même temps que de toi, nous recevons de satisfaisantes nouvelles de bon papa. Il se plaint seulement de sa solitude et demande à ta mère de réaliser l'espoir qu'elle lui a donné de lui confier Paul pour quelque temps. Les études de ce bonhomme ne sont pas encore bien sérieuses : un peu de relâche au printemps lui ferait du bien et il serait possible que nous l'envoyassions samedi à Raon par François. Il paraît que le dernier mot n'est pas dit au sujet de Ch. Higel. Son père et sa femme désapprouvent son départ et des négociations me paraissent entamées qui pourraient aboutir à son maintien. Ce serait pour tous, je crois, le mieux. Dimanche dernier, Al. Didion est venu passer avec nous l'après-midi. Il m'a chargé de compliments pour toi : s'il t'eût su à Nancy le dimanche précédent, il eût bien préféré venir passer avec nous ce jour. Tout le monde va bien ici et quoique ta bonne mère devienne bien lourde, elle est toujours cependant assez vaillante pour me faire bien augurer de l'issue. Recommande-la bien de ma part, mon cher fils, à N.D. des Victoires. Mathilde va toujours on ne peut mieux et le beau temps lui permet de battre les trottoirs avec sa bonne. Aujourd'hui cependant le ciel est devenu gris et le soleil ne paraît pas. Latunet n'a pas encore oublié qu'il est fils de MARASOUIN et j'entends souvent sur l'escalier sa petite voix fraîche et juste. Marie et Thérèse vont toujours de même ; rien à dire de Joseph ni de François et pas de nouvelles fraîches de Pierre ni d'André. Madame Albert Mengin, de passage à Nancy, sort de la maison. Elle part demain pour Paris et va pour quelque temps prendre la place de Madame Mézière. Paul est, paraît-il, auprès de son père pour quelques jours et le Colonel attend une permission de 8 à 10 jours pour rejoindre sa femme, A Dieu, cher fils, tous nous t'embrassons bien tendrement. Ton père et ami. 18/3/79 Mon cher étourneau. Ta lettre m'est parvenue ce matin avec d'autres témoignages nombreux d'affection filiale ou fraternelle que me valait la veille du 19 mars. Toi seul as oublié la Saint Joseph. Je n'en fais pas un reproche à ton excellent cœur que je connais, mais à la cervelle

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parfois un peu légère. Tu me revaudras cela en demandant demain à mon puissant patron les grâces qui me sont en ce moment le plus précieuses ; une heureuse délivrance pour mon épouse, mère bien-aimée et bien nécessaire, et pour moi, de ne jamais faillir à ma laborieuse tâche, quoiqu'il arrive. Et puis, une autre fois, en pareille occurrence, tu n'oublieras plus de joindre au bouquet de famille ta fleur dont le parfum pour venir de loin n'en est que plus agréable. Celle du bon Pierre n'a pas encore paru ; elle viendra, j'y compte, malgré les rigueurs du noviciat ; mais je vois bien qu'il faut nous attendre à ce que les nouvelles de ce cher fils soient moins fréquentes que nous ne l'espérions. A part ton petit lapsus, ta lettre nous a fait un grand plaisir et nous a vivement intéressés. Tu fais bien de chercher à t'éclairer sur les questions dont tu nous avais occupés pour ton avenir, mais travaille, je t'en prie, sans arrière pensée et bien convaincu que tu te caseras d'autant mieux que ton rang sera meilleur. Sauf de nouveaux rhumes qui affectent principalement maman, Jean et Mathilde, mais qui, j'espère, ne tiendront plus longtemps, toutes les santés sont ici satisfaisantes. Samedi dernier François est parti pour passer le dimanche à Raon et il nous a rapporté de bon papa d'aussi bonnes nouvelles que possible. Il a servi de mentor à Paul qui va pour quelque temps adoucir la solitude de son aïeul. Ce gros garçon est fort gentil quand il est seul ; naturellement studieux, il travaillera un peu avec M. Vichard pour ne pas perdre ce qu'il sait et il animera la maison. Le voyage à Belley paraît prendre quelque consistance. M. le Vicaire général a affaire à Paris au temps de Pâques et repassant par les Vosges dans la semaine sainte emmènerait bon papa et François. Tu feras bien, mon bon fils, d'aller un de ces jours à Versailles ; nos tante et cousine ne tarderont peut-être plus beaucoup à venir en Lorraine et il conviendrait que tu les visses avant leur départ. Tâche de prendre tes mesures pour voir du même coup les Dumon et sois auprès de tous notre interprète. Les nouvelles d'André sont très bonnes ; il se guérit difficilement de ses engelures ; mais ce brave enfant avait pour la première fois 4 A et trois places de premier à m'offrir pour bouquet de fête. Lui aussi nous donnera, j'y compte, bien de la consolation. A Dieu, cher fils, tous nous t'embrassons avec la plus vive tendresse. Ton père bien affectionné. 19/3/1879 Merci, mon bon cher fils, de ta prompte et affectueuse réparation d'oubli. Je n'ai jamais, je le répète, douté de ton cœur, et si mon rappel d'hier eût été empreint du moindre fiel paternel, je l'aurai regretté en te lisant ce matin, mais tu n'en as pas trouvé, je l'espère. Comme tu l’as pensé nous avons reçu hier soir, Joseph et moi, compliments et bouquets, ce matin toutes les excellentes lettres que je pouvais espérer étaient au complet et tout à l'heure, Perroy, Adrien et Lyonel vont venir boire un coup à la santé des Joseph. Il y aura malheureusement trop d'absents à la table de famille. Après un long silence, le cher novice s'est dévissé pour la Saint Joseph : mais il faut bien nous attendre, je crois te l'avoir déjà dit, à ce que ses bonnes missives seront désormais rares. Il va on ne peut mieux sous tous rapports mais venait de recevoir sur la tête une tuile sous la forme d'un sermon à débiter le soir même devant les novices seuls. Je ne sais si je me trompe, mais je vois d'ici notre bon Pierre saisi en plein exorde d'un de ses bons fous rires. Le pauvre bon papa m'a écrit aussi une bonne lettre ; il paraît satisfait de son compagnon, est allé avec lui à St Prayel pour la première fois depuis son malheur mais il y a eu le cœur bien gros. Il s'attend encore à souffrir de même la semaine prochaine à Thon. Il ne peut en être autrement partout où il retrouve le souvenir de sa fidèle compagne. Joseph te remercie bien affectueusement de ton attention fraternelle. Nous allons tous aussi bien qu'hier et t'embrassons de tout notre cœur.

26/3/79 Cher Maurice, ta lettre de lundi ne nous est parvenue que hier soir. J'y peux donc répondre ce matin seulement. Nous avons compati à tes souffrances de dimanche et cependant nous sommes heureux de penser que tu as fêté St Joseph d'une façon quelconque. Si les choses n'ont pas tourné à ton plus grand agrément, espérons du moins qu'elles n'ont pas été sans profit et qu'il te sera tenu compte de ces mésaventures acceptées en esprit de pénitence et comme mortification

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de Carême. Tu as recueilli des renseignements fort intéressants et dont nous serons très curieux d'apprendre le complément. Si ce service télégraphique militaire s'organisait pour cette année, il me semble que ce serait bien ton affaire et j'espère que l'examen pour arriver ne te donnerait pas grand mal. Espérons et travaillons toujours. La réception de ton bulletin semestriel nous a causé un petit mécompte. Par une conduite très bonne, un travail bon, tu n'as pu que te maintenir 70ème. C'est déjà bien, mais nous avions été leurrés d'un peu mieux. Ne te décourage pas, je t'en supplie toujours, et malgré les difficultés de la tâche, ne renonce pas aux efforts énergiques auxquels nous avons été si heureux de te voir disposé. Je n'ai absolument rien d'intéressant à te mander. Nous ne pouvons pas sortir de l'hiver et la neige reparaît encore presque tous les matins. Chaque jour nous rapproche, mais trop lentement à mon gré, de la délivrance de ta bonne mère. Elle est toujours on ne peut mieux préparée, mais l'attente devient pénible pour moi et je serais bien heureux à tous égards que l'événement devançât un peu l'époque de Pâques pour laquelle il est attendu. Après tout, qu'il se passe heureusement, c'est l'essentiel. Nous avons de bonnes nouvelles de Raon où Maître Noll parait singulièrement se plaire. Mais le pauvre grand-père remet de jour en jour de reprendre franchement ses occupations et le voyage de Thon qui devait s'effectuer cette semaine est encore retardé. Il est vrai que le temps n'était guère propice. A Dieu cher fils, nous te souhaitons toujours bon courage et bonne chance et t'embrassons tous avec la plus vive tendresse. Ton père affectionné. Le colonel Mengin est venu partager à l'improviste notre dîner dimanche soir et espérait pouvoir aujourd'hui ou demain rejoindre sa femme. N'oublie pas Versailles. 2/4/79 - 8h. du soir Mon cher fils, aujourd'hui à 4 h. du soir nous est née une petite fille. Ta bonne mère a jusqu'au dernier moment, vaqué à ses occupation: et je puis dire que je ne lui ai jamais vu de couches plus faciles ni plus promptes. L'enfant paraît du reste, forte, vigoureuse et bien constituée. La bonne sœur Delphine est là pour lui donner ainsi qu'à la mère ses soins expérimentés et je veux espérer que, malgré un assez fort rhume, qui secoue beaucoup la pauvre accouchée, son rétablissement sera prompt. Demandons-le à Dieu en le remerciant d'avoir déjà béni le moment critique. Ton père affectueux. 8/4/79 Je reçois à l'instant ta lettre du 7 et j'y réponds sans tarder. D'abord, je suis heureux d'avoir à te confirmer que tout va pour le mieux à la maison et que la mère et l'enfant sont dans l'état le plus satisfaisant. Dès samedi soir, le bon François allait à Raon chercher le parrain Paul et arrivait en même temps que lui revenant avec son grand-père de la forêt de Raon ; ils y avaient passé une bonne semaine. Ils nous sont rentrés dimanche soir et hier à une heure et demie, Paul et Thérèse ont présenté leur filleule Marguerite Eugénie pour recevoir le baptême. La cérémonie s'est très bien faite ; tous ceux de la famille qui pouvaient y être y assistaient ; l'enfant n'a pas dit bouf. Paul et Jean ont été d'un sérieux parfait et des bonbons ont été mis de côté pour les absents. Nous voilà donc avec une chère petite chrétienne de plus, (tu sais que nous la désirions) et nous avons tous espoir que le rétablissement de ta bonne mère sera prompt et complet. Mille grâces soient donc rendues à Dieu qui bien visiblement veille toujours sur nous. La petite voiture nous est parvenue en bon état ; bien que je n'aie encore pu la déballer, elle me paraît très bien choisie. Cette dépense et celle des photographies a sérieusement entamé tes fonds et il va sans dire que, quand tu auras besoin d'argent, tu me le manderas. Les vacances de Pâques sont supprimées à l'École forestière par ordre supérieur et malgré les représentations du Directeur, elles sont réduites aux 13, 14 et 15 courant. Cela me paraît une fâcheuse mesure dont on eût du prévenir au moins au début de l’année ; mais la République forestière est austère. Inutile de te dire le mécontentement des 53ème et 54ème promotions. Elles veulent protester, pétitionner, mais je crains qu'elles n'aient pas plus gain de cause que les catholiques protestant contre les projets de loi Jules Ferry. Joseph a reçu une bien bonne lettre de Pierre en réponse à la nouvelle de la naissance de Marguerite. Embrasse bien dimanche prochain le bien cher novice pour nous tous et

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communique-lui de cette lettre que j’écris pour vous deux tout ce qui pourra l'intéresser. L'Abbé Marchal nous est arrivé dimanche soir en même temps que François ramenant Paul ; nous l’avons retenu à dîner et on a pu s'entendre une dernière fois sur le projet de voyage à Belley. Renonçant à donner un jour au départ à Portieux, Bon papa vient le jeudi saint embrasser sa fille et sa petite fille et partant le vendredi saint à 4h. nos voyageurs rencontreront leur guide à Épinal, coucheront à Vesoul et arriveront le samedi saint à Belley. On parle d'une promenade à la Grande Chartreuse ou à Annecy et son lac et je te laisse à penser si le bon François jubile. Bon papa s'effraie de ce déplacement, mais nous espérons qu'une fois en route et bien accompagné, il prendra courage et que ce voyage lui sera salutaire. Devançant un peu l'époque des vacances qui commencent au lundi de Pâques, Marie nous viendra demain pour tenir un peu la maison pendant que sa mère est retenue. Thérèse souffre de ce qu'elle croit une préférence pour sa sœur, mais son genou la rend un embarras plutôt qu’une aide et il faut qu'elle prenne raisonnablement son parti de rester au Sacré-Coeur jusqu'à lundi. Notre bonne, dévouée, sérieuse Marie nous avait offert de renoncer dès Pâques à terminer sa classe supérieure et de rentrer à la maison paternelle pour assister sa mère dont elle sent bien que les fatigues vont redoubler avec un nourrisson et un baby comme Mathilde. Mais nous espérons bien ne pas être obligés d'accepter son offre généreuse d’autant plus qu'aux dires de ses maîtresses, elle profite beaucoup cette année, que le deuxième semestre quoique court, lui sera très utile, et que, pour son bien propre, on peut même regretter qu’elle soit aussi avancée dans ses classes. Quoiqu'il en soit, parents et maîtresses, nous avons été bien touchés de cette démarche et nous remercions Dieu de la maturité et du sérieux précoce de cette chère fille. Le brave André nous arrivera lundi, couvert, j'y compte, de succès, et bien portant, malgré les bobos aux pieds que lui a valu le long et rigoureux hiver. Nous regrettons de ne pas avoir de meilleures vacances à lui offrir ; mais les circonstances s'y opposent cette année. S'il eût été plus grand, bon papa eût peut être pu l’emmener. Bonne maman, Elisabeth, Paul, Jean et Mathilde sont en parfait état. Nous sommes bien peinés de tout ce que tu nous dis du pauvre docteur et nous prenons la plus vive part à tout ce que doit souffrir son admirable compagne. Quand tu nous en parlais déjà dans une précédente lettre, je me demandais si c'était sérieux ou plaisant, c'est donc malheureusement au moins demi-sérieux, et l'on pourrait craindre que la tête de ce malheureux parent sautant tout à fait, on fût obligé de l'enfermer. Que c'est donc triste pour cette pauvre et si méritante Henriette. Si tu le juges à propos et en trouves l'occasion, dis-lui combien nous compatissons à ses sollicitudes conjugales et maternelles. Il faut qu'elle ait jusqu'au bout le courage de résister et de sauver son bien et celui de ses enfants. Ta mère me dit qu'elle t'a déjà envoyé un mémento de ta grand-mère ; j'en joins deux, un pour Henriette l'autre pour Pierre. J'ai besoin, mon bien cher fils, de te dire en terminant, combien tu me préoccupes et combien le parti que tu sembles avoir décidément pris de donner ta démission de l'école de Fontainebleau si, comme il est à craindre, elle t'échoit, me tourmente. Je veux croire que comme tu me l’as promis, tu feras jusqu'au bout et sans découragement prématuré tous tes efforts. Mais enfin si tu échoues, as-tu bien songé combien est dangereux ce jeu de quitte ou double que tu veux jouer ? Je voudrais être auprès de toi pour m'éclaircir plus que je n'ai pu le faire pendant ton séjour auprès de nous et, quoique je ne sois guère en situation ni désireux de me déplacer, j'irais volontiers te trouver si je pensais que ton sort devant être décidé en fin juillet, nous aurons encore jusqu'au 1er octobre le temps de voir, de réfléchir, de nous instruire et de décider pour le mieux. Je veux bien avoir confiance en toi et puisqu'il s'agit de ton avenir, te laisser la plus grande part dans la décision à prendre, mais enfin la chose est si grave, qu'avant de te voir exposer peut-être l'outil que nous t'avons mis en mains, sacrifier une carrière enviée de beaucoup, j'ai le devoir de te représenter le danger. Je comprends aujourd'hui que si tu as bien décidé à concourir le 15 octobre il n'est pas possible d'entrer à Fontainebleau le 1er. Mais es-tu assuré ou au moins presqu'assuré de réussir ? Voilà la grande question. Sur quoi roule donc cet examen des télégraphes ? Sont-ce des matières auxquelles tu auras en 2 mois et demi à t'initier complètement ? Devant quel jury cet examen se passe-t-il ? En dehors des quelques élèves, tes camarades qui pourront démissionner comme toi, à quel personnel de candidats ce concours que je suppose difficile est-il offert ? Est-il sans précédents ? Autant de questions qui m'occupent et sur lesquelles je te prie de me renseigner. Ne pourrais-tu m'acheter un programme chez Delalain et me le mettre sous bande ? Si tu ne comprends maintenant mes soucis tu les excuseras plus tard, mon cher fils, quand tu seras père.

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A Dieu, cher ami, tâche de ne pas avoir de consigne pour Pâques, fais bon voyage et partage avec ton frère nos plus tendres caresses. Ton père. Quand tu iras à Versailles, tu n'y trouveras plus les Dumon. Ils sont en vacances à Marseille pour un mois. 11/4/1879 Tu te figures souvent, mon bon fils, nous avoir mis dans tes lettres laconiques et écrites fort en courant plus qu'il n'y a réellement, et de ce que tu sais certaines choses, tu en conclus que nous les connaissons. Bien que nous eussions tous présent à l'esprit tout ce que tu avais pu nous dire jusqu'alors sur les Télégraphes, j'ai repris toutes tes dernières épîtres et je n'ai rien trouvé d'aussi complet que ce que tu as mis tant d'empressement à nous donner le 9. Je t'en remercie et te certifie qu'entr' autres choses, nous ne savions pas que le programme d'examen fût un résumé sommaire des matières professées à L'École. Voilà certes un point sérieux de la question éclairé pour moi et qui me permet d'envisager avec moins d'inquiétude la préparation à laquelle tu auras à te livrer pendant les vacances. Inutile maintenant que je sais cela de m'envoyer le programme ; ce renseignement suffit à mon ignorance. Tu me dis de plus que tu crois pouvoir passer très facilement. Tu n'as pas souligné à la légère cet adverbe superlatif. Voilà donc un autre renseignement qui est aussi bien de nature à me donner du courage. Resterait à découvrir combien d'admis? De qui se compose le jury ? Tout cela finira peut-être par s'éclaircir et nous permettra d'envisager l'aventure avec le repos d'esprit que peut permettre un concours. Quoiqu'il en soit, et bien que je n'aie pas à craindre de ta part des pensées de suicide, je ne songerai jamais à presser sur toi pour te faire embrasser une carrière dont t'éloigne, je le crois, l'instinct plutôt que le raisonnement, et confiant dans ton jugement et dans le désir dont je te crois animé d'arriver à une position honorable et digne de ton travail jusqu'à ce jour, je prierai Dieu de t'assister là où tu croiras devoir diriger tes pas. Travaille toujours avec constance et avec la persuasion que, directement ou indirectement, ton rang de sortie ne peut manquer d'influer sur l'issue de ton entreprise. Merci encore une fois de tes détails et ne néglige pas ce que tu pourras encore nous apprendre. Beaucoup de tes camarades ont-ils le projet de faire comme toi ? Maman et Marguerite continuent à aller aussi bien que possible. Bon pana nous est arrivé hier soir par le beau temps, mais dans la nuit la pluie s'est déclarée et nos voyageurs vont tout à l'heure partir par le mauvais. Espérons qu'il ne durera pas. Bon papa part pour François mais malgré lui, et je crains que son désir de rester casanier à l'Évêché ne fasse échouer les projets de promenade de MM. Marchal. Le pauvre Chofia part affligé d'un magnifique corriza 6. A Dieu, cher fils, encore une fois profite bien de ta course de dimanche et soyez assurés tous deux que nous serons d'esprit et de cœur auprès de vous tous sans oublier Bon papa qui me charge tout spécialement de vous le dire, nous vous embrassons avec la plus vive tendresse. Ci-joint, un mémento pour le frère de Fontenay. 15/4/79 Mon bien cher fils, nous te remercions bien de l'empressement que tu as mis à nous écrire un mot au retour de ton voyage. Nous te savions déjà à Amiens dimanche par le jeune Adrien qui, arrivé hier matin à Nancy, t'avait aperçu à la Providence avec Pierre. Mais nous sommes heureux d'apprendre que, malgré le froid, ta visite fraternelle t'a donné toute satisfaction. Plus d'une fois dans la journée nous nous sommes transportés en pensée près de vous et nous avons joui de votre réunion. Le temps était beau ; mais un vent âpre soufflait. Dieu merci, tu n'en as pas souffert. Aujourd'hui la pluie a fait tomber le vent ; mais voilà des vacances de Pâques qui débutent mal. Nous en sommes préoccupés et pour notre jeunesse qui demeure emprisonnée et n'en est que plus turbulente et aussi pour nos voyageurs. Hier cependant nous est parvenue une missive très rassurante de François. La traversée nous dit-il, s'est faite heureusement ; quoique longue, elle n'a pas fatigué bon papa qui est content, et ils reçoivent bien entendu, le plus chaleureux accueil. Il n’est pas encore question de retour, mais la première lettre nous l'annoncera sans doute. Thérèse nous est arrivée ce matin et André à 2h. mine fraîche et poitrine constellée ; un excellent bulletin semestriel l'avait précédé la veille ; il est décidément de bonne race et mènera son trio comme

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Joseph a mené le quatuor. Ce dernier a je crois, repris le cordeau à De Brinon. Je viens de recevoir le bulletin semestriel de François et il va sans dire qu'il est tout plein d'éloges. Mon orgueil sera donc encore bien flatté cette année si, obligé de tenter ton entreprise, cher fils, tu la mènes à bien. Nous prions bien Dieu de la bénir et nous nous refusons à croire que pour racheter tes défaillances du premier semestre de l'an de grâce 78, tu n'y mettes pas tes cinq cents de nature. Il n'y a plus à plaisanter à cette heure et il serait par trop bête de lâcher une belle et bonne situation pour se trouver entre deux selles par terre. Courage donc, cher ami, les renseignements complémentaires que nous a du reste apportés ta carte du 12 courant me paraissent de nature à nous donner bon espoir, surtout si tu parviens à gagner encore quelques rangs. La convalescence de Maman fait les plus heureux progrès. Elle a, le jour de Pâques, mis le pied hors de son lit et elle passe les après-midi sur sa chaise longue. Tous les Lafon mâles sont ici depuis le samedi Saint et nous dînons ce soir avec eux chez bonne maman. Le mauvais temps entrave toute espèce de distraction extérieure et, occupés ou plutôt campés qu'ils sont à l'hôtel, ils sont encore plus contrariés que nous. Tu ne saurais remettre plus longtemps, mon bon fils, ta visite à Versailles, et je te prie de la faire au plus tôt ; ma tante m'écrit qu'elle sera le 1er mai en Lorraine. J'admets que c'est une corvée, mais il faut la faire. Ne dois-tu pas aussi une visite de deuil au Général Fay ? A Dieu, nous t’embrassons tous tendrement. 22/4/1879 Mon bien cher fils Avec ta lettre d'hier il nous en arrive une ce matin de St Acheul comme toujours très satisfaisante. Le cher novice va très bien ; il est plongé pour un mois dans l'expérimentation de cuisine et il semble que l'on ait dû tout à fait renoncer pour cette année au pèlerinage. Pierre nous confirme le plaisir que lui a causé ta visite de Pâques et a eu depuis la surprise de voir arriver Jean du Coetlosquet allant voir son frère à Boulogne et de passer avec lui quelques heures. Il nous semble, comme tu nous l'avais dit, dans un état tout à fait satisfaisant au moral comme au physique. Je regrette vivement que tu n'aies rencontré personne à Versailles : enfin la démarche est faite, c'est l'essentiel. La convalescence de ta bonne mère continue à faire de satisfaisants progrès : elle prend ses deux principaux repas avec nous et passe presque toutes ses journées sur sa chaise longue, elle commence aussi à aller et venir dans les chambres. Sœur Delphine estime que Marguerite prospère et que son estomac supporte bien l'allaitement artificiel. Nous sommes donc en droit d'espérer que le peu mais bon que lui donne sa mère joint au lait de vache lui suffira pour croître et acquérir la bonne constitution de ses devanciers. Ce système ne sera pas sans fatigue pour la pauvre mère ; mais il nous a réussi jusqu'alors et si nous pouvons encore une fois éviter les nourrices étrangères, les chances et les ennuis auxquels elles exposent, nous devrons remercier Dieu. Les vacances tirent à leur fin et ce n'est pas dommage : car en raison du temps tout à fait inclément qui les a signalées, elles apportent dans la maison un tumulte et un bruit bien fatigants. Paul et Jean rentrent demain matin. Marie et Thérèse demain soir, et jeudi à 10 H. 30 André regagne Reims: Ce bonhomme est en excellent état sous tous rapports et va, j'espère facilement, fournir un second semestre aussi bon que le premier. Il doit toujours faire sa première communion le 1er juin. S'il plaît à Dieu, je compte bien y assister. Bon papa et François se joindront peut-être à moi pour représenter la famille, et nous serions tous bien heureux si, de ton côté, tu -pouvais venir. Nos voyageurs de Belley nous sont revenus sans encombre, enchantés de l'accueil qu'ils avaient reçu, satisfaits de leur séjour, mais heureux, Bon papa surtout, de rentrer chez eux. Il n'a eu à souffrir de rien et nous l'avons retrouvé en aussi bon état qu'au départ. Mais il dit, et je le sens bien, que de pareilles pérégrinations ne sont plus faites pour lui, et que, s'il est bien aise d'avoir été une fois à Belley, il n'y retournera probablement plus. Du reste, le temps a été détestable, et c'est à peine si ces messieurs ont pu faire faire à leurs hôtes une ou deux petites promenades en voiture. Les environs de Belley mériteraient cependant bien, paraît-il d'être explorés. François parti avec un fort rhume, l’a rapporté et le promène encore. A ce rhume s'était jointe une douleur dans le dos qui, en raison de la croissance de notre cher étudiant en droit qui, je crois, continue, m'inquiète un peu ; mais elle tend à disparaître et j'espère qu'il n'a rien du côté de la poitrine. Dès hier, il a repris ses cours. Tu ne nous dis rien aujourd'hui de P.L.M. C'est sans doute que les renseignements attendus de Saladin ne te sont pas encore parvenus. Dernièrement

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ayant été amené à causer avec quelqu’un de tes projets, j'étais obligé de m'entendre dire que tu allais peut-être entrer dans une galère et qu'aujourd'hui que les télégraphes et les postes forment une même administration, leurs employés sont soumis aux fluctuations de la politique et peuvent être balayés comme un sous-préfet ou un Procureur de la République. Si cela est vrai il nous serait profondément triste de penser que tu t'es donné du mal pour entrer dans la grande École, que tu en es sorti dans un assez bon rang et puis que d'un jour à l'autre tu peux te trouver sans position. Sans être enthousiaste de l'armée savante, nous aimerions bien mieux ta mère et moi, l'artillerie pensant toujours que si tu voulais absolument en sortir un jour, la situation que tu aurais pu occuper dans les arsenaux, les manufactures d’armes aurait été quelque chose comme une préparation à une carrière rentrant mieux dans tes goûts. Enfin, mon refrain est toujours que ne voulant pas presser sur toi, ne pouvant que te donner des avis qui, s'ils ne sont pas empreints d'une parfaite connaissance des choses sont du moins dictés par l'affection paternelle la plus tendre. Nous avons besoin que tu ne prennes un parti qu'après avoir mûrement réfléchi et sans te laisser aller à des préventions peu raisonnées. Songe encore une fois à ce que t’a dit le Général Fay, à ses bonnes dispositions, à ses promesses, et ne méprise pas les avis d’un homme d’expérience et d’avenir comme lui. Je crois t'avoir déjà dit que la petite voiture m’a paru très convenable. Mais elle n'est pas encore déballée et le temps n'a pas permis de songer à en faire usage. Je suis obligé d'attendre la rentrée de Joseph ce soir pour répondre à ta question sur lui. Dès hier, il a commencé ses tournées aux environs de Nancy. C'était d'abord une reconnaissance . Aujourd'hui, exercice de tir et confection de gabions etc. En attendant, je t'embrasse pour nous tous avec la plus vive tendresse. Ton père et ami Joseph doit aller à St Gobain en fin juin sans passer par Paris. Mais il doit y séjourner environ trois semaines et compte pouvoir aller passer un dimanche à Paris. Avant ce déplacement, il aura aussi un séjour d'environ trois semaines à Gérardmer. 29/4/79 Ni moi non plus, mon cher fils, je n'ai pas grand-chose à te dire aujourd'hui. Je ne t'en accuse pas moins réception de ta lettre du 28 courant. Ta bonne mère continue à reprendre peu à peu ses forces et il est probable que Sœur Delphine nous quittera à la fin de cette semaine ; Dieu veuille qu'après son départ ta mère ne se fatigue pas trop à reprendre ses nombreux soins ; Marguerite va aussi bien que possible et il nous faut souhaiter que l'allaitement artificiel continue à lui réussir. Jean vient encore d'attraper un rhume assez fort. J'espère qu'avec le bon temps qui se fait trop attendre, il ne manquera pas de céder. Bon papa devrait être depuis hier à Thon ; mais il nous écrit ce matin qu'il a été retenu par une aggravation notable dans la situation de Clémence, il est à craindre, si ce n'est déjà fait qu'elle ne succombe prochainement. Aujourd'hui aussi André nous mande qu'il est sous le coup d'un peu de chagrin inséparable de la rentrée : il va se remettre, j'y compte, mais il attend impatiemment le premier juin et le plaisir de voir ceux des siens qui pourront être auprès de lui ce jour. Joseph continue ses exercices et courses aux environs de Nancy. Il en a encore pour trois semaines environ. Quoiqu'ils ne puissent avoir sur ton classement toute l'influence que nous voudrions, je suis bien heureux, mon cher fils, de tes succès en graphique et je t'engage de toutes mes forces à persévérer dans tes derniers efforts de tout genre. Ayant eu jeudi dernier la visite de M. Michaut, la pensée m'est venue de lui parler de tes projets et de le prier de contrôler officiellement les renseignements que tu avais pu obtenir ; à peine rentré chez lui, il m'a écrit le mot ci-joint que je te communique. Sa promptitude me donne à penser qu'il tient ce qu'il me dit tout simplement de son fils Henri que je savais être auprès de lui pour un ou deux jours. Néanmoins la concordance de ses informations avec les tiennes m'a rassuré et a dissipé en partie les craintes que je t'avais soumises. Je souhaite que ce qu'il me promet confirme ce qu'il m'a déjà avancé. Avant que le hasard ne me procurât ces informations, mon esprit en travail pour éclairer ma sollicitude paternelle m'avait amené à penser qu'une démarche auprès du Général Fay pourrait avoir un bon résultat et que, sa haute situation au ministère, ses relations de service lui rendaient facile de contrôler officiellement et sûrement tes renseignements de camarade. Je lui ai donc écrit en invoquant les reproches qu'il m'avait faits de ne l'avoir pas encore occupé sérieusement de mes fils et j'attends sa réponse. Je suis tout à l'espoir qu'elle viendra corroborer

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les renseignements Michaut, et alors non seulement je ne chercherai plus à contrecarrer tes projets, mais j'en appellerai de tous mes vœux la réussite, considérant ce concours comme une heureuse chance que le bon Dieu veut bien t'offrir pour sortir de peine. Mais aussi, mon cher fils, combien alors aurons nous besoin que tu prennes les choses tout à fait au sérieux, que tous tes efforts d'ici à trois mois tendent au moins à te maintenir au rang déjà obtenu, et qu'une fois le grand parti de donner ta démission pris, tu fasses tout ce que tu dois pour t'assurer le succès. Courage donc, cher ami, tous nous t'embrassons avec la plus affectueuse tendresse. Ton père et meilleur ami. Dimanche dernier Henri Schneider m'a télégraphié la naissance d'une petite fille7 au Creusot. 6/5/79 C'est une bonne nouvelle pour nous mon cher fils, que celle de la possibilité d'un congé à Fontainebleau afin de te présenter au concours du 15 octobre. Je souhaiterais donc de tout mon cœur que le Général Fay pût te le faire obtenir et que, ce qui m'effraierait toujours, tu n'en vinsses pas à brûler irrévocablement tes vaisseaux. Je n'ai point encore reçu les renseignements complémentaires promis par Michaut et j'attends toujours la réponse du Général à ma lettre. J’ai la confiance que, malgré son chagrin et ses nombreuses occupations, il ne manquera pas de m'en faire une. Tu causeras donc demain avec lui et tu as assez de tact pour sentir l'attitude que tu devras prendre. Je dois te dire cependant qu'en lui demandant ses services et en lui exposant ton cas, je t'ai présenté comme éprouvant pour le service militaire une répulsion instinctive que j'avais cherché à combattre, mais que mes efforts avaient été impuissants et que j'avais été dans ma lutte jusqu’a un point que ma responsabilité et ma sollicitude paternelles ne me permettaient pas de dépasser. Il n'est pas du tout chargé par moi de te prêcher encore pour l'artillerie. S'il le faisait ce serait de son chef et tu aurais à recevoir ses conseils et à y répondre de ton mieux et avec toute la déférence convenable. Si tu le peux, prie-le encore une fois de faire contrôler sérieusement tout ce que nous avons déjà appris sur la carrière télégraphique. Nous allons tous aussi bien que possible. Sœur Delphine est partie hier et maman et Margot continuent à faire d'heureux progrès. Samedi matin je suis parti avec François et Paul pour Raon et j'y suis resté jusqu'à dimanche à 3 h. Bon papa allait aussi bien que possible, mais que son intérieur est triste et quelle place tenait dans la grande maison celle que nous avons perdue. Joseph est resté premier au classement d'avril avec 15 points d'avance sur de Brinon et son bulletin est apostillé par le Directeur de la façon la plus élogieuse. Bonne maman Geny va bien et compte partir samedi pour faire sa visite de printemps à Sr. Reginald. Ce matin nous avons vu passer Sœur Julienne allant en tournée dans l'Aisne et l'Oise pour environ six semaines. Il n'est pas probable qu'elle passe par Paris. Si cependant elle le faisait un mercredi ou un dimanche, elle tâcherait de t'assigner un rendez-vous. Vers samedi 17 courant, maman compte aller passer à Raon dix à douze jours avec les petits. Joseph s'embarque à la même époque et je resterai seul avec François et Paul. Après viendra la première communion d'André à laquelle j'espère toujours conduire bon papa, peut-être François, et aussi te rencontrer. Si bon papa se décidait de là à aller faire une visite à Pierre, peut-être ferais-je bien de l'accompagner, car il n'est plus guère homme à voyager seul. J'ai rencontré hier Joseph Bastien le père qui est ici forcé de passer huit jours comme juré aux assises. Il m’a promis de venir un de ces soirs partager notre dîner . Il se plaint toujours de rhumatismes. Tu pourras cependant dire au docteur et à sa femme en nous rappelant à leur souvenir qu'il va bien. Rien de nouveau au Sacré-Cœur. A Dieu, cher ami, tous nous t'embrassons avec la plus vive tendresse. 13/5/79 Il n'est pas bien étrange, mon cher fils, que par un printemps aussi anormal que celui que nous traversons, les rhumes de toute sorte soient de saison. Pendant que le coryza t'afflige, il n'épargne pas Joseph, et Noll en est tout abruti. Jean et Mathilde ne parviennent pas à se débarrasser de leur toux et nous savons que Bon papa qui devait passer la semaine à Thon est retenu chez lui par un accès de bronchite. Ta bonne mère paie aussi son tribut d'une autre façon. Les racines des dents qu'elle a perdues sur le devant de la mâchoire supérieure la tourmentent et lui ont procuré une fluxion qui la défigure. Aujourd'hui cependant elle est moins gênée et un petit abcès qui perce

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la débarrassera, j'espère. L'allaitement de Marguerite en souffre, mais la petite ne pâtit pas encore. Cependant la température paraît disposée à s'élever et je pense que la chaleur venant enfin aura raison de tous ces bobos. Prends néanmoins les précaut ions convenables pour nous annoncer bientôt que tu es délivré. Maman songe toujours, malgré ses misères, à partir samedi prochain pour Raon avec tous ses petits et Jean. Joseph partira samedi pour Gérardmer et, le même Jour, Bonne maman Geny qui nous a quittés samedi rentrera après avoir passé la semaine auprès de Sœur Réginald. Ce matin nous est venue aussi une bonne lettre de Pierre qui sortait de son expériment de cuisine et allait commencer celui de chaire. Il est toujours très occupé, gai, joyeux, bien portant et nous avons été heureux d'apprendre que le départ de l'ami Leuridan et de deux ou trois autres novices forcés de quitter temporairement ou pour toujours la Compagnie pour raison de santé ou autres motifs ne lui inspire que des actions de grâces à Dieu qui lui donne la vocation et tout ce qu’il faut pour la poursuivre. Il me persuade donc de plus en plus qu'il est véritablement à sa place. J'aurais aimé mon cher fils, à avoir un peu plus de détails sur ton dîner chez le Général Fay, je veux dire, sur la conversation que tu as pu avoir avec lui, car je n'ai point encore reçu sa réponse : mais ou bien tu n'as rien appris de bien intéressant, ou ton cerveau malade ne t'a pas permis de t'appliquer à nous en dire plus long. Il est fâcheux que la question du congé à obtenir ne semble plus aussi facile à résoudre qu’elle m'avait paru au premier abord. J'avais cru bêtement que ce congé pouvait s'obtenir directement par l'entremise du Général Fay auprès du Ministre. Mais en y songeant, je conçois facilement que cela doit passer par les autorités de l'École. Je m'en rapporte à ta prudence pour mener à bien cette affaire et je souhaite vivement qu'elle réussisse. Je viens d'avoir une longue visite du Col. Mengin qui a failli m'empêcher de faire partir ma lettre aujourd'hui et qui ne m’a du reste, rien appris d'intéressant. Je n'ai plus que le temps de t'embrasser pour nous tous et de t'assurer de toute notre tendresse. Ton père et ami Je te félicite de tes excellentes notes pour tes projets d'architecture. C'est déjà de dimanche en quinze la première communion d'André et j'espère que rien ne s'opposera à ce que nous t'y voyions. 20/5/1879 Mon bien cher fils, en même temps que ta lettre, je reçois enfin quelques mots du Général Fay ; il me fait part des conseils qu'il t'a donnés de ne pas lâcher la proie pour l'ombre et me communique la lettre qu'il a obtenue contenant les renseignements qu'il t'a déjà donnés. J'avais déjà reçu dans le courant de la semaine et par les soins de je ne sais qui, (M. Michaut je suppose,) le programme officiel du concours du 21 Octobre. De tout cela il résulte pour moi qu'il serait tout à fait désirable de te voir réussir ; mais je suis aussi tout à fait d'accord avec le Général qu'il faut faire tout le possible pour ne pas être obligé de donner sa démission de Fontainebleau avant de concourir. Tu te fais fort de t'en occuper toi-même sérieusement, le Général Fay promet son concours, et si ton père doit agir près de l'oncle Mengin tu le lui diras. Il ne faut pas se dissimuler que ce concours que je croyais sans précédent et qui est déjà le deuxième, sera difficile et probablement plus couru que le précédent. Avec ce que tu m'as dit de la composition du jury, tu me parais avoir d'autant plus de chances de réussir que ton rang de sortie sera meilleur. Le succès dépendra aussi du coup de collier que tu donneras durant tes fausses vacances ; tu te trouves, mon cher ami, à un de ces moments solennels de la vie où il faut savoir faire un sacrifice et je ne veux pas douter un seul instant que, péchant par excès de confiance, tu ne fasses le nécessaire pour le plus d'atouts possibles dans ton jeu. Il s'agit de reconquérir ce que tu as perdu par un peu de faiblesse la première année et je le répète au risque de devenir ennuyeux, le moment est des plus solennels. Age quod agis, c'est la devise du Général Fay, et que Dieu t'assiste. Ta bonne mère débarrassée de ses douleurs de dents, m'a quitté samedi avec Élisabeth, Jean, Mathilde et Marguerite. J'ai déjà eu hier des nouvelles de son voyage qui a été heureux et du bonheur que le pauvre grand-père a à posséder sa fille et ses petits enfants. Joseph est parti hier de grand matin pour trois semaines de séjour à Gérardmer, Dieu veuille que le temps se remette enfin et que la chaleur et le soleil viennent favoriser tous ces chers absents. Me voilà seul avec François et Paul et nous ne sommes pas des plus folâtres. Grande et heureuse nouvelle surtout si elle se confirme. Thérèse se disait jeudi dernier débarrassée de son mal au genou et paraissait en voie de courir de sauter à la corde, etc. Je l'ai engagée à ne pas abuser et je suis impatient de savoir jeudi si le mieux annoncé il y a huit jours a persisté. Par contre ma pauvre mère m'est revenue hier de Langres fort souffrante

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d'une sciatique dont elle a été atteinte aussitôt arrivée auprès de sa fille. Sœur Réginald avait jugé à propos de ne m'en rien écrire et pénible a été ma surprise de voir hier ma pauvre mère ainsi hypothéquée. Son retour a été fort pénible et quoique rentrée en possession de son lit, elle vient de passer une fort mauvaise nuit. Enfin elle va se soigner : mais combien cela durera-t-il ? La médecine ne peut, je crois, pas grand-chose à ces affections. Alph. Didion nous prend en affection et nous avons eu dimanche encore sa visite ; il nous arrive à midi et nous quitte à 10 h. du soir. C'est toujours le même brave garçon et le même hurluberlu. Melle Clémentine est, parait-il, en ce moment à Paris. A Dieu, cher fils, profite bien de tes visites d'usines, de ces prolonges, mais ne perds pas de vue ce qui doit être en ce moment ta constante préoccupation. Nous t'embrassons bien tendrement. Ton père. Nous nous trouverons donc ensemble, j'espère à Reims, et je t'apporterai des fonds. Si bon papa m'accompagne tu pourras aussi profiter de ses offres de service. 27/5/1879 Effectivement mon cher fils, Émile Massu de retour de Paris et repassant à Nancy dimanche est venu voir sa tante et lui a donné des nouvelles de son petit-fils 8, mais moi, je n'ai pas eu l'honneur de le voir. J'avais promis ce même jour une visite à Raon. Mais l'état de santé de ma mère m'a décidé à lui tenir compagnie et à envoyer François et Paul à leur mère. Ma pauvre malade a passé toute la semaine dernière d'une façon fort douloureuse et tu peux juger combien il lui est pénible d'être condamnée à l'inaction. Enfin elle vient d'avoir une nuit assez satisfaisante. Je voudrais que ce ne fût pas seulement un temps d'arrêt dans le mal, mais bien un acheminement sérieux vers la guérison. François m'a rapporté de satisfaisantes nouvelles de Raon. Toute la marmaille va à ravir. La visite de sa fille rend à Bon papa un peu de force et de courage et le repos relatif que prend ta bonne mère parfera j'espère son rétablissement. Le retour est fixé à vendredi prochain. Bon papa compte toujours venir avec François et moi, à Reims; mais il ne peut plus songer, comme je l'avais espéré, à pousser jusqu'à Amiens. J'avais donc hasardé de demander au père Durand d'envoyer notre bon Pierre à Reims, mais, hier soir j'ai été repoussé avec perte. Le noviciat est impitoyable, il faut s'y résigner. Je ne crois pas devoir compter sur toi pour la messe qui est à 7 h. ou 7 h. et demie et nous ne te verrons arriver sans doute que pour déjeuner. En tous cas, tu sauras que nous descendons au Grand Hôtel. Nous partons samedi à 10 h. puisque tu comptes nous écrire avant, renseigne-nous à peu près sur l'heure de ton arrivée à Reims. J'ai conduit hier François et Noll au cirque Rancy et le dernier s'est joliment amusé. Le spectacle est varié et amusant, les clowns nombreux et les exercices gymniques toujours en progrès. La représentation cependant a failli rater. Les étudiants, mécontents de n'avoir pu obtenir de M. Rancy une réduction de prix, ont fait du tapage. Le raisonnement n'ayant pu les calmer, M. Rancy, suivi de tout son personnel de clowns et d'écuyers, est tout bonnement monté à l'assaut des places occupées par les tapageurs et les a mis à la porte en leur rendant leur argent. Les étudiants étaient plus nombreux, mais les clowns plus lestes, plus habiles aux coups de poing, et moyennant quelques gourmades de part et d'autre; le droit a eu le dessus et le calme s'est fait. La vigueur est partout et toujours une bonne chose. J'ai eu samedi de bonnes nouvelles de Joseph, en somme il n'a pas été jusqu'ici trop malheureux sous le rapport du temps. Aujourd'hui cependant la pluie commence à tomber sérieusement mais ils doivent être abrités dans les scieries qu'ils étudient cette semaine. En fait de divertissement, ils se sont déjà donnés une promenade au Honeck et une au Valtin et aux petits lacs des Hautes Chaumes. Je ne vois plus rien, cher fils, qui soit digne de t'être signalé, et en te disant à bientôt, je t'embrasse de tout mon cœur. Ton père affectionné. 10/6/1879 Mon bon fils, notre bonne étoile nous a amenés dimanche peu d'instants après ton départ, Eugène Didierjean venu de St Louis pour faire sortir et morigéner le toujours dissipé et étourdi Antoine 9. Grâce à sa présence, notre journée de lundi s'est passée plus facilement que je n'espérais. Mais comme fatigue, elle n'a rien cédé à la veille. Aussi bien des fois, je me suis félicité que Bon papa ne nous ait pas accompagnés ; eût-il été dans une meilleure disposition physique et morale, il eût difficilement supporté cette fatigante expédition. Nous aimons bien mieux savoir qu'il a passé la

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semaine dernière à Thon où il s'est distrait en faisant charrier par son Baptiste et ses chevaux, rails et traverses pour terminer le chemin de fer. Nous savons par lui-même et aussi par d'autres qu'il s'est si bien trouvé de ce séjour, qu'il le renouvelle cette semaine sauf à venir passer la journée de samedi prochain à Nancy pour la tutelle Jacquot. Nous somme revenus de nuit à Nancy où, comme te l'a dit Marie, nous avons trouvé tout le monde bien portant, sauf Bonne maman que sa sciatique maintient toujours au lit ; tantôt elle souffre, tantôt elle va mieux ; je crois que la médecine ne peut pas grand chose à son mal et je compte surtout sur le temps pour l'user. Voilà déjà quatre semaines qu'il dure. Dieu merci, la malade est fort patiente et déploie une résignation que je n'osais guère espérer. Ta bonne mère a certainement repris des forces à Raon et la chaleur qui nous est venue continue à faire prospérer les petits. Ils vivent une bonne partie de la journée au jardin. J'ai été obligé d'aller hier au Sacré-Cœur chercher Thérèse pour la conduire à Schoeffer : elle a de très mauvaises dents, mais il semble que son genou soit tout à fait guéri. Dimanche, nous avons deux premières communions : celle de Marie Lafon et celle d'Auguste Jeanpierre. Obligés de choisir, nous avons assisté François et moi à la dernière, et le soir nous avons pris part à un splendide gala de famille. Il va sans dire que la pauvre mère et nourrice ne peut quitter la maison. Nous espérions Joseph samedi dernier ; mais il nous a écrit vendredi sans parler de retour ; soit qu'il eût été mal renseigné au départ, soit que nous l'avions mal compris, son séjour à Gérardmer doit durer 4 semaines au lieu de 3 ; nous l'attendons donc samedi prochain : il ne nous parle pas de ta lettre mystérieuse et nous entretient surtout d'une promenade dans le Val d'Enfer à laquelle il a consacré les deux jours de Pentecôte ; c'était une course à toute vapeur, un tour de force de célérité, mais qui a réussi et leur a plu ; il a revu Littenweiler et rafraîchi de chers mais douloureux souvenirs. Le pauvre oncle Mengin est à un âge où on ne peut plus compter sur le lendemain et il faudrait bien peu de chose pour contrarier ses projets de villégiature. Nous avons eu ce matin d'excellentes nouvelles d'André. Je viens d'être interrompu par la visite de Saladin qui cherchait Joseph. Il part vendredi pour l'Autriche et la Hongrie où il va faire un voyage d'études de trois mois avec deux camarades des Mines. Il paraît très satisfait. Il n'a pu te chercher avant son départ mais n'avait aucune réponse du P.L.M. à te communiquer. En somme il résulte pour moi de ce qu'il m'a dit comme de ce que m'a dit dernièrement Didierjean pour en avoir causé avec M. Jacqmin Directeur de l'Est, que les compagnies de Chemins de fer trouvent aujourd'hui trop facilement des ingénieurs dans le corps des Ponts et Chaussées pour se recruter autrement que par cette voie. D'après M. Jacqmin, l'entrée est fermée aujourd'hui à tout autre qu'eux, et Saladin m'a appris aujourd'hui que récemment P.L.M. a pris pour ingénieurs 3 élèves de l'Ecole Polyt. pris des Mines et ne paraît pas ainsi disposée à prendre des élèves démissionnaires à moins de les mettre dans des positions tout inférieures. Saladin paraît priser les télégraphes et les eût pris sans doute si la carrière eût été ouverte de son temps : il croit le congé très facile à obtenir. Moi, mon cher fils, je crois que là est véritablement la voie puisque tu y peux facilement satisfaire aux obligations du Service militaire. Il faut donc y arriver coûte que coûte, sinon prendre son parti de l'artillerie et attendre. Le succès dépendra surtout de ton rang de sortie, de ta préparation des vacances et du bon Dieu. Aidons-nous et Il nous aidera. Comme Saladin tu es aussi disposé, je crois, à poursuivre le chemin de licencié ès-sciences physiques ; cela ne peut pas nuire. A Dieu, cher fils, tous nous t’embrassons tendrement. 18/6/1879 Mon cher fils, ce que j'ai de plus intéressant à te mander en réponse à ta lettre du 17 courant c'est que Bonne maman fait de sérieux progrès vers la guérison et sera bientôt, je l'espère, débarrassée de sa sciatique. Les douleurs ont presqu'entièrement disparu : la malade sort de son lit pour déjeuner et n'y rentre qu'après-diner sans avoir éprouvé trop de fatigue. Nous pouvons donc espérer que nous touchons au terme de cette épreuve. Un orage nous a gâté avant-hier le temps et nous revoici en pleine pluie. Malgré cela, tout va bien autour de moi et les petits ne laissent pas grand-chose à désirer. Ta bonne mère voudrait voir Marguerite pousser comme un champignon. Elle la souhaiterait plus forte, plus grosse. Mais je crois que pour un enfant élevé à sec, on ne peut guère espérer mieux. Nous avons eu vendredi une apparition de bon papa que les affaires de la tutelle Jacquot appelaient à Nancy ; nous avons été heureux de voir que son séjour de Thon l'avait bien remonté au physique comme au moral ; il reste cette semaine à Raon pour sa déclaration de

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succession, mais compte retourner à Thon la semaine prochaine. J'espère aller l'y rejoindre pour faire un tour au Blanc Rupt. Joseph nous est revenu samedi et repartira vers le 26 pour ses trois semaines à St Gobain. Il était très satisfait de son séjour à Gérardmer et semble amateur de ce poste. Il nous conviendrait aussi à tous égards, et comme il y a des chances pour que celui qui vient d'y être nommé ne s'y plaise pas, je tâcherai en temps utile, de me remuer pour l'obtenir. Nous devons avoir Marie et Thérèse demain pour un rendez-vous Schoeffer et ta lettre leur sera comme toujours communiquée. Emile Massu vient d'être victime d'un accident qui aurait pu lui être fatal. En visitant des fortifications à Belfort, il est tombé dans un trou qui a près de 4 m. de profondeur rempli de poutres et de pierres. Il pouvait tout au moins s'estropier gravement ; il en est heureusement quitte pour des contusions, des meurtrissures, des froissements de chairs qui ne paraissent pas devoir donner rien de sérieux. Augusta Jeanpierre est assez souffrante à la suite de fatigues excessives prises lors de la première communion d'Auguste et compliquées d'un séjour de sa grand-mère Duchamp à Nancy. Jusqu'ici cela n'a rien de caractérisé ; il faut espérer que cela passera comme cela est venu. Je me suis trouvé dernièrement à la récréation chez les Dominicains avec l'Ingénieur des Télégraphes envoyé à Nancy pour faire procéder dans la ville au remplacement des fils télégraphiques aériens par des câbles souterrains. Il est élève de Polytechnique, tertiaire de St Dominique, a 47 ans et est célibataire. Nous avons naturellement parlé de toi. Il ne me paraît pas très au courant de ce qui se passe, estime qu'il n'y a plus de position sûre que dans l'armée et décrie sa carrière comme il arrive souvent, quoiqu'à son âge, il soit décoré et ait 7 à 8000 F. de traitement. Il peut être fort dans son métier, mais est peu fort du reste et je n'ai pas pu tirer de lui grand-chose de bien intéressant. Il prétend lui aussi, qu'à P.L.M. il y a des postes d'avenir pour le service de l 'exploitation mais que, pour les obtenir, il faut débuter très modestement, chef de gare, par exemple. Visons toujours les télégraphes et tâchons de les obtenir en gardant Fontainebleau comme pis-aller. Si tu montes à cheval dimanche à Fontainebleau, tâche de ne pas avoir un mustang indompté qui te casse quelque chose ou une rosse disposée à s'agenouiller. En tout cas, tiens bien ton cheval en rênes. Ne nous écris qu'après avoir passé en Analyse et Dieu veuille que tu réussisses. Allons cher fils, encore 5 semaines d'efforts et de courage et Dieu, j'espère, t'en récompensera. Tout ce temps, nous ne t 'oublions pas près de Lui. En attendant, nous t'embrassons tous bien tendrement. Te donneras-tu cette année le ballon Giffard10? N'oublie pas le 26 juin et remercie-le. 1/7/79 Mon bien cher fils, je m'empresse de t'accuser réception de ton intéressante lettre du 30 juin et d'y répondre. Je ne parle que pour mémoire de cette bonne réunion de nos trois chers aînés en ce jour même de la St. Pierre. Nous l'avions souhaitée. Connaissant ton cœur, nous l 'avions presque devinée comme je l'écrivais hier à Joseph qui m'avait annoncé samedi son projet de voyage à Amiens sans me dire toutefois qu'il te l'avait communiqué et en fêtant la St Paul, nous n'avons pas oublié le cher novice et nous nous sommes associés aux douceurs de votre bonne réunion. Je viens donc tout de suite à l'objet principal de ta lettre et aux vives préoccupations qu'elle nous donne. Tu ne peux nous refuser, mon cher ami, en voyant se préparer une si belle promotion dans les Ponts et en nous rappelant ton rang d'entrée d'éprouver un sentiment de pénible regret. Il nous est, tu le sens bien, un peu dur de nous voir obligés de nous incliner devant la sévérité du fait accompli, mais nous faisons appel à tous nos sentiments de foi et de soumission à ce que nous croyons être la volonté de Dieu et sans vouloir te faire plus de reproches, nous acceptons ce qui arrive comme se produisant pour ton plus grand bien. Si je te saisis bien, il faut, immédiatement ton classement connu, prendre son parti sans avoir, comme nous l'espérions, le temps des vacances pour la réflexion et sans conserver l'espoir d'un congé jusqu'au 21 octobre : en deux mots, il faut se résigner à te voir nous revenir ayant complètement brûlé tes vaisseaux. Je ne connais pas le projet du comte ou marquis des Roys. J'ignore l'influence que l'adoption de ses vues peut exercer sur l'avancement dans les armes savantes, je me confesse aussi assez égoïste pour me préoccuper assez peu du tort ou de l'avantage que ta démission pourra faire à un de tes camarades : mais ce qui domine pour moi la situation, c'est que je te vois atteint jusqu'à la dernière heure d'une répulsion bien marquée pour l'état militaire. J'avais espéré qu'avec le temps et la réflexion tu reviendrais de ces sentiments et prendrais comme bien d'autres ton parti d'une carrière que l'on s'accorde à regarder comme belle et sûre. Mais puisqu'il en est autrement je veux encore

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voir là une indication providentielle, et comme il n'est jamais entré dans mes vues de te forcer à être militaire, je ne puis aujourd'hui qu'accepter ce que tu décideras, priant Dieu qu'Il t'éclaire et t'inspire pour le mieux de tes intérêts en ce monde et dans l'autre. Vois donc, dès que tu en trouveras le moment, l'excellent Général Fay, prends encore une fois ses conseils, le remerciant pour toi et pour nous de l'affectueux intérêt qu'il veut bien te témoigner, et, après cela, prends ton parti. Cette démarche est peut-être plus de convenance que d'utilité, car ce qui pourra t'être dit te l'a déjà été sans doute et ne me paraît pas devoir influer beaucoup sur ta décision, mais il faut la faire et il ne conviendrait pas que le Général, au courant de nos incertitudes ne fût pas informé de leur issue. Je ne saisis pas trop pour quelle chose tu pourrais avoir à écrire au Colonel Jamont. Au travers des anxiétés qui vont me miner jusqu'en fin octobre, ta quasi certitude de succès aux télégraphes me rassure cependant, mon cher fils, et je suis disposé à la partager. Je ne saurais douter que quelque soit ton rang de sortie, une fois revenu près de nous et bien reposé, tu ne fasses le possible et l'impossible pour arriver à ton but et je ne dois pas avoir à craindre que te reposant sur ton acquis, tu ne cherches pas à acquérir encore pour triompher de la concurrence qu'on nous a présentée comme probable. D'ici ton retour et même plus loin, nous ne pouvons que t'aider de nos prières, elles ne te manqueront pas et je m'efforcerai d'être jeudi à 7 h. à Bon Secours à ton intention. Mais je t'en conjure une dernière fois, persévère jusqu’au bout dans tes efforts ; ne te laisse pas démonter en mécanique ; si tu y succombes, rejette-toi sur l’astronomie et la physique ; enfin ne jette pas le manche à la cognée pour la chimie qui doit avoir de l'importance pour les télégraphes et songe à la grande et toujours vraie sagesse du proverbe : Qui quitte la partie, la perd. C'est il y a aujourd’hui huit jours en montant en voiture avec Bon papa pour Thon que j’ai eu un avant goût de ton examen d'analyse. Je ne saurais te dire combien il m’a fait de bien pendant mon excursion et combien j'ai été heureux en rentrant d'apprendre le chiffre exact de ta note, moutard. Espoir, confiance et courage : les prières du bon novice vont être toutes pour toi et je les crois trop agréables pour ne pas espérer beaucoup dans leur effet. Quel que soit ton résultat de jeudi une carte postale, dès qu'il te sera connu nous serait agréable. Le souvenir d'Henri Schneider concorde merveilleusement mon cher fils, avec les projets que ta bonne mère et moi nous faisions ces derniers jours pour toi. Te sentant fatigué et ayant besoin d'un bon repos avant l'examen des télégraphes, nous nous disions qu'il conviendrait après quelques jours passés près de nous et peut-être aussi près de bon papa, de t'envoyer quelque part respirer et te remettre le corps et l'esprit et je songeais précisément pour cela à l'offre gracieuse que nous avait fait Henri Schneider en janvier. Des fêtes auront lieu à Nancy les 1, 2 et 3 août pour l'inauguration des eaux et l'érection de la statue Thiers. François ne tardera pas à la même époque à être débarrassé de ses examens. Nous pensons alors à vous garnir un peu le gousset et à vous envoyer tous deux chez le prince de l'Industrie française métallurgique. Tu lui exposerais tes projets. Il te verrait alors un peu plus sérieusement qu'il n'a pu le faire encore ; tu le verrais de ton côté lui et son usine, et peut-être, en cas de malheur du côté des télégraphes, s'établirait-il des relations qu'il serait un jour utile de retrouver. Après quelques jours passés au Creusot, je ne vois pas jusqu'à ce jour d'impossibilité à ce que vous poussiez chez l'excellent évêque de Belley, et que vous fassiez, si vos moyens vous le permettent quelques excursions dans les Alpes suisses et françaises. Voilà ce que nous disions depuis quelques jours avec ta bonne mère et qui, j'espère, pourra se réaliser. Je ne comprends pas bien au juste ce que tu as répondu à Henri Schneider ; mais j'estime que je puis attendre ton retour avant de vous annoncer et de demander si l'on serait disposé à vous recevoir. J'ai fait la semaine dernière avec bon papa une bonne excursion à Thon et ce séjour en forêt lui a encore été salutaire ; le chemin de fer s'avance et, sans la fenaison qui va arrêter les ouvriers, de 15 jours à trois semaines , il serait facilement terminé pour le début des vacances. Bonne maman Geny va de mieux en mieux et reprend ses forces de jour en jour ; mais ce long et douloureux accès de sciatique me paraît avoir porté une assez rude atteinte à ses forces et avoir notablement vieilli sa démarche. Élisabeth est un peu dolente, fatiguée et pâlie par suite, je pense, d'une fièvre de croissance : elle est partie hier pour Raon sous la garde de Mad. Cezard fuyant avec son fils et les enfants Jeanpierre les fièvres typhoïdes qu'on signale dans Nancy. Maman compte aller demain la rejoindre avec le reste de la jeunesse et passer environ une semaine près de bon papa. Marguerite n'est pas en ce moment très vaillante, mais nous espérons que le

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changement d'air et de lait la remettront en bon état. Excuse mon barbouillage, mon cher fils, mais la chaleur m'accable ; j'en fonds, j'en tremble et puis à peine tenir ma plume. Encore une fois, courage, tous nous t'embrassons bien tendrement. Ton père et meilleur ami. Comment trouves-tu la bonne et sérieuse face de notre cher étudiant en droit ? Pour la province, cela me paraît assez réussi. 4/7/1879 Merci, mon bien aimé fils, de ta bonne et empressée lettre mais merci surtout, n'est-ce pas, à Dieu qui a bien voulu écouter nos ferventes prières à tous. Tu avais bien raison de compter surtout sur celles de notre cher novice qui t'ont, j'en suis sûr, tiré d'un mauvais pas. Continuons à prier jusqu'au bout sans relâche et espérons jusqu'à la fin. J'ose à peine te confier cette pensée mais enfin tu me le permettras. Nous est-il donc interdit absolument si tu persévères, de te voir obtenir directement les télégraphes ? Avec une promotion de services civils si supérieure en nombre aux précédentes, avec les militaires par goût, les surlimites, les démissionnaires, n'arrivera-t-on pas dans les 70 ? T'attends-tu à être de beaucoup inférieur à ce que tu étais à Pâques ? Vraiment cela est peut-être trop hardi d'y penser, mais cela simplifierait tant les questions. Ceci soit dit, non pas pour que tu te rendes malade de travail, mais pour rabâcher comme je l'ai toujours fait, que soutenu comme tu l'es visiblement d'en haut tu serais coupable de ne pas faire jusqu'à la dernière heure ton devoir. Tu as joliment bien fait de travailler au lieu d'aller chez le Général et je m'étais retenu de te le conseiller. Je maintiens toujours que quand tu l'auras vu, je donne par avance mon approbation à ce que vous aurez décidé. Je suppose que tu auras à dresser un bulletin dans leur ordre de préférence des carrières que tu désirerais suivre et qu'en le dressant, tu te proposes de remercier avec entrain une fois arrivé à l'artillerie et au génie. Donc, encore une fois que Dieu t'éclaire et te conduise. Plus que je ne saurais le dire, bien cher fils, je suis touché des sentiments de désintéressement, d'affection filiale et fraternelle que tu témoignes au sujet de l'emploi que nous espérons pouvoir donner à ton temps de repos. Ces sentiments sont tels que nous sommes excités davantage à donner suite à notre projet et qu'il ne dépendra pas de nous qu'il ne se réalise dans son entier. Nous apprécions vivement ta discrétion et t'en savons le meilleur gré. Espérons donc que le programme que je t'ai annoncé se réalisera. De ce que tu as répondu à M. Schneider, je conclus encore une fois qu'il n'y a rien à faire pour l'instant et que, quand le moment de partir sera venu, il sera temps que je lui écrive. Si tu pensais différemment tu me le dirais. Ta lettre va partir pour Raon et y fera bien plaisir. Ta mère m'a quitté avant hier soir me laissant seul avec François et Paul et l'absence de nouvelles me prouve que le voyage s'est bien fait. J'espère quoique le temps soit peu propice que ce nouveau séjour dans les Vosges va être salutaire à tous. Bonne maman va toujours mieux et prie beaucoup pour son filleul. Une lettre de Joseph m'est parvenue ce matin qui me montre encore une fois combien nos chers fils s'aiment et mettent au dessus de tous les plaisirs celui d'être réunis. Profitez bien de votre réunion projetée pour dimanche et amusez-vous sagement. Si vos ressources vous permettent l'ascension captive, faites-la, je vous en tiendrai compte. A Dieu, cher fils, et encore une fois bon courage. Je t'embrasse bien tendrement pour moi et tous ceux qui m'entourent. Ton père affectionné. 7/8/1879 Mon cher fils, je reçois à l'instant ta lettre, je la transmets immédiatement à Raon et j'y réponds sur le champ pour ce qui me concerne En me donnant hier les plus satisfaisantes nouvelles de son séjour à Raon, de sa santé et de celle des petits, ta bonne mère m'annonce l'intention de rester jusqu'au 12 ; cela suffirait peut-être à la rigueur, mais en présence du désir de la bonne cousine Henriette de se trouver chez son oncle avec ta mère, je vais dire à cette dernière que je ne vois aucun inconvénient à ce qu'elle diffère de quelques jours son retour et je l'inviterai à faire connaître immédiatement à Henriette11 son ultimatum : j'ai trop de reconnaissance à nos excellents parents de l'accueil si sympathique qu'ils t'ont fait, des soins dont ils n'ont cessé de te combler durant ces deux années pour ne pas favoriser leur projet, dût mon veuvage en être un peu prolongé. J'espère 67


que cela sourira à ta mère et à Bon papa, et qu'après avoir passé quelques jours à Raon en compagnie plus agréable que si bon papa eût été seul, Henriette pourra se trouver comme elle y compte, le 18 à St Clément. Nous allons tous bien ici et j'ai reçu hier la visite d'Alphonse Didion ; nous avons parlé de toi et les oreilles ont dû te corner. Il compte revenir à Nancy le dimanche 3 août pour la clôture des fêtes et se réjouit bien de te voir. Joseph doit être assez tenu et occupé dans la semaine ; il n'a pas, du reste, tu le sais, la maladie de la plume ; mais j'espère bien qu'il ne t'a pas manqué hier. Je comprends et j'apprécie malheureusement ce que tu me dis au sujet de mon fol espoir. Néanmoins, je t'en supplie encore, fais tout comme si tu espérais. Ne traite pas par-dessous la jambe les trois épreuves qui te restent et que, si tu as un peu failli au début, du moins à la dernière heure que tu n'aies rien à te reprocher. Il en sera ainsi, j'y compte, n'est-ce pas, mon bon fils, je t'embrasse bien tendrement pour Bonne-maman, tes frères et moi. Ton père. 15/7/1879 Bien cher fils, nous avons mieux fait qu'aller voir passer la bonne Henriette à Nancy : répondant à l'invitation de Bon papa, nous avons pris des billets pour Raon où nous sommes allés passer notre dimanche. Adrien et Lionel se mettaient aussi en route pour leur patrie respective et Adrien est venu dîner dimanche avec nous. Le temps a été détestable, il continue à l'être et je crains que le séjour d'Henriette ne soit pas heureux sous ce rapport. Tout notre monde allait très bien ; les résultats à atteindre étaient obtenus et les petites cousines sont bien heureuses de jouer ensemble. Ta mère compte rentrer ici samedi et va, je crois, essayer de laisser Mathilde et Marguerite à Raon jusqu'à notre arrivée en vacances ; il n'y a plus guère que quinze jours et le lait de Raon convient bien mieux à la dernière que celui de Nancy. Nous avons été ici renforcés hier soir de Joseph revenant huit jours plus tôt que ne le voulait leur programme. La raison de ce retour anticipé est que M. Broillard a un fils atteint de la typhoïde qui règne ici pas mal et qu'au surplus toute la besogne sur le terrain était faite. Nous avons manqué dimanche la visite de Gabriel venu pour nous voir de Verdun, je suppose, où l'on signale la présence de 72 sous-lieutenants. Le sort en est donc jeté, mon pauvre fils, et te voila dans quelques jours sur le pavé, Grosjean comme devant. A qui m'eût dit, il y a deux ans, quand je te voyais admis 37ème à la grande École, que tu n'en sortirais pas dans une carrière brillante et assurée, j'aurais eu la fatuité de rire au nez. Aujourd'hui je baisse modestement la tête, je cherche à m'incliner aussi chrétiennement que possible devant ce que je m'applique à croire la volonté de Dieu, et je lui demande bien ardemment de te faire réussir aux télégraphes. Je ne me relâche donc pas dans mes prières, et hier encore, j'intéressais Sœur Réginald à tes derniers moments d'école. Je te félicite de ton 13 d'Astronomie et te souhaite mieux encore pour vendredi. Il va sans dire que tu prendras tes mesures en conséquence de la revue de demain. L'avancement du concours aux télégraphes ne te fait rien regretter je suppose, de ta détermination, et j'y vois du moins l'avantage que tu seras moins rouillé et que ton père sera moins longtemps dans les angoisses. Bien que ses chers fils aient déjà mis ce pauvre père sur plus d'un gril, il a encore la peau sensible et celui que tu lui prépares encore ne sera pas le moins douloureux. Mais ta confiance et tes derniers efforts me donneront du courage et m'aideront à supporter l'épreuve. A bientôt donc, cher ami, et courage jusqu'au bout. Bonne maman va bien et se joint à nous pour t'embrasser tendrement. Ton père et ami. 22/7/79 Mon bien aimé fils, tu as déjà excusé, je le sens, les quelques mots décourageants que j'ai eu la faiblesse de laisser partir dans ma dernière lettre ; mais j'ai besoin de te dire que je les ai regrettés aussitôt lâchés, que mon regret est d'autant plus vif à cette heure que tu nous annonces une avant-dernière note tout à fait satisfaisante, prouvant bien à ton père que tu suis filialement ses conseils et te dépenses énergiquement et sans arrière-pensée dans les suprêmes efforts. Prendsdonc, n'est-ce pas que je n'ai rien dit, et que, sans rechercher le passé j'ai toute confiance en toi pour ton avenir. Ta bonne mère ne laissant derrière elle que Marguerite qui fait les plus satisfaisants progrès à Raon et dont Bon papa veut bien prendre la charge jusqu'à l'arrivée près de

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lui de la tribu, m'est revenue samedi avec Zizi, Jean et Mathilde, tous en parfait état. Elle avait déposé les bonnes cousines Bastien en passant à St Clément, et quoique le temps eût été loin de ce qu'on devrait attendre en ce moment, tout le monde était heureux du séjour et de la réunion à Raon. Bon papa est, paraît-il, aussi bien que nous pouvons le souhaiter, au moral comme au physique. Marie et Thérèse que nous avons trouvées dimanche on ne peut mieux sont libres le 31: André nous arrivera le 4 au soir et Paul et Jean auront leur distribution le 7 ; il n'y aura plus alors qu'à songer à gagner Raon et déjà maman s'occupe en conséquence. J'ai reçu hier une lettre de Me Schneider la mère qui en son nom et au nom de ses enfants nous invite à aller au Creusot le 10 août à l'inauguration de la statue de son mari 12. Elle sent bien que Maman ne peut pas s'y rendre, mais elle renouvelle à cette occasion pour toi l'invitation déjà deux fois faite. Songeant que cette démarche peut ne pas être inutile, nous avons décidé que j'accepte et qu'à nous deux nous irons représenter notre branche à cette fête dite de famille ; j'écris donc aujourd'hui pour nous annoncer le 9 au soir. Je vous aurais volontiers délégués Joseph et toi ; mais ton cher aîné n'est pas libre à son grand regret. Tu ne verras pas d'inconvénient, j'espère, à ce que, bien que tu sois tout introduit, j'aille passer là avec toi 48 h., te laissant bien entendu, si nous ne voyons pas d'indiscrétion à le faire visiter un peu les usines après le tohu-bohu de la fête. Le temps est dégoûtant, navrant, écœurant, et l'année s'annonce désastreuse. Les prières, la canicule, rien n'y fait et l’on verrait presque volontiers du feu. Le bon Dieu est décidément fâché et je Le comprends. Nous te croyons, cher fils, trop avisé pour ne pas savoir ce que tu feras de tout ton bazar. Ne conviendrait-il pas de n'apporter que ce qu'il te faudrait pour les vacances ? De vendre de ta défroque d'École tout ce qui ne sera plus utile ou ce que tu ne tiens pas à conserver ? De mettre en dépôt sûr, et en vue de l'avenir ton linge de trousseau ? Songe à tout cela et fais pour le mieux. Tu ne me demandes pas d'argent, c'est donc que tu penses n'en avoir pas besoin. Pour ta gouverne, sans vouloir faire tort à notre bon Pierre, ni entraver les quelques obligations de société que tu peux avoir à remplir avant de quitter Paris, je t'avise que nous avons à dîner dimanche à 7 h., après les courses, les camarades de Joseph, y compris le sous-lieutenant de Lignières, réunis avant les vacances. A bientôt, cher ami, cette fois c'est sérieux ; nous t'attendons impatiemment et t'embrassons bien tendrement par avance. Ton père et ami. 24/7/79 Tu n'omettras certainement pas avant de partir, de faire tout le possible pour chercher à rencontrer le Général Fay. La chose est d'autant plus opportune qu'il vient d'être nommé Conseiller d'État en service extraordinaire et que je tiens à ce que tu lui fasses mes empressés compliments au sujet de cette distinction. 15/8/79 Un mot seulement mon bien cher fils, pour t'accuser réception et te remercier au nom de nos chères Marie de ton précieux souvenir que le train d'hier soir a apporté avec moi à Raon. Je craignais presque les splendeurs du Creusot ne t'aient fait perdre de vue l'Assomption, il n'en a rien été, je t'en remercie. J'ai fait un très heureux retour après un excellent séjour à Langres et j'ai trouvé à Nancy Bonne maman et Joseph en parfait état. Ici, tout serait on ne peut mieux, si depuis hier matin Jean n'était retenu au lit par une légère indisposition survenue après un bain intempestif. Le médecin qui n'y voit rien de grave, a prescrit une légère purgation et j'espère que ce n'est qu'un embarras gastrique tout à fait passager. En dehors de cela, tous vont au mieux ; Mathilde et Marguerite sont ravissantes de prospérité et c'est merveille ne voir comme nos grandes filles et tous s'appliquent à être sages, à assister leur mère et à lui épargner fatigues et sollicitude. Bon papa va bien, quoique parfois un peu triste ; notre présence ravive pour lui de tristes souvenirs et la joie parfaite des vacances passées. De Pierre, nous avons d'excellentes nouvelles ; le cher novice est sorti de vacances, il ne nous oublie pas et songe à la joie de notre réunion sans amertume et remercie Dieu de son lot. Après son brillant examen, François a été avisé par ses professeurs qu'il avait remporté les deux premiers prix aux concours de Droit français et romain. Juge comme nous sommes fiers de lauriers si beaux si rares et si mérités.

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Joseph pioche à mort, l'emportera-t-il sur de Brinon ? Dieu le sait, mais peu importe, il a vaillamment fait ce qu'il pouvait. Aussitôt libre, il nous amènera Bonne-maman Geny ; en présence de cette visite, nous songeons sérieusement à partir lundi 19 pour Thon ne laissant derrière nous que Mathilde et Marguerite ; si nous laissions passer cette semaine, nous ne retrouverions probablement plus l'occasion de conduire maman, ses filles et les petits prendre un peu l'air de la forêt. Mais nous partis, la maison ne sera pas fermée ; Bon papa ne viendra probablement nous voir qu'un jour ou deux, et, quand tu jugeras à propos de revenir, tu trouveras à t'installer et à te mettre à la besogne. Ton extrait de naissance nous est parvenu hier et quand tu arriveras, tu n'auras qu'à faire partir tes pièces pour l'examen des Mines. Je n'ai trouvé à Nancy aucune lettre à ton adresse, et s'il t'en arrive maintenant ici, il est bien entendu que je ne les ferai plus expédier. François écrit à Pierre pour lui parler de toi et de lui dont il ne sait rien. A Dieu, Cher fils, j'ai tenu à te mettre au courant de nos faits et gestes et ne t'écrirai probablement plus. Malgré ton enthousiasme pour le Creusot, je ne puis me défendre de te dire que je compte toujours que la préparation de l'examen des Télégraphes sera faite sérieusement et sans arrière pensée. Hommages respectueux et reconnaissants autour de toi. Tous nous t'embrassons avec la plus affectueuse tendresse. Ton père. 16/8/79 J'ai oublié hier, cher fils, une commission que m'avait donnée Bon papa. Il désire que tu t'informes si, au Creusot on fait des rails de 7 kilos environ le mètre et à quel prix on pourrait les lui livrer. Par curiosité demande aussi si on en fait du même poids en acier et de quel prix ils seraient. Il n'est pas nécessaire que tu écrives, mais seulement que tu rapportes la réponse. Toutefois tu devras écrire un mot très lisiblement à Marie André chez M. Huin pour lui annoncer le jour et l'heure de ton arrivée ici afin que, si nous n'y sommes pas elle puisse te préparer à manger et à coucher. Rien de nouveau depuis hier si ce n'est que l'indisposition de Jean semble tourner court et que nous partirons probablement mardi 19 pour Thon ne laissant derrière nous que les deux mignonnes avec Bon papa qui cependant pense venir nous voir. La procession a été hier très chaude et comme toujours trop longue. Un violent orage a éclaté la nuit et n'a pas rafraîchi le temps. Jusqu'à maintenant aucune dépêche n'est parvenue à ton adresse. Tu trouveras ici sur la table à écrire de ma chambre les programmes des Écoles et sous enveloppe déjà adressée au Ministre les pièces requises pour l'examen des Mines ; tu n'auras qu'à revoir si tout est en règle, dater et expédier. A bientôt, cher ami, en attendant tous nous t'embrassons bien tendrement. Offre nos respectueux hommages autour de toi et n'oublie pas en quittant tes aimables hôtes de les remercier avec effusion. Ton père et ami. 8/8/79 Il n'est peut-être pas inutile et peut-être aussi encore temps de te rappeler, cher fils, que le numéro 3 de la rue des Chanoines est actuellement fermé et vide de tout personnel domestique et que pour y rentrer, tu dois avoir recours à bonne maman ou à Rose. Tu dois donc prendre tes mesures pour arriver à Nancy de jour ou si tu arrives par le train qui quitte Dijon à 12h. 26 et est en gare de Nancy à 9h. 06 du soir, prévenir Bonne maman de t'attendre à ladite heure pour t'ouvrir la maison. Jeannot va beaucoup mieux depuis hier et est à peu près rétabli ; mais nous avons la pluie aujourd'hui et je ne sais si nous irons à Thon demain aussi nombreux que je le pensais. Nous allons donc tous bien et t'embrassons tendrement. Hommages respectueux et compliments à tes hôtes. Ton père affectionné. Il y a sur le palier du deuxième étage trois malles à ta disposition et à celle de Joseph. Si tu avais besoin pour tes cahiers de cours d'une caisse, tu en trouverais, je crois, dans la chambre des collections et livres de classe du troisième étage, il doit aussi y avoir du cordeau pour ficeler les caisses. 12/9/79

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J'ai hâte, mon bien cher fils, de t'accuser réception de la bonne nouvelle de ton heureux voyage et de ton arrivée à bon port. Je n'oublie pas non plus que j'ai à te souhaiter pour tous ceux qui t'aiment ici et sont bien occupés de toi une bonne fête. Les années précédentes, nous te la souhaitions de vive voix et le père Higel nous égayait de son naïf compliment, mais le temps fuit, les circonstances changent et cependant notre affection et notre sollicitude vont toujours en croissant. Nous demandons donc en ce jour et plus instamment que jamais à Dieu de te bénir et par l'intercession de ton patron nous le prions de couronner tes efforts de succès. Je sais qu'ils ont été sérieux, je t'en remercie et ne puis que demander à Dieu qui a si bien conduit jusqu'ici mes chers fils de placer dans sa voie celui qui de tous, je le reconnais volontiers, a eu le plus de travail à produire. Ne te fatigue pas et distrais-toi, je t'en prie dans tes moments de relâche afin d'avoir pour les moments solennels, l'esprit frais et dispos. Nous sommes tous Dieu merci, vieux et jeunes, grands et petits, en fort bon état et nous jouissons du bel automne que Dieu nous envoie. Déjà pour les écoliers et écolières le rouleau est près du mauvais bout. Vendredi dernier Joseph, François et moi nous sommes rentrés d'une course au Sommerhoff dont nous conservons le meilleur souvenir. Notre hôte a été très gracieux et très gai et le temps propice sauf un ou deux orages. Notre plus belle journée a été celle du Hohwald et nous avons trouvé à l'hôtel Kuntz de nombreuses figures nancéennes de connaissance, l'ami Bécourt, les Paquel, le Colonel Pearson, etc, etc... Nous n'avons chassé qu'une matinée et trouvé peu de gibier ; j'ai cependant descendu une grande chèvre. Samedi bon papa est revenu bien portant d'une excursion au Housard, le projet d'acquisition d'un morceau de Febvrel paraît en bonne voie. Cette semaine nous restons à Raon retenus par l'arrivée probable de Mgr. de Belley qui s'est annoncé pour mercredi ; mais la suivante, s'il plaît à Dieu, nous irons en hommes et en chasseurs à Thon pour rayonner dans les environs. Si tu n'es point encore des nôtres pour le départ, je me plais à espérer que tu ne tarderas guère à venir nous rejoindre. A Dieu, cher fils, du sang-froid, du courage et comptons que le bon Dieu faisant le reste décidera de la voie que tu dois suivre. Nos compliments affectueux aux excellents Bastien et aux autres parents que tu pourras voir. A toi nos meilleures et bien tendres caresses. Ton père et ami. Il va sans dire que si tu peux faire à notre cher novice le plaisir d'aller lui donner quelques instants, tu l'embrasseras bien fort pour nous tous et lui diras que nous pensons bien à lui. 25/9/1879 Mon bien cher fils, quoique ta lettre du 23 parvenue hier à son adresse ne nous ait pas apporté de nouvelles de nature à nous donner beaucoup d'espoir, nous ne t'en savons pas moins gré en disant avec toi : Fiat, nous ne voulons pas encore désespérer. Le bon Dieu peut te tenir compte de tes efforts et te mettre parmi les 2 ou 3 élus sur 9 candidats sérieux que tu connais déjà. Nous sentons que la chose est tout à fait entre ses mains et le prions en conséquence. Courage donc, cher ami, et jusqu'à la dernière minute ne nous abandonnons pas. Tâche à I' épreuve orale de bien conserver ton sang-froid. Nous allons tous très bien, et Mgr. de Belley ayant retardé son arrivée, nous allons seulement tout à l'heure le recevoir au train de 6h. Il compte passer à Raon trois jours et ne le quitter que lundi. Il dîne ce soir en arrivant à la maison et s'y trouvera avec les Jeanpierre et les curés de Raon et la Neuveville. L'état de pléthore de la maison de Bon papa a forcé à demander pour lui et son frère qui l'accompagne des chambres chez Camille. Nous avons la lessive samedi, aussi les Camille devront l'héberger entièrement ce jour. Je n'ai encore d'autres nouvelles de Langres que celles que tu nous as données ; mais nous avons reçu mardi une excellente lettre du cher novice qui va bien sous tous rapports et se fait une fête quoiqu'il arrive de recevoir ta visite. Nous sommes bien auprès de toi, cher fils, par la pensée ; tu n'en saurais douter ; en attendant de te revoir vainqueur ou vaincu, nous prions Dieu de t'assister et t'envoyons nos plus tendres caresses. Ton père. 21/10/1879 Merci, mon bien cher fils, de ton petit mot qui nous apporte un soulagement bien impatiemment attendu quoique moins tôt espéré et nous rend bien heureux. Je veux croire que l'affaire est dans le sac et que nous en recevrons bientôt l'assurance. Tout ce qui concerne ton installation nous

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tient aussi fort à cœur et nous serons aises d'apprendre que cette importante question menée par toi avec sagesse, raison et prudence aura reçu une heureuse solution. Nous sommes tous en aussi bon état que tu nous as laissés mais sans nouvelles encore ce matin de Raon. Joseph est si occupé qu'il ne trouve pas le temps de nous dire comment s'est effectué leur retour et comment aussi ils ont trouvé les mignonnes. Je m'apprête à partir demain pour aller achever une marque au Blanc-Rupt. Cézard est parti hier avec ses chasseurs par un temps abominable. Il s'amende cependant aujourd'hui et on peut mettre un chien dehors. André nous donne ce matin de lui de bonnes nouvelles, il n'a cependant que 3 ae et un a et se laisse damer le pion par Charles Didierjean qui enlève ses 4 a au début. Nous sommes avisés ce matin de l'arrivée prochaine du piano d'Erard. Courage, sagesse et travail : cultive tes relations de famille, choisis bien tes camarades et songe toujours à tes parents qui t'aiment et sont si occupés de toi. Tous nous t'embrassons bien tendrement. Ton père bien affectionné. Mille bonnes choses aux excellents Bastien. 27/10/79 Bien cher fils, ne voyant hier matin rien venir après ta carte reçue samedi soir et qui nous donnait à penser que tu connaissais ton sort au moment où nous la recevions, nous avons eu un petit moment d'anxiété. Il prend fin à l'heure même, Dieu merci, et nous Lui rendons grâce puisque tout est bien qui finit bien. Courage, mon bon fils, ta réussite doit t'en donner pour poursuivre nos projets et j'ai confiance que si tu restes sage et si tu t'appliques, Dieu les bénira. Je vais écrire un mot à Sr. Réginald et Marie va écrire à Thon que Bon papa et Joseph doivent gagner en ce moment pour leur apprendre la bonne nouvelle et remercier en même temps du beau et bon Erard arrivé en bon port samedi et dont Bon papa veut bien faire les frais. Tu as dû recevoir la lettre de ta bonne mère en réponse à la tienne parvenue en mon absence et pour te féliciter de l'heureuse solution que tu as trouvée pour ton installation. Cela me paraît aussi bien réussi que possible et je suis très touché de ce que tu as fait pour te trouver dans un milieu sain et qui donne satisfaction à la sollicitude de tes parents. Nous prendrons nécessairement soin de t’envoyer tout ce que tu demandes. Parti mercredi soir j'ai fait un déplacement favorisé par un temps ravissant. Jeudi j'ai eu un temps de demoiselles pour marquer et vendredi nous avons fait les chasses ordinaires par une splendide journée d'automne. Elles ont aussi mai tourné que mardi et mercredi pour les amateurs à qui je succédais : mais cela tourne maintenant tout de travers je ne sais pourquoi. Je n'ai pas vu un poil de bête. Léonce Holweck et Rémy ont cependant entrevu ou survu, comme dit Holweck, un cerf de toute beauté mais hors de portée. Les amateurs avaient tué un chevreuil et un lièvre et avec moi Léonce a raccroché un chevreuil à l'Engin. Ce n'est pas que le gibier, les cerfs surtout manquent. Joseph, retenu à Raon par la passion des alouettes m'a lâché d'un cran et cependant n'a rien pu faire au miroir ; malgré notre déveine, il eût eu plus de plaisir avec nous et c'eût été un fort fusil de plus. Je l'ai quitté samedi soir ainsi que Bon papa en parfait état et Margot vient toujours à ravir. Je répète que les deux forestiers partent ce matin pour Thon où ils resteront jusqu'à la Toussaint. Joseph n'a pu décrocher ce clampin de Denis qu'il comptait emmener. Bon papa a fini avec Lièvre ; il a encore cédé à sa passion des acquisitions de bois et s'en est campé pour 68000. Ce prix doit rester secret. Il n'y a guère, je crois, que 10 à 15 hectares. Il m’avait cependant promis de n'acheter que la languette du Rougimont ; mais il s'est encore laissé tenter par une certaine parcelle. Enfin, manie de vieillard et de bien bon grand-père. J’ai trouvé ici tout le monde en bien bon état. Thérèse cependant se plaint encore une fois du genou. J'espère, comme elle grandit beaucoup, que cette faiblesse tient à la croissance. Nous avons eu hier soir à dîner Georges Lafon qui repart aujourd'hui pour Lyon dans un état lamentable. On ne peut tirer de lui deux mots et sa faiblesse fait peine. C'est à craindre de le voir devenir gâteux. Quelle affliction et combien nous remercions Dieu de nous avoir donné des enfants sains de corps et d’esprit. Tous nos petits travaillent comme des cœurs et François s'est replongé dans ses livres : mais le pauvre garçon est de nouveau incommodé par des clous. Je crois que lui aussi paie un tribut à la croissance. Je compte que tu t'es procuré un petit livre de caisse, et que tu tiens régulièrement compte de tes fonds. A Dieu, cher fils, c'est aussi un crève-cœur pour nous que ce bon temps du quart de place soit passé et que nous ne puissions jouir de toi jusqu’à la Toussaint. Enfin, Dieu l'a voulu. Nous nous t'embrassons bien tendrement. Ton père et ami. Ta mère pense qu’il vaut mieux surseoir à l'envoi de tes denrées jusqu’à ce que tu nous dises si tu n'as besoin de rien d'autre pour ton ménage. Ne désirerais-tu pas deux ou trois petites cuillers

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pour pouvoir faire un verre d’eau sucrée ou un grog ? Tu achèterais le verre à Paris. Vois et dis. Il fait charmant et j'espère que nos forestiers vont encore jouir d'une bonne semaine. 3/11/1979 Nous voici enfin, mon cher fils, en possession des indications qu'à bien voulu me fournir M. du Coetlosquet pour la confection des chaises que je t'ai fait voir chez lui. Seulement la chose n'est peut-être pas aussi facile à réaliser que je le pensais. Enfin, je compte sur ton coup d'œil et ta complaisance pour le tenter. Ainsi que l'indique la note ci-jointe, les chaises ont été établies chez la maison Ternisien, Fraisse et Monchaussée, rue St Honoré, 334. C'est, dit-on, un des tapissiers les meilleurs mais les plus chers de la rive droite. Si je comprends bien M. du Coetlosquet, elles les lui ont été exécutées en noyer ciré par la maison susdite sur un modèle qu'il a fourni de chaises italiennes en bois clair, citronnier par exemple, et dont l'assise n'était pas en canne mais en un tissu végétal plus serré, particulier à l'Italie. La maison n'aurait-elle pas conservé le modèle? C'est possible ; mais peu probable parce qu'il est fort joli et qu'elle pouvait espérer en exécuter d'autres. Je ne demanderais bien entendu, que la reproduction exacte en noyer ciré avec assises en canne des 6 chaises fournies à M. du Coetlosquet, rue de Grenelle, 9, en fin 1872 ou commencement 1873. On peut à l'aide de cette date consulter les livres et retrouver la commande. Les chaises en question ont coûté 30 F. pièce soit 180 F. les six. Je pourrais me contenter de 4 mais si l'on ne voulait se mettre en œuvre que pour 6, j'en passerais probablement par là. Je tiens beaucoup à la solidité et à la légèreté. Vois, je te prie, et écris-moi avant de rien commander. C'est aujourd'hui cher fils, si je ne m'abuse que commencent tes études. Tu nous renseigneras, j'espère, sur leur organisation aussi complètement que tu l'as fait sur ton installation. Tout ce que tu nous as dit de cette dernière nous a bien rassurés et nous souhaitons que tu continues à en être satisfait. Je t'en prie instamment, organise bien tes journées et ne te laisse pas aller à la flânerie. Il ne faut pas se dissimuler que cette année est décisive pour toi. J'ai rendu compte à Henri Schneider de ton entrée aux Mines. Je lui ai dit toute la vérité et rien que la vérité : à savoir que tu avais été engagé à te représenter l'année prochaine aux Télégraphes et que nous avions le temps d'examiner et de décider s'il y avait lieu de le faire. Effectivement tu verras sans doute ton ami de la Touanne ; tu sauras ce qu'il fait, et renseignements nouveaux pris sur cette carrière, tu auras à te décider. Je persiste toujours à penser qu'elle te conviendrait, mais c'est une opinion personnelle et qui, quoique paternelle, ne doit pas t'entraîner malgré toi. Nous allons tous bien ; François a cependant bien du mal à guérir son cou de pied ; il a dû, pour tâcher d'en finir, se résigner à un repos presqu'absolu. Joseph nous annonce sa rentrée pour mercredi soir 5. Il a passé avec son grand-père une très belle semaine à la forêt de Thon, mais n'a rien fait comme chasse : le dernier jour, il a vu une harde de 4 ou 5 cerfs ou biches ; mais il était à faux vent et n'a pu tirer. Marguerite prospère toujours et a eu sa sixième dent hier. Nous avons eu Alphonse Didion qui avait été passer son après-midi hier à Raon pour affaires et nous a rapporté de bonnes nouvelles de tous. A bientôt, j'espère, cher ami, le plaisir de te lire, en attendant nous t'embrassons tous bien tendrement. Ton père affectionné. Nous avons prévenu les deux tantes religieuses de la réussite de tes examens ; mais nous nous sommes reposés sur toi du soin d'informer le cher Pierre. 9/11/1879 Bien cher fils, le modèle de chaises qui t'a été soumis et dont tu me donnes le croquis me paraît reproduire très exactement les chaises du Coetlosquet ; dans ces dernières, la barre horizontale où viennent s'implanter les tortillons existe-t-elle ? Je ne saurais plus le dire et n'irai pas y voir : mais elle ne nuit pas à l'effet et ajoute peut-être à la solidité. Seulement j'ai beau chercher dans tous les coins de ta lettre, tu ne me dis pas un traître mot du prix. Est-ce toujours 30 F. comme au temps de la commande du Coetlosquet ? Si oui et si la maison Monchaussée veut bien en confectionner 4 pour 120 F., tu peux aller de l'avant et commander en priant qu'on fasse de suite et mieux tout de suite. S'il fallait prendre la demi-douzaine pour 180 F., j'en passerais encore par là sinon tu m'en réfèrerais. Tu recommanderais bien le noyer ciré, la légèreté, la solidité et

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l'élégance. On m'expédierait par petite ou grande vitesse suivant qu'on jugerait le plus sûr et, pour le paiement, j'écrirais après réception pour qu'on tire sur moi. Tu dois dîner, je crois avec Didierjean chez le Docteur. Il te parlera sans doute de ma lettre d'hier soir au sujet d'une garniture de cheminée. Je lui disais que j'en trouvais une à mon gré, sauf le prix (1400) chez Majorelle et que je pensais que s'il te présentait à son directeur de Dépôt à Paris, nous pourrions rechercher la même et l'obtenir à des conditions plus douces. La pendule porte sur le cadran le nom de Brulfer; elle me paraît la reproduction d'une pendule Louis XV et à moins que la reproduction n'ait été fidèle au point de donner le nom de l'horloger à l'époque, ou de l'auteur, je suppose qu'on pourrait trouver ce nom de Brulfer dans un almanach Bottin, être ainsi sur la voie et arriver par l'intermédiaire de St. Louis à un fabricant chez lequel je trouverais du bon du beau et pas si cher que chez Majorelle qui n'a ladite garniture que pour la vendre à la commission. Tu me reporteras ce que Didierjean aura pu te dire à ce sujet. Il est bien vrai que tu nous avais demandé un dictionnaire allemand de Dietz et que nous l'avions oublié. Je me suis reposé pour cet envoi sur ta mère qui s'est reposée sur François ; bref, il a été perdu de vue dans l'envoi. Nous pourrons guetter une occasion ; s'il ne s'en présente pas et que ce livre te devienne nécessaire avant mon voyage, tu le diras et on te l'expédiera tout de suite. Comme a pu te le dire hier Joseph, nous allons tous bien et avons joui aujourd'hui d'une ravissante journée d'été de la St. Martin. J'ai eu à correspondre ces jours derniers avec la tante Marie qui me disait dans sa dernière lettre que tu serais toujours le bienvenu à Versailles; elle sait bien cependant que pour un jeune homme une visite dans son triste intérieur est chose sérieuse. Si j'avais eu à lui répondre, j 'aurais eu à lui rappeler plusieurs démarches infructueuses que tu as faites près d'elle ; j'aime mieux te transmettre son désir de te voir, te rappeler qu'elle est ta tante, qu'elle est malade et que tu lui dois des égards. A Dieu, cher fils, la nuit tombe et je ne puis plus que t'embrasser pour nous tous. Je viens de rencontrer de Brinon qui rentre et en passant par Paris a passé 24 h. à l’hôtel Belzunce sans te voir. Il est vrai qu’il ne t’y savait pas. 13/11/1879 Mon cher ami, tu t'acquittes on ne peut mieux de ma commission et je t'en remercie. Je passe condamnation sur la légère augmentation que pourra subir le prix de 30 F. mais j'espère que cela n'ira pas à 35 et te prie de vouloir bien lutter pour cela de toutes forces. C'est déjà bien de l'argent pour quatre chaises simples et maman le digère difficilement. Quant au bois, comme tu l'as bien pensé, nos fauteuils sont en noyer naturel, comme tu dis, ou mieux en noyer jeune ciré ; c'est donc du noyer jeune ciré qu'il nous faut aussi pour les chaises, et si elle vivent, nous laisserons au temps le soin de les foncer. Je juge inutile d'entrer moi-même en relations avec M. Ternisien ; tu voudras bien lui reporter cette dernière instruction et recommander une dernière fois la chose à tous ses soins. J'espère que c'est une affaire bien entendue et que nous serons bien servis. Nous avons été bien intéressés à tout ce que tu nous dis d'Henri Schneider, bien enchantés de ta rentrée en relations avec lui et bien touchés de sa politesse pour toi. Je ne doute pas que tu n’y répondes avec réserve et distinction, sentant tout le prix de ses avances. Je ne sais pas ce que l'avenir te réserve ; mais en tout cas, il y a quelque chose de sérieux et qui pourrait bien t'amener au but de tes désirs si tu sais te faire apprécier. Laissons-nous donc aller en priant Dieu de t'éclairer. L'invitation à venir au Creusot faire les visites de Mines et usines me paraît précieuse à tous égards. Nous attendons Henri de pied ferme et le recevrons avec plaisir et de notre mieux. J'espère qu'il aura égard à ma recommandation et m'avisera par un mot de son passage. Nous allons tous ici très bien et avons de satisfaisantes nouvelles de bon papa et Marguerite. Il a dû ces jours-ci aller à Cirey passer le contrat de son acquisition au Houzard. Maman compte aller samedi passer le dimanche et le lundi avec lui. J'espère qu'elle sera de retour pour le passage d'Henri ; il serait désagréable que nous eussions à lui offrir à déjeuner sans elle. Tu ne peux être au courant de son départ. Mais si tu le connaissais, tu nous le dirais. Nous avons aussi d'excellentes nouvelles d'Amiens et de Reims ; enfin je quitte à l'instant Thérèse dont le genou ne va ni mieux ni plus mal. Le médecin répète toujours que cela peut disparaître puis reparaître, que ce sera long, mais n'offre rien d'inquiétant. Joseph vient de rentrer hier et paraît fort content de son régime d'hiver qui ne le foulera plus. François s'est déjà remis avant la rentrée à piocher la bibliothèque. Nous avons appris que Nicklès, un ancien camarade de Joseph est à l'École des

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Mines ; mais nous supposons qu'il ne peut que suivre les cours de l'École préparatoire. Nous avons remis ces jours derniers ton dictionnaire Dietz à l'Abbé Hartmann de passage à Nancy et revenant de rendre les derniers devoirs à son père. S'il ne te l’avait pas encore remis tu le lui réclamerais. Je voulais te conseiller de surseoir pour ton voyage à Versailles jusqu'après le 27 novembre, rentrée des Chambres. Mais je réfléchis qu'elles vont rentrer à Paris et que les Dumon changeront sans doute d’installation. Tu auras donc à t'informer un peu plus tard au Luxembourg où ils posent pour aller leur rendre tes devoirs nous rappeler à leur souvenir. Si tu te trouvais avoir besoin d'argent avant que j’allasse à Paris, tu me le dirais. Tu es devenu, cher fils, bien moins laconique et nous t'en savons le meilleur gré ; en attendant le plaisir de te relire tous, sans oublier Bonne maman qui va bien, nous t'embrassons bien tendrement. Ton père affectionné. Mon entreprise pour la garniture peut être impossible, enfin tu me le diras. 17/11/1879 Mon bon fils, à peine ta mère nous quittait-elle samedi à 9 h.35 pour aller passer deux jours à Raon qu'Henri Schneider m'envoyait d'Hayange un télégramme m'annonçant qu'il arriverait dimanche à 10 h.48. Je pressentais un peu et redoutais ce contretemps ; mais à part le regret que j'ai eu que ta mère ne vît pas et ne reçût pas elle-même notre hôte, tout s'est bien passé : Henri est arrivé à l'heure dite et nous l'avons conservé jusqu'à 3 h., heure à laquelle il a regagné Hayange pour y passer encore deux jours. Il retourne ensuite au Creusot par Paris. Nous n'avons pu lui offrir le menu de la Maison dorée ; mais grâce à l'activité de Marie, à l'obligeance de Bonnemaman, à la science de Rose, il lui a été servi un déjeuner bourgeois fort passable auquel il a fait honneur avec un appétit de des Maros ; je n'ai plus eu le temps après que de le trimballer un peu dans Nancy au galop et de le conduire chez la tante Georgette que nous n'avons pas rencontrée. Il a été ce que tu le connais, fort gracieux et bon garçon. Il appert de sa conversation à ton sujet qu'il est en train de te prendre en amitié et que tu pourras bien devenir un Creusotain. Amen si c'est pour ton plus grand bien. Mais Henri attend de toi du travail sérieux aux Mines et ne veut pas que tu y coules la vie douce qu'y mènent les élèves du Gouvernement. Songe bien, mon cher fils, que ta position est aujourd'hui à faire et méfie-toi de ce que tu n'es pas tenu en haleine cette année par des examens de cabinet. Meilleur sera ton rang de sortie et mieux tu seras vu et plus tu seras jugé dignus intrare. Henri pas plus que son père n'aime les médiocrités et ne s'arrangerait pas de ne trouver dans son parent qu'un homme ordinaire. Ton sort est entre tes mains et je ne saurais trop t'engager à te dépenser pour attraper un bon rang en fin d'année. Il me revient du reste par Saladin à qui je viens de serrer la main dans la rue et qui demain ou après te serrera les mains pour ton père, que tes études nouvelles te plaisent. J'en suis heureux et c'est une garantie pour penser que tu t'y donneras de tout cœur. Henri nous a fait espérer que la réalisation probable de ses projets avec les de Wendel le rendraient moins rare en Lorraine: Si tu pouvais un jour trouver une place à Moyeuvre (France) leur emplacement d`usine projeté, quel bonheur pour nous. Henri nous a exprimé tout son regret de ne pas avoir vu ta mère que nous n'attendons que ce soir. Elle a emmené la petite souris bien qu'elle fût un peu enrhumée. Le temps a été hier beau et sec. Mais il nous tombe aujourd'hui de la neige fondante et c'est le gâchis qui commence. Encore une démarche, je te prie, mon bon fils, à la maison Monchaussée. J'ai réfléchi que, vu le nombre, vu l'âge de nos plus jeunes, vu l'inconvénient de les voir grimper sur des fauteuils garnis d'étoffe, quatre chaises pour nous seraient bien peu et que six ne seraient pas trop. Demandes-en-donc, je te prie deux de plus, et en le faisant, dis que nous en sommes pressés. Je pense bien que, pour les bien faire, il faut un certain temps, mais j'espère qu'il ne sera pas impossible de nous les livrer avant la fin de l'année. Si cela se faisait, je pourrais les payer moi-même directement en passant comme je l'espère toujours, à Paris au commencement de Janvier. Nous avons entrevu hier un instant les Mengin. Abert va aller bientôt à Paris pour repistonner sa mise au tableau d'avancement. Espérons qu'il y figurera cette année. Tu le verras sans doute ou peut-être seras-tu convié par le Général au banquet de la St. Nicolas. Le Père Bourgeois prêche l'Avent à N.D. de Lorette. Je le suppose au couvent de la rue St. Honoré ; si tu peux aller le voir, tu feras bien.

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18/11/1879 J'ai attendu pour clore ma lettre, que maman fût rentrée. Elle nous est revenue hier soir en bon port et a laissé bon papa et Marguerite dans l'état le plus satisfaisant. J'ouvre à l'instant ta lettre et te remercie bien de tes détails J'espère que ta grippe ne dégénèrera pas et t'engage à te chauffer convenablement. Ne fais pas d’imprudence et ménage-toi. Si tu pouvais faire non par lettre mais en personne, la nouvelle démarche que je te demande chez Ternisien, cela serait préférable. Tous nous t’embrassons bien tendrement. Ton père affectionné. 20/11/79 Ta bonne mère, bien cher ami, ne me paraît pas avoir rien oublié et je pourrais me dispenser d'ajouter ce mot. Comme le dit si bien cette mère si tendre et si pleine de sollicitude, ta lettre nous a à tous égards bien réjouis, bien touchés, et nous sommes bien heureux d'en avoir cette année pour notre argent - Peut-être le bon Dieu a-t-Il voulu Lui-même que tu ne gagnasses pas cette année tes premiers sous et te veut-il à une place que je ne souhaitais pas ? Nous tâcherons de ne pas contrarier ses desseins. Je tiens extrêmement à ce que tu ne sois pas sauvage et que tu puisses répondre décemment aux politesses qui te seront faites ; je ne serais pas étonné que tu fusses convié à la St. Nicolas. Il te faut être prêt à temps. Vois donc Malsis à temps et qu'il fasse diligence. Je pense que tu as des bottines en veau présentables ; il te faut aussi des gants clairs et une cravate noire. Je ne crois pas que, pour un dîner, la cravate blanche soit indispensable. Il n'en serait pas de même pour une soirée. Consulte tes camarades et apprends un peu tous ces détails que tu ne connais pas encore. M'est avis qu'à l'époque où nous en sommes tu peux maintenant attendre encore un peu pour ta visite à Versailles afin que ta visite serve aussi pour le nouvel an. Le père Bourgeois rappelé à Nancy par la visite du Provincial est ici cette semaine. Si tu ne l'as pas encore fait, attends pour aller le voir la semaine prochaine. J'avais fuit un jugement téméraire et je craignais que tu n'aies complètement oublié la Ste Catherine. Je me suis trompé et te remercie. Ta bonne marraine a été bien touchée des souvenirs que tu as eus pour elle hier. André s'est aussi rappelé le 25 novembre et vient de lui adresser une de ses gentilles lettres ; enfin, le bon novice, quoique très occupé et prenant encore cette année une part de la grande retraite envoie à sa grand-mère ce matin les nouvelles les plus consolantes et un souvenir bien précieux. Il nous charge de te dire qu'il ne pourra peut-être pas te répondre en ce moment mais qu'il préférerait que tu ne vinsses le voir que la grande retraite finie, c'est-à-dire à peu près vers Noël. Il est toujours dans les meilleures dispositions de corps et d'esprit. Le courrier vient de nous apporter à l'instant des nouvelles de Raon : elles sont très satisfaisantes. Bon papa est retenu chez lui par le mauvais temps, mais n'attend qu'une embellie pour retourner à Thon et au Houzard. Il nous apprend que M. Louis de Klopstein vient d'acheter tout le sol de la forêt de Febvrel qu'il n'a pas pris, la superficie ayant été achetée par des marchands de bois. J'en suis bien aise d'abord parce que ce sera un bon voisin et aussi parce que je craignais que bon papa ne cédât encore à quelque velléité d'agrandissement du Houzard et que je trouve qu'il a déjà trop de forêts. Sauf les engelures qui tourmentent depuis Joseph jusqu'à Jean inclus, tout le monde va très bien et t'embrasse. Ton père et ami. Il sera bon de répondre aux invitations de M. Daubrée ; sois bien poli, distingué et fais-toi apprécier. Quoique tu deviennes cela te servira. Je quitte le père Bourgeois qui passe effectivement ici la semaine mais prêche tous les dimanches à Paris jusqu'à l’Épiphanie. Il s'intéresse toujours beaucoup à toi et sera heureux de recevoir ta visite. J'ai oublié de m'assurer s'il est au couvent de la rue St. Honoré ou à celui de la rue Jean de Beauvais. Ta mère t’engage à prendre pour ton déjeuner plutôt du chocolat que du café ou du thé.

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Bien cher fils, dans la pensée que la lettre dont tu nous régales d'habitude au début de la semaine m'en accusera réception, je t'adresse sous ce pli un billet à ordre que tu devras toucher à la Banque de France. Il va sans dire que tu as bien soin de tes espèces, que tu as un lieu sûr pour les enfermer et que tu ne quittes jamais ta chambre sans en prendre la clef. Tu habites, je n'en doute pas, une maison honnête, mais c'est un hôtel ouvert à tous et tu sais que la prudence est mère de la sûreté. Rien de nouveau à t'apprendre depuis mardi si ce n'est que la neige nous est tombée hier très abondante et que nous en avons une couche d’au moins 20 centimètres. Elle fond aujourd'hui et il paraît que c'est une avalanche locale car St Dié, nous dit-on, n'en a pas. Nous allons tous bien et t'embrassons tendrement. Ton père affectionné. 3/12/1879 Mon bien cher fils, ta bonne lettre nous est arrivée ce matin par un froid de -13 degrés ; c'est un peu rude pour le début de décembre et cela promet ; mais malgré cela et sauf les engelures qui ne sont pour tous qu'à l'état de démangeaison, tout va bien à la maison. Profitant d'une après-midi de loisir, Joseph vient de partir pour essayer ses patins au dessous de Maxéville. Un club de patineurs s'est formé ici et a obtenu de pouvoir établir un skating dans un des carrés de la Pépinière ; on y travaille maintenant : ce sera très à proximité et très commode mais cela n'est pas prêt. Pour en finir tout de suite avec ce qui peut t'intéresser sur ton aîné, je te dirai que j'ai déjà annoncé par lettre ma visite à Forstall et lui ai formulé ma demande pour le poste de St Dié ; il m'a répondu très amicalement me promettant de faire le possible et l'impossible pour caser Joseph à notre convenance ; mais il ne m'a rien dit de catégorique pour St Dié et m'a seulement recommandé de ne pas omettre d'aller le voir à Paris ; je n'aurai garde d'y manquer. Mais nous savons par Forstall que le stage sera fini en mars et que nous n'avons plus Joseph que pour trois mois. En parlant de St Dié, nous avons appris ces jours derniers la mort de la pauvre Mad. Picot. Nous avons de satisfaisantes nouvelles de Bon-papa qui est bien entendu, retenu chez lui par la neige. Marguerite est un peu enrhumée et souffre toujours de la dentition. Mgr. De Belley est-il ou non nommé archevêque de Bourges ? That is the question qui se dénouera probablement bientôt. Quel dommage s'il est choisi, que ce ne soit pas le siège de Reims qui s'est trouvé vacant. André nous a aussi répondu aux lettres qui de Nancy lui souhaitaient sa Fête 13. Il reçoit la confirmation le 8 prochain, c'est, comme tu le dis, un enfant charmant qui nous donne les plus consolantes espérances. François me charge de te dire qu'il est bien touché de ton souvenir à l'occasion de sa fête. Il travaille toujours avec régularité et ardeur. Les pains d'épices que tu as reçus ont été faits sous les yeux de Marie par la main de Rose et si bien réussis qu'Alphonse Didion qui est venu nous voir dimanche en a lavé une pleine assiette. Je suis bien heureux mon cher fils, de te voir t'atteler au cercle de Belleville et employer si utilement et si généreusement tes loisirs. Bon papa Geny en s'occupant si longtemps qu'il l’a fait des jeunes apprentis nous a laissé un bel exemple que nous devons nous efforcer d'imiter et je suis bien touché de voir ses petits-fils marcher déjà sur ses traces. Il est hors de doute que ces œuvres sont les plus intéressantes, les plus fécondes en résultats et les plus actuelles. Nous connaissions par Albert qui est venu nous voir dimanche soir les événements survenus chez les Mengin ; j’ai déjà félicité Paul hier, ta mère a écrit un mot de condoléance à Juliette et je vais encore écrire au Général à l’occasion de la St. Nicolas. Tout ce que tu nous dis du docteur est profondément triste et triste surtout pour sa pauvre martyre de femme et ses enfants. Denis qui sort de chez moi n'a pas l’air de se douter de la gravité de la situation ; je ne lui ai rien dit ; mais je crains comme toi, une catastrophe. Si les circonstances et ton bon cœur t’amènent un jour à faire quelque chose, soit bien prudent. Nous désirons beaucoup voir arriver les chaises mais nous n'avons pas encore été avisés de leur envoi : il est probable cependant qu’on nous préviendra. Ta bonne mère est dans les ennuis domestiques. Alix, la cuisinière, nous quitte brusquement demain. Elle n'est pas très à regretter, mais enfin il est toujours ennuyeux de changer et difficile avec un personnel d'enfants nombreux comme les nôtres de lui trouver une remplaçante. Tous, sans oublier Bonne-maman qui va bien, nous t'embrassons de tout notre cœur. Ton père affectionné.

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10/12/1879 Mon bien cher fils, je ne répondrai pas bien longuement à ta bonne lettre du 8 reçue ce matin, car à la tempête de neige que nous avons eue comme toi a succédé un froid des plus rigoureux / -25 la nuit, -21 1e matin et -15 dans la journée. Nous ne pouvons plus nous chauffer ; je suis au salon à grelotter près d'un bon feu et pour un peu mon encre gèlerait. C'est terrible quand on pense aux malheureux déshérités de tout et l'année va être cruelle. A l'instant voilà la neige qui reprend et qu'avec toi les journaux nous signalaient avoir recommencé à Paris. Peut-être fera-t-elle tomber ce froid abominable. Heureusement et c'est l'essentiel, nous allons tous bien et nous savons qu'à Raon il en est de même. Joseph et François ne parviennent plus à se chauffer dans leurs chambres ; le premier s'en console en allant patiner et le second va à la bibliothèque. Et toi, ne souffres-tu pas du froid ? Ta marraine y songe. André ne m'a pas fait connaître son jour de sortie au nouvel an et je ne puis cette fois encore faire d'itinéraire. Comment du reste faire un projet et un itinéraire par un temps pareil ? J'espère toutefois qu'André sortira le 7 et que je pourrais me trouver près de toi le 31. Je suis partagé entre le désir d'aller avec toi voir le bon Pierre et le plaisir de courir avec toi Paris pendant trois jours de loisir. Je crois qu'il voudrait peut-être encore mieux que tu allasses à Amiens le jour de Noël et que nous restassions ensemble à Paris. Pierre, ce me semble aurait double plaisir. Je commencerais bien entendu par Paris. Tu nous avais fait bonne bouche en nous annonçant nos chaises ; mais nous ne voyons absolument rien venir. Si cela t'est possible, va voir un peu où elles en sont. Eug. Didierjean est venu reprendre sa femme au chalet du Coetlosquet. Il est venu ici entre deux trains voir son frère mais n'a pas poussé jusque chez nous. A Dieu, cher ami, je ne puis t'en dire plus, je gèle. Nous t'embrassons tous tendrement. Ton père affectionné. Es-tu toujours content de tes études ? Je regrette que tu n'aies pu joindre Henri Schneider. 17/12/79 Cher ami, Joseph se rendant samedi à St. Dié pour assister avec Lyonel qui l'y avait convié à un bal donné par le cercle, je me suis joint à lui prévoyant bien que je ne verrais plus bon papa avant mon voyage et François a complété le trio. Joseph nous est revenu dimanche à 11 h. à Raon ayant dansé jusqu'à 5h. du matin, mais assez peu satisfait m'a-t-il paru, de la composition du bastringue qui, au point de vue féminin surtout, n'était pas très brillant. Nous avons dîné avec Bon papa qui se porte on ne peut mieux et dorlote sa petite pensionnaire de même ; nous avons aussi pris connaissance des nouvelles que ton grand-père a reçues de toi ; après des vêpres aussi splendides que longues en raison de l'Immaculée Conception et de l'inauguration des peintures du transept qui sont bien réussies, nous sommes remontés en wagon et rentrés chez nous pas mal gelés à 9 h. du soir. Nous avons trouvé tout le monde bien portant et le personnel augmenté de Melle Didion qui s'était annoncé depuis longtemps. Depuis notre retour, Jean garde le lit par suite d'une bronchite ou fort rhume accompagné de fièvre ; j'espère que cela ne dégénérera pas et il semble qu'il va déjà mieux aujourd'hui. Mathilde tousse et mouche aussi beaucoup, mais ne garde que la maison. En somme, malgré le froid qui n'a pas diminué avec le changement de lune comme on pouvait l'espérer et persiste toujours à -10 ou -12 dans la journée, nous n'avons pas trop à nous plaindre. Le Général ayant pris la peine de répondre à quelques mots que je lui avais adressés pour la St. Nicolas m'avait annoncé la déconvenue de son fils et la sienne ; comme je les connais, ils doivent être singulièrement affectés et Emile que j'ai vu hier chez la tante Massu m'a attesté le mécontentement de son chef. Albert est venu dimanche soir à Nancy mais n'a fait que dîner à la gare et nous ne l'avons pas vu. Je lui avais écrit cependant samedi un mot de sympathie. Je suppose qu'il faut conclure de ce que tu nous dis que la langue un peu acérée de Juliette ne serait pas étrangère à cet échec. C'est fâcheux, car si le Général donnait cette idée à son fils, cela ne contribuerait guère à mettre de l'huile dans les rouages de la famille. Au total, ils détestent Epinal, n'y peuvent en grand deuil prendre les distractions dont ils se sont fait un besoin et doivent conséquemment être fort ennuyés. Tu fais toujours très bien de rendre des soins à ton grand-oncle et de faire complaisamment son whist. André souffre d'engelures entamées mais ne se plaint pas trop. Sa sortie est bien le mercredi 7. Si donc, comme je l'espère, je suis valide. (Je tremble parfois un peu en songeant que je pourrais être pris en voyage par mes rhumatismes) je commencerai ma tournée par toi. Dis-moi, avant de partir pour Amiens, si tes trois jours de loisir sont bien les 1, 2 et

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3 janvier, comme je le suppose : embrasse bien le bon novice pour nous et annonce lui déjà la visite de son père pour le 4 ou le 5. J'ai à te remettre les étrennes que ton bon parrain m'a données pour toi. Aie soin de ne pas te mettre en retard pour ta lettre de nouvel an. Les lettres que tu as à écrire ne sont pas bien nombreuses et tu sais aussi bien que moi à qui tu en dois. Je suis bien heureux de t'entendre nous confirmer que tes études te plaisent ; d'autre part, tu as été pris, tu es par conséquent appris. De tout cela je conclus que si tu persistes à l'École des Mines, tu en sortiras dans les premiers. Avec tes idées tournées vers le Creusot, c'est forcé et cela sera, n'estce pas, mon cher fils ? N’étant pas forcé de t'entretenir par des examens de cabinet, ne te laisse pas aller à la flânerie ; travaille sérieusement non pas en écolier, mais en homme, et prends toutes les mesures pour être en fin d'année ferré sur tes matières. Si tu te cases bien à la fin de cette année, tu te maintiendras les deux autres. Inutile de te dire combien me sourit la pensée de passer deux jours avec toi. Tous nous t'embrassons tendrement. Ton père. 23/12/1879 Je suis toujours très valide, mon cher fils ; les rhumatismes ne me recherchent nullement et par conséquent, en dépit du froid excessif, mon projet de voyage tient. Je connais une petite mère qui serait peut-être bien aise de me voir légèrement accroché afin de voir accourir son Parisien. Mais en raison surtout de la sortie d'André, de ma visite à l'ami Forstall qui m'a écrit une bonne lettre mais que j'ai bien besoin de voir pour Joseph, je crois qu'il vaut mieux que je fasse maintenant le voyage. Donc, à moins d'imprévu, je pense t'arriver le 30 par l'express à 5h. du soir. Si tes occupations ne t'empêchent de venir me recevoir à la gare, j'en serai heureux. A Dieu ne plaise que j'aille ailleurs qu'à l'hôtel Belzunce à côté de mon cher fils, et je lui sais bon gré vraiment de m'avoir assuré une chambre près de lui. Puisque tu vas voir cet excellent Pierre, annonce lui mon arrivée pour dimanche soir ou lundi et dis-lui que puisque le bon père Durand a bien voulu m'y inviter, j'irai prendre gîte à St Acheul. Excuse-moi auprès de notre cher novice de n'avoir pas répondu à son excellente lettre non plus qu'à celle écrite à Bon papa et qui nous a été communiquée ; toutes deux étaient bien bonnes, bien consolantes et nous ont procuré les plus douces émotions. Par cet hiver excessif, je suis obligé de déserter mon bureau et je trouve difficilement un coin où je puisse écrire sans grelotter. Je compte que Pierre voudra bien m'excuser et prendre sa part de cette lettre. Nous sommes allés hier soir saluer Sr. Julienne à la gare entre 3h. 52 et 4h. 20. Elle rentrait bien portante à Portieux après avoir été bloquée plus de huit jours par la neige dans les environs de Paris ; mais par suite de divers contretemps, elle n'avait pu t'aviser de son passage et le regrettait vivement. Nous avons trois alités : Elisabeth prise d'un gros rhume, Jean qui se débarrasse difficilement du sien enfin Paul qui jeudi nous a donné une sérieuse alerte ; il souffrait beaucoup de la tête et le docteur prononçait déjà le mot de fièvre typhoïde. Juge quelle mine nous faisions en songeant à tout notre personnel. Dieu merci, le mal a tourné court. Dès vendredi le docteur n'a plus reconnu qu'un mouvement de fièvre éphémère et samedi il prenait congé de son malade qu'on dorlote dans son lit et qui, par ce moyen, guérit ses engelures. En voilà toujours trois au lit dont deux au moins fort exigeant ; et cela joint au froid, à l'absence de cuisinière fixe, ne contribue pas à simplifier les occupations de ta pauvre mère. Grâce à Dieu, elle est toujours forte et vaillante et trouve dans sa fille un peu d'assistance dans ces moments difficiles. Joseph patine le plus possible et dansait hier soir chez son directeur. François travaille toujours. Après quelques jours Melle Didion a compris difficilement, à regret, mais enfin a compris, qu'en raison de nos malades, du froid, du service de domestiques incomplètement organisé, elle était à charge à Maman et est partie dimanche pour aller voir son frère à Revigny ; mais nous la reverrons à son retour. Bonne maman va très bien et Rose tient la queue d'un très gros rhume. Les nouvelles de Raon sont bonnes ; il ne serait pas impossible que François y conduisit Marie et Thérèse passer les trois ou quatre jours de vacances du Sacré-Cœur. A bientôt, cher fils, nous tâcherons de ne pas trop nous ennuyer ensemble. Tous nous t'embrassons tendrement. Ton père et ami. 27/12/1879

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Mon bien cher fils, la lettre ci-jointe me sert, j'espère d'avant-coureur. Elle est écrite par mon ami Wiener et destinée à M. Ignères, marchand d'estampes rue de la Monnaie, 21 près du Pont-Neuf, par les soins duquel a été opérée la vente de mes cartons et gravures provenant de M. de St. Beaussant. Rends-moi le service de la présenter afin que M. Vignères tienne l'argent prêt pour mon arrivée (1588,35). Nous nous demandons si tu as pu faire ton voyage d'Amiens et s'il s'est bien passé. Nous souhaitons qu'il ne te soit pas arrivé d'accroc. Nous avons une détente dans le froid, mais sera-telle sérieuse ? Je crois que ce n'est qu'un temps d'arrêt. Élisabeth, Paul et Jean sont en convalescence mais maintenant c'est le tour de Mathilde qui a la poitrine fort entreprise. Maman rendue fort craintive par l'expérience de Jean, a tout de suite une pleurésie en perspective ; mais le docteur venu hier n'a pas vu de gravité et j'espère que cela n'en prendra pas. Sauf tous les inconvénients inséparables du froid, la difficulté de se chauffer, l'absence de cuisinière, tout va bien ici. A bientôt donc, cher ami, en attendant tous nous t'embrassons tendrement. Ton père. Si tu ne viens pas au devant de moi, tâche de me procurer une voiture dans les prix doux, on prétend qu'on les paie au poids de l'or. 5/1/1880 St. Acheul – Grâce à Dieu, cher ami, je suis auprès de notre bon Pierre sans plus d'accroc. Je ne suis ni mieux ni plus mal, mais pourvu que cela aille comme cela jusqu'au bout, c'est tout ce que je demande. Pédot est à merveille ; ses traits s'accusent, son nez prend du corps, mais je n’aperçois pas de dépérissement chez lui et je viens de constater qu'il a toujours un bon coup de fourchette. Avant de sortir avec lui, je te préviens que je compte partir mercredi 7 à 10 h. 10 et être rendu à Paris à 1 h.40. Aie la bonté de venir avec une voiture me recevoir, muni de mes affaires (malle, chapeau et parapluie c'est, je crois tout ce que je laissé à l'hôtel) nous conduirons mon butin à la gare de l'Est et nous tuerons le temps le mieux possible jusqu'à 4 h. 35, heure à laquelle je te quitterai. A bientôt donc, en attendant nous t'embrassons tous deux tendrement. Je te recommande toutes mes affaires et surtout mon neuf chapeau à tes meilleurs soins. 14/1/1880 Mon bien cher fils, bien que nous n'en fussions pas convenus, j'ai eu besoin de compter avec Pierre, avec toi sur le proverbe : Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. Car ayant passé les jours de la nouvelle année hors de chez moi, j'ai trouvé en rentrant bien des choses à expédier et à régler, et c'est à peine si je commence aujourd'hui à être au courant. Toutefois comme tu l'as supposé, j'ai fait très bon retour et j'ai trouvé en rentrant le brave Joseph qui m'a reçu à la gare. Depuis Amiens, mon mal de reins a été en diminuant et j'en suis à cette heure complètement débarrassé. J'ai trouvé Mathilde un peu amaigrie et défaite mais en pleine convalescence et elle fait de jour en jour des progrès sérieux vers le rétablissement complet. Au retour du petit voyage à Raon qui a été très heureux, Marie et Élisabeth ont été fortement grippées et ont gardé le lit deux jours. Mais elles ont déjà repris leur vie ordinaire. J'ai réembarqué samedi pour Reims le bon André très heureux des quelques jours passés à Nancy que lui a valus la rougeole à Reims et il nous a déjà écrit hier qu'il va parfaitement et que la reprise du collier ne l’a pas attristé. En somme, tout est bien ici ainsi qu'à Raon. Inutile de te dire, mon bien cher fils, que je conserve le plus précieux souvenir des quelques jours que nous avons passés ensemble, des distractions que nous avons goûtées et la meilleure impression des détails que tu m'as donnés sur ta vie nouvelle et des dispositions dans lesquelles tu m'as semblé être. Une des premières questions de ta tendre et dévouée mère a été de savoir si tu travaillais sérieusement ; j'ai répondu, mais surtout d'inspiration, que oui. A toi de nous prouver efficacement en fin d'année que je ne l’ai pas trompée. Notre tapis est arrivé hier et le choix que nous avons fait ensemble a eu l’approbation de tous. Après nouvel examen, je me suis décidé à acheter la garniture de cheminée de Majorelle. Je l’ai eue pour 1850 et je crois que quand tu viendras nous voir, tu estimeras que j’ai eu raison. Sur les croquis que m'a envoyés la maison Krieger, j'ai fait une commande et j'espère qu'elle sera réussie. En attendant, notre salon a déjà une tournure et nous comptons bientôt l’inaugurer par un

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dîner donné pour rendre quelques politesses qu’a reçues Joseph. Les jours derniers, nous avons eu un temps superbe dont il a encore profité pour patiner, mais depuis ce matin, la neige recommence à tomber. Dieu veuille que nous n'en ayions plus une aussi grande abondance qu’en décembre. Samedi dernier, les Mengin sont venus nous demander à dîner ; le Colonel paraît tout à fait remis de son échec. Madame Constance Schneider a eu l’attention d’envoyer à ta mère une bonbonnière en porcelaine de Chine remplie de chocolat ; elle a, bien entendu, été remerciée et a déjà répondu à la lettre de remerciements. La carte d'Henri me fait l’effet de s’être croisée avec ta lettre et puisque tu avais pris le soin d’écrire un mot pour te rappeler à son souvenir, il me semble qu’il n’y a pas de mal. La tante Georgette me disait hier que le Général Fay était balayé du Ministère ; je n’en ai encore rien vu dans les feuilles et il me semble que si cela était, tu l’aurais appris dimanche chez sa belle-sœur. Adieu, cher fils, nous avons commencé hier la corvée des visites de nouvel an et voudrions bien nous débarrasser au plus tôt. Ta mère compte toujours aller à Raon pour l’anniversaire de bonne-maman. N’oublie pas ces deux tristes dates du 24 et 25 courant. Tous nous t’embrassons tendrement. J'ai mal cherché la photograpie du père Chocarne : c’était le soir et l'adresse mal écrite m'a trompé. Si tu passes devant chez Lejeune photographe, rue St. Honoré, 350, et que tu la trouves, envoie-la moi. N’oublie pas de faire une note particulière de tout ce que tu peux payer pour moi, afin que je te rembourse à l'occasion. 19/1/1880 Mon bien cher fils, si je ne t'ai plus parlé de tes chaises, c'est que j'ai cru qu'il était bien convenu qu'elles étaient arrivées en bien bon port et exécutées tout à fait à mon gré, c'est-à- dire suivant le modèle que nous avions vu ensemble. Je te remercie de la peine que tu as prise à ce sujet et te prie de porter le prix de l'emballage sur la liste des dépenses à te faire rembourser. Je n'ai point encore reçu les photographies de Pierre et fatigué de les attendre je les ai réclamées hier. Tu me parais désirer un conseil au sujet de Mad. Asselin et contrairement à ta manière de voir, je suis tout à fait d'avis que tu lui dois une visite. Je n'ai pas été suffisamment poli avec elle au Creusot et je le regrette. Quelle que soit son histoire, elle est deux fois la belle-mère d'Henri, ton futur patron (cela me paraît aujourd'hui assez probable) et la brouille survenue à son sujet entre sa sœur, les deux autres branches Schneider et lui prouve assez qu'il est assez susceptible à cet endroit. Tu n'as à prendre parti pour personne, mais à rester bien avec tous ceux que tu connais et à te rappeler en vue de ton avenir que les femmes jouent souvent un rôle très important dans les affaires ces hommes. Du reste, il y a gros à parier que si tu reçois un de ces jours une politesse rue Boudreau, tu te trouveras vis-à-vis d'elle et que, si tu n'es pas allé auparavant la chercher, tu serais mal à l'aise. Pour toutes ces raisons, il serait impolitique, je crois, de ne pas faire le possible pour la rencontrer, et s'il n'y a pas moyen, de ne pas lui faire remettre ta carte. Toutes les indispositions ont disparu chez nous et les santés sont en ce moment satisfaisantes. Un peu de neige et un froid supportable nous sont revenus ; mais nous n'avons pas eu le verglas de Paris. Nous sommes sans nouvelles de Raon et en concluons que tout y va bien. Joseph a plusieurs bals en perspective et c'est après demain que nous traitons ses amis. . A Dieu, cher ami. Nous souhaitons que tu continues à te bien comporter à tous égards, pensons bien souvent à toi et t'embrassons de tout notre cœur. Ton père affectionné. Je suis tout attristé d’apprendre à l’instant la mort presque subite du pauvre Winsbach, mon architecte. Il laisse une jeune veuve, de nombreux petits enfants et point de fortune. 27/1/1880 Mon bien cher fils, je suis rentré hier soir de Raon où j’étais allé avant-hier soir rejoindre ta mère pour assister au service d’anniversaire de la mort de bonne-maman. Ta mère était partie samedi avec Elisabeth et Mathilde pour se trouver auprès de Bon-papa le 25 même et j’ai laissé tout ce cher monde en bonne santé. Maman rentrera demain soir auprès de nous avec Elisabeth et tentera l'expérience de laisser Mathilde avec Marguerite à Bon papa. Je crains que cela ne puisse

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réussir et que cette chère petite habituée à être très entourée à Nancy ne s’ennuie à Raon. Si elle pouvait y passer quelque temps, cela ne lui ferait pas de mal, j’espère, et cela soulagerait ta mère qui est toujours dans les ennuis de cuisinière ; celle que nous avons depuis bientôt un mois ne peut lui convenir. Marguerite est tout à fait prospère et il va de soi que bon papa est bien heureux de posséder quelques jours sa fille. Malgré la tristesse du moment, je l’ai trouvé bien portant et bien touché des lettres affectueuses et sympathiques qu’il venait de recevoir de toi, de Pierre et de Thérèse. Nous sommes bien heureux de voir que tous nos bons enfants conservent pieusement la mémoire de nos chers défunts. Bon papa s’amuse en ce moment d'un calorifère portatif au charbon qu’il a fait venir de Paris et qu'il expérimente dans son vestibule ou son corridor ; il en paraît content mais je ne l’ai pas vu fonctionner pour moi, je suis satisfait du petit Phoenix que j'ai installé dans mon bureau et au moyen duquel j'obtiens une chaleur suffisante. Elle n'est pas de trop ; car depuis quelques jours un froid très rigoureux a repris ; hier à Raon -18 et aujourd'hui ici -14. Marie est bien entendu, notre ménagère ; mais demain avant même la rentrée de sa mère, elle va au Sacré-Cœur suivre une retraite de quelques jours. Je vais tout à l'heure chercher Thérèse pour la conduire chez le dentiste. Bonne maman va toujours très bien. Je veux espérer, mon cher fils, que ce moment d'ennui que tu as traversé n'était que passager et est maintenant fini. Nul n'est à abri de ces instants de défaillance et le mieux à faire quand ils se produisent est de réagir de toutes ses forces. Aie toujours devant toi ton objectif et poursuis-le sans relâche. Je vois avec plaisir que tes relations avec les Schneider vont devenir, je pense, plus suivies et je compte que tu ne négligeras aucune occasion de faire mieux et plus avantageusement connaître. J'apprécie et je respecte le motif qui t’a retenu d'aller au bal, mais pour peu que cela dure, ton habit ne verra pas le jour au carnaval de 1880. Les occasions de le produire naîtrons, espérons-le, un peu plus tard. Ce que tu nous dis de tes vacances de Pâques n'est pas gai mais est-ce bien le dernier mot ? Je veux croire que non. Si elles ne sont que de 48 heures, tu nous les donneras tout de même. Notre dîner de jeunes gens a été fort convenable et s'est fort bien passé. Joseph partage tous ses loisirs entre la glace et le parquet des salons. Je me suis convaincu dernièrement qu’il est un des plus beaux patineurs de Nancy ; mais je n’ai pas l’occasion de constater son talent comme danseur. Des bruits divers circulent sur l'époque de son départ de Nancy ; on parle maintenant du courant de mars. Quoiqu’il en soit, nos idées sur sa future résidence se sont complètement modifiées et je vais écrire à Forstall que j’ai félicité il y a quelques jours de sa nomination de Conservateur sur place et qui a bien pu prendre ta démarche et ta carte pour une visite de félicitations. De tout ce qui m’est revenu depuis quelques temps, de nombreux changements qui viennent d’atteindre dans le personnel des Vosges des agents qu’on pouvait regarder comme incolores et inoffensifs, je suis arrivé à conclure que ce département est pour l’heure intenable aux forestiers en général et à Joseph en particulier ; l’y voir appeler serait s’exposer à une disgrâce prochaine et désagréable au début de sa carrière. Bon papa en est tombé hier d’accord avec moi, et malgré le plaisir qu’il aurait eu à avoir son petit-fils près de lui, craint encore plus que moi les désagréments qui pourraient lui advenir ; nous nous sommes efforcés de convertir à cette idée ta mère qui, je crois, voit moins clair que nous dans cette question et se résigne difficilement à voir Joseph s’éloigner. Mais je persiste à croire que le plus sage est de faire le mort pour l’instant et de ne pas attirer sur lui l’attention. D’autre part, Joseph paraît ne pas redouter de s’éloigner, de voir un peu de pays à son début et serait amateur du service des reboisements dans les Pyrénées ou les Alpes ; mais on me dit qu’une fois qu’on y est, il est difficile d’en sortir. Dans ces conditions, je crois que le plus sage sera de s’abandonner à ce que pourra faire Forstall pour lui en dehors des Vosges et de compter comme M. Nanquette me l'a fait espérer dernièrement qu’on aura le choix cette année et que Joseph sortant dans les premiers pourra prendre un poste à sa guise. Voilà où nous en sommes pour lui et ce qui prouve que le proverbe : « Petits enfants, petits soins, grands enfants, grands soins » est toujours bien vrai. A Dieu, cher ami, courage et persévérance, c'est un refrain que tu me connais. Nous avons bien du fil à notre quenouille pour vous tous. Mais aidez-vous et espérons que le bon Dieu continuera à nous aider. Tous nous t'embrassons tendrement. Ton père.

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M. du Coetlosquet père me disait dernièrement que c'est au capital de 6 000 000 et par moitié que le Creusot et Hayange réunis veulent monter quelque chose à Moyeuvre ; il y a paraît-il, en ce moment, quelques difficultés de la part des Allemands. C'est égal, si nous voyons un jour employer là tes lumières, nous serons raidement contents, comme disait le pauvre Pierre. Voilà sa photographie ; ce n’est pas du Franck , mais seulement du Caron ; la ressemblance y est, c'est l'important.

2/2/1880 Il est dix heures, cher ami, mais je ne saurais me coucher sans t'accuser réception de ta lettre. Elle nous apporte une mauvaise et une bonne nouvelle : la mauvaise c'est que, tu es grippé fortement, la bonne, c’est que tu entrevois la possibilité et nous faire une petite visite. A Dieu ne plaise que nous te refusions le plaisir de venir te retremper quelques instants au sein de la famille : mais nous t'en supplions, ne fais pas pour cela d'imprudence et prends garde que par ce temps rigoureux, le voyage fait dans de mauvaises conditions ne te soit funeste. Plus que personne, ta bonne et tendre mère s'associe à ton filial désir de nous voir, mais je te prie avec elle de ne pas faire d'imprudence pour cela. Cet hiver est perfide, funeste à beaucoup, et une fluxion de poitrine est bientôt attrapée. Tâte-toi donc bien et d'ici à peu dis-nous si tu te sens en état de t'embarquer sans danger. Ne te refroidis pas dans ta chambrette et fais-toi le feu nécessaire. Nous voulons espérer que ton indisposition n'est pas sérieuse et t’espérant bientôt, nous t'embrassons bien tendrement. Ton père et ami. Melle Didion venue pour la noce Michaux-Didion qui a lieu demain nous est arrivée dimanche. Encore une fois, sois prudent. 2/3/1880 Tu as bien raison cher ami, de tâcher de rester beau garçon le plus longtemps possible et pour cela de te mettre en garde contre la petite vérole et ses ravages. Mais toujours j’ai toujours entendu dire que quand le vaccin était bon, s’il ne prenait pas, c’est que le sujet n’était pas susceptible de prendre la contagion. Il se pourrait donc et ce serait tant mieux, qu’une seconde tentative ne fût pas plus heureuse que la première. Au surplus tu as ton docteur pour te guider et il en sait plus long que moi là-dessus. Hier soir nous est revenue notre petite mère qui nous avait quittés pour aller à Raon. Elle a fait très bon voyage, a laissé Bon papa et Marguerite en parfait état et nous a ramené Mathilde. Le temps s'améliorant tous les jours, Bon papa va pouvoir un peu sortir et débarrassé d’une de ses pensionnaires, aura plus de liberté d’allures. Joseph t’a appris, je pense, que Chrétien est obligé par les difficultés que lui crée sa ferme, de quitter la forêt de Thon. Bon papa va essayer de Vibert ; mais comme il est célibataire, il y aurait en attendant son mariage, une de ses sœurs pour ménagère. Le difficile est moins de trouver un garde qu’une femme de garde qui se résigne à la sévérité de la résidence. Nous allons tous bien mais ne voyons pas plus que toi arriver les beaux jours et briller le soleil. Notre humeur n'est donc pas plus gaie que la tienne. C’est toujours la même histoire sous notre triste climat et il faut en prendre son parti ; les adieux de l’hiver sont interminables et il n'y a presque jamais de printemps. Il faut donc s'attendre encore à bien des jours tristes et puis nous entrerons peut-être de plein saut en été. Tu feras bien d’aller prochainement à Versailles visiter les Dumon et tu feras une part dans ta démarche, à la tante Marie. Comme tu le penses le Capitaine Massu est en ligne de passer commandant ; il avait même cru dernièrement être nommé major au Régiment dé Versailles mais cela n'a été qu’une fausse joie ; un autre lui a soufflé la place. Elle leur convenait cependant à merveille et il est à craindre, quand il sera nommé prochainement, qu'il n’ait pas aussi bien. Tu vas, j'espère, mon bon fils, bien préparer tes examens afin de te faire une bonne place au classement de première année. Cela ferait joliment bien pour arriver en visite au Creusot. Nous attendons avec anxiété la communication officieuse que tu nous dis promise par Forstall. Ne l’oubliera-t-il pas ? En tout cas, j’espère que Joseph qui va encore plus prochainement que toi, entrer dans les examens fera tout le possible pour ne pas déchoir avant tous. Décidément il a besoin de voir du pays et aspire aux 83


grandes montagnes. On lui signalait encore ces jours passés le cantonnement de Thônes près du lac d’Annecy qui semblerait lui plaire. Mais ce poste sera-t-il sur la liste ? Nous étudions toujours la question d'envoyer Marie et Thérèse passer le second semestre au Sacré-Cœur de Ridenbourg sur les bords du lac de Constance pour parfaire leur éducation allemande. La pauvre Zizi, maintenant que le moment approche, se met à pleurer quand on lui en parle ; aussi n'est-il plus question d'elle ; mais si nos deux grandes ont la raison de se prêter à cet exil de trois mois, je crois qu’il leur serait utile et qu’elles nous reviendraient parlant allemand. J’avoue que cela ne serait pas pour mon plaisir, mais je pressens que si cela ne se fait pas cette année cela ne se fera plus. Nous venons d’apprendre un beau mariage qui va se faire dans le pays. Adrien Michaut épouse Mechtilde de Rosières. Cette union me paraît tout à fait bien assortie : Michaut qui n’avait pas à chercher de la fortune, prend pour son fils la fille d’une des bonnes familles du pays, simple, sérieuse, qui, dit-on sera à la hauteur de sa belle situation, et je ne puis douter que, malgré la mésalliance, on ne soit à Pot-de-Vin dans le ravissement ; car, à un peu de sauvagerie près, les fils Michaut sont à tous égards, les plus beaux partis du pays. Je compte partir dimanche prochain pour Raon ; lundi Léonce Cézard viendrait m’y rejoindre et nous irions ensemble coucher au Blanc-Rupt ; nous avons besoin, l’un et l’autre de voir ce qu’il s’y passe et nous y resterions une paire de jours. Bon papa a fait espérer à sa fille sa visite pour Pâques. Nous te disons, bien cher fils, adieu et courage et nous nous réjouissons de dire avec toi à bientôt. Tous, sans oublier Bonne Maman, nous t’embrassons ave la plus vive tendresse. Ton père et ami. Tu ne nous dis pas ce que Dumon pensait de l’issue de la discussion de la loi Ferry : mais la solution se produira peut-être avant ta prochaine lettre. Nous n’avons toujours pas de nouvelles de la maison Krieger.

7/3/1880 Mon bien cher fils, hier, à midi, c’est-à-dire quelques heures après avoir reçu ta bonne lettre du 5, j’ai embarqué notre Garde général pour Cirey. Grâce à son heureux caractère et aussi, je pense, à la faible distance dont il sera séparé de nous, il est parti le cœur léger et l’esprit dégagé. Quelle différence dans la séparation si nous l’avions embarqué pour les Alpes ou les Pyrénées. Joseph avait rendez-vous aujourd’hui avec son prédécesseur pour la remise du service, et M. Lacroix devant encore passer quelques jours à Cirey avant de se rendre Etain pourra aider Joseph à soulever les premières difficultés du début. Le gros boulet à traîner sera cette fameuse scierie de Machet dont M. Thierry ne peut plus s'occuper et dont tout le soin incombera à Joseph. Espérons qu’il se mettra à la hauteur de sa tâche et souhaitons que les radicaux ne le délogent pas. Joseph ne devra pas toutefois tarder à revenir à Nancy pour chercher un cheval que je lui ai acheté hier matin. J'avais remarqué depuis longtemps entre les jambes d’un commissionnaire de Nancy à Bruyères amateur de chevaux, un petit barbe de bonne tournure ; l'idée m’est venue de lui demander s'il voulait le vendre et il y a consenti. C’est un petit étalon bai, provenant d'une réforme de chasseurs, très doux, très gentil et paraissant doué de quatre très bons membres ; il a de 10 à 13 ans. Après quelques jours de pourparlers, pendant lesquels Joseph l’a monté deux ou trois fois à sa satisfaction et je l'ai fait visiter par un vétérinaire qui m’en a rendu bons témoignages, je me suis décidé à l’acquérir. Sa seule, je crois, mais très grosse tare, est l'œil droit de moins qu’il a perdu en franchissant un obstacle et qui l’a fait réformer. Je le paie 400 F. avec sa selle et sa bride en bon état et je crois faire un bon marché, n’étant pas curieux de mettre un grand prix pour le début et sans savoir quel soin le cavalier aura de sa monture. Le vendeur me le garde et le nourrit pendant une huitaine, c'est-à-dire environ le temps qui se passera avant que Joseph vienne le prendre pour l’emmener, soit par chemin de fer, soit en l'enfourchant et consacrant deux jours au voyage. Le voyage de notre monde à Portieux s'est fait très heureusement. Hier les Cézard nous ont ramené Paul de Raon et demain André s’embarque pour Reims. Bon papa va bien paraît-il. Je viens de recevoir une bien consolante lettre de Pierre qui, malgré les orages dont sa compagnie est menacée, conserve son calme et sa sérénité d'esprit. Il se sent dans les mains de la Providence et avec sa foi profonde, est convaincu qu’Elle ne l’abandonnera pas. Ne l’oublie pas quand tu en trouveras le loisir. Mad. Mangenot a été administrée ces jours derniers et je crois 84


qu'un triste dénouement est prochain. C’est ce soir que Thérèse rentre dans sa boîte. Marguerite s’acclimate très bien à Nancy et serait en très bon état si quelques grosses dents sur le point d'apparaître ne la tourmentaient parfois. Tu es à cette heure, mon cher ami, sorti des noces et festins et j’espère que le tout s’est passé à ta satisfaction. Les Massu auraient bien désiré être de la fête, mais l’arrivée imminente d’un Général Inspecteur qui a probablement précipité le retour d’Albert, les a empêchés de bouger. Je ne saurais considérer l’invitation à laquelle tu as manqué de te rendre rue Boudreau comme une tuile, car ton patron n’as pu s’offenser de ce qu’à l’occasion de Pâques, tu fusses venu donner quelques instants aux tiens. Ne laisse pas à l’occasion perdre de vue la question des photographies ; il faut tâcher de les avoir ce printemps. A Dieu, cher ami, bon courage et bonne chance, puisque tu vas entrer dans la période des examens. Tous nous t’embrassons bien affectueusement. Ton père. 16/3/1880 Mon bien cher fils, je suis rentré de ma course au Blanc-Rupt après un très bon voyage favorisé par un temps magnifique. C’est donc à moi que reviennent le soin et le plaisir de répondre à ta bonne lettre d'hier. Comme toutes missives, elle nous a vivement intéressés. Te voilà donc encore une fois à la veille d’examens nombreux et sérieux. Nous comptons que tu vas y mettre tous tes soins et que sans retard tu t’occupes de les passer d'une manière satisfaisante. C'est pour le moment le point principal. Prends l'avance et mets-toi en mesure de nous donner ces quelques jours à Pâques que tu nous a promis et dont nous nous réjouissons. J'ai prêché Bon papa pour qu'il vienne nous voir dans la semaine sainte ; Joseph qui est allé le voir dimanche pour la dernière fois l’y a encore excité et j'espère que quand il connaîtra tes projets, il n’hésitera plus. L'un et l'autre nous avons trouvé ce cher bon papa bien portant et, pendant que j'étais au Blanc-Rupt, il a passé heureusement toute la semaine à Thon. D'après Joseph il a pendant ce séjour arrêté un successeur à Chrétien, un certain Mathis, ancien cartonnier de M. Viard et âgé de 35 ans. N'omets pas jeudi de faire nos meilleurs compliments aux Dumon. Je pense que tu as laissé dimanche une carte chez la tante Marie; cependant si cela n’était pas impossible, il serait encore bon d’aller jeudi prendre de ses nouvelles et lui faire nos amitiés. Joseph tient toujours pour Evian et les renseignements forestiers qu'il recueille sur ce cantonnement le satisfont, mais il faut pour l'obtenir qu'il sorte premier ; car son ennemi intime, Jacquot travaille à le déloger, ambitionne aussi ce poste et ne manquera pas de le lui souffler, s'il le peut. Joseph a passé ce matin son troisième examen et est jusqu'ici assez content : il lui en reste deux. J'ai la confiance que l'Administration de l'École fera tout le possible pour le faire sortir comme il est entré et s'est maintenu jusqu'ici. Nous avons enterré hier la femme de mon pauvre ami Lucien Roussel et je suis encore tout attristé du coup affreux qui brise l'existence de mon bien-aimé binôme : la pauvre femme phtisique était parvenue en quinze jours au dernier degré d'anémie et de faiblesse. Le projet de faire passer à Ridenbourg le second semestre à Marie et Thérèse est tombé à l’eau ; on nous a fait répondre qu'on ne prenait plus d'élèves pour moins d'un an, et en face de cette exigence, nous renonçons. Marie, je crois, n'en est pas fâchée ; mais en apprenant jeudi la nouvelle, Thérèse a fondu en larmes ; je crois que la nouveauté l'attirait et qu'elle s'abusait sur le plaisir qu'elle trouverait là-bas. Pour moi, je comptais beaucoup que quelques mois de séjour dans un milieu allemand mettraient nos filles à même de manier passablement la langue tudesque, et, quoique je ne fisse chose que par raison, je suis contrarié de la voir échouer. Nos meubles Krieger sont arrivés en bon état et nous satisfont. Tout le monde va bien à Nancy et André qui nous a écrit aussi hier compte les jours ; il ne nous arrive, bien entendu, que le lundi 29, et si tu ne peux nous donner ce jour, tu ne le verras pas. Je ne voudrais pas, bien entendu, te prendre ton temps qui, je le sens, est précieux, et cependant je te demande, si possible, deux services. 1) Joseph nous quittant a pas mal de denrées à emporter et nous manquons d'emballage à lui donner. J’ai pensé pour lui à une de ces malles en osier, forme de caisse à chapeaux de femme, recouverte de toile à voile, dont tu m’as parlé, je crois, avec éloges et dont tu m’as même montré des spécimens dans nos courses à travers Paris. Pourrais-tu nous renseigner sur les dimensions d’un ces coffres moyens et sur le prix ? Si cela est abordable, solide et bien fait, peut-être te

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demanderions-nous de lui en apporter une, dans la pensée que ce serait ce qui lui conviendrait le mieux pour les déménagements auxquels il est exposé. 2) Le marchand de Nancy chez qui j’avais commandé avec toi 2 cadres en bois noir pour les portraits de ta mère vient de faire faillite avant de les avoir fournis ; il ne peut plus me les procurer. J’ai appris que son fournisseur à Paris était une maison de gros : Caen et Gaffré, rue Portefoin, (j’ignore le numéro). Tu te rappelles, je pense, ce petit modèle simple à crossettes qui nous avait plu et qu’on me faisait 11,50 pièce. Si tu pouvais m’en apporter deux, cela me ferait plaisir, car je ne vois rien d’autre ici un peu propre. Si cela est difficile ou impossible, prenons que je n’ai rien dit. Nous recauserons de cela quand tu viendras et peut-être que rentré à Paris, tu pourras me découvrir quelque chose à mon gré. La pauvre madame Mangenot va s'affaiblissant de plus en plus et peut-être que pour Pâques elle ne sera plus de ce monde. L'isolement dans lequel vont se trouver Charles et Marguerite est effrayant. Charles doit repasser son premier examen de Baccalauréat vendredi, je doute qu'il ait grande chance de réussir. A Dieu, cher fils, j'espère que le printemps naissant t’a embelli l’humeur et redonné du courage. Notre entrevue prochaine te remettra tout à fait à flot pour préparer et affronter les examens. Courage et confiance, tous nous t'embrassons bien tendrement. Ton père affectionné. 20/3/1880 Mon bien cher fils, je suis en possession de ta lettre du 18 et de ta carte du 19. Nous avons été profondément touchés Joseph et moi, de tes témoignages d'affection filiale et fraternelle et nous sommes extrêmement sensibles à tout ce que tu as trouvé d'affectueux à nous dire à l’occasion de la St Joseph. Tout le monde s'était tacitement donné rendez-vous pour nous combler au jour précis de choses tendres aussi bien dites ou écrites que pensées et nous en avons été touchés jusqu'aux larmes. C'est te dire que Bon papa, nos chères religieuses, le bon novice, André, tous les absents étaient là présents par la pensée à notre fête de famille. Il est bien certain que cette St. Joseph avait un caractère plus solennel que les précédentes puisque nous sommes à la veille du départ de ce bon Joseph, et que le premier né de notre chère couvée va décidément abandonner le nid où jusqu'ici les circonstances l'avaient maintenu sous notre aile. Nous n'a avons plus que des séparations à attendre, au point où nous en sommes de la vie, nous voudrions retenir les années, mais elles s'enfuient avec une rapidité effrayante. Enfin ... nous sommes encore à la veille d’une bien bonne petite réunion aussi complète, j'espère, que possible. N'en empoisonnons pas les douceurs en songeant aux tristesses de l'avenir. Nous avons renoncé au moins pour l'instant, à l’acquisition d'une malle en osier et en possession des renseignements que tu as pris la peine de me procurer, je pourrai, j'espère, me procurer ici les cadres dont j’aurais besoin. Du reste, j'en ai déjà trouvé un noir à crossettes chez Maury à bon compte pour Bonne maman. Je n'en vois plus guère qu'un à chercher pour la chambre des fillettes. Je te remercie bien. Voici ce qui vient de se passer pour Joseph. J 'étais allé avant hier soir jeter à la poste un mot à Forstall pour lui dire que Joseph comptait toujours qu’Evian serait certainement sur la liste, et qu’il pensait, s’il avait le choix, lui donner la préférence, quand est venu pour me voir mon ami de Dumast, le conservateur de Nancy ; en mon absence, il a demandé ta mère pour lui faire part de la vacance de Cirey, lui exprimer son désir d’y voir Joseph nommé et nous demander notre consentement à ce qu'il formule à l’Administration ou mieux à Forstall une proposition dans ce sens. Le temps pressait et il a fallu que Joseph se décidât hier. Le pauvre garçon toujours séduit par la pensée du beau site d’Evian, de Genève, de son lac, du Mont-Blanc, était bien hésitant ; mais nous n’avons pas voulu peser sur lui et cependant nous avons dû lui donner les conseils que nous dictait la raison. Enfin, il a sacrifié la poésie à la prose ; il s’est décidé à accepter, et, pendant que Dumast écrivait à Forstall, je lui adressais un mot pour lui dire que Joseph adhérait à la proposition du Conservateur. Je sens bien que notre vaillant fils renonce en cette occasion et pour nous tous à son désir de courir un peu le monde et je lui en sais gré, pensant que Dieu lui en tiendra compte, mais je n’ai pu m’empêcher en cette circonstance de songer à la fable des deux pigeons. J’ai aussi cru voir là un avertissement providentiel et un cadeau que St. Joseph qui nous a jusqu’ici si bien protégés semblait encore vouloir nous faire. Je n’ai pas à t’énumérer tous les avantages que nous verrions à ce poste ; beau service très instructif, voisinage de Nancy, des forêts du grand-père, de Raon, pays et habitants connus, bons chefs,

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etc., etc... Les choses en sont là, maintenant qu’adviendra-t-il ? Nous ne pouvons tarder à le savoir. Pourra-t-on, voudra-t-on Cirey sur la liste ? Serait-il réservé à quelque forestier plus ancien, quelque favori du jour ? Nous l’ignorons. Joseph est jusqu’ici content de ses premiers examens et pense toujours tenir la corde : il n’en a plus qu’un pour mardi. Quoiqu’il en soit, si Cirey nous manque, les gens qui s'y connaissent ne conseillent pas du tout Evian, service déplorable, et qui n’a pour lui que trois ou quatre mois de belle saison. J’estime que Blois serait bien préférable et que le conseil de Forstall ne serait pas à dédaigner. Prions pour que Cirey nous arrive, ce serait le mieux. Je ne pense plus t'écrire avant ton arrivée, car nous t’espérons toujours vendredi saint. Aie soin de nous aviser de l’'heure de ton départ. Je pense que tu trouveras Bon papa près de nous. Ta mère lui a écrit hier pour l'informer des jours que tu comptes nous donner, mais ne lui a pas parlé de Cirey. Comme cela peut échouer, c'est inutile de lui donner une fausse joie. Il y a déjà quelque temps, de Dumast m'avait n'avait parlé de Cirey comme pouvant être disponible. Je lui avais répondu que nous n'y pouvions songer à cause des propriétés de la famille ; mais après en avoir concerté, les forestiers prétendent en s'appuyant sur de nombreux exemples que cela n'est pas une une difficulté. A bientôt donc, cher ami, nous allons tous bien et t'embrassons avec la plus vive tendresse. Ton père affectionné Admissible hier soir, le malheureux Charles Jacquot s'est fait recaler ce matin à l'examen oral. J'ai serré ce matin la main à Saladin, à l'enterrement de son aïeul paternel. Melle Didion, écrivant hier à ta mère, nous dit qu’Henri Schneider était ces jours passés à Hayange. J'attends encore toujours les photographies qu'il t'a promises et les attendrai probablement longtemps. On m'apprenait ce matin qu'une société de hauts-fourneaux des environs de Longwy a décidé aussi récemment la création d'une aciérie importante. Il va y avoir de la concurrence. 3/4/80 Nous allons tous bien, à telles enseignes que maman est partie à 5 h. avec François, Marie, Thérèse, André, Elisabeth et Jean pour aller passer quelques heures auprès de Tante Julienne à Portieux. Paul est avec bon papa à Thon et rentre ce soir à Raon. Perroy est parti ce matin pour Cluny par le même train que ta mère. Joseph dort à cette heure, ayant dansé toute la nuit chez Mad. de Frégeville. Il va achever ses préparatifs de départ et nous quittera lundi 5 pour aller s'installer à Cirey. Travaille bien. Ton père affectionné. 27/4/1880 Mon bien cher fils, il me semble qu'il y a un siècle que je ne t'ai écrit ; ce siècle cependant, si ma mémoire est fidèle se réduit à trois semaines ; mais je crois toujours qu'il me manque quelque chose quand, pour un motif ou un autre, quelqu'un me suppléant te parle de nous tous. La semaine dernière, Joseph m'ayant prévenu qu'il serait chez lui mardi, je me suis empressé de lui faire une première visite, mais ta mère a été là pour recevoir ta lettre hebdomadaire, t'en accuser réception, et à coup sûr, tu n'y as pas perdu. J'ai donc été voir notre cher garde général et son installation ; elle est très rudimentaire, très modeste et un peu trop excentrique : mais il n'avait pas de choix et il faut espérer qu'avec le temps il trouvera mieux. L'avantage est qu'avec un bureau assez triste et assez exigu au rez-de-chaussée, une chambre à coucher plus convenable mais peu riche en meubles au premier. La maison contient plusieurs écuries dans l'une desquelles le petit Coclès pourra, je crois être passablement installé. Tu ne seras point étonné d'apprendre que j'ai trouvé notre cher forestier un peu ahuri, aux prises avec les difficultés de l'emménagement, les ennuis de la pratique du métier qu'il ne connaît pas ; son service est très chargé et son prédécesseur assez paresseux et mou en prenait peu de souci. Joseph tombe à son nouveau poste au début des opérations qui, avec la besogne du bureau, vont beaucoup l'occuper et par malheur, son inspecteur vient, sur sa demande, d'être mis à la retraite : on dit du bien du successeur mais il aura à faire connaissance avec son service et Joseph ne trouvera peut-être pas chez lui la patience qu'il pouvait espérer de M. Mangin pour l'aider dans son noviciat. Tout cela n'est pas très rose, je le sais pour avoir moi-même passé par là ; j'ai le cœur plus tendre qu'il ne parait, trop tendre peut-être pour ces sortes de choses et cette entrée de mon aîné dans la vie réelle et sérieuse m'émeut plus que je ne voudrais. Ce qui me console, c'est que je lui crois un

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caractère naturellement heureux, assez fortement trempé, et j'espère que, les premiers moments un peu durs passés, il se mettra à flot et saura s'estimer heureux de son poste. Inutile de te dire que ton brave frère n'a pas de temps pour t'écrire ; toi-même tu as bien du fil à ta quenouille pour le moment ; il faut donc que pour quelque temps, vous comptiez sur nous pour vous donner des nouvelles l'un de l'autre. En même temps qu'à moi, Joseph faisait signe à Bon papa ; celui-ci devant monter à Thon est passé par Cirey. Nous avons déjeuné, fait quelques visites et je suis allé coucher à Thon avec Bon papa ; j'y ai vu installé le successeur de Chrétien, l'ex-cantonnier Mathis qui a moins mauvaise mine que son prédécesseur mais ne me fait pas l'effet d'un grand grec. Le lendemain après déjeuner, je suis revenu de mon pied léger à Cirey. J'ai laissé Bon papa bien portant au physique, mais je distingue toujours avec peine qu'il baisse moralement. Ses oreilles de plus en plus dures l'empêchent de suivre toute conversation. Son pauvre vieux père Cuny d'Allencombe a eu une attaque, est paralysé, et il n'y a plus grand-chose à espérer de lui. J'ai retrouvé tout mon monde bien portant et, encore à cette heure il n'y a pas grand chose à dire des santés. Nous avons cependant un temps fort maussade et froid et je crains que nous n'ayons devant les mains une triste fin de lune rousse. Nous en souffrons surtout pour toi sur l'humeur de qui l'absence de soleil influe péniblement comme sur la mienne, pour Joseph qui est en opérations, pour Bon papa que nous savons depuis hier remonté à Thon. Marguerite est plus tranquille du côté des dents, elle en a 14 d'écloses, deux autres ne tarderont pas à se montrer et pour un rien, elle marcherait. Mathilde, Jean et Paul se portent comme le Pont-Neuf ; André nous écrit comme toi ce matin, et sauf un peu trop d'AE, marche toujours bien. Toujours très ardente au plaisir, Thérèse a cogné son genou faible contre une caisse et a dû garder le lit huit jours. Maman l'a cependant levée dimanche et nous espérons que cette maladresse n'aura pas de suites longues ni fâcheuses. Marie et Élisabeth doivent au commencement de la semaine accompagner leur grand-mère à Langres et passer quelques jours près de Sr: Reginald ; elles sont donc en bon état et je pense que rien ne viendra mettre obstacle à ce voyage ; Il est probable que de cette visite, celle qui la recevra se réjouit encore plus que celles qui la feront. Ce ne sera pas des personnages nouveaux mais de bien changés que la pauvre recluse recevra et Dieu sait si jamais elle arrivera à connaître la douzaine complète. François toujours dans la retraite et le travail continue par devoir les relations commencées avec son aîné et va sans enthousiasme aux dimanches de Madame Bastien. Nous sommes sans nouvelles de Pierre ; il est donc probable qu'il va bien, mais il va sans dire que notre pauvre proscrit est pour nous l'objet de bien vives et pénibles sollicitudes. J'ai très à cœur que la tournée de visites projetées pour la Pentecôte par maman et bon papa se fasse, et, en raison de ce voyage à Langres que font nos filles, je comptais que maman irait cette semaine passer avec les mignonnes 48 heures à Raon pour voir le grandpère, le déterminer au départ et arrêter le programme : mais il nous a écrit hier qu'il était forcé de retourner à Thon pour terminer et payer la gare en maçonnerie qu'il fait au pré Colas-Nerry et que, du reste la coqueluche règne à Raon. Il n'y a pas lieu d'y exposer les minettes et nous attendons tous les jours le docteur qui doit venir vacciner Marguerite. Il devient donc probable que cette visite ne se fera plus et j'espère qu'on arrêtera par lettre le départ et le premier arrêt à Reims pour la Pentecôte. Un ennui, c'est que la pauvre Mad. Mangenot ne peut ni mourir, ni, je le crains, se remettre. Pourvu qu'elle n'aille pas traîner et trépasser au moment du départ. Bon papa m'annonçait hier le départ de Sœur Julienne pour Rome. Elle est déjà en route, parait-il, et va y passer 5 à 6 semaines. Je compte qu'à cette heure, cher fils, tu en as fini avec l'examen de métallurgie et il me semble qu'à ce train, tes principales épreuves de première année seront finies pour le moment où ta bonne mère espère s'arrêter quelques moments près de toi. Tu te plains de ne pas voir la fin des examens, j'avoue que c'est un temps de labeur, d'émotions pénibles et j'y compatis de tout mon cœur. Mais courage et confiance, le terme viendra. Dans la voie que tu suis, bien d'autres ont passé par là, y passent et y passeront encore. Le capitaine Mairot m'a entrevu au théâtre non pas à la représentation de la fille du Tambour-Major à laquelle j'avais accompagné Joseph et Perroy faisant leurs adieux à la scène de Nancy, mais à une audition de Lalla-Rouck et de la fille de Mme Angot pour laquelle je me suis laissé encore débaucher il y a eu dimanche 8 jours par le Colonel Albert : fort ennuyé de sa solitude à Épinal, il vient le plus souvent possible à Nancy et cette fois était venu nous demander à déjeuner, Joseph nous ayant déjà quittés. Élisabeth se joint à André pour te prier de leur acheter un album de timbre-poste qu'ils comptent

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remplir en société. Je tâcherai que Marie n'oublie pas de te rapporter la paire de rasoirs que tu demandes. A Dieu, cher et bon fils, tous nous t'embrassons tendrement. Ton père et ami Excuse-moi de te donner deux corvées : la première concerne la réparation que Gagneau nous a faite de notre lampe malade. La deuxième comporte le paiement d'un marteau que j'ai fait expédier à Joseph. La rue Fontaine au Roi débouche dans la rue du Faubourg du Temple à droite en allant à Belleville derrière le théâtre du Château d'Eau. Tu auras soin en me remettant la quittance, de me réclamer leur montant. Maman et Marie vont ce soir entendre à un concert le fameux pianiste le capitaine Voyer. 5/5/1880 Mon bien cher fils, nous avons été hier aussi surpris que désappointés en recevant une lettre du cher novice nous annonçant qu'il s'est mis en route lundi 3 pour son pèlerinage : l'expériment durera un mois environ puisqu'il espère rentrer à Amiens le 28 ou le 29 ; il part sans nous dire la direction qu'il prend, mais toujours bien portant, heureux d'être du nombre des novices auxquels on a jugé bon de faire subir cette épreuve et nous priant de l'excuser auprès de tous ceux (et il te nomme) avec lesquels il est en retard de lettre. L'année dernière les circonstances paraissaient trop mauvaises pour lancer les novices sur les grandes routes. Cette année où la situation paraît plus compromise encore, on les aventure ; c'est bien étrange et ne s'explique que par le besoin de prières et la nécessité plus urgente que jamais d'intéresser la Sainte Vierge à une cause qui, humainement parlant, semble perdue. Prions pour notre bon Pierre et demandons à Dieu de le garer des accidents et de lui épargner les insultes. Quoiqu'il en soit, voilà le voyage projeté à la Pentecôte par Maman et Bon papa retardé au moins de 15 jours. C'était le pauvre proscrit qui était le principal objectif de ce déplacement, et tant qu'il ne sera pas rentré, il ne peut être question de l'entreprendre J'ai toujours redouté que ce voyage à trois stations ne pût réussir sur toute la ligne : le pauvre André qui comptait les jours, va être bien marri en apprenant ce contretemps ; au moins lui, on est sûr de le trouver ; ce n'est qu'un retard et l'essentiel est de s'arranger pour lui remplacer la sortie de la Pentecôte par la première de Juin. Mais toi, seras-tu encore à Paris ? Si tu n'y étais plus, ta mère renoncerait facilement à la capitale. Il nous importe de savoir par ta prochaine lettre si en exécutant le voyage au commencement de juin, on peut encore espérer te trouver, s'il faut maintenir l'itinéraire prévu c'est à dire commencer par Reims ou l'intervertir et débuter par Paris. Tu nous parles bien de la course géologique, des objets dont tu as besoin pour la faire et que nous t'enverrons, si ta mère ne peut plus te les porter, mais tu ne nous dis rien du jour fixé pour le départ. Il serait possible qu'en partant le 28 et commençant par toi, on pût tout arranger. Enfin tu nous écriras à ce sujet, et nous donneras, si possible, ton programme. Je viens de faire chercher ton sac en toile jaune par François et ne vois pas qu'il manque de poignées ; s'il faut te l'envoyer, on y insérera la pèlerine Hutchinson, des lacets de bottines et les rasoirs que ces dames rapporteront de Langres. Quel dommage que tu ne sois pas content en Minéralogie de ton épreuve écrite et de ta reconnaissance au chalumeau. J'espère encore que l'examen oral d'instruments d'optique te relèvera. C'est un singulier jour que celui de l'Ascension choisi pour une course géologique ; mais à Paris, on s'occupe bien de cela. Je pense qu'il n'y a pas grand inconvénient à ce que tu ne paraisses pas à cette course. Je songerai demain à la première communion d'Eugène Schneider. Son père n'en a sans doute pas grand souci et il est inutile de le lui dire. Et mes photographies Schneider sont-elles complètement perdues de vue ? J'entendais dire ces jours-ci que les métallurgistes lorrains paraissent toujours préoccupés de l'Aciérie Schneider et de Wendel en création. J'ai compris qu'ils prétendent (M. Braconnier, l'Ingénieur des mines en tête) que le procédé pour déphosphorer la fonte dont ces messieurs ont acheté d'un anglais la licence et dont ils se prétendent aujourd'hui seuls détenteurs pour Meurthe et Moselle, est un procédé qui se pratique tous les jours et n'est pas susceptible de monopole, qu'ils voudraient `bien entamer un procès, mais ne savent trop par quel bout s'y prendre. On m'a parlé d'une société qui dispose de 300.000 F. pour étudier la question et qui serait le prélude d'une affaire au capital de 20 millions, pour si l'on réussissait, créer un établissement rival. Ai-je bien compris tous ces cancans ? Peut-être que non. Nous allons tous bien. Tout à l'heure ta mère va faire vacciner Margoton qui paraît tranquille du côté des dents. Hier matin sont parties pour

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Langres, Bonne-maman, Marie et Elisabeth. Le beau temps paraît devoir favoriser leur voyage et Langres est si triste que ce n'est pas un mal. Nous savons Joseph en opérations à Lunéville et il nous fait espérer sa visite pour dimanche. Bon papa est revenu samedi soir bien portant de Thon. Sans la vache qui a vêlé, il y serait retourné lundi, si elle va bien, il repartira vendredi et y restera le dimanche. Je compte avec mon fidèle François passer la nuit prochaine à l'Adoration nocturne et prier de tout mon cœur pour nos chers absents. Courage mon bon fils, pour tes derniers coups de collier de l'année et tâche de sortir heureusement de tes dernières épreuves. Mad. Mangenot semble aller mieux en ce moment, s'en tirerait-elle encore cette fois ? Tous nous t'embrassons bien tendrement. Ton père et ami. Nous avons vu Alphonse Didion dimanche ; il compte t'écrire pour te demander de lui procurer des cigares. Sa sœur doit arriver un de ces jours à Paris. As-tu ton équipement d'artilleur ? En es-tu satisfait ? 18/5/1880 Il est bien vrai, cher ami, que toute lettre vaut une réponse et que j'aurais mieux fait de t'accuser réception de ta lettre du 6 que j'ai trouvée assez intéressante pour être communiquée à nos chères femmes réunies à Langres ; j'ai donc perdu ou mieux passé mon temps à la leur copier et adresser quelques renseignements explicatifs et je sais qu'elles ont eu grand plaisir à lire le tout. Au reste, pour parler le beau langage, ta lettre du 6 me paraissait "gigonnaire" et si j'avais pris la plume pour Paris, c'eût été plutôt pour écrire, comme tu avais eu la pensée de me le faire faire, un mot de souvenir à Henri Schneider ; mais comme tu n'as pas manqué de lui dire que nous avions pensé à son fils, j'ai jugé à propos de me tenir tranquille et ne pas davantage l'occuper de nous. Je ne lui devais une réparation d'honneur qu'en esprit. Reprenant aujourd'hui mes habitudes hebdomadaires, je réponds aujourd'hui 18 à ta lettre reçue hier soir et quoique datée du 18 probablement écrite au plus tard le 17 au matin. Elle se ressent, mon bien cher fils par son laconisme, de la presse dans laquelle continuent sans doute à te mettre tes interminables examens et je ne songe pas aujourd'hui à t'en faire un reproche. Nous espérons cependant, suivant ta promesse, apprendre si oui ou non tu avais obtenu ton 16 de minéralogie et nous aurions aussi désiré connaître si tu n'étais pas trop mécontent de la Paléontologie et de la Géologie. Tâche de nous ménager une bonne surprise pour le tout en y comprenant l'Exploitation des Mines. Pas de nouvelles non plus de ta santé. Mais nous en augurons qu'elle est bonne. Ici tout est bien et le temps ne laisserait rien à désirer si avec un beau soleil nous n'avions, comme à Paris, je crois, un vent de N.E. cru, desséchant et agaçant au possible. Le vaccin de Marguerite a très bien réussi ; il l'a très peu incommodée : cette chère petite a ses 16 premières dents, elle fait maintenant ses premiers pas, et sans son activité et sa pétulance elle trotterait sous peu convenablement. Il y a aujourd'hui huit jours que nos voyageuses, après un excellent séjour à Langres, ont fait bon retour à Nancy. Bonne maman n'a point eu cette année d'accroc, a été satisfaite de ses deux compagnes, et il va sans dire que la sœur Réginald, bien qu'elle ne m'ait pas encore écrit, a bien joui de cette visite ; très fière, tu le sais, de tout ce qui lui appartient, elle a exhibé à toutes ses compagnes, les mérites et les talents de ses chères nièces : les auditions musicales surtout ont été innombrables. Bonne maman a fait cadeau, et ta mère se chargera, j'espère, pour toi d'une paire de rasoirs de première qualité accompagnés d'un cuir à repasser, engin dont la qualité et l'usage sont fort importants pour les maintenir en bon état. Samedi 8 courant, ces dames n'étant pas encore revenues, Joseph s'est échappé des forêts près de St Clément où il était en opérations avec son collègue de Lunéville pour venir nous donner son dimanche. Il s'est sauvé le lundi, car il est toujours fort accablé de besogne. Son service fort chargé en temps ordinaire, un peu négligé par son prédécesseur et compliqué par l'arrivée d'un Inspecteur nouveau lui rend les débuts très sérieux et pénibles. Espérons qu'avec le temps et la persévérance, la situation finira par s'éclaircir. Sachant bon papa à la forêt de Thon et Joseph opérant dans les coupes qu'il marquait à Chrypodhée avec le sous-Inspecteur de Baccarat et tous trois nous sommes venus demander à souper et à coucher à Thon. Cela a été, je crois, une agréable distraction pour bon papa qui va toujours aussi bien que possible, et le lendemain de grand matin, nous avons, M. Vichard et moi, redescendu ces Messieurs en train express au Marquis pour continuer leur tournée. L'après-midi je regagnais avec Bon papa Raon et le soir, en rentrant à Nancy, je me croisais avec François qui amenait, comme un bon petit père les deux

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diables, Paul et Jean passer les deux jours de la Pentecôte chez leur grand-père. Il eût préféré voir sa fille lui amener ses deux petites amies et elle y avait un instant songé pour s'entendre avec lui sur le fameux voyage, mais elle a jugé à propos d'y renoncer et de reporter après son retour, un séjour un peu plus long auprès de son père. La visite à nos trois bons fils se médite toujours dans les conditions que tu nous signales et que je juge avec toi préférables c'est-à-dire en commençant par Paris et en partant le 26 ou le 27. Jusqu'ici nous ne voyons pas d'obstacles, mais il faut compter sur l'imprévu et bon papa n'est pas facile à démarrer. Pierre rentrera-t-il au jour dit, le 28 ou 29 ? Nous sommes absolument sans nouvelles de lui et je doute que nous en recevions avant son retour. Pourvu que le pauvre garçon n'ait pas d'accroc et n'ait pas été envoyé dans la direction des grèves du Nord. Nous verrions avec peine que tu manquasses l'excursion de géologie et, quoique ta mère en fasse bon marché, je compte sur toi pour faire le possible afin qu'elle s'impose de voir quelque Schneider et le Général Mengin. Bon papa sera peut-être bien un peu un embarras pour ces visites ; mais je désire vivement qu'elles se fassent et je suis sûr que tu en saisis toi-même assez la convenance pour travailler à lever tous les obstacles. Peut-être nous l'astu dit, mais nous l'avons oublié : nous nous demandons ce que tu feras après la course de Géologie dont le champ est, je crois, la Bretagne. Nous ne sommes toujours pas contents du genou de Thérèse. Depuis le coup qu'elle s'est donné si maladroitement et qui lui a causé une rechute, elle ne se remet pas. Tous nous t'embrassons avec la plus vive tendresse. Ton père affectionné.

21/5/1880 Inutile, cher fils, de redire combien j'ai été heureux et fier de ton 17. Je le suis peut-être plus que toi. Je viens d'écrire une longue lettre à Joseph et ta mère a été heureuse de me suppléer près de toi. Un gendarme m'a apporté ce matin un questionnaire auquel j'ai répondu en ton lieu et place. On demandait si le sous-lieutenant Geny de la 3ème du 8ème était équipé ou était disposé à s'équiper dans un bref délai ? Comme je t'avais demandé ce renseignement par pure curiosité, j'ai pu répondre séance tenante, que tu étais équipé. J'ai dû donner aussi ton adresse à Paris qu'on demandait. Il paraît que les règlements veulent qu’on donne toujours son adresse au chef de corps quand on en change ; mais je pense que pour ton charmant petit voyage de Normandie, la chose n'en vaudra pas la peine. J'espère toujours que bon papa pourra toujours partir avec maman au jour dit ; mais son ami Hercule branle bien au manche, paraît-il. Je te connais assez pour n'avoir pas besoin de te recommander ta mère et ton grand-père, guide bien leurs pas et épargne-leur la fatigue le plus que tu pourras. L'enfant Léonce et une des petites Lafon font dimanche leur première communion. La tante Marie dont la santé est toujours bien médiocre, nous a avisés que jeudi 27, Marie Duval fait aussi sa première communion et elle nous demande de prier tous pour sa petite fille. Marie a quêté hier au mois de Marie et s'en est bien tirée. Thérèse ne va toujours pas et on recommence à la traiter par l'iode et le repos. Voilà les vacances qui vont encore arriver et elle sera éclopée. Cette rechute due à sa fougue en récréation est bien ennuyeuse. Bonne maman lui a trouvé de plus aujourd'hui les yeux malades ; mais j'espère que ce ne sera rien. J'aurais peut-être encore bien des petites choses à te dire mais je n'ai plus que le temps de t'embrasser. J'envie le plaisir que va avoir ta mère ; encore une fois, soigne-la bien. S'il y a du bruit le 23 à Paris, gare-toi des échauffourées. Mgr. De Bourges vient de protester contre les décrets. Enfin… 23/5/1880 Cher ami, ta bonne mère est toute disposée à partir mercredi, mais elle est tenue en suspens par bon papa dont elle attend une réponse et qui lui-même est arrêté , nous pensons, par l'état de santé de son ami dont il nous présentait la fin comme prochaine. Dans cette incertitude , je crois que ta mère doit dès aujourd'hui arrêter son départ pour mercredi à 10 h. du matin (arrivée à Paris à 5 h.) Si Bon papa ne partait pas avec elle, j'espère qu'il consentirait à aller la rejoindre. Je t'écris ces quatre mots pour ne pas te laisser indécis, laissons courir l'invitation S... pour jeudi. Dès que je

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saurai quelque chose de nouveau de bon papa je te le manderai. Nous attendons aussi une réponse du R.P.D. 24/5/1880 Bien cher fils, Bon papa nous télégraphie à l'instant qu'il se mettra en route demain à 3 h. et nous arrivera par conséquent à 6 h. pour se joindre à ta mère. Tout annonce donc qu'ils s'embarqueront mercredi à 10 h.20 pour t'arriver à 5h. Tu peux donc maintenant te réjouir et faire préparer dans ton hôtel aux chers voyageurs deux chambres aussi convenables et aussi à portée l'une de l'autre que possible. Tu feras, j'en suis sûr, le possible pour aller recevoir tes hôtes à la gare ; mais si tu ne le pouvais, ils comprendront que tu es empêché et trouveront bien le numéro 61 de la rue de Madame. Nous venons aussi de recevoir un mot du père Durand qui annonce qu'on trouvera sûrement Pierre le 29 et le 30 sinon à St Acheul au moins à Montières où la fièvre muqueuse qui a sévi à St Acheul a forcé d'envoyer novices et scolastiques. Il engage à ne pas retarder le voyage (sans dire pourquoi) et dit que le bon novice de retour de son long pèlerinage aura bien à raconter. Je m'associe, cher fils' à la joie que vont te procurer ses quelques jours et je t'embrasse bien tendrement pour nous tous. Ton père. Je compte sur toi pour dispenser ta mère de nous écrire et trouver quelques instants pour nous donner sommairement de vos nouvelles. 7/6/80 Mon bien cher fils, quoique ta lettre non affranchie ait coûté 0,30 de port, elle a été on ne peut mieux reçue et nous te savons bien bon gré de nous avoir conté très en détail la charmante excursion que tu viens de faire. C'est on ne peut mieux réussi, ce me semble, te sachant curieux et observateur. Je m'attendais du reste parfaitement au plaisir que tu as goûté. Bien sot tu aurais été de négliger cette charmante visite des côtes normandes et tu aurais beaucoup perdu si pour la visite de ta bonne mère tu avais dû négliger cette intéressante course ; mais tu as eu les deux plaisirs et ainsi tout est bien. Je te félicite aussi d'avoir été servi par le temps. Sans lui les trois quarts des charmes auraient manqué et il est bien certain que s'il en est à Paris comme ici, tu es rentré à temps. Depuis hier la pluie est sur pied ; la procession de notre paroisse n'a pu faire honneur aux reposoirs qui lui avaient été préparés et je me doute que ton parapluie ne t'a pas été inutile pour aller voir courir le Derby français. Non moins bien réussie, et remplie de satisfactions bien vives mais d'une toute autre nature, a été la tournée de nos chers voyageurs. Elle s'est accomplie très heureusement jusqu'au bout sans le moindre contretemps et ils nous sont rentrés jeudi sans fatigue sérieuse et le cœur satisfait. Bon papa surtout s'est tiré de ce rapide voyage plus heureusement que je ne l'aurais espéré et en voyant toutes les bonnes impressions qu'ils ont rapportées de leur déplacement, le peu de peine qu'il leur a coûté, je remercie bien Dieu de l'avoir béni de tous points. Ils ont trouvé le bon Pierre en excellent état, rentré tout fraîchement de son pèlerinage dont le but était Dunkerque et ayant supporté cette épreuve sans trop de fatigue et sans avanies. Mais ce qui nous satisfait et nous console surtout, c'est que le cher novice est toujours heureux, gai, bien portant, plein de confiance dans la Providence et décidé à rester Jésuite à la vie, à la mort. Il se dit, que quoiqu'il arrive, il a choisi la meilleure part et malgré un serrement de cœur en songeant pour lui à la possibilité d'un exil plus ou moins long, je ne songe pas à le contredire. Tu dois, je crois, bientôt constater par toi-même que notre cher religieux est dans les dispositions les plus consolantes pour nous tous, eu égard aux événements qui semblent se préparer. André est sorti de 10 h. à 8 pour l'indemniser du congé qu'il avait perdu à la Pentecôte et on a été assez bon pour accorder à dîner les frères Didierjean. André va toujours bien mais n'a pas assez de peine à se tenir à la tête de sa classe. Aussi lui reproche-t-on de flâner. Le mal est fait et ne me semble guère réparable. Bon papa a eu hâte, bien entendu, de se sauver chez lui et nous a quittés vendredi matin ; du reste il avait trouvé à Nancy des nouvelles fort inquiétantes sur son ami Hercule et nous attendons une lettre qui nous apprendra sans doute s'il l'a trouvé mort ou ne valant guère mieux. Je connais assez ton cœur filial, mon cher ami, pour comprendre le bonheur que t'a causé le petit séjour de ta mère et te remercie de toutes les attentions et de tous les soins dont elle a été de ta part, l'objet. Cette mère si tendre, si pleine de 92


sollicitude pour tous les siens me charge de te dire qu'elle a été hier contente de son Maurice. Elle le croit toujours sage, solide dans ses croyances et ses principes et nous avons tous deux la confiance qu'il leur restera toujours fermement attaché. Cette bonne et sainte mère qui n'en sait pas aussi long que les hommes mais que son instinct ne peut tromper me revient toute préoccupée des dangers auxquels elle te sent exposés. Tout en partageant sa sollicitude, je cherche à la calmer, je lui redis que nous devons avoir confiance en Dieu et en toi qui Lui restes fidèle. Mais je t'en prie, man cher fils, évite les occasions du mal, et crois-en l'expérience de ton père quand il t'adjure de te conserver pur pour la femme que Dieu te tient déjà, je l'espère, en réserve. Te voilà, ce me semble, en face de deux mois difficiles à passer, j'entends difficiles parce qu'ils ne me paraissent occupés d'une façon astreignante, et qu'à tous, l'oisiveté est dangereuse. Occupe-toi, je t'en prie, choisis sagement tes distractions et aussi les camarades avec qui tu dépenseras tes loisirs. Les départs pour la campagne vont te priver d'une partie de tes relations de famille : conserve toutes celles qu'il te sera possible et ne néglige aucune des maisons où tu peux être reçu. J'ai été bien heureux d'entendre ta mère me dire qu'elle avait eu plaisir et intérêt à voir tous nos parents ; quoiqu'elle soit à une grande distance, non pas comme valeur mais comme genre de toutes les élégantes qu'elles a vues, je suis persuadé que par sa bonté sa simplicité, elle a plu généralement. Nous avons de bonnes nouvelles de Joseph ; il vient de terminer une semaine d'opérations avec le garde général de Lunéville et commence une autre campagne aujourd'hui avec son Inspecteur : celle-ci doit lui prendre quinze jours ou même près de trois semaines. Nous souhaitons pour lui que le beau temps revienne. Il avait espéré nous venir voir dimanche prochain. Mais il nous écrit hier qu'il craint de ne pouvoir le faire. Jusqu'à nouvel ordre, la proximité de Nancy est le seul avantage de sa résidence et nous souhaitons bien pour qu'il ne se décourage pas et qu'il ne cherche pas à échanger son cheval borgne (je ne veux pas parler de Coclès) contre un aveugle, qu'il lui soit possible de venir souvent se détendre près de nous. Nos chers fils nous procurent certainement bien de la satisfaction : mais ils nous donnent aussi bien des soins. Tout le monde va bien autour de moi et tous nous t'embrassons avec une vive tendresse. Ton père 9/6/1880 Nous sommes effectivement tellement indécrottables, mon pauvre ami, dans notre manière d'envisager les classements de fin d'année pour toute espèce d'École, que nous n'avons pu recevoir avec indifférence la nouvelle que tu t'es empressé, connaissant notre manie, de nous donner hier. J'ai besoin de te le dire moi-même tout de suite, de te féliciter du résultat de tes efforts, de t'assurer, si tant est que tu n'aies d'autre but, que de faire plaisir à tes parents, que tu l’as pleinement atteint, de t'encourager enfin à persévérer, ne fût-ce que pour correspondre à une toquade paternelle. Elle est au moins excusable et je te connais assez pour espérer que tu feras jusqu'au bout tout le possible pour ne pas déchoir. Rien de bien intéressant à te mander depuis avant hier ; nous allons tous toujours très bien et la St. Médard s'étant 14 passée hier assez proprement, nous espérons que le beau temps va se maintenir et la chaleur s'accuser. Nous avons jugé ton journal de voyage assez intéressant mais aussi trop peu lisible pour être communiqué à bon papa. La bonne Marie a donc pris la peine de lui en expédier une copie plus facile pour ses yeux et il aura, je n'en doute pas, du plaisir à te lire. Il nous a avisés hier de son heureux retour à Raon. Il a trouvé M. Hercule au plus bas, privé de parole et presque de sentiment, ce ne peut donc plus être que l'affaire de quelques jours. Nous avons vu avant hier le Père Didierjean qui nous a donné confidentiellement quelques renseignements intéressants pour Pierre. Le P. Grandidier à peine débarqué de Chine est parti pour l'Angleterre afin de s'entendre avec les riches catholiques anglais qui offrent un asile aux noviciats et scolatiscats des provinces de Paris et de Champagne. Il est donc probable qu'à la fin de l'année scolaire, Pierre passera le détroit ; là il ne sera pas introuvable et si le pire de sa situation c'est-à-dire sa qualité de réfractaire au service militaire le force à un long exil, il ne sera pas du moins, hors de notre portée. Il ne pourrait évidemment rentrer en France qu'après la disparition de nos ministres du jour et je ne puis douter qu'alors on passerait l'éponge sur le passé pour cette question du service. Je crois que de son côté, le père Chocarne est dans le Tyrol pour préparer une retraite aux novices d'Amiens et aux scolastiques de Flavigny. Le père Didierjean revenait de Lunéville. Il était allé voir à St

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Clément le pauvre Adrien dont la maladie de cœur a fait de grands progrès et l'a forcé à quitter Nancy pour la campagne. Il l'a trouvé extrêmement changé, maigri et je crains bien que ce ne soit le commencement de sa fin. Le père Didierjean a poussé jusqu'à Azerailles. Là, l'oncle Lolo a eu des accidents qui font craindre qu'il n'aille plus bien loin. Maman songe toujours à aller avec les petites passer quelques jours près de bon papa non pas la semaine suivante, mais la semaine d'après. Ils iraient probablement à Thon si le temps s'y prêtait et je suppose que la St JeanBaptiste15 (que tu n'auras garde d'oublier) les trouveront en forêt. Demain nous entrons dans notre 25ème année de mariage et nous nous berçons de l'espoir que si l'an prochain Dieu nous donne de faire nos noces d'argent, notre cher Maurice pourra venir les fêter avec nous. A Dieu, cher fils, reçois encore une fois nos compliments et les caresses de tous ceux qui te sont chers. Ton père affectionné. Il parait que Madame Henri a encore donné de bonnes paroles à ta mère au sujet des photographies. Néanmoins je crois que c'est encore fini pour cette année et qu'il t'en faudra recommencer le siège à la rentrée. 12/6/1880 Mon bien cher fils, ta marraine vient de me communiquer à mon grand étonnement le désir qui la tourmente d'aller embrasser aussi son cher petit-fils Pierre qu'elle craint de ne plus revoir. La pauvre femme craignait que je ne la critiquasse et comment pourrais-je blâmer un désir si légitime et si touchant. Elle me garantit qu'elle a la force de faire ce voyage ; je ne saurais donc m’y opposer ; mais je ne me sens pas le courage de m'exposer aux émotions que me causerait cette entrevue si je l'accompagnais. Pendant que nous débattions les possibilités et difficultés de l'entreprise, l'idée m'est venue que tu songeais toi-même à aller prochainement, je crois, embrasser ton frère. Je viens donc te demander si tu ne pourrais pas me rendre le service de te charger de ta marraine et de la piloter pour la partie la plus difficile du voyage c'est-à-dire de Paris à Amiens (aller et retour). La sachant entre les mains de son filleul j'avoue que j'aurais l'esprit bien plus tranquille et qu'exécuté dans ces conditions ce voyage nous procurerait à tous satisfaction et consolation. Mais il ne faudrait pas trop tarder. Dis-moi donc si, à un jour de la semaine prochaine que tu fixerais à ta convenance, je pourrais mettre ta grand-mère en wagon pour Paris à 10 h.20. Tu la recevrais à 5 heures à la gare de Strasbourg. Vous dîneriez en face et en vous embarquant à 6h.10 à la gare du Nord, vous seriez à 8h.32 à Amiens. La journée passée avec Pierre, vous reviendriez coucher à Paris ; tu pourrais peut-être le lendemain matin conduire Bonne-maman entendre la messe à N.D. des Victoires et après une bonne tasse de café prise à la Rotonde, tu l'embarquerais dans l'express de 9h.15 qui nous la rendrait, j'espère, à 3h.52. Tout cela est un peu vif, mais me semble praticable et peut-être encore moins fatigant qu'un voyage à étapes comme celui de maman et bon papa. Bonne maman voyagerait sans bagages, mais il va sans dire que les voitures ne sont pas faites pour les chiens et que tu lui en ferais prendre. Nous songeons à l'instant que tu avais l'intention de te trouver à Amiens pour la fête du R.P. Recteur, qui, je crois, se célébrera le 24. Mais je suppose que l'intérêt d'assister ta grandmère dans son voyage prédominerait celui que pouvait t'offrir cette solennité. Réponds-moi le plus tôt possible, cher ami. Nous allons tous bien et t'embrassons de tout notre cœur. Après une semaine d'opérations, Joseph nous arrive ce soir pour passer la journée de demain. 14/6/80 Cher ami, J'attendais une lettre ce matin mais ton télégramme a parfaitement suffi. Comme réponse, je t'annonce que demain mardi 15, j'embarquerai Bonne-maman à 10 h.20 et que tu la recevras, j'espère, saine et sauve à 5 h. Ne compte pas sur ses yeux mais sur les tiens pour la saisir au sortir de la gare. Elle aura besoin de dîner et vous n'aurez pas trop de temps pour le faire. Peut-être ferais-tu bien avant de la recevoir et pour ne pas perdre de temps, de commander un potage, un plat de viande et un légume au café-restaurant que je t'indiquais et dont je me suis plusieurs fois bien trouvé. Il est à droite de la gare en tournant le dos à la façade. Ne s'appellerait-il pas le café Français ? A partir de là, je ne puis plus que recommander ta marraine et aïeule à tes meilleurs soins. J'espère que tout ira bien ; j'ai confiance dans ses forces, mais je redoute un peu la chaleur qui la fatigue et surtout sa vue et la vivacité de ses mouvements. Vous irez sans doute

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deux fois à St. Acheul dans la journée de mercredi. J'estime que pour les deux aller au moins , il faudra prendre une voiture à la gare d'Amiens. Quoique Bonne-maman ne paraisse pas partisan de mon itinéraire qui vous fait mercredi soir rentrer à Paris pour y coucher à ton hôtel et qu'elle penche pour coucher encore à Amiens, je persiste à penser que mon idée est la meilleurs parce qu'en quittant Amiens jeudi à 6 h. du matin, c'est-à-dire au plus tôt, elle manquerait le train partant à 9 h. 15 de Paris qui me parait le meilleur pour la réintégrer chez elle. Enfin, je ne puis compter avec l'imprévu et je m'abandonne à toi du soin de faire selon les désirs de la voyageuse et pour le mieux. Joseph vient de nous quitter après avoir passé hier une bonne journée avec nous ; il est bien portant et content. Il se repose cette semaine et verra demain passer à Cirey, Bon papa allant passer la semaine à Thon. Ce dernier va donc bien et rentrera sans doute à Raon vendredi pour recevoir samedi, je pense, sa fille qui avec Mathilde Jean et Marie lui donnera la semaine prochaine. Je te quitte pour écrire un mot à Pierre et vous annoncer. Nous vous souhaitons un bon voyage et t'embrassons tendrement. Ton père 24/6/80 Mon bon fils, la lettre par laquelle François s'est chargé de t'annoncer l'heureuse rentrée de ta grand-mère à Nancy s'est croisée avec la tienne et t'a apporté de nos nouvelles. Je n'ai donc pas aujourd'hui grand-chose à t'apprendre. Je veux cependant te remercier moi-même d'avoir accompagné comme tu l'as fait ta grand-mère dans son voyage d'Amiens et je tiens à te dire que nous te savons tous le meilleur gré des soins que tu as pris d'elle. Elle nous est revenue sans le moindre accroc, sans fatigue, le cœur satisfait et toute émerveillée d'avoir en si peu de temps franchi tant d'espace. Le bon Pierre nous a déjà écrit depuis son retour, mais ne nous a rien appris de nouveau. Te voilà jouissant d'un repos relatif et je t'en félicite : je te demande seulement de ne pas t'endormir dans les délices de Capoue et de ne pas perdre l'habitude du travail. Je suis peiné des nouvelles que tu nous donnes de M. des Mares et de le savoir compromis de là sorte ; c'est un aimable homme et je remercie Dieu de me l'avoir fait revoir quelques instants l'an dernier. Pourvu que la santé de Gabriel ne soit pas sérieusement attaquée. Je ne puis me défendre de songer avec effroi pour sa mère à la fin prématurée de son père. C'est aujourd’hui la saint Jean Baptiste et quoique nous soyons on ne peut mieux représentés auprès de Bon papa, j'aime à penser que personne n'a manqué au rendez-vous que nous assignait sa fête. Des nouvelles que j'ai reçues de Raon sont très bonnes et j'espère que samedi ta mère nous reviendra avec les trois petits. Elle a pu passer l'après-midi de dimanche avec Joseph qui avait pu venir donner cette journée à son grand-père et a poursuivi lundi avec son inspecteur le cours de ses opérations. J'ai été souhaiter ce matin la fête au père Didierjean qui arrivait de donner une retraite à Portieux. Il m'a apporté d'excellentes nouvelles de Sr. Julienne et tous les pieux souvenirs de Rome destinés à ses neveux et nièces. Certains sont doubles et le petit reliquaire que Marie porte à cette heure même au Sacré-Cœur contient avec des reliques de Ste Thérèse des reliques de St Maurice. J'ai renouvelé au père Didierjean mes offres d'hospitalité, mais il est désigné, m'a-t-il répondu, pour se réfugier le 29 au moins provisoirement à l'hôtel Beaupré. Les Dominicains paraissent ne pas devoir être le 29 traités aussi rigoureusement que les Jésuites et on prétend que la Préfecture n'a pas reçu d'ordres d'expulsion qui les concernent. J'ai vu avant-hier chez un de tes anciens condisciples de St Clément, le père Lebrun qui vient d'être fait prêtre à Flavigny et qui m'a chargé de le rappeler à ton souvenir. Le père Bourgeois m'a appris que le lieutenant de Lignières vient d'être victime d'une chute de cheval fort grave. On ne savait pas encore s'il ne faudrait pas lui couper la jambe. C'est fort triste et ce qui ne l'est pas moins c'est que ce garçon est tout à fait tombé dans le désordre. Nous avons eu dernièrement de bonnes nouvelles de Sr Réginald par Alphonse Geny que des affaires avaient appelé à Langres et qui est allé lui faire une visite. Il ne l'avait pas vue depuis 26 ans et ne l'a pas trouvée trop changée. A Dieu, cher ami, tous tant que nous sommes ici, nous t'embrassons bien tendrement. Ton père et ami. 29/6/1880 Ni moi non plus, mon cher fils, je n'ai pas grand chose à te mander et j'avoue que j'aime toujours beaucoup cette absence de nouvelles, les mauvaises du moins manquant. Voici le petit courant qui est aussi satisfaisant que possible. Maman nous est revenue samedi en parfait état, bien

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heureuse de la semaine passée avec Bon papa, mais ne ramenant que Mathilde, Bon papa a gardé Jean et Marguerite pour leur faire passer cette semaine à Thon et il a dû s'y rendre hier. Le temps est des plus propices et je pense que cela fera du bien à tous. De son côté, Joseph doit terminer à peu près cette semaine sa campagne de martelage avec l'Inspecteur. Il opérera surtout dans Bousson et je crois qu'il lui conviendra d'aller prendre gîte chez son grand-père. Nous espérons sa visite dimanche. J'ai reçu dernièrement un petit mot du pauvre Pierre me demandant une autorisation paternelle écrite d'aller comme étudiant en théologie passer ses vacances en Belgique. Est-il parti à cette heure sans attendre le moment fatal ? Attendent-ils l'expulsion ? Nous l'ignorons. Mais il y a évidemment changement de programme, puisque nous croyions qu'après avoir passé à la Providence les deux mois de répit donnés aux maisons d'éducation, le noviciat irait en Angleterre. Pierre nous prie de garder le silence à son endroit. Nous sommes certainement dans une bien triste passe pour ce cher fils et pleins d'anxiété et de sollicitude à son sujet ; mais je trouve une grande consolation à penser que tous vous l'avez trouvé plein de confiance et d'abandon en la Providence, animé d'une persévérance inébranlable dans sa voie, en un mot, Jésuite à la vie, à la mort. Qu'il m'eût été pénible de le sentir hésitant, incertain. La plus grosse question pour lui est celle du service militaire. Il devrait tirer au mois de janvier prochain. Faut-il le laisser être réfractaire et l'exposer aux conséquences bien graves ? Y a-t-il un moyen de tourner la difficulté ? Nous étudions la chose. En tout cas, prions bien pour lui. En fait de service militaire, François paraît décidé à faire son volontariat l'an prochain et je crois qu'il a raison. Il me semble difficile qu'il intervienne une nouvelle loi militaire avant la fin de la session et les dispositions qui pourront être prises l'an prochain seront certainement moins favorables que celles en vigueur. Quoiqu'il fasse, il y aurait donc intérêt pour lui à être débarassé de ce côté. Nous sommes tu le penses bien, très occupés aussi de nos amis et voisins les Pères Dominicains et ta bonne mère se multiplie pour donner, s'il y a lieu, l'hospitalité à autant d'eux qu'elle pourra. Seront-ils aussi exécutés demain ? Les nouvelles à ce sujet sont contradictoires, mais les projets de nos tyrans se préparent dans un secret de triste augure. Quoique les temps ne soient pas à la joie, je viens avec François de vider chez eux une bouteille de champagne oubliée des fêtes dernières et demain je serai chez eux à 4 h. du matin pour servir s'il y a lieu, de témoin à leur expulsion et à la violation de leur domicile. Quelle infamie et que de belles choses ont été dites en pure perte pour les défendre par les Pasquier et les Broglie. Tu n'es pas assurément sans les avoir lues. J'ai reçu dimanche ton bulletin très détaillé de l'École des Mines. Tu es bien 3ème bis avec 884 points sur un maximum de 1160. Je serais curieux de savoir le nombre de points du premier. Quoiqu'il en soit, je suis toujours bien heureux, très cher fils, de ce résultat et espère que tu persévéreras. Le dernier correspondant m'apporte sur la Suède un article qu'en raison de ta pensée d'aller l'an prochain visiter ce pays, je vais lire avec intérêt. André et Thérèse vont très bien. On se plonge ici quotidiennement dans la Meurthe et tout à l'heure Marie va tenter de la traverser, sous la conduite, bien entendu, de son nageur. A Dieu, cher ami, Bonne maman et Rose sont toujours bien sensibles à ton souvenir et tous nous t'embrassons bien affectueusement. Ton père. Renseignements pris, je crois savoir que l'accident de cheval de Lignières n'est pas très grave et qu'il en sera quitte pour quelques jours ne repos. 10/7/80 Nous te savons bien bon gré, mon bon fils, de la démarche que tu viens de faire près d'André et de la célérité que tu as mise à nous en rendre compte. C'est toujours un grand bonheur et une grande consolation pour moi de voir que tu me supplées parfaitement auprès de notre cher collégien et les soins paternels que tu lui rends nous sont une preuve bien touchante de l'union qui existe et ne cessera jamais d'exister entre nos chers enfants. Cette course à Reims t'a causé, nous le voyons, un peu de fatigue, mais il n'en reste plus trace, j'espère, et à part cela, elle a réussi parfaitement. Dieu veuille que ce ne soit pas la dernière sortie dont tu fasses jouir ce brave André. Je n'ai pas aujourd'hui grand’ chose d'intéressant à te communiquer. Nous n'avons pas de Pierre d’autres nouvelles que celles que la lettre que tu nous renvoies nous a apportées. Le noviciat est donc dispersé pour le moment où et quand se reformera-t-il ? Nous avons eu dimanche dernier la visite de Joseph et d'Alphonse Didion. Le premier venait de terminer le gros

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de ses opérations et pourra faire seul et en son temps, celles qui restent ; il espère pouvoir revenir passer auprès de nous la fête du 14. Le second n'ayant pas d'argent dans sa caisse pour payer la quinzaine de ses ouvriers, avait trouvé plus simple de les planter là et de venir prendre l'air auprès de nous. Cela ne prouve pas que les affaires qu'il dirige soient très florissantes. Il a promis à Joseph de lui procurer un jeune chien d'arrêt qu'il amènerait bientôt s'il parvient à l'extorquer à son propriétaire et dont l'éducation serait confiée à Portmann. Nous allons tous bien. François, quoique très lancé dans la préparation de son examen, est allé dimanche rechercher Jean à Raon. Marguerite n'en reviendra probablement plus avant que nous n'y allions pour les vacances. Depuis le retour de François, nous sommes sans nouvelles d'elle et de bon papa. Mais nous espérons qu'ils vont bien tous les deux. Nous avons reçu hier la visite de la tante Marie arrivée récemment à la Neuve ville avec Camille et ses enfants pour y passer deux mois. Tous vont aussi bien que possible. Jusqu'à hier soir, nous avons été sur le qui-vive pour les Dominicains et nous nous attendions à les voir exécuter ce matin. Mais une dépêche est arrivée annonçant qu'il n'y avait encore rien à craindre pour le 16. Ce n'est pas une vie que l'existence de ces pauvres pères ayant pris toutes leurs mesures pour se disperser et n'étant plus sûrs du lendemain. Il serait à désirer que d'une façon ou de l'autre cela finît. Peut-être le départ imminent du Nonce fait-il hésiter et va-ton, se contentant des Jésuites dont on voulait surtout se défaire, entrer pour les autres dans la voie des arrangements ? Mon pauvre camarade de Loppinot a enterré hier son fils aîné âgé de 21 ans, enlevé en quelques jours par un transport au cerveau. On disait que ce pauvre jeune homme avait conçu un grand chagrin de se voir encore inadmissible à St. Cyr après de sérieux efforts tentés pour y arriver. Nous avons parfaitement reçu ta lettre du 30 juin et je n'ai rien compris aux réticences que ta mère avait cru voir dans ta correspondance et dont elle a pu te parler. Tu seras probablement à Paris le 14 ; mais je t'en prie évite les bagarres et les manifestations auxquelles cette fête pourra donner lieu. Tu nous as parfaitement mis au courant de ton projet de voyage en août. Quel temps penses-tu que cela te prendra ? M'est avis que nous ne te verrons guère arriver que pour l'ouverture de la chasse. A Dieu, cher ami, ne vas pas te perdre demain dans les catacombes. Tous nous t'embrassons bien tendrement. Ton père et ami. Il nous arrive à l'instant de satisfaisantes nouvelles de Raon. 15/7/80 Char ami, je viens de mettre en wagon Joseph qui est venu selon sa promesse, fêter avec nous le glorieux anniversaire de la prise de la Bastille. Arrivé hier à 10 h., il est reparti ce matin à 6 h. très pressé qu'il est de besogne. Son service est vraiment un peu trop chargé mais que faire en un Cirey si l'on n'y travaille ? Cette journée d'hier a été malheureusement splendide mais aussi caniculaire. Elle s'est passée à Nancy sans orgie démocratique, au moins à ma connaissance. Il est vrai que je n'ai vu des réjouissances que les frapouilles 16 tricolores qui remplissaient certains quartiers et l'ascension d'un ballon assez propre devant St. Sébastien. (Le temps était fait pour les aérostats). Le meilleur de notre journée a été un bon bain de Meurthe avec Joseph. Le soir, nous avons essayé de faire voir les illuminations à Marie Élisabeth et Paul. C'est toujours ici la même chose, la Pépinière offrait une cohue infranchissable et nous sommes rentrés bien vite nous coucher à 9 h. Il y avait un feu d'artifice à 10 h. Joseph seul l’a vu et nous a rapporté qu'il était difficile de voir quelque chose de mieux raté. Que se sera-t-il passé à Paris ? Rien d'extraordinaire, j'espère ; mais rien de bon, à coup sûr. Mon François parait très alarmé de matin, annonce la défaite des opportunistes et présage la Commune à bref délai. Je crains qu'il n'ait raison et que nous ne soyons à la veille de voir de grandes et tristes choses. En attendant, nous avons reçu ce matin des nouvelles de Pierre et nous nous estimons heureux de le savoir où il est. Je voudrais pouvoir te communiquer sa bonne et bien consolante lettre, mais je la dois à son grand-père qui réclame les nouvelles que nous pouvons avoir de son cher petit-fils. Je puis te dire du moins qu'il est on ne peut mieux sous tous rapports et surtout dans les dispositions d'esprit les plus rassurantes. Il annonce qu'il va pouvoir mettre sa correspondance au courant et jusqu'à nouvel ordre, maintient son adresse: M. Liagre, ancienne abbaye, etc, etc... Nous allons tous bien et ta bonne mère Marie et Zizi viennent de partir malgré 27 degrés à l'ombre pour le Sacré-Cœur, puis de là la Meurthe. Je m'imagine qu'il doit faire bien bon des jours comme ceux-ci dans les Catacombes. Je te félicite d'avoir eu une audition de Guillaume Tell qu'il est

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difficile d'en avoir une plus belle. J'en connais un peu la musique mais jamais je ne l'ai entendu sur un théâtre. Je suppose que tu n'attends que tes bottes pour nous envoyer ton équipement d'artilleur. Il vaudrait mieux qu'il arrivât à Nancy avant que nous l'ayions quitté afin que nous le déballassions et le disposassions convenablement. Jean ne sait pas encore lire mais il ne s'en faut plus de beaucoup. Adieu, bien cher fils, tous nous t'embrassons avec la plus affectueuse tendresse. 26/7/80 Mon bien cher fils, je suppose que les 300 F. en un billet à ordre sur la Banque de France ci-joint réunis aux 200 qui te resteront, me dis-tu, à ton départ de Paris, te suffiront pour exécuter ton voyage. S'il en était autrement, tu m'en aviserais, et soit avant ton départ, soit à une de tes stations, je t'expédierais d'autres fonds. Nous avons été heureux d'apprendre que tu es toujours en bon état, sauf les ampoules que te donne le maniement d'instruments tous autres que ceux d'arpentage. Nous voulons espérer, ta bonne mère et moi, que cette petite villégiature anticipée se passe en tout bien, tout honneur, et que les distractions que tu prends ne nuisent pas à ton travail d'exercice sur le terrain et à l'acquisition d'un certain bagage de connaissances utiles. Je compte aussi que tu feras sérieusement ton voyage et que tu en rapporteras les éléments pour présenter un journal ayant quelque valeur. Tu as acquis un bon rang qu'il faut travailler à soutenir. Je ne pense pas comme toi, qu'Henri Schneider puisse prendre ombrage de ta visite à Decazeville mais je te recommande encore une fois de faire tout le possible pour le contenter. Nous allons tous bien malgré de fortes chaleurs auxquelles nous ne remédions qu'imparfaitement par des bains de rivière. La Meurthe est devenue si chaude. Bonne maman seule est assez abattue par la canicule. Je craindrais si cela allait toujours en augmentant que sa santé ne s'altérât. Joseph nous est venu samedi et vient de repartir. Il avait été attiré par les Courses, mais elles ont été fort maigres. Sur six, on nous en a supprimé une et deux ont été courues par un seul cheval. Juge un peu de l'intérêt qu'elles offraient. Enfin, il y en a eu 3 passables, l'assistance était assez nombreuse et le temps à souhait. Joseph pense revenir dimanche prochain pour la seconde journée et Alphonse Didion s'est annoncé. Le matin, nous avions assisté à la remise des drapeaux qui a eu lieu avec tout l'éclat possible en province. Nous avons reçu ce matin de bonnes nouvelles de bon Papa qui a passé la semaine dernière à Thon avec Marguerite ; il paraît que cette chère petite s'est enfin décidée à marcher. Hercule Ferry devenu fou furieux est enfermé dans une maison de santé près Strasbourg. Ses affaires sont fort mauvaises et bon papa a de grandes chances de perdre 5 000 F. qu'il lui avait prêtés il y a peu de temps. Nous pensons toujours gagner Raon le 7 août et après l'Assomption, nous voudrions aller faire un premier séjour à Thon avant les chasses. Après 8 ou 10 jours nous reviendrions pour recevoir Bonne-Maman, puis toi. Ne perds pas de vue l'envoi que tu dois nous faire avant notre départ et désigne-nous ce que nous devrions t'emporter à Raon ; car je suppose qu'en venant nous rejoindre, tu ne passeras pas à Nancy. Nous croyons savoir que le pauvre Denis va toujours plus mal et qu'on est mécontent à St. Clément que le docteur ne vienne pas le voir et se contente de lui envoyer ses ordonnances. Je ne te dis pas cela pour intervenir, le docteur sait ce qu'il a à faire. A Dieu, cher ami, tous nous t'embrassons bien affectueusement. As-tu souvenir d'avoir en septembre dernier rapporté à Raon à Joseph une paire de lunettes, à François un binocle, le tout pris chez Bellieni. Il nous est réclamé la facture et nous ne savons si tu avais ou non payé. Pour moi, je crois que cela est dû. Rassemble tes souvenirs et communique les moi, en m'accusant réception de mon billet de 300 F. et me disant si tu le juges suffisant. 3/8/80 Mon bon fils, avant de recevoir ce matin ta lettre du 2, nous avions reçu dimanche ta carte postale et ta clef. J'espère que la caisse qu'elle est destinée à ouvrir ne tardera pas beaucoup car nous comptons partir samedi et fermer la maison. Nous avions dimanche auprès de nous encore Joseph et Alphonse Didion venus tous deux pour la deuxième journée de courses qui a été intéressante, mais gâtée par la pluie. Depuis, cette pluie n'a guère cessé et je m'en réjouis surtout pour Bonne maman que les chaleurs excessives commençaient à éprouver singulièrement et qui se trouve mieux de la température supportable qui nous est venue. Nous allons donc tous aussi bien que possible et nous allons vaquer à notre déménagement de vacances. Hier soir, à 11h.

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nous est arrivé André très bien portant à la tête de 8 prix et 3 accessits. C'est jeudi que Thérèse, Paul et Jean entreront en liberté. Les vacances commenceront pour les enfants et les fatigues pour les parents. Nous avons l'intention après l’Assomption, d'aller faire un séjour à Thon après lequel nous reviendrions pour recevoir Bonne maman puis toi. L'ouverture en Lorraine est fixée au 1er septembre. Nous savons Bon papa bien portant et sans Marguerite en forêt d'où il reviendra samedi en même temps que nous lui arriverons. Je te félicite d'avoir enlevé d'arrache-pied tes travaux de cabinet, et j'aime à espérer que dans ton zèle à t'en débarrasser, tu ne les as pas bâclés. Je n'ai pas à critiquer ton itinéraire et suis sans qualité pour le faire. J'ai assez confiance en toi pour penser que tu l'organises pour le mieux et évites les contremarches et les frais inutiles. Nous avons appris ces jours derniers que Mgr. de Bourges doit aller prendre les eaux de Contrexéville ; nous ne connaissons pas l'époque de sa saison ; mais comme c'est lui surtout que tu aurais â cœur de voir, je t'engage à ne pas songer sérieusement à cette station sans t'informer si tu as chance de le rencontrer. N'oublie pas les Fontenay qui te désirent à Autun. Pourvu toutefois que tu n'ailles pas retomber dans la noce même d'Henri. Tu en sauras peut-être quelque chose au Creusot. Bon voyage, mon bon fils, et donne-nous de tes nouvelles. Je suis heureux des succès d'Eugène Schneider mais je crains bien pour lui et pour André que les tentatives des Pères pour séculariser leurs collèges ne soient un biais que les Paul Bert et Cie ne toléreront pas. J'ai reçu avis officiel de la transformation du Collège de Reims, et pensant qu'il faut vivre au jour le jour, je compte y renvoyer André. Mais cela pourra-t-il prendre et combien de temps cela durera-til? Je suis sans confiance. Les bêtes brutes et féroces qui nous mènent triomphent dans le renouvellement des Conseils Généraux et vont s'enhardir pour achever d'exécuter les congrégations religieuses. Tout cela est effrayant au possible. J'ai passé la matinée en démarches avec François pour le volontariat ; il a été trouvé suffisamment bel homme à la visite du médecin et comme c'est là, je crois, l'examen capital, nous avons j'espère, chance d'aboutir et de voir ce brave Chofia l'an prochain en troubadour français. Tu devines bien qu'il a fait ses deux concours à sa satisfaction et n'a eu hier à son examen que des boules blanches. J'ai bien reconnu ta digne mère à l'offre qu'elle a faite de se charger de Félicie Bastien. Je ne lui vais pas à la cheville et j'avoue que peut-être je n'aurais tout d'abord pas donné volontiers les mains à ce surcroît de charges ; mais, en y réfléchissant, je reconnais bien vite que nous sommes bien en reste avec les bons Bastien qui ont tant fait pour toi et je m'associerai de mon mieux à leur faire ce petit plaisir. Maman écrit un mot à Henriette et lui annonce que notre départ aura lieu le 7. J'ai bien des démarches et des apprêts à faire, cher fils et il faut que je te quitte. Encore une fois bon voyage et sois à nous le plus tôt possible. Tous nous, t'embrassons bien tendrement. Ton père affectionné. Pour recevoir un peu de nos nouvelles, donne-nous bien tes adresses. 12/8/80 Mon bien cher fils, ta lettre impatiemment attendue ne nous est arrivée qu'hier soir 11, quoique datée du 8. En quittant Nancy, j'avais prévenu Bonne maman que je lui écrirais qu'après avoir reçu de tes nouvelles, mais j'ai dû le faire hier et me borner à lui dire que nous te supposions bien portant et très occupé. Tout cela se trouve réalisé par ta lettre et nous sommes bien heureux de voir ton voyage débuter heureusement. Pour toi, j'espère comme pour nous, le temps s'est remis et nous en profitons en promenant le plus possible tout notre monde. Utilise bien tous tes moments, offre nos meilleurs compliments à tous nos parents et montre-toi bien reconnaissant de l'hospitalité qui t'a été offerte et dont ton camarade X a la bonne fortune de profiter. Tu ne nous oublieras pas bien entendu, à Autun. Ta malle et le sabre nous sont parvenus en temps utile ; je l'ai défaite, disposé dans ta chambre ce qui devait rester à Nancy et j'ai apporté ici les vêtements que tu m'avais désignés. Mais tes bottes m'intriguent, où doit-on te les adresser ? As-tu réfléchi que le numéro 3 de la rue des Chanoines est fermé et, qu'après notre séjour à Thon, Bonne maman doit venir nous retrouver ici. Pour qu'elles ne s'égarent pas, le mieux eût été, je crois de nous les faire adresser à Raon. J'espère que tu as songé à tout cela. Samedi, au moment de nous embarquer, j'allais prendre congé de ma pauvre mère que nous laissons toute seule, et comme elle était à son ordinaire la veille, grande a été ma surprise de la trouver au lit. Elle avait été prise d'envies de vomir fort pénibles et d'étourdissements, je me suis immédiatement rendu chez le docteur décidé à laisser partir tout mon monde et à attendre pour voir ce que cela donnerait. Le

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médecin m'a dit qu'il ne voyait rien de grave ; il a prescrit de la glace et la diète. Dieu merci, la nuit a été bonne, le malaise a à peu près disparu ; le lendemain dimanche un peu de café au lait a été digéré et, débarassé d'inquiétude, j'ai pu dimanche soir venir retrouver mon monde, convenant que si Rose ne m'écrivait pas, tout irait bien. Jusqu'ici, je n'ai rien reçu, mais avant-hier Augusta, arrivant à Raon, a eu l'attention de venir me dire qu'elle avait vu ma mère avant son départ aussi bien que possible. Ce malaise était nerveux, provenait ou des grandes chaleurs ou d'une affection du foie qui date déjà de loin et qu'on ne guérira plus guère maintenant. Augusta nous a aussi appris que Charles Jacquot s’est fait refuser pour la 3ème fois et que Mad. Mangenot va de nouveau s'affaiblissant. Tout le monde ici va on ne peut mieux, bon papa toujours merveilleux de conservation physique, m'a étonné avant-hier par la vigueur avec laquelle il est monté à la Madeleine et nous en a fait visiter toutes les parties. Maman est en état de nous accompagner dans nos promenades et prend un repos relatif. Tu n'es pas sans savoir que c'est dimanche l'Assomption et que nous célébrons en ce jour de nombreuses fêtes. Nous n'oublierons ni MarieMaurice ni Marie-Réginald, ni Marie-Julienne. Joseph compte venir passer la journée avec nous et il est très probable que, dès samedi matin, ta mère, conduite par Baptiste ira chercher son aîné à Cirey et voir sa modeste installation. Avant de quitter Nancy, nous avons reçu d'excellentes nouvelles de Pierre qui allait aussi entrer en vacances et songeait sans amertume à celles de tous les siens réunis. François n'a pas eu dans ses concours d'aussi beaux succès que l'an dernier ; il n'a que le deuxième prix de procédure et en droit civil, une mention très honorable, très proche du deuxième prix ; on lui reproche, je crois et avec raison, de trop travailler dans les livres et de ne pas assez s'exercer à développer des idées. Il est encore jeune et travaille trop en collégien studieux, s'il est admis à faire son volontariat, il compte choisir l'infanterie ; les chasseurs à pied à St. Dié feraient bien son affaire. Pour s'exercer déjà à porter le sac, il est probable qu'il nous quittera samedi pour se joindre à une petite caravane dont M. Adrien sera sans doute le chef, et qui, sous les auspices du Club Alpin Vosgien va faire en 13 jours à peu près la tournée de l'Oberland que nous avons faite avec Joseph. L'itinéraire tracé par M. de Miscaut me paraît très bien fait et laissant de côté la Grimsel et la Furka, comporte l'ascension du Titlis qui doit être assez intéressante. J'espère que notre cher voyageur saura se débrouiller et est de taille à se tirer partout d'affaire. Souhaitons lui donc du beau temps. Bon papa donne bien entendu, les 300F. que doit coûter l'excursion presque toute pédestre. Joseph nous quittant lundi, nous voudrions dès mardi monter tous à Thon pour passer huit à dix jours suivant le temps. Mais l'homme propose et Dieu dispose, et comme toujours je distingue déjà qu'il nous est difficile de réaliser nos projets. Ce matin nous arrive une lettre d'Henriette qui nous annonce déjà que Félicie est de nouveau accrochée par la santé et qu'elle né voudrait nous l'envoyer qu'en meilleur état. Elle nous demande nos projets, heureusement sa lettre se croise avec une de ta mère qui les lui communiquait et demandait de presser ou retarder l'envoi de Félicie. Henriette nous dit aussi que la situation du pauvre Adrien est de plus en plus inquiétante et avec sa lettre, Bon papa en ouvre une de Lucien Thomas qui lui annonce qu'il est mort hier soir. François, ta mère et moi irons demain à l'enterrement. Peut-être y verrons-nous le docteur et sa femme qui aurait pu se décider à nous amener leur fille. Je ne puis m'empêcher de songer qu'il y a de plus grands malheurs que la mort du pauvre Adrien, il était seul au monde et condamné, je crois, depuis longtemps. Mieux vaut donc que le bon Dieu l'ait pris avant qu'il n'ait fondé une famille ; mais c'était un bien honnête garçon qui aimait le bien et aurait pu en faire. Dieu le prendra assurément dans sa miséricorde. A Dieu, cher fils, porte-toi bien et continue heureusement ton voyage. Tes lettres seront toujours les bienvenues. Tous nous t'embrassons bien tendrement. 20/8/1880 Thon. Mon bien cher fils, ta longue lettre du 17 nous a été apportée ici hier soir ; tous les détails qu'elle contient nous ont vivement intéressés. Nous ne pouvons rien dire aux modifications que tu as cru devoir faire subir à ton itinéraire. Tu agis, je suppose, en connaissance de cause et tu sais mieux que nous si ta visite d'usines modifiée ne sera pas mal vue de ton administration. Il me semble qu'à part la question de compagnie, le camarade que tu t'es attaché t'a été plus gênant qu'utile, et que sans lui, tu aurais évité ce changement de gîte renouvelé et ces dépenses d'hôtel qui ne m'étonnent guère dans un centre aussi populeux. Enfin, je ne crains pas de te

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recommander encore de rendre ton voyage aussi fructueux que possible et de témoigner à Madame Schneider toute la reconnaissance et la nôtre. Il va sans dire que tu seras toujours le bienvenu. Nous sommes ici depuis mardi. Bon-papa nous y a suivis mercredi avec sa Marguerite et notre séjour est favorisé par le temps. La chaleur est forte mais deux petits orages l'ont tempérée. Tout le monde va aussi bien que possible. Le docteur venant à l'enterrement de Denis, nous a amené Félicie, et nous remarquons déjà sur elle l'heureuse influence de l'air des sapins. Elle a bon appétit, gambade avec les nôtres, et, contrairement à nos appréhensions, se passe facilement de sa mère. Nous pensons ne rentrer à Raon que sur la fin de la semaine prochaine. Nous avons eu hier toute la journée M. Mengin, l'ancien Inspecteur de Joseph, sa femme et ses enfants qui sont en villégiature à Luvigny et le Garde général est venu dîner avec son chef regrettable et regretté. Grâce à l'industrie de Maman, à notre habile pêcheur André (nous avons déjà piqué 64 truites) le dîner a été suffisamment copieux et le chemin de fer a fait joyeusement passer l'après-midi. Nous avons aussi reçu hier un mot de notre touriste daté d'Arth près Lucerne. Il est en bonne compagnie et nous nous félicitons bien du temps qui favorise son excursion. Il nous reviendra sans doute en même temps que toi. Bon papa va aussi bien que possible ; quant à ma pauvre mère, elle m'a écrit qu'elle ne se remettait pas vite. François me le confirme et je suis tourmenté de la sentir seule. Elle ne semble plus décidée à venir nous rejoindre à Raon, mais j'espère encore que s'il n'y a point d'inconvénient à la faire voyager, toi ou François vous la déterminerez à venir. Je te quitte pour lui donner un mot de nouvelles et porter mes lettres à Raonsur-Plaine. Tous nous t'embrassons tendrement en te disant déjà à bientôt. Ton père. 25/8/80 Thon. Cher fils, nous avons reçu hier soir 24 ta lettre du 22 et nous te savons bien bon gré de l'exactitude que tu as mise à nous donner de tes nouvelles durant ton voyage. Nous sommes toujours tous en bon état, comme pour toi, il ne s'est guère passé de jour sans orage, mais en somme, nous avons pu sortir tous les jours. Nous n'avons pas eu de ces pluies persistantes qui vous bloquent à la maison avec toute la marmaille et nous devons nous estimer heureux de notre séjour. François a été, je pense, aussi favorisé. Dans une de ses cartes postales il nous dit du moins qu'il a eu un beau panorama du Righi ; d'après son itinéraire de 13 à 14 jours, il doit rentrer le 28 ou le 29. Pour nous, nous attendons ce soir pour dîner et coucher Joseph qui est en opération dans Bousson et puis nous retournons demain à Raon. Nous laissons derrière nous Bon papa qui va passer une journée au Houzard et ne rentrera que samedi. Je compte aller passer la journée de samedi à Nancy pour voir ma mère, je suis sans nouvelles d'elle, il est vrai que je l'ai priée de ne pas se fatiguer à m'écrire et que je puis conclure de ce silence absolu qu'elle n'est pas plus mal. S'il en était autrement, Rose m'écrirait. Si la chose est possible, je tâcherai d'entraîner ma mère auprès de nous. Dans le cas où je réussirais, peut-être ne trouverais-tu plus que Rose, et encore ? Enfin, j'espère qu'elle y sera pour que tu puisses entrer dans la maison et si je vais à Nancy samedi, je lui donnerai des instructions en conséquence. Je compte aller faire lundi à Hablainville le lendemain de l'ouverture. A Dieu, cher fils, rappelle-nous encore une fois au souvenir de tout ce que tu pourras voir de Schneider. Fais nos remerciements à ta bonne hôtesse et à bientôt. Ton père et ami. 8/10/1880 Bien cher fils, en réponse à ton bon petit mot, du 6, je t'avise que Joseph nous prévient ce matin de son intention de nous arriver demain 4h.55 pour passer à Nancy la journée de dimanche. Il a invité l'ingénieur civil Keller à déjeuner à la maison dimanche à 11h.30 et ledit ingénieur a accepté. D'autre part, Bon papa nous écrit ce matin de Thon que, comme nous le craignions, il ne pourra pas venir, devant retourner la semaine prochaine en forêt. Vois ce que tu pourras faire et tu seras toujours le bienvenu. Toutes nos rentrées sont effectuées heureusement et nous sommes déjà trop réduits. Hier soir, Maman a conduit au Sacré-Cœur Thérèse et Élisabeth. Cette charmante et tendre Zi va nous faire un gros vide. Elle est partie joyeuse, Dieu veuille que nous ne la trouvions pas dimanche dans les larmes. J'ai eu la douce satisfaction d'entendre ces jours-ci de Dumast me faire de Joseph l'éloge le plus pompeux. Il en est toujours enchanté et les coupes de Cirey se sont vendues plus près que toutes les autres de l'estimation. Bon papa nous dit qu'il se réserve pour le

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dernier dimanche que tu auras à passer à Nancy, c'est-à-dire vers la Toussaint et je compte que Joseph pourra être aussi de la partie. Nous allons tous très bien. N'y eût-il pas d'obstacles de service, ton invitation Mangeon t'empêche, j'y songe, d'être des nôtres dimanche à 11h.30. Dans ce bas monde on ne peut pas malheureusement tout accommoder à sa guise. Peut-être pourronsnous déterminer Keller à nous rester le soir ? Nous nous y évertuerons à ton intention. En tout cas, nos meilleurs compliments demain à ton amphitryon et pour toi nos plus tendres caresses. 6/11/80 Nous avons été fort heureux, cher fils, de lire hier soir ta longue lettre et tous les intéressants détails dont tu nous as régalés sur ta rentrée. Toutes les visites que tu as faites étaient utiles et comme nous te savons peu amateur des devoirs de société, nous te savons bon gré de les avoir remplis en temps utile. Nous sommes peinés de t'entendre dire que les affaires du docteur vont mal, mais nous ne pouvons que compatir au chagrin qu'il cause à sa digne femme. Ta mère et ton père sont on ne peut plus satisfaits, mon cher fils, d'apprendre qu'en même temps que tu rends service à tes anciens maîtres, tu vas entretenir et renforcer tes connaissances scientifiques. Cette occupation et le double but qu'elle vise sont à tous égards excellents. Nous supposons que samedi, quand il nous est arrivé, Joseph n'avait pas encore reçu tes instructions pour t'expédier tes cours, car il ne nous en a pas dit un mot et ne s'en est point occupé. Il ne nous reviendra probablement que dans quinze jours. Si d'ici là je pouvais t'être utile, je suis tout à ton service. Je te remercie de ton empressement à t'acquitter de ma commission pour le Sous-Comptoir. J'ai été un peu cornichon et comme bien souvent j'ai pêché par excès de franchise, j'aurais dû tout simplement me faire présenter par toi comme Geny Alexandre et nous aurions eu, je crois, les nouvelles actions que je désirais souscrire pour Bonne-maman. Enfin le mal n'est pas grand et comme tu le dis, le plus simple est d'y renoncer. Nous ne perdrons pas de vue la date du 28 février 81 et à ce moment, il faudra, je crois, prendre un titre au porteur pour les quatre actions anciennes afin d'éviter désormais toutes difficultés. D'ici là, aie bien soin du titre que je t'ai confié. Je modifierai bien entendu, mes écritures et celles de Bonne-maman et porterai à ton avoir 750 au lieu de 500. J'ai envoyé des cartes de félicitations au Général Jamont. Nous allons tous aussi bien que possible, quoique le temps soit détestable et que des tempêtes et des déluges sévissent. Je suis parti mercredi dernier à 4h. du matin avec le menuisier Claudel pour aller rejoindre Bon papa à Thon et examiner le parti qu'il serait possible de tirer de la Chaume. Je crois que vouloir en tirer la quintessence sera long et difficile, mais il faut laisser Bon papa faire. Nous l'avons trouvé très bien portant et très allant. Nous avons essuyé l'après-midi une tempête de neige qui tenait très bien. Nous nous sommes cependant promenés dans la Chaume, fusil en main et même nous avons cherché infructueusement dans la Chaume Allemande, deux biches qu'on avait vu traverser le pré. En descendant sur le Marquis, nous avons été surpris par une harde de quatre ou cinq grandes bêtes que nous n'avons pu tirer et le lendemain sur le haut de la Belle Ligne un coq et une rousse ont eu le front de s'envoler sur notre tête d'un pin sous lequel nous nous étions arrêtés pour bavarder. Lundi 8, en arrivant, Bon papa a perdu dans la Belle Ligne le petit chien basset et depuis, malgré toutes les recherches, on n'en a plus ni vent ni nouvelles. C'est fort regrettable, il n'était pas encore payé et Bon papa en était déjà très content. Nous sommes rentrés jeudi soir à Nancy après une journée charmante. Désirant faire manger du gibier à nos Pères, j'avais demandé à l'avance un chevreuil à Remy ; mais il n'a pu m'en apporter à Thon. Il n'avait vu que de nombreux cerfs ou biches et je lui avais défendu de tirer ces dernières à cause de Cézard. J'ai appris de lui avec déplaisir que nous étions surveillés au Blanc-Rupt à cause de nos chasses sans permis et qu'il s'en est fallu de peu que le jour où tu as tiré ton daguet, nous ne fussions pincés. Deux gendarmes étaient chez Mad. Remy pendant que nous descendions la bête. Cela va nous gêner pour l'avenir. Samedi, à 1 h. sans s'être concertés, mais après s'être annoncés, Joseph et Alphonse nous sort arrivés chacun de leur côté pour passer ici la journée de dimanche qui a été charmante. Ils nous ont quittés tous deux hier. Alphonse avait reçu le cuissot de chevreuil en son temps ; mais bien entendu, il ne lui était pas venu en idée d'en accuser réception. La scierie de Revigny venant d'être louée à Hatzfeld de Nancy, Alphonse va être sur le pavé et ne sait pas encore où Mrs Pescatore et de Gargan qui l'ont

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à leur charge vont l'employer. Je crains que ce brave garçon que j'aime malgré ses travers ne finisse à l'hôpital ou sur un fumier. Plus libre maintenant au moins jusqu'à nouvel ordre, il a toujours la toquade de tuer un cerf. Je ne sais si je pourrais lui en fournir l'occasion en décembre et j'aimerais mieux qu'il tâchât de se joindre à Joseph au jour plus ou moins prochain où il ira se mêler à l'équipage de M. G. Chevandier, comme il y a été invité jeudi dernier. Joseph va toujours parfaitement et cherche à échanger Coclès contre une des deux ou trois bêtes qu'il a en vue. La question est de savoir si bon papa se prêtera à lui continuer le luxe d'une monture. François ayant tiré le numéro 13 sur 97 volontaires de Nancy à caser a toutes chances de pouvoir choisir demain son régiment d'infanterie. Mais les deux seules garnisons offertes aux Nancéens sont Reims et Mézières. Comme éloignement de Nancy, cela se vaut. Il prendra probablement Reims à cause : 1) - d'André, ce dernier ne nous sera-t-il pas bientôt rendu ? 2) - de la présence d'un bon colonel à qui M. du Coetlosquet compte pouvoir le recommander. 3) - du capitaine de gendarmerie Antoine qui peut être utile à François. Pour André, je commence à avoir de sérieuses inquiétudes. J. du Coetlosquet moins heureux que Chofia a tiré le n° 39 et craint d'être obligé de se contenter de Vendôme s'il persiste dans son désir d'être cavalier. François aurait bien voulu lui céder son numéro pour tâcher de lui faire avoir Verdun ; mais le gouvernement ne se prête pas aux échanges. François pense aller jeudi soir prendre congé de son grand-père. S'il fait beau, il emmènera Quincenet pour lui faire voir la pierre d'Appel, l'entrée des Vosges. Nous avons toujours nos chers hôtes bien sensibles à ton souvenir mais, ils sont, à notre grand regret, sur le point de nous quitter. Le Père Prieur presse leur entrée dans un logement de la tue du Tapis Vert où ils s'installeront deux seulement, cela ne dépend plus que d'un fourneau de cuisine qui leur manque. Ta bonne mère va leur donner le sien et en achètera un autre pour elle, mais elle mène les négociations aussi lentement qu'elle peut. Cela sera cependant sans doute terminé demain soir. Ce sera un vrai chagrin pour nous de voir partir ces charmants jeunes religieux et nous conserverons un bien précieux souvenir de leur séjour sous notre toit. Pour y aider, le père Quincenet nous a récité et donné dimanche soir au dessert une poésie, témoignage de sa reconnaissance. Quoique je ne sois pas connaisseur, ses vers m'ont paru fort beaux et nous ont singulièrement touchés ; un de ces jours, si j'en ai le temps, je t'en enverrai copie. André nous a écrit comme toi hier soir, il va bien et conserve sur son maintien à Reims une confiance que, je le répète, je n'ose partager. Un de ces jours, nous reverrons Mgr pour savoir à quel moment il veut voir Pierre venir dans son Séminaire. Toute la jeunesse va bien, et, en l'honneur de Ste Élisabeth, les pensionnaires sortiront jeudi prochain. Ainsi que nous en sommes convenus, ta plus prochaine lettre hebdomadaire sera celle de la Ste Catherine. Juliette Mengin arrive demain chez Bonne maman passer trois ou quatre jours avant d'aller chez sa mère. Il paraît qu'ils ont chance d'aller à Perpignan en quittant Épinal. Tu connais sans doute la mort de notre parent Lacroix, père de tes deux amis. Nous croyons être sûrs qu'hier Charles Jacquot admissible pour la deuxième fois à l'écrit a été recalé encore à l'oral. Et de 4. Je suppose qu'il va se déclarer satisfait pour les lettres et s'adonner exclusivement aux sciences. A Dieu, bien cher fils, tous nous t'embrassons bien tendrement. Ton père affectionné. 26/11/1880 Mon bien cher fils, je ne saurais assez te dire combien ta marraine a été touchée de tous les témoignages d'affection qu'elle a reçus à l'occasion de la Ste Catherine. Personne près ou loin, ne l'a oubliée. De toutes parts lui sont venues les fleurs aux couleurs les plus variées aux parfums les plus suaves et qui lui ont composé un bouquet qu'elle garde pieusement et qui ne se fanera pas. Tu as trouvé à lui dire des choses particulièrement fines et délicates qui ont contribué à adoucir un peu la peine qu'elle ressent toujours de ne pouvoir lire elle-même les lettres qui lui sont adressées, encore moins d'y répondre. J’ai beau dire moi-même ; je la convertis difficilement à la résignation au sujet de ses pauvres yeux qui s'en vont toujours davantage et cependant nous avons tous des grâces à rendre quand nous voyons qu'elle ne paie guère que par là son tribut à la vieillesse qui pour tant d'autres amènent le cortège de nombreuses infirmités. Á l'entrée de la mauvaise saison, je la trouve en aussi bon état que possible et nous pouvons espérer la conserver encore longtemps. Merci encore une fois pour elle et pour moi. Je ne vois pas grand chose à répondre à ta bonne lettre si ce n'est de te prier de me rappeler au souvenir du Père Maumus si tu le joins et

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de lui dire que dans le cours des tristes événements dont nous avons ici un échantillon, j'ai bien pensé à lui. J'ai fait avant hier la connaissance du Père Jouin qui m'a paru un maître homme. Lundi nous ont quittés nos deux chers hôtes pour aller, avant de chercher à s'installer dans leur petit logement de la rue du Tapis Vert, faire leur retraite annuelle à la Chartreuse de Besserville. Tu penses bien que leur départ qui a suivi de quelques heures celui de François nous a fait un gros vide et que nous conservons un charmant souvenir de leur passage sous notre toit. Nous allons tous bien, quoique sous un ciel humide. Melle Didion est à Nancy mais est descendue chez sa tante la Générale. Les deux bonnes petites vont à souhait. Les externes de St Joseph travaillent bien et nous avons vu hier les pensionnaires du Sacré-Cœur en parfait état. André attend impatiemment la visite de François et nous savons que l'École St Joseph a été abandonnée par la plupart des Jésuites qui y avaient été maintenus d'abord. Cela les sauvera-t-il ? Et l'École de la rue des Postes pourra-t-elle continuer à vivre ? Je crains comme toi que non et je remercie Dieu de tout mon cœur de sentir aujourd'hui mes aînés hors des bancs et tirés d'affaires. Assurément l'éducation de nos trois jeunes fils se présente sous des couleurs plus inquiétantes et nous avons chance d'être moins bien assistés pour eux que pour vous. François nous a donc quittés lundi à 6h. bravement et ayant les voies on ne peut mieux préparées pour prendre pied à Reims. Le brave Capitaine Antoine à qui je l'avais annoncé, l’a présenté et recommandé au Colonel et aux officiers qu'il connaît pour la plupart. François avait aussi en poche une lettre de M. du Coetlosquet au Colonel et une du Père Bourgeois pour le Curé de la Cathédrale, son ami et dont il nous avait fait un grand éloge. La lettre de François à sa grand-mère ne pouvait encore nous apprendre grandchose, c'était trop nouveau. Il se plaignait cependant d'avoir mal dormi la première nuit sur son étroite couchette dans une chambrée d'une vingtaine dont deux ou trois volontaires et où l'on faisait trop de bruit. Espérons qu'il s'y fera et trouvera à se bien nourrir. Pour ta gouverne son adresse est : 132ème de ligne, 5ème bataillon, 2ème Compagnie, Caserne Colbert. Il n'avait pas encore trouvé le temps de voir André. Pierre a aussi écrit une bien bonne lettre à sa grand-mère. Il me prie de le faire inscrire à la Mairie pour la conscription comme résidant à Nancy. C'était déjà chose faite, car l'Administration m'avait prié de m'exécuter. Il ressort de la dernière entrevue que ta mère et moi avons eue avec Mgr. que très probablement Pierre recevra bientôt de ses supérieurs des ordres pour venir dans les derniers jours de l'année au Séminaire de Nancy. S'il ne l'est déjà, il serait tonsuré aux Quatre-temps du Carême 17, puis fait Sous-diacre le samedi Saint. Je crois qu'alors sous l'empire de la loi actuelle, la Compagnie pourrait le reprendre tout à fait garé du service militaire. Je me doute que notre cher religieux aurait mieux aimé rester tranquillement à ses études. Mais il faut prendre nos précautions et trois mois sont bientôt passés. Pour nous, nous ne sommes pas encore assez parfaits pour ne pas nous réjouir de nous trouver quelque temps sur le passage de notre fils cheminant par les sentiers plus rudes et plus épineux que jamais de la vie religieuse. Dieu veuille que notre espoir se réalise et que nous nous tirions heureusement de ce mauvais pas. Joseph nous fait espérer sa visite pour dimanche. Bonne maman a remis à son intention à ce jour son dîner de la Ste Catherine et il se pourrait qu'Albert veuf en ce moment vint grossir nos rangs trop éclaircis. Il est bien probable que sous peu nous le verrons quitter Épinal et s'éloigner encore de la Lorraine. La tante Marie a dû arriver ces jours-ci et en hâte à la Neuve Ville, mandée auprès de sa mère atteinte d’une bronchite grave. Mad. Mangenot baisse beaucoup, nous dit-on, et il est bien probable que cette fois, elle touche à ses derniers jours. Nous sommes allés jeudi au Sauvoy où les maîtres s'installent et qui devient une habitation splendide. Nous n'avons pas de nouvelles de Bon papa et supposons qu'il est encore cette semaine en forêt. A Dieu, cher ami, nous t'embrassons tous bien tendrement. Nos meilleures amitiés aux Bastien, nous sommes vraiment bien attristés de voir la pauvre Henriette et ses filles entraînées à la ruine par la folie du docteur. Et dire qu'il n'y a rien à faire. Ton père bien affectionné. 30/11/1880 Cher ami, j'avais décidé ta mère à partir aujourd'hui pour Reims afin de faire profiter mercredi André de sa sortie et voir un peu le volontaire qui ne nous donne pas signe de vie. Mais hier Madame Mangenot s'est éteinte doucement. On l'enterre demain à Nancy pour transporter ensuite ses restes à Hommarting. Bon papa ayant appris que l'heure dernière approchait, avait suspendu son départ pour Thon et va sans doute nous arriver tout à l'heure. Le projet de voyage à Reims est

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donc tombé à vau-l'eau. Du reste, il n'avait point été annoncé. Il n'y aura donc pas de déception. De plus les Didierjean vont voir leur fils ; on leur donnera peut-être André. Ils verront François et nous rapporteront de tous deux des nouvelles. Si François est silencieux, je ne sais pourquoi ; en revanche, André nous dit sur son compte tout ce qu'il peut savoir. Cela est assez satisfaisant, sauf que le régime de la gamelle est maigre et qu'il y a lieu pour François de chercher ailleurs du supplément ou peut-être de s'ingénier à trouver un autre mode d'alimentation. Je veux espérer qu'il nous parlera très prochainement de tout cela lui-même. Les bobos comme celui que tu as eu à la suite du pansement de ta dent ne sont pas rares. J'espère que tu en es entièrement débarrassé et qu'il ne se représentera plus. Nous allons tous bien. Nous avons eu Joseph dimanche ainsi que le Colonel et nous avons fêté la Ste Catherine 18 chez Bonne-maman. André avait trois décorations à montrer à sa mère et Élisabeth a déjà le ruban rose ; c'est le ruban bleu des élèves de son âge. Je tâcherai d'écrire au Général pour sa fête et tu ferais bien, ce me semble, d'écrire quelques mots de condoléances à Charles, 29, Cours Léopold. Le temps me manque pour t'en écrire plus long et, du reste, Dieu merci, je ne sais rien d'autre d'intéressant à te mander. Tous nous t'embrassons tendrement. Ton père. Le petit chien est retrouvé. Ne trouvant rien en quêtant avec Bon-papa, il était allé rallier des chiens de M. d'Hauson qui chassait chez les Gonneville. Sur la ressemblance qu'il avait avec un des siens, M. d'Hauson l'avait mis dans son chenil à Blâmont et ne s'est aperçu qu'au bout de quelques jours au collier qu'il ne lui appartenait pas. Je t'ai écrit, craignant que Marie, sur qui je m'étais reposé pour te donner de nos nouvelles, ne l'ait pas fait. J'apprends qu'elle l'a fait, tant mieux. Mais mieux vaut t'envoyer nos lignes que de les déchirer. Je viens de recevoir à la gare Bon papa bien portant. 7/12/80 C'est hier à 9h.35, cher fils, que ta mère nous a quittés pour aller avec les deux bonnes petites passer la semaine près de bon papa. Elle compte revenir samedi et ne laissera Marguerite à Raon que si Bon papa est dégoûté de la forêt et ne compte pas villégiaturer la semaine prochaine. Mais le temps se maintient doux et il est bien possible qu'il y aille encore. Ta bonne lettre va leur être communiquée ainsi que celle d'André et le journal de François parvenu hier. Joseph s'est décidé à se défaire de Coclès qui périclitait de plus en plus et à l'échanger auprès d'un Juif contre un petit cheval du pays qu'il avait essayé, qu'il appellera Sylvain, dont il paraît content jusqu'alors mais qu'il lui faut dresser. Grosse entreprise suivant moi pour un Baucher de sa force. Il paie le nouveau bidet 500 et le pauvre Coclès estimé 50 et qui n'a dû, je crois, le quitter que pour être conduit à l'écorcherie. Il n'est pas impossible qu'hier, ayant eu à faire à Badonvillers, il ait poussé jusqu'à Raon pour y coucher et présenter Sylvain à sa mère (pas de Sylvain) et à son toujours généreux banquier. Nous sommes sans nouvelles fraîches de Pierre mais ne tarderons pas, je compte, à savoir quand il arrivera prendre place au Séminaire de Nancy. François nous a donné un long et minutieux journal de sa semaine. Il s’ennuie toujours et déclare, ce dont je n'avais douté, qu'il n'est pas né militaire. Il a un brosseur qui l'assiste bien dans l'entretien de ses fournitures et lui vaut des éloges aux revues. Il mange décidément à la cantine moyennant 2 F. par jour et s'en trouve bien. Il ne parait pas satisfait de ses covolontaires et manque de distractions. Cependant, il a du courage et j'espère qu'il se fera un peu au métier. On s'accorde à nous dire de toutes parts que le premier mois est le plus pénible. Du moins, il est, cette année, facile pour la température surtout si l'on songe au temps qu'il faisait l'an dernier à pareille époque. Ses chefs, fort sévères du reste, sont faciles pour les permissions et il ne paraît pas éloigné d'aller avec toi passer 48 heures à Paris à Noël. En 3 heures et à bon compte, il y serait par Soissons. Je l'ai engagé hier à t'en écrire pour savoir si cela t'irait. Je pense que oui, Noël étant un samedi et je me plais à croire que tu pourrais le distraire un peu, je me doute qu'il en a besoin. Il te parlerait alors de ses chefs immédiats dont j'ignore les noms. Ce voyage serait, bien entendu, sans préjudice de la visite qu'il nous fait espérer au Nouvel An. François sait par l'abbé Lacouture qu'André aura aussi un congé. Si donc tu venais toi-même, peut-être serions-nous encore une fois et quelques instants tous réunis. Ce serait bien bon, si cela ne rate pas. Thérèse a tout à fait repris au Sacré-Cœur la place de Marie. Les bonnes notes pleuvent, les bonnes places aussi. Il n'est plus question du genou et la chère fille s'y plaît tant qu'elle demande à faire deux années de classe supérieure après sa première, c'est-à-dire d'y

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rester encore 3 ans. C'est à voir. La Zi va comme un charme. Paul quoique le plus jeune de sa classe est à la tête et Jean a une exubérance de vie qu'en riant, nous appelons de la folie. Tu verras sans doute prochainement E. Didierjean qui, en quittant Reims où il a avec sa femme fait sortir mercredi ses fils et André et a vu François, a dû gagner Paris. Nous avons eu dimanche le colonel Albert qui, privé d'aller souhaiter la fête à son père, est venu trinquer avec nous à sa santé. Il supposait que tu serais convié à manger les restes du Balthazar d'hier. Il paraît à peu près certain de sa mise au tableau d'avancement. Quand tu apprendras quelque chose de positif, tu nous le manderas. Il compte aller bientôt rechercher Juliette et passer 8 jours à Paris. Je te félicite de ta rencontre avec Henri Schneider. J'aime beaucoup ces entrevues qu'un heureux hasard te ménage avec lui et sa femme et je ne doute pas que tu ne t'efforces d'être là tout à ton avantage. J’estime moi aussi, si tu étais de nouveau recherché par ta dent, que tu ferais bien de la traiter par le baume d'acier19. Il va sans dire que si tu viens nous voir, tu nous apporteras tes essais d'aquarelle. Un de mes amis, de Bouvier, m'a chargé de te prier, si son fils qui a manqué l'an dernier l'École Polytechnique de peu, venait à te tomber sous la main, rue Edmond, de le soigner. Bonne maman va bien. Marie ma ménagère aussi et tous nous t'embrassons tendrement. Ton père et meilleur ami. Nos meilleures amitiés aux excellents Bastien. 14/12/80 Cher ami, ta lettre du 13 nous est effectivement parvenue ce matin. Ne voyant rien à y répondre, je te dirai simplement que nous allons bien. Maman nous est revenue samedi bien portante et satisfaite de son petit séjour à Raon. Comme nous nous y attendions, elle y a laissé jusqu'au nouvel an les deux petites qui s'y plaisent et enchantent leur bon papa. Joseph nous est arrivé aussi samedi et nous a donné son dimanche. Il est toujours content de son cheval et espère le dompter. Il a l'intention, si le Conservateur n'y met pas d'obstacle, de nous arriver pour la fête de Noël et de séjourner jusqu'après le Nouvel an profitant ainsi de quelques jours auxquels il a droit pour avoir pris son service plus tôt qu'il n'était tenu de le faire. J'espère que s'il peut mettre sa besogne bien au courant cela s'arrangera par mon entremise. Pas de nouvelles directes de Pierre. Nous avons seulement appris hier par le P. Didierjean qu'on a l'intention de ne l'envoyer à Nancy que dans les premiers jours de 81. J'écris un mot à qui de droit pour représenter qu'il serait opportun qu'il n'arrivât pas ric et rac pour la production des listes des séminaristes conscrits, mais entre Noël et le 1er janvier. J'espère qu'on aura égard à mon observation et que nous en jouirons un peu. Les dernières nouvelles de François étaient assez mauvaises. Il a été indisposé la semaine dernière de fatigue et de besoin, il va mieux cependant paraît-il, depuis qu'il mange à la cantine. De plus, privé de relations, il s'ennuie mortellement, surtout le dimanche. Cela nous tourmente, mais nous sommes impuissants à y remédier et ne pouvons que l'exhorter à supporter patiemment son épreuve. Si tu ne le sais déjà, il te dira qu'il préfère aller te voir dimanche prochain et venir à Nancy pour les fêtes de Noël. Je suppose que ce pauvre garçon a un peu le mal du pays et qu'il lui sera bon de venir faire ses dévotions avec nous et de reprendre l'air da la maison paternelle. Je compte sur toi, mon cher fils, pour encourager et distraire ton frère de ton mieux. Nous avons été heureux d'apprendre ce matin par André que l'indisposition de François n'a pas eu de suite. Je crois, je le répète qu'il souffrait de fatigue et de besoin, car le régime est fort dur. Il n'en prendra pas évidemment le goût et tout ce que nous pouvons ambitionner, c'est que, les temps les plus durs passés, il en prenne son parti. André est ravi de nous annoncer qu'il arrive le 30 à 1 h. du soir pour repartir le 3 à 10 h. Tout le monde va bien au Sacré-Cœur et rue des Chanoines. Ci-joint un reçu que j'ai acquitté et que tu pourras produire en cas de besoin. Si tu voyais aux expositions d'étrennes du Bon Marché 3 bibelots étrangers ou français pouvant faire plaisir à Marie-Thérèse et Élisabeth, je te serais reconnaissant de me les apporter et je te les rembourserais. A Dieu, bien cher fils, tous nous t'embrassons bien tendrement. Ton père. Je soussigné, certifie que Jean Geny était atteint dès sa naissance d'une chignerie constitutionnelle et chronique. Cette affection, heureusement fort rare dans les annales de

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médecine donnait à sa famille les plus sérieuses inquiétudes et lui faisait craindre à chaque instant une lamentable catastrophe. Cependant grâce à une médication énergique et à des soins aussi minutieux qu'intelligents, la maladie a pris un caractère moins effrayant. Aux crises lacrymatoires ont peu à peu succédé des accès de gaieté folle beaucoup plus faciles à traiter et il y a lieu d'espérer qu'avec un présent de peu de valeur administré en temps utile, l'enfant recouvrera complètement la santé. A.G.

27/12/1880 Bien cher fils, avec ta bonne lettre du 25 il nous en parvient ce matin une de Pierre qui nous annonce qu'il quittera Tronchiennes le 30 ira coucher à Arlon et nous arrivera vendredi 31 soit à 2 h. soit à 5 h. Tu seras donc déjà auprès de nous pour le recevoir. André arrivant le 30 et les élèves du Sacré-Cœur sortant le même jour, Pierre arrivera probablement le dernier. Pourquoi lui a-t-on donné des ordres pour n'être à Nancy qu'au dernier jour ? A la dernière heure de 80 alors que j'avais exposé l'opportunité de nous l'expédier de manière à ce qu'il pût prendre pied au Séminaire quelques jours avant l'ouverture de 81 ? Je n'en sais rien, c'est vraiment trop ric et rac, mais il n'y a plus qu'à s'incliner. Bon papa viendra très probablement avec ses petites le 30 ou le 31. Joseph nous est arrivé le 24 au soir et, ayant obtenu d'intercaler entre Noël et le Nouvel An les cinq jours dont à sa prise de service il avait fait le sacrifice sous condition, passe auprès de nous la semaine. Reste le brave François. Il nous est venu le 25 à 1 h. du matin, et est reparti hier soir à 9 h. Mais il n'est pas sûr, en raison d'une revue que le Général de Division a fixée au 3 qu'il pourra se trouver auprès de nous en vertu du congé ministériel accordé aux volontaires pour le Nouvel An. Peut-être y sera-t-il grâce à une permission de 24 h. supplémentaire de ce congé. Espérons que cela s'arrangera et qu'il ne manquera pas à la réunion. Nous avons trouvé notre cher volontaire mieux ne nous ne pensions sous tous rapports et bien heureux des quelques heures que tu lui as fait passer à Paris. Je crois que pour lui les temps les plus durs sont passés. Jean du Coetlosquet dans les dragons de Verdun se tire moins heureusement des débuts. Il a attrapé la rougeole compliquée d'une bronchite et comme il n'est pas fort, on a eu des inquiétudes. Nous sommes heureux, mon bon fils, de lire comme tu as passé ta nuit de Noël, et comme tu le penses, nous n'avons eu garde à la messe des Apprentis, d'oublier aucun de nos chers enfants. François est arrivé que la messe que nous avions entendue était dite. Mais il était tout prêt et a pu communier à la messe du père Morard qui a suivi la nôtre. Nous avons bien sagement réveillonné en sortant. Espérons que les craintes qu'on a pu concevoir pour Eugène Schneider ne se réaliseront pas. On a bien souvent l'imprudence de chauffer à toute vapeur ces enfants appelés à de hautes destinées et bien souvent aussi on les brûle. Je ne connais pas toutes les obligations épistolaires mais te recommande surtout de ne pas oublier nos chères religieuses. Tu peux compter sûrement voir ici Bon papa. Nous souhaitons vivement que tu sois débarrassé de ton rhume pour le voyage et te recommandons les précautions. Ne va pas nous manquer. A bientôt donc. En attendant vendredi matin nous t'embrassons tendrement. Ton père. J'attends pour mes étrennes au moins la vue d'un essai d'aquarelle. 18/1/1881 Bien cher fils, la tempête de neige qu'on nous avait signalée à Paris et dont tu nous parles hier est venue s’abattre cette nuit sur Nancy et nous nous réveillons ce matin sous un linceul blanc fort épais et qui rend nos rues impraticables. Cela n'est pas fait pour guérir ton rhume, mais nous espérons que grâce aux précautions dont tu vas l'entourer, tu le feras rapidement fondre. Cette neige va aussi gêner les patineurs, mais c'est un petit mal, car si cette gymnastique est en soi bonne, et salutaire, prise avec fureur comme le font certains, elle provoque beaucoup d'accidents. Nous entendons ici parler de bras cassés, de bains forcés, de colonnes vertébrales brisées, toutes choses fort malsaines. Espérons que nos chers fils, André entre autres, dans les lettres duquel on pourrait compter 25 ou 30 fois le mot patinage ou patin, seront préservés d'accidents. Nos chers

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Rémois nous ont écrit tous deux hier soir, et malgré la rigueur du froid de la semaine passés, et à part les engelures qui commencent, vont bien. C'est beaucoup grâce à ton bon concours qu'ont réussi nos essais photographiques. Je te remercie de l'entrain que tu as mis à les organiser et je serai heureux de te faire voir ces précieux souvenirs de notre charmante réunion. Joseph quoique occupé en ce moment, ne comptait pas, quand je l'ai quitté mercredi dernier, venir avant 15 jours ou 3 semaines. Nous n'entendons pas parler de réunions chorégraphiques et les projets matrimoniaux pour lui sont en ce moment au repos. En voyageant dernièrement avec Michaut, j'ai pris des renseignements sur l'affaire Toussaint et j'ai reconnu que l'absence de fortune ne nous permet guère d'y songer. C'est dommage, car Michaut dit la jeune fille très bien sous tous rapports, et sans la consanguinité il y aurait déjà songé lui-même pour son fils. Lui peut se permettre de négliger la dot. Il nous faut chercher, prier, attendre et espérer. Nous avons vu Albert jeudi. Il était obligé de gagner en hâte Montpellier sans passer par Paris afin de chercher à l'emporter de vitesse sur un intendant qui convoite le même logement que lui. Juliette reste derrière lui pour déménager et doit venir passer cette semaine une paire de jours chez bonne maman qui va toujours son petit train. Je ne sais si je pourrai te procurer les renseignements que tu désires sur l'usine qui se fonde à Longwy en concurrence avec celle de Joeuf. Je tâcherai. Ce n'est pas un seul, mais deux tristes anniversaires que nous avons les 24 et 25 courant. Nous sommes heureux de voir que tu n'oublies pas tes chers aïeux défunts. Quoique je tremble un peu de froid et que mon écriture soit encore plus mauvaise que d'habitude, je compte sur ton habileté à me déchiffrer et je continue à t'égrener mon chapelet de nouvelles. A Reims, on va donc bien, au Sacré-Cœur idem, et à la maison les santés sont satisfaisantes. Marguerite que tu as su sans doute assez gravement arrêtée est tout à fait en voie de rétablissement. Je suis parti dimanche 9 avec Alph. Didion pour l'expédition de chasse projetée. Seulement Bon papa ayant renoncé pour divers motifs à être de la partie, nous avons changé notre programme et sommes allés coucher à Cirey suivant de quelques heures Joseph qui était venu pour dîner avec moi samedi chez son conservateur et à qui un peu de relâche dans la besogne forestière a permis de nous accompagner partout. Nous avons fait lundi 10, la Gagère, mais sans succès. On y a vu une demidouzaine de chevreuils et manqué 3 ou 4. Mardi 11, nous sommes allés au Houzard et comme en automne nous y avons trouvé le désert. Pas même un coup de voix des chiens qui quêtaient bien. Vernier explique la chose par les destructions nombreuses et de toute sorte que Thirion, un des acquéreurs de la superficie de Febvrel, a faites cet hiver dans cette forêt. C'est possible mais c'était dégoûtant. Mercredi 12, nous avons terminé par Allencombe et bu le calice jusqu'à la lie. Nous espérions y trouver le monde, comme dit Blaise, mais nous n'avons pu y lancer. Somme toute, clôture déplorable, ni Alph. ni moi n’avons eu un coup de fusil à tirer, mais temps splendide. En débarquant à Cirey, Joseph nous a fait jouir de l'intéressant spectacle d'une coulée de glaces et mardi nous avons servi à Alphonse le beau panorama du Rougimont au lever du soleil. Comme il est de bonne composition, il n'a pas témoigné de mécontentement de revenir bredouille, et pour n'en pas perdre l'habitude, s'est perdu un soir de la plus belle façon. Croyant aller descendre dans la vallée des Moises, il est allé tomber à la Fourchiau et a dû revenir à pied à Cirey. Mercredi 12, la voiture de Bon-papa est venue nous chercher à la Chapelote et nous ramener à Raon. Nous y avons passé la soirée et le lendemain matin, nous rentrions à Nancy pendant que Bon papa allait à Portieux voir Sœur Julienne qu'il a trouvé à peu près guérie. Il a passé quelques heures avec elle et est venu coucher à Nancy pour assister le lendemain vendredi au Conseil de famille des enfants Jacquot. Faute de pouvoir trouver un tuteur en remplacement de Camille qui, en prenant nos cousins au Sauvoy, ne veut plus conserver la charge de la tutelle, nous les avons émancipés tous deux et leur avons donné Bon papa pour curateur. C'est une charge peu lourde. En revenant à Nancy, j'ai été bien surpris d'apprendre, que sur la demande du P. Didierjean, Mgr Foulon en raison d'une absence prochaine assez longue, avait résolu de conférer à Pierre le dimanche 16 dans sa chapelle, la tonsure et les 4 ordres mineurs. Nous avons donc retenu Bon papa. Le Sacré-Cœur nous a donné Thérèse et Élisabeth, et en présence de ce que nous avons pu réunir de grands-parents, de tantes, d'enfants, notre cher Jésuite a fait ses premiers pas vers le sacerdoce. C'était une belle et touchante cérémonie, et si nous n'avions pas été aussi surpris et à court de temps, nous aurions aimé à convoquer au moins le Garde Général et le volontaire. Mais tout cela s'est décidé et fait trop vite. Mgr a mis beaucoup de bonté dans cette affaire et s'offre, si les circonstances le réclament, à faire Pierre Sous diacre avant ses 21

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ans au moyen d'une dispense de Rome. Nous espérons que cela ne sera pas nécessaire et qu'on pourra attendre l'ordination du Carême. Quoiqu'il en soit ' tu auras bientôt à prendre les instructions de Pierre et à t'occuper du Bréviaire que vous avez la bonne pensée de lui offrir. Pierre, prévenu jeudi, s'est préparé par deux jours de retraite à la résidence auprès du P. Didierjean, et après avoir déjeuné avec nous dimanche, est rentré bravement et joyeusement au Séminaire. Ce n'est pas son milieu mais il le supporte patiemment. Bon papa a regagné dimanche soir Raon bien portant. Mais la neige va contrarier ses projets d'excursion en forêt. Joseph a, je crois, continué de chasser jusqu'à dimanche soir, jour de la clôture, car il nous a envoyé le cuissot d'un chevreuil qu'il a tiré chez les Klopstein de Châtillon et que les chiens ont étranglé à l'eau. Je voudrais encore, cher ami, bavarder avec toi, mais le temps me manque et, du reste, je t'ai appris l'essentiel. Tâche de guérir ton rhume. Nous pensons bien à toi souvent et t'embrassons de tout notre cœur. Ton père. Tu sais que je compte toujours sur toi pour me procurer à meilleur compte qu'ici le Magazine Pittoresque. - Bon mot du P. Quincenet : M. François est soldat et Mme Geny est alarmée. 25/1/1881 Je tiens de M. Adrien que l'Aciérie qui va se créer et qui compte faire concurrence à celle de Joeuf, s'établira à Russigny entre Longwy et Villerupt. Le promoteur de l'affaire serait M. Braconnier ingénieur des Mines à Nancy qui va donner sa démission, si la chose n'est déjà faite. De concert avec M. Pacotte de Nancy, il a cherché des actionnaires à Nancy et en a peu trouvé, mais il aurait été plus heureux, paraît-il, à Paris, et y aurait surtout constitué lé capital d'environ 3 millions. On dit que le Crédit Lyonnais serait pour quelque chose dans l'affaire. Le point de départ serait, dit-on, un sondage de saline près du Champ de courses de Jarville pour là fabrication de briques de magnésie. Ici, je ne comprends plus trop, n'étant pas versé dans la fabrication de l'acier. Quoiqu'il en soit, M. Braconnier avait fait proposer par son ami, M. de Lespinats, au Conseil d'Administration de la Haute-Moselle de prendre quelques parts de Fondateurs dans la saline, il donnait à espérer qu'ayant besoin de beaucoup de fontes, il prendrait notablement de produits de Neuves-Maisons. Le Conseil d'Administration a refusé. De là un certain refroidissement dans les relations entre Braconnier et de Lespinats. Braconnier, Pacotte et Cie ont acheté pour 1 400 000 F, les hauts fourneaux et minières d'Hussigny et vont créer une aciérie où ils exploiteront un procédé de fabrication voisin du système anglais qui sera employé à Joeuf. Ils disposent à Hussigny de minières à ciel ouvert de 25 m. d'épaisseur, et par conséquent encore très riches. De plus, M. Braconnier, comme ingénieur des Mines a donné un avis favorable à la demande de plusieurs concessions importantes de mines aux environs de Nancy faites par les Actionnaires d'Hussigny. Je croyais qu'il n'y avait plus de concessions à donner, mais il paraît que, quand il n'y en a plus, il y en a encore. Voilà tout ce que j'ai pu apprendre, et je désire que cela te satisfasse. J'ai donné à Juliette qui te les remettra dimanche, trois épreuves de notre groupe. Elle devra t'en donner deux différentes. Tu garderas celle qui te plaira le plus et donneras l'autre aux bons Bastien. Sauf Élisabeth qui y est sacrifiée, je préfère la claire. 5/2/1881 Mon bien cher fils, ta bonne lettre du 30 janvier nous a vivement intéressés et nous te remercions de nous avoir si bien mis au courant de la façon dont s'est passée ta semaine. Je te félicite de tout mon cœur d'être occupé si diversement et si utilement. Tu ne nous parles pas cette fois du Cours d'Allongé. Il est vrai qu'ayant dû faire ta nuit de la matinée du dimanche, tu n'as pu te rendre à son atelier. Je t'engage toutefois à ne pas négliger l'aquarelle qui partout te rendra des services. Je n'ai pas grand-chose qui puisse t’intéresser, néanmoins, je te donnerai comme toujours mon journal de menues nouvelles. Le 26, on a tiré pour Pierre le n° 22 sur 214 conscrits appelés dans le canton. C'est horriblement mauvais et il est bien sûr d'être pris. Mais les choses traînant en longueur aux Chambres, nous comptons toujours pour lui sur l'immunité que lui vaudra le Sous-diaconat. Il va toujours bien. Samedi, Bonne Maman, dimanche Joseph et moi, hier maman, nous l'avons trouvé toujours content et rieur. Nous allons tous bien. Le dégel est à peu près terminé et j'espère que nous n'avons plus à craindre de retour sérieux du froid. Joseph nous est donc arrivé samedi soir. Il ne nous avait pas donné signe de vie depuis que je l'avais quitté à Cirey et nous nous demandions

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ce qu'il devenait. Il avait surtout fait un peu de patin et assisté à 3 battues pour lesquelles la neige avait permis de remettre les sangliers. Il s'y était bien amusé et nous pouvons bien le dire entre nous, assez piètre tireur. Il n'avait donc rien fait personnellement que manquer un sanglier, dans une des battues, on en avait tué 6 dans la forêt de Cirey. Nous avons profité de la présence de Joseph pour faire une politesse à Ant. de Rozières et dimanche soir, il a partagé notre dîner. Joseph est reparti hier matin, n'entrevoyant pas un carnaval bien échevelé. Il espère cependant un bal pour le 12 chez M. de Guerle, le Trésorier Payeur, qui coïnciderait avec sa visite de quinzaine. Il est toujours content de son Sylvain. Lyonnel a enfin passé heureusement son dernier de doctorat et n'a plus que sa thèse. De Reims, les nouvelles étaient hier très bonnes. André déplore la fonte de la patinoire et François se remet aux exercices que le froid et la neige avaient interrompus. Son sous-lieutenant que tu as vu, je crois, à Joinville, leur a fait commencer la boxe. Profitant du départ de la tante Jeanpierre pour Raon, nous avons expédié hier à Bon papa, Marie et Mathilde qui vont passer avec lui la semaine. Elles lui feront trouver le temps moins long. Sûr que les personnages de notre groupe sont un peu petits pour les yeux de Bon papa, et curieux de voir ce que donnerait l'agrandissement d'une de nos épreuves, je lui avais demandé la permission de lui faire faire une photographie donnant 2 ou 3 fois en surface celle que tu connais maintenant mais comme ce n'était que pour lui, il a reculé devant la dépense de 50 F. Si j'en demandais deux, dont une pour Bonne maman, la seconde ne coûterait plus que 20 F., peut-être qu'à raison de 35 F. l'épreuve, Marie arrivera-t-elle à l'endoctriner. Samedi la cousine Juliette quittant Épinal sans regret et gagnant, s'est arrêtée quelques minutes entre deux trains chez Bonne-maman. Dimanche le Commandant Massu retraversait Nancy pour aller encore au Ministère. D'après ce que tu nous as dit, je crains qu'il ne finisse par embêter le monde et ne gâte ses affaires. A son précédent voyage, il avait trouvé, paraît-il, le général Mengin souffrant. J'espère que cela n'aura pas eu de suite et que dimanche, tu l'as vu remis. A Dieu, cher fils, tous nous t'embrassons tendrement. Ton père. Nous espérons que la détente du froid va te débarrasser de ton rhume. 6/2/1880 Je sors de chez la tante Massu où je suis allé pour satisfaire à ton désir, l'adresse de son gendre est bien : rue du Juge de Paix, 10, à Fourvières, Lyon. Rien de neuf, si ce n'est que Chofia nous est arrivé cette nuit à 1 h. et repart ce soir à 9h. Il devient obèse. Tout à toi. 22/2/1881 Mon bon fils, nous sommes bien heureux de la bonne nouvelle que tu nous donnes ce matin et tout à la joie de penser que tu pourras venir passer avec nous les jours gras. De son côté, Joseph que nous avons vu ou plutôt entrevu vendredi dernier soir et samedi matin venu pour danser chez Mme Dilschneider nous revient aussi samedi et restera jusqu'au mercredi des Cendres. Il est invité à une soirée chez un M.Lallemand et compte aussi figurer lundi à un bal de bienfaisance qui se donne à l'Hôtel de Ville. Si le cœur t'en dit, il se charge de te présenter à la réunion particulière, nous pourrions repayer la seconde et tu n'as qu'à te munir de ton Elbeuf et de ton gibus. François espère que des examens peu sérieux qui commenceront pour lui le 25 ne l'empêcheront pas de venir nous donner son mardi, mais dans tout cela le pauvre André paraît devoir être sacrifié. Nous ne pouvons guère ni l'un ni l'autre vous quitter pour aller le faire sortir le mardi gras et y songerions-nous, qu'éclopé comme il l'est par une engelure entamée, dégénérée en bobo suppurant, une sortie dans Reims ne pourrait être ni bonne ni agréable. Pour accommoder son grand désir de voir les siens avec les nécessités de sa santé, j'ai imaginé d'écrire à son directeur l'abbé Champenois et de lui soumettre l'idée de nous le rendre quelque temps pour que nous puissions soigner et guérir plus promptement son mal. Mais mon idée sera-t-elle goûtée et François pourra-t-il sans trop de peine se charger de nous l'amener en venant au Mardi gras ? Quoi qu'il en soit, nous aurons encore le bonheur de voir quelques instants réunis une partie de nos chers absents. Tous ceux que nous avons auprès de nous sont en bon état. Nous avions cru Bon papa la semaine dernière au Houzard. Mais la neige l'a empêché d'y aller et il nous dit ce matin qu'il va seulement y achever cette semaine. Maman a dû congédier Félicie et son départ 110


n'est pas fait pour diminuer les soins d'intérieur ni la soulager dans la surveillance des petites. Heureusement Marie lui est toujours d'un puissant secours. Bonne maman va aussi bien que possible. Le Commandant Massu est nommé à Nancy et occupera, je crois, auprès du LieutenantColonel une position analogue à celle qu'il avait auprès d'Albert. Il n'a donc pas perdu à attendre et à s'agiter un peu. Il va sans dire qu'il est avec tous les siens dans la joie d'une si heureuse solution. Voilà toutes les Écoles où il restait quelques Jésuites bien menacées et peut-être dans l'impossibilité de mener leurs élèves jusqu'à la fin de l'année. Cela me préoccupe bien pour André et je me demande ce que je ferai pour André et Paul l'an prochain. Tu me donneras tout ce que tu sauras sur le sort réservé à la rue des Postes. M. de Bouvier est incertain sur ce qu'il doit faire pour mener son fils jusqu'aux examens prochains pour l'École Polytechnique. Je lui ai promis de t'en parler : peut-être pourrais-tu lui donner un conseil ? Il fait un temps charmant et l'on se prend à penser que le printemps est proche. Nous ne pouvons encore cependant nous flatter de le tenir. Je ne vois guère de commissions à te donner. Cependant tu sais que j'aime à avoir quelques bons cigares secs, non pas pour moi, mais pour offrir à l'occasion et ma petite provision baisse. Si donc tu pouvais, soit par tes connaissances dans les Tabacs, soit à l'entrepôt du Gros-Caillou, soit au bureau du Grand-Hôtel, m'acheter et m'apporter une boîte de 100 bons cigares, tu m'obligerais. Je mettrais 20, 25, 30 cent. au plus à la pièce. Si cela t'est impossible ou même difficile, prenons que je n'ai rien dit. Nous sommes bien aises, mon bon fils, de te voir prendre un peu de plaisir et nous te félicitons du beau monde que tu fréquentes. Nous aimons à espérer que ton travail et le but sérieux que tu poursuis n’en souffrent pas. A bientôt donc, en attendant, nous t'embrassons tous tendrement. Ton père bien affectionné. Rémy a eu hier à me faire part de la mort du pauvre Médor du Blanc-Rupt ; il était déjà vieux et paraît avoir succombé à une espèce d'attaque. 8/3/1881 Mon cher fils, je n'ai guère aujourd'hui qu'à t'accuser réception des nouvelles qui nous sont parvenues ce matin de ta rentrée et, à la veille de l'ouverture de ton temps de pioche , à t'encourager à te donner de tout cœur au travail. Autant que je puis en raisonner, je regrette, comme je te le disais, que tu n'aies à cette heure, d'autre besogne faite que la rédaction de tes cours. Mais enfin ce qui est fait est fait. Avec le surcroît de besogne que tu t'es donné à la Rue des Postes, tu ne pouvais peut-être pas procéder autrement et je me plais à espérer que tu vas mettre toute ton activité à tirer de la situation le meilleur parti possible c'est-à-dire à conserver le rang que tu as acquis l'an dernier. Un mot de François, samedi dernier, nous faisait espérer sa visite pour dimanche, un télégramme devait nous confirmer sa venue dans la nuit : mais nous n'avons vu venir ni télégramme ni François. Il nous apprend hier soir que sa permission était signée, mais qu'une revue est survenue au dernier moment et qu'il n'aurait pu partir que dimanche à 10 h. avec obligation de rentrer lundi matin. C'était impraticable. Il a pu passer l'après-midi du Mardi gras avec André, les Didierjean, les de Rozières, les Adrien, les de Miscaut. Monsieur Adrien nous a dit que François engraissait toujours et que le mal au pied d'André est presque fini. François parait très occupé, attaché qu'il est à l'instruction des territoriaux. Il a bien passé ses examens et est classé 3ème sur 64. Avec cela, il me semble qu'il sera caporal aussitôt que possible. Peut-être nous viendra-t-il dimanche, mais il est plus probable qu'il se réservera pour la St Joseph 20. Nous venons de voir Pierre qui est toujours bien portant et content d'être bien aise. C'est le 2 avril, M. le Supérieur nous l'a confirmé, que le Sous-diaconat lui sera conféré. Bon papa nous donne ce matin de bonnes nouvelles de lui. Il a dû partir avec Vichard pour aller achever la semaine à Thon et au Houzard. Il est bien probable que samedi, maman partira pour Raon avec les petites et y restera jusqu'à la St Joseph. Dimanche nous avons vu arriver à 1h. à la place de François, Alphonse Didion. Il nous est resté 24 h. Le voila maintenant sans position et Dieu sait quand il en trouvera une. Le Français nous annonçait pour hier soir au Cercle du Luxembourg une conférence de M. d'Allières récemment de retour de Suède et Norvège. Projections avec la lumière oxhydrique 21. Nous avons souhaité que tu aies été touché de la chose et aies pu être un des auditeurs et spectateurs. Nous allons tous bien et t'embrassons tous bien tendrement. Ton père

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N'oublie pas quand tu le pourras, le titre du Sous Comptoir à échanger contre un titre au porteur. M. H. Saladin vient de rapporter la première des mentions honorables au Concours d'architecture qui porte le nom d'Achille Leclère22. 15/3/1881 Mon bon Maurice, nous avons été peinés d'apprendre hier soir que tu souffrais de nouveau des dents. Si tes prévisions sont réalisées peut-être à cette heure es-tu débarassé de la douleur et l'abcès aura-t-il crevé. Nous le souhaitons vivement, mais ne crois-tu pas, cher ami, qu’une fois que tu auras recouvré la tranquillité, il serait sage de recourir à une main habile pour te débarrasser ce qui te reste d'une dent qui ne peut plus que te causer que de l'ennui. Entrer dans la préparation d'examens et, plus encore, te mettre en voyage avec la crainte d'être toujours repris par le mal me paraît bien désagréable. Songes-y et fais pour le mieux. Nous sommes aussi contrariés d'apprendre que tu ne pourras sans doute pas être avec nous le 2 Avril. Mais d'après ce que tu nous dis du cours de métallurgie et de l'examen en cette matière mis à cheval sur la journée de Pâques, je crains bien qu'il ne faille y renoncer. Te voilà en face d'une fin de Carême et même de deux mois bien sérieux. Nous prierons Dieu et St Joseph pour qu'ils t'assistent et que tu résistes bien aux fatigues de la préparation. Samedi, ta bonne mère nous a quittés avec les deux petites pour aller passer quelques jours à Raon. Joseph a dû venir à cheval de Cirey passer la journée de dimanche auprès d'elle. Depuis ce jour, le temps est au beau, nous avons un vent froid mais du soleil, et j'espère que sur la terrasse abritée, les deux petites peuvent déjà prendre leurs ébats et jouir du réveil du printemps. Nous espérons que la St Joseph nous amènera le Garde Général et le volontaire dont nous avons reçu lundi soir de satisfaisantes nouvelles. On va bien au Sacré-Cœur et au Séminaire. Maman nous reviendra, j'espère, vendredi. Je vais néanmoins lui envoyer ta lettre comme je lui ai envoyé hier celles de François et d'André. J'avais fait espérer à de Bouvier que je te présenterais à lui le 2 avril. Il désirait te parler lui-même de son fils et t'entendre répéter que ton avis est de le maintenir là où il est jusqu'aux examens. Le père me parait préoccupé de la partialité qu'ont à craindre les candidats restés fidèles aux pères. Je pense qu'à l'occasion, je puis lui redire que tu ne varies pas dans ta manière de voir. A Dieu, mon cher fils, nous souhaitons bien de te savoir tranquille du côté de la mâchoire, et en attendant nous t'embrassons tous bien tendrement. Les nihilistes ont donc fini par avoir raison du Tsar. Cela ne pouvait manquer. Il paraît que tes collègues russes sont dans le mouvement. 19/3/1881 C'est de tout mon cœur, mon bien cher fils, que je te remercie de l 'excellente lettre que j'ai reçue hier soir. Les sentiments d'amour filial et fraternel dont tu es animé me sont une garantie bien consolante de la conduite sage et chrétienne que tu as menée jusqu'ici et que tu conserveras toujours, n'est-ce-pas ? Quant à la manière dont tu sais exprimer ces sentiments, elle me touche toujours jusqu'aux larmes. Il est vrai que je les ai toujours eues faciles et qu'entré hier dans ma cinquantième année, c'est-à-dire fortement engagé sur le revers de la côte, elles le seront tous les jours davantage. Pourvu du moins que je ne tombe pas trop tôt dans l'imbécillité sénile. Il ne faut plus que je perde de vue que mon grand-père est mort à 72 ans, mon père à 67 ans et que si la progression continue, je n'en ai plus pour bien longtemps à vivre. Que la satisfaction bien grande que vous m'avez tous donnée jusqu'ici continue, que j'aie la joie de voir la plupart de mes enfants tirés d'épaisseur, et je devrai me tenir pour satisfait. Il va sans dire que j'ai, comme toujours, reçu de toutes parts les plus doux témoignages d'affection. A l'instant Joseph, quoiqu'il s'annonce pour ce soir, rivalise avec toi de tendresse et de piété filiale et les deux pensionnaires du Sacré-Cœur m'arrivent pour passer auprès de nous quelques heures de l'après-midi. François n'a pas donné signe de vie, mais c'est de bon augure et il nous arrivera probablement dans la nuit. Il y a longtemps déjà que nous n'avons vu ce cher garçon et nous nous réjouissons de constater les progrès en embonpoint qu'il a faits. Hier ta bonne mère nous est revenue bien portante avec les deux petites. Elle a fait un excellent séjour à Raon et a laissé Bon papa en parfait état. Le beau temps revenu, il ne tiendra plus facilement à Raon et va déjà passer

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toute la semaine prochaine à Thon. Il médite paraît-il, une exploitation extraordinaire à la Gagère pour commencer les dots. Que Dieu nous le conserve vaillant comme il est. Les Massu sont fort tourmentés, leur petite Germaine prise de la rougeole est atteinte aussi d'une bronchite capillaire assez dangereuse. Tout espoir n'est cependant pas perdu hier ; avec les couches très prochaines d'Henriette, c'est une grave complication. Une bonne fortune paraît réservée à Joseph : le nouvel ingénieur de Cirey serait un ancien élève de St. Clément : un Schirmer, je crois, âgé de 3 ou 4 ans de plus que Joseph et célibataire. Le Garde général espère trouver en lui une ressource de société et surtout un commensal. Ledit Joseph nous arrive à l'instant bien portant. Nous venons d'aller au Séminaire : Pierre va bien et est très satisfait de son Diurnal. Il t'en remerciera sans doute bientôt. Ce n 'eût peut-être pas été un mal de le lui envoyer aussi pourvu d'un étui. Il a découvert avec chagrin que deux feuillets de sa Pars Verna23 sont déchirés par le travers. Il ne te le dira pas de peur de te faire de la peine : je te le dis en secret, sachant bien que tu n'y es pour rien et ne t'en jetteras pas la tête au mur. La sœur Réginald nous annonce le projet de mettre ton obligeance à contribution ; la pauvre fille n'épargne personne. Elle te priera de lui choisir chez Schulgen, successeur d'Alcan, quelques images pieuses dont elle t'indiquera les sujets et les prix. Elle compte que tu viendras à Nancy à Pâques, nous les apporteras, et que sa mère les lui portera à Langres. Ne t'inquiète pas de ce qu'elle te dira à ce sujet et envoie-les lui tout bonnement et directement par la poste. A Dieu, cher ami, nous nous réunissons tous pour t'embrasser bien tendrement. Ton père bien affectionné. 22/3/1881 Bien qu'annoncée sous un tour comique et qui nous a causé une seconde d'émotion irréfléchie, la perte des cinq chicots en question a dû être, mon cher fils, fort douloureuse et nous avons pris part à la pénible épreuve de leur extraction. Privés de détails, nous aimons penser que tu n'as pas été trop martyrisé et que, sans complication, ta pauvre mâchoire est en train de se cicatriser. Dieu veuille qu'il en soit ainsi et que tu sois tranquille le plus longtemps possible. L'hiver nous fait, je pense, ses adieux et nous avons aujourd'hui avec du froid des bourrasques de neige entremêlées de coups de soleil. Samedi au moment où nous n'attendions plus que le télégramme précurseur de l'arrivée de François dans la nuit, une lettre nous est parvenue nous annonçant que, cette fois encore, le pauvre volontaire ne pouvait obtenir la permission de 24 h. tant désirée. On lui a objecté la préparation à la revue trimestrielle. Mais je crois que c'est un prétexte et au fond, il estime qu'on a un peu abusé des permissions dans son régiment. Il n'espère pas venir davantage au 2 avril et il y a lieu de croire que nous ne le verrons plus avant le Mercredi Saint. Nous n'avons donc eu que Joseph toujours en bon état et qui nous a quittés lundi matin. Il s'embarque aujourd'hui, je crois, pour une première tournée d'opérations avec son collègue de Lunéville qui l'absorbera presque complètement jusqu'au 2 avril. Sera-t-il des nôtres ce jour ? Il l'espérait sans toutefois pouvoir le promettre. Le dénouement que je te faisais prévoir pour la pauvre petite Germaine Massu s'est produit ce matin ; elle vient de mourir à l'âge de 7 ans. La bronchite que la rougeole avait déterminée chez elle l'a emmenée. C'est un petit ange de plus : mais les pauvres parents sont dans la peine. Et l'enfant à venir est toujours attendu d'heure en heure. Dieu veuille que cela tourne bien. Nous allons tous bien et t'embrassons bien tendrement. 27/3/1881 - TON PERE TRES MALADE - VIENS - MARIA24 – Lettre non datée trouvée dans les tiroirs de Papa. Je recommande à mes enfants d'honorer d'un respect tout particulier leur bonne mère. Elle mérite d'eux une tendresse sans bornes et une soumission absolue. C'est dans son sang qu'ils ont puisé leurs bonnes inclinations et ils doivent à ses soins infatigables leur santé et la conservation de leurs jours. On ne vit jamais meilleure mère et femme plus vertueuse. C'est elle qui fit le bonheur de ma vie. A mes enfants de la rendre heureuse et d'accomplir à son égard tous leurs devoirs. Qu'ils la consolent par leurs soins et leur tendresse et lui obéissent en tout. Qu'ils respectent toujours l'autorité qu'elle doit exercer sur eux toute la vie. Que, confiants

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dans sa prudence et son jugement, ils se laissent diriger par elle dans toutes les actions importantes, notamment dans le choix d'un état. Qu'elle préside surtout à leur mariage, car le Ciel ne bénirait pas une union faite contre son gré. Jamais je n'ai donné volontairement à ma chère femme un moment de chagrin et je lui demande pardon de tous ceux dont j'ai été la cause involontaire, soit par défaut de réflexion, soit par la trop grande impatience de mon caractère. Que mes chers enfants me pardonnent, si par suite de mon humeur chagrine j'ai commis à leur égard quelque injustice, si je leur ai fait des reproches immérités. Qu'ils me pardonnent et implorent pour moi la miséricorde de Celui qui nous jugera tous. 8 mai 1881. Patronage de Saint-Joseph Mes chers enfants, je crois répondre au désir de vos cœurs, en venant au nom de votre père bienaimé, essayer d'ajouter quelques conseils aux dernières recommandations qu'il vous a laissées. Un secret pressentiment lui a dicté ces lignes qu'il aurait complétées si Dieu lui en avait laissé le temps, mais le coup qui l'a frappé a été si foudroyant qu'il n'a pu achever ce qu'il avait si bien commencé et où se révèle toute la tendresse de son cœur et sa sollicitude à votre égard. Comme à moi, n'est-ce-pas, il vous semble que cette douloureuse séparation a été rendue plus poignante par les circonstances qui l'ont accompagnée. Nous n'avons vu le danger, hélas, que lorsque votre pauvre père a été dans le délire, et depuis cette heure fatale jusqu'à sa mort, malgré toutes nos supplications vers le Ciel, pas un éclair de raison n'est venu adoucir l'amertume du sacrifice. Pas de préparation possible pour lui à ce grand passage de la vie à l'Éternité, pas un adieu aux siens, pas une recommandation à ceux qu'il avait tant aimés et qu'il allait abandonner pour toujours, pas une bénédiction dernière à ses chers enfants accourus auprès de son lit de douleur. Que d'angoisses nous rappellent ces tristes heures et que de regrets, si nous ne nous disions que Dieu a des vues de miséricorde que nous ne connaissons point. Inclinons-nous devant les desseins de la Providence, chers enfants, bénissons cette Volonté Divine, si amère qu'elle soit et disons-nous que, si Dieu a pris ainsi votre père à l'improviste, c'est qu'Il l'a trouvé digne de paraître devant lui, sans autre préparation que sa vie pure et droite de chaque jour et cette Communion fervente du 19 mars qui devait lui servir de Viatique. Qu'en l'appelant à Lui si soudainement, il a voulu épargner à son cœur trop sensible les déchirements d'une douloureuse séparation. N'oubliez jamais, mes enfants, les enseignements de cette mort imprévue et cependant consolante. Vous pouvez être surpris, vous aussi, soyez donc toujours prêts à paraître devant Dieu. Que cette pensée soit une sauvegarde à l'heure de la tentation, et si vous avez le malheur d'offenser Dieu, ne restez pas dans le péché, mais allez au plus tôt chercher votre pardon. Ayez comme votre père des habitudes régulières, une conscience droite, accomplissez chacun de vos devoirs avec soin, avec exactitude. Je l'ai vu à l'œuvre dans les diverses circonstances de sa vie. Soit qu'il s'agît de ses devoirs de famille, des œuvres de charité, des devoirs de bienséance, il faisait tout avec un ordre parfait, mais sans bruit. C'est à peine, mes chers enfants, si j'ose vous parler de la sollicitude de votre père à votre égard, vous en avez eu tant de preuves que je ne vous apprendrai rien que vous ne sachiez aussi bien que moi, mais si les aînés ne peuvent oublier le dévouement dont ils ont été l'objet, il en est malheureusement de bien jeunes qui ne sauront jamais tout ce que ce cœur de père renfermait de bonté, de tendresse et de fermeté à la fois. Béni par Dieu qui lui accorda une nombreuse famille, jamais il ne s'est soustrait à aucun des devoirs que lui apportait cette paternité laborieuse : élever ses enfants dans de bons principes, en faire des chrétiens solides, des hommes instruits et utiles à la société, tel a été son but, et pour cela, il n'a épargné ni soins, ni encouragements, ni correction. Les ainés se souviennent de la fermeté un peu sévère de leur père dans leur enfance et lui en savent gré, j'en suis persuadée. Depuis ils ont fait l'expérience de la tendresse de son cœur, quand devenus grands, ils ont trouvé en lui un ami véritable, partageant leurs difficultés et leurs succès, attirant leur confiance et ménageant toujours à propos un conseil ou un encouragement. Que ses lettres à ses fils étaient touchantes. Elles arrivaient à leur but en Inspirant à la fois confiance et désir de contenter un si excellent père. Non seulement il conseillait lui-même l'exemple des vertus qu'il demandait à ses fils, et je puis leur répéter sans crainte de me tromper : Imitez votre père dans les différentes phases de sa vie. Imitez-le durant votre jeunesse, vous, mes fils, et conservez comme il l'a fait, votre cœur pur

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jusqu'au jour de votre mariage. Vous remplirez par là son vœu le plus cher et Dieu récompensera votre vertu par le don d'une compagne qui fera le bonheur de votre vie. A votre tour vous serez heureux comme vos parents l'ont été, parce que Dieu présidera à votre union, à toutes vos actions et à vos sentiments, qu'Il sera béni, adoré, remercié dans votre maison. Croyez-moi, mes enfants, en suivant la Loi de Dieu, la vie s'écoule doucement, les sacrifices sont adoucis, les joies sanctifiées, là seulement est le bonheur véritable. Si Dieu vous donne des enfants, rappelez-vous ce que votre père a fait pour vous. Élevez-les chrétiennement, simplement, sans mollesse. Consacrez-leur tous vos soins, ne croyez pas perdre votre temps en l'employant à cultiver ces âmes qui vous sont confiées, les premières impressions durent toujours et il est important que le père et la mère les gravent eux-mêmes dans l'âme de leurs enfants. Chers aînés, laissez-moi vous dire que vous avez donné par votre conduite et votre assiduité au travail de bien vives satisfactions à vos parents, que ce soit une consolation pour vous de penser que vous avez embelli les dernières années de votre bon père, et que les plus jeunes suivent l'exemple de leurs aînés. Du haut du Ciel votre père verra vos efforts, il continuera à veiller sur vous et vous sentirez sa protection plus puissante que jamais. Une de ses joies était de vous voir très unis, vous aimant tous et vous trouvant heureux à chaque nouvelle réunion. « Comme ils s'aiment, ces enfants, quelle gaieté quand ils se retrouvent et que je suis heureux de les voir ainsi » me disait-il à cette douce réunion de janvier qui a été pour nous comme un dernier rayon de soleil. Que de fois aussi en sondant l'avenir, ne nous sommes-nous pas répétés avec consolation que, si Dieu nous retirait de ce monde avant d'avoir achevé notre tâche, les aînés nous remplaceraient et rendraient à leurs plus jeunes frères et sœurs ce que nous avons fait pour eux. Ce rôle, vous le remplissez déjà, chers aînés, et je m'appuie sur vous avec confiance. Conservez toujours cette sincère amitié fraternelle, qu'aucune affaire d’intérêt ne l'altère, elle sera pour vous une grande joie et peut-être une précieuse ressource pour plusieurs d'entre vous. Je termine, mes chers enfants, pardonnezmoi d'avoir été si longue, mais il me semble que je n'ai fait que remplir un devoir envers vous et envers ce digne compagnon de ma vie qui m'a donné tant de bonheur. Vous continuerez n'est-ce pas, à me donner la seule joie que je désire sur la terre, celle de vous voir marcher sur les traces de votre père. Il laisse à ses enfants un nom sans tache, à eux à le porter noblement et â continuer les traditions de famille : Honneur, Charité, Loyauté. C'est là votre plus bel héritage.

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En 1877, une façade monumentale fut construite par les soins de Morey sur la place Vaudémont, devant laquelle fut dressée la statue de Jacques Callot, réalisée par Eugène Laurent, encadrée par deux bustes des graveurs Ferdinand Saint Urbain et Israël Silvestre. 2

Tronce ou tronche :

1. Grosse souche de bois que les villageois et le peuple mettent au feu la veille de Noël, pour conserver le feu toute la nuit. 2. Nom, dans quelques provinces, des arbres de futaie dont on coupe les branches à des époques périodiques. 3. Synonyme de rouleau. 4. Terme de charpente. Tronçon de bois gros et court. 5. Terme de marine. Synonyme de tronçon. Tronce de câble. 6. Dénomination qu'on emploie, en Lorraine, pour désigner la grosseur relative des arbres résineux. 7. En argot, la tronche, la tête. Une tronche de morne, une tête de mouton, Dict. argot-français, p. 158, à la suite de Cartouche, par GRANDVAL. HISTORIQUE XVe s.— Aimerigot regarde que le portier seoit sur une tronche de bois au dehors du castel (FROISS. II, 51, dans LACURNE) XVIe s.— Ceux d'amont recommencerent à charger en bas, et jecter grosses tronces de bois, barres et planchons.... (J. D'AUTON Ann. de Louis XII, p. 268, dans LACURNE)— Ils jettoient à val l'eau de grosses tronches de bois que le fil de la riviere tiroit de roideur contre bas (AMYOT Marius, 40) ÉTYMOLOGIE Forme féminine tirée du lat. truncus, tronc ; patois des Fourgs, trouintse, bûche de Noël. 3

Cf. : Il entre alors au noviciat de Saint-Acheul près d’Amiens. Saint-Acheul, qui est également un collège très réputé et un petit séminaire, a été fondé en 1814 sous l’impulsion du Père de Clorivière qui, la même année, rétablit la Compagnie de Jésus en France. Devenu jésuite, Hippolyte Lory débute dans l’enseignement au Collège de la Providence à Amiens comme professeur d’anglais. 4

15 janvier 1879.

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Marie E. Jacquot.

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Sic

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Marie Madeleine Emma Eudoxie.

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Jacques. 9

Fils d’Eugène. 10

Le Français Henri Giffard était un aéronaute passionné qui avait aussi un sens aigu des affaires ; en 1852, jeune homme plein de promesse, et brillant esprit créatif, il faisait déjà des ascensions sur un ballon de forme allongée, sous lequel il avait installé une ingénieuse machine à vapeur conçue par lui. Celle-ci provoqua beaucoup de curiosité, incita beaucoup de nez à se lever vers les nuages, donna lieu à de très beaux discours, mais ne lui rapporta, hélas, pas le moindre argent... Décidé à sortir de cette situation modeste, il se laissa glisser métaphoriquement — des nuages, et mit son génie mécanique plein de talents au service de l'industrie. Il inventa un injecteur automoteur qui permettait d'alimenter en eau la chaudière des locomotives en remplaçant la pompe normale jusqu'alors en usage, permettant ainsi de sérieuses économies de temps et d'argent. Il gagna des millions et, une fois en possession de cet argent, il retourna à son premier amour : les ballons. Puis, il pensa que même grâce à eux, il pouvait gagner quelqu'argent : en 1867, il apporta à la Première Exposition Universelle de Paris un ballon à vapeur de proportion moyenne solidement attaché au sol, qui permettait aux dames et aux messieurs de la bonne société d'accomplir, sans courir aucun risque, de palpitantes ascensions. L'entreprise eut un réel succès et Giffard eut l'honneur de donner le baptême de l'air à l'Impératrice Eugénie ellemême. Onze ans après, quand on refit une Exposition Universelle, le ballon captif de, l'ingénieux Henri — comme on disait alors — était toujours fidèle au rendez-vous. Celui de 1867, à côté de celui-ci, paraissait ridicule. Le nouveau « Sphérique » de toile gommée avait une coupole de 36 mètres de diamètre, semblable à celle de Sainte-Sophie, et un volume de 25 000 m3. Quelque chose de monstrueux ! Il suffit de penser que dans l'élégante nacelle de l'aérostat pouvaient prendre place 50 personnes « excursionnistes ». En 5 mois, 35 000


personnes « volèrent » ainsi sur le ballon de Giffard. 11

Mariée à Emile Massu.

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Disséminés dans la ville, à des endroits marquants, des monuments perpétuent le souvenir de la dynastie. Place Schneider, le monument à Eugène Ier a été inauguré en 1879 par Ferdinand de Lesseps. On y lit : H. Chapu, statuaire et P. Sédille architecte ainsi que les inscriptions " à Eugène Schneider, Le Creusot 1878 " et sur le revers " les ouvriers et habitants du Creusot à Eugène Schneider, souscription privée 1878 ". En fait, la firme a contribué pour plus d’un quart de la somme à son érection. Le reste a été pris en charge par 15 000 souscripteurs. C’est une composition pyramidale à deux niveaux dont Eugène occupe le sommet dominant le groupe inférieur composé d’une femme et de son fils qui représentent la population et les ouvriers. Le titre du monument, " La Reconnaissance ", relie symboliquement les deux groupes. 13

30 novembre. 14

8 juin.

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24 juin.

16 Frapouille, variante de fripouille. 17

Quatre-Temps, pour les chrétiens, temps de jeûne au commencement de chacune des quatre saisons.

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25 novembre. 19

Baume d'acier ou d'aiguilles, baume préparé avec de la limaille d'acier et de l'acide azotique. Populairement, baume d'acier, l'instrument d'acier, l'instrument du dentiste. Votre dent est gâté ; il n'y a que le baume d'acier qui vous guérira. 20

19 mars. 21

La lumière oxhydrique, dite également lumière Drummond, est émise par un bloc de matière réfractaire porté à l'incandescence par la flamme d'un chalumeau oxhydrique (combinaison de l'oxygène et de l'hydrogène). Ce procédé, permettant d'obtenir une lumière très vive a été développé par Goldsworty Gurney, en 1823. Cette source lumineuse fut ensuite utilisée par un officier de la marine britannique Thomas Drummond, lors d'une mission topographique. Drummond remplaça l'argile utilisée par Gurney par de la chaux afin d'obtenir une lumière encore plus vive. Comme « chaux », se dit « lime » en anglais et « lumière », « light », les anglophones nomment cette lumière « limelight ». 22

Achille-François-René Leclère est un architecte français, né à Paris le 29 octobre 1785, et mort dans la même ville le 23 décembre 1853. Membre de l'Institut.

23 Breviarium Romanum, 4 Volumes, 4 Saisons : Pars Hiemalis, Pars Verna, Pars Aestiva, Pars Autumnalis. 24

Maria Léonie Huin


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Correspondance A. Geny. 1876-1881 by Marc GINGOLD - Issuu