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Trente ans d'écriture - Volume 4

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PATRICK SCHLOUCH

Trente ans d’écriture Volume 4 2005 - 2015

Mahana - Les Éditions du Soleil Tahiti


Trente ans d’écriture Volume 4 (2005 - 2015)

Après la déroute de Media Conseil Pacifique à partir de 2002, j’ai tenté de relancer l’agence en produisant nos propres supports. Deux éditions de Tahiti Habitat furent publiées en janvier 2004 et mars 2005. Mais mes efforts firent long feu, c’était le pot de terre contre le pot de fer. La concurrence de France - Antilles était trop puissante et féroce. D’autant plus qu’ils n’hésitèrent pas à utiliser les moyens les plus vils pour nous décrédibiliser auprès des annonceurs. Ce quatrième et dernier volume rassemble les textes écrits pendant les années 2005 à 2015. Il s’achève en réalité en 2011 car, après la publication de T comme… Tahiti, mon “dictionnaire des spécifiés locales polynésiennes” dont la rédaction et l’édition m’ont occupé de 2006 à 2010, je me suis essentiellement consacré à la rédaction du guide et dictionnaire illustré de la capitale polynésienne, PAPEETE EN CAPITALES, publié en décembre 2012 et à d’autres travaux, notamment pour la commune et le maire de Papeete (revue Papeete To Tatou Oire, discours, préfaces, etc.) déjà édités par ailleurs. On trouvera aussi les articles publiés de 2006 à 2007 sur mon blog, Tahiti Mahana, et les nombreux discours et autres textes rédigés pour le président de la Polynésie française, Gaston Tong Sang, pour qui j’ai travaillé en 2007. P.S.


© Trente ans d’écriture - Volume 4 Tous droits réservés - Janvier 2016


SOMMAIRE

2005 •

TAUI ROA, DANS L’HABITAT AUSSI

17

1 mars - Éditorial de Tahiti Habitat n° 2 er

2006 •

ZOZOS

21

28 juillet - Tahiti Mahana Blog

•

TRÈS PROBABLE OU ACQUIS ?

23

30 juillet - Tahiti Mahana Blog

•

SACRÉS MECS !

25

4 août - Tahiti Mahana Blog

•

PEUPLE MIGRATEUR

29

11 août - Tahiti Mahana Blog

•

RÉVOLUTIONNAIRE

33

16 août - Tahiti Mahana Blog

•

RÉSISTANCE

35

18 août - Tahiti Mahana Blog

•

POÈTE, PRENDS TON LUTH

39

21 août - Tahiti Mahana Blog

•

EXTRÊME RÉSOLUTION

41

24 août - Tahiti Mahana Blog

•

DJIHAD

45

2 septembre - Tahiti Mahana Blog

…/…

4


•

ON EST FOUTU, ON MANGE TROP !

49

4 septembre - Tahiti Mahana Blog

•

TÉLÉPHONE GRATUIT, LE RÊVE RÉALISÉ

53

7 septembre - Tahiti Mahana Blog

•

STOCK SPAM, ATTENTION DANGER !

57

9 septembre - Tahiti Mahana Blog

•

LA PUCE À L’OREILLE

59

13 septembre - Tahiti Mahana Blog

•

DIABOLIQUE

65

22 septembre - Tahiti Mahana Blog

•

TOURISME, PAS DE QUOI PAVOISER

69

27 septembre - Tahiti Mahana Blog

•

CHAUD DEVANT !

73

5 octobre - Tahiti Mahana Blog

•

ENFER ET DAMNATION !

75

16 octobre - Tahiti Mahana Blog

•

L’ÉCONOMIE MONDIALE EN PLEINE RÉVOLUTION

77

30 octobre - Tahiti Mahana Blog

•

UN POLYNÉSIEN SUR TREIZE EST MORMON

83

6 novembre - Tahiti Mahana Blog

•

300 MILLIONS D’AMÉRICAINS

93

9 novembre - Tahiti Mahana Blog

•

L’IMPORTANT, C’EST LA DOSE

95

14 novembre - Tahiti Mahana Blog

•

LES DENTS DE SÉGO

97

24 novembre - Tahiti Mahana Blog

…/…

5


•

DENGUE, LE “PETIT PALU”

99

30 novembre - Tahiti Mahana Blog

•

QUATRIÈME COUP D’ÉTAT À FIDJI

103

5 décembre - Tahiti Mahana Blog

•

FIDJI S’ENFONCE DANS LA CRISE

107

7 décembre - Tahiti Mahana Blog

•

PACIFIQUE, SALE COUP POUR LA CARTE POSTALE

109

9 décembre - Tahiti Mahana Blog

•

NOUVELLE-ZÉLANDE, DESTINATION GASTRONOMIQUE

113

20 décembre - Tahiti Mahana Blog

2007 •

RETOUR EN GRÂCE POUR L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE

117

2 janvier - Tahiti Mahana Blog

•

2 % DES ÊTRES HUMAINS POSSÈDENT 50 % DE LA RICHESSE MONDIALE

121

5 janvier - Tahiti Mahana Blog

•

REINS À VENDRE ?

123

8 janvier - Tahiti Mahana Blog

•

LE BHOUTAN, UN EXEMPLE POUR LE MONDE ?

125

13 janvier - Tahiti Mahana Blog

•

LA PRODUCTION D’OPIUM EN PLEIN BOOM EN AFGHANISTAN

131

17 janvier - Tahiti Mahana Blog

•

LE GRAND MARCHÉ AUX BÉBÉS

133

20 janvier - Tahiti Mahana Blog

•

À L’AUBE DE L’ÂGE DE L’HYDROGÈNE

137

26 janvier - Tahiti Mahana Blog

…/…

6


•

TRENTE-QUATRE MINUTES POUR MOURIR

141

3 février - Tahiti Mahana Blog

•

LES RISQUES D’INVESTIR EN CHINE

143

25 février - Tahiti Mahana Blog

•

LA SOUFFRANCE DU CHANGEMENT

147

17 mars - Tahiti Mahana Blog

•

GÉANTS DES MERS, NOUVELLE GÉNÉRATION

151

27 mars - Tahiti Mahana Blog

•

LA CHINE REDÉCOUVRE LA RELIGION

153

5 avril - Tahiti Mahana Blog

•

LAPIDATION, LA HONTE DE L’ISLAM

157

20 avril - Tahiti Mahana Blog

•

NOTE D’INFORMATION AU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

161

20 juin - Conjoncture économique 2006

•

CONDOLÉANCES DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

165

20 juin - Éloge funèbre de Patrick Siu

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

167

23 juin - Motion de censure, Assemblée de la Polynésie française, Papeete

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

175

28 juin - Fête de l’Autonomie, Rurutu, Iles Australes

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

181

28 juin - Ouverture des Jeux des Australes, Rurutu

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

183

29 juin - Fête de l’Autonomie, Présidence, Papeete

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

189

29 juin - Remises de l'Ordre de Tahiti nui

…/…

7


•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

199

30 juin - Inauguration des aménagements du golf d’Atimaono

•

NOTE D’INFORMATION AU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

203

3 juillet - Omar Bongo et la justice française

•

NOTE D’INFORMATION AU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

205

7 juillet - Stratégie de communication

•

NOTE D’INFORMATION AU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

209

15 juillet - Proposition pour la création d’une direction de la Communication

•

NOTE D’INFORMATION AU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

219

16 juillet - Proposition pour l’organisation de la visite officielle du président Sarkozy

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

223

17 juillet - Visite de la commune de Paea

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

225

18 juillet - Remise des prix du Heiva Tuaro Maohi, Présidence

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

227

19 juillet - Contrat de projets, CESC

•

CONFÉRENCE DE PRESSE DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

231

19 juillet - Règlementation foncière, Présidence

•

INTERVENTION TÉLÉVISÉE DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

233

26 juillet - Dissolution de l'Assemblée de la Polynésie française, Présidence (non prononcé)

•

CONFÉRENCE DE PRESSE DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

243

26 juillet - Sécession du Tahoeraa Huiraatira, Présidence

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

251

27 juillet - Inauguration du marché municipal d'Uturoa

…/…

8


•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

253

28 juillet - Funérailles nationales de Sir Thomas Davis, Rarotonga, Iles Cook

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

255

31 juillet - Chefs de service de l'Administration du Pays

•

CONFÉRENCE DE PRESSE DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

257

31 juillet - Situation politique et remaniement ministériel

•

NOTE D’INFORMATION AU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

261

2 août - Élections en Papouasie-Nouvelle-Guinée

•

NOTE D’INFORMATION AU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

263

3 août - Les deux fers au feu de Gaston Flosse

•

COMMUNICATION DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

265

8 août - Bilan des consultations de la société civile, Conseil des ministres

•

CONFÉRENCE DE PRESSE DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

271

8 août - Consultation de la société civile

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

287

9 août - Rentrée scolaire, Taravao

•

COMMUNIQUÉ DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

291

9 août - Accident d'avion à Moorea

•

INTERVIEW DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

295

9 août - par Claude Ruben, TNTV (non diffusé)

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

313

11 août - Hommage aux victimes de l'accident d'avion à Moorea, place To'ata

•

NOTE D’INFORMATION AU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

317

13 août - Infériorité médiatique

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

321

15 août - Hommage à Frédéric Donzel

…/…

9


•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

323

16 août - Hommage à Pierre Coissac

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

327

17 août - Remise de l'Ordre de Tahiti nui à six pêcheurs-sauveteurs

•

CONDOLÉANCES DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

331

17 août - Courrier au président de la Commission européenne, Juan-Manuel Barroso

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

333

17 août - Accueil de la délégation de Tahiti aux XIII Jeux du Pacifique, Présidence e

•

COURRIER DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

337

20 août - Réponse aux condoléances du pape Benoît XVI

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

339

26 août - Rencontre des délégations francophones, XIII Jeux du Pacifique, Samoa e

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

341

31 août - Motion de censure déposée par l'UPLD, Assemblée de la Polynésie française

•

DISCOURS DU MAIRE DE BORA BORA GASTON TONG SANG

351

1 septembre - Visite de Christian Estrosi, secrétaire d'état à l'Outremer, Bora Bora er

•

NOTE D’INFORMATION AU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

357

3 septembre - Stratégie après motion de censure

•

NOTE D’INFORMATION AU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

359

7 septembre - À propos de la marche de soutien

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

361

8 septembre - Marche populaire de soutien aux mouvements autonomistes

•

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA P.F. GASTON TONG SANG

365

12 septembre - Ouverture du consulat général de Chine, Hôtel Sheraton, Faa'a

•

DISCOURS DE CANDIDATURE DE GASTON TONG SANG

367

13 septembre - Élection du président de la Polynésie française, Assemblée

…/…

10


2008 •

PAPEETE RACONTÉ PAR SES HABITANTS

379

27 mars - Critique publiée dans Tahiti Pacifique

•

INSAISISSABLE COMME UN ARC-EN-CIEL

381

13 avril - Article sur le thème de l'identité publié dans Arz Lebnaan

•

JACQUES BREL, QUAND ON N'A QUE L'AMOUR

383

25 septembre - Article écrit pour Arz Lebnaan mais non publié

•

LE COÛT EXORBITANT DE L'AUTOMOBILE À TAHITI

387

17 octobre - Article publié dans Tahiti Pacifique

2009 •

FORUM DES ÎLES DU PACIFIQUE ET CHANGEMENT CLIMATIQUE

391

6 août - Commentaire publié dans Les Nouvelles de Tahiti

2010 •

PORTRAIT DE LA REINE POMARE IV

395

8 mars - Intervention pour la Journée de la Femme, Assemblée de la Polynésie française

2011 •

LA DÉCOUVERTE DE TAHITI PAR SAMUEL WALLIS EN 1767

409

15 août - Tahiti Mahana Blog

11


2005


Taui roa, dans l’habitat aussi Au cours des trois dernières années, la valeur totale des propriétés bâties de type résidentiel dans les pays développés a plus que doublé, passant d’environ 20 000 milliards à plus de 45 000 milliards d’euros. Impressionnante inflation ! En 2004, les prix de l’immobilier à usage d’habitation ont augmenté en moyenne de 10 % dans ces pays. En Afrique du Sud, record de l’année, la hausse a atteint 35 %, juste devant Hong Kong (30 %). En Europe, c’est l’Espagne qui tient la tête avec 17 %, devant la France (15 %) et le Royaume uni (14 %). Plus près de nous, en Nouvelle-Zélande, les prix ont bondi de 16,5 % en 2004, le double de l’Australie, pourtant championne toutes catégories au cours des années précédentes. Les données les plus récentes montrent toutefois que cette spirale inflationniste ralentit fortement dans certains endroits comme en Nouvelle-Zélande ou en Espagne. En France et aux États-Unis, le marché flambe encore, mais, les observateurs estiment que les prix des logements sont aujourd’hui parvenus à des niveaux difficilement supportables, voire largement surévalués (jusqu’à 30 % aux Etats-Unis). Ils ont déjà commencé à baisser en Australie au cours des derniers mois, de l’ordre de 15 % à Sydney et 10 % dans l’ensemble du pays. Au Japon, ils avaient atteint leur maximum en 1991, ils n’ont jamais cessé de baisser au cours des treize années suivantes, pour un total de 35 %. La Polynésie française est bien sûr un cas spécifique. Les prix y ont augmenté aussi de manière spectaculaire, surtout celui du terrain en zone urbaine. Mais, 2004 fut une année très agitée et les investisseurs n’aiment pas cela. En l’absence de statistiques économiques réellement fiables, il faut se contenter d’estimations et de témoignages. Pour sûr, le taui et les perturbations qui l’ont accompagné ont eu des effets ravageurs sur le marché de l’habitat. Si le foncier n’a pas réellement été affecté, du fait de sa rareté (le prix du terrain aurait pourtant déjà baissé de manière significative dans certaines zones, à la Presqu’île par exemple), le marché des maisons et, surtout, celui des appartements a été victime de l’attentisme ambiant. Certes les besoins sont bien réels, la demande reste forte et la situation ne semble pas trop préoccupante pour le moment. Néanmoins, le coup de semonce a sans doute été salutaire pour réveiller quelques consciences et rappeler à plus de mesure. L’habitat en général et l’immobilier en particulier ne sauraient échapper au taui. Merci de votre confiance et bonne lecture. Patrick Schlouch 2 500 k


2006


Zozos Depuis le temps qu’on nous rebat les oreilles avec ce fameux « statut des Cook » encensé aussi bien par Flosse en son temps, que par Oscar désormais (pas pour les mêmes raisons toutefois), on pourrait penser que le petit voisin est un vrai paradis à prendre en modèle. Qu’est-ce que le statut des Cook ? On voulait nous faire croire que c’était, en gros, l’indépendance, mais sans la misère. Résultat, le pays est en faillite depuis dix ans et tout de même soutenu à bout de bras par la Nouvelle-Zélande, l’ancienne puissance coloniale qui ne peut décemment pas laisser ses ressortissants (les Cook ont tous la nationalité néo-zélandaise) dans la misère. L’archipel est profondément divisé en deux clans politiques d’égale importance qui tiennent chacun la moitié du Parlement. La majorité balance sans cesse d’un côté à l’autre en fonction de l’humeur et surtout des intérêts des uns ou des autres. Ça ne vous rappelle rien ? Aujourd’hui, le Premier ministre des Cook, Jim Marurai, a fait dissoudre la Chambre des Députés pour éviter une motion de censure qui allait l’éjecter du pouvoir. Pas étonnant que les Néos, et même les Australiens, soutiennent si ardemment la présence de la France dans la région. Ils ont déjà assez de soucis avec leurs propres zozos. Patrick Schlouch Punaauia, le 26 juillet 2006


Très probable ou acquis ? Une bombe nucléaire a éclaté à l’Assemblée de la Polynésie française vendredi dernier. En pleine séance de pugilat budgétaire, et au mépris de l’ordre du jour, Oscar Temaru, qui n’était probablement venu que pour cela, a scotché tout le monde en intervenant pour lire publiquement, à haute et intelligible voix, un courrier daté du 17 juillet 2006 à Paris et signé par M. Florent de Vathaire, directeur de l’Unité 605 à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM). Cet éminent scientifique, doté d’un poste à haute responsabilité au sein d’un prestigieux établissement public français n’y va pas par quatre chemins. Le courrier est adressé à M. Marcel Jurien de la Gravière, délégué à la Sûreté nucléaire, nommé en 2005 par le ministère de la Défense. Après un préambule courtois, Florent de Vathaire assène « (…) nous avons mis en évidence une relation statistiquement significative entre la dose totale de radiation reçue à la thyroïde du fait des essais nucléaires atmosphériques réalisés par la France en Polynésie française et le risque ultérieur de cancer de la thyroïde diagnostiqué entre 1985 et 2002. » Suivent les détails techniques de l’étude sur laquelle M. de Vathaire se fonde pour affirmer finalement que : « Nous considérons donc maintenant comme acquis, le fait que les essais nucléaires atmosphériques réalisés par la France ont contribué à augmenter l’incidence du cancer de la thyroïde en Polynésie française. » Les autorités françaises avaient toujours affirmé l’innocuité totale des cent quatrevingt-quinze essais nucléaires effectués sur les atolls de Moruroa et Fangataufa de 1966 à 1996, y compris celle des quarante-six tirs atmosphériques. Le rapport d’une commission d’enquête de l’Assemblée de la Polynésie française, publié en février 2006, avait confirmé qu’il y eut bien d'importantes retombées radioactives à la suite de ces essais atmosphériques, sur des zones habitées. Mais, ce rapport laissait encore planer un doute sur les effets directs de ces retombées sur la santé des Polynésiens. Ce doute n’est plus permis. L’INSERM est au-dessus de tout soupçon et M. de Vathaire est un spécialiste français du cancer mondialement reconnu. Lui et son équipe étudient particulièrement les effets des rayonnements ionisants sur la santé publique. Ils ont commencé à travailler sur la Polynésie française en 1990. Et voilà le gouvernement français empêtré dans une sale histoire supplémentaire. Heureusement pour lui que la nouvelle tombe en plein départ en vacances. Samedi matin, loin d’accorder l’écho qu’elle méritait à cette information capitale, dont les conséquences politiques, financières, sanitaires, sociales, etc., sont encore incalculables, les Unes des deux quotidiens, La Dépêche de Tahiti et Les Nouvelles de Tahiti (qui appartiennent tous les deux au même groupe de presse France – Antilles)


arboraient d’énormes titres presque identiques : « La triste fin du baleineau », pour l’un, et « La tragique fin d’un baleineau », pour l’autre. Pourquoi pas cinq colonnes sur le pauvre chien écrasé dans le quartier d’à côté ? Une coïncidence qui pue la consigne à plein nez. À moins qu’ils ne considèrent que l’émotion soulevée par le courrier de M. de Vathaire va rapidement retomber comme un soufflé raté. On peut en effet se poser au moins deux questions. La première serait de savoir pourquoi M. de Vathaire n’informe M. Jurien de la Gravière que le 17 juillet, alors qu’il a déjà présenté son étude le 29 juin au cours d’un colloque à la présidence de la Polynésie française, et pourquoi adresse-t-il une copie de son courrier au président Temaru ? Plus intéressant encore serait de connaître les motifs pour lesquels il durcit son propos à ce point et si soudainement. La conclusion de l’étude de l’Unité 605 qu’il dirige, publiée moins de trois semaines plus tôt dans la presse locale, estimait que les essais nucléaires français n’avaient que « très probablement » accru le nombre de cancers de la thyroïde, et encore « de manière très limitée » de l’ordre d’une dizaine de cas. Patrick Schlouch Punaauia, le 30 juillet 2006


Sacrés mecs ! À ma gauche, les savants, qui viennent confirmer scientifiquement que les premiers Polynésiens sont arrivés tout droit d’Asie du Sud-est. Avec tests ADN et tout, la totale ! À ma droite, dérivant au gré des Alizés, la famille Heyerdahl et ses copains (une belle lignée de Vikings) s’entêtent à vouloir prouver que les premiers habitants des îles sont (aussi) venus d’Amérique du Sud. Et ils y parviennent ! Après le grand-père, Thor (un nom de dieu !), c’est le petit-fils qui s’y est collé. À soixante ans de distance, lui et ses coéquipiers ont réussi le même exploit de traverser l’océan Pacifique sur un radeau de roseaux, sans moteur ni instruments de navigation et avec une voilure primitive ne permettant pas de remonter au vent. Tangaroa était toutefois muni de longues dérives, tout comme l’étaient les anciennes embarcations transocéaniques. Moi, la seule conclusion qui me vient à l’esprit, c’est que les îles du Pacifique ont probablement été peuplées à la fois par l’Est et par l’Ouest et que tous ces bons immigrés se sont mélangés au point de se fondre dans une société unique, mais aux origines raciales différentes, c’est tout. Cela expliquerait peut-être les constatations des « découvreurs » au sujet de l’existence de deux types de Polynésiens bien distincts. Ainsi, en 1770, le navigateur français Louis – Antoine de Bougainville écrivait : « Le peuple de Taïti est composé de deux races d’hommes très différentes, qui cependant ont la même langue, les mêmes mœurs et qui paraissent se mêler ensemble sans distinction. La première, et c’est la plus nombreuse, produit des hommes de la plus grande taille : il est ordinaire d’en voir de six pieds et plus. Je n’ai jamais rencontré d’hommes mieux faits ni mieux proportionnés ; pour peindre Hercule ou Mars, on ne trouverait nulle part d’aussi beaux modèles. Rien ne distingue leurs traits de ceux des Européens ; et s’ils étaient vêtus, s’ils vivaient moins à l’air et au grand soleil, ils seraient aussi blancs que nous. La seconde race est d’une taille médiocre, a les cheveux crépus et durs comme du crin, sa couleur et ses traits diffèrent peu de ceux des mulâtres. » On ne peut constater aucune évidence de ce genre dans la société polynésienne d’aujourd’hui. À tel point qu’on se demande comment les savants pourront bien retrouver un ADN originel dans tous ces mélanges effectués au fil des siècles. Mais, après tout, qu’ils y parviennent ou pas, quelle importance, sinon satisfaire une curiosité intellectuelle somme toute compréhensible ? L’histoire de l’Humanité n’estelle pas principalement une affaire de migrations ? C’est comme la généalogie, si l’on commence à tirer le fil, on n’en finit plus !


De toute manière, une chose est sûre : que l’on vienne de l’Est ou de l’Ouest, traverser le Pacifique dans de telles conditions, c’est un exploit formidable. Les six membres de l’équipage du Tangaroa ont passé quatre-vingt-trois jours en mer et parcouru près de neuf mille kilomètres, totalement livrés aux caprices du plus grand océan du monde, à bord d’un petit radeau en roseau ingouvernable, une botte de paille coiffée d’une minuscule cabane - bambou ballottée comme un bouchon sur des houles terrifiantes, pleines d’écume comme les mâchoires d’un chien enragé. Brrr ! J’en frissonne. « La vue du premier atoll, c'est-à-dire de Fangatau, au nord-est de Raroia après soixante-sept jours de navigation et alors que le soleil se levait, a été le souvenir le plus émouvant de la traversée », a déclaré Bjarne Krekvik, le capitaine de Tangaroa à son arrivée à Tahiti. Tu m’étonnes ! Ils ont forcément eu la trouille à certains moments. La nuit, isolés dans cette immensité obscure, avec le déchirement du vent et les embruns qui vous glacent… Puis, enfin, parvenir vivant et entier au but insensé que l’on s’était fixé. Il y a effectivement de quoi s’émouvoir. C’est pourtant dans des conditions de précarité plus sévères encore, que les Anciens voyageaient, avec femmes, enfants et animaux, d’où qu’ils vinssent, puisque telle est la théorie de Torgeir Higraff, chef du projet Tangaroa. Ce beau jeune homme blond aux yeux bleus est convaincu que les navigateurs d'antan avaient la connaissance des Alizés qui s'inversent au cours de l'année. Ils auraient ainsi disposé d’une sorte de « tapis roulant liquide » leur permettant de sillonner le Pacifique (et certainement les autres océans aussi) dans un sens ou dans l’autre selon les saisons. Certes, c’est pratique, encore faut-il être bougrement courageux et les avoir plutôt bien accrochées pour se lancer dans de telles galères. Les Anciens y étaient contraints, les Norvégiens du Tangaroa, eux, n’ont risqué leur vie que pour la science et le fun. Sacrés mecs ! Patrick Schlouch Punaauia, le 4 août 2006

Le dieu polynésien de la Mer Tangaroa, le dieu polynésien de la Mer, sépara le Ciel et la Terre. Il est le fils de la déesse-Terre, Papa, dont le corps était si gonflé d’eau qu’un jour, elle éclata, créant


ainsi l’Océan. Il se manifeste parfois sous la forme d’un énorme poisson donnant naissance à toutes les créatures de la mer, y compris les sirènes. Selon certains mythes, les êtres humains auraient été autrefois aquatiques, ce qui expliquerait l’absence de pelage sur leurs corps. Tangaroa se transforme régulièrement en un lézard vert, ce qui annonce le beau temps. Son souffle est si puissant, qu’il n’a besoin de respirer qu’une seule fois par jour. C’est ce souffle qui serait à l’origine des marées. Le frère de Tangaroa s’appelle Rongo qui, selon certaines traditions, s’identifierait à Maui, le Pêcheur des Iles, l’inventeur de la navigation à voile. Certaines sculptures le représentent comme le Créateur. De son corps émergent tous les êtres, y compris l’homme. Aux Marquises, on l’appelle Tanaoa. Les marins polynésiens et micronésiens cachent souvent sous le siège de leur bateau un morceau de corail «cerveau» symbolisant le dieu de la Mer qu’ils prient de leur accorder une traversée sans dommage. (source : Encyclopedia mythica, adaptation Mahana Blog)


Peuple migrateur Selon les derniers chiffres de l’Institut de la Statistique de Polynésie Française (ISPF), le Fenua compte désormais plus de 256 000 habitants, dont près de deux cent mille concentrés à Tahiti. Cette population a doublé en trente ans en dépit d’une baisse significative de la fécondité (le nombre de naissances a chuté de 5 500 en 1985 à 4 400 seulement en 2004), mais à la faveur d’un allongement de plus de six ans de la durée de vie moyenne durant la même période. On ne vit pourtant pas encore aussi longtemps en Polynésie française qu’en France. La différence est d’environ cinq ans. Les statistiques ne nous disent pas où l’on vit le mieux, simplement où l’on vit le plus longtemps. On peut tout de même penser que si les gens veulent à tout prix s’entasser tous au même endroit, c’est parce que c’est le meilleur. Logique non ? Si les Polynésiens désertent par milliers leurs atolls et îlots paradisiaques pour venir s’agglutiner dans les banlieues misérables et déjà surpeuplées de Papeete, Faa’a ou Pirae, c’est qu’ils doivent avoir de bonnes raisons. À Tahiti, la densité démographique est déjà énorme. L’île mesure 1 043 km2, mais à peine 150 sont habités et accessibles, ce qui nous donne à peu près 1 300 habitants au km2 et beaucoup plus dans la zone urbaine entre Mahina et Paea. Nous sommes encore très loin des quelque 35 000 habitants au km2 de Monaco, mais tout de même, cela nous situe au niveau des pays d’Europe les plus denses comme les Pays-Bas ou Malte. Comme les surfaces habitables ne vont certainement pas s’agrandir, si, comme c’est probable, la population double une fois encore dans la prochaine trentaine d’années pour atteindre entre 300 000 et 400 000 habitants à Tahiti, cette densité va devenir un très gros problème. Il va falloir bien sûr loger tout ce monde, le nourrir, le soigner, l’éduquer et lui fournir des emplois, beaucoup d’emplois. Tous ces gens vont consommer, posséder des véhicules, produire des déchets et de la pollution en grande quantité. Gouverner, c’est prévoir. Il n’est certes pas nécessaire de sortir d’une grande école ou d’une prestigieuse université pour comprendre que, compte tenu de l’imminence et de l’importance des besoins, ainsi que du temps nécessaire pour mettre en œuvre les investissements indispensables à leur satisfaction, la situation de cette génération qui va nous succéder, c’est-à-dire nos enfants et leurs enfants, dépend directement des décisions politiques prises aujourd’hui.


Or, que constatons-nous ? Une terrible difficulté à gérer le présent, une fuite en avant, les yeux bandés, une irresponsabilité entière à l’égard des générations futures et de l’évolution démographique. J’entendais l’autre jour un homme s’exprimer sur le répondeur téléphonique de Radio 1. Il nous expliquait comment, habitant la Presqu’île et travaillant à Papeete, il devait se lever chaque jour à 3h30 du matin et quitter son domicile vers 4h30 pour rejoindre la capitale deux heures et demi plus tard. Et presque autant le soir pour rentrer chez lui. Soit plus de quatre heures par jour dans les transports, bloqué le plus souvent dans les embouteillages. Cela fait vingt-cinq heures par semaine et pas moins de cent heures par mois. Sur l’année, le malheureux garçon passe plus de quarante-cinq jours dans sa voiture. Et, comme il nous révélait qu’il fait cela depuis quinze ans déjà, il aura passé presque deux ans dans sa caisse. J’espère pour lui qu’il a la musique et la clim’. Il faut multiplier ces chiffres par les milliers d’autres Polynésiens qui subissent le même calvaire. Quel gâchis ! L’homme du répondeur exhortait vivement les autorités du pays à accélérer la construction d’une autoroute digne de ce nom entre la Presqu’île et Papeete pour adoucir l’existence éreintante de ces gens. C’est malheureusement tout le contraire qu’il se passe. J’ai pensé à lui avec compassion, mercredi soir, quand Jean-Christophe Bouissou, toujours bien informé, a révélé au journal de RFO Télé Polynésie que le gouvernement, loin d’activer la réalisation de cette voie rapide, avait décidé d’enterrer totalement le projet. Ça c’est pour la route, mais des lycées et des collèges, vous en voyez de nouveaux vous ? On se contente de rapiécer ce qui existe et de tasser les pauvres gamins dedans. Et l’on espère en plus qu’ils obtiendront de meilleurs résultats scolaires que leurs aînés. Un comble ! Pour le reste, c’est pareil : profil bas. Puisque, de toute manière, toute infrastructure un peu ambitieuse exige le soutien financier de l’État et que, comme il l’a toujours fait à Faa’a, Oscar refuse par principe de solliciter ce soutien, on n’est pas près de voir les premiers coups de pelleteuse des grands travaux d’équipement dont le pays a le plus urgent besoin. Il y aura bien un nouvel hôpital à Tahiti, mais vraiment de justesse. Si le chantier n’avait pas été aussi avancé quand ils sont arrivés au pouvoir, ils l’auraient supprimé aussi. D’ailleurs, ils l’avaient expressément annoncé pendant leur campagne électorale. Ils considéraient ce projet comme « disproportionné ». Ceux-là ne lisent pas les statistiques de l’ISPF. Et je ne parle même pas des îles. Nous venons de voir ce qu’il s’est passé à Raiatea où l’hôpital a dû fermer plusieurs services faute de praticiens.


Dans son éditorial de ce mois d’août, intitulé « Il faudra bien s’y résigner », le magazine Tahiti Pacifique traite ce même sujet de l’avenir des jeunes générations sur un mode plutôt pessimiste. « Ainsi nos jeunes chômeurs (surtout les diplômés), au lieu d’attendre pendant des années (généralement en vain à moins d’avoir un tonton maire ou ministre) un éphémère poste de fonctionnaire privilégié, feraient mieux de chercher une voie d’avenir dans l’émigration, aussi douloureuse soit-elle. », écrit Alex du Prel, en reconnaissant toutefois que même là, les débouchés sont incertains et soumis à une forte concurrence asiatique ou autre. Oui, je ne suis pas loin de lui donner raison, bien que, jusqu’à aujourd’hui, les jeunes Polynésiens français aient, fort heureusement, échappé au triste sort commun des insulaires de la région contraints en très grand nombre d’abandonner leurs villages et leurs îles à la fois pour trouver les moyens de subsister et aussi pour profiter des avantages de la vie moderne. Cela dit, ce sera peut-être moins dramatique qu’il n’y paraît. S’ils doivent un jour quitter leurs îles pour trouver fortune ailleurs, les Polynésiens ne feront que renouer avec leur nature profonde et des pratiques ancestrales. Ne sont-ils pas avant tout un peuple migrateur ? Patrick Schlouch Punaauia, le 11 août 2006

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RÉVOLUTIONNAIRE Son vingt-cinquième anniversaire passe pratiquement inaperçu. Guère étonnant, les médias ont généralement pour habitude de privilégier le dramatique, le spectaculaire et le violent. Et pourtant, son apparition il y a un quart de siècle fut une révolution au moins aussi profonde que l’arrivée de l’électricité dans les foyers et dans les ateliers cent ans plus tôt. Il a transformé la vie de la plupart d’entre nous. Nous ne saurions plus que faire sans lui et nous lui devons de plus en plus notre pain quotidien. À vingt-cinq ans, l’ordinateur personnel, le PC (Personal Computer), a changé le monde. L’IBM 5150, lancé en août 1981 par le leader mondial incontesté de l’informatique de l’époque, est considéré comme le premier véritable ordinateur personnel, même s’il a eu quelques prédécesseurs éphémères. Il était vendu 150 000 Fcfp, 1 250 € (aux Etats-Unis) et ne disposait que de 16 ko de mémoire (à lui seul, le texte que vous lisez « pèse » presque cinq fois plus). Il utilisait des cassettes audio pour charger les données et les enregistrer (le lecteur de disquettes était en option). On estime qu’il existe aujourd’hui plus d’un milliard de PC dans le monde, et il s’en vend deux cents millions par an, mais leur répartition est très inégale. Les Américains sont équipés à 70 %, les Français à 35 %, les Brésiliens à 7 % et les Chinois à seulement 3 %. Le potentiel est encore gigantesque. Le PC a créé de nouvelles richesses à une vitesse et à une échelle jamais connues dans l’histoire de l’Humanité. La valeur globale des entreprises de production d’ordinateurs personnels et des logiciels qu’ils utilisent dépasse les 500 milliards de dollars (390 milliards d’euros). La productivité du travailleur individuel a explosé. Le très grand public a eu accès au traitement de texte, aux tableurs, au courriel, au partage de fichiers et, plus récemment, au téléphone quasi gratuit. IBM a connu un immense succès avec le 5150, mais il n’en profita pas longtemps. De nombreuses imitations envahirent bientôt le marché à des prix plus intéressants et l’on s’est vite aperçu que la véritable valeur résidait dans les logiciels. C’est ainsi que M. Bill Gates, en créant le système d’exploitation presque incontournable de ces myriades d’esclaves électroniques, est devenu l’homme le plus riche du monde en à peine plus d’une décennie. La révolution numérique est permanente. La technique évolue à une vitesse sans cesse grandissante. Vingt-cinq ans seulement après sa naissance, le PC n’est pas encore aux oubliettes, mais sa suprématie est bousculée, et c’est un euphémisme, par le téléphone mobile qui devient chaque jour davantage le nouveau paradigme de l’appareil numérique personnel. 


Le saviez-vous ? Dans quel pays produit-on le plus de films ? En Inde ? Aux Etats-Unis ? À Hong-Kong ? Vous n’y êtes pas. C’est au Nigeria. On y tourne et distribue plus de 2 000 films à petit budget (de 1,5 à 10 millions de Fcfp – 12 500 à 85 000 €) par an, dont environ les deux tiers en anglais. Cette industrie est née par hasard en 1992. Un commerçant nigérien, Kenneth Nnebue, voulait se débarrasser d’un gros stock de cassettes vidéo vierges achetées à Taiwan. Il pensa qu’il serait plus facile d’écouler les cassettes s’il y avait un film enregistré dessus. Il réalisa lui-même le film, une sordide histoire de meurtre rituel vaudou. Il en vendit plus de 750 000 copies. Un tel succès fit aussitôt naître de nombreuses vocations. Nollywood, comme on surnomme l’industrie cinématographique nigérienne, emploie aujourd’hui plus d’un million de personnes. C’est l’activité qui fournit le plus d’emplois au Nigeria après l’agriculture. Elle génère un chiffre d’affaires annuel de près de 30 milliards de Fcfp (250 milions €).  Patrick Schlouch Punaauia, le 16 août 2006


RÉSISTANCE Le capitaine William Bligh (1754 – 1817) était un être étrange et exceptionnel. Militaire anglais jusqu’au bout de sa queue de pie, excessivement susceptible, le ton mordant, il avait le chic pour se faire des ennemis. Mais c’était un excellent marin, fiable et compétent. On le trouve d’abord sous les ordres de James Cook. Il est maître d’équipage à bord du Resolution au cours du troisième voyage du célèbre capitaine, de 1776 à 1780. Plus tard, on lui confia le soin de se rendre à Tahiti pour prélever des plants d’arbre à pain dans l’optique de les cultiver aux Antilles pour nourrir les populations d’esclaves. Charmante mission que Bligh effectua sur le Bounty. Son aimable caractère provoqua les événements que tout le monde connaît. La mutinerie menée par le quartier – maître Fletcher Christian (1764 – 1793) a été rendue célèbre par de nombreuses versions romancées en librairie comme au cinéma. Le voyage avait été très difficile. Parti d’Angleterre en 1787, Bligh avait tenté pendant plus d’un mois de franchir le cap Horn, mais en vain. Des conditions météo épouvantables avaient toujours empêché le Bounty de passer. Il avait fallu se résigner à faire le grand tour par Bonne-Espérance. Une fois à Tahiti, le chargement des plants de uru n’en finissait pas. Au grand dam de Bligh, le Bounty et son équipage séjournèrent plus de cinq mois à la Nouvelle Cythère où la plupart de ces fringants jeunes gens eurent tout loisir de nouer de tendres idylles avec quelques brillants spécimens de la gent féminine autochtone, localement appelée Vahiné Tahiti, fameuse pour son charme, son érotisme torride et son parfum de noix de coco. En avril 1789, quand il fallut quitter les îles pour reprendre la mer et le collier, ce fut un déchirement. Tous les ingrédients étaient réunis pour que ça pète. Et ça a pété ! Bligh avait nommé Christian lieutenant par intérim, bien qu’il n’en ait pas le grade, parce qu’il n’avait que lui sous la main. Les deux hommes se connaissaient bien, Christian avait déjà navigué à deux reprises vers les Caraïbes sous les ordres de Bligh. Ils se faisaient confiance. Il n’y avait pas de détachement militaire à bord. Le commandant, seul détenteur de l’autorité, n’avait aucun moyen de s’opposer à des mutins décidés, qui plus est menés par son propre second. La révolte était dans l’air depuis le départ de Tahiti. Elle éclata le 28 avril 1789. Fletcher Christian était suivi par un quart de l’équipage seulement, mais ils étaient fort déterminés. Les loyalistes étaient largement plus nombreux, mais ils ne résistèrent pas et tout se passa sans effusion de sang. Bligh et quatorze de ses dix-huit fidèles furent transférés à bord d’une petite chaloupe de sept mètres de long et laissés à l’abandon en plein océan, avec seulement quatre couteaux, des vivres et de l’eau pour quelques jours. Christian laissa à son capitaine un sextant et une montre, mais aucune carte ni boussole. Quatre loyalistes


restèrent à bord du Bounty avec les mutins car la chaloupe était vraiment trop étroite. Ils furent plus tard relâchés à Tahiti où Christian s’empressa de se rendre avec ses complices piqués au tiaré. Qu’est-ce qu’une qualité ? Qu’est-ce qu’un défaut ? Le même trait de caractère peut être successivement l’une ou l’autre. L’inflexibilité et la rudesse de Bligh avaient provoqué la haine de ses marins et sa perte. Elles le sauvèrent, lui et ses compagnons d’infortune, d’une mort certaine. Ils réussirent miraculeusement à franchir une distance considérable, sans toucher aucune terre ni pouvoir se ravitailler en aucune manière, serrés et roulés en boule dans le fond de cette barque. On peut aisément imaginer leurs conditions de survie. Quand les naufragés aperçurent la première terre, l’île de Tofua à Tonga, ils essayèrent d’y débarquer, mais ils furent repoussés par les indigènes et l’un d’entre eux fut tué dans la bagarre. Bligh décida alors de cingler vers Timor, le comptoir européen le plus proche d’où il savait pouvoir regagner l’Angleterre. Le plus proche, certes, mais tout de même à près de sept mille kilomètres. Une paille ! Ils allaient devoir en outre traverser le dangereux détroit de Torres entre l’Australie et la Nouvelle-Guinée. Le voyage prit quarante et un jours, mais Bligh a réussi, en grande partie grâce à son odieuse volonté de fer. Sans carte, il a navigué « de mémoire ». Avec tout le respect et l’admiration que je porte aux jeunes Norvégiens qui, au mois de juillet, ont rallié le Pérou et Tahiti en dérivant sur le radeau Tangaroa, je ne peux m’empêcher de relativiser leur exploit en regard de ce que réalisèrent Bligh et ses compagnons à bord de leur chaloupe surpeuplée, sans eau et sans nourriture. C’était une victoire vraiment incroyable sur le désespoir et le dénuement. Et pourtant, la découverte, cette semaine, au large des îles Marshall par un bateau de pêche taïwanais, de trois pêcheurs Mexicains ayant dérivé dans le Pacifique pendant neuf mois, oui neuf mois, une nouvelle gestation complète, repousse une fois encore les limites connues de la résistance physique et mentale de l’être humain à des degrés difficilement concevables. Après son retour en Angleterre et son acquittement en cour martiale en 1790, Bligh servit notamment sous les ordres de l’amiral Nelson et se fit remarquer par son courage au cours de batailles contre les Hollandais qu’ils gagnèrent ensemble. En 1804, on lui offrit le poste de gouverneur des Nouvelles - Galles du Sud (Australie) qu’il accepta pour un traitement de 2 000 livres par an, le double de ce que recevait son prédécesseur. Il arriva à Sydney en août 1806. Agé de 54 ans, presque vingt ans après sa mésaventure sur le Bounty, son destin va pourtant le rattraper. Dès 1808, il fut victime de la seconde rébellion de sa carrière, la Révolte du Rhum. Beaucoup moins célèbre et médiatisée que la première, elle était


menée par un certain major George Johnston, à la tête d’un groupe de trafiquants d’alcool. Bligh fut contraint de quitter Sydney pour Hobart (Tasmanie) où il fut fait prisonnier et resta cantonné à bord de son navire, le Porpoise, jusqu’en janvier 1810. Il put alors retourner à Sydney où il rassembla les preuves nécessaires à la traduction de Johnston en cour martiale et partit pour l’Angleterre. Promu vice-amiral en 1814, William Bligh mourut à Londres en décembre 1817 à l’âge de 63 ans, une belle longévité compte tenu des dangers et aventures ayant jalonné son existence. Sa tombe est décorée d’un fruit de l’arbre à pain. Patrick Schlouch Punaauia, le 18 août 2006

Le vice-amiral Bligh en 1814


POÈTE, PRENDS TON LUTH ! Samedi soir, RFO Télé Polynésie nous a gratifiés d’un cadeau peu commun : la retransmission d’un sublime concert du pianiste cubain Omar Sosa au New Morning à Paris en décembre 2004. Bien que Sosa soit apparemment célèbre depuis plus de dix ans, ce fut pour moi une révélation musicale comme je n’en avais plus connu depuis bien longtemps et un moment exceptionnel que j’aimerais partager avec vous. Outre sa musique flamboyante, sous-tendue de rythmes afro-cubains et portée au pinacle par une virtuosité spectaculaire au clavier, souvent comparée à l’élégance d’un Keith Jarrett, il était, entre autres, accompagné par Dhafer Youssef, chanteur tunisien qui utilise sa voix comme un instrument de musique et magnifique joueur d’oud. Youssef a aussi son propre quintette et je vous recommande très chaleureusement son album Divine Shadows, sorti en mars 2006, c’est un pur bijou. Quant à Sosa, vous avez le choix parmi une douzaine d’albums tous meilleurs les uns que les autres. Il semble que Sentir (2002) soit son œuvre la plus fameuse, elle n’est malheureusement pas disponible sur iTunes. En revanche, on le retrouve avec Dhafer Youssef, sa voix et son oud, dans Mulatos (2004). Magnifique ! Tout cela m’a donné l’envie de vous présenter cet instrument mythique, mal connu mais absolument génial. On trouve des traces des premiers ouds en Mésopotamie, il y a plus de cinq mille ans. En Perse, il y a trente-cinq siècles, on l’appelait barbat. C’était le même instrument que les Egyptiens utilisèrent au temps des Pharaons. Les Arabes l’ont plus tard adopté comme instrument fétiche. Ils lui donnèrent le nom d’Al Oud, ce qui signifie « bois », plus précisément, « bois fin ». Il a la forme d’une moitié de poire, de taille variable selon les pays, avec un cordier court et coudé, portant généralement onze cordes (cinq doubles et une basse). Elles furent d’abord faites de boyau animal. On les pinçait avec un plectre taillé dans de l’aubier de cerisier ou de la corne. Aujourd’hui, tout cela a été remplacé par du plastique et l’oud s’est répandu dans le monde entier, notamment sur le pourtour de la Méditerranée où la tradition musicale est essentiellement fondée sur lui. Au Moyen Âge, les Croisés rapportèrent l’instrument de Terre Sainte jusqu’en Europe et le baptisèrent luth, déformation phonétique de alud. L’oud est le principal instrument de musique du monde arabe. Son jeu repose sur une technique définissant les codes et développements d’un morceau autour du principe du maqaam ou makam, ligne mélodique de quatre ou cinq notes sur lesquelles on peut pratiquement improviser à l’infini.  Patrick Schlouch Punaauia, le 21 août 2006


Oud

Dhafer Youssef

Omar Sosa


EXTRÊME RÉSOLUTION « J’ambitionnais non seulement d’aller plus loin qu’aucun homme n’était encore allé, mais aussi loin qu’il était possible d’aller. » Waoh ! Rien que ça ? Colomb ? Napoléon ? Armstrong ? Gandhi ? Einstein ? Bouddha ?… Tous et d’autres encore auraient pu être l’auteur de cette phrase qui fait rêver. Elle est née en réalité sous la plume d’un grand marin, le capitaine James Cook, dont on se demande vraiment comment et pourquoi aucun cinéaste de notre temps n’a, jusqu’à aujourd’hui, mis en scène les exploits fabuleux et la personnalité exemplaire. Les descriptions de ses voyages sont d’une précision horlogère. Heure par heure, on découvre avec lui l’Océanie d’il y a deux siècles et demi et ses habitants, les « naturels » comme il les appelle. Il croit nous dépeindre seulement le monde étrange des îles, mais, sans le vouloir, c’est aussi, et peut-être surtout, son propre univers qu’il nous invite à pénétrer. En le lisant, on a l’impression de se trouver dans sa tête, derrière ses yeux et de visionner à nouveau ce qu’il a vécu. Ce qu’il nous raconte n’existe plus, c’est un monde perdu qui nous apparaît fascinant et dangereux, inconfortable et grandiose. Spectaculaires, en tout cas, les décors et les acteurs de l’époque. Cook promène sur tout cela un regard froid, sinon glacial, d’observateur anglais convaincu de sa supériorité absolue sur les êtres qu’il découvre et qu’il ne semble pas très bien situer, quelque part entre l’homme et l’animal. Et pourtant, on sent aussi chez lui une grande compassion, une ouverture d’esprit, certes indispensable à un découvreur, une connaissance de la vie et des souffrances humaines qu’il considère sagement comme faisant partie du jeu. Il ne se plaint jamais, mais évoque ses propres maux tout aussi sobrement que ceux des autres, dans son style simple de journal de bord. Il nous décrit ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il sent, ce qu’il mange, ce qu’il touche… Son récit ne traduit guère d’émotions fortes. Jusque dans les moments les plus hard, il garde son calme et son sang-froid. Le ton de ses rapports demeure objectif et paisible en toute occasion. Malgré cette rigueur et cette sobriété de ton, l’extraordinaire s’affiche au détour de chaque ligne. Un film, je vous dis, une véritable superproduction. Imaginez un peu cette scène, par exemple ! Nous sommes à bord de l’Endeavour en ce 13 avril 1769, par 17° 25’ de latitude sud et 149° de longitude ouest, cap au sud-ouest. Toutes voiles dehors. L’air est chaud. La brise d’alizé est soutenue. Elle soulève des moutons à la surface de l’océan Pacifique et fait chanter les haubans. James Cook est sur la passerelle, à l’arrière du navire, à côté du timonier accroché à sa barre en bois verni. Il se tient debout, les jambes légèrement écartées, une main derrière le dos, l’autre maintenant sur sa tête un bicorne noir d’où émerge, de chaque côté, une longue mèche brune. Le capitaine plisse les yeux pour fixer l’horizon. Il demande une longue-vue. On la lui


apporte. Il la déplie et la place devant son œil droit, fermant l’autre dans une grimace disgracieuse. Il est trois heures de l’après-midi, le soleil descendant sur tribord l’éblouit un peu, mais il la voit bien. L’île est là, devant lui, exactement comme il l’avait prévu. Au même moment, un cri part de la vigie perchée dans les huniers : « Terre ! Terre ! Captain, l’île George droit devant, à vingt milles ». Si un sourire a jamais éclairé le visage de ce flegmatique, ce fut certainement à cet instant. Cook avait baptisé son navire Endeavour, ce qui signifie « effort », « tentative ». Il avait quitté l’Angleterre en août 1768, et franchi le cap Horn six mois plus tard. Depuis lors, les cent hommes embarqués dans cette folle équipée n’avaient pas vu d’autre terre que Vahitahi, un atoll de l’Est des Tuamotu, à peine observé de loin. Tahiti, but du voyage, l’île George, comme Samuel Wallis l’avait nommée deux ans plus tôt, en l’honneur du roi d’Angleterre, Georges III, leur apparut comme un bonheur après neuf mois de mer et de privations. Diablement puissants devaient être l’attrait de l’inconnu et les espoirs de fortune et de gloire auprès de ces hommes pour qu’ils fissent le choix de s’associer, aussi nombreux, à de telles aventures en dépit des risques et des difficultés. J’ai eu la chance de pouvoir visiter la réplique de l’Endeavour lors de son escale au port de Papeete en 2005. Cent marins, civils et militaires, étaient entassés avec armes et bagages sur cet esquif de trente et un mètres de long seulement, où l’espace était mesuré au centimètre près. Dans les quartiers étouffants des matelots, on ne pouvait pas se tenir debout. Il n’y avait évidemment aucune installation sanitaire. Les cabines des officiers, le carré et même les « appartements » du capitaine, situés à l’arrière du navire, semblent d’une exiguïté à peine concevable pour d’aussi longues traversées. La nourriture était la plupart du temps épouvantable. Après quelques semaines, il ne restait plus aucun aliment frais à bord. La chaleur et l’humidité avaient rapidement raison des biscuits et des réserves qui pourrissaient dans des barriques à fond de cale. On mourait généralement du scorbut, cette maladie provoquée par une carence en vitamine C. Quand le scorbut s’attaquait à un équipage, c’était horrible. Les gars perdaient leurs dents, leurs gencives n’arrêtaient plus de saigner, toute énergie les abandonnait et ils finissaient par mourir. Très peu y échappaient. Des milliers de marins ont succombé à ce mal dont on connut assez vite la cause, mais qu’on ne savait pas prévenir pour de très lointains voyages. C’est là que les qualités exceptionnelles de Cook se manifestèrent. Il prépara ses expéditions avec un soin d’une minutie extrême, ne laissant aucun détail au hasard et il est certain que personne n’eut pu faire mieux que lui à son époque. Quand l’Endeavour mouilla son ancre dans la baie de Matavai, sur la côte est de Tahiti, « il n’y avait que très peu d’hommes sur la liste des malades et tous les cas étaient bénins », écritil, alors que, l’année précédente, au même endroit, le Français Bougainville avait quarante-quatre hommes souffrant du scorbut. Le génie de Cook fut de savoir s’informer des expériences de ses prédécesseurs. Il apprit ainsi que la choucroute était un excellent préventif du scorbut, de même que la bière. Il embarqua donc de

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grandes quantités de ces deux denrées (la bière sous forme de concentré qu’il suffisait de réhydrater à volonté pour obtenir une boisson tout à fait acceptable) lesquelles se révélèrent extrêmement précieuses. Mais, le danger ne s’arrêtait pas au scorbut, il se cachait partout. On pouvait tomber à la mer, faire naufrage, être coupé en morceaux par les cannibales, s’empoisonner avec toutes sortes de plantes ou animaux inconnus… On pouvait tout simplement mourir de faim ou de soif, de froid ou d’insolation, succomber à l’une des nombreuses maladies tropicales (quoique, de ce triste point de vue, ce sont surtout les indigènes qui ont eu à pâtir de la rencontre avec les Européens). La moindre blessure pouvait s’infecter et entraîner la mort en quelques jours. Inconscience ? Courage ? Appât du gain ? Soif d’aventure et de célébrité ? James Cook n’eut étrangement jamais de peine à rassembler des équipages compétents qui l’ont parfois surpris lui-même par leur discipline et leur sang-froid. Il réussit ainsi à effectuer trois voyages entre 1768 et 1779, onze années dont neuf passées en mer. Il était mandaté et financé par la Royal Society en l’honneur de laquelle il baptisa l’archipel de la Société. Fondée en 1660, la Société royale de Londres est une institution à caractère scientifique, une sorte d’Académie des Sciences. Elle envoya officiellement Cook à Tahiti pour observer un passage de la planète Vénus (d’où le nom de la Pointe Vénus à Mahina où il avait installé son observatoire). Mais, ce n’était qu’un leurre. La véritable mission de Cook, ce qui obsédait les Anglais, c’était de vérifier l’existence de l’immense continent austral que d’éminents scientifiques prétendaient indispensable par sa masse à l’équilibre global de la planète sur son axe. Et, bien naturellement, une fois ce mythique continent découvert, de mettre la main dessus au nom du roi d’Angleterre. Le premier voyage eut lieu d’août 1768 à juillet 1771, à bord de l’Endeavour. Ce fut un tour du monde via le cap Horn, Tahiti, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Indonésie et le cap de Bonne-Espérance. Pour son deuxième voyage, Cook disposait de deux navires. Lui-même se trouvait à bord du Resolution, accompagné par l’Adventure commandé par son second, le capitaine Furneaux. Un jeune mousse de quinze ans faisait partie de l’équipage, Georges Vancouver, qui donnera plus tard son nom à l‘une des plus grandes villes du Canada. Les deux vaisseaux n’achevèrent pas le voyage ensemble, s’étant perdus de vue dans les brumes de la Nouvelle-Zélande, au milieu des détroits séparant les deux îles du Nord et du Sud. Parti d’Angleterre en juillet 1772, Cook descendit d’abord aussi loin vers le Sud qu’il le pouvait sans jamais trouver la moindre trace du fameux continent austral. Lui-même ne croyait pas à son existence, mais il fit son travail avec zèle et le rechercha aussi longtemps et aussi loin qu’il lui fut possible. Il navigua aux confins du cercle polaire jusqu’au soixantième parallèle et atteignit la Nouvelle-Zélande en mars 1773. Il passa les dix-huit mois suivants à sillonner le Pacifique sud, jusqu’en novembre 1774, avant de franchir le cap Horn en décembre et de prendre le chemin de retour vers l’Angleterre où il arriva en juillet 1775. Un an plus tard, il repartait déjà pour son troisième et dernier voyage qui devait se terminer en tragédie aux îles Hawaï le 14 février 1779.

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Son navire, le Résolution était accompagné cette fois par le Discovery commandé par le capitaine Clerke et à bord duquel prit place Omaï, le jeune Tahitien que Wallis avait transporté neuf ans plus tôt jusqu’en Angleterre et qui trouvait là une occasion inespérée de rentrer dans son pays natal. On pouvait aussi noter la présence aux fonctions de maître d’équipage d’un certain William Bligh, qui se rendit célèbre dix ans plus tard après la fameuse l’épopée de la Bounty. Les deux navires quittèrent Plymouth en juillet 1776 et firent route vers le Sud. Ils franchirent le cap de Bonne-Espérance et traversèrent l’Océan Indien avant d’atteindre la Nouvelle-Zélande. Cook poursuivit vers les îles de l’Amitié (Tonga), puis Tahiti où il relâcha environ trois mois. Il cingla ensuite vers le Nord où il découvrit les îles Hawaï qu’il baptisa îles Sandwich en l’honneur du Lord du même nom, alors amiral de la flotte royale britannique. Puis il longea la côte ouest de l’Amérique du Nord jusqu’en Alaska et franchit même le détroit de Behring entre l’Amérique et l’Asie avant de redescendre plein sud vers Hawaï. C’est malheureusement là, dans la splendide baie de Kealakekua, qu’il tomba dans une embuscade, reçut un coup de poignard dans le dos et, sous les yeux de ses hommes, fut massacré avec la plus grande sauvagerie, puis probablement dévoré, par quelques-uns de ces « naturels » qu’il avait pourtant toujours respectés (respect mutuel du reste) et discrètement admirés. Il n’avait fait qu’oublier pour un temps sa rigueur et sa prudence légendaires. Cet instant de distraction lui fut fatal. S’appeler Cook, ce qui signifie « cuisinier », et se faire manger par des cannibales aux îles Sandwich, voilà qui est tout de même un comble. En tout cas, ce grand gaillard hors du commun est bien allé comme il en avait l’ambition, aussi loin qu’aucun homme n’était encore jamais allé, aussi loin qu’il était alors possible d’aller et même au-delà… À noter que deux des navettes spatiales américaines ont été baptisées Endeavour et Discovery pour lui rendre hommage. Patrick Schlouch Punaauia, le 24 août 2006

Le capitaine James Cook (1728 – 1779) 4


DJIHAD Les terroristes islamistes d’Al Qaïda1 et consorts irakiens, talibans, indonésiens, palestiniens, etc., la liste est dramatiquement longue et s’allongera sans cesse, nous conduisent à méditer sur l’idée que nous nous faisons de la mort. Tout le « génie » d’Ousama ben Laden a été de coaliser les divers mouvements islamistes qui, avant lui, luttaient chacun pour soi, pour son pays et pour sa propre cause. C’est aussi lui qui a su convaincre les militants d’aller jusqu’au suicide et au martyre. Dans la stratégie du djihad, la guerre sainte, le suicide n’est plus seulement dirigé contre soi-même comme c’est sa définition première. C’est devenu l’arme suprême, la moins chère, la moins détectable, et dont les effets dévastateurs sont proportionnels à l’écho médiatique qu’elle déclenche. Pour ces fanatiques, le suicide n’est même plus un sacrifice, c’est un honneur, probablement une joie. Un officier du Hezbollah, la milice chiite libanaise, expliquait devant les caméras de télévision que, contrairement aux armées occidentales au sein desquelles la culture dominante a toujours été celle de la victoire (seule la victoire est belle), la formation des miliciens islamistes est centrée sur le concept de défaite. La victoire est parfois accordée par Dieu, mais la défaite, qui est fréquente, doit être considérée par les combattants comme un succès, quelque chose dont on ne doit, en tout état de cause, ni s’affliger ni avoir honte. Ce n’est plus l’issue du combat qui est importante, c’est le combat lui-même. Biberon Ces fous de Dieu ont-ils seulement une idée claire de leur objectif final ? Une théocratie islamique globale ? La conversion forcée de l’humanité à l’islam, comme on l’a vu pour ces deux journalistes américains récemment enlevés à Gaza, ou dans les déclarations du numéro deux d’Al Qaïda, Ayman al-Zawahiri, qui, dans une vidéo diffusée à quelques jours du cinquième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 à New York, exhorte les Occidentaux à se convertir à l’islam sous peine de représailles ? La marginalisation progressive, puis l’exclusion et la persécution des « infidèles », comme on le constate de plus en plus dans les pays musulmans ? Il n’y a rien là de très nouveau sous le soleil. L’imposition brutale d’une doctrine religieuse ou politique, on a déjà connu cela autrefois avec le catholicisme, entre 1

Mot arabe signifiant « la Base ».


autres, et plus près de nous avec le fascisme, le nazisme et le communisme. En revanche, la méthode employée est nouvelle. Le sacrifice enthousiaste des terroristes islamistes est très éloigné de celui des kamikaze de la Seconde Guerre mondiale, jusqu’ici présentés comme les archétypes du dévouement patriotique. Une récente étude a montré que les jeunes aviateurs japonais étaient en réalité contraints à l’immolation sous la pression de leur hiérarchie militaire et d’une tradition culturelle nationale fondée sur l’honneur. Les lettres déchirantes qu’ils ont laissées à leurs proches avant de décoller pour la dernière fois ne laissent planer aucun doute. Ce n’est plus le cas des djihadistes qui se portent candidats par milliers, hommes et femmes, pour offrir leurs vies et courir au martyre. Désormais, la simple menace d’un attentat a autant d’effet anxiogène que l’attentat lui-même. L’annonce par les services secrets britanniques de l’arrestation d’un groupe terroriste constitué de jeunes islamistes d’origine pakistanaise se réclamant de la mouvance Al Qaïda et préparant une série d’attentats aériens monstrueux a provoqué la panique et un invraisemblable renforcement des mesures de sécurité dans les aéroports. On ne peut plus transporter de produits liquides dans les cabines des avions, même pas de l’eau. Ici à Tahiti, ces mesures ont été appliquées comme partout, entraînant des retards considérables dans le traitement des passagers et des bagages et pénalisant gravement les commerces hors taxes. Les personnes accompagnées de très jeunes enfants bénéficiaient toutefois d’une dérogation et avaient la permission d’emporter avec eux certains produits liquides, comme du lait par exemple. C’est oublier un peu vite que la folie meurtrière des terroristes n’a aucune limite. On a du reste appris (source : Le Point) que, parmi les jeunes Britanniques arrêtés in extremis en pleine préparation d’attentat, il y avait un couple prêt à faire sauter son bébé de six mois, en plaçant un explosif dans son biberon. Aucun système de contrôle, aussi draconien soit-il, ne pourra jamais écarter tout risque de catastrophe. Rien n’arrêtera la détermination des terroristes. Ils sauront frapper là où on ne les attend pas, c’est même le propre du terroriste, il attaque toujours au point le plus faible. Ils jouent avec nos peurs qu’ils semblent eux-mêmes ignorer. Peu à peu, ils nous poussent là où ils le souhaitent, dans l’angoisse, jusqu’à nous faire accepter les pires humiliations pour tenter de protéger nos précieuses existences. Comme ils doivent nous mépriser ! Invisible L’ennemi n’est plus à l’extérieur, bien visible, il se cache dans la société comme un virus dans l’organisme qu’il a envahi. Ce qui a le plus choqué, dans l’affaire londonienne, c’est que le groupe neutralisé était composé de jeunes Britanniques,

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issus de l’immigration, certes, mais particulièrement bien intégrés, éduqués, menant une vie normale et bien vus de leurs voisins. Le danger n’est plus lointain, diffus, il est là, tapi tout près de chez soi. Bientôt, les attentats seront le fait de jeunes Européens ou Américains de race blanche, au-dessus de tout soupçon, mais secrètement convertis à cet islam qui leur offre une mort significative en échange d’une vie sans espoir et sans idéal. Mais la réalité est encore pire : l’ennemi se trouve à l’intérieur de nous-mêmes. Le nombre des victimes du terrorisme international est relativement minime comparé aux bilans d’autres fléaux comme les accidents, les épidémies, le tabac, l’alcoolisme, les catastrophes naturelles et même ces banales maladies nosocomiales, celles que l’on contracte pendant un simple séjour à l’hôpital et qui tuent cent fois plus que les attentats suicide d’Al Qaïda… Et pourtant, malgré leur gravité, toutes ces menaces nous effraient moins et ne provoquent pas les mêmes réactions parfois hystériques de nos sociétés confrontées au terrorisme. C’est parce que notre véritable ennemi n’est pas le terroriste, c’est notre propre peur qu’il sait si bien utiliser. Pour surmonter nos cauchemars, aurons-nous d’autre choix que de nous lancer nous aussi dans notre djihad ? Car ce mot a deux sens : il désigne à la fois la guerre sainte contre les infidèles, mais aussi, et surtout, la guerre sainte contre soi-même, contre nos démons personnels et nos propres penchants négatifs. Il n’est qu’une seule parade à la folie destructrice, c’est de garder son sang-froid. Ce n’est assurément pas facile. Mais, pour supporter les menaces qui nous assaillent de toute part, nous devrons certainement en arriver nous aussi à dédramatiser la souffrance et la mort, à les considérer enfin comme ce qu’elles sont en réalité, c’est-à-dire un risque permanent et en toute circonstance, pas seulement pendant les voyages en avion. Les terroristes islamistes nous font prendre conscience de notre fragilité et de notre impermanence, ils nous réveillent du sentiment de sécurité illusoire dans lequel notre culture occidentale de pays développé nous entretient faussement. Abysse Malheureusement, la tendance actuelle est inverse. Les Américains, qui s’affichent pourtant depuis toujours comme les chantres de la liberté, qu’ils vont même jusqu’à essayer d’imposer aux autres par la force la plus brutale, sont aujourd’hui atteints d’une paranoïa telle qu’ils sont prêts à sacrifier leur bien le plus précieux en échange d’une sécurité pourtant factice. Après les passeports biométriques, on entend maintenant parler de l’implantation permanente et définitive de minuscules puces électroniques sous la peau de chacun. Où s’arrêtera-t-on ?

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Le principe de précaution est à présent inscrit dans la Constitution française. Pour un cas de maladie de la vache folle, on extermine tout le troupeau, même s’il est sain. La Commission européenne interdit tout aliment qui n’a pas été dûment pasteurisé et stérilisé. On a peur de tout. La violence, la guerre, les accidents de la route, les maladies anciennes et nouvelles, les cyclones, tsunami et autres tremblements de terre, le réchauffement de la planète qui menace de nous inonder ou de nous assécher selon l’endroit où l’on se trouve, le terrorisme, la pollution de l’air, de l’eau et des aliments, les insectes, les escrocs, le chômage, la drogue… La liste des calamités s’enrichit chaque jour davantage. Pourrons-nous jamais éviter tous ces risques ? Evidemment pas. Notre monde est dangereux, voilà tout. Comme l’hydre écœurante de l’Antiquité, le péril réapparaît sous de nouvelles formes toujours plus terrifiantes au fur et à mesure que nous le réduisons. Nous ne pourrons échapper à notre destinée qui est de disparaître un jour. Le seul moyen de vivre à peu près sereinement dans ce monde insensé, n’est-ce pas d’accepter la simple vérité selon laquelle bien et mal sont des notions subjectives ? Tout le monde souffre, tout le monde meurt, mais quel abysse entre l’univers des terroristes islamistes pressés d’offrir leurs vies pour leur cause et celui de ces jeunes collégiens français de quinze ans manifestant contre la « précarité » et pour la défense de… leurs retraites. La vie, la vraie, est faite d’imprévu, donc d’insécurité. Un certain niveau de sécurité est certes un préalable indispensable à l’existence harmonieuse d’une société civilisée et à l’exercice de nos libertés (du moins celles que l’on veut bien encore nous accorder), mais la sécurité absolue n’existe pas, n’existera jamais et n’est certainement pas souhaitable. Aucun contrôle, aussi drastique soit-il, ne pourra éliminer tous les risques. Tout au contraire, cela ne fera que nous imposer des contraintes de plus en plus lourdes, nous enfermera dans un univers étouffant et psychotique et nous privera de ce qui fait le sel de la vie : le mystère sacré de l’avenir. Patrick Schlouch Punaauia, le 2 septembre 2006

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ON EST FOUTU, ON MANGE TROP ! Le nombre de personnes en surpoids dans le monde dépasse à présent le milliard, alors qu’on évalue à huit cents millions celui des personnes ne mangeant pas à leur faim. Cette donnée surprenante a été révélée le mois dernier à Sydney par le professeur Barry Popkin de l’université de Caroline du Nord pendant le 26è colloque de l’International Association of Agriculture Economists, une vénérable institution de soixante-quinze ans qui rassemble de nombreux spécialistes mondiaux de l’agriculture et de l’environnement. Le professeur Popkin en conclut que « l’obésité est désormais la norme » et que « la sous-nutrition, bien qu’encore très importante dans quelques pays et dans des populations ciblées de nombreux autres, n’est plus la maladie qui prédomine ». Ce grave sujet est à nouveau abordé cette semaine au cours du 10è Congrès international sur l’obésité qui réunit deux mille experts dans la même bonne ville de Sydney. Dans son discours d’ouverture, le professeur Paul Zimmet, professeur à l'université Monash (Australie), a appelé à une « refonte complète des politiques agricoles qui encouragent actuellement une surproduction d’aliments gras et sucrés ». Et son collègue Ian Caterson, professeur à l'université de Sydney, coprésident du Congrès d’ajouter que : « L'obésité est la clef de voûte de toutes les priorités sanitaires car il s'agit de la plus importante source de maladies chroniques dans le monde ». Record du monde En Polynésie française et dans le Pacifique, les méfaits de la mal bouffe sont catastrophiques et cela ne date pas d’hier. Les Polynésiens sont malades de leur poids, comme en témoignent ces chiffres alarmants mais notoires : 70 % des adultes souffrent d’un excès de poids, 37 % d’obésité (le plus fort taux au monde !). Dans la zone urbaine de Papeete, un enfant sur quatre est obèse (source : direction de la Santé publique). Avec 25 % des décès, les maladies coronariennes arrivent en tête des causes de mortalité. À la source de ce taux d’obésité et des pathologies liées à l’excès de poids hypertension, cholestérol, goutte, diabète sucré -, un déséquilibre alimentaire, assorti de facteurs aggravants comme le tabagisme, largement supérieur, chez les femmes (36 %), à celui enregistré en métropole et dans les pays voisins du Pacifique. Un bilan d’autant plus accablant qu’il explique le développement d’autres phénomènes, comme l’insuffisance rénale chronique (IRC), une complication du diabète de plus en


plus fréquente et dont la prise en charge coûte à elle seule plus cher au CHT de Mamao que toute la chirurgie. Le cas extrême de Tokelau À titre d’illustration, voici quelques extraits d’un article écrit en 1992 au sujet des graves problèmes de nutrition et de santé déjà rencontrés à cette époque à Tokelau, un petit archipel corallien de deux mille habitants, situé à environ cinq cents kilomètres au Nord de Samoa, entre Tuvalu et le groupe nord des îles Cook. Il est composé de trois atolls (Fakaofo, Nukunonu et Atafu). C’est un territoire administré par le ministère néo-zélandais des Affaires étrangères. « Les responsables de l'archipel s'inquiètent sérieusement de l'augmentation très rapide du nombre de cas de diabète, de maladies cardiaques, d'hypertension et de goutte. Cette situation serait due principalement aux changements de mode de vie des insulaires et notamment à leur dépendance croissante à l’égard des produits alimentaires importés, de l'alcool et du tabac. C'est en réalité un phénomène général dans tout le Pacifique océanien, mais qui, à Tokelau, a pris d'exceptionnelles proportions faisant de cet archipel à la fois une façon de contreexemple à éviter et un champ d'expérience sociale à étudier soigneusement. Le rapport annuel de l'ancien administrateur de Tokelau, M. Graham Ansell, a été présenté au parlement néo-zélandais. Il concerne une étude effectuée en 1990 sur l'ensemble des habitants de l'archipel. Ses conclusions sont désolantes. Les fumeurs représentent 80 % de la population adulte. Chaque buveur d'alcool absorbe en moyenne 400 bouteilles de bière par an. Chaque habitant de Tokelau consomme en moyenne 50 kg de sucre par an. L'obésité est très répandue. La carie dentaire, révèle le rapport, est désormais extrêmement fréquente en raison des modifications du régime alimentaire, en particulier de la consommation de produits raffinés et de sucres achetés dans les magasins locaux de préférence aux produits frais traditionnels. Les maladies de peau, la grippe, les gastro-entérites et les infections des voies respiratoires supérieures sont en augmentation constante. Les principales causes de mortalité sont la pneumonie, les maladies cardio-vasculaires et le cancer. Le rapport Ansell considère comme un “ problème majeur ” l'accroissement rapide du nombre de cas de maladies non transmissibles (MNT) comme le diabète, l'hypertension, les affections cardiaques et la goutte. Selon le Dr. Ian Prior, de l'Ecole de médecine de Wellington, la prolifération de ces maladies provient essentiellement du passage des insulaires d'un style de vie traditionnel à une économie fondée sur la consommation. Du fait de l'extension des services publics, de plus en plus de Tokelauans sont employés comme fonctionnaires et perçoivent un salaire. L'Administration est le premier employeur du territoire et la première source de revenus réguliers. Le budget de l'Administration territoriale

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se chiffre à 290 millions de Fcfp par an dont 230 millions proviennent de transferts néozélandais. La création d'un certain pouvoir d'achat à Tokelau et l'émergence d'une demande de biens de consommation ont entraîné l'apparition de nombreux magasins gérés sous forme coopérative et qui écoulent des produits importés acheminés sur place par des navires faisant de plus fréquentes escales dans l'archipel. Des représentants des Nations unies ont effectué deux visites à Tokelau au cours des dernières années apportant avec eux des congélateurs. Ces appareils sont aujourd'hui bourrés d'ice-cream, de viande de mouton grasse et bon marché et d'œufs. Une nourriture que les insulaires n'avaient pas l'habitude de consommer autrefois. » Bon appétit !

Patrick Schlouch Punaauia, le 4 septembre 2006

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TÉLÉPHONE GRATUIT, LE RÊVE RÉALISÉ Plus de 113 millions d’internautes dans 225 pays utilisent Skype, un logiciel de téléphonie de type VOIP (voice-over-internet-protocol) qui leur permet de converser gratuitement d’un ordinateur à un autre, partout dans le monde, aussi longtemps qu’ils le souhaitent et ce nombre s’accroît très rapidement. Les recettes de Skype proviennent des appels de ses clients vers des téléphones classiques (à un prix très bas). Skype a été fondée en 2003 par un Suédois, Niklas Zennström, un Danois, Janus Friis, et un groupe de programmeurs estoniens. En 2005, ils ont vendu leurs parts dans l’affaire à eBay, le numéro un mondial de la vente aux enchères en ligne basé en Californie, pour 2,1 milliards d’euros (250 milliards de Fcfp). Ils recevront 1,2 milliard d’euros (150 milliards de Fcfp) supplémentaires en 2008 ou 2009 en fonction des performances de l’entreprise. Et pourtant, celle-ci n’est toujours pas rentable. En 2005, elle n’a généré que 60 millions de dollars de chiffre d’affaires (6 milliards de Fcfp) et Meg Whitman, p-dg de eBay, a récemment confié qu’elle prévoyait 200 millions de dollars en 2006 (20 milliards de Fcfp). Après la vente, Niklas Zennström est resté directeur général de Skype, mais il délègue la gestion quotidienne et le développement de la société à Sten Tamviki, un jeune Estonien de 28 ans seulement (la moyenne d’âge des programmeurs de Skype). Le département recherche et développement de Skype est du reste installé en Estonie. Outre les appels longue distance gratuits ou presque, le principal atout de Skype est son système de messagerie instantanée. Il permet de signaler si l’on est présent ou pas, occupé, joignable quelque part ou libre. La version PC du logiciel permet aussi les vidéo- conférences, ce qui n’est pas encore le cas de la version Mac. Un autre atout de Skype est que les communications sont cryptées, elles ne peuvent passer qu’entre des personnes se faisant confiance. L’historique des discussions est instantanément accessible à tous les participants. La prochaine étape consiste à sortir Skype des ordinateurs et à l’installer sur les appareils mobiles. Des téléphones portables capables d’utiliser Skype sont déjà sur le marché. L’OPT menacé Ce développement exponentiel de Skype et l’arrivée d’autres opérateurs de VOIP menacent désormais sérieusement les fournisseurs de communication vocale traditionnels. À Tahiti, la minute de téléphone vers la France est facturée 103 Fcfp (0,86 €) par l’Office des Postes et des Télécommunications (OPT). Avec Skype, c’est gratuit pour


communiquer avec un ordinateur équipé du logiciel, et il n’en coûte que 2 Fcfp (0,017 €) la minute si l’on appelle un correspondant sur son téléphone fixe (19 Fcfp sur un mobile). Il n’y a pas photo ! Mana, le seul fournisseur d’accès Internet en Polynésie française, propose à ses abonnés ADSL son propre VOIP, baptisé Manaphone, mais à 22 Fcfp la minute vers un poste fixe et 55 Fcfp vers un mobile, il n’est pas compétitif. Le nouveau ministre polynésien des Télécommunications (ils sont toujours plus ou moins nouveaux à cette fonction qui suscite tant de convoitise), Michel Yip, a récemment exprimé sa frustration devant l’hémorragie de chiffre d’affaires dont l’OPT est victime. Le développement rapide de sociétés concurrentes prospérant grâce aux réseaux installés à grands frais par l’Office et sans subir les mêmes contraintes de service public le fait réagir. Il a effectivement du souci à se faire. L’OPT et ses filiales (notamment Tikiphone pour la téléphonie mobile Vini et Mana pour l’Internet) c’est environ mille employés avec un salaire moyen de 500 000 Fcfp par mois (soit une masse salariale de plus de 6 milliards de Fcfp par an), sans oublier les nombreux retraités, ni les investissements indispensables, l’entretien des infrastructures, ni les baisses de tarifs surcroît, la gourmandise des syndicats déclenché une nouvelle grève (il y en ministre) à laquelle prennent part 25 %

sans cesse réclamées et inéluctables. De n’a pas de limite. Cette semaine, ils ont a une presque à chaque changement de du personnel, pour réclamer de nouvelles

augmentations de salaires et la transformation des CDD en CDI. Le ministre et la direction de l’OPT n’auront probablement pas d’alternative que d’obtempérer, comme ils l’ont toujours fait, lestant la barque encore un peu plus lourdement. Ces charges considérables ne constituent pas un problème tant que l’Office génère de juteux bénéfices. Le chiffre d’affaires du groupe a augmenté de 250 % en dix ans pour atteindre 27,5 milliards de Fcfp (230 millions d’euros) en 2004, dont 80 % pour les télécom. Cette formidable croissance a fait de l’OPT l’une des principales vaches à lait politiques du pays et un excellent gisement d’emplois à caractère clientéliste. Ceci dit, la moitié de ses recettes provient des télécommunications avec l’extérieur de la Polynésie française et c’est là où le bât blesse car le pactole s’épuise rapidement. À tel point que la pérennité même de l’OPT, tel qu’il est actuellement constitué, pourrait être menacée à terme. Le ministre est inquiet et on le comprend, mais que peut-il faire ? En réalité, pas grand-chose. Un communiqué plutôt timide a été récemment publié dans la presse locale pour rappeler que la téléphonie reste un monopole de l’OPT et que les contrevenants s’exposent à des poursuites (jusqu’à 8,9 millions de Fcfp d’amende – 74 600 €). Mais qui sont ces contrevenants ? On ne sait pas trop qui est 2


visé ni ce qu’on leur reproche exactement. L’internaute qui utilise Skype sur son PC avec l’ADSL fourni par Mana serait-il en infraction ? M. Moetai Brotherson, chef du service des Postes et Télécommunications qui est un peu le gendarme local dans ce domaine (à ne pas confondre avec l’OPT), se veut rassurant. Pas question de filtrer les communications des particuliers ou des entreprises bien que cela soit techniquement possible comme on le constate en Chine ou à Cuba où certains sites Internet sont purement et simplement censurés. Nous pouvons donc tranquillement continuer à utiliser notre Skype. Il faut tout de même savoir que Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, a interdit l’utilisation de Skype dans toute l’Administration métropolitaine au motif que les conversations passées sur ce logiciel pourraient être piratées. En Polynésie française, faute de pouvoir s’attaquer à la masse des internautes anonymes, le gouvernement a placé dans son collimateur les petites officines qui revendent de la téléphonie VOIP via un abonnement ADSL Mana, ce qui est illégal. Il y en aurait près d’une quinzaine dans la zone urbaine de Tahiti.

Patrick Schlouch Punaauia, le 7 septembre 2006

Janus Friis, co-fondateur

Niklas Zennström,

Sten Tamviki,

et vice-président de Skype

co-fondateur et p-dg

directeur général

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STOCK SPAM, ATTENTION DANGER ! Vous connaissez les spam, ces courriers indésirables qui inondent nos boîtes aux lettres électroniques. Depuis des mois, je reçois chaque jour de cette manière plusieurs publicités pour des pilules de Viagra. Elles me promettent de retrouver les ardeurs de ma jeunesse et de profiter des plus grandes joies amoureuses de ma vie. Grâce au ciel, je n’ai pas besoin de cette sorte de dopage pour accéder à ces bonheurs qui me sont encore accordés sans artifice. Mais, pour plus tard, qui sait ? Il ne faut jamais dire Fontaine, je ne boirai pas de ton eau… Plus récemment, la mode s’est mise à un autre type de tentation. Les spameurs s’intéressent toujours à la bourse, mais pas à la même. Cette fois, c’est à la vraie, avec des actions, des sociétés, des cotations, etc. La plupart d’entre nous n’y connaissent pas grand-chose et se contentent probablement de jeter sagement ces messages à la corbeille. Mais, quelques-uns peuvent être tentés d’aller plus loin. De quoi s’agit-il au juste ? Des petits malins ont pensé, logiquement au fond, que si de nombreuses personnes achetaient des actions d’une société au même moment, cela ferait immanquablement grimper les cours. Pour cela, ils expédient des centaines, des milliers de messages dans le monde entier en annonçant une hausse prodigieuse de tel ou tel titre et en incitant leurs destinataires à profiter de l’aubaine. Attention, danger ! Le mois dernier, un courriel comportant les habituels gros titres en lettres capitales bardées de points d’exclamation, incitait les investisseurs potentiels à acquérir toutes affaires cessantes des actions de la société HLV Capital, justement spécialisée dans le commerce des parts de capital des entreprises. Des centaines d’apprentis investisseurs ont mordu à l’hameçon pour s’apercevoir quelques jours plus tard seulement que les actions qu’ils venaient d’acheter avaient déjà perdu 37 % de leur valeur. Le cas est loin d’être exceptionnel. Une récente étude, réalisée par deux universitaires allemands, a montré que le phénomène du stock spam est très répandu et qu’il a un impact indiscutable sur les marchés financiers, au moins à court terme. Cette étude analyse un certain nombre de titres sur les marchés américains, notamment choisis parmi les plus discrets, ceux qui génèrent de faibles quantités de transactions et qui, pour cette raison, sont les cibles privilégiées des spameurs. De novembre 2004 à février 2006, les chercheurs ont constaté que sur 391 titres faisant l’objet d’un stock spam, 111 avaient connu une hausse de 13 % supérieure à la moyenne du marché. Ils en concluent que le prix d’une action a tendance à grimper aussitôt après une campagne de stock spam, mais ils n’ont pas étudié les effets à long terme de ces pratiques.


D’autres

l’ont

fait.

Joshua

Cyr,

par

exemple,

directeur

du

site

spamstocktracker.com, a procédé à une expérience en temps réel. Depuis le 5 mai 2005, il a virtuellement investi 70 987 dollars (7 millions de Fcfp) en « achetant » mille actions de chacune de 160 entreprises pour lesquelles il avait reçu des stock spam. S’il avait réellement investi cette somme, il aurait perdu 50 415 dollars (5 millions de Fcfp) au cours des quinze derniers mois, soit 71,5 % de sa mise. Sept titres seulement ont pris de la valeur durant la période, dont un a même plus que doublé depuis le 15 juin 2005. Pour les 153 autres, c’est une catastrophe. M. Cyr explique que la cote grimpe d’abord en flèche avant de s’effondrer, souvent jusqu’à 100 %, avant même que les entreprises concernées aient compris qu’elles avaient été spamées. Les actions de très faible valeur (moins d’un dollar pièce, voire moins de dix cents) sont particulièrement appréciées des spameurs. Elles génèrent de faibles volumes de transactions et le moindre mouvement d’achat peut se traduire par de fortes hausses en valeur. La tactique consiste à susciter un intérêt autour d’une action dans laquelle on investit soi-même de manière à pouvoir la revendre avec profit dès que la demande artificiellement créée par la campagne de stock spam lui a fait prendre de la valeur. Mais, cela déclenche généralement une vente massive de l’action dont le prix ne tarde pas à s’écrouler. Les autorités de contrôle des marchés financiers américains considèrent cette pratique comme frauduleuse. En 2000, elles avaient poursuivi un jeune homme de quinze ans qui utilisait l’Internet pour faire monter les prix de certaines actions. Il avait dû rembourser les 272 826 dollars de bénéfice (27,3 millions de Fcfp) qu’il avait déjà réalisés. Malgré cela, le coût négligeable des campagnes et leur anonymat font du stock spam une activité qu’il sera difficile d’éradiquer.

Patrick Schlouch Punaauia, le 9 septembre 2006

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LA PUCE À L’OREILLE Bienvenue dans le monde mystérieux et quelque peu angoissant de la RFID (Radio Frequency Identification, l’identification par fréquence radio). Tout a commencé par un texte reçu sur le Net, vous savez, ce genre de laïus d’origine inconnue qui circule de boîte en boîte et que l’on a tendance à mettre à la corbeille sans même l’ouvrir. Cette fois, le texte m’était envoyé par un ami et j’ai pris la peine de le lire attentivement. Il évoquait un univers étouffant dans lequel nous serions tous amenés à vivre très bientôt, le genre orwellien, avec le clone de Big Brother et tout à l’avenant. Il se voulait alarmiste et appelait à la résistance. Malgré ses conclusions excessivement catastrophistes, j’y ai trouvé de l’intérêt. Curieux de nature, j’ai voulu en savoir plus et ce que j’ai découvert m’a stupéfié. Tapez « RFID » sur Google et vous n’obtiendrez pas moins de 112 millions de références (!!), bien évidemment en anglais pour la plupart d’entre elles. Moi qui ignorais jusqu’à l’existence de la RFID, c’est tout un univers dans lequel j’ai été soudain projeté, avec ses laboratoires, ses industries, ses médias spécialisés, ses colloques internationaux, ses milliers de sites Internet, ses forums de discussion, ses mouvements d’opposition, etc., etc. Mais, d’abord qu’est-ce que la RFID ? Je vais essayer de faire simple et précis. La RFID est destinée à remplacer le code barre ou code à barres, en permettant d’identifier des objets ou des êtres grâce à des informations consultables à distance. Nous savons tous ce qu’est un code barre, cette petite forêt de courtes lignes noires de différentes épaisseurs, étiquetée ou imprimée sur chaque objet vendu dans le commerce pour l’identifier et lui fixer son prix. Le code barre fut une révolution qui permit le développement de la grande distribution à partir de 1969. Mais, il atteint ses limites. Sa faiblesse est de ne pas pouvoir contenir suffisamment d’informations. Et puis, surtout, on ne peut pas le consulter « en aveugle », il faut le présenter bien en face d’un lecteur1 pour découvrir ses secrets. Cet inconvénient se traduit, par exemple, par la longueur croissante des files d’attente aux 1

Appareil capable de lire les informations contenues dans un code barre ou une puce électronique.


caisses des supermarchés. Il est facile d’imaginer le formidable gain de temps si les employées n’avaient plus à contrôler chaque article un par un, si elles pouvaient calculer l’ensemble du contenu d’un caddie simultanément et obtenir aussitôt l’addition détaillée des achats. Cette petite merveille existe ! Non, ce n’est pas de la science-fiction, c’est… la RFID bien sûr. Et c’est là où le clivage s’établit entre les pro RFID et les anti RFID, c’est justement le fait que les étiquettes à puce peuvent être lues en aveugle. Il suffit pour cela qu’un lecteur passe à portée2 pour qu’elles s’éveillent instantanément. L’étiquette à puce RFID (on l’appelle aussi tag, étiquette intelligente ou transpondeur) n’est rien d’autre qu’un ordinateur, mais d’un genre très particulier : il est minuscule (à peine quelques millimètres pour les plus gros) et capable de s’activer seul lorsqu’il se trouve dans le champ d’action d’un lecteur émettant des ondes radio à basse, haute ou ultra haute fréquences. Enfin, rien ne permet de savoir de l’extérieur s’il est actif ou pas. On croirait du James Bond, n’est-ce pas ? Voici le gadget idéal pour un espion. Il est discret, invisible, silencieux. Il peut contenir jusqu’à plusieurs kilooctets de données et ses capacités vont s’accroître rapidement. Il est insensible aux conditions climatiques et sa durée de vie est de l’ordre de plusieurs années. On peut le fixer n’importe où, et même l’implanter sous la peau d’un animal ou d’un être humain, voire dans son crâne.

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Le rayon d’action des lecteurs varie de quelques centimètres à plusieurs mètres, voire davantage, ce qui est un autre motif de discussion. 2


Les usages de la RFID Les modèles de RFID à basse fréquence (125 à 135 kHz) sont utilisés pour l'identification des animaux de compagnie (chiens, chats, etc.) par implantation d’un marqueur sous la peau du cou. Une version high-tech du bon vieux collier qui sera du reste obligatoire en Polynésie française dès 2007. On tague aussi les animaux sauvages (cigognes, manchots), ou domestiques (vaches, porcs) pour des raisons de traçabilité et de prévention sanitaire et alimentaire. Les RFID servent pour les contrôles d'accès par badge mains libres (jusqu’à 1,5 m). Elles ont aussi permis l’apparition des cartes électroniques qui remplacent les traditionnelles clés de contact sur certains modèles d’automobiles. La RFID à haute fréquence (13,56 MHz) permet d’assurer la traçabilité des livres dans les librairies et les bibliothèques, et le suivi des bagages dans les aéroports. Elles remplacent les badges magnétiques pour le contrôle d'accès à des locaux sensibles en permettant une reconnaissance sans contact. Enfin, les marqueurs à UHF (Ultra Haute Fréquence) permettent de tracer les palettes et les conteneurs dans les entrepôts et les ports. À cette fréquence, la lecture n'est pas possible à travers l'eau (et donc le corps humain). Les RFID sont un outil idéal pour la collecte des données météorologiques, ou pour la prévention des éruptions volcaniques ou des tremblements de terre et des tsunamis. À Hong Kong et aux Pays-Bas, des tags au format d’une carte de crédit servent de moyen de paiement en monnaie électronique. L’usage qui provoque le plus de polémique est l’implantation humaine sous-cutanée. Les puces conçues pour la traçabilité des animaux, peuvent sans aucune contrainte technique être fixées sur des humains. La société Applied Digital Solutions propose par exemple ses marqueurs sous-cutanés destinés à des humains comme une solution contre les fraudes, pour assurer l'accès protégé à des sites confidentiels, le stockage des données médicales et aussi comme un moyen de résoudre rapidement les affaires d’enlèvements d’enfants ou de personnalités importantes. Combinés avec des capteurs sensibles aux fonctions principales du corps humain, ces systèmes sont aussi proposés pour superviser à distance l'état de santé d'un patient. Un facteur californien s’est ainsi fait implanter une puce contenant son dossier médical. En cas de besoin, les informations 3


qu’elle contient sont immédiatement disponibles pour le personnel de secours. Un tel bijou serait aussi très précieux pour des skieurs ou des alpinistes ensevelis sous une avalanche. Le Baja Beach Club, une boîte de nuit branchée de Barcelone, utilise ce genre d'implants pour identifier ses clients VIP, qui eux-mêmes paient leurs notes par RFID. La ville de Mexico a implanté des tags RFID sur cent soixante dix de ses officiers de police. Par crainte du kidnapping et par souci de surveillance, la RFID est de plus en plus populaire au Japon où le nombre d’enfants tagués ne cesse de croître. La puce-miracle a de multiples usages possibles et nous n’en sommes encore qu’au début : accès aux transports publics, suivi des chaînes de montage dans l’industrie, gestion des stocks… À l’université Cornell aux États-unis, des RFID permettent aux étudiants d'accéder à la bibliothèque 24h sur 24 et sept jours sur sept. Les livres sont évidemment tagués aussi. Plusieurs bibliothèques sont équipées de ce système aux Pays-Bas, où, depuis 2004, chaque ouvrage acheté comporte une étiquette RFID. En France, plusieurs bibliothèques s'équipent. Le mouvement est en croissance rapide en raison du grand intérêt de la nouvelle technologie et de son coût (de 0,5 à 20 € ) en baisse constante. On pense à insérer des RFID dans les documents officiels comme les passeports, ou les permis de conduire. Des données biométriques (empreintes digitales par exemple) pourraient y être enregistrées. Le rêve de la traçabilité absolue et universelle n’est cependant pas près de se réaliser. Il existe encore trop de systèmes différents, incompatibles entre eux et le standard international n’est apparemment pas pour demain. Ceci dit, les capacités des RFID ne semblent limitées que par notre imagination.

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1984 ou 2014, Orwell ne se serait-il planté que de 30 ans ? Énormes avantages, usages innombrables, avancée technologique indiscutable, faible coût, la généralisation des RFID dans notre vie quotidienne est soigneusement programmée. Ce sera une révolution dont l’importance est comparable seulement à celle de l’électricité ou de l’Internet. Comme pour l’invasion de notre environnement par l’informatique au cours des vingt dernières années, cette révolution se fera le plus souvent en douceur et sans que nous en ayons véritablement conscience. Le moment crucial, ce sera quand nous serons nous-mêmes tagués. Quand on nous implantera le petit objet sous la peau. L’opération sera quasiment indolore et, comme il n’y aura plus aucun signe extérieur indiquant la présence du tag, nous l’oublierons bien vite. Comme pour les téléphones mobiles aujourd’hui, on peut penser qu’il sera bientôt très tendance de se faire implanter une puce. Il y aura même certainement un snobisme du tag, à rapprocher du piercing ou du tatouage. Le tatouage n’est-il pas, au fond, l’ancêtre absolu de la RFID ? Les hommes du néolithique portaient déjà des tatouages pour pouvoir se reconnaître entre membres d’un même clan. On se pressera pour avoir l’insigne honneur de se faire implanter la puce dernier cri, la plus petite, la plus discrète ou, au contraire, la plus kitsch, la plus chargée en informations, que sais-je encore ? Pour d’autres, l’implant sera obligatoire, soit pour des motifs professionnels, soit pour des raisons de santé ou de sécurité… Rapidement, le port d’une puce sous-cutanée devrait devenir la norme. Ceux qui n’en auraient pas pourraient vite se voir marginalisés et même exclus de la nouvelle société estampillée. Faudra-t-il être tagué pour pouvoir entrer dans certains bâtiments ? Pour pratiquer certains sports ? Pour faire du shopping ? Pour obtenir un compte en banque, un numéro de sécurité sociale ? Pour contracter une assurance ?… Tout cela pose évidemment de graves problèmes. Les possibilités d’atteinte à la vie privée seront multipliées. On pourrait utiliser les informations contenues dans les RFID des passeports pour, par exemple, sélectionner les ressortissants de tel ou tel pays sans même qu’ils ne s’en aperçoivent. Il serait aussi possible de repérer et de ficher des personnes ayant emprunté ou acheté certains livres considérés comme subversifs. Comme ses usages, les dérives possibles de la RFID sont diverses et variées. 5


La loi française interdit le « contrôle clandestin », c’est-à-dire toute lecture d’une puce sans indication visible. Très fort ! C’est justement la caractéristique première de la RFID et son principal avantage : pouvoir être lue à distance et à l’aveugle. Comment faire appliquer une telle loi ? La CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) s’est naturellement penchée sur la question. Elle estime que : « (…) permettant potentiellement le profilage des individus, elles (les RFID) font peser sur les individus un risque particulier». La CNIL considère que la seule protection efficace serait de pouvoir neutraliser les puces à volonté, temporairement ou définitivement. Elle reconnaît toutefois que l’opération est irréalisable en pratique à moins de prévoir un système de neutralisation au moment de la fabrication. Vœu pieux ? Les mouvements de résistance aux RFID se multiplient, mais, comme les altermondialistes avec lesquels ils se confondent en grande partie, il est à craindre qu’ils ne se battent contre des moulins à vent. Les RFID sont un des principaux enjeux économiques de la prochaine décennie. Le tsunami est déjà lancé et rien ni personne ne l’arrêtera plus. Patrick Schlouch Punaauia, le 13 septembre 2006

© Texte : Patrick Schlouch - Mahana, Les Editions du Soleil – Tahiti Illustrations : Internet

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DIABOLIQUE 1956, 1966, 1996… 6-6-6, ça ne vous rappelle rien ? Mais si, voyons, le nombre du Diable dans l’Apocalypse ! Cette année, en 2006, nous avons l’occasion de nous souvenir de trois anniversaires particulièrement significatifs dans l’histoire moderne de la Polynésie française. Il y a tout juste cinquante ans, le général de Gaulle, qui se morfondait en pleine « traversée du désert », effectua une tournée triomphale dans le Pacifique sud. À Papeete comme à Noumea, on s’était rallié très tôt et massivement à la France libre. Les volontaires du Bataillon du Pacifique avaient été parmi les premiers à s’engager dans la résistance aux côtés du général qu’ils vénéraient comme un demi-dieu. Sur les champs de bataille, ils se firent remarquer par leur joie de vivre, leur courage, leur dévouement et leur amour de cette France si lointaine qu’ils n’avaient jamais vue. De Gaulle était venu pour les remercier et ils l’accueillaient avec autant d’enthousiasme que d’incrédulité. Ils n’en revenaient pas. Le grand bonhomme était là, dans leurs îles perdues du bout du monde, en chair, en os et en képi, prenant leurs mains et serrant leurs enfants dans ses bras comme un affectueux grandpère. La guerre d’Algérie faisait rage depuis des mois (les premiers attentats ont éclaté en 1954). En septembre 1956, de Gaulle savait déjà parfaitement qu’elle ne pourrait pas être gagnée et que l’indépendance était inéluctable. Il cherchait déjà un site adapté à la mise au point de la bombe atomique dont il avait prévu de doter la France dès son retour à l’Élysée. Le 2 septembre 1956, à Papeete, le général prononça un discours dans lequel il glorifia l’importance stratégique de Tahiti dans un avenir proche. Il évoqua trois éléments, encore naissants, mais destinés selon lui à transformer le monde : la volonté des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’établissement d’un réseau de communications mondial et le règne de l’énergie atomique. Trois mois plus tard, le 30 novembre 1956, le Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) était chargé de procéder à des études préparatoires aux expérimentations nucléaires et le 15 mai 1957, la décision était prise de construire l’aéroport de Tahiti - Faa’a. Puissance


Nous sommes le 11 septembre 1966, il y a exactement quarante ans. De Gaulle est de retour dans le Pacifique. Cette fois, il est président de la République. Il assiste à l’explosion de sa bombe à Moruroa. C’est déjà le quatrième tir depuis le début des essais dans les Tuamotu, deux mois plus tôt. Il a lieu dans l’atmosphère, les militaires l’ont baptisé Bételgeuse1. L’explosion est un spectacle total, effrayant et d’une beauté diabolique. Il est facile d’imaginer le sentiment de puissance vécu à cet instant par cet homme qui possède enfin les moyens de traiter d’égal à égal avec les Américains, les Russes et les Anglais qui l’ont tant méprisé dans le passé.

Le général de Gaulle à Moruroa, le 11 septembre 1966.

Explosion atomique aérienne

Deux nouveaux moteurs 1996, trente années ont passé. Le général de Gaulle est mort depuis longtemps. Les explosions ont définitivement cessé à Moruroa et à Fangataufa. Le dernier tir a eu lieu le 27 janvier 1996, il s’appellait Xoutos2. Le principal problème qui se pose à présent, c’est de faire naviguer la pirogue polynésienne désormais privée de son principal moteur, la rente atomique. Qu’à cela ne tienne ! La France n’oublie pas ce qu’elle doit à la Polynésie française. C’est d’autant plus simple que Jacques Chirac, le nouveau président de la République depuis 1995, est un ami très proche du président Gaston Flosse qui dirige l’exécutif polynésien depuis 1991. Les choses sont rondement menées.

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Du nom d’une étoile géante rouge de la constellation d'Orion. C'est la neuvième plus brillante étoile du ciel. 2 Du nom d’un personnage de la mythologie grecque. Fils issu de l'union forcée du dieu Apollon et de Créousa, la fille d'Érechthée roi d'Athènes. Héros des Ioniens. 2


Flosse avait promis à Chirac la neutralité bienveillante de la Polynésie française pour l’ultime campagne de six tirs nucléaires dont la France avait besoin avant de pouvoir passer aux expériences simulées. Il accepte même une mission diplomatique itinérante destinée à apaiser les craintes et les protestations des pays océaniens lors de cette courte reprise des essais. En septembre 1995, des émeutes ont lieu à Papeete et l’aéroport de Tahiti - Faa’a est incendié et saccagé par des dizaines de manifestants enragés, devant les caméras des médias du monde entier, mais il n’y a pas mort d’homme et, dans l’ensemble, la pilule passe sans trop de dommages. En échange, le va’a polynésien se voit équipé de deux nouveaux moteurs bien plus puissants que l’ancien. Il y a d’abord un gros chèque à la clé. Une nouvelle rente pour compenser la perte de la rente nucléaire. Les deux présidents s’accordent sur le chiffre de 150 millions d’euros par an (18 milliards de Fcfp) correspondant à peu près au flux des transferts de l’État générés par le CEP en 1996. Un fonds est créé qui doit servir en principe à financer des projets d’investissement indispensables au développement du territoire (hôpital, infrastructures de transports, etc.). Ce fonds de reconversion de l’économie de la Polynésie française (FREPF) sera plus tard transformé en simple dotation globale d’investissement (DGI), une enveloppe remise chaque année par l’État à la Polynésie française pour en faire à peu près ce que bon lui semble. Parallèlement, tout un système avantageux de défiscalisation est mis en place, autorisant le lancement d’un grand nombre de projets, hôteliers et immobiliers notamment, mais aussi dans la construction navale ou le transport aérien. Fluctuat nec mergitur3 Septembre 2006, cinquante ans après la première visite du général à Papeete et dix ans après l’arrêt des essais, la polémique reste encore vive au sujet de leur impact sur la santé des populations et des travailleurs des sites. L’épopée du nucléaire français dans le Pacifique s’est achevée avec la fermeture de base de Hao en 2000. La page du CEP est tournée. Celle de l’« après - CEP » ne l’est pas encore. Des trois secteurs d’activité, tourisme, perliculture et pêche, à développer en priorité pour permettre à l’économie polynésienne d’être moins dépendante des transferts de l’État, aucun n’a jamais vraiment réussi à décoller. Malgré la modernisation du parc hôtelier grâce à la défiscalisation 3

Il flotte et ne coule pas (devise de la ville de Paris). 3


et la création de la compagnie aérienne Air Tahiti Nui, le tourisme stagne. Après quelques belles années, la situation de la perliculture s’est dégradée et reste très fragile. Quant à la pêche, n’en parlons même pas. Des dizaines de thoniers tout neufs, financés en défisc’, sont bloqués au port de Papeete faute d’équipages, faute de capitaines compétents, faute de rentabilité, faute de poisson tout simplement. On en arrive à subventionner les pêcheurs pour qu’ils exportent (55 Fcfp le kilo de poisson exporté vers l’Amérique et 147 Fcfp le kilo de poisson exporté vers l’Europe). Dramatique ! Mais, heureusement, on flotte toujours. Pourrrvou qué ça dourrre… Patrick Schlouch Punaauia, le 22 septembre 2006

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TOURISME : PAS DE QUOI PAVOISER Le 21 septembre dernier, dans son discours de politique générale à l’ouverture de la session budgétaire de l’Assemblée de la Polynésie française, le président Oscar Temaru s’enorgueillissait de la performance du tourisme polynésien, lequel a connu une croissance de 4,8 % au premier semestre 2006 par rapport à la même période de 2005, soit plus de 4 000 visiteurs supplémentaires. Quelques jours plus tard, l’ISPF (Institut de la Statistique de Polynésie Française) estimait que le tourisme avait rapporté 42 milliards de Fcfp (352 millions d’euros) au pays en 2005, ce dont Jacqui Drollet, vice-président et ministre du Tourisme, s’est empressé de se réjouir publiquement. Il n’y a pourtant pas de quoi pavoiser. La fréquentation touristique en Polynésie française a culminé en l’an 2000 avec 252 000 visiteurs. Ensuite, elle n’a pas cessé de chuter régulièrement jusqu’à 208 067 touristes en 2005 (dont 84 % en hébergement payant et 16 % chez des particuliers), soit une diminution de 17,5 % en cinq ans. Quant aux recettes globales du tourisme polynésien, elles ont dégringolé de plus de 50 milliards de Fcfp en 2000, à seulement 42 milliards en 2005, le même montant qu’en… 1998. Le manque à gagner dépasse les 20 %. À ce rythme-là, le tourisme polynésien sera bientôt revenu à son niveau d’il y a dix ans. La dépense moyenne par touriste est estimée par l’ISPF à 202 000 Fcfp, stable par rapport à 2005. Toutefois, la durée moyenne du séjour (13,2 jours) est en baisse, légère mais constante, tout comme la plupart des indicateurs du secteur. Pour 2006, les statistiques connues ne portent que sur le premier semestre avec, effectivement, une légère hausse de la fréquentation de 4,8 %. Le marché américain a semblé redémarrer (+ 14 % par rapport au premier semestre de 2005), mais les marchés français (- 15 %) et japonais (- 10 %) accentuent leur recul amorcé depuis l’an 2000. Il faudra de toute façon attendre les chiffres de l’année entière pour se faire une opinion sur un éventuel redressement en 2006.

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Il est bon de rappeler que ces 42 milliards de Fcfp de recettes du tourisme, souvent affiché comme la première activité économique et pilier du développement futur du pays, ne constituent en réalité que moins de 10 % du PIB (produit intérieur brut ou richesse globale produite chaque année en Polynésie française), lequel peut être estimé à environ 450 milliards de Fcfp (3,7 milliards d’euros). Pour mémoire, les transferts de l’État français frisent les 150 milliards de Fcfp par an. Il est aussi bon d’avoir à l’esprit que le gouvernement polynésien consacre environ deux milliards de Fcfp par an (17 millions d’euros) à la promotion du tourisme, notamment par le biais du GIE1 Tahiti Tourisme. Cela représente une dépense de près de 10 000 Fcfp par touriste, en actions de promotion et campagnes publicitaires sur les marchés émetteurs et en Polynésie française. On peut y ajouter divers dispositifs de défiscalisation et le coût de la compagnie aérienne polynésienne Air Tahiti Nui. Celle-ci est évidemment indispensable pour le développement d’une industrie touristique durable, mais elle n’est pas rentable et nécessitera probablement de constantes recapitalisations.

Page d’accueil du site de Tahiti Tourisme

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Groupement d’Intérêt Économique associant les pouvoirs publics et les professionnels de l’hôtellerie et du tourisme. 2


Ceci dit, restons positifs ! Le tourisme n’est certes pas près d’assurer l’autonomie économique de la Polynésie française, mais, 42 milliards de Fcfp de recettes annuelles et quelque sept à neuf mille emplois, d’un côté, et, de l’autre, deux milliards de Fcfp de promotion et cinq ou six autres milliards par an pour maintenir Air Tahiti Nui en vol et financer les défiscalisations, soit un investissement annuel d’une dizaine de milliards de Fcfp au total, il n’y a pas photo. Une affaire qui rapporte quatre à cinq fois la mise, le jeu en vaut assurément la chandelle. Patrick Schlouch Punaauia, le 27 septembre 2006

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CHAUD DEVANT ! Pendant la quasi-totalité de son histoire, notre planète a été soit brûlante, soit gelée. Il y a cinquante millions d’années, il n’y avait pas de glace aux pôles. Il y a dix-huit mille ans, au contraire, l’Europe du Nord était couverte d’une couche de glace épaisse de trois kilomètres et la surface des océans se situait cent trente mètres plus bas qu’aujourd’hui. Une région pouvait subir des modifications climatiques brutales comme une élévation de la température moyenne de 20° en une seule décennie. Puis, il y a dix mille ans, ces fluctuations cessèrent et le climat se stabilisa jusqu’à nos jours. C’est même peut-être ce qui a permis à l’humanité de se développer et de progresser. Cette stabilité est désormais menacée par un réchauffement significatif qui pourrait avoir des conséquences terribles. Les experts estiment que la température moyenne augmentera dans une fourchette comprise entre 1,4° et 5,8° au cours du vingt-et-unième siècle. Personne n’est capable à ce jour de préciser davantage, mais un réchauffement proche du haut de cette fourchette pourrait entraîner une élévation du niveau des mers, un accroissement du nombre des catastrophes naturelles (ouragans, inondations, sécheresse…), une forte diminution de la production agricole, la famine et des migrations massives. On ignore quel est le scénario le plus vraisemblable, car le climat est un système d’une infinie complexité. Cette incertitude règne au cœur des débats actuels sur les changements climatiques. En effet, puisque les conséquences finales de ces changements ne sont pas confirmées, on hésite à investir des milliards dans des actions de prévention. Est-il raisonnable d’utiliser les fonds publics pour combattre un risque aussi distant et éventuel ? Ne vaudrait-il pas mieux les consacrer à des besoins plus urgents et concrets ? Un faisceau d’indices scientifiques de plus en plus convaincants laisse tout de même à penser que le risque d’une catastrophe climatique est assez élevé pour que l’humanité fasse tous ses efforts pour essayer de le prévenir. Il semble d’ailleurs que la facture ne soit pas si salée qu’on pourrait le penser. Les experts planchent sur le coût d’un programme d’action visant à éviter que la concentration moyenne de gaz carbonique (CO2) dans l’atmosphère n’excède jamais 550 parties par million (ppm). Il y a un siècle, cette concentration était d’environ 280 ppm, elle est actuellement de 380 ppm. La maintenir sous les 480 ppm est considéré comme un objectif ambitieux et, à


550 ppm, la Terre serait, paraît-il, encore vivable. La plupart des spécialistes estiment que cela coûterait moins de 1 % des richesses mondiales. En réalité, la difficulté n’est pas tant technique que politique. Le changement climatique est un des problèmes les plus ardus auxquels le monde ait jamais eu à faire face. Du fait de la globalité du phénomène, il est dans l’intérêt de chaque pays de faire peser la charge sur le voisin. Parce que c’est un défi à long terme, chaque génération a tendance à refiler le bébé à la suivante. Et ainsi, rien ne se fait. Le protocole de Kyoto, qui avait pour ambition de pousser les plus gros pollueurs de la planète à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre au niveau de 1990, n’a pas complètement fait long feu. L’Union européenne et le Japon atteindront probablement leurs objectifs. Ce traité a aussi créé un marché mondial des émissions de gaz carbonique qui contribue assez efficacement à leur réduction. Malheureusement, ses effets restent très limités parce que les États-Unis ne l’ont pas ratifié et qu’il n’oblige pas les pays en voie de développement. Les États-Unis sont le plus gros producteur mondial de gaz à effet de serre, mais pas pour très longtemps. Chaque année, la Chine accroît sa production d’électricité d’une quantité équivalente à la totalité de la production française. Pour cela, elle utilise presque exclusivement ses réserves de charbon qui sont considérables. Mais, c’est la source d’énergie la plus sale. La Chine dépassera bientôt les États-Unis en matière de pollution et l’Inde n’est pas loin derrière. Les pays en développement estiment que les riches, qui sont à l’origine du problème, doivent donner l’exemple. Si l’Amérique persiste à refuser de réduire ses émissions de gaz, ils ne feront rien non plus. Si, au contraire, elle agit, ils suivront peut-être, mais rien n’est moins sûr. Patrick Schlouch Punaauia, le 5 octobre 2006

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ENFER ET DAMNATION ! La Corée du Nord éternue et le monde s’enrhume. Elle fait péter sa bombinette,

narguant

la

communauté

internationale,

petit

roquet

totalitaire odieux, bouffi d’orgueil, de frustration et de volonté de puissance. Une trentaine de pays sont désormais engagés, à des degrés divers, dans une course à l’armement nucléaire, en plus des neuf qui en disposent déjà. Ça fait froid dans le dos, n’est-ce pas ? Quand on voit de quelle manière l’être humain se conduit sur les écrans de nos jours noirs, on a du mal à sonder les abîmes d’horreur vers lesquels notre pauvre monde est happé dans un maelström diabolique.

Kim Jong Il

Un livre vient de sortir, Les Bienveillantes1 de John Littell, décrivant par le menu et dans le détail, les atrocités commises par les Nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ce roman, qui met en scène un bourreau SS, évoque des pratiques si épouvantables, que l’auteur avertit le curieux sensible, au cœur mal arrimé, et l’invite à ne pas poursuivre sa lecture. Pourtant, près de trois cent mille exemplaires de cette anthologie de la barbarie et de la cruauté2, de ce manuel de vivisection, ont déjà été vendus en France et l’éditeur a du mal à satisfaire une demande explosive. On parle 1

Ce titre fait référence à des entités mythologiques primordiales censées, dans la tragédie grecque, pourchasser sans répit les auteurs d’actes inexpiables – la légende des Atrides et la malédiction d’Oreste, matricide par la volonté des Dieux (Eschyle). Les Bienveillantes de John Littell, Gallimard, Paris, 2006. 2 Sur la barbarie et ses mécanismes mentaux, les ouvrages de la philosophe juive Hannah Arendt.


même d’un prix prestigieux pour ce pavé de neuf cents pages, encensé par la critique et qui a bouleversé la rentrée littéraire. Comment expliquer autant d’attrait pour : « Une fresque effarante, insoutenable, un Guernica, d'une noirceur d'autant plus insoutenable qu'elle a la teinte de la vérité. Magistral, mais au-delà de la limite du supportable. », selon une critique littéraire québécoise ? La littérature ennoblit-elle tout, même le charcutage le plus sordide ? Et si les Nazis avaient eu la bombe ? Patrick Schlouch Punaauia, le 16 octobre 2006

John Littell

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L’ÉCONOMIE MONDIALE EN PLEINE RÉVOLUTION En 2005, l’ensemble des richesses produites par les pays dits émergents a, pour la première fois, dépassé la moitié du Produit Intérieur Brut (PIB) global. C’est-à-dire que les pays développés ne dominent plus l’économie mondiale. Les pays en voie de développement ont beaucoup plus d’influence sur les performances des économies des pays riches qu’on ne le pense généralement. Ils mènent la croissance mondiale et conditionnent en grande partie les taux d’inflation et d’intérêt, ainsi que le montant des salaires et des profits dans les pays riches. Tandis que ces nouveaux arrivants s’intègrent à l’économie mondiale et que leurs niveaux de revenus rattrapent peu à peu ceux des pays riches, ils sont à l’origine de la plus grande relance économique de l’histoire de l’humanité. La révolution industrielle n’avait concerné qu’un tiers de la population mondiale, mais cette nouvelle révolution économique touche l’ensemble de la planète. Elle explique les phénomènes que l’on constate à l’heure actuelle dans les pays riches comme les bénéfices records des sociétés (notamment celles qui sont cotées en bourse et profitent de la mondialisation), la relative stagnation des salaires, le coût élevé de l’énergie, la faiblesse des taux d’intérêt et l’énorme déficit commercial des États-Unis. Les pays émergents exportent de plus en plus Leur part des exportations mondiales est passée de 20 % en 1970 à 43 % en 2005. Ils consomment plus de la moitié de l’énergie mondiale et sont à l’origine des quatre cinquièmes de la croissance de la demande de pétrole au cours des cinq dernières années. Ils détiennent aussi 70 % des réserves mondiales de devises. Mais, quels sont ces pays que l’on a d’abord qualifiés de sous-développés, ou de Tiers-monde, puis de pays en voie de développement et que l’on range aujourd’hui dans la catégorie des pays émergents ? Chine, Inde, Brésil et Amérique centrale et latine, Corée du Sud et Asie du Sud-est, Russie et Europe de l’Est, Turquie, Israël et pays du Moyen-Orient… Certains d’entre eux devraient, du reste, être plutôt considérés comme « réémergents ». Jusqu’à la fin du dix-neuvième siècle, en effet, la Chine et l’Inde étaient les


deux plus puissantes économies du monde. Avant que la machine à vapeur et le métier à tisser ne donnent un avantage industriel décisif à la GrandeBretagne, puis aux autres pays d’Europe, les économies émergentes d’aujourd’hui dominaient la production mondiale. Angus Maddison, un historien de l’économie, estime que durant les dix-huit premiers siècles de notre ère, jusqu’en 1820, ces économies ont produit en moyenne 80 % des richesses globales. Mais, elles ont été dépassées par la révolution technologique et, en 1950, leur part était tombée à 40 %. À présent, elles reviennent au premier rang. Au cours des cinq dernières années, leur croissance annuelle a atteint 7 % en moyenne, contre seulement 2,3 % dans les pays riches. Et cette tendance devrait encore perdurer pendant les cinq prochaines années. Si ce mouvement se poursuit, dans vingt ans, les économies émergentes produiront les deux tiers des richesses mondiales. Depuis 2000, la croissance annuelle mondiale s’est établie à 3,2 % en moyenne, et cela grâce aux performances des économies émergentes. C’est mieux que les 2,9 % des années 1950 – 1973, dites dorées, précédant le premier choc pétrolier, quand le Japon et l’Europe se reconstruisaient après la Deuxième Guerre mondiale. C’est certainement bien mieux, en tout cas, que la période de la révolution industrielle. Entre 1870 et 1913, la croissance mondiale n’a pas dépassé 1,3 % par an en moyenne. Cela signifie que la première décennie du vingt-et-unième siècle est en passe de connaître la plus forte croissance économique de toute l’histoire du monde. Considérées collectivement, les économies émergentes se développent plus vite que les économies industrialisées depuis plusieurs décennies. Pour quelles raisons cela se remarque-t-il tellement aujourd’hui ? Il y a d’abord le fait que le différentiel de croissance entre les uns et les autres s’est considérablement élargi depuis l’an 2000. Mais, plus significatif encore, les économies émergentes sont désormais mieux intégrées au système global de production, tandis que le commerce international et les flux financiers ont beaucoup augmenté au cours des dix dernières années. La Chine n’est devenue membre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qu’en 2001. Du fait de sa taille et de son ouverture exceptionnelle au commerce et à l’investissement avec le reste du monde, son influence est prépondérante par rapport à celle des autres pays émergents. La somme des échanges extérieurs de la Chine atteint 70 % de son PNB contre seulement 25

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à 30 % pour l’Inde ou les Etats-Unis. Dès 2007, elle devrait représenter près de 10 % du commerce mondial (4 % en 2000). L’Internet a également rendu possible une réorganisation radicale de la production libérée des frontières. Grâce aux nouvelles technologies de l’information, certains services commerciaux, comme la comptabilité par exemple, ont pu être délocalisés, exposant ainsi de nouveaux secteurs d’activité des pays riches à la concurrence venue d’Inde et d’ailleurs. On devrait se réjouir de voir une croissance plus rapide et plus forte élever le niveau de vie de centaines de millions de personnes dans les pays pauvres. Au lieu de cela, petits patrons, employés et politiciens des pays riches s’affligent de voir la production et les emplois migrer vers les régions d’Asie ou d’Europe de l’Est où les salaires sont les plus bas. Pourtant, d’un point de vue global, les pays riches ont tout à gagner du développement des pays pauvres. L’accroissement de leurs exportations donne aux pays en développement les moyens d’acheter des biens produits dans les pays riches. Et, bien que leurs revenus moyens soient encore faibles, ils constituent de nouveaux marchés immenses et prometteurs. Au cours de la prochaine décennie, près d’un milliard de nouveaux consommateurs apparaîtront sur les marchés mondiaux. Les économies émergentes offrent déjà des débouchés importants aux entreprises des pays plus riches. Plus de la moitié des exportations des Etats-Unis, de l’Union européenne et du Japon sont destinées à ces économies. Les échanges commerciaux entre les pays riches et les pays émergents croissent deux fois plus vite que les échanges entre pays riches. Les travailleurs victimes de la mondialisation Une croissance accrue dans les pays émergents sera bénéfique pour l’ensemble des pays riches, mais tout le monde n’y trouvera pas son compte de la même manière. L’intégration de la Chine et d’autres pays dans le commerce global provoque une profonde redistribution des revenus. Tandis que les prix des biens exportés par la Chine et d’autres ont tendance à baisser, le prix des denrées que ces pays importent, comme le pétrole par exemple, montent. Mis en concurrence avec une nouvelle main-d’œuvre, les travailleurs des pays riches ont perdu une grande partie de leur pouvoir de négociation. Leurs salaires subissent de fortes pressions à la baisse. La part du revenu national perçue par les salariés est à son niveau le plus bas depuis des décennies dans les pays riches, alors que les profits des entreprises explosent. 3


Il apparaît clairement que les travailleurs occidentaux ne récoltent pas les fruits de la mondialisation. Ceci est vrai non seulement pour les moins formés d’entre eux, mais aussi, et de plus en plus, pour les employés hautement qualifiés dans les secteurs de la comptabilité ou de la programmation informatique par exemple. Si le niveau des salaires persistait à décevoir, les doléances des travailleurs et des opinions publiques pourraient aboutir à des exigences de protectionnisme et de fermeture des frontières. Ce serait une erreur, naturellement, car les pays qui céderaient aux sirènes protectionnistes ne feraient que hâter leur déclin. Le défi qui s’impose aux gouvernements des pays riches est de trouver les moyens de mieux répartir les fruits de la mondialisation sans en réduire le volume ni les avantages. L’influence grandissante des pays émergents La croissance des profits des entreprises et le relatif déclin des salaires ne sont pas les seuls phénomènes générés par la mondialisation. Un grand nombre d’indicateurs ont subi d’énormes distorsions contredisant les règles traditionnelles de l’économie. Ainsi, en dépit du déficit commercial vertigineux dont les Etats-Unis sont victimes, le dollar est resté relativement fort et stable. Les taux d’intérêt y sont encore historiquement bas malgré une croissance soutenue et un endettement public forcené. Le prix des hydrocarbures a triplé depuis 2002 et, malgré cela, la croissance mondiale demeure forte et l’inflation relativement maîtrisée. Toutefois, le prix de l’immobilier a flambé dans de nombreux pays. Tout cela est provoqué en grande partie par l’influence grandissante des économies émergentes. Par exemple, la résistance du dollar s’explique largement par le fait que ces économies accumulent des réserves de devises américaines. De la même manière, l’augmentation des prix du pétrole tient plus à la demande accrue des pays émergents qu’à une faiblesse de la production, voilà pourquoi la croissance mondiale n’en a pas souffert jusqu’ici. L’influence de la hausse des prix de l’énergie sur le niveau de l’inflation est compensée par la baisse des prix des produits exportés par les économies émergentes. Des politiques à revoir Cette situation exige de repenser radicalement les politiques économiques des pays riches. Il sera probablement nécessaire de revoir les systèmes fiscaux de manière à compenser la perte imposée aux salariés par la 4


mondialisation. Les politiques monétaires doivent elles aussi faire l’objet d’une révision. En maintenant les taux d’intérêt à des niveaux très bas, les banques centrales ont facilité la création d’une « bulle immobilière » qui a excessivement gonflé les prix des maisons et des terrains. Cette politique a aussi encouragé l’emprunt au détriment de l’épargne. Paradoxalement, en finançant le déficit commercial américain, les pays pauvres subventionnent les consommateurs les plus riches et paient pour qu’ils leur achètent les biens qu’ils produisent. L’émergence de nouveaux pays sur la scène économique mondiale n’a pas seulement fourni une maind’œuvre bon marché et docile, elle a aussi constitué une source de capital facilement disponible. Il est peu probable que les pays émergents continuent longtemps encore de financer le colossal déficit commercial américain. Le coût du capital pourrait s’élever brutalement en Amérique. Il y a là le risque de voir l’économie américaine souffrir d’un choc financier et d’une récession. Fort heureusement, le rôle des Etats-Unis comme locomotive de la croissance mondiale n’est plus aussi marqué que par le passé. Les importations américaines ne représentaient que 4 % du PIB mondial en 2005. Le plus grand risque pour l’économie mondiale serait qu’une récession et une chute des prix de l’immobilier, ajoutés à la stagnation des salaires, ne déclenchent de larges mouvements protectionnistes. Ce serait négatif à la fois pour les pays riches et les pays pauvres. De toute manière, quoi qu’il arrive, les pays émergents vont continuer à croître et à se développer. Nous n’avons pas encore pris la réelle mesure de cette révolution. P.S. Punaauia, le 30 octobre 2006 (sources : The Economist, Le Point, Internet)

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UN POLYNÉSIEN SUR TREIZE EST MORMON En ce printemps 1820, Joseph vient d’avoir quatorze ans. Il est né en 1805, deux jours avant Noël, le cinquième d’une fratrie de onze enfants dans une modeste famille américaine établie dans le comté de New York, au nom banal de Smith. La religion est au cœur de la vie du jeune Joseph et imprègne profondément l’ambiance au foyer. Depuis quelques années déjà, le garçon s’interroge sur la meilleure manière de servir le Seigneur et s’il doit rejoindre telle ou telle de ses nombreuses Églises qui prolifèrent à cette époque. Il ne comprend pas pourquoi les pasteurs eux-mêmes violent si souvent les préceptes divins qu’ils enseignent. Son esprit s’enflamme, il est en proie au doute et à la confusion. Aujourd’hui, comme chaque fois qu’il en a l’occasion, il s’est réfugié dans le bosquet planté de grands arbres non loin de sa maison en rondins et prie. Il prie Dieu de lui montrer la voie… Soudain, son appel est entendu. Un ectoplasme à forme humaine, brillant et laiteux à la fois, apparaît à quelques mètres devant Joseph à genoux, aussitôt doublé d’un second, identique. Les apparitions jumelles illuminent la clairière de rayons d’arc-en-ciel. Le Père et le Fils se manifestent ensemble devant ce gamin exalté et lui demandent rien moins que de créer la véritable Église de Jésus-Christ. Et il le fait ! Pendant les dix années suivantes, Joseph Smith aura d’autres visions. En 1823, l'ange Moroni lui apparaît et lui annonce qu’un livre est caché, rédigé sur des plaques d'or, racontant l'histoire des premiers habitants de l’Amérique et dévoilant leur origine. En 1827, il découvre ces plaques, gravées de mystérieux caractères et les traduit grâce à deux pierres magiques, l'Urim et le Thummim, que l’ange lui confie avant de les lui reprendre. Telle est la légende de l’origine de l’Église de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours (EJCSDJ), plus connue sous le nom d’Église mormone, officiellement fondée en 1830 par le même Joseph Smith qui n’a alors que vingt-cinq ans.


Nauvoo : le beau paradis perdu Il est tout naturellement consacré prophète de cette église qui se développe rapidement, mais subit aussi les persécutions traditionnellement réservées aux croyances nouvelles. D’abord installés dans le Missouri, les Saints des Derniers Jours en sont chassés par ordre du gouverneur. Ils émigrent alors vers l’Illinois, puis vers les territoires indiens Iowa durant le terrible hiver 1838 –1839. La plupart d’entre eux s’installent dans la région de Quincy, en Illinois. Mais, quand la petite ville atteint les limites de ses capacités d’accueil, les Mormons cherchent d’autres endroits où s’établir. Beaucoup passeront l’hiver blottis dans les ruines incendiées du Fort Des Moines dans l’Iowa. Ébloui par la splendeur des paysages, Joseph Smith décida d’acheter des terres dans cette région pour y fonder le quartier général de son église. Son site préféré était l’intérieur de la boucle du Mississipi, sur la rive gauche du grand fleuve qui divise entièrement les États-Unis du Nord au Sud, du Canada au Golfe du Mexique. Il le baptisa Nauvoo, ce qui signifie « beau » en hébreu. En 1844, la ville de Nauvoo comptait déjà plus de dix mille habitants, un nombre considérable pour l’époque, et la construction y était l’activité principale. Outre une forte demande de logements, il y avait aussi deux grands chantiers collectifs : un magnifique temple en calcaire blanc sur la colline, dominant toute la communauté, et un hôtel de quatre étages au bord du fleuve. On y trouvait des maréchaux-ferrants, des armuriers, des scieries, des briqueteries, des ateliers de confection de cordages et des commerces de toutes sortes. Des organisations familiales prenaient soin des femmes et des enfants. Il y avait même une université et des loges maçonniques. Comme toutes les grandes villes, surtout les plus proches de la frontière, Nauvoo n’attirait pas que des saints parmi tous ceux qui se réclamaient de la foi mormone. C’était l’époque des pirates sur le Mississipi. Les voleurs de chevaux et les bandits de grands chemin écumaient les vastes prairies de l’Illinois. Persécutés pendant les dix premières années de leur courte histoire, les « Saints » accueillaient à Nauvoo, sans aucun contrôle ni parrainage, tous ceux qui se disaient membres de leur Église. Nauvoo devint bientôt un sanctuaire pour les brigands et les voleurs, attirés par son développement et ses richesses. 2


Joseph Smith constituait en outre une menace politique. Il était candidat à la présidence des États-Unis et faisait campagne dans la perspective des élections de 1844. Un puissant mouvement anti-Mormon se créa alors, avec la ferme intention de chasser les Saints des Derniers Jours de la région. Au printemps 1844, quelques-uns des plus proches disciples de Joseph Smith firent sécession. Ils étaient déterminés à dénoncer sa pratique secrète de la polygamie et à briser l’hégémonie politique de Nauvoo, le quartier général mormon. Les dissidents firent l’acquisition d’une imprimerie et publièrent un journal dont le premier numéro était entièrement consacré à la critique de Joseph Smith. Trois jours plus tard, le 10 juin, le conseil municipal de Nauvoo tint une séance extraordinaire au cours de laquelle on décida de saisir et brûler tous les exemplaires du journal et de détruire l’imprimerie1. La guerre civile était déclarée. La tension monta. On voyait partout des bandes armées se former. Joseph Smith, qui était aussi le maire de Nauvoo, décréta l’état d’urgence et imposa la loi martiale en ville. Quand le gouverneur de l’Illinois, Thomas Ford, fut informé de la situation, il mobilisa la milice de l’État et se rendit sur place. Il s’installa à Carthage, une ville voisine, et somma Joseph Smith et les membres de son conseil municipal de se rendre, afin d’être jugés pour la destruction de l’imprimerie. Assurés de la protection du gouverneur, Joseph Smith, son frère Hyrum et deux conseillers se rendirent le 24 juin. Ils furent emprisonnés. Trois jours après, le 27, alors que le gouverneur Ford était en inspection à Nauvoo, des miliciens anti-Mormons investirent la prison de Carthage. Joseph et Hyrum Smith furent abattus. L’un des deux autres Mormons enfermés avec eux, John Taylor, fut blessé. L’autre s’en sortit indemne. Après la mort du prophète, à seulement trente-huit ans, toute la région tremblait à l’idée des représailles mormones. Mais, elles ne vinrent pas. Au lieu de se venger, Nauvoo se mura dans le silence, le deuil et le recueillement. Le gouverneur regagna Springfield, sa capitale. Pourtant, la paix ne dura pas. Ne constatant aucune résistance, les anti-Mormons lancèrent des raids meurtriers contre les habitations mormones isolées. Dès 1

Ceci me rappelle un épisode de l’année 1986, quand le journal Les Nouvelles de Tahiti, dont le rédacteur en chef était Jean-Pascal Couraud, alias JPK, avait sorti un numéro spécial entièrement consacré à éreinter Gaston Flosse, alors président du gouvernement de la Polynésie française. Le journal avait, là aussi, été saisi sur décision du juge des référés. Du moins, les exemplaires qui n’avaient pas encore été vendus. L’imprimerie n’avait pas été détruite, mais Les Nouvelles de Tahiti ont ensuite connu les pires difficultés et ont finalement été achetées trois ans plus tard par le groupe Hersant. Quant à JPK, il a mystérieusement disparu en décembre 1997 sans laisser aucune trace. 3


1845, les deux camps s’affrontaient ouvertement et le comté de Hancock était à nouveau livré aux exactions des groupuscules armés. La milice de l’État dut encore intervenir pour mettre fin aux hostilités. Cette fois, les Mormons acceptèrent de quitter le pays. À regret, ils durent abandonner leur sanctuaire Nauvoo au printemps suivant.

Joseph Smith, premier prophète mormon

La quatrième religion aux États-Unis Un nouvel et long exode vers l’Ouest, sous la direction de Brigham Young, qui devint leur second prophète, amena les Mormons sur les bords du Lac Salé dans l’Utah. Ils y bâtirent la « Sainte Sion » où Jésus est censé venir régner sur les tribus d'Israël à la fin des temps. L'Utah, qui n'était pas encore un État des États-Unis d'Amérique, dépendait toutefois du gouvernement fédéral. Les relations avec celui-ci, inquiet de l'expansion des Mormons, étaient rendues difficiles par la pratique de la polygamie, « restaurée » par Joseph Smith à la suite d'une « révélation » (selon lui, qui la pratiquait, la polygamie était permise aux patriarches de la Bible, elle n'était donc pas mauvaise par nature…). En 1890, le président de l'Église mit officiellement fin à la pratique de la polygamie et, en 1896, l'Utah devint le quarantecinquième État des États-Unis d'Amérique. 4


Aujourd'hui, les Mormons représentent 70 % de la population de l'Utah. L’EJCSDJ est devenue une organisation puissante financièrement, influente dans le monde des affaires et de la politique (seize Mormons siègent au Congrès des États-Unis). Elle ne publie pas de comptes, mais une enquête du journal Les Echos (08/02/2002) estimait à environ 4 milliards de dollars ses revenus annuels nets d'impôts. Son patrimoine immobilier à travers le monde est considérable : environ cent quarante temples, constructions somptueuses, et des centaines de chapelles. Selon ses dirigeants : « Elle construit ou agrandit presque deux lieux de culte par jour ». Elle possède, en Utah, une immense bibliothèque généalogique, constituée en partie grâce à des accords passés avec des États (dont la France) et consultée par des généalogistes du monde entier. Une revue mensuelle : le Liahona (terme mormon signifiant « boussole »), est traduite en une quarantaine de langues. L'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours affirme être le rétablissement par Jésus-Christ lui-même de son Église originelle. Elle prétend réunir les pouvoirs et les clefs détenus par les prophètes de toutes les époques précédentes, être dirigée par la révélation continue, être le fruit du Rétablissement et être l'Église de la dispensation de la plénitude des temps. Ses membres, les « Saints des Derniers Jours », sont appelés « Mormons » en référence au Livre de Mormon qui serait, comme la Bible, un recueil antique de Saintes Écritures. L’EJCSDJ est la quatrième religion aux États-Unis, en nombre de fidèles. Elle rassemble treize millions de membres dans le monde, essentiellement en Amérique du Nord. Ils sont environ 20 000 en Polynésie française (soit un Polynésien sur treize) et seulement 36 000 en France (un Français sur deux mille) où elle est davantage considérée comme une secte. Patrick Schlouch Punaauia, le 6 novembre 2006

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Un temple tout neuf à Tahiti Pénétrer dans un temple mormon est un privilège accordé seulement aux membres de l’EJCSDJ dûment munis d’une « recommandation ». Le laxisme des premiers âges a laissé la place à un contrôle très strict de la motivation et de la pureté d’intention des adeptes. La recommandation n’est accordée au mieux qu’après un an de période probatoire durant laquelle le prétendant baptisé est observé à la loupe et doit faire ses preuves. Le temple est interdit à tous les autres, les membres de l’EJCSDJ sans recommandation et, surtout, les profanes qui doivent se contenter des chapelles voisines. C’est dire à quel point l’occasion qui m’était offerte, en ce vendredi 27 octobre 2006, de visiter le temple mormon de Tahiti était exceptionnelle. Je ne l’ai pas manquée. Une inédite opération « Portes ouvertes au public » avait été lancée par les responsables de l’Église à l’issue d’un an de fermeture pour rénovation et agrandissement. Le chantier venait de s’achever et, durant la brève période précédant la consécration officielle de l’édifice par une personnalité qualifiée pour le faire, il pouvait être visité par tous. Je me suis présenté comme journaliste et j’ai eu la chance d’être guidé par un jeune homme sympathique et intelligent, cadre m’a-t-il dit dans une compagnie aérienne. Il était suivi comme son ombre par sa jeune femme, aide-soignante dans le civil. Comme une bonne cinquantaine de leurs frères et sœurs, ils avaient pris une journée de congé pour venir encadrer les visites quotidiennes organisées à la suite d’une campagne de promotion très professionnelle.

L’éternité cinq étoiles Consacré en 1983, le temple mormon de Tahiti est situé à Papeete, à l’entrée de la vallée de la Fautaua à Titioro. Il est superbe, blanc au toit bleu, avec ses lignes épurées, bien assis au fond d’un parc impeccable, planté de chaque côté d’une rangée de palmiers. Sa flèche centrale caractéristique, surmontée d’un ange doré, une trompe à la bouche, probablement pour annoncer la Bonne Nouvelle, est flanquée de deux drapeaux français et polynésien.

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Avant d’entrer dans le temple, plutôt que de vous faire enlever vos chaussures, on vous demande d’enfiler des chaussons en tissu ou en papier, de ceux que l’on utilise dans les hôpitaux. Même les pieds nus des profanes seraient une menace pour la pureté et, tout simplement, pour la propreté immaculée des lieux. À la remorque de mon guide, je franchis l’entrée du temple. Des adeptes costauds, en uniforme de l’Église (pantalon foncé, chemise blanche et cravate) sont postés tous les cinq mètres. La visite est canalisée au millimètre et réglée à la seconde. Mes exigences particulières de journaliste perturbent totalement leur organisation, mais ce sont des pros, ils s’en sortent en beauté. Des groupes d’une dizaine de visiteurs se suivent à environ un quart d’heure d’intervalle.

Le temple mormon de Tahiti

Nous arrivons dans une sorte de hall d’accueil. C’est le bureau des Recommandations. C’est ici que l’on doit montrer patte blanche avant d’être admis à entrer dans le temple proprement dit. En réalité, nul ne parvient jamais jusqu’à cet endroit s’il ne possède pas le précieux sésame. Ce vestibule est magnifiquement décoré de boiseries précieuses. Le travail de finition est parfait. Mon guide me confie que les travaux ont été réalisés par une entreprise américaine spécialisée, sous la direction d’un architecte mormon. Mais, il ne peut rien dire sur le budget. Tout juste m’avoue-t-il que cela a coûté « Des millions de dollars ». Certes, la facture a dû être salée (comme le Lac). La qualité de la construction et le luxe de la décoration sont 7


dignes des plus beaux palais. Le style fait étrangement penser à celui des palaces internationaux cinq étoiles. Pas de croix, pas de statue, nul objet rituel… Exception faite des tableaux illustrant des scènes de l’histoire de l’Église ou des Saintes Écritures, rien ne rappelle la vocation religieuse des lieux. Le temple, qui mesure un peu plus de mille mètres carrés, n’a rien à voir avec les autres édifices chrétiens. Ici, point de nef majestueuse couronnée par un autel. Le temple mormon est constitué de plusieurs petites salles, chacune ayant une fonction particulière. Il est d’abord séparé en deux moitiés identiques, l’une pour les femmes et l’autre pour les hommes. Chacune contient des vestiaires car, dans le temple, le Mormon doit abandonner ses vêtements profanes et revêtir une simple robe blanche, symbole de pureté et d’humilité. Les adeptes peuvent ensuite aller s’asseoir dans la Salle de Dotation, laquelle offre une trentaine de fauteuils alignés comme dans une salle de projection privée, où ils reçoivent les enseignements de l’Église. Un dédale de couloirs feutrés, à l’éclairage tamisé, aux moquettes épaisses et souples, aux murs ornés de tableaux colorés et hyperréalistes, nous arrivons bientôt dans le Baptistère. Le choc ! Il y a là une sorte de petite piscine circulaire emplie d’une eau à la transparence cristalline. Elle semble comme suspendue dans le vide, mais elle repose en réalité sur douze bœufs d’albâtre, grandeur nature, symbolisant les douze tribus d’Israël, disposés deux mètres en contrebas en rayons de soleil et dont je ne me lasse pas d’admirer la facture. - Mais, puisque seuls les membres de l’Église déjà dûment baptisés sont autorisés à entrer dans le temple, pourquoi ce baptistère, m’étonnai-je ? - Pour les morts, me répond mon guide. - Pour les morts ? - Oui. Nous pensons que tous les êtres humains ont droit à l’Alliance avec Dieu. En les baptisant par procuration, nous leur offrons l’opportunité de cette Alliance. Encore faut-il qu’ils l’acceptent, là où ils se trouvent. L’Alliance est un acte double. Nous la proposons, mais elle n’est rien si la personne concernée la refuse. Encore des couloirs. Après le Baptistère, mon jeune guide m’entraîne dans la Salle céleste, le Saint des Saints qui symbolise la vie éternelle en famille. Il me demande de garder le silence. Nous entrons dans un salon brillamment éclairé d’un énorme lustre en cristal finement ciselé et d’appliques murales. Un immense miroir est au mur. Des fleurs blanches sont posées dans un vase sur une table centrale en verre. La moquette blanche est encore plus épaisse. 8


Nous restons deux minutes debout, en contemplation, puis la porte s’ouvre. C’est le signal, il faut partir. Il reste une salle encore, la Salle de Scellement où les êtres s’unissent pour l’éternité. Car, m’explique mon guide, quand un maire marie les couples, il les unit et les brise en même temps. -

La phrase : « Jusqu’à ce que la mort vous sépare », est un non-sens, précise-t-il. Quand un couple s’unit, ce ne peut être que pour l’éternité.

C’est bien l’union éternelle que les adeptes viennent chercher dans cette pièce d’une beauté un peu plus sobre, légèrement moins brillante, encadrée de sièges en velours bleu. Cette fois, je suis autorisé à m’asseoir quelques instants. Devant moi, au centre de la pièce, une sorte de piédestal couvert du même velours bleu sert de socle à ces unions perpétuelles. Combien de temps faut-il réfléchir avant de décider de s’unir pour l’éternité, quand on sait à quel point il est déjà compliqué pour un couple de tenir quelques années ? C’est fini. La visite est terminée, elle a duré à peine une trentaine de minutes. J’en sors tout impressionné, conscient d’avoir vécu un moment rare. Malheureusement les photos étaient interdites à l’intérieur du temple et nous devrons nous contenter de mes souvenirs. Le temple mormon de Tahiti rénové sera officiellement consacré le 12 novembre. P.S.

Pourquoi la généalogie mormone ? Pour les Saints des Derniers Jours, chaque être humain doit avoir l’opportunité de recevoir le baptême et de s’unir avec Dieu même s’il n’a pas pu le faire pendant sa vie terrestre. Ils procèdent donc à des baptêmes postmortem, pour lesquels il est indispensable de pouvoir identifier les individus. Voilà pourquoi, les Mormons se sont lancés dans la plus ambitieuse opération de recherche généalogique de toute l’histoire de l’Humanité. Ils ont ainsi constitué une banque de données portant sur le monde entier et contenant des centaines de millions de fiches sur microfilms. P.S.

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300 MILLIONS D’AMÉRICAINS La population des Etats-Unis vient de franchir officiellement le seuil des 300 millions. Les 200 millions avaient été atteints en 1967 et l’on estime que les 400 millions seront dépassés dès 2043. Une telle croissance démographique est exceptionnelle parmi les pays développés. Dans les quatre prochaines décennies, la population américaine augmentera de 100 millions tandis que celles du Japon et de l’Europe se réduiront chacune de 15 millions. Ce ne sont là que des projections qui peuvent être démenties par une infinité d’événements, mais elles mettent en évidence le fossé qui existe entre les taux de fécondité aux États-Unis et dans les autres pays développés. Ce taux est en moyenne de 2,1 enfants par femme américaine, c’est-à-dire le minimum indispensable au remplacement d’une population. Cela semble peu, mais c’est énorme par rapport à l’Union européenne, par exemple, où le taux de fécondité n’est que de 1,47 enfant par femme, largement insuffisant pour assurer le renouvellement de la population. On estime que les décès commenceront à dépasser les naissances dès 2010. Cette moyenne européenne cache en outre de fortes disparités entre pays. Le taux de fécondité n’est que de 1,28 en Italie et en Espagne. À ce rythme, et sans immigration, ces deux pays verraient leurs populations réduites de moitié en quarante-deux ans seulement. Le taux de fécondité est étroitement lié au développement et à la prospérité. Plus une population est riche et éduquée, plus son taux de fécondité est bas. Dans les pays pauvres, on a tendance à avoir beaucoup d’enfants. D’abord parce que la mortalité infantile y est importante et aussi parce que l’on a besoin d’eux dans les champs et pour garantir les vieux jours de parents privés de toute retraite. En Afrique, on constate encore des taux de fécondité moyens de plus de sept enfants par femme. Au fur et à mesure qu’un pays se développe, les femmes y sont mieux éduquées. Elles ont moins d’enfants et investissent davantage dans chacun d’eux. Alors qu’un paysan malien ne peut pas se permettre de ne pas avoir d’enfants, c’est un luxe pour de nombreux Occidentaux. Avoir des enfants, c’est parfois devoir renoncer à un salaire pour que la mère (plus rarement le père) puisse rester à la maison et s’en occuper. Les études sont extrêmement coûteuses. Sans oublier la tendance moderne à vouloir profiter le plus


longtemps possible des plaisirs de la vie sans devoir s’encombrer d’une famille nombreuse. Pourquoi l’Amérique échappe-t-elle en grande partie à cette règle commune ? Il y aurait d’abord l’influence de la religion. Les Américains sont beaucoup plus dévots que les Européens si l’on se réfère à la fréquentation des temples et des églises. Selon les experts, il y aurait aussi d’autres facteurs. Les naissances seraient moins nombreuses dans les pays les plus machos, comme l’Italie, l’Espagne ou le Japon que dans ceux où règne l’égalité des sexes, comme les Etats-Unis ou la Suède. Quand une femme sait qu’elle peut compter sur un coup de main du père, elle est plus encline à enfanter. L’espace est aussi un élément significatif. Il est certes plus facile d’élever des enfants dans un pavillon américain avec jardin, que dans un minuscule appartement japonais. La surface habitable de la maison américaine moyenne a doublé depuis 1950 passant de 93 à près de 200 m2. Les taux de fécondité les plus bas du monde sont enregistrés à Hong Kong (0,95), Macao (1,02) et Singapour (1,06) où la densité de population est la plus forte. Une croissance démographique aussi soutenue est-elle une bonne ou une mauvaise chose pour les Américains ? Elle risque évidemment de poser de nombreux problèmes à caractère culturel, social, écologique. Mais, elle a aussi ses avantages. En 2050, dans l’Union européenne, il y aura moins de deux adultes en âge de travailler pour une personne de plus 65 ans à la retraite. Aux Etats-Unis, la proportion sera encore de près de trois adultes pour un retraité. Patrick Schlouch Punaauia, le 9 novembre 2006

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L’IMPORTANT, C’EST LA DOSE « Rien n'est poison et tout est poison, tout dépend de la dose » (Paracelse) Ce mardi 14 novembre est la Journée mondiale du Diabète. C’est pas drôle. Surtout pour les indigènes, car ils seraient les principales victimes de la « plus grande épidémie de l’histoire du monde ». En ce moment, le mot revient à la mode. Indigènes par ci, indigènes par là. Il y a quelque temps, c’était une insulte, un mot à éviter, comme nègre par exemple. Peut-être que nègre reviendra à la mode un jour et qu’il sera de très bon ton d’appeler les Blacks des Nègres. Le politiquement correct, ça va, ça vient… Faut suivre, c’est tout. Et surtout éviter de faire précéder n’importe quoi du mot « sale ». Parce que « Sale indigène », c’est toujours une insulte, n’est-ce pas ? Finalement, la courtoisie, c’est pas si compliqué. Je disais donc, les indigènes reviennent sur le devant de la scène. Malheureusement, pas pour très longtemps si l’on en croit ces experts du diabète qui se sont réunis cette semaine à Melbourne en Australie. Les populations indigènes de la planète sont menacées d'extinction pure et simple avant la fin du siècle si le diabète, lié à l'obésité, ne ralentit pas sa progression, ont-ils affirmé. « Nous sommes face à la plus grande épidémie de l'histoire du monde », a même enchéri le directeur de l'Institut International du Diabète, le professeur Paul Zimmet. Cette épidémie de « diabésité », contraction de diabète et d'obésité, menace la survie des populations autochtones d'Asie, d'Australie, du Pacifique, d'Amérique du Sud et du Nord, lesquelles seraient particulièrement exposées au diabète de type 2 en raison d'une transition trop rapide aux modes d'alimentation et de vie occidentaux. Ce type de diabète augmente les risques de maladie cardiaque, d'infarctus et de maladies rénales. Bref, il vous démolit. La rencontre inévitable des Européens et des Ma’ohi a déjà failli être fatale à ces derniers. Au dix-neuvième siècle, plus de 95 % - oui vous avez bien lu 95 % des Polynésiens indigènes1 avaient succombé aux maladies transmises 1

Bien que ce terme ne soit pas vraiment idoine vu que les Ma’ohi ne sont pas réellement originaires des îles mais, plutôt, les ont-ils peuplées quelques siècles avant les Européens. Mais, bon, va pour indigènes, à cette époque, on pouvait croire qu’ils l’étaient.


par les Européens (grippe, syphilis, variole, tuberculose, etc.) contre lesquelles ils étaient sans défense et cela en moins d’un demi-siècle. Les Marquisiens ont été jusqu’au bord de la disparition complète. Cette fois, ce serait l’adoption du mode de vie occidental, celui dont tous les damnés de la planète rêvent, celui pour lequel ils se crèvent au boulot pour des salaires de misère, celui qui leur donne l’espoir et la force de tenir le coup, ce serait ce rêve absolu de richesse et de confort qui les mènerait au génocide consenti. Le piège intégral. « Aie confiance, crois en moi », vous vous rappelez, le serpent dans Le Livre de la Jungle. Il vous hypnotise pour mieux vous ruiner. Toute cette bonne nourriture importée, bien grasse et pourtant pas chère, ces boissons si fraîches, si pétillantes, si douces, si sucrées. Ce véhicule dont on avait rêvé depuis si longtemps, rafraîchi par la clim’, aux sièges si moelleux qu’on l’emprunte même pour les plus petites courses. D’ailleurs, c’est si dangereux de marcher le long de la route, un vrai massacre parmi les pauvres diables privés de voiture. Et cette télévision devant laquelle on s’écroule le soir venu et le week-end, les yeux écarquillés devant le spectacle factice de cet Occident empailleté, tout en grignotant des sachets de chips ou en suçant de l’ice-cream au kilo. Ce paradis est en réalité le pire des enfers. Les dépenses de santé commencent par augmenter de 8 puis 10 % par an, ce sera bientôt 15 puis 20 % et cela ne s’arrête plus. Le scénario catastrophe. Plus moyen de faire face. Les fiers Ma’ohi tombent comme des mouches, terrassés par les sournoises calories… Comment, dans ces conditions, comprendre l’incohérence d’un gouvernement qui milite à donf pour le retour aux valeurs et aux modes de vie traditionnels, mais qui subventionne, parmi d’autres autres violents toxiques, le sucre et le lait concentré sucré ? Comment comprendre qu’il puisse, tout à la fois, renoncer à une politique de prévention en privant de crédits l’Établissement pour la Prévention (l’EPAP, surnommé Benoît XVI, un peu trop familièrement à mon goût) et, fustiger les médecins qui s’efforcent du mieux qu’ils peuvent de soigner les malades déjà déclarés ? Franchement, j’ai du mal à suivre. Pour moi, le 14 novembre, c’est un anniversaire important. Le 14 novembre 1976, il y a tout juste trente ans, je débarquais sur le tarmac de l’aéroport de Tahiti – Faa’a. Quand j’ai franchi le seuil de l’avion, j’ai cru entrer dans un four… Et depuis tout ce temps, je mijote.

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LES DENTS DE SÉGO Si Nicolas Sarkozy veut conserver une chance de battre Ségolène Royal à la présidentielle de 2007, il n’a pas le choix, il doit lui casser les dents. Au sens propre du terme. Eh oui, le véritable adversaire de Sarko, ce sont les dents de Ségo. Elles sont partout. On ne peut plus allumer une télé ni ouvrir un journal sans les prendre en pleine poire. Et nous n’en sommes qu’au début. On en voit tellement qu’on finit même par se demander si elle n’en a que trente-deux, comme tout le monde. Honnêtement, cette femme n’a rien d’un canon, elle serait même plutôt rébarbative (si, si, pardon pour les fans). Mais, qu’elle sourie et la foule est soudain éblouie. L’ayant parfaitement compris, elle soigne avec une grande méticulosité et beaucoup d’efficacité une image de publicité pour pâte dentifrice. Une fois élue – car on ne voit pas qui, désormais, serait en mesure de lui barrer la route vers l’Élysée, le courant semble bien trop puissant -, une fois élue, donc, elle pourrait nommer son dentiste au poste de Premier ministre, car elle lui devra tout. Mais, attention ! Rappelons nous Édith Cresson, la première femme Premier ministre du gouvernement français. Une socialiste elle aussi, nommée à cette prestigieuse mais exposée fonction par François Mitterrand. Elle avait déjà eu ce genre de faiblesse pour son dentiste, lui procurant une sinécure politique avec les avantages correspondants alors qu’il ne justifiait d’aucune compétence. La situation s’était même prolongée par la suite, quand elle était devenue commissaire européen à Bruxelles. L’histoire s’était achevée en scandale et Edith Cresson avait été condamnée ainsi que le fameux dentiste. La morale reste donc sauve, pour l’instant. Le spectre de Jean Jaurès Pendant que Sarko, affublé du masque réglementaire du Père Fouettard, rame avec la « caillera » des banlieues et les immigrés illégaux, Ségolène surfe sur la vague qui l’emporte sans effort, sans projet, sans expérience, vers le pouvoir… On dirait une sorte de Jeanne d’Arc devenue mère de famille nombreuse, inspirée par le spectre de Jean Jaurès et illuminée par la Troisième République. Ses discours caricaturent les promesses vaseuses proférées depuis toujours par les songe-creux briguant (brigand ?) une fonction électorale : « Votez pour moi et la vie sera plus juste, la France


retrouvera sa place dans le monde1, les pauvres ne seront plus pauvres, on accueillera les immigrés, le pouvoir sera plus humain, les malades seront guéris, nous protégerons l’environnement, je m’occuperai de vous personnellement et bla, et bla, et bla… ». Elle réinvente l’univers merveilleux de Walt Disney et le peuple est sous le charme. Une fâââmme, aaaahh ! Et en plus elle a de belles dents, aaaah ! Elle pourrait aussi bien lire l’annuaire des téléphones ou la liste des courses, cela ne changerait pas grand-chose. « Les gens », comme elle dit, n’écoutent rien, ils ne voient que son sourire. Ce sourire angélique auquel on donnerait le Bon Dieu sans confession. Moi, voter pour des dents, ça ne m’inspire pas vraiment. C’est joli de belles mâchoires bien blanches, bien régulières, mais cela suffit-il pour présider aux destinées d’une nation de soixante millions d’individus ? Sans oublier qu’elles peuvent mordre cruellement. De toute façon, mon opinion n’a aucune espèce d’importance, Ségolène Royal sera probablement la première femme présidente de la République française… Parce qu’elle le vaut bien. Patrick Schlouch Punaauia, le 24 novembre 2006

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Même si la richesse n’est évidemment pas le seul critère de la stature d’une nation, il est néanmoins intéressant de constater que la France n’est que dix-huitième sur la liste du Fonds monétaire international (FMI) classant les pays selon le montant de leurs revenus par habitant. En 2006, le PIB (produit intérieur brut) de la France par habitant est de 35 000 dollars (à égalité avec l’Australie et le Japon), alors qu’il est de 45 000 dollars aux Etats-Unis et 52 000 en Irlande. Les plus riches du monde sont les Luxembourgeois avec plus de 85 000 dollars de revenus annuels chacun en moyenne. Le PIB par Polynésien se situe autour de 20 000 dollars, au même niveau que celui du Portugal (19 000 dollars), de la Grèce (21 000 dollars) ou de la Nouvelle-Zélande (24 000 dollars). C’est évidemment sans commune mesure avec les revenus de nos voisins insulaires du Pacifique indépendant (Fidji : 3 650 dollars, Tonga : 2 300 dollars, Samoa : 2 000 dollars, Vanuatu : 1 600 dollars, Iles Salomon, Kiribati et Papouasie-Nouvelle-Guinée : environ 700 dollars, soit deux dollars par jour). 1 USD = 95 Fcfp 2


DENGUE, LE « PETIT PALU » Plutôt préservée depuis la grande épidémie de 2001, la Polynésie française est à nouveau touchée par la dengue en 2006. Plusieurs centaines de cas ont été déclarés et leur nombre va croissant. Les services de la Santé sont en situation de « pré alerte ». La dengue, sous ses formes de la plus bénigne à la plus grave, fait tellement partie du paysage polynésien que l’on n’y prête plus vraiment attention… Jusqu’à ce que l’on soit directement ou indirectement touché, un risque qui est loin d’être négligeable. Qu’est-ce que cette maladie dont les cas mortels sont heureusement rares en Polynésie française, mais qui prend de l’ampleur et dont les conséquences sociales, économiques, et humaines tout simplement, sont souvent plus sérieuses qu’on ne l’imagine ? La sensation d’être au bord de la mort, voilà le souvenir que m’a laissé la dengue, dont j’ai heureusement guéri en quelques jours. Quand la dengue frappe une famille, c’est terrible ! Chez les C…., par exemple, que j’ai bien connus dans les années 1980. Ils vivaient à sept dans une grande maison du lotissement Aute à Pirae, les parents et leurs cinq enfants. Je venais là chaque jour, pour travailler dans le bureau que C…. avait mis à ma disposition, sous les combles. Je les ai vus tomber un par un. Chaque matin, je constatais les dégâts. Les plus jeunes, les plus vifs, écrasés de douleur, brûlant de fièvre, livides, les yeux battus, baignant dans leur transpiration, incapables du moindre mouvement…. Comptez une bonne semaine de calvaire et, selon la constitution plus ou moins robuste de chacun, entre une semaine et un mois de convalescence, voire davantage. Quand on s’en sort vivant ! Car la dengue est une maladie parfois mortelle. C’est en tout cas une épreuve très pénible dont on sort affaibli pour un bon moment. Une maladie en pleine expansion Heureusement préservée jusqu’à ce jour de la malaria (paludisme), le principal fléau de la Mélanésie voisine, la Polynésie française est néanmoins infectée par la dengue, dite « grippe tropicale » ou « petit palu », une maladie décrite dès 1779. Dans le monde, la dengue progresse de façon spectaculaire depuis quelques décennies. La maladie est désormais endémique dans plus de cent pays


d'Afrique, des Amériques, de la Méditerranée orientale, de l'Asie du Sud-est et du Pacifique. Environ 2,5 milliards de personnes, soit deux cinquièmes de la population mondiale, sont désormais exposées au risque. On estime entre soixante et cent millions le nombre global de cas d’infection chaque année, et la forme grave de la maladie, la dengue hémorragique, en recrudescence dans plusieurs régions, provoque plus de vingt mille morts annuelles, particulièrement chez les enfants. En 2005, dans l’Océan indien, une région plutôt épargnée jusque-là, une grave épidémie de chikungunya, une affection virale proche de la dengue, a frappé l’Ile de la Réunion dont près du tiers de la population a été touché en quelques mois, avec des conséquences économiques et sociales désastreuses. Le Pacifique oriental est, lui aussi, un nouveau terrain de prédilection pour la dengue (32 800 cas à Tahiti et Moorea en 2001), ainsi que l’Amérique latine. Le virus responsable de la dengue, dont il existe quatre formes différentes (1,2,3,4), est transmis à l'homme par le moustique Aedes aegypti, une espèce commune en Polynésie française. Il est malheureusement possible pour une même personne d’être successivement victime des quatre formes de dengue. Aucun vaccin ni traitement La dengue se manifeste brutalement après deux à sept jours d'incubation par l'apparition d'une forte fièvre généralement accompagnée de maux de tête, de nausées, de vomissements, de douleurs articulaires et musculaires et, parfois, d'une éruption cutanée ressemblant à celle de la rougeole. Au bout de trois à quatre jours, une brève rémission est observée, puis les symptômes s'intensifient - des hémorragies conjonctivales (saignements des yeux), des saignements de nez ou des ecchymoses (bleus) pouvant survenir - avant de régresser rapidement au bout d'une semaine. La forme hémorragique, qui représente environ 1% des cas de dengue dans le monde, est beaucoup plus sévère : la fièvre persiste, des hémorragies multiples, notamment gastro-intestinales, cutanées et cérébrales se manifestent. La guérison est le plus souvent totale et sans séquelles. Mais, chez les personnes les plus fragiles, les enfants de moins de quinze ans notamment, un état de choc hypovolémique (baisse de la pression artérielle et du débit cardiaque provoquée par un déficit de sang) peut se produire, refroidissement, moiteur de la peau et pouls imperceptible signalant une défaillance circulatoire. L'enfant est agité et se plaint de douleurs abdominales. Il risque la mort en quelques heures s'il n'est pas perfusé. Il n'existe aujourd'hui ni traitement spécifique ni vaccin pour combattre cette 2


maladie. Le médecin se contente généralement de prescrire du paracétamol, pour calmer les douleurs et faire tomber la fièvre (surtout pas d’aspirine au risque d’aggraver les symptômes hémorragiques de la maladie), et beaucoup de liquide. De toute manière, pendant la phase aiguë, on est bien incapable d’avaler quoi que ce soit de consistant. Le seul moyen de lutter contre la dengue, c’est de se protéger des moustiques en installant des moustiquaires dans les logements et en veillant à détruire les gîtes. En cas d’épidémie, on a aussi coutume de faire une cure de vitamine C pour renforcer ses défenses immunitaires. Est-ce vraiment efficace ? Une vie saine, physiquement active, sans abus, un régime alimentaire équilibré sont finalement les meilleurs atouts pour une guérison et une récupération rapides. Patrick Schlouch Punaauia, le 30 novembre 2006 (Sources scientifiques : Institut Pasteur, Organisation Mondiale de la Santé)

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QUATRIÈME COUP D’ÉTAT À FIDJI En ce lundi 4 décembre 2006, les îles Fidji ont vécu leur quatrième coup d’État militaire en vingt ans. L’opération a commencé à la mi-journée. Alors que tout était normal à Suva, un détachement militaire a investi les bureaux de la police et confisqué les armes. Tout s’est passé sans violence et sans victimes, mais dans un climat de tension extrême. Le commodore Frank Bainimarama, 52 ans, chef de l’armée fidjienne, venait de mettre ses menaces à exécution. Pendant la nuit, des troupes lourdement armées ont barré les rues de la capitale ainsi que ses voies d’accès. Les militaires ont essayé de s’emparer du Premier ministre, M. Laisenia Qarase (pron. Ngarassé), qui a réussi à s’échapper en hélicoptère. Il a tenté de se rendre à la résidence du président de la République, Ratu (Grand chef) Josefa Iloilo, mais des gardes lui en ont interdit l’accès. Il s’est ensuite réfugié dans sa maison en ville, protégée par la police. Depuis le précédent coup d’État en 2000, celle-ci est dirigée par le commissaire Andrew Hughes, de nationalité australienne, qui condamne fermement les actions du chef de l’armée. Ironie du sort, au même moment se déroulait à la Cour suprême de Fidji le procès du général Sitiveni Rabuka (pron. Rambouka), 56 ans, ancien Premier ministre, accusé d’avoir fomenté une mutinerie contre le même chef de l’armée, Frank Bainimarama, en 2000. La Cour suprême est installée dans les anciens bâtiments du Parlement, là même où, en 1987, Rabuka, qui n’était alors que colonel, fit irruption à la tête de ses officiers armés pour confisquer le pouvoir au gouvernement du Docteur Timothy Bavadra (pron. Bavandra) qui venait d’être démocratiquement élu. Il dut s’y reprendre à deux fois, en mai et en octobre de la même année, pour s’assurer du succès de son entreprise. Plus tard, en 1992, considéré comme un héros par la plupart des Fidjiens de souche, Rabuka devint Premier ministre. En 1990, il avait soutenu l’adoption d’une nouvelle Constitution dans laquelle était inscrite une discrimination favorable aux Fidjiens indigènes. Ce texte antidémocratique qui institutionnalisait une forme d’apartheid lui attira, ainsi qu’au gouvernement fidjien de l’époque, le blâme quasi unanime de la communauté internationale. Sous la pression, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande notamment, cette Constitution fut finalement abrogée en


1997 et, en 2000, un gouvernement à majorité indo-fidjienne accéda de nouveau au pouvoir. Cette situation fut à l’origine du troisième coup d’État mené par Georges Speight, un inconnu déterminé et certainement manipulé. Il avait réuni un groupe de mercenaires, plutôt des bras cassés, et bénéficiait du soutien occulte de certaines forces politiques qui attendirent prudemment de voir comment les choses allaient tourner avant de se manifester au grand jour. Speight maintint en otage le nouveau Premier ministre, Mahendra Chaudhry, pendant cinquante-six jours dans les locaux du Parlement. Le général Rabuka se présenta alors comme un élément modérateur, neutre. Mais, selon les charges qui pèsent aujourd’hui contre lui, ce n’était qu’une ruse. Lundi matin, la Cour suprême de Fidji a pu avoir la preuve qu’il s’était rendu au quartier général de l’armée le jour même du coup d’État, son vieil uniforme accroché sur un cintre dans sa voiture, prêt à s’asseoir dans le fauteuil du commodore Bainimarama. À présent, c’est ce dernier qui est au cœur de la crise. Ses raisons pour intervenir dans le domaine politique sont à l’opposé de celles de Rabuka. Bien qu’ils soient tous deux Fidjiens de souche, Bainimarama prétend agir dans l’intérêt général de tous les Fidjiens. Il exige notamment le retrait de projets de lois visant à accorder l’exclusivité des droits fonciers aux Fidjiens de souche. Le commodore qualifie son intervention d’ « opération de nettoyage », mais tous les observateurs s’accordent sur le fait qu’il s’agit bien d’un coup d’État lequel pourrait bien le mener un jour à comparaître devant la même Cour qui juge aujourd’hui son illustre prédécesseur à la tête de l’armée fidjienne, Sitiveni Rabuka. Patrick Schlouch Punaauia, le 5 décembre 2006

Les îles Fidji en bref République, membre du Commonwealth britannique. Capitale : Suva. Indépendantes depuis 1970. Président : Ratu Josefa Iloilo Premier ministre : M. Laisenia Qarase 2


860 000 habitants répartis sur 18 270 km2 dont : - 480 000 Fidjiens de souche (56 %) -

310 000 Fidjiens d’origine indienne (36 %) et

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70 000 Fidjiens d’origine diverse (8 %), chinoise et océanienne notamment.

PIB par habitant : 3 500 USD (Polynésie française : 20 000 USD) Espérance de vie (2006) : 72,4 ans pour les femmes et 67,2 ans pour les hommes (Polynésie française : respectivement 76,4 et 71,4 ans).

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FIDJI S’ENFONCE DANS LA CRISE « Ce pays est miné par la culture du coup d’État. Le changement s’y effectue plus par la force des armes que grâce à notre intelligence et notre courage moral. » Tupeni Baba (pron. Mbamba), sénateur fidjien Après avoir, lundi, pris le pouvoir par la force, mais heureusement sans effusion de sang jusqu’ici, le chef de l’armée fidjienne, le commodore Josaia Voreqe (pron. Vorengué), dit Frank, Bainimarama, 52 ans, s’est autoproclamé chef de l’État. Il a dissout le Parlement, décrété l’état d’urgence et déposé le Premier ministre Laisenia Qarase (pron. Ngarassé), assigné à résidence dans son village de Manava, dans l’archipel des Lau, loin à l’Est de la capitale Suva. Il a nommé un médecin militaire à la retraite, le Dr. Jona Senilagakali, 77 ans, un homme sans aucune expérience politique, Premier ministre des îles Fidji par intérim. Celui-ci est désormais le principal porte-parole du chef de la mutinerie. Il a annoncé officiellement que des élections générales ne pourraient pas se tenir avant au moins deux ans. Le calendrier électoral sera établi par les militaires. Ceux-ci ont, semble-t-il, l’intention de se maintenir au pouvoir aussi longtemps qu’il le faudra : « pour préserver au mieux les intérêts du peuple de Fidji ». Une mission divine L’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Royaume uni et les États-Unis, les principaux donateurs d’aide à Fidji, condamnent fermement le coup d’État. Toute intervention militaire a pour le moment été écartée, mais ils ont annoncé de sévères sanctions économiques. Le nouveau Premier ministre les a balayées d’un revers de la main en annonçant le resserrement des relations avec l’Asie. Il a précisé que Fidji se tournerait vers la Malaisie, l’Indonésie, Taiwan et la Chine pour contourner les sanctions, comme cela avait déjà été fait après les deux coups d’État de 1987. Il a vertement invité les Premiers ministres australien et néo-zélandais, particulièrement virulents, à : « ne pas se mêler de nos affaires et à respecter la souveraineté des Iles Fidji ». Les Fidjiens ont été appelés à se vêtir de noir, mardi, en signe de protestation contre le putsch. Laisenia Qarase, le Premier ministre légal, prône la nonviolence, tandis que l’Australie et la Nouvelle-Zélande encouragent la population à la résistance passive.


Le Premier ministre par intérim, le Dr. Senilagkali a reconnu que le coup d’État était illégal, mais il a estimé que : « c’était un moindre mal que le régime corrompu de Qarase ». Il a déclaré à la radio australienne ABC : « C’est une prise de pouvoir illégale. Il n’y a aucun doute à ce sujet », ajoutant que, en sa qualité de soldat, il devait obéir et n’avait pas d’autre choix que d’accepter la fonction qui lui avait été confiée. Le personnage apparaît entièrement dévoué à son chef et à la cause qu’il prétend défendre, se croyant même investi d’une mission divine. « Je continuerai jusqu’à ce que j’aie nettoyé toute la saleté qui règne à Fidji », a-t-il déclaré. « Je suis un chrétien, et j’agis selon les préceptes chrétiens. Je hais ceux qui disent du mal des Hindous et des Musulmans dans ce pays. Je déteste entendre cela. La haine est mauvaise pour le peuple. Nous essayons de mettre en œuvre un système qui soit juste et acceptable par tous. » Promouvoir le bien-être des Fidjiens ? Le coup d’État s’est déroulé sans violence, mais le nouveau patron du pays n’a pas écarté l’usage de la force au cas où il le jugerait nécessaire pour conserver le contrôle de la situation. Frank Bainimarama a nommé chef de la police, le colonel Jim Koroi, un paraplégique qui lui est entièrement dévoué. Le véritable commissaire de police, l’Australien Andrew Hughes, qui était en congé dans son pays au moment du coup d’État, a juré d’avoir la peau du commodore et de le faire traduire en justice. Dans sa déclaration de l’état d’urgence, publiée dans un numéro spécial de The Gazette, le journal officiel fidjien, le commodore Bainimarama explique que ses objectifs sont : « d’amener le pays à une meilleure gouvernance, d’en finir avec la corruption et les pratiques illégales et de promouvoir le bien-être à Fidji ». La capitale Suva reste enfermée à l’intérieur d’un cordon de sécurité et les endroits stratégiques sont gardés par les militaires. Un couvre-feu pourrait être établi prochainement. Patrick Schlouch Punaauia, le 7 décembre 2006

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PACIFIQUE : SALE COUP POUR LA CARTE POSTALE En avril 2006, c’était aux Iles Salomon, en mai au Timor oriental, en novembre au royaume de Tonga et en décembre à Fidji. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, n'en parlons pas, c’est une affection chronique. Le Pacifique sud insulaire est partout frappé par l’instabilité politique et la violence. Les causes en sont toujours les mêmes : la misère et les rivalités entre groupes ethniques. Les pays insulaires indépendants du Pacifique sud comptent parmi les plus pauvres du monde. Ils ne survivent que grâce à l’aide internationale, laquelle a tendance à se raréfier, et à l’argent envoyé à leurs familles par les très nombreux émigrés, en Australie et en Nouvelle-Zélande notamment. La carte postale « lagon - cocotiers » en prend un sacré coup (d'État ?). Les Territoires français de Nouvelle-Calédonie, Polynésie française et Wallis et Futuna, dont le niveau de vie est sans commune mesure, sont, pour le moment, préservés de cette vague de violence. Il faut toutefois se rappeler que la NouvelleCalédonie a été le théâtre d'affrontements ethniques meurtriers dans les années 1980 et que le feu y couve toujours. Quant à la Polynésie française, souvent montrée en exemple pour son multiculturalisme et son métissage réussis, des signes inquiétants se manifestent depuis l’accession au pouvoir de l’UPLD en 2004. Le président Oscar Temaru et les représentants de la majorité indépendantiste lancent régulièrement des propos à caractère raciste et xénophobe dont les effets ne peuvent qu'être ravageurs pour l'équilibre fragile de la société. Un jour, le président fustige l'Éducation nationale française en estimant publiquement qu ' « elle ne fabrique que des crétins et des chômeurs ». En reo ma'ohi, il qualifie les Français de « détritus ». Plus tard encore, il voudrait « foutre tous les médecins libéraux dehors du pays » au motif qu’ils seraient responsables de la hausse des dépenses de santé. Dernièrement, un représentant UPLD a insulté les Français en pleine Assemblée, évoquant la présence gênante des ofe popa’a, ce qui signifie littéralement bambou blanc, mais qui, en réalité, est une grave injure dont la violence est comparable à taioro (non circoncis). La tactique est toujours la même. Classique. On lance une petite phrase assassine, avant de prétendre qu'on n'a pas voulu y mettre le sens que certains y ont vu. Ou bien que l'on aura mal compris, ou mal interprété. Ou encore que c'était une « boutade ». Ce genre de boutade a déjà valu de retentissants procès à certains. Mais, ils n'étaient pas au pouvoir.


Fidji, un cas à part Ce qu’il se passe en ce moment à Fidji doit nous interpeller, car la violence est désormais à notre porte. Le coup d’État s’est jusqu’à présent déroulé sans effusion de sang, il faut s'en féliciter tout en gardant à l'esprit que Fidji est un archipel unique dans la région. Les événements y sont de nature à entraîner des conséquences beaucoup moins contrôlables qu'ailleurs. C’est d'abord le seul à posséder une armée nationale digne de ce nom, bien entraînée, disciplinée et efficace (v. article suivant). Cette armée est la principale raison pour laquelle l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui ont toujours dépêché des troupes partout dans la région où des conflits se sont déclarés, ont clairement exclu toute intervention militaire à Fidji. On comprend leur prudence. Si l’on excepte la Papouasie-Nouvelle-Guinée qui est un cas très particulier, Fidji est le plus grand pays insulaire indépendant de la région, avec une population de près d’un million d’habitants. La capitale, Suva, accueille les ambassades de tous les grands États ayant un intérêt en Océanie. C’est le siège du Forum, qui réunit les seize pays indépendants du Pacifique sud, et celui de nombreuses organisations régionales. L’aéroport international de Nadi (pron. Nandi), dans l’Ouest du pays, est le principal carrefour des transports aériens régionaux. On pourrait ainsi multiplier les exemples. Fidji est influent au sein de l'Onu et de nombreuses assemblées internationales. La communauté indo-fidjienne (330 000 personnes environ) est fortement soutenue par l'Inde.

Le fruit de l'Histoire « Beaucoup de ces pays (ndla : les pays insulaires indépendants du Pacifique sud) ont une indépendance politique sans pouvoir soutenir la gouvernance, a récemment déclaré John Howard, le Premier ministre australien. C’est le fruit de l’Histoire et l’on ne peut rien y faire, sauf de leur venir en aide. On ne peut pas remonter le temps. Mais, clairement, l’un des problèmes dans le Pacifique est que ces pays sont trop petits pour être autosuffisants, c’est ça la brutale réalité. » On ne saurait être plus clair. L’Australie et la Nouvelle-Zélande répondent à un devoir moral et humanitaire en intervenant continuellement dans ces minuscules États instables quand la situation l’exige. Mais, elles y ont aussi d’autres intérêts. Ces deux pays accueillent en effet une immigration massive des îles. Auckland est la plus


grande ville polynésienne du monde. Les conflits claniques pourraient s’y étendre, menaçant la paix sociale dans les banlieues. En outre, la violence et l’instabilité politique ouvrent la porte à toute sorte de fléaux. « Tout le monde sait ce que, dans le monde actuel, des États fragiles et en faillite peuvent signifier. Il peut s’agir d’infiltration des systèmes financiers, de frontières passoires, de trafic de drogue ou encore de terrorisme. Personne ne veut de cela dans le Pacifique. », rappelle Helen Clark, le Premier ministre néo-zélandais. Le coup d'État fidjien montre les limites de l'influence australienne et néo-zélandaise dans la région. Le nouveau Premier ministre de Fidji a annoncé que son gouvernement se tournerait vers l'Asie (en particulier la Chine qui ne demande qu'à profiter de l'aubaine) pour contourner les sanctions économiques prises contre lui. Un rebelle décidé et bien armé à deux heures de Sydney et d'Auckland, que faut-il faire ? Avec tous ces chats à fouetter simultanément, l'Australie et la Nouvelle - Zélande n'ont certainement guère envie de voir les Territoires français du Pacifique accéder à l'indépendance politique et venir ainsi grossir les rangs des pays pauvres, instables et violents dont ils doivent déjà assurer la survie. Sans compter que la chute brutale du niveau de vie consécutive à l'indépendance leur ferait perdre de juteux marchés régionaux. On comprend mieux alors le geste répété d'Helen Clark, lors du Forum du Pacifique sud qui s'est récemment tenu à Fidji et que tout le monde a pu remarquer à la télévision. Voisine d'Oscar Temaru, on l'a vue à deux reprises redresser la carte marquée « Polynésie française » placée devant le président et que celui-ci tentait puérilement de dissimuler. Mais n'oublions pas qu'autour de tous ces grands militaires, ces grands politiciens qui pensent et affirment avoir Dieu et le Bien de leur côté, ce sont finalement des populations en grande difficulté qui souffrent toujours davantage.

Patrick Schlouch Punaauia, le 9 décembre 2006

L’ARMÉE FIDJIENNE Avec environ 3 500 soldats, l’armée qui vient de prendre le pouvoir à Fidji est l’une des plus petites du monde. Elle est organisée en un régiment d’infanterie composé de six bataillons et un régiment du génie, auxquels il faut ajouter 350 réservistes.


Les deux premiers bataillons d’infanterie sont traditionnellement stationnés à l’étranger où ils participent depuis près de trois décennies à des opérations de maintien de la paix. Cela a permis de former des officiers très compétents et des soldats bien entraînés. Le 1er Bataillon a ainsi œuvré au Liban, en Irak et au Timor oriental sous le commandement de l’Onu. Le 2è Bataillon est déployé dans le désert du Sinaï. Le 3è Bataillon est à Suva, la capitale de Fidji, et les trois autres sont répartis sur l’ensemble du territoire fidjien. Il va de soi que cette organisation a dû être remaniée pour lancer le coup d’État du 6 décembre. L’armée fidjienne dispose d’une petite marine de guerre forte de 300 hommes laquelle s’occupe notamment de surveiller la zone économique exclusive de Fidji et prend part à des missions de sauvetage en mer. Elle dispose de neuf patrouilleurs de fabrication israélienne. Fidji bénéficie d’une aide militaire de la part de l’Australie et de la Chine. L’aide australienne a été suspendue à l’annonce du coup d’État. La courte histoire de l’armée fidjienne a déjà été marquée par plusieurs interventions dans le domaine politique. En 1987, des militaires sous les ordres du colonel Sitiveni Rabuka (pron. Rambouka) avaient organisé deux coups d’État (en mai et en octobre). En 2000, l’armée avait lancé une opération en réaction au coup d’État, civil celui-là, de George Speight et ses mercenaires. Depuis lors, les relations étaient très tendues entre l’armée et le gouvernement dirigé par le Premier ministre Laisenia Qarase (pron. Ngarassé). Elle s’opposait notamment à son projet d’amnistier les auteurs du coup d’État de 2000, estimant qu’une telle mesure porterait gravement atteinte au moral et à la discipline si les soldats ayant participé à la mutinerie consécutive au coup d’État se voyaient blanchis. Le chef de l’armée, le commodore Frank Bainimarama, reproche aussi au gouvernement de vouloir adopter des lois destinées à écarter totalement les Indo-fidjiens de la propriété foncière. L’armée fidjienne est composée presque exclusivement de Fidjiens de souche. Les Indo-fidjiens (38 % de la population totale de Fidji) ne représentent que 1 % des effectifs. P.S.

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NOUVELLE-ZÉLANDE : DESTINATION GASTRONOMIQUE Jusque dans les années 1990, la cuisine néo-zélandaise était considérée comme très ordinaire, voire infecte, à base de légumes et viandes bouillis et de gâteaux bourratifs. Tout cela est du passé. Désormais, la Nouvelle-Zélande offre à ses visiteurs une cuisine saine, attrayante, délicieuse et tout à fait originale, fondée sur la variété, la qualité et la fraîcheur des produits locaux, mais aussi sur la créativité et le talent des chefs. De nombreux Néos déclarent s’intéresser à la gastronomie. Les cours de cuisine sont à la mode. Les vins néo-zélandais remportent des concours de classe mondiale tandis que les fromages, le miel et les pains se vendent de mieux en mieux, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger. Le Seigneur des Agneaux La Nouvelle-Zélande, dont le tourisme est désormais la principales ressource économique, a longtemps assuré sa promotion en capitalisant sur ses paysages extraordinaires, rendus célèbres par la trilogie du Seigneur des Anneaux. À présent que la magie du film s’estompe, on met l’accent sur la qualité de la cuisine et du vin. La Nouvelle-Zélande est en train de devenir une destination gastronomique. Après le pain, le miel et les fromages, la promotion du tourisme kiwi s'appuie aujourd'hui sur les truffes, le safran, les noix et l’huile d’olive. Depuis 2003, le tourisme a remplacé les produits laitiers comme principale source de devises. Pourtant, la Nouvelle-Zélande souffre d'un sérieux handicap dans ce domaine : son éloignement. En effet, les touristes « écolo-gastronomiques », que l'on cherche à séduire en mettant l'accent sur la fraîcheur et la pureté des produits alimentaires, se disent aussi de plus en plus conscients et inquiets de la pollution globale causée par les vols longs courriers qu'ils ont tendance à boycotter. Ce paradoxe s'applique évidemment de la même manière à toutes les destinations touristiques éloignées fondant leur promotion sur un environnement exceptionnellement préservé ou sur une culture populaire unique. Leurs clients potentiels pourraient préférer admirer leur pureté cristalline de loin, sur leurs écrans, de crainte de contribuer à accroître l'effet de serre et le réchauffement planétaire en brûlant des tonnes de kérozène au-dessus des océans.


2007


RETOUR EN GRÂCE POUR L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE On pourrait difficilement trouver des opinions publiques plus anti-nucléaires que dans le Pacifique sud. Pendant un demi siècle, à partir des années 1940, les peuples océaniens ont eu à subir chez eux les conséquences des expériences atomiques américaines, anglaises, puis françaises. Il s’en est suivi, dans cette région du monde, un mouvement d’opposition viscérale à tout ce qui a trait au nucléaire. Malgré cela, le Pacifique sud n’échappe pas au phénomène mondial du retour en grâce de l’atome. Dans les années 1980, la Nouvelle-Zélande alla jusqu’à interdire ses ports aux bâtiments à propulsion atomique, provoquant ainsi une rupture de ses relations militaires avec les États-Unis dont les conséquences furent dramatiques pour le système de défense kiwi. L’Australie n’était pas en reste. La virulence antinucléaire de ses médias, notamment à l’égard de la France, n’avait rien à envier aux gesticulations parfois hystériques de leurs homologues néo-zélandais, fidjiens, papous ou autres. Cet état d’esprit s’exprimait dans un climat de grande hypocrisie puisque, depuis la fin des années 1970, l’Australie était devenue l’un des principaux fournisseurs mondiaux d’uranium, matière première indispensable à la production d’énergie nucléaire, civile ou militaire, dont elle tirait de confortables revenus. Le traité de Rarotonga (signé dans la capitale des îles Cook, en 1985, par treize pays) visait à faire du Pacifique sud une zone dénucléarisée, comme l’étaient déjà l’Amérique latine et l’Antarctique. Il ne le fut réellement qu’en 1996, quand la France ajouta finalement sa signature à ce traité après l’arrêt définitif de ses essais en Polynésie française.

Un choix inévitable pour l’Australie Néanmoins, à partir du début des années 1990, une nouvelle tendance apparaît. On prend peu à peu conscience de la précarité des ressources pétrolières mondiales et des graves périls écologiques liés à l’effet de serre et au réchauffement du climat. Dès 1991, alors que les bombes atomiques françaises continuent d’être testées à Moruroa et Fangataufa, le prince héritier de Tonga (le seul pays insulaire océanien à ne pas avoir signé le traité de Rarotonga) fait scandale en déclarant ouvertement qu’il souhaiterait installer une centrale nucléaire dans le royaume pour garantir son indépendance énergétique, estimant cette énergie particulièrement bien adaptée aux


besoins de son pays. « C'est propre et bon marché, explique-t-il. Il n'y a aucun souci à se faire en ce qui concerne les déchets radioactifs qui seraient réexportés et recyclés dans d'autres réacteurs. La crainte d'une atteinte à l'environnement par une telle centrale n'a aucun fondement si ce n'est l'ignorance ». La même année, le président du Parti national au pouvoir en Nouvelle-Zélande exprime des idées similaires, considérant que son pays devra inéluctablement se tourner vers le nucléaire pour satisfaire ses besoins sans cesse croissants en énergie. Quinze ans plus tard, ce mouvement a pris de l’ampleur. Dans un récent rapport du gouvernement australien, on peut lire que l’Australie aurait le plus grand intérêt à ne plus exporter son uranium, mais plutôt à l’utiliser elle-même pour alimenter sa propre industrie nucléaire, limitant ainsi ses émissions de gaz à effet de serre. Au mois de mai dernier, le Premier ministre, John Howard, surprenait tout le monde en déclarant publiquement que l’énergie nucléaire était « un choix inévitable » pour l’Australie. Cette vague d’opinion favorable à l’énergie nucléaire pour lutter contre les changements climatiques, submerge de nombreuses régions du monde. Mais, elle provoque en même temps de nouvelles inquiétudes. On craint surtout la prolifération des bombes si les éléments nécessaires à leur fabrication deviennent plus largement et facilement disponibles. Parmi les pays développés, l’Australie est un cas particulier en matière de ressources énergétiques. Elle possède 38 % des réserves mondiales d’uranium, mais elle produit son électricité à partir du charbon (80 %) et du gaz. Une étude officielle publiée en 2006, a montré que ce pays pourrait quadrupler ses revenus s’il exportait de l’uranium enrichi plutôt que l’oxyde d’uranium qu’il vend principalement aux ÉtatsUnis, à la France et au Japon. La même étude recommandait la création d’une industrie nucléaire civile, avec la mise en service d’un premier réacteur vers 2020 et le lancement d’un programme de construction de 25 autres à l’horizon 2050. Un tel réseau serait capable de fournir le tiers des besoins nationaux en électricité et de réduire les émissions de gaz à effet de serre de près de 20 %. Cette étude a profondément divisé les Australiens. Leur Premier ministre a admis que l’électricité d’origine nucléaire leur coûterait 50 % plus cher que l’électricité produite en brûlant du charbon. John Howard précisait que cette nouvelle source d’énergie ne pourrait être compétitive que sous réserve de prendre en compte les coûts réels induits par les émissions de gaz à effet de serre des centrales thermiques, c’est-à-dire à condition de taxer ces émissions, une mesure qu’il a pour l’instant rejetée.


Renaissance nucléaire Dans le monde, de nombreux pays construisent des centrales nucléaires, ou projettent de le faire. À tel point que les observateurs spécialisés évoquent un phénomène de « renaissance nucléaire ». Des réacteurs sont actuellement en construction dans treize pays. Dans d’autres, comme les États-Unis et le Royaume uni, les autorités préparent le terrain pour faciliter le lancement de nouveaux projets. Certains États européens traînent des pieds pour dénucléariser, comme ils l’avait promis vers la fin des années 1990 sous la pression des lobbies écologistes. L’énergie nucléaire avait fait l’objet d’un profond rejet dans l’opinion mondiale après l’accident de Three Mile Island (Etats-Unis) en 1979 et surtout celui de Tchernobyl (Union soviétique) en 1986. Le débat actuel porte sur la sécurité et le coût des centrales nucléaires, la protection de l’environnement et sur la garantie des approvisionnements extérieurs en matériaux fissiles. Les spécialistes affirment que les centrales modernes sont plus sûres. Les cahiers des charges et les contrôles sont aussi beaucoup plus stricts. Les autorités finlandaises, par exemple, ont exigé d’Areva, une entreprise française chargée de construire un réacteur en Finlande, qu’il soit capable de résister à un crash d’avion. On assiste également à l’émergence d’un consensus international à propos du stockage souterrain comme étant le meilleur moyen de disposer des déchets. D’un point de vue économique, on estime généralement que l’énergie nucléaire produit l’électricité la moins chère (à l’exception du charbon quand il est abondant et facilement exploitable comme c’est le cas en Australie). En réalité, le coût des centrales est souvent lourdement grevé par des imprévus (retards dans la construction, dépassements de budget, pannes…). C'est justement le cas en Finlande, où le premier exemplaire de réacteur nouvelle génération EPR (European Pressurized Reactor) construit par Areva a déjà pris dix-huit mois de retard dont le coût est estimé à près de 700 millions d'euros. La France est le pays le mieux équipé du monde en réacteurs nucléaires qui produisent environ 80 % de son électricité. Patrick Schlouch Punaauia, le 2 janvier 2006 © Tous droits réservés


2 % DES ETRES HUMAINS POSSÈDENT 50 % DE LA RICHESSE MONDIALE Qu’est-ce que la richesse ? Le concept est différent de celui de revenu. Celui-ci se définit comme le flux d’argent qu’un individu ou un ménage perçoivent chaque année. La richesse est l’ensemble des possessions accumulées, moins les dettes. Qui est riche ? Êtes-vous riche ? La notion de richesse est absolument relative. Ne sommes-nous pas toujours le riche de quelqu’un, et le pauvre d’un autre ? L’évaluation de la richesse des personnes et des ménages est beaucoup plus ardue que la comptabilité de leurs revenus. À tel point que cette évaluation n’avait pratiquement jamais fait l’objet d’études. Le rapport que vient de publier le World Institute for Development Economics Research (WIDER), un établissement spécialisé dans la recherche sur le développement économique dont le siège est à Helsinki (Finlande), cherche à combler cette lacune. L’ambition du WIDER était de mesurer la répartition des richesses personnelles (argent, biens immobiliers, biens mobiliers durables, bétail, etc.) dans le monde aux alentours de l’an 2000. Handicapés par un cruel manque de données, les chercheurs ont largement usé de l’extrapolation. Néanmoins, leur rapport nous livre quelques éléments intéressants, susceptibles de nous aider à mieux nous situer sur la longue lignée de la richesse ou de la misère humaines. Si vous lisez cette chronique sur votre ordinateur, cela signifie déjà que vous faites, au minimum, partie de la moitié la plus riche de l’humanité. Vous comptez, probablement, parmi les 20 %, ou même moins, des êtres humains les plus privilégiés. Le rapport du WIDER nous apprend en effet que 50 % des êtres humains (soit plus de 3 milliards d’individus), les plus pauvres, possèdent chacun, en moyenne, moins de 2 160 dollars US (1 660 euros). À l’autre bout de la chaîne, pour compter parmi le 1 % le plus riche de l’humanité (soit environ 37 millions d’adultes), il faut avoir la chance de posséder au moins l’équivalent de 515 000 dollars (395 778 euros). Plus de la moitié de la richesse mondiale est détenue par seulement 2 % des êtres humains adultes. Cette répartition équivaut à une société dans laquelle une personne sur dix posséderait 1 000 euros et chacune des neuf autres, seulement 1 euro.


De nombreuses personnes vivant dans les pays pauvres ne possèdent presque rien. Mais, il est paradoxal de noter que pas mal de gens dans les pays riches possèdent encore moins : leurs dettes sont supérieures à leurs actifs. Par exemple, la valeur de la richesse collective de la moitié la plus pauvre des Suédois est négative. Patrick Schlouch Punaauia, le 5 janvier 2006 Richesse minimum nécessaire pour faire partie des : 50 % plus riches 40 % 30 % 20 % 10 % 5% 1%

2 161 $ 3 517 $ 6 318 $ 14 169 $ 61 041 $ 150 145 $ 514 512 $

Source : World Institute for Development Economics Research

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REINS À VENDRE ? Au fur et à mesure que les populations des pays riches vieillissent et engraissent, les insuffisances rénales se multiplient et les files d’attente s’allongent pour obtenir une greffe de rein. Aux Etats-Unis, le nombre de patients augmente de 7 % par an et plus de quatre mille personnes sont mortes en 2005 faute d’avoir trouvé un donneur. Cette situation incite les médecins à transplanter des reins plus vieux ou en moins bon état, tandis que les malades désespérés se tournent de plus en plus vers un trafic international en plein essor, mais dangereux et souvent sordide. La plupart des États interdisent le commerce des organes humains. Les insuffisants rénaux ayant besoin d’une greffe dépendent largement, pour leur survie, de la compassion et de la générosité de proches qui acceptent de sacrifier un de leurs reins de leur vivant, ou de personnes décédées ayant préalablement autorisé le prélèvement de leurs organes. Dans quelques pays (Espagne, Belgique, Autriche et Singapour), cette autorisation est désormais présumée, mais l’offre de reins y reste malgré tout très insuffisante. Les patients qui en ont les moyens n’hésitent plus à acheter illégalement l’organe tant convoité à des personnes pauvres, prêtes à vendre un de leurs reins contre espèces sonnantes et trébuchantes. Malheureusement, les conditions de ce trafic sont déplorables. Les vendeurs de reins ne bénéficient d’aucun suivi médical après une opération généralement bâclée, les acheteurs contractent souvent des maladies graves comme le sida ou l’hépatite. Le cas iranien Étrangement, l’Iran ignore ces difficultés sanitaires, le commerce des reins y est légal. L’Association iranienne des insuffisants rénaux (AIIR), reconnue par l’État, contrôle et supervise les transactions. Les donneurs perçoivent entre 2 000 et 4 000 dollars (1 540 à 3 080 euros) et il n’y a plus de liste d’attente. Officiellement, l’AIIR affirme que la vente de reins est exceptionnelle et que les autorités religieuses encouragent les transplantations volontaires gratuites. Elle ajoute que l’effroyable insécurité routière qui frappe l’Iran fournit chaque année plus de 27 000 cadavres, jeunes pour la plupart, sur lesquels prélever les organes voulus. Pourtant, l’AIIR verse systématiquement 1 200 dollars (920 euros) à chaque donneur de rein. Et il est notoire que, dans la pratique, le commerce « de gré à gré » est largement répandu. Il s’agit pour le vendeur d’obtenir, directement du patient, un supplément par rapport à la prime de l’AIIR, supplément dont le montant est fixé par les lois du marché, de l’offre et de la demande.


Il suffit de placer une petite annonce dans le journal local pour rechercher un rein. Un donneur (ou plutôt un vendeur) se présente généralement dans les jours qui suivent. Les dangers du marché noir On peut être choqué à l’idée d’un tel commerce. Il existe pourtant déjà bel et bien un marché international légal des organes des personnes décédées sur lequel des sociétés font des profits confortables, mais les individus en sont exclus. Quoi qu’il en soit, l’Iran a résolu un grave problème de santé publique auquel les pays développés et riches sont toujours plus cruellement confrontés. Aux Etats-Unis, le délai d’attente pour une transplantation rénale est actuellement de cinq ans. Il était inférieur à un an dans les années 1980. Pour les médecins, la pénurie de donneurs est d’autant plus frustrante que le rein est l’organe que l’on transplante le mieux. S’il bénéficie d’un suivi médical correct, le donneur ne sacrifiera pratiquement rien de son espérance de vie. La greffe est aussi bénéfique d’un point de vue économique. Le coût d’une transplantation et de son suivi médical perpétuel équivaut à celui de trois ans de dialyse. La durée de vie moyenne d’un rein donné par une personne vivante est de vingt-deux ans, et de quatorze ans quand il a été prélevé sur un cadavre. Le marché noir qui se développe rapidement partout dans le monde a des effets pervers dramatiques. Les riches patients, qui se précipitent en Afrique ou en Asie pour acheter le rein qui leur sauvera la vie, en reviennent souvent atteints de maladies incurables ou transplantés de greffons incompatibles avec leur propre organisme. Dans une récente affaire de trafic qui fait les gros titres de la presse en Afrique du Sud, des Brésiliens pauvres ont été transportés à Durban (Afrique du Sud) où ils ont vendu leurs reins à des clients payants, des Israéliens pour la plupart. Un homme d’affaires israélien avait organisé cette opération de grande envergure : la transplantation illégale d’au moins cent reins. Des médecins sud-africains ont été mis en examen pour fraude et commerce illégal de corps humains. Leur procès est en cours. Le cerveau de ce trafic s’est réfugié en Allemagne. Les vendeurs brésiliens avaient été recrutés dans les favellas. On leur avait promis de l’argent et un suivi médical sérieux. Les spécialistes font observer que, tant qu’il y aura des patients déterminés à se procurer un rein à tout prix et des êtres humains assez désespérés pour vendre un des leurs, il sera impossible d’empêcher tout commerce. Il serait plus avisé, selon eux, de le réglementer que de le confiner dans la clandestinité.


LE BHOUTAN, UN EXEMPLE POUR LE MONDE ? « Nous vivons des jours heureux. C’est vraiment super d’être bhoutanais ! ». Ainsi concluait l’éditorialiste de Kuensel, le principal média bhoutanais, pour commenter, le 21 décembre dernier, la transmission de la couronne au prince héritier, Sa Majesté Jigmé Khesar Namgyel Wangchuck, devenu roi du Bhoutan quelques jours plus tôt par la volonté de son père. Au-delà de l’enthousiasme de circonstance attendu d’un organe de presse officiel, on sent dans cette phrase un réel sentiment de fierté et de bonheur. Pour qui connaît, même un tout petit peu, le Bhoutan, il ne fait aucun doute que cette opinion soit partagée par l’immense majorité des Bhoutanais qui vouent une adoration à leur monarque et à sa famille. Que se passe-t-il dans ce minuscule royaume de l’Himalaya, blotti au cœur de l’immense continent asiatique, un peu comme la glande pinéale est cachée au centre de notre cerveau ? Nous avons certainement beaucoup à apprendre de ce petit peuple oublié pendant des siècles, mais dont la profonde sagesse est avec bonheur en passe d’imprégner l’Humanité, bien qu’à dose homéopathique. Il faudra beaucoup de cette sagesse à la société bhoutanaise, et de courage aussi, pour encaisser sans trop de souffrance ni de dégâts les chocs violents qui lui sont assénés à un rythme de plus en plus soutenu. À grandes enjambées, le Bhoutan progresse vers la modernité et accélère la cadence. Petit pays pétri de bouddhisme tibétain, totalement isolé pendant des siècles, le Bhoutan s’ouvre au monde. Il n’avait pas le choix. La mondialisation n’épargne aucune région, même la plus reculée. Elle produit ses effets partout, les bons comme les plus constestés. Sa Majesté Jigmé Singyé Wangchuck, 51 ans, quatrième roi du Bhoutan, a parfaitement observé cette situation. Il a compris qu’il fallait s’y adapter, en tirant le meilleur profit de ses aspects positifs, tout en sauvant l’essentiel. En 1998, il a spontanément renoncé à son pouvoir absolu au profit de son peuple. Il a décidé de doter le Bhoutan d’une Constitution. Il a annoncé que le pays allait devoir se moderniser et s’ouvrir encore davantage, mais dans le respect des valeurs culturelles et religieuses traditionnelles. Les Bhoutanais ont été profondément bouleversés. Ce peuple est extrêmement attaché à son roi et à son mode de vie ancestral. Le Bhoutan est le seul pays au monde, dont le bouddhisme Vajrayana soit la religion officielle. Mais, c’est aussi un peuple jeune, curieux du monde qui l’entoure, impatient de le découvrir et surtout d’échanger.


Le 15 décembre 2006, le roi a finalement abdiqué en faveur de son fils, Sa Majesté Jigmé Khesar Namgyel Wangchuck, 27 ans, cinquième roi du Bhoutan. La Constitution entrera en vigueur en 2008. La transition de la monarchie absolue à la monarchie constitutionnelle aura duré dix ans. Le Bonheur National Brut Dans les années 1990, Sa Majesté Jigmé Singyé Wangchuck s’était fait remarquer grâce à une formule devenue célèbre. Ce roitelet, sorti de nulle part, avait un jour réveillé l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, en affirmant haut et fort que le Bonheur National Brut (BNB) était plus important que le Produit National Brut (PNB). Il rappelait simplement que la quête du bonheur dépasse la seule poursuite des richesses matérielles. Habile « petite phrase », expression à l’usage des médias, on a souri. Pourtant, le concept de BNB ne se résume pas à un gadget diplomatique. C’est un vrai principe de gouvernement auquel on s’intéresse de plus en plus, un peu partout dans le monde. Il est en tout cas très sérieusement considéré au Bhoutan où un membre du gouvernement est officiellement chargé du BNB. Le Centre des Hautes Études Bhoutanaises, un institut de recherche, a établi une liste (non exhaustive) de neuf indicateurs destinés à mesurer le BNB d’un pays ou d’une population. Il s’agit de : -

la qualité de la vie (mais comment la mesurer ?) ;

-

l’état de santé des populations ;

-

leur niveau d’éducation ;

-

la vitalité de l’écosystème et sa diversité ;

-

la richesse et le dynamisme culturels ;

-

l’équilibre dans l’utilisation du temps ;

-

une bonne gouvernance ;

-

une vie sociale riche et animée ;

-

et le bien-être émotionnel (là encore, quelle est l’unité de mesure ?).

Un vrai monarque Sa Majesté Jigme Khesar Namgyel Wangchuck est donc le nouveau Druk Gyalpo (roi du Bhoutan), cinquième de la dynastie des Wangchuck qui règne depuis un siècle. Il a prononcé son premier discours devant la nation le 17 décembre, deux jours seulement après avoir reçu de son père la responsabilité du pouvoir. Une ère s’achève pour le Bhoutan. Mais, c’est surtout un nouveau chapitre historique qui s’ouvre sous les meilleurs auspices parce qu’il a été très bien préparé. La clarté


profonde des idées exprimées par le jeune souverain a rassuré les élites et le peuple qui l’ont reconnu comme un vrai monarque, digne de sa prestigieuse lignée. Il personnifie désormais l’avenir du royaume. Les Bhoutanais sont confiants mais ils pressentent que son règne connaîtra des turbulences et que le jeune monarque devra faire face à des difficultés sans commune mesure avec celles de ses prédécesseurs sur le trône. « La route vers le Bonheur National Brut sera jonchée d’obstacles, prévenait Kuensel. Le Druk Gyalpo, le gouvernement et le peuple devront franchir de nombreuses épreuves. La mondialisation est une force qui doit être maîtrisée. (…) L’équilibre entre les vieilles traditions et les nouvelles tendances est plus fragile que jamais. » Coca Cola boit le bouillon La réalité souvent cruelle de cette mondialisation s’est manifestée plus vite et plus brutalement que prévu. La société Bhutan Beverages Company Limited (BBCL), distributeur de Coca Cola au Bhoutan, vient de déposer son bilan. Elle avait été créée il y a moins de cinq ans, en juin 2002. Sa faillite ruine près de 5 000 petits actionnaires naïfs qui avaient investi leurs économies dans le prestige et la sécurité d’une marque symbolisant pour eux le capitalisme triomphant. Le choc est rude pour les Bhoutanais qui découvrent à leurs dépens les risques des placements financiers et de la jungle du business international. Si le géant Coca Cola a pu s’effondrer aussi facilement, qu’en sera-t-il d’enseignes et d’entreprises moins célèbres ? La jeunesse en première ligne Le Bhoutan attend beaucoup de sa jeunesse. Elle devra trouver des solutions inventives aux nouveaux problèmes qui le menacent. Mais, cette jeunesse doit d’abord apprendre à connaître son propre pays, ses traditions, ses modes de vie et son patrimoine uniques. Tout cela constitue en effet les meilleurs atouts pour le développement social, économique et culturel du royaume. Le Bhoutan a la chance de bénéficier d’une image très positive, à tous les points de vue, écologique en particulier. Le prestige croissant du bouddhisme tibétain dans le monde entier (y compris en Chine communiste) est aussi un élément décisif. Un nombre grandissant d’adeptes recherche des maîtres et des instructeurs dans des domaines où les Bhoutanais sont spécialistes. Ils sont donc nombreux à parcourir la planète pour diffuser la précieuse doctrine du Véhicule de Diamant. Les plus illustres universités, les écoles les plus renommées les réclament. On aimerait surtout savoir de quelle manière le bouddhisme pourrait contribuer au progrès d’un monde en paix.


Les Bhoutanais s’enrichissent eux-mêmes d’une connaissance et d’une expérience bien utiles à leur retour dans leur pays. Ils reviennent aussi souvent avec de l’argent, des soutiens financiers pour des activités religieuses ou sociales et pour des opérations de préservation culturelle ou écologique. L’influence bhoutanaise, nourrie de compassion, de sagesse et de non-violence, s’exerce progressivement dans tous les milieux des sociétés modernes. Un contrepoids bienvenu aux excès d’autres mouvements prétendument spirituels. Et, peut-être, un exemple pour tous les peuples cruellement tiraillés entre tradition et modernité. Patrick Schlouch Punaauia, le 13 janvier 2006

Le chantre du Bonheur National Brut Sa Majesté Jigme Singye Wangchuck, quatrième roi du Bhoutan, est né le 11 novembre 1955. Il a accédé au trône en 1972, à l'âge de 17 ans, après la mort de son père, Jigme Dorji Wangchuck. Il a été couronné le 2 juin 1974 lors d'une cérémonie à laquelle des dignitaires étrangers avaient été invités, marquant ainsi la fin d'une longue période d'isolement du pays. Il a été éduqué au Bhoutan et en Angleterre. Jigme Singye Wangchuck a poursuivi la politique de son père en faveur d’un équilibre entre modernisation et préservation de la culture traditionnelle. En 1988, il a instauré le Driglam Namzha (Etiquette et Bonnes manières) qui impose à tous les citoyens de porter le vêtement traditionnel en public et l'apprentissage du dzongkha (la langue nationale) dans les écoles. En 1998, il a spontanément renoncé à son pouvoir absolu et annoncé l’avènement d’une monarchie constitutionnelle. En 2003, il a organisé la première campagne militaire bhoutanaise depuis plus d'un siècle pour expulser les séparatistes de l’Assam qui utilisaient le territoire bhoutanais pour lancer des raids contre leurs cibles en Inde. Des campagnes ont également été menées contre des séparatistes népalais dans le Sud du pays. Le roi adopte un style de vie simple, préférant travailler dans une petite cabane en bois hors de Thimphu (pron. Tim’pou) la capitale, plutôt que dans le dzong (palais – forteresse) officiel. Mari de quatre princesses ravissantes, quatre sœurs, Jigme Singye Wangchuck a dix enfants (cinq fils et cinq filles) dont son fils aîné, le prince Dasho Jigme Khesar Namgyel Wangchuck, en faveur de qui il vient d’abdiquer le 15 décembre 2006.


Le cinquième roi du Bhoutan n’a que 27 ans Sa Majesté Jigme Khesar Namgyel Wangchuck, né le 21 février 1980, nouveau Druk Gyalpo, roi du Bhoutan, est le cinquième de la dynastie Wangchuck. Il est le fils aîné du précédent roi, Sa Majesté Jigme Singye Wangchuck, et de sa troisième épouse, Son Altesse Royale la princesse Ashi Tshering Yangdon (née le 29 décembre 1957). Il a une sœur et un frère ainsi que quatre demi-sœurs et trois demifrères nés des trois autres épouses de son père. Il n'est pas marié. Après avoir reçu une formation de base au Bhoutan, le jeune roi est parti étudier aux États-Unis, puis à Oxford (Angleterre) où il a obtenu un diplôme en relations internationales et en science politique.

Le Bhoutan en bref •

Royaume de 47 000 km2 situé dans l’Himalaya entre la Chine au Nord et l’Inde au Sud.

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Religion officielle : le bouddhisme tibétain Vajrayana

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Population : la CIA (Central Intelligence Agency) l’estime à 2,3 millions en 2006. Pourtant, le gouvernement ne recense officiellement que 810 000 Bhoutanais. Ceci provient du fait qu’une grande partie de la population vivant au Bhoutan est constituée de réfugiés népalais fuyant leur pays pour des raisons principalement politiques (dictature et guérilla maoïste).

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PNB par habitant évalué à seulement 1 500 dollars en 2007 (p.m. France 37 000, Polynésie française 20 000), mais en progression solide et constante depuis dix ans (+160 %).

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Économie : fondée sur l'agriculture (laquelle occupe 90 % de la population), l'exploitation forestière, et la vente à l'Inde d'électricité d'origine hydraulique. Le tourisme se développe rapidement.

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BNB (Bonheur National Brut) : Nettement au-dessus de la moyenne mondiale.

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Le nouveau roi du Bhoutan

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Son père, avec ses quatre épouses


LA PRODUCTION D’OPIUM EN PLEIN BOOM EN AFGHANISTAN Les Talibans étaient parvenus à réduire la culture du pavot en Afghanistan au point de la faire pratiquement disparaître. Un tout récent rapport commandé par la Banque mondiale et le Bureau des Nations unies sur les Drogues et la Prévention du Crime montre à quel point la production d’opium s’est développée à partir de 2001, après que les Talibans ont été chassés du pouvoir par l’intervention armée d’une coalition internationale dont la France fait partie avec environ 2 000 soldats. Ce rapport révèle que l’Afghanistan a produit plus de 6 000 tonnes d’opium en 2006. Il estime que le trafic d’héroïne compromet désormais la reconstruction de l’État. La lutte contre la production d’opium en Afghanistan est minée par la corruption. Les efforts entrepris par les autorités afghanes et les forces internationales n’ont pas réussi à empêcher la concentration du trafic entre les mains d’acteurs moins nombreux que par le passé et bénéficiant de puissants soutiens politiques. Les pressions effectuées sur les paysans pour qu’ils renoncent à la culture du pavot au profit d’autres récoltes sont le plus souvent inefficaces dans des régions isolées, privées de ressources, éloignées des marchés. Les campagnes d’arrachage dans les champs de pavot et les renonciations volontaires à cette culture ne concernent que les petits exploitants pauvres, privés de soutiens politiques, incapables de verser des bakchichs ni de se protéger. L’extrême corruption permet en revanche aux plus gros trafiquants d’échapper aux arrachages grâce à des pots-de-vin. Quand les autorités obtiennent un succès dans une région, c’est pour s’apercevoir aussitôt que le trafic s’est déplacé ailleurs, ou qu’il reprend au même endroit l’année suivante. Production annuelle d’opium en Afghanistan (en milliers de tonnes)

Source : ONU


Les plus récentes statistiques des Nations unies sont décourageantes pour les services antidrogue. En 2006, la culture du pavot a augmenté de 59 % et la production d’opium de 49 %. L’Afghanistan fournit à présent plus de 92 % de l’opium mondial. Le pavot occupe moins de 4 % des terres cultivables et emploie seulement 13 % de la population, mais l’opium compte tout de même pour 27 % du PIB (Produit Intérieur Brut) afghan (trafic de drogue illégales inclus). Le rapport de la Banque mondiale et de l’Onu conclut en reconnaissant que la réduction de la production d’opium en Afghanistan prendra des décennies à condition de surcroît de parvenir à réduire parallèlement la demande dans les pays riches. C’est pas gagné ! Certains suggèrent tout simplement de payer les paysans afghans pour qu’ils cessent de cultiver le pavot, estimant cette solution économique en comparaison du coût social des méfaits de l’héroïne. En attendant, pendant que les stocks d’opium illégal s’entassent en Afghanistan, le monde souffre. Les organisations humanitaires ont le plus grand mal à se procurer de la morphine (dérivée de l’opium) à laquelle, selon les statistiques de l’Onu, 80 % de la population mondiale n’ont pas accès. Patrick Schlouch Punaauia, le 17 janvier 2007

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LE GRAND MARCHÉ AUX BÉBÉS Plus de trois millions d’êtres humains actuellement en vie sont nés d’une fécondation in vitro (FIV). Cette technique avait été conçue au départ comme une solution aux problèmes de stérilité des couples hétérosexuels. Mais, la demande explose dans d’autres catégories de la population, comme les célibataires ou les homosexuels. On a de plus en plus besoin de sperme, d’ovules, et parfois de ventres, sans oublier les services cliniques indispensables. Tout ce qui touche à la Nature et à la vie humaine est socialement sensible. Les États ont donc tendance à réglementer strictement les activités qui s’y rapportent. Mais la morale n’est pas la même partout et la réglementation varie. Des candidates à la FIV avisées choisiront par conséquent de se procurer les éléments dont elles ont besoin dans différentes parties du monde : du sperme au Danemark, un ovule en Roumanie, une mère porteuse en Californie. Certaines changent même de pays en plein traitement. Elles commencent par exemple en France avant de se rendre en Russie, en Espagne ou aux États-Unis à un moment crucial du processus. Spermafrost Des femmes originaires de toute l’Europe affluent au Danemark pour trouver du sperme parce que le don y est bien organisé, totalement anonyme et que la sécurité sanitaire des échantillons y est garantie. À l’époque du sida et de l’hépatite, le sperme doit être particulièrement contrôlé. Désormais congelé sous forme de paillettes, il est possible de le conserver et de le dépister six mois après le don, pour une sécurité maximale. L’anonymat permet d’éviter qu’un donneur ne puisse faire valoir des droits paternels ou, au contraire, qu’il soit contraint d’assumer des responsabilités parentales non souhaitées. Cryos, une banque du sperme danoise, est certainement le plus gros fournisseur mondial de sperme. Elle approvisionne des cliniques dans plus de 50 pays, dispose de plus de 200 donneurs réguliers et distribue plus de 10 000 échantillons par an pour un millier de grossesses réussies. Cryos ne peut pas exporter ses échantillons dans les pays où le don anonyme est illégal, comme la Suède, la Norvège, les PaysBas, le Royaume uni, la Suisse ou l’Australie. Elle ne peut pas non plus exporter en Italie où le don de sperme est interdit. Les patientes de ces pays se déplacent au Danemark pour procéder à leur insémination. Les banques du sperme américaines publient leurs catalogues et leurs tarifs sur Internet. Une des plus connues est Cryobank en Californie. Ses donneurs perçoivent


75 dollars (58 euros) par échantillon qu’elle revendra entre 250 et 400 dollars (195 à 310 euros) à ses clientes. Les informations de base sur un donneur (taille, poids, couleur de peau, activité professionnelle) sont gratuites, mais il faut payer pour en savoir plus. Une description du visage coûte 12 dollars ; un enregistrement de la voix 25 dollars. Pour 65 dollars, on peut acheter un dossier contenant une photo du donneur quand il était lui-même bébé, un enregistrement audio, un profil personnel détaillé, un profil psychologique et l’avis du personnel médical. La cliente peut se faire aider dans son choix par un consultant au tarif de 80 dollars la demi-heure. Pour quelques milliers de dollars, elle pourra même faire stocker des échantillons du même donneur et les réserver pour de futures inséminations. La banque reprend les échantillons non utilisés à moitié prix. Précieux ovule Donner des ovules est beaucoup plus compliqué que donner du sperme. Les donneuses doivent d’abord suivre un traitement destiné à stimuler l’ovulation pendant environ deux semaines et subir tout de même une légère opération pour le prélèvement des ovules. Résultat, là où il est illégal de rémunérer les donneuses, les ovules sont rares, et là où c’est légal, ils sont chers. En Espagne, la rétribution du don d’ovule est autorisée. Cela coûte environ 1 200 euros. Les cliniques espagnoles passent des accords avec leurs homologues européennes qui leur envoient leurs patientes pour l’implantation des ovules. En principe, il est interdit de rétribuer le don d’ovule aux Etats-Unis. En revanche, on peut très bien offrir une compensation à la donneuse pour le temps passé et les efforts fournis. Cette compensation peut-être très élevée. Certaines donneuses font appel à des agents spécialisés et peuvent recevoir 4 500 à 7 000 euros. D’autres répondent directement à des annonces, fréquentes dans les campus universitaires notamment, offrant jusqu’à 80 000 euros. Dans certains journaux, on peut trouver des petites annonces classées sous la rubrique « Don d’ovule ». Des cliniques américaines s’approvisionnent en ovules dans des pays plus pauvres, en Europe de l’Est par exemple. Le sperme est alors congelé en Amérique, puis expédié en Roumanie ou en Russie où les ovules sont fécondés. Les embryons qui en résultent sont à leur tour congelés et renvoyés en Amérique où ils seront implantés dans l’utérus de la mère porteuse. Ventres à louer La Californie est devenue un eldorado pour les femmes en quête de matrices à louer. Le Sunny State reçoit des femmes du monde entier venues jusque là pour signer des contrats de gestation avec des mères porteuses. La législation de cet État de l’Ouest


américain garantit en effet que la femme qui a « commandé » la gestation est bien la véritable mère de l’enfant. Une femme dont les ovaires fonctionnent, mais dont l’utérus est endommagé ou même absent, peut très bien produire par FIV des embryons qui seront génétiquement les siens. Dans le cas où elle serait incapable de produire elle-même des ovules, elle pourrait utiliser ceux d’une donneuse distincte de la mère porteuse, réduisant ainsi le risque de voir celle-ci vouloir garder l’enfant à sa naissance. Malgré toutes les précautions que l'on puisse prendre, les relations entre des parents potentiels et une mère porteuse seront inévitablement compliquées. Une gestation dure bien plus longtemps que les quelques semaines nécessaires à un don d’ovule, ou les quelques minutes d’un don de sperme. Les parents ont tendance à vouloir contrôler le comportement de la mère porteuse. En outre, dans la plupart des pays, la loi présume que la mère de l'enfant est celle qui l'a porté, quels que soient le matériel génétique et la méthode de conception utilisés. Il est donc conseillé de recruter une mère porteuse dans un des quelques pays où cette pratique est légale. Toutefois, dans certains de ces pays, il est interdit de rétribuer les mères porteuses, ce qui réduit fortement l’offre. La Californie est, depuis longtemps, une destination populaire pour les femmes stériles à la recherche d’une mère porteuse. La législation y accorde des droits étendus aux parents potentiels, qui peuvent s’adresser à des cabinets d’avocats spécialisés dans l’établissement de contrats de gestation. Mais l’Illinois, un autre État américain, pourrait bientôt les attirer davantage encore. Une loi de 2005 attribue en effet aux parents potentiels la garde de l’enfant avant même sa naissance. En tout état de cause, la gestation par mère porteuse, facturée environ 15 000 euros, demeure une méthode réservée aux privilégiés. Le processus complet de la mise au monde d’un enfant, incluant le don d’ovule, la gestation, les frais médicaux et légaux, les voyages et autres dépenses coûtera aux alentours de 80 000 euros. Dans le futur, les progrès de la science pourraient ralentir ceux de ce grand marché aux bébés. Quand on saura couramment les congeler, les jeunes femmes pourront faire conserver leurs propres ovules, de manière à pouvoir les utiliser plus tard, à leur convenance. Certaines femmes font appel à des mères porteuses parce qu'elles ont souffert de fausses couches à répétition, mais la science pourrait bientôt leur permettre de porter leurs enfants elles-mêmes. D’ici là, il y aura encore de nombreux parents potentiels prêts à payer des fortunes pour réaliser leur rêve et de beaux jours pour les donneurs de sperme ou d’ovules, les mères porteuses et les intermédiaires qui les aident à se rencontrer. Patrick Schlouch


À L’AUBE DE L’ÂGE DE L’HYDROGÈNE Oscar Temaru, quand il était président de la Polynésie française, affirmait pouvoir appuyer l’indépendance économique de son pays (256 000 habitants) sur trois piliers principaux : le nono (un fruit aux vertus médicinales certes appréciées dans le monde entier et notamment en Asie), la pêche hauturière et… l’hydrogène. Il faisait mine d’ignorer que les deux premiers secteurs d’activité cités traversaient alors une crise sérieuse, dont ils ne sont d’ailleurs toujours pas sortis. Quant à l’hydrogène, on ne voit pas vraiment où sont les gisements en Polynésie française. Il y a l’océan bien sûr, puisque l’hydrogène abonde dans l’eau, mais il est à tout le monde et gratuit. De toute manière, l’exploitation industrielle de l’hydrogène tient encore largement de la science-fiction. Si l’on en parle beaucoup, on semble encore loin de pouvoir en tirer des profits suffisants pour soutenir une économie nationale, si minuscule fût-elle. Et pourtant, un homme y croit dur comme fer, un Américain de 83 ans, Stanford Ovshinsky, qui affirme que l’Humanité est déjà entrée dans l’âge de l’hydrogène. Depuis quelques années, on a entendu tout et n’importe quoi au sujet de l’hydrogène et de sa capacité à succéder aux hydrocarbures comme première source d’énergie dans un proche avenir. Le président américain Georges Bush avait même annoncé que la pile à combustible à hydrogène allait bientôt supplanter le moteur classique des automobiles. Nous n’avons rien vu de tel. Au contraire, les constructeurs semblent avoir abandonné cette piste au profit d’autres, a priori plus réalistes, comme les systèmes hybrides. Un gaz du même métal Sur notre planète, quand il n’est pas associé à d’autres éléments chimiques, ce qui est rare, l’hydrogène se manifeste sous la forme d’un gaz, dont le nom exact est dihydrogène (symbole H2). On est donc surpris d’apprendre que c’est en réalité un métal. Dans les conditions voulues, c’est-à-dire sous de très hautes pressions et de très basses températures, il se présenterait sous la forme solide et cristalline d’un métal alcalin. L'hydrogène est partout dans l’univers. C’est le principal élément constituant du soleil et de la plupart des étoiles, dont l’énergie provient de la fusion thermonucléaire de l’hydrogène. L’eau est la source la plus abondante d'hydrogène sur notre planète, mais on en trouve aussi dans la plupart des matières organiques, le pétrole et le gaz naturel.


Trop dangereux et trop cher L’hydrogène est déjà largement utilisé dans l’industrie, chimique ou agro-alimentaire (dans des conditions très particulières), mais, quand on l'évoque aujourd’hui, c’est surtout à ses capacités comme vecteur d’énergie renouvelable et non polluante que l’on fait allusion. L’hydrogène est en effet un combustible « propre », sa combustion ne génère rien d’autre que de la vapeur d’eau. Malheureusement, on ne le trouve pratiquement jamais à l’état gazeux, il est donc nécessaire de le produire à partir d’un corps composé (eau, hydrocarbures, etc.). Bien naturellement, cela nécessite de l’énergie et coûte cher. L’hydrogène n’est donc pas une source d’énergie primaire, mais plutôt un moyen de stockage de l’énergie, comme dans une batterie. Il suscite beaucoup d’espoir car il pourrait apporter une réponse aux deux principaux défis du vingt-et-unième siècle : l’épuisement progressif des ressources en énergie non renouvelable et le réchauffement de la planète provoqué par l’émission de gaz à effet de serre. Toutefois la production, le stockage et le transport de l'hydrogène posent encore de nombreux problèmes techniques, du point de vue de la sécurité notamment (l’hydrogène est extrêmement inflammable), et leurs coûts sont démesurés. L’utilisation massive de l’hydrogène ne semble pas envisageable pour demain. Et pourtant, ils y croient En dépit de tous ces obstacles, quelques-uns y croient fermement. Outre Oscar Temaru, l’hydrogène a encore quelques fervents promoteurs. Claude Mandil, par exemple, le directeur exécutif de l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), prédit que l'hydrogène « jouera un rôle crucial dans l'économie mondiale », sans toutefois préciser dans quel délai. En revanche, Stanford Ovshinsky, un industriel américain de quatre-vingt-trois ans aux allures de Harpo Marx, fondateur de la société Energy Conversion Devices (ECD), est convaincu que nous sommes bel et bien déjà dans l’âge de l’hydrogène et que nos vies et celles de nos enfants en seront bientôt transformées. Ce monsieur, que certains médias vont jusqu’à comparer à Thomas Edison, le génial inventeur de l’électrification de masse et fondateur de la compagnie General Electric, estime que : « Les âges de l’Humanité ont toujours été classés en fonction des matériaux qu’elle dominait. On a connu l’âge de pierre, l’âge de bronze, l’âge du fer et, plus récemment, celui du silicone. Nous sommes maintenant à l’aube de l’âge de l’hydrogène. » Mais pourquoi, dans un contexte de scepticisme généralisé, prendre l'avis de M. Ovshinsky en considération ? D’abord, parce qu’il possède une longue expérience et qu’il est reconnu dans ses domaines de compétence. Il y a déjà un demi siècle qu’il a exposé publiquement sa


vision de ce qu’il appelle le « cycle de l’hydrogène » comme alternative crédible aux énergies fossiles. Ce cycle commence avec de l’eau, tout simplement, à partir de laquelle on obtient le précieux gaz par le truchement d’une électrolyse alimentée à l’énergie solaire. L’hydrogène pourra ensuite être retransformée en vapeur d’eau avec une production d’énergie. La seconde raison pour laquelle l’opinion de Stanford Ovshinsky au sujet de l’avenir énergétique de l’hydrogène ne doit pas être négligée, c’est que ses références écologistes sont irréprochables. Sa femme Iris, récemment disparue, et lui avaient fondé leur entreprise ECD en 1960 avec la motivation proclamée : « d’utiliser les progrès de la science pour résoudre les problèmes de la société ». Bien avant les chocs pétroliers des années 1970, ils prédisaient que la trop forte dépendance du monde vis-à-vis du pétrole aurait tôt ou tard des effets désastreux, des changements climatiques jusqu’à la guerre. Enfin, si l’on peut faire confiance à l’avis de M. Ovshinsky, c’est surtout parce qu’il a obtenu des succès considérables dans ses travaux, qu’il ne s’exprime pas à la légère et qu’il a toujours réalisé ce qu’il avait annoncé. Il est notamment l’inventeur de la batterie hybride utilisée partout pour alimenter les appareils électroniques ou les véhicules électriques. Un milliard de batteries de ce type sont vendues dans le monde chaque année. Il détient aussi des brevets en matière d’énergie solaire, de disques optiques enregistrables, de stockage de données et d’écrans plats. Ses clients sont des entreprises aussi prestigieuses qu’Intel, Samsung, General Electric, Chevron et bien d’autres. Amorphe mais pratique Ce que ces inventions apparemment disparates ont en commun, c’est qu’elles reposent toutes sur les découvertes de M. Ovshinsky dans le domaine des matériaux dits « amorphes » et baptisés « ovoniques » en son honneur. Ces matériaux peuvent servir pour la production d’électricité (dans les générateurs solaires ou les piles à combustible), le stockage de l’énergie (dans les batteries), l’informatique (mémoire sur disques ou puces) et pour la création de nouveaux matériaux aux propriétés inédites. Tout récemment, ECD a même réussi à « bricoler » une Toyota Prius hybride pour la faire rouler à l’hydrogène pur. Bien qu’il soit un autodidacte sans aucun diplôme, Stanford Ovshinsky sait s’entourer de spécialistes bardés de peaux d’âne et même de prix Nobel, comme Sir Neville Mott, de l’Université de Cambridge (Royaume uni), qui a été récompensé pour ses travaux sur les matériaux amorphes.


Une bonne illustration de la méthode et de l’état d’esprit Ovshinsky est sa nouvelle usine de panneaux solaires dans le Michigan. Il y a déjà quelques décennies, il affirmait que les cellules photovoltaïques ne devraient pas être fabriquées selon des techniques et avec des matériaux coûteux, mais « au kilomètre ». Personne n’y a cru. Il a pourtant demandé à son équipe d’étudier un procédé permettant de fabriquer des kilomètres de film solaire. On lui a d’abord répondu que c’était impossible, mais, aujourd’hui, l’usine fonctionne. Elle produit des bandes de film solaire, souples, autoadhésives, capables de produire de l’électricité même quand le ciel est couvert et pratiquement indestructibles. Les carnets de commande sont pleins et les bénéfices approchent les 30 %. « Les piliers de l’économie mondiale seront l’information et l’énergie », affirme Stanford Ovshinsky, qui n’en manque pas lui-même. Il annonce que, bientôt, ses nouvelles unités de production ne fabriqueront plus un mètre de film solaire à la minute, mais cent fois plus. Il est persuadé de pouvoir améliorer les performances des piles à combustible de manière radicale. Il pense parvenir à stocker l’hydrogène dans des volumes et des conditions de sécurité permettant la création d’un véritable réseau de distribution d’énergie renouvelable. Comme l’électricité grâce au génie d‘Edison avait propulsé l’Humanité vers des progrès inimaginables, l’hydrogène est certainement sur le point de nous ouvrir de nouveaux horizons infinis. Patrick Schlouch Punaauia, le 26 janvier 2007

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TRENTE-QUATRE MINUTES POUR MOURIR Un quart de siècle après son abolition en France, on reparle beaucoup de la peine de mort. La pendaison lamentable de Saddam Hussein a relancé le débat. En Chine, où elle est un instrument de terreur politique entre les mains du régime communiste, les exécutions se multiplient à l’approche des Jeux Olympiques de 2008. Un trafic d’organes parfaitement structuré s’est créé qui prolifère sur les quelque quatre mille cadavres disponibles chaque année. L’abolition de la peine de mort est une des conditions d’entrée dans l’Union européenne, mais la situation aux Etats-Unis, où elle existe encore dans trente-huit États sur cinquante, continue de faire polémique, notamment en raison des scandales liés aux exécutions manquées. La Floride, la Californie et le Maryland viennent d’établir un moratoire sur les exécutions par injection de produits toxiques à dose létale. Le 13 décembre 2006, Angel Diaz, condamné pour meurtre en Floride, fut la dernière victime d’une exécution ratée. Le médecin chargé de l’opération a procédé aux premières injections intraveineuses. Le condamné a grimacé, s’est tordu de douleur, essayant en vain de crier jusqu’à ce qu’une seconde série d’injections ne parvienne enfin à l’achever. Son supplice a tout de même duré trente-quatre minutes. Deux jours plus tard, Jed Bush, qui vivait son dernier mois comme gouverneur de Floride, décidait de suspendre toutes les exécutions capitales dans cet État. Il créait aussi une commission d’enquête chargée de vérifier si la méthode utilisée (l’injection de produits toxiques à dose mortelle) était bien conforme aux principes de la Constitution américaine. D’autres États envisagent de faire de même. Trente-sept des trente-huit États où la peine de mort est encore applicable utilisent les injections létales. C’est peut-être moins horrible que les méthodes précédentes et certainement moins inhumain que la chaise électrique, par exemple, qui a fait littéralement exploser les corps de plusieurs condamnés. Mais, la cruauté de la punition et les terribles dysfonctionnements qui s’y attachent commencent à faire sérieusement réfléchir les responsables. L’été dernier, les exécutions ont été suspendues dans le Missouri après qu’un médecin bourreau a reconnu qu’il était dyslexique et qu’il lui était arrivé de n’injecter que la moitié des doses requises. Le jour où la Floride a annoncé son moratoire sur les exécutions capitales, un tribunal californien jugeait que les injections létales constituaient un traitement « cruel et


inacceptable », qu’elles étaient donc contraires aux principes énoncés dans la Constitution américaine. Quelques jours après, la cour d’appel du Maryland adoptait aussi une mesure de suspension estimant que les instructions contenues dans le Manuel des Opérations d’Exécution auraient dû faire l’objet d’un débat public avant d’être officiellement adoptées. Ces moratoires restent fragiles, ils s’appuient sur des problèmes juridiques pouvant être assez facilement résolus. Le nouveau gouverneur de Floride, Charlie Crist, a annoncé qu’il ne déciderait rien avant le mois de mars, quand la commission d’enquête lui remettra son rapport. Mais, il n’est pas réputé pour sa magnanimité, au contraire. En outre, l’opinion publique reste largement favorable à la peine de mort. Un sondage Gallup réalisé en octobre 2006 révélait que deux Américains sur trois sont pour son maintien, une proportion stable depuis dix ans. La peine de mort existe encore dans trente-huit États américains sur cinquante, mais en réalité bien peu l’appliquent. Il y a eu cinquante-trois exécutions aux Etats-Unis en 2006, le plus faible nombre depuis dix ans. Près de la moitié s’y concentre au Texas. Seulement quatorze États ont effectivement procédé à des exécutions. Certains États appliquent la peine capitale si rarement qu’ils l’ont de facto abandonnée. Il n’y a pas eu d’exécution dans le New Jersey depuis 1963, par exemple. Le 2 janvier, un groupe d’élus a recommandé que cet État officialise la situation et abolisse la peine de mort pour de bon.

Patrick Schlouch Punaauia, le 3 février 2007

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LES RISQUES D’INVESTIR EN CHINE Intel, le numéro un mondial du processeur électronique, a investi un milliard de dollars au Vietnam en 2006, autant qu’en Chine au cours des dix années précédentes. Pour certains, la Chine ne serait déjà plus le meilleur endroit en Asie pour faire fabriquer un produit industriel. De nombreuses entreprises choisissent d’installer leurs nouvelles usines dans les pays voisins. Avec ses réserves inépuisables de main d’œuvre bon marché et ses capacités techniques, la Chine paraît pourtant insurpassable. Aujourd’hui, quand une usine ferme en Europe ou aux Etats-Unis, on pense généralement que c’est pour délocaliser ses activités en Chine. Il est vrai

que

la

part

des

exportations chinoises dans le commerce mondial a triplé entre 1993 et 2005, pour atteindre 7,3 %. Dans le même temps, tous les pays membres du G8 (les huit pays les plus riches de la planète) ont vu leurs parts diminuer, à l’exception de la Russie. La même chose pour la production industrielle. Celle de la Chine a doublé entre 1993 et 2003 tandis qu’elle a diminué dans la plupart des pays membres du G8. Seuls les États-Unis et le Canada tirent leur épingle du jeu. Ensemble, ces deux pays assurent encore 25 % de la production industrielle mondiale. On a l’impression que tout, désormais, est fabriqué en Chine, mais, en réalité, c’est l’Amérique du Nord qui reste le véritable atelier du monde.


Victime de son succès La Chine n’est pas la seule à connaître un boom industriel. Elle se heurte de plus en plus à la concurrence d’autres pays émergents. Les productions cumulées de la Corée du Sud, de Taiwan, de l’Inde et de l’Association des Nations du Sud-est Asiatique (ASEAN) représentaient déjà 9 % de la production globale en 2003. Les deux principales raisons qui incitent les grandes sociétés à bouder la Chine pour leurs nouveaux investissements sont l’augmentation des coûts et le besoin de diversifier leurs sources d’approvisionnement. Jusqu’à présent, le développement industriel de la Chine s’est limité aux régions côtières, notamment autour de Shangai et de Hong Kong. Mais, les coûts y croissent rapidement, les loyers explosent, on a de plus en plus de difficulté à trouver des terrains industriels et, surtout, les salaires grimpent en flèche, en dépit d’un fort mouvement migratoire de l’intérieur du pays vers le littoral. La Chine est victime de son succès. Il est de plus en plus difficile d’y recruter du personnel qualifié et surtout de le retenir. En 2005, le coût mensuel d’un ouvrier (charges sociales comprises) s’établissait en moyenne à 350 dollars (270 euros) par mois à Shangai et 250 dollars (192 euros) à Shenzhen. Il était d’environ 200 dollars (154 euros) à Manille (Philippines), 150 dollars (115 euros) à Bangkok (Thaïlande) et 100 dollars (77 euros) en Indonésie. La conquête de l’Ouest Une solution pour les entreprises établies en Chine consiste à délocaliser leurs activités vers l’intérieur du pays où les coûts sont nettement inférieurs. Cela est du reste encouragé par le gouvernement chinois qui souhaite voir le progrès économique s’étendre vers les campagnes misérables. Intel est une des quelques entreprises étrangères ayant tenté l’expérience. En 2004, elle a construit une usine de plus d’un demi-milliard de dollars à Tch’en-Tou, la capitale du Sichuan, au pied de l’Himalaya. Les coûts de transport ont considérablement augmenté. Mais, en contrepartie, Intel a pu réduire tous ses autres coûts de production (main-d’œuvre, terrains, bâtiments,…), tout en bénéficiant d’aides généreuses de l’État chinois. Cette façon de faire n’est pas adaptée à tous les cas de figure. Certains estiment que les avantages de cette nouvelle « conquête de l’Ouest » ne compensent pas le coût de l’acheminement des produits finis jusqu’en Europe ou en Amérique. Il est aussi plus difficile de trouver du personnel qualifié à l’intérieur de la Chine que dans les zones côtières. Les cadres expatriés rechignent à s’installer dans de tels endroits isolés, privés de tout.


Un pays à risques Du coup, tout bien réfléchi, beaucoup d’entreprises préfèrent investir dans d’autres pays d’Asie. Elles peuvent y trouver non seulement des conditions économiques imbattables, mais cela leur permet également, et c’est essentiel, d’accroître la sécurité de leurs approvisionnements en diversifiant leurs sources de production. En effet, les patrons s’inquiètent notamment de l’essor des mouvements sociaux en Chine où des paysans expropriés se soulèvent partout pour protester contre la confiscation de leurs terres par l’État au nom du développement économique. Dans le centre des villes, des dizaines de milliers de personnes sont expulsées de leurs logements vétustes pour laisser place à des immeubles de bureaux ou à des stades pour les Jeux Olympiques. Officiellement, on a recensé 87 000 émeutes en Chine en 2005. Le nombre réel est certainement bien plus élevé. Autre menace pour les entreprises étrangères établies en Chine : la montée des tendances protectionnistes en Europe et en Amérique du Nord. La Chine est accusée de tous les maux par les opinions publiques occidentales. Elle est notamment jugée responsable de la destruction de millions d’emplois industriels. Dans un tel contexte de tension, on peut craindre une détérioration des relations commerciales avec la Chine et un brusque ralentissement des échanges. Les entreprises s’efforcent donc de plus en plus de disposer d’usines dans plusieurs pays, de manière à pouvoir moduler leur production en fonction des contraintes pouvant s’imposer ici ou là. Il y a un troisième risque à investir en Chine, c’est la contrefaçon. Il est notoire que le droit chinois protège très mal la propriété intellectuelle. De nombreux investisseurs étrangers ont eu la désagréable surprise de voir des copies de leurs produits exclusifs bientôt mises en vente sous un nom différent et à un prix nettement plus bas. Enfin, les patrons surveillent de près la montée du yuan, la monnaie chinoise. La parité du yuan et du dollar américain était restée fixe depuis des années. En juillet 2005, sous la pression américaine notamment, le gouvernement chinois a finalement consenti une réévaluation historique de sa monnaie de 2,1 %. Il ne faut pas oublier que la Chine possède plusieurs centaines de milliards de dollars de réserves en Bons du Trésor américain. Ainsi, à chaque fois qu’elle accepte de réévaluer sa monnaie, c’est un nouveau cadeau qu’elle fait aux Américains en réduisant leur dette. Or, depuis 2005, le yuan s’est encore apprécié de 4 % par rapport au dollar et les spécialistes estiment qu’il devrait encore gagner 5 % de plus en 2007. Perspectives vertigineuses Cela dit, pour un investisseur, la Chine conserve encore de nombreux avantages par rapport à ses concurrents asiatiques. Elle dispose d’infrastructures de meilleure qualité. On y trouve facilement des fournisseurs et, par-dessus tout, elle offre les


perspectives vertigineuses d’un marché national d’1,3 milliard de consommateurs. Le pouvoir d’achat y est encore faible, mais il croit rapidement de 10 % par an. Les industries fortement consommatrices de main-d’œuvre, comme le textile ou la chaussure, rechercheront toujours les plus bas salaires possible. En revanche, les activités à plus grande valeur ajoutée accordent davantage d’importance à la taille et à la qualité du marché qu’aux coûts de production. La Chine n’est pas la seule en Asie à offrir un marché prometteur. L’Inde, avec sa population d’1,1 milliard et sa croissance économique de 8 % par an, est une autre cible privilégiée, même si elle reste encore beaucoup plus pauvre. En 2006, elle n’a bénéficié que de 7 milliards de dollars d’investissements étrangers, contre 70 milliards en Chine. Le manque d’infrastructures (de transport, de santé, d’éducation, etc.) et la lourdeur légendaire de son administration pénalisent l’Inde. Les entreprises s’y installent tout de même de plus en plus, notamment pour profiter des quelque 700 000 ingénieurs et diplômés scientifiques formés chaque année dans les universités indiennes. Avec une population cumulée de 560 millions, les dix pays membres de l’ASEAN (Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Brunei, Vietnam, Laos, Myanmar et Cambodge) offrent eux aussi un marché potentiel considérable. L’Asie du Sud-est est d’ailleurs le principal bénéficiaire du choix des entreprises de diversifier leurs sources de production hors de Chine. Sa faiblesse est de ne pas encore être un véritable marché unique. Les barrières douanières y ont été largement abattues avec des droits inférieurs à 5 % sur la plupart des produits, mais il reste encore de nombreux obstacles à la liberté du commerce comme le foisonnement des standards industriels par exemple. De toute manière, avec environ la moitié de la population mondiale, l’Asie est le réservoir naturel de main d’œuvre et de croissance économique de la planète. Nous n’avons certes pas fini d’entendre parler de la Chine, ni de ses voisins. Patrick Schlouch Punaauia, le 25 février 2007

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LA SOUFFRANCE DU CHANGEMENT Victimes de la double concurrence de la main d’œuvre bon marché des pays émergents et du progrès technologique, les travailleurs des pays développés ont vu leurs salaires et leur pouvoir d’achat stagner, voire régresser au cours de la dernière décennie. À l’autre bout de la chaîne, les revenus des patrons des grandes entreprises ont explosé. Aux Etats-Unis, les salaires ont augmenté moitié moins vite que la productivité depuis 2001. Il y a vingt ans, la paye d’un grand patron américain équivalait à environ quarante fois le salaire moyen, en 2006 c’était cent dix fois. Le monde vit les années glorieuses du capitalisme triomphant. La libération des échanges commerciaux associée à la révolution des technologies de l’information et de la communication ont créé une prospérité sans égale. Au cours des cinq dernières années, le monde a connu la plus forte croissance depuis le début des années 1970. Des centaines de millions d’habitants des pays en voie de développement ont pu trouver de l’emploi et sortir de la misère. Des centaines de millions d’autres sont sur le point de les rejoindre. D’un point de vue global, l’Humanité a beaucoup progressé sur le plan économique, mais, dans les pays développés, la part des salaires dans le PIB (la production de richesses d’un pays) est tombée au plus bas, tandis que les profits des entreprises atteignent des sommets. Tentation protectionniste Les signes de mécontentement abondent. Les opinions publiques occidentales manifestent de plus en plus contre la liberté du commerce, relayées par des élus soucieux de coller au mieux à la tendance. En Amérique, en Europe et même au Japon, la Chine fait figure de grand méchant loup. Partout, le protectionnisme fait des émules de plus en plus nombreux. Le constat est clair, mais qui est vraiment responsable ? La mondialisation, la globalisation est brocardée comme un monstre froid, un rouleau compresseur, grand destructeur d’emplois, effaceur d’identités culturelles et rabat-joie. La concurrence des crève-la-faim du Tiers monde balaie tout sur son passage. Pourtant, un autre phénomène, encore moins contrôlable, est à l’œuvre : le progrès technologique. Plus encore que l’ouverture des frontières, la révolution informatique explique la dévalorisation du travail, la disparition de millions d’emplois et la régression des salaires moyens. Grâce à l’informatique, la machine est aujourd’hui


capable d’effectuer une infinité de tâches autrefois assumées par des humains, à un coût très réduit, sans problème de santé ni menace de grève. Alors, faut-il ériger de nouvelles barrières douanières et casser nos ordinateurs pour retrouver le plein emploi avec des salaires corrects ? Beaucoup sont d’avis de fermer les frontières pour protéger les emplois et les productions nationales. Ils le regretteraient bien vite à voir les prix s’affoler (il faudrait bien répercuter la hausse des coûts de production, les salaires en particulier) et l’offre de produits et services se réduire. Bien moins nombreux ceux qui envisageraient de se priver de leurs assistants informatiques. Ils sont devenus indispensables. La productivité des entreprises et des individus en serait gravement affectée. Protéger à la machine à prospérité La situation n’est certes pas facile, car on voit bien que la première des choses à faire pour l’améliorer, c’est… ne rien faire. Ne pas prendre le risque d’enrayer ce mouvement de progrès à double spirale, commerciale et technologique, cette formidable machine à fabriquer de la prospérité qui est à l’œuvre sous nos yeux. Alors quoi, les grands patrons sont trop payés, les entreprises font trop de profits ? Certains candidats à la présidence de la République française nous expliquent qu’il faut limiter leurs salaires et taxer davantage les bénéfices des grandes entreprises. Mais, comment pourrions-nous juger ? Que savons-nous de la gestion d’un groupe d’entreprises employant des dizaines de milliers de personnes dans le monde entier ? Il semblerait que le vrai talent se raréfie dans le domaine économique, et plus encore à un tel niveau. On parle même de pénurie. La demande fixe donc les prix. Imposer des contraintes supplémentaires à nos entreprises ne ferait que les entraver et les handicaper davantage dans la rude compétition internationale. Si l’on n’a aucun intérêt à bousculer les gagnants de la modernité, soutenir ses victimes n’est pas évident non plus. Il faut prendre aux premiers en faveur des secondes clament les cœurs purs, les Robin des Bois de la politique. Simpliste ! Quand les riches sont trop imposés, ils s’en vont, tout simplement, et s’installent ailleurs, où ils paieront moins. L’Irlande était un des pays les plus pauvres d’Europe jusque dans les années 1980, elle connaît depuis vingt ans une croissance qui permet aujourd’hui à ses habitants de disposer de revenus parmi les plus élevés du monde. Pourquoi, comment ? Simplement, parce qu’elle a su attirer à elle les entreprises et les talents en leur proposant des conditions fiscales avantageuses. Avant de tondre les entreprises et les « riches », il est judicieux de leur laisser d’abord se faire de la laine.


Pendant la même période, la France n’a fait que décliner et pas seulement d’un point de vue économique. Événement impensable avant 2005 : pour la première fois en ce début d’année cinquantenaire du traité de Rome, plusieurs pays européens, dont le Royaume uni, l’Allemagne et l’Espagne, se sont réunis sans la France, pour discuter de l’avenir de l’Europe. Et cette campagne présidentielle ! Encore les mêmes antiennes. Les mêmes visages, les mêmes idées reçues, les mêmes craintes, la même démagogie, l’ignorance qui s’étend sans cesse davantage. On dirait que jamais la vérité n’a fait si peur en France. C’est comme si les Français refusaient de voir le monde tel qu’il évolue, préférant se passionner par la course à l’Élysée (le nom déjà, Elysée, le paradis…), bercés par les surenchères toujours plus mirobolantes des candidats. De l’autisme collectif, en quelque sorte. Dormez, braves gens ! Ce n’est pas un président que les Français vont bientôt élire, c’est un veilleur de nuit. Et pendant ce temps, le compteur tourne Peut-être, ce même état d’esprit frileux a-t-il présidé à l’accumulation de la dette nationale monstrueuse qui s’alourdit à chaque seconde, comme le montre si bien l’animation impressionnante que l’on a pu voir sur France Télévision, dans l’émission d’Arlette Chabot À vous de juger. C’est un compteur d’euros en 3D, affichant les treize chiffres de la dette française (plus de 1,222 trillion, c’est-à-dire mille deux cent vingt deux milliards), dont les six derniers défilent à une allure affolante. Ça fait vraiment peur ! Pour chaque Français, cela représente près de 20 000 euros. Il faudra bien que quelqu’un les paie un jour. Il est possible de voir un compteur de ce type et d’en savoir plus sur la dette publique de la France et des autres pays sur le site http://www.nirgal.com/wakeup/dette Oh, je sais, la France n’est pas le seul pays à être violemment endetté. D’autres le sont bien davantage encore. Ce n’est pas le fait d’être endetté qui pose un problème, c’est simplement qu’il vaut mieux emprunter pour investir et se développer plutôt que pour continuer à vivre au-dessus de ses moyens, dans une sorte de cocooning illusoire et suranné, en refusant de s’adapter aux évolutions du monde. Le changement provoque toujours une certaine souffrance, même s’il se révèle bénéfique à plus long terme. S’opposer au changement est vain, on ne remonte pas le cours du temps. Il vaut bien mieux apprendre à s’adapter pour tirer le meilleur parti des aspects positifs du changement que de s’épuiser à nier l’évidence.


Pas facile ? C’est vrai, mais se placer la tête dans le sable, cela empêche non seulement de voir la réalité, mais vous met dans une position très favorable au coup de pied au derrière. Le succès ou la régression de tel ou tel pays dépendront étroitement de son ouverture vers l’extérieur et de la capacité de ses dirigeants à comprendre les évolutions du monde. Affirmer son identité, ce n’est pas se replier craintivement sur soi-même, c’est échanger, se faire connaître, rayonner autant que possible. Mais, pour cela, il faut d’abord maîtriser sa peur, ne plus tout attendre de l’État et apprendre à valoriser les richesses et les talents que le ciel nous a donnés. Patrick Schlouch Punaauia, le 17 mars 2007

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GÉANTS DES MERS, NOUVELLE GÉNÉRATION Avec un trafic mondial de marchandises croissant de 15 % par an et des exportations chinoises augmentant presque deux fois plus vite, la construction de porte-conteneurs connaît un boom sans précédent. Le commerce entre la Chine, l’Inde, l’Amérique et l’Europe représente 65 % des mouvements annuels de tous les cargos de plus de 250 mètres en activité. Cette situation a entraîné un flot de commandes pour de nouveaux navires, plus modernes et plus grands, grâce auxquels le coût des transports de marchandises devrait baisser, mais qui vont se trouver confrontés à de nouvelles difficultés. On dénombre actuellement environ 4 000 porte-conteneurs en service sur les océans de la planète et 1 300 autres sont en commande auprès des chantiers navals. Le tonnage commandé correspond à la moitié de celui de la flotte existante, très supérieur à la proportion habituelle qui n’est que d’un tiers. Les cargos en fin de carrière sont à présent remplacés par des bâtiments deux fois plus massifs, capables de transporter du fret à des coûts beaucoup plus faibles. Les trois plus gros navires actuels ont été construits par le chantier danois d’Odense pour le compte de la Maersk Line, une compagnie danoise, numéro un mondial des porte-conteneurs exploitant plus de 500 bateaux. Le premier, l’Emma Maersk (photo), a été livré en août 2006. Il a été suivi quelques mois plus tard par l’Estelle Maersk et l’Eleonora Maersk. D’une longueur de 397 mètres et larges de 53 mètres, avec un tirant d’eau de 16 mètres, ces nouveaux géants des mers peuvent transporter jusqu’à 13 500 evp (conteneurs de 20 pieds ou leur équivalent en 40 pieds). Un train ainsi chargé mesurerait plus de 70 kilomètres. Ils sont propulsés par un moteur diesel de 14 cylindres développant 110 000 cv, leurs ancres pèsent chacune environ 30 tonnes, autant qu’un gros camion.


Les limites du gigantisme La Maersk Line a prévu de mettre à l’eau une dizaine de ces monstres. Huit autres sont en construction pour le compte de la compagnie française CMA-CGM (un groupe né en 1999 de la fusion de la Compagnie Maritime d'Affrètement et de la Compagnie Générale Maritime, 5è transporteur mondial avec plus de 150 navires). Certains spécialistes prédisent l’arrivée prochaine de megacargos pouvant transporter jusqu’à 18 000 evp, permettant ainsi une économie de 30 % sur le coût du transport par rapport aux anciens navires plus modestes. Mais, si la grande taille permet de baisser les tarifs, elle pose aussi de nouveaux problèmes. Jusqu’à la fin des années 1980, les plus gros bateaux ne pouvaient pas transporter plus de 5 000 evp. Cela leur permettait de traverser le canal de Panama sans difficulté. Les navires capables de franchir les 80 km de ce canal vieux de 93 ans, reliant l’Atlantique au Pacifique, sont rangés dans la catégorie dite Panamax. Ils ne doivent pas excéder 294 mètres de longueur, 32 mètres de largeur et 12 mètres de tirant d’eau. Les énormes porte-conteneurs modernes, trop volumineux pour passer par le canal, sont classés dans la catégorie dite post-Panamax. Au mois d’octobre 2006, les Panaméens ont accepté par référendum un projet d’élargissement du canal dont le coût est estimé à 5 milliards de dollars (3,85 milliards d’euros). Dans quelques années, les nouveaux Goliath océaniques pourront donc l’emprunter, mais à un coût plus élevé. Toutefois, si la recherche de nouvelles économies d’échelle pousse l’accroissement de la taille des navires encore plus loin, non seulement le canal de Panama leur sera à nouveau interdit, mais aussi le canal de Suez et même le détroit de Malacca. Le canal de Suez est long de 163 km. Ouvert en 1869, il relie la Méditerranée et la mer Rouge, permettant d'aller en Asie sans devoir contourner l'Afrique. Les experts estiment à 18 000 evp la capacité maximale des navires, classés Malaccamax, pouvant traverser le détroit de Malacca qui s’étend sur plus de 800 km entre la Malaisie et l’île indonésienne de Sumatra. L’importance commerciale de cette voie maritime est comparable à celle des canaux de Panama et de Suez, mais sa profondeur minimale ne dépasse pas 25 mètres, ce qui en interdit l’accès aux navires de plus de 20 mètres de tirant d’eau. On n’en est pas loin. L’essentiel du trafic des nouveaux cargos géants se concentre autour d’une vingtaine de grands ports seulement, dominés par Singapour, Hong Kong et Shangaï, disposant de chenaux suffisamment profonds et équipés de matériel de levage de taille suffisante. Les économies d’échelle obtenues grâce au gigantisme risquent fort d’être grignotées par le coût des aménagements portuaires indispensables pour accueillir et traiter la nouvelle génération de géants des mers.


LA CHINE REDÉCOUVRE LA RELIGION Karl Marx l’appelait l’opium du peuple. Strictement interdite pendant plus d’un demi-siècle par le régime maoïste, la religion fait un retour en force en Chine. À tel point qu’elle transforme rapidement le paysage social et politique, non seulement dans de nombreuses régions rurales, mais même dans les villes où l’idéologie marxiste athée est pourtant bien implantée. Ce mouvement puissant concerne les cultes populaires traditionnels, notamment celui des ancêtres, aussi bien que les grandes religions organisées. Confronté à une sorte de marée spirituelle, le Parti communiste chinois a dû revoir sa position vis-à-vis de la religion et commence même à en percevoir les vertus sociales. Désormais, il reconnaît officiellement cinq grandes confessions : le Bouddhisme, le Taoïsme, l’Islam, le Catholicisme et le Protestantisme. En revanche, il considère les cultes populaires comme de la superstition. Leur pratique reste illégale, mais, dans les campagnes, les autorités locales ont tendance à fermer les yeux. De nombreux gouvernements locaux sont en effet dans une situation financière difficile. Criblés de dettes, ils ont de plus en plus de mal à assumer leurs responsabilités publiques et ils apprécient grandement le soutien bénévole d’associations religieuses en matière de santé ou d’éducation par exemple. Les autorités locales craignent aussi les manifestations de paysans qui se multiplient depuis quelques années. Pour éviter les vagues, elles préfèrent faire preuve de souplesse à l’égard des activités religieuses. Les dirigeants politiques locaux trouvent aussi dans la religion des avantages bien matériels. Par exemple, l’usage veut qu’une association sollicitant l’autorisation d’ouvrir un lieu de culte, organise un banquet en leur honneur. Ils faciliteront naturellement la vie des associations qui les respectent et qui leur accordent leur soutien financier. Les gouvernements locaux tirent aussi profit des taxes et impôts versés par les commerçants qui prospèrent à proximité des lieux de culte. Ces derniers sont le plus souvent considérés comme des entreprises qui génèrent des revenus et contribuent à la bonne santé économique de la communauté. Certains temples peuvent attirer plusieurs centaines de milliers de dévots à l’occasion des fêtes. Selon les témoignages des journalistes étrangers, qui ont depuis quelques mois le droit de circuler (presque) librement dans le pays, la renaissance de la religion est évidente en Chine. On remarque partout des temples neufs, des églises, des mosquées. Selon les chiffres officiels, ces bâtiments sacrés sont fréquentés par cent


millions de croyants (moins de 10 % de la population chinoise), mais ce nombre est sans doute largement sous-estimé. Pour le moment, il ne s’agit que de tolérance. Les autorités de Pékin restent très vigilantes sur tout ce qui concerne la religion. Leur attention se fixe notamment sur le Bouddhisme tibétain, l’Islam dans certaines régions sensibles, le Catholicisme et le Protestantisme quand ils sont pratiqués de manière informelle, des groupes de croyants se réunissant chez les uns ou les autres pour prier. Ces confessions leur paraissent en effet susceptibles de masquer des mouvements politiques à caractère subversif. On se souvient de la rafle effectuée dans les années 1990 sur la secte Falun Gong, d’obédience bouddhiste, encore soumise aujourd’hui à des contrôles très stricts et dont de nombreux membres sont en prison. Le débat est toutefois ouvert au sein du Parti communiste chinois à propos de la religion. Ne serait-il pas plus productif de reconnaître la liberté des cultes, plaident certains, plutôt que de s’y opposer dans un combat risquant de menacer gravement la sacro-sainte stabilité politique du pays ? Autrement dit, il vaut mieux nager dans le sens du courant, comme le préconise justement la philosophie taoïste. La religion au service de l’harmonie sociale L’évolution rapide de l’économie et des modes de vie ébranle la société chinoise et menace sa cohésion. Le gouvernement commence à considérer la religion et les cultures traditionnelles comme des éléments fédérateurs, capables de contribuer à la préservation de cette cohésion sociale. Désormais, on encourage généreusement l’étude du confucianisme, la doctrine de Confucius (Kong Fu Zi), philosophe chinois du sixième siècle avant notre ère, érigée en religion d’État jusqu’au début du vingtième siècle et qui vise surtout l’harmonie des relations humaines. Cette doctrine avait pourtant été sévèrement condamnée comme « féodale » par Mao Tsé Toung et totalement bannie. Depuis 2004, la Chine a financé la création de plusieurs dizaines d’Instituts Confucius dans le monde entier pour promouvoir la langue et la culture chinoises. Un de ces instituts vient d’être inauguré à Paris, le 16 mars 2007, à l’Université Paris 7 Denis Diderot http://www.confucius.univ-paris7.fr/


Autre explication du développement spectaculaire de certaines associations confessionnelles : l’état précaire du système de santé publique chinois. Si la secte Falun Gong a connu un tel succès populaire, c’était beaucoup parce qu’elle prétendait pouvoir guérir les malades sans prise de médicaments. Or, ceux-ci coûtent très cher en Chine où ils sont délivrés par les hôpitaux publics. Près de Pékin, dans un village célèbre pour une apparition de la Vierge Marie en 1900, des nonnes catholiques ont ouvert un dispensaire où elles prodiguent des soins à des tarifs cinq fois plus bas que ceux des hôpitaux d’État ou des cliniques privées. Les autorités encouragent même les associations religieuses chinoises à s’inspirer de Hong Kong où leurs homologues gèrent de nombreux établissements scolaires et de santé. Depuis la nomination de Benoît XVI, considéré comme un pape plus modéré et moins anti-communiste que Jean-Paul II, Pékin a entamé de difficiles négociations avec le Vatican pour essayer d’améliorer les relations entre les deux États. Un rapprochement a même été tenté avec le Dalaï Lama. Depuis 2002, ses représentants ont pu discuter à cinq reprises avec les autorités chinoises, la dernière réunion ayant eu lieu au mois de février 2007. Mais, les discussions piétinent car les Chinois restent convaincus que le Dalaï Lama ne vise que l’indépendance du Tibet. À rebours de l’idéologie officielle, le Bouddhisme tibétain provoque dans le même temps un engouement marqué auprès de nombreux Chinois, des citadins surtout, qui lui reconnaissent plus de « pureté » qu’au Bouddhisme officiel considéré comme étroitement lié au gouvernement. Les religions s’infiltrent même jusque dans les rangs du Parti communiste. De nombreux membres les pratiquent ouvertement en violation des règles du parti. Comme d’autres avant lui, contre la propriété privée par exemple qui vient d’être officiellement reconnue en Chine, le combat maoïste contre la spiritualité semble donc bien perdu. Le Parti communiste chinois ne pourra plus jamais exiger de ses membres qu’ils renient leur foi et se déclarent athées. Patrick Schlouch Punaauia, le 5 avril 2007


LAPIDATION, LA HONTE DE L’ISLAM Au soir du 18 octobre 2004, une jeune femme de vingt-trois ans était sauvagement massacrée à coups de pierres, dans un terrain vague près du centre commercial Grand Littoral à Marseille. On l’a retrouvée le lendemain, la tête fracassée. Elle s’appelait Ghofrane Haddaoui, elle était belle et ne demandait qu’à vivre. Ses assassins viennent d’être très sévèrement condamnés, mais sa mère continue à se battre pour faire reconnaître qu’elle a été victime d’une lapidation. Née à Tunis, dans une famille de six enfants, Ghofrane Haddaoui avait travaillé dans une société de nettoyage, puis comme vendeuse. Avant sa mort, elle suivait une formation d’aide ménagère pour personnes âgées. Ses assassins, deux mineurs de 16 et 17 ans au moment des faits, ont été condamnés le 13 avril 2007 à vingt-trois ans de réclusion criminelle. L’excuse de minorité ne leur a pas été accordée (elle aurait entraîné une réduction de leurs peines de moitié), mais la cour d’assises des Bouches-du-Rhône n’a toutefois pas suivi les réquisitions du ministère public qui réclamait la peine maximale de trente ans. Les mobiles de ce crime particulièrement odieux et barbare restent assez flous. L'accusé principal, un petit caïd de banlieue bien connu de la police, avait été interpellé dès le 8 novembre 2004. Il avait reconnu les faits pendant sa garde-à-vue. Selon lui, Ghofrane avait accepté de le suivre tard dans la nuit, avant de changer d'avis, de lui expliquer qu'elle avait un autre copain et qu'elle devait se marier avec lui. D'après ses propres déclarations : « Fou de rage » et sous l'effet combiné de l'alcool et du cannabis, il l'avait alors violemment giflée, puis s'était acharné sur elle « pendant une dizaine de minutes » en lui jetant de grosses pierres sur la tête. Il était aidé d'un complice qui s’était occupé de maintenir la malheureuse jeune femme pendant la tuerie. L’autopsie avait permis d’établir qu’une trentaine d’impacts sur la boîte crânienne avaient entraîné des lésions cérébrales et une hémorragie à l’origine de la mort. Le meurtrier avait été confondu par le recel du téléphone portable de la victime. S'étant vanté de son forfait, il avait été identifié par la propre mère de celle-ci, Monia Haddaoui. Pour elle, Ghofrane aurait été victime d’une lapidation.


La forme la plus barbare de la peine de mort Du latin lapis (pierre), donnant le verbe lapidare (tuer à coups de pierres), la lapidation est une forme d'exécution, couramment utilisée à l'époque préchrétienne dans tout le bassin méditerranéen. La lapidation s’appliquait comme peine capitale en cas de condamnation pour adultère, blasphème, meurtre ou prostitution. Elle consiste selon les cas en une défenestration ou en un caillassage jusqu'à ce que mort s'ensuive. Citée dans l’Ancien Testament et le Talmud comme sanction de l'adultère, elle est rejetée par le Nouveau Testament : Jésus empêche la lapidation d'une femme adultère en lançant à ses accusateurs : « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre ». Bien qu’elle ne soit nulle part mentionnée dans le Coran, ni pour punir l’adultère ni pour quelque autre crime, elle est encore appliquée de nos jours dans certains pays musulmans, notamment l’Iran et le Nigeria. Pour la justifier, la charia (loi islamique) s'appuie sur les hâdith, textes rapportant des actes et des paroles du prophète Mahomet et de ses compagnons à propos de commentaires du Coran ou de règles de conduite, mais dont l’authenticité et la véracité sont contestées par de nombreux exégètes. La peine de mort par lapidation, qui avait été plus ou moins abandonnée depuis quelques années, revient à nouveau sur le devant de la scène parce que les autorités religieuses exigent plus de rigueur de la part des tribunaux et un retour aux sources de la révolution islamique. La lapidation est précisément prévue dans le code pénal iranien depuis vingt-sept ans. Elle est publique.


« Article 102 : La lapidation jusqu’à ce que mort s’ensuive est le châtiment pour les adultères. L’homme et la femme adultères sont enterrés dans un trou rempli de sable, le premier jusqu’à la taille, la seconde jusqu’au-dessus des seins, et ils sont lapidés. » Les pierres utilisées ne doivent pas être trop grosses, afin de ne pas infliger la mort d’un seul coup. Elles ne doivent pas être non plus si petites qu’on ne puisse leur donner le nom de pierre. La taille moyenne est choisie généralement afin de faire expier la faute par la souffrance. En novembre 1996, un amendement a été adopté par l’Assemblée islamique iranienne. Il dispose qu’un mari trompé surprenant sa femme en flagrant délit d’adultère peut tuer le couple fautif sans encourir de poursuites. Ce droit n’est pas reconnu pour la femme dans la même situation. Les relations illégitimes n’allant pas jusqu’à l’adultère entre un homme et une femme sont passibles de quatre-vingt-dixneuf coups de fouet. Les femmes principales victimes L’Iran et le Nigeria sont les pays où la lapidation est le plus souvent pratiquée. Cette peine peut aussi être prononcée dans de nombreux autres pays musulmans comme les Emirats arabes unis, le Pakistan, le Soudan, l’Arabie saoudite, le Yémen, le Bangladesh… L’organisation Amnesty International estime que : « Les femmes en sont les principales victimes. En effet, le déroulement des procès est manifestement défavorable aux accusées, la grossesse étant considérée comme une preuve suffisante de zina, infraction constituée par l’adultère ou par des rapports sexuels librement consentis hors du mariage. Le serment prêté par un homme qui dément avoir eu une relation sexuelle avec une femme constitue souvent une preuve suffisante pour le déclarer innocent, sauf si quatre témoins oculaires indépendants et de bonne réputation déclarent qu’il a participé à cet acte. Les accusées de milieu social modeste sont aussi défavorisées, ayant peu d’instruction et ne bénéficiant pas de l’aide d’un avocat, leurs chances de voir leurs droits respectés sont fortement réduites. De plus, le manque de formation juridique des juges, souvent uniques, des tribunaux islamiques qui s’autorisent arbitrairement à prononcer la peine capitale en juridiction inférieure constitue un non-respect manifeste des normes internationales relatives à l’équité des procès. L’exécution par lapidation intensifie la brutalité de la condamnation à mort. Cette méthode n’a d’autre but que d’augmenter la souffrance de la victime. » On peut légitimement s’interroger sur l’avenir d’une humanité aussi radicalement coupée en deux. D’un côté, celle qui avance vers toujours plus de liberté et de respect accordés aux femmes. De l’autre, celle qui les maintient dans une censure étroite et obscurantiste, avec l’obligation de sortir voilées et de multiples interdictions comme


conduire un véhicule, avoir une activité professionnelle, assister à des rencontres sportives, être soignées par des hommes, souvent même s’instruire… L’Europe, et en particulier la France dont la population comporte une forte minorité musulmane, est aujourd’hui le champ de bataille sur lequel ces deux visions du monde diamétralement opposées s’affrontent et s’affronteront de plus en plus. Patrick Schlouch Punaauia, le 20 avril 2007 On peut visionner une vidéo (insoutenable) montrant une scène de lapidation sur : www.iran-resist.org/media1126 Pour en savoir plus sur l’adultère et sa condamnation par l’Islam, lire l’interview du Professeur Mahmoud Azab : www.oulala.net/Portail/article.php3?id_article=1128

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NOTE D’INFORMATION À L’ATTENTION DU PRÉSIDENT Conjoncture économique : Croissance zéro en 2006 Selon l’Institut d’Emission d’Outremer (IEOM) qui publiait son rapport annuel le 19 juin dernier, la conjoncture économique de l’année 2006, seconde année de gestion du gouvernement taui d’Oscar Temaru, a été marquée par une croissance zéro en Polynésie française.

Indicateurs macroéconomiques au rouge •

Le pouvoir d’achat a diminué, en dépit de la prime mensuelle à l’emploi de 6 000 Fcfp versée sur tous les salaires depuis le début de l’année (un coup d’épée dans l’eau). La consommation des ménages (laquelle représente 70 % du PIB) en a été affectée. Pour la première fois, les détenteurs d’un compte ou d’un plan d’épargne logement ont commencé à prélever leurs économies.

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Les dépenses publiques d’investissement ont reculé de 19 %. Les crédits existent pourtant, mais on a constaté un défaut d’utilisation en raison notamment d’une réelle incapacité des autorités locales à préparer les dossiers de financement.

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L’inflation a été forte (2,4 % contre 1 % environ au cours des années précédentes).

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L’emploi salarié a augmenté en apparence, mais l’IEOM estime que les chiffres reflètent surtout une amélioration des déclarations à la CPS. On note toutefois une avancée dans l’hôtellerie (+ 8,4 %) notamment grâce à l’ouverture de nouveaux établissements à Bora Bora.

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Les indicateurs de vulnérabilité révèlent que la plupart des agents économiques se heurtent à des difficultés financières.

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Secteurs d’activité •

Le bâtiment a tout de même tiré son épingle du jeu grâce à l’investissement privé (les crédits à l’habitat augmentent de 8 %). Mais le BTP dans son ensemble a continué à souffrir d’une diminution des dépenses publiques (- 13 %).

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La pêche est dans une situation précaire. Les exportations ont certes augmenté (de 16 % en valeur et 8 % en volume), mais le chiffre d’affaires du secteur a diminué de 26 %.

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Les exportations de perles ont augmenté de 4 % en volume, mais leur valeur a reculé de 11 % traduisant une rechute du prix moyen au gramme plutôt préoccupante.

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Le bilan de l’agroalimentaire est mitigé. Bon premier semestre, mais la fin de l’année fut morose. Dans ce secteur, toutes les exportations sont en baisse, notamment le noni (- 39 %) et la vanille (- 6 %).

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Le commerce a souffert du ralentissement de la consommation des ménages. La grande distribution s’en sort relativement bien.

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Le tourisme est la seule note positive de ce tableau dominé par le gris. La fréquentation a augmenté de 6 % par rapport à 2005 et le taux moyen de remplissage des hôtels est passé de 62,5 à 66,4 %.

Les tendances au premier trimestre 2007 L’IEOM note que la conjoncture économique est restée molle au premier trimestre 2007, fortement influencée par le calendrier politique. Toutefois, quelques éléments positifs se manifestent timidement. •

La création d’emplois a encore ralenti, notamment du fait d’un alourdissement des charges des entreprises à la suite de la revalorisation des bas salaires (+ 5 % pour le smig, lequel a progressé de 29 % en trois ans).

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L’inflation est demeurée stable (+ 0,3 % sur le trimestre).

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La consommation des ménages semble reprendre. Les importations de biens d’équipement ménagers et de produits alimentaires ont progressé de 7 et 15 %. Les immatriculations de véhicules neufs repartent à la hausse (+ 8 %).

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Les ménages continuent d’investir dans l’immobilier (+ 8 %).

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L’investissement des entreprises peine à redémarrer dans l’attente d’une reprise de la commande publique.

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Pour la première fois depuis deux ans, les opérateurs du BTP émettent un avis favorable sur leur courant d’affaires.

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Conjoncture plus favorable dans l’agroalimentaire. Les exportations reprennent (notamment le jus de noni, + 20 %, l’huile de coprah brute + 300 %).

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Les exportations de poisson ont encore chuté de 15 %.

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La valeur des exportations de perles a diminué de 10 %. Le prix moyen au gramme recule à 1 292 Fcfp.

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Le commerce va plutôt mal et débauche, mais les avis parient sur un retour à la croissance au second trimestre.

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L’industrie est en repli pour le troisième trimestre consécutif et l’on continue de licencier dans ce secteur. Les exportations de savon ont reculé de 22 %, mais celles de monoï ont fortement progressé (+ 28 %).

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La fréquentation touristique a progressé de 9 %, mais les capacités hôtelières augmentaient dans le même temps de 11 %. On a donc constaté des compressions de personnel. Les hôteliers sont pessimistes craignant une baisse du taux moyen d’occupation, notamment en raison d’une offre de transport aérien insuffisante à compter de juin.

Pour le deuxième trimestre 2007, le moral des chefs d’entreprise remonte, surtout grâce à la promesse d’une reprise des investissements publics. Mais, selon l’IEOM, la croissance risque de ne pas générer beaucoup de créations d’emplois car les charges sont déjà très lourdes. Patrick Schlouch 20 juin 2007


ELOGE FUNÈBRE DE PATRICK SIU Discours du président de la Polynésie française Gaston Tong Sang

20 juin 2007

Chère Marie, Mesdames et Messieurs, C’est l’émotion et l’amitié qui nous rassemblent aujourd’hui autour du souvenir de Patrick Siu, dont nous pleurons la disparition. Avec lui, notre pays a perdu l’une de ses plus éminentes personnalités. C’était un être raffiné, un homme d’affaires intègre et émérite, aux talents multiples, généreux, soucieux du bien-être d’autrui, respecté et apprécié de tous. Mari et père attentionné et affectueux, je voudrais saluer son courage et sa dignité face à la souffrance pendant la longue maladie qui l’a finalement emporté. Né à Papeete en 1933, architecte de formation, Patrick Siu dirigeait la célèbre société de construction Sin Tung Hing qu’il fonda en 1964. Parmi de nombreuses réalisations, nous lui devons notamment les bâtiments de l’Assemblée de la Polynésie française et la Maison de la Culture de Paofai. Chevalier dans l’Ordre de Tahiti Nui, Patrick Siu a toujours voulu et su œuvrer dans l’intérêt de la Polynésie française. Le gouvernement et moi-même rendons hommage à son action associative exemplaire dans le domaine sportif, mais surtout en faveur de la préservation de la culture chinoise et de l’intégration harmonieuse de la communauté chinoise dans la société polynésienne. Chère Marie, nous vous souhaitons, ainsi qu’à vos enfants et à toute votre famille, beaucoup de courage. Sachez que nous partageons sincèrement votre peine et que nous sommes à vos côtés. Gaston Tong Sang


MOTION DE CENSURE Présentée au nom du groupe UPLD (14 signatures)

Discours de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

23 juin 2007 - Assemblée de la Polynésie française

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Représentants, Mon gouvernement n’a que cinq mois d’existence et voici déjà la seconde motion de censure que l’opposition dépose contre nous. Outre les termes et le ton excessifs et insultants de cette motion, il est clair qu’elle n’a aucun fondement sérieux, pas plus que celle qui l’avait précédée le 12 janvier dernier. Je préfère ne pas répondre aux attaques personnelles injustes et infondées contenues dans ce texte. Le gouvernement est au travail. Le Pays n’a plus de temps à perdre en joutes inutiles qui ne mènent à rien. Nous avons beaucoup plus urgent à faire. Depuis cinq mois, nous nous efforçons de remettre le va’a polynésien sur son cap. La population a souffert. L’économie a été mise à mal. Après plus d’une décennie de progression du PIB à 3, 4, voire 5 %, la machine a été bloquée, en seulement deux ans. 2006, croissance zéro. Tous les indicateurs étaient au rouge : - Le pouvoir d’achat des ménages a diminué, - L’inflation a plus que doublé, - La pêche était dans une situation précaire, - Les exportations de perles ont chuté, - Le petit commerce a connu de graves difficultés, - L’investissement public a été réduit de près de 20 %. Pas parce que les caisses étaient vides, au contraire, les crédits étaient bien là, mais ils sont restés en grande partie inutilisés, faute de dossiers de financement. * Notre majorité est soudée par l’ardent désir de développer notre pays au bénéfice de notre population et des générations futures. Et par notre volonté de rester français. …/…


L’Histoire nous a montré à quel point la Polynésie avait été bien avisée de s’unir à la France, et la situation actuelle dans la région et dans le monde confirme la pertinence de ce choix. L’appartenance à l’ensemble français a permis à notre peuple de s’épanouir progressivement dans la paix, la liberté et la prospérité. Ce que nos voisins nous envient. Elle nous a épargné les profondes souffrances que ces mêmes voisins subissent : le manque de tout, l’isolement, la pauvreté, l’émigration forcée, la guerre civile même… Voilà le prix exorbitant de leur «indépendance». Ces mêmes difficultés que vous vous entêtez à vouloir imposer à notre peuple au nom d’une idéologie dépassée et suicidaire, au nom d’une dignité illusoire et factice. La grande majorité des Polynésiens est du même avis. C’est la raison pour laquelle vous avez clairement perdu la bataille démocratique. Vous avez d’abord perdu aux présidentielles. Vous avez ensuite été défaits aux législatives, encore plus nettement. Ces résultats démontrent sans la moindre ambiguïté la légitimité de la majorité et celle du gouvernement. Et, pourtant, loin d’accepter le verdict des urnes et le choix du peuple, vous les contestez en vous appuyant sur des arguments xénophobes, inacceptables et choquants, lesquels provoquent des réactions outrées jusque dans vos propres rangs. En dépit de la mauvaise foi évidente qui sous-tend votre motion de censure, je vais, moi aussi, profiter de la tribune que vous m’offrez pour rappeler les points forts du bilan de mon gouvernement et nos priorités pour les mois qui viennent. * D’abord, en ce qui concerne le développement des communes, nous avons constaté des déséquilibres et d’importants retards. C’est par exemple le cas à Mahina où le gouvernement s’est rendu en début de semaine, mais d’autres communes et archipels sont directement concernés. Nous avons décidé de rétablir une plus grande équité dans l’attribution des subventions, fondée sur des critères clairs et précis. Nous avons défini cinq priorités : - l’électrification, - l’adduction d’eau potable, - l’assainissement, - le désenclavement, - et l’amélioration du cadre de vie. Depuis le début de l’année, 58 conventions ont été déjà signées avec les communes pour un montant global de subventions de près d’un milliard de francs. * …/…

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En matière de télécommunications, nous souhaitons nous engager davantage dans la lutte contre la fracture numérique. Tous les Polynésiens doivent pouvoir bénéficier, rapidement et à un coût raisonnable, de services publics d’autant plus nécessaires qu’ils se trouvent éloignés ou isolés. * Dans le domaine économique, l’action du gouvernement a surtout porté sur l’emploi, la formation professionnelle et l’insertion sociale. Le pouvoir d’achat des ménages reste notre préoccupation permanente. Voilà pourquoi nous avons réduit le coût des hydrocarbures, réactualisé la liste des produits de première nécessité, et relancé les mesures de baisse du coût du crédit immobilier. * J’ai demandé au ministre des Finances et de la Fonction publique de travailler à l’optimisation de l’utilisation des ressources humaines et financières du Pays. Il s’agira pour cela de : - promouvoir une culture de la performance dans l’Administration, - moderniser notre fiscalité, et notamment les procédures de défiscalisation, - et améliorer notre code de procédure civile. Madame Merceron est du reste actuellement en mission à Paris dans le cadre de la préparation de ce programme. * Le développement des archipels est une priorité du gouvernement. Outre la généralisation des services de télécommunications que j’évoquais tantôt, nous mettrons en place, avant la fin de l’année, un dispositif destiné à renforcer les administrations de proximité. Dès le mois prochain, un observatoire des archipels sera mis en ligne. Nous travaillons aussi à l’amélioration des dessertes maritimes et aériennes, à la fois en volume et en qualité. Nous souhaitons enfin réduire la dépendance des archipels au pétrole, notamment pour la production d’électricité. Nous présenterons prochainement un plan d’action dans ce domaine destiné à promouvoir les énergies alternatives et renouvelables. * …/… 3


L’éducation et la formation sont au cœur du processus de développement de notre pays. Des retards dramatiques ont malheureusement été pris dans ces domaines, aussi bien en ce qui concerne le fonctionnement que la construction de nouveaux établissements. Nous avons le souci de tout faire pour y remédier. Nous avons renoué le dialogue avec le ministère de l’Éducation nationale avec lequel une convention a pu être signée. Un programme de constructions scolaires a été lancé. * Le système de protection sociale généralisée, créé en 1995, garantit à l’ensemble de la population la prise en charge des frais médicaux. L’opération Te Autaeaeraa, outre qu’elle n’a servi à rien puisqu’elle n’a fait que nourrir l’inflation et que le pouvoir d’achat des ménages a en réalité baissé, a mis à mal l’équilibre des comptes la P.S.G. Nous n’avons plus d’autre choix à présent que de la réformer pour en assurer la pérennité. L’enjeu principal réside dans la définition d’un mode de financement juste et adapté, préservant la vitalité de notre économie : il s’agira de sauvegarder la couverture sociale des Polynésiens, sans grever leur pouvoir d’achat ni alourdir les charges des entreprises. Le gouvernement souhaite que cette réforme ait lieu dans le cadre du pacte que nous espérons signer avec les partenaires sociaux avant la fin de l’année. Ce pacte aura plus généralement pour objectif de stimuler l’activité économique au service du progrès social. * Je sais à quel point le logement constitue un problème pour une grande partie de la population. Dans ce domaine, nous avons défini quatre objectifs prioritaires : - d’abord développer une offre de logements sociaux adaptée aux besoins, - pérenniser et compléter les procédures d’aide au logement, - restructurer l’Office Polynésien de l’Habitat de manière à renforcer l’aspect social de ses missions tout en préservant son équilibre financier, - enfin, réformer le cadre de l’action publique, notamment par la création d’un service administratif de l’Habitat et d’une agence immobilière sociale. *

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En matière d’équipement, nous avons débloqué plus de 14 milliards de francs en crédits de paiement pour l’exercice 2007. Ces fonds sont destinés au financement de travaux de voirie et d’aménagement de rivières, à la construction d’ouvrages portuaires et aéroportuaires ainsi que des bâtiments publics dans tous les archipels. Outre la réalisation d’infrastructures indispensables, ces opérations permettront de redynamiser le secteur du BTP, impatient de voir la demande publique redémarrer. * Dans le domaine de la santé, notre priorité est évidemment l’achèvement du chantier du nouvel hôpital et la garantie de son fonctionnement futur. Cela ne doit pourtant pas faire oublier les besoins considérables en soins de proximité. Il apparaît que ceux-ci sont loin d’être couverts sur l’ensemble de notre pays, notamment pour ce qui est de la santé mentale et du manque de personnel médical et paramédical. Nous comptons également remettre l’accent sur la prévention et redonner à l’E.P.A.P. les moyens de travailler dont il avait été privé pendant le taui. * En dépit d’un certain retour du poisson, la pêche reste dans une situation délicate. Le gouvernement en a conscience et notre priorité dans ce secteur sera la mise en œuvre d’un fonds de garantie destiné à soutenir la remise à niveau des unités de pêche hauturière et à aider les entreprises à faire face à leurs difficultés. Nous travaillons également à l’élaboration d’un statut du marin pêcheur et nous encouragerons les exportations. * La culture est un élément crucial de notre développement. À la fois parce que l’on ne saurait faire évoluer un pays sans prendre en compte ses besoins culturels, mais aussi parce que notre culture est un atout considérable dans l’essor du tourisme et des activités de service. La culture et l’artisanat offrent en effet de forts potentiels de création d’emplois encore insuffisamment exploités. Dans ce domaine, nous sommes animés du souci de préserver nos sites culturels qui sont fortement dégradés. Nous réfléchissons également à l’épuisement des ressources naturelles nécessaires à l’artisanat, au manque de motivation des jeunes à s’y impliquer et à l’amélioration des circuits de commercialisation. …/… 5


Pour conclure ce bref tour d’horizon de l’action gouvernementale depuis le début de l’année, je voudrais dire un mot des transports. C’est un souci quotidien pour la majorité de nos concitoyens et le gouvernement s’y intéresse au plus haut point. Nous travaillons actuellement sur une modernisation du Code de la Route, sur la sécurité routière et sur une amélioration des services de transport en commun, notamment par la construction d’abribus. * Tous ces besoins urgents, tous ces projets doivent être financés. C’est pourquoi la priorité absolue de mon gouvernement était de renouer des relations franches et cordiales avec l’État sans le soutien duquel rien de tout ce que je viens d’évoquer ne serait envisageable. Aussitôt que j’ai pu le faire, je me suis rendu à Paris où j’ai eu l’honneur d’être reçu par Monsieur Nicolas Sarkozy avec qui j’ai eu un excellent contact et qui m’a assuré de son total soutien. Je retournerai à Paris dès la semaine prochaine, à la tête d’une importante délégation gouvernementale pour faire avancer nos dossiers. Nous pouvons aussi compter sur l’appui de Madame Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, et du secrétaire d’État à l’Outremer, Monsieur Christian Estrosi, avec qui les relations sont au beau fixe. Un président de la République attentif et ouvert, un ministre et un secrétaire d’État décidés à faire de leur mieux pour accompagner nos actions, deux députés motivés, fraîchement élus au sein de la majorité présidentielle, nous avons à présent tous les atouts pour réussir. Je vous rappelle que nous proposerons aux autorités de l’État de travailler ensemble sur quatre grands thèmes prioritaires de contrats de projets définis en partenariat avec Madame le Haut-commissaire : - le logement social - la santé - l’aménagement et l’équipement de notre pays (notamment en matière d’environnement et de sécurité) - et enfin l’enseignement supérieur et la recherche * Voilà, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Représentants de l’opposition, la réponse que je souhaitais apporter aux basses accusations contenues dans votre motion de censure. …/… 6


C’est un message de travail, de responsabilité, et d’espoir. C’est un appel à l’union de tous les autonomistes de ce pays, pour que la Polynésie reste française. Qu’elle poursuive son développement dans la paix, et que notre belle culture puisse librement continuer à s’exprimer et à rayonner dans le monde. Je vous remercie.

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FÊTE DE L’AUTONOMIE AUX AUSTRALES Discours de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

28 juin 2007 - Mairie de Rurutu

Monsieur l’Administrateur des Australes Monsieur le Ministre, Maire de Rurutu, Monsieur le Vice-président, Mesdames et Messieurs les Ministres, Messieurs les Maires des Australes, Mesdames et Messieurs les élus municipaux, Mesdames et Messieurs, Chers amis, C’est avec joie et honneur que les membres du gouvernement et moi-même sommes ici aujourd’hui, à Rurutu, pour célébrer avec vous le vingt-troisième anniversaire de l’Autonomie de notre Pays. * Votre accueil si chaleureux, dans la plus pure tradition polynésienne d’hospitalité et de cordialité, nous touche profondément. Mauruuru. Nous sommes d’autant plus heureux que c’est la première fois, depuis trois ans, que la Fête du Pays est à nouveau célébrée officiellement le 29 juin. Célébrer l’autonomie de notre pays, c’est commémorer notre histoire. C’est faire vivre notre culture. C’est mettre en valeur nos savoir-faire ancestraux, nos coutumes, nos langues et nos traditions. Faisant suite à l’alliance scellée avec la France au dixneuvième siècle par nos anciens chefs, l’autonomie obtenue progressivement depuis 1977, reconnaît nos intérêts propres, nos spécificités et notre identité profonde. Désormais, la Polynésie française se gouverne librement et démocratiquement par ses institutions et ses représentants élus. …/…


La République française garantit cette autonomie et son évolution, de manière à accompagner durablement notre pays dans son développement économique, social et culturel. L’autonomie dans la République, c’est le pouvoir de nos élus dans l’exercice de nos compétences, la préservation de notre identité culturelle, la reconnaissance de nos signes distinctifs, comme notre drapeau et notre hymne et, en même temps, la sécurité d’appartenir à une grande nation, l’ouverture sur l’Europe et le monde, l’accès à une économie moderne, à des droits civiques et sociaux protégés et à la solidarité nationale. L’autonomie dans la République, ce lien original entre la France et la Polynésie, que nous envient bien d’autres peuples, sachons l’apprécier, la préserver et lui rendre hommage, ainsi qu’à toutes celles et tous ceux qui ont contribué à la construire. * Une des principales difficultés auxquelles se heurte le développement de notre pays, est sa dispersion géographique. Il est vrai que Tahiti et Moorea concentrent plus des trois quarts de notre population. Mais, comme un corps a quatre membres et une tête, notre pays est bien constitué de cinq archipels. La Polynésie française n’existe que par leur réunion. Voilà pourquoi, chaque île, chaque personne, chaque enfant nous sont si précieux. C’est la richesse de notre pays, C’est son âme. J’aimerais profiter de cette occasion un peu solennelle pour adresser à tous nos compatriotes, des archipels en général et des Australes en particulier, un message de rassemblement et de solidarité. Nous savons bien ce que nous devons à chaque archipel en termes de diversité économique et culturelle. Je voudrais que les habitants des archipels sachent que nous travaillons pour eux. Le gouvernement et moi-même sommes animés de la plus grande bienveillance à leur égard et par la volonté de mieux compenser leurs handicaps naturels. Nous sommes engagés dans une politique volontariste de redistribution en faveur des îles et des communes délaissées depuis trop longtemps. Ayant constaté certaines inégalités et d’importants retards dans la répartition des subventions aux communes, nous avons décidé de rétablir une plus grande équité dans l’attribution de ces subventions, fondée sur des critères clairs et précis. Nous avons défini cinq secteurs prioritaires : - l’électrification, - l’adduction d’eau potable, - l’assainissement, - le désenclavement, - et l’amélioration du cadre de vie. …/…

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Ainsi, en 2007, les communes des archipels recevront près de deux milliards de subventions du Pays. * Les populations des archipels doivent, autant que possible, bénéficier sur place, chez eux, des services publics essentiels dans les domaines de la santé, de l’éducation, des télécommunications, des transports… Dès le mois prochain, un observatoire des archipels sera mis en ligne. Ce site Internet, accessible à tous, rassemblera les données disponibles sur les archipels. Ces informations seront régulièrement réactualisées et analysées pour nous permettre de mieux adapter notre politique aux besoins et aux réalités de nos archipels. * Nous travaillons aussi à l’amélioration des dessertes maritimes et aériennes, à la fois en volume et en qualité. Vous n’ignorez certainement pas que le Tuhaa Pae III cessera de naviguer l’année prochaine, en 2008. Mais, soyez tranquilles, il sera remplacé par le Tuhaa Pae IV, plus moderne et plus performant. Construit en Chine, ce nouveau bateau mesurera soixante-dix mètres de long et pourra transporter mille tonnes de fret, soit une quarantaine de conteneurs dont huit réfrigérés, et soixante à quatre-vingt-dix passagers, à la vitesse de douze nœuds. À cette occasion, nous réfléchissons à l’élaboration d’un nouveau schéma de desserte maritime des Australes permettant notamment de désenclaver Rapa, à raison de huit à douze liaisons annuelles, tout en améliorant le service des autres îles Australes. * Nous souhaitons aussi réduire la dépendance des archipels au pétrole, notamment pour la production d’électricité. Nous présenterons prochainement un plan d’action dans ce domaine destiné à promouvoir les énergies alternatives et renouvelables. * En matière d’équipement, nous financerons des travaux de voirie et d’aménagement de rivières, des constructions d’ouvrages portuaires et aéroportuaires ainsi que des bâtiments publics dans tous les archipels. …/… 3


En ce qui concerne plus particulièrement les Australes, je peux vous confirmer l’élargissement et la rénovation de la piste de l’aéroport de Rurutu, pour un investissement de 350 millions de francs Pacifique. L’appel d’offres a été lancé et les travaux sont prévus pour le mois de septembre prochain. L’aérogare et la vigie de Rimatara seront aussi bientôt inaugurés. En 2008, est prévue la construction de deux darses à Rurutu, à Avera et Hauti, ainsi que d’une marina à Raivavae. Le Pays a aussi financé l’organisation des Quatrième Jeux des Australes que nous ouvrirons officiellement cet après-midi. * Avec sa culture et ses paysages spécifiques, chaque archipel possède ses propres atouts pour son développement. Une Nature magnifique et préservée, des traditions bien vivantes, une population accueillante et désireuse de progresser, les archipels disposent d’un formidable potentiel. Le gouvernement a pour ambition d’accompagner leurs efforts dans les domaines du tourisme, de l’artisanat, de l’agriculture, de la pêche et de toutes les activités capables de créer des emplois et de permettre aux populations de se maintenir dans les îles. * Le défi du développement des archipels ne saurait être relevé sans le soutien et la contribution de l’État dont nous souhaitons faire bénéficier tous les Polynésiens. La première priorité de mon gouvernement était évidemment de renouer avec lui des relations franches et cordiales. Aussitôt que possible, je me suis rendu à Paris où j’ai eu l’honneur d’être reçu par Monsieur Nicolas Sarkozy qui m’a assuré de son soutien. Je le rencontrerai à nouveau le 6 juillet dans le cadre du voyage officiel que j’effectuerai la semaine prochaine à la tête d’une importante délégation polynésienne. Pendant ce séjour, je verrai aussi le Premier ministre, Monsieur François Fillon, la ministre de l’Intérieur, Madame Michèle Alliot-Marieet, bien sûr, le secrétaire d’État à l’Outremer, Monsieur Christian Estrosi. Nous défendrons notamment le contrat de projets élaboré en partenariat avec Madame le Haut-commissaire et portant sur les cinq prochaines années pour le financement en commun d’opérations structurantes. *

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Je voudrais enfin remercier les électeurs des Australes, et notamment ceux de Rurutu, qui ont accordé leur confiance à Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de mai dernier, et au candidat autonomiste, Michel Buillard, pour les élections législatives. Soyez fiers de vivre dans une Polynésie française. L’autonomie au sein de la République nous donne tous les atouts pour réussir. Ne manquons pas cette chance. Encore merci Monsieur le Maire pour votre accueil et celui de votre population. Merci à toutes celles et ceux qui ont participé à l’organisation de cette visite officielle. Le gouvernement et moi-même apprécions votre invitation et nous vous souhaitons une excellente Fête de l’Autonomie. Vive Rurutu, Vive les Australes, Vive la Polynésie française, Et Vive la France. Mauruuru.

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QUATRIÈMES JEUX DE L’ARCHIPEL DES AUSTRALES Ouverture officielle par Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

28 juin 2007 - Rurutu

Monsieur l’Administrateur des Iles Australes, Monsieur le Vice-président, Monsieur le Ministre, Maire de Rurutu, Mesdames et Messieurs les Ministres, Messieurs les Maires des communes des Australes Mesdames et Messieurs les Élus municipaux, Monsieur le Président du Comité olympique de Polynésie française, Monsieur le Président du Comité organisateur, Messieurs les Présidents de Fédérations, Mesdames et Messieurs les Officiels techniques, Mesdames et Messieurs les Athlètes, Mesdames et Messieurs, Chers amis sportifs, Les membres du gouvernement et moi-même sommes ravis d’être aujourd’hui avec vous dans cette île magnifique de Rurutu, pour la cérémonie d’ouverture des Quatrièmes Jeux des Iles Australes. En accueillant plus de mille jeunes athlètes et près de deux cents officiels techniques, pour cette grande fête du sport qui réunit, tous les trois ans, les meilleurs athlètes de l’archipel, Rurutu va devenir pendant une semaine la capitale sportive de notre pays. Honneur donc aux compétiteurs originaires de Raivavae, Rapa, Rimatara, Tubuai et Rurutu. Vous allez vous affronter dans le respect de l’idéal olympique et de l’esprit sportif dans huit disciplines : - Basket-ball, - Boxe, - Football,


- Hand-ball, - Pétanque, - Tennis de table, - Va’a, - et Volley-ball. Vous donnerez le meilleur de vous-mêmes pour l’honneur de votre discipline et porterez au plus haut les couleurs de votre île. Au-delà de l’engagement physique et de la volonté de vaincre, cette semaine de compétition illustrera avec bonheur cette autre magie du sport qui permet la rencontre, l’échange, la découverte et l’amitié. Honneur ensuite aux dirigeants, officiels techniques, entraîneurs et arbitres, sans qui ces Jeux et ce superbe spectacle ne pourraient avoir lieu. Honneur encore, à tous ceux qui ont contribué à cette grande organisation : - aux services techniques municipaux et du Pays, - au personnel de santé et de secours, - aux forces de sécurité, - mais aussi aux établissements scolaires et aux associations qui accueillent et hébergent les délégations, - sans oublier les transporteurs, commerçants et tous ceux qui, à leur mesure, ont apporté leur pierre à l’édifice. Honneur enfin, au public de Rurutu et des autres îles, toujours présent, et qui par son enthousiasme donne à cet événement toute sa dimension festive. Pendant ces huit jours, la population de Rurutu va presque doubler et l’animation sera présente sur tous les terrains de sport. Le gouvernement devait soutenir un tel élan. C’est ce qu’il a fait en finançant ces Jeux à hauteur de trente-deux millions de francs Pacifique par l’intermédiaire du ministère de la Jeunesse et des Sports, de l’Institut de la Jeunesse et des Sports et de l’Etablissement Public pour la Prévention. Merci au comité organisateur et un grand bravo pour ces Jeux qui s’annoncent déjà comme une réussite. Il est temps à présent de laisser la place aux athlètes et à la compétition. Faaitoito à toutes et à tous. Que les meilleurs gagnent. Je déclare officiellement ouverts les Quatrièmes Jeux de l’archipel des Australes. Vive le sport ! Vive les Iles Australes ! Mauruuru.

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FÊTE DE L’AUTONOMIE Discours de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

29 juin 2007 - Présidence

Monsieur le Secrétaire général représentant Madame le Haut-commissaire, Monsieur le Président de l’Assemblée de la Polynésie française, Monsieur le Président du Conseil économique, social et culturel, Monsieur le Député - Maire de Papeete, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Représentants à l’Assemblée de la Polynésie française, Mesdames et Messieurs les Maires et Élus municipaux, Mesdames et Messieurs les Présidents de fédérations et d’associations, Mesdames et Messieurs, Chers amis, Ia Orana e Maeva ! Bienvenue à tous. Vous me voyez tout spécialement heureux et honoré de vous accueillir ici, aujourd’hui. Je vous remercie d’avoir répondu, aussi nombreux, à mon invitation à fêter ensemble l’Autonomie de notre pays. Tout ce qui fait son originalité et sa personnalité dans l’ensemble français, c’est-à-dire notre culture, notre histoire, les couleurs et les saveurs de notre vie polynésienne. Cette année, cette célébration prend un relief tout particulier, puisque, après trois ans d’atermoiements, le 29 juin est à nouveau date officielle de la Fête du Pays. * Il y a exactement cent vingt-sept ans, le 29 juin 1880, à huit heures et demie du matin, tous les chefs de Tahiti et de Moorea étaient réunis avec le roi Pomaré V, à l’hôtel du gouvernement français, à l’invitation du commandant - commissaire Isidore Chessé. …/…


Conformément à la volonté de Pomaré V, un projet de déclaration de cession de ses États à la France avait été préparé. Le prince - pasteur Maheanu’u a Maï fut le premier à inscrire son nom en bas du texte. C’était le chef du district de Faa’a. Huit autres chefs apposèrent ensuite leurs signatures, ainsi que onze notables tahitiens. Enfin, Pomaré V se leva et signa en tête de liste, un texte par lequel il déclarait, en son nom et en celui de ses successeurs et descendants (je le cite) : « (…) Remettre, complètement et pour toujours, entre les mains de la France, le gouvernement et l’administration de nos États, comme aussi de nos droits et pouvoirs sur les îles de la Société et dépendances. Nos États sont ainsi réunis à la France (…) » Pomaré V venait de sceller l’alliance de Tahiti et ses îles avec la République française. Au départ, il ne s’agissait certainement pas d’un mariage d’amour. La raison y tenait le rôle principal. Mais, les nouveaux époux vivaient déjà ensemble depuis près de quarante ans. Ils s’appréciaient et se respectaient. Toujours est-il que ce partenariat dure depuis cent vingt-sept ans. Et l’on peut penser qu’il a encore de très beaux jours devant lui, si l’on en juge par les résultats des élections législatives du 17 juin dernier. Je voudrais profiter de l’occasion pour féliciter à nouveau Messieurs Michel Buillard, dont nous saluons la présence parmi nous, et Bruno Sandras pour leur succès mérité. Je ne doute pas que nos députés feront honneur à notre pays et qu’ils porteront bien haut les couleurs de la Polynésie française à l’Assemblée nationale. Ils peuvent compter sur notre soutien sans faille pour les épauler dans leurs missions. L’opposition avait souhaité faire de cette consultation nationale un pseudo référendum pour ou contre la rupture avec la France. Une très nette majorité de Polynésiens a heureusement choisi de rejeter ce scénario catastrophe. * La longévité et la réussite du couple Polynésie - France doivent beaucoup aux liens à la fois solides et souples qui nous unissent. Elles s’appuient sur une histoire commune, sur des échanges culturels, sociaux et économiques considérables, ainsi que sur de multiples et profondes attaches personnelles, affectives et familiales. Nous ne pouvons que souhaiter à nos enfants de vivre dans une Polynésie aussi pacifique, prospère et libre que celle d’aujourd’hui, sous la protection et avec le soutien de la grande démocratie qu’est la France, et dans le respect de nos valeurs culturelles et de la liberté de notre peuple de se gouverner comme il l’entend dans le cadre de la constitution de la République. * …/… 2


Pomaré V avait pris la plus sage décision pour le meilleur avenir possible. Il y avait toutefois posé une importante condition : « Nous demandons à ce grand pays de continuer à gouverner notre peuple en tenant compte des lois et coutumes tahitiennes. » Ainsi, toute la stratégie du roi Pomaré V montre qu’il fut le véritable « inventeur de l’autonomie ». Il fut le premier à comprendre, et c’est sans doute une gloire que l’Histoire lui a injustement refusée jusqu’ici, il fut le premier à comprendre quel était l’intérêt supérieur de son peuple et de son pays. Et si son sacrifice lui a certainement déchiré le cœur, il n’a pas été vain. La suite des événements lui a en tout cas donné pleinement raison. Au prix de son renoncement, les Polynésiens allaient pouvoir enfin vivre dans la paix, dans la sécurité, avec la liberté de faire évoluer leur propre culture, tout en s’ouvrant sur le monde et la modernité. Toute l’histoire de notre pays, depuis 1880, n’aura été qu’un long cheminement, souvent difficile, parfois même violent, mais inexorable, vers la réalisation complète de l’autonomie rêvée par Pomaré V, voire son dépassement. * À la différence de l’indépendance qui serait un aboutissement, un saut dans l’inconnu, l’autonomie n’est pas un concept statique ni une fin en soi. C’est, au contraire, une quête permanente et légitime, mais loyale et pacifique, de nouvelles responsabilités politiques. C’est la recherche et le maintien d’un équilibre subtil, perfectible, changeant comme la vie et dont la stabilité doit faire l’objet de tous nos soins. Mais, toujours dans le souci de préserver le pacte signé le 29 juin 1880, c’est-àdire dans le cadre de la République française. Voilà pourquoi le 29 juin est une date si fortement chargée de symbole pour les autonomistes que nous sommes. Voilà pourquoi c’est celle qui s’impose pour célébrer une Fête de l’Autonomie, puisque c’est ce jour-là que le concept même d’autonomie au sein de la République française est né, il y a cent vingt-sept ans. * Il s’en est d’ailleurs fallu de très peu pour que la Polynésie soit française plutôt qu’anglaise. Si tel avait été le cas, nous nous exprimerions aujourd’hui en anglais et nos véhicules rouleraient sur la gauche de la route. Notre pays serait indépendant depuis une quarantaine d’années. Une grande majorité d’entre nous vivrait dans le besoin. Et nous pleurerions de voir nos jeunes contraints de nous quitter en masse pour chercher fortune à l’étranger. Grâce au ciel, rien de tout cela n’est arrivé. Parce que nous sommes français. Polynésiens et français. …/… 3


Notre niveau de vie moyen est, de très loin, le plus enviable de tout le Pacifique sud insulaire. Et nos fils et nos filles ne sont pas contraints à l’exil. Aucun État indépendant de la région n’est en mesure de fournir à ses populations, en matière sociale, de santé, de transport, d’éducation, de communications, de sport, de sécurité…, des infrastructures et des services publics comparables aux nôtres. La Polynésie française est, avec la Nouvelle-Calédonie, française également, le seul pays océanien à posséder sa propre université, ses centres de recherche, bientôt son hôpital ultramoderne. C’est aussi le seul à disposer d’un système de protection sociale généralisée. Y avons-nous perdu notre âme ? Tous ces progrès ont-ils tué la culture ma’ohi ? Certainement pas. Bien au contraire, notre culture traditionnelle est bien vivante. Elle s’épanouit pleinement dans un espace de liberté et de créativité. Nous en avons encore la preuve ici même, aujourd’hui. En réalité, jamais la culture polynésienne n’a été si rayonnante, ni admirée. À trop nous observer le pito, nous oublions souvent que, dans le Pacifique sud et même dans le monde, notre pays fait figure d’oasis de paix, de liberté et de prospérité. * Cela dit, tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Loin de là ! Il existe encore trop de situations difficiles dans notre pays. Nous ne disposons pas encore d’assez de logements, de collèges, de lycées, d’internats, d’équipements publics. Nous avons d’importants besoins en matière de distribution d’eau, d’assainissement, de traitement des déchets. À nous, Polynésiens, de nous relever les manches et de savoir utiliser les moyens dont nous disposons au mieux de l’intérêt général et des futures générations. * Malheureusement, faute d’un dialogue constructif avec l’État, ces difficultés se sont aggravées pendant les dernières années et des retards se sont accumulés. Le crédit international de notre pays a été dégradé. Son image publique a été détériorée. Nous devons absolument rétablir la confiance. L’alliance scellée par Pomaré V avec la République est donc plus que jamais d’actualité. Existerait-il une alternative crédible ? Bien sûr que non ! Tout le monde le sait. Y compris les séparatistes, qui essaient de nous faire croire que rien ne changerait après l’indépendance. C’est faux et pur mensonge ! …/… 4


La rupture est actuellement à la mode. Mais, celle que ceux-là appellent de leurs vœux entraînerait, pour notre peuple et notre pays, un bouleversement et des souffrances que l’on peine à imaginer. Rompre cette union maintenant, au moment où nous avons le plus urgent besoin d’un partenariat sincère et efficace avec l’État, ce serait pure folie. Je suis tout au contraire bien décidé à poursuivre mes efforts pour optimiser les relations entre le Pays et l’État. Dès demain, je partirai pour Paris à la tête d’une délégation du gouvernement, de l’Assemblée et du CESC, pour une mission à laquelle j’attache la plus haute importance. J’aurai notamment l’honneur et le plaisir d’être à nouveau reçu par le président de la République. Je sais que nous pouvons compter sur lui. Permettez-moi de saisir cette occasion pour exprimer notre reconnaissance à la France et à l’État pour le soutien et la bienveillance qu’ils manifestent à l’égard de notre pays. Pour le bien des Polynésiens, je me réjouis des excellentes relations, à la fois personnelles et politiques, que nous entretenons avec le président de la République et avec son gouvernement. À Paris, nous défendrons notre contrat de projets qui doit permettre la mise en chantier de grandes opérations sur cinq ans. Nous évoquerons notamment avec les représentants de l’État le fonctionnement du nouvel hôpital et la relance des programmes de construction scolaire. Nous commencerons à réfléchir ensemble sur la loi d’orientation qui doit définir le cadre du développement de notre pays au cours des dix prochaines années. * En ce jour de Fête de notre Pays, j’aimerais enfin rendre hommage aux pionniers de l’autonomie polynésienne, gagnée le plus souvent de haute lutte, grâce au courage et à la détermination de quelques grands Polynésiens. Je pense à Pouvanaa a Oopa. Il a su en effet bousculer les mentalités et participer à la construction de notre autonomie. John Teariki et Francis Sanford firent, eux aussi, grandement progresser l’autonomie en obtenant le premier statut officiel d’autonomie de gestion en 1977. Mais, bien naturellement, mon hommage ira en particulier à notre sénateur Gaston Flosse, le père de l’autonomie moderne. Il a consacré sa vie à la Polynésie et s’est battu pendant des années pour qu’elle demeure française, tout en restant polynésienne aussi pleinement que possible. Nous leur exprimons la plus profonde gratitude. * …/…

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J’appelle solennellement toutes les Polynésiennes et tous les Polynésiens responsables, sans aucune distinction, à méditer sur la conduite du roi Pomaré V en 1880, et à se demander s’il ne vaudrait pas la peine de placer, comme il avait su le faire, l’intérêt supérieur du pays au-dessus de nos ambitions et objectifs personnels ou claniques. Car, l’avenir de notre pays dépend exclusivement de notre capacité à nous unir face aux immenses défis qui nous attendent. Le peuple espère beaucoup de nous, sachons l’écouter et donner le meilleur de nous-mêmes à son service pour ne pas le décevoir. * Merci aux fédérations et aux associations qui participent à la fête aujourd’hui. Toutes mes félicitations pour cette mobilisation impressionnante et pour le travail accompli. Merci pour vos offrandes. C’est vraiment très touchant. Je vous souhaite à toutes et à tous une excellente Fête de l’Autonomie. Vive la Polynésie française, et Vive la France. Mauruuru.

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REMISE DE L’ORDRE DE TAHITI NUI (14 récipiendaires)

Allocution et éloges de M. Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

29 juin 2007 – Présidence – Papeete

Mesdames et Messieurs, À l'occasion du vingt-troisième anniversaire de la Fête de notre pays, la fête de tous les Polynésiens, en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, c’est pour moi un grand honneur de remettre les insignes de l'Ordre de Tahiti Nui à quatorze personnalités auxquelles la Polynésie française souhaite rendre un hommage solennel. Ces femmes et ces hommes, par la qualité de leur action, leur contribution et leurs services exceptionnels au bénéfice de notre société polynésienne, ont mérité un témoignage public de mérite, d'estime et de reconnaissance. Cet hommage de notre Pays se concrétise aujourd’hui par leur nomination dans l'Ordre de Tahiti Nui. Cet Ordre, comme le drapeau que nous venons de hisser en haut de ce mât, comme l'hymne que nous avons chanté avec émotion et fierté, symbolise l'autonomie de notre pays, son identité culturelle. Il exprime aussi notre amour pour la Polynésie, notre conscience et notre fierté d'être Polynésiens.

1 Monsieur Cyuroku MUROI (Commandeur) Mina sama konnichi wa, Cyuroku Muroi, vous êtes biologiste spécialisé en pisciculture, aquaculture et ostréïculture, diplômé de la plus prestigieuse université du Japon. Dès 1953, vous travaillez sur les techniques de greffe de la perle japonaise akoya. En 1956, vous contribuez à la mise en place du programme nippo-australien de développement de la perliculture en Australie. …/…


En 1961, à l’heureuse initiative du regretté Jean Domard, chef du service de l’Agriculture, vous êtes recruté par le gouvernement français pour intervenir dans le projet de développement de la perliculture en Polynésie française. Vous effectuez les premières greffes à Hikueru. En 1962, on récoltera les soixante-huit premières perles de culture de Tahiti. Vous êtes donc, en quelque sorte, le « père » de la perliculture polynésienne. Honorable Cyuroku Muroi, la Polynésie française reconnaissante est heureuse de vous remettre les insignes de Commandeur de l’Ordre de Tahiti Nui.

2 Monsieur Morihiro NAGAHORI (Commandeur) Mina sama konnichi wa Morihiro Nagahori, Vous êtes né au Japon, diplômé de la prestigieuse université de Meiji. Passionné par la perle, vous fondez la société de négoce Nagahori Pearls en 1962. En 1982, vos mérites professionnels vous portent à la présidence de l’Association internationale de la Joaillerie en métaux précieux. Vous occuperez ensuite successivement les fonctions de vice-président puis de président de l’Association japonaise de la Joaillerie. Depuis 1992, vous êtes membre du conseil académique de l’université de Meiji. Vous avez toujours cru en la perle de Tahiti et vous êtes l’un de ceux qui se sont portés garants de sa qualité sur le marché international. En 1994, vous êtes l’un des fondateurs de la Japan Black Pearl Association, dont vous êtes encore membre aujourd’hui. Vous êtes aussi l’un des principaux acheteurs de nos perles de Tahiti. Depuis 1986, vous avez investi pas moins de six milliards et demi de francs Pacifique dans ce négoce. Monsieur Morihiro Nagahori, la Polynésie française tient à vous rendre hommage. J’ai le plaisir et l’honneur de vous remettre les insignes de Commandeur dans l’Ordre de Tahiti Nui.

3 Monsieur Homer Krehbiel MORGAN (Officier) Monsieur Homer Morgan, …/… 2


Vous êtes né en Californie et vous vivez en Polynésie française depuis 1949. Vous êtes le créateur du groupe commercial Morgan-Vernex. Au début des années 1960, vous vous lancez dans l’hôtellerie et le tourisme. Vous avez notamment dirigé l’ Hôtel Tahiti puis le Tahiti Village et le Bel Air à partir de 1969. Après un séjour aux Iles Cook, vous revenez au fenua en 1985 pour diriger l’hôtel Tahara’a. En 1994, vous êtes nommé directeur des ventes et marketing de l’agence de voyages Paradise Tours. Vos mémoires paraissent depuis 2001 dans l’hebdomadaire anglophone Tahiti Beach Press. Vous avez également participé et contribué à la création du musée de la Maison de James Norman Hall à Arue. Monsieur Homer Morgan, pionnier et acteur indéfectible du tourisme en Polynésie française, au nom de notre Pays, je suis heureux de vous remettre les insignes d’Officier de l'Ordre de Tahiti Nui.

4 Monsieur Vidhan CHAUDHARI (Officier) Monsieur Vidhan Chaudhari, Issu d’une lignée de joailliers indiens de Bombay, spécialisés dans la perle, vous êtes né au Rajasthan en Inde. Vous avez dix-sept ans, en 1969, lorsque vous rejoignez votre père qui vient de fonder la compagnie Orient Pearls à Kobé, Japon, où une communauté indienne de fabricants joailliers s’est implantée. En 1980, vous découvrez la perle de Tahiti, et dès lors, vous travaillez à sa promotion en Inde et sur les marchés mondiaux. Vous avez pris la succession de votre père à la tête d’Orient Pearls, et vous êtes membre fondateur de la Japan Black Pearl Association. Monsieur Vidhan Chaudhari, votre discrétion vous honore et votre mérite est d’autant plus grand que vous n’oubliez pas les principes de compassion et d’humilité de votre philosophie de vie. Vous êtes résolument engagé dans l’action humanitaire. La Polynésie française reconnaissante vous distingue aujourd’hui en vous nommant Officier de l’Ordre de Tahiti Nui.

5 Madame Flora AURIMA - DEVATINE (Officier) Madame Flora Devatine, …/… 3


Vous êtes venue au monde tout au bout de la Presqu’île de Tahiti, là où s’élèvent les falaises du Pari. Vous avez été professeur d’espagnol au Lycée Pomare IV de 1968 à 1997. Vous êtes membre de l’Académie tahitienne depuis sa création en 1972 et, à ce titre, vous avez été chargée d’enseignement en poésie et en reo ma’ohi à l’Université de la Polynésie française. Engagée dans la lutte pour les droits des femmes, vous avez été Déléguée d’État à la Condition féminine de 1979 à 1984 et vous avez participé à la création du Centre territorial des droits des femmes et des familles. Les Polynésiennes vous doivent notamment la première célébration de la Journée de la Femme et vous avez participé à la création du Conseil des Femmes. Ecrivain et poète, vous dirigez notamment la revue Littérama’ohi. Vous êtes étroitement attachée à votre fenua et vous menez sur tous les fronts un combat pour la reconnaissance d’une « conscience polynésienne ». Madame Flora Devatine, à la femme accomplie que vous êtes, en témoignage d’estime pour votre action dans la vie publique qui fait honneur à toutes les Polynésiennes, j’ai le plaisir de vous remettre les insignes d’Officier dans l’Ordre de Tahiti Nui.

6 Madame Louise PELTZER (Officier) Madame Louise Peltzer, Vous êtes née à Huahine. Depuis 2005, vous présidez l’Université de la Polynésie française et cette haute fonction témoigne d’un parcours exceptionnel qui vous honore. En 1986, vous obtenez un doctorat de troisième cycle en linguistique à Paris. De 1998 à 2004, vous êtes ministre de la Culture, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, chargée de la Promotion des langues polynésiennes, au sein du gouvernement de la Polynésie française. Durant votre ministère, vous œuvrez notamment avec ténacité et efficacité pour la reconnaissance du reo ma’ohi. Ecrivain prolifique et talentueux, vous avez à votre actif de nombreux articles et ouvrages dans les domaines de la linguistique et de la grammaire tahitienne. On vous doit aussi des romans, des recueils de poèmes et divers essais. En 2004, vous devenez membre de l’Académie tahitienne et professeur des universités. Vous avez tout fait pour stimuler le développement culturel de notre Pays, en encourageant l’écriture et l’édition et en favorisant l’organisation de manifestations culturelles. Nous vous devons aussi la réhabilitation du Musée de Tahiti et des Iles. …/… 4


Madame Louise Peltzer, vous avez été nommée Chevalier dans l’Ordre national du Mérite en 1998, puis Chevalier dans l’Ordre des Palmes académiques en 2005 et enfin Officier dans l’Ordre national du Mérite en 2007. La Polynésie française vous témoigne à son tour son estime et sa grande reconnaissance, en vous remettant les insignes d’Officier dans l’Ordre de Tahiti Nui.

7 Monsieur Jean-Baptiste, Heitarauri CERAN-JERUSALEMY (Chevalier) Monsieur Jean-Baptiste Ceran-Jerusalemy, Vous êtes né à Papeete. Héritier des valeurs de la très fameuse lignée de Puni, dernier arii rahi et illustre guerrier de Porapora, votre prénom polynésien de Heitarauri - du nom du totem protecteur des gens de mer des Iles Sous-le-Vent - aura marqué votre destin de protecteur des femmes et des hommes de ce pays. Politicien engagé, syndicaliste acharné, mais aussi excellent père d’une grande famille de dix-sept enfants, vous accédez par deux fois, en 1953 puis en 1958, à la présidence de l’Assemblée représentative des Etablissements Français d’Océanie. Aux côtés de votre fidèle ami et compagnon de lutte de toujours, le metua Pouvanaa a Oopa, vous fondez le Comité Pouvanaa, qui deviendra le R.D.P.T., dont vous serez le secrétaire général. Vous êtes aussi à l’origine de la Caisse de Prévoyance Sociale, notre CPS, qui fête ses cinquante ans d’existence. Monsieur Jean-Baptiste Ceran-Jerusalemy, le Pays s’incline devant votre grande foi en son avenir. Pour votre digne contribution à l’essor de l’autonomie de la Polynésie française, c’est avec un profond respect que je vous remets les insignes de Chevalier dans l’Ordre de Tahiti Nui.

8 Monsieur Yvanhoe TEAMOTUAITAU dit Papa MATARAU (Chevalier) Papa Matarau, Vous êtes né à Papeete. Après avoir servi la France sous les drapeaux, vous travaillez au service des Travaux publics jusqu’en 1946, avant d’occuper la fonction de secrétaire d’état-civil à la mairie de Papetoai, à Moorea, où vous résidez avec votre épouse, Terai Andréa ä Tauira, et vos dix enfants. …/… 5


Votre naissance au lever des Pléiades, vous honore du titre d’enfant de Matarii. C’est pourquoi vous choisirez finalement de faire vivre votre famille des fruits de ce cycle du temps fécond, en devenant pêcheur, agriculteur et éleveur. Matarii vous a aussi fait don de l’éloquence et d’une capacité exceptionnelle de mémorisation, que vous avez à cœur de transmettre aux jeunes générations. Ainsi, d’un sommet à l’autre du triangle polynésien, vous êtes reconnu comme le gardien des traditions populaires, le dernier Haere po, l’orateur traditionnel de choix lors des cérémonies et festivités culturelles. Votre expertise en reo ma’ohi et en culture polynésienne fait de vous un précieux conseiller de la communauté scientifique du Pacifique, des enseignants, des étudiants et des artistes. Respecté de tous pour votre grande sagesse, votre foi chrétienne et votre nature profondément ma’ohi, Papa Matarau, veuillez accepter l’hommage du Pays. Je suis heureux de vous remettre les insignes de Chevalier dans l’Ordre de Tahiti Nui.

9 Mata TUATAA - COWAN (Chevalier) Madame Mata Cowan, Vous êtes née à Tahiti et vous vous êtes mariée en Nouvelle-Zélande. En 1967, vous rentrez au fenua pour commencer une carrière dans le tourisme. En 1973, vous fondez la société Marama Transports Touristiques. Votre persévérance, votre volonté de réussir, vous poussent à prospecter votre clientèle jusqu’aux Etats-Unis, en Nouvelle-Zélande et en Australie. En 1978, vous créez votre propre agence de voyages, Marama Tours. Depuis plusieurs années, vous êtes présente sur les grands salons du tourisme international, participant activement à la promotion de la Polynésie française. Vous êtes présidente du syndicat des transporteurs touristiques de Tahiti et vous occupez plusieurs fonctions au sein des comités siégeant au service des Transports terrestres. Madame Mata Cowan, au nom de la Polynésie française, j’ai l’honneur de vous remettre les insignes de Chevalier de l'Ordre de Tahiti Nui.

10 Monsieur Claudino LAURENT (Chevalier) Monsieur Claudino Laurent, …/… 6


Vous êtes né à Tahiti. Grand sportif, vous vous êtes pleinement investi dans le cyclisme, notamment par vos participations aux Jeux du Pacifique sud et par vos activités d’encadrement et d’entraînement des jeunes. Depuis douze ans, vous dirigez le service de l’Imprimerie officielle. Nous mettons aujourd’hui à l’honneur votre excellence professionnelle et vos qualités humaines. Monsieur Claudino Laurent, par votre remarquable contribution au service de la collectivité, vous avez mérité d'être, aujourd’hui, publiquement distingué par la nomination au grade de Chevalier dans l'Ordre de Tahiti Nui

11 Madame Enité, Maliana TEMAINA-LAFOURCADE (Chevalier) Madame Enité Temaina-Lafourcade, Vous êtes née à Huahine. Mère de quatre enfants, vous dirigez la principale entreprise de transport touristique de votre île. Vous avez débuté dans la vie active dès l’âge de quatorze ans et votre parcours professionnel est exemplaire. En 2003, votre courage et votre professionnalisme sont récompensés par un Business Award international. Suivi, en 2006, de la Médaille d’Or du Tourisme. Vous avez fait l’objet de plusieurs articles louangeurs dans de célèbres journaux étrangers. Madame Enité Temaina-Lafourcade, je tiens encore aujourd’hui à honorer vos mérites de femme de cœur et d’affaires, en vous remettant les insignes de Chevalier dans l’Ordre de Tahiti Nui.

12 Monsieur Henri CORNETTE DE SAINT CYR (Chevalier) Monsieur Henri Cornette de Saint Cyr, Vous êtes né à Casablanca, au Maroc. En 1969, alors que vous effectuez votre service militaire dans la marine nationale à Tahiti, vous tombez amoureux de nos lagons sur lesquels vous ferez par la suite voguer des myriades de bateaux à voile. …/…

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Passionné de sports nautiques, vous représenterez dignement notre pays en participant à des courses à la voile et serez sacré à deux reprises champion de Polynésie française. En 1974, vous êtes nommé directeur de l’Ecole de voile d’Arue, fonction que vous occupez encore aujourd’hui avec beaucoup d’enthousiasme et un grand savoir-faire. En 1993, votre compassion naturelle vous pousse à créer la Saga Kaina, une opération destinée à offrir quelques semaines de vraies vacances aux enfants les plus démunis. Cette expérience originale est axée sur la pratique de la voile, mais elle se fonde surtout sur les valeurs de la vie en commun auxquelles vous avez brillamment fait adhérer des centaines d’enfants polynésiens. Unanimement appréciée, la Saga Kaina est devenue un événement incontournable, ayant lieu chaque année sur une île et autour d’un thème différents. En 2006, vous aviez choisi la protection de l’environnement et, à ce titre, vous avez été nommé Ambassadeur dans le cadre de l’opération Défi pour la Terre. Monsieur Henri Cornette de Saint Cyr, vous avez été fait Chevalier des Palmes académiques en 2000, et Chevalier de l’Ordre national du Mérite en 2001. En ce jour, la Polynésie française vous témoigne toute sa reconnaissance en vous remettant les insignes de Chevalier dans l’Ordre de Tahiti Nui.

13 Madame Yvette Tepoe TEMAURI (Chevalier) Madame Yvette Temauri, Vous êtes originaire d’Uturoa, à Raiatea. Très tôt, votre passion pour le sport vous propulsera sur les plus hautes marches des podiums, notamment dans votre discipline favorite, le volley-ball, avec sept médailles d’or remportées aux Jeux du Pacifique Sud de 1966 à 1991. Vous vous distinguez aussi au niveau national, avec plusieurs titres de championne en volley-ball, mais aussi en hand-ball, athlétisme, natation et même football. Vous vous êtes dévouée à l’enseignement du sport auprès des jeunes, au cours d’une longue carrière de plus de quarante ans. Ce dévouement à autrui s’est aussi manifesté dans votre engagement chrétien, dans le cadre d’actions d’animation et d’encadrement de mouvements de jeunesse. Vous avez assumé la direction du Foyer des jeunes filles de Paofai pendant treize ans.

…/… 8


Madame Yvette Temauri, en hommage à votre palmarès sportif exceptionnel, mais aussi pour votre remarquable contribution au service de notre jeunesse polynésienne, vous avez mérité d’être publiquement distinguée par votre nomination au grade de Chevalier dans l’Ordre de Tahiti Nui.

14 Monsieur Eng-Horn YO (Officier) Monsieur Eng-Horn Yo, Vous êtes neurochirurgien. Né au Cambodge, vous partez faire vos études en France en 1972. Mais, la prise du pouvoir par les Khmers rouges à Pnom Penh, vous empêche de rentrer dans votre pays natal. Vous obtenez la nationalité française en 1978. En 1991, le ministère de la Santé en Polynésie française vous charge de créer un service de neurochirurgie au Centre Hospitalier Territorial de Mamao. Non seulement vous avez créé ce service, mais vous l’avez animé pendant onze ans, avec une compétence et une disponibilité unanimement reconnues par le corps médical et la population. Désormais, votre objectif est de retourner au Cambodge afin de transmettre votre savoir aux jeunes médecins cambodgiens, et d’y créer un service de neurochirurgie. Le Cambodge vous a fait Chevalier de l’Ordre Royal du Mérite. La France vous a nommé Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur, Monsieur Eng-Horn Yo, en témoignage de la reconnaissance de la Polynésie française, veuillez accepter la distinction d’Officier dans l’Ordre de Tahiti Nui.

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Le président Gaston Tong Sang prononce son discours place de l'Autonomie à Papeete 29 juin 2007 - Fête de l'Autonomie


INAUGURATION OFFICIELLE DES AMÉNAGEMENTS DU GOLF OLIVIER BRÉAUD Allocution de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

Samedi 30 juin 2007 - 16 h - Atimaono

Monsieur le Vice-président de la Polynésie française, Mesdames et Messieurs les Ministres, Monsieur le Maire de Teva I Uta, Mesdames et Messieurs les Elus municipaux de Mataiea et de Papara, Monsieur le Président de la Fédération Polynésienne de Golf, Monsieur le Directeur de l’EGAT, Mesdames et Messieurs, Chers amis golfeurs, J’ai pu parcourir cet après-midi, avec vous, Monsieur le Vice-président, une partie du domaine d’Atimaono. J’ai été vraiment impressionné par la beauté et la qualité du jeu des professionnels encore en lice dans cet Open International de Golf de Tahiti 2007. Ils évoluent vraiment dans un site magnifique. Cette étendue de verdure sur une surface de plus de soixante hectares, ces nombreuses variétés d’arbres et de plantes que l’on rencontre sur tout le parcours. Il doit être agréable de pratiquer le golf dans un tel environnement. En effet, et comme vous l’avez évoqué, Monsieur le Vice-président, nous avons la ferme volonté de rendre ses lettres de noblesse à ce merveilleux site de Teva I Uta. Nous souhaitons promouvoir ce parcours auprès des golfeurs amateurs et professionnels locaux et internationaux. Monsieur Temauri Foster, président du conseil d’administration de l’EGAT, a mon entier soutien pour mener une politique de développement durable sur ce site d’Atimaono. …/…


Lors du vote du budget à l’Assemblée, en avril dernier, nous avons accordé cent quatre-vingt-dix millions de francs Pacifique en crédits de paiement pour la rénovation des infrastructures du domaine d’Atimaono et l’amélioration des conditions d’accueil. J’ai aussi confié au vice-président la mission d’animer une réflexion profonde sur la valorisation de l’ensemble de ce domaine public de mille quatre cents hectares. Nous souhaitons en faire un véritable pôle de développement économique générateur d’emplois. Car, cette zone rurale ne doit pas être oubliée. Nous devons veiller à son développement harmonieux, pour le bien être de notre population. Le tourisme est la première ressource de notre fenua. Le golf Olivier Bréaud est un outil indispensable de son développement. Pourquoi ne serait-il pas un nouveau fer de lance de notre industrie touristique ? Le golf est pratiqué par des dizaines de millions de passionnés dans le monde. Et même si nous ne pourrons jamais rivaliser avec d’autres destinations golfiques, comme Hawaii qui dispose de quatre-vingts parcours, ou encore Fidji, Guam, les Bahamas… le golf polynésien a sa carte à jouer, son créneau pour attirer un public de touristes intéressés par notre patrimoine culturel, nos paysages, mais aussi par nos parcours de golf, puisque, désormais, nous pouvons parler au pluriel… Depuis quelques semaines en effet, grâce à l’ouverture du golf de Temae à Moorea, pour la première fois dans l’histoire du golf polynésien, le golf Olivier Bréaud d’Atimaono n’est plus l’unique parcours de notre pays. Et je souhaite que nous puissions bientôt voir l’ouverture de nouveaux parcours dans d’autres îles. Ainsi, en disposant de terrains aux standards internationaux, nous serons à même de séduire toute une nouvelle clientèle de golfeurs amateurs ou professionnels souhaitant découvrir un environnement original, prestigieux et encore inexploré, ce qui, vous en conviendrez, se fait plutôt rare dans le monde golfique contemporain. Tout comme vous, Monsieur le Vice-président, je tiens à féliciter la société Gregori International, pour la réalisation de son magnifique parcours en bord de lagon à Moorea. Ce projet prévoit aussi la construction d’un hôtel et de villas de haut standing. Cette initiative contribue largement au développement de notre tourisme et le gouvernement lui accorde son soutien. Nous espérons, en favorisant l’essor de cette belle discipline sportive, pouvoir motiver davantage nos jeunes qui formeront la future élite du golf polynésien, et susciter ainsi des vocations vers le professionnalisme. Nous sommes déjà fiers de la réussite de quelques jeunes golfeurs polynésiens partis poursuivre leurs études en métropole ou à l’étranger, et qui se sont lancés dans une carrière professionnelle. Je les encourage à poursuivre leurs efforts dans ce sens et à porter haut et fort les couleurs du fenua. …/…

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Bien souvent, le golf a été considéré comme une discipline sportive peu accessible. C’est pour cela que nous souhaitons démocratiser la pratique du golf polynésien. Nous allons ainsi engager des actions de promotion afin d’encourager l’initiation au golf, en particulier auprès des scolaires, et réfléchir à la possibilité d’accroître le nombre les structures d’accueil pour inciter davantage les Polynésiens à la pratique du golf. Mais, pour l’heure, il est temps pour nous d’inaugurer officiellement ces nouveaux aménagements du golf Olivier Bréaud. Monsieur le Vice-président, je tiens à vous féliciter, pour votre initiative. Merci également à toutes les personnes qui ont participé à ces divers chantiers. Je salue l’ensemble des golfeurs polynésiens, et notamment les participants à l’Open International de Golf de Tahiti 2007 que je félicite pour leur courage et leur habileté. Je pars ce soir même pour Paris rencontrer le président de la République. Vous voudrez donc bien me pardonner de ne pouvoir être des vôtres, demain soir, pour la remise des prix. Je félicite les organisateurs de ce superbe événement annuel et je vous donne rendez-vous dans quelques mois pour l’inauguration du nouveau neuf trous actuellement en cours d’aménagement. Je vous invite à présent à poursuivre notre cérémonie inaugurale par la bénédiction des lieux pendant la visite guidée par le Vice-président. Mauruuru.

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NOTE D’INFORMATION AU PRÉSIDENT

Omar Bongo, président du Gabon, dans le collimateur de la justice française Papeete, le 3 juillet 2007 Selon l’hebdomadaire Le Point du 21 juin 2007, le président du Gabon, Monsieur Omar Bongo Ondimba et le président du Congo, Monsieur Denis Sassou Nguesso, font l’objet d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris. Les deux présidents sont soupçonnés d’avoir acheté en France pour plusieurs millions d’euros de biens immobiliers avec de l’argent public détourné.

ÉCLAIRAGE

Omar Bongo Ondimba, un président à la carrière sulfureuse, mais un grand ami de la France Le président du Gabon est né sous le nom d'Albert-Bernard Bongo, le 30 décembre 1935 à Lewai, maintenant rebaptisée Bongoville, dans la province du Haut-Ogooué. Il fit ses études primaires et secondaires au Congo. Après son service militaire, il rejoignit d'abord les services secrets français, puis l'entourage de Léon Mba futur président du Gabon et travailla comme commis des Postes. Après l'indépendance, en 1960, il fut vice-président et homme de confiance de Léon Mba avant de lui succéder après sa mort en 1967. En 1968, il fonda le Parti démocratique gabonais (PMG) qui resta parti unique jusqu'en 1990. En 1973, il se convertit à l'islam et devint El Hadj Omar Bongo. Pour certains, cette conversion n'était qu'un moyen de se faire bien voir des pays de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), en majorité musulmans, le Gabon étant producteur de pétrole. En 1979, il aurait commandité l’assassinat en France de Robert Luong, l'amant de sa première épouse, Marie-Joséphine Bongo. …/…


En 1990, le président Bongo fut poussé à organiser une conférence nationale à l'issue de laquelle il accepta la restauration du multipartisme. En 2004, il associa le nom de son père au sien et devint Omar Bongo Ondimba. Durant toute sa présidence (quarante ans en 2007), Omar Bongo Ondimba a dirigé son pays d’une main de fer. Il a été réélu le 27 novembre 2005 avec 79,18 % des suffrages selon les résultats officiels. L’opposition avec à sa tête Pierre Mamboundou a dénoncé des fraudes massives, constatées lors du scrutin. À la suite du rejet des résultats officiels par Pierre Mamboundou et son parti l'UPG, un soulèvement populaire se produisit qui toucha six provinces sur les neuf que compte le Gabon. Ne pouvant plus supporter la pression de la rue, Omar Bongo décida d'assassiner Pierre Mamboundou le 21 mars 2006, mais celui-ci réussit à s'enfuir avec l'aide de l'ambassade des États-Unis à Libreville. Il est encore aujourd'hui son principal opposant. Le président Bongo prépare son fils adoptif Ali (Nigerian d'origine de la province du Biafra) pour sa succession. Celui-ci est ministre de la Défense du Gabon depuis 1999. Omar Bongo a rebaptisé sa ville de naissance Bongoville et il a donné son nom à une université gabonaise : l'université Omar Bongo. Nicolas Sarkozy a rencontré Omar Bongo à l'occasion de la campagne présidentielle pour « recueillir les bons conseils d'un homme d'expérience ». Le président gabonais a aussi rencontré François Bayrou ainsi que Jean-Marie Le Pen. À peine élu, le nouveau président français appelait Omar Bongo pour le remercier de « ses bons conseils », puis le recevait à l'Elysée le 24 mai 2007. Patrick Schlouch

(Source : Le Point, Internet)

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NOTE D’INFORMATION À L’ATTENTION DU PRÉSIDENT

Papeete, le 7 juillet 2007

Propositions pour une stratégie de communication Partant de l'axiome selon lequel les deux principales missions d’un président de la Polynésie française consistent à : •

Assurer la cohésion et la paix sociales

•

Etre une interface efficace entre le Pays et l’État et savoir redistribuer ses subsides équitablement.

Toute la stratégie de communication du président doit tendre à démontrer aux électeurs et à la classe politique qu’il est le meilleur sur ces deux terrains. Ainsi, il établit la confiance dans le pays (investissements, développement économique, rayonnement culturel…), rassure l'État sur le bon usage des deniers publics et, plus généralement, améliore l'image de la Polynésie française dans le monde. Voici les premières pistes à suivre pour le soutenir aussi efficacement que possible : 1. Créer et structurer une direction de la Communication de l’Information, et de la Documentation (Dircom) (v. document spécifique). 2. Nouer des contacts avec d'autres services de communication, créer un réseau. Apprendre à mieux travailler avec eux (Etat et ses services, communes, églises, armée, organismes de recherche…). 3. Confier des missions de réflexion et prospective à des personnalités connues (cf. la mission confiée le 1 juillet par Nicolas Sarkozy à Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères sous François Mitterrand, de réflexion et de er


prospective sur la place de la France et de l’Europe dans le monde (v. lettre de mission) 4. Lancer une grande cause populaire. Je propose le thème de « La Route ». C’est un thème d’actualité (appels répétés des forces de l’ordre qui attirent l’attention sur la recrudescence du massacre sur la route, 30 morts dans les premiers six mois). C’est un thème qui concerne tout le monde (les utilisateurs de la route et ceux qui vivent au bord). Il y a toute une réflexion à mener sur la politique de la route. Comment faire naître un sens civique de bonne conduite fondé sur la conscience du partage de la route avec les autres véhicules, mais aussi avec les piétons, les enfants, les animaux, et le droit des riverains (problèmes de sécurité, de bruit, de poussière lesquels sont accentués par la vitesse excessive). Il ne peut y avoir qu’une seule route autour des îles. Toute la population est par conséquent concernée par cette grande réflexion. Réflexion sur le développement des voies de communication dans les vingt ans à venir. Sur les transports en commun. Sur les passagers dans les bennes. Sur le rapport du Polynésien à son véhicule, sur le coût réel de l'automobile y compris son coût écologique) et combien de temps encore pourra-t-il être supporté et justifié au regard des générations futures. Rénovation de la signalisation routière (compétence du Pays). La signalisation est totalement incohérente (des limitations de vitesse différentes dans les deux sens sur le même tronçon par exemple). Elle est inadaptée. C’est aussi cela l’autonomie, être capable de rompre avec les dogmes métropolitains et adapter les règles au contexte local. Lancer une grande concertation de toutes les parties intéressées (automobilistes, piétons, riverains, forces de l’ordre, médecins, communes, associations, Equipement, EDT, OPT, etc.). Etablir un rapport avec des recommandations dans une « Charte de la Route ». Etc. 5. Créer un organe d’information interne à l’Administration du Pays. Il pourrait être mensuel et contribuer à mieux informer les agents de la fonction publique et des établissements publics : • sur la politique du gouvernement, • sur la situation économique du Pays • sur les mouvements de personnels • sur leurs droits et devoirs • etc, Ce document devrait être sous-traité à un éditeur local sur appel d’offres, tout en restant étroitement supervisé par la direction de la communication. Il pourrait

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avantageusement être financé par la vente d’espaces publicitaires tout en offrant aux annonceurs privés ou publics un support de choix bénéfique au développement des entreprises locales. Les employés de l’Administration exercent une influence considérable sur le reste de la population. Ils sont en moyenne plus éduqués, mieux informés. Leur pouvoir d’achat est élevé. Leurs avis sont écoutés. Ils vivent la politique du président et du gouvernement de l’intérieur. 6. Créer un organe d’information destiné au public. Mensuel également, ce document pourrait aussi être sous-traité, mais ne devrait pas contenir de publicité commerciale (il pourrait en revanche contenir des annonces d’établissements publics ou de campagnes d’information et de prévention, etc.). Il faudrait un document simple et sans prétention, mais très didactique et vulgarisateur de la politique du président et du gouvernement. Il va de soi que ce schéma « idéal » devra se frotter aux réalités de l'Administration et des faiblesses humaines d'où l'importance du choix des acteurs. L'étendue de sa mise en œuvre dépendra bien sûr des moyens qui lui seront accordés.

Patrick Schlouch P.S. Penser également à s’assurer que chaque collaborateur dispose des outils dont il a besoin pour effectuer le meilleur travail (dans les limites des capacités budgétaires bien sûr). Sur la fébrilité au travail : Trop de précipitation à obéir. Un bon serviteur, disait Talleyrand, doit anticiper les changements d’avis de son maître et garder les courriers quelque temps sous le coude avant de les expédier. Le maître lui en sera souvent reconnaissant. En allant trop vite, on perd le contrôle, on commet des erreurs et, pour avoir voulu gagner quelques heures, on risque de perdre des jours, voire des années. L’attitude juste consiste à trouver un rythme efficace, dans lequel les acteurs sont au mieux de leur performance, suffisamment stressés mais pas trop. Il faut que la communication puisse s’établir à l’intérieur du cabinet, il faut laisser des respirations. Il ne faut pas être sans cesse en alerte, parce que sinon, quand une vraie alerte se présentera, et elle se présentera c’est sûr, plus d’une fois. Comment la gérera-t-on ?

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NOTE D’INFORMATION À L’ATTENTION DU PRÉSIDENT

Papeete, le 15 juillet 2007

Monsieur le Président,

Pour répondre à la demande que vous m’avez faite de réfléchir à la manière de traiter la communication, au sens large du terme, du président, du gouvernement et plus globalement du Pays, j’ai le grand honneur de soumettre à votre examen le projet suivant, portant création d’une :

Direction de la Communication, de l’Information et de la Documentation de la Polynésie française (Dircom)

Puisque la Polynésie française a l’ambition de devenir une vitrine de l’excellence française et européenne dans le Pacifique, elle doit absolument avoir une politique précise et cohérente en matière de communication et se donner les moyens de cette politique. La Dircom est l’instrument technique nécessaire à la mise en œuvre de la politique du Pays en matière de communication, d’information et de documentation en Polynésie française comme à l’extérieur du pays.

Les missions de la Dircom (détails en annexe) -

-

Information des médias et du public sur les activités et la politique du président et du gouvernement ; Information du président et du gouvernement ; Relations publiques ; …/…


- Information des personnels de l’Administration ; - Rédaction (discours, communiqués, courriers…) ; - Documentation et nouvelles technologies ; -

Services et établissements publics impliqués dans la communication et portant l’image du pays à l’extérieur ;

- Formation des personnels aux techniques de la communication, de l’information et de la documentation (on constate de gros retards en la matière en Polynésie française) ; -

Distribution de documents (c’est très bien d’éditer de beaux documents, mais sait-on comment ils sont diffusés ?)

La structure de la Dircom La Dircom est placée sous l’autorité d’un directeur de la Communication, de l’Information et de la Documentation, lui-même directement responsable auprès du président de la Polynésie française. Le directeur est assisté : -

d’un conseiller technique responsable des relations publiques et de

-

l’information, assisté d'un chargé de relations publiques (spécialisé dans les réseaux sociaux) et d’un chargé d’information ; d’un conseiller technique responsable de la rédaction ;

-

d’un conseiller technique chargé de la documentation, assisté d’un documentaliste (spécialisé dans les banques de données) ; d’un chargé de mission, responsable de la gestion administrative et comptable et de la gestion du personnel, assisté d'un attaché d'administration.

Budget de la Dircom Salaires (en surligné les postes à créer) -

1 directeur (salaire cf. chef de service actuel) 1 assistante de direction (400 000 Fcfp mensuels net) 1 conseiller technique responsable des relations publiques et de l’information (salaire cf. poste existant) 1 conseiller technique responsable de la rédaction (salaire cf. poste existant) 1 conseiller technique chargé de la documentation (700 000 Fcfp) 2


-

1 chargé de l’administration, de la comptabilité et de la gestion du personnel (salaire cf. poste existant)

-

1 chargé de relations publiques et médias (500 000 Fcfp)

-

1 attaché d’administration (salaire cf. poste existant) 1 documentaliste (500 000 Fcfp)

-

1 responsable photo et vidéo (salaire cf. poste existant + 100 000 Fcfp)

-

1 photographe (salaire cf. poste existant) 1 responsable des sites Internet et des nouvelles technologies (salaire cf. poste existant)

Soit, douze personnels qualifiés. Le service actuel dispose déjà de huit de ces postes. Il suffirait donc d’y ajouter quatre postes (une assistante de direction, un conseiller technique chargé de la documentation, un chargé de relations publiques et médias, et un documentaliste) et de réajuster certains salaires. Pour un coût annuel supplémentaire d’environ 30 millions de Fcfp (+ 10 millions de charges sociales et fiscales), soit 40 millions. S'y ajoutent les collaborateurs techniques (revue de presse, archivage, transcriptions radios) dont les postes existent déjà mais dont il faudra probablement réorganiser les missions en fonction de la nouvelle structure et des nouveaux besoins. Soit au total moins de vingt-cinq personnes. Ce serait vraiment un minimum pour espérer gérer la communication d'un pays comme la Polynésie française aspirant à s’ouvrir au monde et à devenir une vitrine de l’excellence française et européenne (cela devrait peut-être pouvoir justifier une aide de l’État et pourquoi pas, de l’Europe ?). Matériel Aux salaires s’ajoutent des moyens matériels indispensables : - 2 véhicules de service (profil à définir), - 1 scooter, - du matériel de prises de vues photo et vidéo, - du matériel informatique et des logiciels, - du matériel de stockage (données papier et numérique), …/… 3


-

du matériel de projection – projecteur, téléviseurs, lecteurs DVD…, du matériel téléphonique.

Soit un investissement d’environ 20 millions de Fcfp (amorti sur trois ans). Autres dépenses Il faut y ajouter : -

La production et la diffusion du journal du gouvernement (six numéros à 2,5 millions chacun, soit 15 millions) ;

-

La subvention pour l’édition du magazine de l’Administration (5 millions) ;

-

Divers documents d’information interne (5 millions) ; Et un budget études et sondages (10 millions).

Budget supplémentaire total estimé En tout, cela représente un investissement annuel de 100 millions de Fcfp, auquel s'ajoutent des frais de déplacements (missions de formation comprises), de représentation (10 millions de Fcfp) et quelques surcoûts de fonctionnement. En incluant les salaires, le matériel et les frais de fonctionnement déjà budgétés (service actuel) le coût global de la direction de la communication, de l’information et de la Documentation de la Polynésie française resterait inférieur à 200 millions de Fcfp par an (1,7 million d'euros), soit seulement 1‰ d'un budget du Pays qui est de près de 200 milliards. Bien sûr, le Pays investit bien davantage dans sa communication (chargés de communication des ministères, Délégation à Paris, à Bruxelles, ATP, TNTV, GIE Tahiti Tourisme, GIE Perles de Tahiti, etc.). Il serait certainement nécessaire de vérifier le bien-fondé de ces investissements et l’utilisation des subventions du Pays à tous ces organismes. Par comparaison, dans le secteur privé, une entreprise en bonne santé consacre 2 à 3 % de son chiffre d'affaires à la communication. Pour les entreprises de luxe (auxquelles la Polynésie française s'apparente puisque ses prestations de services s'adressent à une clientèle plutôt fortunée), ce taux peut dépasser les 10 %.

…/… 4


On voit donc bien que l'on est encore loin du compte. 2,5 % du budget territorial, cela fait près de 5 milliards de Fcfp. Il ne faut donc pas exagérer la rigueur comptable et se donner les moyens humains et matériels de fonctionner au mieux. Il faudra peut-être revoir le niveau de rémunération de certains postes à la baisse. Il ne manque certainement pas de jeunes talents locaux diplômés qui seraient très heureux de se former avec un traitement modeste pour commencer. On pourrait aussi envisager de trouver les moyens nécessaires en réduisant certaines subventions devenues inutiles ou obsolètes. En espérant que cette proposition retiendra votre attention, je me tiens à votre disposition pour vous aider à la mettre en œuvre et vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mon plus profond respect. Patrick Schlouch

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Annexe 1

LES MISSIONS DE LA DIRCOM

1. Information des médias et du public sur les activités et la politique du président et du gouvernement -

Diffusion des agendas, Rédaction et diffusion des communiqués, Préparation et organisation des conférences de presse, Préparation, organisation et suivi des interventions du président et des ministres dans les médias (interviews, débats…)

- Médiatisation des voyages officiels (en collaboration directe avec le département -

des relations internationales), Édition de documents d’information interne ou publique (certains seront à soustraiter sous appel d’offres).

2. Information du président et du gouvernement -

-

La Dircom informe le président et le gouvernement sur le contenu des médias (revues de presse et d’édition, transcriptions radio – à vérifier fonctionnement -, synthèses télévision, notes d’information thématiques,…) Sur l’opinion publique (sondages, enquêtes…) Sur la conjoncture économique (statistiques avec tableaux infographiques, cf. Chiffres-clés Polynésie éco) Sur la situation internationale, les nouvelles technologies, etc. ;

de

bord

3. Relations publiques -

La Dircom est chargée des relations avec les médias. Elle doit s’efforcer de répondre au mieux à leurs demandes. Elle est l’interface naturelle entre le gouvernement et les médias. Elle conseille le président et le gouvernement et leur propose des stratégies dans ce domaine. …/… 6


-

Elle assure également les relations avec les cabinets ministériels, en coordonnant l’équipe des chargés de communication de chaque ministère et les campagnes d'information et de promotion institutionnelles des établissements

-

publics. Elle établit un réseau de relations cordiales et professionnellement efficaces avec ses principaux homologues - les services de relations publiques - de l’Assemblée, du CESC, des administrations, de l’État, des armées, des communes, associations, églises, etc.) ;

-

Elle conseille le président et les ministres, à leur demande, en matière de

-

relations publiques en général et avec les médias en particulier. Elle propose une réflexion sur les stratégies de communication et contribue à leur mise en œuvre (image du président, du gouvernement, des institutions, du

-

Pays…). En collaboration avec le département des Relations internationales, la Dircom établit des relations publiques à l’échelle régionale avec les médias et leurs organisations.

4. Information des personnels de l’Administration -

Par l’édition d’un magazine (trois numéros par an, sous-traité et financé par la publicité) ; et d’une lettre d’information mensuelle (4 pages A4 seulement, à faire circuler dans les services et établissements publics, et à adresser par e-mail sous format PDF, carnet d’adresses à créer).

5. Rédaction -

-

La Dircom rédige les discours, déclarations et allocutions qui lui sont commandés par le président. Elle traite les projets qui lui sont transmis par des membres de son cabinet ou par les cabinets ministériels. Elle prépare aussi les communiqués de presse, les notes d’information, les interventions télévisées, les présentations de conférences de presse, etc.) Elle propose des projets de courriers de courtoisie à la signature du président (félicitations, condoléances, bonnes relations…). Elle peut être aussi saisie par le cabinet du président de demandes de relecture de documents avant leur transmission à l’extérieur de la présidence de manière à assurer une cohérence à l’ensemble (sur le fond et dans la forme – présentation, style). …/… 7


6. Documentation et nouvelles technologies -

La Dircom est chargée de la documentation de la présidence et du

-

gouvernement, en liaison avec le service des Archives territoriales. Elle doit pouvoir répondre à toute demande d’information de la part du président, du cabinet ou des ministères, dans des délais aussi courts que possible

-

tout en préservant la qualité et la fiabilité de l’information fournie. La Dircom tient à jour une base de données presse et magazine, numérisée ou conservée sous forme papier dans certains cas.

-

Elle s’occupe des recherches sur l’Internet… La Dircom crée et gère les sites Internet de la présidence et des ministères. Elle met en ligne les mises à jour transmises par les cabinets.

7. Services et établissements publics impliqués communication et portant l’image du pays à l’extérieur

dans

la

Il ne s’agit pas de tout régenter, ni freiner la créativité des différents acteurs concernés, ce serait de toute manière impossible et contre-productif. Toutefois, en toute logique, la Dircom devrait être en mesure, pour le moins, d’émettre un avis sur les activités des établissements publics particulièrement influents dans la qualité de l’image de la Polynésie française et, par conséquent, de celle de son président et de son gouvernement. Il s’agit notamment de l’ATP (dont il faudrait recadrer les missions tout en respectant les acquis positifs), de TNTV et de l'ICA. Mais le GIE Tahiti Tourisme, le GIE Perles de Tahiti et Air Tahiti Nui sont également des points sensibles comme on a pu le voir récemment. Il serait judicieux que la Dircom soit représentée au sein des conseils d’administration de ces divers organismes. Il va de soi que les activités communication et information de la Délégation à Paris et de celle de Bruxelles, doivent être aussi placées sous la supervision de la Dircom. Quoique l’on fasse, l’image se créée d’elle-même. Notre souci n’est pas de contrôler, mais d’influencer, d’être informé le plus étroitement possible de la qualité de l’image de notre pays. Pratiquer la communication sans ce type d’instrument de mesure et de surveillance, c’est comme chanter dans le désert, sans retour, ou jouer aux échecs à l’aveugle.

…/…

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8. Formation des personnels La Dircom a une mission de formation des personnels aux techniques de la communication de l’information et de la documentation. Elle peut organiser des sessions de formation avec, le cas échéant, la collaboration de consultants extérieurs.

9. Distribution de documents Enfin, la Dircom devrait pouvoir garantir la distribution correcte des documents édités par l’Administration ou les établissements publics. Soit en créer un réseau de distribution, soit en sous-traitant et en tout cas en conseillant les services ou établissements éditeurs. C’est particulièrement important. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de produire des documents pour l’Administration du Pays et que ces documents, pourtant onéreux à produire sont très mal distribués et parfois même pas du tout.

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NOTE D'INFORMATION À L'ATTENTION DU PRÉSIDENT

Organisation de la visite officielle de Monsieur Nicolas Sarkozy Octobre 2007

Papeete, le 16 juillet 2007

Monsieur le Président, Le président de la République a confirmé sa visite officielle en Polynésie française au mois d'octobre prochain, soit dans trois mois seulement. Ce délai est tout juste raisonnable pour organiser un événement aussi considérable et prestigieux. C'est évidemment l'État qui prendra en charge une grande partie de l'organisation matérielle de ce voyage, mais c'est la Polynésie française qui invite Nicolas Sarkozy et nous devrons présenter au plus tôt à la présidence de la République une proposition de programme de son séjour. Nous ignorons bien sûr combien de temps le président décidera d'accorder à ce voyage. En attendant, nous devons réfléchir à un programme aussi complet que possible. Il nous sera toujours loisible de supprimer certains éléments. Voici ma recommandation : •

Constituer d’urgence un comité paritaire État - Pays chargé de coordonner l’organisation de la visite.

•

Nommer pour cela un responsable État (par le haut-commissaire) et un responsable Pays (par vous-même), lesquels désigneront ensuite les personnes dont ils auront besoin pour les seconder. (ci-joint un projet de courrier en ce sens à l'attention de Madame le Haut-commissaire). …/…


•

Le budget devrait être pratiquement « illimité » (ie. on ne devra pas regarder à la dépense), mais strictement justifié par la qualité des prestations et parfaitement transparent. De toute manière, cela n’atteindra jamais des sommes astronomiques. Les plus gros frais (le transport notamment) étant pris en charge par l’État.

•

L’accueil du Pays c’est simplement montrer à notre président de la République tout ce que la Polynésie a de mieux et de plus beau à offrir à ses visiteurs. Ses montagnes en hélicoptère, ses lagons en voilier, ses danseuses les plus magnifiques, ses chants les plus profonds, toute la chaleur du peuple polynésien et de son hospitalité légendaire…

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Mais il faudra aussi lui faire toucher du doigt nos difficultés : Éloignement, dispersion (voyages dans les îles) Il faudrait qu'il aille aux Marquises, l'archipel le plus isolé de tous. Il voudra y aller, se recueillir sur les tombes de Brel et Gauguin, quelle image ! (1 jour). Il doit aussi absolument aller à Moruroa. Puisque nous avons annoncé que l’ère nucléaire était finie, il faut le confirmer par un symbole très fort. Une cérémonie à Moruroa, reprise par les médias internationaux, au cours de laquelle les deux présidents annonceraient, chacun à leur manière, que la page du nucléaire est définitivement tournée et que le partenariat France - PF démarre sur de nouvelles bases. Le PRR pourrait alors annoncer une politique ouverte en matière d’indemnisation sanitaire pour en finir une fois pour toutes avec ce débat. (modalités à négocier) (1 jour) Il ira bien sûr à Bora Bora. (1 jour) Il faudra aussi lui faire prendre conscience de l'urgence de nos besoins en matière d’eau potable, d’assainissement, de traitement des déchets, de logements décents…

…/…

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Comment devenir une vitrine de l’excellence française et européenne dans les conditions actuelles, notamment en matière de qualité de l'environnement ? Avant de prétendre à la performance écologique grâce à l’énergie thermique des mers et aux technologies de pointe, n'est-il pas indispensable de nettoyer la maison d’abord. •

Et puis, il y a Tahiti bien sûr, où de nombreuses communes espèrent et méritent la visite du président (Papeete, parce que c'est la capitale et la commune de Michel Buillard, Pirae, pour faire plaisir à Gaston Flosse, Mahina, pour faire plaisir à Emile Vernaudon, Punaauia pour remercier d'avoir si bien voté, Paea qui risque de passer à l'opposition en 2008, Papara, pour faire plaisir à Bruno Sandras, mais aussi Faa’a pour Jean-Christophe Bouissou) et peut-être Moorea si possible. Il faudra évidemment faire un choix. (2 jours) Soit un programme établi sur la base de cinq jours en PF.

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Le contrat de projets sera solennellement signé à la présidence.

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Il serait souhaitable que le président Sarkozy profite de cette visite pour trancher une bonne fois pour toutes le problème de l’indexation ou de la surrémunération des fonctionnaires et retraités d’outremer. Il est essentiel qu’il prenne clairement position sur un sujet récurrent qui empoisonne le climat social et économique depuis trop longtemps.

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L'idéal serait qu’il annonce aussi que la France s’engage à aider la PF à construire sa route en montagne de Punaauia à Taravao comme l’avait fait un de ses prédécesseurs à l’Élysée avec la route des collines (V. Giscard d'Estaing il me semble). Cette route est évidemment un cordon ombilical indispensable pour un développement harmonieux de Tahiti. Mais, le projet doit être exemplaire sur le plan social et écologique (on ne pourra néanmoins pas éviter tous les désagréments d’une telle opération, mais il faudra trouver un consensus satisfaisant tout le monde. Profitons que nous avons la sympathie des Pomaré).

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Dans ces conditions, il est clair qu’il faut d’extrême urgence augmenter la voilure du service de communication lequel a, en tout état de cause, besoin d'être étoffé pour répondre correctement à ses missions, notamment quand son responsable est appelé à de nouvelles fonctions. Et cela d’autant plus que la visite de Christian Estrosi est, jusqu’à nouvel ordre, toujours prévue pour fin août. Il serait du reste bon de confier la préparation des deux visites au même comité État - Pays. Mais, le voyage de M. Estrosi sera-t-il maintenu ? Quel serait son objet à présent que le président Sarkozy a confirmé qu’il viendrait en personne signer le contrat de projets dès octobre ? Dans l'attente de vos décisions, veuillez trouver ci-joint un projet de courrier à votre signature à l'attention de Madame le Haut-commissaire.

Patrick Schlouch

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VISITE DE LA COMMUNE DE PAEA Allocution de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

Mardi 17 juillet 2007 – Mairie de Paea

Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Adjoints et Conseillers municipaux, Mesdames et Messieurs, Merci de nous avoir accueillis dans votre belle commune de Paea. Notre visite a été très agréable et instructive. Nous avons ainsi pu nous rendre compte de votre situation et nous avons pris bonne note de vos demandes, notamment en matière foncière et de voirie. Le traitement de certains de ces dossiers est d'ailleurs déjà bien avancé et, sans entrer dans le détail, je peux vous confirmer qu'ils sont en bonne voie de finalisation. En ce qui concerne le réseau d'eau potable, votre principal souci, le Pays a déjà pris en charge un quart de l'investissement des deuxième et troisième tranches de travaux. La quatrième tranche représente un investissement lourd de 172 millions de francs Pacifique. Nous allons étudier soigneusement les possibilités de vous aider pour venir à bout de ce très beau projet. Pour ce qui est de l'aménagement du port de pêche de Pahiarepo, je vous confirme qu'il sera proposé au budget 2008. Les techniciens de l'Équipement travaillent déjà sur le dossier. Vous savez que le gouvernement soutient, autant que possible, les projets des communes dans tous les archipels. Nous sommes très soucieux de répartir les aides du Pays avec le plus d’objectivité possible, et dans le respect de l’équité. Le rôle du gouvernement est d'accompagner les municipalités dans leur développement, pour qu’elles puissent assumer aux mieux leurs responsabilités. Cela d'autant plus que la réforme communale leur en imposera bientôt de nouvelles, et non des moindres, comme la gestion de l’eau, l’assainissement et le traitement des déchets. Permettez-moi de profiter de cette occasion pour lancer à nouveau un encouragement au regroupement des communes pour faire face à ces compétences supplémentaires. …/…


L'intercommunalité, que je préconise fortement, profitera à tous, en facilitant la mise en œuvre de services publics plus efficaces et au meilleur coût. Les communes sont des acteurs essentiels du développement de notre pays. Elles doivent y être pleinement associées. Vous pouvez compter sur moi pour essayer de satisfaire au mieux vos besoins dans la mesure des possibilités budgétaires du Pays. Encore merci de votre accueil. Mauruuru.

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REMISE DES PRIX DU HEIVA TUARO MA'OHI Allocution de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

Mercredi 18 juillet 2007 - 16 h - Présidence

Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Représentants, Monsieur le Président de la Fédération des Sports et Jeux traditionnels, Mesdames et Messieurs les Directeurs d’établissements et Chefs de services, Mesdames et Messieurs les Athlètes, Mesdames et Messieurs, Chers amis, Ia Orana. Je suis heureux de vous accueillir aujourd'hui pour la remise des prix du Heiva Tuaro Ma'ohi 2007. Comme chaque année, les festivités du Heiva I Tahiti ont donné lieu à des compétitions sportives traditionnelles : lancer de javelot, décorticage du coprah, lever de pierre ou encore course de porteurs de fruits et grimper de cocotier. Toutes ces disciplines, typiquement polynésiennes, trouvent leurs origines dans notre culture ma'ohi. Elles attirent toujours un public nombreux et, cette année encore, les jardins du Musée de Tahiti et des îles ont connu une forte affluence pour assister aux exploits de nos athlètes et les encourager. Participer à cet événement, c’est s'immerger dans la culture polynésienne, c'est mieux la comprendre et vivre son harmonie. Pour la jeunesse polynésienne et les passionnés de sports traditionnels, cette compétition réussit une symbiose parfaite entre sport et culture. Elle est l’image d’une pratique physique ancestrale qui implique force, agilité, courage et volonté. Il faut absolument perpétuer ces traditions, et les codifier pour en faire des sports à part entière. Pour cette raison, je milite pour l’inscription des sports traditionnels ma'ohi aux prochains Jeux du Pacifique programmés en 2011 à Noumea en Nouvelle-Calédonie. Les Tuaro ma'ohi pourraient porter bien haut les couleurs de la Polynésie française dans le Pacifique et promouvoir une image conviviale du sport « à la polynésienne ». …/…


Pour conclure, je voudrais à nouveau souligner la qualité du partenariat entre la Fédération des Sports et Jeux Traditionnels et les autorités publiques. Merci à cette Fédération et à son président pour le travail remarquable effectué. Je tiens à féliciter tous ceux qui ont contribué à faire de cet événement, une belle fête sportive et culturelle. Merci aux organismes publics et privés qui concourent à la réussite de cet événement et notamment aux ministères chargés de la Culture et des Sports Merci à l’établissement public Heiva Nui qui, chaque année, inclut les sports traditionnels dans l’organisation du Heiva. Enfin, et surtout, toutes nos félicitations aux athlètes que nous sommes honorés de récompenser aujourd'hui. Soyez remerciés pour tout ce que vous faites pour que notre cher Heiva se perpétue dans la plus pure tradition polynésienne. Mauruuru.

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EXAMEN DU CONTRAT DE PROJETS PAR L'ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE DU CONSEIL ÉCONOMIQUE, SOCIAL ET CULTUREL Intervention solennelle de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

Jeudi 19 juillet 2007 - 9 h - C.E.S.C.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Conseillers, Merci de votre accueil et de me laisser prendre la parole devant votre honorable assemblée plénière. J'en suis flatté, car je n'ignore pas que c'est un privilège exceptionnellement accordé au président du Pays. Il est tout naturel, et souhaitable, que votre Institution se montre jalouse de son indépendance politique et soucieuse de sa neutralité. Cette sensibilité garantit l'objectivité et la qualité de vos avis sur les grands sujets de notre temps et de notre société. Ce matin, votre Conseil prendra position sur le contrat de projets que nous devons signer avec l'État, si tout se passe bien, dès le mois d'octobre prochain. À cette occasion, le président Nicolas Sarkozy viendra ici même à Papeete, pour souligner en personne toute l'importance que l'État accorde à notre pays et à son appartenance à la République française. C'est la première fois qu'un président de la Cinquième République choisit la Polynésie française pour son premier voyage officiel outre-mer, et aussi tôt après son élection. Cette visite restera comme un événement considérable dans l'histoire de notre pays. * Je ne reviendrai pas sur les détails de ce contrat de projets, vous en avez déjà pris connaissance. Il me semblait surtout utile de souligner l'importance d'offrir à tous ceux qui nous observent, que ce soit l'État, nos visiteurs étrangers, et surtout nos populations, l'image d'une communauté adhérant largement, dans toutes ses forces vives, au programme de son gouvernement. …/…


Je le répète, ce contrat de projets n'est qu'une première étape. C'est le premier étage d'un édifice que nous vous proposons de construire ensemble, en s'appuyant sur un partenariat juste et équitable avec l'État. Le succès ou l'échec de ce premier accord avec les nouvelles autorités parisiennes, conditionnera l'avenir. Cet avenir, notre avenir à chacune et à chacun d'entre nous, c'est une loi programme, laquelle définira nos relations avec l'État et les bases de notre développement durable pour les dix ou quinze prochaines années. Le principe, le concept, sur lequel repose ce nouveau partenariat avec l'État, c'est que la Polynésie française doit s'appliquer à devenir un poste avancé du savoir-faire et de la technologie française et européenne dans le Pacifique. La page du nucléaire doit être définitivement tournée. Nous vous proposons d'ouvrir ce nouveau chapitre de l'histoire de notre pays sur des bases solides et avec des perspectives claires. * Je suis très peiné que notre majorité autonomiste ne soit pas unanime à se réjouir de la nouvelle donne, de cette nouvelle alliance avec l'État. Un autre gouvernement eût-il obtenu davantage ? Une autre majorité saurait-elle gérer les affaires du pays avec une plus grande bienveillance ? Saurait-elle répartir plus équitablement les fruits de la solidarité nationale ? Je crois simplement que notre travail et notre sincérité ont été reconnus et appréciés. L'État nous fait confiance. Nous l'avons profondément ressenti pendant notre séjour à Paris. La politique du gouvernement, notre vision de la gouvernance de ce pays, notre profond désir de le sortir du marasme et de le voir se développer durablement, notre volonté d'en finir avec l'assistanat et de justifier au mieux la solidarité nationale, tout cela est en phase avec la nouvelle majorité à Paris. Certains nous accusent de faire le jeu de l'État et de nous montrer « trop français ». Mais, comment se dire autonomiste, c'est-à-dire revendiquer sa nationalité française et promouvoir un lien indéfectible avec la France, tout en ayant des arrière-pensées, et parfois même en la dénigrant parce qu'elle ne paie pas assez ou pas assez vite ? Ce n'est guère sérieux. Il faut être cohérent avec soi-même. Je pense qu'il est temps de mettre un terme aux querelles stériles. La solidarité nationale doit s'exercer dans les deux sens. Évoluer, ce n'est pas manquer de respect aux anciens. Ils ont œuvré dans des contextes différents. Nous nous inclinons modestement devant tout ce qui a été fait jusqu'ici par nos prédécesseurs, et notamment par le plus illustre d'entre eux, notre sénateur Gaston Flosse, tout ce qui nous a permis de vivre aujourd'hui heureux, libres et prospères dans un pays envié dans le monde entier. …/… 2


Etre autonomiste aujourd'hui, c'est travailler loyalement avec l'État, mais toujours en restant profondément ma'ohi, polynésien, et en œuvrant pour le bien de notre peuple. Etre autonomiste aujourd'hui, c'est se montrer digne et faire respecter autant que possible le pacte scellé jadis, quand Pomaré V, le cœur déchiré mais la décision ferme, sacrifia courageusement sa royauté et sa réputation pour sauver son peuple. On peut certes ne pas adhérer à notre programme, mais existe-t-il une alternative crédible ? * Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Conseillers, En votre âme et conscience, vous aller exprimer votre avis sur notre contrat de projets. Quel que soit cet avis, nous le respecterons et nous le prendrons en considération. Car l'essentiel pour nous est que le développement futur de notre pays fasse l'objet du plus large consensus possible pour préserver l’avenir de nos enfants. Encore merci de m'avoir permis de m'exprimer devant vous. Je vous souhaite de fructueux débats dans la plus grande sérénité. Mauruuru.

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PREMIÈRE RÉUNION DU COMITÉ DE PILOTAGE CHARGÉ D’ADAPTER LA RÉGLEMENTATION RELATIVE AU DOMAINE FONCIER Présentation à la presse de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

Jeudi 19 juillet 2007 - 14 h - Présidence

Mesdames et Messieurs, Bienvenue et merci de votre présence. Le comité de pilotage chargé d'adapter la réglementation relative au domaine foncier s'est réuni pour la première fois aujourd'hui, jeudi 19 juillet 2007, à la Présidence. Je vous rappelle que ce comité a été créé au début de cette année à l'initiative du gouvernement sur proposition du ministre des Affaires foncières. J'en suis moi-même le président, assisté du ministre des Affaires administratives, du ministre des Affaires foncières, et du secrétaire général du gouvernement. Notre première réunion a eu lieu au terme d'un long travail de préparation en amont. Je tiens à remercier et à féliciter les équipes des ministères et des services qui ont œuvré sur ces dossiers difficiles et délicats. * Le foncier, c'est la terre, c'est le fenua. Voilà LE sujet sensible par excellence dans un pays comme le nôtre où la terre est rare et sacrée. Pour ces deux raisons, les problèmes fonciers figurent au premier rang sur la liste des préoccupations du gouvernement. Ce sont aussi d'importants freins au développement de notre pays. Quand on ne les trouve pas à la source de conflits susceptibles de menacer la paix civile. Il est urgent de faire évoluer notre réglementation en la matière. C'est pourquoi, au mois de mars, nous avons créé cette structure de réflexion et de travail. Le comité de pilotage a d'abord pour mission d'identifier les faiblesses de la réglementation foncière actuelle. Il fera ensuite des propositions de réformes, adaptées aux besoins et aux conditions spécifiques de la Polynésie française. …/…


Nous associerons à ce grand chantier juridique tous ceux pour qui la réglementation foncière est un outil de travail essentiel : les magistrats, les notaires, les avocats, les géomètres, les huissiers, les juristes, les agents de l’Administration, etc... * Dix ans pour obtenir un jugement dans un litige foncier, c'est trop long. Notre premier objectif vise à la réduction des délais de justice. Pour y parvenir, nous veillerons à améliorer l’organisation et le fonctionnement des organismes en charge des affaires de terre. Nous comptons pour cela faire appel à des assesseurs, choisis parmi le collège d'experts qui avait été créé dès 1984, lors de l'entrée en vigueur du premier statut d'autonomie interne, et que nous allons rapidement réactiver. Ces assesseurs seront chargés d'aider les justiciables dans le montage de leurs dossiers, mais, aussi de rechercher des solutions à l'amiable pour éviter autant que possible de longs et coûteux procès. * Une grande partie de la population est mal informée sur ses droits en matière foncière. Des propriétaires de bonne foi voient leurs terres revendiquées. Nous voulons réduire cette insécurité juridique par la prochaine mise en place d'un Conseil de l’accès au droit. Ce conseil aura pour mission de préparer la mise en œuvre de la loi sur l'aide juridique étendue à la Polynésie française depuis mars 2007. Enfin, notre troisième priorité sera d'obtenir au plus tôt la révision du Code de Procédure civile, indispensable à la mise en application de la réforme des successions et des libéralités du 1 janvier 2007. Aujourd'hui, pour cette première réunion, nous avons donc confirmé ces trois priorités et nous avons équitablement réparti le travail entre les deux ministères des Affaires administratives et des Affaires foncières. Certains aspects des évolutions souhaitées relèvent des compétences de l’État, notamment en matière d’organisation judiciaire. Il s’agira donc pour le Pays d’être une force de proposition. Il est d'ailleurs vivement souhaitable que le Pays, l'État et les communes travaillent en bonne intelligence sur ces dossiers. La répartition des compétences des uns ou des autres ne saurait servir d'alibi à l'immobilisme en la matière. C'est un chantier ambitieux et urgent et nous voulons qu'il avance vite. Un premier bilan sera établi dès la fin octobre. Merci de votre attention. er

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DEMANDE DE DISSOLUTION DE L'ASSEMBLÉE DE LA POLYNÉSIE FRANÇAISE

Annonce solennelle télévisée de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

En présence de Messieurs……

Date…….. - Perron de la Présidence Diffusé à 19h sur RFO et TNTV

Mes chers compatriotes, (j'hésite sur l'adresse) Ia Orana tatou. Nous vivons un moment intense et dangereux de notre histoire. Nous sommes à la croisée des chemins.


Depuis sept mois, le gouvernement travaille d'arrachepied pour remettre notre pirogue à flot. Comme je l'avais promis, nous avons pu réformer notre mode de scrutin à l'Assemblée. Nous avons réussi à renouer d'indispensables liens de confiance avec l'État. De nombreux dossiers sont instruits dans tous les domaines. Ils progressent rapidement et efficacement. Nous rentrons d'une mission à Paris où nos efforts ont été fortement encouragés. Nous avons le soutien du président de la République. Jamais, les circonstances ne s'étaient montrées aussi favorables pour en finir avec le nucléaire, une fois pour toutes et dans les meilleures conditions, et

pour

lancer

notre

pays

développement durable.

2

sur

la

voie

d'un


L'État a décidé de réhabiliter les atolls où subsistent encore des vestiges du CEP. Un accord est proche sur les conséquences sanitaires éventuelles des essais atmosphériques. Je souhaite vivement qu'il permette enfin de clore un dossier sensible qui divisait notre société. Nous avons proposé au président de la République l'idée d'un nouveau partenariat moderne, équilibré, juste et respectueux de notre autonomie. Nicolas Sarkozy appuie cette idée à 100 %. Il vient encore de confirmer qu'il viendrait en Polynésie française dès le mois d'octobre, participer à l'ouverture de cette nouvelle page de notre histoire. *** Pour vivre pleinement son autonomie, la Polynésie française devra trouver sa place dans le monde difficile et compétitif d'aujourd'hui. Mais je reste convaincu que ce sera avec la France et avec l'Europe. 3


Notre chance, notre atout, c'est de pouvoir porter leurs deux voix dans cet océan Pacifique, anglophone et asiatique. Ce projet ne pourra réellement exister durablement et profiter à nos enfants que si nous, les Polynésiennes et les Polynésiens, le souhaitons vraiment dans notre grande majorité. *** On peut souhaiter l'indépendance et le repli sur soi. C'est une opinion respectable. On peut vouloir larguer les amarres, et se laisser dériver au gré des courants. Advienne que pourra… Mais alors, nous devrons, toutes et tous, en assumer les lourdes conséquences dans les domaines de l'éducation, de la santé, de la protection sociale, de l'emploi, des transports, du niveau de vie, etc, etc.

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Quant à tirer le meilleur profit de la solidarité nationale, tout en méprisant la France, cela n'est guère convenable non plus. A fortiori quand le président de la République prône une démocratie exemplaire et irréprochable. Ce n'est pas trahir la cause polynésienne que de travailler en bonne entente avec l'État. Bien au contraire. Notre autonomie est bien réelle, mais elle s'exerce dans le cadre de la République française. C'est même le principe de base de l'autonomie. Nous sommes Polynésiens, mais nous sommes aussi citoyens français et nous voulons le rester. Cela nous donne certains droits, (dont les trois quarts de l'humanité sont privés), mais aussi quelques devoirs élémentaires, comme, par exemple, celui de ne pas mordre la main qui nous nourrit. 5


Malheureusement, le gouvernement regrette de ne plus être en mesure de poursuivre sa mission dans l'intérêt général de la population. Quatre de ses membres ont démissionné en critiquant les projets et la politique qu'ils avaient eux-mêmes conçus et élaborés. Pour des raisons purement politiciennes, le Tahoeraa Huiraatira, principale formation de la plateforme autonomiste, mon propre parti, dans lequel j'ai milité pendant trente ans, me prive de son soutien et s'allie à notre adversaire de toujours dans le cadre d'un accord dont les modalités restent encore extrêmement floues. Nous avons tenté toutes les conciliations, mais en vain. Notre pays ne saurait être la propriété d'untel ou untel. Il appartient à chacun et chacune d'entre nous. Je ne prendrai pas la responsabilité de laisser notre avenir se décider dans le secret d'un bureau, comme on partage un butin. 6


Voilà pourquoi, et comme je m'y étais engagé, constatant la grave instabilité politique qui prive le gouvernement de majorité, dans le souci de prévenir les conséquences irréparables d'une union politique contre-nature décidée dans le secret et la précipitation, pour satisfaire des appétits personnels, constatant le dévoiement de nos institutions, afin de permettre au peuple polynésien de décider aussi sereinement que possible de son avenir et de choisir les dirigeants qu'il souhaite pour le Pays, après avoir consulté les membres du gouvernement et nos partenaires de la plateforme autonomiste, après en avoir avisé Madame le Haut-commissaire de la République, j'ai

l'honneur

d'annoncer

solennellement

que

j'ai

demandé au président de la République de dissoudre l'Assemblée de la Polynésie française.

7


Bien que fortement opposé à cette idée, le président s'est rendu à mes arguments, il me fait confiance et m'a donné son accord de principe. (?) Des élections générales seront donc organisées dans un délai maximal de trois mois à compter de la décision officielle du président de la République. D'ici là, le gouvernement restera en place et veillera aux affaires courantes conformément au statut. *** Je suis très peiné et déçu d'avoir été contraint de recourir à cette mesure extrême. Le

redémarrage

de

notre

économie

en

sera

considérablement retardé. Des centaines de dossiers et d'affaires en cours vont être gelés pendant des mois. Nos

programmes

de

logements

sociaux

et

de

constructions scolaires seront paralysés. La population souffrira, et tous nos efforts pour ramener la confiance sont réduits à néant. 8


Mais, il n'y avait malheureusement aucune alternative. Merci à tous ceux qui manifestent leur soutien au gouvernement. Je vous promets de continuer à me battre pour le bien de notre peuple au service d'une Polynésie autonome dans la République. Vive la Polynésie française, Vive la France.

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RETRAIT DU TAHOERAA HUIRAATIRA DE LA MAJORITÉ

Conférence de presse de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

Jeudi 26 juillet - 16 h - Présidence

Mesdames et Messieurs, Depuis sept mois, le gouvernement travaille d'arrachepied pour remettre notre pirogue à flot. Comme je l'avais promis, nous avons pu réformer notre mode de scrutin à l'Assemblée. Nous avons réussi à renouer d'indispensables liens de confiance avec l'État.


De nombreux dossiers sont instruits dans tous les domaines. Ils progressent rapidement et efficacement. Nous rentrons d'une mission à Paris où nos efforts ont été couronnés de succès et encouragés. Nous avons le soutien du président de la République. Jamais, les circonstances ne s'étaient montrées aussi favorables pour en finir avec le nucléaire, et pour lancer notre pays sur la voie du développement durable. Nous avons proposé au président de la République le concept d'un nouveau partenariat moderne, équilibré, juste et respectueux de notre autonomie. Nicolas Sarkozy appuie cette idée à 100 %. Il vient encore de confirmer qu'il viendrait bien en Polynésie française au mois d'octobre, participer à l'ouverture de cette nouvelle page de notre histoire. *** 2


Pour vivre pleinement son autonomie, la Polynésie française devra trouver sa place dans le monde difficile et compétitif d'aujourd'hui. Je reste convaincu que ce sera avec la France et avec l'Europe. Notre chance, notre atout, c'est de pouvoir porter leurs deux voix dans cet océan Pacifique, anglophone et asiatique. Mais, ce projet ne pourra réellement exister durablement et profiter à nos enfants que si les Polynésiennes et les Polynésiens le souhaitent vraiment dans leur grande majorité. *** Ce n'est pas trahir la cause polynésienne que de travailler en bonne entente avec l'État. Bien au contraire. Notre autonomie est bien réelle, mais elle s'exerce dans le cadre de la République française. 3


C'est même le principe de base de l'autonomie. Nous sommes Polynésiens, mais nous sommes aussi citoyens français et nous voulons le rester. *** Malheureusement, pour des raisons purement politiciennes, le Tahoeraa Huiraatira, principale formation de la plateforme autonomiste, mon propre parti, pour lequel j'ai milité au plus haut niveau pendant plus de vingt ans, me prive de son soutien et tente de s'allier à notre adversaire de toujours, dans le cadre d'un accord dont les modalités restent encore extrêmement floues. Quatre

ministres

Tahoeraa

ont

démissionné

en

critiquant les projets et la politique qu'ils avaient euxmêmes conçus et élaborés. Nous avons tenté toutes les conciliations, mais en vain. J'ai donc pris acte de leurs démissions et le gouvernement sera remanié. *** 4


Notre pays ne saurait être la propriété d'untel ou untel. Il appartient à chacun et chacune d'entre nous. Je ne prendrai pas la responsabilité de laisser notre avenir se décider dans le secret d'un bureau, comme on partage un butin. Voilà pourquoi, et comme je m'y suis engagé, si l'instabilité politique qui se manifeste depuis quelques jours se confirme, il faudra envisager un retour aux urnes. Toutefois, ce retour aux urnes devra se faire dans les meilleures conditions possibles, afin de permettre au peuple polynésien de décider sereinement de son avenir, et de choisir librement les dirigeants qu'il souhaite pour le Pays. La précipitation est très mauvaise conseillère. Les esprits doivent s'apaiser.

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J'ai décidé de procéder à une vaste consultation de toutes les forces vives de notre pays. J'ai l'intention de recueillir les avis des Institutions, des maires, des parlementaires, des partis politiques, des partenaires sociaux, des églises… sur la situation politique et sur la meilleure manière de rétablir une stabilité indispensable à la paix et au développement. Dans le même temps, le gouvernement doit faire face à ses missions et continue de travailler. Nous avons des dossiers urgents qui ne doivent souffrir d'aucun retard, comme les constructions scolaires, les logements sociaux, le nouvel hôpital, la réforme de la protection sociale, le foncier… Et dans quelques jours, ce sera la rentrée scolaire. Pouvons-nous prendre nos propres enfants en otages ? *** 6


Sur le plan politique, On pourrait certainement contester la régularité du vote d'hier soir au Grand Conseil du Tahoeraa Huiraatira. Pourtant, en dépit du manque flagrant de démocratie de cette consultation, je constate que 30 % des membres du Grand Conseil ont voté contre le retrait du Tahoeraa de la majorité. C'est une minorité importante, dont l'opinion ne doit pas être prise à la légère. Plus significatif encore, 43 % des membres du Grand Conseil, près de la moitié, ont voté contre la poursuite des négociations avec les indépendantistes. Et cela même quand c'est le projet de pacte avec le Tavini Huiraatira qui aurait dû être soumis au vote, et non pas seulement le principe d'une négociation.

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Prenant acte de la division du Tahoeraa Huiraatira, pour la première fois de son histoire et sur un aspect fondamental de sa doctrine autonomiste, je décide de former au sein même du parti, un courant fidèle à nos principes de toujours. J'appelle solennellement tous les responsables du Tahoeraa Huiraatira, les représentants à l'Assemblée, les maires, les maires délégués, les adjoints aux maires, les conseillers municipaux, les présidents de fédérations et de sections, et tous les membres du parti en désaccord avec les nouvelles orientations politiques de notre président, à se rallier à moi. Merci à tous ceux qui manifestent leur soutien au gouvernement. Je leur promets de continuer à me battre pour le bien de notre peuple au service d'une Polynésie française autonome dans la République.

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INAUGURATION OFFICIELLE DU MARCHÉ MUNICIPAL D'UTUROA Discours de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

Vendredi 27 juillet 2007 - 11h - Uturoa - Raiatea

Monsieur le Maire, Messieurs les Adjoints, Mesdames et Messieurs les Conseillers municipaux, Mesdames et Messieurs, Chers amis, Ia Orana, Merci de nous accueillir dans votre belle commune d'Uturoa. C'est toujours une grande joie et un honneur pour un responsable politique d'inaugurer un nouvel équipement public. Ça l'est d'autant plus pour moi aujourd'hui que cette inauguration a lieu aux îles Sous-le-Vent et qu'elle vient satisfaire un besoin important, longtemps espéré par nos populations. Je sais combien ce projet de nouveau marché vous tenait à cœur et c'est une grande satisfaction de le voir enfin réalisé. L'ancien marché d'Uturoa, devenu insalubre et dangereux, avait été fermé en décembre 1999, puis démoli en mai 2001. Depuis lors, votre municipalité n'avait pas cessé de solliciter du Pays qu'il tienne ses engagements contractuels et contribue à l'édification d'un nouveau marché. C'est aujourd'hui chose faite et nous nous en réjouissons. Uturoa dispose désormais d'un outil commercial fonctionnel et esthétique, situé au cœur de la commune, et ayant vocation à combler un grand vide sur le plan économique. Ce nouveau marché représente un investissement significatif de plus de 307 millions de francs Pacifique, dont 75 %, soit 230 millions, ont été pris en charge par le Pays. Mais, la collaboration entre le Pays et votre commune ne s'arrête pas là. En mars 2007, a débuté la première tranche d'une vaste opération d'adduction d'eau potable, dont le coût total a été évalué à près de 385 millions de francs Pacifique, répartis en trois tranches. C'est un investissement indispensable auquel le Pays participe à hauteur de 40 %, soit près de 154 millions de francs. …/…


En avril 2007, le Pays et votre commune ont aussi signé une convention portant sur l'acquisition d'équipements de tri, de collecte et de traitement des déchets ménagers pour un investissement total de plus de 46 millions de francs que le Pays a décidé de prendre en charge à 90 %. Enfin, et pour n'évoquer que les opérations actuellement en cours de réalisation, en juin 2007, une convention a été signée pour le lancement de trois études relatives au cimetière de la commune, à la réalisation d'un centre culturel et à la centrale électrique. Ces trois études représentent un coût global de 11 millions assumé à 80 % par le Pays. Le rôle du gouvernement est d'accompagner les municipalités dans leur développement, pour qu’elles puissent assumer aux mieux leurs responsabilités. Cela d'autant plus que la réforme communale leur en imposera bientôt de nouvelles, et non des moindres, comme la gestion de l’eau, l’assainissement et le traitement des déchets. Nous sommes très soucieux de répartir les aides du Pays avec le plus d’objectivité possible, et dans le respect de l’équité. Permettez-moi de profiter de cette occasion pour lancer à nouveau un encouragement au regroupement des communes pour faire face à ces compétences supplémentaires. L'intercommunalité, que je préconise fortement, profitera à tous, en facilitant la mise en œuvre de services publics plus efficaces et au meilleur coût. Les communes sont des acteurs essentiels du développement de notre pays. Elles doivent y être pleinement associées. Vous pouvez compter sur moi pour essayer de satisfaire au mieux vos besoins dans la mesure des possibilités budgétaires du Pays. Encore merci de votre accueil. Longue vie au nouveau marché d'Uturoa. Mauruuru.

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FUNÉRAILLES NATIONALES DE SIR THOMAS DAVIS Allocution de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

Samedi 28 juillet 2007 - Rarotonga (îles Cook)

Monsieur le Premier ministre, Lady Davis, Mesdames et Messieurs, Au nom du gouvernement et du peuple de Polynésie française, en mon nom personnel, j'ai l'honneur de vous exprimer nos plus sincères condoléances après le décès de Sir Thomas Davis, ancien Premier ministre des îles Cook. Sir Thomas était une illustre figure et une fierté de notre région, un modèle de dévouement et de réussite. Il laissera le souvenir d'un homme d’Etat ayant su diriger son pays avec talent, générosité et toujours dans le sens de l’intérêt général. En reconnaissance de ses immenses états de service, il avait été anobli par la Reine Elizabeth II d’Angleterre en 1981. Mais, c'était aussi un excellent médecin, premier habitant des îles Cook à obtenir son diplôme en 1945, un grand sportif et un voyageur passionné par l'océan. Dans les années 1980, alors qu'il avait déjà plus de soixante ans, il avait participé à une expérience de navigation à l'ancienne qui lui avait permis de rejoindre Tahiti sur une pirogue polynésienne traditionnelle. Cette traversée symbolisait parfaitement les liens étroits qui ont toujours uni nos deux peuples des Cook et de Tahiti. Elle montrait aussi l'amour et l'attachement de Sir Thomas à la culture polynésienne et à sa préservation. Avec la disparition de Sir Thomas, ce n’est pas seulement un grand homme d’État océanien qui s’en est allé, mais aussi un très cher ami de la Polynésie française. À vous Lady Davis, à sa famille et à ses proches, à vous Monsieur le Premier ministre, à votre gouvernement et à tous les habitants des îles Cook, nous nous associons du fond du cœur à votre peine et au deuil national qui rend un hommage mérité à la personnalité hors du commun que fut Sir Thomas Davis. Mauruuru.


VISITE GOUVERNEMENTALE À L'ADMINISTRATION DU PAYS Adresse de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

Mardi 31 juillet 2007 - 13 h - Service de l'Emploi

Monsieur le Chef de service, Mesdames et Messieurs, Ia Orana, merci de nous accueillir au sein de votre service de l'Emploi, de la Formation et de l'Insertion professionnelles. Je suis heureux de me trouver parmi vous aujourd'hui pour vous apporter, ainsi qu'à tous les fonctionnaires et agents publics du Pays, les encouragements et l'appui du gouvernement dans l'accomplissement de vos missions. Nous n'ignorons pas les difficultés qui sont les vôtres dans le traitement quotidien des dossiers et des problèmes humains qui se présentent à vous. Sachez que notre souci est de vous soutenir et de vous permettre de travailler dans les meilleures conditions possibles, toujours dans le respect d'une gestion saine et juste des deniers publics. N'oublions jamais que nous sommes au service de la population. C'est pour elle que nous travaillons, et c'est elle qui nous fait vivre. Nous devons donc la respecter comme une mère nourricière, et lui rendre des comptes non seulement en termes financiers, mais aussi d'efficacité et de performance. *** L'Administration est un élément clé du développement de notre pays. D'abord parce qu'elle représente près d'un tiers de la population active polynésienne. Son poids économique et social est considérable. Mais aussi, parce que la vie quotidienne et la cohésion de notre société dépendent en grande partie de son fonctionnement harmonieux et régulier. Les turbulences de la politique ne doivent pas vous faire oublier ces principes essentiels, ni vous démobiliser. …/…


L'horizon politique est un peu voilé ces temps-ci. Mais ne nous laissons pas abuser par le tapage médiatique. Il n'a d'autre but que de décrédibiliser l'action du gouvernement. N'oublions pas que notre autonomie est encore très jeune. On ne dira peut-être pas qu'elle fait ses dents, mais sans doute connaît-elle les affres et les passions naturelles de la jeunesse. Ne nous laissons donc pas impressionner par les tourbillons de l'actualité. Le service aux populations ne tolère aucune défaillance ni interruption d'aucune sorte. Les véritables enjeux de notre société se situent dans vos services et dans vos établissements. C'est vous, les agents du Pays, qui touchez au mieux du doigt les préoccupations et les difficultés des ménages et des familles. Que ce soit pour l'emploi, la formation, l'éducation, la santé, les transports, et tout autre secteur vital, c'est la qualité de son Administration qui détermine en grande partie les conditions et la qualité de vie d'un peuple. La politique peut connaître des bouleversements, mais l'Administration doit en être affectée le moins possible. Je souhaite que la continuité du service public constitue votre principal objectif. Ce n'est certes pas toujours facile, mais je vous demande de ne pas laisser les événements extérieurs influencer votre travail. Faites tout pour éviter les blocages et les retards inutiles. Notre Pays n'est pas en panne. Le président et le gouvernement sont au travail. Les dossiers avancent. Je ne vois aucune raison pour que les rouages de l'Administration se grippent. *** J'ai entrepris cette semaine une large consultation des forces vives de notre pays dont les résultats seront largement diffusés et commentés. Je peux d'ores et déjà vous confirmer que de fortes attentes se manifestent. Un grand optimisme ne demande qu'à fleurir dans notre pays. Les partenaires sociaux, les associations, les confessions religieuses, et même la classe politique, tous aspirent à une stabilité retrouvée, au travail fructueux et au progrès durable. Ils comptent sur nous. Nous avons le devoir de donner l'exemple et d'assurer la bonne marche de la machine administrative. De votre attitude et du climat qui régnera dans les services dépendra la confiance du public et des investisseurs dans l'avenir de nos institutions et de notre pays. Le Pays sait tout le dévouement et la compétence qu'il peut attendre de ses agents. Le gouvernement est là pour vous guider et vous aider dans la mesure de ses moyens. Je compte sur vous et je vous remercie de votre attention et de votre accueil. Mauruuru.

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SITUATION POLITIQUE REMANIEMENT MINISTERIEL

Conférence de presse de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

Mercredi 1er août - 12 h - Présidence

Mesdames et Messieurs, J'ai pris comme vous connaissance de la communication faite en conseil des ministres par le secrétaire d’Etat à l’Outremer, Monsieur Christian Estrosi, à propos de la situation politique en Polynésie française. Je me félicite de son initiative consistant à lancer une consultation des forces politiques polynésiennes dans la perspective de préparer un projet de loi organique destiné à améliorer le fonctionnement de nos institutions et parvenir à une véritable stabilité politique.


Je serai bien entendu heureux de me rendre à Paris à son invitation pour participer à cette consultation. Le président de la République a confirmé qu'il s'opposait à une dissolution pure et simple de l'Assemblée de la Polynésie française, une option qu'il ne considère pas comme pertinente. S'il faut retourner aux urnes, soit, mais dans les meilleures conditions, et avec un mode de scrutin défini en accord avec toutes les tendances politiques et capable d'assurer une stabilité politique durable dans notre pays. *** En ce qui concerne le gouvernement et les portefeuilles occupés par les quatre ministres démissionnaires, je pense qu'il est prématuré, dans la situation actuelle, de procéder à de nouvelles nominations. Les consultations de la société civile que j'ai entreprises en début de semaine ne sont pas encore terminées. Je

souhaite

compléter

ce

tour

d'horizon

socio-

économique et analyser soigneusement les opinions des uns et des autres avant de me prononcer. 2


Par ailleurs, les choses peuvent évoluer dans les semaines qui viennent. Les contacts ne sont pas rompus avec le Tahoeraa et je reste ouvert à la discussion au sein de la famille autonomiste. Je ne désespère pas de parvenir à un nouvel accord de majorité fondé sur la sagesse et la bonne volonté. *** En

attendant,

le

gouvernement

travaille

et

l'Administration fonctionne. Les portefeuilles vacants ont été répartis entre les autres ministères : Le Logement et la Pêche ont été confiés à Monsieur Tearii Alpha. La Fonction publique et la Solidarité sont pris en charge par Monsieur Jules Ienfa. L'Agriculture est confiée à Madame Natacha Taurua. 3


Quant aux Finances, à l'Economie, à l'Emploi et au Dialogue

social,

j'en

conserve

pour

le

moment

la

responsabilité. Je tiens à réaffirmer qu'il n'y a actuellement aucun blocage dans le fonctionnement du Pays ni de son Administration. Je vous remercie de votre attention.

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NOTE D'INFORMATION

LA PAPOUASIE NOUVELLE GUINEE A LA TRAÎNE Papeete, le 2 août 2007

Les élections générales qui viennent d'avoir lieu en Papouasie-Nouvelle-Guinée (capitale Port Moresby) se sont déroulées correctement dans l'ensemble. Certes, il y a eu quelques morts, des voix ont été achetées et l'on parle encore de bourrage d'urnes, mais rien de comparable au scrutin chaotique de 2002. Les élections ont commencé le 30 juin dans cet immense pays peuplé de six millions d'habitants et elles se sont poursuivies au-delà du 20 juillet. Il faudra encore des semaines avant que le peuple ne connaisse tous les dirigeants qu'il a choisis. Quoi qu'il en soit, la Papouasie devrait continuer à souffrir de la stagnation économique et sociale qu'elle connaît depuis son accession à l'indépendance en 1975. Sir Michael Somare, déjà Premier ministre à cette époque, est revenu au pouvoir en 2002. Briguant un nouveau mandat, il se vante d'avoir amélioré l'état des finances publiques et favorisé la croissance économique sur fond de baisse de l'inflation et des taux d'intérêt. Ses deux rivaux pour la direction du pays sont Sir Mekere Morauta, déjà Premier ministre de 1997 à 2002, et Bart Philemon, ministre des Finances démissionné par Somare en 2006. La situation économique s'est effectivement légèrement améliorée ces derniers temps, mais, d'une manière générale, le bilan de la Papouasie Nouvelle Guinée sur les trente dernières années est plutôt dramatique, surtout quand on le compare au développement spectaculaire de ses voisins asiatiques au cours de la même période. En 1975, la Papouasie était plus riche que ses voisins en termes de PIB par habitant. Toutefois, alors que les pays du Sud-est asiatique connaissaient une croissance rapide, l'économie papoue stagnait et la démographie galopait. En 1980, le PIB par habitant de la Papouasie Nouvelle Guinée dépassait de 60 % la moyenne des PIB par habitant des pays d'Asie en voie de développement (Chine et Inde exclues). En 2007, il lui est inférieur de 60 %. Le pays est très riche en ressources naturelles et minières, mais le peuple n'en profite pas qui survit dans son immense majorité de maigres cultures vivrières. Une criminalité omniprésente fait reculer les investisseurs et nuit au développement du tourisme. L'éducation est en berne et le sida fait des ravages. Des catastrophes naturelles frappent régulièrement le pays.


De nombreux Papous vivaient encore récemment en petits groupes dans les régions isolées du pays. Certains n'ont été « découverts » que dans les années 1950. Il en résulte une étonnante variété de traditions et de dialectes (près de 850) et des rivalités claniques parfois violentes. Tout cela rend la Papouasie-Nouvelle-Guinée infernale à gouverner. Sir Michael Somare se considère comme le père de l'indépendance. Il a même fait imprimer son effigie sur les billets de 50 kina (la monnaie nationale, 1 kina = 30 Fcfp). Il estime que, compte tenu de ses handicaps naturels et historiques, son pays ne peut pas se développer plus vite. Le système politique anglais qui s'applique officiellement a été adapté aux spécificités locales. Par exemple, les députés reçoivent des fonds publics qu'ils redistribuent à discrétion dans leurs circonscriptions. Pour Michael Somare, il ne s'agit pourtant ni de corruption, ni de clientélisme. Le Premier ministre sortant estime qu'il faudra encore au moins quinze ans avant que la Papouasie-Nouvelle-Guinée puisse offrir à ses habitants l'éducation primaire gratuite que ses opposants promettent. Après avoir réduit le poids de la dette, Sir Michael Somare refuse d'emprunter pour améliorer les infrastructures et les services publics nationaux qui sont pourtant dans un état pitoyable. « Nous nous développerons à notre manière » affirme-t-il. L'Australie, de loin le principal soutien financier de la Papouasie a récemment dépêché des administrateurs pour aider le gouvernement à travailler. Elle a même envoyé des policiers pour essayer de réduire l'invraisemblable criminalité qui gangrène le pays. Mais les Papous les ont renvoyés après que les policiers australiens eurent mis au jour plusieurs affaires de corruption au plus haut niveau. Lasse de cette corruption et de l'incompétence de l'Administration papoue, l'Australie réduit progressivement son aide tout en contrôlant plus rigoureusement son utilisation. Le frein le plus puissant au développement économique de la PapouasieNouvelle-Guinée c'est que tout y est très cher et que rien n'y fonctionne normalement. L'électricité, le téléphone et l'Internet sont régulièrement coupés. Le gouvernement rechigne à privatiser des services qu'il ne parvient pourtant pas à gérer. Le Fonds monétaire international estime que, moyennant quelques réformes, une croissance économique de 7 à 8 % par an serait possible. Malheureusement pour les Papous, Sir Michael Somare, probable vainqueur des élections, semble beaucoup trop attaché à ses principes traditionnels pour lancer son pays sur cette voie. Patrick Schlouch (sources : presse anglo-saxonne, Internet)

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NOTE D'INFORMATION CONFIDENTIELLE

DEUX FERS AU FEU

Papeete, le 3 août 2007 Le sénateur Gaston Flosse semble être parvenu à ce qu'il voulait : être à nouveau, à 76 ans, considéré comme le maître de la Polynésie française, celui sans qui rien d'important ne peut être fait. Son coup monté avec Oscar Temaru (tout à la fois le complice et la dupe) a atteint son objectif. Le vieil épouvantail indépendantiste a encore joué son rôle à merveille, à Paris comme à Papeete. En faisant mine de s'allier avec son ennemi de toujours, le même qu'il vilipendait pis que pendre naguère, lors des élections législatives, Gaston Flosse a montré qu'il était le plus fort, parce que le plus forcené. Prêt à faire sauter la maison si l'on ne le rétablit pas immédiatement dans son rang, le premier. Et le plus extraordinaire, le plus surréaliste, c'est qu'il a été largement suivi. Il est parvenu à faire ratifier son plan diabolique par une majorité, étroite certes, mais tout de même solide, de ses cadres militants. Cela dit, ce magistral coup de bluff va encore faire perdre quelques mois, voire quelques années, à la Polynésie française en termes de développement, alors que les retards accumulés sont déjà considérables dans tous les domaines. Des risques sérieux pourraient peser sur la cohésion et la paix sociales. Le sénateur joue avec des forces qu'il ne pourra pas maîtriser longtemps. Car, pendant que la classe politique dépense toute son énergie à essayer de s'entendre dans un vacarme et un tapage médiatique assourdissants, l'heure tourne. Alors que tous les esprits sont braqués sur le choix d'un nouveau mode de scrutin, le contrat de projets est remisé aux oubliettes et bien malin qui pourrait dire quand un nouvel accord de partenariat avec l'Etat verra le jour et sous quelle forme. De très importants dossiers ne tolérant pourtant aucun retard sont en panne, comme le fonctionnement du nouvel hôpital, le lancement du projet de câble sous-marin, les affaires foncières, la réforme de la protection sociale, les constructions scolaires et surtout, surtout, le logement social. On voit du reste assez mal, en quoi le successeur du contrat de projets pourra s'en éloigner de manière significative tant les priorités ont été clairement identifiées.


Le président Tong Sang a fait le premier pas. C'est très sage et avisé. Le plus pressant était d'éteindre l'incendie, de sauver ce qui pouvait l'être de la majorité et de tout faire pour que le président de la République n'annule pas son projet de visite en octobre. De son côté, Gaston Flosse a placé deux fers au feu, menaçant de reprendre les négociations avec les séparatistes au cas où ses exigences majoritaires ne seraient pas prises en compte. La tactique est classique mais habile. Il semble pour le moment occuper une position stratégique qu'il faut bien respecter. Toutefois, un tel chantage ne peut pas s'éterniser et la situation évolue rapidement. Le mieux, comme l'a bien compris le président Tong Sang, reste encore de se laisser guider par la providence tout en gardant le cap, en sauvant l'essentiel et en patientant jusqu'à l'émergence d'une conjoncture plus favorable. Cela ne saurait tarder. Patrick Schlouch

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P O L Y N E S I E

Le Président

F R A N Ç A I S E

N°

69 / PR (NOR : PR0701613CN)

Papeete, le 8 Août 2007

COMMUNICATION EN CONSEIL DES MINISTRES

Objet : Bilan des rencontres avec les forces vives du fenua du 30 juillet au 3 août 2007 Comme vous le savez, j’ai procédé tout au long de la semaine dernière à une vaste consultation de la société civile, à propos de la crise politique qui frappe notre pays. Mais, avant de vous livrer, comme promis, la substance de ces entretiens, permettez-moi de les replacer dans le contexte et de vous rappeler les enjeux considérables des événements actuels. La Polynésie française traverse une période cruciale de son histoire. Notre pays, notre société polynésienne vivent en quelque sorte une nouvelle naissance. Et c'est toujours douloureux. Pourtant, en dépit des turbulences actuelles, et quoi qu'il puisse advenir dans les semaines et les mois qui viennent, je reste fermement convaincu que notre pays se forgera un avenir serein, libre et prospère avec la France et avec l'Europe. La page du nucléaire doit être définitivement tournée. Pendant quarante ans, le CEP a été le moteur de notre développement. Certes, les Polynésiens n'ont pas tous bénéficié de la même manière de la manne nucléaire et l'on ne peut pas oublier les bouleversements imposés à notre société polynésienne. Il serait toutefois intellectuellement malhonnête de ne pas reconnaître ce que cela nous a aussi apporté. Qui pourrait nier que, d'une manière générale, on vit mieux dans la Polynésie française de 2007 que dans celle des années 1950 ? Cela dit, des doutes subsistent encore dans les esprits sur les conséquences sanitaires des essais atmosphériques. Toutes les rancœurs qui pourraient encore s'attacher à cette période doivent être prises en compte en bonne intelligence avec l'Etat. Cela tombe bien, car nous avons justement d'excellentes relations avec la nouvelle équipe qui dirige la France et notamment avec le Président de la République, Monsieur Nicolas Sarkozy. Il y a aussi à Paris une réelle volonté de traiter ces questions avec plus de franchise et d'ouverture. Le contexte est par conséquent plus que favorable pour clore ce long chapitre de notre histoire dans les meilleures conditions possibles. B.P. 2551 , 98713 Papeete – TAHITI, Polynésie française – quartier Broche, avenue Pouvanaa a Oopa Tél. : (689) 47 20 00 - Fax. : (689) 47 22 10 - Email : capr@presidence.pf - http://www.presidence.pf


À présent, les questions urgentes qui se posent sont : - Où allons-nous ? - Quel avenir pour nos enfants ? - Quel nouveau mode de développement choisir ? Dans les années 1990, le Pacte de progrès avait permis à la Polynésie française de parvenir à produire elle-même environ 50 % de ses richesses. Mais qu'en est-il des autres 50 % ? Serons-nous condamnés à toujours dépendre de la solidarité nationale sans contrepartie ? Ce n’est pas souhaitable, ni pour la dignité de notre peuple, ni pour la pérennité de nos relations avec la France. Nous avons une vision différente des choses. Nous souhaitons que la Polynésie française prenne une part active dans le développement de l'ensemble français. Soyons logiques. La grande majorité de notre population veut rester française. Il faut donc jouer loyalement le jeu du partenariat avec l'Etat. Il est faux de penser que depuis l'arrêt des essais nucléaires, la Polynésie française n'offrirait plus d'intérêt stratégique pour la France. Outre que les liens qui nous unissent à la République vont bien au-delà, je pense qu'au contraire, l'intérêt géostratégique de notre pays pour la France et pour l'Europe peut se révéler considérable. La Polynésie française a de nouveau l'opportunité d'apporter sa contribution au rayonnement économique et culturel de la France, tout comme au cours des précédentes décennies pour le développement de sa force de frappe. Sans vouloir trop idéaliser le tableau, il semblait pourtant bien, jusqu'à la mi-juillet, que notre pays s’était engagé sur cette excellente voie. Notre projet de développement durable avait été très positivement accueilli à Paris. Le Président de la République avait même choisi la Polynésie française pour son premier déplacement officiel en outre-mer dès le mois d’octobre prochain. Reprise de l’activité, soutien de l'Etat, retour de la confiance, les conditions d'un redémarrage économique et social étaient réunies. Malheureusement, pour certains, la mariée n'était pas encore assez belle. Plutôt que se réjouir des excellentes perspectives d'avenir de notre pays, ils ont préféré nous faire un croche-pied, pensant probablement que nous ne nous en relèverions pas. Une instabilité politique artificielle a été créée à coups de bluff et d'effets d'annonces. Pourtant, tout cela ne fera en réalité que retarder l'inéluctable. Le monde a changé. Etre un dirigeant responsable, ce n'est pas lancer son peuple dans une course forcenée vers l'inconnu, ni l'exposer à tous les dangers quand il n'y a aucune menace extérieure. C'est à mon sens, avoir la vision d'un objectif d'intérêt général et la lucidité de reconnaître qui est le mieux à même de guider sereinement le pays vers cet objectif. Il serait vain de cacher que le retrait du Tahoeraa Huiraatira de la plateforme autonomiste majoritaire, nous a mis en difficulté. Nous faisons tout ce qui est possible pour reconstituer cette majorité. C’est un préalable indispensable pour permettre à notre pays de retrouver le calme et la stabilité politique indispensables à la paix et au développement durables. NOR : PR0701613CN

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Toutefois, nous appelons chacun et chacune à faire preuve de mesure et de réalisme dans ses revendications. Les extrapolations électorales dans lesquelles on pourrait se lancer à partir des résultats de tel ou tel scrutin n'ont guère de sens. Dois-je rappeler que nos deux députés Tahoeraa ont été élus aussi grâce aux voix des autres formations autonomistes ? Une crise politique a été provoquée délibérément alors que la confiance revenait et que rien ne pouvait la justifier. Si différents points de vue se manifestaient, n’eut-il pas été plus judicieux de se réunir autour d'une table pour les exprimer, et revoir éventuellement nos accords à la lumière des événements récents, plutôt que prendre les Polynésiens en otages ? Compte tenu du caractère exceptionnel de la situation, j'ai ressenti le besoin de consulter la population et notamment les représentants de ses forces vives, pour connaître leur opinion et me guider ainsi dans mes prises de décision. Sauf erreur de ma part, c'est une première. Tout au long de la semaine dernière, j'ai donc mené plus de cinquante entretiens. Vous en recevrez bien entendu la liste complète. J’ai d’abord eu l’honneur de recevoir les entrepreneurs, petits et grands, les industriels, les hôteliers, les bâtisseurs, les commerçants... Tous ceux qui font tourner la machine économique. Ceux qui créent les emplois dont nos jeunes ont besoin. Le temps où l’Administration pouvait occuper tout le monde, c’est fini ! Le développement futur de notre pays dépendra directement du dynamisme du secteur privé. C’est pourquoi, je suis peiné quand j’entends certains propos méprisants et calomniateurs sur nos entreprises qui ne seraient que d’odieux exploiteurs. Je dis qu’il faut beaucoup de courage et de confiance pour continuer à travailler et à investir dans un climat politique comme celui que nous connaissons actuellement. Naturellement, tous regrettent l’arrêt brutal du mouvement de reprise qu’ils constataient depuis quelques mois. La confiance revenait. Cette majorité avait l’air de fonctionner. Le gouvernement travaillait bien. Les dossiers commençaient à sortir. Des annonces fortes, comme la prochaine visite du Président de la République ou l’avis unanime du CESC en faveur du contrat de projets, confirmaient la crédibilité de notre équipe et de notre politique. D’une manière générale, les patrons étaient plutôt optimistes. Mais, la crise politique les inquiète sérieusement. Elle pourrait avoir rapidement des conséquences sur l’emploi. De nombreuses familles pourraient alors en souffrir. Les plus faibles en premier, naturellement. Nous ferons tout pour l’éviter.

NOR : PR0701613CN

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Les enseignants, les parents d’élèves, les artisans, les associations culturelles ou sportives, les retraités… ne sont pas moins inquiets. Tous craignent les conséquences de la crise qui sévit actuellement et souhaitent ardemment un retour à une stabilité durable. Après trois ans d’agitation politique et électorale, la population aspire à retrouver la paix. Elle veut que le gouvernement et l’Assemblée consacrent leur énergie à s’occuper de ses vrais problèmes, et que l’on cesse de faire tanguer la pirogue polynésienne au risque de faire naufrage. D’une manière générale, les Polynésiens se déclarent fatigués de tous ces pea pea politiques. Ils souhaitent savoir clairement où nous voulons les conduire. Tout cela m’a été confirmé par les représentants des organisations syndicales, des partis politiques et des confessions religieuses qui m’ont fait l’honneur de venir jusqu’à moi. Tous mes interlocuteurs ont apprécié ma démarche et se sont déclarés heureux et honorés de pouvoir m'exposer la situation dans leur domaine d'activité et de me confier leurs avis sur celle de notre pays. Je tiens à les remercier pour cette contribution à notre réflexion. Ma conclusion, c’est que je sors de ces entretiens conforté dans ma conviction que nous devons en priorité trouver une issue à la crise actuelle. Il faut rapidement relancer l’action du gouvernement et permettre ainsi à l’économie de redémarrer franchement. Nous ne pouvons plus prendre de retard sur des dossiers essentiels et urgents comme le fonctionnement du nouvel hôpital, la réforme foncière, la réforme de la protection sociale, le lancement du projet de câble sous-marin, les constructions scolaires et, surtout, le logement social. Bien d’autres encore. De ce côté, les nouvelles sont plutôt bonnes. Comme vous le savez, des discussions sont en cours au sein de la plateforme autonomiste. J’espère que nous parviendrons prochainement à un accord. Dans un deuxième temps, il faudra trouver un consensus aussi vaste que possible autour d’un nouveau mode de scrutin de nos représentants à l’Assemblée de la Polynésie française. Il faudra bien sûr l’adapter aux réalités géographiques et culturelles de la Polynésie française. Il faudra probablement aussi revoir certains aspects du statut de 2004. Dès la semaine prochaine, vendredi 17 août exactement, je me rendrai à Paris où le secrétaire d’Etat à l’Outre-mer a invité les principaux dirigeants politiques polynésiens. L’objectif est d’être en mesure de proposer à la population d’élire une Assemblée selon des règles du jeu bien claires et au sein de laquelle une majorité solide pourra soutenir durablement un gouvernement efficace. Bien évidemment, ça c’est la théorie. Aucun mode de scrutin n’est parfait. Aucun ne pourra satisfaire tout le monde. Et, surtout, aucun système ne pourra à lui seul garantir la stabilité et la paix. Cela dépendra toujours des hommes politiques et de leur comportement.

NOR : PR0701613CN

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Mais, je vous le répète, j’ai confiance dans notre pays et dans ses habitants. Tout au long de la semaine dernière, j’ai rencontré des personnalités formidables. Très compétentes, chacune dans son domaine, et pleines d’amour pour le Fenua. Tout finira par s’apaiser.

Gaston TONG SANG

NOR : PR0701613CN

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SITUATION POLITIQUE CONSULTATION DE LA SOCIETE CIVILE

Conférence de presse de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

Mercredi 8 août - 15 h - Présidence

Mesdames et Messieurs, Bienvenue pour cette conférence de presse. Comme vous le savez, j’ai procédé tout au long de la semaine dernière à une vaste consultation de la société civile, à propos de la crise politique qui frappe notre pays. Mais, avant de vous livrer, comme promis, la substance de ces entretiens, permettez-moi de les replacer dans le contexte et de vous rappeler les enjeux considérables des événements actuels.


La Polynésie française traverse une période cruciale de son histoire. Notre pays, notre société polynésienne vivent en quelque sorte une nouvelle naissance. Et c'est toujours douloureux. Pourtant, en dépit des turbulences actuelles, et quoi qu'il puisse advenir dans les semaines et les mois qui viennent, je reste fermement convaincu que notre pays se forgera un avenir serein, libre et prospère. avec la France et avec l'Europe. *** La page du nucléaire doit être définitivement tournée. Pendant quarante ans, le CEP a été le moteur de notre développement. Certes, les Polynésiens n'ont pas tous bénéficié de la même manière de la manne nucléaire et l'on ne peut pas oublier les bouleversements imposés à notre société polynésienne. 2


Il serait toutefois intellectuellement malhonnête de ne pas reconnaître ce que cela nous a aussi apporté. Qui pourrait nier que, d'une manière générale, on vit mieux dans la Polynésie française de 2007 que dans celle des années 1950 ? Cela dit, des doutes subsistent encore dans les esprits sur les conséquences sanitaires des essais atmosphériques. Toutes les rancœurs qui pourraient encore s'attacher à cette période doivent être prises en compte en bonne intelligence avec l'Etat. Cela tombe bien, car nous avons justement d'excellentes relations avec la nouvelle équipe qui dirige la France et notamment avec le président de la République, Nicolas Sarkozy. Il y a aussi à Paris une réelle volonté de traiter ces questions avec plus de franchise et d'ouverture. Le contexte est par conséquent plus que favorable pour clore ce long chapitre de notre histoire dans les meilleures conditions possibles. 3


À présent, les questions urgentes qui se posent sont : Où allons-nous ? Quel avenir pour nos enfants ? Quel nouveau mode de développement choisir ? Dans les années 1990, le Pacte de progrès avait permis à la Polynésie française de parvenir à produire elle-même environ 50 % de ses richesses. Mais qu'en est-il des autres 50 % ? Serons-nous condamnés à toujours dépendre de la solidarité nationale sans contrepartie ? Ce n’est pas souhaitable, ni pour la dignité de notre peuple, ni pour la pérennité de nos relations avec la France. Nous avons une vision différente des choses. Nous souhaitons que la Polynésie française prenne une part active dans le développement de l'ensemble français.

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Soyons logiques. La grande majorité de notre population veut rester française. Il faut donc jouer loyalement le jeu du partenariat avec l'Etat. Il est faux de penser que depuis l'arrêt des essais nucléaires, la Polynésie française n'offrirait plus d'intérêt stratégique pour la France. Outre que les liens qui nous unissent à la République vont bien au-delà, je pense qu'au contraire, l'intérêt géostratégique de notre pays pour la France et pour l'Europe peut se révéler considérable. La Polynésie française a de nouveau l'opportunité d'apporter sa contribution au rayonnement économique et culturel de la France, tout comme au cours des précédentes décennies pour le développement de sa force de frappe. Sans vouloir trop idéaliser le tableau, il semblait pourtant bien, jusqu'à la mi-juillet, que notre pays s’était engagé sur cette excellente voie.

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Notre projet de développement durable avait été très positivement accueilli à Paris. Le président de la République avait même choisi la Polynésie française pour son premier déplacement officiel en outre-mer dès le mois d’octobre prochain. Reprise de l’activité, soutien de l'Etat, retour de la confiance, les conditions d'un redémarrage économique et social étaient réunies. Malheureusement, pour certains, la mariée n'était pas encore assez belle. Plutôt que se réjouir des excellentes perspectives d'avenir de notre pays, ils ont préféré nous faire un crochepied, pensant probablement que nous ne nous en relèverions pas. Une instabilité politique artificielle a été créée à coups de bluff et d'effets d'annonces. Pourtant, tout cela ne fera en réalité que retarder l'inéluctable.

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Le monde a changé. Etre un dirigeant responsable, ce n'est pas lancer son peuple dans une course forcenée vers l'inconnu, ni l'exposer à tous les dangers quand il n'y a aucune menace extérieure. C'est à mon sens, avoir la vision d'un objectif d'intérêt général et la lucidité de reconnaître qui est le mieux à même de guider sereinement le pays vers cet objectif. *** Il serait vain de cacher que le retrait du Tahoeraa Huiraatira de la plateforme autonomiste majoritaire, nous a mis en difficulté. Nous faisons tout ce qui est possible pour reconstituer cette majorité. C’est un préalable indispensable pour permettre à notre pays de retrouver le calme et la stabilité politique indispensables à la paix et au développement durables.

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Toutefois, nous appelons chacun et chacune à faire preuve de mesure et de réalisme dans ses revendications. Les

extrapolations

électorales

dans

lesquelles

on

pourrait se lancer à partir des résultats de tel ou tel scrutin n'ont guère de sens. Dois-je rappeler que nos deux députés Tahoeraa ont été élus

aussi

grâce

aux

voix

des

autres

formations

autonomistes ? *** Une crise politique a été provoquée délibérément alors que la confiance revenait et que rien ne pouvait la justifier. Si différents points de vue se manifestaient, n’eut-il pas été plus judicieux de se réunir autour d'une table pour les exprimer, et revoir éventuellement nos accords à la lumière des événements récents, plutôt que prendre les Polynésiens en otages ? ***

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Compte tenu du caractère exceptionnel de la situation, j'ai ressenti le besoin de consulter la population et notamment les représentants de ses forces vives, pour connaître leur opinion et me guider ainsi dans mes prises de décision. Sauf erreur de ma part, c'est une première. Tout au long de la semaine dernière, j'ai donc mené plus de cinquante entretiens. Vous en recevrez bien entendu la liste complète. *** J’ai d’abord eu l’honneur de recevoir les entrepreneurs, petits et grands, les industriels, les hôteliers, les bâtisseurs, les commerçants... Tous ceux qui font tourner la machine économique. Ceux qui créent les emplois dont nos jeunes ont besoin. Le temps où l’Administration pouvait occuper tout le monde, c’est fini ! 9


Le développement futur de notre pays dépendra directement du dynamisme du secteur privé. C’est pourquoi, je suis peiné quand j’entends certains propos méprisants et calomniateurs sur nos entreprises qui ne seraient que d’odieux exploiteurs. Je dis qu’il faut beaucoup de courage et de confiance pour continuer à travailler et à investir dans un climat politique comme celui que nous connaissons actuellement. Naturellement,

tous

regrettent

l’arrêt

brutal

du

mouvement de reprise qu’ils constataient depuis quelques mois. La confiance revenait. Cette majorité avait l’air de fonctionner. Le gouvernement travaillait bien. Les dossiers commençaient à sortir.

10


Des annonces fortes, comme

la

prochaine

visite

du

président

de

la

République ou l’avis unanime du CESC en faveur du contrat de projets, confirmaient la crédibilité de notre équipe et de notre politique. D’une manière générale, les patrons étaient plutôt optimistes. Mais, la crise politique les inquiète sérieusement. Elle pourrait avoir rapidement des conséquences sur l’emploi. De nombreuses familles pourraient alors en souffrir. Les plus faibles en premier, naturellement. Nous ferons tout pour l’éviter. *** Les enseignants, les parents d’élèves, les artisans, les associations culturelles ou sportives, les retraités… ne sont pas moins inquiets.

11


Tous craignent les conséquences de la crise qui sévit actuellement et souhaitent ardemment un retour à une stabilité durable. Après trois ans d’agitation politique et électorale, la population aspire à retrouver la paix. Elle veut que le gouvernement et l’Assemblée consacrent leur énergie à s’occuper de ses vrais problèmes, et

que

l’on

cesse

de

faire

tanguer

la

pirogue

polynésienne au risque de faire naufrage. D’une manière générale, les Polynésiens se déclarent fatigués de tous ces pea pea politiques. Ils souhaitent savoir clairement où nous voulons les conduire. Tout cela m’a été confirmé par les représentants des organisations syndicales, des partis politiques et des confessions religieuses qui m’ont fait l’honneur de venir jusqu’à moi.

12


Tous mes interlocuteurs ont apprécié ma démarche et se sont déclarés heureux et honorés de pouvoir m'exposer la situation dans leur domaine d'activité et de me confier leurs avis sur celle de notre pays. Je tiens à les remercier pour cette contribution à notre réflexion. *** Ma conclusion, c’est que je sors de ces entretiens conforté dans ma conviction que nous devons en priorité trouver une issue à la crise actuelle. Il faut rapidement relancer l’action du gouvernement et permettre ainsi à l’économie de redémarrer franchement. Nous ne pouvons plus prendre de retard sur des dossiers essentiels et urgents comme le fonctionnement du nouvel hôpital, la réforme foncière, la réforme de la protection sociale, le lancement du projet de câble sousmarin, les constructions scolaires et, surtout, le logement social. Bien d’autres encore.

13


De ce côté, les nouvelles sont plutôt bonnes. Comme vous le savez, des discussions sont en cours au sein de la plateforme autonomiste. J’espère que nous parviendrons prochainement à un accord. *** Dans un deuxième temps, il faudra trouver un consensus aussi vaste que possible autour d’un nouveau mode de scrutin de nos représentants à l’Assemblée de la Polynésie française. La réflexion est déjà très largement entamée. Beaucoup semblent favorables à un scrutin à deux tours avec prime majoritaire, inspiré de celui des élections régionales. Il faudra bien sûr l’adapter aux réalités géographiques et culturelles de la Polynésie française. Il faudra probablement aussi revoir certains aspects du statut de 2004.

14


Dès la semaine prochaine, vendredi 17 août exactement, je me rendrai à Paris où le secrétaire d’Etat à l’Outremer a invité les principaux dirigeants politiques polynésiens. L’objectif est d’être en mesure de proposer à la population d’élire une Assemblée selon des règles du jeu bien claires et au sein de laquelle une majorité solide pourra soutenir durablement un gouvernement efficace. Bien évidemment, ça c’est la théorie. Aucun mode de scrutin n’est parfait. Aucun ne pourra satisfaire tout le monde. Et, surtout, aucun système ne pourra à lui seul garantir la stabilité et la paix. Cela dépendra toujours des hommes politiques et de leur comportement. Mais, je vous le répète, j’ai confiance dans notre pays et dans ses habitants. Tout au long de la semaine dernière, j’ai rencontré des personnalités formidables. Très compétentes, chacune dans son domaine, et pleines d’amour pour le Fenua. 15


Tout finira par s’apaiser. Je vous remercie de votre attention.

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RENTREE SCOLAIRE 2007 Discours de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

Jeudi 9 août 2007 - 11 h Lycée polyvalent de Taiarapu nui (Taravao, commune de Taiarapu-est)

Monsieur le Maire, Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs les Elus municipaux, Monsieur le Proviseur du Lycée polyvalent de Taiarapu nui, Mesdames et Messieurs, Chers élèves, Merci de m'accueillir dans votre lycée à l'occasion de cette rentrée scolaire 2007. Rassurez-vous, je sais que les jeunes ventres affamés n'ont pas d'oreilles, je ne retarderai donc pas longtemps votre déjeuner. Pour cette rentrée 2007, les 292 établissements scolaires de la Polynésie française (moins les quelques-uns qui sont encore en travaux et qui n'ont pas pu ouvrir à temps, soit une dizaine à peine) ont reçu plus de 76 000 élèves, de la maternelle à la terminale et même au-delà. Nous comptons aussi trois mille étudiants dans l'enseignement supérieur. Ainsi, près d'un tiers de la population de notre pays va à l'école ou poursuit des études universitaires. Tous ces élèves sont encadrés et instruits par presque deux mille enseignants du premier degré, professeurs des écoles, instituteurs, enseignants du cadre métropolitain, par plus de deux mille professeurs du second degré et près de mille personnels administratif, technique, de services et de santé. Au total plus de cinq mille personnes travaillent dans le système éducatif polynésien. Permettez-moi d'abord de souhaiter la bienvenue à toutes et tous les nouveaux professeurs et personnels fraîchement nommés dans notre pays. J'espère qu'ils s'adapteront bien vite à leurs nouvelles conditions de travail. Je leur souhaite ainsi qu'à leurs familles, un agréable et fructueux séjour parmi nous. *** …/…


En 2006, l'Etat a investi près de soixante milliards de francs Pacifique dans l'éducation, la formation et la recherche, auxquels il faut ajouter plus de trois milliards pour l'information et la culture par le biais de RFO. C'est de loin son plus gros budget en Polynésie française puisqu'il représente près de 40 % du total. Je crois que nous devons remercier l'Etat, sans le soutien duquel nous ne pourrions jamais soutenir un tel effort. Le Pays consacre pour sa part …. milliards de francs à l'éducation et à la formation. Sans oublier la contribution des communes pour l'entretien des infrastructures. C'est dire toute l'importance que notre pays accorde à l'éducation et à la formation de ses jeunes. L'école transmet la connaissance, laquelle apporte la liberté et la dignité. Toutefois, même si le devoir de la collectivité est de délivrer l'instruction gratuitement à tous, l'école ne peut pas tout faire à elle seule. Dans l'accomplissement de ses missions, elle doit notamment pouvoir s'appuyer sur les familles, dont la responsabilité dans l'éducation des enfants reste prépondérante. Il faut rendre hommage aux associations de parents d'élèves et encourager tous les parents à s'impliquer davantage dans la réussite de leurs enfants. Plus le monde avance, plus l'éducation, la formation et la qualification prennent une importance cruciale. On parle souvent d'échec scolaire en Polynésie française. Il est vrai qu'il n'est pas toujours facile pour les jeunes Polynésiens d'entrer dans le système, que ce soit pour des raisons culturelles ou linguistiques. Nous devons tout faire pour leur faciliter la tâche et leur trouver des solutions adaptées. Je sais que le Lycée polyvalent de Taiarapu nui accueille de nombreux enfants des archipels éloignés, des Marquises et des Tuamotu notamment. Je les salue au nom du gouvernement et je les encourage à bien travailler et à persévérer. Ils n'auront pas à le regretter. J'ai personnellement quitté mon île de Bora Bora et ma famille à l'âge de onze ans pour suivre ma scolarité, puis mes études supérieures. C'est une épreuve difficile, mais féconde et qui forge le caractère. *** Notre pays aura de plus en plus besoin de professionnels qualifiés dans tous les domaines. Notamment dans les secteurs porteurs de notre économie, comme le tourisme, la pêche, la perliculture, la cosmétique, les services et toutes les activités qui s'y attachent dans le bâtiment, la mécanique, l'informatique, les loisirs, etc. Nous avons aussi besoin de professeurs, de médecins, de juristes, de comptables… Les opportunités sont très vastes et le Pays est prêt à soutenir financièrement les étudiants les plus motivés. Apprendre à aimer l'effort et le travail bien fait pour se construire une vie plus belle et participer au développement de son pays, quel beau défi pour notre jeunesse.

…/… 2


Certes, nos jeunes sont encore trop nombreux à ne pas vouloir ou ne pas pouvoir faire cet effort. Mais on oublie trop souvent de noter les progrès accomplis en quelques décennies. Cette année 2007, par exemple, près de 70 % de la classe d'âge ont obtenu le diplôme national du Brevet. Et 39 % ont obtenu le Baccalauréat. Notre système éducatif permet chaque année à plus de deux mille jeunes de parvenir jusqu'au terme de leur scolarité. Le niveau de connaissance et de qualification de notre population augmente rapidement. Il faut s'en féliciter car c'est un élément essentiel pour le développement durable de notre pays et l'harmonie de notre société. *** Cette rentrée 2007 s'est effectuée dans des conditions très satisfaisantes. Ce n'était pas évident, compte tenu du contexte dans lequel elle a eu lieu. Je voudrais à ce propos remercier d'abord le ministre de l'Education, chargé de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Tearii Alpha, pour avoir dirigé la manœuvre avec maîtrise et efficacité. Le gouvernement et moi-même appuyons sans réserve sa politique éducative et notamment sa décision de confirmer l'attachement de notre système éducatif à celui de la métropole tout en affirmant nos spécificités polynésiennes. C'est justement un tel esprit qui doit animer notre autonomie. Cher Tearii, permets-moi de rendre hommage à ton courage et à ton dévouement. Tu as sagement choisi de résister aux pressions qui s'exerçaient sur toi plutôt que d'abandonner la passerelle du navire au moment où celui-ci quittait le quai. Un grand merci aux chefs d'établissements, aux enseignants, aux cadres, aux personnels administratif et technique, et à toutes celles et tous ceux qui ont contribué à la réussite de cette rentrée scolaire 2007. Au nom du gouvernement et en mon nom personnel, je vous souhaite, ainsi qu'à tous vos élèves, bien sûr, une bonne année scolaire, couronnée de succès. Mauruuru.

3


Jeudi 9 août 2007

ACCIDENT D'AVION A MOOREA Communiqué du président Gaston Tong Sang Un drame terrible vient d'endeuiller la Polynésie française. Pour une raison encore inconnue, un Twin Otter de la compagnie Air Moorea s'est écrasé en mer ce jeudi 9 août 2007, vers midi, peu après son décollage de l'aéroport de Moorea - Temae. L'avion transportait vingt personnes, dont le pilote, Michel Santurenne, et dix-neuf passagers. Il n'y a malheureusement aucun rescapé. La Polynésie française est durement touchée par cette catastrophe. Aux familles des victimes, à leurs amis et à leurs proches, j'adresse mes condoléances les plus attristées ainsi que celles du gouvernement, de l'Administration et du Pays. Qu'ils sachent que nous sommes de tout cœur avec eux dans cette cruelle épreuve. Il y avait notamment à bord deux représentants de la Commission européenne en mission en Polynésie française dans le cadre de la préparation du 9è Fonds Européen de Développement (FED). Il s'agissait de M. Jean-Pierre Pierard, 61 ans, chargé d’affaires du Bureau de la Commission européenne pour les PTOM français du Pacifique à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) et de M. Michel Gauche, 63 ans, premier conseiller à la délégation régionale de la Commission européenne pour le Pacifique en résidence à Suva (Fidji). Ces deux personnalités avaient effectué une visite à Moorea dans la matinée. Elles étaient accompagnées par une délégation polynésienne notamment composée de Didier Laurier, directeur du cabinet du ministre du Tourisme et de l'Environnement, Guillaume Ratte, conseiller technique

au

même

ministère,

Pierre

Coissac,

directeur

de

l'Environnement en Polynésie française, Eric Sesboue et Moetia Fourreau


ses collaborateurs, ainsi que de plusieurs autres agents du Pays et représentants d'entreprises locales. Le Pays rend un vibrant hommage à celles et ceux qui ont péri dans l'exercice de leur mission à son service. Il y avait aussi à bord de l'appareil un malade avec son accompagnatrice, deux autres passagers et un couple de touristes étrangers. Aussitôt que j'en ai été informé, je me suis rendu sur les lieux de l'accident à Moorea, en compagnie du ministre de la Santé, Jules Ienfa, et du ministre de l'Equipement, Louis Frébault. Une cellule de soutien psychologique pour les familles des victimes a été mise en place dans le bâtiment de la direction générale d’Air Tahiti par le ministère de la Santé et de la Solidarité, en relation avec la SETIL et les autorités de l’Etat. Plus tôt, le navire du Pays, le Tahiti Nui IX, avait quitté Papeete avec des plongeurs de la section Phare et balises de la direction de l’Equipement. L'Etat, que nous remercions pour son intervention rapide et efficace, a mis en œuvre tous les moyens dont il disposait pour tenter de sauver d'éventuels rescapés et pour retrouver les corps des malheureuses victimes. Celles-ci seront transportées en avion militaire jusqu'à la base aérienne 190 à Faa'a où leurs familles sont invitées à se rassembler autour d'une chapelle ardente. La ministre du Tourisme et de l'Environnement, Maina Sage, s'est rendue sur place pour leur exprimer le soutien du gouvernement. Je remercie le maire de Moorea, son personnel, les pompiers, les gendarmes, la population, les pêcheurs et toutes les équipes ayant participé aux recherches en mer et au soutien aux familles. Le ministre de l'Intérieur, Madame Michèle Alliot-Marie nous a adressé un message de compassion dont je la remercie. Elle nous a informés que le secrétaire d'Etat à l'Outremer, Monsieur Christian Estrosi, viendrait dès que possible à Tahiti pour témoigner du soutien du président de la République et du gouvernement central.


Nous organiserons une veillée de prière samedi en fin d‘après-midi place To’ata, Au

pour

nom

de

que

chacun

la

Polynésie

puise

venir

française,

se de

recueillir, nos

et

prier.

institutions,

de

l’Administration, de la Setil, je présente toutes nos condoléances aux familles des défunts que nous pleurons. Gaston Tong Sang


EMISSION SPECIALE TNTV Interview en français de Claude Ruben Jeudi 9 août 2007 – 18h45

Durant des semaines, vous venez de vivre une série de tsunami, où avez-vous puisé la force et la foi de résister ? Monsieur Ruben, cher Claude, bonsoir et bonsoir aux téléspectateurs de TNTV. Merci de votre invitation. Pour répondre directement à votre question, j’ai foi en mon Pays, la Polynésie française. Je tire ma force de cette conviction. Nous sommes là pour effectivement servir, pour faire face aux difficultés, pour régler les problèmes et non pas pour en créer.

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Je suis un homme de dialogue, et je vais au bout du dialogue. Les réactions sous le coup de la colère ne font qu’empirer les choses. Je pense au contraire que la maîtrise des émotions permet de garder l’esprit clair en politique, et de rester connecté à la seule valeur valant tous les sacrifices : l’intérêt général. Et puis les tsunami dont vous parlez font partie intégrante de la vie politique. C’est aux réactions dans les moments difficiles que l’on peut juger la valeur des hommes. Parmi ces réactions, il faut savoir temporiser, savoir attendre le moment opportun pour trouver de véritables solutions. Il faut rester zen.

Quelle explication donnez-vous à la rupture imposée par Gaston Flosse ? Ma réponse risque de ne pas vous convenir. Je crois qu’il faut poser la question à l’intéressé, que je salue d’ailleurs ce soir. Une réponse facile serait de citer le vote du Grand conseil, ayant avalisé la sortie de la majorité. Aujourd’hui, nous travaillons sincèrement au Présidence – Service de la communication et de la documentation - Tel 47 26 20

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mouvement inverse. Le Tahoeraa Huiraatira doit revenir au sein de la majorité et du gouvernement. C’est sa place.

Dans votre discours à Bora Bora ce 14 juillet, n’y avaitil pas une phrase en trop ? (NR extrait du discours de Bora Bora « Nous devons nous montrer reconnaissants à l'égard de notre sénateur, Monsieur Gaston Flosse, pour le brio et la détermination avec lesquels il a su faire éviter à notre pays le piège du retrait du CEP. Mais, notre situation a beaucoup évolué, et le monde est entré dans le vingt-et-unième siècle. On ne peut plus gérer le pays comme par le passé. ») A Bora Bora, j’ai voulu rendre compte des grands axes de ma vision politique pour l'avenir. Il y a bien une phrase qui peut peut-être choquer. J’ai dit que « l’assistanat n’était plus de mise. ». Je le pense sincèrement, comme Nicolas Sarkozy que j’admire profondément. J’ai dit aussi que la page du nucléaire et de l’après-CEP devait être « définitivement tournée. » On ne peut pas vivre sur le passé.

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J’ai rendu hommage au sénateur Gaston Flosse, car il a, dans cette période de bouleversement du CEP, su faire face et faire entrer notre pays dans la modernité. Mais, quand je dis qu’on ne peut plus gérer le pays comme par le passé, je ne juge pas l’homme. Je ne me le permettrais pas. Je dis simplement que l’ère du CEP est finie. Et qu’il faut aujourd’hui de nouvelles solutions pour notre pays, une nouvelle philosophie.

N'êtes-vous pas allé trop loin dans votre gouvernance sur deux points en particulier : − Engager le parti sans consulter Gaston Flosse, le président, − Conforter les Frebault ? ……………

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Vous ne quittez pas le Tahoeraa, mais vous tentez de mettre en place un courant. C'est peut-être oublier que le Grand conseil a voté à près de 70 % contre vous et à 43 % uniquement contre le pacte avec le Tavini. D'abord je voudrais dire que le Grand conseil du Tahoeraa n'a pas voté contre moi. Le Grand conseil a voté pour ou contre le retrait du Tahoeraa de la majorité et du gouvernement. Je vous rappelle tout de même que sur les sept ministres Tahoeraa

qui

étaient

au

gouvernement,

quatre

seulement ont finalement choisi de démissionner à l'appel de Monsieur Flosse. Les trois autres, Jules Ienfa, Tearii Alpha et Luc Faatau ont préféré rester sur la passerelle du navire. Je les remercie et je rends hommage à leur courage et à leur sens des responsabilités. Quand la mer est grosse, les officiers ne doivent pas abandonner leurs postes. Sur l'autre question posée au Grand conseil qui était de savoir si les négociations entreprises avec le Tavini devaient se poursuivre « pour retrouver la paix », vous avez raison, 43 % ont voté contre. L'intitulé des questions, la procédure du scrutin et même l'identité de certains votants (faisaient-ils ou pas

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réellement partie du Grand conseil ?), tout cela est un peu contestable. Mais, cela renforce l'ampleur des chiffres du refus au sein du parti. C'est la première fois dans la longue histoire du Tahoeraa Huiraatira qu'une division aussi nette se manifeste sur des sujets aussi graves. Par conséquent, ce n'est pas moi qui ai créé un courant au sein du parti. Ce courant existe et bel et bien. Je n'ai fait que proposer d'en prendre la direction et de le représenter.

N'avez-vous pas eu l'intention de mettre en place une OPA sur le parti en créant un courant ? Je le répète, ce n'est pas moi qui ai créé le courant dont vous parlez au sein du Tahoeraa Huiraatira. Ce courant s'est manifesté clairement lors du vote du Grand conseil. C'est le président Flosse lui-même qui a provoqué la création de ce courant en proposant aux militants des perspectives politiques inacceptables pour beaucoup d'entre nous.

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Ses décisions ont brutalement choqué beaucoup d'entre nous, surtout parmi les plus anciens et les plus fidèles militants du parti. Le président a ensuite tenté de les rassurer par des discours plus modérés, mais le mal était fait. Heureusement, tout cela montre qu'en dépit de tout ce que l'on peut dire ici ou là, le Tahoeraa Huiraatira reste un parti démocratique, au sein duquel des opinions différentes peuvent s'exprimer. Pas toujours facilement, je vous le concède, mais si l'on est véritablement sincère et convaincu du bienfondé de ses idées, on finit toujours par se faire entendre.

L'accord avec Gaston Flosse : quels sont les points positifs et quels sont les points sur lesquels vous serez intransigeant ? ……………

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A propos des îliens, ne craignez-vous pas qu'une motion de censure les fasse changer de camp ? Tout peut sembler possible dans le contexte politique actuel. Je crois qu'il ne faut pas trop se triturer la cervelle à imaginer telle ou telle hypothèse. Je crois qu'il faut affronter la situation telle qu'elle se présente. Pour le moment, nous devons trouver un accord pour le retour

du

Tahoeraa

dans

la

majorité

et

au

gouvernement. Monsieur Flosse aurait tort de croire que le temps joue en sa faveur. Je rappelle que chaque jour perdu à négocier, c'est un jour perdu pour la Polynésie française. Une attitude intransigeante me paraîtrait irresponsable et indigne d'un homme d'Etat. Nous avons des dossiers urgents à traiter, comme le collectif

budgétaire,

indispensable

pour

que

l'Administration fonctionne, le contrat de projets qui risque de rater le train de la loi de Finances à l'Assemblée nationale et au Sénat. C'est toute une année qui serait alors perdue.

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Nous ne devons surtout pas perturber le projet de visite du président de la République au mois d'octobre. Il nous a fait l'honneur de nous choisir comme première destination officielle outre-mer. C'est une chance formidable pour notre pays. Allons-nous le décevoir ? Et cela après avoir été les seuls Français d'outremer, avec les Calédoniens, à voter pour lui en majorité en mai dernier. Il y a beaucoup d'autres dossiers à traiter d'urgence parce que c'est la population qui souffre si on ne le fait pas. Le logement social, la réforme foncière, la réforme de la protection sociale, le fonctionnement du nouvel hôpital,

les

constructions

scolaires,

bien

d'autres

encore…

Vous avez déclaré : « La Polynésie ne saurait être la propriété de quiconque ». Pourquoi ne pas proposer un référendum d'autodétermination en 2028 ? Oui c'est tout à fait vrai, la Polynésie n'appartient qu'au peuple polynésien dans toute sa diversité.

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Nous sommes un pays démocratique, c'est le peuple qui choisit

librement

son

système

politique

et

les

personnalités qu'il souhaite pour le conduire. En ce qui concerne le référendum d'autodétermination, c'est une question très importante. On

se

dit,

puisque

l'opposition

autonomie

-

indépendance pourrit le climat politique depuis tant d'années, demandons au peuple ce qu'il veut et l'on en finira une bonne fois pour toutes. Cela ressemble fort à une fausse bonne idée. D'abord les choses ne sont pas si simples. Le référendum devrait poser une question précise à laquelle les électeurs ne pourraient répondre que par Oui ou Non. Admettons que l'on demande aux Polynésiens (et alors il se posera la question, comme en Nouvelle-Calédonie, de qui serait Polynésien et qui ne le serait pas, même après avoir vécu ici depuis des années et peut-être y avoir fondé une famille), donc, admettons que l'on demande aux Polynésiens s'ils souhaiteraient que le pays devienne indépendant de la France et que l'on apprenne que 60 % sont contre, c'est-àdire pour l'autonomie, et 40 % pour l'indépendance. Croyez-vous que cela changera radicalement la donne ? Présidence – Service de la communication et de la documentation - Tel 47 26 20

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Je crois au contraire que les séparatistes convaincus ne changeront pas d'opinion. Un référendum ne ferait qu'aggraver les divisions de notre société. Un référendum ne pourrait en réalité qu'être l'acte final d'un processus complet menant à l'indépendance, l'ultime confirmation que le peuple dans sa majorité a fait le choix de rompre les liens institutionnels avec la France.

Faisons le point sur vos consultations : le bilan Oui, c'est vrai, quand la crise politique provoquée par le retrait du Tahoeraa de la majorité et du gouvernement a éclaté, la population en a été choquée. Depuis quelques mois, le moral des Polynésiens allait mieux. Après trois années très agitées sur le plan politique

et

avec

de

nombreuses

consultations

électorales très disputées, la population était fatiguée par la politique. L'optimisme revenait, il y avait des projets, les gens sentaient qu'il y avait quelqu'un à la barre. Cela les rassurait. Les bonnes relations avec le président Sarkozy, l'annonce de sa visite prochaine, le fait qu'il se soit Présidence – Service de la communication et de la documentation - Tel 47 26 20

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montré si favorable à notre projet politique, tout cela créait une dynamique qui commençait à fonctionner. Nous en avons eu la confirmation avec l'avis unanime du CESC en faveur du contrat de projets. Et puis, il y a eu cette crise, artificiellement créée par Monsieur Flosse. La population en a été traumatisée. J'ai souhaité recueillir les avis des forces vives de notre pays dans tous les domaines. Je crois que c'est la première fois qu'une consultation aussi large est lancée sous cette forme. Pendant toute la semaine passée, j'ai donc mené plus d'une cinquantaine d'entretiens. Permettez-moi s'il vous plaît de remercier ici toutes les personnalités qui ont répondu à mon invitation. Je rends hommage à leurs contributions à la réflexion sur l'avenir de notre pays. La population aspire au calme et à la stabilité. Les entreprises veulent fonctionner et redoutent les méfaits du chômage si la crise durait, Les salariés veulent pouvoir travailler sereinement pour subvenir aux besoins de leurs familles, Les associations culturelles s'inquiètent pour la cohésion de notre société,

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Les

confessions

religieuses

constatent

de

graves

perturbations dans l'état d'esprit des fidèles… Nous avons le devoir d'apaiser toutes ces craintes.

Le 20 août, vous allez participer à une table ronde avec Christian Estrosi. Confirmez-vous votre présence ? Avec quelles formations ? Celle de Temaru comprise ? Oui, bien sûr, je me rendrai à Paris la semaine prochaine à l'invitation du secrétaire d'Etat à l'Outremer. J'ignore qui il a invité exactement, mais je pense que tout le monde a sa place autour de la table de discussion. Toutes les forces politiques doivent participer à l'élaboration de nos règles du jeu. Il faut que l'accord soit très large et je souhaite évidemment que l'UPLD, comme tous les partis politiques, soit représentée au plus haut niveau possible lors de ces discussions.

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Quel mode de scrutin allez-vous proposer qui pourrait recueillir l'assentiment des partis politiques ? Le mode de scrutin pour l'élection de l'Assemblée de la Polynésie française est bien sûr un élément essentiel de ces règles du jeu que nous devons établir ensemble. Mais ce n'est pas le seul. Nous devrons aussi revoir certains autres aspects du statut de 2004. Vous savez, le président Flosse l'a toujours dit, l'autonomie n'est pas un concept figé. Au contraire,

notre

statut

doit

pouvoir

s'adapter

à

l'évolution du monde et de nos relations avec l'Etat. Mais au fond, même si les règles du jeu sont très importantes, l'essentiel, c'est l'esprit dans lequel on les met

en

œuvre.

C'est

seulement

le

sens

des

responsabilités et du service public des hommes politiques qui peuvent rétablir la stabilité. Aucun système n'est parfait, ni ne pourra satisfaire tout le monde.

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Mode de scrutin à deux tours, avec hier une prime majoritaire à 35 % pour six circonscriptions ou celle à 25 % sur une seule circonscription ? Enfin, souhaitezvous 57 représentants ou moins ? Le mode de scrutin que nous choisirons devra être accepté par une très large majorité. Il devra se montrer capable de dégager une forte majorité. Mais il faut en même temps prendre en compte les spécificités géographiques, culturelles, économiques, de notre pays. Il faudra respecter les archipels. Leur permettre de se faire entendre malgré leur éloignement et leurs populations moins nombreuses. Sur le nombre des représentants, c'est la même chose. Nous en avons à présent 57, ne bouleversons pas tout. Il ne faut certes pas créer de nouveaux sièges, mais au nom de quoi en supprimer ? Je crois que le nombre actuel est adapté à notre pays.

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Le statut vous offre la possibilité de demander la dissolution (de l'Assemblée) au président de la République. Pour ou contre ? Le président Sarkozy s'est déclaré à plusieurs reprises opposé à la dissolution de l'Assemblée de la Polynésie française. Il ne considérerait certainement pas, en tout cas, une demande motivée par des convenances politiques. Je suis aussi de cet avis. Ce que tout le monde recherche, c'est la stabilité politique, gage du développement économique et social. Or, la dissolution n'apporte aucune garantie de stabilité. Réfléchissons plutôt à l'élaboration de nouvelles règles du jeu adaptées au contexte local, dans l'esprit de l'autonomie au sein de la République, tout en préparant parallèlement des projets pour les quinze vingt ans à venir. Ensuite, le peuple décidera en toute clarté et en toute sérénité, pas dans la précipitation. Ce sera projet contre projet.

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Gaston Flosse est le chef d'un parti majoritaire depuis des décennies. Vous en êtes le fils spirituel. N'avezvous pas eu la tentation de tuer le père ? C'est vrai que des liens très puissants m'attachent depuis très longtemps au Tahoeraa Huiraatira et à son président. Il est vrai qu'il a dit publiquement, il n'y a guère, qu'il me considérait comme son fils spirituel. C'est un grand honneur qu'il m'a fait là et je voudrais dire toute ma reconnaissance à notre président. Je le considère moi aussi comme un père et un guide politique. Mais, je ne suis qu'un de ses fils politiques et, en ce moment, je n'ai pas l'impression d'être son préféré. Vous savez, dans toutes les familles il y a parfois des disputes, mais quand les liens sont profonds et qu'on laisse s'ouvrir son cœur, on se rassemble toujours sur l'essentiel. L'essentiel,

c'est

l'autonomie

dans

la

République

française et le développement durable de notre pays dans l'intérêt général des Polynésiens.

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ACCIDENT D'AVION A MOOREA VEILLEE DE PRIERE EN HOMMAGE AUX VICTIMES Discours de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

En présence de Monsieur Christian Estrosi, Secrétaire d’État à l’Outremer

Samedi 11 août 2007 - 18 h - Place To'ata - Papeete

Monsieur le Ministre, Madame le Haut-commissaire, Monsieur le Sénateur, Messieurs les Députés, Monsieur le Président de l’Assemblée de la Polynésie française, Monseigneur et Messieurs les Représentants des confessions religieuses, Mes chers amis, Je vous remercie d’être aussi nombreux ce soir, tous ensemble réunis, pour partager ce moment de recueillement et de prières et rendre un hommage solennel aux victimes du tragique accident d’avion qui a mis notre Pays en état de choc. Permettez-moi de les citer : Jean-Pierre Piérard, Michel Gauche, Pierre Coissac, Moetia Fourreau, Eric Sesboue, Didier Laurier, Guillaume Ratte, Frédéric Donzel, David Corre, Herman Trafton, …/… 1/4


Bruno Druet, Jean-Paul Moreau, Philippe Taputuarai, Lau Chi Ping, Sylvia Teahamai, Helène Liao, Rodney et Wendy Page, Claudio Lillini, et Michel Santurenne. Mes pensées vont vers eux. Ils étaient pères, mères, filles et fils de la Polynésie française, ou amis de notre pays. Le cœur serré, je m’incline avec respect et compassion devant la douleur de leurs proches, mais aussi de nos populations. En mon nom et au nom de tous les Polynésiens de souche et de cœur, profondément touchés par ce drame, j’adresse à leurs familles nos plus sincères condoléances. Laissez-moi vous assurer que nous serons auprès de vous, avec vous et dans vos cœurs, pour partager votre douleur et alléger vos peines, et notre Dieu tout puissant vous donnera la force et le courage pour traverser dignement cette épreuve. Je voudrais adresser un message de condoléances particulier au président de la Commission européenne, qui vient de perdre deux de ses hauts-fonctionnaires, dans le cadre d'une mission au bénéfice de la Polynésie française. J'adresse aussi mes condoléances attristées et celles de tous mes concitoyens à la famille du couple de touristes australiens, Monsieur et Madame Page, à leur fils ici présent, et au gouvernement australien pour la perte de ses ressortissants. Cet accident a durement frappé l'Administration de la Polynésie française qui a perdu sept de ses agents. Le ministère du Tourisme et de l'Environnement se voit notamment privé de cinq cadres compétents et dévoués, qui nous ont été ravis dans l'exercice de leurs fonctions. Tous les membres du gouvernement se joignent à moi pour exprimer notre sincère soutien à Maina Sage et à tous les membres de son cabinet et des services et établissements publics dont elle a la charge. Je n’oublie pas ceux et celles œuvrant dans d’autres services ou dans le secteur privé, qui ont perdu la vie dans un trajet de retour vers Papeete, une fois leur travail accompli. Je voudrais aussi vous assurer que nous ferons tout ce qui est possible, avec les autorités de l'Etat, pour que la lumière soit faite sur les circonstances de cette tragédie. Il nous est en effet important de comprendre pour faire notre deuil. Je veux également remercier toutes les bonnes volontés qui ont participé aux secours et au recueil de nos défunts. Six d’entre eux sont encore portés disparus, mais les recherches se poursuivent et tous les moyens seront mis en œuvre pour tenter de les retrouver. …/…

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Mauruuru maitai aux pêcheurs de Moorea qui ont fait preuve d’un courage et d’un sang-froid exemplaires en se rendant aussitôt sur les lieux de l'accident, et dont la présence d’esprit aura permis de ramener à terre quatorze des vingt victimes que nous pleurons. Merci à tous les sauveteurs, aux personnels de la Marine nationale, aux pompiers, aux personnels de la Protection civile et de la Gendarmerie nationale, aux personnels du haut-commissariat, qui ont coordonné les opérations de secours, aux marins de la flottille administrative de l’Équipement, aux personnels du ministère et de la direction de la Santé, au SAMU et aux psychologues de la cellule de soutien, aux personnels du service des moyens généraux, aux personnels d’Air Moorea et d’Air Tahiti, aux agents de la brigade nautique des Douanes et au personnel de la base aérienne 190 qui ont dressé une chapelle ardente et accueilli les familles, à la SETIL, au maire de Moorea, Monsieur Teriitepaiatua Maihi, aux services municipaux et à la population de Moorea, qui ont perdu deux de leurs habitants dans cet accident. Merci à toutes les équipes qui ont travaillé d’arrache-pied pour organiser cette veillée œcuménique. Enfin, toute notre reconnaissance à Monseigneur Hubert Coppenrath, au président de l'Eglise protestante ma'ohi Monsieur Taarii Maraea, et aux représentants des confessions religieuses pour leur participation à cette veillée de prière œcuménique. Ce soir, vous êtes ici des milliers à témoigner de votre affliction et de votre compassion, à adresser vos pensées amicales à tous ceux et celles qui souffrent cruellement. Mais, c'est en réalité l'ensemble de notre pays qui communie dans la prière et le recueillement. Et bien au-delà, tous ceux qui, dans le monde, ont de l’affection pour notre fenua et pour ses habitants. Comment vous dire l'émotion que provoque en moi la chaîne de solidarité exemplaire qui s'est manifestée à la suite de ce drame ? Que ce soit par mail, par téléphone, sur les radios, à la télévision ou dans les journaux, les messages de condoléances et de soutien ont afflué par dizaines, par centaines, de tous les archipels de la Polynésie française, mais aussi de nos compatriotes de métropole et d'outre-mer, et même de l'étranger. Je remercie chaleureusement tous les auteurs de ces messages et plus particulièrement le président de la République, Monsieur Nicolas Sarkozy, le Premier Ministre, Monsieur François Fillon, et la ministre de l'Intérieur, Madame Michèle Alliot-Marie. Au nom du gouvernement, du Pays, et de vous tous ici présents, je remercie Monsieur le secrétaire d'Etat à l'Outremer, Christian Estrosi, d’être à nos côtés, pour témoigner de la solidarité de la Nation. Je lui exprime notre gratitude pour être venu d’aussi loin et aussi vite jusqu'à nous, et je lui saurais gré d'être notre messager auprès du président de la République et du gouvernement central pour leur transmettre nos remerciements les plus profonds. …/…

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Ce soir, le cœur de tous les Polynésiens bat à l'unisson. La Polynésie française est en deuil. Elle est meurtrie dans sa chair, et le souvenir de cette profonde blessure restera à jamais gravée dans notre mémoire collective. Puisse Dieu nous apporter la paix et bénir chacune et chacun d'entre vous. Merci à tous.

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NOTE D'INFORMATION À L'ATTENTION DU PRÉSIDENT

INFÉRIORITE MEDIATIQUE PRÉOCCUPANTE

Papeete, le 13 août 2007

Monsieur le Président, Cher Gaston, Depuis deux mois que je travaille à ton service, j'ai été impressionné par le soutien dont tu bénéficiais dans l'opinion publique. Les témoignages de popularité et d'encouragement foisonnaient. Aussi bien dans les conversations privées que dans les médias. C'était notamment le cas sur le répondeur de Radio 1, un support très écouté, sur lequel les messages en ta faveur étaient largement majoritaires. Jusqu'à aujourd'hui, lundi 13 août 2007. Sur sept messages diffusés aujourd'hui par Radio 1, cinq sont directement et violemment dirigés contre toi et aucun ne te soutient. Il semble s'agir d'une salve savamment orchestrée en réaction directe à ton intervention télévisée d'hier soir. Tu as frappé un grand coup sur RFO en réponse à la question de Natacha Szilagy à propos du courrier du Tahoeraa Huiraatira. Certains n'ont pas aimé du tout. Tes opposants utilisent trois arguments principaux : 1. Vous délaissez les Polynésiens ! « Monsieur Gaston Tong Sang, je faisais partie du courant que vous avez créé au sein du Tahoeraa, mais j'ai été scandalisé de vous entendre dire que vous n'alliez pas vous remettre au travail et passer encore une semaine à vous occuper du deuil de ces familles. Vous délaissez les Polynésiens, tous les Polynésiens. C'est inadmissible Monsieur Tong Sang, je me retire de votre courant, ce courant que vous avez créé au sein du Tahoeraa. » 2. On a une Polynésie française à deux vitesses, on a une Polynésie française avec deux peuples « Je trouve inadmissible tout ce qui est fait actuellement. C’est vrai que par rapport aux décès, il faut respecter le deuil, (…?). Mais ce que je ne comprends pas de la part des politiques actuellement, notamment de Monsieur Gaston Tong


Sang qui là aussi n’a rien fait pour son pays, notamment tous ceux qui dernièrement ont perdu leurs familles, comme ceux de Titioro. J’ai quand même l’impression que c’est parce que ce sont des représentants du gouvernement, on leur donne tout, on leur accorde tout ! Et pour les petites gens, pour ceux qui n’ont rien, les Polynésiens des quartiers défavorisés, il n’y a aucune intention. Et là, tout le monde se déplace pour ces personnes du gouvernement. On a une Polynésie française à deux vitesses, on a une Polynésie française avec deux peuples. C’est ça la France ? C’est Gaston Tong Sang que tu veux pour le Pays ? » 3. L'argument de l'indécence retourné « Gaston Tong Sang, je vous savais un très grand comédien, mais hier soir sur RFO vous avez dit que le Tahoeraa vous aurait envoyé une lettre en plein pendant le drame qui s’est déroulé à Moorea et que c’était vraiment indécent de sa part. Vous avez simplement oublié de dire que cette lettre, elle n’a pas été envoyée jeudi dernier, elle vous a été envoyée mardi matin, c'est-à-dire trois jours avant le drame. C’est vraiment déplacé de votre part d’utiliser ce genre d’événement à des fins politiques. » Le même argument est du reste repris par Christine Bourne. Dans les « Confidences » de son blog, elle affirme que deux lettres t'ont été envoyées par le Tahoeraa, l'une lundi et l'autre mercredi, c'est-à-dire avant le drame. Il est pourtant clair que le courrier est bien daté du 10 août 2007, soit le lendemain de l'accident.

Le répondeur téléphonique, un media facilement manipulable et difficile à contrôler Il serait intéressant de savoir comment Radio 1 gère les messages adressés à son répondeur. C'est en tout cas anonyme et n'importe qui peut s'y exprimer librement et impunément. Le répondeur téléphonique diffusé sur une antenne radio ou même à la télévision est un jeune média déjà très populaire et particulièrement écouté. Il est à la mode parce que les gens peuvent s'y défouler sans crainte sur tous les sujets. La publication des messages reste toutefois soumise à la législation sur les médias, en particulier l'interdiction de la diffamation et de la diffusion de fausses nouvelles. Le répondeur téléphonique radiodiffusé ou télédiffusé permet de lancer très facilement n'importe quelle campagne de dénigrement politique. Quelques messages courts, judicieusement rédigés et énoncés par des personnes soigneusement choisies sont en mesure de provoquer des dégâts considérables. A un coût quasiment nul. 2


De surcroît, comme il est anonyme, on peut difficilement répondre et se défendre.

La bataille du Net Pour aller un peu plus loin dans la réflexion sur ton image dans les médias, je crois qu'elle demeure excellente d'une manière générale, notamment dans les médias traditionnels grand public (presse, télévision, radio). Attention toutefois, car sur les nouveaux médias, tu es dangereusement absent et tes adversaires en profitent. Sur l'Internet notamment, le média préféré des jeunes générations éduquées, celles dont l'opinion compte double ou triple, tu es en très nette infériorité. Actuellement, le parti de Gaston Flosse contrôle au moins quatre sites largement consultés : •

Le site du Tahoeraa Huiraatira http://tahoeraahuiraatira.pf/

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Le blog de Gaston Flosse http://www.gastonflosse.typepad.fr/

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Le blog de Christine Bourne http://www.tahititoday.com/

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et le site de l'Assemblée de la Polynésie française http://www.assemblee.pf/

Chacun de ces sites remplit une fonction de communication spécifique : • Le site du Tahoeraa Huiraatira permet de promouvoir l'action du parti, de mobiliser les militants, de diffuser des idées. • Le blog de Gaston Flosse met en valeur la personnalité du sénateur - président du parti, ses actions, ses rencontres, sa présence sur le terrain. • Le blog de Christine Bourne est le principal bras armé du dispositif. Elle taille et tranche sans délicatesse. Un tel blog permet des attaques violentes et en même temps un travail de sape sur la durée. • Le site de l'APF est moins manipulable, mais quand on le contrôle, on peut naturellement lui donner l'orientation souhaitée et saisir toutes les occasions.

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A ta disposition, un seul site, et encore… En face de cette batterie de sites disposés en ordre de bataille et tirant à feu nourri, tu ne disposes que du seul site de la présidence. Et encore, est-il en bien mauvais état, en dépit du mal que se donne Jean-Olivier Begouin et le service de la communication pour qu'il reste d'actualité. J'ai appris que c'est le même site que l'on réaménage sans cesse depuis plus de cinq ans. Le site souffre de sérieuses faiblesses, tant sur la forme que sur le fond. Beaucoup de textes sont obsolètes ou inadaptés. La structure même et le design du site devraient être rénovés selon une philosophie et une stratégie modernes et collant mieux à la réalité et aux besoins. Il serait bon aussi que ce site puisse être plus largement promu. Par exemple grâce à des annonces sur le site de Tahiti Presse, le plus consulté en Polynésie française. De toute manière, la liberté de manœuvre médiatique offerte par ce site de la présidence reste limitée dans la mesure où c'est un site institutionnel sur lequel tu ne peux pas intervenir à titre personnel. Il serait par conséquent nécessaire que tu possèdes ton propre blog personnel, sur lequel tu pourrais t'exprimer sur le plan politique, développer tes idées et tes projets, répondre aux attaques. Nicolas Sarkozy en a plusieurs, très sophistiqués. L'idéal serait d'avoir aussi un blog de soutien (à l'image de Tahiti Today, le blog de Christine Bourne qui soutient Gaston Flosse) Ces outils de travail supposent bien évidemment des moyens financiers et humains adaptés. J'ai pu constater que la consigne était à la plus grande rigueur dans les dépenses au sein du cabinet. C'est de très bonne politique quand il s'agit des deniers durement gagnés par le contribuable. Toutefois, il me semble que l'efficacité du service ne devrait pas être mise en péril par des contraintes budgétaires trop strictes. En espérant que ces quelques remarques seront utiles à ta réflexion. Bien à toi respectueusement et amicalement. Faaitoito. Patrick Schlouch

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HOMMAGE DU PAYS A M. FREDERIC DONZEL (porté disparu depuis le 9 août 2007, après l'accident de l'avion d'Air Moorea)

Discours de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

Mercredi 15 août 2007 - 8 h Service du Plan et de la Prévision économique

Monsieur le Chef de service, Mesdames et Messieurs, Merci de m'accueillir dans votre service du Plan et de la Prévision économique. C'est particulièrement émouvant d'être ici avec vous dans des circonstances aussi douloureuses. Votre équipe souffre d'un deuil cruel. Elle vient d'être frappée au cœur par la disparition brutale de votre collègue de travail, de votre camarade et ami, Frédéric Donzel, votre adjoint, Monsieur le Chef de service, votre bras droit depuis trois ans. Dans un moment aussi difficile à vivre, je tenais à vous exprimer personnellement le soutien du gouvernement et du Pays, ainsi que nos sincères condoléances. *** Frédéric Donzel venait tout juste d'avoir trente-sept ans. Nous nous inclinons avec respect devant la douleur de son épouse, de ses enfants et de sa famille. Extrêmement compétent et dévoué, chacun s'accorde à reconnaître ses grandes qualités professionnelles et humaines. Amoureux de notre fenua, Fredéric Donzel ne ménageait pas ses efforts au bénéfice des Polynésiens. Il a perdu la vie dans l'exercice de ses fonctions. Je rappelle que le service du Plan et de la Prévision économique est chargé de la programmation, de la coordination et du suivi de l’exécution des interventions du Fonds Européen de Développement en Polynésie française. C'est par conséquent votre service, et notamment Frédéric Donzel, qui avait préparé, organisé et suivi la mission qui s’est terminée si tragiquement. …/… 1/2


Frédéric avait accompagné les deux hauts - fonctionnaires de la Commission européenne, MM. Piérard et Gauché, dans toutes les étapes de leur séjour polynésien, y compris à Moorea. Il faisait toujours preuve d’un engagement total dans son travail et d’une grande conscience professionnelle. Nous lui exprimons toute notre reconnaissance et pleurons sa disparition. C'est une énorme perte pour votre service et pour l'Administration du Pays. *** Frédéric Donzel est l'une des six victimes de l'accident qui n'ont malheureusement pas encore été retrouvées. Je peux vous confirmer une nouvelle fois, que tout sera fait, en coopération avec l'Etat et conformément aux engagements du secrétaire d'Etat à l'Outremer, Monsieur Christian Estrosi, pour les rendre à leurs familles et aussi pour comprendre les raisons de ce drame. Dès demain après-midi, je co-présiderai avec Madame le Haut-commissaire de la République, un comité d'aide et d'information aux familles des victimes. Il s'agira de la seconde réunion de ce comité créé en partenariat avec les autorités de l'Etat. Il réunit des magistrats et tous les partenaires de la cellule d'aide que nous avons mise en place. Un navire câblier, actuellement en Nouvelle-Calédonie, a été affrété par le gouvernement français. Il est équipé d'un sous-marin capable de plonger à très grande profondeur. Nous pouvons donc nourrir l'espoir d'en savoir plus d'ici quelques jours quand le bateau sera sur site. *** Monsieur le Chef de service, Chers amis, Sachez que nous comprenons et partageons votre peine. Tout à l'heure, nous irons, avec sa famille, nous recueillir et prier en mer sur les lieux de la disparition de Frédéric Donzel. Que son âme repose en paix. Puisse Dieu donner à ses proches le courage de vivre avec son seul souvenir. Je vous remercie.

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HOMMAGE DU PAYS A M. PIERRE COISSAC Directeur de l’Environnement en Polynésie française (décédé le 9 août 2007 dans l'accident de l'avion d'Air Moorea)

Discours de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

Jeudi 16 août 2007 - 9 h - Église Saint-Étienne - Punaauia

Madame Coissac, Chère Johanna, Madame le Ministre, Chère Maina, Mesdames et Messieurs les agents de la Direction de l’Environnement, Mesdames et Messieurs, Chers amis, C’est un bien triste destin qui nous réunit aujourd’hui autour du regretté Pierre Coissac. Il venait tout juste d’avoir quarante-deux ans. Il laisse derrière lui une épouse et deux très jeunes enfants dans la douleur et la détresse. Nous sommes ici pour leur exprimer notre affection et notre compassion. Pour aider sa famille et ses proches à supporter la cruauté d’une telle épreuve. Comment vous dire à quel point nous comprenons votre peine et partageons votre douleur ? Acceptez le témoignage de notre sympathie et l’expression de la reconnaissance du Pays à notre cher Pierre pour tout ce qu’il a accompli au bénéfice des Polynésiens. *** Pierre Coissac était un des jeunes cadres les plus brillants de l’Administration de la Polynésie française. De ceux qui, par leur compétence, leur dévouement et leur amour de notre pays, nous aident à le faire vivre et progresser vers un avenir meilleur. Il est né le 12 juillet 1965, à Limoges. Étudiant sérieux et motivé, il obtient une maîtrise de Sciences appliquées puis, en 1990, un DESS de Gestion et d’Administration des entreprises. …/…

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Pierre Coissac a vingt-cinq ans lorsqu’il découvre la Polynésie française à l’occasion d’un audit informatique réalisé au CEP en 1991. Tombé amoureux du pays, il ne le quittera plus. Sa carrière professionnelle est exemplaire. L’esprit ouvert, avide d’apprendre et de servir efficacement, il n’hésite pas à explorer de nouveaux domaines, menant parfois deux activités de front, enrichissant ainsi ses connaissances et diversifiant ses compétences. Dès janvier 1993, il rejoint l’Administration du Pays en qualité de directeur adjoint de l’Agence pour l’Emploi et la Formation professionnelle. Il en prendra la direction générale cinq ans plus tard. En décembre 1999, Pierre Coissac est nommé chef du service de l’Emploi, de la Formation et de l’Insertion professionnelles (le SEFI). Je tiens à souligner toute la portée sociale et économique de ce service, principal opérateur pour l’emploi en Polynésie française. Pierre s’est entièrement dévoué à la cause de l’emploi des Polynésiens pendant plus de douze ans. Puis, il s’est passionné pour la défense de l’environnement. Depuis juillet 2005, le gouvernement lui avait confié la direction de l’Environnement, la DIREN, placée sous la responsabilité du ministère du Tourisme et de l’Environnement. Pierre Coissac se consacrait à la préservation et à la valorisation des milieux et des ressources naturelles de la Polynésie française avec le même enthousiasme et la même efficacité dont il avait toujours fait preuve en faveur de l’insertion sociale des jeunes Polynésiens. Il a été prématurément emporté dans l’exercice de ses fonctions au service du Pays. C’est une perte considérable. Et d’autant plus énorme que deux des proches collaborateurs de Pierre Coissac ont péri avec lui dans le même accident. Je salue ici la mémoire d’Eric Sesboué et celle de Moetia Fourreau, avec lesquels Pierre avait soigneusement préparé la visite des hauts - fonctionnaires de la Commission européenne et notamment cette mission tragique à Moorea. Pierre Coissac et ses collaborateurs avaient lancé un programme d’action structuré et ambitieux dans le domaine de la gestion des espaces naturels, comprenant le classement et la protection de sites particulièrement fragiles, comme l’atoll de Tetiaroa par exemple. Ils avaient même récemment étudié avec soin le lagon de Moorea pour y créer des aires marines protégées. Parallèlement, la DIREN travaille à la protection de la biodiversité végétale et animale dans notre pays, ainsi qu’à la prévention et au traitement des pollutions. Nous veillerons bien entendu à ce que ces programmes soient poursuivis et menés à leur terme pour le bien de nos populations et de notre cadre de vie. *** …/…

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Je tiens à exprimer une nouvelle fois le soutien du gouvernement à Maina Sage, dont le directeur de cabinet, Didier Laurier, et son conseiller technique, Guillaume Ratte, ont aussi perdu la vie dans cet affreux accident. Hier matin, nous sommes allés nous recueillir en mer, sur les lieux même du drame, avec la famille de Frédéric Donzel et ses collègues du service du Plan et de la Prévision économique. Ce fut, comme ici à présent, un moment très fort, chargé d’une grande émotion. J’aimerais enfin que nous ayons une pensée pour Henri Trafton et pour les autres victimes. Recueillons-nous et prions pour eux. Qu’ils reposent en paix. Puisse le Seigneur donner à tous ceux qui les pleurent, la force et le courage de continuer à vivre dans un monde qu’ils ont quitté top tôt, mais qui ne les oubliera pas.

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REMISE DE L’ORDRE DE TAHITI NUI aux six pêcheurs intervenus après l'accident de l'avion d'Air Moorea du 9 août 2007

Eloges de M. Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française Grand Maître de l'Ordre de Tahiti Nui

17 août 2007 – Présidence – Papeete

Monsieur le Secrétaire général, représentant Madame le Haut-commissaire, Monsieur le Président du Conseil économique, social et culturel, Monsieur le Député Monsieur le Vice-président, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs membres du Conseil de l'Ordre de Tahiti Nui, Mesdames et Messieurs, Chers amis, Certains événements marquent les mémoires à jamais. La tragédie qui a frappé notre pays le 9 août dernier est de ceux-là. Jamais, la Polynésie française n'oubliera ce terrible accident, dans lequel vingt malheureuses personnes ont trouvé la mort et qui nous a tous bouleversés. Élevons encore, si vous le voulez bien, notre pensée vers la douleur des familles meurtries par ce drame. Exprimons leur une nouvelle fois notre sympathie et notre compassion. *** Pour certains d'entre nous, ce cruel souvenir demeurera beaucoup plus présent encore. Je pense à toutes celles et à tous ceux qui ont été témoins de cet accident. Celles et ceux qui, dans l'espace de quelques secondes, ont pu en mesurer et en éprouver toute l'horreur. Je pense à toutes celles et tous ceux qui ont participé aux secours, à l’accueil et au soutien des familles endeuillées. Parmi tous ces témoins, au départ de cette formidable chaîne de solidarité qui a fait l’honneur de notre pays, et de la République, il y avait six pêcheurs, qui pratiquaient leur activité favorite à quelques encablures des côtes de Moorea.


Pour ces hommes de la mer, c'était une journée ordinaire. Ils pêchaient sous le soleil. Dans le ciel, à quelques centaines de mètres au-dessus d'eux, les passages réguliers des navettes aériennes d'Air Moorea ne leur faisaient plus lever la tête depuis bien longtemps. Les avions, et le ronronnement de leurs moteurs font partie intégrante de leur environnement quotidien. Et puis l'impensable s'est produit. Le cauchemar a commencé. Alors qu'il venait à peine de prendre de l'altitude, le petit appareil a soudain plongé à pic avant de s'abîmer en mer, sous les yeux des six pêcheurs terrifiés par ce funeste spectacle. Pourtant, surmontant très vite leur frayeur, ils ont alors fait preuve d'un sangfroid et d'un courage exceptionnels. Se précipitant aussitôt au secours d'éventuels rescapés, ils ont eu la présence d'esprit et le cran de prendre soin des victimes pour éviter qu'elles ne soient entraînées par le fond avec les débris de l'appareil. Ils ont méthodiquement rassemblé celles qu'ils avaient pu retrouver et ils les ont assurées à des bouées de pêche pour qu'elles ne coulent pas. Le jeune Keoainui, Maurice Tetahiotupa, âgé de dix-sept ans seulement, a même plongé dans l'océan, au péril de sa vie. Quatorze corps ont ainsi pu être recueillis grâce à l'intervention rapide et déterminée de ces six pêcheurs. Il est probable qu'ils n'auraient jamais été retrouvés sans eux, sans ce témoignage exemplaire de fraternité. La dignité, l'honneur et la compassion que ces six pêcheurs ont su montrer en dépit de l'émotion qui leur brisait le cœur, méritent d'être distinguées. *** Messieurs Keoainui Tetahiotupa, père et fils, Yann Tapare, Pita Tepava, Thierry Terii et Heifara Tavaitai, les familles des victimes et la Polynésie française tout entière vous remercient et vous rendent hommage pour votre comportement héroïque et vos actes de courage lors de l'accident d'avion du 9 août 2007 près de Temae à Moorea. Je suis heureux de vous exprimer toute la reconnaissance du Pays en vous nommant tous les six, chevaliers de l'Ordre de Tahiti Nui. Monsieur Keoainui TETAHIOTUPA (père) 58 ans Né à Atuona (Hiva oa – Marquises) Pêcheur professionnel « Nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre de Tahiti Nui »

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Monsieur Yann, Emile, Louis TAPARE 43 ans Né à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) Responsable du dépôt de la Brasserie de Tahiti à Moorea « Nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre de Tahiti Nui » Monsieur Gustave, Jean-Jacques, dit Pita TEPAVA 43 ans né à Papeete Pêcheur professionnel « Nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre de Tahiti Nui » Monsieur Thierry TERII 40 ans né à Papeete Cariste à la Brasserie de Tahiti « Nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre de Tahiti Nui » Monsieur Heifara, Wilson TAVAITAI 38 ans Né à Afareaitu (Moorea) Pêcheur professionnel « Nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre de Tahiti Nui » Monsieur Keoainui, Maurice TETAHIOTUPA (fils) 17 ans né à Papeete Pêcheur en apprentissage « Nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre de Tahiti Nui »

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CONDOLÉANCES

AUX

FAMILLES

DES

HAUTS

FONCTIONNAIRES

EUROPEENS VICTIMES DE L'ACCIDENT D'AIR MOOREA

Monsieur José Manuel Barroso Président de la Commission européenne

Papeete, le 17 août 2007

Monsieur le Président, Le terrible drame qui s'est produit à Moorea le jeudi 9 août 2007 et qui a coûté la vie aux deux hauts - fonctionnaires de la Commission européenne, Messieurs Michel Gauché et Jean-Pierre Pierard dans l'exercice de leurs fonctions de premier conseiller à la délégation de la Commission européenne pour le Pacifique et de chargé d'affaires du bureau des pays et territoires d'Outre-mer en Nouvelle-Calédonie, a provoqué une vague d'émotion profonde dans notre pays. Au nom du gouvernement de la Polynésie française et en mon nom personnel, j'ai l'honneur de vous manifester toute notre reconnaissance pour le travail accompli par ces deux hauts - fonctionnaires européens au bénéfice de la Polynésie française et de vous assurer de l'hommage de notre pays. Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de nos condoléances attristées et de notre profond respect. Gaston Tong Sang


XIIIè JEUX DU PACIFIQUE A SAMOA Réception de la délégation de Tahiti

Discours d'accueil de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

17 août 2007 – Présidence – Papeete

Monsieur le Secrétaire général, représentant Madame le Haut-commissaire de la République, Monsieur le Président du Conseil économique, social et culturel, Monsieur le Député-maire, Monsieur le Vice-président, Monsieur le Ministre de la Jeunesse et des Sports, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Représentants, Monsieur le Président du Comité Olympique et Sportif, Mesdames et Messieurs les Chefs de service, Mesdames et Messieurs les Présidents des fédérations et associations sportives, Mesdames et Messieurs les Athlètes, Mesdames et Messieurs, Chers amis, Merci à toutes et à tous d'avoir répondu à notre invitation. Le gouvernement et moi-même sommes heureux et fiers d'accueillir la délégation sportive de Tahiti, qui réunit pas moins de 493 personnes, dont 303 athlètes, et qui participera du 25 août au 9 septembre, aux Treizièmes Jeux du Pacifique, à Apia, capitale des Samoa occidentales. *** J'aimerais d'abord vous dire mon bonheur d’être parmi vous, dans la grande famille du sport polynésien. Bienvenue aux officiels et aux cadres, aux entraîneurs, aux personnels de santé et administratifs. …/…


Bienvenue aux athlètes, basketteurs, bodybuilders, boxeurs, footballeurs, golfeurs, haltérophiles, judokas, nageurs, rugbymen, surfeurs, taekwondoïstes, tennismen, pongistes, tireurs, archers, triathlètes, rameurs, régatiers

et volleyeurs… Merci

d’avoir pris le temps de participer à ce grand rassemblement, que j’ai souhaité organiser avec le ministre de la Jeunesse et des Sports, pour vous rencontrer, vous encourager et vous soutenir à la veille de la plus importante manifestation sportive régionale. *** Ces Jeux du Pacifique sont en effet un événement majeur dans cette partie du monde. Ils offrent une opportunité exceptionnelle de valoriser le sport polynésien. Vingt-deux pays, Etats et territoires y seront représentés. Plus de 5 500 sportifs, les meilleurs, dont vous faites partie, seront en compétition pendant quinze jours, dans trente-trois disciplines. La Polynésie française sera présente dans vingt-trois d'entre elles. Plus de cent millions de téléspectateurs pourront suivre ces Jeux. *** Vous vous apprêtez à vivre des instants inoubliables, probablement les plus intenses de votre vie de sportifs. Pour vous y préparer, vous vous êtes entraînés pendant de longs mois. Vous avez fait de grands sacrifices. Mais, tous vos efforts recevront leur récompense quand vous partagerez vos succès avec vos familles, vos amis et avec toute la Polynésie. Nous avons confiance en vos talents et nous comptons sur vous pour défendre haut et fort les couleurs de notre fenua, tout en gardant à l’esprit le respect de l’adversaire, le sens du fair-play et une dignité exemplaire y compris dans la défaite. Le sport n’est pas qu'une affaire de médailles. Il offre aussi, et surtout, la possibilité de dépasser ses propres limites et de révéler des ressources et des capacités parfois insoupçonnées. Le sport est donc une excellente école de la vie et du savoir-vivre en société. *** Je me réjouis que ces Treizièmes Jeux du Pacifique aient été placés sous le signe de la lutte contre le dopage. Celui-ci est en effet une forme de tricherie incompatible avec l'esprit du sport. Il est aussi une menace pour la santé des sportifs. …/…

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Dès le mois d’octobre, le recrutement d'un médecin du sport nous permettra, entre autres mesures, de progresser encore dans la lutte contre le dopage en Polynésie française. *** La préparation de ces Jeux n'a pas été facile. Pourtant, malgré les aléas et les obstacles, le travail accompli pour l’organisation et la préparation de notre délégation a été remarquable. Nous pouvons en être fiers. L’organisation sportive de cette manifestation, relevant des fédérations sportives dirigeantes, est placée sous la responsabilité du Comité Olympique de Polynésie française, le COPF. Merci d’applaudir son président, Louis Provost, chef de votre délégation, dont je salue l’engagement au service du sport. Un travail efficace a été accompli avec l'appui technique de l’association « Tahiti - Samoa 2007 », qui regroupe les fédérations participant aux Jeux, et avec la collaboration très active de la secrétaire générale du COPF, Titaua Maurin, chef de mission, qui se trouve déjà sur place à Samoa depuis hier. Merci également aux partenaires publics et privés ayant contribué à l’organisation de cet événement : le ministère et le service de la Jeunesse et des Sports, assistés de la Mission d’Aide et d’Assistance technique, l’Institut de la Jeunesse et des Sports de Polynésie française (l’IJSPF), ainsi que les parrains et sponsors… J’associe à cet hommage tous les bénévoles qui, par leur dévouement et leur implication, œuvrent au quotidien en faveur du développement du sport en Polynésie. Voilà toute la formidable capacité du sport à fédérer et à mobiliser les énergies et nous ne pouvons que nous en réjouir. *** 2007 est une année riche pour le sport polynésien. Après les Jeux des Australes, qui ont rassemblé les meilleurs athlètes de cet archipel au mois de juillet, cette année sera portée par les valeurs des Jeux du Pacifique sud. Elle s'achèvera avec les premiers Jeux des Iles du Vent qui auront lieu en décembre à Taiarapu-ouest. Sans oublier, bien entendu, toutes les compétitions organisées par les fédérations, ni les grandes manifestations sportives inscrites au calendrier de notre pays. Sachez que le Pays sera toujours aux côtés du mouvement sportif. Le COPF et les fédérations sportives qui y sont rattachées, peuvent compter sur nous pour les soutenir et les aider. …/… 3


Malgré une conjoncture peu favorable, nous avons pu assurer le financement de ces Jeux pour un montant de 142 millions de francs Pacifique, sans compter les moyens, en cours de mandatement, affectés aux fédérations pour le soutien au sport dans notre fenua. *** Je serai à vos côtés à Apia pour la cérémonie d’ouverture de ces Treizièmes Jeux du Pacifique, le samedi 25 août. J’aurai aussi le plaisir d’assister ce même jour, à 18 h, au match de football qui opposera notre équipe à celle de la Nouvelle-Calédonie. J’espère pouvoir fêter une première victoire avec vous… Le lendemain, je serai également présent au grand rassemblement d’amitié avec les délégations des pays francophones, Wallis et Futuna, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française. *** Pour conclure, je vous souhaite bonne chance, en saluant du fond du cœur tous les athlètes et leur engagement pour le sport polynésien, pour qu’ils portent au plus haut nos couleurs et notre hymne. Je vous remercie pour ce que vous apportez de meilleur à notre Pays. Vive la délégation de Tahiti Vive les Jeux du Pacifique Vive la Polynésie française Et pour reprendre le slogan des Jeux : « Tous unis pour la victoire ! » Mauruuru.

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ACCIDENT D'AIR MOOREA : REPONSES AUX MESSAGES DE SOUTIEN Sa Sainteté le Pape Benoît XVI s/c de Monseigneur Hubert Coppenrath Archevêque de Papeete

Papeete, le 20 août 2007

Monseigneur, Le gouvernement de la Polynésie française et moi-même avons été particulièrement touchés par le message de condoléances et la bénédiction que, dans sa grande bonté, Sa Sainteté le pape Benoît XVI a adressés aux familles des victimes et aux autorités civiles de la Polynésie française à la suite du dramatique accident d'avion qui a endeuillé notre pays le 9 août dernier, et que vous avez bien voulu nous communiquer. Le soutien du Saint Père, le vôtre, et aussi celui de Monseigneur Michel nous ont apporté un grand réconfort au moment où la Polynésie française devait faire face à l'une des épreuves les plus cruelles de son histoire. Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir transmettre au Saint Père nos plus vifs remerciements et l'expression de notre très profond respect. Soyez assuré, Monseigneur, de ma grande considération et de mes sentiments cordiaux. Gaston Tong Sang


XIIIè JEUX DU PACIFIQUE A SAMOA RENCONTRE AMICALE ENTRE LES DELEGATIONS FRANCOPHONES Allocution de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

Dimanche 26 août 2007 – Apia (Samoa occidental)

Monsieur l’Ambassadeur, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Représentants des institutions de la Nouvelle-Calédonie et de Wallis et Futuna, Messieurs les Présidents des comités territoriaux olympiques et sportifs, Mesdames et Messieurs les Représentants des fédérations internationales, Mesdames et Messieurs les Présidents de fédérations et ligues sportives, Mesdames et Messieurs les Chefs de délégations, Mesdames et Messieurs les Officiels techniques, Mesdames et Messieurs les Cadres techniques, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs les Athlètes, Chers amis sportifs, Je tiens d’abord à remercier les présidents des comités olympiques de NouvelleCalédonie, de Wallis et Futuna et de la Polynésie française de m’avoir invité à cette sympathie rencontre. Je salue cette initiative qui, au delà de la compétition et de la lutte sur les terrains de sports et de nos différences, scelle cette amitié indéfectible entre nos peuples, unis par le lien commun de la nationalité française et de la francophonie. Au nom de la Polynésie française, mes salutations vont ensuite aux athlètes, entraîneurs, officiels et dirigeants, mais aussi aux équipes techniques et médicales qui vont faire de ces treizièmes Jeux du Pacifique une grande fête du sport et une aventure inoubliable. …/…


En effet, ce qui nous réunit aujourd’hui, par-delà nos histoires, nos cultures et nos organisations institutionnelles différentes, c’est d’abord notre statut commun de citoyen océanien. C’est ensuite l’amour et la passion du sport. C’est enfin et surtout notre appartenance à la France, à ses valeurs, à sa culture et à sa langue. ***** Comme vous l’avez souligné, Messieurs les Présidents, ces jeux sont placés sous le double signe de l’amitié et du fair-play et je m’associe pleinement à vos propos. L’amitié est une tradition entre nous, même si elle se laisse parfois un peu oublier face aux enjeux de la compétition et à la légitime volonté d’honorer son pays par la victoire. Cette amitié de toujours, nous la vivons intensivement aujourd’hui et nous la vivrons, je l’espère, encore bien longtemps. Quant au fair-play, c’est vous les athlètes, les entraîneurs et les dirigeants, qui allez l’exprimer sur le terrain. La grande loi du sport impose de se dépasser pour être le meilleur, mais cela dans le respect absolu de l’adversaire. Je sais que vous avez tous à cœur de remporter la victoire et de faire triompher vos couleurs. Mais, vous le ferez dans le respect de ce principe, fondement de l’esprit olympique, symbolisé par le serment prêté au nom de tous lors de la cérémonie d’ouverture. ***** Pour conclure, en remerciant encore vos dirigeants pour cet agréable moment que nous allons passer ensemble, je souhaite à toutes et à tous, du fond du coeur et sans exclusion, bonne chance et que les meilleurs gagnent. Merci beaucoup de votre accueil. Vive le sport, Vive la francophonie, Vive la France.

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MOTION DE CENSURE Présentée au nom du groupe UPLD (13 signatures)

Discours de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

31 août 2007 - Assemblée de la Polynésie française

Monsieur le Président de l’Assemblée de la Polynésie française, Monsieur le Sénateur, Messieurs les Députés, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Représentants, Mesdames et Messieurs, Ia Orana à toutes et à tous. Permettez-moi d’abord d’adresser mon respectueux et cordial salut à Monsieur Christian Estrosi, secrétaire d’Etat à l’Outremer, qui est arrivé hier soir à Tahiti. Au nom du gouvernement, du Pays et de la population, je lui souhaite la bienvenue ainsi qu’aux personnalités qui l’accompagnent dans cette visite. Je tiens aussi à lui exprimer une nouvelle fois toute notre gratitude pour sa présence et son soutien et pour l’aide de l’État après la tragédie que nous avons vécue le 9 août dernier. Nous regrettons d’être empêchés de l’accueillir de manière plus décente et conformément aux règles ancestrales de l’hospitalité polynésienne. Le ministre est ici comme il l’avait promis, pour nous aider à mettre enfin un terme à l’instabilité politique qui empoisonne notre société depuis un certain 23 mai 2004. Lancer une motion de censure contre le gouvernement à la veille de sa visite, c’est à la fois la confirmation de cette instabilité maladive et un affront fait à l’État. Il se trouve également que cette nouvelle crise politique est délibérément provoquée quand l’élite de notre jeunesse défend nos couleurs aux Jeux du Pacifique. Nos enfants mériteraient pourtant le soutien et les encouragements de tous. En outre, avons-nous déjà oublié que la Polynésie française vient de vivre l’une des tragédies les plus cruelles de son histoire ? Les familles sont dans la douleur. Le monde entier nous a exprimé sa compassion et sa sympathie. L’État a engagé tous les moyens possibles pour retrouver les disparus et éclaircir le mystère de ce drame odieux. L’Ile de Ré est encore ici, dans nos eaux. Les recherches sont en cours. …/…


J’espère que Monsieur Estrosi et nos compatriotes français de métropole et d’outremer, ne jugeront pas les Polynésiens trop sévèrement à la seule lumière de ces méthodes peu élégantes, qui ne grandissent pas ceux qui les utilisent. *** Je voudrais aussi m’adresser à la population dont je sais les attentes, les espoirs et la lassitude devant le spectacle navrant qui lui est offert. Pour lui dire à quel point j’en suis attristé et comme je préfèrerais travailler à son service plutôt que perdre un temps précieux à des joutes stériles qui ne mèneront à rien de constructif. *** Le 23 mai 2004, l’UPLD, formation indépendantiste radicale, qui ne disposait pourtant pas de la majorité absolue dans cette Assemblée, avait pu accéder au pouvoir exécutif uniquement grâce à l’appui de voix autonomistes. La suite, les conséquences de cette regrettable alliance, nous les connaissons tous : l’immobilisme, le clientélisme outrancier, l’agitation et la division sociales, la montée inquiétante des comportements racistes et xénophobes jusqu’au plus haut niveau, le pourrissement des relations avec l’État, les atteintes portées à l’image de notre pays dans la région et dans le monde à la suite d’une campagne haineuse de dénigrement systématique… J’en passe. Après plus d’une décennie de progrès et de croissance à 3, 4, voire 5 % par an, il a suffi de quelques mois à l’UPLD pour mettre notre machine économique en panne. Dois-je rappeler qu’en 2006 : - Le pouvoir d’achat des ménages a diminué, - L’inflation a plus que doublé, - Les exportations ont chuté, - Le petit commerce a connu de graves difficultés, - L’investissement public a été réduit de 20 %, - Le budget de fonctionnement du gouvernement avait augmenté de cinq milliards de francs et la dette publique de dix milliards. La confiance avait disparu. Un attentisme prudent pesait comme une chape de plomb sur les forces vives de notre pays. L’inaction était telle que l’on déplore désormais des retards dramatiques dans la plupart des domaines vitaux de notre société. Des retards dont les principales victimes sont bien évidemment les Polynésiennes et les Polynésiens. …/…

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Le nouvel hôpital, les logements sociaux, les constructions scolaires, la protection sociale, les affaires de terres, la décentralisation, la réforme des communes, l'augmentation indispensable de nos capacités en télécommunications… Les urgences ne manquaient pourtant pas. Mais, à l’évidence, le traitement des dossiers n’était pas le principal souci du gouvernement précédent. Cela l’aurait contraint à travailler en bonne intelligence avec l’État, ce qu'il a toujours refusé. *** Notre priorité absolue était de mettre un terme à cette situation qui empirait chaque jour, menaçant de compromettre durablement l’avenir du pays, de ruiner la cohésion sociale et provoquant des souffrances grandissantes parmi la population. Alors, les autonomistes ont su se ressaisir. Considérant l’intérêt supérieur du pays, ils se sont rassemblés au sein d’une plateforme majoritaire et m’ont élu président, avec pour mission de renflouer notre pauvre va’a si malmené dans le naufrage indépendantiste. Mon principal objectif était de sauvegarder la paix sociale et de rétablir la confiance. Paix et confiance sont essentielles à un fonctionnement harmonieux de notre économie et à son développement durable. Ce sont des fleurs qui ne s’épanouissent que dans le dialogue et la compréhension mutuelle. *** La première chose à faire était de renouer des relations franches et apaisées avec l'Etat. Nul ne pourrait contester que notre démarche a été couronnée de succès. Le président de la République, Nicolas Sarkozy, qui m’avait fait l’honneur et l’amitié de me recevoir dès le 16 mai, a même choisi la Polynésie française pour effectuer sa première visite officielle outremer. L’État n’attendait qu’un geste sincère et loyal de notre part pour reprendre un dialogue qui n’aurait jamais dû s’interrompre. *** Le dialogue devait aussi reprendre avec les partenaires sociaux. Nous nous y sommes efforcés. Il y a quelques semaines, j’ai même procédé à une vaste consultation de la société civile. Il me semble que c’est la première fois qu’un président du Pays recueillait personnellement les avis des personnalités représentatives de notre société dans sa dimension la plus large. Je tiens du reste à les remercier toutes et tous et à leur rendre hommage pour leur contribution à la réflexion sur l’avenir de notre pays. …/… 3


Nous avons pris acte de graves frustrations, de colères contenues, de revendications muettes. Les besoins sociaux et économiques de notre pays sont considérables. La population et notamment notre jeunesse, est impatiente de voir les choses évoluer. Je pense à l’éducation, au logement, à l’emploi, au pouvoir d’achat, à l’assainissement et à la préservation de notre environnement qui est notre seule ressource naturelle. Je pense au règlement de nos problèmes fonciers. Je pense au rayonnement de notre culture, à l’aménagement et à l’équipement de notre territoire. Je pense aussi à la santé, surtout dans les archipels, à la protection sociale, au soutien que nous devons à nos anciens, à nos handicapés. Ces besoins sont partagés par tous les Polynésiens, quel que soit l’endroit où ils vivent. Les archipels ne doivent pas être les oubliés de la relance. Ils sont certes beaucoup moins peuplés que les Iles du Vent, mais leur contribution au développement des ressources économiques du pays est inversement proportionnelle. Les archipels jouent un rôle primordial dans les domaines du tourisme, de la perliculture, de la pêche, de l’artisanat, de l’agriculture, de l’écologie et même de la culture. Il me paraît que cette situation justifie amplement que l’on garantisse à nos archipels une représentation équitable dans les institutions du Pays et que l’on tienne compte de leurs avis. *** Comment pouvez-vous m’accuser de gabegie dans la gestion des fonds de la délégation au Développement des communes ? Après avoir constaté des déséquilibres et d’importants retards au détriment de certaines communes, nous avons, au contraire, rétabli une plus grande équité dans l’attribution des subventions, fondée sur des critères clairs et précis. Je le soulignais tantôt, le développement des archipels, la décentralisation sont pour nous des nécessités et des priorités. En matière de télécommunications, il est indispensable et urgent d’accroître nos capacités de transmission par l’installation d’un câble sous-marin qui nous reliera aux grandes autoroutes de la communication. Il faudra aussi, le plus rapidement possible, fournir à l’ensemble des Polynésiens, aussi isolés soient-ils, tous les services de télécommunications dont ils sont en droit de bénéficier. Nous avons également préparé un dispositif destiné à renforcer les administrations de proximité qui doit être mis en œuvre avant la fin de l’année. …/… 4


Nous avons beaucoup travaillé à l’amélioration des dessertes maritimes et aériennes, de la qualité de l’eau et de la distribution d’électricité. Nous avons favorisé la promotion des énergies alternatives et renouvelables. *** Notre politique a toujours tendu vers une meilleure gestion des ressources humaines et financières du Pays et vers une réduction des coûts de fonctionnement du gouvernement. Nous avons en préparation une réforme de notre fiscalité, laquelle est attendue avec impatience par les acteurs économiques. *** L’éducation et la formation professionnelle sont à la racine du développement durable de notre pays. Des retards inquiétants ont malheureusement été pris dans ces domaines au cours des dernières années. Nous avons repris contact avec le ministère de l’Éducation nationale et une convention a pu être signée. Un programme de constructions scolaires a été lancé. *** Nous avons commencé la réforme de notre protection sociale. C’est un chantier capital, que le gouvernement, quel qu’il soit, devra absolument mener à son terme. Il s’agit de définir un mode de financement juste et adapté, préservant la vitalité de notre économie. Tout l’enjeu consiste à sauvegarder la couverture sociale des Polynésiens, sans grever leur pouvoir d’achat ni alourdir les charges des entreprises. *** Le logement est un casse-tête pour une grande partie de notre population. Nous avons défini quatre objectifs prioritaires dans ce domaine : - d’abord développer une offre de logements sociaux adaptée aux besoins, - pérenniser et compléter les procédures d’aide au logement, - restructurer l’Office Polynésien de l’Habitat de manière à renforcer l’aspect social de ses missions tout en préservant son équilibre financier, - enfin, réformer le cadre de l’action publique, notamment par la création d’un service administratif de l’Habitat et d’une agence immobilière sociale. …/… 5


Améliorer la situation en matière de logement suppose aussi que soit résolu le problème des terres. Nous avons bien avancé dans ce domaine grâce à la création d’un comité de pilotage pour la réforme de la réglementation foncière. Ce comité fait appel à toutes les autorités et expertises disponibles dans notre pays. Ses travaux devraient déboucher sur une amélioration sensible de la situation et des services rendus aux Polynésiens, notamment en matière de procédure. *** Notre pays a les plus grands besoins en équipements structurants. Nous y avons consacré plus de 14 milliards de francs en crédits de paiement pour l’exercice 2007. Ils sont destinés au financement de travaux de voirie et d’aménagement de rivières, à la construction d’ouvrages portuaires et aéroportuaires, ainsi que des bâtiments publics dans tous les archipels. Il y a quelques jours, le ministre de l’Equipement a pu annoncer un taux de liquidation de ces crédits au plus haut niveau depuis dix ans. Ces opérations permettront de redynamiser le secteur du Bâtiment et des Travaux publics, très dépendant de la demande publique et très impatient de la voir redémarrer. *** Dans le domaine de la santé, notre priorité est évidemment l’achèvement du chantier du nouvel hôpital et la garantie de son fonctionnement futur. Mais, nous sommes bien conscients des besoins en soins de proximité, notamment dans les îles. Nous avons aussi remis l’accent sur la prévention et redonné à l’E.P.A.P. les moyens de travailler dont il avait été privé pendant le taui. *** Le secteur de la pêche reste dans une situation délicate. Notre priorité à ce sujet est la création d’un fonds de garantie destiné à soutenir la remise à niveau des unités de pêche hauturière et à aider les entreprises à faire face à leurs difficultés. Nous avons aussi travaillé à l’élaboration d’un statut du marin pêcheur pour lutter contre la précarité économique de cette activité et nous encourageons les exportations. *** …/… 6


La culture est aussi au cœur de nos préoccupations. C’un élément crucial de notre développement durable. Il faut préserver nos sites culturels qui sont fortement dégradés. Nous devons aussi réfléchir à l’épuisement des ressources naturelles nécessaires à l’artisanat, au manque de motivation des jeunes à s’y impliquer et à l’amélioration des circuits de commercialisation. Nous sommes très attachés à notre langue polynésienne. Elle est à la fois le fondement de notre culture et le ciment de notre cohésion sociale. Elle ne doit cependant pas être un frein à notre ouverture sur le monde et à notre développement. Nous devons donc trouver un équilibre harmonieux entre l’utilisation maîtrisée du français et du reo ma’ohi qui ont chacun un rôle indispensable à jouer dans l’évolution de notre société. *** Enfin, il ne nous a pas échappé que les transports sont un souci quotidien pour la majorité de nos concitoyens et le gouvernement s’y intéresse au plus près. Nous travaillons à la modernisation du Code de la Route, à l’amélioration de la sécurité routière et des services de transport en commun. *** Toutes ces priorités, soigneusement identifiées par les différents ministères en fonction des besoins, ont été soumises à l’État qui les a approuvées dans le cadre d’un contrat de projets destiné à les financer à hauteur de 52 milliards de francs Pacifique sur cinq ans. Comme vous le savez, ce contrat a obtenu l’accord du président de la République qui a même promis de venir le signer en personne à Papeete au mois d’octobre. Aussi ambitieux et important soit-il, ce contrat de projets n’est pourtant que la première étape d’un vaste programme destiné à préparer et à équiper notre pays pour les quinze ou vingt prochaines années. Le président de la République soutient notre vision politique, celle d’une Polynésie française résolument tournée vers l’avenir et soucieuse de ne pas subir la mondialisation, ce qui signerait notre perte, mais, bien au contraire, d’y prendre une part active et d’en bénéficier au mieux avec le soutien de l’Etat et de l’Europe. Je persiste à penser que la Polynésie française dispose d’un potentiel extraordinaire de développement pour peu qu’elle sache utiliser judicieusement les atouts dont elle bénéficie. Nous devons travailler efficacement avec l’Etat, …/… 7


Former nos jeunes et les aider à trouver des emplois, Nous devons apprendre à préserver notre environnement exceptionnel et mieux nous faire connaître et apprécier de par le monde. *** Hélas, nous avons été privés des moyens de cette politique par le retrait brutal du Tahoeraa Huiraatira de la plateforme autonomiste. Le Tahoeraa Huiraatira auquel j’ai consacré toute ma carrière politique, qui est ma famille, y a pourtant toute sa place. Ma conscience est tranquille. Je réfute fermement les allégations sans fondement dont vous me faites le reproche et je ne regrette rien. Le dialogue et la concertation ont toujours eu ma préférence pour préserver l’unité indispensable de notre majorité face à la déstabilisation. J’ai toujours agi conformément à la mission qui m’avait été confiée, faisant de mon mieux pour satisfaire les exigences des uns et des autres et fidèle aux principes de l’autonomie dans la République qui m’ont toujours guidé. *** Etre français est une chance historique pour nous. Nos voisins indépendants nous envient notre autonomie avec la France et notre niveau de vie. Faut-il absolument obtenir ce fameux statut des îles Cook, dont le Premier ministre lui-même regrettait naguère sur les écrans de RFO qu’il eût provoqué le départ de la plus grande partie des jeunes de son pays ? Au point qu’il leur faut désormais recruter massivement à l’étranger pour accueillir les touristes. Est-ce là l’avenir que nous souhaitons pour nos enfants ? Voulons-nous voir notre fenua privé de sa jeunesse ? *** Notre pays est en danger. Au nom d'intérêts particuliers et claniques, on court maintenant le risque insensé de se trouver engagé sur une voie sans retour, dont nous savons tous très bien qu’elle mènerait au désastre. Voilà pourquoi je ne peux ni comprendre ni cautionner l’initiative du président du Tahoeraa Huiraatira de soutenir les tenants d'un séparatisme obsessionnel contre l’avis majoritaire du peuple et à l’opposé des principes pour lesquels il a milité depuis toujours. …/… 8


Les autonomistes ont pourtant clairement gagné la bataille démocratique dans notre pays. Il y a eu deux scrutins capitaux cette année. Les élections présidentielles et les législatives. Les autonomistes les ont nettement remportées toutes les deux. Pas seulement le Tahoeraa Huiraatira, mais l’ensemble des mouvements autonomistes. Rassemblés et unis, les autonomistes sont en mesure de gouverner, de relancer la machine économique en partenariat avec l’État, et de faire entrer résolument notre pays dans le vingt-et-unième siècle. Le rapprochement du Tahoeraa et du Tavini s’est officiellement effectué au nom de la paix retrouvée. Je souhaiterais sincèrement qu’il en soit ainsi. Toutefois, permettez-moi d’en douter. Contrairement à ce que vous affirmez, je ne m’accroche pas à mon siège de président par ambition personnelle. Je ne suis motivé que par l’intérêt général et je suis naturellement prêt à céder la place si c’est pour le bien des Polynésiens. Malheureusement, que pourrait-on attendre de positif et de durable de votre alliance contre-nature ? Que peut-on espérer d’un corps à deux têtes ? Quelle direction prendra-t-il ? Nul ne le sait. Vous avez manœuvré en secret, sans aucune transparence. Votre seul souci est de faire place nette et de vous y installer. Après, on verra bien. Mais, vous n’avez aucun programme de gouvernement et vous poussez la Polynésie française dans une aventure risquée, dont vous endosserez l’entière responsabilité. En ce qui me concerne, j’accepte ce fonctionnement normal de nos institutions, même si je regrette la précipitation et le manque de considération du contexte dans lequel la procédure a été lancée. Je reste fidèle à mes idées. Polynésien et français, je continuerai à me battre et à travailler au service de mes concitoyens, comme je l’ai toujours fait, dans le respect des principes de l’autonomie auxquels je crois. Je prends date devant le peuple pour l’avenir et je lui donne rendez-vous lors des prochaines consultations électorales. Lui seul aura le dernier mot. Puisse le ciel veiller sur notre fenua et lui éviter les souffrances vers lesquelles votre légèreté et votre inconséquence l’entraînent malgré lui. Vive la Polynésie française Vive le rassemblement des vrais autonomistes Vive la République.

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VISITE DE M. CHRISTIAN ESTROSI Secrétaire d’État à l’Outremer

Discours de Monsieur Gaston Tong Sang Maire de Bora Bora

1 septembre 2007 - Anau - Bora Bora er

Monsieur le Ministre, Monsieur le Conseiller du Président de la République, Madame le Haut-commissaire de la République, Monsieur le Député-maire de Papeete, Mesdames et Messieurs les Représentants à l’Assemblée de la Polynésie française, Mesdames et Messieurs les Maires, Mesdames et Messieurs les Conseillers municipaux, Monsieur le Directeur de la Société Polynésienne des Eaux et de l’Assainissement, Monsieur le Directeur de la société Vaitehi, Mesdames et Messieurs, Chers amis, Ia Orana e Maeva. Le conseil municipal et moi-même sommes particulièrement honorés de vous souhaiter la bienvenue dans la commune de Bora Bora. C’est une très grande joie de vous accueillir. Votre séjour parmi nous sera très court, mais nous espérons qu’il vous laissera un souvenir agréable et peut-être l’envie de revenir bientôt, dans un contexte moins confus. Monsieur le Ministre, avant toute chose permettez-moi, de vous exprimer une nouvelle fois la reconnaissance des Polynésiens pour votre soutien immédiat et chaleureux dès l’annonce de l’accident d’avion qui a endeuillé notre pays le 9 août dernier. Votre présence à nos côtés dans des circonstances si douloureuses a été fortement appréciée. Elle ne témoignait pas seulement de l’attachement de la France à ses enfants du Pacifique, elle était aussi le reflet, pardonnez-moi si votre modestie doit en souffrir, de vos qualités humaines de courage, d’ouverture d’esprit et de compassion. …/…


L’Ile de Ré poursuit ses recherches sous-marines à Moorea. L’enregistreur de bord a déjà été retrouvé en très bon état, et l’on espère pouvoir récupérer suffisamment d’éléments pour que le mystère de ce drame soit élucidé. Je n’oublie pas la peine des familles des disparus, et je forme le vœu que les résultats de ces recherches les aideront à mieux supporter leur deuil. L’État a parfaitement joué son rôle. Les Polynésiens ont pu constater l’efficacité d’un partenariat sincère et loyal avec lui, tout à fait dans l’esprit de notre autonomie au sein de la République. Pour un pays comme le nôtre, formé d’archipels dispersés sur l’immensité de l’océan et dont la vocation est le tourisme, la sécurité aérienne est un élément capital de son développement et même de sa vie quotidienne. Il ne faut pas que le drame du 9 août se reproduise. Voilà pourquoi, il est si important d’en connaître les causes et d’y porter remède. *** Bora Bora est une île qui fait rêver le monde entier. Plus de la moitié des touristes qui visitent la Polynésie française, viennent à Bora Bora, dans ses hôtels haut de gamme ou dans ses pensions de famille. Nous recevons en moyenne deux à trois mille visiteurs par semaine, soit à peu près l’équivalent du tiers de la population de l’île. Nous sommes donc loin de la saturation et notre potentiel de développement est encore considérable. Cela est capital, car le tourisme procure de nombreux emplois à nos jeunes. Il leur offre la possibilité de continuer à vivre dignement dans l’île où ils sont nés, tout en ayant une ouverture sur le monde. Et cela dans tous les domaines, ceux de l’hôtellerie et des activités touristiques bien sûr, mais aussi dans les transports, dans le commerce, dans l’artisanat traditionnel et moderne, dans les arts et les spectacles, dans la culture, dans l’agriculture, dans la construction, dans l’énergie, les administrations, la santé, etc, etc. Ainsi, Bora Bora préfigure-t-elle une Polynésie française dont le potentiel touristique serait réellement mis au service d’un développement durable et adapté. On peut certes espérer, dans l’avenir, découvrir des ressources naturelles inconnues et, grâce aux technologies modernes, développer une nouvelle offre de services. Toutefois, dans l’état actuel de nos connaissances, l’environnement exceptionnel de notre pays, c’est-à-dire sa beauté préservée, son climat, sa culture, son art de vivre… sans oublier sa jeunesse et sa vitalité, reste notre principale richesse. Le tourisme est donc, sans aucun doute et pour longtemps, la vocation première de la Polynésie française et de Bora Bora en particulier. Cela dit, un développement harmonieux et durable fondé sur le tourisme impose de fortes contraintes. Il réclame des efforts et des soins constants. …/… 2


D’abord, il faut bien sûr veiller avec minutie à la qualité de l’environnement naturel. C’est d’autant plus délicat que cette qualité dépend d’équilibres fragiles qu’il faut sans cesse rétablir. Bora Bora ne s’en sort pas mal, si l’on se réfère au prestigieux Pavillon bleu, que notre commune, la seule en Polynésie française, a l’honneur de recevoir depuis 2001. L’octroi de ce label par un jury européen est pourtant soumis à des critères dont la rigueur s’accroît chaque année. La préservation de l’environnement est donc naturellement notre souci prioritaire et permanent. *** La seconde condition du succès, je dirais à égalité avec la précédente, et qui en quelque sorte en fait partie, c’est la cohésion sociale autour de ce projet de développement économique par le tourisme. Là encore, nous sommes très vigilants, avec l’État, sur le maintien de la paix civile et l’établissement de relations correctes et cordiales entre les visiteurs et la population. Celle-ci doit pouvoir constater les avantages concrets du développement, et comprendre où se situent ses intérêts profonds. Cela signifie notamment que son pouvoir d’achat doit augmenter, que sa protection sociale doit s’affirmer, que sa santé doit être préservée et soignée, et que ses enfants doivent être correctement éduqués et formés dans de bonnes conditions. Malheureusement, Bora Bora ne dispose pas encore du collège dont elle a le plus urgent besoin. J’ai moi-même dû quitter mon île et ma famille dès l’âge de onze ans pour poursuivre mes études. Je sais la cruauté de la séparation pour les enfants et pour les parents. Nous espérons que nos vœux en la matière seront prochainement exaucés et que nos enfants pourront bientôt étudier sur place. *** La troisième condition pour un développement durable de l’industrie touristique, je le soulignais encore tantôt, c’est un réseau de transports fiable et efficace. Nos visiteurs souhaitent pouvoir nous rejoindre aussi facilement et rapidement que possible. À ce propos, j’aimerais rappeler que nous avons engagé des discussions avec le ministère des Transports à Paris, pour obtenir que notre aéroport de Bora Bora puisse accéder au statut international. Nous souhaiterions surtout que les appareils privés, de plus en plus utilisés par nos visiteurs, ne soient plus contraints de transiter par Tahiti avant d’atterrir à Bora Bora. …/…

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Il y a bien d’autres impératifs pour la réussite d’un développement touristique durable et harmonieux. La destination doit être belle, propre et sûre, comme nous venons de le rappeler, mais, elle doit aussi être animée, offrir un accueil, des services et des produits d’une qualité adaptée à leur coût, garantir la santé de ses visiteurs… Il faut aussi satisfaire des besoins croissants en énergie, en télécommunications et, par-dessus tout, fournir de l’eau en quantité et en qualité toujours plus grandes. Sans des ressources en eau suffisantes, aucun développement n’est envisageable. A fortiori un développement touristique dans un pays tropical. Du reste, le développement touristique de Bora Bora a toujours suivi l’accroissement de ses ressources en eau. Or ces ressources sont naturellement rares dans l’île. Par surcroît, nous souffrons d’une sécheresse persistante depuis de nombreuses années. Dans le même temps, les besoins en eau sont en augmentation constante. Il nous fallait trouver une solution permettant de produire, à un coût acceptable, suffisamment d’eau de première qualité pour satisfaire les besoins de la population et permettre la croissance du parc hôtelier. C’est ainsi que nous avons pris la décision de nous équiper d’unités de dessalement de l’eau de mer. Un premier osmoseur est entré en service à Faanui dès 2001, produisant 1 000 mètres cube d’eau potable par jour. Parallèlement, Bora Bora était la seule commune de Polynésie française à disposer d’un réseau d’assainissement et de recyclage des eaux usées. En 2006, compte tenu d’une demande en croissance constante et d’une aggravation de la sécheresse depuis 2004, un deuxième osmoseur a été installé à Anau, avec le même débit de 1 000 m3 par jour. Et finalement, dans le souci de garantir la continuité du service public, le conseil municipal a décidé d’anticiper la croissance des besoins de 25 % et d’équiper la commune d’un troisième osmoseur de même capacité dès cette année. Celui devant lequel nous nous trouvons aujourd’hui et que nous allons inaugurer ensemble. Je voudrais remercier le Pays et l’Etat pour leurs importantes contributions au financement de cette unité de production d’eau qui a coûté plus de 83 millions de francs Pacifique. Merci également à la SPEA, la Société Polynésienne des Eaux et de l’Assainissement, et à sa filiale, la société Vaitehi. *** Bora Bora est fière de vous accueillir, Monsieur le Ministre, vous-même et vos compagnons de voyage. Nous vous remercions de votre visite et vous souhaitons encore une fois un excellent séjour dans notre île et en Polynésie française. Acceptez l’hommage du maire, du conseil municipal et de la population. …/…

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Je vous demanderai enfin de bien vouloir transmettre au président de la République, au Premier ministre, à Madame le ministre de l’Intérieur et à vos collègues du gouvernement, l’expression de nos cordiales salutations et tous nos vœux de succès dans leurs missions au service des Français. Vive Bora Bora Vive la Polynésie française Vive la France.

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NOTE D'INFORMATION A L'ATTENTION DU PRESIDENT

La prudence n'est pas lâcheté, mais sagesse

Papeete, le 3 septembre 2007 Monsieur le Président, Cher Gaston, Sur l'attitude à adopter après la motion de censure : Quel est l'objectif final ? Prendre le pouvoir ou recevoir du peuple la mission de mener le pays, ce sont deux choses différentes. Garder le cap. Préserver ton excellente image, tu es la victime qui n'a pas démérité mais qui est évincée par plus fort, pour le moment. Laisse les à leur mascarade, c'est comme un cirque avec le clown blanc et l'auguste, n'y participe pas. Retire toi, reprends ton souffle, refais des forces et étudie la situation sereinement. Les émotions sont fortes en ce moment, il vaut mieux éviter de prendre des décisions importantes dans un tel contexte. Si la presse t'invite pour t'expliquer, choisis bien le journaliste et l'émission, le résultat peut-être formidable ou désastreux. Evite les débats avec le TH et l'UPLD, laisse les choses se calmer, ne leur sert pas de faire-valoir. Souviens-toi que la population est lasse. Ce n'est plus ta bataille. Ce qui te préoccupe, c'est l'avenir du pays, et l'avenir du pays, c'est le retour aux urnes, avant la fin de l'année a promis le ministre. C'est si proche qu'il se pourrait bien que l'Etat te charge de diriger une équipe de transition jusque là, un gouvernement dans lequel les trois composantes de l'Assemblée seraient proportionnellement représentées. Personne ne pourra raisonnablement s'y opposer sans apparaître de mauvaise foi. En attendant, reste fidèle à toi-même, zen, attends le moment favorable pour agir. Nous ne cessons pas de réagir à leurs coups, arrêtons de jouer leur jeu. Tu auras besoin du TH de toute manière. Le réservoir de votes est de son côté pour le moment. Il vaut donc mieux éviter toute rupture définitive, qui aurait des conséquences incertaines sur les futures élections, y compris les municipales. En revanche, tu ne dois pas hésiter à exprimer ton désaccord sur la politique du parti si elle te semble contraire à ses principes et à ses idéaux. Tout en disant que tu te plies à la règle majoritaire pour peu qu'elle soit équitablement définie en toute transparence et démocratie.


La marche prévue samedi prochain 8 septembre, me semble très risquée. Le moment n'est pas favorable (France – Italie de football + Coupe du Monde de Rugby à la télévision, population lasse et fatiguée de toutes ces histoires politiques, etc.) Le profit à en tirer n'est pas évident, en revanche, un échec de la marche serait ton échec. A combien estimes-tu le nombre de personnes qu'il faudrait rassembler pour avoir un impact ? Dans ces circonstances défavorables, la prudence n'est pas lâcheté mais sagesse. Bien à toi respectueusement et amicalement. Faaitoito. Patrick Schlouch

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NOTE D'INFORMATION A L'ATTENTION DU PRESIDENT

A PROPOS DE LA MARCHE

Punaauia, le 7 septembre 2007 Cher Gaston, Ia Orana, Tu trouveras ci-joint, le discours que j’ai préparé pour toi à l’occasion de la marche de demain matin. Tu m’avais demandé un simple mémo avec quelques points forts. Finalement, j’ai préféré rédiger un texte construit. J’y vois au moins trois avantages : • • •

Cela te permettra d’être plus à l’aise et d’exprimer un message bien clair, Il y aura ainsi un document à remettre à la presse qui pourra s’en faire l’écho, Il restera une trace écrite de cette journée.

Le discours est prévu pour un petit peu moins de dix minutes. J’ai fait de mon mieux pour soutenir ton action par ce discours, mais je persiste à penser que cette marche a été organisée dans la précipitation et à un moment défavorable. Outre le match de football France - Italie, diffusé au même moment à la télévision et que tu pourras évoquer comme un clin d’œil à la fin de ton speech, il me semble qu’il eût été plus avisé d’organiser cette marche en fin d’après-midi, quand les gens sont plus disponibles, qu’il fait moins chaud et que l’on ne gêne pas autant la circulation déjà difficile en temps normal. Enfin, je pense qu’il eût été préférable de ne pas te lancer dans de telles manifestations politiques publiques aussi longtemps que tu assumes encore les responsabilités de président du Pays (ce n’était que l’affaire de quelques jours). De tout mon cœur, je souhaite toutefois me tromper et que cet événement soit un succès total et le lancement d’une campagne victorieuse. À présent, je commence à travailler sur ton discours de lundi matin à l’Assemblée. Bien à toi respectueusement et amicalement. Faaitoito. Patrick Schlouch


GRANDE MARCHE POPULAIRE DES AUTONOMISTES (Ensemble pour notre pays)

Discours de Monsieur Gaston Tong Sang

8 septembre 2007 - Place Tarahoi - Papeete

Mes chers amis, Mauruuru e Ia Orana. Merci d’avoir répondu à notre appel. Merci de ce grand rassemblement pacifique, pour la défense des idéaux et des principes de l’autonomie de la Polynésie française au sein de la République. Je voudrais particulièrement remercier les personnalités politiques, les chefs de partis, les élus, présents aujourd’hui sur cette place Tarahoi, la place du peuple, devant cette maison de la démocratie que nous voulons défendre parce qu’elle est menacée. Oui, la démocratie est menacée et notre pays est en danger. Mais quelle est cette menace sournoise qui avance dissimulée, à couvert ? Ce qui nous menace aujourd’hui, je vais vous le dire, c’est d’être entraînés malgré nous sur une voie dont nous ne voulons pas, par la volonté conjuguée de deux hommes aveuglés par leurs intérêts ou leur idéologie. Nous refusons de voir les liens qui nous unissent à la France remis en cause ou affaiblis. Nous ne voulons plus de ces pratiques politiciennes dépassées. Nous voulons que la jeunesse polynésienne puisse à nouveau être fière de ses dirigeants politiques et ne plus en avoir honte. *** Je suis honoré que vous me jugiez digne de diriger cette nouvelle force qui prend toute sa place dans le paysage politique polynésien. Elle unira tous les autonomistes sincères de notre pays, non plus sous la pression tyrannique d’un homme, mais autour d’un projet commun, et dans le respect de l’identité et des convictions de chacun. …/…


*** Nous souhaitons tous la stabilité politique, pour que notre pays puisse enfin vivre sa vie sans entraves. Mais, cette stabilité ne sera jamais possible tant que les Polynésiens n’auront pas retrouvé la paix du cœur. Voilà pourquoi, je voudrais simplement aujourd’hui lancer un message d’espoir, d’union et de paix. Des fautes historiques ont été commises et d’autres tout aussi lourdes de conséquences sont actuellement en préparation. L’erreur est humaine, dit l’adage, mais persévérer dans l’erreur est diabolique. Où sont les véritables intérêts des Polynésiennes et des Polynésiens ? Sont-ils dans ces manœuvres clandestines, dans ce partage secret du pouvoir derrière le dos du peuple ? Je crois que notre équipe a montré ce dont elle était capable. C’est précisément là sa très grande faute. C’est la raison pour laquelle il fallait impérativement nous éliminer avant qu’il ne soit trop tard. Alors que nos capacités à gouverner ce pays dans l’intérêt général et selon des méthodes respectables étaient unanimement reconnues à Paris, comme dans la région et dans le monde. On dit toujours qu’il ne faut pas changer une équipe qui gagne. Cette fois, on a voulu changer d’équipe justement parce qu’elle était en train de gagner. Parce que la mission qui lui avait été confiée était en passe d’être accomplie. C’est tout de même incroyable ! Un parti politique qui fait tomber un gouvernement dans lequel il est majoritaire. Voilà qui n’est pas banal. *** En quelques mois, nous avons pourtant relancé l’économie, redonné de l’espoir et ramené la confiance. Nous avons remis de l’ordre dans l’administration du pays. Tout cela nous a valu le soutien total du président de la République et du gouvernement central, mais également celui de l’UMP. Nous avons un programme sérieux et précis. Notre plan de travail est prêt. Nous avons aussi avec nous les hommes et les femmes de qualité, aptes à le mettre en œuvre dans les meilleures conditions. Il ne nous manque donc plus que la majorité à l’Assemblée pour l’appliquer, en partenariat avec l’Etat, lequel partage notre vision d’une Polynésie française moderne, tournée vers l’avenir, ouverte sur le monde. Une Polynésie française qui ne devrait pas subir la mondialisation, ni ne s’y opposerait, ce qui serait aussi stupide et vain que de vouloir empêcher le vent de souffler ou la pluie de tomber, mais une Polynésie française prête à faire face avec courage et détermination aux défis de ce début de vingt-et-unième siècle. …/… 2


*** Ce que nous proposons à notre jeunesse, c’est une rupture avec les pratiques politiques du passé. À l’image de cette rupture que le président de la République vient d’apporter à la France. Nous n’avons plus d’autre choix que de réformer nos mentalités, sous peine de demeurer les otages de petites querelles intestines et domestiques. *** Il faut aussi en finir avec cet assistanat qui nous déshonore. Grâce à notre appartenance historique à la France et à l’Europe, nous avons le privilège et la chance de pouvoir lancer notre pays dans une entreprise moderne et exaltante. Nous voulons, et nous pouvons, faire de la Polynésie française un phare régional, dans les domaines de la santé, de la recherche, de l’éducation, des nouvelles technologies, des énergies renouvelables… Est-ce vraiment un hasard si les deux pays français d’outremer sont en tête du tableau des médailles aux Jeux du Pacifique sud ? Nous avons des atouts formidables, encore faut-il être en mesure de les exploiter au mieux, de façon durable, et dans le respect de nos traditions, de notre art de vivre, de notre culture, de nos langues et de notre environnement. Ce sont nos racines et nos trésors les plus précieux. Nous devons les chérir et les protéger comme la prunelle de nos yeux. C’est notre capital irremplaçable. *** Nous savons tous que les partisans du maintien de la Polynésie française au sein de la République sont largement majoritaires dans notre population. Si la démocratie fonctionnait normalement dans notre fenua, nous ne serions pas dans la galère dans laquelle le délire de quelques-uns nous a fait chuter. Dans trois mois, tout au plus, nous retournerons aux urnes pour désigner celles et ceux qui nous représenteront à l’Assemblée jusqu’en 2012, du moins c’est que nous souhaitons. D’ici là, le mode de scrutin sera réadapté et le statut de notre pays amélioré sur plusieurs points. Cela sera certainement très utile et favorisera une démocratie plus transparente et ouverte. Mais, le plus important, c’est l’idéal et la foi qui animent les hommes et les femmes ayant décidé de consacrer leurs vies au service de leur pays. *** …/… 3


Prenons par conséquent rendez-vous pour ce scrutin crucial, par lequel les Polynésiennes et les Polynésiens diront quel type de société ils préfèrent pour euxmêmes et pour leurs enfants. Je suis convaincu que l’immense majorité d’entre eux rêve surtout de progrès et de paix, de justice et de solidarité. C’est donc l’appel que je vous propose de lancer d’une seule voix, tous ensemble, à nos compatriotes des Marquises, des Australes, des Tuamotu-Gambier, des Iles Sous-le-Vent, de Tahiti et Moorea-Maiao. Un appel à nous rejoindre dans notre marche vers ce futur que nous voulons maîtrisé et non imposé ou subi. Une force se lève aujourd’hui. Nous pourrons la faire grandir et progresser, car elle s’appuie sur les intérêts vitaux de notre peuple et de notre jeunesse. *** Encore merci pour votre présence aujourd’hui, elle est d’autant plus significative qu’il y avait un super match de football, France - Italie, à la télévision. Je sais que beaucoup d’entre vous ont fait un sacrifice en venant marcher avec nous. J’espère qu’ils ne connaissent pas encore le résultat du match et qu’ils pourront s’en délecter un peu plus tard sur leur vidéo. *** Ensemble pour notre pays, mobilisons toutes les forces sincèrement autonomistes autour de notre projet. Vive la Polynésie française Vive le rassemblement des vrais autonomistes Vive la République.

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OUVERTURE DU CONSULAT GÉNÉRAL DE CHINE Discours de Monsieur Gaston Tong Sang Président de la Polynésie française

Mercredi 12 septembre 2007 - 11h - Hotel Sheraton - Faa’a

Monsieur l’Ambassadeur de la République populaire de Chine en France, Madame le Haut-commissaire de la République française, Monsieur le Consul général de la République populaire de Chine en Polynésie française, Monsieur le Député-maire de Papeete, Mesdames et Messieurs, Chers amis, Ia Orana e Maeva. Nous sommes heureux et honorés d’accueillir Son Excellence Monsieur Zhao Jin Jun, ambassadeur de Chine à Paris, à l’occasion de l’ouverture officielle d’un consulat général de la République de Chine populaire en Polynésie française. Le 27 janvier 1964, un communiqué publié simultanément à Paris et à Pékin, annonçait que : « Le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République populaire de Chine ont décidé, d'un commun accord, d'établir des relations diplomatiques. Ils sont convenus à cet effet de désigner des ambassadeurs dans un délai de trois mois ». La sobriété de l'annonce tranche avec l'audace d'une telle avancée dans le contexte géopolitique de l’époque. Cette décision du général de Gaulle conserve, aujourd’hui encore, une aura dans la mémoire collective chinoise et reste la référence tutélaire des relations franco-chinoises contemporaines. La reconnaissance de la Chine populaire par le général de Gaulle garde toute sa valeur symbolique parce qu'elle participait d'une vision planétaire. C’est cette vision que la Polynésie française souhaite prolonger et préserver. …/…


Depuis 2002, les visites de délégations chinoises à Tahiti se sont multipliées, renforçant ainsi la confiance mutuelle et ouvrant des perspectives sur le plan économique et culturel. La Polynésie française a ainsi eu l’honneur d’accueillir d’éminentes personnalités : Monsieur JIANG Zemin, président de la République populaire de Chine, Monsieur QIAO Shi, président du Comité permanent de l'Assemblée populaire nationale, Monsieur LI Changchun, membre du Comité permanent du Bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois (CCPCC), Monsieur LUO Gan, conseiller des Affaires d'Etat, membre du Comité permanent du Bureau politique du CCPCC, Monsieur CHEN Haosu, sénateur et président de l’APCAE, Monsieur WU Jian Min, alors ambassadeur de Chine en France, et aujourd’hui, vous-même, Monsieur ZHAO Jin Jun, qui connaissez si bien notre pays. Ces excellentes relations se concrétisent aujourd’hui par l’ouverture de ce consulat général en Polynésie française. La présence dans notre pays d’une importante communauté d’origine chinoise constitue évidemment un atout supplémentaire pour faciliter le développement de nos échanges et de notre coopération avec la Chine. Les Polynésiens d’origine chinoise, arrivés à Tahiti dans les années 1860, jouent désormais un rôle considérable dans les dynamiques culturelle, identitaire, commerciale et politique animant la société polynésienne contemporaine. Bien intégrés tout en restant attachés à leurs racines, ils constituent un trait d’union précieux entre nos deux pays. La Polynésie française se félicite de l’ouverture du consulat général de Chine, et nous accueillons Monsieur le consul général CHANG Dongyue avec honneur et respect. Sa présence permettra de renforcer les liens entre la Chine et la Polynésie française et ouvrira de nouvelles perspectives de coopération mutuellement avantageuses entre la Chine et la Polynésie française dans divers domaines. Je pense tout particulièrement au tourisme, au commerce, à la pêche, à la perliculture et à la recherche qui peuvent être les secteurs prioritaires de notre coopération. Monsieur Chang, avec qui j’ai déjà eu le plaisir de m’entretenir plusieurs fois, est déjà un grand ami de la Polynésie. A peine arrivé, il s’est aussitôt mis au travail. Il a déjà rencontré plusieurs membres du gouvernement polynésien pour esquisser les grandes lignes de cette collaboration productive qui est sur la bonne voie. La Chine et la Polynésie française doivent regarder l’avenir ensemble, et mettre en place un partenariat efficace, notamment en termes de flux touristique, de capacités de pêche et d’aquaculture, perliculture, ou d’innovations écologiques… Des approches de coopération ayant déjà été engagées dans ces domaines, je souhaite sincèrement que la Chine et la Polynésie française puissent poursuivre leur collaboration pacifique et positive à long terme, et cela dans le respect mutuel de nos deux pays. Je vous remercie, Shé shé 2


ÉLECTION DU PRÉSIDENT DE LA POLYNÉSIE FRANÇAISE

Discours de candidature de Monsieur Gaston Tong Sang

Jeudi 13 septembre 2007 - 9h - Assemblée de la Polynésie française

Madame la Présidente, Madame le Haut-commissaire de la République, Monsieur le Sénateur, Madame la Présidente du Conseil économique, social et culturel, Messieurs les Députés, Mesdames et Messieurs les Représentants, Mesdames et Messieurs, Ia Orana à toutes et à tous. Permettez-moi d’abord de saluer les Polynésiennes et les Polynésiens qui suivent nos débats à la télévision, à la radio et sur Internet. Je garde en permanence à l’esprit que c’est pour eux que je me bats depuis plus de vingt ans et que je continuerai à me battre. C’est à les servir et au bien de mon pays que j’ai consacré ma vie. Voilà pourquoi je suis si peiné de voir la Polynésie française s’enfoncer progressivement dans les sables mouvants de la magouille, des combinaisons politiques et du déclin, tandis que ses enfants attendent que l’on daigne s’apercevoir qu’ils existent et qu’ils ont besoin de nous. *** Pourquoi ai-je décidé de me présenter à cette élection du président du Pays alors que mon gouvernement a été censuré par la majorité de cette même Assemblée il y a seulement quelques jours ? Je ne sollicite vos suffrages ni par entêtement, ni pour satisfaire des ambitions personnelles. Je suis tout simplement candidat à la présidence du Pays parce que j’ai une tâche à mener à bien, un bilan et un programme à défendre, une feuille de route claire et précise pour sortir la Polynésie française de l’ornière où elle s’est embourbée. …/…


Compte tenu des circonstances, je dois admettre que l’arithmétique ne semble pas jouer en ma faveur. Je tiens pourtant à ce que la population soit parfaitement informée des menaces qui pèsent sur notre pays. *** Je ne dispose plus aujourd’hui des 31 voix de cette même Assemblée qui m’avaient élu, il y a huit mois, le 26 décembre dernier. Surmontant leurs différences, les représentants autonomistes s’étaient alors unis pour mettre d’urgence un terme à deux années d’une expérience politique calamiteuse dont la population était la principale victime. Notre pays était en grande difficulté. Les marchands de rêve n’avaient plus rien à vendre. On ne les croyait plus. La situation était catastrophique. Il fallait agir, et vite. *** Hélas, au contraire d’une UPLD bien soudée autour de son président, les autonomistes se trouvaient divisés, parfois même brouillés. L’unité sans faille du camp autonomiste depuis treize ans, n’avait pas résisté à la cuisante défaite du 23 mai 2004. Ce jour là, en sanctionnant sévèrement le Tahoeraa Huiraatira, la population avaitelle rejeté l’Autonomie, dont il était à la fois le créateur, le gardien et le champion incontesté ? Ce n’était pas l’avis d’une fraction importante des membres et des dirigeants du parti. Ils considéraient au contraire que c’était une gouvernance égocentrique qui était massivement rejetée. L’absence d’écoute ; Le pouvoir concentré en une seule main ; La crainte de la réprimande ; L’exclusion… Ils estimaient que des erreurs historiques avaient été commises. Des rancœurs s’étaient accumulées. Des dissensions étaient apparues. On ne s’est pas rendu compte que les temps avaient changé et que l’on ne pouvait plus exercer l’autorité comme par le passé. Dans une démocratie moderne, un parti politique, ce n’est pas seulement un homme, aussi puissant soit-il. C’est avant tout une équipe, avec les cadres du parti, les maires, les maires délégués… et des jeunes militants qui préparent l’avenir. *** …/…

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N’acceptant plus d’être traités en mineurs, certains ont quitté la maison pour fonder leurs propres familles. D’autres sont restés, par fidélité, par respect et pour préserver l’unité du parti. Mais, ils comprenaient les frustrations de leurs camarades et ils vivaient les mêmes tourments. Malgré tout, devant la gravité de la situation, il fallut sonner le rassemblement. Voyant le pays confronté à une menace mortelle, les autonomistes réussirent enfin à mettre leurs querelles et leurs différends entre parenthèses. Un accord de gouvernement a été scellé entre le Tahoeraa Huiraatira, le Ai’a api, Rautahi, et Niu Hau Manahune. En signant ce document, les quatre formations prenaient l’engagement formel et solennel d’en respecter l’esprit et la lettre et de l’exécuter loyalement jusqu’à la fin de la mandature. Nous savons ce qu’il en est advenu. *** Que contenait cette plate-forme autonomiste pour la Polynésie française ? Considérant d’abord qu’elle représentait plus des deux tiers des suffrages exprimés lors des élections territoriales de 2004 et 2005 et qu’elle disposait de la majorité absolue des voix à l’Assemblée, la plate-forme était créée pour mettre un terme au processus indépendantiste engagé par le président Oscar Temaru et l’UPLD. La situation était en effet désastreuse : - inflation record, - réduction du pouvoir d’achat des ménages, - alourdissement de la fiscalité sur les entreprises, - récession économique, - finances publiques asséchées, - dialogue social inexistant, - chômage en hausse, - pourrissement des relations avec l’Etat, - protection sociale en péril, - escalade dans les comportements et les propos racistes et xénophobes, - radicalisation du discours indépendantiste, - image de notre pays fortement dégradée… Considérant que la politique menée par le pouvoir indépendantiste était incompatible avec un développement économique, social et culturel durable d’une Polynésie française moderne, ancrée dans le vingt-et-unième siècle et en même temps fière de son identité et de son héritage polynésiens… …/… 3


La plate-forme s’est constituée pour rétablir des valeurs de respect et de tolérance dans l’action des pouvoirs publics. *** Elle a pu être mise en œuvre grâce à un dialogue ouvert, volontairement constructif, et respectueux des élus et de l’identité des formations politiques qui la composent. Le document précisait que cette plate-forme avait été rendue possible par la relégation des intérêts partisans des signataires au second plan et par la volonté de tous les partenaires de trouver un consensus dans l’intérêt général de la Polynésie française. *** La mission confiée à l’équipe gouvernementale réunie sur les bases de cet accord était : - de normaliser les relations avec l’État ; - de ramener la confiance par la relance de l’investissement ; - de rétablir le dialogue social ; - d’améliorer rapidement le pouvoir d’achat des ménages ; - d’obtenir de l’État une modification du mode d’élection des représentants à l’Assemblée de la Polynésie française, ce malheureux système électoral à un tour, avec prime majoritaire, qui avait entraîné l’instabilité institutionnelle dans laquelle nous nous trouvions. *** La plate-forme autonomiste m’a choisi, en qualité de personnalité consensuelle, issue de sa formation majoritaire, pour diriger l’équipe chargée de mettre ce programme en œuvre. Ma mission consistait à composer un gouvernement limité en nombre de ministres et formé de personnalités issues des diverses composantes de la plateforme. Les recrutements au sein des cabinets ministériels étaient aussi strictement limités en nombre et devaient être justifiés par la compétence des collaborateurs. *** Ma feuille de route était claire et précise. Le gouvernement devait préparer et mettre en œuvre un contrat de développement avec l’État ; …/… 4


Il devait élaborer un nouveau pacte social. Veiller au bon fonctionnement de l’Administration du Pays. Améliorer l’objectivité des critères d’attribution des aides ou dotations publiques. Et consolider les prérogatives des communes et définir des critères objectifs d’intervention en leur faveur. *** Notre pays a déjà beaucoup trop souffert de l’instabilité politique. Les vraies victimes de cette instabilité sont les Polynésiennes et les Polynésiens. C’est le jeune au chômage, c’est la famille qui attend un logement depuis des années, ce sont les emplois qui ne sont pas créés parce que l’investisseur n’a plus confiance. La plate-forme autonomiste s’engageait à garantir cette stabilité politique et institutionnelle indispensable à la relance du développement économique, social et culturel, jusqu’au terme de la mandature, c’est-à-dire jusqu’en avril 2009. Avouez que c’est assez savoureux quand on connaît la suite. *** Ce programme de gouvernement, nous l’avons appliqué à la lettre. Tout le monde le reconnaît. J’ai constitué mon équipe en respectant scrupuleusement nos accords politiques et en veillant à ce que nos engagements soient tenus en matière de recrutement et de rémunération à la présidence et dans les ministères. Des relations loyales et confiantes ont été renouées avec l’État. Le mode de scrutin a été modifié. L’économie a été relancée de manière spectaculaire. Le rapport de l’Institut d’Emission d’Outremer qui vient d’être publié, il y a quelques jours, sur la situation au premier semestre 2007, conclut que l’économie polynésienne est sur la voie du redressement. L’activité a repris, l’inflation marque une pause, le bâtiment a retrouvé des couleurs, la consommation des ménages est en hausse, l’investissement redémarre… Le retour de la stabilité a permis de débloquer les projets et dossiers enlisés depuis des mois. Le ministre de l’Équipement a pu récemment annoncer le meilleur taux de liquidation des crédits de paiement des investissements publics depuis dix ans. La confiance revient. Les enquêtes menées par les médias auprès de la population indiquent qu’elle est majoritairement satisfaite de notre action. J’ai moi-même procédé à une large consultation de la société civile. Tous mes interlocuteurs - les entrepreneurs, les syndicalistes, les responsables d’associations ou de confessions religieuses… - ont reconnu l’efficacité du gouvernement. …/… 5


Ils m’ont encouragé à persévérer et à poursuivre notre politique de redressement du pays. *** Le gouvernement a travaillé sur tous les fronts, et pas seulement dans le domaine économique. Nous avons apporté le plus grand soin au rétablissement d’un dialogue fructueux avec les partenaires sociaux. Nous avons aussi mené une politique culturelle ambitieuse et ouverte et réussi à préparer la participation de notre pays aux Jeux du Pacifique sud dans de bonnes conditions, en dépit de la situation difficile dont nous héritions. Les brillants résultats de nos athlètes parlent d’eux-mêmes. Je tiens à leur adresser mes plus chaleureuses félicitations. *** Les ministres, parmi lesquels sept membres du Tahoeraa Huiraatira, ont défini les priorités susceptibles de figurer dans un nouveau contrat de développement à proposer à l’État. C’est ainsi qu’est né le contrat de projets, en accord avec les services de Madame le Haut-commissaire. Il permettra de financer des investissements indispensables à hauteur de 52 milliards de francs Pacifique sur cinq ans. Ce contrat de projets a pour objectif principal de combler les retards pris dans des domaines vitaux comme le logement social, la santé, l’éducation, la recherche… Il a été approuvé sans réserve par le président de la République qui souhaite venir le signer lui-même à Tahiti, faisant ainsi l’honneur à notre pays de sa première visite officielle outre-mer. Il a reçu le soutien unanime du Conseil économique, social et culturel et je souhaite qu’il puisse être prochainement présenté à l’avis de l’Assemblée. Il est impératif que cet accord soit mis en œuvre dans les plus brefs délais, nous n’avons déjà que trop tardé. *** Aussi crucial soit-il pour la relance de notre pays, le contrat de projets n’est pourtant qu’une première étape d’un programme plus large et à plus long terme, sur quinze ou vingt ans, destiné à nous permettre d’adapter notre pays aux conditions du monde d’aujourd’hui et surtout de demain. …/… 6


Pendant trente ans, la Polynésie française a surtout vécu de la rente nucléaire. Puis ce fut l’après - CEP et les programmes de reconversion de notre économie Il faut désormais aller plus loin. Nous devons tirer un trait sur cet épisode de notre histoire, apaiser les esprits et passer à quelque chose de neuf. Nous souhaitons en finir avec un assistanat indigne de nous. Nous devons participer à notre niveau à l’effort de la Nation pour affronter les défis de la mondialisation. Nous aspirons à un développement harmonieux et durable, fondé sur nos propres capacités, notre travail et les atouts de notre pays. L’État est prêt à nous accompagner et à travailler avec nous, sans arrière-pensée. Comment pourrions-nous négliger une pareille opportunité ? Avons-nous totalement perdu le sens commun ? Sommes-nous aveugles au monde dans lequel nous vivons ? *** Comment expliquer que, quelques mois seulement après s’être totalement investie au sein de cette plate-forme autonomiste, ma propre formation politique, le principal pilier de notre majorité, renie ses engagements pris solennellement et loyalement et nous prive de son soutien alors que tout se passait comme prévu et que nous étions en train de gagner notre pari ? Comment expliquer que quatre des sept ministres Tahoeraa qui faisaient partie du gouvernement démissionnent en cautionnant les attaques contre la politique qu’ils avaient eux-mêmes contribué à élaborer et à mettre en œuvre ? Comment expliquer ce pacte clandestin avec l’adversaire de toujours, dans l’unique but de nous couper la route ? Comment justifier cette censure ? Comment comprendre des décisions qui replongent notre pays dans la tourmente et l’entraînent à nouveau sur une voie périlleuse et peut-être sans retour ? Quelle est la véritable finalité de ces manœuvres ? *** Je suis candidat à la présidence de la Polynésie française parce que je crois en son avenir avec la France. Je suis de ceux qui croient à une société pluriethnique, sans racisme. Une société solidaire entre Polynésiens, solidaire avec la France, solidaire avec l’Europe. Une société fondée sur la paix et la cohésion sociales.

…/… 7


Je veux m’adresser non seulement à vous Mesdames et Messieurs les Représentants, mais aussi et surtout au peuple polynésien qui nous a élus et qui a soif de connaître la vérité, soif de savoir exactement ce que pensent les hommes politiques et ce qu’ils leur proposent comme projet pour demain. En ce qui me concerne, le passé c’est le passé. Je regarde vers l’avenir et je me soucie avant tout de cette jeunesse qui met tant d’espoirs en nous. *** Je suis candidat parce qu’on m’a fait l’honneur de me reconnaître digne d’incarner la cause de notre autonomie. Je remercie celles et ceux qui m’accordent leur confiance. Je ne me déroberai pas devant les difficultés et je me battrai pour mon pays aussi longtemps que j’en serai capable. *** Je suis aussi candidat à la présidence de la Polynésie française parce que je veux poursuivre et mener à bien le travail qui m’a été confié. C’est pourquoi j’appelle, avec la plus grande solennité, les membres sincèrement autonomistes de notre Assemblée à se ressaisir et à se rassembler derrière moi. Il est encore temps d’éviter d’entraîner notre pays dans l’aventure. La menace qui pèse sur notre pays est encore plus pressante qu’il y a huit mois. Les remèdes sont les mêmes. *** Mesdames et Messieurs les Représentants autonomistes, J’en appelle à l’amour de votre pays. J’en appelle à votre responsabilité qui sera engagée devant l’Histoire. Unissons-nous autour de l’idéal de progrès et de paix pour lequel nous avons lutté depuis tant d’années. *** Je ne viens pas devant vous les mains vides. Comme je l’ai dit tantôt, j’ai un programme de travail clair et précis, transparent, connu de tous, *** …/… 8


Si je reçois de votre majorité la mission de diriger notre Pays jusqu’aux prochaines élections, je prends l’engagement formel, devant vous et devant le peuple qui nous écoute, de veiller à ce que les fonds publics et les moyens du Pays ne soient pas utilisés à des fins électoralistes et partisanes. Je m’engage à ce que le retour aux urnes s’effectue dans la sérénité, la justice et la transparence. Notre Assemblée devra se prononcer très vite sur le projet de loi modifiant le mode de scrutin et certains aspects du statut de 2004 qui lui sera prochainement soumis pour avis. Je souhaite évidemment que le consensus le plus large possible se dégage à ce sujet et que les élections soient organisées dans les meilleurs délais, comme le secrétaire d’État à l’Outremer l’a promis. *** Je suis fier de notre bilan. J’aimerais remercier les membres du gouvernement, les collaborateurs de la présidence et des ministères pour la qualité de leur travail et leur dévouement durant les huit derniers mois. J’ai été honoré de servir mon pays au plus haut niveau. J’estime avoir accompli ma tâche avec dignité, ouverture d’esprit et tolérance. *** Dans quelques mois, le peuple aura le dernier mot. Ma motivation à le servir est intacte. Je serai au rendez-vous des prochaines élections pour lui proposer cette vision d’une Polynésie française dynamique, débarrassée de ses complexes, et capable de travailler d’égal à égal avec la France dans la dignité et l’efficacité pour le bien de nos enfants. *** Puisse notre Seigneur à tous vous inspirer la meilleure décision. Puisse-t-il vous bénir et protéger notre pays. Vive la Polynésie française Vive le rassemblement des autonomistes Vive la République Et Vive la France

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2008


Papeete raconté par ses habitants Cette année 2008 marque le 190è anniversaire de la naissance de Papeete. En 1818, le pasteur anglais William Crook choisissait en effet de s’installer sur cette étendue marécageuse inhabitée. Il y construisit un temple, une école et sa maison, posant ainsi les fondations de la future capitale de la Polynésie française. À cette occasion, la commune nous gratifie d’un superbe cadeau : un livre, réunissant témoignages historiques et interviews de familles revivant avec émotion leur Papeete de l’entre-deux guerres. Cet ouvrage, dont la production a demandé plus de trois ans d’un travail minutieux, confirme la volonté de la municipalité de sauvegarder autant que possible le patrimoine de la ville et la mémoire de ses habitants. Dans sa préface, le maire, Michel Buillard, nous invite avec tendresse et nostalgie à la recherche de ce Papeete mythique d’avant le CEP, « aujourd’hui non pas disparu, mais comme enseveli sous la modernité. » L’âme du Papeete d’antan remonte à la surface. La lecture de ces textes nous inspire, tout à la fois, délice, regret et curiosité. Elle nous impose aussi respect et admiration pour cette ville à l’histoire meurtrie d’épreuves terribles, au quotidien exigeant, qui trouva pourtant toujours la force de se reconstruire et de se développer. L’essentiel du contenu du livre est exposé sous forme de panneaux au troisième étage de la mairie (jusqu’au 26 avril). Patrick Schlouch Papeete, témoignages d’un autre temps Edité par la commune de Papeete … pages, … Fcfp


Punaauia, le 13 avril 2008

Magazine annuel Arz Lebnaan Directeur de publication, Joseph Maroun, président-fondateur de l’association Les Amis du Liban

INSAISISSABLE COMME UN ARC-EN-CIEL par Patrick Schlouch Journaliste et éditeur

Identité, voilà bien un des mots les plus ambigus de la langue française, signifiant tout à la fois ressemblance et différence. L’identité, c’est la similitude parfaite de deux objets, mais c’est aussi ce qui nous caractérise, nous singularise et permet de nous reconnaître. Je ne me sens pas particulièrement qualifié pour écrire sur l’identité. Fils d'un Juif piednoir et d'une Franc-comtoise chrétienne, non pratiquants tous les deux et ostracisés par leurs familles après leur union, mon héritage culturel ancestral fut restreint à quelques spécialités culinaires sépharades et à une trentaine d’expressions populaires comtoises tout aussi savoureuses, mais malheureusement guère utiles en dehors de l’Est de la France. Conduit à Tahiti, il y a trente-deux ans, par un invraisemblable concours de circonstances, j'y ai épousé une « Demi » chinoise - tahitienne. Nos trois enfants sont donc un peu pied-noirs, un peu franc-comtois, un peu chinois et un peu tahitiens. Difficile de faire plus mélangé, n’est-ce pas ? Quoique cela soit finalement assez banal en Polynésie. Qui sommes-nous ? Notre identité, nos racines sont insaisissables comme un arc-enciel. C’est assez déroutant au départ, mais cela ne nous a jamais empêchés de vivre ni d’être heureux ensemble. Il est probablement rassurant et confortable de se prévaloir d’une attache à un village, une terre, une maison, à quelque chose qui nous intégrerait plus ou moins directement à une lignée familiale ou culturelle. Mais, avons-nous absolument besoin d’un tel lien pour nous affirmer en tant qu’êtres humains ?


Entre surveillance policière et luxe culturel Qu'est-ce que l'identité dans le monde d'aujourd'hui ? Des papiers surtout. Poète, vos papiers ! s’exclamait Léo Ferré. Et aussi de la biométrie… Plus l’identité s’estompe et plus les moyens techniques de la contrôler se développent et se sophistiquent. Peut-être porterons-nous tous bientôt, invisible sous la peau, une puce électronique contenant nos secrets les plus intimes, et consultable à distance ? Brrrr ! Il y a bien la langue, mais elle est loin de définir une identité à elle seule, d'autant plus qu'elle a, un peu partout, fortement tendance à l’appauvrissement et à la dégradation. Que reste-t-il alors pour s'accrocher à une identité ? Pas grand-chose en vérité. Le débat identitaire apparaît souvent comme un luxe réservé à des privilégiés. La plupart des gens ont bien d'autres soucis que leur identité. Et s'ils y pensaient, cela améliorerait-il leur vie quotidienne ? Les commerçants font-ils des ristournes à ceux qui sont en mesure de prouver leur identité culturelle ? Les Tibétains se révoltent-ils pour être reconnus en tant que tels, ou pour pouvoir vivre librement leur religion et leur culture ? Ce n’est pas la même chose. Quel besoin d’une identité culturelle si elle vous conduit tout droit en prison et à la torture ? Voyons les Juifs dans les années 1930, leur identité c’était l’étoile jaune, un passeport pour l’enfer. Dans le meilleur des cas, un contexte culturel et social bien établi peut contribuer à l'épanouissement de certaines qualités humaines et sociales, mais la véritable recherche, le travail et le cheminement spirituels resteront toujours d’ordre personnel. Les plus récentes découvertes génétiques ont confirmé que les races n'existaient pas. Quant aux traditions, elles reculent devant l’urbanisation et la mondialisation. N'est-ce pas tant mieux quand il s'agit de coutumes barbares comme les sacrifices humains, les mutilations sexuelles, la lapidation, l’asservissement des femmes… ? L'identité culturelle est une notion floue qui nourrit le communautarisme. Elle sert trop souvent de prétexte à la violence et aux conflits en enfermant les mentalités dans des cadres étroits et chauvins. Pour l’Humanité de demain, brassée par le métissage et les migrations massives, menacée par son propre mépris de l’environnement naturel, l’essentiel ne serait-il pas, au contraire, la quête d’une cohabitation pacifique et respectueuse avec autrui et avec la Terre elle-même ?


Jacques Brel : Quand on n’a que l’amour Jacques Brel figure parmi les icônes de la Polynésie française aux côtés du peintre Paul Gauguin. Les deux hommes vécurent leurs dernières années dans la même île de Hiva Oa, dans l’archipel des îles Marquises, bien qu’à plus de soixante-dix ans d’écart. Leurs tombes sont voisines dans le petit cimetière dominant la splendide baie d’Atuona. Chanteur mondialement illustre, Jacques Brel s'installa aux Marquises en 1975. Le pays lui parut magnifique, mais étroit. Passionné d’aviation, titulaire d’un brevet depuis 1965, il ressentit fortement le besoin de voler. Les conditions exigeantes de la géographie polynésienne l’obligèrent à reprendre des cours de pilotage, pour lesquels il devait se rendre fréquemment à Tahiti. Brel descendait alors à Punaauia chez son ami, le docteur Paul-Robert Thomas, médecin et écrivain, qui publia plus tard un recueil de leurs conversations nocturnes au bord du lagon*. Sa qualification en poche, il fit l’acquisition d’un petit bimoteur américain de marque Beechcraft, baptisé Jojo en souvenir de Georges Pasquier, son homme de confiance et ami le plus proche, décédé quelques mois plus tôt. L’avion se posa pour la première fois sur le terrain de Hiva Oa au début de 1977. Bientôt, pour rendre service, Brel commença à transporter quelques passagers. Puis, la desserte de Ua Pou ayant été abandonnée par Air Polynésie, il en vint à y acheminer le courrier une fois par semaine. Parmi ses amis d’Atuona, le postier Alain Amaru, dit Fiston, l’accompagnait à l’occasion. « Je l’avais rencontré dès son arrivée à bord du voilier l’Askoy**, pour lui remettre son courrier en poste restante, se souvient-il. Ne le connaissant pas, je lui avais demandé sa pièce d’identité. Tout heureux, il s’était alors retourné vers sa compagne Madly en s’esclaffant : “ Tu vois Doudou, c’est formidable ici, on ne me connaît pas ! ”. » Entre les fleurs et les fleurs Jacques Romain Georges Brel naquit le 8 avril 1929 à Schaerbeek, commune de la banlieue nord-est de Bruxelles (Belgique). Peu intéressé par l'école, son père le fit entrer dans la cartonnerie familiale, travail pour lequel il n'avait pourtant aucun goût. En 1950, il épousa Thérèse Michielsen, dite Miche, qui lui donna trois filles : Chantal (1951), France (1953) et Isabelle (1958). À partir de 1952, il composa ses premières chansons qu'il testa dans le cadre familial et dans plusieurs cabarets de Bruxelles. Il parvint même à enregistrer un premier disque en 1953, un 78 tours, vraisemblablement l’un des derniers produits dans ce format en Europe. Il quitta ensuite la capitale belge pour se rendre seul à


Paris, à l’invitation de Jacques Canetti, découvreur de talents, cadre chez Philips et propriétaire du cabaret Les Trois baudets. Désargenté, éloigné de sa femme et de ses filles, rejeté par sa famille, ce fut pour lui une période difficile, mais artistiquement féconde. La galère prit fin en 1955, quand Jacques Brel sortit son premier 33 tours et, peu à peu, trouva son public. Deux ans plus tard, il publia un second album couronné par le Grand prix de l'Académie Charles Cros. Fin 1958, il figurait avec succès sur la scène de l’Olympia, en lever de rideau du tour de chant de Philippe Clay et, dès l’année suivante, il était tête d'affiche à Bobino. Les tournées s'enchaînèrent ensuite à un rythme infernal pendant huit ans, en France, mais aussi en Europe, aux ÉtatsUnis, en Russie et au Proche-Orient. En 1966, épuisé, il décida soudainement d'abandonner la chanson. Le 16 mai 1967, Brel donnait son dernier récital à Roubaix. Ce spectacle télévisé en direct, en noir et blanc, reste gravé dans les mémoires de celles et ceux qui ont eu la chance de l’admirer. Le cinéma l’attirait. En 1967, André Cayatte lui confia le rôle principal dans Les Risques du métier, le drame d’un instituteur injustement accusé d’avoir violé une de ses élèves. C’est également à cette époque qu’il prit goût à la mer et à la voile. En 1969, il était Mon oncle Benjamin dans le joli film d’Édouard Molinaro tourné à Vézelay. Il joua ensuite dans plusieurs films parmi lesquels les grandes réussites que furent L’Aventure c’est l’aventure de Claude Lelouch en 1972 et L’Emmerdeur d’Edouard Molinaro en 1973, avec Lino Ventura. Il réalisa lui-même deux longsmétrages (Franz en 1971 et Far West en 1973) lesquels n’ont toutefois pas laissé de souvenir impérissable. En juillet 1974, lassé d’un mode de vie trop artificiel et mondain, il largua les amarres avec sa compagne, Madly Bamy, jeune comédienne et danseuse antillaise rencontrée trois ans plus tôt sur le tournage de L’Aventure c’est l’aventure. Ils embarquèrent ensemble à bord de l’Askoy II, un yawl noir de dix-neuf mètres, gréé à l’ancienne. Brel était déjà malade. Ce grand fumeur était atteint d’un cancer du poumon. Une opération réussie lui accorda toutefois un sursis inespéré. Il choisit alors de se retirer pour de bon aux îles Marquises. « (…) Et voici le Pacifique, Longue houle qui roule au vent, Et ronronne sa musique, Jusqu'aux îles droit devant. Et que l'on vous veuille absoudre, Si là-bas bien plus qu'ailleurs,


Vous tentez de vous dissoudre Entre les fleurs et les fleurs (…) » (extrait de La Cathédrale) Le plus grand Belge de tous les temps Pourtant, le chanteur n’avait pas achevé sa partition. En dépit d’un état de santé sérieusement dégradé, il retourna en France en 1977 pour y enregistrer, dans des conditions pénibles, un ultime album, certainement le plus émouvant de tous. On y trouve sa magnifique chanson sur les Marquises qui s’achève par ces mots : « Veux-tu que je te dise, gémir n’est pas de mise, aux Marquises ». Il mourut le 9 octobre 1978, à l’hôpital de Bobigny dans la région parisienne, à l’âge de quarante-neuf ans. Son corps fut ensuite transporté jusqu’à Hiva Oa où il avait choisi de reposer. Jacques Brel a laissé un répertoire exceptionnel et bouleversant de beauté et de poésie. Parmi ses chansons les plus célèbres : Quand on n’a que l’amour, Ne me quitte pas, Amsterdam, Les Vieux, Le Plat pays, Mathilde, La Chanson des vieux amants et, bien sûr, Les Marquises. En 2005, un sondage le fit désigner par ses compatriotes comme « le plus grand Belge de tous les temps ». En septembre 2008, un aéroclub Jacques Brel fut créé à Atuona (Hiva Oa) pour célébrer le trentième anniversaire de la mort du chanteur qui avait toujours souhaité mettre en place une structure de ce type au profit des jeunes Marquisiens. À cette occasion, une première aéronautique fut réalisée en Polynésie française avec le convoyage de Tahiti jusqu’aux Marquises (avec escale à Fakarava aux Tuamotu) d’un petit monomoteur Socata de construction française, datant des années 1980 mais entièrement restauré. Un pilote marquisien, Teiva Reid-Amaru, était aux commandes de l’appareil. Patrick Schlouch


17 octobre 2008

Le coût exorbitant de l’automobile à Tahiti Combien dépense-t-on pour rouler en voiture à Tahiti ? Question intéressante, mais pas évidente, à laquelle je propose un élément de réponse en estimant le budget annuel (en moyenne sur quatre ans) pour une petite berline, moteur 1,2 l à essence, consommant 7 litres aux 100 km et parcourant environ 13 000 kilomètres par an (soit 250 kilomètres par semaine) :

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Prix d’achat : 2,2 millions de Fcfp, avec un crédit de 56 000 Fcfp/mois (intérêts 10 %) sur 48 mois, soit 672 000 Fcfp par an ;

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Carburant : 130 x 7 litres de sans plomb (à 170 Fcfp/l) : 155 000 Fcfp ;

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Entretien : environ 80 000 Fcfp en moyenne par an sur quatre ans (dont deux sous garantie) :

Assurance (tous risques, obligatoire en cas d'achat à crédit) : 100 000 Fcfp ; 1,5 vidange annuelle + un train de pneus + divers (courroie de distribution, freins, batterie…) ;

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Parking : 15 000 Fcfp/mois x 11 : 165 000 Fcfp

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Revente du véhicule : - 175 000 Fcfp (valeur résiduelle 700 000 Fcfp : 4) TOTAL : 997 000 Fcfp, soit 83 000 Fcfp par mois ou 77 Fcfp au kilomètre (0,65 euro) Ces chiffres sont bien sûr évoqués à titre d’exemple, parmi une infinité d’autres cas de figure

possibles. Pour calculer plus précisément son budget automobile, il suffira d’ajuster les données cidessus selon le véhicule que l’on possède et ses propres besoins de transport. Il est clair, en tout cas, que le coût au kilomètre est proche de 100 Fcfp pour l’automobiliste tahitien moyen (notre exemple porte en effet sur une voiture relativement bon marché). Si l’on devait sortir une pièce de cent francs pour chaque kilomètre parcouru, on serait évidemment affolé. C’est pourtant bien ce que l’on paie, sans vraiment s’en rendre compte, quand on conduit une automobile à Tahiti. Dans ces conditions, un seul aller et retour Punaauia (PK 15) - Papeete coûte tout de même aux alentours de 2 500 à 3 000 Fcfp. 83 000 Fcfp par mois pour une petite voiture – sans doute un peu moins si on l’achète d’occasion, mais probablement davantage pour la plupart des foyers, d’autant plus qu’ils possèdent souvent deux, voire trois véhicules. Le salaire mensuel moyen s’élevant à 249 462 Fcfp en Polynésie française (2 090 euros, source ISPF 2008), il faut travailler plus de dix jours par mois pour gagner de quoi assumer le coût d’un véhicule. Le salarié tahitien moyen travaille donc quatre mois par an rien que pour se payer sa voiture et la faire circuler. Guère étonnant que tant de véhicules ne soient pas assurés, ou qu’ils soient maintenus dans un état de complet délabrement… …/…


Auxquels s’ajoutent les coûts collectifs N’oublions pas, de surcroît, que ce budget est purement individuel, il exclut les gigantesques coûts sociaux de l’automobile (construction et entretien des routes et de la signalisation, accidents, surveillance, temps perdu dans les embouteillages…) et celui de ses atteintes à l’environnement et à la qualité de la vie (bruit, pollution, destruction de sites…). Toutes ces charges sont supportées par la population dans son ensemble et non pas par les seuls automobilistes. Le coût, individuel et collectif du transport automobile est donc exorbitant (et il s’accroît assez rapidement). Pourtant, le système actuel de transports et le mode de vie qui en découle sont essentiellement fondés sur l’automobile. L’utiliser moins est déjà compliqué, s’en séparer est impensable, inimaginable ! On semble prêt à tout pour adorer et servir cette déesse insatiable, y compris aux sacrifices humains. Dans l’indifférence et le fatalisme généralisés, une cinquantaine de Polynésiens, surtout des jeunes, lui sont immolés chaque année (proportionnellement trois fois plus qu’en France métropolitaine), et des centaines d’autres restent estropiés, handicapés à vie. La montagne violée et meurtrie ; les riverains de la route de ceinture stressés par la vitesse, la poussière, le bruit et le danger… ; des vallées détruites, envahies d’épaves et polluées à l’huile de vidange ; un lagon jonché de pneus usagés et de batteries empoisonnées… Tel est le prix à payer pour faire un surplace interminable matin et soir, sur une chaussée étroite, surpeuplée, au revêtement le plus souvent approximatif, mais confortablement installé dans un cocon douillet, climatisé, sonorisé et, Dieu merci !, capable de rouler à 200 à l’heure. Avec presque dix mille nouveaux véhicules importés chaque année, et en l’absence d’une réelle politique de la route en Polynésie française, l’avenir semble plutôt sombre du côté des transports terrestres, des embouteillages et de la pollution. P.S.


2009


Jeudi 6 août 2009 Commentaire publié dans Les Nouvelles de Tahiti

Forum des îles du Pacifique et changement climatique Manque pas d'air ce Kevin Rudd, c'est le cas de le dire. L'Australie est, avec le Canada et le Japon, l'un des trois pays développés à freiner le mouvement de réduction des émissions de gaz à effet de serre (à cause de son charbon notamment). Ce mouvement est entraîné par l'Union européenne à laquelle les Etats-Unis ont emboité le pas depuis l'arrivée de Barack Obama. L'Australie est donc assez mal placée pour défendre les intérêts des peuples océaniens menacés par le changement climatique. Les pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Russie, Afrique du Sud...) refusent de réduire leurs émissions de carbone au motif qu'ils ont tout autant le droit au développement que les pays riches. L'Inde a déjà officiellement rappelé que la seule limite acceptable à ses émissions de carbone était le niveau actuel d'émission par personne dans les pays développés. Le sommet de Copenhague prévu pour le mois de décembre s'annonce passionnant, mais il est probable que rien de concret n'en sortira. Personne ne sait quoi faire. Cela n'est jamais arrivé avant. Alors, le sort de petites îles paumées au milieu de nulle part, et qui vont peut-être même disparaître, englouties par la montée des eaux, qui cela intéresse-t-il ? PS


2010


JOURNÉE MONDIALE DE LA FEMME sur le thème de l’action politique des femmes en Polynésie française

8 mars 2010 – Assemblée de la Polynésie française

Bonjour à toutes et à tous, Ia Orana Autant vous le dire, je ne suis pas historien, encore moins spécialiste de la reine Pomare. Je me suis néanmoins intéressé d’assez près à sa vie extraordinaire. C’est pourquoi Madame Merceron m’a fait l’honneur de me demander de vous présenter brièvement cette personnalité qui symbolise parfaitement l’action politique des femmes polynésiennes, thème choisi pour cette Journée de la Femme. C’est elle qui a ouvert la voie en quelque sorte.


D’une civilisation à l’autre avec la reine Pomare IV (1813 - 1877) par Patrick Schlouch, journaliste et éditeur

Aimata Pomare était la fille aînée du roi Pomare II. Elle devint reine de Tahiti, Moorea et dépendances en 1827 et régna jusqu’à sa mort en 1877. Son palais était construit pratiquement à l’endroit même où nous nous trouvons aujourd’hui. Elle buvait probablement l’eau de la source qui se trouve derrière l’Assemblée. Aimata Pomare IV, Vahine-o-Punuateraitua, Pomare Vahine, la reine Pomare reste le plus célèbre personnage historique de Tahiti. Bertrand de la Roncière, qui lui a consacré une biographie en 2003, la considère comme : « l’une des plus grandes reines, en même temps qu’une des femmes les plus accomplies de l’histoire de l’humanité. » Il estime qu’ : « elle assuma avec son peuple, au cours des soixante-cinq ans de sa vie, un changement de civilisation tel que personne au monde n’en connut de semblable. »

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Aujourd’hui encore, son image demeure celle d’une véritable souveraine, aimée, attachée à ses sujets et soucieuse des intérêts de son royaume. Elle symbolise la fierté du peuple polynésien, son art et sa joie de vivre, son obstination à rester libre. Pomare IV personnifie le passage brutal d’une civilisation à une autre, la projection soudaine d’une population dans une nouvelle réalité, radicalement différente, et nettement moins gaie.

Naissance et filiation Aimata naît à Pare (ancien nom de Papeete) à une date imprécise. Patrick O’Reilly la fixe au 28 février 1813, mais d’autres sources la situent en 1811 ou 1812. C’est-à-dire moins de cinquante ans après les premiers contacts avec les Européens. Au même moment, Napoléon tentait de conquérir la Russie. Les Etats-Unis avaient moins de trente ans. Sa filiation reste aussi controversée. Certains auteurs la présentent comme la véritable fille légitime du roi Pomare II, ce qui est contesté par d’autres. On ne connaîtra certainement jamais la vérité. Mais, peu importe, Aimata était alors considérée comme la fille aînée du roi qui la traitait comme telle.

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Enfance La princesse grandit à Tahiti, au contact de la nature, menant une vie simple et traditionnelle. Plutôt jolie, éprise de liberté, elle aime les voyages, les déplacements dans les districts et dans les îles. Comme la plupart des enfants, elle adore chanter, danser et s’amuser. Elle apprend à lire et à écrire, mais ce n’est pas son fort. A part quelques rares lettres, elle n’a laissé aucun document.

Mariage et couronnement En 1821, le roi Pomare II meurt de la filariose à l’âge de 39 ans. Son fils, le petit frère d’Aimata, est alors couronné roi sous le nom de Pomare III. Mais, ce n’est qu’un bébé de dix-huit mois. La régence du royaume est confiée à sa tante maternelle, la princesse Teriitaria (qui prend le nom de Ariipaea). L’année suivante, en 1822, selon les coutumes anciennes, Aimata, qui n’a que neuf ou dix ans, est mariée à Tapoa, un chef de Tahaa de dix-huit ans.

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Cinq ans plus tard, le destin frappe à sa porte. Le petit roi Pomare III était de santé fragile. Il a moins de sept ans quand il meurt des suites d’une maladie. Aimata devient alors la reine Pomare IV. Elle n’a que quatorze ans. Les missionnaires anglais qui contrôlent en grande partie le pays depuis une douzaine d’années, n’acceptent qu’à contrecœur de couronner cette gamine à la cervelle d’oiseau, qui ne songe qu’à se divertir.

Les Mamaia Ils sont d’autant plus contrariés qu’une fois reine, Aimata continue à mener la vie simple et légère qu’elle a toujours appréciée. Entourée de ses faarearea, ses suivantes chanteuses et danseuses, elle aime se promener, rêver, se baigner et faire la fête à bord des navires de passage. Elle passe beaucoup de temps à Moorea et à Tahaa. La reine aux pieds nus essaie même de faire renaître les anciennes coutumes et les libertés supprimées sept ans plus tôt par les missionnaires.

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Encouragée par sa tante Ariipaea, Pomare soutient la secte des Mamaia qui connaît un grand succès à partir de 1826. Les Mamaia prêchent une nouvelle religion qui rejette toutes les interdictions, comme celle de la nudité, de la danse, du tatouage ou même du surf. Le chef des Mamaia est finalement jugé et condamné à l’exil, mais on échappe de justesse à la guerre civile.

Pritchard - Divorce – Remariage - Retour à la religion Puis, peu à peu, avec le temps, la jeune reine s’assagit. Son esprit se soumet progressivement à l’influence des missionnaires anglais, en particulier d’un certain Georges Pritchard. Établi à Tahiti en 1824, celui-ci prend rapidement l’ascendant sur Pomare IV. Il devient son confident et son principal conseiller. Aimata n’a aucune affinité ni relation avec son mari Tapoa. En 1832, elle demande le divorce et l’obtient. Elle a vingt ans à peine.

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Pourtant, la reine ne peut pas rester célibataire. Elle choisit alors d’épouser son jeune cousin, Ariifaiite, petitfils du roi Tamatoa de Raiatea. Il est très beau et n’a que quinze ans. Après l’épisode désastreux de la secte des Mamaia, les missionnaires anglais reprennent le contrôle du pays. Pritchard devient le véritable chef de Tahiti. Pomare IV est excommuniée de la religion protestante. Elle n’y sera réintégrée qu’en 1836.

L’affaire Caret - Laval Cette même année 1836, un événement va faire basculer l’histoire moderne de Tahiti. Le 20 novembre, les pères français, Caret et Laval, débarquent à la Presqu’île, dans l’intention d’établir une mission catholique. Pour les Anglais, c’est une catastrophe ! Il leur a fallu quarante ans d’efforts et de souffrances avant de parvenir à imposer leur autorité sur les Tahitiens. Ils ne sont pas prêts à prendre le moindre risque de voir cette autorité contestée, voire partagée.

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Sur les instructions de Pritchard, Pomare IV fait expulser Caret et Laval, ce qui provoque l’intervention militaire de la France. En 1838, l’amiral Dupetit-Thouars impose à Pomare IV la reconnaissance de la liberté d’installation et de commerce des Français et il nomme un consul de France. Pourtant, la reine résiste toujours et ne cache pas sa préférence pour l’Angleterre. Pritchard en profite pour interdire à nouveau le culte catholique et la vente de terres à des étrangers.

Le Protectorat La situation va désormais se dégrader de plus en plus à Tahiti. Des navires de guerre français, anglais ou d’autres pavillons y font assez souvent escale, mais aucune force de sécurité n’y réside encore en permanence. Toute une faune de voyous débarquent des nombreux baleiniers et navires de commerce qui relâchent dans la rade de Papeete. Ils y sèment le désordre et encouragent l’alcoolisme qui se répand largement dans la population.

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Les Français continuent à être tout particulièrement victimes de mauvais traitements et d’agressions. Une nuit, Moerenhout, le consul de France, est luimême attaqué à son domicile par des baleiniers en quête d’un mauvais coup. Il est sérieusement blessé et sa femme est tuée en essayant de le défendre. Moerenhout lance alors un appel au secours à son ami Dupetit-Thouars. Répondant à son appel, l’amiral revient à Tahiti en septembre 1842. Il constate la gravité de la situation et que les promesses n’ont pas été tenues. Il exige des réparations financières et prend même la responsabilité d’établir un protectorat français sur Tahiti. Un nouveau traité est signé le 9 septembre 1842.

La fuite à Raiatea – le retour à Tahiti Malgré cela, soutenue par les missionnaires anglais, Pomare IV persiste dans la rébellion. Dupetit-Thouars décide de la déchoir de son titre de reine. En 1843, l’amiral Armand-Joseph Bruat s’installe à Tahiti comme commissaire du roi et premier gouverneur des Établissements Français de l’Océanie. 9


Pomare IV s’enfuit alors à Raiatea et Bruat confie la régence du royaume à Paraita, un notable du district de Pare. La révolte gronde. Les partisans de la reine s’insurgent et mènent des actions de guérilla. L’ordre et le calme ne seront rétablis que deux ans plus tard, en 1845. * Dans son exil, Pomare sentait son pouvoir lui échapper. Elle comprenait que l’histoire de son pays allait s’écrire sans elle. En février 1847, elle fit le premier pas et demanda à rencontrer Bruat. L’entrevue eut lieu à Moorea, dans le temple de Papetoai. Parfait gentleman et diplomate accompli, Bruat traita la jeune reine avec respect et déférence, allant jusqu’à s’agenouiller plusieurs fois devant elle, avant de la rétablir dans ses droits et son autorité. Le 9 février, Pomare rentrait à Papeete avec tous les honneurs dûs à son rang. Elle avait trente-cinq ans.

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Successeur de Bruat, le gouverneur Lavaud estima nécessaire de préciser les conditions d’exercice du protectorat français. Le 5 août 1847, il faisait signer à Pomare IV, une convention qui resta en vigueur jusqu’en 1880, quand Tahiti fut annexée à la France. Pendant trente ans, Pomare IV gouverna ensuite jusqu’à la fin de sa vie selon les termes de cette convention qui lui accordait officiellement l’exercice du pouvoir exécutif. Ses privilèges étaient respectés et l’étiquette devait être observée à son égard. Il va sans dire que le véritable pouvoir restait entre les mains du gouverneur qui disposait de la force militaire et contrôlait toutes les communications de la reine avec les étrangers. Cela dit, pas moins de quatorze gouverneurs se sont succédé à ses côtés pendant son règne. Malgré ses liens étroits avec les Anglais, Pomare IV ignorait leur langue. Elle comprenait un peu le français, mais ne le parlait pas. Elle mourut le 17 septembre 1877 d’une maladie cardiaque à l’âge de soixante-quatre ans.

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Elle avait eu au total neuf enfants dont cinq seulement survécurent. Teratane, né en 1839, lui succéda sous le nom de Pomare V.

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La découverte de Tahiti par Samuel Wallis en 1767 Tout commence en 1763, quand le traité de Paris met un terme à la Guerre de Sept ans, dernier épisode en date de la rivalité séculaire opposant la France et l’Angleterre. Peu connu, ce conflit est pourtant considéré par les historiens comme la véritable première guerre mondiale en raison du nombre des États impliqués et de l’étendue des théâtres d’opération. Le traité de Paris officialisa un partage du monde qui allait durer un siècle et demi. Largement gagnante grâce à la suprématie de sa flotte et sa maîtrise des mers, l’Angleterre s’impose alors comme la principale puissance. Son empire colonial s’agrandit considérablement, tandis que celui de la France, vaincue et affaiblie, est réduit comme peau de chagrin. Elle doit notamment renoncer au Canada et à la plus grande partie de l’Amérique du Nord. Le sort des colonies existantes est à peu près réglé par ce traité, mais le vaste monde est loin d’avoir livré tous ses secrets. On rêve de trésors fabuleux, de richesses inouïes sur lesquelles il faut à tout prix être le premier à mettre la main. Fort de la victoire de son armée, le jeune roi d’Angleterre Georges III qui, à vingt-cinq ans, vient de succéder à son grand-père Georges II, défie le monarque français vieillissant, Louis XV, cinquante-trois ans dont déjà quarante-huit de règne à son actif. Une course à la découverte de nouveaux territoires va prolonger le conflit armé. Le fantasme du continent austral Le grand inconnu, c’est bien sûr l’océan Pacifique. En dépit des quelques incursions dont il a fait l’objet depuis deux siècles et demi, il reste encore largement inexploré. Le Portugais Magellan le traverse dès 1521 à la tête d’une première expédition espagnole, découvrant Pukapuka et les Tuamotu qu’il baptise îles Infortunées. Cinq ans plus tard, une autre expédition espagnole repart sur ses traces pour tenter de prendre possession des fameuses îles d’Épices (Moluques). Elle est dirigée par Garcia-Jofre de Loaisa et Juan-Sebastian Elcano, le lieutenant de Magellan, qui avait pris le commandement de son expédition après sa mort aux Philippines et avait réussi à ramener les quelques survivants en Espagne, devenant ainsi le premier circumnavigateur de l’Histoire. C’est encore un échec, dont Loaisa et Elcano ne reviennent pas. En 1567, une première tentative de l’Espagnol Alvaro de Mendana avorte. Il récidive en 1595, assisté par un navigateur portugais expérimenté, Pedro-


Fernandez de Quiros. Ils découvrent notamment les îles Marquises dans des circonstances tragiques pour les autochtones. Le même Quiros effectue une seconde exploration en 1606. C’est ensuite aux Hollandais de se lancer dans l’aventure avec le tour du monde de Jacob Le Maire et des frères Willem et Jan Schouten en 1616, puis celui de Jacob Roggeven en 1722 au cours duquel il découvrit l’île de Pâques. Des traversées commerciales du Pacifique par des navires français ont aussi lieu dès les années 1710, mais ce trafic est illicite et il est gardé secret. Tous ces voyages ont suivi à peu près la même route. Personne, vers 1760, n’a encore osé explorer les immensités océaniques au sud du 15e parallèle. On fantasme particulièrement sur l’existence d’un fabuleux continent austral, certifiée depuis le début du seizième siècle par des savants reconnus. La Terre, raisonnent-ils, ne pourrait pas se maintenir sur son axe sans le contrepoids d’une immense masse terrestre au Sud. L’un des plus influents d’entre eux est le Français Charles de Brosses qui croit dur comme fer au continent austral dont il estime la superficie à environ un tiers du globe terrestre. Ce magistrat passionné de science et d’histoire publie en 1756 un ouvrage imposant intitulé Histoire des navigations aux Terres Australes dans lequel il compile les découvertes déjà faites en Océanie depuis Magellan, plaidant pour une exploration urgente de ces contrées. Il est l’inventeur du nom Polynésie qu’il applique à l’ensemble du Pacifique sud parce qu’il est parsemé d’une multitude d’îles. En cette seconde moitié du dix-huitième siècle, la course à la Terre australe est donc relancée, cette fois entre la France et l’Angleterre. Les méthodes de navigation sont encore approximatives. On manque de cartes, bien sûr, et si l’on sait bien calculer la latitude (c’est-à-dire une position nord - sud), on ne sait toujours pas définir la longitude (position est - ouest). La première étape consiste à s’établir aux îles Falkland. Cet archipel émergeant dans l’Atlantique sud à moins de cinq cents kilomètres de la Terre de Feu et du cap Horn, appelé Malouines par les Français (Malvinas en espagnol), est en effet la base de départ idéale pour une expédition dans le Pacifique. Le champion anglais est John Byron, un capitaine chevronné de quarante-et-un ans, grand-père du célèbre poète Lord Byron. La France choisit le capitaine de frégate Louis-Antoine de Bougainville. Byron arrive sur les lieux dès juin 1764 et prend possession des Falkland au nom du roi d’Angleterre. Puis, il traverse le détroit de Magellan avant de se lancer dans le Pacifique dans le sillage virtuel des premiers explorateurs espagnols et hollandais. Au prix de grandes difficultés et après avoir dû faire usage de ses armes contre les habitants de Takaroa aux Tuamotu, il boucle son tour du monde et rentre en Angleterre en mai 1766. Son

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voyage a duré moins de deux ans, un record, mais c’est encore un échec. Il n’a rien découvert. Une expédition mal préparée Une deuxième expédition anglaise est organisée à la hâte. Il faut éviter d’être pris de vitesse par les Français ou même par les Espagnols. L’Amirauté britannique désigne le capitaine Samuel Wallis pour la commander. C’est un obscur marin de trente-huit ans, né en Cornouailles dans le Sud de l’Angleterre, que les historiens présentent comme inexpérimenté et à l’esprit étroit. Il n’a encore participé à aucun voyage d’exploration. La flottille anglaise est composée de deux navires : le Dolphin, sur lequel Byron vient à peine d’achever son périple trois mois plus tôt, et le Swallow. La différence entre les deux bâtiments saute aux yeux. Le Dolphin est un magnifique et imposant trois-mâts de cinq cent dix tonneaux et d’une longueur de quarante mètres. Il est placé sous le commandement direct de Wallis, assisté du premier lieutenant William Clarke, un râleur chronique impopulaire, et du second lieutenant Tobias Furneaux, au caractère charmant, un petit-cousin de Wallis qui lui accorde toute sa confiance. Cette frégate résistante et moderne a été lancée en 1751, sa coque est renforcée de plaques de cuivre ce qui s’est révélé très efficace lors du premier tour du monde. Sa vitesse de croisière est de huit nœuds. Elle est armée de trente-deux canons. Ses flancs sont jaune vif, ses superstructures sont bleues, les espaces intérieurs sont peints en rouge pour que le sang répandu au cours des combats ne se remarque pas. Outre les cent cinquante hommes entassés à son bord, le Dolphin transporte six bœufs vivants, plusieurs douzaines de moutons, des chèvres et des volailles, ainsi qu’une imposante réserve d’eau douce et de vivres, et quantité d’armes et d’outils. En comparaison, le Swallow (L’Hirondelle) paraît minable. On peut se demander comment ce petit et vieux rafiot a pu se qualifier pour une telle mission. Heureusement, il est commandé par le capitaine Philip Carteret, trente-trois ans, un officier de grande qualité qui vient de participer comme premier lieutenant au voyage de Byron, une expérience précieuse dont Wallis, par orgueil, se privera délibérément. Les deux navires quittent le port de Plymouth dans le Sud-Ouest de l’Angleterre le 22 août 1766, en direction de la Terre de Feu. Ils vont passer les mois suivants à explorer les dédales meurtriers du détroit de Magellan, échappant plusieurs fois à la catastrophe de justesse. Wallis et Carteret ne sont pas d’accord. Ils s’opposent sur la stratégie à adopter et finalement, le 11 avril 1767, quand les deux bateaux débouchent dans le Pacifique, Wallis décide de se débarrasser du Swallow qu’il considère comme un boulet et de Carteret qui l’insupporte. Il fait donner toute la toile du Dolphin. La

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frégate bondit vers l’ouest, tandis que le Swallow, beaucoup plus lent, est rapidement distancé et disparaît bientôt dans une nappe de brouillard. Croisière vers l’enfer Poursuivant seul sa mission, le Dolphin file toutes voiles dehors sur la longue houle du Pacifique sud. Wallis savoure sa liberté de manœuvre retrouvée. Hélas, son bonheur est de courte durée. Le scorbut se déclare à bord. Provoquée par une carence en vitamine C, cette terrible maladie, connue depuis l’Antiquité mais que l’on ne sait ni prévenir ni traiter, décime les équipages des grandes explorations océaniques. Elle se manifeste d’abord par un affaiblissement progressif, des membres gonflés, des saignements des muqueuses du nez et des gencives, puis les dents se déchaussent et tombent. Le malade est épuisé par des hémorragies internes et finit par mourir dans la plupart des cas. Une vingtaine de marins du Dolphin sont déjà victimes du scorbut. Wallis luimême et son premier lieutenant Clarke en sont affectés. Ceux qui sont encore épargnés souffrent de la chaleur, de la faim et de la soif. On manque d’eau et de vivres. La croisière se transforme en un véritable enfer. Le 6 juin, une terre est enfin en vue. Mais, on déchante rapidement quand on réalise qu’il ne s’agit que d’un minuscule atoll désert et aride (Pinaki aux Tuamotu). Le second lieutenant Tobias Furneaux est chargé d’y débarquer à la tête d’un détachement. Il réussit à récupérer des noix de coco et quelques végétaux frais. Il repère aussi des huttes vides. Un guetteur aperçoit des pirogues ramant en direction du nord, le Dolphin les suit et, le lendemain, les Anglais découvrent l’atoll de Nukutavake. Furneaux tente une fois encore de débarquer à la recherche de ravitaillement plus consistant. Mais, la situation est plus compliquée que la veille. Non seulement cette barrière de corail est dépourvue de passe, mais elle est occupée par un groupe d’une cinquantaine d’autochtones à l’allure menaçante. Par précaution, Furneaux fait tirer un coup de canon au-dessus de leurs têtes avant d’essayer de leur faire comprendre qu’il est en quête de provisions et d’eau. Le message passe. Deux cents noix de coco sont rapidement rassemblées sur la plage et offertes aux visiteurs en échange de clous, que les insulaires semblent déjà connaître et apprécier plus que tout autre objet. Le jour suivant, les Anglais retournés à terre pour y parachever leur ravitaillement constatent que les habitants se sont tous enfuis pendant la nuit à bord de grandes pirogues doubles. Wallis décide de les prendre en chasse en espérant qu’ils se dirigent vers une terre plus vaste à l’ouest. Il ne croise sur sa route que trois petits atolls : Paraoa, Manuhangi et Nengonengo. Poursuivant toujours plus loin vers l’ouest, les Anglais repèrent enfin, le 17 juin, une île haute de forme conique. Serait-ce enfin le continent austral ? Il ne s’agit en fait

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que de Mehetia, la plus petite et la plus orientale des îles de la Société, mais Wallis se console de cette nouvelle déception en imaginant que cette île est l’avant-poste d’une terre bien plus étendue. Située à une centaine de kilomètres à l’est de la presqu’île de Tahiti, Mehetia ne couvre que 2,3 km2, mais son sommet culmine à 435 mètres. Elle ne possède pas de lagon. On aperçoit un feu, preuve qu’elle est habitée. En effet, à cette époque, cette île était un des lieux d’échanges commerciaux entre l’archipel des Tuamotu et celui de la Société. On y troquait des nacres et des hameçons paumotu contre des penu (pilons en basalte) et des herminettes. Près de deux cents personnes y vivaient en permanence. Elle est inhabitée depuis le début du vingtième siècle, sauf par des chèvres et des cochons sauvages. Quand le jour se lève en ce 18 juin, le Dolphin glisse doucement vers la terre. Des piroguiers rament en sens inverse, s’arrêtant à bonne distance. Wallis fait mettre en panne et dépêche Furneaux en délégation. Deux heures plus tard, le second lieutenant revenu à bord rapporte que la population locale s’est d’abord montrée agressive, ce qui l’a contraint à faire tirer en l’air en guise de sommation. Effrayés, les autochtones se sont enfuis avant de revenir avec un porc, deux coqs et quelques régimes de bananes qu’ils ont accepté d’échanger contre de la pacotille. La récolte est plutôt maigre, mais qu’importe puisque l’on touche au but. C’est certain, le continent austral est là, tout près, regorgeant de nourriture et de richesses. Tahiti, dans toute sa splendeur Le même jour, vers trois heures de l’après-midi, alors que le Dolphin a repris sa traversée vers l’ouest, les côtes sud-est de Taiarapu, la presqu’île de Tahiti, apparaissent sur l’horizon. Cette fois le doute n’est plus permis, ces majestueux sommets ne peuvent être que la pointe nord du continent austral. La frégate anglaise s’approche prudemment. À l’aube du 19 juin 1767, elle n’est plus qu’à une quinzaine de milles de la terre, voilée d’une nappe de brouillard. Quand il se dissipe, les explorateurs découvrent un spectacle grandiose. Les collines superbes dominent une magnifique baie sur laquelle des dizaines de pirogues, montées par de solides rameurs, filent en direction du navire. George Robertson, officier de manœuvre, raconte cet épisode dans son journal : « Arrivés à portée de pistolet, elles marquent un temps d’arrêt, leurs occupants contemplent le bateau avec le plus grand étonnement et se consultent entre eux sur l’attitude à adopter. De notre côté, par des signes aussi amicaux que possible et en exhibant toute sorte de pacotille, nous essayons de les attirer à bord. Ils comprennent nos intentions pacifiques et nous adressent des gestes de bienvenue en tournant autour du bateau, des feuilles de bananier à la main. Un orateur se lance alors dans un long discours de près d’un quart d’heure, pour jeter ensuite sa feuille à la mer. À ce signal, toutes les pirogues s’avancent. Leurs occupants ont l’air gai et

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sont fort bavards. Personne à bord ne peut les comprendre. Néanmoins, pour leur faire plaisir, nous leur répondons en anglais avec le sourire. (...) On peut compter maintenant plus de cent cinquante pirogues autour de nous et beaucoup d’autres encore arrivent de la plage. Forts d’environ huit cents hommes et voyant que nous ne cessons de les encourager à monter à bord, ils se sentent certainement rassurés. L’un d’eux, un vif et beau jeune homme, se décide et grimpe sur le pont en s’aidant des ridoirs d’artimon, puis lâche les haubans pour sauter sur la toile du pont-abri. Nous essayons de l’attirer sur le gaillard arrière en lui tendant quelques colifichets, mais il rit, nous dévisage et ne bouge pas. Pendant ce temps, dans les pirogues, plusieurs Indiens continuent à faire de longs discours et à nous jeter des feuilles de bananier. Cette petite cérémonie terminée, il accepte enfin de s’avancer, de prendre la pacotille et de nous serrer la main. D’autres vont suivre son exemple et le rejoindre sur le pont, mais il sera le seul, puisque le premier, à recevoir des cadeaux. Pour l’instant, ils paraissent tous très amicaux et nous leur indiquons que nous sommes prêts à échanger des étoffes grossières, des couteaux, des ciseaux, des perles en verre et des rubans contre des cochons, des volailles et des fruits. Afin d’être sûrs qu’ils nous comprennent, certains des marins se mettent à grogner, couiner et glousser tout en montrant du doigt le rivage. Enchantés par cette imitation du porc et du coq, les natifs reprennent nos mimiques en chœur et font signe que nos désirs vont être satisfaits. Une partie d’entre eux retournent alors dans les pirogues, tandis que les autres, très intéressés par tous les objets en fer, tentent d’emporter les épontilles et les pitons. Ils sont d’ailleurs fort surpris de ne pouvoir les arracher. Afin de les calmer, nous leur offrons quelques clous, qu’ils apprécient beaucoup, mais cela ne leur suffit pas. Au bout de quelques minutes, il apparaît qu’ils vont refuser de quitter les bateau s’ils n’ont pas reçu chacun plusieurs objets de métal. Devant notre impatience, ils commencent à se montrer agressifs et pour les forcer à retourner dans leurs pirogues nous tirons un coup de neuf livres au-dessus de leurs têtes. Ceci provoque l’effet désiré : ils sautent tous par dessus bord et nagent vers leurs embarcations, maintenant éloignées d’une centaine de mètres du bateau. Pourtant, il en reste un sur le pont, debout à côté d’un de nos jeunes officiers. Fasciné par le chapeau orné d’un galon doré de ce dernier, il l’arrache et, d’un bond, plonge à l’eau, son trophée à la main. Arrivé à vingt mètres du vaisseau, il brandit le chapeau et le pose sur sa tête. Nullement impressionné par nos cris ni par les mousquets braqués vers lui, puisqu’il ne connaît pas la puissance de nos armes, il rejoint ses compagnons et tous ensemble pagaient à nouveau vers le navire dans le but, semble-t-il, de poursuivre leur petit pillage. Afin d’éviter un conflit, nous mettons alors sous voiles pour nous éloigner du rivage. Quand ils réalisent que nous avançons plus vite qu’ils ne peuvent pagayer, ils abandonnent la poursuite et retournent à terre. » Le Dolphin longe la côte par l’ouest à environ deux milles de distance, à la recherche d’un mouillage sûr. Dans l’après-midi, il est en face de l’isthme de Taravao. On envoie le cotre pour faire sonder la baie de Phaëton. Il est aussitôt

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entouré par de nombreuses pirogues. Il est rappelé à bord, mais il est aussitôt menacé par les pirogues qui tentent de lui barrer la route. Des pierres sont jetées sur les marins anglais. L’un d’entre eux fait feu et blesse un natif à l’épaule. Finalement, grâce à une bonne brise, le cotre parvient à s’échapper et à rejoindre le Dolphin. Continuant son exploration, le navire remonte devant Papeari et Mataiea. Robertson poursuit son récit : « Le paysage que nous découvrons maintenant est d’une très grande beauté : c’est d’abord un lagon sillonné de nombreuses pirogues, puis des plaines magnifiques qui s’étendent sur deux à trois milles de profondeur et où les plantations se succèdent. Les maisons, qui paraissent bien construites, ressemblent à de longues granges soigneusement recouvertes de chaume. Elles sont entourées de cocotiers et de plusieurs sortes d’arbres dont nous ignorons les noms. L’intérieur du pays est très montagneux avec des vallées splendides. Quant aux collines, elles ne sont que beaux pâturages coupés par endroits d’espaces labourés prêts pour quelques semailles. Les prés cèdent ensuite la place aux frondaisons d’immenses forêts qui escaladent les montagnes jusqu’à leur sommet. (...) Ce pays est certainement le plus peuplé que j’ai jamais vu et je ne me souviens pas d’avoir contemplé auparavant autant d’hommes, femmes ou enfants accourant sur les plages au passage de notre navire. (...) Nous sommes maintenant persuadés que ce pays fait partie du continent austral (...) » Le 20 juin, le Dolphin est de retour vers Teahupoo. Il double le Pari et se dirige vers Mahanea, longe la côte nord-est de Tahiti et s’approche de la pointe Vénus. Mais il fait déjà sombre et les Anglais préfèrent passer la nuit au large. Après le dîner, les officiers discutent. Certains sont prêts à affronter l’humeur belliqueuse des insulaires, mais d’autres conseillent la prudence et suggèrent même de quitter ces îles pour éviter tout conflit meurtrier. Finalement, le manque de vivres et d’eau douce, le besoin urgent de soins et de repos pour les malades font pencher la décision vers une tentative de débarquement le lendemain. Premier accrochage, première victime Au matin du 21 juin, le Dolphin est en face d’une large baie où s’écoule une rivière. Les réserves d’eau et de nourriture étant pratiquement épuisées, Wallis dépêche l’officier de manœuvre George Robertson et le maître d’équipage John Gore en mission de ravitaillement à bord de deux chaloupes. Une immense foule de Tahitiens est massée sur la plage pour observer ces étranges visiteurs. Deux cents pirogues de toutes tailles encerclent aussitôt les chaloupes. Robertson estime le nombre total de rameurs à mille cinq cents. Plutôt menaçants, les Tahitiens abordent soudain les chaloupes de tous les côtés à la fois. Robertson fait ouvrir le feu. Un Tahitien est abattu, un autre est blessé.

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Aussitôt convaincus de la supériorité militaire des Européens, les natifs abandonnent toute résistance. En apparence du moins. Des échanges commerciaux fructueux vont bientôt s’établir. On se met à troquer de la nourriture contre divers objets en métal, des clous de préférence. Tout semble rentré dans l’ordre, mais Robertson et Gore restent prudents. Ils constatent que les Tahitiens se regroupent sur la plage et tentent de les y attirer. De jeunes femmes nues lancent des appels sans équivoque. Robertson et Gore ont toutes les peines du monde à empêcher les marins de sauter à l’eau pour les rejoindre. Il est temps de regagner le navire. Le lendemain, les chaloupes retournent vers la plage. Il faut absolument refaire les réserves d’eau. Les femmes sont toujours là, nues et provoquantes. Les Tahitiens refusent toujours de remplir les barriques d’eau. C’est un nouvel échec et les Anglais battent piteusement en retraite. Tragédie dans la baie de Matavai Le 23 juin à l’aube, le vaisseau anglais pénètre dans la grande baie de Matavai, à Arue, une chefferie du nord-est de Tahiti qui s’appelait alors Teporionuu et qui s’étendait jusqu’aux abords de Faa’a. Robertson et Gore sont à nouveaux envoyés en reconnaissance à bord du cotre et de la gabarre. Les deux petites embarcations ne remarquent pas un haut fond sur lequel le Dolphin vient s’écraser. Fort heureusement, il ne reste pas longtemps bloqué car Wallis réussit à le déséchouer. Il était temps ! Des pirogues en grand nombre s’approchaient du navire prisonnier du corail. Vers midi, le Dolphin est à l’ancre dans la baie. L’exploration de Tahiti va pouvoir commencer. Quelques Tahitiens montent à bord pour faire du troc. Tout semble calme, mais les Anglais restent sur leurs gardes. Le lendemain matin... Mais, laissons George Robertson décrire la scène lui-même : « Au soleil levant, quelque trois cents pirogues entourent le navire et les échanges commencent, menés d’ailleurs de façon fort honnête : nos clous et nos babioles contre leurs cochons, volailles et fruits. A huit heures, nous sommes encerclés par plus de cinq cents embarcations montées, selon une estimation très modeste, par plus de quatre mille hommes. Dans la plupart des pirogues, on peut voir une jeune et jolie fille dont les exhibitions comiques et licencieuses ont pour effet d’attirer tout le monde aux platsbords. Bien que les Indiens aient l’air extrêmement joyeux et amical, une certaine méfiance commence à régner parmi les membres de l’équipage, lorsqu’ils s’aperçoivent que chaque pirogue est chargée de pierres. Mais comment penser qu’ils ont de mauvaises intentions à notre égard, quand tous, hommes et femmes, paraissent si gais et heureux de nous voir et de commercer loyalement avec nous. La population entière couvre à présent les plages de la baie, comme si elle attendait un événement dont l’issue serait imminente. Quant aux hommes, ils continuent à agir de façon amicale jusqu’au moment où une grande pirogue double s’avance

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avec plusieurs notables à bord. Pendant quelques instants, elle reste immobile, à bonne distance des autres pirogues quand, soudain, nos hommes qui se trouvent à bâbord remarquent qu’elle vient d’envoyer un signal. En un clin d’œil, tout commerce est interrompu et, quelques secondes plus tard, une grêle de pierres s’abat sur le pont, plusieurs marins sont blessés et contusionnés. Pour la majorité d’entre nous, cette attaque est si subite et inattendue qu’il nous faut quelques minutes pour comprendre la situation et donner l’ordre aux sentinelles de faire feu afin d’effrayer nos assaillants. Cette première volée n’obtient pas l’effet désiré. C’est pourquoi, au milieu d’une grande clameur, ils continuent leurs jets de pierres et dans notre camp le nombre de blessés augmente. Il faut donc se résigner à employer des moyens plus sévères, en l’occurrence les canons et la mitraille. Les premiers coups provoquent une telle terreur chez ces pauvres malheureux qu’il faudrait la plume de Milton pour décrire l’horreur de cette scène. Les hommes sont foudroyés par la mitraille, les pirogues brisées et ceux qui ont la chance de survivre s’accrochent désespérément aux épaves en attendant que leurs amis viennent les chercher et les remorquent à l’écart. Très vite, ils battent en retraite et nous cessons le feu pour essayer de comprendre pourquoi et comment l’attaque a commencé. (...) Nous pensons qu’il est grand temps de les disperser et de leur faire comprendre, une bonne fois pour toutes, le danger mortel qu’ils courent à vouloir attaquer le bateau. Deux canons bourrés de mitraille jusqu’à la gueule sont alors pointés vers la pirogue du roi et de ses amis (...) L’effet de la salve est désastreux : le bateau est coupé en deux et bien peu de ses occupants en réchappent. Toute la flottille s’éparpille alors à grand renfort de pagaies, sauf cinq ou six petites embarcations avec seulement quatre à cinq hommes à bord. Leur détermination à sauver leur roi et leurs chefs est surprenante. » L’île du roi Georges III Les Anglais doivent encore tirer quelques coups de canon avant que les Tahitiens ne se retirent complètement. Pourtant, en dépit d’un bilan très lourd, ceux-ci n’ont pas encore renoncé. Le jour suivant, une délégation s’approche du navire. Un orateur prononce un long discours et ses compagnons lancent des feuilles de bananier sur le pont du Dolphin en signe de paix. Wallis juge alors qu’il est temps de prendre officiellement possession de l’île. À deux heures de l’après-midi, il envoie à terre le second lieutenant, Tobias Furneaux, escorté d’une trentaine d’hommes. Plusieurs centaines de Tahitiens sont massés près de la rivière. Ils observent avec étonnement les Anglais au garde-à-vous, tandis que Furneaux retourne solennellement une pelletée de terre en déclarant Tahiti annexée à la couronne britannique sous le nom d’île du roi Georges III. Puis il se dirige vers la rivière, goûte l’eau qu’il juge parfaite, la mélange avec du rhum et donne un verre à chaque homme. Tous boivent à la santé du roi. Enfin, on dresse un mât avant d’y accrocher un drapeau anglais.

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Au matin du 25 juin, un détachement retourne à terre sous le commandement de Furneaux pour refaire les réserves d’eau. Il constate que le mât et le drapeau ont été emportés. Au même moment, Wallis qui se remet lentement de son attaque de scorbut, fait les cent pas sur le pont du Dolphin, scrutant les alentours avec sa longuevue, lorsqu’il repère une foule de natifs descendant des collines derrière un chef qui agite le drapeau anglais. Des pirogues sont rassemblées près de la plage. Faisant un tour d’horizon, le capitaine anglais réalise que, de toutes parts, des milliers d’hommes avancent dans sa direction. Pensant aussitôt à une nouvelle attaque, il fait prévenir Furneaux, tandis que, confirmant ses craintes, une seconde flottille de pirogues apparaît derrière la pointe Vénus. Pour Wallis, il n’est pas question de céder. Trop d’hommes sont encore malades, il est impératif de rester à Tahiti jusqu’à ce qu’ils aient tous recouvré la santé. Il est donc fermement décidé à défendre son mouillage si favorable et son accès à l’eau douce. Sans hésiter, il fait canonner les pirogues soudain bloquées dans leur élan par de spectaculaires gerbes d’eau jaillissant devant elles. Dans un bruit de tonnerre, les boulets creusent des cratères tout près des guerriers assemblés sur la pointe Vénus. Ils s’écrasent même à côté des familles installées sur la colline du Tahara’a qui, à une telle distance, pensaient pouvoir assister à la bataille en toute sécurité. La canonnade dure trois longues heures. Pendant ce temps, Wallis ordonne à ses hommes de détruire la cinquantaine de pirogues abandonnées sur la plage par les Tahitiens en débandade. Ceux-ci comprennent enfin leur impuissance en face de telles armes et, renonçant définitivement à la violence contre les Anglais, ils vont tout faire au contraire pour se concilier leurs grâces. Une délégation apparaît sur la plage, porteuse d’offrandes de nourriture et proposant même un groupe de jeunes femmes. Mais la présence de natifs à bord du navire est formellement interdite pour des raisons de sécurité et les filles s’éloignent, au grand dam des marins et des soldats. Tous ces événements ont épuisé Wallis qui confie le commandement de l’expédition à Furneaux. Celui-ci décide d’établir une infirmerie de toile sur la plage, près de l’embouchure de la Tuauru pour y faire soigner les malades. Un commerce s’établit avec les Tahitiens d’un bord à l’autre de la rivière. On échange des animaux, des fruits, des légumes, mais très vite, les femmes deviennent la denrée la plus recherchée sur ce marché improvisé. Les natifs l’ont compris et proposent leurs femmes, leurs filles ou leurs sœurs. En échange, ils veulent des clous, mais, les marins n’en possèdent pas. Ils se les procurent en les volant dans les réserves du Dolphin et, quand celles-ci sont sévèrement gardées pour mettre fin au pillage, ils arrachent secrètement les clous du bateau. Début juillet, les malades sont presque tous sur pieds, en pleine forme, à l’exception de Wallis qui, outre le scorbut, est victime d’un début de tuberculose. Il

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est pris en charge le 13 juillet par Purea, une arii (cheffesse) respectée que Wallis appelle « la reine ». Elle est l’épouse d’Amo, grand chef de Papara et de Teva i Uta. Elle est aussi la sœur de Tepau, le chef de Faa’a. Elle l’invite, avec Clarke son premier lieutenant encore malade lui-aussi, dans le fare manihini (maison des visiteurs) de son village, une imposante construction d’environ cent mètres de long sur quinze de large. Ils y sont massés par des jeunes filles selon les méthodes traditionnelles tahitiennes. Les deux officiers y retournent à plusieurs reprises pour y être traités de la même façon. Des larmes de reine Deux semaines plus tard, les malades guéris, les réserves reconstituées et les réparations effectuées, Wallis estime qu’il est temps de poursuivre son voyage. Les Tahitiens s’en montrent affectés, notamment Purea qui tente de le convaincre de rester encore quelque temps. Dans son journal de bord en date du 27 juillet, le capitaine anglais écrit : « La reine fait mettre à l’eau une grande pirogue double et s’approche du bateau suivie par quatorze à seize embarcations du même style. Elle pleure déjà beaucoup en montant sur le pont et reste avec nous à peu près une heure. C’est alors que, profitant d’une brise, je fais lever l’ancre et installer les voiles. Nous la ramenons dans sa pirogue avec ses suivantes. Elles semblent toutes désolées de nous voir quitter leur pays et nous embrassent de la plus affectueuse des manières. Puis le vent se calme et je suis obligé d’envoyer les chaloupes tirer. Les pirogues reviennent vers le navire et celle de la reine file le long des sabords de la Sainte-Barbe. Elle grimpe sur le pont et s’installe sur notre avant toujours en pleurant. Pour la consoler, nous lui donnons encore de nombreux objets utiles et elle les accepte volontiers, bien qu’ils soient de peu d’importance à côté de son immense peine. À dix heures, une fraîche brise se lève. Le navire est alors au-delà du récif et la mer agitée embarque par l’arrière. La reine nous serre tous la main, puis s’éloigne dans sa pirogue accompagnée par toutes les autres. » Cap à l’ouest, le Dolphin s’approche de Moorea, mais Wallis juge inutile d’y faire escale. C’est ensuite à nouveau l’immensité océane pendant trois semaines, jusqu’à la découverte de l’île baptisée Wallis pour lui rendre hommage. Finalement, Samuel Wallis n’eût pas la curiosité ni le courage d’explorer les régions les plus australes du globe comme sa mission le prévoyait. Le Dolphin rejoignit l’Angleterre le 20 mai 1768, moins de deux après son départ, battant le record établi par Byron, ce qui était peut-être après tout la seule ambition de Wallis. Quant au pauvre Swallow, lâchement abandonné dans le Pacifique en avril 1767, il continua tout de même sa route autour du monde. Malgré des difficultés extrêmes et un équipage décimé par le scorbut, son capitaine, Philip Carteret, décida de poursuivre sa mission de recherche de la terre australe naviguant au sud de Tahiti

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jusqu’à la fin juillet 1767, mais il ne découvrit que quelques îlots (Pitcairn, Tematangi, Nukutepipi, Anuanurunga). Il parvint à regagner l’Angleterre un an après le Dolphin. Patrick Schlouch Punaauia, le 15 août 2011

Samuel Wallis

Tobias Furneaux

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Philip Carteret

Le Dolphin environné de pirogues hostiles se dégage à coups de canon (25 juin 1767)

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Trente ans d’écriture Volume 4 - 2005-2015 Mahana - Les Editions du Soleil © 2016 tahiti.ecriture@gmail.com


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