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Nostalgie - Décembre 2020

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Nostalgie Plaisirs des années 2000 ‒ Top 15 dessins animés Élections des États-Unis ‒ Le journalisme La jeunesse est surestimée ‒Archivistes L'ABC du Emo ‒ Felicitas Vitae Brevitas Bryan Perro‒ Corriger le passé Nuances de l'enfance ‒ Poésie

Décembre 2020 — Volume 04 No. 3


Nous sommes Rédactrice en chef Léonie Faucher redaction@impactcampus.ca

Cheffe de pupitre actualités Noémie Rondeau actualites@impactcampus.ca

Cheffe de pupitre arts Emmy Lapointe arts@impactcampus.ca

Couverture par Paula Casillas - Photo d'archive de l'album photo de ma grand-mère Abi

Chef de pupitre société Andréi Audet societe@impactcampus.ca

Journaliste multimédia Jessica Dufour multimedias1@impactcampus.ca

Journaliste multimédia Gabriel Tremblay multimedias1@impactcampus.ca

Directrice de production Paula Casillas production@impactcampus.ca

Directeur général Aubert Caron-Guillemette dg@comeul.ca Représentants publicitaires Fabrice Coulombe publicite@chyz.ca Journalistes collaborateurs Mélissa Gaudreault, Jimmy Lajoie-Boucher, Myriam Côté, Laurence Bertrand, William Pépin, Shana Paquette, Véronique Michaud Conseil d’administration Mathieu Montégiani (Président), Carl Lavoie (Secrétaire), Perpétue Mahuclo Adité, Daniel Fradette, Lauren Banham, Bruno Lemaire Corbeil, Ludovic Dufour Impression Publications Lysar inc. Tirage : 4 000 exemplaires Dépôt légal : BAnQ et BNC. Impact Campus ne se tient pas responsable de la page CADEUL et de la page ÆLIÉS dont le contenu relève entièrement de la CADEUL et de l’ÆLIÉS. La publicité contenue dans Impact Campus est régie par le code d’éthique publicitaire du journal, qui est disponible pour consultation au : impactcampus.qc.ca/code-dethiquepublicitaire Impact Campus est publié par une corporation sans but lucratif constituée sous la dénomination sociale Corporation des Médias Étudiants de l’Université Laval. 1244, pavillon Maurice-Pollack, Université Laval, Québec, G1V 0A6 Téléphone : 418 656-5079 ISSN : 0820-5116

L’art engagé pour éveiller, réveiller et transformer. 4 épisodes à voir sur lafabriqueculturelle.tv


Dossier Il y a certainement quelqu'un qui m'a tuéi Plaisirs semi-coupables des années 2000

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Société L'ABC du EMO Nostalgie: Un sentiment aux bienfaits inconnus Le journalisme à l'ère du numérique : des défits et des outils pour informer

Top 15 des dessins animés Chronique: La jeunesse est surestimée

Somm aire Arts et culture Pourquoi se soucier d'une éléction qui n'est pas la nôtre NOSTALGIE_Felicitas vitae brevitas Bryan Perro Corriger le passé Nuances de l'enfance Ces paysages enneigés qu'on garde sur la table

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Créations littéraires Mary Ann Bevan Bourdon Odéon No name Embrouillé

Photoreportage Archivistes: évaluateurs.trices de l'histoire


Éditorial

Éditorial

Lâcher prise sur le passé, avancer précairement La nostalgie est une thématique ambitieuse puisqu’elle représente beaucoup, en plus d’être subjective. La plupart y verront un doux souvenir, d’autres, un espoir ferme, alors que certains parleront d'une mélancolie amère. Bref, la frontière entre la « bonne » nostalgie et la « mauvaise » est indéfinissable.

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Quelle est la place du passé dans notre présent? Lorsque l’on pense à notre parcours scolaire, les cours sur l’Histoire avec un grand H ont parsemé nos différents diplômes. Savoir ce qui s’est passé avant permet de ne pas le répéter. Je ne me souviens pas, cependant, que mes professeurs m'aient parlé de mon avenir, de comment ne pas répéter cette fameuse histoire. Et si, justement, il fallait arrêter de la regarder? La devise du Québec est « Je me souviens », mais de quoi nous souvenons-nous au juste? De nos souvenirs. Lorsque notre présent devient peu attrayant ou que nous doutons de notre présent, notre mémoire nous rappelle des époques durant lesquelles nous nous sentions bien. Pourtant, ces moments du passé sont glorifiés, car la mémoire est subjective. Elle préserve le bon et a tendance à expulser le négatif de l'équation.

Dernièrement avec la thématique de la nostalgie, je me suis souvenue de ma période du secondaire. Déjà cinq années m’en séparent. Je souriais, quelle belle période! J’adorais l’école, j’avais des bonnes notes et j’avais mon groupe d’amies qui aujourd’hui sont séparées de moi. Pourtant, en creusant dans des écrits de cette époque, je relis que je pleurais beaucoup en revenant de l’école. Je me faisais intimider, j’étais stressée de décevoir ma mère, je marchais dans les couloirs en angoissant à l’idée de tomber sur El Intimidator et sa gang que je comparais à une bande de chats de gouttière. Ça m’a replongée dans ces émotions. Je constatais que j’avais beaucoup évolué depuis mon secondaire cinq. Je constatais que j’étais heureuse d’avoir accepté de passer à autre chose. D’avoir accepté de laisser le passé là où il devait être : dans mes vieux journaux d'adolescence. Si j’avais ressassé encore et encore mes erreurs de jeunesse, je serais encore en train de les faire, parce que ça aurait bloqué mon évolution personnelle. Accepter mon passé m’a permis de me transformer et de ne pas répéter mon histoire dans mon présent…

Ensuite, à la page 56, Jimmy Lajoie-Boucher propose, hors thème, une analyse sur l'importance de comprendre les élections américaines qui influencent les relations internationales.

Gabriel Tremblay, pour sa part, nous dévoile une partie de son adolescence : le mouvement Emo. Dans un reportage, il présente l’envers du décor (page 24).

Par la suite, Jessica Dufour présente une liste de succès musicaux des années 2000. Green Day, Evanescence ou Lorie, la page 18 est empreinte de nostalgie musicale. Jessica traite aussi dans une chronique de la jeunesse surestimée. Elle exprime comment son passage à l’âge adulte a marqué sa vision de la jeunesse, à la page 38.

Photo par Paula Casillas

« Il vaut mieux garder la nostalgie d’un paradis en le quittant que le transformer en enfer en y restant. » - Jacques Ferron.

Dans la même lignée, j’ai dressé une liste de quinze dessins animés qui ont marqué mon enfance à la page 20. Les airs des génériques résonnent encore.

La Nostalgie de mes collègues Le dossier de ce mois-ci s’ouvre sur un témoignage d’Emmy Lapointe qui raconte sa relation avec la nostalgie, mais aussi avec son synonyme de la mélancolie (page 12).

Par Léonie Faucher, rédactrice en chef

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Avant la nostalgie, l'actualité Le magazine s'ouvre avec le résumé de l'actualité du mois de novembre composé par Noémie Rondeau, à la page 10.

Dans la rubrique santé mentale, Andréi Audet présente le côté psychologique de la nostalgie. Est-ce que la nostalgie a un effet positif sur la santé mentale? C’est à la page 30. Les métiers qui tracent l’histoire À la page 32, Mélissa Gaudreault présente l’évolution du métier de journaliste en collaboration avec les nouvelles technologies. En compagnie de deux professeurs de l’Université Laval, les transformations journalistes sont abordées.

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Éditorial

J’aborde moi-même un photoreportage complet sur le métier d’archiviste. Accueillie par la BAnQ Québec située sur le campus de l’Université Laval, je me suis entretenue avec plusieurs archivistes, véritable science historique (page 40). Aussi, je présente une entrevue avec Bryan Perro. La nostalgie semble jouer un rôle dans la création littéraire. Un puits d’inspiration présenté par le biais de la sortie littéraire d’Eul’Blond, roman autobiographique de l’auteur (page 60). Nostalgique artistique Jessica Dufour propose deux comptes-rendus. Premièrement, elle déterre les écrits d’An Antane Kapesh pour actualiser leur lecture, à la page 70. Deuxièmement, le recueil d’Alex Thibodeau, Infantia, expose un univers graphique intéressant, à la page 74. Le thème de la nostalgie a inspiré plusieurs plumes, ce qui

Éditorial

nous donne une dizaine de pages de créations. À la page 76, Myriam Côté offre une prose hivernale. À la page 78, une création visuelle de Véronique Michaud appelle à la nostalgie avec un cahier à colorier. À la page 81, William Pépin retrace les souvenirs de son personnage Jonathan, qui ressasse son passé. À la page 80, Laurence Bertrand présente une poésie historique sur Mary Ann Bevan. À la page 82, Shana Paquette publie une poésie sans nom remplie de mélancolie. À la page 83, Gabriel Tremblay propose une poésie au caractère emo sur une rupture amoureuse.

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Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Photos par Paula Casillas

Décembre 2020 — Volume 04 No.3


Actualités

Actualités

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RÉSUMÉ DU MOIS Novembre 2020 Par Noémie Rondeau, cheffe de pupitre actualités

Valence remporte les Francouvertes 2020 Valence s’est ajouté à la liste des gagnant.es des Francouvertes, à la suite notamment de Loco Locass, des Sœurs Boulay et des Hay Babies, se voyant offrir une bourse de 10 000$ ainsi qu’une foule d’autres prix susceptibles de propulser sa carrière. Vincent Dufour est originaire de Québec.

l’événement a accueilli des enseignant.es, des diplômé.es et des entrepreneur.es. Des activités en ligne ont eu lieu dans le but d’informer et de stimuler la créativité des entrepreneur. es en lien avec les difficultés apportées par la pandémie. Fédérique Beauchamp : dribbler avec l’excellence Frédérique Beauchamp, joueuse prolifique du Rouge et Or basketball et étudiante en médecine, a dernièrement accroché ses chaussures, ficelant un parcours sportif parsemé de louanges. Elle a pris cette décision suite aux difficultés rencontrées à concilier ses stages en milieu hospitalier et ses pratiques de basketball avec son équipe. Elle souligne qu’avec la pandémie elle se mettait elle-même à risque, mais également ses patients, ses collègues et ses coéquipières. Également, elle se dit être fière d’avoir su concilier les études et le sport tout au long de sa carrière et surtout d’avoir atteint son objectif de jouer universitaire. Semaine mondiale de l’entrepreneuriat Sous le thème « Réinventer le succès », la Semaine mondiale de l’entrepreneuriat (SEM) s’est déroulée du 16 au 20 novembre dernier. Présentée par La Centrale / Espace entrepreneurial en partenariat avec des acteurs du milieu,

Création de la Chaire de recherche sur l’arbre urbain et son milieu L’Université Laval a lancé la Chaire de recherche sur l’arbre urbain et son milieu afin de comprendre les effets de la construction d’infrastructures sur les arbres avoisinants. La Ville de Québec, partenaire financier, donne 2 millions de dollars à l’équipe de la Chaire pour leur permettre de proposer de nouvelles connaissances et façons de faire pour préserver l’arbre urbain. L’écoféminisme relance la CAQ Une trentaine de femmes se sont réunies devant l’édifice du Conseil du trésor le 12 novembre dernier. Elles ont demandé au gouvernement d’inclure les femmes du Québec dans sa relance économique. En effet, le Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale (RGF-CN) se désole que la relance économique proposée par le

gouvernement se contente de s’inscrire dans une tradition conservatrice. COVID-19 : le gouvernement présente son plan de match pour les Fêtes Le premier ministre du Québec, François Legault, a annoncé, le 19 novembre dernier, que si la situation épidémiologique actuelle demeure stable d’ici la mi-décembre, les rassemblements privés seront permis pour la période des fêtes entre le 24 et le 27 décembre inclusivement. L’objectif est de permettre aux Québécois.es de se rassembler en famille en assouplissant les règles, mais en prenant soin de ne pas relancer la transmission et la contagion du virus.

« La famille, c’est à la base de notre nation. Si on veut avoir des forces pour se rendre jusqu’à la fin de cette pandémie, on a besoin de l’énergie de nos familles. Les Fêtes de Noël sont un moment précieux. » – François Legault, premier ministre du Québec

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Communauté ébranlée suite au drame dans le Vieux-Québec En soutien à la population de la région de la CapitaleNationale, l’Université Laval a mis ses drapeaux en berne au lendemain de l’attaque survenue dans le Vieux-Québec le soir de l’Halloween. L’UL soutient qu’elle est de tout cœur avec les citoyens dans ce difficile deuil de membres de la communauté. L’équipe d’Impact Campus souhaite offrir ses plus sincères condoléances à la famille et aux proches des deux personnes ayant perdu la vie et bon courage aux survivants.

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Dossier

Dossier

Avant-propos ou pourquoi le fragment J’aime penser que j’ai choisi le fragment comme ça, entre toutes les formes littéraires, simplement parce que je le voulais, mais en vérité, je n’ai rien choisi du tout. Il n’y avait pas « d’autres », il était le seul volontaire, le seul à ne pas avoir eu la chienne quand j’ai commencé à parler de réel, et que je cherchais une chose capable de le revêtir.

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À défaut de savoir quoi dire précisément, il me fallait au moins trouver une façon de dire ce que je n’avais pas trouvé. Une forme toujours en train de se faire, une forme qui puisse épouser l’informe.

On m’a retirée de sa gorge, j’ai tout fait pour m’y enfoncer à nouveau, mais même elle ne voulait plus de moi. Alors, je suis restée sur le bord de sa bouche, immobile, pour ne pas qu’elle me remarque. J’ai attendu qu’elle expire pour la sentir encore un peu, mais elle ne l’a fait qu’à moitié. Elle est devenue grise, dure, froide, quelqu’un l’a fait exploser. J’ai attrapé ce que j’ai pu d’elle et j’ai caché mes yeux avec ce qu’il me restait de mains. Quelqu’un a eu peur et lui a tiré dessus, ou c’est moi qu’on visait, ou bien nous, mais dans tous les cas, elle n’arrête pas d’être morte. Je parle d’elle, je la montre à qui le veut bien, mais ça ne change rien, elle ne bouge plus. Je m’allonge près d’elle, je ne bouge plus.

Je les collectionne, je les dépose doucement, des morceaux de porcelaine. Impossible de les rassembler, mais j’essaie quand même, encore et encore, je n’arrête pas d’essayer. Mes doigts se coupent, et je n’ai toujours pas de forme fixe, rien de tangible, tout est encore à faire. Et si tout est encore à faire, c’est que rien n’a été fait, et peut-être que rien ne le sera jamais, mais le fragment essaie, moi aussi, parce qu’il nous faut combler ces manques, tenter de dire ce que la photo et les recoins d’adolescence taisent. Il nous faut le faire au plus vite avant que tout ça ne se gondole.

Et je suis éparpillée sur le trottoir, je suis à faire, des morceaux de corps et de tête partout où on traîne les pieds. Vous êtes des miroirs brisés, kaléidoscopes. Chaque fois qu’on nous tourne, il est trop tard, les images succombent, une à une. Et l’adolescence meurt aussi, comme on meurt en novembre, pas par hasard, plutôt parce que ça va de soi, que c’est dans l’ordre des choses, mais l’ordre des choses est violent; il ne nous laisse jamais le temps. J’aurais voulu comprendre un peu plus tard, qu’on me tire à temps du cadre pour ne pas y crever.

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Peter Pan

Il y a certainement quelqu’un qui m’a tuée Il faut qu’elle reste pour veiller sur cette nuit comme je veille cette nuit sur elle, pour monter la garde devant notre enfance.

-Albert Cohen J’ai eu vingt ans comme on a cent ans, avec l’indestructible sensation que ce qui sera n’atteindra jamais ce qui a été, à la seule différence qu’à cent ans, il est temps de mourir. À vingt ans, on ne peut jamais le faire sans qu’il soit trop tôt.

Par Emmy Lapointe, cheffe de pupitre arts

Photo par Arts Bygl

Photos par Emmy Lapointe

Deux ans plus tard, je ne m’avoue toujours pas que je ne suis plus adolescente. Je l’aurais été toute ma vie même si c’est évident que j’ai eu mal, parce qu’avoir mal, c’est ce qu’on fait de mieux quand on a quinze ans, mais ce n’est jamais long et ça s’oublie toujours un peu entre deux bières cheap sur les plaines d’Abraham.

Novembre 2020 — Volume 04 No.2

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

-Réjean Ducharme

J’ai été un enfant, je ne le suis plus, et je n’en reviens pas.


Dossier

Dossier

Tereza et Sabina La suite est prévisible, mais quand on la vit pour la première fois, on ne s’en rend pas compte. À l’été qui a suivi, je suis entrée dans mon premier bar, Le Temps Partiel. J’ai lu Kundera, ça m’a fait mal. J’ai lu Les Vagues, ça m’a fait encore plus mal. J’ai découvert les vinyles, Françoise Hardy, la peur de marcher seule la nuit et le gin tonic. J’ai compris que mes parents m’aimaient plus que je les aimais, que la plupart des garçons de mon âge embrassaient mal et qu’on ne pouvait pas avoir seize ans sans avoir envie de se tuer une fois de temps en temps.

Sabina

Au travers de son regard flou et embué de larmes qui ne nous voit et ne se voit pas, elle savoure l’amère douceur d’être abandonnée de tant d’absents.

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-Julia Kristeva

La photo est en noir et blanc, elle a été prise comme ça, sans filtre, mais je crois que même en couleurs, j’aurais pleuré autant, parce que tout ou presque me ramène à la mort de notre enfance. Nous sommes cinq sur la photo, cinq solitudes qui se tiennent ensemble, parce que c’est connu, vaut mieux être seuls que pas accompagnés.

Photo Pixabay

Ça n’a pas duré longtemps, je suis revenue à mon corps, on a descendu l’escalier Sainte-Claire. Florent et Juliette ont pris le 800, Jade, Zia et Florence le 801, moi, j’ai marché. J’ai oublié la photo, le départ de Jade, j’ai écouté du Arcade Fire, parce que j’étais clichée. Ce soir-là, je me suis probablement obstinée un peu avec mon père, j’ai étudié ma stœchiométrie et mis en photo de profil la photo que Jade nous avait envoyée sur la conversation de groupe. Je l’ai regardée vite, elle n’était pas mal. C’était certain, avoir 16 ans, c’était moins pire avec eux. The month of May, it’s a violent thing/ In the city, their hearts start to sing/ Well, some people sing, it sounds like they’re screaming […] I said, some things are pure, and some things are right/ But the kids are still standing with their arms folded tight/ So young, so young/ So much pain for someone so young/ Well, I know it’s heavy, i know it ain’t light/ But how you gonna lift it with your arms folded tight ?

Trois ans plus tard. J’ai une notification sur mon cellulaire. Facebook est nostalgique, il a un souvenir à me montrer. C’est la photo de l’escalier Sainte-Claire. Je l’ouvre sur mon ordinateur pour mieux la voir, je la regarde pour la première fois, et je pleure comme rarement. J’aurai vingt ans dans moins d’un mois, et personne ne m’a prévenue que c’était déjà terminé.

Tout le monde regarde l’objectif, pas moi, je ne voulais pas figurer dessus au départ, je n’allais pas en plus y laisser mes yeux. Je n’ai même pas fait l’effort de sourire, personne non plus, ou peut-être à demi. Et c’est un peu ça au final, cette photo-là, la demie, l’entre-deux. Quelque part entre la Haute-Ville et la Basse-Ville, entre l’envie d’essayer de faire quelque chose de notre incomplétude et la peur d’avoir toujours soif.

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

C’était à la fin mai 2013. La saison des gémeaux était commencée; Florent venait d’avoir 16 ans, Zia allait suivre, puis moi. Jade nous avait annoncé la veille qu’elle partait terminer son secondaire à Montréal. C’est pour ça que cette journée-là, après l’école, on a dû arrêter notre marche de retour pour qu’elle prenne des photos. Je n’en avais pas envie, les autres non plus. On a posé sans trop le vouloir. J’ai eu l’impression de nous regarder, à l’écart, comme un spectacle pour lequel je n’avais pas acheté de billet.

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Dossier

Jade Avant ce soir de mai 2017, l’absence de Jade ne m’était jamais apparue. Je ne sais pas qui l’a fait disparaître, si c’est elle, nous, les deux peut-être, mais dans tous les cas, on ne se souvient jamais d’elle. C’est violent et ce qui l’est encore plus, c’est que la photo matérialise son absence annoncée, déjà effective même et tout le monde peut la voir sans la constater. L’image exclue, elle ne laisse aucun doute. Celle-ci encore plus, puisque condamnée à l’amateurisme, personne ne retiendra qui l’aura prise, on ne retiendra que nous qui ne voulions pas y figurer. Jade aura mis au monde l’image qui la fit sortir de nos vies. Elle est partie comme elle est arrivée : sans qu’on s’en rende compte.

L’autre photo

Elle aurait voulu plus, elle me l’a dit un soir d’été quand on s’est croisées, par hasard, un peu ivres sur la rue Saint-Jean. Elle s’en est voulu d’être partie, elle nous en a voulu de ne pas l’avoir retenue. Je lui ai dit que je comprenais, et c’était vrai, je n’aurais pas aimé qu’on m’oublie. Je lui ai aussi dit que je m’excusais de l’avoir fait. Elle s’est excusée à son tour et je lui ai demandé pourquoi. Elle m’a répondu qu’elle nous aurait gardés pour elle seule. Elle voulait nous capturer, nous posséder, à défaut de pouvoir nous intégrer. Elle aurait voulu que son départ nous sépare, nous atomise. Je lui ai dit, sans qu’elle pose la question, que ça n’avait pas fonctionné. Je lui ai demandé si c’était elle qui avait eu peur et qui nous avait tiré dessus.

-Pierre Lapointe Il y a quelques semaines, j’ai écrit à Jade pour savoir si elle avait la photo originale, celle moins pixelisée. Elle me l’a envoyée, puis une seconde que j’ai ouverte. Une photo presque pareille à la première, probablement prise quelques secondes avant ou après. J’ai figé, je ne comprenais pas trop pourquoi elle existait; pour moi, il n’y en avait toujours eu qu’une.

plus l’originale, parce qu’elle n’était plus seule. Et si elle n’était plus seule, si elle ne l’avait jamais été, ça voulait dire que la photo que j’avais eue entre les mains, pendant toutes ces années, n’était seulement qu’un exemplaire de nous. Je ne voulais pas ça, je voulais qu’elle soit beaucoup plus, je voulais qu’elle soit plus que le fruit du hasard, de l’interchangeable, parce qu’il me semble que mon adolescence avait été tellement plus que ça, non ?

statues. Des cariatides qui ne font que ça, se tenir ensemble pour ne pas que tout tombe. Et personne ne bougeait, même si toutes nos têtes étaient lourdes, personne ne s’enfuyait. Rien ne tombera, rien ne tombera que l’on se chuchotait pour ne pas grandir.

Mulan J’ai laissé quelques jours passer, et je suis revenue aux deux images. Elles étaient un peu plus douces, pas moins fortes pour autant. Plus je les regardais, plus ça allait. Même si ça ne me suffisait pas, je composais avec l’idée qu’elles soient à la fois seules et plusieurs. Au fond, il n’y avait pas grand-chose qui les différenciait : quelques positions décalées, le contraste, le cadrage peut-être, mais il restait encore nos vêtements, nos envies de ne pas être là, la ville coupée en deux et nos corps

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J’avais réussi, après tout ce temps, à reléguer la version que je connaissais au rang de souvenir. Je m’étais faite à la nostalgie, à ce manque-là, et là, la deuxième photo me forçait à continuer un deuil que j’avais volontairement laissé de côté. Elle voulait que j’arrête mes enfantillages, que j’ouvre les yeux et que je me voie morte sur cette photo-là, oui, mais que je me voie morte aujourd’hui aussi. Elle était mon memento mori, le symbole de tout ce qu’on aurait pu faire et de tout ce qu’on n’a pas fait. Tout aussi douloureux de penser que la deuxième venait briser l’originale, précisément pour ça, parce qu’elle n’était

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Florent On pourrait me dire que ce fragment-là n’est pas très utile, puisqu’il ne fait rien d’autre que de s’opposer à l’autre, mais pourtant, sans lui, tous les autres n’auraient pas de sens. Parler de l’adolescence sans avoir parlé des yeux vitraux qui nous ont marqués le plus reviendrait à ne rien dire du tout. Mais je n’arrive jamais à parler de lui comme je le voudrais, « on échoue toujours à parler de ce qu’on aime ».

On met du noir, du bleu, pour barbouiller nos yeux | Pour faire croire, même si c'est faux, qu'aujourd'hui on va mieux | On boit, on mange entre copains pour parler de nos habitudes | Celles d'hier, celles de demain, pour comparer nos solitudes | On se fout dans le nez ce qu'il nous reste à vivre | Hurlant à tout vent comme on est heureux quand on est ivres | Essayant d'étouffer tout ce qui vient nous rappeler | Qu'on est déjà à l'âge d'or du rebelle attardé | Mais quand les doutes arrivent, que la honte récidive | Nos joies répétitives savent nous rassurer

Photos par Emmy Lapointe

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Dossier


Dossier

Dossier

Plaisirs semi-coupables des années 2000 Impossible de parler de nostalgie sans parler de musique. Qu’elles soient excellentes, démodées, obscures ou quétaines, ces chansons ont marqué notre adolescence, ont accompagné nos épreuves comme nos meilleurs moments ou nous ont simplement cassé les oreilles. C’est donc avec un peu trop d’enthousiasme que j’ai recensé une cinquantaine des nombreux succès du début des années 2000.

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Get Back, Ludacris

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Since You Been Gone, Kelly Clarkson

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Satisfaction, Benny Benassi

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Gossip Folks, Missy Elliott

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Bootylicious, Destiny's Child

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Livin’ la vida loca, Ricky Martin

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Libérez-nous des libéraux, Loco Locass

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American Idiot, Green Day

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Oops!... I Did It Again, Britney Spears

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Dégénérations, Mes Aïeux

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Me gustas tu, Manu Chao

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Skater Boy, Avril Lavigne

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Lady Marmelade, Christina Aguilera, Mya, P!nk, Lil, Kim

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Et Cetera, Gabrielle Destroismaisons

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Un été chez nous, Taktika

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I Just Wanna Live, Good Charlotte

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Balade à Toronto, Jean Leloup

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Toxicity, System of a Down

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Everytime We Touch, Cascada

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Parce qu’on vient de loin, Corneille

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Whippet, Exterio

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In the End, Linkin Park

Par Jessica Dufour, journaliste multimédia

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Lose Yourself, Eminem

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Hey Ya, Outkast

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Rollin', Limp Bizkit

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Hollaback Girl, Gwen Stefani

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Kryptonite, Three Doors Down

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Fallen Leaves, Billy Talent

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Confessions nocturnes, Diam's

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Plus rien, Cowboys fringants

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Drop It Like It’s Hot, Snoop Dogg

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Jenny From the Block, Jennifer Lopez

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Get Low, Lil Jon & The East Side Boyz ft. Ying Yang Twins

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Let’s Get It Started, The Black Eyed Peas

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Underneath It All, No Doubt

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Rêver mieux, Daniel Bélanger

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Crazy Frog, Axel F

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Now You’re Gone, Basshunter

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Like a Bird, Nelly Furtado

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Only Time, Enya

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In Da Club, 50 cent

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Yeah, Usher

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Down With The Sickness, Disturbed

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Original Prankster, The Offspring ft. Redman

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Bring Me To Life, Evanescence

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Tu m’manques, La Chicane Hawaïenne, Les Trois accords Whenever, Wherever, Shakira Last Resort, Papa Roach

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Get Busy, Sean Paul

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Photos Pixabay


Dossier

Dossier

Top 15 des dessins animés de mon enfance Née en 1998, je me situe à la frontière de la génération Y et des milléniaux. Étant la plus jeune d’une grande famille, mes grands frères et sœurs m’ont initiée à Manau, aux Tortues Ninja et aux pogs. Au niveau de mon enfance, ça donne un mélange plus ou moins compatible entre la culture des années 90 et celle des années 2000. Parce qu’en grandissant, j’ai profité de la culture, et des tamagotchis, et des premiers iPod tactiles. Par Léonie Faucher, rédactrice en chef

Résumé : Esteban, un jeune orphelin âgé d’une douzaine d’années, vit dans un monastère de la ville. Il est populaire auprès des habitant.es, car il semble être capable d’influencer l’apparition du Soleil ; mais il est aussi sujet à une forte acrophobie (phobie des lieux élevés). 2. Il était une fois... la vie (1987) Série à visée pédagogique, Il était une fois… la vie présente le fonctionnement du corps humain de manière ludique, presque documentaire du cycle de la vie et de l’éducation à

3. Petit pied le Dinosaure (1988) De loin, mes longs-métrages jeunesses préférés. Fascinée par les dinosaures, j’adorais retrouver Petit Pied le dinosaure qui se mettait les pattes dans les plats avec ses ami.es. Produit par Steven Spielberg, ces longs métrages ont dorloté mon enfance.

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Résumé : Le héros de la série est un jeune Apatosaurus (espèce identifiée dans ces films comme un « long-cou »), PetitPied, dont les ami.es sont Céra (une tricératops : « troiscornes »), Pointu (un stégosaure : « queue-à-pointe »), Becky (une saurolophus : « nageuse ») et Pétri (un ptéranodon : « volant »). Ensemble, ils fuient un tyrannosaure qui les poursuit sans relâche et qu’ils nomment « Dents Tranchantes ». 4. Les Simpsons (1989) Ai-je besoin de décrire Les Simpsons ? Grand classique créé par Matt Groening, la famille américaine compte près de septcents épisodes. Poids lourds dans le monde des séries, Les Simpsons attirent la curiosité, car certains scénarios semblent prédire l’avenir. Par exemple, dans un épisode de 1995, les téléphones du futur sont capables de passer des appels vidéos. Alors qu’en 2010, FaceTime a été créé. Plus tard, d’autres séries suivant les aventures de familles américaines sont sorties. Par exemple, Family Guy en 1999 et American Dad en 2005.

Novembre Décembre 2020 — Volume 04 No.2 No.3

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

1980 1. Les mystérieuses Cités d’or (1983) Mes grands rêves de voyageuse ont commencé avec cette série que mes grand.es frères et sœurs écoutaient. Adaptation libre du roman La Route de l’or de Scott O’Dell, la série est une fiction historique qui met en scène la découverte et l’exploration de l’Amérique.

la santé. Les enfants et les adultes suivent des personnages représentant les globules blancs (soldats), les globules rouges, etc. À noter qu’il y a aussi la série Il était une fois... l’Homme qui retrace l’histoire et l’évolution de l’Homme de la préhistoire à l’homme moderne.

Photos Pixabay

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Préludes Avant de commencer le fameux top, je ne pouvais pas passer à côté des classiques qui étonnamment datent de l’enfance de mes grands-parents. Pourtant, ils ont accompagné mes retours de l’école. Voici quelques préludes des émissions animées pour la jeunesse : - Scooby-Doo (1969) : Les graphiques se sont améliorés, mais Scooby-Doo et Shaggy sont nés dans la même décennie que ma mère. - Titi et Grosminet (1942) : Avec les années, plusieurs autres personnages se sont greffés à l’émission. Aujourd’hui, ce sont les Looneys Tunes qui présentent Titi et Grosminet comme personnages secondaires. - Tom et Jerry (1940) : Le fameux jeu du chat et de la souris transposé en dessin animé.


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1990 5. Pokémon (1997) vs Digimon (1999) D’abord un jeu vidéo, Pokémon s’est vu adapté en série télévisée. L’objectif des maîtres Pokémon est de capturer toutes les espèces pour devenir le meilleur dresseur.

« Alex » Vasquez, vivent ensemble en banlieue de Los Angeles, en Californie, et sont étudiantes au lycée Beverly High de Beverly Hills. Étudiante de jour et espionne de soir, elles se font guider par leur patron Gerry. 11. Jimmy Neutron (2001) Résumé : James Isaac Neutron, alias Jimmy, est un petit garçon habitant à Retroville. C’est un petit génie, mais à l’école il est le souffre-douleur de certain.es de ses camarades qui le traitent de « grosse tête », « minus », « modèle réduit » et le surnomment « Neuneutron ».

Résumé : Dans l’univers des Pokémon, les animaux du monde réel n’existent pas (ou très peu). Le monde est peuplé de Pokémon, des créatures qui vivent en harmonie avec les humains, mais possèdent des aptitudes quasiment impossibles pour des animaux du monde réel.

12. La Petite Patrouille (2002) Huit têtards, les Crapounets, sont perdus dans une nature hostile. Leur objectif est de rejoindre la Vallée des Crapauds avant qu’il ne soit trop tard et qu’ils se transforment en rocher.

Plusieurs pensent que Digimon aurait plagié l’univers de Pokémon. Effectivement, plusieurs similitudes existent : ce sont des animaux aux pouvoirs irréels ayant des paliers d’évolution et dirigés par des maîtres. 6. Bob l’éponge (1999) Oui, la petite éponge anthropomorphe cuisinant des Pâtés de Crabes dans la ville aquatique de l’Océan du Pacifique, Bikini Bottoms. Cependant, les origines de la série sont intéressantes. C’est Stephen Hillenburg, en 1984, lors d’une étude de la biologie marine à l’Ocean Institute en Californie, qui commence à imaginer des scénarios avec la vie marine qu’il étudiait. Qu’est-ce que le poisson là-bas pouvait bien se dire ? De ses questionnements, est né Bob l’Éponge.

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13. Kid Paddle (2003) J’ai d’abord connu ce personnage imaginatif par les bandes dessinées qu’un de mes frères adorait. Ensuite, la série télévisée a vu le jour. Résumé : Cette série présente les aventures d’un jeune garçon nommé Kid Paddle, un gamin d’environ 9 ans admirateur de jeux vidéo, qui a tendance à confondre les univers de ses jeux avec le monde réel. Il apprécie particulièrement les jeux vidéo et les films « gores », comme il les qualifie lui-même avec délectation.

7. Les Razmoket (1990) Une bande de bébés de trois mois à trois ans nommée les Razmoket s’évadent vers leur parc dès que les parents ont le dos tourné. CasseBonbon est leur chef qui les fait explorer le monde et vivre des aventures réelles ou imaginaires.

14. Martin Mystère (2003) Martin Mystère est un jeune adolescent de 16 ans, employé en tant qu’agent spécial au « Centre », une organisation secrète spécialisée dans les phénomènes paranormaux dirigés par M.O.M. Souvent dragueur lors des missions qui lui sont attribuées, il enquête, en compagnie de sa demi-sœur Diana Lombard et de Java des Cavernes.

D’ailleurs, Nickelodeon avait annoncé en 2018, le grand retour du concept pour 2020. Et c’est le 13 novembre dernier que la nouvelle série revampée a été diffusée au grand public.

15. Benjamin (2004) Série construite un peu comme une fable, Benjamin suit les aventures d’animaux anthropomorphes qui, à chaque épisode, doivent régler un problème. La fin est toujours moralisante.

9. Futurama (1999) Matt Groening revient avec une série futuriste cette fois (on peut dire qu’il a touché à toutes les époques en considérant Désenchantée sorti en 2018 qui se déroule au Moyen-Âge). Fry, livreur de pizza malchanceux se retrouve cryogénisé en 2000 et se réveille mille ans plus tard. Il découvre un New York bien changé et devient livreur pour la société de livraisons interstellaires Planet Express.

ENCADRÉ Mention spéciale - Les Schroumpf (1959, pour la série télévisée) - 6Teen (2004) - Zoboomafoo (2001, bien que pas animé) - Shaun le Mouton (2007) Photos Pixabay

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

8. Le monde secret du Père Noël (1997) Originairement diffusé comme un calendrier de l’avent du premier au vingt-six décembre, chaque année ce sont les mêmes vingt-six épisodes qui reviennent (à mon plus grand plaisir !) Le Père Noël se prépare pour la distribution de cadeaux avec ses trois lutins Thoren, Folki et Guilfi. Cependant, le Père Fouettard tente de tout gâcher (encore).

2000 10. Totally Spies ! (2001) Trois amies, Samantha « Sam » Simpson, Clover Ewing et Alexandra

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L’ABC du EMO Comme un enfant des années 90 qui se respecte, je ne pouvais passer sous silence l'effervescence de cette révolution stylistique qui ne laissa personne indifférent et ce, tout au long de sa riche histoire. J’exagère à peine, sérieusement là.

Mais pourquoi? Qu'est-ce qui différencie leur son à celui du punk des années 80? Selon les experts, le style vocal Guy Picciotto est le principal précurseur de l’évolution emo. Cultivateur d’un champ lexical riche en larmes et douleurs, le mal de vivre passionnel du lead-singer est indéniable. La technique Picciotto est la nuance majeure différenciant Rites of Spring des bands similaires de cette scène punk américaine.

Par Gabriel Tremblay, journaliste multimédia

Pour le commun des mortels, le terme emo est disons, stéréotypé. Aujourd'hui, les fervents du style sont de plus en plus rares au Québec, alors que ses dernières années glorieuses et commerciales remontent à la fin des années 2000. À cette époque (pas si lointaine), le simple fait de croiser un humain arborant la longue frange, était pour certains adultes aux bas bruns, un prétexte pour dévier le regard. Auparavant très marginal (voire obscure), le emo dans toutes ses déclinaisons s’est ancré dans la culture populaire grâce à une multitude de facteurs. La couverture médiatique, notamment télévisuelles des Much Music et MTV met le genre à l’avant plan, à un point tel que My Chemical Romance n’avait rien à envier, en termes de visibilité, aux Pussycats Dolls et leurs pâles copies.

La genèse Si le mouvement emo est né à Washington (DC) au tournant des années 80, certains érudit.es vous diront que les gars du band Minor Threat en sont les pères fondateurs. La dissolution de ce géant de la scène punk aura des répercussions un peu partout sur la côte-est américaine. Suite à ces échos, le tout premier bébé emo voit le jour, un autre groupe originaire de DC, Rites of Spring. Le cofondateur de Minor Threat, Ian Mackaye, s’occupera même de la production du premier long jeu éponyme de cette nouvelle sensation.

I'm going down, going down, deeper than inside --the world is my fuse-Deeper than inside - Rites of Spring L’explosion vocale, à l’aube des refrains, est la principale caractéristique du chant emo de Guy Picciotto, qui flirte constamment avec l’épuisement et l'extinction de voix sur chacune de ses chansons. Je constate qu’au fil des ans, plusieurs chanteurs punk-rock-emo s’inspirent de Rites of Spring. Un des g roupes fétiche de ma pér iode «émotivement» musicale en est presque un pastiche. Pour les curieux et les mélancoliques des années 2000, vous écouterez Aiden, qui a foutrement mal vieilli d’ailleurs. Oups. L’été 1985 marque l’avènement de notre très cher courant musical fort en cœurs arrachés. Washington DC, telle une fourmilière, est la terre promise d’une multitude de

bands punk aux trames lentes et aux propos mélodramatiques. Pendant ce «Revolution Summer», des formations comme Gray Matter, Dag Nasty et Embrace protestent lors d’une série de spectacles sur la côte-est. Le but de tout ça est de démocratiser le punk, alors perçu comme un milieu sexiste favorisant la violence gratuite. Si Washington DC est la plaque tournante du punk nord-américain, les évènements de 85 inspirent une foulée de jeunes musicien.nes, créant à la fin de la décennie, un nouveau son : le emotional hardcore.

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Êtes-vous captivé.es jusqu’à maintenant? Avez-vous l’impression d’être né.e à la mauvaise époque? Si vous répondez «oui» à une de ces questions, je vous invite fortement à continuer la lecture… pis au passage, allez donc refaire votre mascara qui coule, question de rester dans le mood.

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Photo par Jim Saah

ATTENTION, Rites of Spring est considéré par ses pairs (et par plusieurs médias crédibles) comme LE PREMIER GROUPE DE L’HISTOIRE DU EMO.


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La famille élargie Musicalement, le genre emo a le dos large, c’est le moins qu’on puisse dire. Même les plus érudits des mélomanes s’égarent parfois, posant une étiquette sonore erronée sur un groupe à l'esthétique contradictoire. En survolant des images du passé, force est d’admettre que certains piliers du glam-rock/goth-rock comme The Cramps jouent énormément avec les codes vestimentaires du emo qu’on connaît aujourd’hui. Maquillage vampirique, vêtements et longs cheveux ténébreux sont au rendez-vous. Même si je meurs d’envie de vous décortiquer l’arbre généalogique des sous-genres et sous-cultures du patrimoine emo, le temps manque cruellement. Vous pouvez m’écrire un courriel pour en jaser, je mords pas mais, je pleure beaucoup.

Véritables héritiers au trône du emo, des groupes comme Sunny Day Real Estate et Jawbreaker sont perçus comme des demi-dieux par les plus grand.es fans du mouvement. Cependant, la facture visuelle de ces derniers est encore loin du mascara coulant, de la frange interminable et du fond de teint fantomatique. Photo par Jim Saah

Photo par Jim Saah

Le «bug» de l’an 2000 n'amène peut-être pas son lot d’innovations technologiques (comme prévu). Par contre, une pluie de jeunes musiciens en crise existentielle s'abat sur le paysage commercial de la pop culture nord-américaine. Alors que le monde musical est plongé dans l’âge d’or des vidéoclips, les tendances modes du emo moderne sont dévoilées au grand public. Les boutiques de guenilles et de cosmétiques peuvent donc remercier, entre autres, Gerard Way, icône incontestée et leader de My Chemical Romance. Force est de constater que MCR, en jouant dans les plus grandes salles du monde, a littéralement démocratisé le mouvement emo, dans toutes ses formes. Pendant près d’une décennie, le emo connaît son heure de gloire. Dans cette période, une de ses branches les plus populaires est certainement le screamo. Pour les néophytes, le screamo est une combinaison vocale alliant le clean (chanté) et le scream (crié). Étroitement liés à l’essor du metal-core, les noms de Thursday, Thrice, Atreyu et Underoath, pour ne nommer que ceux-là, éveillent les passions et écorchent

les cordes vocales de leurs fanbases. Soulignons l’apport d’un de mes chouchous du style, les ontariens d’Alexisonfire qui ne manquent jamais une occasion de fouler les planches d’une scène de la Vieille Capitale, encore aujourd’hui. Depuis 2010, quelques-uns de ces groupes de… l’ancien monde refont surface, pour le meilleur… mais plus souvent qu’autrement, pour le pire. Ce courant musical survolté s'est essoufflé et la qualité sonore des «vieux» enregistrements laisse généralement à désirer. Malgré tout, c’est du bonbon nostalgique pour les bibittes à sucre comme moi. Parce que le emo n’est pas (encore) mort, voici mes petits coups de cœur emo (dans sa plus petite définition) parus après 2010, comprenant une galette d’American Football qui est, avec Slint, un des bâtisseurs du math-rock. En espérant que vous ayez apprécié cette excavation d’un courant en voie d’extinction!

«I must say emocore must be the stupidest f$%ing thing I've ever heard in my entire life». Comme quoi, les magazines de la trempe de Trasher peuvent aussi être contestés. Outre l'emo-core, les années 90 sont le berceau du punk-rock, qui devient rapidement un vecteur gigantesque, tout comme le grunge. Le rap avait sa rivalité «East-Side vs West-Side», le

Touché Amoré - Lament (2020), Epitaph Records

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The World is a Beautiful Place & I am No Longer Afraid to Die Harmlessness (2015), Epitaph Records

American Football American Football LP3 (2019), Polyvinyl Record Co.

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Commençons la généalogie en bonne et due forme, de façon chronologique. Débutons avec la naissance et l’émergence du emo-core qui est un style controversé et fusillé par les puristes du hardcore. Créé initialement par les magazines punk, le terme emotional-hardcore est ironiquement rebuté par des pionniers du emo, comme Ian Mackaye (dont je parlais auparavant). En 1986, au beau milieu d’une prestation de son groupe Embrace, il lança :

punk et le rock aussi. Au Canada, nous récoltons principalement les fruits commerciaux et accessibles de ces différents courants. Tout au long de son histoire, le emo restera, malheureusement, un «boys club». Par chance, quelques femmes d’exception ont confronté ce milieu injustement genré. Susie Richardson est une de celle-là, alors qu’en seulement quelques années, sa meute floridienne Pohgog se forge une solide réputation. Aujourd’hui, Richardson est vu comme un figure marquante, inspirant notamment une certaine Hayley Williams, que vous connaissez probablement via Paramore.


NOSTALGIE D’UNE MOBILISATION ÉTUDIANTE FORTE

Mot de L’AELIÉS

Le contexte de pandémie dans lequel nous vivons depuis quelques mois affecte nos vies au quotidien, et ce dans plusieurs milieux. Sur le campus de l’Université Laval, la vie étudiante n’est plus ce qu’elle était: les couloirs sont pratiquement déserts, certains commerces ont été forcés de fermer leurs portes jusqu’à nouvel ordre en raison du manque de clientèle et l’université a de plus en plus recours à la formation à distance, malgré ses efforts pour garder le campus ouvert à tous et à toutes.

Certains souvenirs nous reviennent à l’esprit et nous rendent nostalgiques. Les rassemblements au Fou Aeliés pour prendre un verre et décompresser de folles journées d’étude. Les retraites de rédaction Et si on rédigeait! en présentiel qui permettaient de trouver une motivation supplémentaire pour avancer sa rédaction. Pour l’exécutif de l’Association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIÉS), la mobilisation étudiante est l’élément dont il s’ennuie le plus. Souvenons-nous des grands moments de l’histoire du mouvement étudiant qui ont été à la source d’importantes mobilisations étudiantes comme la grève du Printemps érable en 2012. Rappelons-nous aussi des grandes réalisations de l’AELIÉS par le passé qui ont suscité un vif intérêt par les étudiant.e.s de l’Université Laval. Pensons à l’implantation après près de dix ans de travail d’un laissez-passer universitaire (LPU) et qui permet désormais de circuler à moindre coût dans la ville et les environs grâce à un solide partenariat entre les deux associations étudiantes (CADEUL et AELIÉS), les réseaux de transport (RTC et STL) et l’Université Laval. Ou encore, à des projets qui sont nés du fruit d’alliance entre l’AELIÉS et d’autres associations étudiantes parascolaires comme la politique de parents-étudiants. Celle-ci est issue d’une étroite collaboration avec l’Association des parents-étudiants de l’Université Laval (APÉTUL) et l’Université Laval qui reconnaît leur statut et leur permet d’avoir des accommodements en lien avec leur cheminement à l’université. Plus récemment, une forte coalition des groupes issus des milieux environnementaux, citoyens, politiques et étudiants se préparent à livrer une bataille contre le Projet Laurentia. Nous aurons besoin de toute la force et l’énergie possible de nos membres afin de faire entendre notre voix. Dans ce contexte de pandémie, l’AELIÉS a mis en place une

nouvelle bourse pour l’achat de matériel informatique pour nos membres. De plus, une campagne visant à promouvoir l’équité, la diversité et l’inclusion est en cours et nous nous portons à la défense des étudiantes et étudiants internationaux au sujet de la nouvelle réforme du Programme d’expérience québécoise. Plus que jamais, et ce même en temps de pandémie, l’AELIÉS est présente sur le terrain pour défendre et représenter les droits de ses membres. Le travail des associations étudiantes est important pour faire avancer les revendications et demande une implication de la part de son comité exécutif, son conseil d’administration et aussi de ses membres. Ce travail peut sembler invisible aux yeux de certain.e.s, mais il est essentiel pour accomplir adéquatement la mission que l’AELIÉS s’est donnée. – LE COMITÉ EXÉCUTIF DE L’AELIÉS

Consultez notre site web au:

www.aelies.ulaval.ca/


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LA NOSTALGIE, un sentiment aux bienfaits inconnus Rubrique santé mentale Cette chanson des années 2000 que vous chérissez tant et qui vous plonge dans un sentiment de nostalgie presque à chaque fois que vous l’écoutez pourrait-elle avoir des vertus sur votre santé mentale? Les études qui ont été menées à travers le monde au cours des dernières années tendent à prouver que la nostalgie est loin d’être négative sur votre moral, bien au contraire. Par Andrei Audet, chef de pupitre société

Une plus grande ouverture aux autres Se remémorer les souvenirs du passé pourrait faire de vous une personne plus encline à porter attention à l’autre, surtout si elle vit des difficultés. La science a permis de déceler en la nostalgie une fonction sociale qui permet une « connexion aux autres » renforcée. Dans une étude où les participants nostalgiques étaient séparés de ceux qui ne l’étaient pas, les chercheurs ont remarqué des « comportements d’aide et de proximité physique » plus accrus chez le premier groupe. Selon eux, les participants nostalgiques se souciaient plus des « membres stigmatisés de leur groupe qui souffraient d’obésité ou de maladies mentales » et désiraient en apprendre plus sur ces derniers. Le bonheur retrouvé Il serait parfois nécessaire de se replonger dans notre passé pour passer de l’état de tristesse à celui de bonheur. Surprenant si nous considérons que la nostalgie était qualifiée de « maladie cérébrale » au XVIIe siècle. Balayons donc pour

le bien des prochaines lignes, l’idée que ce sentiment s’arrime à la mélancolie et à ses côtés dépressifs. Les recherches démontrent qu’une personne nostalgique se remémore plus souvent des moments heureux de sa vie, qu’on pense à un mariage, une fête entre ami(e)s ou encore à un voyage mémorable. Un couple plus soudé Les partenaires d’un couple qui s’échangent des souvenirs de type nostalgique seraient plus « heureux et liés » si nous nous fions à l’équipe de chercheurs dirigée par le professeur Constantine Sedikides, basé à l’Université de Southampton en Angleterre. D’où l’importance selon Dr Sedikides de « créer des moments qui deviendront mémorables et viendront nourrir le sentiment nostalgique plus tard ». La permission de s’écouter La nostalgie peut être un bon indicateur que quelque chose ne fonctionne pas comme vous le voudriez dans votre vie, selon Nadine Descheneaux de Canal Vie. Il est donc important de s’arrêter un moment et de comprendre d’où vient une vague de nostalgie. Des changements s’imposent peut-être pour retrouver ce qu’il y avait de si savoureux dans le passé. L’idée n’est pas de vouloir retrouver à tout prix « une vie antérieure », mais plutôt de trouver des moyens d’être heureux comme auparavant, surtout si vous vivez la nostalgie plus difficilement que d’autres. L’une de ces astuces serait de reconnecter avec des personnes qui nous étaient importantes dans le passé et que nous avons peut-être mises de côté par manque de temps. Si vous ressentez le besoin d’obtenir de l’aide au plan de la santé mentale, des ressources existent : Info-social au 811 Jeunesse, J’écoute au 1-800 668-6868 – Centre d’aide aux étudiant.es de l’Université Laval via leur site web.

Photo par Paula Casillas

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Une vie avec plus de sens Lorsque vous êtes au plus bas et que vous remettez en question vos choix de vie, la nostalgie pourrait être votre meilleure alliée. Se remémorer les moments de notre vie où tout allait mieux peut contribuer à maintenir une « certaine cohérence identitaire ». Hedwige Dehon, chercheuse à l’unité de recherche en psychologie et neurosciences cognitives de l’Université de Liège (située en Belgique) a amené l’hypothèse, lors d’une entrevue avec le magazine belge Athena, « que les souvenirs à coloration nostalgique, par exemple ceux où l’on se réfère à des activités de jeunesse, favorisent l’estime de soi et une forme de bienveillance envers le self à travers ce que l’on a pu vivre ou été capable de réaliser dans le passé ». De cette façon, l’être humain est en mesure d’entrevoir l’avenir d’une façon plus positive et conséquemment, en capacité de s’ouvrir à de nouvelles expériences dans le futur.


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LE JOURNALISME à l’ère du numérique : des défis et des outils pour informer Le journalisme s’est adapté aux différentes époques et aux défis rencontrés. Thierry Watine et Dominique Payette, anciens journalistes et actuellement professeurs de journalisme au Département d’information et de communication de l’Université Laval, font le point sur les transformations engendrées par le numérique dans ce domaine. Par Mélissa Gaudreault, journaliste collaboratrice

Le processus de collecte et de vérification de l’information s’est également transformé avec l’essor d’Internet. Contrairement à l’époque du journalisme dit traditionnel qui se résumait aux journaux, à la radio et à la télévision, le journaliste d’aujourd’hui fait moins de recherches pour trouver l’information dont il a besoin. En effet, il y a plus de banques de données qu’avant et les journalistes n’ont qu’à se servir. M. Watine compare cela à faire ses courses dans un supermarché : on entre, on parcourt les rayons, on prend ce dont on a besoin et on ressort. La différence entre avant et maintenant est que le supermarché était plus petit avant les

années 1980 environ et a pris de l’expansion depuis ce temps : il y a plus de données disponibles, mais en même temps les journalistes se noient dans cet océan d’informations. Ils doivent faire des choix, car ils ne peuvent pas tout prendre. Il y a aussi des défis sur le plan de la qualité de l’information. On ne sait pas toujours d’où provient une information, donc on peut se questionner sur sa fiabilité et sa crédibilité, déclaret-il. Mme Payette affirme que l’augmentation de la vitesse de production peut diminuer la qualité de l’information puisque les journalistes ont moins de temps pour vérifier leurs informations afin de publier. De surcroît, il est à la fois plus facile et plus difficile de trouver des interlocuteurs pour faire un reportage. D’un côté, on peut trouver facilement et rapidement des gens à interviewer avec Internet et de l’autre, les gens sont moins enclins à parler aux journalistes à notre époque, car ces derniers sont souvent plus agressifs et il y a plus de risques de subir des conséquences pour leur avoir parlé, énonce-t-elle. D’après ses connaissances et son expérience, Dominique Payette pense que les tâches sont restées les mêmes, mais elles peuvent être moins bien exécutées, voire même ne pas être respectées. Cela s’explique principalement par le fait que les journalistes doivent produire plus de contenu en moins de temps, donc ils ont moins de temps pour réviser ce qu’ils produisent et il y a plus de chances qu’ils commettent des erreurs. Il est cependant primordial de garder en tête la recherche de vérité et les valeurs fondamentales du journalisme comme la vérification des faits, l’honnêteté et l’intégrité. Thierry Watine est d’avis que le journaliste est passé de mono-tâche à multitâche, devant produire plus de contenu et ce sur différentes plateformes, ce qui l’oblige à s’adapter et à être plus productif. La plus grosse transformation s’est produite sur le plan du travail de terrain qui est plutôt

Photo par Paula Casillas

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La démarche journalistique Il y a d’abord eu des changements sur le plan des conditions de travail des journalistes. Le plus gros défi amené par le numérique est l’augmentation de la vitesse de production qui apporte de multiples conséquences sur le plan de la qualité de l’information. Comme le mentionne Dominique Payette, la hausse de la vitesse d’exécution fait en sorte que les articles sont plus superficiels, qu’il y a un plus grand risque de faire des erreurs. À l’ère du numérique, ce sont les valeurs commerciales, c’est-à-dire de produire plus de reportages dans un laps de temps plus court, qui prône sur les valeurs journalistiques traditionnelles. Les nouvelles technologies permettent de travailler plus vite et en continu, mais le journaliste doit tout de même vérifier ce qu’il écrit avant de le publier, dit-elle. Les journalistes doivent aussi adapter leur contenu aux nouvelles plateformes afin de se plier aux nouvelles habitudes de consommation d’informations des citoyens, d’après Thierry Watine. Le métier de journaliste reste néanmoins important dans la société, surtout dans un contexte de pandémie. Les citoyens ont besoin de s’informer et il n’y que les journalistes qui peuvent endosser ce rôle de communicateur, selon lui.


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devenu un travail de salon. Il est ainsi essentiel que les journalistes fassent bien leur travail, pour eux-mêmes et pour les citoyens qui ont besoin de s’informer auprès de sources fiables, s’exprime-t-il. Le travail du journaliste Les journées de travail maintenant sont très différentes de ce qu’elles étaient. « À l’époque, on avait du temps, on se concentrait sur un sujet principal », explique M. Watine. Les journalistes n’ont plus besoin de se déplacer autant pour faire des reportages; ils peuvent les faire de la maison. Cela permet de gagner du temps et d’être plus productif, mais le rythme effréné peut amener une baisse de la qualité de l’information. Selon lui, il est nécessaire de « [doser] l’utilisation des nouveaux outils qui nous font gagner du temps [en ayant] le pied sur le frein pour ralentir un peu la cadence » et vérifier ce que l’on écrit avant de le publier. Les journalistes d’aujourd’hui sont plus fatigués, car ils doivent produire plusieurs reportages simultanément en moins de temps. Ils courent après la nouvelle, ils sont présents partout et sur toutes les plateformes, affirme Mme Payette. Ils ont moins de temps pour réfléchir avant de rédiger leurs textes avec le numérique, ce qui peut nuire à leur travail. Ils ont la lourde tâche de mettre en contexte et d’expliquer le monde et la société aux citoyens de manière simple, dit-elle, en compétitionnant avec le flux d’information produites et diffusées sur les médias sociaux qui ne sont pas toujours fiables.

Photo par Enyin Ayurt

Le travail de terrain, qui est au cœur du métier de journaliste, a un peu changé avec le numérique. Dominique Payette croit que le travail de terrain est important et ne devrait pas avoir changé : « je ne serai pas sûre de ce dont je parle, tant que je ne serai pas allée voir par moi-même ». Ainsi, on ne peut pas attester de la réalité sans être allé sur le terrain. « Le numérique donne l’impression que l’on est sur place, mais ce n’est pas comme si on y était, ce n’est qu’une illusion ». Certains pourraient penser qu’ils n’ont pas besoin d’y aller, mais s’ils ne le font pas ils ne respectent pas les valeurs fondamentales du journalisme et la recherche de vérité et ils ne pourront pas se défaire de leurs préjugés, souligne-t-elle. Thierry Watine est aussi de cet avis, car on ne peut pas faire du travail de terrain en direct de son salon, c’est-à-dire sans se déplacer sur les lieux et sans interroger les gens. Le travail de terrain doit être revalorisé. « Une entrevue n’est jamais aussi bonne que quand elle est faite entre quatre yeux ». Il faut réintégrer l’aspect humain dans la relation des journalistes avec leurs sources. Le contexte dans lequel nous vivons actuellement nous incite à délaisser le travail de terrain, évoque-t-il. Photo par Daniele Colucci

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L’une des choses qui donne une crédibilité aux journalistes est leur statut professionnel. Au Québec et même partout en Amérique du Nord, il n’existe pas de statut pour les journalistes, explique Dominique Payette. Il n’y a donc rien qui puisse théoriquement distinguer les journalistes des citoyens-journalistes. Les gens peuvent ainsi questionner l’autorité et le « caractère élitiste de la profession », dit-elle. Le métier de journaliste est pourtant très important et même indispensable à la société. Thierry Watine ajoute qu’il est essentiel d’avoir une reconnaissance du métier, principalement en raison des citoyens qui se croient journalistes comme le dit M. Payette. En effet, avec les médias sociaux, tout le monde peut publier ce qu’il veut et tout le monde peut jouer au journaliste. Il est alors nécessaire d’avoir une façon d’identifier les vrais journalistes pour savoir à qui l’on peut se fier, selon lui. Il est d’autant plus important de revaloriser la profession et de donner accès aux citoyens à de l’information fiable et de qualité à l’ère de la désinformation et surtout dans un contexte de pandémie comme celui que nous vivons en ce moment.

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La valeur du métier Il n’y a pas eu de grandes transformations dans les règles de déontologie. « Globalement, les règles de déontologie n’ont pas changé », déclare M. Watine. Ce sont plutôt les outils et les pratiques professionnelles qui ont changé. Par contre, il est plus difficile avec le numérique de respecter les règles, car ce ne sont pas les mêmes codes et formats. Il faudrait donc adapter les codes de déontologie au numérique, dit-il. Par exemple, la différence entre ce que l’on peut publier ou non est mince et les sources sont parfois difficiles à identifier, ce qui peut amener les citoyens à questionner la validité de l’information. Les règles fondamentales sont restées les mêmes (ex. : intégrité, ne pas être relationniste, aucune appartenance politique, etc.), débute Mme Payette, mais elles ont été modifiées pour être plus simples à comprendre et à respecter. Elles sont peut-être moins bien respectées cependant à l’ère du numérique, notamment en raison de l’augmentation de la vitesse de production mentionnée précédemment, précise-t-elle.

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Photo par Michal Matlon

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CHRONIQUE La jeunesse est surestimée L’imagination, l’insouciance, la fougue, la beauté et l’absence de responsabilité : tant de choses qu’on envie à la jeunesse. Comme la plupart des enfants, j’ai grandi en me faisant dire d’en profiter, que j’avais tort d’avoir hâte à la majorité, que je passais à côté des moments les plus merveilleux de ma vie, obnubilée par l’avenir et ce que je me promettais d’accomplir une fois grande. Je n’ai jamais manqué de réponse à la question : « Que veux-tu faire plus tard? » Mon problème était l’inverse : j’avais trop de projets. Trop de possibilités s’étalaient devant moi. Par Jessica Dufour, journaliste multimédia

Comme principal modèle féminin, j’ai eu une femme terrorisée par le fait de vieillir, en déni total de son âge, obsédée par son apparence physique. Exposée tous les jours à cette peur viscérale, incontrôlable, j’aurais dû la développer, mais elle ne m’a pas impressionnée, au contraire. J’ai grandi dans la hâte d’atteindre la maturité. Et au seuil de la trentaine, j’en suis toujours en quête. Pour moi, vieillesse n’est pas synonyme de décrépitude. Elle donne l’occasion de fleurir. Le temps et l’expérience nous

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L’enfance, elle, est contraignante. On dépend – parfois cruellement – des adultes pour survivre et lorsqu’ils ne savent pas nous donner ce dont on a besoin pour se développer au meilleur de nos capacités, rien d’étonnant à ce qu’on ait hâte de vieillir, de pouvoir décider pour et par nous-mêmes. La majorité, c’est l’émancipation, la découverte du monde et l’affirmation de soi. C’est la liberté, la voie qui s’ouvre sur des contrées inexplorées, sur autre chose que les bottes de nos parents qui foulaient le sol avant nous, décidant toujours de la direction à emprunter. Chaque année qui s'ajoute est un bagage de plus sur l’épaule, un acquis, un souvenir. Vieillir, c’est évoluer. Et comme les cernes de l’arbre témoignent de son ancienneté, j’arborerai fièrement chaque nouvelle ridule, varice, cheveux blanc ou poignée d’amour, parce que mon corps n’a pas à subir le passage du temps comme une épreuve, à ployer sous le poids des années. Je n’utiliserai pas de filtre sur mes photos de profil, je ne me maquillerai pas. Je ne mentirai pas sur mon âge. Je refuse de vivre dans la haine et la peur de l’inévitable, de contribuer à cette vision romantique de la jeunesse. J’accueillerai chaque décennie avec gratitude, dans l’affection des souvenirs, mais surtout dans la hâte des projets à venir. Jessica, 29 ans

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Avec le temps, je me suis redirigée vers des projets plus réalisables, à plus petite échelle : vivre à la campagne, avoir cinq chiens, publier un livre, être à l’aise financièrement. Bon. C’est potentiellement une autre utopie, puisque visiblement, ce n’est pas par la vente de livres que j’arriverai à atteindre la sécurité financière. Mais au moins, je suis lucide et je travaille en ce sens. L’important, c’est que mes objectifs puissent entraîner des actions concrètes, orienter mes pas. Au lieu d’errer devant la multitude des sentiers disponibles, en va-et-vient, en détours, j’essaie de me concentrer sur ce que je peux faire là et maintenant, une étape à la fois.

apprennent sur nous-mêmes. On ne se découvre réellement qu’après des années d’essais-erreurs. Et certains n’atteindront jamais leur plein potentiel, inconscients de leur valeur ou morts trop tôt.

Photo par Paula Casillas

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J’ai d’ailleurs longtemps été coincée dans cette attente que tout m’arrive naturellement. J’étais une indécise chronique, ma passivité renforcée par l’idée de la destinée. Je vivais dans le rêve d’accomplir de grandes choses, me visualisais devenir écrivaine, actrice, chanteuse ou danseuse professionnelle, avoir une carrière florissante, être riche et célèbre, rien de moins! Aucune surprise : on passe à peu près tous.tes par ces rêves de grandeur. Mais je n’avais pas les moyens de mes ambitions, parce que je ne les prenais pas.


Photoreportage

Photoreportage

Présentation du travail des archivistes Les archivistes ou mémorialistes de haut niveau traitent des documents reliés à la vie religieuse et artistique, aux aventures politiques et militaires, aux sports et loisirs, aux métiers, aux personnalités connues, à la vie quotidienne du peuple, aux généalogies. Bref, à tous les aspects de la vie humaine.

LES ARCHIVISTES : évaluateurs.trices de l’histoire Souvent oublié.es ou vu.es comme des êtres craignant la lumière et se logeant dans des sous-sols, les archivistes effectuent un travail essentiel pour nos sociétés. Véritable science historique, l’archivistique est un vaste domaine réunissant des adeptes de plusieurs secteurs : des sciences, au droit, au cinéma, à la littérature, à l’histoire... La question pour eux est : comment évaluer l’histoire pour mieux préserver l’indispensable?

Les qualités requises, selon Nathalie Vaillancourt : Passion

L’histoire des archives au Québec Cette année, les Archives nationales du Québec fêtent leur 100e anniversaire de création. C’est le 2 septembre 1920 que Louis-Alexandre Taschereau a confié à Pierre-Georges Roy le mandat de conservation du patrimoine documentaire des archives relatives au Québec. Premier archiviste de notre histoire, Monsieur Roy a rempli sa mission vu le nombre de documents conservés aux Archives nationales du Québec cent ans plus tard.

à gauche Sophie Côté, archiviste à BAnQ Québec, au centre Nathalie Vaillancourt, archiviste à BAnQ Québec et à droite Rénald Lessard, archiviste-coordonnateur à BAnQ Québec.

Curiosité

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Patience

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Collaboration

« Je ne me dissimule pas la responsabilité que le gouvernement de la Province a mise sur mes épaules en me confiant [...] le soin de ses archives historiques. En effet, de l’aveu de tous les connaisseurs, ces archives sont les plus précieuses de tout le pays . » Pierre-Georges Roy

Photo d'archives

Entrée du local Archives de la Province au Musée du Québec, sa première localisation.

Photos par Léonie Faucher

L’évaluation au coeur du métier Dans le métier des archivistes, l’évaluation joue un rôle clé. Tous les documents ne peuvent pas être conservés, car ils n’ont pas tous une valeur de conservation. En effet, l’archiviste reçoit des versements de matériel qu’il doit traiter en fonction de leur intérêt pour l’histoire ou pour la recherche future. Aussi, lorsque le matériel n’a pas été contextualisé, l’archiviste doit reconstituer le contexte de production. Par exemple, le lieu, l’année, pourquoi il a été produit, et ce, afin de bien le classer. Sophie Côté : « C’est certain qu’on s’appuie sur des critères que l’on souhaite les plus objectifs possible. Il y a tout un courant en archivistique sur la façon d’évaluer l’information produite. On reçoit des

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En 1970, tous les documents des ministères et organismes du gouvernement québécois qui n’étaient plus d’actualité dans l’administration présente ont été remis aux Archives nationales du Québec. Avec cette augmentation des versements d’archives gouvernementales, un nouveau centre fut construit pour supporter cette abondance. C’est ainsi que le Grand Séminaire de Québec, situé sur le campus de l’Université Laval (aujourd’hui appelé Le Casault), a accueilli la BAnQ de Québec.

Rénald Lessard : « Oui, la collaboration! Moi, je travaille plus dans les documents textuels, dans la période ancienne, Nathalie plus sur le non-textuel et Sophie, plus sur le numérique. Alors, on a chacun à s’apprendre des choses et il n’y a pas de limite à apprendre. »

« Si l’on porte des sarraus ce n’est pas parce que l’on veut ressembler à des médecins, c’est parce que les vieilles reliures sont salissantes. Les allées ne sont pas larges, juste assez pour passer un chariot, alors des fois on s’accroche sur les bords d’ouvrages. » - Nathalie Vaillancourt

Arrêté en conseil (décret no 1712) concernant la nomination de Pierre-G. Roy, 2 septembre 1920.

Pierre-Georges Roy, ainsi que sa signature

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

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Par Léonie Faucher, rédactrice en chef


Photoreportage

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Les enjeux du numérique Sophie Côté : « Un des enjeux du numérique, c’est que les technologies changent la façon de créer l’information. L’accent est beaucoup mis sur la diffusion avec les partages sur les réseaux sociaux. C’est excellent pour partager de l’information, travailler en collaboration ou créer des liens avec n’importe qui dans le monde, ça relie les frontières.

documents des villes, des ministères, mais aussi du secteur privé, quand on acquiert des archives privées de grandes familles. On s’appuie sur des critères pour faire l’évaluation. C’est ce qui fait qu’en bout de ligne, on conserve 5 à 10 pourcent, si on pense au secteur public, de ce qui est créé. C’est un peu hasardeux d’essayer de deviner quels seront les besoins des chercheurs dans trente ans. On peut y aller dans ce sens-là, mais jusqu’à un certain point sinon ça devient un peu embêtant. Donc, c’est aussi toute la question du contexte de création. Comment ils sont créés? Pour quelles raisons? Est-ce que c’est vraiment l’originale, y a-til d’autres copies? »

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« Ce qui est intéressant aux archives nationales, je trouve, c’est que nous avons vraiment cette vision d’ensemble de la société. Donc, on peut faire des liens entre les tribunaux, la Société du Québec ou le Ministère. On peut voir le processus d’ensemble de comment l’information se crée. C’est important, parce que l’on crée la mémoire du futur!» - Sophie Côté

Magasin » dans lequel les archives sont stockées et numérotées pour les retrouver facilement.

D’ailleurs, nous avons dû créer le laboratoire des archéologies numériques. Nous avons un fond d’archives privé regroupant plusieurs supports que l’on dit analogiques dans notre jargon, comme des vieilles cassettes. À BAnQ Montréal, il y a une unité qui conserve des vieilles machines, c’est son rôle, pour nous permettre de lire ces documents-là ou de les numériser pour ne pas les perdre. »

Microfilm utilisé pour stocker de l’information. Une machine spéciale est nécessaire pour les lire et les numériser.

Rénald Lessard : « Je vais te donner un exemple avec toi. Un mémo disant à ton collègue de te rappeler. Est-ce que ça mérite d’être conservé pour des siècles à venir? Peut-être pas. Alors, qu’est-ce qui mérite d’être conservé pour avoir une trace de ce que tu es? Sur les milliers de photos que tu as prises dans ta vie, il y a sûrement moyen de ramener ça à une centaine, suffit d’évaluer les plus pertinentes. »

Photos par Léonie Faucher

Rénald Lessard : « Je reviens à mon exemple. Tu vas peut-être avoir mille photos que tu proposes de nous léguer qui auront plus de valeur que cent mille photos que quelqu’un d’autre veut nous donner. Parce que toi, tu vas avoir pris la peine de les identifier, de noter le contexte de création des photos. Cette connaissance métadonnée qui s’attache à un document, ça lui donne de la valeur aussi. Ton intervention peut ajouter de la valeur au produit final et rendre intéressant ce matériel-là, car c’est toi la mieux placée pour décrire ton matériel. Si tu me donnes la photo du rosier de ton grand-père. Moi, je vais noter que c’est un rosier, c’est tout, à la limite la date griffonnée à l’arrière. Si tu ne l’as pas noté, je ne peux pas savoir qu’avec ce rosier-là ton grand-père a gagné un prix par exemple. C’est une grosse partie de notre travail, de remettre en contexte ce que l’on reçoit. »

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Bien entendu, c’est tout un art d’évaluer objectivement le contenu reçu. Parfois, les décisions sont difficiles à prendre, car il est impossible de prévoir parfaitement ce qui aura de l’importance dans le futur. Nathalie Vaillancourt commente l’importance de l’évaluation : « D’ailleurs, l’évaluation c’est tout un sujet, parce qu’à L’université Laval dans le certificat en archivistique, il y a un cours complet sur l’évaluation. »

Cependant, ça amène des défis pour nous, car les copies sont multipliées et si on le pense en terme numérique, c’est la qualité qui diminue. Parce que si on veut les diffuser rapidement, les fichiers sont moins lourds et donc de moins bonnes qualités. Ça a un impact sur la conservation à la fin du processus, sans qu’on y pense au quotidien.


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« Aussi, quand on manipule les documents numériques, quand on fait le transfert, ça modifie les métadonnées, ça vient dégrader le document. Que ce soit numérique ou papier, les principes en arrière restent pareils même si le support change. Avec le numérique, l’appareil photo peut dire c’est quoi la focale, l’année, la date, mais il ne sait pas plus que c’est le rosier avec lequel Grand-papa a gagné un prix. Dans les deux cas, les renseignements et le contexte sont primordiaux. » - Nathalie Vaillancourt

Une adresse utile à connaître pour la recherche et les travaux Dans le cas de plusieurs travaux de recherche, les archives sont une base de données primordiales. Plusieurs enseignants.es. de l’Université Laval rappellent que la BAnQ existe et aide à la recherche d’informations de leurs étudiants.es. En effet, le couplage de sources donne une vue d’ensemble sur une question ; ce qu’en disent le Ministère, les tribunaux, les journaux, etc. Par exemple, dans les domaines de la construction, les plans d’assuranceincendies fournissent énormément d’informations sur les différents quartiers.

Différences entre informatique et archives Les évolutions numériques amènent beaucoup de collaboration entre le personnel de l’informatique et le personnel de l’archivistique. En effet, de plus en plus d’informations sont créées par le biais d’Internet et de logiciels.

Nathalie Vaillancourt : « Il y a plusieurs détails au niveau des bâtiments, de la conception, si c’est fait en bois, en pierre, etc. C’est des documents qui ne sont plus produits, mais qui sont très utilisés par les urbanistes. Maintenant, il n’y a pas une semaine qui passe sans que l’on ait une demande pour un plan. Il y en a beaucoup qui sont numérisés et dans nos collections. Par exemple, s’il y a du mazout sur ce terrain-là, les urbanistes vont peut-être hésiter à prendre celui-là, car ils sont obligés de faire la décontamination du sol ce qui amène des coûts plus élevés. Pour le côté plus historique, c’est plaisant de savoir qui restait à côté de qui comme on le faisait avec les annuaires. »

Sophie Côté : « C’est important de connaître les rôles de tous et chacun dans le domaine. Nos collègues de l'informatique sont les meilleurs pour tout ce qui est support, format et logiciel. Cependant, pour ce qui est d’organiser le contenu, de mettre du contexte, d’évaluer, c’est plus le rôle des archivistes. On se complète bien. L’information peut changer de support, mais il faut s’assurer qu’elle demeure intègre et authentique. C’est pour ça qu’on parle de plus en plus de gestion de l’infor mation plutôt q ue de gestion documentaire.» Nathalie Vaillancourt : « Souvent dans les entreprises, ils se disent que puisque c’est des documents numériques, ils ont besoin d’un spécialiste des technologies de l’information. Mais non, parce que lui il s’occupe de la mécanique du fichier et de comment le conserver. Cependant, ton spécialiste de l’information, qui est un archiviste, lui, il va s’occuper du contenu. Notre travail est encore très pertinent même si on s’en va vers le numérique. »

Plan d’assurances-incendies de la ville de Québec, Volume 1 de la ville de Québec figurent les numéros civiques, les bâtiments, les rues, les industries et l'emplacement de Canadian Import Co. Ltd, Shawinigan Water & Power Co. et Anglo-Canadian Pulp and Paper Mills Ltd. De plus, nous y retrouvons le tracé des rivières Saint-Charles et Lairet, du bassin Louise, des ruisseaux Saint-Michel et de la Cabane aux Taupières et d'une partie du fleuve SaintLaurent. Le repérage de l'endroit recherché est facilité par un plan d'ensemble et un index des rues. Une légende donne la signification des couleurs et des symboles utilisés. (description de la BAnQ de Québec)

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

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Photo par Léonie Faucher

Légende : Plan d’assurances-incendies de la ville de Québec, Volume 1 de la ville de Québec figurent les numéros civiques, les bâtiments, les rues, les industries et l'emplacement de Canadian Import Co. Ltd, Shawinigan Water & Power Co. et AngloCanadian Pulp and Paper Mills Ltd. De plus, nous y retrouvons le tracé des rivières Saint-Charles et Lairet, du bassin Louise, des ruisseaux Saint-Michel et de la Cabane aux Taupières et d'une partie du fleuve Saint-Laurent. Le repérage de l'endroit recherché est facilité par un plan d'ensemble et un index des rues. Une légende donne la signification des couleurs et des symboles utilisés. (description de la BAnQ de Québec)

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Photoreportage

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« Environ soixante-dix pourcent des gens qui font appel à nous sont des citoyens ordinaires, que ce soit pour leur généalogie ou par curiosité. » - Rénald Légaré

Quel est le rôle des archives?

Trois rôles ont été identifiés par monsieur Légaré : le rôle de diffuseur, de mémoire et de légalité. Rénald Légaré : « Un des enjeux importants pour nous, c’est la question de l’accès aux documents. Est-ce qu’il y a des informations sensibles ou des renseignements importants pour la sécurité de l'État? Un des dossiers qui a été le plus fermé c’est le Churchill Falls. Pendant longtemps tout ce qui avait un lien était confidentiel, car le dossier était encore actif en cour. On ne pouvait pas fournir à la partie adverse des informations. Il faut que l’on identifie ce qui doit être restreint ou pas. Autre chose, c’est très subjectif.

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Rénald Légaré : « Le document est signé Louis, il n’y a pas de nom de famille, parce que c’est Louis XIV, tout le monde savait qui était ce Louis. Signé par le roi, quoique sûrement signé par un homme de plume, contresigné par Colbert, ministre responsable de la marine et signé par le greffier du Conseil souverain. L’intérêt est que le document est en bon état et les signatures lui donnent une valeur symbolique. Quand on pense à un document d’Archives, c’est un peu à ce genre de vieux document que l’on pense. Le sceau est intact, encore attaché au document ce qui est exceptionnel, souvent il est détaché ou cassé.

Nous avons une position pro-favorable à la diffusion, car c’est notre rôle. Cependant, la loi nous impose des obligations. Donc, on est constamment tiraillé entre le droit à l’oubli et le droit de savoir. Ensuite, il y a un rôle de mémoire. Mémoire d’individu, d’une région, d’une nation servent à créer un sentiment d'appartenance. Donc, les archives ont un rôle au niveau de la cohésion sociale, de se sentir membre d’une communauté. Finalement, le rôle légal. Souvent les gens vont nous demander des documents très anciens, car ils ont encore une valeur légale pour défendre des droits. Durant la pandémie, on fournissait des actes de directeur civil, parce qu’il y avait des droits qui étaient en jeu. Dans une société démocratique, il faut qu’il y ait une transparence au niveau de l’administration. Conserver les archives, c’est conserver des traces des gestes posés par le gouvernement et de leurs motivations. Ça rend ces genslà imputables en donnant une possibilité de retour en arrière pour comprendre ce qui s’est passé. »

Photo par Léonie Faucher

Lettres patentes d’amortissement des terres de Jésuites (avec le sceau de cire), 1678.

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Est-ce que ce document-là a encore une valeur légale? Non, le régime seigneurial a été aboli, les biens des Jésuites sont passés aux mains du gouvernement. Comme tel, sa valeur est historique, mais surtout symbolique. Ce n’est pas un document que les gens vont nous demander pour passer en cour. » « Nous recevons environ un ou deux kilomètres d’archives par année. Nous n’avons pas le temps de tout lire. Nous on considère que nos vingt-six kilomètres d’archives doivent être conservés. » - Rénald Légaré

Photos par Léonie Faucher

La voûte. Les documents très anciens sont conservés ici. La température est climatisée pour aider à la préservation. Certains documents comme des bobines de films sont conservés dans le «congélateur » pour favoriser la préservation à long terme.

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Un beau document d’archives


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Photos par Léonie Faucher

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Société

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Il y a moins d’un an, j’allais souper chez une amie. Nous discutions de tout et de rien. En regardant mon Facebook, j’ai reçu cette photo d’un bébé en noir et blanc avec la question sur le dessus : « Sachant qu’il s’agit d’Hitler, et que vous ne changerez pas son destin. Le tuez-vous ou non? ». Au-delà du débat moral d’une telle question, ce n’est pas ce qui m’a choqué. Je montre ladite photo ainsi que la question qui la précède à mon amie. Sa réponse ? D’un ton nonchalant presque hautain, elle demande : « c’est qui Hitler? »… Bon. J’aimerais avoir un emoji qui exprimait l’expression faciale que j’avais à cet instant (le flegmatisme et moi faisons deux pour le dire ainsi). Puissance économique et isolationnisme Où vais-je avec ça? C’est simple, une petite rétrospective de la place des États-Unis dans le monde s’impose pour mieux comprendre leur rôle. Depuis l’avènement de l’industrialisation, que les Américains ont embrassé comme aucun autre pays, ils sont la première puissance économique. Ils ont pris le pas en 1870 pour être précis. Seulement, à l’époque, on parle d’un pays très isolationniste. Prônant la doctrine Monroe (1823), considérant comme une menace toutes interventions des puissances colonisatrices européennes.

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La Première Guerre mondiale (1914-1918) Sous la présidence de Woodrow Wilson, l’Europe et ses colonies s’enflamment dans la Première Guerre mondiale. L’Amérique passe de l’isolationnisme à la neutralité. Neutralité qui va bien lui servir dans bien des secteurs : financier, agricole, industriel et commercial. L’économie américaine connaît un nouvel essor, et la bourse new-yorkaise passe devant celle de Londres. Les États-Unis passent de débiteurs de l’Europe à créanciers.

Par Jimmy Lajoie-Boucher, journaliste collaborateur

Photo par Fabian Fauth

Cette question m’a rappelé à quel point ma génération est choyée, mais aussi à quel point elle ignore son histoire. Les États-Unis d’Amérique ne sont pas un pays comme les autres. Oui, c’est le plus puissant, le plus riche… Seulement, c’est aussi celui qui a instauré les institutions du monde moderne sur lesquelles nos sociétés ont développé leurs économies.

Deuxième guerre mondiale (1939-1945), première puissance mondiale et guerre froide Sous Franklin Roosevelt, l’Amérique veut rester neutre encore une fois. Elle déchante vite. Les attaques de Pearl Harbor vont

Lorsque l’Allemagne nazie s’est effondrée, l’Europe est scindée en deux. À l’Ouest, les alliés sont menés par les ÉtatsUnis et à l’Est, l’URSS crée le pacte de Varsovie. On voit des idéologies extrémistes qui ont mené l’Allemagne aux mains du 3e Reich fasciste (extrême droite), mais des mouvements communistes (extrême gauche) ont aussi pris naissance. Aussi, le vieux continent est complètement ravagé à la fin du second conflit mondial, il doit être reconstruit et n’a plus un rond en poches. Si tous, même l’URSS, ont demandé à l’Amérique comme puissance émergente de venir à la défense des anciens empires coloniaux, il y a maintenant un soupirant, à l’Est, qui compte bien sur l’affaiblissement des démocraties européennes pour élargir ses frontières. Des trois alliés principaux, États-Unis, Royaume-Uni et Union soviétique, ce dernier a des velléités impérialistes sur l’Ouest. Ne pas oublier aussi que les Soviétiques ont joué un rôle tout de même prépondérant dans le déclenchement du conflit 39-45 en raison du traité Molotov-Ribbentrop. Il y a donc une méfiance persistante du côté occidental, qui de prime abord va chercher à l’écarter du processus décisionnel, entre autres sur les procès de Nuremberg, mais aussi dans la toute nouvelle Organisation des Nations Unies. Quoi qu’il en soit, l’armée américaine qui a maintenant un contrôle hégémonique sur l’océan Pacifique se voit demander une aide non seulement financière, mais aussi militaire pour assurer que les territoires conquis par l’Ouest soient sous leur protectorat. L’OTAN sera ainsi créée en 1949, et financée majoritairement par les ÉtatsUnis, et ce encore aujourd’hui avec une quote-part bien supérieure à celle de ses alliés. (Voir les chiffres de l’OTAN) De nature plutôt solitaire Contrairement à ce qu’on peut penser, il reste que l’oncle Sam est très isolationniste politiquement parlant, mais aussi au niveau sociologique. C’est un peuple qui est de nature très patriotique, fier, mais qui se soucie très peu du côté hégémonique de leur politique. Ils ont tendance à vouloir garder cette richesse et puissance pour eux, et c’est probablement, ainsi que quelques autres facteurs, une des raisons pour laquelle un discours comme celui de Trump va chercher beaucoup d’Américains. Contrairement à l’idée selon laquelle l’armée américaine s’impose chez son ennemi pour en diriger le pouvoir,

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Pourquoi se soucier d’une élection qui n’est pas la nôtre ?

Deux facteurs vont jouer en faveur de l’entrée en guerre du pays de l’Oncle Sam. L’Empereur Guillaume II, qui ordonne le torpillage de tous navires, même neutres qui commercent avec les pays de l’entente. Ce qui a pour conséquence de compromettre la liberté des mers, et l’interception d’un télégramme par les services de renseignements britanniques à l’attention de l’ambassadeur d’Allemagne à Mexico. Ce télégramme envoyé par le ministre allemand des Affaires étrangères, Zimmermann, demande des négociations avec le Mexique pour se retourner contre les États-Unis.

la propulser dans ce conflit contre l’Allemagne nazie et confirmer les États-Unis comme première puissance mondiale. Seulement, il y a plusieurs facteurs que nous, millénariaux, et probablement les post-millénariaux, semblons oublier, et c’est là que le cœur de ce texte prend tout son sens.


Société

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Pour ces raisons, il faut donc user avec prudence du terme « d’hégémonie » américaine, qui fait référence à la suprématie d’un État sur les autres, parlant plutôt vraisemblablement ici d’un nouvel ordre mondial qui s’instaure, à la demande d’un monde très polarisé, qui va avoir besoin d’un chef de file rassembleur, dans la capacité d’assumer les fonctions de gendarme du monde. Un pays qui saura aussi assumer un rôle de « banquier » du monde, on peut prendre comme exemple le plan Marshall et bien d’autres, et ces fonctions, visiblement, seuls les États-Unis sont en posture de les assumer. Les démocraties du monde entier s’alignent donc sur l’économie américaine bien sûr, mais aussi sur sa façon de vivre.

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Aujourd’hui Avec le passé, qui se porte toujours garant de l’avenir, nous sommes en droit de nous poser la question : en quoi les élections des États-Unis peuvent-elles nous influencer et pourquoi s’y intéresser? Si l’on prend du recul, on peut à première vue, conclure que le monde n’a plus besoin de gendarme, que les vieilles guerres sont terminées, que la guerre froide est derrière nous. Dans l’utopie où l’homme ne cherche pas à conquérir plus de pouvoir et se contente de ce qui lui est acquis, c’est en grande partie vrai. Cependant, si on tire sur le rideau, et qu’on regarde l’humain, et plus précisément, les politiciens. Un pays va toujours chercher à prendre les devants. Dans le passé, ce principe typiquement humain qui consiste à croire que SA réalité est la bonne, a mené à bien des guerres, des soumissions de peuples entiers et beaucoup d’autres abjections. Aujourd’hui, pourrions-nous croire que ce trait de caractère, que nous, hominidés qui se prétendent supérieurs à tout autre être de la Terre, ait disparu? Est-ce du pessimisme d’en douter ? L’avenir saura nous le dire, d’ailleurs avec le changement du président américain qui va survenir le 20 janvier prochain, nous saurons quelle orientation le monde et la géopolitique prendront.

Photo par la NASA

l’Amérique a été le premier pays du monde à miser sur une Allemagne indépendante après le second conflit mondial, mais aussi sur une économie allemande indépendante pour le bien de l’Europe, et ce, dès 1946. La création de la République fédérale d’Allemagne est officialisée le 23 septembre 1949. Il en va de même pour l’occupation du Japon. L’entrée en vigueur du traité de San Francisco, le 28 avril 1952, rendra au pays du soleil levant son indépendance, ainsi que l’autorisation de se constituer une armée, mais à vocation défensive seulement. En effet, il faut préciser que même si l’Amérique souhaite rendre l’autonomie à chacun des pays conquis, elle n’est tout de même pas dupe, et exige un article de la constitution précisant que l’armée japonaise se veut défensive uniquement, sans possibilité d’offensive.


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NOSTALGIE _ FELICITAS VITAE BREVITAS Querida Chère Abi, Ces pages de souvenirs d'amour sont pour toi. Même si ça fait longtemps que tu nous as quittés tu restes présente en moi, autour de moi, avec moi. Par Paula Casillas, directrice de production

… En un lugar de la macha… Con diez cañones por banda… y desde Madrid al cielo…

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Je pourrais commencer cette lettre de mille façons différentes…une lettre difficile à faire apparaitre car elle s'écrit depuis le cœur. Abi, quand tu es partie tout a changé dans ma vie dans mon monde, dans le monde... Peut-être tu habites maintenant dans un moment intemporel, ta mémoire est présente dans le temps que nous vivons.

Je garde dans mon imaginaire et mon cœur cette énergie et ce bonheur que tu m'as transmis… je me souviens quand on cuisinait ensemble tes recettes succulentes et extraordinaires, quand tu me lisais ces belles histoires d'un passé inconnu mais vécu du Madrid de ta jeunesse…ou le livre de Cervantes « L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche » que tu connaissais presque par cœur, puis tes poésies qui me faisaient rêver… Quel incroyable potentiel tu avais pour apprendre et pour transmettre aux autres l’importance de la culture, de l’éducation, de l’orthographe, du dessin et d'être en tout moment créative et innovante.

Je me souviens comment après ton départ, je pleurais chaque fois qu’on prononçait ton nom. Je ne pouvais pas croire que tu n’étais plus là, que tu ne serais plus là pour que je t'embrasse.

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Tu me disais souvent que la vie est un petit espace de lumière entre deux nostalgies: celle de ce que tu n'as pas encore vécu et celle de ce que tu ne pourras plus vivre… Tu m'as appris le bonheur de vivre, d'aimer les autres et de les comprendre, de lutter jusqu’à la fin de tes forces… ne jamais abandonner, résister à toutes circonstances étaient pour toi le défi majeur de nos vies… celui qui résiste gagne « suscipit quis resistit », une citation latine stoïque très aimée par toi. Merci… ces mots sont pour te remercier pour tout ce que nous avons vécu, le temps passé ensemble marqué de souvenirs inoubliables, mais le plus important, ce sont les valeurs que tu m'as enseignées et comment cela a fait de moi une femme qui respecte les autres, aide tous ceux qui ont besoin, et qui comme toi est une fidèle rêveuse et une bonne personne. Nostalgie de toi Abi.

Photos par Paula Casillas - ABI

Octobre 2020 — Volume 04 No.1

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Surement tu le sais déjà, aujourd'hui on fait face depuis plus d’un an à une pandémie qui nous a confinés. Une situation d'isolement qui nous en a coûté beaucoup au niveau santé, corps et esprit. C’est là que je me suis dit que si tu étais encore avec nous, tu serais une des personnes qui en souffrirais le moins et qui en plus nous encouragerait, car tu as toujours été très positive et proactive à surmonter toutes sortes de difficultés.

Que sont les adieux sinon les salutations déguisées en tristesse ? Le temps passe aussi vite que grandit la nostalgie du temps passé… quand je regarde tes dessins, tes photos, quand je cuisine ta recette préférée, cette incroyable béchamel la meilleure au monde pour moi… les vidéos de ma mère qui me font revivre les moments de jeu et d'amour avec toi.


Ton poème cadeau _ NOSTALGIE de Mario Benedetti

Photos par Paula Casillas - ABI

Qu'est-ce qui nourrit la nostalgie? on évoque la douceur ciel hanté tempêtes célestes scandales silencieux patience étirée arbres dans le vent reproches inutiles beautés du marché chants et émeutes bruine comme du chagrin fusils de chasse de rêve pardons bien mérités mais avec ces minimums la nostalgie n'est pas armée ce ne sont que des simulations le valide le seul la nostalgie est pour votre peau.


BRYAN PERRO : Eul’Blond, Amos Daragon et nostalgie Le 23 octobre dernier, Bryan Perro lançait son roman autobiographique qui retrace son enfance atypique avec les éditions ADA. Coureur de marathon forcé, Eul’ Blond raconte l’excessivité d’un père contrôlant prêt à la gloire pour son fils. Tiraillé entre la nature fragile de l’enfance et le dogmatisme du père, le récit initiatique apporte une grande réflexion sur l’innocence. Comme un livre ouvert, Bryan Perro est prêt à tourner la page sur son passé et à dévoiler cette facette de lui à ses lecteurs. Par Léonie Faucher, rédactrice en chef Lorsque j’ai décroché l’entrevue avec Bryan Perro dans le cadre de la sortie de son nouveau roman autobiographique Eul’blond, j’ai sauté de joie comme une fillette qui reçoit une licorne à Noël. En plein dans la thématique de la nostalgie, mon auteur jeunesse m’offre une entrevue ! C’est probablement banal pour lui puisqu’il doit en avoir fait au moins une dizaine pour la sortie de son roman, mais cette entrevue est un vrai cadeau pour moi. Ça me rappelle un souvenir d’enfance :

C’est fou que quatorze ans plus tard, je sois toujours aussi fébrile à l’idée de converser avec lui. Ses univers ont fait fleurir mon enfance, mais aussi mes rêves d’adulte. Parce qu’après la conférence, durant la séance d’autographe, je lui ai tendu mon livre et je lui ai dit : « Plus tard, j’aimerais être écrivaine comme vous ! » Roman autobiographique : Eul’blond En résumé : Le roman adopte une forme inspirée d’un marathon. Il se divise en quarante-deux

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Léonie Faucher - Impact Campus (IC) : Tout d’abord, qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire un roman autobiographique ? Bryan Perro : La démarche commence il y a vingt ans. Avant que j’écrive la série Amos Daragon, j’ai écrit un petit roman qui s’appelait Pourquoi j’ai tué mon père. C’était une plaquette qui reprenait un peu le même genre, mais qui était vraiment écrite pour avoir une amorce de conversation avec mon père sur mon enfance atypique. Pour qu’on puisse s’en parler ouvertement et qu’il me dise « ah, ça je ne l’ai pas vu de même », « ah mon dieu, ce n’est pas ça que je voulais ». Cette conversation n’a jamais eu lieu après. Tout ce qu’il a fait c’est de se glorifier de ce texte-là. Je n’ai jamais eu de démarche authentique là-dessus avec lui. Notre relation s’est dégradée jusqu’à sa mort en novembre 2019. Cette dévolution a amené un silence de dix ans, je ne lui ai pas parlé dix ans avant sa mort. Quand il est décédé, j’ai relu ce roman-là. Je l’ai regardé, je me suis dit que c’était mal foutu. J’ai commencé par le réécrire pour faire

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

J’ai huit ans. Je suis assise dans la première rangée de la Salle des Lions à Laurier-Station. L’attente est longue. Sur mes cuisses, le premier tome d’Amos Daragon apaise mon énervement. Je le tiens fort pour être certaine de ne pas le perdre. J’ai envie que tout soit parfait. J’attends ce moment depuis que l’enseignante a annoncé la conférence de l’auteur Bryan Perro. 8 h 30 sur ma montre : ça y est, j’allais rencontrer mon auteur préféré !

chapitres représentant les quarante -deux kilomètres du marathon auquel le père entraineur accompagne sa progéniture. Le grand gnou surnomme son fils Eul’blond, même si sa chevelure est plutôt brune, pour le recadrer. Alors que la grande migration des gnous de 1980 se prépare à Montréal, Eul’blond se prépare à son rituel de passage propre à sa race à ses douze ans. Il s’agit du parcours autobiographique, métaphorique aussi, d'une une enfance atypique au sein d’un troupeau de gnous de Shawinigan.

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le point sur ma jeunesse atypique. Ça découle d’un besoin pour moi de clore les livres sur cette histoire-là. Donc, le roman a pris ses racines il y a de ça vingt ans. IC : Est-ce que vous regrettez de ne pas avoir eu cette conversation-là avec votre père, de son vivant ?

IC : Sachant que vous vous adressez généralement aux adolescents, aviez-vous un public cible en tête ? BP : Je ne sais pas à qui il s’adresse. Il s’adresse à n’importe qui ayant eu des parents. Donc, un peu à tout le monde qui peut voir comment l’influence des parents peut être difficile

IC : Pourquoi avoir choisi l’animal du gnou comme animal métaphorique du roman ? BP : Pour moi, c’est un animal qui répond bien à la métaphore de ce que représente mon père. C’est-à-dire l’homme entêté qui va toujours faire la même chose, qui a ses principes, qui n’en démord pas, qui est un être de rituel, qui a sa façon à lui de voir le monde et qui ne peut pas dévier de sa route. Parce que le gnou ne dévie jamais de sa route et le troupeau suit. Ils savent très bien qu’ils vont passer la rivière Massaï, qu’il va y avoir des crocodiles géants et que certains d’entre eux vont mourir. Au lieu d’essayer de trouver une autre place pour

passer, ils passent là tout le temps. Pourquoi ? Parce que c’est là qu’il faut que ça passe. Là, tu essaies de savoir pourquoi ils pourraient changer. Non ! Ces des animaux qui ont un rituel, une façon de faire et rien ne peut faire changer ce rituellà. La preuve, le premier roman que j’ai écrit ! Mon père ne voulait pas rentrer dans cette conversation-là, il ne voulait pas se remettre en doute, ne voulait pas réfléchir sur ses actes. Pourquoi, parce que c’est ça qu’il avait à faire, il n’a pas besoin de réfléchir à ça. Alors, le gnou est un être qui avance et qui est motivé par l’instinct de sa race, un peu comme mon père. IC : Tout au long du roman, j’ai senti un sentiment d’urgence du personnage à atteindre la fin, à s’exprimer, surtout avec les décomptes et la forme du marathon, y avait-il une intention derrière ce sentiment d’urgence ? BP : Moi j’ai fait le marathon de Montréal à douze ans et pour vrai, je peux te dire que tu as hâte que ça finisse (rire). Je me rappelle encore très bien des cinq derniers kilomètres, tu comptes, tu as vraiment hâte, tu as vraiment, mais vraiment

hâte que ça finisse. Tu as vraiment hâte d’être libéré de la chose. Alors ce sentiment-là des cinq derniers kilomètres qui mène vers ta libération, oui, c’est le sentiment d’urgence que ça finisse, que la douleur s'arrête et qu’on passe à d’autres choses. Je pense que n’importe qui ayant fait le marathon, les cinq derniers kilomètres... C’est comme un calvaire que tu as hâte d'arrêter, c’est comme la pandémie, on a hâte que ça finisse. IC : Est-ce que cette volonté que ça finisse, ça a un écho avec le dossier de votre père ? BP. : Peut-être que ça a un lien avec ça, parce que tu vois, ce roman-là est sorti en fin octobre et mon père est décédé le deux novembre. C’est un cycle d’un an qui se complète avec la sortie du roman et sa première année de décès. Je peux dire que dans ma vie à moi, ce cycle-là est définitivement terminé, l’histoire avec mon père est terminée, comme le marathon.

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

BP : Bien oui, je l’avais fait pour ça, le premier roman. Quand on fait quelque chose pour aller vers l’autre et qu’on n’a pas ce qu’on attend, bien sûr on le regrette, on trouve ça dommage. En même temps, je l’accepte, parce que ce sont des zones où lui ne voulait pas rentrer. Je ne peux pas forcer quelqu’un à vouloir marcher dans ces territoires-là s’il ne le désire pas.

pour l’enfant qui se voit imposer ces doctrines-là. Mais aussi, comment l’enfant peut se sortir, c’est ce que j’ai fait, de ce que les parents désirent pour lui. Il est pour les enfants et pour les parents. En même temps, ce n’est pas un roman ciblé jeunesse ou adulte. Je crois qu’à douze ans, il y a des subtilités qu’on ne peut pas comprendre. Du moment où le lecteur est en âge de comprendre les subtilités, je crois que c’est bon.


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BP : Ah, je ne l’aimais pas (rire). Si je l’avais aimé, ça m’aurait touché, mais là ça va. On me demande souvent « ben la vous aimez pas votre père, avez-vous aimé votre père ? ». Je ne pense pas avoir aimé mon père. Là, on me demande : « Dans ce cas-là vous le détestiez ? » Je ne pense pas non plus que je le détestais. C’est plus compliqué que ça. Je ne peux pas dire que je l’aimais ni que je le détestais, c’est une zone grise entre les deux. Un mouvement où tu te sens obligé parce que c’est ton père. C’est très équivoque comme sentiment. C’est dur à expliquer.

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IC : Votre style d’écriture fantastique est plus discret dans ce roman, est-ce que d’avoir utilisé le style métaphorique vous a aidé à mettre des mots sur votre histoire ?

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IC : Prévoyez-vous une suite à Eul’blond qui se baserait sur d’autres moments de votre enfance ou adolescence ?

IC : Anticipez-vous la réaction de vos lecteurs ? En fait, qu’éprouvez-vous lors de la sortie d’un nouveau roman ?

BP : Je ne pense pas que c’est un roman à suite. Je pense que ça a été dit, ça a été fait. Maintenant qu’est-ce qui m’arrive pour la suite, je ne le sais pas. Personnellement, j’avais perdu l’envie d’écrire depuis environ cinq ans. J’écrivais du théâtre, du spectacle et tout ça, mais écrire du roman ça ne m’intéressait plus. Eul’blond m’a relancé dans une certaine envie d’écrire, mais je ne sais pas trop vers où. Je suis encore ambivalent.

BP : Avant la sortie d’un nouveau roman, je suis toujours

Donc, la réponse à toutes tes questions est « il est ambivalent ».

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

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BP : Il n’y a pas vraiment de fantastique dans le roman, sinon l’hallucination. Ce n’est pas un roman fantastique, c’est un roman métaphorique. Il y a beaucoup de métaphores et de comparaisons. L’idée du roman métaphorique qui parle par symbole est plus facile pour moi puisque ça fait partie de mon ADN d’écrivain.

fébrile. Cependant, celui-là, je ne sais pas. J’ai l’impression que j’ai fait ce que j’avais à faire et que c’est fini. Alors, j’espère que ça va marcher et que les gens vont l’aimer, parce que je pense que c’est une bonne histoire somme toute. Ce n’est pas le même sentiment d’écrire sur soi que d’écrire du fantastique. Ce n’est pas le même public non plus. Encore une fois, les sentiments sont un peu mélangés. Je suis content d’avoir fini l’exercice mais en même temps, j’ai besoin de savoir que c’était une nécessité. Quelque part c’est déjà réglé. C’est déjà un succès dans un sens, pour moi en tout cas. Maintenant, il faut que ce soit un succès de librairie. J’aurais plus de facilité à comprendre l’engouement si je pouvais voir les lecteurs dans les salons du livre, mais avec la pandémie je ne peux pas. Alors c’est un peu abstrait.

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IC : Je tiens à vous offrir mes condoléances.

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IC : Pour certains écrivains c’est la page blanche, alors que pour d’autres c’est le scénario parfait. Est-ce que le confinement a un effet sur votre envie d’écrire ?

légendes, les créatures fantastiques, les grands héros. J’ai écrit Amos Daragon avec cette passion-là et c’est pour ça que ça a marché. Donc, j’ai été là-dedans, authentique envers ma passion, envers ce que je suis et ce que j’aime. Dans Eul’blond, je suis authentique, mais cette fois-ci, je le suis envers moimême et envers mes sentiments. Donc, ça serait d’essayer d’aller chercher notre authenticité dans ce qu’on écrit.

BP : Je te dirais de revenir au calme, parce que la pandémie force un retour sur soi. Le retour sur moi fait renaître certaines envies. IC : Avez-vous ressenti de la nostalgie en vous replongeant dans vos souvenirs pour écrire ce roman ?

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IC : La série d’Amos Daragon va avoir sa représentation télévisuelle, ça vous fait quoi de voir ce projet qui vous a demandé des années d’écriture prendre vie ?

BP : Oui, malgré que le marathon et tout ça c’est parfois douloureux. J’ai parfois des belles images qui me sont revenues. Pour être honnête et authentique avec toi, quand on écrit quelque chose comme ça qui touche à nos sentiments, c’est sûr que c’est plus embarrassant. Parce que tu te dis « est-ce que je dis ça ? », « comment je le dis ? », « est-ce que ça va être bien perçu ? », « est-ce que ce sont les bons mots ? ». Parfois, ça implique d’autres personnes aussi, alors ça amène une réflexion autour de la chose. J’ai une demi-sœur, on a 16 ans de différence. C’est son père à elle aussi et nous n’avons pas la même vision. Elle l’a connue à une autre époque même si c’était le même homme. On marche toujours sur des œufs.

BP : Tellement d’années ! C’est un grand plaisir et un grand soulagement. Surtout qu’il y a beaucoup d’intérêts de la communauté internationale pour reprendre le projet et qu’il soit traduit dans d’autres pays. Je suis libéré d’un travail avec le producteur qui a duré des années et des années. D’arriver à ce résultat-là, c’est vraiment un autre marathon qui se termine.

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Je vous souhaite donc la fin des marathons dans votre vie, cher Bryan Perro.

IC : Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à vos lecteurs qui rêvent de devenir écrivain ?

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BP : Quand on aborde un récit, d’être le plus authentique possible et que ça colle à soi. Là tu vas me dire, « ben là Bryan, Amos Daragon c’est du fantastique, ça ne colle pas à toi ». C’est faux, parce que ça colle directement à moi, car une de mes passions dans la vie c’est la mythologie : les contes, les


NOTHING

The Great Dismal 9/10

S’inscrivant dans la lignée du «shoegaze revival» depuis plus 10 ans, Nothing ajoute à cette bibliothèque un album viscéral et efficace. Les «reverbs» de guitares, les drums hyper marqués et la voix éthérée de Domenic Palermo font de Nothing des maîtres du genre. Plus lourd que ce que certain pourrait s’attendre, les influences hardcore et grunge des années 90 se font sentir dès la deuxième piste de l’album. Sans tomber dans la caricature d’un son suranné, la réalisation amène plutôt une touche de modernisme à ce style qui ne s’essouffle aucunement tout au long de l’album. Guillaume Pepin

ÉCOUTE LOCAL

Mélodie Spear

À NE PAS MANQUER

L’ouragan Spear livre finalement un premier EP très justement intitulé Fabulations, où l’imagination fertile de la jeune artiste de Québec explose en cinq pièces résolument vivantes. Une résurgence pop-rock insuffle aux paroles candides une énergie dont on a bien besoin en cette dépression saisonnière. Dans les limbes et Plus qu’une fable sont les deux titres emblématiques à retenir, qui nous donnent envie d’entendre où la mènera son petit « rock n’ roll train » dans les années à venir. Émilie Rioux

Dès le 21 décembre et jusqu'au 4 janvier 2021, les animateurs vous proposent une programmation toute spéciale pour le temps des fêtes en revisitant l’actualité et en réalisant divers palmarès d’albums et de chansons de la dernière année. Surveillez également les éditions spéciales de Chéri-e l’année est finie avec Gabrielle Morissette et Félix Duchesne à l’animation pour découvrir l’annuel bilan culturelle ! Je profite également pour remercier sincèrement tous nos bénévoles qui ont sû nous fournir une autre belle saison avec un contenu tout aussi enrichissant que divertissant. Restez bien branché et syntonisez votre radio universitaire préférée ! Bonne écoute !

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Alex Baillargeon, directeur de la programmation

Boucles

8/10

Boucles donne à entendre les premières notes de Charlotte Brousseau dans le paysage musical de la ville de Québec. Elle y chante le retour à la terre dans un respect de la tradition de la chanson québécoise et dans une instrumentation acoustique minimaliste qui laisse toute la place à la poésie des paroles. Ces cinq chansons sont autant d’envolées qui transcendent l’esprit et hypnotisent l’oreille vers un bord de fleuve où le vent souffle fort. Des premiers pas musicaux très matures et fort impressionnants pour cette jeune autrice-compositrice-interprète d’ici. Émilie Rioux

PALMARÈS DU MOIS

Super Plage II 7.5/10

Super Plage nous offre un deuxième manifeste contre l’hiver simple et efficace qui nous fait regretter l’été. On retrouve avec joie son électro-pop vaporeuse à saveur kitsch des années 80 et ses collaboratrices (Virginie B, Meggie Lennon, San James, Narcisse) auxquelles s’ajoute Mélanie Venditti. Attendez-vous à planer avec Mush, à jouer dans le sable sur Les vacances et à repenser à votre voyage pandémique avec Gaspé. Une proposition dansante et relaxante pour survivre jusqu’à Noël. Nicky Lamontagne

Charlotte Brousseau

2

Yves Jarvis Sundry Rock Song Stuck

Question de survoler brièvement les albums que nous avons décortiqués à la radio pendant le mois de novembre, notre équipe de dissection vous offre leurs impressions en quelques lignes. À rattraper aussi en audio sur le site de CHYZ ainsi que dans la section Blogue du Club Critique.

Super Plage

Fabulations 7/10

Comment Debord Comment Debord

3

4

Marie Davidson et L'oeil Nu Renegade Breakdown

Kinkead Migration

5

6

Someone New Helena Deland

Idles Ultra Mono

7

8

Le Couleur Concorde

Antoine Corriveau Pissenlit

9 Lucill Bunny

10 Working men's Club Working Men's Club


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CORRIGER LE PASSÉ Mémoire d’encrier rééditait en 2019 Eukuan nin matshi-manitu inushkueu / Je suis une maudite sauvagesse. Cette année, c’était au tour de Tanite nene etutamin nitassi? / Qu’as-tu fait de mon pays? de reparaître dans les librairies. Ces deux ouvrages d’An Antane Kapesh, une écrivaine et militante innue ayant vécu de 1926 à 2004, sont plus qu’un témoignage : un soulèvement. Le dernier raconte l’industrialisation du Québec, et avec elle l’exploitation du territoire d’un point de vue innu. Sa parole, issue du passé, résonne avec encore plus d’éloquence aujourd’hui alors que nous semblons parvenir pour la première fois à ouvrir les yeux sur les conséquences de la colonisation. Par Jessica Dufour, journaliste multimédia

Pourquoi dépoussiérer maintenant les livres d’An Antane Kapesh? Je me suis posé la question en apprenant leur réédition. Moi qui avais déjà tant à découvrir de la littérature autochtone: Joséphine Bacon, Naomi Fontaine, Marie-Andrée Gill, Tanya Tagaq, Natasha Kanapé Fontaine, Samian, Louis-Karl Picard-Sioui...

Qu’as-tu fais de mon pays?, un conte bilingue innuaimun-français, fait état de la colonisation mais pas

Le peuple innu, symbolisé par l’enfant, accueille pourtant chaque fois les Polichinelles (Blancs) avec ouverture et tolérance, espérant qu’ils finissent par rebrousser chemin et le laisser tranquille. Il les aide, leur enseigne comment survivre dans la forêt, jusqu’à sa langue qui leur servira finalement à mieux l’endoctriner. L’enfant sera d’abord amadoué, lui promettant de s’occuper de lui, de lui offrir tout ce qu’il désire. Puis il sera abandonné à son sort, même emprisonné, contrôlé et rabaissé, jusqu’à ce qu’il ne sache plus qui il est ni d’où il vient, jusqu’à ce qu’il ne soit plus que l’ombre de lui-même.

Nous devons d’abord recevoir leurs témoignages et leurs idées, faire preuve d’empathie et réellement écouter, intégrer l’information, pas pour en avoir honte, mais pour la considérer quand nous pensons au pays que nous voulons construire – reconstruire.

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« Tu as préféré me voler, rien que pour pouvoir t’appeler QUÉBÉCOIS. […] Après ton arrivée, si tu m’as forcé à être ton concitoyen, si tu as voulu te mêler à moi et si tu as changé mon nom, c’est uniquement pour qu’il n’y ait que ton nom à toi qu’on entende partout, indéfiniment. » - Qu’as-tu fait de mon pays?, An Antane Kapesh Ce passage me fait m’interroger sur la légitimité de nos luttes pour la conservation de la langue française. N’avons-nous pas fait ce que nous refusions d’accepter des Anglais?

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

C’est Naomi Fontaine qui a initié ce projet, selon ULaval Nouvelles, « pour ne plus jamais être victimes. Pour pouvoir avancer dans l'affirmation, au-delà des mœurs qui nous auront fait croire que nous ne sommes pas dignes. Pour que nous aussi un jour on dise: ma culture est la meilleure qui soit. Et pour le Québec. Pour réécrire l'Histoire. Pour qu'on se souvienne. », cite-t-on.

Nous responsabiliser À ceux.elles (Blanc.hes) qui soutiennent que rien de tout ça n’est de leur faute, qu’il.elles n’ont pas consciemment choisi cette violence, qu’il faut laisser le passé là où il est, je répondrai ceci : Nous choisissons maintenant dans quel monde nous voulons vivre et les gestes que nous posons. Ne rien faire, c’est prendre une décision; celle de laisser aller ce qui pourrait être changé. Personne ne guérira dans la passivité. C’est à nous, maintenant, d’aller à la rencontre de ces peuples méconnus, d’apprendre leur langue, de nous intéresser à leurs traditions, à leur vision du monde et de la vie. C’est à nous de grandir comme nation en décidant (enfin!) de reconnaître leurs droits et leur savoir, puis de les prendre en compte dans nos processus décisionnels, de réformer les structures pour fusionner nos façons de faire au lieu de leur imposer la nôtre tout simplement parce que « c’est comme ça ».

seulement. Il rappelle ce que c’était de chasser pour la subsistance, dans le respect de l’animal, le nomadisme, le cycle des saisons, les techniques et les savoirs ancestraux ainsi que leur mode de passation. Il fait état d’un territoire brisé, surexploité, bafoué au nom du profit, du progrès.

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La tradition coloniale, la pensée blanche (référence au récent essai de Lilian Thuram) se perpétue, que ce soit volontairement ou malgré nous. Ne pas admettre qu’il y a du racisme systémique ne le fait pas disparaître. C’est ancré en nous, dans nos livres d’histoire, dans notre façon de nous percevoir et de percevoir les autres. Nous sommes un peuple colonisé et aimons le rabâcher quand ça fait notre affaire, mais que faisons-nous des peuples que nous avons colonisés? Reconnaître l’apport des autochtones à la culture, à la société Chaque fois que j’écris « innu », le correcteur de Word le souligne en rouge. Cette ligne brisée indiquant normalement les fautes, me semble fortement appuyer ce que j’essaie de dire. Quand reconnaîtrons-nous la légitimité, l’existence de ce mot? La langue est le reflet de la culture et tant que nous n’aurons pas appris à cohabiter physiquement, linguistiquement et idéologiquement, nous continuerons de faire du surplace dans toutes nos luttes. Nous prenons le monde et les façons de faire pour acquis parce que c’est comme ça depuis longtemps, c’était comme ça avant nous. Mais plus on s’ouvre aux traditions des Premières Nations, plus on se rend compte que ce monde, nous l’avons construit, orienté selon des principes et des idéologies et qu’il y a bien d’autres façons de s’organiser en société, de gérer les ressources, de vivre. C’est cette ouverturelà que permet Qu’as-tu fait de mon pays?.

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Comme Naomi Fontaine souligne en préface : « Qu’as-tu fait de mon pays? est la promesse que ce qui est perdu peut aussi être retrouvé. » C’est le début d’une discussion qu’on se promet d’amorcer depuis des décennies sans réel aboutissement. Toutes ces excuses, cette culpabilité, cette honte ne servent à rien si elles ne sont pas accompagnées de gestes concrets, par un réel désir de changement. L’inuktitut est enseigné à l’Université Laval et en attendant que l’innu-aimun fasse aussi partie du programme, il est possible de découvrir cette langue par le biais de l’Institut Tshakapesh, au moyen du dictionnaire en ligne. Les capsules Briser le code de Maïté Labrecque-Saganash à Télé-Québec permettent un survol des notions comme l’appropriation culturelle, et d’identifier les 11 Premières Nations du Québec. Dans l’épisode #95 du podcast Sans filtre, elle discute des enjeux, mettant davantage de lumière sur les aberrations et les inégalités qui se perpétuent encore aujourd’hui et parle tout particulièrement de la nation Cri dont elle fait partie, de ses espoirs pour l’avenir.

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

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Cette renaissance d’An Antane Kapesh (pour reprendre les mots de Radio-Canada) nous donne l’occasion de nous questionner, et ultimement, de corriger le passé, en commençant dès maintenant à nous intéresser aux peuples qui vivaient du territoire avant que nous y débarquions pour nous l’approprier. N’appartient qu’à nous de réparer ce que nos ancêtres ont brisé, de construire des ponts entre les Premières Nations, les Inuits et nous. Ça commence par la lecture, par l’écoute, par l’apprentissage. Et j’oserais dire : par le désapprentissage de la pensée blanche.

Photos Pixabay

N’avons-nous pas imposé notre langue et notre culture à ceux. elles que nous avons colonisé.es?

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NUANCES DE L'ENFANCE

Le recueil, en sept parties, se compose de poèmes courts tantôt en prose, tantôt versifiés. Il dépeint une relation enfantine pas si naïve qui va bien au-delà des confidences à la lueur d’une veilleuse. Une relation d’amitié ou d’amour entre deux jeunes filles. Une relation fusionnelle, voire malsaine. S’en dégage un malaise, un inconfort.

Comme premier recueil, Alex Thibodeau a publié Infantia chez Le lézard amoureux il y a quelques semaines déjà. Son sujet sort de l’ordinaire et est traité tout en nuances : les jeux d’enfants, entre insouciance et domination, ignorants du consentement.

C’est une histoire intense de jeux sexuels, puis de manque viscéral : « Es-tu là ou est-ce ton reflet gluant sur mes cuisses? » et encore : « je retrace la rivière / dans le bois le soleil / dans tes pupilles je pense / à l’amour j’écris des souvenirs / et j’ai tellement tort ». La relation sera vraisemblablement brisée par un déménagement : « Tu m’as coupé les gencives tranché les joues. Tu es partie. » Les deux filles tentent d’entretenir une correspondance qui tombe à plat, trop pâle imitation de la relation intense qu’elles avaient.

Par Jessica Dufour, journaliste multimédia

Une certaine lucidité surplombe la narration. C’est un regard d’adulte posé sur des souvenirs d’enfance. Au milieu des bricolages, douleur et plaisir se mélangent. Aucun détail n’est laissé de côté.

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« […]

Le recueil, bourré d’images, est écrit dans un langage accessible sans être enfantin malgré les références à la PlayDoh, aux paillettes et aux personnages issus de l’imaginaire. On pourrait associer monstres et démons à des clichés, mais après tout, ne peuplent-ils pas l’enfance au même titre que les fées et les loup-garous? Ces peurs que l’on se fait, avec raison ou pas, ces moments de flottement en dehors du réel : « Tu aimes les jeux où l’on disparaît imiter quelqu’un d’autre enfle tes hanches tu crois être une sorcière à l’âge des baisers et des doigts visqueux imagine l’enfant que l’on jette // à la marmite / avant de le manger. » Dans ces poèmes, presque tous les mots sont à la bonne place. Ça donne un livre au format léger, qui se dévore en une heure et qu’on ne manque pas de relire. Alex Thibodeau est née, vit et étudie à Québec. En 2019, elle faisait partie de la liste préliminaire pour le Prix de la nouvelle de Radio-Canada. Elle a récemment pris part à La grande traversée du festival Québec en toutes lettres aux côtés de 200 autres poètes internationaux.

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lance-moi tes bonbons amers retire ta culotte arrache ta pudeur

écorche-moi jusqu’au bout redessine-moi

Photos par Karim Mantja

on jouera aux ados et je laisserai sur le tapis gris mon refus global » - Infantia, Alex Thibodeau

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

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exactement comme tu veux


Créations

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Ces paysages enneigés qu’on garde sur la table de chevet Par Myriam Coté, journaliste collaboratrice

Au centre dur du corps quelque chose de sec. Chaque fois que l’hiver entre en lumière par les fenêtres, un grand craquement: je voudrais cette soupe chaude ou ce chocolat au lait, je voudrais les pantalons de neige, le traîneau en bois. Je voudrais mon père dans sa jeunesse encore, ses jambes longues de patinoire. Ses jambes qui ne titubent pas. L’enfance me manque depuis que je ne peux plus y être. Elle s’organise en bibelots ou en cloches de verre, ces paysages enneigés qu’on garde sur la table de chevet. J’y souris parce que c’était simple et que je ne savais pas. Je me baume, me badigeonne de lieux où la mort n’existe pas. •

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Mes vingt-six ans, pourtant, ne m’ont pas fait mal. C’était un anniversaire doux, joyeux dans son automne. Seulement : j’aimerais être petite encore et qu’on me fasse attention comme à ces choses fragiles et claires qu’on ne déplace jamais que du bout des doigts. Si j’ai envie de pleurer c’est comme d’autres ont mal à la tête; c’est parce que le temps passe, que le temps pèse. C’est parce que je voudrais que personne ne meure et que dehors. • J’avais déjà pensé la mort avant. Très tôt on m’a appris à le faire : les cauchemars parlaient de cercueils, me ramenaient au sol inégal des cimetières. Aux oncles qu’on y enterrait au dégel.

Depuis plusieurs mois déjà je parle la langue des éclipses et des choses qu’on ne regarde pas en face. Alors l’enfance, oui, sa douceur sous les paupières même si lentement, inévitablement elle m’échappe. Hier au coucher j’ai voulu penser les bras de ma mère et je ne me suis pas souvenu.

Photo par Paula Casillas

J’avais déjà pensé la mort avant, mais elle se pense à un autre endroit maintenant. L’époque est à une mort qui surveille, qui rappelle à nos lubies nos faiblesses et notre durée, les points de son parcours. Au centre dur du corps désormais ma vulnérabilité et la leur, le plus-grand-que-soi qui absorbe, ces éclipses violentes qu’on ne regarde pas en face.

Novembre Octobre 2020 — Volume 04 No.2 No.1

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Dans le grand album que ma mère sortait aux Fêtes, ces visages que je ne reconnaissais pas et cette photographie de salon mortuaire où elle portait des gants .


MICHAUDESIGN@GMAIL.COM


Création Littéraire

Création Littéraire

BOURDON ODÉON

MARY ANN BEVAN

Par William Pépin, journaliste collaborateur

Par Laurence Bertrand, journaliste collaboratrice

nous quittons l’Angleterre les États-Unis nous montrent leurs cicatrices d’immeubles elles nous rappellent maman ta chair trop rêche

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*** Tu vois les nuages à Coney Island faire des embardées et le ciel fait le mort intoxiqué par ces couchers de soleil les magasins te fixent autant que les passants dégoûtés la beauté incinérée dans chaque vitrine les maisons n’en peuvent plus de faire semblant de te sourire

*** Coney Island est-ce plus superbe que la ville de ta jeunesse surtout les soirs où tu rentres de Dreamland les chênes tiennent leurs branches à bout portant plantent leurs doigts dans la terre tu longes les terrains ils exposent leurs souches comme des muscles à travers ta vision de moins en moins claire tu les trouves plus beaux que toi la pluie coule avec hésitation sur toi tu marches les épaules très droites

Le nouvel appartement de Jonathan possédait deux pièces ; une salle d’eau et un amphithéâtre de vingt mille places. Trente années s’étaient écoulées depuis sa naissance et trente autres s’écoulèrent suite à son déménagement, au coin de deux rues sans nom. Devenu vieil homme, il passait ses journéessemaines-mois-années assis à la première rangée de l’hémicycle d’où il pouvait aisément visionner le même film en boucle-et-en-boucle-et-en-boucle-et-en-boucle.

tu franchis la porte de notre logement ses intestins de corridors tes yeux ouvrent leurs tiroirs maman écoute nos murs se pourchasser les uns les autres les portraits de tes parents décédés collent à ton palais quelques tables restent péniblement debout les lits peinent à rester couchés

Jonathan ne ressentait plus la faim depuis des décennies, ni la soif, ni la fatigue, ni quoi que ce soit qui ait pu le faire lever de son siège. L’éternelle pellicule qui déroulait ses millions d’images d’un doux-noir-etblanc-multicolore lui servait de soluté, égouttant en son cœur mille et un souvenirs. Ce devait être la trente-quatre millième fois qu’il assistait à la scène de son neuvième Noël. D’ici quelques minutes, ce serait la trente-quatre millième fois qu’il assisterait à la naissance de son premier amour, le réalisateur du film de sa vie prenant bien soin de couper la scène où la relation prenait fin. Trente années passèrent, puis trente autres, puis trente autres, puis-trente-autres. Jonathan avait désormais cent quatre-vingts ans et des poussières. Sa longue barbe blanchâtre faisant sept fois le tour de l’amphithéâtre, il observait toujours avec la même avidité cette jeune vie trop courte. Ce que le jeune-homme-devenu-vieux ignorait, cependant, c’était que d’autres l’avaient rejoint dans l’amphithéâtre sans qu’il s’en aperçoive. L’abondance de films jouait sans fin sous leurs yeux fiévreux, assoiffés.

le présent demeure-t-il aussi merveilleux *** Assise sur ton lit tu penses à l’Angleterre à ceux qui sont partis ceux qui te respectaient tu serres entre tes cuisses nos souffrances

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Vingt mille sièges, mille et une âmes, une salle d’eau. Photo par Briana Tozour

à nous tes enfants la faim creuse nos ventres comme des tombes les rêves de richesse rampent quelque part sous tes paupières-vestiges *** Tu t’endors nos châteaux de sable jouent à cache-cache entre tes côtes le long de tes tempes tu aimantes nos coloriages réchauffes notre peau de soupirs torrentiels en souhaitant que l’on connaisse la même jeunesse légère que la tienne La version complète sera sur le site Impact Campus

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

comprends-tu maman que seules les stations balnéaires acceptent de te prendre dans leurs bras sans t’insulter

malgré tes migraines tes douleurs articulaires tes responsabilités pesantes de mère et tu oses croiser le regard des fenêtres

Photo par Victoria Palacios

1920


Création littéraire

Création littéraire

Embrouillé

No name

Par Gabriel Tremblay

Par Shana Paquette, journaliste collaboratrice

j'ai les yeux qui coulent ça coule de mélancolie no name de presque vrai copies de déjà vu

Est-ce que c’est elle au loin? Tu la compares à ton dessin À son portrait peint Tu regardes sans cesse cette photo floue La relique de votre amour fou

ça coule salé ça coule aigre-douce ça renverse le trop-plein de grand vide qu'on rit jaune en attendant que ça passe

Relire vos vieilles conversations et s’ensevelir Pourquoi guérir quand on peut souffrir?

ça coule en gamme de do en bleu rêves en mauve poussière j’ai coupé mes cheveux m'en suis fait des pinceaux

Se rabattre sur de faux espoirs Graver dans sa mémoire La querelle du dernier soir L’équivalent d’un diachylon Sur un déchirement de tendon À m’exiler dans ma tête J’ai perdu goût à la fête

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À force d’avaler des repas sans goût J’ai digéré des clous L’estomac viscéralement aigre-doux Quand tu t’accroches Comme l’apostrophe Quand ton ancien coin de rue N’est rien de plus que de l’inconnu Quand la seule empreinte de son passage Est un calepin rempli de rage

Photo par Mateo Avila

Photo Pixabay

NDLR : C’est cliché, mais la rupture est une forme de deuil. N’attends pas de broyer du noir avant de te vider le coeur. Demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, c’est plus souvent qu’autrement impératif. Parfois, pour terminer certains tableaux d’un jeu, t’as besoin de compagnie, d’allié.es. Quand tu sens que ton ventre est en ébullition, ou que tes démons du passé refont surface, cherche et trouve de l’aide : branche une deuxième manette à ta console.

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

Décembre 2020 — Volume 04 No.3

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CADEAUX IMMATÉRIELS, ÉCORESPONSABLES ET USAGÉS Notre consommation personnelle de biens et services est d’environ 13 tonnes de CO2 équivalent par an1, soit 69 138 km en voiture. Consommons différemment !

Source : Tek Narayan Maraseni, Jiansheng Qu, Jingjing Zeng. (2015)

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