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D'un commun accord: Créativité

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D’UN COMMON ACCORD

Créativité

Volume 3, numéro 4

Automne 2023

CONTENU ÉDITORIAL Lucinda M. Vardey DES FILS QUI RELIENT Martine Gilsoul L’ART DE LA NARRATION : VIVRE LE MYSTÈRE Megan McKenna ADORATION ET INSPIRATION John Dalla Costa LE CHEMIN DE L’ICÔNE Martine Roy O.S.B. L’INTERVIEW DE MAGDALA : CRÉER L’HARMONIE avec John Paul Farahat LES ENTRAILLES DE LA CRÉATIVITÉ : LA MISE EN ŒUVRE DES TRADITIONS MONASTIQUES Chiara Calderoni O.S.A. CANTIQUE À LA SAINTE FACE Sainte Thérèse de Lisieux

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Éditorial La créativité reliée à Dieu est un très large sujet. Dieu a créé, crée et continuera son œuvre de création aussi bien dans notre vaste univers en expansion qu’à travers l’ensemble des minuscules particules de vie contenues dans la graine de moutarde. Par conséquent, le besoin de créer est quelque chose que nous partageons avec notre Créateur. En créant, nous entrons en harmonie avec les énergies créatrices qui nous entourent. Etty Hillesum écrit dans son journal : “Il n’y a pas de poète caché en moi, juste un petit morceau de Dieu qui pourrait se transformer en poésie.” Créer la vie est un aspect de la créativité, créer de l’art en est un autre. Les deux vont d’ailleurs de pair car, comme l’explique Martine Gilsoul dans son article, réaliser des choses telles peindre, écrire, travailler avec ses mains et son cœur, c’est créer du bonheur, du sens, de la finalité et de la générosité.

de beauté et de créativité. Dès son plus jeune âge, elle fut reconnue comme étant non seulement douée de sagesse spirituelle, mais ayant du talent pour écrire des poèmes. Elle développa ses capacités artistiques grâce à la peinture, la composition de prières, de lettres et de pièces de théâtre, tout en faisant preuve d’un sens métaphorique profond, traçant sa voie de “petite fleur blanche” dans le jardin de Dieu. Même à la fin de sa courte vie et dans les souffrances, elle ne cesse de créer, griffonnant son autobiographie spirituelle à l’infirmerie du Carmel de Lisieux (publiée à titre posthume sous le titre Histoire d’une âme). Les mots qu’elle prononce sur son lit de mort sont si précieux qu’ils sont enregistrés par les sœurs qui s’occupaient d’elle. C’est ainsi qu’elle continue à vivre, inspirant des millions de personnes avec sa “petite voie”, faire les choses de tous les jours pour et avec l’amour de Dieu.

Dans notre tradition chrétienne, l’art naît d’une connexion avec Jésus, un témoignage contemplatif d’où jaillit l’expression. L’art est destiné à hâter la prière, à transformer, à favoriser la dévotion et l’adoration. L’artiste et écrivain anglais Caryll Houselander affirme que les artistes doivent être conscients de leur rôle “au service de l’humanité” ; que leur créativité “ne consiste pas simplement à Vivre de manière créatrice devient décorer la vie mais instrument de beauté. Nous célébrons à y participer, à la cette année le 150e anniversaire de la vivre comme étant naissance de sainte Thérèse de Lisieux l’une des merveilles dont la vie a certainement été un exemple du monde à vivre

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en communion avec celles des autres, et monastère bénédictin. à travailler ensemble à la réalisation de choses qui apportent la paix.” 1 Au fil des siècles, les religieuses ont fait preuve d’une grande créativité entre les Tout le monde n’est pas artiste ou se murs de leurs couvents. Dans le cadre de reconnaît comme tel. Beaucoup pensent la préparation de leur école d’été 2023, ne pas avoir de dons artistiques, ne pas certaines sœurs Augustines ont rassemblé être doués pour la création, cela n’est des objets d’art provenant de chez elles pas vraiment vrai. La créativité, comme et d’autres couvents afin d’organiser toute autre chose, requiert de l’attention, une exposition. Chiara Calderoni O.S.A. de la pratique et du temps pris sur nos nous explique comment et nous guide activités sociales et nos emplois du temps partageant l’expérience et ses résultats. chargés. “Il est bien mieux pour moi de continuer à essayer d’apprendre à écrire”, Il semble approprié de clore ce numéro écrit Thomas Merton, “je peux devenir par une prière ou un poème de sainte saint en écrivant pour la gloire de Dieu.”2 Thérèse de Lisieux, qui exprime son La créativité, comme la prière, consiste à amour de Dieu avec tant de fraîcheur et ne pas abandonner trop tôt : elle exige d’ouverture d’esprit. patience et persévérance, ainsi qu’une pleine confiance en l’Esprit Saint pour qu’Il nous inspire et nous guide. Lucinda M. Vardey Rédactrice en chef Se perdre dans le processus de création peut nous apporter beaucoup de joie. De nombreux grands compositeurs classiques (ayant composé pour l’Église) ont affirmé que les mélodies, les harmonies, l’instrumentation et les variations sur thèmes, n’avaient pas été écrits par eux. Dans ce numéro, John Paul Farahat explique comment participer à la musique sacrée peut devenir une expérience de transcendance. Le philosophe allemand Martin Heidegger a dit que “l’art est la vérité qui se met au travail.” Megan McKenna nous parle de narration (une approche adoptée par Jésus), comme partage du mystère, et comment la vérité jaillit de la connexion entre celui qui raconte et celui qui écoute. John Dalla Costa explore où peuvent nous mener la pratique et la puissance de l’adoration. Martine Roy O.S.B. nous révèle comment l’écriture des icônes s’est développée et pris de l’ampleur dans son

“Ô mon Dieu...que je sois toujours attentive, toujours en éveil dans ma foi, toujours en adoration et toute livrée à ton action créatrice.” Sainte Elisabeth de la Trinité

(Prière, Sainte Trinité que j’adore).

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Martine Gilsoul fait ses études à l’Université de Liège en Belgique. Elle a d’abord travaillé comme institutrice à Bruxelles avant de s’installer à Rome au poste de responsable du Centre de jeunesse San Lorenzo au Saint-Siège. Formée à la méthode Montessori elle est devenue directrice d’une crèche Montessori à la Banque d’Italie, tout en occupant le poste de rédactrice en chef du magazine MoMo (Fondazione Montessori Italia - Edizioni Erickson). Elle prépare actuellement son doctorat en histoire de l’éducation à l’université Roma Tre. Parmi ses publications, citons “Maria Montessori. Une vie au service de l’enfant” (Desclée de Brouwer 2020 avec C. Poussin). Cet article a d’abord été publié sur le site du Dicastère pontifical pour les laïcs : Section femmes

Des fils qui relient Martine Gilsoul “Les gardiens étaient tous différents, explique Kommunella Markman évoquant ses huit années passées au goulag, certains étaient terribles, comme le capitaine Poljakov, qui entrait dans une colère noire à la vue d’une fleur brodée sur un uniforme. Convaincue que son expérience lui permettait de reconnaître véritablement l’humanité, Mme Markman en a déduit que les êtres humains surprennent toujours. “Par exemple, les femmes. Il est impossible d’imaginer ce dont elles sont capables ! Rentrant du travail épuisées, elles se coiffaient parce qu’elles voulaient être belles. Elles écrivaient des lettres, brodaient des mouchoirs ; nous n’avions pas de maison, pas de vie privée, pas d’espoir, mais nous avions la vie… et nous avions l’amitié et l’amour.” 1 Il y a beaucoup à dire sur la vie de ces femmes courageuses, mais la question qui demeure est la suivante : comment un simple travail de broderie a-t-il pu déclencher la fureur du gardien ? Est-ce parce qu’il représentait un acte de liberté, que la beauté était si incongrue dans cet environnement si laid, ou était-ce la preuve que la dignité des prisonnières ne pouvait pas être détruite? Comment ces femmes, privées de tout, ontelles pu trouver la force de broder après des heures de travail inhumain? Y avait-il dans leur art un “pouvoir” particulier qui leur

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procurait un soulagement bien nécessaire ? Depuis que je suis entrée dans le monde de Montessori, je me suis rendu compte à quel point il est important de travailler de ses mains, aussi bien en tant qu’adultes qu’en tant qu’enfants. Maria Montessori considérait la main comme un organe de l’esprit. Le sociologue américain Richard Sennet, disciple de Hannah Arendt, après avoir étudié les avantages du travail manuel, a conclu qu’il y a un prix à payer lorsque la main est séparée de l’esprit.2 Le travail manuel a donc une valeur qui est très souvent négligée. Il est souvent considéré comme une perte de temps, ou comme quelque chose de moins intéressant à faire. À force de manipuler des écrans tactiles, nous avons oublié que nous avions de l’or au bout des doigts. Depuis quelques années, j’accompagne un groupe de jeunes femmes qui séjournent à Rome dans le cadre de leurs études. Une fois par mois, nous nous réunissons pour parler des femmes, abordant les domaines de l’anthropologie, les différences sexuelles et les sujets liés à la vie féminine. Lors d’une réunion, nous avons abordé l’Évangile de la parabole des talents. J’ai demandé à chacune des femmes de partager au moins deux talents qu’elle possédait. Je n’imaginais pas qu’une question aussi simple et directe

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provoquerait des réactions aussi extrêmes, y compris des larmes. “La réponse la plus fréquente était : “Je n’ai aucun talent !” J’ai quitté cette réunion avec inquiétude. Je me suis souvenue des conversations que nous avions eues et de ce que ces jeunes femmes avaient subi au fil des ans. Elles avaient une grande capacité à parler de questions théologiques et spirituelles, mais étaient limitées dans la compréhension et le partage de leur propre humanité. C’était comme si elles ne savaient pas qui elles étaient, se lançant plutôt dans des discussions génériques sur les problèmes de société. Je me suis donc demandé quelle était l’efficacité d’un discours théorique qui n’était pas soutenu par la “chair,” incarnée dans la vie de tous les jours ? Un ami très cher, aujourd’hui évêque, m’a dit un jour : “Avec les jeunes d’aujourd’hui, il faut d’abord leur apprendre à être des hommes et des femmes, et ensuite avancer vers le spirituel.” J’ai donc commencé à guider ces jeunes femmes pour qu’elles réfléchissent à leurs désirs les plus profonds, en leur expliquant que pour s’aimer ellesmêmes, elles devaient se connaître. Si elles ne se connaissaient pas, comment savoir de quoi elles étaient capables ? C’est précisément ce que disait Edith Stein lorsqu’elle écrivait qu’une femme court le risque de perdre son caractère propre lorsqu’elle ne s’engage pas pleinement dans un travail ou une activité. Je crois que nous avons tous fait l’expérience de ce grand risque. Il est important d’objectiver, de se demander ce que nous aimons faire, ce qui nous donne confiance en nous, puis partager nos talents avec les autres. Peu importe que nous ayons reçu deux, cinq ou dix talents, c’est à chacun de les faire fructifier.

Il me semble qu’en agissant ainsi nous ne tenons pas compte du commandement de Jésus : “aime ton prochain comme toi-même.” Comment se fait-il que nous oublions toujours ces deux derniers mots ? Puis, quand je fais quelque chose que j’aime, je suis assailli par la culpabilité. Il n’y a pas d’égoïsme à prendre du temps pour soi, on constate plutôt que les femmes qui s’accordent le plaisir de le faire sont souvent plus aptes à s’ouvrir aux autres. J’ai plusieurs amies, mères et grandsmères, extrêmement occupées chacune dans leur domaine. En suivant des cours de travaux manuels : céramique, découpage, couture ou autre, elles y ont trouvé un grand secours. L’une d’entre elles m’a dit qu’après, elle se sentait toujours mieux, pleine d’énergie à donner aux autres. Le jour de mon anniversaire, elle m’a inscrite à un cours de construction en carton selon la méthode Montessori. Cette journée m’a fait beaucoup de bien ! Non seulement pour la saine fierté d’avoir réalisé une très belle boîte (avec un couvercle), mais aussi parce que travailler de ses mains est relaxant, la concentration que ça implique donne du sens et apporte un sentiment de sécurité. Alors, prenons les crochets, les livres de recettes, les stylos, les crayons, les pinceaux, les ciseaux, les aiguilles et les fils. Demandons à nos grands-mères comment on fait. Découvrons l’usage de nos mains, l’or au bout de nos doigts.

Bibliographie à page 23

RÉCUPÉRER L’ARTISANAT Nous sommes souvent tentés de nous oublier nous-mêmes pour aider les autres.

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Megan McKenna est diplômée de la Graduate Theological Union et de l’université de Californie à Berkeley, en Écriture Sainte, en éducation pour adultes et en alphabétisation mais également en théologie systématique de l’université catholique. Théologienne de renom, elle est aussi conteuse et conférencière. Elle a enseigné dans plusieurs collèges et universités, anime des retraites, des ateliers et des missions paroissiales. Elle travaille avec différents groupes, des populations autochtones, des communautés chrétiennes, des groupes pour la justice et la paix, mais aussi avec des paroisses, des diocèses et des communautés religieuses. Elle a siégé au conseil national de Pax Christi USA et a été nommée en 2002 ambassadrice de la paix pour Pax Christi. Elle est reconnue internationalement ayant rédigé plus de cinquante livres, dont celui bientôt publié, “All My Relations,” qui traite du pardon, de la réconciliation, de la justice réparatrice et du rétablissement du monde selon les cultures. Megan est une amoureuse des mots, l’Écriture Sainte, les histoires et les contes, la poésie, les images et les phrases prononcées à haute voix, écrites et façonnées pour donner du sens. Elle s’intéresse à la manière dont les mots peuvent convertir, transformer et apporter sens et espoir au monde. Originaire de New York, elle réside actuellement à Albuquerque, au NouveauMexique. Son site web est è www.meganmckenna.com

L’Art de la Narration : Vivre le Mystère Megan McKenna Les récits posent des questions comme : 1) Êtes-vous en vie ? Comment le savez-vous ? Allez-vous mourir ? Le fait de savoir que vous allez mourir change-t-il votre façon de vivre [et de raconter vos histoires] ? 2) Il y a de la souffrance dans le monde. Pourquoi certaines personnes souffrent-elles si terriblement alors que d’autres semblent traverser la vie sans encombre ? Pourquoi la souffrance rend-elle certaines personnes amères et La règle première en matière de narration en colère et d’autres plus compatissantes est de dire que toutes les histoires sont vraies et solidaires ? 3) Il y a le bien et le mal dans et que certaines se sont en fait produites ! Dès le monde. Lequel est le plus fort et lequel les premiers mots d’un récit, celui-ci prend l’emportera à la fin ? De quel côté êtes-vous ? vie dans l’écoute. La vérité est universelle, 4) Où vivez-vous sur terre ? L’endroit où vous elle traverse toutes les frontières, les âges, les vivez change-t-il votre façon de raconter des cultures, les langues, les nations, les religions histoires ? 5) Tout le monde a faim. Pourtant, et les géographies. La vérité partage ce même 85 % de la population mondiale se couche mystère avec l’histoire contée. Ainsi, tous le ventre vide tous les soirs. Quelles sont les récits sont faits de parcelles de mystère vos faims ? 6) Qui aimez-vous le mieux? impossible à expliquer. Plus nous parlons de Qui avez-vous aimé le plus longtemps ? ces mystères au sein du grand Mystère, plus 7) Quel est le pouvoir suprême sur terre ? Lui obéissez-vous? Comment utilisez-vous nous réalisons notre ignorance. www.magdalacolloquy.org 6 “Il était une fois…,” “Comme on disait autrefois...,” “En ce temps-là...,” “Au commencement…,” sont des expressions courantes utilisées lorsqu’on débute une histoire. Il y a autant de façons de commencer un récit qu’il y a d’histoires à raconter. Pourtant, une phrase célèbre, chère aux conteurs, dit : “Il n’y a qu’une seule histoire, comment la raconter ?“


ce pouvoir ? Toutes ces questions sont les éléments essentiels du mystère, tous les récits cherchent donc à approfondir les liens qui les relient. La deuxième règle est que les histoires créent une communauté, quelle que soit la manière dont elles sont racontées, elles sont universelles, plurielles, et touchent tout le monde. La plupart des gens et même des religions croient que nous nous identifions aux histoires que nous racontons et que nous entretenons. Il n’y a que deux réponses : J’aime cette histoire ! Je veux que cette histoire devienne réalité et je vous crois. Ou bien : je n’aime pas cette histoire ; je ne sais même pas exactement pourquoi je ne l’aime pas, mais je sais que je ne veux pas qu’elle devienne réalité. Je n’aime pas beaucoup non plus le conteur. Chaque récit met entre nos mains une fraction de vie et nous dit : maintenant, à vous de décider.

PIERRE NOIRE, PIERRE BLANCHE Voici une histoire, une vieille histoire juive qui date de l’époque du Ba’al Shem Tov (un rabbin appelé le Maître Bien Nommé). Il associe contes, musique et danse, à la foi et à la croyance selon l’ancienne tradition mystique. Son titre est simplement “Pierre noire, pierre blanche”. Il était une fois un homme juif qui avait une fille charmante et gracieuse. Sa femme était morte prématurément et il l’élevait seul. Elle était maintenant en âge de s’occuper de lui. Ils étaient pauvres et vivaient sur le domaine d’un homme riche, dur et calculateur. Le vieil homme travaillait encore pour lui. Un jour, l’homme riche aperçut la jeune fille et fut subjugué, décidant qu’il la voulait pour lui. Il la demanda en mariage peu après, mais elle refusa. Furieux, il n’allait pas abandonner. Il essaya de la soudoyer, mais en vain. Il menaça ensuite le père de lui

faire perdre son emploi et de les chasser de ses terres. Finalement, la jeune fille décida de conclure un marché avec le propriétaire. Elle l’épouserait en échange de la venue de son père chez eux, ce qui lui donnerait la liberté de s’occuper de lui et des autres. Ils se rencontrèrent tous les trois pour discuter de l’arrangement. Elle dit à contrecœur qu’elle l’épouserait s’il acceptait ses conditions. Mais l’homme riche était rusé et ne voulait l’épouser que selon ses conditions à lui. Il conçut donc une épreuve, convoqua un juge et son personnel afin de surveiller et vérifier les résultats. Il lui dit que l’épreuve était simple. Dans un sac en tissu, il mettrait une pierre blanche lisse et une pierre noire lisse, toutes deux choisies sur le chemin pavé. Elle devrait donc choisir l’une des pierres. Si elle choisissait la pierre noire, elle devrait l’épouser selon ses conditions à lui. Si elle choisissait la pierre blanche, elle l’épouserait selon ses conditions à elle. Tous deux acceptèrent. Il se pencha, ramassa deux pierres et les mit dans le sac. Seule la jeune femme remarqua qu’il mettait deux pierres noires dans le sac. Elle fut alors prise au piège. L’homme la tenait, elle devrait maintenant choisir bien que n’ayant plus vraiment le choix. Elle prit une minute pour rassembler son courage et lui dit : “Monsieur, pourquoi ne choisissez-vous pas pour moi, puisque c’est vous que j’épouserai ainsi tout le monde saura que je me plie à votre décision ?” Le voilà maintenant pris au piège ! Quelle que soit la pierre choisie, elle pouvait déclarer: “Ô, j’aurais choisi la blanche ! “ et tous furent témoins. Elle l’épousa donc selon ses conditions à elle, et vécut aussi librement que possible. Une merveilleuse leçon de sagesse. L’histoire elle-même révèle l’imagination, la créativité féminine et de nombreux mystères

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de vérité. Elle offre aussi une échappatoire à la violence, la douleur et la souffrance et une porte permettant d’accéder à l’espoir, aux occasions non réalisées et à la vie ! Le récit crée la liberté, une propagation de la bonté, il évalue toutes les options possibles, tout en nous surprenant avec des réalités jusqu’alors inconnues et une façon de faire face à une situation apparemment sans issue.

L’ÉCRITURE DANS LE RÉCIT Jésus est un conteur. Toutes ses histoires sont de bonnes nouvelles pour les pauvres, révélant la vérité de l’univers et la façon dont les choses sont réellement selon Dieu. Cependant le plus étonnant ici est que Jésus lui-même est l’histoire ! C’est lui, sa personne, sa présence, qui est le récit ! Nous lisons dans les premiers mots de l’Évangile de Jean (1,14) que “le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous.” Maintenant, notre tâche de croyant et de disciple de Jésus est d’utiliser notre chair, selon la puissance de l’Esprit et la Parole de Dieu, afin de devenir Paroles de Bonne Nouvelle, Paroles du Père qui transforment tout être en enfants et amis de Dieu. Le mystère de l’Incarnation, le Verbe de Dieu se faisant chair, chair de Dieu, ce en quoi nous devons maintenant nous transformer avec Jésus. Alors notre chair respire la Parole de Dieu, les autres peuvent la voir et l’entendre à travers nos récits et nos vies, nous devenons ainsi unis dans la vérité. Une histoire peut ouvrir des perspectives et devenir un moyen de connaître la vérité au travers du processus d’écoute. Cette histoire se déroule à New York, à la fin des années 80, lors d’une fête célébrant l’ouverture d’une pièce de théâtre à Broadway où étaient réunis à la fois le public, la troupe, les auteurs et producteurs ainsi que tous ceux ayant collaborés au succès retentissant de la pièce. Tout en trinquant, ils discutent de ce qui fait la célébrité d’un acteur. S’agit-il de la pièce,

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des mots, des acteurs, de la mise en scène et du metteur en scène, ou même du public ? Quelqu’un suggère un exercice afin de tester les réponses possibles : demander à l’acteur principal de réciter quelque chose par cœur et à une personne n’étant pas acteur de faire de même. L’un des auteurs suggère d’utiliser le psaume 23, “Le Seigneur est mon berger,” texte connu de tous les participants. Quelqu’un lance alors : “D’accord, choisissons comme second interprète une personne qui connaît vraiment le texte comme le père aumônier (un familier des personnes travaillant au théâtre).” L’acteur se concentre et récite le psaume dans une atmosphère attentive et calme. Après quelques instants vient le tour de l’aumônier. Le silence s’installe de nouveau, mais cette fois plus profond, plus lourd, plus ample. Est-ce dû à l’embarras, à l’interrogation, à la surprise, à la gêne ? Finalement, quelqu’un demande qui des deux avait offert la meilleure interprétation. Les réactions fusent et la plupart des participants choisissent l’interprétation de l’aumônier. On demande à l’acteur s’il est d’accord, il approuve de tout cœur déclarant solennellement : “Je connais les paroles. Je connais le psaume. Mais il connaît le Berger.” Nous racontons les histoires que nous aimons et ces récits que nous racontons nous affectent et affectent ceux qui nous écoutent. Un célèbre dicton universel dit : “L’histoire commence quand le narrateur s’arrête de parler.” C’est l’art de la narration, un procédé mystérieux qui nous transforme en conteur, ainsi l’histoire devient réalité pour nous et pour les autres.

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Adoration et inspiration John Dalla Costa John Dalla Costa est un auteur et théologien, spécialiste des questions éthiques et morales, il a rédigé cinq livres. Pour en savoir plus sur son parcours, veuillez consulter notre site.

Dieu n’est pas toujours facile, mais toujours productif, car nous devenons la personne que Dieu a voulu créer.

J’hésite à écrire sur l’adoration. Cette merveilleuse forme de prière défie toute description facile, et ma propre dévotion reste un travail en cours. L’adoration est un don ceint par la grâce, noyé dans une lande de mystères ; l’adoration suscite admiration et gratitude, deux éléments souvent défectueux en chacun de nous. Comment ne pas être désorienté par la présence vivante de Dieu ? Le Saint-Sacrement exposé est à la fois Trinité, Création, Incarnation, Crucifixion, Résurrection et Pentecôte. Rien de Dieu n’est dissimulé. Tout l’amour de Dieu est présent, d’où le besoin et le désir d’adorer, de vénérer, de tout donner au Dieu qui s’est livré à nous.

Ce souffle que nous ne possédons pas, mais qui nous possède, se déploie de plusieurs manières. La première étant la respiration. L’étymologie du mot “ inspirer,” vient du latin inspirare et signifie “souffler dans,” “insuffler,” “communiquer.” Respirer avec intentionnalité devant le Saint-Sacrement est donc littéralement inspirant. C’est aussi vrai sur le plan théologique. Chaque respiration renvoie à ce moment sacré où Dieu insuffle “une haleine de vie” à la forme humaine sculptée dans la glaise (Genèse 2,7). Chaque respiration insuffle également l’Esprit Saint transmis par Jésus lorsqu’il souffle sur les apôtres lors de sa première apparition après la résurrection (Jean 20,22). Tout cela pour dire que le simple fait de respirer la présence sacrée de l’Eucharistie est un acte saint et édifiant.

Je ne vais pas à l’adoration pour trouver l’inspiration. En fait, j’ai dû apprendre à désapprendre ou souhaiter obtenir quelque chose de l’adoration, m’éloigner de mes vieilles habitudes, ce que le cardinal Joseph Ratzinger appelle “la tyrannie du fonctionnalisme.1 Pourtant, l’adoration est inspirante d’une manière encore plus fondamentale. Si nous assistons à la messe pour consommer le Saint-Sacrement, l’adoration nous permet d’être consommés par le Saint-Sacrement. Le fait d’être comme envahi, permet d’atteindre un tout autre niveau de discernement et de créativité, et même obtenir des réponses à des questions que je ne savais pas qu’il fallait poser, car l’inspiration de Dieu jaillit de façon expansive. L’abandon qui résulte de cette immersion en

L’expiration est également source d’inspiration. J’ai appris que de petites idolâtries se glissent toujours dans cette forme de prière. J’ai des requêtes à formuler, des questions à poser, des problèmes à résoudre, des angoisses à apaiser. Tous ces besoins humains méritent effectivement d’être priés, mais dans d’autres contextes. L’adoration ne porte pas sur moi, ni sur mes besoins, ni sur mes espoirs ou mes désirs, ni même sur mes fautes, mes péchés ou mes regrets. C’est une prière offerte aussi purement que possible à Dieu. Une fois de plus, il se produit quelque chose d’inspirant dans ce relâchement. Éviter ces écueils nous permet de nous approcher le plus possible du vide, avec modestie, ce qui nous prédispose davantage à la vénération. Comme l’a

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expliqué le cardinal Ratzinger, cette “louange elle-même est un mouvement, un chemin; c’est plus que comprendre, savoir et faire, c’est une ‘ascension.’ “

VIGILANCE Cette voie qui mène vers là-haut exige d’être présent dans l’instant, particulièrement aujourd’hui, et peu d’entre nous y parvienne. Je ne veux pas sousestimer la condition difficile des personnes, en particulier les enfants, qui souffrent de troubles du comportement ou TDHA, mais il me semble que le “trouble déficitaire de l’attention et l’hyperactivité” sont également un fait culturel et spirituel. Les désordres politiques, ceux de l’Église et même ceux de nos vies, sont en grande partie dus au fait que nous ne prêtons pas attention à ce qui compte le plus. La philosophe française Simone Weil a écrit que “chaque fois qu’un être humain fournit un effort d’attention dans le seul désir de connaître la vérité, il acquiert une plus grande aptitude à la trouver.”2 Nous connaissons tous le lourd

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tribut de la distraction. Nous somme épuisés face à cette culture de la consommation qui nous propose toujours plus de stimulations, de divertissements mais aussi de la désinformation. Le mal s’immisce dans le monde là où l’attention se relâche. À l’inverse, comme nous le rappelle le moine bénédictin Lawrence Freeman, nous prêtons attention à ce que nous croyons. L’amour lui-même ne peut être vécu qu’en prêtant attention à l’Autre, et aux autres. En présence du SaintSacrement, nous contemplons nos vérités les plus précieuses. Toute la beauté de la création, tout l’amour de la rédemption, tous les dons de l’Esprit Saint se déversent continuellement. C’est un spectacle à couper le souffle, et il est bouleversant d’être ainsi porté. Une grande partie de notre détresse aujourd’hui est due au fait que nous sommes paralysés par la complexité de ce qui nous arrive, confrontés à des crises et à des problèmes d’une ampleur considérable, avec peu, voire pas du tout, de pistes pour les comprendre ou les résoudre. Le découragement est le contraire de l’inspiration. Encore une fois, comme l’a si bien exprimé le cardinal Ratzinger, “ce dont nous avons besoin, c’est de la présence dans nos vies de ce qui est réel et permanent, afin que nous puissions nous en approcher. Aucune participation ou créativité extérieure n’est utile si elle n’est pas une participation à cette réalité intérieure, à la voie du Seigneur, à Dieu lui-même.”3 Prier en présence des contradictions de notre foi, l’Incarnation, la Trinité, la présence sacramentelle de notre Dieu infini dans l’hostie, nous prépare paradoxalement à vivre avec espoir dans les polarités autrement débilitantes qui affligent notre monde. L’inspiration ici est d’être des médiateurs et des bâtisseurs de ponts, d’absorber dans nos cellules les Béatitudes et de les mettre en pratique.

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Immergés dans l’authenticité de l’amour de Dieu, avec l’audace de Sa présence nous sommes invités à faire quelque chose de particulier, d’audacieux et d’unique. L’élan est ici infini. Dans le Saint Sacrement, Jésus est pleinement présent dans sa pleine humanité et sa pleine divinité. Son calvaire sur la croix nous brise. La vulnérabilité de Dieu est telle, qu’il nous confie Jésus à consoler, en assumant la part de croix que nous sommes seuls à pouvoir porter. Pourtant, alors même que nous nous efforçons de soulever cette croix, la générosité de Dieu fait se déverser la gloire de sa résurrection à travers les dons de son Esprit Saint. Pour notre Église et pour le monde, le pape François nous appelle à bâtir l’unité utilisant nos différences et nos diversités. 4 L’adoration est la “perle de grand prix.” Beaucoup d’entre nous, moi y compris, ont négligé cette prière facultative à la célébration de l’Eucharistie. Si nous sommes désorientés et découragés par le monde, c’est parce que nous avons troqué cette perle contre les babioles de l’affairisme, le travail, les divertissements, les expériences et les messages. Notre premier réflexe est donc de revenir au Seigneur qui a faim de notre présence et de notre amitié. Et en adorant le Christ dans l’ostensoir, nous recevrons son inspiration. Bibliographie à page 23.

Martine Roy O.S.B. est née dans la région de la Beauce au Québec,

Canada. Elle est entrée au monastère de Ste-Marthe-sur-le-Lac, dans la banlieue de Montréal, en 1983 et a prononcé ses vœux monastiques en 1986. La première et principale fonction des moniales est de prier à la louange de Dieu et de supplier pour le monde entier. Pour ce faire, elles prient sept fois par jour, comme l’exige la Règle de saint Benoît, qui est aussi la prière liturgique de l’Église. Les autres activités du monastère sont liées à cet “opus dei,” qu’il s’agisse de la lessive, de la cuisine ou de l’enseignement de la vie monastique et théologique aux jeunes du noviciat. Bien que le travail de Sœur Martine consiste à écrire des icônes, elle s’applique également à des travaux plus simples comme la couture ou l’arrangement de fleurs dans le sanctuaire. Pour plus d’informations sur le monastère, visitez le site www.abbayesaintemarie.ca

Le Chemin de l’Icône Martine Roy O.S.B. “Ma maison sera une maison de prière” (Luc 19,46). Le chemin de l’icône c’est un chemin de prière. Où trouve-t-on le plus souvent l’icône? Dans les églises et les monastères. Quand on dit monastère, on pense prière, silence, vie avec Dieu. C’est ce qui m’a attirée vers cet état de vie. Au Québec, il n’y a qu’un monastère de moniales Bénédictines contemplatives. Il se trouve à Ste-Marthe-sur-le-Lac, en banlieue de Montréal. Une fois sur place, j’ai appris que c’était l’unique monastère de ce genre au Canada ! Alors quelle chance pour moi de l’avoir connu. Cette maison de Dieu fut fondée par le monastère français Notre-Dame de Wisques, appartenant à la Congrégation de Solesmes. Le restaurateur

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de Saint Pierre de Solesmes, Dom Prosper Guéranger, est aussi le restaurateur de la vie monastique en France au XIXe siècle. La première Abbesse du monastère de moniales fondé par Dom Guéranger disait : “La restauration de l’art chrétien est une petite branche de la restauration liturgique de Dom Guéranger; la liturgie étant elle-même le procédé le plus artistique pour entrer dans la doctrine catholique.” Enfin je pouvais fixer ma vie en ce lieu où l’on peut vivre en Présence de Dieu, grâce à la vie liturgique, une vie puisée dans l’évangile et portée par le chant grégorien. Ce chant imbibe, pénètre toute la vie de la moniale, la fait vivre de la vie de Dieu fait homme. On revit toute la vie du Christ, de sa naissance à sa mort et sa résurrection. La moniale marche à la suite du Christ comme Marie, sa Mère, et ses disciples le faisaient. Alors que j’étais bien insérée dans cette vie monastique, un vent d’œcuménisme envahit le monastère, nous conduisant une consœur et moi, à la recherche d’un professeur. Notre but était de suivre des cours d’iconographie pour entrer en contact avec nos frères et sœurs orthodoxes. Le mois d’août 2006 fût un tournant dans ma vie religieuse. J’écris ma première icône ! Nous avons fait la connaissance d’un maître iconographe russe, arrivant directement de Russie qui dut apprendre le français pour nous enseigner son art. Il s’était formé à l’art iconographique en regardant travailler les moines à la Grande Laure de Saint-Serge de Radonège près de Moscou. Ce saint fut un grand spirituel et réformateur monastique, thaumaturge et protecteur de la Russie médiévale. Ainsi nous, moniales selon la règle de saint Benoît de Nursie, suivant la vie monastique occidentale, nous sommes entrées en contact avec Saint Serge qui pratiquait la vie monastique de tradition orientale.

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C’est de cette façon que notre maître iconographe nous a transmis le trésor des moines orientaux, soit l’art d’écrire une icône, la manière ancestrale de prier dans cette tradition. À partir d’août 2006 durant un an, nous avons suivi des cours journaliers intensifs de cinq heures. Chaque semaine nous avions un thème différent, donc une icône différente à réaliser. Nous avons commencé par les base : le dessin sur bois puis l’application de glaise rouge qui permet de fixer les feuilles d’or, et enfin l’utilisation des pigments naturels (terre ou pierre déjà broyées, comme lapis lazuli, malachite, cinabre, hématite, etc) qui, mélangés au jaune d’œuf et au vin blanc s’appelle : Tempera.

Par la suite nous avons appris à dessiner et peindre les visages, mains, pieds, jusqu’aux peintures miniatures. Il faut aussi beaucoup d’outils assez dispendieux comme la mollette en verre pour broyer les pigments sur la plaque de verre. La palette à dorer fait de poils d’écureuils ainsi que les pinceaux. Il faut une multitude d’objets tout simple comme de l’ouate pour appliquer l’or, des cureoreilles pour nettoyer. La gomme laque, du

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vin, de la vodka avec quelques gouttes de colles de peau de lapin serviront à la pose de l’or. Car en s’évaporant il ne reste que la colle de peau de lapin qui permet de fixer l’or. Tous ces produits sont naturels. Voici une icône que j’ai écrite dernièrement. Elle se différencie des icônes orthodoxes par son thème, car il n’y a pas de dévotion au chemin de croix dans la tradition orthodoxe. Toutefois sur cette icône qui contient dix petites icônes, nous retrouvons une icône de style orthodoxe russe sur la Résurrection ou la Descente aux enfers. Celle à droite en bas est l’icône “Mère ne pleure pas sur moi” que les orthodoxes vénèrent le Samedi Saint. Chez nos frères orthodoxes, il y a des canons rédigés expressément pour l’écriture des icônes. Ces règles sont assez strictes afin de ne pas faire d’erreur doctrinale, car oui, même les couleurs et les formes peuvent enseigner la doctrine du Christ. Comme le dit notre fondateur, Saint Benoit, dans sa Règle au chap.19e: “Livrons-nous à la psalmodie de telle sorte que notre esprit soit en accord avec notre voix.” Alors nous pouvons aussi dire en écrivant une icône : “Livrons-nous à l’écriture de l’icône de telle sorte que notre esprit soit en accord avec nos yeux.” Les dessins et les couleurs doivent demeurer en harmonie avec le récit évangélique. Par exemple, pour la scène de l’apparition des anges aux Saintes femmes près du tombeau du Christ, dépendamment de l’évangéliste choisi, doit-on mettre un ange ou deux anges ? En lisant l’évangile de Saint

Matthieu 28, 2 : “ Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre sur laquelle il s’assit,” nous y voyons un ange. Dans l’évangile selon Saint Marc 16,5: “Étant entrées dans le tombeau, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d’une robe blanche et elles furent saisie de stupeur.”Puis dans Luc 24, 4 : “Et il advint, comme elles en demeuraient perplexes, que deux hommes se tinrent devant elles, en habit éblouissant.” Ainsi l’iconographe doit choisir un texte de l’évangile et s’y conformer, c’est pourquoi il peut y avoir des différences dans l’écriture de l’icône. De même que la vie monastique est une vie de prière liturgique centrée notamment sur le chant grégorien, le chant des psaumes, les prières inspirées par Dieu, de même le contact avec la Parole de Dieu se fait par l’ouïe. L’oreille est donc une porte par laquelle Dieu peut entrer dans notre cœur. Il existe également une autre porte du cœur par laquelle nous pouvons entrer en contact avec Dieu : l’œil. En regardant avec amour la Parole de Dieu, Jésus-Christ lui-même, une porte s’ouvre. La Parole mise en image, en visuel, est là pour compléter l’écoute. Quand nous aimons, nous recherchons la présence de celui que nous aimons ! En venant réunir toute la création qui était perdue et qui ne le connaissait pas bien, en disant “Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie,” Il a aussi promis de nous donner la vie en abondance. Ainsi, en entrant naturellement dans le monde de l’iconographie, une porte s’est également ouverte sur le monde oriental. Le contact avec Dieu nous conduit au contact avec nos frères et sœurs.

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“L’art sacré est vrai et beau quand il correspond par sa forme à sa vocation propre : évoquer et glorifier, dans la Foi et l’adoration, le Mystère transcendant de Dieu, Beauté Suréminente Invisible de Vérité et d’Amour, apparue dans le Christ.” Catéchisme de l’Eglise Catholique (Noo 2502).

John Paul Farahat est directeur de musique et organiste titulaire de l’église paroissiale de Saint-Basil à l’Université de St. Michael’s College. Il dirige St. Basil’s Schola Cantorum et la chorale paroissiale. Il fait également partie de l’équipe d’organistes de la Basilique-Cathédrale St. Michael à Toronto. John Paul a donné plusieurs concerts en solo dans différents pays : en France à la Cathédrale Notre-Dame, à Saint-Eustache, à Saint-Sulpice, et à La Madeleine à Paris, à la Cathédrale Saint-Etienne de Toulouse; En Grande Bretagne, à Westminster Abbey et St.Paul’s Cathedral de Londres, au Trinity College de Cambridge, et à Coventry Cathedral et à l’Université de St. Andrews en Écosse; Aux États Unis il s’est produit à la Grace Cathedral de San Francisco, à la Basilica of the National Shrine of the Immaculate Conception de Washington DC, et à St. Patrick’s Cathedral à New York. De prochains concerts sont prévus au Berliner Dom en Allemagne, à St. Davids Cathedral au Pays de Galles, à la Cathédrale de Montpellier en France, et à l’église Kallio en Finlande. Il possède un Doctorat en musique et interprétation à l’orgue de l’Université de Toronto ; il siège au conseil d’administration du Collège Royal Canadien des Organistes. Il enseigne également l’orgue et le piano à St. Michael’s Choir School et à Emmanuel College, collège affilié à Victoria University.

L’interview de Magdala: Créer l’harmonie avec John Paul Farahat L’ensemble vocal St. Basil’s Schola Cantorum est un des chœurs de la paroisse Saint-Basil de Toronto depuis sept ans. Comment s’est formé ce groupe ? L’idée derrière la création de la Schola Cantorum de Saint-Basil était de créer un lieu de rencontre pour les étudiants en musique de l’université, soutenus par des chanteurs professionnels, dans le contexte d’une communauté de culte. L’objectif était bien sûr d’animer la liturgie, mais aussi d’offrir un caractère expérimental en faisant émerger des mentors et des amitiés de manière structurée. Surtout, les choristes pourraient ainsi apprendre les uns des autres en chantant ensemble. L’ensemble incluant seulement huit postes (deux sopranos,

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deux altos, deux ténors et deux basses), tout le monde pourrait apprendre à se connaître et s’enrichir l’un l’autre. Vous insistez sur l’importance du relationnel. Comment se forment ces relations et en particulier avec la musique? Il y a un certain nombre d’éléments. L’un des plus importants pour moi est le rapport à l’écoute. S’écouter lorsque l’on chante dans une chorale est vraiment essentiel pour comprendre que le tout est plus grand que la somme des parties. L’écoute au sein d’un ensemble nous fait prendre conscience de l’interaction entre les voix, de la forme et de la dynamique de chaque ligne. Cette expérience d’écoute attentive nous enseigne quelque chose sur le Divin, par le biais de la musique. Il y a aussi le lien que l’on développe avec les compositeurs, il est important de souligner que leur musique n’est pas seulement une œuvre historique. Ces compositeurs rapportent les succès et les échecs de leur vie, ces êtres humains ont aimé, ont souffert, ont prié. Ils prennent vie lorsque nous chantons leur musique, particulièrement dans le contexte de la prière et de la liturgie. De nombreux chefs-d’œuvre de la Renaissance, du Baroque ou d’ailleurs nous ont été légués, ils connectent l’humain et le transcendant. Nous retrouvons bien sûr cette même expérience de transcendance dans les œuvres contemporaines. Quelle est l’importance de la relation entre la musique et le texte ? Très importante. Le texte et la musique de ces pièces chorales vont de pair, les deux sont inextricablement liés. La musique religieuse doit être examinée du point de vue du texte en priorité. Cette dynamique est parfaitement illustrée par Saint Augustin qui nous dit que celui qui chante prie deux fois. Pour les antiennes d’entrée on utilise par exemple le chant grégorien qui vient embellir et exalter le texte liturgique. Nous ne pouvons pas séparer le texte de la musique, la musique n’est pas un ajout à la liturgie, elle est la liturgie. Comment proposez-vous les morceaux de musique aux chanteurs ? J’envoie les partitions aux chanteurs trois ou quatre jours à l’avance, puis on se réunit avant la messe et on répète durant 45 minutes. En général, nous répétons chaque pièce deux fois. Que pensez-vous de la façon dont chante la congrégation comparée à une chorale ? Cela me fait toujours penser au concept de participation active. Que signifie la participation active en ce qui concerne la musique dans la liturgie ? Cela signifie le chant de toute l’assemblée. En même temps, la participation active inclut l’écoute, mais pas simplement une écoute passive. Il s’agit d’une écoute active, honnête et ouverte, une écoute qui nous permet d’interagir avec la musique, le texte et les voix. Cette écoute devient ensuite transcendante jusqu’à nous émouvoir, de même que nous écoutons activement lorsque nous interagissons au moment de la proclamation des lectures. Je pense qu’à bien des égards, le chant de la congrégation et le chant choral sont les deux faces d’une même pièce. Dans notre paroisse de Saint Basil, nous faisons de notre mieux pour vivre l’enseignement de Vatican II et permettre

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à la congrégation de s’engager activement dans la musique en tant que prière de l’Église. La Schola Cantorum de Saint Basil a la réputation d’apporter beauté et transcendance au culte liturgique. Comment atteint-on ce niveau d’après vous ? La beauté et la transcendance sont des objectifs centraux de la musique. D’un point de vue fonctionnel, je pense que nous allons dans cette direction lorsque les lectures et la musique sont reliées et appropriées à la journée. J’entends par là à la fois le récit des lectures bibliques et l’atmosphère créée par la musique. D’un point de vue plus technique, chacun doit être capable de bien lire la partition, la musique étant écrite pour huit voix, ils doivent être à l’aise pour chanter de manière indépendante. J’encourage toujours les choristes prometteurs à auditionner, surtout s’ils se destinent à une carrière musicale, il est important qu’ils aient l’occasion de chanter avec leurs pairs. Comment définiriez-vous votre rôle de directeur musical et de chef d’orchestre ? Mon rôle est avant tout celui d’un facilitateur. Les chanteurs avec lesquels je travaille sont des artistes, j’ai le privilège de les connaître et j’en suis reconnaissant. Je pense que mon rôle consiste davantage à guider et à écouter, moins à “diriger” dans un sens hiérarchique. Il y a quelque chose de fondamentalement transcendant qui se produit lorsqu’un morceau fait enfin tilt, lorsque tout le monde écoute. Il n’y a rien de tel dans l’art : toucher l’éternel, ce moment où le ciel et la terre s’unissent en pure harmonie.

Voir la Schola Cantorum de Saint Basil interprétant trois courtes pièces d’Hildegard von Bingen, Dame Ethel Smyth et Josef Rheinberger. Pour plus d’information sur ces œuvres chorales, voir page suivante.

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Hildegard von Bingen (abbesse allemande du XIIe siècle, nous parle du présent à travers un prisme médiéval. O virtus Sapientiae (tr. O force de la sagesse) est écrit en une seule ligne de musique, chanté par les sopranos et soutenu par les altos, ténors et basses de la Schola Cantorum. Nathaniel M. Campbell et Beverly Lomer (sur hildegardsociety.org) décrivent l’œuvre comme étant “poussée avec une légèreté divine dans le mouvement ludique, joyeux et pourtant plein de corps de la Sagesse providentielle, créatrice et vivifiante de Dieu.”

La compositrice anglaise Dame Ethel Smyth (1858-1944) a composé Komm, süßer Tod, komm selge Ruh (tr: Viens, douce mort, viens, repos béni) entre 1882 et 1884 dans le cadre de Five Sacred Part-Songs Based on Chorale Tunes. L’utilisation par Dame Smyth du chromatisme à l’alto, au ténor et à la basse, en contraste avec la mélodie au soprano, montre une relation étroite entre l’harmonie et le texte ; le résultat est une réinterprétation étonnante de la mélodie bien connue de JeanSébastien Bach du même nom.

Josef Rheinberger (1839-1901) est un compositeur prolifique qui vécut la majeure partie de sa vie en Bavière. Sa femme, la poétesse Franziska Hoffnaaß, a fourni les textes de nombreuses œuvres vocales que Rheinberger a mises en musique. L’une de ses œuvres de musique sacrée les plus célèbres, Abendlied (tr. Chant du soir), utilise des textes scripturaux du Chemin d’Emmaüs. Ce motet à six voix décrit de façon magistrale l’exhortation des disciples à leur compagnon de route : reste avec nous.

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Chiara Calderoni O.S.A est une jeune moniale du monastère Saint

Antoine de Padoue à Pennabilli (RN) en Italie. Née et élevée à Verbania, sur les rives du lac Majeur dans le Piémont, elle a fréquenté le lycée classique de sa ville natale et s’est ensuite inscrite à l’université Amedeo Avogadro du Piémont oriental, à la faculté d’infirmerie pédiatrique. En tant qu’infirmière pédiatrique fraîchement diplômée, elle a passé quatre mois à participer au projet de l’hôpital universitaire Mas Children à Hargeisa, au Somaliland, une région indépendante du nord de la Somalie. En 2013, grâce à des amis, elle rencontre la communauté augustinienne de Pennabilli. La beauté de la vie en communauté dont elle est témoin, la vérité du chemin de foi et de liberté que vivent les sœurs, éveillent en elle un désir profond. Elle entre au monastère en 2015 et commence une formation qui l’amène à mieux se connaître, à travers une vie de partage, d’amitié et de prière, de travail et d’étude, dans la recherche incessante de Dieu et de l’humanité. Grâce à sa communauté, Chiara commence à étudier la théologie et obtient avec d’autres sœurs, un baccalauréat en théologie à l’Institut patristique Augustinianum.

Les entrailles de la créativité : La mise en œuvre des traditions monastiques Chiara Calderoni O.S.A. Chacune des jeunes femmes qui entrent au monastère apporte une nouvelle fraîcheur à la vie de la communauté. Le processus se déroule telle une gestation créatrice qui chérit le passé et s’ouvre sur l’avenir formant un dialogue interactif entre les générations. L’histoire d’hier rencontre celle d’aujourd’hui, elles ont besoin l’une de l’autre : la première, pour ne pas sombrer dans l’oubli des greniers, la seconde, pour s’enraciner dans une histoire plus grande que la sienne. La tradition monastique crée quand elle se laisse recréer. En étant retissée et réinventée par ceux qui la découvrent, elle crée la vie, comme le savent intuitivement les artistes. C’est ainsi que toute expression artistique y trouve sa place que ce soit la musique ou la sculpture, du tissage, jusqu’à la cuisine. La vie quotidienne du monastère favorise le travail artistique, parce qu’elle favorise l’intériorité de chacune dans son développement humain et spirituel. Chacune ressant intuitivement que la tradition est un lieu de transmission de “ce qui est”, et un lieu de création de “ce qui n’est pas encore”, permettant l’écoute des profondeurs de l’Esprit. J’ai pu le constater lors de notre exposition durant l’Université d’été et je peux en témoigner. J’ai accompagné Alessia sur son chemin de révélation, cette jeune femme de 31 ans a rejoint notre communauté augustinienne le 19 mars dernier. L’école d’été, qui s’est déroulée du 30 juin au 2 juillet 2023, s’intitulait “ Travail et travail sur soi comme chemin de paix “, un événement formateur consacré à l’étude approfondie du “ travail “ dans sa dimension humaine et spirituelle, une condition fondamentale qui trouve un écho dans la vie monastique. Alors qu’elle résidait déjà chez nous, Alessia souhaitait participer en exposant les travaux passés de notre monastère mais aussi ceux d’autres monastères

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augustins des environs d’Urbino, de Sigilio et de Montefalco. Elle désirait s’imprégner plus profondément du monde du travail des moniales issues d’une vieille maison monastique, un monde naturellement en marge de par ses règles de vie, un “monde en dehors du monde.” La passion avec laquelle Alessia s’est lancée dans cette aventure nous a abasourdis et a littéralement fait voler en éclats notre espace domestique ! En tant que productrice de films elle était familière du monde de la technique avec toutes les contraintes de délais et multiples exigences. Alessia se rendit compte que le premier travail à faire était de travailler sur elle-même pour pouvoir vivre avec les autres. Vivre dans un monastère, c’est vivre une vie qui est aussi centrée sur Dieu. C’est là que commença pour elle le vrai travail, celui qui donne un sens à sa vie à cette période précise. L’exposition a été conçue comme un cheminement: il devait y avoir un fil conducteur et des étapes tout au long du parcours. Le processus exigeait d’être immerger dans l’expérience, un solide maillage liant ouvrage et travail sur soi, puisant dans les profondeurs de la vie monastique quotidienne, là où la responsabilité de la tâche à accomplir se mêle au libre droit de créer.

UNE MAISON DANS LA MAISON J’ai d’abord appris avec Alessia que pour commencer à créer et à réinventer l’ancien au sein du nouveau, il était nécessaire de faire le vide. Nous pouvions créer de nouvelles pièces en déplaçant les objets anciens et précieux vers notre nouvelle maison. L’objectif était que tous les visiteurs se sentent accueillis, comme s’ils entraient sur le plateau d’un tournage. Comme dans un documentaire, l’histoire du passé se déroule sous leurs yeux agissant tel un miroir, alors que s’installe un dialogue dans la mémoire de chacun. À l’entrée on trouve une petite pharmacie et une herboristerie, là où se fait la préparation des remèdes et où se partage le savoir sur les herbes médicinales. À côté, sur une table de travail on peut voir la création de fleurs en papier. Il y a aussi un vieux four qui servait à chauffer les outils pour la fabrication des hosties ou à la cuisson du pain. Vient ensuite le grenier où était stocké le grain apporté par les paysans qui louaient le domaine des moniales. On y trouve aussi des documents sur la gestion des eaux de pluie, montrant comment on mesurait les précipitations dans le jardin du monastère. Puis voici la salle de repassage, la buanderie et la cuisine, avec sur une table les ustensiles servant à préparer biscuits et gaufrettes. Au centre de cette “maison dans la maison” on remarque une petite table de bingo faite à la main. Elle illustre bien le côté créatif des communautés monastiques qui non seulement travaillaient, mais embrassaient pleinement toutes les dimensions de la vie, y compris celles ludiques du jeu et de la récréation. Dans un monastère, un temps spécifique est réservé chaque jour à la récréation, ce temps est destiné à prendre soin de la tâche créative et

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précieuse qu’est le vivre ensemble. Dans d’autres communautés augustiniennes, on fabriquait des tambourins et de petits instruments de musique pour la danse et le théâtre, surtout à l’occasion de fêtes pour les supérieurs. La seconde étape propose la visite de l’atelier de couture et de tissage, souvent l’activité principale d’une communauté monastique. Au centre de la pièce, un métier à tisser de la fin du XIXe siècle domine la scène. On découvre aussi d’autres outils comme un rouet et d’anciennes machines à coudre ou à tricoter ainsi qu’un tombolo, outil de travail traditionnel utilisé pour la fabrication de la dentelle. Cette salle est également ornée de nombreux ouvrages tissés avec des perles et des fils d’or et d’argent précieux, pièces destinées à l’usage liturgique (frontons et vêtements sacrés, etc.). Tout en approfondissant nos connaissances sur l’utilité de ces outils au fur et à mesure de leur mise en place, nous avons également découvert le travail du tissage. La longue préparation de la chaîne, le patient lacis des fils, la complexité de la trame, ces étapes se déroulent selon un rythme intérieur lent et pondéré, fait de battements et de pauses, qui exprime bien le rythme quotidien de la vie monastique. Un “temps dans le temps” où le tissage demande à se laisser tisser à son tour.

liée à la prière, lieu de travail intérieur qui précisément nous fait entrer en relation avec l’Autre. Ce moment contemplatif conclut le parcours de l’exposition invitant chaque visiteur, à lui aussi, partir en quête des trésors de l’histoire. La tradition monastique conserve et encourage cette recherche intérieure pour que, toujours plus enracinés dans le “passé”, nous devenions toujours plus libres de nous pencher vers l’avenir, vers l’originalité, là où l’histoire nous rejoint et nous pousse à aller de l’avant. L’exposition a été conçue comme un dialogue entre l’histoire de la créativité dans les communautés monastiques et l’histoire de tous ceux qui sont curieux de la découvrir. Le but était de créer un espace dans lequel nous sommes amenés à tisser l’œuvre la plus créative de notre vie, celle du rapport à autrui.

Enfin, la troisième scène invite chaque visiteur à s’arrêter et à se laisser envelopper par la mélodie des chants liturgiques. Dans la tradition monastique le chant et la musique sont aussi des lieux d’expression artistique et créatrice, plus particulièrement la dimension

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Jésus, vers Toi, je voudrais voler ! La Prière de Sainte Thérèse de Lisieux du Cantique à la Sainte Face Jésus, ton ineffable Image est l’astre qui conduit mes pas ; Tu le sais bien, ton doux Visage est pour moi le ciel ici-bas ! Mon amour découvre les charmes de tes Yeux embellis de pleurs. Je souris à travers mes larmes, quand je contemple tes Douleurs. Oh ! Je veux pour Te consoler vivre ignorée et solitaire ; Ta beauté que Tu sais voiler me découvre tout son Mystère, et vers Toi je voudrais voler ! Ta Face est ma seule patrie, elle est mon royaume d’amour ; elle est ma riante prairie, mon doux soleil de chaque jour ; elle est le lis de la vallée dont le parfum mystérieux console mon âme exilée, lui fait goûter la paix des cieux. Elle est mon repos, ma douceur, et ma mélodieuse lyre ... Ton Visage, ô mon doux Sauveur, est le divin Bouquet de myrrhe que je veux garder sur mon cœur ! Ta Face est ma seule richesse ; je ne demande rien de plus. En elle, me cachant sans cesse, je Te ressemblerai, Jésus ! Laisse en moi la divine empreinte de tes Traits remplis de douceurs, et bientôt je deviendrai sainte, vers Toi j’attirerai les cœurs ! Afin que je puisse amasser une belle moisson dorée, de Tes feux daigne m’embraser ! Bientôt, de ta Bouche adorée, donne-moi l’éternel baiser ! Ainsi soit-il.

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D’Un Commun Accord O Dieu, notre créateur, Vous, qui nous avez faits et faites à votre image, donnez-nous la grâce de l’inclusion au cœur de Votre Église. R: D’un commun accord, nous prions. Jésus, notre Sauveur, Vous, qui avez reçu l’amour des femmes et des hommes, guérissez ce qui nous divise, et bénissez ce qui nous unit. R: D’un commun accord, nous prions. Esprit Saint, notre Consolateur, Vous, qui guidez ce travail, veillez sur nous qui espérons faire Votre volonté pour le bien de tous. R: D’un commun accord, nous prions. Marie, mère de Dieu, priez pour nous. Saint Joseph, restez près de nous. Sagesse divine, éclairez-nous. R: D’un commun accord, nous prions. Amen. 22

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Musique de signature With One Accord (D’un commun accord) pour l’interview de Magdala, composée par le Dr John Paul Farahat et interprétée par Emily VanBerkum et John Paul Farahat.

Bibliographie Éditorial 1. Caryll Houselander Mother of Christ (Londres, Sheed and Ward, 1993) p. 111. 2. Thomas Merton The Sign of Jonas (Orlando Florida, Harcourt,2002) p. 40. Des fils qui relient: Martine Gilsoul 1. A. Bonaguro, M. Dell’Asta, G. Parravicini Vive come l’erba…Storie di donne nel totalitarismo (Des vies comme de l’herbe...Histoires de femmes dans le totalitarisme) (Milan, La casa di Matriona 2015) p. 71-74. 2. R. Sennett Ce que sait la main, La culture de l’artisanat (Paris, Albin Michel, 2010). Adoration et inspiration: John Dalla Costa 1. Joseph Ratzinger, Feast of Faith: Approaches to a Theology for the Liturgy (San Francisco: Ignatius Press, 1986) p. 93. 2. Simone Weil, Awaiting God (Abbotsford, B.C., Fresh Wind Press, 2012). 3. voir note ci-dessus Joseph Ratzinger, Feast of Faith,. p.150. 4. Pope Francis, Evangelii Gaudium, Cité du Vatican,Novembre 24, 2013, https://www.vatican.va/content/ francesco/en/apost_exhortations/documents/papa-francesco_esortazione-ap_20131124_evangelii-gaudium. html, 117.

Images utilisées dans ce numéro: Couverture: “Le messager de l’amour” de Marie Spartali Stillman (1844-1927). Page 5 “Femme cousant” de August Macke (1887-1914). Page 8 “Le conteur” de Hugues Merle (1822-1881). Page 10 “Ostensoir dans la crypte de l’église de San Giustino, Ombrie” (photo de John Dalla Costa). Page 21 “Détail d’un vitrail dans une chapelle privée en Toscane” photo de John Dalla Costa.

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Ce numéro Copyright © 2023 Paroisse catholique de Saint-Basile, Toronto, Canada . Pour contacter la Rédactrice ecrivez editor@magdalacolloquy.org ISSN 2563-7932 ÉDITEUR Morgan V. Rice CSB. RÉDACTRICE EN CHEF Lucinda M. Vardey RÉDACTRICE ASSOCIÉE Emily VanBerkum ÉDITEUR CONTRIBUTEUR Greg Rupik Coordonnateur de la Production Michael Pirri ÉDITEUR VIDÉO Michael Pirri CONSULTANT John Dalla Costa TRADUCTRICES Véronique Viellerobe (Français) Elena Buia Rutt (Italien) ADMINISTRATRICE Margaret D’Elia

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