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Excursions

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Jamais sans son instrument

Compositeur et joueur de cor, Christophe Sturzenegger est aussi féru d’alpinisme. Il allie ses passions pour la musique et la montagne en jouant du cor des Alpes notamment sur le Cervin ou la Jungfrau.

Texte: Pierre Wuthrich Photo: Fred Merz / Lundi13

De Verbier à Paléo

Ayant joué aussi bien à Paléo qu’à Verbier, Christophe Sturzenegger aime tisser des liens entre les arts et entre les styles musicaux. «C’est toujours un enrichissement pour le public et les musiciens lorsque des univers que l’on pense éloignés se rencontrent. L’an prochain, avec ma formation Geneva Brass, nous allons jouer avec la Fanfare du Loup au Victoria Hall. Le jazz et l’impro se feront ainsi une place dans le temple du classique. Je me réjouis de ce mélange.»

Une vie pour la musique

Né dans une famille de musiciens, Christophe Sturzenegger décide à 16 ans de se lancer dans les études de musique sans savoir s’il pourra en faire son métier. «J’ai étudié le piano, qui est un instrument assez solitaire, et, en complément, le cor qui se joue en groupe. Les deux sont très importants à mon équilibre.» Lauréat d’un prix d’études du Pourcent culturel Migros, le Genevois peut alors poursuivre sa formation dans de bonnes conditions avant de parvenir à force de travail à se faire une place dans le paysage musical suisse. Il est notamment passé par l’Opéra de Zurich ou l’Orchestre symphonique de Bâle et a sorti plusieurs CD, dont le dernier, une compilation dédiée au cor, vient de sortir. Il a de plus eu l’occasion de jouer avec les plus grands chefs. «Travailler avec des grands maîtres comme Abbado donne envie de se dépasser pour aller plus loin.» Car si la base de la musique est acquise au conservatoire, une vie ne suffit pas pour se perfectionner.

Photo: DR

Outil de communication entre montagnards, le cor des Alpes a tout naturellement sa place sur les sommets. Mais de là à l’emporter à plus de 4000 m d’altitude, il y a un pas que seul Christophe Sturzenegger a osé franchir. «Jouer de la musique au sommet du Cervin, du Mönch, de la Jungfrau ou tout récemment de la Dent-Blanche me permet d’allier mes deux passions: la montagne et la musique.» Afin de faciliter l’ascension, notre homme a opté pour un modèle télescopique en carbone de 1,2 kg, qui, avec ses 80 cm en format replié, trouve place dans n’importe quel sac à dos. L’astuce ne minimise toutefois pas l’exploit, car jouer à cette altitude n’a rien d’aisé. «Après un tel effort physique, le corps est fatigué et le souffle est bien évidemment plus court, mais j’arrive toujours à sortir des sons. Je joue alors des airs traditionnels ou j’en improvise.»

Avec comme public les quelques autres cordées, Christophe Sturzenegger n’a cependant pas l’impression de se produire dans la plus belle salle du monde, face au ciel. «Comme il n’y a pas d’écho, l’acoustique n’est pas forcément bonne, mais c’est toujours un réel plaisir de jouer ainsi pour les autres et pour moi.»

Partez à l’étranger!

«J’aime beaucoup enseigner, et ce rôle de transmission me tient très à cœur», explique celui qui est aussi professeur de piano et d’improvisation à la Haute école de musique Genève – Neuchâtel. Pour lui, la tâche n’a rien de répétitif: «Chaque étudiant est différent, avec un bagage, des objectifs et des questionnements différents.» Et si chaque cas est unique, notre homme distille toujours les mêmes précieux conseils. «Je leur répète que ce métier exige énormément d’abnégation et de discipline.» De plus, même si la Suisse dispose «d’excellentes structures, écoles et orchestres, il est indispensable que les étudiants aillent voir ce qui se passe dans les grandes villes européennes. Intégrer des orchestres de jeunes ou des master classes à l’étranger est essentiel. Il faut aller écouter et rencontrer d’autres musiciens.»

Un compositeur prolifique

Auteur de dizaines d’œuvres, Christophe Sturzenegger est un compositeur très demandé depuis une vingtaine d’années. Parmi les commanditaires, on retrouve notamment l’Orchestre de la Suisse romande, qui lui a récemment demandé de travailler sur une pièce. «J’aime raconter des histoires en musique, qui est pour moi un langage sans mots. Toutefois, je n’écris pas de musique atonale et reste dans une facture classique. Ce que je crée est une résultante de ce que j’ai écouté et digéré par le passé.» Toujours inspiré, le Genevois sait de plus s’adapter à n’importe quelle contrainte. «Si je sais que je dois composer pour un chœur d’enfants, je vais veiller à la longueur et au rythme de la pièce. Je vais aussi faire en sorte que le langage musical parle aux interprètes.» MM

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