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NUM 985

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PORTRAIT MONSIEUR CHOUCHANI UN GÉNIE, UN DESTIN

Jeudi 28 avril 2022 27 Nissan 5782 Nº 985 | Mensuel

DOSSIER TSAHAL : PAR LE PEUPLE, POUR LE PEUPLE

ANNE ROUMANOFF

POUR LA PREMIÈRE FOIS EN ISRAËL

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Une maison aux fondations inébranlables

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‫מנכ''ל‬ Directeur de la publication Ariel Kandel ‫עורכת ראשית‬ Rédactrice en chef Anne-Caroll Azoulay caroll@actualitejuive.com

Contributeurs : Jonathan Aikhenbaum Stéphanie Weill Gilles Bernheim Yohan Habib Gaelle Hanna Serero Nathalie Hirschprung Yoel Benharrouche Correctrice Carine Brenner Direction artistique Studio Actualité Juive contactisrael@actualitejuive.com Service iconographique Istock – Flash 90

édito

Journalistes : Eve Boccara Nathalie Sosna-Ofir Pascale Zonszain Richard Darmon

Service commercial et publicitaire Daniel Ohnouna pubil@actualitejuive.com 058-530-0174 Service abonnements contactisrael@actualitejuive.com Secrétariat LPH/AJ Tsipora Malka 058-461-6262

Adresse 10-12 rehov HaRav Agan, Jérusalem Contact petites annonces pubil@actualitejuive.com LPH Supplément mensuel de l’hebdomadaire Actualité Juive ‫ הפצה‬Distribution

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a vague d’attentats qui s’est abattue sur Israël au cours des deux derniers mois a fait ressurgir la volonté absurde des extrémistes islamistes de voir Israël rayé de la carte – ni plus ni moins. Mais malgré les drames humains, les morts, les blessures physiques et psychologiques, la peur, la colère et la frustration, il n’en demeure pas moins que la tentative de nous faire sentir étrangers sur notre terre est absolument vaine. Le monde a d’ailleurs définitivement rangé au placard la possibilité même de contester notre légitimité à vivre sur cette terre et à faire prospérer ce pays dont nous célébrerons le soixante-quatorzième anniversaire. Un coup d’œil sur les dernières brèves économiques suffit pour s’en convaincre. Brooks Brothers, la marque de vêtements américaine qui, depuis deux cents ans, habille les présidents américains, devrait être prochainement commercialisée en Israël, via un contrat de 130 millions de shekels signé entre la société textile israélienne Royal Linen Capital et Authentic Brands Group, propriétaire de Brooks Brothers. Le distributeur français Carrefour a annoncé en mars dernier qu’il prévoyait de s’implanter en Israël dans les prochains mois dans le cadre d’un accord de franchise. Grâce au partenariat avec le groupe Electra Consumer Products et sa filiale Yenot Bitan, les enseignes Carrefour arriveront en Israël avant la fin de l’année 2022. On évoque aussi l’implantation de Primark et de Starbucks – sans parler de Decathlon ou Ikea qui font désormais partie des meubles, ici en Israël… Et en octobre 2022 se tiendra le Forum d’investissement Maroc-Israël. Plus loin, la Corée du Sud et Israël se sont engagés à investir jusqu’à 5,3 millions de dollars (6,6 milliards de wons) pour soutenir le développement conjoint de la technologie robotique dans le cadre d’un nouveau projet de collaboration stratégique appelé le « Programme Lighthouse ». La liste des liens toujours plus resserrés entre Israël et le reste du monde, si l’on voulait la poursuivre, serait longue. Elle est loin, l’ère des boycotts et l’odeur rance des menaces économiques… Au-delà de Tsahal, l’Armée de défense d’Israël (voir dossier), toujours à la pointe, la puissance économique d’Israël s’impose aujourd’hui comme un rempart contre les velléités d’une frange marginale qui remet en question le développement de l’État d’Israël et ses racines millénaires. Plus que jamais, Yom HaShoah a fait résonner en nous notre détermination irrévocable à bâtir un meilleur avenir pour les générations futures et une maison aux fondations inébranlables pour le peuple juif. ‫הנה לא ינום ולא ישן שומר ישראל‬ Hiné lo yanoum veLo yichan chomer Israël Am Israel 'hai !

La direction décline toute responsabilité quant au contenu des textes et des publicités, qui n'engagent que leurs auteurs.

EN COUVERTURE : © Ingrid Mareski

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RAV HAÏM AMSELLEM

sommaire N°985 10 CARTES SUR TABLE Trois semaines

28 À L'AFFICHE

Anne Roumanoff : « J'étais juive, mais pas homologuée. »

30 ÈRE 2.0

Véhicules autonomes : où en est-on ?

32 ÉCOTECH

Apple : l'empire de la pomme au pays de la figue de barbarie

Pour le rabbin orthodoxe et ancien député, il est urgent d'assouplir le système des conversions en Israël.

40 SILVER

Sar-El : le volontariat civil de seniors venant des quatre coins du monde

42 BON À SAVOIR

La nouvelle régulation bancaire israélienne

45 PORTRAIT

Monsieur Chouchani : un génie, un destin

48 UN RABBIN DANS LA CITÉ L'euthanasie en question

34 GROS PLAN

50 'HODECH TOV

38 DÉVELOPPEMENT DURABLE

52 AU NOM DE LA LOI

Les combattants juifs ont enfin leur musée

La grillade sur le gril

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Iyar : le mois du rayonnement

'Hag saméa'h !

14-25

L'HISTOIRE D'UNE ARMÉE

RESSOURCES HUMAINES : LA RICHESSE DE TSAHAL Entretien avec la lieutenante-colonelle Eva Cohen

TSAHAL ET LES FEMMES CHAQUE ISRAÉLIEN EST TSAHAL

Entretien avec le lieutenant-colonel Raphaël Jerusalmy

TSAHAL OU LE PARADOXE DU CREUSET TSAHAL CONNECTION

Le phare des soldats français

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Cacher Lamehadrin rabbanout Yerouchalaim

Spécialités françaises Plat du jour Croissants, pains, baguettes fraîches, sandwich et épicerie fine Spécialiste petit déjeuner - bar Mitzva / brit Mila

Deux boutiques à Jérusalem 32 Émek Réfaïm Tel : 02.663 13 53

65 Dereh bet Lehem Tel : 02.581 36 84

Commande ou renseignement par whatsapp 055.500 23 58 LPH ACTUJ 985

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ARRÊT SUR IMAGE

‫יום הולדת שמח ישראל‬

En 1948, Israël comptait 806 000 habitants. Soixante-quatorze ans plus tard, on y dénombre 9 391 000 habitants ; et d’après les statistiques, ce chiffre devrait s’élever à 15 millions d'habitants d'ici 2048. Quel plus bel accomplissement ?! Mais devons-nous nous en contenter ou bien nous remettre en question pour savoir quel avenir nous préparons à la nouvelle génération, symbolisée par cette petite fille sur la photo, frêle et si forte à la fois6 ?LPH ACTUJ 985

En 2020, notre jeunesse (0-17 ans) représentait 33 % du total de la population, une caractéristique dont nous pouvons être fiers, et qui doit aussi nous guider pour mettre le curseur sur les vraies priorités. Celles-ci sont nombreuses : environnement, éducation, santé, accès au logement, système de valeurs, sécurité… À nous de les rappeler à nos gouvernants et d’y contribuer, chacun à sa mesure, « léTiferet Medinat Israël » !


L'INTERVIEW

Il est urgent, pour le pays, d’assouplir la conversion des 500 000 Israéliens de père ou de grand-père juif. PROPOS RECUEILLIS PAR EVE BOCCARA

Le nouveau gouvernement a annoncé vouloir mener une réforme des conversions orthodoxes pour permettre aux 500 000 hommes, femmes et enfants israéliens de père ou de grand-père juif de devenir juifs, par un processus moins exigeant que celui qu’impose actuellement le grand-rabbinat d’Israël. Une position défendue par le rabbin orthodoxe Haïm Amsellem, ancien député et ancien rabbin de communauté en Israël et à l’étranger. Selon lui, il est vital pour l’État d’Israël de revenir au fonctionnement des conversions tel qu’il existait encore il y a quarante ans, « avant que la position ultraorthodoxe lituanienne ne nous amène à un point de nonretour qui nous expose à un risque © DR

d'assimilation menaçant même le caractère juif de l'État d'Israël ». LPH ACTUJ 985

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L'INTERVIEW Que deviendront ces 500 000 « Zéra Israël » dans un pays qui ne les reconnaît pas comme juifs ? R.H.A. C’est une bonne question. Ils ont un nom de famille juif, qui leur a parfois valu des insultes antisémites en France ou ailleurs, ils vivent en Israël, ils y font leur service militaire pour l’État juif et ils vont vraisemblablement rencontrer une fille ou un garçon juive/juif en Israël. Quand l’un d’eux se présente à nous parce qu’il se sent juif, qu’il a grandi dans l’amour du judaïsme et qu’il n’est mû par aucun autre intérêt, pourquoi lui refuser la conversion ? Ces Israéliens ont une mezouza à la porte de leur maison, ils font faire circoncire leurs fils, jeûnent à Kippour, font le kiddouch et allument les bougies de chabbat. Que veut-on ? Des couples mixtes ? Des enfants non juifs ? Ce n’est pas en France ou ailleurs en Diaspora que le danger de l’assimilation devient le plus crucial, c’est en Israël. Si nous ne convertissons pas ces

C’est un sujet particulièrement crucial, dans un pays où des centaines de milliers d’Israéliens vivent comme des Juifs sans pourtant être reconnus comme tels… R.H.A. Environ 500 000 Israéliens sont ici parce qu’ils ont bénéficié de la loi du retour, qui propose la nationalité israélienne à Session du tribunal de conversion : une jeune fille face aux trois dayanim qui doivent statuer sur sa demande tous ceux qui ont un parent candidats, ils vont développer un rejet du judaïsme ou un grand-parent juif. Avec tout le respect que j’ai et de ceux qui les excluent. Nous sommes déjà un pour les non-Juifs, comment peut-on considérer ces tout petit peuple, un tout petit pays, alors nous avons descendants du peuple juif qui ont fait le choix de besoin de ces 500 000 personnes qui, demain, seront s’installer sur la terre de leurs ancêtres et d’y vivre leur traditionalistes et s’intégreront dans notre pays. identité comme tous les Juifs, de la même manière Nous ne pouvons pas créer une seconde société, avec que des Goyim qui, parfois, ne veulent se con­vertir que autant d’Israéliens non juifs ; ce serait extrêmement par intérêt, par exemple pour se marier ? Et comment dangereux. peut-on exiger d’eux, pour accepter de les convertir, La réponse que j’apporte à ce problème crucial a un tel niveau de pratique, à laquelle la plupart vont toujours été la position des rabbanim, jusqu’à ce que renoncer ? Je m’occupe d’eux. Ce ne sont pas des le monopole des décisions relatives aux conversions Goyim, ce sont des non-Juifs avec une identité qui échoie aux rabbins ashkénazes à la vision s’appelle « Zéra Israël », « graine d’Israël ». C’est notre ultraorthodoxe et non sioniste. mission et notre mitzva de les convertir. 8

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LPH. Où en est la réforme de la conversion annoncée par le gouvernement ? Les choses avancent-elles ? Rav Haïm Amsellem. Nous avons essayé de travailler avec le rabbinat d’Israël, mais il ne reconnaît qu’une seule et unique conversion : pour lui, le converti doit devenir extrêmement pratiquant. C’est une exigence presque impossible et que la plupart des candidats refusent. Le converti voit tous ses amis juifs vivre de manière traditionnelle, alors pourquoi lui demander plus ? Cela fait vingt ans que j’essaie de faire avancer ce dossier. Chaque année, en Israël, environ 12 000 citoyens entament le processus de conversion, puis ils l’arrêtent à cause des obstacles qu’ils rencontrent. Ils ont l’impression qu’on cherche à les dégoûter et à les décourager. Est-ce cela que l’on veut : faire de la conversion une mission impossible ? Et parmi les 1300 candidats qui arrivent jusqu’au bout du processus, une grande partie ment sur sa pratique future et revient à sa vie habituelle au lendemain de la conversion. On les pousse à mentir et à camoufler leur volonté de pratique réelle.


L'INTERVIEW « Zéra Israël » signifie « semence d’Israël ». Selon l’association – fondée par le rav Haïm Amsellem et Arie Toledano – qui en porte le nom, les Zéra Israël sont les descendants de Juifs qui ne sont pas légalement juifs selon les critères religieux. D'après la Halakha, telle qu’on la trouve exprimée dans la Michna, Traité Kiddouchin, chapitre 3, les descendants d’un père juif et d’une mère non juive ont un statut religieux de non-Juifs. Il existe toutefois un débat en cours au sein de la communauté juive concernant l’accueil des enfants dont le père est juif et la mère non juive. Ce débat prend en considération les aspects socioculturels de leur vie et soulève la question de savoir si le judaïsme doit les traiter comme des non-Juifs au même titre que les descendants de deux parents non juifs.

Quel type de conversion proposez-vous pour ces descendants de Juifs qui vivent déjà en Israël ? R.H.A. Il faut, comme cela a toujours été demandé, que le candidat prouve sa sincérité, et qu’il montre qu’il a des connaissances et une pratique traditionaliste de la religion. Israël est un pays juif. Si quelqu’un veut pratiquer, tout lui est simplifié. La nourriture est cacher, personne ou presque ne travaille pendant le chabbat et les fêtes. Israël est l’endroit où l’on vit le judaïsme de manière personnelle mais aussi sociétale. Alors, si quelqu’un se sent juif et demande à être juif, pourquoi être dur avec lui ? Pourquoi exiger de lui plus que ce que font la plupart des Juifs ? Pourquoi, si une femme refuse de se couvrir la tête, lui dit-on : « Reste goya ! » ? Nous devrions aujourd’hui être quelque 20 millions de Juifs dans le monde ; nous sommes 13 millions et nous avons perdu 6 millions d’âmes à cause du monde rabbinique qui ne sait pas voir l’avenir et les dangers qui pèsent sur nous. En France, quelle est la position du Consistoire ? R.H.A. Il est juste qu’il y ait une différence entre Israël et la Diaspora en ce qui concerne les conversions. Mais les autorités religieuses de France se comportent comme le petit frère du rabbinat israélien. Les anciens rabbins français séfarades ne sont plus en fonction, ceux qui les ont remplacés ont été influencés par la position israélienne. Le grandrabbin Kaplan et les rabbins de sa génération avaient une vision beaucoup plus souple de la conversion, notamment pour les enfants de père juif. Pensez-vous que la réforme de la conversion a une chance d’aboutir ? R.H.A. Elle doit absolument aboutir ! Aujourd’hui, de nombreux rabbins israéliens ont pris conscience de la gravité de la situation dans laquelle nous nous trouvons et ils acceptent la formule de conversion

pour les gens qui veulent entrer dans la tradition. Le monde orthodoxe, lui, n’aime pas la formule traditionnelle – ou plutôt, il l’aime comme le pêcheur aime le poisson : pour le faire frire dans la poêle. Pour lui, la tradition est du simple folklore. Non ! Faire une brit mila à son fils n’est pas du folklore ! Une décision a été prise par le gouvernement et bientôt la loi sera votée à la Knesset. Il est évident qu’il y aura de fortes résistances, mais cela devrait entraîner un changement au sein du grand-rabbinat d’Israël. De ce point de vue, ce gouvernement est un miracle pour le monde juif – et je ne parle pas d’un point de vue politique, mais de Halakha. C’est la première fois que nous avons l’occasion de changer les choses, de revenir à ce qu’est vraiment la position de nos rabbanim. n

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La question de la Terre d’Israël et celle de la défense du pays leur importent peu. Les autres autorités religieuses se sont alignées sur eux, et elles ont tourné le dos à leurs principes et à la Halakha. Le vent a tourné il y a une quarantaine d’années.

Au marché de Ma'hanei Yehouda, Jérusalem, 2012

Rabbin et homme politique israélien, Haïm Amsellem a été député à la Knesset. Né à Oran, en Algérie, il a fait son alya de Genève en 1970 avec ses parents. Il a officié à Netivot puis à Jérusalem comme rabbin orthodoxe, avant de repartir exercer à Genève en 2004 et 2005 en tant que rabbin d’une communauté orthodoxe séfarade. Il a débuté sa carrière politique en 2006 comme député du parti orthodoxe séfarade Shas, qu’il a quitté en 2011 pour divergences d’opinions, notamment sur les questions liées à la conversion, à la conscription des orthodoxes à l’armée et à leur nécessaire intégration dans la société via le monde du travail. Le rabbin Haïm Amsellem, qui propose des conversions orthodoxes assouplies aux enfants de père juif, a donné de multiples conférences et écrits maints articles sur le sujet. Il est soutenu dans son combat par de nombreux rabbins et autorités religieuses, dont le rav Eliezer Melamed et le rav Shaoul Botschko.

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CARTES SUR TABLE

Trois semaines PAR ARIEL KANDEL

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cette prophétie. Nous vivons une autre période de epuis deux mille ans et la destruction du trois semaines, pas moins importante, et peut-être Temple, la tradition met en avant les fameuses même plus importante, que celle que nous venons trois semaines : trois semaines, en été, durant d’évoquer. Car s'il importe de se souvenir du passé, lesquelles nous portons le deuil du Temple. Trois notre attention doit être portée sur notre présent semaines conclues par neuf jours redoutables dont le et notre futur. Les seniors, nos anciens, ceux qui point culminant est le 9 Av. Cependant, si l’on examine ont vu et vécu le pire, connaissent aujourd'hui cette de plus près ce douloureux événement, peut-être que résurrection dans les rues de Jérusalem, sur la Terre la plus grande catastrophe, à l'époque, ne fut pas la d'Israël. destruction du Temple mais l'exil. La plupart des 613 commandements de la Torah étant Ces trois semaines s’étendent du premier jour de Pessa'h – jour de la sortie d'Égypte – jusqu'à liés au Temple et à la Terre d'Israël, pour certains, Yom HaAtsmaout – jour de l'indépendance de ce départ en exil a été synonyme de destruction du l'État d'Israël. Du génocide perpétré par l'Égypte judaïsme et du peuple juif. C'est pour cette raison, par jusqu’à la résurrection. De la délivrance à la liberté exemple, que la Michna nous indique qu'une personne contemporaine peut divorcer pour – sans oublier, lors rejoindre Israël si du Yom HaShoah et son conjoint ne le du Yom HaZikaron, veut pas (Ketoubot, ceux qui, lors de ce 13, 11). En effet, périple collectif, ont à l'époque de la perdu la vie pendant Michna – juste après la Shoah, dans les la destruction du guerres d'Israël et les Temple –, seule une attentats. présence en Terre Chaque année, ces d'Israël pouvait trois semaines font paraître assurer la face au drame auquel survie du Temple renvoient les trois juif. Aucun « kit de autres. Ainsi est-il survie » en Diaspora donc évident que n'était alors connu. nous devons, à Yom Ce sauvetage de la vie HaAtsmaout, glorifier du peuple juif était 1957. Le rav Zvi Yehouda Kook allume les traditionnels flambeaux au cours de la donc prioritaire sur célébration du Jour de l'Indépendance de l'État d'Israël. Chaque année, une cérémonie et remercier Dieu en officielle au Har Herzl marque le lancement des festivités de Yom HaAtsmaout avec chantant le Hallel le couple. Pourtant, l’allumage de douze flambeaux représentant les douze tribus d’Israël. © GPO avec bénédiction, dans un texte bien afin de renforcer le connu (Talmud de centre de la vie et de l’action du peuple juif. Afin de Babylone, Traité Makot, 24b), alors que les rabbins renforcer cet État qui rassemble des exilés venus de pleurent en voyant des renards rôder au milieu des plus de cent pays de la Diaspora. Afin de renforcer ruines du Temple détruit, un autre rabbin sourit. Il le centre de notre identité et de nos préoccupations, s'appelle Rabbi Akiva. Il sourit car il comprend que si bien au-delà des élections présidentielles en France la prophétie des renards rôdant sur le site du Temple qui indiquent malheureusement une nouvelle fois se réalise, c'est qu'une autre prophétie se réalisera la montée des extrêmes, nous rappelant toujours également : celle du Retour, celle qui annonce que davantage que le peuple juif a pour avenir l'État « de vieux hommes et de vieilles femmes s’assiéront encore d'Israël. n dans les rues de Jérusalem » (Zacharie 8, 4). Nous vivons

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TSAHAL

Quel meilleur moment que la veille du soixante-quatorzième anniversaire de l’État d’Israël pour rendre hommage à l’Armée de défense d’Israël ? Et quel meilleur moyen de le faire qu’en rappelant son histoire, et en dressant un état des lieux de ses ressources humaines, de ses défis – dont l’intégration des femmes dans ses rangs – et bien sûr de ses succès ? Plus qu’une armée, Tsahal est le rempart d’un peuple qui n’aspire qu’à vivre en paix ; et en cela, « chaque Israélien est Tsahal ». 12

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par le peuple, pour le peuple

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L'histoire d'une armée Dans son livre Tsahal. Nouvelle histoire de l’armée sahal est née le 28 mai 1948. Oui, mais non. En israélienne, Pierre Razoux cite Mordechaï Piron, général réalité, Tsahal est bien plus âgée. et deuxième grand-rabbin militaire de Tsahal, de 1969 Sans s’arrêter aux chefs militaires qui, à 1980 : « La motivation du soldat israélien repose depuis depuis Abraham, se sont succédé et ont accompli toujours sur deux piliers : la conscience de sa judaïcité, des prouesses pour « installer » Dieu sur terre, avec toutes les valeurs que cela implique, et le sens d’une considérons l’action de Moïse qui, pour protéger continuité historique avec les exploits des combattants juifs l’Arche d’alliance, érige une garde rapprochée, des temps bibliques. » efficace et entraînée, Moïse qui, en outre, crée un Un autre pas de géant nous amène aux premiers service de renseignement militaire en ordonnant à kibboutz, avec la création de Degania en 1909, au douze espions de traverser le Jourdain et d’aller en moment où, sur une plage de Tel Aviv, soixante-six avant-garde surveiller le pays de Canaan. familles juives se partagent les terres acquises contre Lorsque, plus tard, le roi David devient le deuxième monnaie sonnante et trébuchante. souverain d’Israël, il s’attelle à réunir les tribus du Nord pour instituer une unité nationale, établissant ainsi les bases d’une armée parfaitement organisée. En incontestable chef militaire, David lève des fonds pour transformer ses troupes disparates en une armée de métier. Il impose aussi un service militaire obligatoire. Outre sa garde rapprochée, professionnelle jusqu’au bout de ses flèches, David instaure de redoutables entraînements ; et bien sûr, il donne l’exemple du courage. Il veille au moral des troupes et leur attribue comme signe de ralliement… le Maguen David – celui-là même qui, trois mille ans plus tard, emplit Le Premier ministre David Ben Gourion, accompagné du chef d'état-major, Moshe Dayan, passe en revue la les Israéliens de fierté et de garde d'honneur devant le complexe de la Défense à Tel Aviv. confiance. À cette époque, de l’HaChomer à la Légion juive, Évoquons enfin la révolte de Shimon bar Kokhba la protection des nouveaux immigrants répartis qui, face aux décrets comminatoires de l’empereur entre villes et villages agricoles est une question Hadrien, veut forcer les Romains à quitter le pays éminemment urgente. À l’instar des femmes qui, d’Israël. Bar Kokhba désigne lui aussi des espions aux temps bibliques, s’armèrent et remportèrent qu’il utilise pour mieux analyser la situation et y faire des victoires (Déborah, Salomé Alexandra), face par des plans militaires audacieux et astucieux. les forces juives, qu’elles soient clandestines L’histoire d’Israël à cette époque est âpre et violente. ou officielles, enrôlent aussi les femmes sans Les Romains sont en nombre écrasant. Il y aura des hésiter. batailles gagnées, des « coups » exceptionnels, dont (suite page 18) s’inspireront par la suite les soldats de Tsahal. 14

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PAR YAËL KÖNIG


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Lieutenante-colonelle Eva Cohen :

« La plus grande richesse de Tsahal, ce sont ses ressources humaines. » © DR

Eva Cohen est lieutenante-colonelle de l’armée de l’air et récemment retraitée de Tsahal. Bien trop jeune et trop pleine de talent pour « se la couler douce », elle s’est donc mise au service des francophones, en prenant la direction du pôle emploi de l’association Qualita.

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rrivée en Israël à 14 ans, Eva Cohen avait une certitude : elle ferait l’armée. Et elle a fait l’armée ! Pour parvenir au grade de lieutenante-colonelle, elle a suivi pendant six mois une formation au Collège d’officiers supérieurs – à l’époque, elles étaient seulement huit femmes sur 90 élèves… Elle a occupé des postes liés à la stratégie internationale, à la coopération militaire entre Tsahal et les armées d’Europe, aux formations destinées aux officiers de l’armée de l’air, et plus généralement aux fameuses ressources humaines de l’armée israélienne, qui représentent son atout le plus envié et le plus précieux. Un sujet sur lequel l’ancienne haut gradée est intarissable. LPH. Comment est organisée notre armée ? Eva Cohen. Deux blocs principaux la composent : – La programmation des forces On y travaille à l’élaboration des plans, des stratégies. En amont des actions, on s’occupe des avions, des budgets, des équipements, de la logistique, des ressources

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PROPOS RECUEILLIS PAR YAËL KÖNIG humaines, de médecine – et j’en passe. Tout est préparé très minutieusement, jusque dans le plus insignifiant détail, pour construire les forces de Tsahal. Il s’agit en fait d’une mise en place pour le pôle 2 : l’activation des forces. – L’activation des forces Les escadrons, les brigades combattantes, les unités de la marine, l’armée de terre et ses brigades, l’armée de l’air et ses unités, les Renseignements, la brigade des commandos et ses unités regroupées sous le vocable de « terrain », effectuent les opérations militaires. Lorsqu’un avion décolle pour une opération, il y a eu au préalable une préparation d’une minutie inimaginable. Le tout est placé sous le commandement d’Aviv Kochavi, chef d’état-major de Tsahal. On l’appelle « le soldat numéro un ». Israël est une nation en uniforme. Nous connaissons tous quelqu’un dans l’armée. Sans compter que les pertes de soldats, qui avoisinent les 20 000 personnes, nous concernent tous. Malgré les changements au sein de l’armée et les protestations qu’on peut entendre à son sujet, il n’en subsiste pas moins que l’attachement à Tsahal et la fierté que le peuple ressent pour elle restent pérennes. D’ailleurs, les demandes d’enrôlement en tant que combattant ou pour toute autre tâche de défense du pays sont actuellement en augmentation. Comment se passe le recrutement dans l’armée ? E.C. Dès la classe de première, chacun passe des tests et obtient alors son profil. Puis les jeunes reçoivent une liste des métiers dans l’armée. Selon leurs choix


© GPO – Amos Ben Gershom

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou avec les soldats de la brigade Kfir, bataillon Netza'h Yehouda, en 2018

et les besoins de Tsahal, ils effectueront d’autres tests et auront d’autres étapes à franchir. Ensuite commence leur formation, qui peut durer six mois, ou même un an. Tsahal n’est pas une armée agissant hors des frontières ; elle se bat sur notre territoire, pour nous défendre. Cela explique que lorsque ces jeunes débutent une formation, leur engagement est total. C’est l’implication d’une vie. Quelles sont les règles pour les Arabes israéliens ? E.C. C’est une question épineuse et complexe. Pour eux, servir Tsahal n’est pas obligatoire. Certains s’engagent cependant, surtout parmi les Chrétiens ; parfois, ils réclament même un poste de combattant. En revanche, les Druzes et les Bédouins s’engagent sans réticence dans l’armée. Nous avons à Tsahal des Arabes israéliens chauffeurs aussi bien que combattants, un bon nombre d’entre eux occupent des postes importants, des postes de commandement, ou encore suivent un parcours académique : médecine, dentisterie… Ils sont formés et encadrés comme les autres. Et lorsqu’ils sont de retour, épuisés, après un combat périlleux, il n’y aucun clivage entre eux et les autres soldats : ils sont tous frères – d’ailleurs, tous s’appellent « mon frère » ! Où en est Tsahal avec les religieux ? E.C. Il faut savoir qu’au regard de Tsahal, toute la population du pays a le devoir d’intégrer l’armée. Après l’adoption de la loi sur le recrutement militaire des 'Haredim, un tollé général dans le monde religieux a assourdi le pays. Pourtant, force est de constater que de plus en plus de jeunes religieux rêvent de s’engager. Dans les grandes brigades de Tsahal, il y a de très nombreux religieux qui ont

grandi dans une atmosphère sioniste et pour qui s’engager dans une unité combattante ne pose pas problème. Pour les ultrareligieux, c’est différent. Mais on avance… En 2005, Tsahal a créé la brigade Kfir, composée de jeunes religieux, et l’on trouve des soldats religieux partout ailleurs : dans l’armée de l’air, dans les métiers techniques… Il est important de souligner que ces soldats sont particulièrement efficaces et concernés. C’est un réel succès pour Tsahal, et pour eux également. Cependant, on ne peut pas mettre ces soldats religieux sous commandement féminin ou dans des unités qui comportent des femmes – anachronisme, quand tu nous tiens… Les filles religieuses, dans une proportion assez floue de 70 %, effectuent un service civil. Mais la tendance, parmi elles, à vouloir faire l’armée est à la hausse depuis une dizaine d’années. Il existe même des écoles religieuses sionistes qui préparent leurs jeunes filles à l’armée. Tsahal soutient ces initiatives, d’autant que beaucoup de ces jeunes filles suivent ensuite des formations de haut niveau et remplissent des fonctions remarquables dans Tsahal : combattantes, métiers de stratégie, informatique… Quelle place Tsahal fait-elle aux handicapés ? E.C. Les handicapés dans Tsahal sont des volontaires – essentiellement pour une question majeure de responsabilité. Lorsque Tsahal fait passer les tests, un handicap, quel qu’il soit, confère à un jeune le « profil 24 », signifiant qu’il ne peut pas exécuter un service militaire « normal » ; il peut seulement s’engager bénévolement dans l’armée. Les droits des handicapés sont les mêmes que ceux de tous les autres soldats. Ils portent un uniforme, (suite page suivante) LPH ACTUJ 985

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interviennent à différents postes selon leurs capacités et accomplissent la durée d’un service entier. Récemment, une unité a engagé de jeunes autistes. On leur fait faire de « petits boulots » mais ils sont pris en charge avec patience et respect, et ils sont tous heureux de ce qu’ils accomplissent. On est touché par leur sourire radieux lorsqu’ils vous expliquent qu’ils travaillent pour Israël. D’ailleurs, récemment, le chef d’état-major de l’armée, Aviv Kochavi, est venu les saluer. L’émotion était palpable. Comment Tsahal est-elle perçue par les armées du monde ? E.C. Tsahal est vénérée. J’ai travaillé pendant quatre ans à la Coopération stratégique, au département International. Les demandes de coopération venant de tous les pays sont innombrables. Quand nous acceptons une coopération stratégique, nous nous y engageons sans restriction. Les participants s’entraînent à la lutte contre le terrorisme, surtout dans les zones urbaines, ils participent à des exercices d’hélicoptères sur des terrains désertiques, nous leur enseignons tout ce que notre expérience et ce à quoi nous avons été confrontés nous a appris. Récemment, ont eu lieu les exercices Blue Flag. Nous avons travaillé avec nos partenaires britanniques, indiens, américains, allemands, grecs, italiens, français…1500 soldats étaient là. Certains participants ont ensuite déclaré : « Nous avons énormément appris, cela a été une gigantesque expérience. (suite de la page 14) En 1920, la Haganah, succédant à l’HaChomer, œuvre à la création de l’armée israélienne. Des groupes d’hommes et de femmes armés s’organisent et se professionnalisent pour répondre aux exigences de la défense de toutes les fondations juives. C’est dans ces conditions que le 26 mai 1948, David Ben Gourion, Premier ministre et ministre de la Défense depuis la déclaration d’indépendance d’Israël, annonce le regroupement officiel de toutes les forces militaires sous le drapeau de Tsahal, qui prendra effet deux jours plus tard. Cette déclaration fondatrice stipule que Tsahal aura une armée des forces terrestres, une marine et une armée de l’air. Le lieutenant-général Yaakov Dori fut le premier chef d’état-major de Tsahal. Il venait de la Haganah, tout comme ceux qui lui ont succédé, jusqu’en 1978. La guerre d’Indépendance a pris fin le 13 janvier 1949. Israël a installé des industries militaires, mis sur pied les Magav (gardes-frontières), et lancé sans attendre l’opération « Ali Baba », pour organiser le retour des Juifs irakiens sur leur terre. 18

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Voler avec les pilotes israéliens nous a montré leur professionnalisme exceptionnel. » Comment Tsahal s’investit-elle dans des actions humanitaires ? E.C. Les actions humanitaires sont une valeur d’Israël, et donc une valeur de l’armée. De la même manière qu’on ne doit jamais abandonner les soldats blessés ni les corps des soldats tués sur le champ de bataille, aider quiconque est en détresse, dans n’importe quelle région du monde, est une obligation. En Israël, tout ce qui concerne la protection et le sauvetage des civils, dans le pays ou à l’étranger, est accompli par Tsahal. Lors des crises que le monde connaît, qu’il s’agisse des tremblements de terre ou d’une urgence sanitaire, Tsahal est aussitôt sur le départ. Ainsi, par exemple, nous avions installé un hôpital de campagne à la frontière syrienne ; et pendant trois ans, Tsahal a soigné les victimes des massacres perpétrés sur les populations par leurs propres forces. Et en ce moment même, en Ukraine, nous avons également érigé un hôpital, qui travaille à flux tendu. Quand il s’agit de venir en aide à des innocents, que ce soit en Ukraine, en Syrie, en Turquie ou ailleurs, ni leur passé, ni leur religion, ni leurs options politiques ne nous intéressent. Aujourd’hui, j’admire Tsahal et son efficacité. Je lui accorde une confiance absolue. Si nous espérons qu’en cas de danger, d’autres structures étrangères nous défendent, nous ne nous remettrons jamais de cette naïveté. n En 1951, Tsahal est parfaitement en place et opérationnelle. La Marine agit jusqu’au golfe d’Aqaba, pendant qu’au Nord les troupes de Tsahal luttent contre les bombardements syriens. En 1952, la Commission israélienne de l’énergie atomique voit le jour. C’est l’amorce du programme nucléaire destiné à la fabrication de la bombe atomique israélienne. Le pays a seulement quatre ans, et déjà ses héros : les visionnaires, parmi lesquels David Ben Gourion, Haïm Laskov, Yitzhak Rabin, Shimon Peres, Ezer Weizman et Moshe Yaalon ; les stratèges, parmi lesquels Yigal Yadin, Moshe Dayan, Rehavam Zeevi, Mordechaï Hod et Haïm Bar-Lev ; et enfin, les tacticiens. Ces derniers, plus nombreux, « n’ont pas la vision des premiers, écrit Razoux, ni la perception globale des deuxièmes, mais ils l’emportent sur le champ de bataille grâce à leur coup d’œil, leur sens du commandement, et leur inspiration qui leur permet de se tirer des situations les plus délicates ». Un peu à part, évoquons Ariel Sharon, dont on a souvent dit qu’il réunissait les trois registres… n


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Tsahal et les femmes PAR YAËL KÖNIG

Dès 1949, Tsahal inclut officiellement les femmes dans la conscription. Mais certains postes leur demeurent inaccessibles. On leur attribue des rôles « adaptés », qui se limitent parfois à… servir le café. Aujourd’hui, presque aucune unité ne leur résiste.

E

n 2000 est créé le bataillon d’infanterie mixte Caracal. Composé à 70 % de femmes, c’est aujourd’hui la plus célèbre des unités mixtes. À la question toujours d’actualité : « les femmes peuvent-elles servir

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dans les unités de combat ? », le lieutenant-colonel Erez Shabtay, commandant du bataillon Caracal de l’époque, répond : « Lorsque vous avez les bonnes personnes, vous pouvez tout faire. […] Il y a un seuil […]. Si vous le franchissez, vous pouvez être un combattant. Si vous ne le franchissez pas, vous ne pouvez pas. Et ce n’est pas moi qui ai fixé ce seuil, c’est Tsahal1. » Tout est dit. L’un des arguments contre l’inté­ gration des femmes au sein des combattants dans l’armée mettait en avant la faiblesse physique des femmes par rapport aux hommes. Selon Shabtay, « les hommes sont généralement plus forts. Ils courent plus vite, soulèvent des poids plus lourds… Mais vous devez comprendre

que nous préparons des gens pour une mission. Nous sommes un bataillon de défense des frontières. Et je vous dis en toute conscience qu’aucun bataillon des brigades d’infanterie lourde ne peut faire le travail de défense des frontières mieux que nous – et c’est la chose la plus importante. » Pendant une décennie, Caracal a été le seul bataillon d’infanterie mixte de Tsahal. Puis d’autres formations ont suivi, portant le nombre de soldates combattantes de quelques centaines en 2012 à plusieurs milliers aujourd’hui. Pour servir dans ces bataillons de combat, elles acceptent une conscription plus longue de huit mois, sans pour autant être mieux rémunérées.


Bien que ce ne soit pas sa mission principale, le bataillon Caracal lutte quasi quotidiennement contre la contrebande de drogue ainsi que l’infiltration de terroristes à la frontière entre Israël et l’Égypte. En 2012, les troupes de Caracal ont empêché une incursion terroriste et tué les assaillants. C’était la première fois que ce bataillon se livrait à un combat. Une femme-officier a été décorée pour avoir éliminé un terroriste.

© IDF

L’augmentation exponentielle du nombre de combattantes n’a pourtant pas fait cesser les débats sur la question du genre dans l’armée. On y revient encore et toujours, comme à une antienne érodée mais tenace. « Je n’ai aucun doute sur la capacité des femmes à être des combattantes […]. Des femmes soldats rampant, attaquant, tirant, donnant des ordres […]. Nos soldates, sous les tirs, ont fait leur travail de manière remarquable. Nous ne les lâchons sur rien, ni sur la forme physique ni sur l’adresse au tir. Celle qui n’y arrive pas est éliminée, tout comme un homme », déclare Erez Shabtay, qui a également souligné la forte motivation des soldates à être admises dans le bataillon Caracal. Dernière réticence en date concernant les femmes dans Tsahal : leur intégration dans les unités de tankistes. Que ce soit pour la raison (fallacieuse ?) que les obus sont trop lourds ou parce que les tentations sexuelles sont trop fortes dans une telle promiscuité, on avait jusque-là évité de nommer des femmes à ces postes. Mais impossible n’étant pas israélien, on a eu l’idée de

Octobre 2010. Les jeunes recrues de l'armée de l'air attendent de recevoir leurs insignes sur le parvis du Mur occidental, à Jérusalem.

chars… entièrement féminins ! Le chef d’état-major de Tsahal depuis 2019, Aviv Kokhavi, avait annulé la formation de tankistes féminines. Mais devant les protestations nombreuses et étayées, la Haute Cour de justice a tranché et le programme de formation a été relancé. Les femmes servent donc dans les blindés qui se déploient le long des frontières égyptienne et jordanienne.

L’armée de l’air Les réticences et les oppositions ont toujours été plus fortes encore à l’égard des femmes qui désiraient être pilotes dans l’armée. On prête à Ezer Weizman, ancien commandant de la Force aérienne et premier président de l’État d’Israël2, l’anecdote suivante. Devant l’acharnement d’une jeune fille à vouloir devenir pilote, il lui posa cette question : « Meidele3 !

As-tu jamais vu un homme recoudre une paire de chaussettes ?! » Et d’affirmer : « Les femmes sont incapables de résister aux pressions exercées sur un pilote de chasse. » Pourtant, en 1995, la Cour suprême a finalement statué (recours Alice Miller) qu’« empêcher l’accès des femmes au cours d’aviation viole leur dignité et les dégrade ». À la suite de cet arrêt, le Parlement israélien a adopté l’amendement garantissant l’égalité des hommes et des femmes dans l’armée israélienne. C’est ainsi qu’en 2021, une femme, qui avait déjà obtenu son brevet de pilotage en 2016 et piloté les fameux F-16 qui font la fierté des Israéliens, a été nommée chef d’escadron à l’École de pilotage de Tsahal. n Times of Israel, 1er juillet 2021. Ezer Weizman, 1924-2005. 3 Jeune femme, en yiddish. 1 2

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« Tsahal n’est pas une entité externe. Chaque Israélien EST Tsahal. » PAR YAËL KÖNIG

Il est l’auteur d’un document interne à l’armée israélienne, qui a donné lieu à la création d’un des cours internationaux les plus prisés au sein de Tsahal, utilisé par l’ONU pour négocier des cessez-le-feu et préparer des accords de paix. Raphaël Jerusalmy a débuté dans la Marine avant d’être orienté vers les services de renseignement. Il a quitté l’armée en 1996 avec le grade de lieutenant-colonel. Aujourd’hui écrivain et consultant pour i24NEWS, il dresse pour nous un bref état des lieux d’une armée en constante évolution.

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ne des caractéristiques de Tsahal est sa capacité à pallier le nombre des soldats par la puissance de sa stratégie et de son renseignement, et sa redoutable technicité. Selon Raphaël Jerusalmy, « Tsahal est à la pointe de tous les progrès, dans tous les domaines. » Et de préciser : « En matière de technologie, nous ne le dirons jamais assez, Tsahal est à l’avant-garde, avec, peut-être, les USA. » En matière de cyber, de laser et d’électronique, Tsahal a une supériorité absolue. « Le laser, dit R. Jerusalmy, est une arme peu coûteuse que Tsahal maîtrise parfaitement. D’ici deux à trois ans, Tsahal sera en mesure de détruire des missiles grâce à des rayons laser. En Israël, chaque soldat aura bientôt son drone. Ainsi, dans les combats du futur, il y aura derrière lui des informaticiens qui analyseront la bataille en direct et décideront de la meilleure conduite à suivre selon les informations du terrain. »

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© Avec l'aimable autorisation de Raphaël Jerusalmy

Lieutenant-colonel Raphaël Jerusalmy :

En matière de renseignement, comment mieux souligner la qualité des services israéliens qu’en rappelant que les vétérans de la prestigieuse Unité de Renseignement militaire sont courtisés par les chasseurs de têtes et recrutés par les entreprises de cybersurveillance les plus performantes en Israël ? On déplore cependant une fuite importante des « cerveaux » à l’étranger, sans qu’ils aient été dénombrés. « Heureusement, ajoute R. Jerusalmy, d’autres "cerveaux" restent au pays par idéal, par passion, car ils travaillent sur des machines qui sont des défis pour le cerveau humain. » Sur le plan de l’espionnage, Israël est également une référence : « Aussi légendaire que nos pilotes, l’Espionnage assure notre supériorité sur l’ennemi. » 8200 est la plus grande unité militaire israélienne – et aussi la plus secrète. Environ 20 000 personnes y travaillent. 8200 traite de la récupération d’informations à tout niveau : renseignements humains, intelligence des communications, ordinateurs ultraperfectionnés. L’unité 8200 est constamment présente et efficace. On lui a rajouté une autre unité secrète : le Cyber. Son site, secret lui aussi, est basé non loin de celui du Mossad. Rappelons ici que le Mossad n’appartient pas à l’armée. Il est sous le commandement du Premier ministre, même si c’est le chef de l’état-major qui communique ses rapports. Mais évidemment, Tsahal et le Mossad travaillent main dans la main.


Très investie dans la conquête spatiale, Tsahal a déjà lancé des fusées à partir du Kazakhstan. Ses liens avec d’autres forces armées spatiales sont étroits, en particulier avec l’Inde, cette connexion remontant à 1963 : depuis cette date, Israéliens et Indiens travaillent de concert pour innover en matière technologique et résoudre ensemble les problèmes qui se posent. « L’Inde sait que son partenariat stratégique avec Israël contrebalance la puissance chinoise à sa frontière, et Israël fait bénéficier l’Inde de son potentiel militaire. Israël livre à l’Inde et à d’autres pays des composants militaires essentiels compatibles avec divers systèmes technologiques. »

Tsahal travaille aujourd’hui à livre ouvert « Au risque de surprendre, Tsahal travaille aujourd’hui à livre ouvert, explique Raphaël Jerusalmy, sauf évidemment pour tout ce qui a trait à son activité séuritaire. Dans tous les autres domaines, plus de censure – sans doute une sorte de phénomène sociétal. Même le porte-parole de Tsahal est plus coopératif que ceux d’autres pays. En réalité, Tsahal n’est pas une entité externe. Chaque Israélien EST Tsahal. » La démocratisation de Tsahal est en effet indéniable. Désormais, les gradés ne sont plus des héros inaccessibles. Leurs numéros de téléphone circulent et ils peuvent être interpellés par des parents se plaignant de ce que leur enfant s’entraîne le chabbat (les entraînement et les combats sont interdits le chabbat sauf en cas de force majeure), de ce qu’il ne reçoit pas le traitement médical approprié, voire même de la qualité de la nourriture. « Tsahal tient au bien-être de ses soldats, répète Raphaël Jerusalmy, mais c’est une armée, et non un club de vacances ! Seuls les volontaires servent dans les parachutistes ; et si le soldat est un enfant unique, ses parents doivent signer une décharge. » Signalons, sans citer de chiffres, que les milouimniquim (réservistes) répondent présent sans barguigner. Et même s’ils ont dépassé l’âge où ils sont tenus d’effectuer leurs périodes de réserve (maximum 51 ans), certains demandent à revenir. À l’autre extrémité, une frange de jeunes refuse de servir dans Tsahal – un phénomène auquel l’armée tente de remédier en proposant des formations professionnalisantes toujours plus perfectionnées.

Dans cet esprit de démocratisation bien­venu, les soldats ont désormais la possibilité de présenter une requête face à un ordre jugé immoral, un conflit avec un supérieur ou encore une sanction estimée trop sévère, voire humiliante. En cas de besoin, le soldat pourra recourir à un ombudsman1 qui examinera le dossier et tranchera. Dans la majorité des autres armées – l’armée française faisant exception –, ces recours n’existent pas. Enfin, nous serons brefs en ce qui concerne le Nucléaire, personne dans Tsahal n’acceptant d’en parler. Pour les pères fondateurs du pays, le programme nucléaire représentait le moyen d’éviter une nouvelle Shoah, et c’est David Ben Gourion qui a mis sur pied un programme de recherche nucléaire, dont le professeur Ernst David Bergmann2 – chaudement recommandé à Ben Gourion par Albert Einstein – a pris la direction. Israël est la sixième puissance nucléaire mondiale. On peut supposer que l’arsenal nucléaire des Israéliens dépasse les 200 têtes nucléaires. Mais nos supputations ne seront pas confirmées.

© Avec l'aimable autorisation de Raphaël Jerusalmy

L’armée de l’air est désormais la « Force aérienne et spatiale »

Raphaël Jerusalmy a débuté dans la Marine avant d’être orienté vers les services de renseignement.

Jusqu’à aujourd’hui, Tsahal a conservé la confiance des Israéliens. Ses soldats sont les enfants du pays, et ses dirigeants, paradoxalement, incarnent l’espoir d’une paix que tous appellent de leurs vœux. n Ombudsman : terme suédois signifiant « représentant du peuple ». En Israël, l’ombudsman est là pour résoudre un conflit et décider de la meilleure option pour celui qui le consulte. 2 Ernst David Bergmann (1903-1975) : chimiste israélien né en Allemagne et ayant rejoint Londres en 1933. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il a travaillé sur des projets de défense pour les Français, les Anglais et les Américains, et notamment à la réalisation du projet Manhattan. 1

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Tsahal ou le paradoxe du creuset PAR PASCALE ZONSZAIN

La société israélienne évolue, et son armée avec elle. Mais pour demeurer l'armée du peuple, Tsahal doit constamment se réinventer. C’est un de ses défis.

C

entre et périphérie, intégration, diversité socioéconomique, religion, parité, technologie : tous les débats qui marquent l'évolution de la société israélienne se retrouvent dans Tsahal. L'armée d'Israël est aussi son miroir. Mais elle doit s'adapter à ces changements, tout en conservant sa propre cohérence. Car Tsahal, c'est aussi un creuset social. Dans un pays où les disparités sociales, ethniques et culturelles sont à la fois une force et un défi permanents, c'est l'armée qui est le premier lieu de brassage d'une population multiple. Tsahal a longtemps été le moule des futures élites. Ses officiers supérieurs, qui allaient ensuite se retrouver à des postes à responsabilité économiques, publics ou politiques, ont d'abord été des Ashkénazes, issus des kibboutz, et de préférence laïques. Il fallait sortir des unités combattantes ou d'élite pour s'assurer un avenir professionnel de haut niveau. Après quelques générations de mobilité sociale, des Séfarades ont à leur tour gravi les échelons 24

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jusqu'à la tête de l'état-major, et les officiers religieux sont devenus de plus en plus nombreux. Mais il n'y a toujours pas de général issu de l'immigration éthiopienne, ni d'officier supérieur orthodoxe qui ne soit pas un aumônier. Quant aux femmes, elles n'ont pas encore percé tous les plafonds de verre, même si elles sont plus nombreuses à intégrer des unités combattantes.

Pour Tsahal, aider Israël à relever ses nouveaux défis est un enjeu aussi stratégique que la défense de ses frontières. Le concept d'armée du peuple reste fort dans le récit national israélien et dans la définition de son identité. Pourtant, le consensus donne des signes d'effritement. Selon une enquête réalisée en novembre dernier par l'Institut de la Démocratie en Israël, les Israéliens sont 47 % à se dire favorables à la fin du service

militaire obligatoire ; ils sont majoritairement dans la tranche des 18-45 ans et représentent 80 % des ultraorthodoxes. Aujourd'hui, environ un tiers des jeunes en âge de servir ne font pas leur service militaire, ce qui dépasse largement le seul secteur 'haredi. La réforme de la conscription des ultraorthodoxes est un problème récurrent, qui relève d'abord de la politique. Pourtant, l'armée doit elle aussi décider si elle est prête à s'adapter à l'intégration massive de soldats ultrareligieux, qui l'obligerait à repenser tout son mode de fonctionnement interne, depuis les conditions de cacherout jusqu'à la mixité. C'est le paradoxe du creuset. L'option d'une conversion de Tsahal en armée de métier est d'ailleurs largement rejetée. D'abord en raison de l'environnement sécuritaire, mais aussi parce qu'une armée professionnelle priverait justement le pays de son lieu de brassage social et accentuerait la fracture des classes. D'ores et déjà, Tsahal doit veiller à désenclaver une population qui, dans la périphérie socio-économique et géographique, a besoin du passage par l'armée pour augmenter ses chances d'intégrer les forces vives de l'économie et de la société. Le transfert vers le Néguev des grandes bases de Tsahal, et en particulier des unités technologiques, sera d'ailleurs achevé en 2028.


« Les meilleurs pour le cyber » ? L'engouement des jeunes pour les unités technologiques est symptomatique de la Start-up Nation. Leur accès est encore largement réservé aux jeunes des classes moyennes des agglomérations du centre, et l'armée cherche justement à

l'élargir aux autres groupes de la population. Mais cela ne doit pas faire oublier qu'avant d'être un incubateur de talents, Tsahal est d'abord l'Armée de défense d'Israël – ce que le chef d'état-major, Aviv Kochavi, rappelait il y a quelques mois, en soulignant que les meilleurs restaient ceux qui intégraient

les unités combattantes de terrain. Il est vrai que la composition sociétale de Tsahal s'est diversifiée à tous les niveaux. Son rôle éducatif et intégrateur demeure un puissant moteur social. Pour Tsahal, aider Israël à relever ses nouveaux défis est un enjeu aussi stratégique que la défense de ses frontières. n

Tsahal Connection, le phare des soldats français Tsahal Connection est devenue indispensable aux jeunes Français ou Israéliens francophones qui s’apprêtent à intégrer les rangs de Tsahal. Raphaël Madar, fondateur de l’association, a répondu à nos questions. LPH. Vous accompagnez les soldats francophones qui entrent à l’armée en Israël : pourquoi ont-ils besoin d’un soutien particulier ? Raphaël Madar. Ils sont quelque 600 Français à rejoindre, chaque année, les rangs de Tsahal. Un rêve d’enfant, l’amour d’Israël, une envie viscérale de se battre pour cet État juif qui deviendra peut-être le leur, motivent cet engagement. Mais parfois, et même souvent, les fantasmes et la réalité ne correspondent pas. D’autant que, avant même d’intégrer l’armée en tant que telle, les futurs soldats doivent affronter une machine administrative complexe – et souvent démotivante. Ils ne © DR comprennent pas bien les choix qui leur sont proposés, toutes les formalités bureaucratiques à accomplir, les documents à fournir, etc. Ils se retrouvent perdus ? R. M. Oui, Tsahal Connection est née de ce constat : les jeunes Français se découragaient devant les exigences administratives de l’armée, ils ne savaient pas où se diriger ni à qui s’adresser pour choisir parmi les dizaines d’unités existantes.

Un pourcentage important quittait d’ailleurs Tsahal avant la fin des trois années de service. Les Français sont peu armés psychologiquement, ils n’ont pas de père, d’oncle ou de cousin passés par là avant eux et qui peuvent les rassurer, les aiguiller. Les papiers à remplir, les examens à passer, les dates et les lieux de rendez-vous, l’attitude des chefs, sans parler des exigences physiques, peuvent être rébarbatifs et angoissants. Quand on ne maîtrise ni la langue ni les codes du pays, cela peut vite devenir un casse-tête. C’est pourquoi nous avons décidé de les aider et de les orienter. En quoi votre travail d’aide consiste-t-il ? R. M. Chaque année, Tsahal Connection répond à 18 000 questions, accompagne 400 soldats et donne 700 conférences pour rendre leur service militaire plus accessible. Nous organisons aussi un « kenes takfidim » (« salon des postes ») où une cinquantaine de soldats et d'anciens soldats francophones viennent renseigner les futures recrues, elles aussi francophones. Tsahal Connection est devenue le phare pour orienter et informer tous les francophones, quelles que soient leurs envies. Nous nous efforçons de leur expliquer la mentalité militaire israélienne et ses exigences afin que chaque jeune soit préparé au mieux. Aujourd’hui, notre association a besoin d’aide pour survivre ! n Informations : 054-9056016 – info@tsahalco.com Propos recueillis par Eve Boccara

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À L'AFFICHE

VOUS NE POURREZ PAS DIRE QUE VOUS NE LE TROUVEZ PAS ! AHARIYA

HAÏFA

ACCO / CARMIEL / N

4 rue Pelman

2 rue Ha’Harochet – Acco

16 rue Herzl

Big ‘Houtzot Carmiel – Carmiel

Centre commercial ‘Horev A’houza

1 rue Ben-Tzvi – Nahariya

BAT YAM / RISHON LE

Centre commercial Gan Shmouel – Hadera

92 rue Yossetal – Bat Yam

Centre commercial de Hadera

Cinema City Rishon LeZion

ZION

1 rue HaRav Levy – Bat Yam

G ISRAEL, à côté de IKEA – Netanya

Hôtel Carlton – Nahariya

38 rue Léon Blum

HADERA / NETANYA

130 avenue HaNassi

2 rue Berman – Netanya

Centre commercial HaZahav – Rishon LeZion

16 rue Alon – Tom Lentus – Netanya

30 rue HaNa’hshol – Rishon LeZion

58 rue Herzl – Netanya

JERUSALEM MEVASSERET ZION // MODIIN BEIT SHEMESH

NA

KFAR SABA / RAANA HERZLIYA

TEL AVIV

Centre Wissman G301 – Kfar Saba

20 rue HaBarzel, Hôpital Assuta

Centre commercial Harel – Mevasseret Zion

Centre commercial Arim – Kfar Saba

Dizengoff Center, bâtiment A

Gare routière centrale – Jérusalem

119 rue A’houza – Raanana

62 rue Ben-Yehouda

10 rue Yitzhak Rabin – Jérusalem

124 rue A’houza – Raanana

163 rue Dizengoff

7 rue Ben-Yehouda – Jérusalem

Rue Derekh Yerushalaïm, coin A’houza – Raanana

Kikar HaMedina

9 rue HaMelekh George – Jérusalem

Centre commercial Sept Étoiles – Herzliya

107 rue Allenby

33 rue Yafo – Jérusalem

33 rue Sokolov – Herzliya

20 rue Na’halat Yitzhak

9 rue Ben Hillel – Jérusalem 3 rue Yigal Alon – Beit Shemesh

Cinema City Herzliya

14 rue Yitzhak Rabin – Beit Shemesh Centre Yishfro – Modiin

REHOVOT

Centre commercial Azrieli – Modiin

ASHDOD / ASHKELON

184 rue Herzl

Centre Ashdod

191 rue Herzl

Centre Big Fashion – Ashdod

Centre commercial Rehovot

126 rue Menahem Begin – Ashdod

Tsomet Bilou

Centre commercial City – Ashdod HaGdoud HaIvri – Ashdod Centre commercial Giron – Ashkelon

BEER-SHEVA

EILAT

Gare routière centrale

Centre commercial HaYam

Centre commercial Beer Sheva

Centre Big Eilat

Centre Big Derekh ‘Hevron

Hôtel Royal Garden

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À L'AFFICHE

Anne Roumanoff

« J’étais juive, mais pas homologuée. » PROPOS RECUEILLIS PAR EVE BOCCARA

Anne Roumanoff sera en Israël les 23 et 24 mai prochains, à l’invitation de la première édition du Tel Aviv Comedy Club et avec le show qui rencontre un immense succès en France : Tout va presque bien. L’occasion de parler, avec cette humoriste aux multiples facettes, de son lien à son judaïsme, à ce pays qu’elle ne connaît pas, et aussi, bien sûr, de son nouveau spectacle – le meilleur, de l’avis général !

Quels sont vos projets pendant ce court séjour, à part la scène ? A.R. Je veux aller sur la tombe de ma grandmère, sur le mont des Oliviers. C’est une histoire assez incroyable : elle avait déclaré qu’elle voulait être enterrée en Israël, et elle y est morte lors d’un séjour touristique, ainsi elle a eu ce qu’elle voulait. Mais je n’avais pas pu venir à son enterrement, je terminais Sciences Po, j’étais en pleins examens pour l’obtention du diplôme ; c’était en mai 1985. Alors c’est vraiment important pour moi de me rendre sur sa tombe. 28

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LPH. Vous arrivez en Israël le 23 mai : ce sera votre première fois ? Anne Roumanoff. Ma toute première fois, et je suis vraiment très, très heureuse. Par un concours de circonstances, jusqu’à aujourd’hui, à chaque fois que j’avais prévu de venir en Israël, cela ne s’était finalement pas fait, pour une raison ou une autre. Je ne vais passer que deux nuits en Israël, car je suis en pleine tournée et que je ne peux donc pas rester plus longtemps, mais deux nuits c’est déjà bien mieux que rien du tout !


À L'AFFICHE Vos deux grands-mères sont juives, vous les avez perdues toutes les deux lorsque vous aviez environ vingt ans. Mais vous dites que ce n’est que bien plus tard que vous avez commencé à vous intéresser à votre histoire et à vos origines… A.R. En effet, de leur vivant je posais peu de questions. Plus récemment, j’ai fait un arbre généalogique, je me suis intéressée à elles, à leur histoire – chacune d’elles a eu une vie absolument incroyable ! À vingt ans, on ne se rend pas compte de l’intérêt de poser des questions à ses grand-mères. Aujourd’hui, je réalise à quel point je les porte en moi et combien elles m’ont marquée. Ma grand-mère originaire de Fez, au Maroc, s’appelait Gracia ; elle était la petite-fille du grand-rabbin Haïm Cohen de Fez. Elle a eu sept enfants avec son mari, un militaire catholique originaire de Bordeaux. C’était la première écrivaine juive francophone du Maroc. Elle a écrit Mariage mixte, Retour sur une enfance marocaine. Je crois qu’elle aurait aimé qu’on dise d’elle qu’elle était une femme de lettres. Et elle faisait rire… Elle avait une forte personnalité, elle était très drôle en société. Ma grand-mère paternelle, elle, est née en Lituanie et s’est ensuite réfugiée à Berlin puis à Paris pendant la guerre. Elle a été poursuivie toute sa vie parce que juive.

n’imaginez pas tout ce qu’on peut faire avec moins de 500 euros par salle de repos ! Cela m’a énormément occupée pendant toute la crise, et nous avons accompli des choses incroyables. Nous avons équipé 1500 salles de repos de soignants dans toute la France ! Vous tournez depuis de longues semaines avec ce spectacle, Tout va presque bien, unanimement salué par le public et par la presse. Sera-t-il adapté au public israélien ? A.R. Non… Mais c’est un spectacle fait pour oublier les soucis tout en évoquant les problèmes. J’y parle de tout, j’y aborde des sujets universels : la guerre en Ukraine, le mouvement #MeToo, les sites de rencontres, le politiquement correct, les cookies qui nous espionnent sur Internet, et bien sûr la crise sanitaire, le Covid, le gel hydroalcoolique, les vaccins, et les différentes manières de réagir des gens, les paranos, ceux qui ont changé de vie… Ce à quoi nous avons assisté ces deux dernières années offre vraiment matière à écrire et à faire rire ! Je suis très impatiente et émue de jouer ce spectacle à Tel Aviv. Cela aura sans aucun doute une saveur particulière. n

Vous vous sentiez juive ? A.R. J’étais juive, je le disais, mais cela ne signifiait rien ; cette identité n’avait aucune concrétisation. Mes parents ne m’ont pas donné d’éducation religieuse, nous ne célébrions aucune fête juive, nous n’allions jamais à la synagogue. J’ai dû faire Kippour une seule fois à 18 ans. J’étais juive mais pas homologuée, en quelque sorte. C’était difficile. J’en souffrais… J’ai épousé un catholique, et je me suis même fait baptiser en 2011. Mais je travaille sur mes origines, j’effectue des recherches. Je prévois d’écrire un livre sur mes grands-mères et leur histoire. Des cousins, installés en Israël, vont d’ailleurs venir me voir sur scène à Tel Aviv, et je trouve cela très émouvant. Peutêtre que ce premier séjour en Israël arrive au bon moment de ma vie et va provoquer des choses. Le confinement a été un moment très complexe pour de nombreux artistes dont les activités ont été brutalement stoppées. Cela a-t-il été votre cas ? A.R. Moi je suis sortie du confinement à la limite du burnout ! Je n’ai pas arrêté. D’abord, j’étais tous les jours à la radio. Et puis j’ai créé Solidarité avec les soignants, une association dont l’objet était de fournir aux soignants des équipements de protection quand il n’y en n’avait pas. Ensuite, nous nous sommes occupés d’équiper les salles de repos des soignants en vaisselle, micro-ondes, cafetières, fauteuils de repos… Vous LPH ACTUJ 985

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L'ÈRE 2.0

Véhicules autonomes :

où en est-on ?

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e 24 février dernier, la Knesset a validé en première lecture la loi autorisant les essais de véhicules autonomes de niveau 4 en Israël, qui devrait bientôt être définitivement validée. Cette même loi prévoit l’autorisation de leur circulation à grande échelle d’ici quelques mois, une décision très attendue par deux sociétés : l’Israélienne Mobileye, associée à Moovit, et la Russe Yandex, avec son service Yango. En effet, ces deux sociétés envisagent de lancer dès cet été un service de taxis autonomes à l’usage du grand public dans le centre d’Israël. Israël s’inscrit ainsi dans la course aux véhicules autonomes,

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PAR DAVID SCHIFFERS alors que certains pays comme Singapour disposent de taxis autonomes depuis 2016 et que l’Europe vient de valider la circulation de véhicules autonomes de niveau 3. En France, notamment, une nouvelle réglementation autorise désormais la circulation de véhicules autonomes de niveau 3 sous certaines conditions : l Un séparateur central est obligatoire sur les routes à voies multiples. l La vitesse maximale ne doit pas excéder les 60 km/h. l Aucun piéton ou cycliste ne devra se trouver près de la chaussée réservée aux voitures autonomes.

Dans la réalité, cela se traduit par l’autorisation de lâcher le volant lors d’un embouteillage sur l’autoroute. Le niveau d’autonomie des véhicules est gradué de 0 à 4 selon les critères suivants, définis par l’agence américaine National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA) : * Niveau 0 : aucune automatisation. Le conducteur garde le contrôle total et permanent des fonctions principales du véhicule (moteur, accélérateur, direction, freins). * Niveau 1 : automatisation de certaines fonctions, qui ne font qu'assister le conducteur qui garde le contrôle global. Par


L'ÈRE 2.0 exemple, le système antiblocage des roues (ABS) ou l'électrostabilisateur programmé (ESP) vont automatiquement agir sur le freinage pour aider le conducteur à garder le contrôle du véhicule. * Niveau 2 : automatisation de fonctions combinées. Il s'agit du contrôle d'au moins deux fonctions principales combinées pour remplacer le conducteur dans certaines situations. Le régulateur de vitesse adaptatif combiné avec le centrage sur la voie fait entrer le véhicule dans cette catégorie, tout comme le Park Assist, aide électronique au stationnement. * Niveau 3 : conduite autonome limitée. Le conducteur peut confier le contrôle complet du véhicule au système automatisé, qui sera alors chargé des fonctions critiques de sécurité. Cette conduite autonome

n'est possible que dans certaines conditions de circulation (sur autoroute, par exemple). Il est imposé au conducteur d'être en mesure de reprendre le contrôle dans un temps acceptable sur demande du système (notamment lorsque les conditions de circulation autonome ne sont plus réunies : sortie de l'autoroute, bouchons, etc.). * Niveau 4 : conduite autonome complète. Le véhicule est conçu pour assurer seul l'ensemble des fonctions critiques de sécurité sur un trajet complet. Le conducteur fournit une destination ou des

consignes de navigation, mais il n'est pas tenu de se rendre disponible pour reprendre le contrôle de son véhicule. Il peut d'ailleurs quitter le poste de conduite et le véhicule est capable de circuler sans occupant à bord. C'est sur ce dernier niveau que des entreprises comme Google ou Uber sont les plus agressives. n david@medacom.co.il – 058-4262641

L'application du mois : La prise de rendezvous dans les administrations israéliennes a connu un vrai tournant avec la gestion en ligne. Pour simplifier cette gestion, l’application myVisit permet de prendre des rendez-vous dans des dizaines d’administrations, allant des services d’État comme le ministère de l’Intérieur jusqu’à la poste, en passant par les mairies. L’application est disponible pour iOS et Android, mais aussi directement via le site myvisit.com. n

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ÉCOTECH

Apple :

l’empire de la pomme au pays de la figue de Barbarie PAR DANIEL ROUACH

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a question est souvent posée : Apple est-elle vraiment active en Israël ? La réponse est univoque : oui, oui, oui ! Depuis longtemps, Apple (créée le 1er avril 1976 à Cupertino, en Californie, par Steve Jobs et Steve Wozniak) s’est installée au Matam, le grand parc technologique de Haïfa, où l’on trouve aussi IBM, Google, Microsoft et Intel. Un ancien de Big Blue formé au Technion a d’ailleurs dirigé, avec l’ancien directeur de la filiale israélienne de Texas Instruments, un lieu devenu le centre névralgique de la conception et du contrôle qualité des processeurs

Le QG d'Apple à Herzliya

d’Apple. Haïfa et Herzliya se partagent aujourd’hui les dizaines d’offres d’emploi dans le domaine des semiconducteurs publiées par la firme de Cupertino. Suite au rachat par Apple, en 2011, de la société 32

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israélienne Anobit (à l’origine de l’invention d’un circuit spécial, appelé Memory Signal Processor, qui renforce la fiabilité et la longévité des mémoires flash MLC Nand grâce à un algorithme de correction d'erreurs), Israël est devenu le seul pays au monde, en dehors des États-Unis, à abriter des centres de recherche et développement travaillant sur les nouvelles générations d’iPhone, d’iPad et autres MacBook. Après Raanana et Haïfa, Apple a ouvert à Herzliya des bureaux stratégiques (en R&D, et dans les domaines de la vente et du marketing), donnant à Israël encore plus de poids en tant que Start-up Nation. En 2015, le PDG de la marque à la pomme, Tim Cook, avait lui-même inauguré le QG d’Apple à Herzliya. En 2021, le patron d’Apple a également rendu visite à ses équipes, dont celle du « campus Maskit ». Il a inauguré les nouveaux locaux de l’entreprise, dédiés à la recherche et au développement. Ces nouveaux bureaux devraient accueillir 800 employés supplémentaires sur environ 17 000 mètres carrés. Des milliers de © DR personnes travaillent pour Apple en Israël. Une petite annonce publiée récemment à Tel Aviv n’est pas passée inaperçue : « Apple Israël recrute des dizaines d’ingénieurs spécialisés dans le développement de caméras, de capteurs, du


traitement d’image, de la vision par ordinateur, de l’optique et de l’électrooptique. Dans le cadre de cette position, vous serez membre d’une équipe qui utilise des algorithmes et des capteurs de caméra intelligents, et vous créerez des modèles tridimensionnels. » Apple est toujours à la recherche de start-ups israéliennes à racheter

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Apple recherchait également un directeur technique en informatique, chargé Le PDG d'Apple, Tim Cook, fait un selfie avec les employés lors de l'inauguration des bureaux d'Herzliya en 2015. de la modélisation tridimensionnelle. Par la suite, la société a très vite dévoilé que « le prochain iPhone intégrera un grand nombre de technologies développées en Israël ». Une note d’une agence d’information mentionnait que « mille ingénieurs travaillent en Israël sur un projet qui pourrait être lié à la réalité augmentée », un sujet qui a toujours intéressé Tim Cook. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si les quatre startups israéliennes déjà rachetées par Apple en Israël sont toutes liées à la réalité augmentée ou à la 3D. La dernière en date est RealFace, une start-up spécialisée dans la reconnaissance faciale et la cybersécurité, dont le puissant logiciel permettra de se dispenser des mots de passe pour accéder aux appareils mobiles, aux PC, voire à des services ou à des applications. Il y a quelques années, pour 350 millions de dollars, Apple avait mis la main sur une perle de la 3D : PrimeSense. La technologie de cette start-up s’était retrouvée au cœur du « kinect », un accessoire de reconnaissance des mouvements sur la console de jeux Xbox. En 2021, le centre d’Herzliya, avec plus d’un millier d’employés, représentait le deuxième plus grand bureau de recherche et développement d’Apple dans le monde – preuve d’une présence de plus en plus forte et pérenne en Israël. n Daniel Rouach est professeur à l'ESSEC ( Paris) et président de la Chambre de Commerce Israël-France

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GROS PLAN

Les combattants juifs ont enfin leur musée

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itué à mi-chemin entre Tel Aviv et Jérusalem, le Musée du combattant juif de la Seconde Guerre mondiale ouvrira ses portes en septembre prochain, une inauguration très attendue par le public qui réclame depuis près de quinze ans cet indispensable complément au mémorial de Yad Vashem. Résultat d’un long travail de l’association éponyme, il aura coûté la somme de 38 millions de shekels (près de 11 millions d’euros) et portera le nom du sixième président de l’État d'Israël, Haïm Herzog, en hommage à son service dans l’armée britannique en qualité de commandant de char, puis à sa participation à la libération de plusieurs camps de concentration, dont Bergen-Belsen le 15 avril 1945. Si Israël et le peuple juif remplissent un véritable devoir de mémoire envers les victimes de

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PAR EMMA VAROUSTE la Shoah, les combats des soldats engagés dans les rangs des forces armées alliées demeurent encore aujourd’hui trop méconnus. La mission du musée est donc de parachever l'écriture de ce chapitre manquant de l’histoire de la contribution du peuple juif à l'éradication de la domination nazie : « Nous devons dissiper le voile de la fausse histoire de la réaction du peuple juif à l'agression nazie. Alors que le monde en général se battait pour la liberté, la terre et les frontières, le peuple juif se battait pour sa vie ! », peut-on lire sur le site de ce nouveau lieu qui souhaite être « un élément central dans la construction d'une culture de fierté liée à la résistance juive ». Le site, d’une superficie de 2300 m2, a pour but de rendre hommage aux 1 500 000 femmes et hommes juifs qui ont pris part à cette gigan­tesque lutte, lors de laquelle 250 000 d’entre

ces combattants ont été tués. Aux côtés des soldats des armées américaine, soviétique et britannique, le musée rendra également hommage aux Juifs résistants et à ceux des organisations clandestines. Le musée présentera de façon chronologique le rôle et la participation de ces soldats depuis le début du mois de septembre 1939 jusqu'à la capitulation du Japon en septembre 1945. Le parcours muséographique se décomposera en huit parties. Depuis les « premières années » (1939-1941), les salles aborderont successivement les combats en Grande-Bretagne, le front de l’Est, l’entrée en guerre des États-Unis, avant d’évoquer la Résistance dans les forêts et les ghettos, et le rôle du Yishouv juif. Le visiteur terminera sa visite avec les récits des vétérans et leur contribution à la guerre d’indépendance sur la terre d’Eretz Israël. n


GROS PLAN

Gérard Pomper : « Notre rôle consiste à mettre en valeur toutes les voix, celle du plus grand combattant comme celle du plus petit. » À l’occasion de l’ouverture prochaine du Musée du combattant juif de la Seconde Guerre mondiale, LPH a interviewé Gérard Pomper, président de l’Union des Français de l’Étranger (UFE) d’Israël, qui a joué un rôle majeur dans ce projet.

LPH. Quel est le rôle de l’UFE dans la création de ce musée ? Comment y contribue-t-elle et pourquoi ? Gérard Pomper. Nous avons repris la tradition du devoir de mémoire pour honorer la mémoire des anciens combattants juifs et résistants en Israël. C’est à cet effet que le B'nai B'rith Israël, en accord avec le nouveau musée, nous a demandé de contribuer à ce projet. La mission qui nous a été confiée est d’assurer une coordination de l’ensemble des communautés françaises d'Israël et des organisations d’anciens combattants en France, et de collecter le plus grand nombre de témoignages de familles sur ces anciens soldats, en France et en Afrique du Nord, pour ce musée-mémorial mondial. Nous estimons le nombre de combattants à environ 60 000 et nous espérons parvenir à obtenir 20 000 récits. Notre association a elle-même été créée par un ancien résistant français, Emmanuel Racine, et c’est avec sa famille que je perpétue ce devoir de mémoire. En tant que président de l’UFE, j’ai toujours tenu à rappeler la mémoire et l’engagement des anciens combattants et résistants juifs engagés volontaires

dans les Francs-tireurs et partisans – main d’œuvre immigrée (FTP-MOI), dans l’Armée juive (AJ) ou Organisation juive de combat (OJC), et dans la France libre, et particulièrement dans la 2ème Division Blindée et l’opération Torch. Il est important de noter que les Juifs français et d’Afrique du Nord se sont massivement engagés dans les forces alliées et la Résistance. Et je pense aussi que c’est grâce aux réseaux de la Résistance et à l’espoir donné par la France libre que ceux des Juifs français qui ont survécu ont réussi à traverser la tourmente. Comment recueillez-vous ces témoignages ? G. P. Notre rôle consiste à mettre en valeur toutes les voix, celle du plus grand combattant comme celle du plus petit. Pour cela, nous programmons de grandes réunions avec des organisations comme les Fils et filles de déportés juifs de France, le Souvenir Français, ou encore les Enfants Cachés et l’association Morial. Nous prenons aussi contact, par exemple, avec l'aumônerie militaire israélite de France et des associations d'anciens combattants. Nous coopérons également avec le Mémorial de Caen, et nous mettons sur pied une coopération entre le Mémorial de la Shoah et le musée-mémorial militaire (Yad laShiryon) de Latrun, dédié aux soldats du corps blindé israélien. Enfin, nous avons des liens plus directs avec des historiens et des familles de combattants qui viennent raconter leur histoire. L’objectif est de recruter des bénévoles pour qu’ils puissent travailler sur les données recueillies et collecter encore plus de témoignages.

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GROS PLAN

Ces Juifs qui ont combattu les nazis les armes à la main dans les armées alliées et dans la Résistance Pendant la Seconde Guerre mondiale, près de 500 000 soldats juifs ont combattu dans les rangs de l'Armée rouge. Environ 120 000 d'entre eux sont tombés au combat et dans l'exercice de leurs fonctions ; en outre, les Allemands ont assassiné 80 000 prisonniers de guerre juifs. Plus de 160 000 Juifs, tous grades confondus, ont été décorés et le titre de « Héros de l’Union soviétique », la plus haute distinction de l'Armée rouge, a été décerné à plus de 150 soldats juifs. Près de 550 000 soldats juifs ont combattu dans les rangs de l'armée

américaine durant la Seconde Guerre mondiale. Ils ont servi sur tous les fronts, en Europe et dans le Pacifique. Parmi eux, quelque 10 000 soldats ont perdu la vie au combat et plus de 36 000 ont été décorés. De nombreux soldats juifs ont pris part à la libération des camps. Près de 100 000 Juifs ont lutté au sein de l'armée polonaise contre l'invasion allemande. Ils constituaient 10 % de l'armée polonaise – un pourcentage équivalent à celui de la population juive dans le pays. Près de 30 000 Juifs sont tombés au

combat, ont été faits prisonniers par les Allemands ou déclarés disparus au cours des batailles pour la défense de la Pologne. Parmi eux, 11 000 ont péri pour défendre Varsovie. Par la suite, des milliers de Juifs ont servi dans différents corps de l’armée polonaise, face aux Allemands, au sein des forces alliées. Près de 30 000 Juifs ont servi dans les rangs de l'armée britannique entre 1939 et 1946, pour certains dans des unités spéciales de Juifs de Palestine, comme la Brigade juive.

Avez-vous un lien personnel et/ou familial avec ce chapitre de l’Histoire ? G. P. Ma mère a été résistante, elle a été arrêtée et emprisonnée pour faits de Résistance. Mon père a été engagé volontaire, deux de mes grands-oncles ont été médecins militaires ; mon beau-père a servi sept ans sous les drapeaux et il a été prisonnier dans un stalag.

Rencontrez-vous des obstacles pour récolter ces témoignages ? G. P. Le principal problème réside dans le manque d’informations. Les combattants sont parfois mal répertoriés dans les réseaux. Souvent fichés comme résistants, ils ont été déportés, mais nous n'avons pas d’informations relatives à leur identité juive ; il faut dire qu’ils avaient en effet plus de chances de survivre en tant que prisonniers de guerre qu’en tant que Juifs ! Il y a aussi celles et ceux qui ont changé de nom… Notre rôle n’est pas de présenter seulement des listes de noms, mais également des témoignages qui donnent corps et voix à ces noms. Avez-vous joué un rôle dans la muséographie du musée, et plus particulièrement celle de la salle Europe-Afrique du Nord ? G. P. Nous sommes en train d’établir une coopération entre le conservateur du musée et les conservateurs de différentes institutions françaises. 36

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Concernant les témoignages, y en a-t-il un qui vous a particulièrement marqué ? G. P. Oui : celui de Charles Attal. Il a fait partie de la première Division française libre (DFL), qui a débarqué en Provence et a libéré Toulon en 1944. Son frère, qui est encore vivant, nous a transmis son témoignage ainsi que ceux de ses deux autres frères. n

Le public est invité à transmettre des témoignages via le site du musée memorialcrj3945@gmail.com WhatsApp : +972-50-6161552 Musée juif de la Seconde Guerre mondiale Haïm Herzog Yad LaShiryon Latrun Tél. : 08-9224764 – http://www.jwmww2.org/ Photos avec l'aimable autorisation du musée


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DÉVELOPPEMENT DURABLE

La grillade sur le gril

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ous traversons, en Israël, une période de l’année empreinte de réjouissances, de commémorations et de solennité. Depuis Pessa'h, le 15 du mois de Nissan, jusqu’au Jour de l’Indépendance, Yom HaAtsmaout, en passant par les deux célébrations de Yom HaShoah et de Yom HaZikaron, sur fond de couleurs printanières chatoyantes, nos sens sont en éveil permanent et tout le spectre des émotions est mobilisé pour, en fin de compte, célébrer la vie. C’est alors qu’une odeur bien connue vient nous titiller les papilles gustatives, attirant la plupart d’entre nous comme des papillons vers la lumière. Les grillades sont au menu, depuis la semaine de Pessa'h jusqu’à Yom HaAtsmaout où elles passent désormais pour un sport national bien que non homologué. Ceux qui le pratiquent – amateurs mais pas néophytes – sont reconnaissables à un geste rapide et régulier de la main, destiné à maintenir la chaleur du barbecue. Il existe peu de sujets aussi brûlants que ce morceau de viande qui grille sur le barbecue et c’est bien avec des pincettes qu’il va falloir s’en saisir. Pourtant, la consommation abusive de viande est à l’origine d’une longue liste de maux environnementaux et sanitaires : résistance aux antibiotiques et maladies cardiovasculaires d’une part, consommation d’eau, accaparement des sols agricoles et émissions de quelque 15 % des gaz à effet de serre de l’autre. Vous ne vous y êtes pas trompés, le barbecue n’est pas un sport national pour rien : l’État hébreu est en tête de la consommation de volaille par habitant 38

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et numéro quatre pour sa consommation de bœuf. Disons-le très clairement tout de suite : dans les conditions actuelles d’élevage, une approche de développement durable exige des Israéliens une baisse de cette consommation d’environ 80 %. En quoi la viande israélienne est-elle un problème pour la planète ? Nous allons l’expliquer avec le bœuf, qui était une vache très paisible avant de devenir, cuite, la bête noire des écologistes.


Des fermiers, encouragés au Brésil par un président Bolsonaro très peu regardant sur la protection des forêts, mettent le feu à l’Amazonie ou au Pantanal, détruisant l’épaisse forêt tropicale. En Israël, plus de 60 % de la viande de bœuf provient d’Amérique du Sud, où notre petit pays représente une belle part du marché des exportations de viande : plus de 5 % des exportations d’Argentine, 1,5 % du Brésil (en 2018), et des pourcentages également importants pour le Paraguay et l’Uruguay. Les vaches qui finissent dans nos assiettes sont élevées d’une façon désastreuse pour la planète. Des fermiers, encouragés au Brésil par un président Bolsonaro très peu regardant sur la protection des forêts, mettent le feu à l’Amazonie ou au Pantanal, détruisant l’épaisse forêt tropicale pour une savane ô combien pauvre, mais riche en fourrages pour ces vaches qui sont dispersées à raison de dix par kilomètre carré. Au total, ce sont quelque 10 000 km2 qui chaque année disparaissent rien qu’en Amazonie

au profit de l’élevage bovin. Ainsi, l’un des grands poumons de la planète laisse rapidement place à une savane, et la déforestation sans retenue va provoquer des changements climatiques importants à l’échelle de ce sous-continent. Un rapport du Groupe international sur l’évolution du climat (GIEC), estime que notre alimentation est responsable de 23 à 37 % des émissions de gaz à effet de serre qui dérèglent le climat. Alors, à l’heure du dérèglement climatique, ce qui, en Israël, doit devenir le sport national, ce n’est pas le barbecue, c’est le végétal. Concrètement, pour faire une belle place au végétal et diminuer sa consommation de viande, il est indispensable de suivre quelques règles clés. • La première, c’est de décider que son alimentation doit être agréable, variée, saine et éthique. On ne change pas pour souffrir. • La deuxième, c’est d’expérimenter et de découvrir de nouvelles saveurs, notamment dans les menus végans. • La troisième c’est de ne pas poser de principe. La culture du végétal n’implique pas le véganisme. n Jonathan Aikhenbaum Directeur de Greenpeace Israel – www.greenpeace.org/israel/ Ci-dessus : feu de forêt (photo illustrative) Ci-contre : gaucho argentin éleveur de vaches

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SILVER

Sar-El : le volontariat civil de seniors venant des quatre coins du monde

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ar-El est un pro­ gramme destiné à des volontaires « amis d’Israël » que Les « silver » volontaires de Sar-El avec de jeunes soldates l’association place de l’association. « Ces volontaires sont pour la directement dans différentes bases de l’armée pour majorité juifs. Toutefois, 20 % ne le sont pas, mais « travailler côte à côte avec les soldats ». Mais Sar-El, ils souhaitent apporter leur soutien au pays. Depuis c’est avant tout une aventure humaine, tant pour les deux ans, en raison du Covid, Sar-El a continué de volontaires que pour les soldats. fonctionner avec seulement 3000 volontaires par an, L’association a vu le jour en 1982, créée par le en recrutant ceux qui vivaient sur le sol israélien et général Aharon Davidi, za''l, afin de venir en aide qui étaient d’origine sud-africaine, américaine ou aux agriculteurs en détresse. À cette date, en pleine française. » opération « Paix en Galilée », les propriétés agricoles La grande majorité de ces volontaires sont des de la région étaient désertées, les hommes partis seniors à la retraite, disposant donc de plus de au front et les femmes seules pour les récoltes ! temps libre. Ils considèrent un peu les soldats Le général Davidi a alors appelé au recrutement comme leurs petits-enfants. D’ailleurs, nombre de volontaires aux États-Unis pour venir leur d’entre eux ont vu passer leurs petits-enfants par prêter main-forte, et en quelques semaines près l’armée, et ils ont entendu leur fatigue et leurs de 650 bénévoles ont été dépêchés sur le terrain, difficultés. Ce volontariat est aussi une façon pour initiant un projet qui allait se poursuivre en eux de les aider sur le terrain, comme si tous les organisation pérenne : en 1983, l’organisation non soldats étaient de leur propre famille. gouvernementale Sar-El a été fondée, cet acronyme Selon Keren Dahan, « ces volontaires retraités qui signifiant en hébreu « au service d’Israël ». arrivent pour cinq à dix jours viennent apporter une « Sar-El attire chaque année en Israël 5000 à 6000 aide logistique aux soldats dans les différentes bases de participants volontaires venant de trente pays du l’armée, mais aussi un soutien affectif et psychologique monde », nous explique Keren Dahan, directrice

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Dans la continuité de notre dossier sur Tsahal, nous avons voulu donner un coup de projecteur sur un volontariat particulièrement précieux, qui offre l’occasion aux « silver » qui le pratiquent de vivre des moments forts et inoubliables.


C’est un échange intergénérationnel et culturel qui se joue des deux côtés, et qui donne tant de valeur à la mission de Sar-El. à ces jeunes. Pendant leur temps de volontariat, ils vont totalement suivre les règles définies par l’institution, porter l’uniforme et vivre au rythme d’une base, du lever au coucher, en logeant sur place, sauf le chabbat. Les repas sont d’ailleurs des moments d’échanges très privilégiés avec les soldats, qui permettent aux volontaires d’améliorer leur hébreu. C’est également un lieu de rencontres où se tissent de nouvelles amitiés entre volontaires. » Le recrutement de ces volontaires se fait au sein de leur pays d’origine, grâce à des représentants locaux de l’association. Ensuite, il ne leur reste plus qu’à prendre leur billet d’avion. Sur place, accueillis par Sar-El, ils vont ainsi partager au quotidien la vie, les émotions, les histoires et les difficultés de ces jeunes soldats qui, de 18 à 21 ans, sont éloignés de leur famille et de leur cadre de vie habituel. Les tâches des volontaires sont principalement logistiques mais ils sont mus par un engagement sioniste, et par une volonté d’apporter une aide au pays et un soutien moral aux soldats. « Les soldats de leur côté, sont admiratifs du travail qu’accomplissent les volontaires, surtout lorsque ces derniers sont des seniors, d’un âge parfois très avancé. Ils se sentent portés par leur volonté d’aider et de donner, ils communiquent, partagent, se comprennent mieux… C’est aussi un échange intergénérationnel et culturel qui se joue des deux côtés, et qui donne tant de valeur à la mission de Sar-El », souligne la responsable.

Sar-El est une organisation d’utilité publique. Sans son aide dans les bases, l’armée devrait faire appel à des centaines de réservistes tous les ans. En 2020, les subventions du ministère de la Défense ont été supprimées, puis ré-augmentées les années suivantes, mais de moitié seulement ! Pour poursuivre sa grande et belle mission, Sar-El a besoin de donateurs privés… Et Keren Dahan de conclure : « Nous remercions chaleureusement les volontaires qui œuvrent pour et avec Sar-El, et nous sommes impatients d’accueillir prochainement tous les volontaires qui le souhaitent ! » n Pour contacter Sar-El : www.sar-el.org Par mail : info@sar-el.org Par téléphone : 03-681-4769 Et aussi pour les jeunes cet été : isracamps.com Stéphanie Weill, psychologue psy.sweill@gmail.com LPH ACTUJ 985

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BON À SAVOIR

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La nouvelle régulation bancaire israélienne sur les comptes dépôts : contrôle, exigence et régulation

ans le cadre de la régulation bancaire internationale et suite aux pénalités financières subies par les banques israéliennes, les opérations bancaires ainsi que la gestion des comptes subissent un contrôle rigoureux des autorités fiscales israéliennes. Cela concerne notamment les comptes détenus par des étrangers ou des olim 'hadachim et se mesure à deux niveaux :

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Il est de la responsabilité de l'établissement bancaire de définir clairement la résidence fiscale du détenteur du compte. En effet, c'est à partir de sa résidence que seront établies les procédures de surveillance comme l'exactitude de ses déclarations au fisc du pays concerné. Cela suppose un contrôle sévère par les établissements bancaires. Ainsi, le niveau de confiance accordé au détenteur du compte devient essentiel. Il est donc capital de comprendre les règles selon lesquelles la banque définira la résidence fiscale.

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Le premier supplément du code fiscal israélien destiné aux banques stipule, au paragraphe 3, que si le montant capitalisé est inférieur à un million de dollars au 31 décembre de l'année 2018 ou des années suivantes, la surveillance sera moins rigoureuse. Les montants capitalisés et cumulés

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dont la valeur sera supérieure à ce plafond seront sévèrement contrôlés, et ce, d'autant que les fonds émanent de l'étranger et doivent être dûment déclarés aux autorités fiscales correspondantes. En effet, pour tout transfert de fonds provenant de l'étranger, un fiscaliste devra signer un document concernant la déclaration des fonds au fisc correspondant ; et par sa signature, il engagera sa propre responsabilité face au fisc israélien. C'est pourquoi il importe que le détenteur d’un compte en Israël effectue trois démarches : * Déclarer son patrimoine à l'étranger (surtout mobilier) au fisc israélien afin de pouvoir le transférer le moment venu. * Pour un olé 'hadach, bien préciser la citoyenneté et la résidence fiscale israéliennes auprès de son chargé de compte à la banque. * Penser à régulariser sa situation après l'exemption, offerte par le fisc israélien, des dix ans suivant l'alya. n

Information communiquée par Esther Amar Expertise comptable, fiscalité internationale, Essec Paris www.esther-amar.com


LE COIN DU BOUQUINISTE

Tout le monde peut-il écrire ? PAR MICHAËL BLUM

À

cette question, Valérie Tor Sabbah répond oui. Pour elle, « tout le monde peut écrire et écrire fait du bien ». Cette ancienne ola de France, d’origine marocaine, a créé il y a quatre ans un atelier d’écriture à Tel Aviv, qui existe à présent aussi à Raanana et bientôt à Jérusalem, dans les locaux du Fil d’Ariane. Au fil d’Ariane est un lieu de vente de livres d’occasion en français qui a également pour vocation de rassembler les francophones autour de la littérature, à travers des rencontres avec des auteurs et des soirées littéraires. Ainsi est-ce tout naturellement que Valérie a décidé de lancer un nouvel atelier d’écriture dans la ville sainte après avoir visité les locaux du Fil d’Ariane. Mais sa passion pour l’écriture ne date pas d’hier. Avec un père qui lui lisait des poèmes de Lamartine et de Victor Hugo, Valérie a été plongée très jeune dans la littérature, et ce patrimoine culturel l’accompagne. « L'amour des mots et de l'émotion qu'ils recèlent m'a été communiqué par mon père dès mon plus jeune âge. C'est la recherche de cette émotion qui m'a donné envie, il y a quatre ans, de créer “Écrire tout simplement”. La découverte de textes, nés de l'imagination ou amorcés à partir d'un souvenir, est toujours un moment magique pour leurs auteurs et ceux qui les écoutent », confie cette ancienne directrice de projets d’une compagnie pharmaceutique. Une des grandes fiertés de Valérie est le premier prix remporté en 2020 par une élève d’un de ses ateliers dans le cadre du Concours de nouvelles de L'Inventoire, la revue littéraire d'Aleph-Écriture. Et en 2021, c’est

La découverte du mois Françoise Coriat a fait son alya en 1967. Cette dynamique grand-mère publie ses mémoires sous le titre Pérégrine I. La merlette, aux Éditions Baudelaire. Née à Gibraltar en 1941, Françoise Coriat est la fille d’un médecin et d’une infirmière convertie au judaïsme en 1940, tous deux engagés dans la guerre contre les nazis. Le parcours de ses parents, qui croise l’Histoire avec un grand H, rencontre le sien : celui d’une sioniste de la première heure, venue se porter volontaire dans un kibboutz au début de la guerre des Six Jours. Un livre passionnant, disponible au Fil d’Ariane.

« Oasis », une nouvelle de Valérie, qui a été retenue par le jury de ce concours. Pour elle, écrire est un remède au stress, cela permet de stimuler sa mémoire, de développer sa créativité, et aide à vivre ses émotions… Tout un programme ! Ses auteurs phares sont Camus, Gary, Duras et plus récemment Houellebecq, des influences littéraires variées qu’elle fait partager à ses « élèves ». Sa passion pour la littérature et l’écriture est contagieuse : « Avec “Écrire tout simplement”, je désire tout d’abord créer un espace d'expression et de création ouvert à tous. Je crois profondément que l'acte de création, l'effort qu'il demande et sa réalisation, apportent une joie et une vitalité indispensables à notre équilibre. » Valérie Tor Sabbah vous propose des rencontres conçues autour d’un thème, lors desquelles chacune et chacun explore et développe son écriture. n

Écrire tout Simplement

à Jérusalem !!! avec Valérie Tor Sabbah

Le mardi, de 14h à 16h30 à partir du 26 Avril

Au Fil d'Ariane

dans les locaux de Qualita 10 rehov Harav Hagan Pour plus d'infos et vous inscrire, contactez Valérie 054-5689328

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BOUILLON DE CULTURE

L'art du Je

P

LE SILENCE DE LA PAGE BLANCHE

ar où commencer ? Comment ne pas être submergé par la violence des émotions qui se bousculent à cet instant ? Ne pas oublier ce qu’il faut dire, faire, éprouver ? Où trouver l’énergie, la vitalité indispensable à ce moment incomparable à aucun autre : entrer en scène, entrer dans le champ ? Et d’ailleurs, à quoi cela sert-il ? Pourquoi s’exposer à ce point ? Le comédien pourrait jouer seul chez lui, l’auteur ne jamais donner à lire ce qu’il écrit, le

La campagne 2022 du dispositif FLAM (Français Langue Maternelle) est ouverte ! Le dispositif, crée par le MEAE et piloté par l’AEFE, offre un appui financier aux associations à but non lucratif situées en Israël qui favorisent et renforcent une pratique linguistique et culturelle en français dans un cadre extrascolaire.

Trois types de subventions sont attribuées : * Subvention d’aide au démarrage des associations, afin de soutenir l’essor des associations récemment créées et la pérennisation de leur projet associatif * Subvention de projets, pour accompagner des actions mobilisatrices éducatives ou culturelles réalisées en français, ou pour développer et étendre les activités de l’association * Subvention pour l’organisation de rencontres régionales, afin de favoriser les échanges et la diffusion de bonnes pratiques auprès des associations FLAM d’Israël Pour plus d’informations sur le dispositif FLAM : https://www.associations-flam.fr/ Les associations ont jusqu'au 9 mai pour déposer leur dossier.

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peintre ne pas montrer ses toiles… Oui, mais alors il ne serait pas comédien, auteur ni peintre. L’art, quel qu’il soit, est lié à la rencontre avec l’autre. Cette rencontre est sa finalité, son essence. Sa raison d’être. Pourtant, l’art ne se laisse atteindre que dans la solitude et le silence. Il est le compagnon de ce que nous avons de plus intime. L’expression de nos rêves. Le flot qui se déverse et s’offre, auquel l’ami et l’inconnu pourront venir s’abreuver. Le torrent de notre source. Une source jamais tarie, mais si souvent enfouie. Cachée. Pour y accéder, il nous faudra écarter les embûches, les faux-semblants, et éviter les chemins illusoires. Exercer notre volonté dans la modestie du pas à pas, suivre la direction qui permettra aux sens de s’éveiller pleinement. Ce sont l’intelligence et la sensibilité associées qui nous accompagnent dans cette ascension vertigineuse vers la source de notre être. L’art ne réside pas uniquement chez ceux qui pratiquent une activité artistique. Souvent, même, de très bons comédiens, peintres, danseurs, n’atteignent jamais cette dimension particulière : être un artiste. L’art se niche au cœur de tout individu. C’est en soi qu’on peut le trouver, en le cherchant dans la relation de couple, les relations professionnelles, la relation que nous entretenons avec nous-mêmes… Et cela requiert un véritable travail. Chercher le silence de sa propre page blanche, qui se laissera écrire par les mots du merveilleux silence de la page blanche de l’autre. Un art de vivre. n Steve Kalfa, acteur, auteur, réalisateur, coach kalfasteve@gmail.com


PORTRAIT

Monsieur Chouchani : La vie de Chouchani, telle celle de Socrate, fut vouée au mystère. Des enseignements de ce personnage énigmatique dont la véritable identité était gardée dissimulée, trop peu d’informations ont jusqu’à présent filtré. Aujourd’hui, un livre paraît : Fascinant Chouchani (Éditions Hermann), de l’historienne Sandrine Szwarc, dans lequel les secrets de la pensée foisonnante du Léonard de Vinci du XXe siècle s’éclairent des étapes de sa vie.

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usqu’à présent, celui qui avait choisi de se faire appeler Chouchani était un véritable mythe, dont on se demandait quelle était la part de vérité. Certes, Elie Wiesel, qui comptait au nombre de ses élèves, l’avait cité dans plusieurs de ses ouvrages, tout comme le philosophe Emmanuel Levinas avait à plusieurs reprises rappelé, au commencement de ses « leçons talmudiques » prononcées lors des Colloques des intellectuels juifs de langue française, ce qu’il devait à son maître. D’autres, comme Léon Askénazi dit Manitou, avaient témoigné avoir assisté à ses cours qui étaient de véritables performances d’érudition. Pourtant, le mystère n’a cessé d’auréoler ce génie aux allures de clochard dont les connaissances sacrées et profanes forçaient l’admiration, voire inquiétaient, tant on se

Isabelle Szwarc – DR

un génie, un destin

Chouchani, d’après la photo colorisée de son faux acte de naissance marocain

Le mystère n’a cessé d’auréoler ce génie aux allures de clochard dont les connaissances sacrées et profanes forçaient l’admiration.

demandait comment un cerveau humain pouvait contenir une telle somme de connaissances. Après la parution du livre de Shlomo Malka qui l’a sorti de l’anonymat, l’étude de Shmuel Wygoda publiée dans les Cahiers d’Études Lévinassiennes sur le lien entre Emmanuel Levinas et son maître en Talmud, et les deux articles en hébreu de l’universitaire israélienne Yael Levine qui fournissaient les premières pistes sur sa véritable identité, l’essai Fascinant Chouchani, de Sandrine Szwarc, apporte un tout nouvel éclairage. L’auteure est une spécialiste de l’École française de pensée juive et de ses prestigieux représentants (Levinas, Amado Levy-Valensi, Neher, Manitou…), et son étude lève le voile sur la vie et la pensée du mystérieux personnage – il le sera dorénavant beaucoup moins, car un grand nombre des questions qui se posaient y trouvent leurs réponses.

Des réponses aux questions qui se posaient D’après l’enquête minutieuse de Sandrine Szwarc, s’appuyant sur des archives et des témoignages, on découvre la véritable identité de monsieur Chouchani. Comme elle le résume pour LPH : « Né Hillel Perelman à Brisk (Brest-Litovsk) le 9 janvier 1895, il grandit dans l’univers du judaïsme brisker, alors que le rav Soloveitchik est son contemporain. Enfant prodige, il absorbe toutes les connaissances que doit posséder un érudit juif. (Suite page suivante) LPH ACTUJ 985

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PORTRAIT

Chouchani redécouvert

« Maître prestigieux et impitoyable » – selon les mots de Levinas –, inquiétant et fascinant à la fois, Chouchani est aujourd’hui redécouvert à la lumière de cet essai et des cahiers que le professeur Shalom Rosenberg a donnés à la Bibliothèque nationale d’Israël. Ces cahiers, qui montrent l’étendue des domaines auxquels s’intéressait Chouchani, de la pensée juive aux mathématiques, ont été numérisés et sont aujourd’hui consultables en ligne.

Si personne n’a réussi à y trouver un secret que Chouchani aurait codé, ils offrent néanmoins une nouvelle manière de suivre le fil de ses pensées. Un projet de roman ou de bande dessinée, un film d’un réalisateur français ainsi que le documentaire du Franco-Israélien Michael Grynszpan sont actuellement en préparation ; ils s’ajouteront à The Lost Ones de Mathilde Hirsch, diffusé sur Arte l’année dernière. Chouchani n’a pas fini de nous fasciner !

Isabelle Szwarc – DR

maisons d’enfants de Autodidacte, il apprendra l’OSE, à l’UEJF et dans le reste. Adolescent, Hillel maints endroits d’où Perelman rejoint la il disparaît aussi vite Palestine ottomane avant qu’il y apparaît. Il est le déclenchement de la également le professeur Première Guerre mondiale. particulier de centaines À Jérusalem, il fréquente la d’enfants que l’on mouvance du rav Sonnenfeld, prépare à la bar-mitsva. avec laquelle il rompt avant C’est à ce moment-là de devenir l’étudiant du rav que la légende prend Kook dans sa yechiva de vie pour ne plus Yaffo. Vers 1914, il embarque disparaître. On signale pour les États-Unis, où sa ensuite la présence de présence est attestée par Chouchani dans des deux lettres émanant du rav kibboutz religieux en Kook et la presse yiddish. Israël et à Montevideo Dans les années 1920, il en Uruguay, où il finira participe à l’ébullition ses jours comme il intellectuelle à Berlin avant l’avait souhaité, en d’être aperçu en Afrique du donnant un cours, la Nord. Au début des années veille du chabbat du 26 1930, il devient Chouchani janvier 1968. à Strasbourg, même s’il est Sur ses enseignements, d’abord Chouchônè (avec la trop peu d’informations prononciation yiddish), puis avaient jusqu’à présent Chouchana. Il aura encore filtré. Pourtant, Manitou d’autres pseudonymes, a su en transmettre et comme Mordehaï Bensoussan, Monsieur Chouchani dans sa jeunesse. Aquarelle d'Isabelle Szwarc Emmanuel Levinas a Ben-Shoushan, ou simplement érigé en système philosophique Paris puis en zone non occupée, Soussan – sans compter la version ce qu’il a appris de son maître ; avant de la finir en Suisse. À la ashkénaze de ses patronymes : à lire ses Lectures talmudiques, on Libération, il est de nouveau dans Mordehaï Rosenbaum ou Professeur entend le souffle de Chouchani. la capitale française et construit Rosen. Encore aujourd’hui, dans les L’ouvrage Fascinant Chouchani livre familles juives alsaciennes, les histoires sa légende, celle d’un génie à la vie plusieurs de ses enseignements, d’aventurier. Il est alors le maître du génial Chouchani se transmettent qui exposent la dialectique du d’Elie Wiesel et d’Emmanuel comme des contes. » maître, nouvelle à l’époque de la Levinas ; le chabbat, il fréquente Ce livre nous permet de suivre Libération, à savoir : le dialogue l’École d’Orsay où il donne les pérégrinations de Chouchani. fertile engagé entre l’étude des quelques cours, mais on l’aperçoit Comme le raconte Sandrine aussi à l’École Maïmonide, dans les textes de la tradition juive et la Szwarc, il passe la guerre à 46

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PORTRAIT Et si l’on ne devait retenir qu’un a appris ce qu’il dit être l’essentiel, à enseignement de Chouchani ? savoir, que le sens trouvé mérite par sa Sandrine Szwarc le résumerait sagesse la recherche qui le révèle. Cela, le ainsi : « L’idée que les enseignements texte vous l’a suggéré. C’est ainsi que les prodigués, pour l’essentiel les étu­ Lectures talmudiques d’Emmanuel diants les oublieront – c’est ainsi ! Levinas invitent à la relecture et à En revanche, ce qui doit leur rester, l’étude ; à la manière de Chouchani, c’est l’amour de la Torah, et plus elles appellent à en renouveler le sens, particulièrement l’amour de l’étude de à creuser sans cesse pour dénicher de la Torah. » n nouvelles significations, à souffler sur les braises pour découvrir des sens cachés. S S Dès lors, pour Emmanuel Levinas, FASCINANT “aimer la Torah plus que Dieu”, une Sandrine Szwarc FASCINANT CHOUCHANI CHOUCHANI idée inspirée de Chouchani, n’est Fascinant Chouchani pas une forme de blasphème, Éditions Hermann, 2022 mais c’est mettre en avant le 466 pages, 45 illustrations questionnement suscité par Avec une préface de Shmuel l’étude comme paradigme de Wygoda et, en couverture, la recherche de la vérité, qui un dessin signé Garouste est toujours une quête. Encore Disponible en librairie et une fois, on trouve Chouchani en sur les sites de vente de embuscade dans l’un de ses thèmes livres en ligne de prédilection. » Sandrine Szwarc

Au tournant du xx e siècle, le professeur Chouchani prit part à l’instruction d’érudits qui formèrent à leur tour une nouvelle génération de penseurs juifs éclairés. Avec le philosophe Jacob Gordin et le philologue Joseph Gottfarstein, ce génie aux allures de vagabond contribua à la renaissance de la pensée juive après la Shoah en France. Un épisode extraordinaire de l’histoire des idées qui redonna aux sources de la tradition juive la place qu’elles méritaient dans le grand débat des cultures. Ses connaissances sacrées et profanes impressionnaient. L’approche révolutionnaire du professeur d’Élie Wiesel, Emmanuel Levinas, Léon Askenazi et d’autres connut des prolongements en Europe centrale, en Israël, aux États-Unis, en Afrique du Nord et en Amérique du Sud, des lieux qu’il traversa comme un météore. Mais tel Socrate, la vie de Chouchani, personnage énigmatique dont la véritable identité était gardée secrète, est entourée de mystère. Solitaire et marginal, le destin du clochard qui savait tout fascine et questionne. De ses enseignements, trop peu d’informations ont jusqu’alors filtré. Le présent essai propose de révéler quelques secrets de sa pensée foisonnante, éclairés par l’évocation des étapes principales de sa vie. Sandrine Szwarc est docteure en histoire moderne et contemporaine, diplômée de la section des sciences religieuses de l’EPHE. Enseignante-chercheuse à l’Institut universitaire Élie Wiesel, ses travaux portent sur les grandes figures du renouveau spirituel et intellectuel du judaïsme français, connu sous le nom d’École de pensée juive de Paris.

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FASCINANT CHOUCHANI

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Sandrine Szwarc

culture universelle avec laquelle ils entrent en résonance. Concernant un de ses ensei­ gnements, Sandrine Szwarc nous confie : « Chouchani étudiait les parties homilétiques du Talmud, les aggadot qui, avec les halakhot, le constituent, en les faisant dialoguer non seulement avec d’autres parties du Talmud, mais avec tout le patrimoine culturel occidental. C’est la méthode qui a inspiré les grandes figures de l’École française de pensée juive, dont Manitou et bien sûr le philosophe Em­manuel Levinas, lequel, dans ses Lectures talmu­diques, a déployé cette méthode, au risque de se voir accusé de faire dire au texte ce qui n’y figure pas. » Et l’historienne de nous livrer cet enseignement d’Emmanuel Levinas inspiré de monsieur Chouchani : « La recherche compte autant que le but, voire davantage, et Chouchani lui

979 1 0370 1455 9

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25 €

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UN RABBIN DANS LA CITÉ

L'euthanasie en question PAR LE GRAND-RABBIN GILLES BERNHEIM

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es malades en phase terminale espèrent parfois que leur mort adviendra rapidement. Ils peuvent en arriver jusqu’à formuler ce souhait devant leurs médecins et même à demander une assistance pour accélérer cette mort. Tout malade exprimant un désir de mort devrait être écouté très attentivement. Ce principe vaut de manière générale, et ce, quels que soient l’avis et les options morales, religieuses ou philosophiques du soignant auquel le malade se confie. Celui qui écoute doit se garder de se méprendre sur ce qui est dit. Certains malades, qui disent effectivement « je souhaite mourir », appellent la mort de leurs vœux mais, en même temps, ils testent peut-être aussi leur entourage et la fermeté de son attachement – d’ailleurs, un « simple souhait » de mort peut être reçu par l’entourage du malade comme une accusation : « Vous ne m’aidez pas à vivre. » Ces malades ne demandent pas toujours l’euthanasie, soit du fait de leur ambivalence – ils désirent à la fois mourir et vivre –, soit en raison de leurs convictions morales ou religieuses, parce qu’ils perçoivent que demander et provoquer la mort sont des actes de violence. D’autres disent : « Laissez-moi mourir. » C’est une forme de refus des traitements actuels ou à venir – chez des personnes très âgées, cela prend parfois la forme d’un dramatique refus de s’alimenter –, dont les raisons peuvent être multiples : de la colère envers l’entourage ou les soignants, une souffrance trop intense, ou d’autres raisons encore. Les soignants sont appelés à comprendre la raison du refus, à tenter d’y porter remède, ou à négocier respectueusement avec le patient. En fin de compte ils ne peuvent que s’incliner, malgré eux. Mais s’ils agissent ainsi, leur attitude n’équivaut pas à un acte d’euthanasie. D’autres patients encore font comprendre, d’une manière ou d’une autre, à leur entourage : « Faitesmoi mourir. » Dans ce cas seulement, il y a demande d’euthanasie. Insistons sur l’importance de ces distinctions. Laisser entendre à un malade qui « souhaite mourir » qu’on 48

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est effectivement prêt à « le faire mourir » peut susciter chez lui des sentiments d’effroi, de rejet ou d’abandon (proposer de faire mourir ne témoignant pas, en règle générale, d’un grand attachement à autrui…) – sans compter que la souffrance née de la découverte qu’autrui s’accommoderait très bien de cette disparition peut à son tour induire une demande de mort. Une autre observation s’impose : chez les personnes qui demandent à mourir, le désir de vivre et celui de mourir alternent en permanence, notamment en fonction de la qualité des soins, de la disponibilité des familles et du regard des autres. Fluctuante, la demande de mourir masque dans la grande majorité des cas une autre demande. Souvent, les personnes qui réclament la mort ont des douleurs mal soulagées et sont gravement déprimées. La perte d’estime de soi, le sentiment d’être une charge pour son entourage, la honte d’avoir à offrir aux autres une image tellement dégradée, engendrent le sentiment que la vie ne vaut plus la peine d’être vécue. Ce sentiment peut être renforcé par l’entourage qui, confronté à sa propre lassitude et à sa propre angoisse, ne sait pas toujours faire face. Les malades perçoivent tout, ils sentent les regards gênés, le malaise, le dégoût qu’ils suscitent. Ils ont vite fait de comprendre le sens des visites qui s’espacent. La pudeur, la discrétion, une certaine humiliation : on trouve un peu de tout cela dans la souffrance de celui qui préfère partir vite pour ne pas déranger plus longtemps. Dans ces conditions, accéder à son désir de mourir reviendrait à le confirmer dans sa « nonvaleur ».


Ce serait le faire mourir deux fois : symboliquement, en le laissant croire à sa déchéance et à l’inutilité de sa vie, réellement parce que cela conduit souvent à hâter la survenue de la mort naturelle. On détruit ainsi chez le malade la dignité de son identité, puis la personne ellemême. La demande de mort de la part du malade peut aussi être un moyen de sortir de sa solitude, pour enfin pouvoir parler de cette mort que tout le monde – dans un silence pesant – semble fuir et redouter. Celui qui a conscience qu’il va mourir peut alors organiser le temps qui lui reste, prendre congé des siens, dicter ses dernières volontés, organiser

Les malades perçoivent tout, ils sentent les regards gênés, le malaise, le dégoût qu’ils suscitent. Ils ont vite fait de comprendre le sens des visites qui s’espacent.

ses funérailles, tous ces actes constituant un véritable rituel de fin de vie. Les proches se préparent à l’inévitable séparation, c’est le moment des dernières paroles, des derniers gestes, ceux qu’on n’avait peut-être jamais osé avoir. Et quelquefois, on constate que ces rituels accomplis, le malade peut se laisser glisser vers la mort sans qu’aucune intervention délibérée ait été nécessaire. La volonté de mourir doit donc être prise au sérieux. Il ne s’agit pas d’y répondre par un acte de mort, mais de l’entendre pour ce qu’elle signifie, à savoir : une ultime tentative de se mettre au monde avant de disparaître, une ultime tentative d’accomplissement. n LPH ACTUJ 985

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'HODECH TOV

IYAR Le mois du rayonnement

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e mois d’Iyar est à la fois le huitième et le second mois du calendrier hébraïque : le second à partir de Nissan (considéré, nous l’avons vu, comme le premier mois de l’année) et le huitième à partir de Tichri (premier mois « officiel » du calendrier juif). Les prophètes définissent le mois d’Iyar comme « le mois du Rayonnement » (« 'Hodech Ziv »). Il introduit une nouvelle notion de libération, relative à la fin des temps. Le mot « Iyar » lui-même contient l’idée de lumière, « or ». C’est au cours du mois d’Iyar que la manne a commencé à tomber pour la première fois. Elle était blanche, translucide et dotée des qualités divines. La manne, nourriture céleste qui emplit tous les recoins de ce monde, représente la vie. Selon le Zohar, le mois d’Iyar est associé à la dernière délivrance. Rabbi Shimon bar Yo'haï, zatsa''l, auteur du Zohar, avait vu juste. Le retour d'Israël sur sa terre est le signe essentiel de la fin des temps. Ce n’est donc pas un hasard si la déclaration d’indépendance de l’État d’Israël a été proclamée le 5 du mois d'Iyar 5708. Yom HaAtsmaout ainsi que Yom Yerouchalayim (28 Iyar 5727 – 7 juin 1967) sont de claires preuves de la bonté divine. Dès lors, il me semble que notre reconnaissance envers le Créateur doit aller de soi. Yom HaAtsmaout est un événement collectif s'inscrivant parfaitement dans le processus de la Gueoula (libération) qui, pour nos Sages, est synonyme de l'indépendance politique du peuple d'Israël. L’indépendance de l’État d’Israël en 1948 est une charnière centrale de notre Gueoula. À présent, il est de notre devoir de donner une continuité à ce point de départ pour atteindre un nouveau degré de la Délivrance. Il faut comprendre que ce qui a commencé par la sortie d'Égypte au mois de Nissan se concrétise durant le mois d'Iyar. 50

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Le rav Yoel Benharrouche nous révèle le sens de chaque mois du calendrier juif. Un rendez-vous mensuel précieux pour nous permettre de comprendre les secrets et la force du temps selon le judaïsme. Les événements de notre présent national dépassent largement ceux de la sortie d’Égypte. Pour sortir d’Égypte, nous avons quitté un seul pays, alors que le retour du peuple d'Israël sur sa terre ces cent dernières années se fait depuis plus de 150 pays, dans lesquels nous avons été exilés pendant plus de 2000 ans. Depuis la création de l'espace-temps, cet incroyable retour était prévu pour le mois d'Iyar. Le fondement de notre alliance avec Dieu repose d’abord et avant tout sur le retour à Tzion. Le premier commentaire de Rachi sur la Torah se réfère à la Terre d'Israël. En effet, nous sommes une nation, et non pas une religion. Toutes les mitzvot sont d’ordre national et ont pour vocation d’être appliquées sur notre Terre d'Israël. Yom HaAtsmaout et Yom Yerouchalayim sont dotés d'une sainteté particulière qui n'est plus remise en question. Vivre dans le déni de cette providence divine constitue une ingratitude qui est la cause principale de tous nos problèmes. Être reconnaissants de cette immense bonté est la seule chose que Dieu ne peut pas faire à notre place… Si le roi Ézéchias avait remercié l'Éternel, il aurait pu être le Machia'h. Mais il ne l’a pas fait ; il n'a pas recité le Hallel (louanges à Dieu) et, dès lors, il a perdu son titre messianique. L’acharnement des nations contre nous est le signe évident de l'importance de notre époque. La volonté de la chrétienté et de l’islam de se substituer à Israël confirme, s’il en est besoin, à quel point la vérité divine réside au cœur de la nation et du peuple d’Israël. Et par conséquent, que le conflit est d’ordre identitaire et non pas territorial. Lorsqu'Israël reprend sa place, les nations se sentent menacées. Les valeurs morales que nous portons sont comme un feu aveuglant pour elles. Israël est aujourd’hui au cœur d’un affrontement international


Horaires de Chabbat

face à l’islam. Cela non plus n'est pas dû au hasard. Le mois d'Iyar marque le retour de l’honneur national d’Israël. Le monde entier finira par comprendre que la justice et la libération viennent d’Israël. n Rav Yoel Benharrouche, artiste peintre, enseignant www.orotvekelim.com

Le saviez-vous ? Iyar est associé à la guérison car les lettres du nom « Iyar » sont les initiales des mots « Ani HaChem Rofékha » : « Je suis HaChem ton guérisseur », tirés de Chemot 15, 26). C’est également en Iyar que le puits de Myriam fut accordé aux Enfants d’Israël dans le désert, ce même puits qui prodiguait la guérison à ceux qui venaient s’y abreuver. Ce mois est placé sous le signe zodiacal du Taureau, représentatif de l’animalité contenue dans l’homme, une animalité qui, une fois domptée, peut être extrêmement productive.

Chabbat Qedochim 29 avril 2022-28 Nissan 5782

Chabbat Be'Houqotaï 20 mai 2022-19 Iyar 5782

Jérusalem 18h42 Tel Aviv 18h58 Netanya 18h58

Jérusalem 18h57 Tel Aviv 19h13 Netanya 19h13

20h02 20h00 20h01

20h19 20h17 20h18

Chabbat Emor 6 mai 2022-5 Iyar 5782

Mercredi 4 mai 20223 Iyar 5782

Jérusalem 18h47 Tel Aviv 19h03 Netanya 19h04

Chabbat BeHar 13 mai 2022-12 Iyar 5782

Yom HaZikaron Sonnerie solennelle à 10h précises. Tout le pays s’arrête pour se recueillir pendant une minute.

Jérusalem 18h52 Tel Aviv 19h08 Netanya 19h09

Yom HaHatzmaout

20h08 20h06 20h07

20h14 20h12 20h13

Jeudi 5 mai 20224 Iyar 5782

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AU NOM DE LA LOI

'Hag samea'h !

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qui constituent le peuple sont également liés par leur histoire et leur destin – et aussi par leur mission, qui leur a été ordonnée par la Torah. D’une manière générale, notre connexion à notre identité passe par les mitzvot de la Torah. Avant de réaliser une mitzva, nous disons : « qui nous a sanctifiés par Ses mitzvot ». Mais quelle mitzva particulière est connectée à cet événement historique qu’est Yom HaAtsmaout ? Le Ramban a défini la mitzva de Yichouv HaAraetz, l’installation sur la Terre d’Israël, en disant que « nous ne l’abandonnerons pas à une autre nation ni ne la laisserons désolée », une définition qui établit clairement que cette mitzva est avant tout une obligation inhérente à la nation : il incombe au peuple juif de prendre possession de la Terre d’Israël et d’y régner. Et sur la base de cette mitzva nationale, il est du devoir de chaque Juif de réaliser la mitzva de vivre en Eretz Israël. De plus, le Ramban a souligné que cette mitzva est effective pour toutes les générations – analyse d’ailleurs confirmée par le Choul'han Aroukh (Even HaEzer 75, 6, Pit'hei Techouva). Tel est donc le sens de Yom HaAtsmaout. Après des siècles d’exil, nous avons finalement mérité de réaliser cette grande Conférence à des soldats de Tsahal. Il incombe au peuple juif de prendre possession de la mitzva, décrite par nos Sages comme « équivalente à toutes les mitzvot » (Sifré Terre d’Israël et d’y régner. Re'ei) : « Revenir et posséder la Terre que Dieu a promise à nos pères » (Ramban). négation : « Je ne dépends de rien, donc je suis inNous devons être remplis de gratitude du fait de dépendant. » Ce mot ne possède pas une signification vivre ici, en Eretz Israël, « l’endroit que Moché et qui lui est propre mais il vient seulement faire état Aaron n’ont pas mérité » (Ketoubot 112a). Nous d’un fait (« je ne dépends de rien »). devons être reconnaissants de vivre ce moment En hébreu, le terme ‫( עצמאות‬atsmaout) est d’un tout historique, d’être témoins et même acteurs du autre ordre. D’abord, il ne s’agit pas d’une négation. temps du retour et de la résurrection d'Israël sur La racine de ce mot est ‫( עצם‬etsem), qui désigne à la sa Terre, que beaucoup de Justes de notre peuple fois l’essence et l’intensité : dans la conscience juive, n’ont pas mérité de voir. Et sans doute aussi avonsl'indépendance représente l’essence même des nous la responsabilité, le devoir d’associer la quasi choses. Ce n’est que par cet état d’indépendance que deuxième moitié du peuple à nous rejoindre pour l’intégrité de l’être est retrouvée et qu’il existe dans que nous nous réunifiions. n toute son intensité. Au premier abord, être juif, c’est avant tout appartenir à une religion. Or, a priori, Rav Avraham DRAY l’indépendance, aussi essentielle soit-elle, ne revêt Communauté Gomel 'Hessed Ashdod pas de signification religieuse. Mais le peuple Directeur du Bureau France au MIZRACHI mondial d'Israël possède une dimension supplémentaire, Fondateur de CHADARIM qu’on pourrait qualifier d’historique. Les individus avdery7@gmail.com

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’État d’Israël va fêter son soixante-quatorzième anniversaire le 5 mai prochain. Le Jour de l’Indépendance de l’État d’Israël se limite-t-il seulement aux feux d’artifice ? La fête de Yom HaAtsmaout est-elle juste une commémoration profane de notre indépendance politique, ou bien a-telle pour nous un sens plus profond ? Un peu d'étymologie. L’indépendance, de quoi s’agit-il ? En français, le terme « indépendance » est formé du mot « dépendance » précédé du préfixe « in », qui marque une négation. C’est donc une définition par la

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