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ActuJ Mag (anciennement LPH) 2 Novembre

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Jeudi 2 novembre 2023 18 'Hechvan 5784 Nº 1003 | Mensuel

ÉPÉES DE FER ISRAËL EN GUERRE POUR SA SURVIE AJ MAG N° 1003

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Fondateur Serge

Fondateur Serge

N° 1622

Zal

2 décembre

actualitejuive.com

2021 - 28 Kislev

5782

‫מודיעין‬ ‫שולם‬ P.P. 6782

Benattar

N° 1623

Zal

actualitejuive.com

d’un projet • La genèse exceptionnel e, Égypte : t • Tunisie, Algéri se réapproprien ces pays qui juive ire leur mémo avec Jack Lang • Entretiens Stora et Benjamin la redécouverte re, à Maroc • Le e plurimillénai de son judaïsm Malka par Salomon : Mizrahim • Séfaradim, la nouvelle à Israël face le » « question orienta Bittan, nages de Haïm u, • Avec les témoig it, Pierre Mamo a Denis Charb et Sergio Della Pergol Didier Nebot

Culture

Monde

2021 - 5 Tevet

-19

ocile Israël, l'ind s-Unis allié des État

p. 46

Benattar

dad, Mondeham Elha Avra elles Sarc le vote e deU, l'âm À l'ON ce ne de la Fran 36 p. indig p. 21

actualitejuive.com

16 décembre

2021 - 12 Tevet

5782

GRAND ANGLE

Tel Aviv, ville la plus chère au monde p. 22-23

L'honneur un retrouvé d' innocent

Israël • Comment la diffusion veut freiner Omicron du variant : et traitements • Vaccination les instruments le point sur es les plus efficac avec • Entretiens t Deray Gilber Pr le Kierzek et le Dr Gérald

Disparition

5782

2€

N° 1624

Zal

us Alfred dreyf

» ème vague • Une « cinqui upante intense et préocc

BHL Le film de salem primé à Jéru

entretien

dad, Patrick Had le visage de Sarcelles

Fondateur Serge

p. 15 9 décembre

Covid La saga des tLa guerre en ri Juifs d’O des nerfs

exposition

l’IMA événement de

10

10

Benattar

‫במקרה‬ ‫נא להחזיר של אי מסירה‬ 10 ‫לרחוב הרב אגן‬ 9422505 ‫ירושלים‬

L‘INFORMATION À SA SOURCE EN TEMPS RÉEL C‘EST SUR LE GROUPE WHATSAPP LPHINFO

idées

alisme t du nation • L’assaut violen mitisme contre et de l’antisé la République ers dreyfusards e des premi • La solitud r la mémoire pour honore • Un Musée et de ses défenseurs e ine capita du a couvert l’affair ue Theodor Herzl • Comment conçu le sionisme politiq uazana, à Paris et Cécile Lévy-O Oriol nages de Anner et Philippe • Avec les témoig uiz, Louis Gautie Édition Yaël Perl-R Israël MONDE une SCIENCES dissèque Joe Biden,

et Pascal Ory e ues Lewiner l'antisémitism Jacq èle du Technion le mod p. 36

Édition Israël

efficace ? diplomatie p. 26

p. 48-49

p. 32

Rejoignez-nous dès maintenant pour être informé de la situation sécuritaire en Israël ! 2

AJ MAG N° 1003


Nous ne serons plus jamais les mêmes

N

ous avons été profanés. Et depuis lors, nous vivons en apnée. Notre esprit hagard cherche des réponses. À cette question notamment : comment l’histoire moderne du peuple juif souverain sur sa terre peut-elle être contemporaine d’une tragédie digne des pires pogroms du Moyen-Âge ? Mais le temps du deuil n’a même pas encore commencé, alors avonsnous le droit de poser des questions ? Il nous faut peut-être simplement écouter ces centaines de rescapés qui, l’un après l’autre, racontent leur calvaire. Parfois mécaniquement, car ils ont dû le répéter encore et encore, à leurs proches, aux hôpitaux, aux enquêteurs… Et à la fin, cette force qu’ils ont de remercier le journaliste qui les interroge de leur avoir donné la parole, et même de nous rassurer en disant qu’ils vont bien et que Am Israël 'haï ! Oui, c’est pénible et terrible d’écouter en boucle l’indicible, mais nous devons bien cela aux suppliciés de nos pacifiques kibboutzim et mochavim. Car si nous n’avons pas le courage de le faire, qui l’aura ? Qui perpétuera la mémoire de nos fils et de nos filles soldats, de nos courageux policiers, de nos jeunes joyeux de danser et de chanter ensemble, de nos frères et sœurs de tous âges arrachés de leurs foyers pour être abattus, brûlé ou traînés dans cet enfer qu’est Gaza ? D’ailleurs, notre devoir de mémoire peut nourrir notre détermination à agir.

‫מנכ''ל‬ Directeur de la publication Ariel Kandel

Journalistes : Esther Amar Guitel Ben-Ishay Béatrice Nakache Nathalie Sosna-Ofir Pascale Zonszain Eden Levi-Campana Charles Szlakmann Contributeurs : Yoel Benharrouche Avraham Dray Yoel Haddad Ariela Chetboun Elie Kling Carole Rotneimer Daniel Rouach Correctrice Carine Brenner Direction artistique Studio Actualité Juive Service iconographique Istock – Flash 90

édito

‫עורכת ראשית‬ Rédactrice en chef Anne-Caroll Azoulay caroll@actualitejuive.com

Aharon passait ce fameux chabbat de fête dans un des kibboutzim pris pour cibles. À 6h30 du matin, alerté, il bondit et sort pieds nus pour prêter main-forte à la « kitat konenout ». Ensemble, ils arrivent à venir à bout des démons. Aharon décide alors de courir vers Kfar Aza qui est assailli par les terroristes du Hamas. Après de longs combats pour sauver des innocents, il est gravement blessé. Une balle a traversé sa gorge et sa mâchoire. Il reste caché pendant cinq heures. Il est évacué puis opéré pendant neuf heures. Après seulement dix jours de convalescence et alors qu’il est désormais considéré comme un grave handicapé de guerre, il a décidé de rejoindre son unité de tanks postée à la frontière de Gaza. « Hors de question de les laisser entrer sans moi ! », m’explique le courageux conducteur de char, père d’une petite fille de 14 mois. Un héros, un vrai, parmi des milliers d’autres. Prêt à défendre vaille que vaille sa maison, son pays, son peuple. Et peu importe s’il manque un gilet pareballes ici, des chaussettes là ou des viseurs électroniques là-bas…

Service commercial et publicitaire contactisrael@actualitejuive.com 058-461-6262 Service abonnements contactisrael@actualitejuive.com Secrétariat LPH/AJ 058-461-6262

Adresse 10-12 rehov HaRav Agan, Jérusalem Contact petites annonces contactisrael@actualitejuive.com LPH Supplément mensuel de l’hebdomadaire Actualité Juive ‫ הפצה‬Distribution

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EN COUVERTURE : © Flash 90

Il est beaucoup trop tôt pour penser à l’après. Car nous sommes encore en plein dans ce qu’il faut bien reconnaitre être une guerre existentielle. Nous devons, tels des boxeurs enragés, lutter contre les mauvaises pensées et les scénarios apocalyptiques que notre imagination gorgée d’informations nous propose en continu. Les mettre k.-o. à coups d’actions solidaires, de prières, de sourires à nos proches, d’oreilles attentives à la détresse et de repas confectionnés pour nos héros qui sont sur le front. La noirceur sera repoussée par ces milliards d’étincelles de lumière qu’il nous est donné de produire. La guerre sera longue, assure Tsahal. Notre résistance aussi. n YA'HAD NÉNATSÉA'H ! AJ MAG N° 1003

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AM ISRAËL HAÏ !

sommaire N° 1003

DOSSIER SPÉCIAL

COMMENT SUPPORTER ? BORIS CYRULNIK : « L’ESPOIR EST UN MOTEUR ESSENTIEL DU PROCESSUS DE RÉSILIENCE. »

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LES HOMMES CLÉS DE LA GUERRE

GÉRER LE TRAUMATISME

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LE PRIX DU RETOUR

L’HÉROÏSME DES FEMMES D’ISRAËL : UNE AUTRE IMAGE DE LA GUERRE

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UNE PETITE HISTOIRE DU HAMAS

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C’EST BIENTÔT CHABBAT IL A SUFFI D'UNE BRÈCHE ET DE QUELQUES HEURES DE LA VALIDATION DU TÉMOIN 34

EXCLUSIF !

BOUILLON DE CULTURE

Alexandre Arcady : « Ce qui s'est passé en Israël est innommable. » 4

LES CONSÉQUENCES DE LA GUERRE SUR L’ÉCONOMIE ISRAÉLIENNE LES FONDAMENTAUX

LA VALEUR DU TÉMOIGNAGE

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MIEUX COMPRENDRE

AJ MAG N° 1003

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DES RABBINS QUI SORTENT DE L’ORDINAIRE LEADERSHIP

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Se maîtriser et avancer

SANTÉ

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Réduire le stress en temps de guerre 40

CONSCIENCE

Comment retrouver un état d’esprit plus équilibré et serein en cette période de guerre ?

ET AUSSI... Cartes sur table (5), Judaïsme (42, 44 et 45), Une année avec la Cabale (43), Rav Yoel Benharrouche (46), Le Kling du mois (47), Recette (48), Immobilier (52)…


CARTES SUR TABLE

Espoir

C

PAR ARIEL KANDEL

ertaines prophéties retentissent parfois plus que d'autres. Celle de Jérémie au sujet de Rachel notre matriarche est bouleversante à la lumière de la période que nous traversons. Alors que, le 11 du mois de 'Hechvan, nous avons commémoré la disparition de Rachel de ce monde, voici les paroles bibliques visionnaires la concernant : « Ainsi parle Dieu : “Une voix retentit […], une voix plaintive, d'amers sanglots. C'est Rachel qui pleure ses enfants, qui ne veut pas se laisser consoler de ses fils perdus ! Or, dit Dieu, que ta voix cesse de gémir et tes yeux de pleurer, car il y aura une récompense à tes efforts, dit Dieu, Le ministre israélien de l'Alya et de l'Intégration, Ofir Sofer, accueillant un groupe de 26 olim de France qui sont ils reviendront du pays arrivés en Israël le 25 octobre 2023. Il était accompagné du général de réserve Doron Almog, avec lequel il a de l'ennemi. Oui, il y a de remis aux nouveaux immigrants leur carte d'identité israélienne. © Ministère de l'Alya et de l'Intégration l'espoir pour ton avenir, dit Mais nous sommes également inquiets pour la partie de Dieu : tes enfants rentreront dans leurs frontières.” » notre peuple qui réside encore en France. La solution, (Jérémie 31, 15-17) à terme, est un retour vers nos frontières, mais pour L'espoir dans l'action doit perdurer afin que nos l'instant il faut que tout soit mis en œuvre pour que frères et sœurs reviennent du pays ennemi, et que les Juifs de France soient en sécurité. Énorme est d'autres reviennent au sein de nos frontières. La l'émotion de voir durant cette guerre, entre deux alertes, solidarité qui règne dorénavant au sein de notre des avions atterrir avec à leur bord des familles, des peuple nous encourage à nous préoccuper de nos jeunes, des retraités qui, malgré les temps difficiles, ne frères et sœurs kidnappés. Il faut rappeler les mots capitulent pas et accomplissent leur rêve sioniste d’Alya. forts du Talmud : « L'homme a été créé unique, Ils ont le mérite de ne pas avoir peur et de s'associer pour t’enseigner que celui qui détruit une seule vie au peuple juif sur sa terre à un moment crucial de humaine, l’Écriture considère qu’il a anéanti un son histoire. Ils sauront s'adapter et s'associer à cette monde entier ; et celui qui a sauvé une seule vie entreprise historique qu'est l'État d'Israël. La guerre humaine, l’Écriture considère qu’il a sauvé un monde des Six Jours, en 1967, a déclenché l'Alya de milliers de entier. » Le retour de chacun et chacune des captifs personnes. Qu'en sera-t-il cinquante-six ans plus tard ? et des captives correspond, dans notre contexte, L'avenir nous le dira. À nous, avec l'aide de Dieu, de le à sauver autant de mondes que d'âmes captives : construire. Ensemble. n 1+1+1+1… AJ MAG N° 1003

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DOSSIER

AM ISRAËL HAÏ !

À l’heure où nous imprimons le magazine, les opérations sont toujours en cours et il est possible que les chiffres ne soient plus adéquation avec la réalité. 6 AJ MAG N°en 1003


DOSSIER

« Comment supporter ? » et « Mieux comprendre » sont les deux axes de ce dossier spécial consacré à une guerre qui nous a été imposée par le pire des ennemis. Un dossier destiné à nous inciter à prendre du recul pour nous arracher à la sidération dans laquelle les hordes barbares ont voulu nous pétrifier. Anne-Caroll Azoulay AJ MAG N° 1003

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DOSSIER Comment supporter ?

Boris Cyrulnik :

« L’espoir est un moteur essentiel du processus de résilience » PROPOS RECUEILLIS PAR NATHALIE SOSNA-OFIR

LPH : Vous qui, enfant, avez vécu le nazisme, comment avez-vous réagi à l'attaque meurtrière du Hamas ? Boris Cyrulnik : Je résumerai en deux mots : stupeur et tragédie. Stupeur, car je ne m'y attendais pas. J'avais cru à un statu quo – mais j'avais tort. Stupéfait de voir comment le Hamas a pu réaliser un tel pogrom à une telle échelle sans que cela ait été anticipé. Et tragédie, car j'ai commencé ma vie à l’époque du nazisme. Ma famille a disparu, j'ai été arrêté à l'âge de 6 ans et demi, j’ai réussi à m'échapper, mais j'ai été persécuté pendant de nombreuses années. Et alors que je vis mes dernières années, je vois réapparaître le même phénomène dans une autre langue. Ce que le Hamas dit en arabe est ce que les nazis proféraient en langue germanique. Êtes-vous inquiet ? Ce qui m'inquiète surtout, c'est que si le blocus perdure, il y aura des images terrifiantes du côté palestinien, des familles tuées, des enfants mourant de faim. Cela pourrait se retourner contre Israël, car les gens ne chercheront pas à comprendre la cause profonde de la situation, comprendre qu'Israël a le droit de se défendre. 8

AJ MAG N° 1003

© DR

Sera-t-il possible de se reconstruire à titre individuel et à titre national après la tragédie du 7 octobre ? Pour le savoir, LPH a interrogé Boris Cyrulnik, le célèbre neuropsychiatre qui a popularisé le concept de résilience, la capacité à renaître de sa souffrance.

Les nazis et les Palestiniens excellent dans la manipulation psychologique. Nous les Juifs, nous devons faire face à la résurgence, au réveil de la bête, avec les mêmes arguments que ceux que j'entendais lorsque j'étais enfant, qui disaient que s'il y avait la guerre, c'était à cause des Juifs. Sommes-nous déjà dans une phase de résilience ? Non, en situation d'urgence, il n'y a pas de place pour la résilience, seulement pour la légitime défense, la résistance, l'affrontement. J'espère que nous pourrons rapidement passer à la phase de reconstruction pour mettre en œuvre les principes de la résilience. Celle-ci prendra forme dans la culture de l'après-guerre, tout comme cela s'est produit après la Seconde Guerre mondiale.


DOSSIER

Dans les abris, la vie s’organise afin que les enfants soient le moins perturbés possible. © Flash90

Qu'implique la résilience ? La reconstruction de soi, de sa famille et de sa culture, tout en reconnaissant que les choses ne pourront pas être comme avant. Après la phase de résistance, il faudra envisager une nouvelle manière de vivre, comprendre et accepter que cela ne sera plus comme avant. À ce moment-là, nous entrerons dans la phase de résilience. Peut-on se remettre d'une tragédie de cette envergure ? Les Juifs ont su faire preuve de résilience tout au long de leur histoire. La capacité à se reconstruire après un traumatisme est au cœur de cette résilience, et elle est renforcée par la signification que l'on peut donner aux expériences vécues et par le soutien que l’on reçoit. Après la Shoah, certaines personnes sont restées marquées par des traumatismes et ont continué à vivre dans le passé, ce qui rend difficile de parler de résilience dans leur cas. Cependant, de nombreux survivants, en étant pris en charge et soutenus, ont réussi à reprendre leur vie tout en cherchant à donner de nouvelles significations à leur existence. Les Juifs israéliens et non israéliens

« Aux plus jeunes, il est essentiel de faire comprendre que tout est mis en œuvre pour assurer leur protection, gagner la bataille et construire un avenir meilleur. » traverseront un processus similaire. La même question peut se poser pour les Palestiniens ; mais là, cette résilience ne sera possible que si des perspectives de paix sont envisagées, ce qui, à mon avis, impliquerait de leur imposer la solution à deux États qu'ils ont déjà refusée à plusieurs reprises. Les enfants qui ont été témoins de l'horreur vont-ils pouvoir retrouver leur insouciance ? Après la Shoah, de nombreux enfants ont été profondément marqués par des traumatismes, et certains n'ont malheureusement jamais réussi à retrouver une existence normale. (suite de l’article page 21) AJ MAG N° 1003

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DOSSIER Comment supporter ?

Gérer le traumatisme PAR NATHALIE SOSNA-OFIR

Israël est confronté à une situation sécuritaire complexe, en raison de menaces constantes telles que les attaques terroristes et les conflits armés. Pour faire face au syndrome de stress post-traumatique – SSPT –, le pays a développé plusieurs méthodes visant à aider les individus à surmonter les séquelles psychologiques et parfois également physiques de ces traumatismes. Parmi ces méthodes, quatre ont retenu notre attention. BASIC Ph En 1980, le professeur Mooli Lahad, spécialiste israélien des psychotraumatismes, fonde le Centre international de prévention du stress – Community Stress Prevention Center : CSPC – à Kiryat Shmona, dans le nord d'Israël. Il y met en pratique la méthode BASIC Ph, une approche de prévention et de traitement du stress qu'il a développée et dont l'objectif est d'aider les personnes anxieuses ou/et traumatisées à éliminer complètement leurs symptômes, ou à les ramener à un niveau leur permettant de reprendre le contrôle de leur vie. Le professeur Lahad a mis au point cette méthode après avoir interrogé plusieurs centaines d'habitants de Kiryat Shmona, ville proche de la frontière libanaise, exposée, à cette époque – et à nouveau aujourd'hui –, à des tirs incessants de katiouchas. Il identifie alors six voies de résilience chez les personnes touchées : l B pour Belief – la croyance – : ceux qui surmontent le stress en s'appuyant sur leurs croyances et leurs valeurs, accordant une grande importance à leur image personnelle l A pour Affect – l’émotion – : ceux qui utilisent des moyens émotionnels tels que l'écriture ou la musique pour se calmer 10

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DOSSIER l S pour Social : eux ont besoin du soutien de leur

entourage, de la famille et des amis, et ils aiment avoir une responsabilité sociale au sein d'un groupe pour se tranquilliser. l I pour Imagination : les individus qui font appel à leur imagination, à l'humour, à la créativité et à l'improvisation pour surmonter des situations complexes l C pour Cognitif : d'autres ont besoin, pour apaiser leur stress, de comprendre, de prévoir, d'accumuler des informations et de prendre des décisions. l Et enfin, Ph pour Physiologie : pour gérer leur stress, ceux-ci ont besoin d'activités physiques, de méditation, de sport, de médicaments ou de sommeil. Chacun d'entre nous, explique le professeur Mooli, appartient à un moment donné à l'une de ces six catégories et peut osciller entre trois ou quatre d’entre elles au cours de son existence.

6C Le protocole national israélien des « 6C » a été développé en 2017 par le docteur Moshé Farchi au sein de Tsahal. Son objectif est de réduire le stress post-traumatique en cas de crise sanitaire, d’accident, d’attentat ou de catastrophe naturelle. Ce protocole repose sur une démarche active pour éviter les troubles du SSPT. Il consiste à réactiver la victime en lui parlant dans un langage cognitif, à réorganiser la chronologie des faits pour confirmer la fin de l'événement, et à recruter la victime pour la relier à l'événement et la faire ainsi passer d'un état de dépendance à un état de contrôle.

mécanismes cérébraux, formant les patients à des techniques d'autorégulation grâce à un logiciel audiovisuel interactif.

OHB L'oxygénothérapie hyperbare – OHB –, développée par des chercheurs de l'Université de Tel Aviv, traite les patients dans une chambre pressurisée où la pression atmosphérique est supérieure à celle du niveau de la mer, avec un air riche en oxygène. Cette méthode a démontré son efficacité pour soulager les symptômes du SSPT, en particulier chez les anciens combattants. Elle peut inverser certaines séquelles négatives dues au SSPT, notamment chez ceux qui ne répondent pas aux traitements précédents. Chacune de ces méthodes offre une approche unique pour aider les individus à surmonter des traumatismes psychologiques, contribuant ainsi à atténuer les effets nocifs du stress post-traumatique et à favoriser la résilience au sein de la population israélienne. n

Prism for PTSD La thérapie numérique Prism for PTSD (PostTraumatic Stress Disorder – la désignation du SSPT en anglais), développée par GrayMatters Health (dont le PDG est Oded Kraft), établit des liens entre les troubles mentaux et leurs mécanismes cérébraux sous-jacents. GMH propose Prism pour aider les patients à retrouver le contrôle de la régulation de leurs émotions, au moyen d’une thérapeutique numérique adjointe non invasive qui utilise des biomarqueurs novateurs basés sur les neurosciences et spécifiques aux mécanismes cérébraux. GMH est la première à employer, pour le traitement exclusif des troubles mentaux, la technologie d'apprentissage automatique pour créer une empreinte électrique cérébrale de biomarqueurs spécifiques aux AJ MAG N° 1003

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DOSSIER Comment supporter ?

L’héroïsme des femmes d’Israël Une autre image de la guerre PAR GUITEL BEN-ISHAY

Plus de 300 000 réservistes ont été appelés au cours des quarante-huit premières heures de la guerre. C'est ainsi que des centaines de milliers de femmes israéliennes ont vu leur mari mobilisé, sans y avoir été préparées. Bien souvent, elles se sont retrouvées seules d’une minute à l’autre, en pleine fête de Sim'hat Torah, avec une maison, des enfants et un travail à gérer, le tout dans l'angoisse de ce qui pourrait arriver à leur conjoint. Ces femmes sont les héroïnes derrière les héros qui se battent au front. Elles sont l'une des facettes de la bravoure israélienne. « Dites, comment comptez-vous endormir les enfants ce soir ? » En ce premier soir de la guerre, de nombreuses maisons sont encore éclairées à une heure tardive. Dans la plupart, le père de famille, mobilisé, n'est pas là. Heureusement, il existe les groupes WhatsApp entre voisines. Elles échangent leurs craintes, leurs réflexions, elles se soutiennent. « Comment comptez-vous endormir les enfants ce soir ? J'hésite à dormir avec eux dans la chambre forte. Vous pensez que j'exagère ? », s'interroge cette mère de trois enfants. « Moi, je vais le faire. Comme ça, ils se sentent plus en sécurité, et moi aussi, alors pourquoi pas ? », lui répond Dikla, elle aussi seule avec trois petits. La nuit est ce qui angoisse le plus ces mères courage. Elles témoignent de leurs difficultés à enfin trouver le sommeil et de leur impatience de voir le jour se lever. « Je sursaute au moindre bruit pendant la nuit », nous avoue Hagit, qui s'est retrouvée seule avec six enfants dont le plus petit a à peine un an et demi, lorsque son 12

AJ MAG N° 1003

mari a été mobilisé dès le matin de ce samedi noir. Certaines n'hésitent pas à prendre des somnifères pour gagner quelques heures de sommeil afin d'être prêtes à affronter la journée.

Réconforter et savoir briser l'armure Ces femmes prennent sur elles pour surmonter cette réalité difficile, comprenant qu'elles sont le pilier de leur foyer. À l'instar d'Inbal, mère de trois enfants, qui vit à Beit HaEmek, en Galilée occidentale : « Mon rôle, c'est de contenir les angoisses à la maison pour que Lotem [son mari, ndlr] puisse être là-bas sans se demander ce qu'il nous arrive et comment on s'en sort. La première règle que nous avons fixée avec les enfants, c'est de se faire au moins huit câlins par jour ! Je les prends dans mes bras et il m'arrive aussi de pleurer avec eux, parce que c'est vrai que j'ai peur. » Sous leur carapace de femmes vaillantes, elles n'ont pas honte d'avouer leurs craintes. Hagit nous raconte un épisode survenu avec sa fille de 10 ans, après qu’elle n’a pas vu son père pendant une semaine : « Elle s'est mise à pleurer pour une bêtise et, au bout d'un moment, elle m'a avoué qu'elle avait peur pour


Avec l’aimable autorisation de Haguit

DOSSIER

Des femmes de soldats réservistes ont décidé de monter une vidéo pour leurs maris avec des photos de soutien de leurs familles. « Ils ont pleuré en la découvrant », raconte cette mère de famille.

lui. Dans l'après-midi, des copines avaient raconté des choses qui l'ont effrayée. Heureusement, son père a appelé juste à ce moment-là, ce qui l'a tranquillisée. Je lui ai dit que c'était normal qu'elle ait peur, que moi aussi j'avais peur et que parfois je pleurais. » Et elle conclut : « On ne peut pas protéger nos enfants de tout. »

Apprendre à demander et à accepter de l'aide Ce qui est le plus difficile pour ces femmes, c'est peutêtre d'apprendre à demander et à accepter de l'aide. « Personnellement, je n'arrive à rien faire », confie Anat qui vit dans un mochav sur le Golan. « Je n'arrive pas à travailler. Heureusement, nous vivons dans une communauté extraordinaire, on nous entoure. On se rend visite entre amies, on vérifie que personne ne manque de rien. » À Shilo, une localité de Judée-Samarie, la direction du village a envoyé aux femmes de mobilisés un formulaire à remplir avec, au choix, les domaines dans lesquels elles ont besoin d'aide. On leur propose de leur préparer des repas, de leur garder les enfants dans la journée ou le soir pour qu'elles puissent

s'aérer. Des jeunes se sont portés volontaires pour démonter les souccot qui, sinon, seraient restées à la merci du vent et de la pluie jusqu'au retour des hommes. « Je commence à aimer l'idée d'avoir un mari mobilisé », plaisante Hadass. D'ailleurs, l'humour est aussi une des armes de ces combattantes. Elles échangent beaucoup de blagues sur leur situation, même si personne n'a vraiment le cœur à rire. Dans un quartier de ce petit village, il ne reste quasiment plus d'hommes. Alors les femmes se retrouvent tous les jours à 16h au parc avec les enfants. Un jour, l’une a préparé des beignets, le lendemain une autre apporte du thé et des petits gâteaux. Elles s'assoient pendant que les enfants jouent. Elles parlent de tout, de la guerre, bien sûr, mais pas seulement. Elles se serrent les coudes. Leur résilience force le respect ; elles jouent un rôle fondamental dans cette guerre, même si elles ne le reconnaissent pas toujours. Nos Textes disent que c'est par le mérite des femmes pieuses que nous serons libérés. La société israélienne produit des femmes vaillantes, par le mérite desquelles, une fois encore et sans aucun doute, nous gagnerons cette guerre. n AJ MAG N° 1003

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DOSSIER Comment supporter ?

La valeur du témoignage PAR ANNE-CAROLL AZOULAY

Rationaliser les causes qui ont mené à la catastrophe n’efface pas la catastrophe. Lors d’un voyage mémoriel à Auschwitz, une guide tenta de me réconforter face à la peine que je ressentais profondément. « J’essaie de comprendre mais je n’y arrive pas, cela me torture », lui dis-je. « Ne pas comprendre ce qui s’est passé ici montre ta profonde humanité. Si tu comprenais l’horreur perpétrée ici, ce serait grave », me répondit-elle. Cela m’apaisa sur-le-champ. Oui, il nous est impossible de comprendre l’horreur, car les atrocités qui ont été commises recourent à un langage qui, Dieu merci, nous restera à jamais incompréhensible. Il n’en demeure pas moins, pour nous, peuple du livre et du témoignage, nous qui avons toujours honni la violence, que nous n’avons d’autre choix que de parler et raconter, pour trouver dans l’altérité du partage un peu de réconfort. En disant notre peine, nos angoisses, nos peurs, nos traumatismes, nous parvenons à exprimer que ce que nous vivons n’est pas normal, et ainsi à ne pas nous accoutumer à l’horreur qui nous a brutalement submergés. Des centaines de textes ont été publiés, plus beaux les uns que les autres, pour exprimer la peine incommensurable d’un peuple dont la douleur vibre à l’unisson. Nous avons choisi celui de Léa, Franco-Israélienne de Jérusalem, et celui de Bernard Bitan qui, chacun à leur façon, expriment ce que nous ressentons tous. n © Flash90 14

AJ MAG N° 1003


DOSSIER Comment supporter ?

C’est bientôt chabbat LÉA KHALEPSKI-GRIGUER

D

éjà vendredi. C’est bientôt chabbat. Je fais des gestes qui ne m’appartiennent pas. Brancher la plaque sur minuterie, remplir le koumkoum, éteindre la lumière du frigo, prendre une photo des enfants juste avant chabbat. C’est Roy qui fait ça d’habitude. Hier soir, ne parvenant pas à m’endormir, je me suis mise à faire les 'halot, le pain tressé de chabbat. Depuis plusieurs années, ça aussi c’est Roy qui les prépare. Quiconque a déjà passé un chabbat chez nous connaît les 'halot de Roy. Il y a sept ans, enceinte d’Eyal, je me suis retrouvée alitée et dans l’incapacité de pétrir ; il a donc décidé d’apprendre à les faire. Depuis ce jour, chabbat chez les Khalepski a le merveilleux goût des 'halot de Roy, bien meilleures que les miennes ! Ce matin, en envoyant la photo de mes 'halot à une amie, je me disais que les six brins de ma 'hala représentaient bien le Am Israël, le peuple d’Israël – bon, j’avais certes très, très peu dormi lorsque je me suis fait cette réflexion, mais je trouve que ça se tient quand même... Si l’on nous prend séparément, religieux, laïques, séfarades, ashkénazes, habitants d’Israël, Juifs de Diaspora, nous pourrions sembler être six entités bien distinctes, six simples brins. Mais si l’on nous prend tous les six et qu’on nous tresse ensemble, cela donne quelque chose d’extraordinairement beau, d’harmonieux et d’indissociable.

Nous, les Juifs du monde entier, nous sommes ces brins uniques et indispensables qui forment ce tout, ce peuple invincible qui s’est toujours relevé. Nous sommes les brins d’un même ADN. Cette unité, nous la voyons aujourd’hui dans toute sa splendeur et toute sa force à travers les gestes de solidarité, de fraternité et d’amour qui fleurissent et se multiplient ces derniers jours.

C’est bientôt chabbat. Le calme règne. (Le calme avant la tempête ?) Je m’apprête à allumer mes bougies à Jérusalem. J’y ai ajouté deux bougies supplémentaires. Une pour le retour, sains et saufs, de nos soldats et de nos otages. Une autre pour l’élévation de l’âme des 1300 innocentes victimes de cette barbarie qui a changé notre monde à tout jamais ce samedi 7 octobre 2023. C’est bientôt chabbat. Je vais lâcher ce téléphone auquel

je suis accrochée comme une droguée. Ce téléphone qui a le pouvoir de maintenir le lien entre chaque soldat et sa famille. Ce téléphone qui nous a permis pour la première fois aujourd’hui de voir Roy en visio et qui a apporté un peu de réconfort à nos enfants. Ce téléphone dont on redoute la sonnerie autant qu’on l’espère. Ce téléphone qui me soutient tout autant qu’il me révulse, mon cœur se brisant chaque fois que le visage d’un disparu apparaît. À chaque fois, c’est tout un monde qui s’écroule, une famille déchirée, des parents qui vont pleurer un des leurs. Et que dire de ceux qui ont perdu le sommeil, le goût de tout, et sont sans nouvelles d’un membre de leur famille retenu en otage aux mains de ces barbares ? J’ai vu les images de ce père hurlant de soulagement à l’annonce qu’on avait retrouvé sa fille. Morte. Plutôt que de la savoir entre les mains de ces fous sanguinaires. Indicible. Ce chabbat, mon téléphone restera allumé en cas d’urgence absolue mais je prie pour qu’il reste silencieux. C’est déjà chabbat. Et je nous souhaite à tous un chabbat de calme, de paix et de prières. Il ne dort ni ne sommeille, le gardien d’Israël. Ils ne dorment ni ne sommeillent, les gardiens d’Israël. Stay safe ! n AJ MAG N° 1003

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DOSSIER Comment supporter ?

Il a suffi d'une brèche et de quelques heures PAR BERNARD BITAN

J

e me rappellerai toute ma vie du moment où j’ai appris l’apocalypse du 11 septembre… Je suis descendu dans la rue pour partager la douleur des Américains et leur témoigner mon soutien. Je me rappellerai toute ma vie du cataclysme du 13 novembre. Je suis descendu dans la rue aussi, j’étais Charlie. Je me rappellerai toute ma vie de ce 7 octobre 2023. C’était un jour de chabbat. Je ne suis pas ce qu’on appelle un Juif pratiquant mais je me délecte de ce jour de repos hebdomadaire « obligatoire », où je me déconnecte : pas d’électricité, ma nourriture préparée à l’avance, détaché de toutes préoccupations matérielles, PAS DE TÉLÉ, PAS DE TÉLÉPHONE. Bref, un jour hors du temps. J’étais à Paris. C’est très exceptionnel pour moi de quitter Israël, mais j’étais venu répéter une pièce qui devait se jouer… en Israël. Tout allait bien jusqu’à ce que j’entende frapper à ma porte. Mes enfants ! Sachant la bulle dans laquelle j’étais, ils sont venus me communiquer les premières bribes de ce qui allait définir les jours du monde d’après. Je suis sonné, anesthésié. Ne pouvant rien faire. N’attendant qu’une seule chose : rentrer à la maison… même si elle est brûlée, pour être au moins près de mon peuple, avec les miens, dans ces moments terribles. Comme tout le monde, je suis encore… sidéré. Enfin, presque comme tout le monde. Oui, aujourd’hui nous sommes le 11 octobre et… vous entendez ? Vous entendez ce silence ? C’est ce que nous entendons, nous les Juifs du monde. C’est ce qu’entend Israël. Oui, il y a eu quelques monuments habillés en bleu et blanc, des mots épars de condamnation,

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AJ MAG N° 1003

un CHUCHOTEMENT du pape, quelques minutes de silence d’officiels par-ci, par-là… Mais la rue ? Mais les artistes ? Mais les sportifs ? Les rugbymans ? Les grands patrons ? Mais le monde ? Mais monsieur et madame tout le monde ? Pas grand-chose. Pas grand-chose. Dans la rue, je ne l’ai pas vu, mon collègue, mon voisin !


Pas de grande manifestation. Pas de « Je suis Israël » face à ces crimes contre l’humanité. Rien. Kloum. Walou. Nada ! Pas besoin d’être juif pour manifester contre la barbarie, hein ! Je n’étais pas américain, moi, en 2001. Je me suis senti seul dans la rue, à part les vrais amis, fidèles parmi les fidèles. Pourquoi est-ce que vous n’êtes pas venus ? Parce que ce sont des Juifs qui se sont fait massacrer ? Il n’a fallu qu’une faille, qu’une brèche dans notre mur de sécurité. Et voilà !… En quelques heures, quelques heures seulement ! Et c’est plus de 1400 Juifs assassinés, chez eux, dans leur maison, pendant leur sommeil. 1400 âmes fauchées, 1400 humains, amis, copains qu’on ne reverra plus jamais, qui laisseront une chaise vide, 1400 visages qui défilent sur nos écrans, plus beaux les uns que les autres, avec un prénom, un âge, une histoire. ET plus de 4000 blessés ET 229 otages déportés aux mains des barbares. Nous enterrons nos morts, des bébés, des enfants, des fillettes qui devaient encore avoir des traces de feutre de couleur sur les doigts, des survivants de la Shoah qui n’auraient jamais, jamais IMAGINÉ mourir comme ça, dans un… pogrom en Israël. Vous comprenez enfin pourquoi et POUR QUOI, en deux mots, Israël ? Ou vous faut-il encore un dessin ? UNE brèche, UNE seule brèche dans notre défense, et voilà : un pogrom ! Comme au bon vieux temps. Un pogrom des temps modernes avec un RECORD, un effroyable record : celui du plus grand nombre de Juifs assassinés en si peu de temps depuis… la Shoah. Bande de salauds. Bande d’ordures. Une faille, DE quelques heures… Une faille, ET quelques heures… Et voilà à quoi ressemble l’accomplissement sauvage de leur charte voulant libérer la Palestine « du fleuve à la mer »… avant de « libérer » le monde, vous êtes prévenus.

Une villa du kibboutz Be'eri, à la frontière avec la bande de Gaza, après le passage des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023 © Flash90

Mais… Vous ne dites rien, vous les silencieux, parce que ce sont des Juifs ou parce que c’est loin ? Ou bien les deux ? Vous pensez que c’est loin ? Vous êtes fous. Vous êtes fous de penser que cela ne viendra pas jusqu’à vous. Vous êtes fous de ne pas bouger. Mais il n’est pas trop tard. À part les Américains – encore eux –, pas grand monde. À part les Américains avec leurs porte-avions qui viennent soutenir concrètement leurs frères du monde libre pour mener, je l’espère, un combat très grand, digne d’un après Pearl Harbor, digne d’un choc du 11 septembre, dans L’ESPRIT, je l’espère encore, du 6 juin 1944. Eux seuls ont l’air d’avoir compris qu’Israël est le premier rempart du monde libre. Alors on va se le taper, le sale boulot, confié à nos gosses de 18 ans, notre armée de civils, avec nos boulangers, nos infirmières, nos pères de famille, nos start-uppers, nos femmes. On va aller déraciner ce bastion de l’islamisme radical qui nous menace, qui VOUS menace aussi… Et vous êtes prévenus. lll AJ MAG N° 1003

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DOSSIER

lll

MAIS je vous entends déjà. Je vous interdis de lancer vos appels à la « retenue » quand nous reprendrons inévitablement le dessus. Pas de modération. Nous comptons régler le problème pour de bon. Restez dans ce lourd silence, si lâche : bande d’autruches irresponsables qui se prendront, comme l’histoire nous l’a prouvé, un vrai retour de bâton. Il est lourd le silence de ceux qui se taisent, comme l’était le silence de ceux qui, à l’époque, savaient mais se croyaient loin des zones de guerre, et qui se sont fait rattraper par les nazis. Car ne vous méprenez pas : preuves à l’appui, les nazis d’aujourd’hui, ce sont bel et bien les islamistes radicaux. Pas l’islam, non, mais les islamistes de Daech, du Hamas, des Frères Musulmans, du Hezbollah. Leurs pratiques, les voilà. Nous les avons tristement subies. Monde libre, il est temps de vous lever. De vous réveiller, dans une coalition INTERNATIONALE, comme en 1943. En avant ! Assez procrastiné. FREE GAZA ! Oui, libérons Gaza, libérons les Palestiniens de l’islam radical ! Ça suffit d’allumer des bougies ! Assez parlé de paix avec des sauvages qui se jouent de nos valeurs. Je m’appelle Bernard Bitan. Je suis choqué mais je n’ai pas peur, même si j’ai de la famille et des amis en première ligne. Je suis choqué parce que je suis un être humain, un Israélien d’origine française. Je suis ce Juif qui a choisi le retour sur la terre des Hébreux, qui a choisi d’habiter en Israël pour être en sécurité. Oui, je suis aussi français. Oui, j’aime aussi la France et ses valeurs, mais je ne m’y sens plus chez moi, alors je fais partie de l’une des 120 nationalités 18

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qui composent Israël – c’est dire le melting pot, la tolérance et le vivre-ensemble dans ce pays. Tous différents : laïques, religieux, jeunes, vieux, ashkénazes, sépharades, blancs, jaunes, noirs, homos, hétéros. Et ce 7 octobre… Tous « liquidés » à la même enseigne. Je suis juif et aujourd’hui j’ai mal. C’est l’âme collective des Juifs du monde qui souffre. Oui, j’ai un genou à terre. Oui, c’est mon humanité qui souffre, mais j’en ai vu d’autres. J’ai survécu à la persécution des pharaons, à la persécution des Romains, à Hitler, à Haman, à Nabuchodonosor… Alors ta p’tite milice d’illuminés !… Et à ceux qui trouvent des « circonstances atténuantes » à ces atrocités. Au mieux, c’est de l’ignorance. Au pire, une complicité criminelle. Ne vous méprenez pas, marionnettes de la cause palestinienne qui relaient la propagande du Hamas

et du Jihad islamique. Arrêtez d’être les idiots utiles de milliardaires qui utilisent une population palestinienne désœuvrée et exsangue. Vous roulez pour ces repus du bakchich qui créent de la chair à canon en taxant leurs bailleurs de fonds, en se vautrant dans des palaces, en sirotant les meilleurs alcools tandis qu’ils envoient des simplets mourir en martyrs au nom d’un islam qu’ils souillent eux-mêmes. Qu’ils doivent se marrer de vos pancartes « Palestine vaincra ! » depuis un 5 étoiles à Doha ! Ils ne veulent surtout pas qu’elle vive, la Palestine, bande de bêtas qui vociférez « Free Gaza » sans comprendre que c’est du Hamas qu’il faut libérer Gaza, et de ces escrocs sanguinaires faisant de votre islamisation leur fonds de commerce pour engranger des milliards qui financeront d’abord les écoles privées de leurs gosses à l’étranger et leurs hôtels particuliers… comme celui de la femme et de la fille du nationaliste Yasser Arafat, qui habitent à deux pas d’ici, à… Paris.


DOSSIER

Ne comprenez-vous pas qu’ils ne veulent pas de paix ? Sinon, ils se seraient rapprochés des pays arabes qui ont fait la paix avec nous. Ne comprenez-vous pas que vous n’êtes pour eux que des « chiens dépravés » qui méritent le même sort que les victimes du 11 septembre, du Bataclan ou du kibboutz Kfar Aza ? Ils n’ont que faire de la cause palestinienne et de ces populations qu’ils utilisent comme des boucliers humains. Devant les images de ces familles israéliennes décimées, je n’ai qu’une envie : c’est que mon armée rase ce nid de terroristes, cette succursale des mollahs iraniens, qu’ils leur coupent la tête à eux aussi, pour qu’ils cessent de couper les cheveux des femmes. Mes chers voisins palestiniens, vous qui souffrez de ces gangs organisés, partez, partez par le cordon humanitaire sécurisé établi par Tsahal au sud de Gaza. Partez provisoirement, vous avez été prévenus.

Partez, le temps que vous soyez débarrassés, je l’espère, de cette gangrène dépravée. Vous reviendrez dans un endroit où vous pourrez vivre libres, où l’argent du monde entier qui a abreuvé ces voyous ne sera plus utilisé pour acheter des armes et construire des tunnels, mais pour des écoles, des hôpitaux, des théâtres, un tout-à-l’égout, un aéroport, des centres commerciaux. Et nous pourrons vivre côte à côte pour construire une société de paix, de sécurité, d’échanges, de tranquillité et de prospérité. Mais pour l’instant, l’heure est au nettoyage. Et pour reprendre l’injonction de cette merveilleuse Nikki Haley à notre gouvernement : FINISH THEM ! Pour un NEVER AGAIN. Dégommez-les. Sortez les civils et rasez Gaza. Dans une coalition internationale… ou non… Une bonne fois pour toutes. Le peuple juif se relèvera et vivra. Am Israël 'haï !

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DOSSIER Comment supporter ?

De la validation du témoin

À

l’heure où les négationnistes pullulent et où des versions déformées des événements circulent sur le Net, les témoignages directs de ceux qui ont assisté au déferlement démesuré des atrocités commises ont une valeur incontournable. Avoir été témoin du carnage du 7 octobre survenu en Israël, une effraction transfigurée en guerre, vous propulse dans le réel comme « témoin vivant ». In situ, pouvoir dire : j’ai vécu violemment l’agression et la défiguration de mon pays. S’ensuit la culpabilité d’avoir survécu à une attaque colossale quand d’autres y ont succombé. Le témoin, béni du fait d’avoir été épargné, aura du mal à soutenir cet arbitraire ! D’où la nécessité d’un accompagnement thérapeutique. Le pouvoir libérateur de la parole n’est plus à démontrer, et la parole déliée fait partie intégrante de la cure. Être entendu au moins par une personne est une façon de se présenter comme « sujet ». Donner à écouter son symptôme (cristallisé sous forme de nœud qui nous barre), c’est déjà être sur le chemin de la délivrance. Livrer son récit à un interlocuteur permet parfois de s’en alléger. Pour autant, revivre une scène peut aussi être vécu douloureusement – d’où le long mutisme des survivants de la Shoah qui se sont emmurés dans le silence : ils n’ont rien oublié, ils ont 20

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Un événement donné n’a pas le même effet traumatique sur tous les individus qui y ont été exposés. La résonance avec notre roman familial et nos antécédents de fragilité influent sur l’inscription du trauma. recouvert l’immonde avec des événements heureux. La parole a une fonction transformatrice. Entendre sa propre voix qui dramatise, amplifie et nous met en scène nous réveille en nous propulsant à un autre stade : celui du ressort. Décider de ne pas stationner dans sa zone de confort. Sortir de l’état hagard par l’action, l’altruisme, l’humanitaire, l’engagement à une cause. Dépasser le hiatus de la déchirure, ce qui nous a brusquement propulsés hors de notre harmonie. Se dire : il m’est arrivé quelque chose, et cette nonbanalité, je vais la transfigurer via la parole, l’écriture, la peinture, la sculpture… Une façon de déjouer la fossilisation. Selon Paul Ricœur, l’impact de la souffrance sur la puissance d’agir s’éprouve à quatre niveaux : la parole, le faire, la narration et l’estime de soi.

Un récit doit être analysé en fonction de son contenu et de sa forme. La structure, la forme prime sur le contenu souvent violent. Ce qui est à relever est la répétitivité dans un récit devenu immuable. Un événement donné n’a pas le même effet traumatique sur tous les individus qui y ont été exposés. La résonance avec notre roman familial et nos antécédents de fragilité influent sur l’inscription du trauma. Une fois le manteau de buée retiré, il s’agit de rebondir hors de la fébrilité et de nous rassembler, avec pour outil notre pulsion de vie, ultime instinct de conservation. Vivants et restitués, afin de soutenir à notre tour les plus atteints. n Vanessa De Loya Stauber Psychanalyste


DOSSIER (Suite de la page 9) Cependant, d'autres ont pu reprendre le cours de leur vie grâce à un soutien affectif solide et à une éducation qui leur a permis de donner un sens à leur existence. En Israël, la situation sera similaire. Les enfants qui ont développé des facteurs de protection pendant leurs premières années dans un environnement stable, et grâce à des parents aimants et bienveillants, verront les événements actuels comme un défi important à relever, mais ils ne seront pas nécessairement submergés par l'angoisse. En revanche, ceux qui ont acquis des facteurs de vulnérabilité en grandissant dans des familles dysfonctionnelles, exposés à des conflits, à la violence et à la précarité sociale, seront beaucoup plus sensibles à l'actualité et risquent davantage d'être traumatisés. Comment parler de ces événements aux plus jeunes ? Il faut surtout ne pas se taire. Il faut discuter entre adultes, autour des enfants, et ils comprendront

ce qu'ils sont capables de comprendre au fur et à mesure de leur développement et de leur âge.

Après la phase de résistance, il faudra envisager une nouvelle manière de vivre.

Comment gérer la peur ? La peur est justifiée car les roquettes tombent de toutes parts, des terroristes sont présents en Israël et des familles ont leurs enfants mobilisés. Aux plus jeunes, il est essentiel de faire comprendre que tout est mis en œuvre pour assurer leur protection, gagner la bataille et construire un avenir meilleur. Le moment venu, comment devenir résilient ? Refuser de se résigner à la fatalité du malheur, cultiver la pensée positive et l'optimisme, créer des projets car ils ravivent l'espoir – l'espoir qui est un moteur essentiel du processus de résilience, même après des périodes de grande souffrance. n

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DOSSIER Mieux comprendre

Les conséquences de la guerre sur l’économie israélienne PAR LE DOCTEUR DANIEL GUGENHEIM

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© Noam Revkin Fenton/Flash90

O

n estime actuellement que le total des dépenses et le manque à gagner généré par la fermeture des commerces et autres pourrait atteindre 150 milliards de shekels. Les frais directs (armement, soldats mobilisés) s’élèveraient à 4 milliards par semaine. La réparation des dégâts matériels (maisons et biens endommagés) coûtera plusieurs dizaines de milliards de shekels – une avance de dizaines de millions a déjà été versée. Le remboursement se fera sur la base de la valeur des biens avant la guerre, estimée par des experts professionnels. Un fonds d'un milliard a été alloué pour la reconstruction de la région autour de Gaza. Dans l’immédiat, il y a bien sûr aussi les dizaines de milliers de personnes qui ont dû être évacuées et dont l'État doit financer l’hébergement. En ce qui concerne les répercussions indirectes, l'activité économique est très ralentie ; de ce fait, le gouvernement va indemniser les entreprises, les indépendants et les salariés, particulièrement dans les zones les plus touchées, comme le prévoit la loi. Pour ce qui est des pertes de recettes pour l'État, on estime que depuis le début de la guerre, 70 % des entreprises et des indépendants n’ont pas pu travailler normalement, notamment du fait de l’arrêt du système scolaire. De plus, l'analyse des chiffres des dépenses par cartes de crédit – principal mode

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, lors d’une conférence de presse le 15 octobre 2023 visant à détailler le plan de compensations pour les pertes entraînées par la guerre

de paiement – indique une baisse de 30 % de la consommation. Ainsi est-on passé de 9 à 6 milliards par semaine, avec des disparités : le secteur le plus touché est la restauration – -85 % –, puis vient l'habillement – -75 % – et l’ameublement : -70 %. Par contre, on relève une très forte augmentation – 90 % ! – de l'achat de billets d'avion, avec un chiffre de 100 millions en une semaine. Enfin, naturellement, les dépenses de nourriture ont augmenté de 45 %, pour atteindre 1,6 milliard par semaine. À ce propos, il faut noter que la région proche de Gaza est le grenier alimentaire d'Israël : par exemple, 70 % des légumes consommés sur le marché israélien proviennent de cette zone, et la guerre provoque

une baisse considérable de l'offre de ces produits. L'expansion du conflit à la frontière nord a aggravé cette situation, l’étendant également aux fruits.

Allègements immédiats pour toute la population Dès le début du conflit, le gouvernement a annoncé de nombreuses mesures facilitant les rapports avec les différentes administrations – globalement : la suspension temporaire des obligations, particulièrement face à l’administration fiscale, y compris le paiement de la TVA. Le secteur bancaire, qui cette année a réalisé des bénéfices exceptionnels de plus de 20 milliards de shekels du fait des


DOSSIER

Financement Le second jour de la guerre, le ministère des Finances a émis deux milliards d'obligations sur le marché financier israélien, une initiative qui a été un grand succès : cinq fois plus de demandes que le montant proposé et un taux de 4,5 %, soit 1 % de moins que les obligations américaines en dollars. Depuis, la même opération a été effectuée sur les marchés financiers internationaux, avec une meilleure réussite encore. Il faut également souligner qu’il existe dans le budget une réserve de 18 milliards de shekels pour financer une situation de catastrophe ; de plus, le gouvernement américain a promis une aide spéciale de 10 milliards de dollars. En outre, les différents postes seront modifiés pour tenir compte de la nouvelle situation, et le Trésor a demandé au Parlement un délai de plus d'un mois pour rendre son rapport sur l'exécution du budget, comme l'exige la loi lorsqu'il est voté pour deux ans. Enfin, le Bitoua'h leoumi (la Sécurité sociale israélienne) va assumer une grande partie des dépenses concernant le dédommagement des salariés ; or ses comptes sont fortement excédentaires et même une telle charge imprévue ne causera pas de déficit.

Conséquences macroéconomiques On estime que le déficit budgétaire atteindra 3 % du PIB en 2023, c’est-à-dire le double de son niveau actuel, ce qui sera équivalent à la moyenne des pays de l'OCDE. Par contre, en 2024, il devrait s'alourdir considérablement, autour de 5 %. L'inflation des douze prochains mois devrait être contenue dans la limite des 3 % de l'objectif gouvernemental, car la demande devrait diminuer. Les sociétés de notation Moody's et Fitch ont signalé qu'elles plaçaient leur note en perspective négative, tout en mentionnant la bonne santé de l'économie israélienne au début du conflit, particulièrement son très faible endettement et sa capacité, par le passé, à se redresser après de graves crises.

Conséquences financières Dès le début de la guerre, la Banque d'Israël a annoncé

qu'elle interviendrait massivement sur le marché des changes pour soutenir le shekel. Cependant, son intervention est très modérée et de ce fait le cours du dollar a dépassé quatre shekels, ce qui n'était pas arrivé depuis plus de huit ans. Les analystes estiment que c'est provisoire et envisagent une forte remontée du shekel, même à un niveau de 3,6 à moyen terme. La Bourse de Tel Aviv (qui n’a pas fermé comme l’avait fait Wall Street juste après les attentats du 11 septembre) a baissé de plus de 5 % au lendemain du début des hostilités, ce qui a provoqué la colère des investisseurs à l’égard de sa direction. Depuis, le marché financier israélien s'est un peu ressaisi, mais il fait preuve d'une forte volatilité et réagit aux nouvelles du front. Il est indéniable que le lendemain économique de la guerre sera conditionné par son déroulement et la façon dont elle se terminera. n © Yonatan Sindel/Flash90

taux d'intérêt élevés, a été appelé à contribuer à l'effort national. Pour la population la plus exposée géographiquement, les échéances de remboursement sont même repoussées sans intérêt. L'ensemble des clients s'est vu offrir la possibilité de repousser de trois mois le remboursement de prêts hypothécaires – mais les modalités dépendent de chaque banque.

Voitures brûlées par les terroristes du Hamas au Kibboutz Nahal Oz. La plupart des habitants ont tout perdu et se demandent qui les aidera à reconstruire leurs maisons incendiées.

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DOSSIER Mieux comprendre

Les fondamentaux PAR NATHALIE SOSNA-OFIR

Ils font désormais partie de notre vocabulaire. Ces termes nous accompagnent et il est important de se familiariser avec ce lexique.

A D

L M

R

Mamad : acronyme de Mer'hav

Raquetta : roquette

Tsahal

Mougan Dirati. Pièce blindée

Retzouat Aza : bande de Gaza

Azaka : alerte

Dover Tsahal : porte-parole de

G

Gadère afrada : clôture de sécurité entre Israël et la bande de Gaza Gdoud : bataillon Guizra dromit : front sud Guizra tzfonit : front nord Gvoul : frontière

H

'Hativa : brigade 'Hatoufim : otages

K

Kipat barzel : le Dôme de fer. Bouclier antimissile permettant de neutraliser les centaines de missiles envoyés par le Hamas sur notre pays Knissa : entrée – entendre : l'incursion terrestre de Tsahal dans Gaza 24

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Levayot : funérailles

située à l’intérieur d’une maison ou d’un appartement Me'hablim : terroristes Michpa'ha shakoula : famille endeuillée Miklat : abri

Ramatkal : acronyme de Roch haMateh haKlali. Chef de l’Étatmajor de Tsahal

S

Shabak : acronyme de Shérout haBita'hon haKlali, appelé aussi Shin Bet. Service de Renseignement intérieur d’Israël

N

T

Nitza'hon : victoire

intercepteur lancé par le Dôme

Noun Teth : missile antichar

O

de fer

Ougda : division

quand un missile est détecté sur

Milouimnik : réserviste de Tsahal

Néédarim : portés disparus

Otef Aza : bordure de Gaza

P

Patzmarim : tirs de mortier Pikoud haOref : commandement du Front intérieur Plouga : compagnie

Tamir : nom du missile

Teva'h : massacre Tzeva adom : sirène d’alerte le territoire israélien

Y

Ye'hida : unité Yirout : interception


DOSSIER Mieux comprendre

Les hommes clés de la guerre PAR NATHALIE SOSNA-OFIR

Ils travaillent sans relâche sur le terrain pour mener Israël vers la victoire. Ils ont le destin d’un pays entre les mains. Ce sont les hommes clés de la guerre et de l’opération « Épées de fer ».

e général de réserve de Tsahal est âgé de 65 ans et père de trois enfants. Il connaît bien le front sud et il est chargé de préparer une offensive terrestre sur la bande de Gaza, dirigée par un cabinet de guerre établi par Benyamin Netanyahou quatre jours après l’attaque meurtrière perpétrée par le Hamas. Yoav Galant, qui a entamé sa longue carrière militaire en 1977, est devenu en 2002 l'attaché militaire d'Ariel Sharon, alors Premier ministre. Entre 2005 et 2010, il a dirigé le Commandement sud, qui inclut la bande de Gaza. À ce titre, c'est lui qui, en 2005, a conduit le plan de désengagement de la bande de Gaza. Entre 2008 et 2009, il a commandé une offensive aérienne et terrestre de vingt-deux jours contre le Hamas à Gaza, en réponse à des tirs de roquettes des Brigades Al-Qassam, branche armée du Hamas : l'opération « Plomb durci », dont l'objectif, comme l’avait déclaré Yoav Galant à l’époque, était de renvoyer la bande de Gaza des décennies en arrière en termes de capacité militaire, en infligeant le maximum de pertes à l'ennemi tout en minimisant les pertes dans les rangs de Tsahal. Après avoir quitté l'armée avec le grade de général, Yoav Galant est entré à la Knesset en 2015 sous les couleurs de Koulanou, qui a ensuite fusionné avec le Likoud. Il a occupé plusieurs ministères, jusqu'à devenir ministre de la Défense du Premier ministre Benyamin Netanyahou le 29 décembre dernier. Dès son entrée en fonction, Galant a dû faire face à de nombreux attentats terroristes et a poursuivi l'opération « Gardien des murailles » pour neutraliser les cellules terroristes en Judée-Samarie, où il est reconnu pour son rôle dans le développement des localités juives. En mars dernier, Yoav Galant a failli être limogé du gouvernement après s'être publiquement opposé au projet de la réforme judiciaire qui a fait sortir des centaines de milliers d'Israéliens dans la rue. Mais finalement, le Premier ministre a annoncé la suspension de la réforme judiciaire et annulé son limogeage. Après l'offensive meurtrière du Hamas le 7 octobre, Galant a annoncé un « siège complet » de la bande de Gaza, comprenant la suppression de l'approvisionnement en eau, en gaz et en électricité. « Nous combattons des animaux humains et nous agissons en conséquence », a-t-il dit. Il a déclaré assumer la responsabilité des lacunes en matière de sécurité qui ont permis l'offensive meurtrière du Hamas, mais il a promis d'éradiquer le mouvement terroriste, de mener Tsahal à la victoire et de créer une nouvelle réalité sécuritaire pour les Israéliens. n AJ MAG N° 1003

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© Flash90

C

Yoav Galant, ministre de la Défense


DOSSIER

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© Flash90

'est il y a neuf mois que ce père de quatre enfants est devenu, à 53 ans, le plus haut gradé de l'armée. Herzi Halevi a rejoint Tsahal en 1985, intégrant une unité de parachutistes puis une unité d'élite dont il a pris la direction, avant de diriger la division en charge de la protection de la frontière avec le Liban – un pays « techniquement » en état de guerre avec Israël – et d'être nommé chef du Renseignement militaire. En juillet dernier, alors que des réservistes menaçaient de mettre fin à leur service volontaire pour protester contre le projet de réforme judiciaire, il a exprimé sa préoccupation, affirmant que l'unité au sein de l'armée israélienne était ébranlée par ces appels, et il a appelé à la cohésion au sein des forces armées. « Nous n’avons pas d’autre nation et nous n’avons pas d’autre armée », a-t-il insisté, soulignant que servir dans l’armée israélienne est « à la fois un devoir et un grand privilège » pour les forces permanentes et les réservistes. Aujourd'hui, il est aux commandes de la contre-offensive contre le Hamas sur le front sud qu'il connaît très bien pour en avoir été le commandant. À ce titre, il a dirigé plusieurs opérations contre les groupes terroristes palestiniens à Gaza ; et en 2019, il a supervisé l'opération « Ceinture noire » contre le Jihad islamique, suite à l'élimination de son commandant en chef Baha Abu al-Ata. « Israël ne sera pas entraîné dans des guerres inutiles, mais le jour décisif nous nous battrons », a déclaré le Premier ministre Benyamin Netanyahou lors de l'investiture de Herzi Halevi. Et pour ce dernier, ce jour a sans doute été le 7 octobre 2023, lorsque le Hamas a lancé son offensive barbare contre Israël. Il est le premier responsable à avoir avoué que ce jour-là Tsahal n'a pas été à la hauteur de sa mission ; mais il promet la victoire. n

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Daniel Hagari, contre-amiral de la Marine israélienne, porte-parole de Tsahal

ère de quatre enfants, Daniel Hagari, 47 ans, a pris ses fonctions en mars dernier, au milieu de la controverse sur le projet de réforme judiciaire engagé par le gouvernement. À ce moment-là, l'armée était secouée par des menaces de soldats de réserve de mettre fin à leur service volontaire, ce qui suscitait des craintes d'insubordination massive. Daniel Hagari s'est engagé à maintenir le consensus national sur Tsahal et à empêcher la politique d'influencer ses rangs, sous peine, a-t-il souligné, de renforcer l'ennemi qui, lui, ne perd pas de temps et cherche nos vulnérabilités pour les exploiter. Daniel Hagari est conscient de la nécessité de raffermir la confiance du public en Tsahal, qui a faibli, ainsi que la légitimité de l’Armée de défense d’Israël sur la scène internationale. Lors de sa cérémonie d'investiture, il a déclaré que les mots-clés pour réussir cette mission auprès des médias nationaux et internationaux sont la crédibilité et la pertinence. Daniel Hagari a rejoint l'armée en 1995, au sein de l'unité d'élite Shayetet 13 de la Marine. De 2012 à 2014, il a été chef de bureau du chef d'État-major de l'époque, Benny Gantz, et de 2016 à 2019, bras droit du chef d'État-major Gadi Eisenkot, avant de reprendre la tête de l'unité Shayetet 13 et d'être nommé chef des opérations navales de Tsahal. Depuis l'offensive meurtrière du Hamas, il intervient deux fois par jour devant les Israéliens via les écrans de télévision pour faire le bilan de la situation, dans la mesure de ce qu'il est autorisé à divulguer. Il se présente également face aux journalistes d'Israël et du monde entier pour contrer les cyniques tentatives de l'ennemi de manipuler les événements à son avantage. n

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Herzi (Herzl) Halevi, chef d'État-major de Tsahal


DOSSIER

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e poste était vacant depuis plusieurs années, même si les corps de deux soldats israéliens tués lors de la guerre de Gaza en 2014 sont toujours retenus par le Hamas à Gaza, ainsi que deux civils atteints de troubles mentaux qui ont franchi la clôture de sécurité de leur propre gré. Gal Hirsch, âgé de 59 ans, membre du Likoud et père de trois enfants, a intégré l'armée en 1982 au sein de la brigade des Parachutistes et a servi jusqu'en 2007, occupant divers postes de commandement. Il a notamment dirigé l'unité Shaldag, une unité de commando de l'armée de l'air qui a mené des opérations spéciales au Liban. Au sein des unités parachutistes, il a été à la tête de l'opération « Naarat ha'halomot », qui visait à capturer des dirigeants du Hamas à Naplouse. Nommé officier d'État-major de la région centre en 2001, il a dirigé des opérations contre les sources de terrorisme palestinien en Judée-Samarie pendant la seconde Intifada. Il a été impliqué dans la planification de l'opération « Mur de protection », dont il a choisi le nom. Gal Hirsch a quitté l'armée en 2007 après avoir été gravement blessé par une pierre jetée sur sa voiture par des Palestiniens à Jérusalem – ce qui a nécessité une année de rééducation –, mais surtout en raison des critiques formulées par une

commission d'enquête relativement à son incapacité à reconnaître les signaux indiquant la préparation d'une opération pendant la seconde guerre du Liban en 2006. En 2019, tenté par la politique, il a fondé son propre parti, mais sans succès. En avril 2020, il a rejoint l'effort national de lutte contre la pandémie de COVID-19 ; et depuis mai 2022, il occupe le poste de chercheur principal à l'Institut international de lutte contre le terrorisme de l’Université Reichman de Herzliya. Depuis le 7 octobre 2023, il est chargé de coordonner la réponse intergouvernementale à la disparition de citoyens, et il s'est engagé à ramener tous les otages à la maison. n © GPO

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Gal Hirsch, coordinateur du gouvernement pour les prisonniers

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DOSSIER Mieux comprendre

Le prix du retour PAR NATHALIE SOSNA-OFIR

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sraël est prêt à payer cher pour ses otages. Au cours des trois dernières décennies, Jérusalem a libéré 7000 prisonniers palestiniens en échange de seulement 19 citoyens israéliens vivants et 8 dépouilles. En 2004, Israël a libéré près de 450 prisonniers en échange d’un homme d’affaires israélien, Elhanan Tannenbaum, et des corps de trois soldats, Adi Avitan, Benyamin Avraham et Omar Sawaid. En 2008, ce sont cinq Libanais chiites condamnés en Israël qui ont été échangés contre les corps de deux soldats israéliens, le sergent-chef Eldad Regev et le premier sergent Ehud Goldwasser, capturés par le Hezbollah lors d'une attaque transfrontalière en juillet 2006, qui a déclenché la deuxième guerre du Liban. Pendant leur captivité, Israël a mené, en vain, des opérations pour tenter de les retrouver. En échange de ces deux combattants, Israël a payé un prix élevé, car parmi les prisonniers libérés se trouvait Samir Kantar, membre du Front de Libération de la Palestine, condamné en 1980 pour le meurtre, en 1979, de Danny Haran, de sa fille de 4 ans, Einat, et d'un policier israélien à Nahariya. Cet échange a suscité des débats en Israël sur la question de savoir s'il Le soldat israélien Gilad Shalit (ici en tenue militaire) arrive avec son père Noam à son domicile fallait libérer des prisonniers en après sa libération. Shalit est resté cinq années otage du Hamas. © FLASH90 échange de dépouilles. dont des centaines avec du sang juif sur les mains. Au Le plus emblématique des otages libéré est sans moment où cet accord s’est profilé, trois ministres s'y doute Gilad Shalit, capturé le 25 juin 2006 par un sont opposés, de crainte qu'il ne crée un dangereux commando de Palestiniens à Kerem Shalom, et libéré précédent. en 2011 après cinq années de captivité, en échange (Suite page 31) de 1047 prisonniers palestiniens détenus en Israël,

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DOSSIER Mieux comprendre

Une petite histoire du Hamas PAR YEHOUDA SEREZO

Depuis le 7 octobre, le nom de cette organisation terroriste est sur toutes les lèvres. Mais qui d’entre nous se souvient qu’il y a trente-six ans, le Hamas projetait déjà d’effacer Israël de la surface du globe ? Rappel.

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En 2000, l’organisation e Hamas, ou Mouvement terroriste profite grandement de résistance islamique, de la seconde Intifada pour est créé en 1987 par le rehausser son prestige à cheikh Ahmed Yassine, Abdel l'intérieur de la bande de Gaza Aziz al-Rantissi et Mohammed et elle lance une nouvelle Taha, tous trois issus de campagne d'attentats-suicides, l'organisation islamique des rivalisant avec le Jihad Frères Musulmans. Le cheikh islamique. Yassine a été éliminé par Israël En 2005, 8600 Juifs répartis le 22 mars 2004, al-Rantissi dans les 21 yichouvim du Gouch le 17 avril de la même année. Katif sont expulsés sur décision Quant à Mohammed Taha, du gouvernement d’Ariel arrêté par Israël en 2003, puis Sharon qui pensait ainsi se relâché, il est mort à Gaza de débarrasser du problème. complications cardiaques à l’âge Le 26 janvier 2006, le Hamas de 77 ans. remporte les élections Le Hamas est constitué d'une législatives palestiniennes branche politique et d'une et ravit ainsi la majorité au branche armée : les Brigades Fatah. Ismaël Haniyeh est Izz al-Din al-Qassam. Il prône désigné par le Hamas pour la destruction de l'État d'Israël former un nouveau cabinet et l'instauration d'un État de l'Autorité palestinienne. islamique palestinien sur tout le Toutefois, ni les États-Unis ni territoire de l'ancienne Palestine Israël ne sont prêts à traiter mandataire. avec ce gouvernement tant que Entre avril 1993 et 2005, le le Hamas ne renonce pas à sa Hamas organise par le biais de 21 octobre 2011 : le leader du Hamas Ismaël Hanyeh (à volonté de détruire Israël. sa branche armée plusieurs gauche) accueille le terroriste Yahya Sinwar, libéré des prisons Malgré un accord entre le Hamas dizaines d'attentats-suicides israéliennes suite à « l’accord Shalit » pour devenir en 2017 le et le Fatah, Mohammed Dahlan, visant essentiellement des civils leader du Hamas dans la Bande de Gaza. © Flash 90 membre du Fatah et chef de la israéliens. Il déclare en avril Sécurité intérieure, accentue les Israël et l'Autorité palestinienne. 2006 renoncer à ce type d'actions, tensions et les amplifie, jusqu’à leur Depuis les années 1990, c'est l'OLP préférant tirer des roquettes paroxysme en juin 2007 : le 15 juin de Yasser Arafat qui reçoit des de type Qassam sur les villes 2007, à la suite de ce qui s'apparente financements des États-Unis et israéliennes proches de la bande à une guerre civile entre le Hamas et d'Israël pour l'aider à lutter contre de Gaza. le Fatah, qui occasionne 113 morts, le Hamas désormais largement Il rejette les accords d'Oslo de (Suite page 31) financé par l'Iran. novembre 1993 signés entre AJ MAG N° 1003

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DOSSIER Mieux comprendre

Des rabbins qui sortent de l’ordinaire

Ces efforts d’identification sont fondamentaux d’un point de vue religieux, mais aussi d’un point de vue purement éthique. Il faut faire très attention de ne pas commettre d’erreur et d’annoncer le décès d’une personne qui en fait serait vivante. La situation est particulièrement complexe du fait, d’une part, de l’important nombre de victimes, et d’autre part, des différents scénarios possibles lorsqu’une personne est disparue. En effet, on distingue actuellement en Israël quatre types différents de victimes de cette attaque : les personnes tuées identifiables, les personnes tuées non identifiables, les personnes disparues et les personnes que l’on sait kidnappées PAR ÉLIANA GURFINKIEL dans la bande de Gaza. C’est la raison pour laquelle les équipes de rabbins e 7 octobre dernier, la société israélienne a de la rabbanout haTsvaït travaillent 24 heures sur vécu une terrible attaque contre ses civils et 24 ces derniers jours. Elles ont d’ailleurs annoncé ses forces armées. Le nombre de personnes dès le premier chabbat suivant le massacre qu’elles assassinées n’a pas encore été établi de façon précise, travailleraient également le chabbat. Elles ont aussi mais l’on penche vers plus de 1400, dont près de 300 demandé à repousser au plus tard l’ensevelissement soldats. Et il faut malheureusement rajouter à cela des victimes, même dans des tombes temporaires 229 otages ainsi que de nombreuses personnes qui – une triste première dans l’histoire de l’État juif. ont disparu. Le rabbin Avraham Dray, responsable de la branche Dans des situations critiques, l’armée israélienne francophone du Mizrahi et lui-même un ancien sait qu’elle peut se reposer sur l’une de ses unités, militaire de carrière en tant que commandant de la la rabbanout haTsvaït, le grand-rabbinat militaire : rabbanout haTsvaït, s’est exprimé sur cette conjoncture ce sont ces soldats qui, entre autres, se chargent tout à fait exceptionnelle : « Pour d’identifier les corps, de les préparer à « Jamais nous beaucoup de personnes, un rabbin à l’inhumation, et qui les accompagnent l’armée est un aumônier qui veille aux lors des enterrements. n’avons eu à faire besoins spirituels des soldats. Un rabbin Mais aujourd’hui, la rabbanout haTsvaït se militaire en Israël, c’est bien plus. C’est trouve face à la situation la plus critique face à tant de vrai qu’en temps de paix, sa mission est qu’elle ait jamais connue, non seulement du fait du nombre de victimes en ce jour barbarie, à tant de superviser la cacherout des cuisines ou de vérifier qu’il y a des Sidourim de Sim'hat Torah, mais aussi parce que les de corps profanés dans les bases. Mais les rabbanim de corps sont dans un affreux état. Tsahal sont aussi des hommes qui La base principale de la rabbanout, Shura, et mutilés. » sont prêts à aller sur le front pour près de la ville de Ramla, a été transformée soutenir moralement les troupes. Et en une gigantesque morgue où tous les bien entendu, c’est à eux qu’échoit la dure tâche de corps des victimes ont été rassemblés. Par manque de s’occuper des corps des soldats tués. » place, d’immenses camions frigorifiques contenant « Mais cette attaque est particulière », souligne les sacs mortuaires des centaines de corps non encore le rav Dray, qui explique : « Jamais nous n’avons identifiés ont été amenés sur le parking de la base. Si eu à faire face à tant de barbarie, à tant de l’identification est difficile, c’est parce que les victimes corps profanés et mutilés, ce qui rend la mise ont malheureusement trop souvent été mutilées et qu’il en terre encore plus difficile. » Cependant, il se est très difficile de les reconnaître. L’armée a d’ailleurs ressaisit : « Bien que tout cela soit profondément fait appel à de nombreux spécialistes dans différents déprimant, il ne faut pas oublier qu’en Israël nous domaines afin d’essayer d’attribuer une identité à chaque sommes acteurs de notre histoire. Les soldats cadavre – par exemple, des dentistes arrivent en tant sont extrêmement motivés et unis pour rendre que réservistes pour tenter de comparer les mâchoires au Hamas la monnaie de sa pièce. Et c’est en tant retrouvées à des radios réalisées antérieurement. Les que rabbin que je vous le dis : c’est dans l’unité du technologies liées à la recherche d’ADN ont également été peuple que réside notre victoire. » n employées ces derniers jours.

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DOSSIER (Suite de la page 29) Ces échanges de prisonniers contre des otages soulèvent en effet une question complexe : Israël doit-il céder au chantage des groupes terroristes ? Un an plus tard, une commission chargée d'établir de nouvelles règles pour d’éventuels futurs échanges de ce type a été nommée, qui porte le nom du juge qui en était le président, Meir Shamgar, ex-président de la Cour suprême. Ses travaux n'ont pas été publiés mais on sait qu'ils évoquaient la volonté de rétablir des échanges plus proportionnés et celle de ne pas libérer des prisonniers vivants contre des dépouilles. « La libération de prisonniers n'est jamais une décision prise à la légère », confie David Meidan, ex-membre du Mossad qui a ramené Gilad Shalit en Israël et que LPH a interrogé. « Devait-on abandonner un soldat que l'on savait vivant ou négocier sa libération tout en cherchant à minimiser le prix à payer ? Israël a opté pour la deuxième option. » À ce jour, les négociations pour la libération des corps de deux soldats de Tsahal retenus par le Hamas à Gaza, Hadar Goldin et Oron Shaul, tués en 2014 dans la bande de Gaza et dont les

dépouilles n’ont jamais été restituées, se sont révélées infructueuses, en dépit de plusieurs tentatives et d’une médiation étrangère. Deux civils israéliens se trouvent également aux mains du Hamas : Avraham « Avera » Mengistu, d'origine éthiopienne, et Hisham al-Sayed, un Bédouin, tous deux souffrant de problèmes mentaux, et capturés respectivement en 2014 et 2015 après s'être infiltrés de leur plein gré dans la bande de Gaza. De négociations, il n'en est actuellement absolument pas question pour Israël dans le cas des 229 otages capturés par le groupe terroriste du Hamas lors de l'offensive « Déluge d'Al-Aqsa » le 7 octobre et toujours retenus dans les souterrains à Gaza, d'autant que le prix probablement exigé par le Hamas serait la libération de tous les prisonniers palestiniens actuellement détenus en Israël – ils sont 4500, condamnés, en cours de jugement ou en détention administrative pour activités terroristes. Un immense dilemme quand on sait que de nombreux prisonniers palestiniens libérés retournent au terrorisme, comme Yahya Sinwar, échangé dans le cadre de l'accord Shalit et aujourd’hui à la tête de la branche armée du Hamas à Gaza. n

(Suite de la page 29) les forces de sécurité du Hamas prennent le contrôle de la bande de Gaza, évinçant totalement le Fatah de ce territoire. En 2011, le Fatah et le Hamas concluent un accord de réconciliation en vue des élections générales prévues dans l'année. Le 6 mai 2017, Ismaël Haniyeh est élu à la tête du Hamas et il est remplacé dans la bande de Gaza par Yahya Sinwar, désormais chef du Bureau politique. En 2022, Sinwar déclare : « Que chacun prépare chez lui son fusil ! Et s’il n’en a pas, qu’il prépare sa hache ou son couteau ! » Haniyeh bénéficie de la nationalité et d'un passeport turcs, octroyés par le président turc Recep Tayipp Erdogan. Il vit volontairement en exil au Qatar et en Turquie. Après l'attaque du 7 octobre, il s’est félicité de la victoire avec d’autres responsables du Hamas, dans ses locaux de Doha. Dernier pilier du Hamas, Mohammed Deïf, commandant des Brigades Izz al-Din al-Qassam, est présenté comme l'architecte de l'attaque barbare du 7 octobre. Il a échappé à de multiples tentatives d’élimination par l’État hébreu et fait figure de héros immortel. Israël a clairement annoncé que tous les dirigeants du Hamas, habitant ou non la bande de Gaza, étaient en sursis et qu’ils seraient éliminés, quel que soit le temps que cela prendrait. n AJ MAG N° 1003

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BOUILLON DE CULTURE EXCLUSIF

Alexandre Arcady :

« Ce qui s'est passé en Israël est innommable » PAR EDEN LEVI-CAMPANA

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Le petit blond de la Casbah, sans doute le film le plus personnel d’Alexandre Arcady, sort en salles le 15 novembre. Nous avions prévu cet entretien il y a plus de six mois, mais c’était compter sans l’attaque perpétrée en Israël par le Hamas le 7 octobre. Une semaine après cette offensive barbare, à Paris, à deux pas des Champs-Élysées, dans les bureaux d’Alexandre Films, je sens le réalisateur-producteur gêné d’être en phase de promotion de son dernier long métrage. Fort de son histoire et de son parcours, l’ancien kibboutznik n'a pas besoin de prouver son engagement pour Israël et pour les Israéliens, mais le timing est des plus mauvais. La tragédie, le massacre, ces Juifs assassinés… On évoque la Shoah, on convoque les pogroms… Il ne veut pas mettre sur le même plan son film et la folie commise au pays. Je le sens en lutte avec lui-même, sincère. C’est son grand mot, « la sincérité », il y voit même la raison du succès de ses œuvres précédentes. J’y ajouterais trois autres mots : la créativité, la passion et l’émotion. D’ailleurs, l’entretien n’a pas encore commencé que nous sommes déjà dans l’émotion. 32

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BOUILLON DE CULTURE LPH : Est-ce que le propos du film est le vivreensemble ? Alexandre Arcady : Surtout. Je ne pensais pas, en le tournant, que cela allait avoir autant d'importance. Mais au fond, c'est un film sur cette notion de partage. Sans ambiguïté, sans calcul. Sans arrière-pensée, naturellement. Malheureusement, ce n'est plus le cas aujourd'hui en France, ni un peu partout dans le monde. Si ce film a une vertu, c'est peutêtre de dire : « Voilà, il y a une époque où c'était possible. Pourquoi cela ne l’est-il plus aujourd'hui ? Essayons de comprendre. » Votre film fait écho aux événements de ces derniers jours en Israël… Les gens vont faire le lien, c'est sûr. Cela rejoint la question du vivre-ensemble, dont une catégorie d'hommes et de femmes ne veut pas : ce sont ces islamistes qui refusent la différence, qui veulent imposer leur vision du monde, qui veulent imposer la charia, avec tout ce que cela comporte, et qui font ressurgir les vieux démons de l'antisémitisme, du racisme, le refus de la culture dite occidentale. Ce qui s'est passé en Israël est innommable. Je ne suis pas de la génération de ceux qui ont connu la Shoah et je ne pensais pas être un jour témoin de ces six jours d'horreur qu'a vécus le peuple d'Israël. Et quand je dis le peuple d'Israël, c'est le peuple juif, parce qu'on n'a pas attaqué que des Israéliens, on a surtout attaqué des Juifs. On n'a pas attaqué des soldats, on a attaqué des femmes, des hommes, des enfants, des civils. On n'a pas attaqué des colons : les gens de la bordure de Gaza ne vivaient pas du tout sur une terre qu'on pourrait dire annexée – d’ailleurs il faut se souvenir qu’Ariel Sharon avait « rendu » absolument tous les territoires de Gaza. C'est donc une volonté

d'anéantissement, avec une grosse différence par rapport à la Shoah : les Allemands ont tout fait pour cacher l'horreur de leur volonté de destruction du peuple juif, ils sont allés jusqu'à fabriquer de faux camps de concentration pour la Croix-Rouge. Or là, le Hamas n'a qu'une seule volonté : montrer – montrer comment on peut violer une jeune femme, la tuer, et envoyer la scène aux parents depuis le téléphone de la victime. C'est une démarche qui est encore plus folle, encore plus terrible. On ne peut donc être que révolté. Vu de la France… Le silence assourdissant de beaucoup de Français m'a sidéré, alors que ce qui s'est passé en Israël, c'est le Bataclan multiplié par dix. Je vais peut-être paraître intransigeant, sectaire, mais une chose est claire : le « oui mais », je ne l'accepte plus. C'est comme pour le « gang des barbares », dans l’affaire du meurtre d’Ilan Halimi : il n'y a pas de « oui mais ». C'est un gang qui a torturé et affamé un gamin pendant vingt-quatre jours parce qu'il était juif. Il n'y a pas de « oui mais ». Ma seule crainte porte sur la réponse qu’Israël est obligé d’apporter pour éradiquer le Hamas, comme on a éradiqué Daesh, comme on a éradiqué Al-Qaïda. Bien entendu, Israël va être critiqué. C'est voulu, et c'est ainsi que cela a été conçu. Ce n’est pas une guerre, c’est du terrorisme ? Tout à fait. Je n'arrive pas à comprendre les Palestiniens. Souvent, j’essaie de me mettre dans leur peau, en disant qu'ils subissent des choses difficiles et qu’ils ont droit à un territoire à eux. Mais si j’étais un Palestinien vivant depuis des années à Gaza, sous le joug du Hamas – une autorité terrible qui enferme, qui mutile, qui lapide, qui tue… –, et que je voyais l'armée israélienne entrer pour libérer Gaza de ces fous – mais je les accueillerais à bras ouverts, comme nous avons accueilli les Américains quand ils sont venus libérer Paris du joug des nazis ! C'est cela qui est incompréhensible : les Palestiniens ont été endoctrinés. Ils ne voient pas des Israéliens, ils ne voient pas des libérateurs, ils voient des sionistes, ils voient des ennemis de leur religion. Moi, je ne comprends pas. Gaza n’est plus occupée, d'aucune manière. Gaza a été aidée, de façon absolument incroyable. Alors on leur donne de l'argent pour faire des canalisations, et ils les coupent pour en faire des canons ?! Qu’est-ce que cela veut dire ?! De la part du Hamas, c'est une volonté de nier le peuple, pas de le faire vivre ! lll

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Quelle est la genèse du film Le petit blond de la Casbah ? En 2000, j’ai fait un film qui s'appelait Là-bas mon pays, parce que je trouvais inimaginable cette guerre civile qui a ensanglanté l'Algérie. Ne voulant pas rester muet, j'ai décidé à ce moment-là de faire un film à deux niveaux. C’est l’histoire d’un journaliste connu qui retourne en Algérie en pleine guerre civile, pour répondre à l'appel au secours d'une femme qu'il a aimée quand il était tout jeune adolescent.

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Là-bas mon pays a été tourné principalement au Maroc, n’est-ce pas ? Oui, car c’était compliqué de le tourner en Algérie, pour des raisons sécuritaires. Le film a été vu par les autorités algériennes et j’ai été invité à organiser la première mondiale à Alger. Le hasard a fait que c'était le jour de mon anniversaire. On m'a fait un anniversaire surprise, lors duquel on m'a apporté un gâteau sur lequel il était écrit « Là-bas mon pays » ; et tout de suite après, on m’a apporté un autre gâteau, sur lequel il était écrit : « Ici ton pays ». Ces messages, ce geste, avaient une portée symbolique qui m'ont touché, ému. En même temps, j'étais retourné dans mon immeuble, dans la basse Casbah d'Alger, rue du Lézard, et pour la première fois je n'avais pas pu rentrer dans l'immeuble parce que la porte était fermée à clé et que la végétation commençait à envahir les lieux. Alors je sentais que ce passé, cette enfance que j'ai eue là-bas, dans ces ruelles d'Alger, allait disparaître, s'effriter. De retour à Paris, j’ai raconté cela à mon ami Olivier Orban qui, à l’époque, dirigeait les éditions Plon, et il m’a dit : « Il faut que tu fasses un livre ! » Je lui ai répondu que je n’avais pas envie de faire un livre sur le cinéma. « Non, non, m’a-t-il dit, un livre sur ton enfance, pour expliquer pourquoi, au fond, tu fais le cinéma que tu fais, pour montrer ce qui, dans cette enfance, a provoqué cette volonté de raconter cette terre d'origine, ces racines. » J'ai trouvé que c'était intéressant, je m'y suis plongé, et cela a été salutaire, parce que tout d'un coup, 34

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j'ai retrouvé absolument tous les parfums, tous les bruits, tous les visages… Tout était là, présent, dans le moindre détail. Comme si la mémoire d'un gamin de 13 ans avait tout enregistré, comme sur un disque dur. Et j'ai écrit ce livre sans jamais penser une seule seconde qu'un jour cela deviendrait un film. Vraiment ? Oui, parce que j'avais un handicap terrible : je ne pouvais pas mettre de visages d'acteurs sur les visages de mes parents, de mes tantes, de mes oncles, de tonton Jacob, de mémé Lisa – non, ce n'était pas possible, je n'y pensais même pas. Bref, le livre est sorti, et tout le monde me disait qu’il fallait en faire un film ou une pièce de théâtre. Puis le temps a passé, et le confinement est arrivé. Et ce fameux confinement a apporté quelque chose d'assez étrange : le silence. Le silence dans la ville, mais le bruit à l'intérieur. Et les bruits qui sont revenus à l'intérieur, ce sont les bruits de la Casbah, les bruits de l'enfance dans ces ruelles, les rires des gamins dans cette petite ville, dans ce quartier, des bruits très caractéristiques. C'est par les bruits que c'est revenu. Et là je me suis dit : pourquoi ne pas remettre des images sur ces bruits ? Il ne restait plus qu’à oser ? (rires) Presque en même temps, j’ai vu un chefd’œuvre : Roma [ndlr : d’Alfonso Cuarón]. La façon dont ce film raconte l'enfance de ce gamin et de cette domestique, je trouve que c'est magnifique. Je me suis dit : « Lui, il a osé, alors pourquoi n'oserais-tu pas ? » – sans savoir que d'autres films allaient venir, comme celui de Paolo Sorrentino, La main de Dieu, comme The Fabelmans de Spielberg. Je me suis donc mis à écrire – mais comment faire ? Comment adapter ce livre ? Là, j’ai rouvert le bouquin et je me suis rendu compte qu'en fait, le film était dedans. Ce n'est plus seulement une reconstitution de mon enfance, c'est une reconstitution d'une enfance à travers la vision d'un cinéaste – donc c'est un film. Il n’y avait plus de problème avec le visage des acteurs, plus de problème pour donner aux personnages d'autres yeux, d'autres tailles, d'autres cheveux…


BOUILLON DE CULTURE C'est pour cela que vous avez eu besoin de créer cet avatar ? J'ai eu besoin de créer ce metteur en scène qui retourne en Algérie avec son fils qui a l’âge que luimême avait quand il a quitté l'Algérie – ce qui a été un peu mon cas lorsque je suis retourné en Algérie avec mon fils il y a quelques années. Quand je suis rentré pour la première fois dans l'appartement où nous avons habité, l'appartement où nous sommes nés, nous les cinq frères, j’ai retrouvé notre buffet dans la cuisine. En quittant l'Algérie, sur le bateau qui nous emmenait, soudain ma mère s'était retournée et nous avait dit : « J'ai oublié les photos dans le buffet de la cuisine ! » Je m'entends lui répondre, du haut de mes 13 ans : « Je te les ramènerai, Maman ! » Au fond, si mon premier film était Le coup de sirocco, c'est vraisemblablement pour honorer cette promesse. Avez-vous tenu cette promesse ? Oui, avec mes films sur l’Algérie. Bien entendu, je n'ai pas parlé que de l'Algérie dans mes films. Mais dans mes films qui parlent de l'Algérie, j’ai raconté ce que j'ai vécu, c'est-à-dire des appartements aux portes toujours ouvertes, avec les gamins qui circulaient d’une famille à l’autre. Certes, il y avait de l'antisémitisme à l'école, certes cela aussi existait, certes la guerre existait ; mais nous, les enfants, nous vivions dans une sorte d'insouciance et de bonheur, de bien-être. Nous vivions dans la misère, dans la pauvreté, mais on ne savait pas ce que c'était qu'être riche, on ne connaissait pas les riches. Donc on était riches de la richesse qu'on avait, c'est-à-dire de la richesse de la communauté, une communauté disparate mais unie – voilà, c'était ça. Malgré la guerre ? La guerre était à la porte de notre immeuble, mais elle restait à la porte de l'immeuble. Ce n'est pas innocent que le personnage de Hadi, le mari de Pierrette, quand mon père annonce qu'il veut aller en France, lui dise : « Mais pourquoi ? Vous êtes chez vous, ici. » Et c'est vrai, cette solidarité-là existait. On ne comprenait pas les enjeux politiques, les enjeux de l'Histoire avec un grand H. On était dans notre histoire avec un petit h, on vivait au jour le jour – jusqu’au jour où le drame et la violence ont déferlé, et où l'Histoire a balayé les petites gens sans faire de différence. La sincérité, c’est le fil rouge de l’ensemble de votre œuvre ? Quand vous êtes dans la vérité, dans la sincérité, cela touche tout le monde. Cinema Paradiso en est un

bon exemple. C’est l’histoire d’un projectionniste, au fin fond d'un petit village en Sicile. Vraiment, il n'y a rien de plus pointu que cela au niveau culturel ; et pourtant, en racontant cette histoire, le réalisateur a touché le monde entier. Donc je crois que cela passe par la sincérité, oui, par la vérité et… allez, disons, par le courage. Il faut être courageux pour être sincère ; et souvent, le courage est reconnu. Quand j’ai fait L'union sacrée, cela a touché le monde entier parce que c'est un film sincère, courageux. Il était précurseur car, d'une certaine manière, visionnaire par rapport à ce que l'on vit aujourd'hui : la montée d'un islam radical et sanguinaire, j'en ai parlé dans ce film il y a trente ans, et cela a touché les gens. De la même façon, chacun peut se retrouver dans Le petit blond de la Casbah. Il ne faut pas nécessairement être né en Algérie. Ceux qui ont gardé vivants les souvenirs de leur enfance, cela les touche forcément, parce que cela parle de l'enfance, du moment où tout est possible, où le cerveau est en ébullition. C'est le moment où tout peut arriver. Et ce moment-là, chacun le garde en soi. En regardant ce petit gamin, chacun pense à lui, à sa famille, à son père, à sa mère, à son destin. Le petit blond de la Casbah va dans ce sens-là, mais avec une autre mission aussi : rappeler la présence du judaïsme en terre du Maghreb depuis plus de deux mille ans. Lorsque je montre la porte de ma synagogue à Bab El Oued, qui est devenue un dépotoir, tout est dit. C'était la synagogue où j’ai fait ma bar-mitzva. Quand le personnage qui joue mon rôle dit « comment on a fait pour nous oublier comme ça ? », je n'ai pas besoin de plus amples discours. L'image suffit. On voit. De même lorsque je montre dans quel état est cette salle de cinéma, l'Olympia, dans laquelle j'ai découvert ce qu'allait être ma vie… C'est pour cela qu'il y a de l'émotion dans cette scène : quand je suis entré là-dedans, je me suis assis sur un siège et je me suis mis à pleurer. n AJ MAG N° 1003

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LEADERSHIP

Se maîtriser et avancer PAR ANDRÉ DAN

Dans chaque situation, le fait de se maîtriser nous permet d’avoir la lucidité nécessaire pour prendre les meilleures décisions possibles, et mieux avancer.

N

ous savons qu’en temps de crise (la guerre étant une crise des plus extrêmes, car des vies sont en jeu), nous devons faire preuve d’un vrai leadership pour relever les challenges et résoudre la crise. Cela vaut quel que soit notre niveau de responsabilité, et les mêmes règles s’appliquent : se maîtriser et avancer sont indispensables pour gérer les situations difficiles et surmonter les crises. Je propose d’analyser sous l’angle du leadership ce qu’ont fait les grands leaders lors de la Seconde Guerre mondiale (Churchill, de Gaulle, Eisenhower et Ben Gourion), et d’en tirer des leçons pour nous. Winston Churchill a affirmé aux citoyens anglais : « Je n’ai rien à offrir que du sang, de la sueur et des larmes. » Il a ainsi réussi à mobiliser tout son peuple. Il a sauvé son pays, l’Europe et le monde ! Charles de Gaulle, grâce à son discours aux Français – « Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas » –, est parvenu, de justesse, à ce que la France fasse partie des vainqueurs de la guerre, avec les Alliés. 36

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Dwight Eisenhower a été le général en chef des troupes alliées lors du Débarquement en Normandie. Il a dit à ses soldats : « J'ai pleinement confiance en votre courage, votre dévouement au devoir et votre compétence dans la bataille.

Se maîtriser et avancer, c’est essentiel pour nos actions personnelles et professionnelles. Nous n’accepterons rien de moins qu’une victoire totale ! » Il a gagné la guerre. David Ben Gourion, dans l’Israël en construction, s’est allié aux Anglais en contribuant avec une « brigade juive », tout en continuant à agir inlassablement pour l’objectif sioniste de sa vie : la création de l’État moderne d’Israël, juif et démocratique. Ce n’est pas un hasard si, à part Churchill, ces leaders ont dirigé leurs pays respectifs : Eisenhower a été président des USA dès 1953, de Gaulle a été président de la France dès 1958, et Ben Gourion Premier ministre dès 1948. Ils ont affronté tant de crises ; et, avec des nerfs d’acier, ils ont toujours avancé, même s’ils n’ont pas rencontré que des succès.

Les gens « normaux », comme nous, doivent s’inspirer de ces exemples de leadership pour mieux vivre les crises et se relever en étant encore plus forts. « Se maîtriser », c’est facile à dire ! Le contraire serait de « se laisser emporter » ou de « perdre le contrôle ». L’émotion a toute sa place (on a le droit d’être triste, en colère, et même de pleurer) mais elle ne doit pas paralyser l’action – mieux : elle peut la motiver et la nourrir au travers d’une détermination sans faille. « Avancer », c’est facile à dire ! On a le droit, et même le devoir, d’écouter, de réfléchir, de parler avec ceux qui nous entourent, de prendre du temps – mais surtout pas celui d’être prostré et de ne rien faire ! Nous devons nous engager et avancer avec intelligence. En coaching, je conseille souvent un outil : respirer profondément afin de calmer l'esprit et le corps. Se maîtriser et avancer, c’est essentiel pour nos actions personnelles et professionnelles. Ne jamais faire l'autruche ! Toujours être à l'écoute ! Toujours avancer ! n

André Dan Coach en leadership a@andredan.com


© Tsafrir Abayov

QUALITA SE MOBILISE POUR

LES FAMILLES DU SUD

En raison de la situation actuelle en Israël, Qualita a décidé de soutenir les familles nécessiteuses du sud particulièrement touchées par la guerre. Si vous aussi vous souhaitez nous aider à être là pour eux, participez à la collecte sur le lien suivant :

www.allodons.fr/israel-tsedaka-by-qualita

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SANTÉ

Réduire le stress en temps de guerre PAR ORLIE NABET

Cette période très difficile de tension extrême génère peur, anxiété, stress, agitation, difficulté à dormir, mauvaise qualité du sommeil, contractions musculaires… Voici quelques conseils pour vous aider à retrouver le calme de façon naturelle, par le biais de la nutrition, des plantes médicinales, des Fleurs de Bach et de l’aromathérapie. ALIMENTATION Une alimentation saine riche en vitamines et en minéraux a un effet bénéfique sur notre santé physique et morale. Il faut mettre l’accent sur des aliments riches en magnésium, qui vont nous aider à décontracter les muscles et à réduire le stress. C’est le cas des légumes verts à feuilles : laitue, céleri, persil, coriandre, mais aussi des bananes, des amandes, des noix et des noix de cajou, des graines de courge et de chia, et du chocolat noir, de préférence à 80 % de cacao. Les aliments riches en vitamines du groupe B, tels que les céréales complètes, sont eux aussi précieux pour combattre le stress : pain complet, riz complet, pâtes complètes, quinoa, sans oublier les flocons d’avoine qui rassasient et apaisent. Il est également recommandé de consommer des légumineuses – lentilles, haricots… –, ainsi que des légumes-racines comme la patate douce et la carotte.

LES PLANTES MÉDICINALES La camomille (babounag) C’est la plante médicinale aux mille vertus, tout le 38

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monde doit avoir de la camomille chez soi ! Elle calme l’agitation et le stress (même au niveau digestif), elle aide à dormir… Boire une infusion de camomille deux ou trois fois par jour. La mélisse (melissa) Elle est relaxante, réduit l’anxiété, favorise un bon sommeil et elle a bon goût ! On trouve des feuilles de mélisse séchées dans les magasins bio ('hanouyot teva). En faire une infusion à boire le soir, de préférence une heure avant de dormir. La lavande La lavande est connue pour ses propriétés calmantes, relaxantes, et elle favorise le sommeil. On utilise la lavande séchée en infusion.

AROMATHÉRAPIE L’huile essentielle de lavande est certainement la plus appropriée pour ce genre de situation. On peut tout simplement la respirer directement du flacon ou/et en mettre quelques gouttes dans un brûle-parfum.


SANTÉ Mettez dans un mixeur : • 2 ou 3 feuilles de laitue, des feuilles de coriandre/ basilic/menthe (ce que vous aimez), 1 branche de céleri • 1 cuillère de graines de chia • 2 noix • 1 banane • Du lait d’avoine ou d’amande • 2 cuillères de flocons d’avoine Mixez le tout et buvez un verre de santé !

Une journée type Matin : démarrez la journée avec le shake santé et un verre de camomille Midi : riz complet/quinoa + lentilles/darne de saumon + légumes cuits + une salade de légumes crus Après-midi : collation 1 verre de tisane de camomille + 1 carré de chocolat 1 fruit + une petite poignée d’amandes/noix de cajou (non grillées) Soir : une soupe de légumes-racines : carottes-patates douces 1 verre de tisane de mélisse n Bonne santé ! On peut aussi en mettre une goutte ou deux sur son oreiller le soir avant d’aller se coucher.

LES FLEURS DE BACH Rescue, le mélange original de cinq Fleurs de Bach, est celui qui convient en situation de stress. Il apporte un apaisement rapide en cas de choc émotionnel ou physique, et il aide à retrouver la sérénité. Comme son nom l’indique, c’est un remède d’urgence. On trouve Rescue dans toutes les pharmacies et les magasins bio, et il est judicieux d’en avoir toujours un flacon sous la main en cette période de tensions que nous traversons. En prendre 4 gouttes 4 fois par jour, diluées dans un fond d’eau ou directement dans la bouche à l’aide d’un compte-gouttes. Et voici, en pratique, une recette de shake santé et des idées de repas d’une journée type :

Recette shake santé Apaisant, rassasiant, et riche en vitamines et minéraux

Orlie Nabet, naturopathe : 058-6277009 Consultations Zoom Ateliers détox/nutrition santé/perte de poids/ problèmes digestifs/accompagnement alimentaire des personnes en soins oncologiques Consultez ma chaîne YouTube : orlie nabet naturopathe

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CONSCIENCE

Comment retrouver un état d’esprit plus équilibré et serein ? PAR HAGIT BIALISTOKY

En cette période de guerre, nous éprouvons tous un sentiment d'immense incertitude. Combien de temps la guerre va-t-elle durer ? Quel est le sort des otages et des disparus ? Quelle sera l'ampleur des opérations militaires de Tsahal ? Que vont devenir les milliers de familles du sud et du nord du pays évacuées et refugiées dans des hôtels ? Combien de temps les mères de famille dont les maris sont réservistes vont-elles tenir le coup ?…

L

e besoin de contrôle est un besoin fondamental de l'être humain. Lorsqu'un individu ne se sent pas en sécurité, une peur s'installe, à différents degrés, et risque de provoquer un sentiment diffus d'inquiétude et des troubles anxieux qui auront des répercussions négatives sur notre quotidien. Voici quelques conseils qui vous aideront à retrouver et à préserver un certain équilibre dans cette période d’incertitude :

Acceptez de ressentir cette peur Dans les circonstances actuelles, Il est tout à fait normal d’avoir peur, de pleurer, d'être en colère… Ne réprimez pas vos émotions (vous non plus, Messieurs). La peur provoque une augmentation du taux d'adrénaline dans notre 40

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corps, ce qui peut déclencher des tremblements ou une hyperactivité, ou bien, à l’inverse, des difficultés à se concentrer, à s’occuper de ses enfants, de sa maison, etc. C'est tout à fait naturel, et mieux vaut évacuer vos émotions plutôt que d’essayer de les refouler.

Déconnectez-vous des médias Notre cerveau ne sachant pas faire la différence entre des images réelles et des images virtuelles, les images d'horreur que nous absorbons déclenchent des symptômes de stress. De plus, la position que nous prenons lorsque nous consultons notre smartphone (tête tournée vers le bas, épaules courbées) accroît les risques de dépression. Limitez donc la lecture des informations à trois fois par jour.

Respirez ! C’est l’outil le plus efficace. Quand nous paniquons, nous nous contractons et nous retenons notre souffle, ce que notre corps perçoit comme un signal de détresse. Le système nerveux sympathique se met alors en action et augmente le niveau de stress : accélération de la fréquence cardiaque, respiration plus rapide et moins profonde, stimulation du métabolisme, et baisse de la concentration et de la réflexion. Pratiquez des respirations lentes et profondes : inspirez pendant 4 secondes, retenez votre respiration pendant 4 secondes, puis expirez pendant 8 secondes. Ces respirations activeront le système nerveux parasympathique, qui prépare l’organisme au repos et au calme.


CONSCIENCE

Allégez votre terminologie

ventre, jambes) et vous en ressentirez un soulagement.

Évitez d’employer des mots tels que « catastrophe » ou « traumatisme ». Servezvous plutôt du terme « deuil ».

Concentrez-vous sur le moment et l’endroit où vous vous trouvez Le stress survient lorsqu’on se focalise sur le passé ou l’avenir. Fermez les yeux, et concentrez-vous sur les émotions et les sensations que vous éprouvez au moment présent.

Resituez-vous dans votre cercle d’influence Vérifiez si vous avez un contrôle sur ce qui vous inquiète et focalisezvous sur ce que vous pouvez faire : régulez votre respiration, soutenez une personne dans le besoin, apaisez les autres, aidez-les. Reprenez le contrôle de ce que vous pouvez contrôler, et laissez le reste aux personnes compétentes et au Maître du monde !

Don et volontariat

Ventilation émotionnelle Partagez et racontez ce que vous ressentez. Cela paraît banal mais tout le monde n’ose pas le faire.

Bougez ! Après un état de « gel »,

il est important de Des volontaires de l'association Lev Ehad trient les dons récoltés dans les supermarchés afin de faire des colis qui seront distribués soit aux militaires soit remettre notre corps en aux familles déplacées. © Flash 90 mouvement : marchez,

Ce sont les médicaments du bonheur ! Nous voyons la grandeur du peuple d’Israël dans sa bonté et ses actes de volontariat exceptionnels envers tous les nécessiteux, les soldats, les familles endeuillées, les blessés, les sansabris… Sortez des préoccupations pour votre propre personne, allez vers autrui et encouragez vos enfants à faire de même.

Écrivez pendant au moins cinq minutes sans vous arrêter L’écriture intuitive a des bienfaits insoupçonnés sur la souffrance émotionnelle et

même physique. Déversez ce que vous avez sur le cœur sans vous soucier des contraintes habituelles de l’écriture, telles que la ponctuation, l’orthographe, la grammaire ou la forme du récit. C’est une véritable thérapie !

Relaxation active Contractez afin de relâcher : contractez au maximum une partie du corps pendant trois secondes, puis relâchez d’un seul coup. Faites de même pour tous vos membres (épaules, visage,

sautillez, montez et descendez des escaliers, et si possible sortez au grand air. La pire des choses est de rester immobile dans son lit. Cette période va être longue. Pour la victoire du peuple d’Israël, nous devons conserver notre sang-froid et un bon moral. n Si ces conseils n’ont pas été suffisants pour vous aider à vous calmer, je vous invite à m’appeler au 050-7524670. Hagit Bialistoky – Coach de vie et thérapie émotionnelle Hagit.bialistoky@gmail.com AJ MAG N° 1003

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UNE ANNÉE AVEC LA CABALE

Secrets du temps

Pardès – le Verger – ce sont les quatre niveaux d’étude de la Torah. Ariela Chetboun met par écrit l’enseignement oral reçu de ses maîtres en

L'écho des anciens événements Kabbala et 'Hassidout. Que cet éclairage vienne PAR ARIELA CHETBOUN

L

e temps se répète de loin en loin, comme un écho d’événements anciens, matrice des événements à venir. Ce qui s’est passé une fois, un certain jour dans l’histoire juive, se reproduira semblablement à son jour anniversaire, et ce, jusqu’à la fin des temps. C’est l’une des clefs de compréhension essentielles de la Torah : la vie de nos ancêtres est comme un programme, une grille de lecture, un modèle pour comprendre notre actualité. Ce qui est arrivé à Abraham, Isaac et Jacob nous est arrivé et nous arrivera encore, jusqu’à un certain jour où le cycle des bénédictions et des malédictions sera épuisé. Il faut comprendre que ce qui nous arrive à l’échelle collective du peuple est la résonance lointaine de ce qui s’est produit à l’échelle individuelle pour nos Patriarches. Ils étaient en effet des âmes « collectives » : ils contenaient les 600 000 âmes juives originelles, depuis Adam haRichon. « Les événements endurés par les Patriarches représentent les épreuves futures de leurs descendants. Abram vint en Égypte, y souffrit extrêmement et, finalement, en sortit avec d'immenses richesses. Ses descendants connurent les mêmes épreuves. Ils vinrent aussi en Égypte, y endurèrent de grandes souffrances à cause de l'esclavage et en sortirent riches. » (Meam Loez) Ce qui leur est arrivé nous 42

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‫ בסייד‬compléter ce que nous savions jusqu'ici.

arrive ensuite, comme une vague venue du fond des âges. Ainsi en va-t-il des épisodes de nos différents exils. Ce qui est arrivé aux Hébreux en Égypte, dans le désert puis en Eretz Canaan arrivera au peuple juif dans ses errances loin de son Temple. Certaines périodes sont néfastes, d’autres sont bénéfiques. Notre comportement collectif fait osciller la balance dans un sens ou dans l’autre. « Puisque vous avez cru aux paroles des explorateurs et avez tant pleuré, Dieu a décrété que le Temple serait détruit le jour même où vous vous êtes lamentés. Ce jour-là [le 9 Av] sera un jour de pleurs pour toutes les générations. » (Meam Loez) La cyclicité de l’histoire du peuple juif signe la rémanence d’un lointain événement premier, puissant entre tous. Les dates anniversaires de ces cataclysmes viennent nous rappeler à notre identité profonde, à ce que nous avons fait et vécu, et à ce qui nous attend. Si nous avons tremblé et pleuré, nous pleurerons ; si nous avons eu confiance, si nous avons été libérés et nous sommes réjouis, nous le serons un jour totalement. En même temps, c’est cette cyclicité qui nous fournit des indications sur l’ère messianique, c’est-à-dire sur la sortie de cette répétition, puisqu’il est annoncé de longue date qu’elle a une fin : « Le huitième jour (chemini) sera

pour vous un temps de cessation ; vous ne ferez aucun ouvrage. » (Nombres 29, 35) « Le huitième jour », entendre ici : Chemini Atzeret sera le jour où les quatre grands empires auront disparu et où le peuple juif sera enfin délivré de l’emprise des nations – ce qui est, si l’on doit le résumer, la définition de la Délivrance finale. Cette guerre serait-elle la dernière pour Israël ? Elle a commencé un huitième jour. n

Une année avec la Cabale. Secrets de l'Âme et du Temps En vente en librairie francophone en Israël et sur Amazon www.belles-ames.com


JUDAÏSME On parle souvent du rôle des parents dans l’éducation de leurs enfants en général et dans leur rôle de passeurs de la Torah en particulier. Mais que nous disent nos Textes sur la place des grands-parents ? C’est ce que Yaël nous propose de découvrir dans cette rubrique. Pédagogue, titulaire d’un doctorat en études juives et bénévole auprès de clubs de grands-parents, elle s’est penchée sur le rôle éducatif des grands-parents selon le judaïsme. Elle nous invite à revenir aux Textes, et à découvrir si le judaïsme a un message à proposer aux papis et aux mamies.

Épisode 3

«Y

Boire l’eau à la source

ehoshoua ben Levi a dit : celui qui enseigne la Torah à son fils, les Textes le considèrent comme l’ayant reçue directement de 'Horeb – comme il est dit : “Faisles connaître à tes enfants et aux enfants de tes enfants !” Et il est écrit dans la Torah : “Ce jour où tu parus en présence de l'Éternel, ton Dieu, au 'Horeb”. » Les versets sur lesquels s’appuie la Michna sont ceux de Devarim (IV, 9-10), seule source du 'Houmach relative au devoir des grands-parents. En fait, si tout a été dit à 'Horeb, pourquoi citer nos Sages et ne pas tout simplement se référer à La source ultime, c’est-à-dire aux paroles de Dieu au mont Sinaï ? Estce justement dû au fait que la chaîne de transmission a été quelque peu perturbée ? Il y aurait donc plusieurs avis et manières de comprendre la Torah – n’est-ce pas ce qui fait la richesse du Texte ? Et les propos de Yehoshoua ben Levi ne seraient-ils pas des paroles de 'Horeb ? Qui était Yehoshoua ben Levi ? Dans le traité Baba Metsia (107b), Rabbi Hiya bar Aba raconte l’avoir vu, un bout de tissu sur la tête, amener un bébé à la maison d’étude. Il lui demanda : « Que se passe-t-il pour que tu sois pressé au point de ne pas arranger ton turban ? » (Les Sages ne se distinguent-ils pas par leur langage, leurs mœurs et leur tenue ?) Rabbi Yeoshoua ben

PAR YDOT Levi lui répondit, sur la base du verset de Devarim (IV, 9-10), qu’il faut transmettre cette Torah de 'Horeb aux enfants de nos enfants ! Depuis, Rabbi Hiya prit l’habitude d’amener lui aussi ses petits-enfants à la maison d’étude et conféra la primauté à cet acte. De même que la transmission de la Torah aurait dû être une alliance ininterrompue entre le peuple et le Livre, ainsi devrait être la lignée de l’homme. Mais il arrive à l’homme de se perdre dans les mélanges génétiques, culturels, géographiques, de sa lignée. Alors, si nous ne pouvons pas remonter à la source originelle, soyons nous-mêmes cette source certaine pour notre postérité. En tant que grands-parents, soyons un pilier de référence pour nos descendants. Faisons-leur connaître ce que nous savons de notre histoire, de notre peuple. Car le judaïsme n’est pas une science, il se transmet par un vécu, une expérience. Nos enfants sont ne sont pas nos clones. L’intégration dans nos familles de nouvelles personnes, issues de diverses cultures, font de nos petits-enfants des êtres différents. Contrairement à nos propres enfants, pour lesquels on cherche à savoir duquel des deux parents ils ont hérité tel ou tel trait physique ou de caractère, la ressemblance avec nos petits-enfants est plus

difficile à cerner. Il nous faut créer ce lien qui fait qu’ils sont aussi un peu de nous. Faisant partie d’un peuple qui traverse le temps depuis Abraham, nous devons pouvoir endosser le rôle de passeurs. Si les références vous manquent, soyez La référence ! Ainsi vos petits-enfants diront à leurs descendants : mon papi faisait comme ça, il disait que c’était la « adda » en Tunisie ; mon autre Zeyde, je ne l’ai pas connu, mais je porte son nom. Quant à mes mamies, l’une faisait comme cela car c’était la coutume en Russie, tandis que l’autre me chantait des berceuses en ladino. Vos descendants sont porteurs d’une identité juive plurielle et lumineuse. Elle restera vive et colorée si vous vous en donnez la peine. L’héritage du judaïsme est tellement riche qu’il ne nous est pas permis de le dilapider ou d’en transmettre une version diluée, affadie. Certains se sont chargés de faire de l’hébreu une langue « morte » mais, malgré leurs efforts, elle n’a cessé d’être vivante et toujours en évolution. Les tentatives d’éteindre notre peuple n’ont pas eu plus de succès. Penser que notre terre était un désert s’est avéré être encore une erreur. Alors soyons avec fierté les vecteurs de ce patrimoine. Cela paraît plus facile pour ceux qui ont de fortes connaissances en Torah, mais eux aussi doivent transmettre une expérience d’aïeux, et pas uniquement de maîtres. n AJ MAG N° 1003

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JUDAÏSME

L’importance de maîtriser nos sens Chacun de nous a été créé avec certains sens, avec certaines forces, avant même les talents qu’il possède, avant de faire des études, d’apprendre un métier ou de se spécialiser dans un domaine quelconque où il apportera sa contribution au monde. En tant qu’êtres humains, nous possédons des forces que HaChem nous a données.

E

n ces jours où le niveau d'anxiété et de stress est au plus haut, je crois qu’il est de notre responsabilité de diriger ces forces avec sagesse et raison, et de ne pas les laisser simplement agir par elles-mêmes, ni de laisser tout ce qui se passe autour de nous prendre le contrôle sur nous. Avec nos yeux, nous décidons ce que nous voulons voir mais aussi ce que nous préférons ne pas regarder. Certaines des choses que nous voyons pendant la journée peuvent nous revenir sous forme de pensées involontaires ou de rêves. Il est donc important de prêter attention à ce que nous regardons. Avec nos oreilles qui ont la capacité d'entendre, nous pouvons écouter de la musique qui nous élèvera et nous renforcera, ou bien des chansons grossières ou tristes : nous avons le choix d’écouter ou non de mauvaises paroles. Allons-nous écouter toute la journée les informations qui vont nous communiquer un ressenti de stress et d’anxiété, ou allons-nous essayer de nous déconnecter un peu et de rester sains d’esprit ? Nous avons la capacité, et peutêtre l’obligation, de mettre des « filtres ». Ce que je vois et ce que j'entends entre en moi, et fait partie de moi et de mes pensées, comme cela ressort aussi de ma façon de parler et de me 44

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comporter. Il est de notre devoir de savoir gérer et contrôler nos sens, qui sont des forces que HaChem nous a données. Nous avons la possibilité de choisir où canaliser ces forces. Que dire de nos deux mains, du sens du toucher ? Avec ces deux mains, nous avons le choix de décider si nous allons voler le sac d’une personne âgée ou l’aider à porter ses commissions jusqu’à chez elle. Vaisje utiliser ces mains pour les lever sur mes enfants ou vais-je m’en servir pour les étreindre ? Le pouvoir de la parole est notre force la plus puissante et la plus significative. Avec la parole, nous avons la capacité de prier, de remercier, de chanter, de parler à Dieu et de lui demander quelque chose pour nous-mêmes ou pour autrui. Ce pouvoir nous donne la possibilité de transformer la réalité, de guérir un malade, d'être sauvé des ennuis. La prière nous aide à nous concentrer. Nous ne le remarquons pas et nous ne savons pas ce que nous pouvons attendre de nous-mêmes. Mais si nous ouvrons simplement notre bouche et notre cœur à la prière, tout ce qui est en nous sera révélé au grand jour, dans un éclat de mots, de pensées, de sentiments, de désirs et de demandes qui sont en nous mais que nous avons du mal

à comprendre et à organiser. Une prière à HaChem du fond du cœur peut mettre de l'ordre en nous. « Laisse-moi te parler, puis je rassemblerai mes paroles et en ferai une prière. » (Extrait de la chanson « Milim chel tefila » de Haïm Israël) Ces forces se trouvent en nous, et la question est donc de savoir où nous voulons les canaliser. Orienter nos sens et nos forces vers le bien pour m’améliorer et progresser – et non le contraire – est le travail d’une vie, mais ce n’est bien sûr pas toujours facile. En attendant, soyons reconnaissants d’avoir la possibilité de nous lever chaque matin avec ces forces et de pouvoir travailler sur nous-mêmes afin de les utiliser à bon escient. Avec une bénédiction et une prière particulières pour la sécurité et la réussite de nos anciens participants qui sont au front, et pour tous nos soldats, dans leur mission pour vaincre le mal et le dénoncer au monde. Que HaChem les protège et les ramène chez eux en toute sécurité, sains et saufs ! n Am Israël 'haï ! Yehouda Salama Directeur du programme Gour Arié de préparation à l’armée israélienne pour les jeunes Juifs français Yehuda@betar.org.il


JUDAÏSME

Les forces cachées du mois de 'Hechvan PAR DAN BOUKHOBZA

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haque mois hébraïque recèle en lui de magnifiques ressources, et nous nous sommes toujours émerveillés des événements qui ont marqué les différents mois de l’année. Au mois de Nissan, par exemple, la période de Pessa’h nous rattache à la liberté de notre peuple, tout comme la période précédant Pessa’h, depuis Roch 'hodech Nissan jusqu’à la veille du 14 Nissan, période riche en événements et en joies, durant laquelle les chefs des tribus d’Israël offraient un sacrifice. À l’instar de Nissan, chacun des autres mois du calendrier hébraïque est marqué par ses propres événements, même si certains d’entre eux ne sont pas joyeux – les événements qui se sont déroulés durant les mois de Tevet et de Tamouz, par exemple, sont plutôt tragiques. Mais un mois se différencie des autres : 'Hechvan qui, apparemment, n’est marqué par aucun événement joyeux ni malheureux. Et pourtant, ce mois recèle, dissimulés, des événements d’une profondeur et d’une importance cruciale pour le Am Israël et l’humanité.  La période des pluies fait son apparition durant le mois de 'Hechvan, et nos Sages disent qu’elle est plus grande encore que le jour de la résurrection des morts (Talmud Bavli, Traité Taaanit 7a), car la pluie touche tout le monde en même temps alors que la résurrection touche d’abord les Justes et ensuite seulement les autres.

 C’est en 'Hechvan que les eaux du déluge ont commencé à tomber, ce qui a mené à un renouvellement de l’humanité.  Le 11 'Hechvan est la date de la Hiloula de deux grandes figures du Am Israël : Ra'hel Imenou, ‫ע"ה‬, et son fils Binyamin, ‫ע"ה‬. Ra'hel a sacrifié son bonheur pour le bonheur des autres. Elle a donné l’homme qu’elle désirait épouser à sa sœur Léa pour que celle-ci n’ait pas honte, elle a plaidé auprès de HaChem pour ramener ses enfants, les Benei Israël, à la maison. Binyamin, quant à lui, est la première des quatre personnes dont le Traité Chabbat 55a dit qu’elles n’ont jamais fauté de leur vie. Bien qu’il fût au courant de la vente de Yossef par ses frères, il n’a rien dit pour ne pas leur faire honte. Il est également dit que c’est parce qu’il a eu le mérite de ne pas se prosterner devant Essav qu’il a été immunisé contre le mauvais œil.  C’est en 'Hechvan qu’un événement historique a permis un retour national du Am Israël sur sa terre : la Déclaration Balfour, le 2 novembre 1917 (17 'Hechvan), autorisant les Juifs à fonder un foyer national en Terre d’Israël.  Au mois de 'Hechvan 1947 (en novembre), 33 pays ont voté pour la décision que le peuple d’Israël ait un État juif indépendant.  Un futur heureux événement attendu de tous est censé arriver en 'Hechvan : l’inauguration du troisième Beit HaMikdach (Bnei Yissachkhar sur le mois de 'Hechvan).

Tous les événements qui ont eu lieu durant le mois de 'Hechvan nous montrent que nous ne voyons en général que ce qui est dévoilé en pleine lumière et que nous sommes aveugles aux événements cachés ou à peine perceptibles, qui sont pourtant à l’origine de grands moments. Le rav Cherki, chlita, dans son livre Be-Od Moed, parle beaucoup des événements cachés mais néanmoins importants qui ont un fort impact fort sur l’histoire de notre peuple. Alors apprenons à regarder les événements, non seulement les plus visibles mais aussi ceux qui le sont moins, afin de déceler ces moments cachés pour y lire les messages de HaChem. n

‫לעילוי נשמת כל הנופלים ע״ה‬ ֿ‫שחזרו אל ה׳ יתברך‬ ‫רפואה שלמה לכל חולי ופצועי‬ ‫מהעם ישראל‬ ‫שהקב״ה יברך וישמור את חיילי‬ ‫ אנשי‬,‫צבא ההגנה לישראל‬ ‫כוחות הביטחון ואנשי המשטרה‬ ‫העומדים על משמר ארצנו וגם‬ ‫לכל תושבי הארץ ולכל העם‬ ‫ישראל‬ ‫שיבנה בית המקדש במחרה‬ ‫בימינו ותן חלקנו בתורתיך‬ ‫לעשות חוקי רצונך בלבב שלם‬ ‫עם ישראל חי‬

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MAZAL TOV

La preuve par l’écrit Le rav Yoel Benharrouche se penche sur la période de guerre vécue par le peuple d’Israël et nous dévoile quelques secrets étonnants de la Torah.

N

ous sommes dans une période de guerre, l’une des ultimes guerres du peuple d’Israël. La création du monde est fondée sur la pluralité, sur la notion du « deux », de l’esprit et de la matière. La Torah commence ainsi par la lettre beth pour « Berechit ». Dans Berechit, on ne parle pas seulement de la création du ciel et de la terre en tant que tels, mais aussi de l’« esprit » et de la « matière ». Le peuple d’Israël a été créé pour être l’esprit de ce monde, qui en est le corps. Il a été choisi pour cette mission. De même que la création du monde est basée sur la pluralité – la lettre beth –, la guerre se situe elle aussi à deux niveaux simultanément : la guerre que nous voyons dans notre monde se déroule également à un niveau beaucoup plus profond, celui de l’âme et de l’esprit. C’est la raison pour laquelle nous devons ausculter les événements à deux niveaux, et essayer de voir la situation avec les yeux du Divin. L’objectif est de détruire, de supprimer tout ce qui empêche le dévoilement de Dieu dans le monde. Alors qu’en bas, la guerre se fait par les armes, en haut, la guerre se fait par des combinaisons de noms secrets, sacrés, que la Cabale nous enseigne. Au huitième chapitre du deuxième livre de Chemouel, il est écrit que pendant que David s’occupait d’étudier les combinaisons de noms, son chef d’État-major, 46

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Yoav, gérait la guerre. David, lui, se battait au niveau de l’esprit des nations afin d’affaiblir leurs forces terrestres. De la même manière, ceux qui ne sont pas en ce moment au front peuvent participer à la guerre en priant les noms sacrés de Dieu susceptibles de nous aider dans cette guerre. L’un d’entre eux est un nom composé de trois lettres, dans lequel l’Infini béni soit-Il s’habille pour détruire nos ennemis : ‫נחל‬, Na'hal, comme un fleuve. Nous avons ici un combat qui nécessite en effet deux niveaux d’action. Pourquoi Yitzhak, alors qu’il était aveugle, a-t-il béni Yaacov ? Parce que seul Yaacov avait en lui ces deux forces : « La voix est celle de Yaacov, mais les bras sont ceux de Essav. » (Berechit 27, 22) Yitzhak bénit, sans même le voir, celui qui pour lui représente l’homme idéal : celui qui a les ressources morales combinées avec la force physique. Cette guerre n’est pas une guerre d’Israël pour se sauver de ses ennemis. Toutes les guerres d’Israël sont en réalité destinées à supprimer les écrans qui séparent l’infini du fini, le spirituel du matériel. Cette guerre que nous menons aujourd’hui est écrite dans la prophétie de Zacharie (chapitres 11 et 12). Il y est dit que juste avant la guerre, il y aura une dispute entre deux parties du peuple d’Israël, il n’y aura plus de fraternité entre Yehouda et Israël, et qu’au moment où nous aurons l’impression que nous allons nous entredéchirer,

un ennemi cruel va venir qui nous obligera à retrouver notre fraternité. Ceux qui étaient d’un côté diront alors dans leur cœur à leurs opposants : « Priez, vous qui croyez en Dieu. » Et ils partiront en guerre, tous les deux, ensemble comme une seule entité. Le texte précise : « Ceux de la droite et ceux de la gauche vont sortir pour dévorer les ennemis qui les entourent. » Et Dieu va sauver Israël pour qu’il n’y ait plus de dispute entre les frères au sein du peuple d’Israël. Dieu demande de détruire tous les ennemis qui s’approchent de Jérusalem ; et le texte continue : « La guerre sera terrible. Ce jourlà, il y aura beaucoup d’oraisons funèbres. Et chacun fera son deuil de tous les côtés du pays. » Et Dieu de conclure : « Je vous jure que J’éliminerai le souffle de l’impureté de la surface de la terre. » Autre prophétie, qui passe par la voix du prophète Micha : Dieu nous demande d’aller nous battre et nous promet de nous donner la « force du fer ». Or notre guerre s’appelle « Épées de fer »… Nous sommes condamnés à gagner car ce n’est pas notre guerre. C’est celle de la lumière et de la vie, et donc du Divin qui est incarné par le peuple d’Israël, contre les forces maléfiques qui doivent être éliminées pour qu'enfin vienne le temps pour lequel le monde a été créé : le temps du Machia'h. n Rav Yoel Benharrouche, artiste peintre, enseignant www.orotvekelim.com


LE KLING DU MOIS

Autrefois, il y a une éternité

I

l y a encore trois semaines, une éternité, le sujet le plus brûlant, c'était la me'hitza qu'on pouvait ou non poser pour séparer les hommes des femmes lors des hakafot chniyot à Tel Aviv. Il y a encore quelques semaines, une éternité, toute la classe politique se déchirait pour savoir s'il fallait ou non réformer l'appareil judiciaire. Il y a encore quelques semaines, une éternité, un grand-rabbin trouvait que le moment était particulièrement bien choisi pour déclarer que ceux qui ne mangent pas cacher ne valent rien et ont le cerveau bouché. Il y a encore quelques semaines, une éternité, on parlait d'une guerre civile, d’une guerre fratricide, comme d'une éventualité somme toute pas si dramatique que ça. Il y a encore quelques semaines, une éternité, des soldats israéliens expliquaient en anglais aux télévisions américaines que les vraies brutes sanguinaires du conflit étaient les soldats de Tsahal. Il y a encore quelques mois, une éternité, on trouvait normal d'interdire l'entrée d'une synagogue à un Premier ministre israélien qui avait le tort de ne pas partager votre point de vue. Il y a encore quelques semaines, une éternité, un ancien Premier ministre osait sans être inquiété appeler les citoyens à la désobéissance civile et militaire. Il y a encore quelques semaines, une éternité, le gouvernement pensait réellement que le plus urgent était de faire passer une loi exemptant de manière définitive

PAR ELIE KLING

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tous les hommes en âge de servir le pays, pour peu qu'ils déclarent vouloir étudier la Torah à la place. Il y a encore quelques semaines, une éternité, le pays semblait divisé entre les « traîtres anarchiques » et les « partisans de la dictature ». Il y a encore quelques semaines, une éternité, on a entendu un général israélien qui a fait une brillante carrière militaire déclarer qu'il conseillerait à son petit-fils de ne pas servir dans Tsahal si Bibi restait au pouvoir.

Il y a encore quelques semaines, le soir de Kol Nidrei, on a vu des Juifs empêcher d'autres Juifs de prier place Dizengoff. Puis vint Sim'hat Torah. Et nos ennemis massacrèrent des hommes, des femmes et des enfants sans leur demander pour qui ils avaient voté, s'ils étaient pour ou contre la réforme judiciaire, pour ou contre Bibi, pour ou contre la me'hitza. Ils ne leur demandèrent même pas si, en 2005, ils avaient été pour ou contre le démantèlement des localités juives dans la bande de Gaza. Et le peuple d'Israël se leva comme un seul homme pour défendre le pays, pour aider les soldats, pour venir en aide aux blessés, pour consoler les affligés, pour prier pour les otages capturés. Et nous sommes, je l'espère, nombreux à prier pour que, lorsque la victoire sera acquise et nos ennemis écrasés, nous nous souvenions du visage repoussant qui fut le nôtre, de cette gigantesque profanation du nom de Dieu de laquelle nous nous sommes tous, ou presque, rendus coupables. Et que nous prenions alors l'engagement de ne plus jamais retomber dans cette répugnante attitude de division, de haine, d'anathèmes et d'insultes mutuelles. Seulement alors, nous pourrons reconstruire ce qui a été détruit. Tous ensemble. Dans le respect de l'autre et l'amour du prochain. Arrêtez-moi si je dis des bêtises… n klingelie@gmail.com AJ MAG N° 1003

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RECETTE

Sfenjs de 'Hanouka

PRÉPARATION l Dans un saladier, mélanger la farine, le sel et le sucre. l Dissoudre la levure dans un verre d'eau tiède et verser sur la farine. l Mélanger le tout avec une seule main, en versant le reste de l'eau de l’autre

main. La pâte doit être légèrement collante. Ne pas trop travailler la pâte. l Couvrir le saladier d'un torchon et laisser la pâte doubler de volume, ce qui prend trois à quatre heures. l Faire chauffer l'huile dans une poêle remplie à mi-hauteur. l Mettre de l'eau froide dans un bol, puis, les mains mouillées, prélever des boules de pâte de la taille d'une balle de ping-pong. l Étirer la pâte pour former un anneau. Plonger l'anneau dans la friture et le faire dorer de chaque côté, en l’arrosant éventuellement d'huile. l Déposer le sfenj cuit sur une assiette recouverte de papier absorbant et faire cuire le reste de la pâte de la même manière. l On peut saupoudrer les sfenjs de sucre ou de sucre glace.

Trouve les 10 différences Solution page 54

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INGRÉDIENTS Pour 6 personnes • 250 g de farine • 1 sachet de levure de boulanger • 15 cl d'eau tiède • Huile pour friture • 3 c. à s. de sucre en poudre (facultatif) • 1 pincée de sel


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JEUX À DROITE AUX ÉTATS-UNIS DÉRANGÉ

TOUT UN BAZAR TRÈS JOLIE

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ROUGE BORDEAUX

CRÉATEUR DE PIF LE CHIEN INTIMES

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Une mère amène son fils à la plage. Elle plante son parasol, s’installe en dessous et dit à son fils : – David, ne t’approche pas de l’eau, tu risques de te noyer ! – David, attention avec le sable, c’est plein de microbes ! – David, viens à l’ombre, mon fils, tu vas attraper un coup de soleil ! Et se tournant vers une dame qui prend le soleil à côté d’elle : – Je ne sais pas quoi faire avec cet enfant, c’est une vraie boule de nerfs !

BLAGUES À PART ANECDOTE APTERYX AVALANCHE BIERE BIZARRE BONZE BOULET BUCHER BUVARD CANTATE CHALUTIER CORNUE DECLIC DIATOMEE

NOUS AVONS DÉCIDÉ DE MAINTENIR LA RUBRIQUE « BLAGUES », CAR NOTRE CAPACITÉ À CONTINUER À SOURIRE ENVERS ET CONTRE TOUT EST LA PLUS BELLE VICTOIRE CONTRE NOS ENNEMIS. AM ISRAËL 'HAÏ !

– Ben, la rue, les piétons, l’agitation… C’est quoi cette question ?! – Et dans le miroir, là, que vois-tu ? – Mais enfin, Monsieur le Rabbin, je me vois moi, bien entendu ! Franchement, c’est quoi ces questions ?! – Eh bien tu vois, mon fils, dès que tu recouvres cette vitre avec une fine pellicule d’argent, tu ne vois plus que toi-même !

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Pendant la guerre du Sinaï, il fut donné l'ordre de poursuivre les Égyptiens dans le désert afin de les faire prisonniers et

d'obtenir d'eux des renseignements. Un capitaine réunit ses soldats et leur dit : – Cent livres pour tout prisonnier que vous me ramenez. Quelques jours plus tard, un camion disparut et malgré les recherches il fut impossible de le retrouver. Un beau matin, les soldats voient le camion entrer dans le camp avec à son bord deux soldats de la garnison. Dans le camion, le capitaine découvre 50 prisonniers égyptiens. L'un des soldats lui dit : – À cent livres par tête de pipe, vous nous devez cinq mille livres. Le capitaine effaré lui répond : – Mais je n'en n'attendais pas autant ! Je ne peux pas payer une telle somme. Je vous donne 10 livres par prisonnier. Affaire conclue ? – Ah pas du tout, lui rétorque le soldat. Ce n'est pas possible, ils nous coûtent déjà vingt-cinq livres chacun... Les blagues sont issues du livre de Josy Eisenberg, Ma plus belle histoire d'humour. Avec l'aimable autorisation de la famille.


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