Jeudi 11 janvier 2024 1er Chvat 5784 Nº 1005 | Mensuel
DOSSIER
LA CORSE ET LES ENFANTS D'ISRAËL À L'AFFICHE
ADAMA : RABBI JACOB IL A DANSÉ
HISTOIRE
SARTRE ET L'IRGOUN
GRAND ANGLE
UN DEUIL SANS FIN
CULTURE
LA CULTURE AU SERVICE DE LA GUERRE
Alexis Lacroix
Un amour infini pour le peuple juif et pour l’État d’Israël AJ MAG N° 1005
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Fondateur Serge
Fondateur Serge
N° 1622
Zal
2 décembre
actualitejuive.com
2021 - 28 Kislev
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מודיעין שולם P.P. 6782
Benattar
N° 1623
Zal
actualitejuive.com
d’un projet • La genèse exceptionnel e, Égypte : t • Tunisie, Algéri se réapproprien ces pays qui juive ire leur mémo avec Jack Lang • Entretiens Stora et Benjamin la redécouverte re, à Maroc • Le e plurimillénai de son judaïsm Malka par Salomon : Mizrahim • Séfaradim, la nouvelle à Israël face le » « question orienta Bittan, nages de Haïm u, • Avec les témoig it, Pierre Mamo a Denis Charb et Sergio Della Pergol Didier Nebot
Culture
Monde
2021 - 5 Tevet
-19
ocile Israël, l'ind s-Unis allié des État
p. 46
Benattar
dad, Mondeham Elha Avra elles Sarc le vote e deU, l'âm À l'ON ce ne de la Fran 36 p. indig p. 21
actualitejuive.com
16 décembre
2021 - 12 Tevet
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GRAND ANGLE
Tel Aviv, ville la plus chère au monde p. 22-23
L'honneur un retrouvé d' innocent
Israël • Comment la diffusion veut freiner Omicron du variant : et traitements • Vaccination les instruments le point sur es les plus efficac avec • Entretiens t Deray Gilber Pr le Kierzek et le Dr Gérald
Disparition
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2€
N° 1624
Zal
us Alfred dreyf
» ème vague • Une « cinqui upante intense et préocc
BHL Le film de salem primé à Jéru
entretien
dad, Patrick Had le visage de Sarcelles
Fondateur Serge
p. 15 9 décembre
Covid La saga des tLa guerre en ri Juifs d’O des nerfs
exposition
l’IMA événement de
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Benattar
במקרה נא להחזיר של אי מסירה 10 לרחוב הרב אגן 9422505 ירושלים
L‘INFORMATION À SA SOURCE EN TEMPS RÉEL C‘EST SUR LE GROUPE WHATSAPP LPHINFO
idées
alisme t du nation • L’assaut violen mitisme contre et de l’antisé la République ers dreyfusards e des premi • La solitud r la mémoire pour honore • Un Musée et de ses défenseurs e ine capita du a couvert l’affair ue Theodor Herzl • Comment conçu le sionisme politiq uazana, à Paris et Cécile Lévy-O Oriol nages de Anner et Philippe • Avec les témoig uiz, Louis Gautie Édition Yaël Perl-R Israël MONDE une SCIENCES dissèque Joe Biden,
et Pascal Ory e ues Lewiner l'antisémitism Jacq èle du Technion le mod p. 36
Édition Israël
efficace ? diplomatie p. 26
p. 48-49
p. 32
Rejoignez-nous dès maintenant pour être informé de la situation sécuritaire en Israël ! 2
AJ MAG N° 1005
C
מנכ''ל Directeur de la publication Ariel Kandel
Journalistes : Esther Amar Guitel Ben-Ishay Béatrice Nakache Nathalie Sosna-Ofir Pascale Zonszain Eden Levi-Campana Charles Szlakmann Contributeurs : Yoel Benharrouche Avraham Dray Yoel Haddad Ariela Chetboun Elie Kling Carole Rotneimer Daniel Rouach Correctrice Carine Brenner Direction artistique Studio Actualité Juive Service iconographique Istock – Flash 90
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omment allez-vous ? Impressionnant de constater combien cette question est devenue embarrassante, presque taboue. On craint désormais de la poser et de se la voir posée, car depuis que notre quotidien s’est transformé en routine de guerre, on ne sait plus très bien comment on va. Une guerre menée par des soldats d’un courage incommensurable. Ce sont nos fils, nos frères, nos maris qui affrontent des ennemis sur sept fronts, comme l’a déclaré Yoav Galant lui-même. Ce sont aussi des femmes, des filles, des sœurs qui bravent tous les dangers pour protéger notre pays plongé dans la tourmente. Leur sourire et leur bravoure nous accompagnent chaque jour, et nous nous devons de les accompagner en retour, par nos prières, par nos volontariats, par notre accueil chaleureux quand ils rentrent à la maison après tant de jours passés dans la boue gazaouie ou sur une autre frontière. En cachant notre émotion et notre peur. Une mère me confiait qu’elle conservait un tee-shirt sale de son fils pour pouvoir le respirer quand il repartait au combat après un chabbat passé à la maison. Une autre me chuchotait son soulagement de savoir son fils cloué au lit par un méchant virus. C’est aussi cela, la routine d’une guerre dans un pays qui glorifie la vie et qui ne s’habitue pas à voir tomber la fine fleur d’une génération. Trois mois déjà, et tant de pertes… Et le monde toujours aussi indifférent à la douleur de notre peuple qui ne souhaite rien d’autre que vivre en paix ! Alors nous avons voulu mettre à l’honneur un pays, pardon, une région qui s’est toujours distinguée par son lien fort avec le peuple juif : la Corse, petit îlot tranquille dont les murs n’ont pas encore été salis par les graffitis antisémites qui ont défiguré la France. La Corse et ses personnages emblématiques, tels Napoléon ou Pasquale Paoli, qui ont toujours manifesté leur amitié aux Juifs par des gestes significatifs que nous vous invitons à découvrir dans ce dossier singulier spécialement réalisé par Eden Levi-Campana – qui en profite d’ailleurs pour vous souhaiter « pace e salute » (un vœu de nouvel an utilisé sur l’île de beauté). Un dossier destiné à vous changer les idées tout en restant fortement ancré dans notre identité. Dans le même esprit, nous avons donné la parole à Adama, une troupe mythique qui a marqué tant de monde, toutes générations confondues, et puis à Alexis Lacroix, le directeur de la rédaction de votre hebdomadaire préféré, Actualité Juive, que nous avions envie de mieux vous faire connaitre. Il nous parle de lui, de son parcours, de ses maîtres à penser, et bien sûr d’Israël, au cœur de sa vie. Un article de l’historien Yoël Haddad met en lumière le côté sombre de Jean-Paul Sartre qui n’hésitait pas à légitimer le terrorisme palestinien, un terrorisme palestinien qui, soixante-dix ans plus tard, a contaminé le monde entier… mais sans entamer notre détermination à rester enracinés sur notre terre, comme l’arbre des champs, etz ha-Sadé, que nous célébrerons le 25 janvier, à Tou biChvat. Les pieds sur terre, la nôtre, et la tête très haut dans le ciel, reliés à l’Infini, pour toujours. n
édito
עורכת ראשית Rédactrice en chef Anne-Caroll Azoulay caroll@actualitejuive.com
Etz ha-Sadé
Adresse 10-12 rehov HaRav Agan, Jérusalem Contact petites annonces contactisrael@actualitejuive.com LPH Supplément mensuel de l’hebdomadaire Actualité Juive הפצהDistribution
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EN COUVERTURE : © Nellu Cohn
AJ MAG N° 1005
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sommaire N° 1005 5
CARTES SUR TABLE
Victoire ? 6
À L'AFFICHE
Adama : Rabbi Jacob il a dansé
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INTERVIEW
Alexis Lacroix : « La vision juive du monde est plus que jamais actuelle, plus que jamais opératoire. » 30
BOUILLON DE CULTURE
La culture au service de la guerre 32
HISTOIRE
Sartre et l’Irgoun
35
LEADERSHIP
L’empathie, encore et toujours ! 36
GRAND ANGLE
Depuis le 7 octobre, les Israéliens soudés dans un deuil sans fin 40
NEWS À LA LOUPE
Cinq vaches rousses en Israël : « Nous sommes entrés dans l'ère des prophéties. » 4
AJ MAG N° 1005
8-23 DOSSIER LA CORSE ET LES ENFANTS D'ISRAËL
l NAPOLÉON, LE CORSE QUI A
LIBÉRÉ LES JUIFS l DES JUIFS « PALESTINIENS » EN
CORSE l LA FAMILLE ABBO, DE BASTIA À TZFAT l PASQUALE PAOLI, L’HOMME DES
LUMIÈRES l FRANÇOIS HEILBRONN : « UN JUIF OU
UN CORSE QUI NE CROIT PAS AUX MIRACLES N’EST PAS RÉALISTE. » l DES CORSES AU KOTEL l DOUBLE CULTURE 42
CONSCIENCE
Les paroles valorisantes, un des cinq langages d’amour
ET AUSSI... Judaïsme (44), Au nom de la loi (46), Le Kling du mois (48), Une année avec la Cabale (49), Recettes (50), Jeux (51-53), Immobilier (54)
CARTES SUR TABLE
Victoire ? PAR ARIEL KANDEL
Q
uel sera le signe de la victoire ? Il est possible que la majorité des objectifs de Tsahal soient atteints dans la bande de Gaza, au moins dans le nord de celle-ci. Mais qui dit majorité ne dit pas totalité. Le grand public israélien doit apprendre et comprendre qu’il faudra plusieurs mois, voire
plusieurs années, pour que les tirs de roquettes cessent totalement. Les terroristes dispersés et désorganisés du Hamas auront toujours la possibilité de tirer çà et là quelques roquettes. Jusqu'au désarmement total, Israël devra rapidement investir dans des infrastructures destinées à protéger les localités juives autours de Gaza de ces futures attaques éparses. Avoir démis le Hamas de ses facultés d'attaquer sérieusement et massivement Israël est cependant une victoire pour Tsahal, même si elle n’est pas toujours facile à cerner. Le fait que les combats sont
moins intenses après cette première étape de la victoire pourrait être assimilé à de la faiblesse ; le Hamas fait d’ailleurs croire à la population gazaouie qu’il a contraint Israël à réduire ses frappes. Mais il n’en n’est rien. Cela répond à une stratégie militaire face à de nouvelles exigences sur le terrain, une stratégie dont l’un des buts est de parvenir à la libération de la majorité des otages, second objectif que s’est fixé Israël depuis le début de la guerre et qui représentera également une partie de la victoire. Enfin, l’élimination des leaders du Hamas, troisième objectif d’Israël, a bel et bien été amorcée, ainsi qu’on a pu le constater avec la disparition de Saleh al-Arouri le 2 janvier. Si la liste reste encore longue, il n’en demeure pas moins que cette opération ainsi que de nombreuses autres menées à Gaza attestent de victoires non négligeables. Finalement, la victoire sera au rendez-vous mais elle ne sera pas totale. 80 % ? Peut-être 90 % ? Pas 100 %, en tous cas – pas tout de suite. La victoire totale, elle, sera plus probablement liée à la capacité du peuple israélien à s'unir et à le rester. Alors que la Haute Cour de justice a pris deux décisions historiques en rapport avec la fameuse réforme, le fait qu'on n'en parle pas ou peu est une forme de victoire. Le peuple n'en peut plus, il ne veut pas de ces sujets de discorde, il ne veut que de l'unité. La photo historique de cette victoire tant attendue sera donc peut-être celle qui montrera des ultraorthodoxes devenus soldats ou celle de « jeunes des collines » de droite faire du bénévolat dans des kibboutzim de gauche. n AJ MAG N° 1005
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Adama : Rabbi Jacob il a dansé
© Adama
À L'AFFICHE
PAR EDEN LEVI-CAMPANA
AJ MAG : Israël… Ilan Zaoui (photo ci-contre) : Je suis effondré. Je n’ai pas les mots, je voudrais tellement… Nous avons gagné toutes les guerres et nous n’avons pas su gagner la paix. Je me sens las, fébrile, vieux, trop vieux pour reprendre les armes. Mais si j'avais l'âge, j’y serais bien entendu retourné sans hésitation ! J’ai été parachutiste… Pendant la guerre des Six Jours… Oui. Mais mon « fait de guerre » le plus important, c’était avant la guerre, à Jérusalem. À l’époque, je vivais au kibboutz – j’avais 11 ans quand j’ai rejoint l’HaShomer HaTzaïr, le mouvement socialiste, du parti de gauche Mapam, et j’ai toujours souhaité vivre au kibboutz, ce que j’ai fait jusqu’à la guerre des Six Jours. Je prenais mes premiers cours de danse, j’apprenais l’hébreu. Lorsque j’allais à Jérusalem, la ville était coupée en deux. Dans la vieille ville, il y avait ce mur noir, et je chantais des chansons de paix à trois mètres des soldats jordaniens : « Yerouchalayim », etc. Un peu fou ! (rires) J’ai fait pire. Nous avons traduit en hébreu « Le déserteur » de Boris Vian et « La ballade du soldat », et je les ai chantés devant mes généraux ! 6
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© Adama
Les frères Zaoui et toute la troupe d’Adama s’apprêtent à sonner le chofar pour la dernière fois. Pendant un demi-siècle, Adama a été un espace de recherche, de mémoire et de (ré)invention des cultures juives. La générosité, la bienveillance, le travail, le talent et la créativité ont été la marque de fabrique de la troupe depuis ses débuts, la sincérité son moteur, le partage sa raison d’être, l’amour pour Israël son seul crédo. Rencontre avec Ilan Zaoui, celui qui a fait danser Rabbi Jacob et le reste de la planète.
À L'AFFICHE C’était un acte de sédition ! (rires) Ce sont deux titres très engagés. À la fin, tout le monde s'est levé, y compris les généraux, pour applaudir ces chansons qui disaient non à la guerre. J'étais très fier. Je reste dans cet état d'esprit. « Adama » : la terre ? Nous avons choisi ces symboles dès le début : Adam, le premier homme, la terre [adama], le rouge [adom]. Quels étaient les objectifs de la troupe ? La recherche de l’universalisme. Au début, nous étions trois ou quatre, avec mon frère Momo [Maurice] et mon jeune frère Dan, simplement à chanter. Je voulais mener une recherche sur ce qu'étaient nos traditions – sans parler des recherches sur ce que j’appelais les « réminiscences bibliques ». Le côté cosmopolite, c’est notre ADN. Avec Adama, j'ai fait des sortes de montages où il y avait une partie israélienne, une partie judéo-espagnole, une partie judéoyéménite, et la grande partie qui concernait les Juifs d'Europe centrale, avec les danses d'inspiration hassidique et la musique klezmer. Dans le groupe, il y a toujours eu une chanteuse ou un chanteur qui pouvait chanter en yiddish. L’objectif était de montrer au public à quel point la culture juive est universelle. Nous faisions de grands spectacles avec dix, douze danseurs, huit musiciens. Je suis aussi arrivé aux grandes figures hébraïques parce que j'avais mon frère, avec sa stature, sa barbe et sa voix : qui pouvait mieux symboliser Moïse ? Nous avons beaucoup travaillé sur le thème des chants pour la paix. Plus de 2000 dates, c’est énorme ! Énorme ! (rires) À travers la France, l’Europe et le monde, de Bobino à Paris au Waldorf Astoria de New York, en passant par la Scala de Milan, l’Olympia ou le Casino de Paris.
Vous faisiez aussi des animations… Oui, des barmitzvot, des bat-mitzvot, des mariages… C’était important pour nous, cela nous permettait de rester en contact permanent avec la communauté. Le choix de l’Espace © Adama Rachi pour les dernières va dans le même sens. Le cinéma… Ah, le cinéma, avec mon frère Arcady ! C'est vraiment mon ami d'enfance. Et puis il y a eu Gérard Oury, très important pour moi. Nous avons fait L’as des as, Le grand pardon I et II, Lévy et Goliath, Pour Sacha, Mariage mixte, Tellement proches, et bien entendu Les aventures de Rabbi Jacob. Tout a été dit sur ce film. Vous nous racontez l’histoire des chaussons et on se donne rendez-vous pour les trois dernières dates à Paris ? Pour la chorégraphie de Rabbi Jacob, Louis de Funès était venu au studio sans chaussons de danse – et ça glissait. Coup de bol, on avait la même pointure, alors je lui ai donné mes chaussons troués. À la fin de la séance, il dit à la régie : « Il me faut des chaussons ! » Le lendemain il y en avait vingt paires. Et Louis qui me fait : « Est-ce que je peux garder vos chaussons ? » Il était très intelligent, il a voulu créer une connivence entre nous parce qu'il savait qu'on dépendait l'un de l'autre. Excellent ! Le mot de la fin ? Il n’y a pas de doute possible : chalom ! n
Les derniers concerts – Il était une fois Adama Espace Rachi – Centre d’Art et de Culture (Paris Ve), du 10 au 13 janvier 2024 Réservations : Fnac Spectacles
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Juifs corses à la synagogue d’Ajaccio en 1915
© Isidore Aubert - Photographe. Engagé à la Section Photographique de l'Armée (SPA) de 1915 à 1917
La Corse et les Enfants d’Israël DOSSIER RÉALISÉ PAR EDEN LEVI-CAMPANA
« Corsica », la Corse, est une île située dans le bassin occidental de la mer Méditerranée, un joyau incomparable surnommé « l’île de beauté », un condensé de toutes les merveilles de la planète, une montagne dans la mer, protégée par un épais maquis, des rivières dévalant en cascades, des calanches allant du pourpre au carmin, dignes de la mer Rouge au couchant, des forêts luxuriantes abritant une faune farouche, et des Corses… qui depuis toujours aiment et protègent les Enfants d’Israël. 8
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DOSSIER
O
ctobre 2023, la Corse pleure. À l’appel de l’association Terra Eretz Corsica Israël, la population est venue en grand nombre manifester son soutien aux Israéliens. La foule est dense sur la place de l’hôtel de ville à Ajaccio, ville natale de Napoléon Bonaparte. Sur une grille ont été posés deux drapeaux : « a testa mora » et l’étendard arborant le « Maguen David » bleu tkhéleth. Juifs et Corses : deux peuples unis depuis toujours, dans une même souffrance, dans une même Galout (exil), dans une totale résilience. Aujourd’hui, à Ajaccio et à Jérusalem, on baisse la tête, on prend la mesure de la vie que l’on vient de nous arracher. Loin d’une marque de faiblesse, les larmes sont annonciatrices de la démesure de notre future riposte. Aujourd’hui, l’Hexagone est scarifié d’actes ignobles prenant pour cible des Juifs : croix gammées, profanations, menaces, chaque jour apporte son lot de haine et d’insultes dans toutes les régions de France – sauf en Corse. Un mois s’est écoulé depuis le « chabbat noir » et pas un seul acte antisémite n’a été recensé de la pointe de la Giraglia au Capu Partusatu (les deux extrémités de la Corse). Quotidiennement, les médias mainstream s’en étonnent, révélant que des familles juives prennent attache avec les rabbins locaux et envisagent de venir s’installer en Corse. « Il ne s’agit pas d’une immigration de masse de Juifs ultraorthodoxes, l’imagination de certains est partie trop loin », assure cependant le rav Levi Pinson d’Ajaccio, ajoutant que la société corse est homogène et que ce genre d’initiative ne serait pas forcément bienvenu. Ce n’est pas complètement faux. En réalité, la Corse aime les clans, le collectif,
les choses établies dans le temps, et ne supporte aucune expression individuelle nouvelle. MarieFrançoise Poizat-Costa l’explique dans Le problème corse, un essai d'anthropologie philosophique : « Toute initiative individuelle est mal tolérée : malheur à qui veut sortir du groupe, qui a une initiative personnelle. La Corse est un lieu fermé, un bocal où les éléments sont dans un certain équilibre. Celui qui rompt l’équilibre, qui se distingue, menace le groupe. »
L’Ebrei di Corsica, les Juifs corses Mais alors, qu’est-ce qu’être juif en Corse ? Exactement comme ailleurs en Diaspora, avec un détail à ne pas négliger : il ne faut pas faire de vagues. Ici, le Juif est fier de sa judéité comme de sa corsitude, mais jamais il ne s’expose. Ce n’est pas un hasard si « l’alerte à la presse sur l’absence d’actes antisémites » a été lancée par un jeune rabbin qui vit sur l’île depuis 2016. Partant du principe qu’il ne fait pas partie du groupe (la société corse) et qu’il ne souhaite pas en faire partie, il ne met pas le groupe en danger. De fait, il est protégé par son look et sa mission de rabbin Loubavitch. Le trentenaire est très apprécié par la communauté car il est très dévoué. Il est aussi l’interlocuteur de choix des autorités. Son organisation est sérieuse. Il a racheté une villa sur la route des Sanguinaires à Le rabbin Levi Pinson
Ajaccio, la transformant en Beit 'Habad, avec une synagogue, une épicerie cacher, un espace de vie et d’étude. Il ne manque ni d’esprit ni d’humour. À la question « parlezvous corse ? », il me répond : « Quelques mots. J’ai surtout appris l’accent, à Ajaccio ça suffit. » Les Juifs insulaires, les natifs, c’est différent. Leur objectif premier est de ne pas rompre l’équilibre. Sachant que je préparais ce dossier, certains ont pris contact avec moi ; ils me connaissent. Ils craignent que toute cette publicité ne finisse par provoquer une arrivée massive de Juifs en Corse, ce qui causerait une rupture de l’équilibre.
La terre des secrets Les Corses protecteurs des opprimés, ce serait dans la continuité de notre imaginaire. Ici, les écheveaux de l’histoire mêlent avec malice les mythes et les légendes, les disparus, les sociétés secrètes et initiatiques
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comme les Carbonari et les Topi Pinnuti, les routes tracées dans le maquis par un bandit d’honneur, une grotte où est enterré un trésor, un « mazzeru » (un passeur d’âmes qui se transforme la nuit en animal) annonciateur de mort, la protection des « Ebrei » (« Hébreux », le mot « Juif » n’existe pas en corse) que l’on a cachés pendant la Shoah – mais chuuuut ! Cela ne se raconte pas, cela se murmure. D’ailleurs, tout se susurre, dans l’île. Les Corses sont les maîtres du chuchotement, gardiens et prisonniers d’une société clandestine où rien n’est écrit, tout est compris. Les signes sont les signes, les non-dits sont permanents, la symbolique est une évidence et les marranes jouent à domicile. En Corse, si tu n’es pas franc-maçon à 50 ans, tu as raté ta vie. L’art royal est présent dans l’île depuis 1750, compte une cinquantaine de loges et 3000 membres, soit près d’un Corse sur 100 ! Il faut aussi penser
© Rachel A. Silberman
DOSSIER
Symboles de la franc-maconnerie corse
au « milieu corse » et à ses voyous, pas très bavards par définition, qui ont pourtant été un soutien efficace à la création d’Israël – en 1947, ceux-là et quelques résistants ont mis « un peu de pression » au préfet de l’époque, Maurice Papon, pour qu’il ne s’oppose pas à l’atterrissage en Corse d’avions tchécoslovaques remplis d’armes destinées à la Haganah. Ajoutons « I clandestini », les clandestins du nationalisme corse, qui alimentent aussi cette imagerie de « l’acqua in bocca » (« l’eau à la bouche » : le mutisme),
Pierres vieilles de 8000 ans à Filitosa, Taravu, au sud de la Corse 10
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En Corse, si tu n’es pas franc-maçon à 50 ans, tu as raté ta vie.
et la vengeance ritualisée et codifiée, « a vindetta », la vendetta, nécessairement discrète. Répétons-le en articulant : la Corse ne livre pas facilement ses secrets. Idem pour l’histoire. Par exemple : qui, de nos jours, peut expliquer la présence à Filitosa de treize statues de granite aux formes humaines, armées d’épées et de poignards ? « Filitosa est juive ? », demandent les « macagnoni » (ceux qui aiment faire des plaisanteries), ajoutant sur un ton narquois que ce serait probable car le site préhistorique
© Braucher - CC BY-SA 3.0
de Filitosa est situé dans la vallée du Taravu (Corse-du-Sud), entre le pont génois d’Abra (Abraham) et le village de Casalabriva, nom littéralement traduit par : « Maison de l’Hébreu ». L’historien Michel Vergé-Franceschi balaie cela d’un revers de main : « Rien de tel en Corse où les rares Abra se sont immédiatement fondus dans la société et dont les enfants ont été baptisés dans les registres de catholicité. » L’essayiste et érudit Pierre Mamou n’est pas du même avis, qui se penche sur la présence juive en Corse « depuis l’an 19 et la déportation par Tibère de milliers de Juifs de Rome vers les mines de sel de Sardaigne et vers la Corse, à l’arrivée, en l’an 800, de nombreuses migrations juives venues d’Égypte dans le sud de la Corse. Plus tard, c’est l’arrivée de milliers de Juifs fuyant les persécutions à Naples et en Italie du Sud, et qui s’installèrent dans des villages de montagne où certaines églises détiennent toujours des traces de documents rédigés en hébreu. Puis il y eut les Juifs fuyant l’Inquisition en 1492, qui arrivèrent de Sicile et d’Espagne. Tous furent accueillis avec bienveillance par la population locale. »
La corse, terre des Hébreux ? Avec le marranisme, nous sommes toujours dans la culture de l’omerta. À force de persécutions, de guerres, de luttes, de combats, les Corses comme les Juifs ont développé une phobie de l’indiscrétion, un atavisme de la clandestinité, une appétence pour l’ambivalence, qui parfois se retournent contre eux. Les antisémites s’en servent. Les précipices du négationnisme et du révisionnisme sont taillés dans la roche d’une histoire mal décryptée autant que dans les sables
© Rachel A. Silberman
DOSSIER
Enfants jouant au jeu de Mora
mouvants d’une histoire détournée par malveillance. Certains rabâchent comme un mantra que les liens entre les Corses et les Juifs sont imaginaires. Or l'identité collective corse a été modelée par couches successives, au fil de son histoire mais également au gré des apports des trois grandes religions monothéistes, du paganisme et même du mégalithisme. En observant ce mille-feuilles méditerranéen, comment ne pas rejoindre le camp de ceux qui pensent que les cultures corse et juive sont plus que similaires ? En conclusion : la Corse, terre d’Ebrei ? Bien entendu, même si cela reste difficile à prouver scientifiquement. Mais surtout :
la Corse, terre du « campà è lascia campà », « vivre et laisser vivre », une thèse que défend Lina Levy-Sillamy, née à Ajaccio en 1935. Son grandpère était le rabbin d’Istanbul, et son arrière-grand-père le grand-rabbin de l’Empire ottoman. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a été cachée avec son frère par deux familles corses : les Emmanuelli et les Morelli de Bocognano. Pour cette Ajaccienne qui parle le corse et le ladino, la Corse est SON île, une terre de Justes, de paix et de fraternité. Pour le reste… chuuuuutttt ! Au fait, les Juifs de Corse, cela représente combien de personnes ? Aio, vous savez bien que les Juifs ne se comptent pas !… Chuuuuutttt !… Oy vaï ! n AJ MAG N° 1005
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DOSSIER
© Jacques-Louis David
© DR
Napoléon, le Corse qui a libéré les Juifs Directeur de la Fondation Napoléon, Thierry Lentz s’est imposé comme un des maîtres de l’histoire napoléonienne. Auteur d’une quarantaine d’ouvrages, il intervient fréquemment dans la presse écrite et audiovisuelle, et il a été distingué en 2019 par l’Institut de France pour l’ensemble de son œuvre. Il évoque l’émancipation des Juifs. AJ MAG : Quand Napoléon a-t-il fait fermer les ghettos ? Thierry Lentz : C’est pendant la première campagne d’Italie, en 1796, que Napoléon a fait abolir les ghettos, y compris en faisant démonter et brûler leurs portes. Il a également libéré les 30 000 Juifs italiens de l’obligation de porter un morceau d’étoffe jaune sur leur vêtement ou, dans les États pontificaux, un bonnet de même couleur. Un certain nombre d’entre eux ont d’ailleurs rejoint leurs coreligionnaires dans l’armée qui, pour les Juifs comme pour de nombreux autres Italiens, était considérée comme une armée de libération politique et civile. 12
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L'empereur Napoléon Bonaparte
À quel moment la communauté juive a-t-elle accédé à la liberté de culte et de circulation ? Installés depuis huit siècles à Ancône, les Juifs venus à l’origine d’Orient y étaient seulement tolérés, limités dans leurs activités (artisanat, petites banques, etc.) et soumis à une très
DOSSIER sévère législation « discriminatoire ». Ce port de l’Adriatique était en effet intégré aux États du pape en Italie. C’est en février 1797 que l’armée française commandée par Bonaparte s’est s’installée dans la ville où vivaient environ 2000 Juifs. Les Français y ont fait ouvrir les portes du ghetto (qui étaient alors verrouillées) et ils ont supprimé l’Inquisition qui, sans être aussi cruelle que l’a souvent décrite la légende, poursuivait les non-chrétiens de ses persécutions. Enfin, ils ont aboli l’obligation de porter le bonnet jaune (certains Juifs le remplacèrent par une cocarde tricolore sur leur chapeau), et ils ont nommé trois Juifs dans les conseils municipaux et d’autres dans les institutions devant gérer les cités. Le culte mosaïque est devenu libre, comme tous les autres cultes. Mais cette liberté a été de courte durée : un peu moins d’un an plus tard, le retrait des Français et le retour des Pontificaux a entraîné le rétablissement de l’ancienne législation ; et le ghetto n’a ensuite été à nouveau ouvert qu’en 1831.
Comment les Juifs sont-ils devenus des citoyens à part entière ? En général, Napoléon Bonaparte était indifférent à l’exercice des cultes mais très sensible à l’égalité civile et au respect de l’ordre public. Héritier de la Révolution française, il en a été dans ce domaine un continuateur. Venise et toute l’Italie du Nord ont également dû se soumettre à la législation donnant aux Juifs les mêmes droits qu’aux autres citoyens ; c’est ce que Napoléon fera plus tard dans tout son empire, avec les décrets de mars 1808. Avant cette date, les Juifs polonais avaient bénéficié de cette égalité et beaucoup s’étaient engagés dans les services entourant la Grande Armée. Sans doute la liberté dont jouissaient les Juifs en Corse a-t-elle aidé Napoléon à adopter une philosophie de tolérance à leur égard. Homme des Lumières et de la Révolution, il ne concevait pas que les citoyens juifs fussent considérés comme inférieurs aux autres pour des raisons religieuses. n
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Des Juifs « palestiniens » en Corse Une page importante de l’histoire des Juifs en Corse s’est écrite en 1915. Le 14 décembre, 744 « Israélites » débarquent d’un bateau de transport militaire français dans la rade d’Ajaccio. Il s’agit de réfugiés marocains et algériens fuyant la Palestine mandataire, suite à la déclaration de guerre de la France et du Royaume-Uni à l’Empire ottoman (5 novembre 1914). Ces exilés ont été transportés par deux croiseurs américains à La Canée, en Crête, puis la France a décidé de les rapatrier en Corse, qui est elle-même dans une situation difficile. En effet, depuis le milieu du XIXe siècle, la Corse subit une grave crise économique et un profond déclin démographique. Selon les différents rapports de l’époque, la misère et le dénuement règnent. C’est dans ce contexte peu favorable que va s’organiser une solidarité sans précédent. Guy et Benny Sabbagh, descendants de ces Juifs « palestiniens », témoignent. Ils sont respectivement docteur en chirurgie dentaire et docteur en médecine. Les deux frères (dont l’un finit les phrases de l’autre dans l’interview qui suit) travaillent depuis plusieurs années sur l’histoire des communautés juives locales. AJ MAG : Comment s’est déroulée l’arrivée des réfugiés en Corse ? Guy et Benny Sabbagh : Dans le contexte difficile de la Première Guerre mondiale, les réfugiés ont été accueillis avec sollicitude et empathie par des hommes remarquables portant très haut les valeurs de la France laïque et républicaine. Le préfet Henry n’a pas ménagé ses efforts pour fournir un logement au Grand Séminaire, de la nourriture cacher, une allocation journalière. Le vice-recteur de Corse, Thalamas, bien que « laïcard » forcené, a imposé des cours d’hébreu et d’histoire juive aux jeunes pour qu’ils ne soient pas désorientés. La préfète Henry a mobilisé la bourgeoisie locale (ses zélatrices) pour collecter et distribuer vêtements et nourriture. Un dispensaire (M. Manfredi) dédié aux Israélites a été installé. Les instituteurs/trices ont pris sur leurs salaires pour fournir le matériel d’école aux enfants 14
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1915, Palais Lantivy Ajaccio, distribution de vêtements par la préfète et les bourgeoises
des réfugiés et ont organisé des ouvrés [des ateliers visant à la production de produits manufacturés – ndlr]. De la part de la population corse, les gestes de solidarité individuelle furent si nombreux que les réfugiés avaient apposé une affichette indiquant les horaires de réception. Et puis, il y a eu surtout la présence de tous les instants de l’Alliance Israélite Universelle (AIU), en la personne de M. Bigart, et de l’École Normale Israélite Orientale (ENIO), avec M. Navon (qui s’est rendu en Corse), tour à tour finançant, consolant, conseillant, grondant. Leur souci premier a été la fondation de la première synagogue en Corse. Les « Turquinos » (originaires de Turquie), présents en Corse depuis 1880, ont réservé un accueil fraternel à leurs frères « syrianos ». Le protectorat marocain a lui aussi joué un rôle, le maréchal Lyautey ayant envoyé M. Schlouch en mission d’inspection en Corse. Les réfugiés étaient un peu indisciplinés… En effet. Et les racines judaïques communes n’étaient pas suffisantes pour combler le fossé culturel entre les communautés marocaine et algérienne, auquel
© Isidore Aubert - Photographe. Engagé à la Section Photographique de l'Armée (SPA) de 1915 à 1917
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s’ajoutaient des problèmes d’égo – les Marocains ne supportant pas la morgue des Algériens –, les postes que l’on convoitait pour avoir des avantages personnels, le nombre de rabbins autoproclamés qui briguaient le poste de « grand-rabbin de la Corse »… Des altercations d’une grande violence ont éclaté, au point que le préfet Henry, sollicité pour arbitrer les conflits, a décidé d’expédier les Marocains au nord de l’île, à Bastia. L’intégration a été parfaite, habitués que sont les Juifs aux exils, dans quelque environnement que ce soit. Et la rapidité stupéfiante de cette intégration a suscité l’admiration du préfet. Le 14 juillet 1916, les écoliers débarqués en haillons défilaient en tête de cortège en habits, canotiers et rubans
Yaakov Moshé Toledano, ministre des Cultes du gouvernement Ben Gourion Né à Tibériade en 1880, huit ans après l’arrivée de son père Rabbi Judah de Meknes en Eretz Israël, le rabbin Yaakov Moshé Toledano (ci-contre) a été le guide spirituel de la communauté juive en Corse. En 1911, il a publié un ouvrage sur l’histoire des Juifs du Maroc : Ner HaMaarav (« La lumière de l’Occident »), qui reste une référence. En 1920, il est retourné en Palestine. En 1935, il a été nommé grand-rabbin d’Alexandrie, et en 1942, grand-rabbin séfarade de Tel Aviv. En 1958, il est devenu ministre des Cultes du gouvernement Ben Gourion. Il est mort en 1960 en laissant derrière lui une immense œuvre littéraire. Chose rare, il écrivait en « caractères Rachi ». Extrait d’un courrier en date du 23 janvier 1916, à l’adresse des présidents, directeurs et membres de l’Alliance Israélite à Paris (traduit par madame Soued) : « Pour chaque communauté, chaque yichouv, chaque Juif, le nom de l’Alliance est important et sublime, il est béni et glorieux. En vérité, cette reconnaissance et ce sentiment de respect que nous ressentons à tout moment devient plus évident actuellement, en arrivant en France, pays de notre gouvernement, pays de liberté, de grandeur. Que sa splendeur soit grande ici, dans le département de la Corse à Ajaccio. »
payés par les instituteurs, avec le drapeau bleu-blanc frappé du sceau de Salomon et en chantant la Marseillaise – ce qui fit s’exclamer le préfet, ému : « Mais ce sont de véritables petits Français ! » Tous les enfants étaient scolarisés en 1917, ce qui fit dire au vice-recteur Thalamas que « partout la francisation s’est poursuivie avec une rapidité presque déconcertante ». Les réfugiés s’employaient comme dockers, journaliers dans les champs, artisans, ouvrant des commerces ou se muant en « tragulini » (marchands ambulants). Ils parlaient la langue corse, et ont été adoptés et appréciés par la population locale.
Et après la guerre ? Le 4 août 1920, les réfugiés volontaires pour repartir en Palestine mandataire via Beyrouth ont embarqué à Ajaccio sous la conduite du rabbin Yaacov Moshé Toledano, une administration civile venant d’être mise en place par les Britanniques à Jérusalem. Ils ont été une majorité à repartir (environ 500), mais la situation qu’ils ont trouvée une fois arrivés sur place était si chaotique et miséreuse que certains, dont notre famille, ont choisi de revenir en Corse où ils avaient été si heureux ; et ils ont constitué, avec les « Turquinos » qui y étaient restés, l’embryon de la future communauté juive de Corse (CJC), dont le pôle central allait se situer à Bastia. n AJ MAG N° 1005
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La famille Abbo, de Bastia à Tzfat
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ous sommes à Tzfat (Safed), en Haute Galilée, dans le nord d’Israël, le dix-huitième jour du mois d’Iyar, une date importante pour mes amis de la famille Abbo. Je pousse les volets bleus de ma chambre. Nous sommes sur le toit d'Israël, à 900 mètres d’altitude au-dessus du niveau de la mer. J’observe la ville bleue des Kabbalistes. Les similitudes avec la Corse sont frappantes. Je ne serais pas surpris d’y rencontrer « Grossu Minutu » sur son âne, un héros populaire de l’imaginaire corse, qui m’a inspiré le personnage de Moïse Levy*. Les fléaux furent nombreux à Tzfat : pogroms, émeutes, famines, tremblements de terre – même le très antisémite Abou Mazen y est né. Tzfat est une survivante, une des quatre villes saintes d’Israël, avec Jérusalem, Hébron et Tibériade. Les pierres de la synagogue ashkénaze du Ari parlent à qui sait les entendre. Elles chantent le « Lekha Dodi » et racontent l’histoire du rabbin Shmuel Abbo, qui devint en 1827 « consul général de France en Galilée » (fonction officielle assumée par les deux générations suivantes de la famille Abbo, jusqu’en 1916). La première action de Shmuel Abbo fut de rassembler les membres des communautés juives de Tzfat et de Tibériade sous la protection du gouvernement français, en les inscrivant comme sujets. Ainsi furent-ils protégés des exactions ottomanes. Les pierres se souviennent. La maison Abbo devint rapidement le refuge de tous les sans-grade et les persécutés de la région. 16
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L’hospitalité était offerte sans distinction de religion ou de nationalité. En 1833, la veille de Lag baOmer, la communauté de Tzfat offrit au rabbin Abbo un Sefer Torah. Le rouleau fut apporté de la maison Abbo, à Tzfat, jusqu’à la synagogue de Meron, lieu de sépulture de Rabbi Shimon bar Yo'haï, de son fils Rabbi Eléazar bar Shimon et d’autres sages éminents comme Hillel et Shammaï. Ainsi s’instaura une tradition qui, au fil du temps, devint partie intégrante du folklore religieux de la Galilée et se répandit plus tard dans
Nous étions chez nous en Corse, et nous le sommes toujours... tout Israël. Selon les années, les festivités de Lag baOmer attirent de nos jours à Meron jusqu’à 500 000 visiteurs. Afin de faire face à cet afflux, un groupe est chargé de la « hakhnassat or'him » (hospitalité). Il prend également en charge la coutume des « 'haï rottel », qui consiste à offrir des boissons sur la tombe de Rabbi Shimon, afin de voir ses souhaits exaucés. Elyne Abbo se souvient de l’époque où la famille Abbo vivait à Bastia. L’émotion est palpable. Elle me parle de son père, le rabbin Yaakov Chaï Abbo, pilier de la communauté juive en Corse. Il était « dragulinu », c’est-à-dire marchand
ambulant, vivait sur la place du marché à Bastia et gérait en outre une boutique de vêtements au 18 de la rue César Campinchi. Puis Elyne me dit, doucement : « Je suis une Corse juive, rien ne changera cela. Je suis née en 1955 à Bastia. J’ai fait mes études à l’École du Centre puis au Lycée Marbeuf et ce n’est qu’après mon bac que j’ai fait mon Alya en Israël, à la suite de ma sœur Lily qui travaillait déjà là-bas. ». Lily ajoute : « Nous étions chez nous en Corse, et nous le sommes toujours. Le souci, pour ceux qui voulaient se marier et vivre dans la tradition juive, c’est qu’en Corse nous sommes tous parents. Et même avec ceux qui n’étaient pas de confession juive, c’était difficile, car nous avons tous grandi comme des frères et sœurs. » Tzfat s’enfonce dans l’obscurité. Les pèlerins établissent des campements. À deux heures du matin, on chante, on danse, on allume un grand feu près de la tombe de Rabbi Shimon bar Yo'haï. Au matin, un groupe se recueille autour d’un petit garçon de trois ans. Un rabbin lui coupe une mèche de cheveux, c’est la « 'halaké ». Le petit porte un habit neuf d’où dépassent des tsitsit. Autour de son cou : une chaîne en or ornée de corail, contre le « ayin haRa » – en corse : « l’Ochju ». Elyne rit : « En réalité, les Corses et les Séfarades, c’est pareil, même culture, mêmes traditions », ditelle en faisant les cornes avec ses doigts. n * Personnage principal d’une série de douze épisodes : Les aventures de Moïse Levy, publiée sur le site LPH Info : https://moiselevy.fr.
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Jefferson, Thomas Paine…) et sa constitution a influencé celle des États-Unis. Le cri de ralliement des colonies américaines était « Remember Paoli », et sept villes, aux États-Unis, portent aujourd’hui le nom de Paoli City. Paoli inspira surtout un certain Napoléon Bonaparte… Nous avons questionné le théologien Didier Meïr Long, auteur, notamment, de Mémoires juives de Corse, sur ce personnage hors du commun. AJ MAG : Paoli identifiait le peuple corse au peuple juif? Didier Meïr Long : Le regretté Francis Pomponi, historien de la Corse, a montré à quel point, pour Pasquale Paoli, entouré de théologiens qui étaient
Portrait de Pasquale Paoli par Richard Cosway
les véritables penseurs de la révolution corse, la création même de la Nation corse était un © DR
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lu général de la Nation corse en 1755, Pasquale Paoli devient le leader incontesté de la lutte pour l'indépendance de la Corse. Il entreprend des réformes politiques et sociales, jetant les bases d'une République corse, avec une constitution avantgardiste donnant notamment le droit de vote aux femmes. Le 26 juin 1760, il demande au consul du Piémont de prendre attache avec des « rabbins accrédités » pour leur permettre de s’établir en Corse où il leur sera accordé la naturalisation et des privilèges pour se gouverner avec leurs propres lois. Dans la correspondance de Paoli, on trouve en 1763 la mention d’un Juif nommé Modigliani, habitant de la cité d’Île-Rousse, qui demande à bénéficier du même droit de vote que les habitants nationaux. Favorable à sa requête, Paoli répond : « La liberté en Corse ne confesse pas et ne consulte pas l’Inquisition. » Et en 1767, Paoli offre une concession exclusive aux Juifs de Livourne pour la pêche du corail sur les côtes corses. Paoli se distingue également sur le plan militaire, remportant des victoires significatives contre les forces génoises. En 1769, la Corse est finalement annexée par la France. Contraint à l'exil, Paoli termine sa vie à Londres où il meurt en 1807. Franc-maçon, il fréquentait la même loge que les pères fondateurs de l’Amérique (Benjamin Franklin, Thomas
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Pasquale Paoli, l’homme des Lumières
Citadelle de Corte, Università Pasquale Paoli (Université de Corse)
© Jean-Michel Raggioli
Le vieux port de Bastia
fait spirituel. Paoli se considérait comme le prophète Élisée couché sur le fils de la Sunamite et ressuscitant son enfant : le peuple corse – ce qui avait beaucoup surpris le gentilhomme écossais Boswell. Paoli identifiait le peuple corse au peuple juif résistant contre la politique d’hellénisation pratiquée par les Séleucides au IIe siècle avant notre ère. Homme des Lumières mais également croyant, il qualifiait de « mission divine » la guerre menée par les Génois, précisant que tout cela était raconté dans les Livres des Maccabées et demandant de réciter le psaume 145 à chaque fête. Le manifeste de son père, Giacinto Paoli, faisait déjà référence aux Livres des Maccabées ; et en 1754, Paoli rappelle cette devise à son père dont il sent vaciller l’espoir : « Melius est nos mori in bello quam videre mala gentis nostrae » – « Il vaut mieux mourir au combat que de voir l'ennemi envahir la patrie. » L’abbé Rostini, chargé par Paoli des Ragguagli, la première gazette imprimée en Corse, se réfère lui aussi à cette vision spirituelle des Livres des Maccabées. Dès 1738, le
chanoine Erasmo Orticoni, une des principales figures du mouvement révolutionnaire corse, se rapportait au Livre d’Esther, la grande figure marrane : un acte de naissance du peuple corse, avec le peuple juif comme mémoire tutélaire. Quel est le rapport entre Paoli et les Juifs ? La Corse, comme toutes les grandes îles de la Méditerranée, est une terre de marranes. Dès 1492, après leur expulsion d’Espagne, les Juifs sont arrivés en si grand nombre à Gênes, plaque tournante du trafic méditerranéen et banquier de l’Espagne, que, selon le témoignage du diplomate Bartolomeo Senarega, l’Ufficio a dû créer un « bureau des Juifs ». Il est probable qu’une part de ceux qui vendaient leurs enfants comme domestiques et étaient régulièrement expulsés des villes italiennes sont arrivés en Corse, terre pauvre que Gênes cherchait à peupler. L’exode marrane d’Espagne a duré plusieurs siècles, l’Inquisition et ses lois de pureté du sang pourchassant jusqu’aux cadavres des relaps juifs pour les brûler. Ainsi, l’évêque de Bastia, monseigneur Mari, dans une
missive du 7 mai 1686, demande au pape : « Monseigneur De Mari, évêque de Bastia en Corse, parlant au nom du Pape, apprécierait que tous les Juifs vivant encore à Gênes soient déportés. » L’accueil de 120 familles juives en Corse sous Pasquale Paoli, dont témoigne un article du London Chronicle du samedi 17 octobre 1767, doit probablement se situer dans ce contexte. Ces Juifs devenus plus ou moins chrétiens continuaient de pratiquer leurs rites via les femmes. En Corse comme ailleurs, cette mémoire a survécu en se fondant dans les identités locales. Elle transmettait la mémoire juive perdue et des gestes tels que l’offrande du cédrat confit, comme le faisait chaque année ma grand-mère, bonne chrétienne. Sans le savoir, celle qui disait les psaumes et signait tous ses courriers comme les marranes de Constantinople, « que Dieu te bénisse et te donne la victoire sur tous tes ennemis », me transmettait la mémoire juive, à laquelle je suis revenu comme un amnésique qui se réveille… « d’entre les morts », aurait dit notre père Pasquale Paoli. U babbu di a Patria corsa. n AJ MAG N° 1005
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Un Juif ou un Corse qui ne croit pas aux miracles n’est pas réaliste. Professeur des universités associé à Sciences Po, vice-président du Mémorial de la Shoah, président des Amis français de l'Université de Tel Aviv… Les engagements de François Heilbronn sont nombreux. Ce qui est moins connu, c’est sa passion pour la Corse, qu’il arpente avec assiduité depuis des années. AJ Mag : Depuis le 7 octobre, plusieurs manifestations de soutien envers Israël se sont déroulées en Corse, des Corses se sont déplacés à Paris pour participer à des marches de soutien au peuple israélien, on a assisté à des prises de parole publiques de personnalités corses pour soutenir Israël. Êtes-vous surpris ? François Heilbronn : De tout temps, la solidarité des Corses avec les Juifs persécutés a été une constante, depuis l’accueil des bateaux de l’Inquisition aux Juifs fuyant les ghettos italiens, à ceux trouvant refuge sur l’île lorsque la guerre faisait rage en Palestine en 1915, ou encore à ceux s’échappant du continent européen génocidaire. La Corse a toujours été une terre de refuge pour les Juifs. Ils n’y ont jamais – non, jamais ! – été persécutés, ce qui est rare en Europe comme dans le bassin méditerranéen. 20
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Avant même la création d’Israël en 1948, une université a été fondée en Eretz Israël. Idem pour la Corse, à Corte. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Que parmi les traditions communes à la nation corse et à la nation juive, il y a la transmission et l’éducation : « Et tu l’enseigneras à ton fils, et au fils de ton fils », comme le dit le Deutéronome (IV, 9). Le peuple du livre et le peuple corse : l’éternelle lune de miel ? En Corse, contrairement aux clichés, celui qui aime cette terre et la respecte y est accueilli et intégré. Les Juifs ont de tout temps aimé la Corse, et la Corse a su les accueillir et les intégrer. Les Corses et les Juifs partagent des valeurs essentielles propres aux peuples fiers de leur histoire et de leurs traditions – et d’abord, le sens de la famille, chacun de ces deux peuples se considérant avant tout comme une famille.
DOSSIER En effet, les Juifs sont les fils et les filles d’Israël, donc descendants d’un même père : Jacob, re-nommé Israël. Et du côté des Corses, chaque famille sait retracer son origine, ses ancêtres, ses cousinages, son village. Un Corse demandera à un autre Corse son nom, puis de quel village est sa famille, et à partir de là il accèdera à une histoire multiséculaire. Un Juif demandera la même chose à un autre Juif, et à partir d’un nom et d’une ville d’origine, il plongera dans l’histoire. Cet ancrage familial d’un côté comme de l’autre entraîne des similitudes de récits, et favorise la compréhension et la solidarité. Enfin, ces deux peuples ont été moqués, ostracisés et persécutés, et ils ont ainsi développé des formes de résistance et de résilience comparables, reposant sur une fierté d’être et d’appartenir. Quelle région de l’île vous rappelle Israël ? La Corse, comme Israël, est sublime par la variété de paysages que l’on rencontre sur ce tout petit territoire. La vallée de la Restonica fera penser à certaines parties de la Galilée. Des passages de l’Alta Rocca rappelleront les collines de Judée. Les parties plus désertiques de l’île nous renverront au désert du Néguev. Les petits ports du Cap Corse ressemblent à ce que devaient être Jaffa ou Acre il y a quelques centaines d’années. Entre mer et montagne, Israël et la Corse sont deux terres promises où coulent le lait et le miel.
Des familles juives envisagent de quitter la métropole pour s’installer en Corse… Je déplore tout d’abord que de plus en plus de Français juifs ne se sentent plus en sécurité en tant que Juifs dans leurs villages et villes de la métropole. C’est absolument inacceptable ! La République doit défendre tous ses enfants ; et si elle échoue, elle est menacée. Ceux qui souhaitent aller en Corse ont raison, car ils y seront accueillis avec une fraternité de frères d’armes – à condition de respecter les Corses et leur culture. Mais ils doivent s’y installer aussi par amour de ce si beau pays. Si vous aviez la possibilité de dîner avec Pasquale Paoli et David Ben Gourion, de quoi parleriez-vous pendant le repas ? Quel repas ! Dîner avec deux pères de leurs nations, deux grands démocrates visionnaires, tous deux nourris de l’esprit des Lumières, quelle chance ! Je ne parlerais pas trop. Mais je leur demanderais de me raconter leurs rêves, et comment ils sont passés de ceux-ci à la réalité. Car comme le disait si justement Ben Gourion : « Un Juif qui ne croit pas aux miracles n’est pas réaliste. » Et cela s’applique aussi de tout temps aux Corses. n Le village d’Erbalunga en Corse
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Des Corses au Kotel L’association Terra Eretz Corsica-Israël, représentante en Corse de la Chambre de commerce et d’industrie France-Israël, a été créée en 2017 pour faire perdurer les liens tissés au fil des siècles entre les Corses et les Juifs, la Corse et Israël. AJ MAG a rencontré son président, Frédéric-Joseph Bianchi. AJ MAG : Quel était l’objectif de votre denier voyage en Israël ? Frédéric-Joseph Bianchi : Nous avons d’abord organisé la visite officielle en Corse de Daniel Halevy-Goetschel, conseiller à l'ambassade d'Israël à Paris. Il a pu y rencontrer la présidente de l’Assemblée de Corse ainsi que le président de l’exécutif, le préfet de région et les maires des deux principales villes de Corse, Ajaccio et Bastia. Avec la Chambre d’agriculture de la Corse, nous avons organisé une visioconférence avec Israël ; et c’est à ce moment-là qu’est née l’idée du voyage, qui a eu lieu en novembre 2022. L’objectif était de permettre aux agriculteurs corses de découvrir l’AgriTech israélienne à travers tous ses aspects. Durant ce voyage d’une semaine, pour comprendre le modèle israélien, nous avons visité des installations agricoles et des institutions du ministère de l’Agriculture, notamment une usine de dessalement, ou encore la firme israélienne Netafim qui a révolutionné l'agriculture mondiale en mettant en place le système d'irrigation goutte-à-goutte. Le but de ce voyage était aussi de découvrir et de comprendre le pays. Nous avons commencé par la visite de Jérusalem. Les Corses ont été très émus de se promener dans la ville sainte, de même qu’ils l’ont été de monter à Massada, que nous avons visité en 22
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chantant quelques chants corses. Puis nous sommes allés à la mer Morte, à Tel Aviv et à Césarée. Ce voyage a également été l’occasion, pour des représentants de l’Université de Corse, de nouer les premiers contacts avec les universités © Terra Eretz Corsica-Israël israéliennes en vue d’échanges entre étudiants corses et israéliens. Je tiens à dire qu’Edmond Simeoni – cet humaniste qui fut une grande personnalité politique corse – a été l’un des premiers adhérents de l’association et qu'il m’a souvent répété que si les choses se passaient mal pour les Juifs, il fallait qu’ils puissent considérer que la Corse est une terre capable de les accueillir en paix. Quelles sont vos prochaines initiatives ? Nous soutenons le projet d’établir une ligne entre Bastia et Tel Aviv. Les études préalables valident le projet. Nous participons à un groupe de travail pour soutenir les Juifs de France face à la montée de l’antisémitisme, nous travaillons à la mise en place d’un volontariat et nous organisons une collecte de fonds pour les familles des victimes du pogrom du 7 octobre. n Pour faire un don, scannez le QR code ci-contre
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Double culture Au début du XXe siècle, des familles juives de Constantinople, persécutées, quittent leur pays à la recherche d'un abri sûr : ce sera une île, ce sera la Corse. Cela deviendra leur île, ils deviendront Corses. Cet essai, publié par les éditions Albiana, est écrit comme une fiction – et nous avons adoré ! Guy Sabbagh, particulièrement concerné par le sujet, nous donne son avis : « J'ai été extrêmement ému par la lecture de Terra prumessa. Natif de Bastia en 1947, des milliers de souvenirs du fond de mon enfance sont soudain remontés à la surface. Fils de David Sabbagh, ancien président de la communauté juive de Corse et petit-fils de Rabbi Meïr Toledano, son guide spirituel, j'ai découvert dans cet ouvrage les itinéraires exceptionnels de ces “Turquinos” que je connaissais assez mal. Ce document nous donne un éclairage
inédit sur l'intégration intelligente de ces Juifs au sein du tissu insulaire. » https://www.albiana.fr/accueil/1897terra-prumessa.html
Didier Meïr Long, Mémoires juives de Corse, Éditions Lemieux, 2016 C’est Le livre de référence sur les Juifs en Corse ! Publié en 2016, cet ouvrage – le quatorzième de Didier Meïr Long – a été très rapidement épuisé. En espérant une réédition, vous pouvez en attendant suivre le blog de l’auteur : Memoria Ebraica. Vous y trouverez une foule d’informations et d’anecdotes – comme la chanson « Solenzara », interprétée par Enrico Macias qui chantait l’amour en langue corse –, en même temps que vous y découvrirez le parcours peu commun de l’auteur, moine bénédictin devenu pratiquant du judaïsme séfarade traditionnel. https://didierlong.com - https://memoriaebraica.com © DR
Steve Coulom, Terra prumessa. Juifs de Corse de Constantinople à Ajaccio, Éditions Albiana, 2023
Enrico Macias et Meïr Long
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Alexis Lacroix : « La vision juive du monde est plus que jamais actuelle, plus que jamais opératoire. » PAR ANNE-CAROLL AZOULAY
Chaque semaine, vous lisez ses éditos chaleureux, ouverts et intelligents, guidés par un amour infini pour le peuple juif et pour l’État d’Israël. Il était temps de présenter le directeur de publication d’Actualité Juive aux lecteurs d’AJ MAGAZINE en Israël ! AJ MAG : Alexis, vous êtes comme un membre de la famille que l’on admire mais que l’on ne connaît pas assez car il vit dans un autre pays. Cette interview est destinée à vous rendre plus proche des lecteurs d’AJ MAGAZINE. Où êtes-vous né, dans quelle atmosphère familiale avez-vous grandi, quelles sont les valeurs qui vous ont accompagné ? Alexis Lacroix : Je suis né au milieu des années soixante-dix dans une petite ville de la banlieue sud de Paris : Châtenay-Malabry. Mes parents sont tous deux des professeurs, aujourd’hui à la retraite. Mon père a grandi à Casablanca ; ma mère, à Toulouse et à Paris. Si je dois résumer les valeurs familiales qui m’ont été transmises, je dirais qu’elles reposent sur un certain nombre de principes, ou plus exactement de règles de conduite qui me sont restées importantes : le respect d’autrui, l’ouverture d’esprit – bien plus grande que dans beaucoup d’autres familles –, une certaine aptitude à la discussion, le caractère non négociable de la République… 24
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Vos éditos chaleureux, ouverts et intelligents sont toujours guidés par un amour inconditionnel pour le peuple juif et pour l’État d’Israël. Quand et comment sont nées ces amours ? Lycéen, j’étais de gauche, dans un espace proche de ce qu’on nommerait aujourd’hui « l’aile gauche » du Parti socialiste. En 1988, je me souviens très bien que la présidentielle m’intéressait déjà ; et sans avoir encore le droit de vote, je me prononçais sans hésiter, au premier tour, pour le candidat dit « refondateur » du Parti communiste, Pierre Juquin. J’étais donc un adolescent clairement enraciné dans une affectivité de gauche… Mais attention : je « n’achetais » pas toutes les dimensions du progressisme. La « religion palestinienne », par exemple, n’avait aucune prise sur moi. J’étais déjà un ardent défenseur d’Israël, sans doute en partie sous l’influence de mon père qui, luimême, a été élevé par un grand-oncle très sioniste, un libraire juif moscovite devenu français, que j’ai bien connu enfant et qui lui a transmis l’amour de l’État juif…
Alexis Lacroix
Ensuite, dans ma formation personnelle, plus décisive qu’une origine juive finalement assez ténue – celle que je viens de relater et une autre dans la branche maternelle de ma famille –, il y a eu des rencontres. Peu de gens le savent, mais celle, à l’âge de 18 ans, d’Alain Finkielkraut a été assez déterminante… J’ai frappé à sa porte quand j’étais en classe de terminale. J’avais lu ses livres d’alors, notamment La mémoire vaine, j’admirais son style et sa pensée anticonformiste, bien plus que celle de mes professeurs. Je m’apprêtais à lire le livre qu’il préparait dans une certaine fébrilité anxieuse sur Charles Péguy : dans cet essai, titré Le mécontemporain, il célèbre l’amitié de Bernard Lazare avec le fondateur des Cahiers de la Quinzaine. Finkielkraut était pénétré de ces valeurs tout à la fois sionistes et françaises qui sont apparues sous la Troisième République. Le terreau était favorable chez moi, et il l’a fait fructifier. Notre amitié est devenue indéfectible. Souvent, encore, pour vérifier dans l’actualité la justesse d’un de mes réflexes, je me demande : « Qu’en pense Finkielkraut ? » Quel rapport entretenez-vous avec le judaïsme ? Un rapport étroit, davantage fondé sur des lectures et de l’étude que sur une orthopraxie proprement dite. Je pense depuis longtemps que le judaïsme a un rôle insubstituable à jouer aujourd’hui. Comme je l’ai écrit récemment dans un dossier sur le « Tikoun Olam », la vision juive du monde est plus que jamais actuelle, plus que jamais opératoire. Abraham Heschel l’a exprimé de façon frappante dès les années 1960 : « Chaque homme est engagé dans une construction ou une destruction. » Le judaïsme parie sur les énergies réparatrices et sur les hommes capables de les propager. Vous savez qu’au XIXe siècle, les principaux philosophes, ceux qui ont le plus marqué l’histoire de la pensée, de Hegel à Marx, avaient une conviction
© Nellu Cohn
chevillée au corps : ils pensaient, pour le dire vite, que le judaïsme était caduc, qu’il était en sursis, qu’il était une survivance appelée à disparaître et que, surtout, il n’apportait aucune réponse pertinente face aux enjeux de l’actualité. Je pense exactement l’inverse : comme Leo Strauss, ce grand philosophe allemand exilé aux États-Unis, je crois que le judaïsme éclaire parfaitement ce que nous vivons… Proche d’Alexandre Adler et de Bernard-Henri Lévy, vous venez d’écrire un ouvrage sur votre rencontre, au cours des années 2000, avec la pensée de Raymond Aron, et sur la façon dont celle-ci vous a fait évoluer sur de nombreux sujets. Pouvez-vous nous en dire davantage ? C’est une histoire qui remonte à une vingtaine d’années. Dans ce livre, je raconte comment la pensée d’Aron, ses principaux livres, sa réflexion sur l’antisémitisme, sur Israël, sa revalorisation du franco-judaïsme, etc., mais aussi, notamment, sa vision nuancée des relations internationales, m’ont influencé. lll AJ MAG N° 1005
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INTERVIEW
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© La règle du jeu
Mon essai s’ouvre avec le récit d’un déjeuner avec Bernard-Henri Lévy, il y a près de vingt ans. Je suis alors jeune journaliste au Figaro. Notre conversation, ce jour-là, passe d’un sujet à l’autre. C’est une amitié naissante. Soudain, j’évoque Raymond Aron, que je n’ai évidemment pas pu connaître car il est mort en 1983. Ce n’est pas le cas de mon hôte qui, jeune philosophe, a eu des échanges très vifs avec lui. On se souvient de la réception très houleuse de son Idéologie française, en 1981. Depuis, BernardHenri Lévy m’a souvent parlé de son « livre mal né » – mal né, et surtout étrillé. Aron avait peur que la démarche « iconoclaste » de BHL ne réveille des plaies encore mal cicatrisées. Le jour de ce déjeuner, je sens bien, avec l’empathie que j’éprouve déjà pour lui, que BHL souffre encore de la colère du vieux professeur à son endroit. Aussitôt après, il me conseille de réfléchir à un essai sur Aron pour Grasset. Ce livre, jusqu’à aujourd’hui, je ne l’avais pas entrepris. La violence des crises multiples Alexandre Adler que nous traversons, sur fond d’un véritable détraquement des paramètres de la mondialisation, m’a finalement donné le déclic pour l’écrire, et pour l’achever… Je crois qu’il peut « faire tilt » et qu’il pourra intéresser nos lecteurs et nos lectrices. Quarante ans après sa disparition, l’œuvre de Raymond Aron répond à la plupart des interrogations de notre présent. Lui qui a défendu le principe d’une « paix armée » nous lègue des instruments pour défendre Israël sans faiblir. Qu’aurait pensé Alexandre Adler de ce que l’on vit en ce moment en Israël ? Avait-il imaginé un tel scénario ? J’éviterai de parler à la place de ce collaborateur si précieux d’Actualité Juive, parti il y a un peu plus de six mois et dont la voix nous manque. Tout comme Haïm Korsia, qui l’a dit lors de ses obsèques au cimetière Montparnasse, je pense que la voix d’Alexandre est irremplaçable – et que ses analyses seraient bien nécessaires dans le contexte actuel… Depuis une vingtaine d’années, nous étions étroitement liés. Il est, dans la vie publique française, l’un de ceux dont je peux dire qu’ils ne m’ont jamais fait défaut. Alexandre était un mensch. Cela n’avait d’ailleurs 26
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manifestement pas échappé à Aron qui, à la fin de sa vie, avait fait part de ses appréciations positives sur Alexandre à sa fille Dominique. Aujourd’hui, selon toute vraisemblance, il tremblerait pour l’État juif et il essaierait de comprendre en profondeur ce qui arrive au sionisme. Que voulez-vous dire ? Eh bien, c’est très simple. Dans les dernières années de sa vie, nous avons eu de nombreuses conversations, et je sais qu’Alexandre Adler était persuadé que nous étions en train d’entrer dans une ère messianique. Il ne citait pas le Rav Kook, mais au fond il pensait comme lui – oui, je n’exagère pas : comme le fondateur du sionisme religieux, il pensait, de toute son âme, qu’Israël était un événement d’ordre eschatologique. Il pensait que le retour à Sion de tant de Juifs de la Diaspora, entamé il y a plus d’un siècle, revêtait une signification profonde dans le plan de la Création et dans l’horizon du « Tikoun Olam ». Depuis 2020, nous avions de nombreux échanges à ce sujet, et il était de ceux qui interprétaient de la façon la plus élevée les fameux accords d’Abraham. Les reconnaissances accordées à Israël par les Émirats arabes unis, par l’Égypte, par le Maroc, par le Soudan, ou encore demain peut-être par l’Arabie saoudite, lui semblaient annonciatrices du Messie. S’il était avec nous aujourd’hui, il interpréterait sans doute la violence extrême du Hamas à notre endroit et les menaces de ses soutiens, notamment de l’Iran parvenu au seuil atomique, comme une tentative de faire échouer définitivement la paix. Le Hamas est le bras armé des puissances de mort qui ne veulent à aucun prix que se réalisent dans un Moyen-Orient pacifié les grandes prophéties bibliques. Ces terroristes n’ambitionnent pas seulement de détruire l’État d’Israël, ils jouent le chaos avec une frénésie parfaitement antimessianique. C’est la définition du diable. Quelles autres personnalités intellectuelles ont marqué votre parcours ? Beaucoup d’autres. Mes fonctions m’ont amené à connaître de nombreuses personnalités aussi bien universitaires que politiques. Si je reste sur le terrain intellectuel, et même académique, je citerais, pour
INTERVIEW
faire vite, cette tradition intellectuelle libérale de sociologues et d’historiens républicains, comme mon mentor Alain-Gérard Slama au Figaro, ou la sociologue Dominique Schnapper, devenue une proche amie… Comment voyez-vous l’avenir d’Israël, à l’heure où les barbaries commises ont fait mal à notre âme et remis en question de nombreuses certitudes ? Vous qui êtes un humanistené, pensez-vous qu’il existe un remède à la barbarie ? Et d’abord, comment avezvous vécu les événements personnellement ? Comme une révélation. Comme une « apocalypse », en quelque sorte. Mais Un résident de Be'eri affiche sur la facade calcinée d'une maison les photos des personnes du kibboutz kidnappées par le Hamas le 7 octobre dernier. © Flash 90 il est illusoire de penser éradiquer totalement la Comment vivez-vous la résurgence de barbarie. Elle fait partie l’antisémitisme en France où l’on a l’impression de de la condition politique. Il y aura toujours des revoir un mauvais film ? barbares sur la planète. Il y aura aussi toujours Mauvais film, assurément. Film glauque… des antisémites dans le monde musulman – et cela L’antisémitisme est un virus mutant qui ne ne signifie pas pour autant que l’Islam conduit à disparaîtra pas. Après la Seconde Guerre mondiale, l’antisémitisme. La seule chose que nous puissions sous le choc absolu du discrédit dont l’avait frappé faire, c’est de les contenir, de les juguler ; c’est l’hitlérisme, il y a eu le sentiment d’une éclipse, de tenir en respect les barbares – dans un autre mais très vite – dès 1952 –, on l’a vu ressurgir, en contexte, c’était la grande leçon de Spinoza. l’occurrence en Union soviétique, à l’occasion du Aujourd’hui, j’observe avec grand intérêt, sans fameux « procès des blouses blanches », intenté partager forcément tout le reste de leurs idées, les contre ces médecins russes inculpés entre autres grilles « civilisationnelles » d’un Boualem Sansal ou pour « sionisme »… même d’un Éric Zemmour. Diaboliser ces hommes L’antisémitisme, il faut le tenir en respect. À ceux qui au prétexte qu’ils pourfendent le jihad est absurde. le propagent, il faut faire honte de leur infamie. LFI Car le jihad déclenché contre Israël par le Hamas est actuellement le foyer ardent de cette saloperie. n’est pas ou n’est plus un fantasme cultivé par des groupuscules identitaires, mais une réalité ! Vous êtes en relation avec de nombreux médias Assurément, le monde de l’Islam est partagé, et et personnalités. Quelle analyse faites-vous du il existe des franges éclairées qui se tournent traitement de l’information ? sincèrement vers les démocraties occidentales et Il est à la fois daté et partial. Daté, car en sous-texte, que le terrorisme révulse. Hélas, le 7 octobre nous il se réfère à une Palestine laïque, progressiste, voire a rappelé tragiquement qu’elles n’ont pas gagné la marxiste, qui n’existe plus dans la réalité. Partial, partie. En attendant, il faut faire face. Aron le disait car dès qu’Israël est critiquable, on peut être sûr en son temps : la lucidité est la première loi de que la plupart des salles de rédaction entrent en l’esprit… Le déni sur l’Islam ne mène à rien. AJ MAG N° 1005
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INTERVIEW
surchauffe et lancent l’offensive verbale, lexicale. Le répit très partiel dont a bénéficié l’État juif au lendemain immédiat du massacre du 7 octobre n’a pas duré. Dans ce contexte très dégradé, deux hebdomadaires français font plutôt exception : Le Point, d’une part, et évidemment Valeurs actuelles. J’ai plutôt envie de saluer ces deux titres de presse, car ils échappent au pilonnage insensé du politiquement correct. Quel message souhaitez-vous adresser aux francophones d’Israël ? Un message d’amitié, de solidarité et de fraternité, car je sais, depuis la France, qu’ils sont en première ligne, qu’ils sont en quelque sorte l’avant-poste civilisationnel dans le combat contre la barbarie. Nous leur devons beaucoup. Nous sommes en dette envers eux. n
Christine Angot, Alexis Lacroix et Christiane Taubira - Séminaire de La Règle du jeu : « Affaire Taubira : les écrivains et les intellectuels se mobilisent » (17 novembre 2013). © Yann Revol - La Règle du jeu
Philosophe de formation, Alexis Lacroix est essayiste, éditorialiste politique et historien des idées. Il a été directeur adjoint de la rédaction de l'hebdomadaire Marianne et responsable des séminaires de La Règle du jeu. Ancien directeur délégué de la rédaction de L'Express, il est actuellement le directeur de publication de l’hebdomadaire Actualité Juive. Il dirige également les rédactions des radios Judaïques FM et Radio J. Alexis Lacroix vient de publier Le penseur des prochains jours. Raymond Aron, ce que nous lui devons (Éditions Presses de la Cité), un brillant essai qui fait ressortir l’actualité brûlante de Raymond Aron à un moment historique où, pour bien des Français, les repères se brouillent, et où la clairvoyance, la modération et le courage sont plus que jamais nécessaires. L’engagement d’Aron tout au long d’une vie bouleversée par les tempêtes politiques du siècle – son opposition résolue au nazisme, sa condamnation du communisme, sa critique de la colonisation de l’Algérie et son analyse de l’antisémitisme et d’Israël – sert ici de guide. Sa réflexion nous prémunit contre les écueils de la pensée politique (historicisme, « politique de puissance », ultralibéralisme) ; elle a aussi valeur d’avertissement contre les compromissions passées et présentes des intellectuels qui cèdent à la tentation du conformisme. Alexis Lacroix, dont le parcours intellectuel doit beaucoup à Raymond Aron, invite à sortir des lectures trop souvent partielles de l’œuvre du célèbre sociologue pour apprécier son approche interdisciplinaire qui se révèle féconde et, au bon sens du terme, holistique.
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BON À SAVOIR Publi-rédactionnel
Qui d’entre nous n’a jamais éprouvé l’ardent désir de « rentrer à la maison »? LA maison
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e sujet de l’Alya est une fois de plus à l'ordre du jour. Si certains attendent simplement que la vague d’antisémitisme à laquelle nous assistons, comme celles qui l’ont précédée, perde de sa virulence, nombreux sont ceux qui se disent que le moment de partir est arrivé. Les chiffres ne se discutent pas : des milliers de Juifs français ont participé au dernier Salon de l’Alya à Paris, Lyon et Marseille. Quelques semaines après que nous avons lu la paracha « Lekh lekha », dans laquelle Avraham reçoit l’ordre de quitter sa terre natale pour rejoindre la Terre promise, plus que jamais ils ressentent le besoin de se retrouver, de se reconnecter à Israël et au peuple d'Israël. Alors que nous sommes au cœur d’une guerre que personne n’a voulue, mêlant le deuil grandissant à la force si typiquement juive de ne jamais abandonner, il suffit de regarder autour de soi pour le comprendre : nous sommes à l’orée d’un grand changement – certains diront : la Gueoula. Ce n’est pas seulement la solidarité et l’amour fraternel dont nous faisons preuve depuis près de trois mois, c’est aussi la routine que l’on s’entête à ne pas lâcher, les enfants qui vont à l'école, souriants, pour continuer d’apprendre cette tradition qui nous tient depuis
la nuit des temps, c’est l’entraide et le volontariat de toutes parts, c’est la construction de nouvelles habitations partout autour de nous ! Nous connaissons tous la phrase prophétique : בבניין ירושלים תנוחמו – « Par la construction de Jérusalem, vous trouverez la consolation. » Non, ce n’est pas encore le Beit haMikdach ; mais pas loin de nos lieux sacrés, le centre de Jérusalem se développe de jour en jour, pierre après pierre, mettant la prophétie en application (même si ce développement s’accompagne du bruit des pelleteuses et des grues !). Avec une vision innovante, et une nouvelle définition du luxe et du confort, les promoteurs du projet immobilier West Park prennent part à cette construction, symbole de la délivrance. Dans le nouveau centre de Jérusalem en plein essor, au carrefour de Guivat Shaoul et Kiryat Moshé, West Park construit un lieu où les familles juives peuvent s'épanouir pleinement, dans un luxe et un confort absolus : des bâtiments aux façades modernes surplombant un parc magnifique et jouissant d’une vue panoramique abritent un large choix d’appartements spacieux de 3 à 5 pièces, avec des options de jardins et des penthouses – tous disposent d'une place de parking et d'une
cave. Les halls design des bâtiments offrent une entrée accueillante et élégante, avec des ascenseurs à grande vitesse. Les intérieurs, en matériaux de haute qualité, sont soignés jusque dans leurs moindres finitions. Et cerise sur le gâteau, le plus inhabituel pour Jérusalem : un balcon-soucca pour chaque appartement ! À proximité de centres commerciaux et d'immeubles de bureaux, idéalement situé sur la ligne de tramway prévue prochainement sur l’avenue Kanfei Nesharim, le quartier abrite une communauté riche dans sa variété, où un monde de Torah dynamique incluant écoles et synagogues appelle à une Alya tout à la fois physique et spirituelle. Enfin une occasion accessible de vous sentir chez vous à Jérusalem ! Avraham a quitté sa terre natale quand HaChem lui en a donné l’ordre et tous les signes : le moment était venu – non sans épreuves, puisqu’il en a fallu dix pour s’assurer de son mérite. Aujourd'hui, nous aimerions dire haut et fort : nous sommes prêts ! Le moment est venu pour nous aussi ! n Pour plus d’infos concernant West Park, contactez :
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BOUILLON DE CULTURE
La culture au service de la guerre À la mi-décembre, à la synagogue de la Victoire, à Paris, Eyal Golan a donné un concert dans le cadre d’une soirée de soutien à Zaka. Une de ses dernières chansons, « Am Israël 'haï », s’est imposée comme un véritable « hymne » de guerre, tant pour les Israéliens que pour les Juifs de Diaspora. Il y prône la solidarité et l'union si nécessaires en ces temps de guerre. Un message repris par l’ensemble du monde de la culture en Israël, particulièrement mobilisé pour soutenir la population.
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u lendemain du 7 octobre, les chanteurs israéliens ont commencé à affluer dans les hôpitaux pour remonter le moral des victimes des atrocités du Hamas. En toute simplicité, une guitare à la main, ils se sont assis avec pudeur à côté des malades et ils ont chanté. Hanan Ben Ari, une des figures emblématiques de la scène israélienne, a notamment rendu visite aux blessés graves du festival Nova, entonnant avec ces derniers les airs qui l’ont rendu célèbre. Une de ses chansons, « Chvourei lev » (« Les cœurs brisés »), a beaucoup été entendue lors des enterrements. Les artistes ont d’ailleurs répondu présent à de très nombreuses cérémonies funéraires. Entre autres, Kobi Aflalo a immédiatement accepté de chanter sur la tombe d’un soldat tombé au combat, à la demande du père de ce dernier ; et Moshé Peretz a ému le pays en fondant en larmes alors qu’il chantait pour des endeuillés sa chanson « Guibor chel ima » (« Le héros de maman »). Les artistes ont aussi à cœur de soutenir les soldats. Le même Hanan Ben Ari s’est ainsi rendu à Gaza pour procéder à l’allumage de la 'hanoukia avec des combattants. Ishay Ribo, lui, s’est produit à plusieurs 30
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reprises dans des bases de l’armée, notamment les vendredis après-midi, pour « accueillir » le chabbat aux côtés des militaires. Omer Adam, pour sa part, a surpris des soldats qui se mariaient en les accompagnant en chansons pendant la 'houpa, avant de s’envoler pour les États-Unis où il a chanté lors de la marche de soutien à Israël à Washington. Plus récemment, Eden Hasson, Eden Ben Zaken et Static se sont rendus dans les hôpitaux à la demande des ex-otages, espérant leur apporter
Le 16 novembre dernier, une quarantaine d’artistes accompagnés de volontaires de l’ONG Free Our Kids et de bénévoles ont donné naissance à des dessins de l’espoir sur les murs de Tel Aviv. Ci-contre, quelquesunes de leurs créations.
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BOUILLON DE CULTURE Extrait d’une des chansons d’Eyal Golan :
« Le soleil se lèvera bientôt, nous connaîtrons des jours meilleurs que ceux-ci. Le cœur se bat avec les inquiétudes. Tout le monde rentrera à la maison. Nous les attendrons en bas. J'aimerais que nous ayons de bonnes nouvelles. Parce que le peuple éternel n'a jamais peur, même quand c'est difficile à voir. Tout le monde est ensemble, personne ici n'est seul. Que cessent les guerres ! »
un peu de joie après le cauchemar qu’ils ont vécu. Au-delà de ce soutien présentiel, les artistes israéliens sont en train de constituer un véritable patrimoine musical propre à cette guerre. À travers la musique, qui permet d’aller au-delà des mots et des pensées, chanteurs, compositeurs et interprètes expriment ce que nous vivons. Hanan ben Ari, encore lui, figure parmi les premiers artistes à avoir composé une chanson pour évoquer ce que vivent les Israéliens : « Moledet » (« Patrie »). Depuis, l’ont suivi Eyal Golan, Harel Skaat, Omer Adam, Yehoram Gaon, Roni Dalumi (dans le cadre du Idan Raichel Project), Shlomi Shabat et beaucoup d’autres. Des dizaines de chansons ont ainsi vu le jour depuis le début du conflit. Qu’elles redonnent espoir ou qu’elles expriment l’amour du pays, elles sont le reflet de la complexité des sentiments éprouvés par les Israéliens. Dans le monde francophone, l’artiste Cécile Bens a été à l’initiative d’un « cri de guerre » lancé dans une chanson qui exprimait la colère et l’indicible. D’autres domaines artistiques ont également été mis à contribution. La mairie de Jérusalem s’est ainsi éclairée de faisceaux lumineux pour réclamer en musique le retour des otages. Des groupes de tagueurs ont décidé, par la peinture murale, de demander le retour d’une otage, Inbar Reman, elle aussi adepte du street art. Le quartier de Florentine, à Tel Aviv, a vu naître sur ses murs de nouveaux tags en hommage aux enfants otages. Cette initiative, lancée sur Instagram, a été rendue possible lorsque « Kobi », propriétaire de l’usine de farine Israeli Flour Mills, a mis à disposition les murs de son usine pour qu’y prenne vie une galerie d’art de la rue. Et le 16 novembre dernier, une quarantaine d’artistes
accompagnés de volontaires de l’ONG Free Our Kids et de bénévoles ont donné naissance à des dessins de l’espoir sur les murs du quartier telavivien. À Tel Aviv encore, deux mois exactement après l’attaque barbare menée par le Hamas dans le Sud, une exposition temporaire consacrée à la mémoire des 364 participants du festival Nova a été inaugurée. Enfin, les artistes entre eux font preuve d’une solidarité sans précédent. Le mouvement « Les artistes pour les artistes » vise à soutenir les artistes réfugiés du Sud. Du 9 au 15 novembre, une vente numérique et une campagne de dons ont été organisées par le nouveau fonds « Art at Dawn », sous l’impulsion de Michal Geva et Nir Namir, spécialisés dans la vente d'art en ligne. L'objectif de ce fonds est d'assurer le retour, la restauration et la poursuite de l'activité artistique, ainsi que d’apporter une aide directe aux artistes et aux institutions culturelles des zones touchées par les combats. Lors de cette opération, ont été proposées à la vente des œuvres d'artistes israéliens de renom, parmi lesquels Sigalit Landau, Larry Abramson, Tzivi Geva, Gidi Rubin, Chen Sheesh, Miriam Kabsa, Michal Halbin, Khalil Belbin… Les recettes ont été transférées au fonds, tandis que les artistes du Sud dont les œuvres ont été vendues ont perçu l’intégralité des revenus des ventes. Le fameux théâtre HaCameri, quant à lui, lorsqu’il a rouvert ses portes après plus d’un mois de fermeture, a choisi de diffuser le film d’un réalisateur assassiné le 7 octobre et de produire un spectacle musical traitant de la situation actuelle en Israël, en plus de nombreuses œuvres inédites en hommage aux victimes. Indéniablement, pour le monde de la culture aussi, il y aura un avant et un après le 7 octobre. n AJ MAG N° 1005
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HISTOIRE
Sartre et l’Irgoun PAR YOËL HADDAD
La guerre en Israël a fait tomber le masque qui dissimulait l'antisémitisme présent au sein de l'extrême gauche française. Depuis le 7 octobre, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon refuse de qualifier le Hamas d'organisation terroriste ; et pour ses adhérents, les horreurs de Sim'hat Torah sont des « crimes de guerre ». Ces prises de position rappellent les racines profondes de la solidarité de l'extrême gauche française avec la cause palestinienne, même quand elle légitimise le terrorisme. Certaines remontent à Jean-Paul Sartre, qui soutint les Palestiniens même quand ils usaient des pires pratiques terroristes.
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ans cette guerre, la seule arme des Palestiniens est le terrorisme. C'est une arme terrible mais les opprimés n'en ont pas d'autre ; et les Français qui ont approuvé le terrorisme du FLN contre les Français doivent également approuver l'action terroriste des Palestiniens. Ce peuple abandonné, trahi et exilé ne peut montrer son courage et la force de sa haine qu'en organisant des attaques mortelles », écrivait Sartre après les attentats aux J.O. de Munich en 1972. Ces lignes sont la suite directe et cohérente d'autres lignes écrites en 1961, dans le contexte de la guerre d’Algérie : « Dans le premier temps de la révolte, il faut tuer. Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre. »
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Le dénominateur commun de ces deux causes était la lutte contre le colonialisme. Plus tôt dans l'histoire, Sartre prit parti pour un autre combat anticolonialiste : le combat hébreu contre le mandat britannique. Sartre ne soutenait pas seulement la lutte sioniste pour l'indépendance, mais il allait plus loin en soutenant explicitement l'Irgoun et le groupe Stern. En 1946, la Ligue française pour la Palestine Libre, organe de l'Irgoun en France, vit le jour à Paris et reçut le soutien de nombreuse personnalités françaises, dont celui de Sartre qui, fin 1946, signa un appel d'adhésion à la ligue : « Deux ans après la victoire des Nations Unies, le problème des Hébreux de certains pays d'Europe et d'Orient, qui ont survécu au plan d'extermination nazi, demeure sans solution. Ceux d'entre eux qui ont échappé au massacre restent toujours assujettis à une condition
douloureusement inhumaine. Ces rescapés, qui sont au nombre d'un million et demi à deux millions environ, et que hante le souvenir de la boucherie où six millions de leurs frères et sœurs périrent, ne peuvent retrouver le cadre d'une existence normale et décente. Ils ne veulent et ne peuvent plus habiter ces contrées où d'énormes cimetières et fours crématoires symbolisent l'épreuve qui les accabla. Ils invoquent le droit sacré d'auto-détermination pour se considérer comme membres de la Nation hébraïque renaissante, bloc cimenté par d'immémoriales traditions et le sang de millions de martyrs, dont les destins se sont toujours identifiés à ceux de la Palestine. […] La France a toujours tendu une main amicale aux peuples qui demandent leur liberté. Fidèles à cette tradition, nous adhérons à la Ligue française pour la Palestine libre, une
Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir reçus par le Premier ministre israélien Levi Eshkol à son bureau de Tel Aviv en mars 1967 © GPO
Palestine dont tous les citoyens, sans distinction d'origine ethnique ou religieuse, auront les mêmes droits civiques. » Une soirée de soutien à la Ligue française pour la Palestine libre réunit les dirigeants de la ligue, Samuel Merlin, Dawid Wdowiński et Albert Stara, ainsi que Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir qui rejoignit elle aussi l’organisation. Une autre affaire amena Sartre à témoigner devant un tribunal français en faveur de Robert Mizrahi, alors membre du groupe Stern, jugé pour possession illégale d'armement. Et en 1948, Sartre lança un appel à fournir des armes au Yichouv pour éviter « un massacre de masse que les Arabes tenteront probablement de
Je suis, depuis longtemps, l'ami d'Israël, depuis sa fondation, et même on peut dire avant... perpétrer contre les Juifs après le départ des Anglais ». Malgré son soutien ultérieur à la cause palestinienne, Sartre garda une sensibilité particulière envers Israël. En 1976, il se vit décerner par l'Université hébraïque de Jérusalem le titre de docteur honoris causa, qu’il accepta, lui qui d’ordinaire refusait les prix qui lui étaient octroyés, comme par exemple le prix Nobel de littérature pour lequel
il fut désigné en 1964. Lors de la cérémonie à Jérusalem, Sartre eut les mots suivants : « Je suis, depuis longtemps, l'ami d'Israël, depuis sa fondation, et même on peut dire avant, et par conséquent, j'accepte avec plaisir ce titre, qui me dit lui-même que c'est un honneur : docteur honoris causa. Je suis donc très honoré de ce que vous m'avez donné. »
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HISTOIRE lll
Les premières positions proisraéliennes et pro-sionistes de Sartre ne sont pas sans nous étonner lorsqu’on sait son soutien, plus tardif, au terrorisme palestinien. Mais c’est que la cause, aux yeux de Sartre, est la même : l'anticolonialisme, qui justifie tous les moyens. Son opposition à la colonisation britannique relevait du même motif que son opposition à ce qu’il jugeait comme étant une colonisation israélienne en Judée-Samarie, selon un raisonnement qui est celui que nous retrouvons aujourd'hui dans l'extrême gauche française pour justifier les atrocités commises par le Hamas. Mais la gauche française n'a pas encore compris, ou feint de ne pas comprendre, que l'immigration extra-européenne massive des dernières décennies a profondément changé la composition de la population et peut amener de telles horreurs sur le sol de France. La gauche continue de soutenir l'immigration et considère que toute remise en question à ce sujet relève de l’extrême droite. Mélenchon, lui, a même détourné le terme « créolisation » (qualifiant à l'origine les mélanges ethniques en Amérique) pour justifier la nécessité d’une intégration absolue au sein de la société
française : « Le processus de créolisation, ce n’est ni un programme ni une idée que je propose, c’est un fait. Partout où les sociétés humaines viennent à faire se rencontrer des cultures, elles se créolisent. » L'opinion publique en France, quant à elle, a visiblement pris conscience du problème. Une série de sondages récemment publiés
l'annulation du regroupement familial ; 70 % redoutent que des événements similaires à ceux du 7 octobre puissent se produire en France ; enfin, 71 % pensent que Mélenchon est un danger pour la République et 82 % sont opposés à ses prises de position concernant le Hamas. Deux camps se mettent en place en France aujourd'hui, et beaucoup voient arriver, tout en le redoutant, un second tour opposant Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon en 2027. Il semble que dans ce cas, les Juifs de France iront voter en masse pour Marine Le Pen, vingt-cinq ans après s'être tout aussi massivement mobilisés contre son père, et en dépit des positions, bien trop datées, des organes officiels de la communauté. Sartre souffrait depuis sa jeunesse d'une cécité partielle de l'œil droit. À la fin de sa vie, il était presque totalement aveugle. Il semble que son aveuglement est symbolique de l'aveuglement de son camp quant au diagnostic à porter sur la réalité. Il ne reste qu'à espérer que d'autres, parmi nos frères juifs et nos alliés non-juifs en Occident, sauront faire preuve, dans leurs positions et leurs décisions, de lucidité et de courage. n
En 1948, Sartre lança un appel à fournir des armes au Yichouv pour éviter un massacre de masse que les Arabes tenteront probablement de perpétrer contre les Juifs après le départ des Anglais.
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le prouvent sans équivoque : 66 % des français estiment qu'il y a trop d'immigrants extra-européens en France ; 78 % jugent que l'islamisme est un danger pour la France ; 87 % soutiennent l'expulsion des binationaux fichés S ; 86 % sont favorables à la dissolution des partis et organisations qui soutiennent le terrorisme ; 76 % pensent qu'il faut rendre plus sévères les conditions de naturalisation ; 61 % sont pour
Yoël Haddad est chercheur au Centre Begin à Jérusalem
LEADERSHIP
L’empathie, encore et toujours ! PAR ANDRÉ DAN
De prime abord, l’empathie semble être une qualité fade ; et pourtant, c’est l’une des plus puissantes du leadership !
L
’empathie est cette capacité à « se mettre à la place de l’autre ». C’est donc une qualité qui fait appel en priorité à l’émotion. Percevoir les émotions de l’autre, sans les faire siennes, et ainsi avoir l’attitude adaptée à la situation, quelle force ! Évidemment, la dimension intellectuelle est importante, mais les capacités émotionnelles ne le sont pas moins. En toute situation, l’empathie nous guide vers ce que nous pouvons faire pour l’autre, sans aller trop loin, pour ne pas heurter sa sensibilité. La compréhension de la communication non verbale (qui s’exprime par le regard, la voix, la position des mains et le corps tout entier) nous permet de saisir également les non-dits et de faire preuve de davantage d’empathie. L’empathie est d’abord une capacité d’écoute (avec nos oreilles) et d’observation (avec nos yeux) centrées sur l’autre… Livrez-vous à cet exercice d’écoute et d’observation, et vous serez étonné du résultat ! Développer votre empathie vous incitera à prendre le temps nécessaire pour écouter une personne qui ne dit rien, qui pleure, qui souffre, pour être simplement avec elle et l’accompagner de façon bienveillante. L’empathie se
transforme alors en compassion. De plus, l’empathie nous appelle à proposer notre aide. Tentez l’expérience et vous verrez que les personnes à qui vous proposerez de l’aide sauront l’apprécier
– le plus dur, pour ceux qui ont besoin d’aide, étant d’exprimer ce besoin, car ils ont alors souvent le sentiment de « s’abaisser ». L’empathie ouvre une voie royale pour rendre service ! Même dans le domaine de la négociation, où il est question d’argent, je conseille à mes clients de faire preuve d’empathie, car elle leur permettra de mieux comprendre les intentions et les besoins de l’autre, tels que la confiance en soi et en l’autre, la volonté de s’imposer, le souci de reconnaissance, et ainsi d’y répondre émotionnellement, tout en défendant leurs propres intérêts. Je considère que l’empathie est aussi une forme de respect car lorsqu’on témoigne de l’empathie
à quelqu’un, on lui montre qu’il nous intéresse, qu’il existe. Mes cinq conseils concrets pour développer votre empathie : Parlez moins que vous n’écoutez ! Pour ce faire, posez des questions ouvertes. Exprimez sans arrogance ce que vous feriez à la place de l’autre. Montrez votre propre vulnérabilité ! Les sciences du management actuelles reconnaissent la vulnérabilité comme une capacité à faire preuve d’humanité, en acceptant ses propres failles. Ne faites pas de présupposition ! Supposer quelque chose a priori au sujet de son interlocuteur empêche d’être empathique envers lui : puisqu’on croit déjà tout savoir, on n’est plus dans l’écoute indispensable. Utilisez votre imagination pour « sentir » ce qui se passe chez l’autre, même si vous ne l’avez pas vécu vous-même. L’empathie vous aidera en toutes circonstances. Vos contacts personnels et professionnels apprécieront. Et vous aussi ! n
André Dan Coach en leadership a@andredan.com
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GRAND ANGLE
Depuis le 7 octobre, les Israéliens soudés dans un deuil sans fin PAR NATHALIE HAMOU
Des bénévoles qui préparent les tombes, des inconnus qui assistent en masse aux enterrements de civils ou de soldats tombés au combat… Face à la tragédie collective, les Israéliens rivalisent d’initiatives spontanées dans les moments les plus douloureux.
L
e phénomène n’est pas totalement nouveau. Mais depuis le 7 octobre, face au surgissement de la mort à grande échelle dans la foulée des massacres, au fur et à mesure de l’identification des corps, et tout au long des opérations militaires, il s’est démultiplié aux quatre coins du pays. Jamais les Israéliens n’ont été autant mobilisés pour rendre hommage aux victimes des pogroms du 7 octobre comme des combats qui ont suivi, qu’il s’agisse de proches, de moins proches ou même de parfaits inconnus. Quelques jours après les attaques meurtrières du Hamas, pas moins de 10 000 personnes ont ainsi assisté, le 10 octobre dernier, au cimetière de Yarkon à Petah Tikva, aux funérailles de Bruna Valeanu, une Israélo-Brésilienne de 24 ans, étudiante en communication et marketing à l’Université de Tel Aviv, assassinée par les terroristes lors du festival musical organisé à proximité du kibboutz Réïm.
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Seule la mère et la sœur de cette nouvelle immigrante, « montée » il y a dix ans, vivaient en Israël, et ses proches craignaient de ne pas parvenir à réunir un minyan (le quorum de prière) pour ses obsèques. Des bénévoles ont posté un message qui a été relayé par la chaîne de télévision israélienne N12 pour appeler leurs compatriotes à venir assister aux obsèques : au lieu des dix adultes juifs requis, des milliers de personnes se sont présentées pour rendre un dernier hommage à Bruna Valeanu et partager la peine de sa famille. La page Instagram de Bruna a été inondée de messages de tristesse et de condoléances. La même semaine, la famille du caporal Nathaniel Young, un nouvel immigrant originaire de Londres, a vécu une expérience similaire : des centaines de personnes se sont rendues au cimetière militaire du mont Herzl, à Jérusalem, pour pleurer la mort
de ce « soldat seul » de 20 ans, du 13e bataillon de la brigade Golani, tué au combat. La famille de Nathaniel Young avait lancé un appel invitant le public à assister à ses funérailles. La sœur du défunt, Gabi, lui a rendu un hommage funéraire – interrompu par des sirènes de roquettes obligeant les participants à se précipiter au sol en se protégeant la tête, tandis que le système antimissile Dôme de Fer entrait en action –, en ces termes : « Il est arrivé en Israël et a assouvi ses passions en gardant des chiens, en faisant du sport sur la plage, en trouvant un emploi de DJ dans l’un des clubs les plus célèbres de Tel Aviv et en rejoignant l’armée israélienne. Il a trouvé le vrai bonheur en Israël et c’était contagieux. Sa gentillesse altruiste était si rare, et j’aspire à être aussi généreuse que lui. » D’altruisme et de dignité, les Israéliens en ont fait preuve dans les circonstances les plus difficiles. Alors que dans les
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Jamais les Israéliens n’ont été autant mobilisés pour rendre hommage aux victimes des pogroms du 7 octobre comme des combats qui ont suivi, qu’il s’agisse de proches, de moins proches ou même de parfaits inconnus. plus grands cimetières du pays, des obsèques avaient lieu jour et nuit pendant de nombreuses semaines à la suite du 7 octobre, la population a également été mise à contribution pour préparer les tombes : tandis que la charge de travail devenait proprement écrasante, des bénévoles se sont présentés pour faire office de fossoyeurs et assurer les préparatifs des funérailles. Des formulaires Google ont été envoyés sur les groupes WhatsApp communautaires et les créneaux encore vides – comme celui de 2 heures du matin – se sont souvent remplis en l’espace de quelques minutes, dans le souci de rendre tous les hommages dus aux morts.
Interviewée par les médias israéliens alors qu’elle travaillait bénévolement dans la section militaire d’un cimetière à Yehud, Racheli Konstantyn a expliqué que si l’activité consistant préparer les tombes est plutôt simple sur le plan physique, on ne pouvait pas en dire autant de la charge émotionnelle qui l’accompagne. Mais, a-t-elle ajouté : « C’est évidemment sans commune mesure avec ce que vivent les vrais héros ou les horreurs subies par ces gens. Il n’y a aucune gloire à tirer du bénévolat. En revanche, nous pouvons être fiers de notre unité et de notre compassion. Il y a de la gloire à être là pour autrui. C’est ce que je fais. »
Depuis le 7 octobre, l’idole musicale du pays, Shlomo Artzi, a décidé pour sa part d’assumer un rôle de consolateur. Avant cette date, le célèbre chanteur évitait de s’afficher dans les veillées funéraires ; ce n’est plus le cas aujourd’hui. Parcourant le pays de funérailles en chiva, de visites aux soldats blessés à celles à des familles d’otages, il embrasse le chagrin, essuie les larmes. Sa chanson « Ana'hnou lo Tzrikhim », sur le désir et la perte, est devenue l’hymne officieux de la guerre, une prière pour le retour des kidnappés – et reste associée au souvenir de son concert à Sdérot deux semaines avant les massacres. À la demande de l’ancien chef d'État-major de Tsahal, Gadi Eizenkot, Shlomo Artzi s’est notamment rendu aux obsèques de son plus jeune fils, Gal, 25 ans, combattant de l’unité Maglan tué à Gaza, pour lui rendre un dernier hommage musical. En Israël, les soldats tombés au combat ne sont jamais anonymes. Mais le pays entier se souviendra longtemps de cette mobilisation spontanée, au cours de ces terribles semaines, autour des endeuillés, de ces jeunes soldats dont les familles ont accepté de prélever des organes pour sauver des vies, de la dignité de ces parents qui, au pied des tombes de leurs propres enfants, ont formulé des mots au retentissement sans précédent. À l’image de Sarit Zussman, la mère du soldat Ben Zussman, tombé au combat dans la bande de Gaza, qui, lors des funérailles de son fis, a porté la parole d’une nation : « Nous vaincrons. Nous n'avons pas d'autre choix. C'est eux ou nous. Soit les enfants de la mort, soit le peuple de la vie. Nous vaincrons et nous resterons là pour l'éternité. » n AJ MAG N° 1005
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SANTÉ
Zoom sur l'huile d'olive PAR ORLIE NABET
Avec Orlie Nabet, naturopathe, nous nous intéressons chaque mois aux vertus d’un aliment, d’une plante ou d’une épice.
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ous nous intéressons aujourd’hui à la Rolls-Royce des huiles, j’ai nommé : l’huile d’olive ! Mais auparavant, penchons-nous un peu sur la fabrication des huiles. Pour obtenir de l’huile, on presse les fruits ou les graines des plantes, et suivant la méthode employée, on obtient de l’huile pressée à froid ou de l’huile raffinée. 38
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L’huile raffinée Les huiles du commerce sont obtenues par pression à chaud, entre 160 et 200 degrés ; elles sont raffinées et stabilisées. Grâce à ces méthodes, le rendement des graines est doublé et les huiles peuvent être vendues meilleur marché. De plus, elles sont longue
conservation car elles ont subi de longues transformations. L’huile ainsi raffinée, conditionnée dans des bouteilles en plastique transparentes, ne contient pratiquement plus de vitamines, de goût, d’arôme, d’antioxydants… Du fait qu’elle n’a pas de goût prononcé, on l’utilise pour tout. L’huile raffinée n’a pas d’intérêt pour notre santé.
SANTÉ L’huile pression à froid Les fruits et/ou les graines sont nettoyés et broyés, puis introduits dans une presse ou un moulin, où l’extraction se fait « à froid » : 30 degrés. L’huile pressée à froid n’est pas raffinée, elle conserve donc toutes ses vitamines, son goût, son arôme et sa couleur. Elle est conditionnée dans des bouteilles en verre de couleur foncée, pour éviter l’oxydation à l’air et à la lumière. Elle ne se conserve pas très longtemps ; quand elle vieillit, elle devient rance. Elle est donc plus fragile que l’huile raffinée, mais de bien meilleure qualité.
L’huile d’olive C’est à mon avis une des meilleures huile pression à froid. Surnommée « l’or liquide », l’huile d’olive a bon goût et elle est bénéfique pour la santé. Elle est la base de l’alimentation méditerranéenne, convient aussi bien à la cuisson qu’aux assaisonnements, et se digère sans difficulté. Elle contient beaucoup d’antioxydants, tels que de la vitamine E et des oméga 9. Elle améliore la circulation du sang et contribue à abaisser le taux de cholestérol LDL – « mauvais cholestérol » – tout en préservant le « bon cholestérol » – HDL. Elle fait également très légèrement baisser l’hypertension. Elle aide à protéger le cerveau des maladies neurodégénératives comme l’Alzheimer. Par ailleurs, elle a la propriété de permettre une meilleure absorption du calcium, de favoriser un meilleur transit intestinal et d’aider à combattre la constipation. Mais attention : pour présenter toutes ces propriétés préventives et thérapeutiques, l’huile d’olive doit être extra-vierge de première pression à froid. Rares sont les huiles qui ont autant de qualités que cette huile unique
Pour combattre la constipation Avaler le matin à jeun une cuillère d’huile d’olive et un demi-citron pressé. Tests simples à effectuer pour vérifier l’authenticité et la qualité de l’huile d’olive : • Test du réfrigérateur : Mettre un peu d’huile d’olive au réfrigérateur pendant quelques heures : si elle se fige, cela veut dire que c’est une huile de bonne qualité. • Test de la poêle : L’huile d’olive n’est pas censée faire de bulles ni dégager de mauvaises odeurs quand elle chauffe dans une poêle. Si elle le fait, c’est signe qu’elle n’est pas bonne, ou qu’elle est mélangée à une autre huile ou même à de l’eau. Quelle est la différence entre l’huile d’olive vierge et extra-vierge ? D’une qualité supérieure, l’huile extra-vierge a un taux d’acidité qui ne peut pas dépasser 1% (en général, il est de 0,8 % ou de 0,5 %), tandis que l’huile vierge a un taux d’acidité qui peut atteindre 2 % (en général, il est d’1,5%).
en son genre. Il est donc vivement recommandé de laisser tomber les huiles raffinées bon marché et d’adopter l’huile d’olive pression à froid pour notre cuisine. Mais comme pour tout aliment, sa consommation doit rester modérée pour en maximiser les avantages pour la santé. Cependant, l’huile d’olive ne contient pas d’oméga 3, acides gras essentiels dont le corps a besoin pour son bon fonctionnement. On trouve des oméga 3 d’origine végétale dans l’huile de lin pression à froid (l’huile de lin, qui doit se conserver au réfrigérateur, se consomme à froid, elle ne se prête pas à la cuisson, les graines de lin moulues, les noix…). Et les oméga 3 d’origine animale se trouvent dans le saumon (mer nordique), les sardines, le maquereau… À une époque où les scandales alimentaires s’enchaînent, profitons d'un trésor préservé de pureté et de santé. Et par la
même occasion, réfléchissons à tous les moyens qui s'offrent à nous de poursuivre cette démarche diététique dans notre vie quotidienne. n
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NEWS À LA LOUPE
« Nous sommes entrés dans l'ère des prophéties » Cinq vaches rousses en Israël PAR GUITEL BEN-ISHAY
Tout droit venues du Texas Tout a commencé par une annonce postée par « l'homme de Jérusalem » – qui souhaite préserver son anonymat. Ce dernier, à la recherche d'une vache rousse, a décidé de s'adresser aux agriculteurs du Texas, où cette espèce de vache existe. Des éleveurs ont répondu, enthousiastes à l'idée de participer à la rédemption d'Israël. Déjà avant la naissance et depuis leur premier jour, ces vaches ont reçu une attention toute particulière. Comme elles ne doivent avoir aucune malformation, même le traditionnel poinçon avec lequel le bétail est marqué n'a pas été appliqué. Finalement, ce ne sont pas moins de cinq vaches qui ont répondu à tous les critères requis. 40
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Au terme d'un long et fastidieux processus bureaucratique et sanitaire, les cinq vaches rousses ont été transportées en Israël où elles sont arrivées en grande pompe au mois de novembre 2022. Cette opération a été rendue possible grâce aux efforts de l'association de « l'homme de Jérusalem », la mobilisation de plusieurs personnes, dont des donateurs en Israël et aux États-Unis, mais aussi des forces politiques israéliennes, de droite comme de gauche. Les vaches rousses se trouvent désormais dans la vallée de Beit Shean où des éleveurs s'en occupent soigneusement afin qu'elles restent cacher. À l'heure qu'il est, trois des cinq vaches sont toujours conformes aux critères pour le service dans le Temple. Les deux autres sont précieusement protégées afin de servir à la reproduction.
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En novembre 2022, un convoi très spécial est arrivé à l'aéroport Ben Gourion. À son bord : cinq vaches rousses en provenance des États-Unis. Ces vaches fascinent le monde entier et pour beaucoup annoncent l'entrée dans l'ère messianique. En effet, selon la Torah, les cendres de la vache rousse, qui doit présenter des caractéristiques très précises, sont indispensables à la purification du peuple et au service du Temple.
La dixième vache rousse Haïm Berkovits, qui a activement participé à ce projet, nous explique le symbole très fort de ces vaches rousses amenées en
NEWS À LA LOUPE
Israël : « Cela fait plus de 2500 ans qu'il n'y a pas eu de vache rousse. Jusque dans les années 1000, on pouvait encore utiliser les cendres de la dernière vache rousse, la neuvième de l'histoire. Le Rambam explique que la dixième vache rousse arrivera à l'époque messianique et que le Messie lui-même pourrait orchestrer cette cérémonie avec le Temple reconstruit. Nous y sommes ! » Lors de l'arrivée des cinq vaches rousses, l'émotion était palpable. Le rav Israël Ariel, directeur de l'Institut du Temple, a versé des larmes et déclaré : « Nous sommes entrés dans l'ère des prophéties. » La cérémonie de la vache rousse se déroulait sur le mont des Oliviers, face au Temple ; et Haïm Berkovits souligne qu'un terrain à l'emplacement requis a déjà été acquis. « D'ici peu, nous pourrons
célébrer la cérémonie de la vache rousse », affirme-t-il. Pour ce faire, il suffit d'attendre que les vaches atteignent l'âge de 2 ans et 1 jour. Elles peuvent servir au cérémonial jusqu'à l'âge de 3 ans. Sans la vache rousse, toute volonté de renouveler le service divin est dans une impasse, puisqu'il est impossible lorsque nous nous trouvons dans un état d'impureté. D'ailleurs, tout a été pensé. Il faut absolument des Cohanim (prêtres) purs pour réaliser la cérémonie de la vache rousse – or seule la vache rousse peut purifier. Afin de sortir de ce cercle vicieux, des Cohanim, préservés depuis leur naissance en état de pureté selon la loi juive, ont été formés : ce sont eux qui pourraient, dans quelques mois, procéder à la cérémonie qui permettra de purifier d'autres Cohanim et qui serait un prélude au retour du service divin dans le Temple de Jérusalem.
« Vache rousse » : parmi les mots-clés les plus recherchés sur la Toile
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Le sujet de la vache rousse suscite un émoi planétaire, preuve en est la popularité des mots-clés « vache rousse » dans les moteurs de recherche sur Internet. Plusieurs motivations président à ces recherches. Beaucoup de croyants à travers le monde, et pas uniquement de religion juive, s'intéressent à
la question, qui est un signe de l'arrivée de l'ère messianique. « L'histoire de la vache rousse va changer le monde », s'enthousiasme Berkovits, « les nations vont se rapprocher d'Israël. » Mais on compte également des détracteurs opposés à ce projet, comme les mouvements écologistes qui affichent le slogan : « Libérez les vaches rousses ! » Le sujet est également très populaire sur les sites arabes où l’on observe d'un œil inquiet l'avancée spirituelle du peuple juif sur sa terre. Soulignons aussi la présence d'une opposition au sein même du peuple juif, avec, d'un côté, ceux qui dénoncent le « messianisme » comme un courant de pensée dangereux et fanatique, et de l'autre, certains orthodoxes qui considèrent que c'est une hérésie et qu'il faut attendre la venue du Messie pour enclencher tous ces processus. Pour les initiateurs de ce projet, c'est la pensée inverse qui prédomine : ils sont persuadés que le peuple juif doit hâter la Délivrance. Afin de diffuser cette pensée, un centre sur la vache rousse est en cours de création sur le site de l'ancienne Shilo, là où se trouvait le Tabernacle quand le peuple juif est arrivé en Israël. Les vaches rousses y seront accueillies et le public pourra venir les voir et étudier les règles qui les concernent. n
Le Rambam explique que la dixième vache rousse arrivera à l'époque messianique et que le Messie lui-même pourrait orchestrer cette cérémonie avec le Temple reconstruit. Nous y sommes ! AJ MAG N° 1005
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CONSCIENCE
Les paroles valorisantes, un des cinq langages d’amour Chacun a un langage d’amour primordial, une manière d’exprimer son attention et son affection qui touche en profondeur, et assure à la personne qui en est l’objet qu’elle est véritablement aimée.
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l y a cinq langages d’amour fondamentaux (développés par Gary Chapman dans son livre Les langages de l’amour) : les paroles valorisantes les moments de qualité les cadeaux les services rendus le contact physique Je voudrais m’attarder sur le premier de ces langages : les paroles valorisantes. Les paroles qui valorisent, qui font du bien, sont un des moyens de manifester l’amour que l’on éprouve pour son conjoint, mais aussi ses enfants, ses proches… Ce n’est pas de la flatterie ; ce n’est pas non plus dire à l’autre des choses agréables qu’il souhaite entendre afin d’obtenir ce que vous désirez. Il existe trois grands « dialectes » de la parole valorisante : les paroles d’encouragement les paroles aimables les paroles humbles Chacun d’entre eux renferme deux parties : le fond : les mots la forme : le ton Sachant que 90 % de notre communication est non verbale, il est nécessaire que nos paroles
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soient véritablement sincères et aimantes. Ainsi, le corps et le ton suivront naturellement, eux aussi diront : je t’aime ! L’amour est aimable, alors si nous voulons communiquer notre amour verbalement, nous devons employer des mots et un ton aimables. Si les paroles valorisantes sont le langage de prédilection de votre partenaire, il sera très sensible aux compliments, aux encouragements et aux paroles aimables. N'hésitez pas à lui en prodiguer, son réservoir d'amour se remplira et, reboosté, il mettra plus d'énergie à remplir le vôtre. Soyons attentifs l’un à l’autre et voyons quelles sont les paroles qui lui font du bien. Les exemples sont nombreux et nous sommes tous capables d’en trouver. Voici quelques idées : • Tu es superbe avec cette tenue. • Ton repas est délicieux. • Tu es un très bon bricoleur. • Tu es vraiment très attentionné(e). • Je te remercie pour l’aide que tu m’apportes. Et n’importe quelles autres paroles susceptibles de mettre en évidence notre appréciation de ce que fait l’autre, que ce soient des
paroles d’encouragement ou des paroles aimables. Non seulement ces paroles sont de véritables preuves d’amour, mais elles sont capables de décupler le potentiel de celui ou celle qui les reçoit ! Car lorsqu’on entend quelque chose de positif sur soi, cela donne envie de devenir meilleur. Une femme qui s’entendra dire que sa nouvelle décoration du salon est très réussie aura plus de courage pour refaire la décoration d’une autre pièce. Et le mari que l’on félicitera pour le poulet au curry qu’il vient de cuisiner se proposera de vous en refaire un. Pour réussir à encourager l’autre, il est nécessaire de bien le connaître, de connaître ses envies, ses désirs, ses projets et ses rêves. Une astuce, si vous avez du mal avec les paroles valorisantes : fatesvous une liste de compliments dans un carnet. Vous pouvez la compléter en allant en chercher sur Internet, dans des livres ou des films. Vous pourrez alors écrire tous ces compliments à votre conjoint, ou alors simplement… les lui lire. Les paroles valorisantes s’appliquent également aux enfants, aux adolescents, aux membres de la famille et aux amis.
CONSCIENCE Lorsqu’on entend quelque chose de positif sur soi, cela donne envie de devenir meilleur. Pour savoir si les paroles valorisantes sont votre langage d’amour, posez-vous les questions suivantes : Est-ce que j’aime ce qu’il a dit sur moi en tête-à-tête ou en public ? Ai-je besoin de ses encouragements pour développer un projet ? Est-ce important pour moi de sentir sa confiance dans ce que j’entreprends ? Si, en effet, les paroles valorisantes sont votre langage à vous et que vous trouvez que votre partenaire ne le pratique pas assez, pas de panique ! Cela ne veut pas forcément dire qu'il
ne pense pas ces jolies choses, juste que ce n'est pas sa façon à lui d'exprimer son amour et qu'il ne pense/comprend donc pas que vous en avez vraiment besoin. Alors faites-lui remarquer à quel point cela vous fait plaisir quand il vous complimente et vous encourage. S'il le fait trop peu souvent pour que vous puissiez le lui faire remarquer, faites-lui connaître vos sentiments de façon « aimable », en évitant le « tu ne me dis jamais rien de gentil ! » et en privilégiant l’expression de votre ressenti : « Cela me ferait vraiment plaisir si/j'aimais
beaucoup quand/j'aimerais beaucoup que »… Bien souvent, le problème n’est pas tant que nous manquons d’amour pour les autres, mais plutôt que nous peinons à trouver les justes moyens de l’exprimer. CE QUI COMPTE, CE N’EST PAS CE QUE L’ON DIT, C’EST LE LANGAGE QU’ON UTILISE ! n Hagit Bialistoky Thérapie émotionnelle et coach de vie – carrière et mariage (spécial célibataires) Pour un coup de boost hebdomadaire, rejoignez mon groupe WhatsApp « Restez motivée » : envoyez-moi un message au 050-7524670.
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JUDAÏSME On parle souvent du rôle des parents dans l’éducation de leurs enfants en général et dans leur rôle de passeurs de la Torah en particulier. Mais que nous disent nos Textes sur la place des grands-parents ? C’est ce que Yaël nous propose de découvrir dans cette rubrique. Pédagogue, titulaire d’un doctorat en études juives et bénévole auprès de clubs de grands-parents, elle s’est penchée sur le rôle éducatif des grands-parents selon le judaïsme. Elle nous invite à revenir aux Textes, et à découvrir si le judaïsme a un message à proposer aux papis et aux mamies.
Épisode 5
À quel point doit-on investir dans nos petits-enfants ? © Flash 90
PAR YDOT
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a Mekhilta (Nezikin) conseille fortement de marier ses enfants quand ils sont jeunes. Ainsi, on peut s’assurer de connaître nos petits-enfants et avoir la chance de réaliser la mitzva proposée dans nos fameux versets de référence (Devarim IV, 9-10) – cette idée est renforcée dans le Talmud de Jérusalem (Kidouchin, 1, halakha 7). La mitzva de transmettre est interprétée par Maïmonide comme incombant bien entendu aux parents et aux grands-parents, mais finalement à chacun, pour en faire profiter le maximum d’élèves, même sans lien de parenté – ne 44
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considère-t-on pas les élèves comme des enfants ? Alors jusqu’où cet effort doit-il être poursuivi ? « Rabbi Yehouda a dit, Rabbi Chmouel a dit : “Comme Zébulon ben Dan, dont le père de son père lui avait enseigné la Torah, la Michna et le Talmud, la Halakha et l’Aggada […] en quoi le père du père est-il obligé ? N’est-il pas écrit : ‘Enseignez-les à vos enfants en les répétant’ (Devarim XI,19) – et non pas : ‘aux enfants de vos enfants’ ? Quel est donc ce commandement : ‘Fais-les connaître à tes enfants et aux enfants de tes enfants’ ? Cela vient t’enseigner que celui qui
JUDAÏSME enseigne la Torah à son fils est considéré comme s’il l’avait enseignée à son fils, au fils de son fils et jusqu’à la fin des générations ! […]”. » (Traité Kidouchin, 30a) Le Midrach affirme en ce sens que le roi Salomon écrivit le « Écheth 'hayil » en l’honneur de son aïeule Ruth, qui siégea à ses côtés lors de son règne. Le Meïri ajoute que le grand-père doit enseigner la Torah tant au fils de son fils qu’au fils de sa fille. Il s’agit avant tout de la loi écrite. Pour cela, si nécessaire, il faudra payer un enseignant – cette obligation de dépenser de l’argent ne concerne que les petits-enfants, et non tous les élèves. Et cette mitzva, pour être complète, doit se faire ensemble, lorsqu’on accompagne les enfants à l’école et que l’on révise avec eux (Tour, Choul'han Aroukh, Yoré Déa, lois concernant le Talmud Torah). Alors ce n’est ni d’un chauffeur ni d’une baby-sitter que les enfants ont besoin, mais de grands-parents qui leur montrent le chemin de l’étude. Que ce soit à l’école, au Talmud Torah, au collège ou au mouvement de jeunesse, en accompagnant nos jeunes et en leur demandant ce qu’ils ont appris, nous leur témoignons notre intérêt pour ce qu’ils font ; et c’est également l’occasion, lors de cet échange, de compléter leur savoir et de leur montrer que nous aussi, nous connaissons tel chant, tel texte, telle explication. Ce devoir concerne également la transmission aux filles. Une grande partie de la maison juive repose sur les femmes vaillantes et savantes qui mettent en pratique les lois étudiées dans le Texte. Les grandsmères transmettent la tradition à leur manière, avec la sensibilité et la douceur qui leur sont propres. À notre époque, il nous est possible de renforcer ce lien à l’étude en faisant avec nos petits-enfants des activités concrètes comme constituer l’arbre généalogique de notre famille, faire des voyages dans les contrées retirées où ont vécu nos aïeux et où nous avons grandi (que ce soit au Maroc ou en Pologne), profiter de vacances en France (en Alsace comme en Provence) ou ailleurs pour y rechercher la synagogue, le cimetière, la « rue des Juifs », et découvrir avec eux cette part d’histoire. Enfin, visiter Israël Bible en main permet de joindre les Textes à la réalité, la théorie à la pratique, ainsi que de consolider la chaîne des générations après deux millénaires d’exil. Qu’il s’agisse du lien au Texte, au peuple ou à la terre, ce sont là différents moyens de créer un sentiment d’appartenance et d’impacter l’identité juive en chacun. Et une fois que nos descendants prennent conscience de cette appartenance, le processus de prise de responsabilité s’enclenche en eux. Être responsable, c’est s’engager et préserver son patrimoine, ce qui assure la continuité. n
Horaires de chabbat
Chabbat VaEra 12 janvier 2024-2 Chvat 5784 Jérusalem 16h14 17h35 Tel Aviv 16h33 17h36 Netanya 16h32 17h35
Chabbat BeChala'h 26 janvier 2024-16 Chvat 5784 Jérusalem 16h27 17h47 Tel Aviv 16h46 17h48 Netanya 16h45 17h47
Chabbat Bo 19 janvier 2024-9 Chvat 5784 Jérusalem 16h20 17h41 Tel Aviv 16h39 17h42 Netanya 16h39 17h41
Chabbat VaYigach 2 février 2024-23 Chvat 5784 Jérusalem 16h33 17h53 Tel Aviv 16h52 17h54 Netanya 16h52 17h53
Tou biChvat 25 janvier 2025 15 Chvat 5784
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AU NOM DE LA LOI
Pidione chvouïm Le « rachat » des prisonniers est défini par le Talmud comme une mitzva primordiale. C’est pourquoi le Choul'han Aroukh statue qu’il faut libérer les prisonniers au plus vite, même si pour cela il faut vendre une synagogue, voire un Sefer Torah. Dans le Traité Guitin, le Talmud établit une limite à ce devoir : le prix de rachat ne peut excéder la « valeur » du prisonnier.
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a situation d’un otage, explique le Talmud, est en quelque sorte pire que la mort, car il peut à tout instant être exécuté, ou abandonné et mourir de faim. D’ailleurs, celui qui retarde la réalisation de la mitzva du rachat d’un prisonnier est considéré comme s’il avait versé le sang de ce prisonnier. Une échelle de valeur est cependant fixée, afin d’éviter que les membres de la communauté ne représentent une cible privilégiée de ces agissements criminels que sont les prises d’otages. En pratique, le Choul'han Aroukh tranche ainsi : on ne rachète pas les prisonniers à un prix exorbitant parce que cela encourage les enlèvements. C’est sur cet argument que s’est fondé le Maharam de Rottenburg lorsqu’il fut enfermé par l’empereur Rodolphe 1er de Habsbourg dans la forteresse d’Ensisheim en 1286. La rançon abusive de 23 000 marks d’argent fut rassemblée par la communauté mais le maître refusa d’être racheté et mourut en prison en 1293, pour éviter que ces chantages ne se reproduisent. Une question se pose : que se passe-t-il lorsque l’otage ou ses libérateurs sont en danger de mort (et comme nous l’avons expliqué, un otage ou un prisonnier se trouve par définition face à un danger de mort) ? Les limites précédentes s’appliquent-elles, ou s’effacentelles devant la valeur de la vie humaine ? Certains décisionnaires statuent qu’en cas de danger de mort, il n’y a plus aucune limite à observer – parmi eux, le rav Chlomo Louria (Pologne), le rav Yaakov de Castro (Égypte), ou, plus récemment, le rav Ovadia Yossef et le rav Haïm Kanievsky. La réalité moderne d’une guerre asymétrique entre l’État d’Israël et des groupes terroristes a entraîné une reformulation de cette ancienne question. 46
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Lorsque la rançon demandée n’est plus une somme d’argent, mais la libération de terroristes qui, très probablement, reviendront à leurs activités criminelles, la réponse reste-t-elle toujours valable ? Peut-on faire passer la vie d’un ou plusieurs otages avant la sécurité de toute la société, voire la vie de futures victimes ? En 1976, le vol Air France 139 à destination de Paris est détourné par quatre terroristes du FPLP et deux Allemands vers Benghazi en Libye, puis Entebbe en Les photos des otages du Hamas projetées sur le mur d'enceinte de la Vieille Ville de Jérusalem. © Flash 90
Ouganda. Les Palestiniens exigent la libération de 53 terroristes propalestiniens détenus à travers le monde, en échange des 106 otages juifs et hommes d’équipage. Yitzhak Rabin demande alors à un conseil rabbinique – dont le rav Ovadia Yossef faisait partie – l’avis de la Loi juive. L’argument central évoqué est le danger immédiat et évident pesant sur la tête des otages, face à un danger plus lointain et hypothétique pesant sur d’autres Juifs. En effet, même s’il est certain qu’un terroriste libéré va tenter de nouveaux attentats, il arrive souvent que ces tentatives soient déjouées par les forces de sécurité d’Israël. Dans ce cas, logiquement, le danger immédiat « pèse plus lourd » et l’on fera le nécessaire pour libérer les otages. On pourrait remettre en question cet argument lorsque le nombre de terroristes devient tellement important que statistiquement, il est inévitable qu’il y ait de nouvelles victimes. Un second argument est fondé sur un autre texte du Talmud selon lequel, si des ennemis menacent un groupe de Juifs en leur disant « soit vous nous livrez l’un d’entre vous, soit nous vous exécuterons tous », le groupe tout entier devra se laisser tuer plutôt que de livrer l’un de ses membres à la mort. On pourrait donc entendre ici que les otages doivent se
laisser tuer plutôt que de mettre en danger d’autres Juifs. Mais le rav Ovadia Yossef réfute l’argument en apportant le cas suivant : un missile se dirige vers une haute tour qui renferme des centaines d’habitants. La seule option disponible est de faire dévier la roquette vers une maison où vit une seule famille. Ne rien faire entraîne la mort de centaines d’innocents supplémentaires de la seule main des terroristes, mais intervenir signifie prendre une part active dans la mort de cette unique famille. La réponse est que la déviation n’est pas un acte meurtrier mais un acte protecteur, un acte de salvation qu’on ne peut me reprocher et qui sera donc préférable. Dans le cas des otages, livrer un homme à la mort est un crime, et par conséquent, on ne livrera pas un Juif pour en sauver d’autres. Par contre, libérer des assassins pour sauver les otages est un acte de salvation, qui sera donc préférable. En pratique, le conseil rabbinique a tranché pour sauver les otages, même au prix de la libération de terroristes. Cependant, de nombreux autres rabbanim, dont le rav Mordekhaï Eliyahou, le rav Dov Lior et le rav Yaakov Yossef (fils du rav Ovadia Yossef), s’étaient opposés à l’échange dans ces conditions. À la base de leur opposition, une considération fondamentale : les lois de la guerre sont, par nature, différentes de celles des conflits civils, à commencer par le simple fait que le soldat enrôlé dans l'armée perd son droit de refuser de combattre. Malgré le danger de mort, il a le devoir suprême de partir au combat, même pour une « guerre facultative » (dont la légitimité de l'initiative est validée par le Sanhédrin). Or ceci est contradictoire avec le principe fondamental qui établit que le « pikoua'h nefech », sauver la vie humaine, repousse toutes les autres valeurs de la Torah. Lorsque des libérations d’assassins qui mettent en danger la collectivité nationale sont exigées, la conclusion est discutée et dépend beaucoup des circonstances. Il y a une collision entre le devoir du gouvernement face au devenir des otages, et celui de garantir le destin de la nation juive et de l'État d'Israël. Prions ensemble pour que l'inspiration et la protection divines illuminent les décisions cruciales du gouvernement et nous mènent à la victoire. n Rav Avraham Dray Rabbin de communauté à Ashdod - Fondateur de Chadarim Directeur du Desk France du Mizra'hi mondial Pour contacter le rav Dray : avdery7@gmail.com AJ MAG N° 1005
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LE KLING DU MOIS
Tsahal et le chevalier noir
P
our que chez nos adorables voisins, plus personne ne songe de nouveau à commettre des atrocités telles que celles que nous avons connues à Simh'at Torah, il est indispensable que la victoire sur le Hamas soit cette fois-ci indiscutable. Ce n'est pas évident. Vous vous souvenez de la scène du chevalier noir dans les Monty Python ? Le chevalier noir veut empêcher le roi Arthur de passer. Un duel s'ensuit et Arthur parvient à lui couper un bras. Mais le chevalier continue à se battre, alors Arthur lui coupe le second bras, puis une jambe, mais le chevalier ne reconnaît toujours pas sa défaite et continue à se battre en sautillant sur sa jambe restante. Arthur lui coupe alors la seconde jambe et, du chevalier noir, il ne reste plus qu'un tronc et une tête. C'est alors qu'on l'entend dire : « C'est bon, match nul ! » Même si Tsahal parvient à lui ôter ses bras et ses jambes, tant que le Hamas sera en mesure de dire : « C'est bon, match nul », ce ne sera pas une victoire et Israël ne retrouvera pas sa force de dissuasion. Nous sommes donc tenus d’aller jusqu'au bout. Il faut décapiter l'adversaire – et bien sûr, cela prend du temps. La seule chance pour le Hamas d'éviter la défaite, c'est précisément de gagner du temps : plus la guerre s'éternisera et plus les pressions exercées sur Israël seront grandes ; et le Hamas espère bien que le monde réussira à nous arrêter avant qu'il ne soit obligé de reconnaitre sa défaite. Espérons, pour notre part, que cette fois-ci le gouvernement trouvera la force de résister aux pressions. Cette force de résistance dépend en grande partie du moral de la population israélienne. Or celui-ci reste étonnamment très élevé. Je dis « étonnamment » parce que cette résilience, cette capacité à se relever du coup porté le 7 octobre, cette mobilisation de nos soldats, cette solidarité dont tout le peuple fait preuve, cette volonté de mettre nos différends de côté pour se concentrer 48
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PAR ELIE KLING sur l'objectif essentiel, tout ceci mérite toute notre admiration. Notre détermination nous étonne nous-mêmes et, j'en suis persuadé, elle a surpris nos ennemis qui ne s'attendaient certes pas à une telle réaction. Nous savions que notre peuple ne se décourage jamais ; mais cette fois, l'ampleur et la rapidité de la riposte suite à la gifle que nous avons reçue il y a trois mois tiennent du miracle ! Comme si l’on relâchait un ressort trop fortement et trop longtemps pressé. Il me semble cependant que pour conserver autant que nécessaire le moral de la population, duquel dépend aussi celui de nos soldats, il faut retrouver le sens de la proportion dans le traitement par la presse et les réseaux sociaux des pertes israéliennes. Chaque soldat tué au combat est une tragédie pour ses proches et ses amis. Lui rendre l'hommage qu'il mérite, c'est le devoir de toute la population. Mais est-on réellement obligé, alors que les combats font rage, de rendre compte de chaque enterrement, d'interviewer plusieurs des proches des défunts et de mettre davantage l'accent sur les oraisons funèbres que sur les actes de bravoure ? Il n'est probablement pas politiquement correct de faire ce genre de comparaison macabre, et pourtant, depuis le 8 octobre, nous avons perdu beaucoup moins de soldats en trois mois que durant les six jours de la guerre de 1967 ! On nous avait prédit que l'entrée des troupes à Gaza provoquerait une hécatombe parmi nos hommes, on parlait de milliers de morts – fort heureusement, on en est très loin. Des soldats de retour du front pour une permission de quelques heures nous racontent leur frustration en constatant le fossé qui sépare, d'une part, la satisfaction qu'ils ressentent sur le terrain devant l'avance des troupes et l'élimination systématique des menaces terroristes, des tunnels, des explosifs, des entrepôts, et d'autre part, l'atmosphère de deuil et de
mélancolie qui semble s'être emparée des chaînes de télévision et des radios, une atmosphère qui, à moyen terme, pourrait avoir pour effet de démoraliser la population. Israël a l'habitude de consacrer une journée par an au souvenir des soldats tombés au combat pour la défense du pays. Ce jour-là, les radios diffusent des chansons tristes et les parents, les conjoints et les enfants de nos héros nous font partager leur douleur. Mais aucun pays, pas même Israël, ne peut se permettre 90 jours de Yom HaZikaron consécutifs sans porter atteinte au moral national. Ce dont nous avons besoin plus que tout aujourd'hui, c'est au contraire de multiplier les moments de joie et de bonheur, souligner les innombrables actions de solidarité et de volontariat, raconter les actes de bravoure – bref, relever la tête et montrer à nos ennemis qu'ils ont tort de miser sur un affaiblissement de notre détermination. Le Hamas espère réussir à démoraliser la population afin que l'opinion publique fasse pression sur le gouvernement pour faire cesser les combats au moment où ils pourront encore déclarer « match nul », comme le chevalier noir. Nous devons au contraire reprendre le plus vite possible nos activités habituelles. N'ayez pas mauvaise conscience de célébrer festivement une barmitzva ou un mariage ! Chaque manifestation de joie de vivre, chaque sortie au restaurant ou au concert est un acte de résistance au terrorisme. Elle renforce nos soldats et notre gouvernement, elle participe à l'effort de guerre. Le peuple d'Israël aime trop la vie pour se laisser gagner par la tristesse et la douleur. Nous aurons tout le temps, après la victoire, de porter le deuil de nos soldats et de leur rendre tous les hommages qu'ils méritent. En attendant, vivons ! Am Israël 'haï ! Arrêtez-moi si je dis des bêtises… n klingelie@gmail.com
UNE ANNÉE AVEC LA CABALE
Secrets du Temps
Pardès – le Verger – ce sont les quatre niveaux
La Délivrance d'Adam
Kabbala et 'Hassidout. Que cet éclairage vienne
PAR ARIELA CHETBOUN
I
magine l’histoire de l’humanité comme celle d’un homme immense et unique. Que cette histoire court depuis la Genèse jusqu’aux temps messianiques. Imagine que nous sommes tous unis dans ce corps. Imagine encore que le monde végétal et animal fait partie d’Adam haRichon, et les nations aussi. Cet « homme » réalise le rêve de Dieu ! Voilà l’histoire du monde, le Projet divin : nous sommes un tout, un ensemble, nous et le monde, Un. Une unité avec une infinité de dévoilements limités particuliers, tout en nuances : moi, toi, lui, elle… Adam, le « premier » homme, enclenche le processus de création de la matière, donc de la mort et, ainsi, du temps. Il arrive après la création et la destruction de plusieurs mondes. Sa mission : réparer le monde, en faire le Tikoun, c’est-à-dire l’arrangement, car dans ce monde imparfait les choses sont en désordre – Bien et Mal mélangés. Cette notion de Tikoun, de réparation, s’oppose à celle de Tohou (comme dans « tohu-bohu »), de chaos primitif. Dans ce monde primal du Tohou, tout est déjà présent, mais mal disposé – il y manque encore la structure dynamique harmonieuse de l’Arbre de Vie, avec un centre, une droite et une gauche. Les valeurs y sont alignées sur une seule ligne fragile. C’est le « Monde des points » : les uns
d’étude de la Torah. Ariela Chetboun met par écrit l’enseignement oral reçu de ses maîtres en בסיידcompléter ce que nous savions jusqu'ici.
derrière les autres, chacun ignore son prédécesseur et celui qui le suit. Dans ce monde, chacun croit être parfait, autosuffisant, et veut ignorer son Créateur. C’est l’univers de l’égo hypertrophié qui n’a ni le désir ni la capacité de donner, de recevoir, de partager. Aujourd’hui, dans le Monde du Tikoun qui est le nôtre, un univers où nous devons toute notre vie réparer nos failles personnelles, développer la qualité de nos relations et améliorer le monde qui nous entoure, nous savons que pour recevoir, il faut d’abord donner. Nous savons qu’il faut de la mesure en toute chose – une droite, une gauche et un centre –, que la vulnérabilité accroît l’empathie et qu’il faut avoir été brisé par la vie pour devenir plus humain. Et nous savons que pour connaître vraiment quelque chose ou quelqu’un – à commencer par soi-même, bien sûr –, il faut en avoir exploré le côté sombre. Le Monde des points a volé en éclats. Chvirat haKelim, la « Brisure des vases » insuffisamment préparés à recevoir le message civilisationnel divin, a créé le manque de l’Unité perdue et largué dans l’univers immatériel les fragments de ces réceptacles brisés. Ces parties de nous, ces klipot, ces écorces cachent la Lumière divine : c’est cela, le « Mal ». Mais grâce à elles, le libre arbitre peut être exercé. C’est
parce qu’elles masquent Dieu, l’Unité perdue, que nous pouvons être libres de nos choix, car si tout était visible, évident, si Dieu était dévoilé à nos yeux, il n’y aurait pas à choisir entre le Bien et le Mal ! Le détail détaché de son ensemble, décontextualisé, isolé : voilà le Mal. Le Bien, le Tov, c’est voir le Tout dans chaque événement, c’est avoir une vision d’ensemble. Imagine qu’il existe un Plan divin… n
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RECETTES
Courgettes Canistrelli au cédrat au cédrat du Cap Corse INGRÉDIENTS Pour environ 20 canistrelli • 1 kg de farine • 400 g de sucre en poudre • 3 sachets de sucre vanillé • 2 sachets de levure • 500 g de cédrats confits découpés en tout petits morceaux • 2 verres à moutarde d’huile de tournesol • 2 verres à moutarde de liqueur de cédrat • 2 cl d’eau
INGRÉDIENTS Pour 4 personnes • 500 g de petites courgettes • 2 c. à s. d’huile d’olive • 1 cédrat frais • Gros sel et poivre
PRÉPARATION l Lavez puis coupez en fines
rondelles les courgettes.
l Faites-les revenir dans une
grande poêle avec l’huile d’olive jusqu’à ce qu’elles soient moelleuses. l Râpez le zeste du cédrat frais sur les courgettes. l Salez et poivrez. Vous pouvez remplacer les courgettes par des aubergines, et aussi les griller au four plutôt que de les cuire à la poêle. 50
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PRÉPARATION Dans un grand récipient, versez la farine, le sucre, le sucre vanillé, la levure et les cédrats confits. Mélangez le tout. l Faites un puits et versez-y l’huile, la liqueur de cédrat et l’eau. l Mélangez bien pour former une pâte. l Laissez reposer une heure. l Mettez un peu de farine sur du film alimentaire étalé sur votre plan de travail ou sur une plaque en marbre, et abaissez la pâte avec un rouleau à pâtisserie jusqu’à ce qu’elle fasse moins d’un centimètre d’épaisseur. l Découpez des rectangles de pâte. l Tapissez la plaque du four de papier sulfurisé et disposez environ 40 rectangles par plaque. l Saupoudrez les canistrelli d’un voile de sucre. l Faites cuire 35 minutes dans un four préchauffé à 160°. l À conserver dans une boîte en fer. l
Xavier Calizi, Recettes de cuisine des cédrats du Cap Corse, Corse, Éditions A fior di Carta lescedratsducapcorse.com
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Stella, une Juive corse, était en classe avec Samir à Bastia. Stella voyait Samir comme une espèce de prince des mille et une nuit, et ce qui devait se passer se passa : arrivés à l’âge adulte, les deux jeunes gens se marièrent. De retour en Corse après leur voyage de Noce en Algérie, Samir semble complètement métamorphosé. Un soir, il traverse le salon d’un pas lourd et s’adresse à sa jeune épouse sur un ton très agressif : – À partir de maintenant, je veux que tu saches que JE suis le maître de cette maison et que ma parole est la loi ! Maintenant JE veux que tu me prépares un repas spécial car ma famille vient manger. Et j’exige un somptueux dessert ! La jeune épouse écoute avec attention. Son mari poursuit : – Ensuite, quand ma famille sera partie, tu vas me faire couler un bon bain afin que je puisse me relaxer, et quand j'en aurai terminé avec mon bain, devine un peu qui va me peigner et m'habiller ? Stella lui répond dans un murmure : – Les pompes funèbres.
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Ruben vient de perdre sa femme. Il ne cesse de pleurer, au point que le rabbin de la communauté va le voir pour tenter de le consoler. – Voyons Ruben, ne pleure pas comme ça. Ne crois-tu pas en la résurrection des morts ? – Si, Monsieur le Rabbin : c’est bien pour ça que je pleure !
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Un archéologue qui mène des fouilles dans le désert du Néguev fait un jour une découverte extraordinaire : à l’intérieur d’un caveau, il trouve une sorte de sarcophage contenant un corps momifié. Aussitôt, il examine la momie
avec tous les moyens dont il dispose, puis, tout excité, il appelle le conservateur du Musée d’Israël : – Je viens de découvrir une momie vieille de trois mille ans. Il s’agit d’un jeune homme qui est mort d’une crise cardiaque ! Le conservateur du musée est plus qu’enthousiaste : – C’est exceptionnel ! Faites-nous parvenir la momie pour que nous puissions vérifier tout cela. Une semaine plus tard, la momie arrive dans le laboratoire du musée. Le conservateur et une équipe de scientifiques procèdent à leurs propres examens. Au bous de trois mois, le conservateur appelle l’archéologue pour lui donner le résultat : – Vous aviez tout à fait raison, tant pour l’âge de la momie que sur la cause de la mort. C’est incroyable ! Comment avez-vous pu deviner ? – Facile, répond l’archéologue. Le corps momifié tenait un bout de papier dans la main, sur lequel il était écrit : dix mille shekels sur Goliath ! Les blagues sont issues du livre de Josy Eisenberg, Ma plus belle histoire d'humour. Avec l'aimable autorisation de la famille.
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Des milliers de familles du Sud ont perdu leur travail, ne peuvent plus payer leurs factures et subvenir aux besoins essentiels de leur quotidien. Les familles déplacées sont particulièrement démunies.
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