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AJ Magazine (anciennement LPH magazine) 7 décembre 2023

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Jeudi 7 décembre 2023 24 Kislev 5784 Nº 1004 | Mensuel

DOSSIER

LA BATAILLE POUR LA VIE EN ISRAËL REPORTAGE

RÉFUGIÉS DANS LEUR PROPRE PAYS

HISTOIRE

LES « POPULATIONS CIVILES » DE ZEEV JABOTINSKY À AMIT SEGAL

ÉCONOMIE

EN FINIR AVEC LES MONOPOLES

Professeur Sergio DellaPergola

« LES ISRAÉLIENS SONT FONDAMENTALEMENT OPTIMISTES QUANT À L’AVENIR » AJ MAG N° 1004

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Fondateur Serge

Fondateur Serge

N° 1622

Zal

2 décembre

actualitejuive.com

2021 - 28 Kislev

5782

‫מודיעין‬ ‫שולם‬ P.P. 6782

Benattar

N° 1623

Zal

actualitejuive.com

d’un projet • La genèse exceptionnel e, Égypte : t • Tunisie, Algéri se réapproprien ces pays qui juive ire leur mémo avec Jack Lang • Entretiens Stora et Benjamin la redécouverte re, à Maroc • Le e plurimillénai de son judaïsm Malka par Salomon : Mizrahim • Séfaradim, la nouvelle à Israël face le » « question orienta Bittan, nages de Haïm u, • Avec les témoig it, Pierre Mamo a Denis Charb et Sergio Della Pergol Didier Nebot

Culture

Monde

2021 - 5 Tevet

-19

ocile Israël, l'ind s-Unis allié des État

p. 46

Benattar

dad, Mondeham Elha Avra elles Sarc le vote e deU, l'âm À l'ON ce ne de la Fran 36 p. indig p. 21

actualitejuive.com

16 décembre

2021 - 12 Tevet

5782

GRAND ANGLE

Tel Aviv, ville la plus chère au monde p. 22-23

L'honneur un retrouvé d' innocent

Israël • Comment la diffusion veut freiner Omicron du variant : et traitements • Vaccination les instruments le point sur es les plus efficac avec • Entretiens t Deray Gilber Pr le Kierzek et le Dr Gérald

Disparition

5782

2€

N° 1624

Zal

us Alfred dreyf

» ème vague • Une « cinqui upante intense et préocc

BHL Le film de salem primé à Jéru

entretien

dad, Patrick Had le visage de Sarcelles

Fondateur Serge

p. 15 9 décembre

Covid La saga des tLa guerre en ri Juifs d’O des nerfs

exposition

l’IMA événement de

10

10

Benattar

‫במקרה‬ ‫נא להחזיר של אי מסירה‬ 10 ‫לרחוב הרב אגן‬ 9422505 ‫ירושלים‬

L‘INFORMATION À SA SOURCE EN TEMPS RÉEL C‘EST SUR LE GROUPE WHATSAPP LPHINFO

idées

alisme t du nation • L’assaut violen mitisme contre et de l’antisé la République ers dreyfusards e des premi • La solitud r la mémoire pour honore • Un Musée et de ses défenseurs e ine capita du a couvert l’affair ue Theodor Herzl • Comment conçu le sionisme politiq uazana, à Paris et Cécile Lévy-O Oriol nages de Anner et Philippe • Avec les témoig uiz, Louis Gautie Édition Yaël Perl-R Israël MONDE une SCIENCES dissèque Joe Biden,

et Pascal Ory e ues Lewiner l'antisémitism Jacq èle du Technion le mod p. 36

Édition Israël

efficace ? diplomatie p. 26

p. 48-49

p. 32

Rejoignez-nous dès maintenant pour être informé de la situation sécuritaire en Israël ! 2

AJ MAG N° 1004


La lumière est au bout des tunnels

L

‫מנכ''ל‬ Directeur de la publication Ariel Kandel

Journalistes : Esther Amar Guitel Ben-Ishay Béatrice Nakache Nathalie Sosna-Ofir Pascale Zonszain Eden Levi-Campana Charles Szlakmann Contributeurs : Yoel Benharrouche Avraham Dray Yoel Haddad Ariela Chetboun Elie Kling Carole Rotneimer Daniel Rouach Correctrice Carine Brenner Direction artistique Studio Actualité Juive Service iconographique Istock – Flash 90

édito

‫עורכת ראשית‬ Rédactrice en chef Anne-Caroll Azoulay caroll@actualitejuive.com

Service commercial et publicitaire contactisrael@actualitejuive.com 058-461-6262 Service abonnements contactisrael@actualitejuive.com Secrétariat LPH/AJ 058-461-6262

e 2 novembre dernier, dans le tourbillon des messages WhatsApp, l’un d’eux retient mon attention : « Je suis sage-femme à Shaare Zedek », témoigne Rachel Levy. « En ce jour difficile où nous comptons nos morts, Je voudrais partager avec vous un autre décompte. Hier soir, nous avons découvert que, grâce aux familles du Sud réfugiées à Jérusalem, nous avions battu le record du nombre de naissances en un mois : 1823 ! Merci aux femmes des soldats qui sont venues chez leurs parents, et merci aux femmes de Jérusalem et des environs qui viennent en masse accoucher chez nous. Cela nous donne beaucoup de force et d'espoir : la nation d'Israël est bien vivante. Nous sommes une nation pour l’éternité ; et cette réponse, tous ces adorables bébés, contribuera à apporter de la joie au monde avec une grande fierté. » En ces temps marqués par le deuil et la tristesse, une réponse s’imposait, à laquelle nous avons consacré le dossier du mois : la bataille pour la vie ! Prévu de longue date, ce dossier qui traite des efforts pour permettre aux couples non fertiles de donner la vie n’a jamais été autant d’actualité. Face à l’obscurité voulue par nos ennemis : la lumière de la vie préservée coûte que coûte par notre peuple, meurtri mais debout. Comme ces enfants juifs extraits un par un du ventre noir et froid des tunnels de Gaza pour rejoindre la chaleur de leurs familles aimantes. Oui, le prix est lourd et l’humiliation tenace face à ces terroristes qui obligent leurs victimes à saluer et sourire à leurs bourreaux ; mais sauver ces enfants et leurs mères, c’est sauver des générations entières. Ici, en terre d’Israël, la bataille pour la vie n’est pas une notion abstraite. L’ampleur de ma peine est à la hauteur de ma tendre admiration pour nos soldats, nouveaux Maccabim des temps modernes, et plus généralement pour notre peuple, si touchant dans ses efforts pour se relever. Les barbares du Hamas-Daech ont voulu nous éteindre et ils ont fini par faire jaillir une incroyable lumière de nos âmes unies par la douleur. Reste à espérer que les victimes assassinées et les valeureux soldats tombés au combat ne sont pas morts pour rien. Ce qui a fait prospérer les barbares, c’est avant tout notre peur des nations – arabes, européennes ou américaine. Cessons d’être une nation otage du regard de l’autre. Cessons d’être victimes du syndrome de Stockholm en justifiant sans cesse notre droit à nous défendre contre le Hamastan. Jour après jour, nous écrasons de notre talon l’obscurité, car nous le savons : la lumière est au bout des tunnels. n

Adresse 10-12 rehov HaRav Agan, Jérusalem Contact petites annonces contactisrael@actualitejuive.com LPH Supplément mensuel de l’hebdomadaire Actualité Juive ‫ הפצה‬Distribution

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EN COUVERTURE : © Flash 90

'Hanouka samea'h AJ MAG N° 1004

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sommaire N° 1004 5

CARTES SUR TABLE

Lo ténatz'hou oti, vous ne me vaincrez pas 22

L'ÈRE 2.0

La guerre d’aujourd’hui, la high-tech de demain 24

REPORTAGE

Réfugiés dans leur propre pays

6-21 DOSSIER LA BATAILLE POUR LA VIE EN ISRAËL

l 1, 2, 3… BÉBÉS ! l RENCONTRE AVEC LE PROFESSEUR

27 OPÉRATION DE

SOUTIEN POUR LE SUD •Michel Nakache :

« La chaîne économique du pays est brisée »

•Matthieu Clouvel-Gervaiseau,

consul général de France à Tel Aviv •Témoignage de Séphora Attia 30

BOUILLON DE CULTURE

Urban Sketchers : dessiner ou peindre ensemble 32

NEWS À LA LOUPE

Ces lanceurs d’alerte qui n’ont pas été écoutés 34

ÉCONOMIE

Professeur Yaron Zelekha : En finir avec les monopoles 36

HISTOIRE

Les « populations civiles » de Zeev Jabotinsky à Amit Segal 4

AJ MAG N° 1004

SERGIO DELLAPERGOLA l DR HAVA SCHREIBER :

« MA DOUBLE BATAILLE CONTRE L’INFERTILITÉ » l ASSURER UNE DESCENDANCE

AU-DELÀ DE LA MORT l PLUS LOIN AVEC… MYRIAM SAFRAI,

DE L’HÔPITAL SHEBA l VAINCRE DEMAIN L’INFERTILITÉ l INFERTILITÉ ET HALAKHA 40

CONSCIENCE

• Parlons-nous vraiment la même langue ? • Résilience en temps d'épreuve

ET AUSSI... Santé (38), Leadership (43), Judaïsme (44), Horaires de chabbat (45), Au nom de la loi (47), Le Kling du mois (48), Recette (49), Immobilier (52)…


CARTES SUR TABLE

Lo ténatz'hou oti, vous ne me vaincrez pas

Y

PAR ARIEL KANDEL

ehoram Gaon, le chanteurculte israélien, a joué le rôle de Yoni Netanyahou, za''l, dans un film inoubliable qui relatait la libération des otages à Entebbe par Tsahal. Depuis le 7 octobre, la célèbre chanson de Yehoram Gaon, « Lo ténatz'hou oti », écrite par Naomi Shemer, permet à chacun d'entre nous de reprendre espoir dans les moments difficiles. Lo ténatz'hou oti, vous ne me vaincrez pas. Lo menatz'him oti kol kakh maher, on ne me vainc pas si vite. Au-delà des faits, la difficulté de chacun Une scène du film Entebbe de Menahem Golan, à l'aéroport Ben Gourion. Au centre du groupe, l'acteur/chanteur est aussi de garder la Yehoram Gaon qui jouait le rôle de Yoni Netanyahou. © GPO foi. Malgré les différents depuis le centre du monde, depuis le Temple de dilemmes et les nombreuses questions, nous nous Jérusalem: un miracle également. devons de continuer à croire en Dieu et en notre C’est ainsi que la stratégie était et reste la stratégie du peuple. Malgré les erreurs, il faut garder confiance et/et, et non celle du ou/ou. Nous devons, avec l'aide dans l'élite de notre pays : ces hommes et ces femmes de Dieu, ET assurer que les populations du Sud et du qui, à la tête de Tsahal et des forces de sécurité, font tout, jour et nuit, pour permettre au peuple d’Israël de Nord vivent en sécurité, ET apporter de la lumière et des valeurs au monde, en nous préoccupant de poursuivre sa route. la vie de chacun de nos frères et sœurs qui sont Les quelques lignes qui, dans le Talmud, parlent emprisonnés dans les geôles de Gaza. de 'Hanouka font allusion à cette association Seulement de la sorte, nous sortirons grandis de cette entre le Maître du monde et son peuple pour terrible épreuve. Grands comme la traduction de apporter de la lumière au monde. Car la Gaon, patronyme de Yehoram qui, en chantant, aide victoire militaire sur l'ennemi grec relevait tout un peuple à surmonter la crise : personne ne bien d’un miracle, lors duquel Dieu fut aux nous vaincra et nous continuerons à construire notre côtés de son peuple dans le combat. Le fait patrie. n d'avoir pu continuer à propager de la lumière AJ MAG N° 1004

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La bataille pour la vie en Israël DOSSIER RÉALISÉ PAR NATHALIE SOSNA-OFIR

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AJ MAG N° 1004


AJ MAG N° 1004

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DOSSIER

1, 2, 3… bébés ! Israël fait des bébés plus que tout autre pays occidental. Si vous n’avez pas d’enfant, on vous demande « Mais pourquoi n’en as-tu pas ? » Si vous en avez un, c’est : « Alors, le deuxième, c’est pour quand ? », et ainsi de suite, généralement jusqu’à trois, voire plus. Comment expliquer cette tendance pronataliste ?

I

sraël se hisse en effet en tête des pays de l'OCDE en termes de taux de natalité, avec une moyenne de trois enfants par femme, et il est le seul pays occidental où le seuil de renouvellement des générations est supérieur aux 2,1 enfants par femme, seuil en dessous duquel la population décroît. À titre de comparaison, il est de 1,79 en France. D’ailleurs, la population israélienne a presque doublé au cours des trente dernières années. Il semble donc que l’écho du « prou ouRvou » – « croissez et multipliez » –, injonction adressée par l’Éternel à Adam et Ève pour les inviter à se reproduire, est toujours d’actualité. Dans le judaïsme, avoir des enfants est conçu comme un acte de coopération avec Dieu. Chaque enfant est le gardien de l'avenir. Il porte la responsabilité de perpétuer les principes et les enseignements transmis par ses ancêtres afin d’assurer la préservation de l'héritage juif pour les générations futures, mais aussi la responsabilité de participer à l'édification d'une communauté centrée sur les valeurs morales et religieuses – ce qui, parfois, n’est pas sans exercer une pression

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AJ MAG N° 1004

familiale et sociale sur les jeunes couples. Faire des bébés n’est cependant pas uniquement dicté, tacitement ou non, par l’injonction divine, mais aussi par l’économie du pays : quand elle est florissante, on note une recrudescence des naissances, quand elle régresse, la natalité fait de même.

Dans le judaïsme, avoir des enfants est conçu comme un acte de coopération avec Dieu. L'infertilité est une réalité qui touche de nombreux couples israéliens, d’autant que l’on se marie plus tard, ce qui est problématique pour les femmes dont la fécondité baisse avec l’âge. Et en Israël, pour avoir un bébé lorsque la nature est réticente, on n’hésite pas à faire appel à la science, notamment parce que, à cause de la situation sécuritaire, la société vit dans l’immédiateté


DOSSIER

et les couples n’ont pas toujours la patience d’attendre. Pour faire face au défi de l’infertilité, les Israéliens ont de leur côté la politique d’encouragement des naissances du gouvernement, qui autorise tous les traitements de procréation assistée nécessaires pour avoir jusqu’à deux enfants pour un couple qui n’a pas d’enfant issu de son mariage actuel, et pour une femme sans enfant désireuse de fonder une famille monoparentale. En Israël, on estime que seuls des cas isolés

de stérilité sont sans issue, d’où des centres de traitement de renommée mondiale et des centres de recherche pour développer des traitements toujours plus efficaces, comme celui de l’Institut Weizmann qui a réussi la prouesse de créer des embryons synthétiques (voir l’article page 19) pour mieux comprendre, entre autres, les causes des fausses couches. Israël est le pays qui compte le plus grand nombre de fécondations in vitro par habitant au monde : 7 %

de toutes les naissances, un chiffre qui ne cesse d’augmenter. Et l'État dépense chaque année 150 millions de dollars pour les financer. Toutes les méthodes de procréation assistée sont autorisées, même la gestation pour autrui, alors qu'elle ne l'est toujours pas en France. Israël est même l’un des premiers pays au monde à l’avoir légalisée en 1996. À l'époque, la GPA n’était autorisée que pour les couples hétérosexuels et les femmes célibataires. Les homosexuels pouvaient y avoir recours uniquement à l'étranger – l’enfant était reconnu par les autorités –, mais de fait, cette démarche était réservée à une élite puisque son coût s’élevait à plusieurs centaines de milliers de dollars. Or, en juillet 2021, en dépit de l’opposition des partis ultraorthodoxes, la Cour suprême a tranché en faveur d'un bébé pour tous et autorisé le recours à une mère porteuse pour les hommes israéliens, qu’ils soient célibataires ou en couple avec un autre homme. Cet ensemble de lois fait d’Israël l’un des pays au monde dans lesquels les célibataires et les couples gays, hommes ou femmes, ont le plus d’enfants. Il se peut également que bientôt, la loi autorise même les grands-parents à se « fabriquer » un petit-fils ou une petite-fille avec le sperme de leur fils tombé au combat et l’ovule d’une femme qu’ils auront choisie (voir l’article page 16) – une mesure cependant controversée. À ce propos, les grands-parents, en Israël, sont nettement plus nombreux que dans les autres pays de l’OCDE à épauler les jeunes parents, facteur qui encourage aussi la natalité. Une chose est donc sûre : en Israël, que ce soit « bibliquement » ou avec un p'tit coup de pouce de la science, l’arrivée d’un bébé est toujours une bénédiction ! n AJ MAG N° 1004

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DOSSIER

Professeur Sergio DellaPergola : Le professeur à l'Avraham Harman Institute of Contemporary Jewry à l'Université hébraïque de Jérusalem est reconnu comme le démographe et statisticien le plus réputé du monde juif. Il répond à nos questions. LPH : Comment expliquez-vous cette exceptionnalité de la natalité en Israël ? Professeur Sergio DellaPergola : Il est essentiel de faire un retour en arrière dans l'histoire pour comprendre les aspects culturels, socio-économiques et religieux qui ont façonné la société israélienne, notamment depuis l'année cruciale 1948, marquée par l'indépendance du pays. L'influence de la religion a indéniablement joué un rôle, mais l'évolution de la société israélienne a également été profondément marquée par des vagues d'immigration massives qui ont introduit en Israël des communautés de diverses origines culturelles, présentant des degrés variables de modernisation et de religiosité. Ce qui s’est donc reflété dans le nombre d’enfants par foyer ? Les communautés provenant d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient ont en effet maintenu de plus grandes structures familiales, contrastant avec les communautés d'Europe centrale et de l'Est, où des processus de sécularisation et d'assimilation avaient déjà débuté au début du XXe siècle, voire avant. Au 10

AJ MAG N° 1004

Les Israéliens font des enfants car, en dépit des défis, ils sont fondamentalement optimistes quant à l’avenir.

fil du temps, ces différences initiales ont commencé à s'estomper, et aujourd’hui, les distinctions entre les nouveaux immigrants originaires du Maroc, de Russie, d'Allemagne ou d'autres régions ont largement disparu. Les notions de ghettos et de communautés spécifiques, telles que celle des Séfarades et celle des Ashkénazes, appartiennent désormais au passé. Tous sont israéliens. Et la géographie d'origine des communautés juives ne joue plus un rôle déterminant dans les différences que l’on observe au sein de la société israélienne contemporaine. Vous voulez dire qu’en fait les communautés ont fusionné ? La fusion a été très impressionnante, mais pas totale. Les communautés se sont rencontrées un peu à mi-chemin. La communauté séfarade avait cinq enfants par foyer et l'ashkénaze à peine deux, ce qui a porté la moyenne nationale à trois. Cependant, que l’on vienne d’Orient ou d’Occident, du Nord ou du Sud, ce sont les plus religieux qui ont le plus d'enfants.


Et chez les Israéliens les plus sécularisés ? Prenons l'exemple de la ville de Tel Aviv, considérée comme la capitale mondiale du sécularisme juif : on constate que les familles y ont en moyenne deux enfants par foyer, bien que souvent il s’agisse de populations moins normées. Cette moyenne est supérieure à celle des pays européens qui présentent les taux de natalité les plus élevés, tels que la France ou la Suède. Qu’en est-il de la communauté homosexuelle ? La tendance nataliste est croissante au sein des familles composées de couples de même sexe. Alors que dans d'autres sociétés, ces foyers n'auraient généralement pas d'enfants ou feraient face à d'importantes difficultés pour en avoir, la réalité est différente en Israël : ici, contrairement à ce qui est observé ailleurs, les LGBTQ n'ont pas renoncé à la structure familiale nucléaire. Le modèle d'un noyau familial parents/enfants est donc toujours prédominant en Israël ? Oui, tandis que nous le voyons nettement moins en Europe et même aux États-Unis. C’est une norme que

l’on peut rapporter à une conception juive traditionnelle de la famille et à l’injonction de se perpétuer. Quels sont les facteurs qui favorisent la natalité en Israël ? Tout d’abord, le facteur économique : les familles dotées de ressources matérielles plus importantes, qu'il s'agisse de revenus du travail élevés ou d'un soutien financier familial, ont davantage de moyens pour réaliser l'idéal de famille qui ressort des enquêtes et se situe entre trois et quatre enfants, alors que les familles ayant moins de ressources se cantonnent à une moyenne de trois enfants, compte tenu des contraintes économiques. Vous dites que l’autre facteur est d’ordre psychologique : c'est-à-dire ? Les Israéliens font des enfants pour être heureux et parce que, malgré d’importants défis, ils sont fondamentalement optimistes quant à l’avenir. Ils ont aussi la conviction que la prochaine génération améliorera le monde – sans compter le sentiment de bien-être, l'amour pour Israël, l'attachement à l'environnement, qui contribuent à cette positivité. lll AJ MAG N° 1004

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DOSSIER

lll On est bien loin du pessimisme qui domine en

Europe, où l'on n’a pas de perspective, où l’on ne se projette pas dans le futur et où, donc, on ne voit pas pourquoi faire des bébés – d’où la baisse de la natalité là-bas. Y a-t-il une recrudescence de la natalité après les périodes de guerre ou des événements exceptionnels comme la pandémie de Covid-19 ? Il faut noter que l’année qui a suivi la pandémie, la natalité, qui avait baissé, a retrouvé pratiquement le même niveau qu’avant la crise sanitaire, mais il s’agissait notamment des projets de bébés reportés – pour preuve : on a ensuite constaté une diminution en 2022. On ne connaît pas encore la tendance 2023, les chiffres ne seront publiés qu’au cours de l’année 2024. Doit-on s’attendre à un baby boom après la guerre que nous sommes en train de vivre ? Non, c’est peu probable, car c'est l'économie qui joue un rôle crucial dans les tendances de natalité, plutôt que les guerres en elles-mêmes. Après la guerre des Six Jours, on a constaté une recrudescence des naissances, mais elle était étroitement liée à la période de prospérité économique qui a immédiatement suivi la guerre. En revanche, après la guerre de Kippour, une crise économique prolongée en Israël a entraîné une diminution de la natalité. Les perspectives d'un baby boom dépendraient davantage des conditions économiques post-guerre que de la guerre en tant que telle. Les événements du 7 octobre pourraient-ils avoir un impact sur l’identité du pays ? Le 7 octobre est indubitablement une tragédie nationale pour tous. La guerre elle-même, imprévue, engendre des changements significatifs et pose de nombreuses questions pour l'avenir. Une conclusion satisfaisante de la guerre impliquerait la destruction totale du régime du Hamas, l'établissement d'un nouveau pouvoir à Gaza, le retour des déplacés et l’assurance d'un climat de sécurité durable, c’est-à-dire l’éradication des menaces contre Israël – y compris dans le Nord. Cela influencerait positivement la perspective et favoriserait l’optimisme, donc la natalité. Pour l’heure, la situation demeure volatile et l'issue de la guerre reste incertaine. L'évolution des combats dans les prochaines semaines déterminera en grande partie les développements futurs et la façon dont la population réagira.

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« Les perspectives d'un baby boom dépendraient davantage des conditions économiques post-guerre que de la guerre en tant que telle. » Est-ce aussi conditionné à un changement du paysage politique ? Les tendances du moment, telles que les reflètent les sondages, suggèrent un possible réalignement vers un centre politique plus modéré en Israël. Le gouvernement actuel est perçu comme extrémiste et inefficace, ce qui suscite une perte de confiance. Les résultats des sondages indiquent une volonté de changement. n


LIGNE D’URGENCE pour toutes vos demandes d’aide et questions PAR WHATSAPP ET PAR TÉLÉPHONE

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Dimanche au jeudi : 9h00 à 17h00 Vendredi : 9h00 à 13h00

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DOSSIER

Dr Hava Schreiber : « Ma double bataille contre l’infertilité »

«J

e suis gynécologue et j'étais cheffe de clinique assistante à Paris, spécialisée en chirurgie et obstétrique. Je ne m'occupais pas de la fertilité car je manquais de connaissances dans ce domaine. Lorsque je suis montée en Israël, on m'a proposé un poste dans un centre de fertilité. Intriguée et intéressée, j'ai accepté, et mon patron, qui cherchait quelqu'un d'ouvert, sans préjugés et prêt à apprendre, a décidé de me former. Cela a été une expérience passionnante et j'ai beaucoup appris avec lui. Plus tard, je me suis mariée en Israël et j’ai rencontré des difficultés pour tomber enceinte. J’ai commencé des traitements en toute discrétion, puis je me suis tournée vers la fécondation in vitro et je suis tombée enceinte dès le premier essai – malheureusement, cela s’est terminé en fausse couche. Après la dixième FIV, mon médecin m’a recommandé d’abandonner, mes ovules étaient de très mauvaise qualité. J’ai beaucoup pleuré, crié : comment, moi, gynécologue, je ne pouvais pas enfanter ?! Mais pas question Hava Schreiber, sa fille adoptive Shoshana et sa petite-fille Talor de renoncer à la maternité : mon mari et moi est mariée, a deux enfants et attend le troisième. avons décidé d'adopter un enfant, et nous avons Après l’adoption, mon envie de bébé s’est renforcée. accueilli Shoshana, une petite fille d'un mois née Après un refus d'adoption, nous avons de nouveau de parents toxicomanes – car j’avais 40 ans, et à tenté les FIV, sans succès, jusqu'à ce que, au septième cet âge il n’est possible d’adopter que des enfants essai – et alors que nous nous nous étions dit que avec des besoins spécifiques, ou issus de parents c’était la dernière expérience –, un médecin créatif présentant de graves pathologies médicales ou des comprenne pourquoi les embryons ne s’accrochaient maladies psychiatriques. Nous n’avons pas dormi pas. Cela a enfin marché, et pourtant j’avais 47 ans ; pendant deux ans à cause du syndrome de sevrage, et cette grossesse s'est déroulée merveilleusement, mais Shoshana est vite devenue une fille adorable, bien que l'accouchement n'ait pas été facile. Notre intelligente – ma meilleure amie. Aujourd’hui, elle 14

AJ MAG N° 1004

© Avec l'aimable autorisation de Hava Schreiber

Dans ce témoignage inspirant, Hava Schreiber relate son parcours, entre défi scientifique et triomphe dans la quête de maternité pour elle et ses patientes.


fils David a aujourd’hui 19 ans, il est soldat, il vient de se fiancer, et c’est bien sûr le plus beau et le plus intelligent jeune homme qui soit ! Et le plus drôle, c'est que mes deux enfants se ressemblent ! Nous sommes une famille heureuse, notre vie tourne autour de nos enfants. Si c'était à refaire, je le referais immédiatement, parce que rien ne peut être comparé à la joie que les enfants apportent. Mon expérience personnelle m’inspire en tant que gynécologue. Je comprends la douleur des femmes en mal de fertilité et il m'arrive de pleurer avec elle, car cela me ramène à mon propre parcours. Quand une femme vient me voir parce qu’elle n’arrive pas à être enceinte, je cherche la cause encore et encore, car comme le disait mon maître, il n'y a pas de stérilité inexpliquée. Pour la très grande majorité des femmes, et plus encore pour les Israéliennes, avoir un enfant fait partie de leur identité ; et la plupart sont prêtes à tout, même à l’extrême, pour en avoir. Parfois, il suffit de leur dire d’être patientes, parce que malgré les avancées médicales, nous ne contrôlons pas totalement le mystère de la création. » n

© Avec l'aimable autorisation de Hava Schreiber

DOSSIER

Hava Schreiber à la naissance de son fils David, entourée de son mari et de sa fille adoptive Shoshana

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DOSSIER

Assurer une descendance au-delà de la mort

Q

uelques heures seulement après les massacres du samedi 7 octobre perpétrés par le Hamas dans les localités du pourtour de Gaza, les familles de trois jeunes Israéliens assassinés sur le site du festival Nova au kibboutz Re'im sollicitaient l'hôpital Kaplan de Rehovot afin que leurs spermatozoïdes soient extraits et congelés, dans l'espoir de leur assurer une descendance. En deux heures, les autorisations étaient accordées – il faut dire que face aux circonstances exceptionnelles, les ministères de la Justice et de la Santé avaient temporairement levé l'obligation d'une décision judiciaire. L'unité de fécondation in vitro de l’hôpital Kaplan a donc pu procéder au prélèvement vingt heures après le décès des trois jeunes hommes, un délai qui garantit la viabilité des spermatozoïdes. Depuis ce samedi noir, le sperme d’au moins 60 hommes tués – 43 militaires et 17 civils – a été préservé et les demandes devraient augmenter au fur et à mesure que se poursuit la guerre à Gaza. Cependant, l'autorisation de prélèvement ne vaut pas pour autorisation d'utilisation du sperme congelé. Cela se décide au cas par cas, en fonction du demandeur, qu'il s'agisse d'une épouse légitime, d'une conjointe ou de parents. Actuellement, 16

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les droits de fécondation in vitro – FIV – à titre posthume sont réservés uniquement aux veuves des soldats tombés au combat. Mais en mai dernier, les députés ont approuvé la proposition de loi qui vise à étendre ces droits aux partenaires non mariés et aux parents des soldats tués. D’ailleurs, ce sont surtout ces derniers qui pressent l'État de modifier la loi afin qu’ils puissent, dans le cadre d’une FIV, avoir des petits-enfants grâce au sperme prélevé sur leurs fils décédés, et seulement lorsque la partenaire du disparu, s’il en avait une, n'en fait pas elle-même la demande. Ce projet de loi doit à présent être soumis à la commission du Travail, des Affaires sociales et de la Santé de la Knesset, afin d’être préparé en vue des trois lectures plénières nécessaires à son entrée en vigueur. Depuis deux décennies, la Cour suprême ainsi que les instances religieuses ont adopté une ligne extrêmement prudente sur ce sujet, arguant le respect de l’autonomie individuelle et du libre arbitre du défunt quant au destin de son propre corps. Cette modification de la loi est notamment soutenue par Baruch Ben Yigal, le père d'Amit, son fils unique, mortellement touché à la tête en 2020 par une brique lancée depuis un toit lors d'un raid militaire dans une localité palestinienne de Judée-

Samarie. Il estime que l'armée a la responsabilité de l'aider à devenir grand-père. Si cette loi était entérinée, un soldat devrait désormais indiquer, au moment de son incorporation, s'il permet à sa partenaire ou à ses parents d'utiliser son sperme pour donner la vie s'il venait à la perdre : un enfant qui grandira en l’absence de son père et à qui l'on dira un jour que celui-ci est mort pour défendre son pays, en espérant qu’il en soit fier… Est-ce suffisant pour donner délibérément naissance à un orphelin ? n


Plus loin avec…

Myriam Safrai, gynécologue et obstétricienne, spécialiste de la préservation de la fertilité à l’hôpital Sheba LPH : Quand fait-on appel à une procédure de préservation de la fertilité ? Myriam Safrai : En cas de risque d'infertilité lié à des pathologies telles que le cancer, des traitements lourds comme la chimiothérapie ou certaines interventions chirurgicales. Pour les femmes en Israël, il existe trois options qui permettent de préserver la fertilité. La

première consiste à suivre un traitement hormonal d'une dizaine de jours pour stimuler l'ovulation, puis à prélever des ovules par ponction transvaginale et à les congeler. L’autre possibilité est de suivre un traitement hormonal, de prélever des ovocytes, de les fertiliser avec le sperme du mari ou du compagnon, puis de congeler les embryons. lll AJ MAG N° 1004

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DOSSIER

Myriam Safrai, gynécologue et obstétricienne, spécialiste de la préservation de la fertilité à l’hôpital Sheba lll Le problème avec cette méthode est que les embryons n'appartiennent pas à la femme, et qu’en cas de séparation ou de divorce, elle ne pourra pas les utiliser. La troisième technique consiste à prélever et à congeler du tissu ovarien extérieur, là où sont concentrés depuis la naissance les ovocytes, pour le réimplanter sous forme de petites lamelles au moment opportun, technique valable aussi pour les filles prépubères. Cette méthode a été couronnée de succès et nous avons eu à l’hôpital Sheba une patiente qui a eu quatre enfants de cette manière.

Et pour les hommes ? La procédure diffère en fonction du statut des hommes. S'ils sont en état de mort cérébrale ou de mort définitive, comme c'est le cas pour la plupart des soldats tués au combat, on privilégie alors la méthode de la biopsie étendue des testicules et des épididymes pour permettre une collecte maximale 18

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de spermatozoïdes mobiles qui seront congelés et utilisés à l’avenir le cas échéant. De quel délai dispose-t-on pour s’assurer de la qualité des spermatozoïdes ? Plus l'extraction est proche du décès, plus les chances sont grandes de trouver du sperme utilisable ultérieurement. La fenêtre de temps acceptable pour la conservation du sperme est de 72 heures – et même plus, dans certains cas – lorsque le défunt était conservé au froid jusqu'à l’extraction et la congélation. Cependant, lorsque le corps est resté dans un champ pendant plusieurs heures sous une température de 40°, comme ce fut le cas le 7 octobre, c'est beaucoup moins probable. Il faut également que le corps du défunt ait été identifié à 100 %. En fait, la préservation de la fertilité ressemble à de la science-fiction… Oui, avec un peu de magie, de la foi, et beaucoup de science. n


DOSSIER Vaincre demain l’infertilité L'Institut Weizmann continue de jouer un rôle prépondérant dans le paysage de la recherche médicale mondiale, après avoir accompli une prouesse d’une importance capitale dans le domaine de la procréation assistée et de la compréhension du développement embryonnaire : créer en laboratoire, à partir de cellules souches, sans ovules fécondés ni utérus, des modèles d'embryons humains jusqu'à la quatorzième semaine, offrant ainsi des perspectives de recherche sur l'infertilité, les fausses couches, les malformations, les tests médicamenteux et la production de tissus pour transplantation. Cette avancée repose sur une utilisation innovante des cellules souches embryonnaires, des cellules indifférenciées capables de s'autorenouveler et de se différencier en divers types cellulaires. En imitant les signaux chimiques naturels présents lors du développement embryonnaire, les chercheurs ont pu guider ces cellules souches pour qu'elles forment les différents tissus qui composent un embryon.

Cette approche offre un moyen prometteur de mieux comprendre les mécanismes complexes régissant la formation des embryons humains et d'étudier les premières semaines du développement embryonnaire, période peu connue. Sur le plan de la procréation assistée, cette avancée pourrait avoir des implications majeures. En améliorant la capacité à repérer les embryons viables et à comprendre les facteurs influençant la fertilité, les études sur ces modèles d'embryons pourraient contribuer à accroître l'efficacité des techniques de reproduction médicalement assistée, ce qui représente une lueur d'espoir pour les couples confrontés à des difficultés de conception. Cependant, cette réalisation scientifique soulève d’importantes questions éthiques, notamment en ce qui concerne la réglementation de l'étude de ces « embryons synthétiques ». Alors que la recherche progresse rapidement, il devient évidemment impératif de mettre en place des cadres éthiques et juridiques adaptés pour encadrer ces avancées et assurer une utilisation responsable de cette technologie. n

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DOSSIER

Entretien avec le rav Benjamin David, docteur en éthique médicale et directeur du département francophone de l’Institut Pouah

© DR

Infertilité et Halakha

Avoir recours à la médecine pour procréer est compatible avec le judaïsme. LPH : Quelle est la mission de cet institut ? Benjamin David : L'Institut Pouah, association à but non lucratif fondée en 1990 par le rav Menahem Borstein à la demande du rav Mordekhaï Eliyahou, grand-rabbin séfarade d'Israël de 1983 à 1993, œuvre à établir un lien entre les couples confrontés à des problèmes de fertilité et l'éthique selon la religion juive. Sa mission première est d’aider, d’orienter et d’accompagner les couples souffrant d’infertilité. Lorsqu’un couple apprend qu’il est infertile, il se pose de nombreuses questions, tant sur le plan médical qu’halakhique, et ne sait pas toujours vers qui se tourner, sans compter qu’il doit surmonter des problèmes d’ordre psychologique ou/et financier. Notre équipe composée de rabbanim et de spécialistes est là pour le soutenir. 20

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Quel est leur rôle ? Les conseillers ont pour mission d’expliquer les traitements de fécondité, d’informer les couples des dernières avancées médicales, de présenter les différentes possibilités offertes, et d'aider les couples à surmonter leurs réticences face à certains traitements ou méthodes, en tenant compte aussi du courant religieux auquel ils appartiennent. L'Institut Pouah se positionne également comme une ressource pour les couples cherchant des réponses à leurs interrogations sur la grossesse, la contraception, la génétique et l’éthique médicale. Nous sommes en contact avec des médecins spécialistes et de grands professeurs, des chefs de service des unités de gynécologie, de fécondité, d’urologie et de génétique dans les hôpitaux d’Israël et dans le reste du monde,


DOSSIER

et nous participons à de nombreux congrès médicaux pour rester informés des avancées médicales.

normal, il faudra donc demander l’accord d’une autorité rabbinique.

Comment allier méthodes de procréation assistée et Halakha ? Le judaïsme n’est pas opposé à la médecine. Dès l'époque de la Guemara, on a dit que les médecins pouvaient soigner les patients sans enfreindre la volonté divine. Ce n’est pas un hasard si le Rambam ou le Maharal de Prague étaient médecins. La mitzva d’avoir des enfants étant fondamentale dans le judaïsme, dès lors qu’un couple est confronté à un problème de fécondité, il recherche des solutions pour l’accomplir ; et avoir recours à la médecine pour les y aider est tout à fait compatible avec le judaïsme.

Et pour le don d’ovules ? Certains courants les interdisent totalement, d’autres les tolèrent ou les acceptent à certaines conditions. Par exemple, pour le don d’ovocytes, la question est de savoir s’il faut impérativement que les ovules proviennent d’une femme juive. À Pouah, nous estimons, comme le rav fondateur de l’institut, que la mère est celle qui a accouché, et non celle à qui appartiennent les ovules. Donc si la mère qui accouche est juive, l’enfant l’est aussi. Nous expliquons cela aux couples.

Pourtant, certains rabbins sont plus stricts que d’autres… Il existe différents courants au sein du judaïsme, chacun avec ses propres interprétations et traditions. C'est pourquoi, lorsque nous rencontrons les personnes qui viennent chercher de l’aide, nous faisons preuve d'une grande écoute pour comprendre de quel courant elles sont issues, afin de respecter leurs convictions et de ne pas les déstabiliser. Certains rabbins émettent effectivement des interdictions spécifiques touchant à certaines méthodes ou techniques, tandis que d'autres se montrent plus souples, en tenant compte des circonstances individuelles. Ainsi, les restrictions peuvent varier en fonction de la situation, par exemple dans le cas d'un premier enfant ou si porter un enfant met la santé de la femme en danger. Lorsque la situation est complexe, nous engageons un dialogue ouvert avec les rabbins pour expliquer notre approche et favoriser la compréhension mutuelle. Quelles sont les procédures sujettes à controverse ? Celle qui implique les dons de sperme ou d’ovocytes. La masturbation étant interdite par la loi talmudique, le prélèvement du sperme pour un spermogramme ou un traitement ne se fera que lors d’un rapport conjugal, à l’aide d’un préservatif stérile. L’utilisation d’un préservatif étant elle aussi interdite en temps

Et la procréation maternelle assistée ? Elle est acceptée. Cependant, pour que l’enfant soit juif, il faut choisir une mère porteuse qui le soit. Comment certifier la filiation ? Conformément à la Halakha, l'Institut Pouah supervise les procédures d’insémination artificielle et de fécondation in vitro, afin de ne prendre aucun risque. Une équipe de 50 représentantes est formée pour surveiller chaque étape du traitement et des manipulations des gamètes dans les laboratoires et les hôpitaux. Cette supervision permet aux couples d’obtenir l’aval nécessaire de l’autorité religieuse qu’ils respectent pour avoir accès aux traitements de fécondation artificielle. Pouah s’occupe aussi de problèmes liés à la sexualité ? Oui, parce qu'une sexualité normale est cruciale pour avoir des enfants. Certains ne veulent pas aller voir un sexologue, car ils ont honte et se demandent ce qu’il va leur proposer. Des conseils en sexualité, fondés sur la position du judaïsme en ce domaine, sont disponibles sur place ou par téléphone pour ceux qui préfèrent rester anonymes. Combien doit-on débourser pour bénéficier des services de Pouah ? Ils sont entièrement gratuits, mis à part la supervision des procédures. L'institut est financé par des dons et des aides de l'État. n AJ MAG N° 1004

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L'ÈRE 2.0

La guerre d’aujourd’hui, la high-tech de demain PAR ELIANA GURFINKIEL

Depuis le 7 octobre dernier, plus rien n’est comme avant en Israël et l’économie a elle aussi pris un rythme différent. On dénombre plus de 300 000 foyers dont un membre est parti rejoindre l’armée, le secteur touristique et de la culture est presque complétement au point mort. Mais qu'en est-il de la hightech, souvent appelée « la locomotive » de l’économie blanc bleu ? Tous les regards se tournent vers la haute technologique, en espérant qu’elle tiendra le coup en temps de guerre, après avoir subi les revers du Covid-19 et de la guerre en Ukraine. Michael Eisenberg est un homme d’affaires et un investisseur en capital-risque israéloaméricain. Il est le cofondateur d’Aleph, un fonds de capital-risque créé en 2013 et qui a investi des centaines de millions de dollars dans l’écosystème israélien. Nous l'avons interrogé au retour d'un voyage d’affaires aux États-Unis à la mi-novembre. 22

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LPH : Michael Eisenberg, pouvez-vous dès aujourd’hui nous dire l’impact qu’a ou que va avoir cette guerre sur le monde de la high-tech israélienne ? Michael Eisenberg : Il est bien trop tôt pour s’exprimer sur ce sujet, mais il faut se rappeler que la guerre apporte avec elle de grandes opportunités. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les nombreuses frictions que comporte la guerre – toute guerre – sont des interactions négatives qui ont un effet très positif sur l’innovation. Face à une épreuve, c’est souvent la créativité qui va nous permettre de nous redresser et d’aller de l’avant. Nous sommes dans une situation où nous sommes obligés de trouver une solution ! En effet, les technologies ont souvent fait d'énormes bonds pour trouver des réponses à des problématiques militaires… Exactement ! Et il faut aussi comprendre que c’est la première fois depuis très longtemps qu’Israël met en œuvre toutes ses capacités militaires au même moment. Cela crée des assemblages auxquels nous n’avions pas pu penser. De ces combinaisons vont jaillir des compréhensions nouvelles, qui seront plus tard traduites en produits technologiques. Y a-t-il des domaines spécifiques dans lesquels vous pensez que la technologie israélienne va se développer du fait de la guerre ? Il y a bien entendu des choses liées à l’armement – mais bien plus que cela : je pense que cette guerre va entraîner un développement de l’intelligence artificielle ainsi que du monde des technologies autonomes. Au combat, il faut souvent répondre de façon extrêmement rapide et prendre des décisions immédiates. L’IA et les technologies autonomes peuvent nous aider à le faire et, ainsi, à sauver de nombreuses vies civiles et militaires. Certes, le 7 octobre nous a appris que nous ne pouvons pas nous reposer seulement sur la technologie, mais l’alliance d’une technologie de pointe et de soldats de haut niveau est la voie à suivre.


L'ÈRE 2.0

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n pleine guerre, le 12 novembre, le ministère de la Défense d’Israël a signé un accord pour la vente du système de défense antimissile israélien « Fronde de David » à la Finlande. Montant de la transaction : 1,3 milliard de shekels. « La Fronde de David est l’un des systèmes les plus avancés au monde pour intercepter les missiles balistiques, les missiles de croisière, les avions et les drones », a déclaré le ministère de la Défense dans un communiqué à la suite de l’événement. Produit par RAFAEL, la Fronde de David est capable d’intercepter des roquettes et des missiles d’une portée de 40 à 300 kilomètres. Le système est opérationnel en Israël depuis 2017 et constitue le niveau intermédiaire des capacités de défense antimissile multicouches d’Israël, qui comprennent également le Dôme de fer à courte portée et les systèmes Arrow de niveau supérieur, qui sont destinés à intercepter les missiles balistiques à longue portée. Bien que le système soit opérationnel depuis environ six ans, il n’a réalisé sa première interception Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a visité le 21 novembre dernier les industries réelle qu’en mai dernier, lorsqu’il a abattu RAFAEL qui ont développé, entre autres, le système Fronde de David. © GPO une roquette tirée sur Tel Aviv à partir de la bande de Gaza, ainsi qu’une roquette tirée sur Jérusalem à partir de Gaza. Depuis, le système de défense n’a été utilisé qu’une seule fois dans le cadre de la guerre qu’Israël mène actuellement contre le groupe terroriste palestinien du Hamas, en abattant un missile à longue portée lancé depuis Gaza sur le nord d’Israël.

L'autre domaine qui sera énormément impacté par cette guerre est celui des transports maritimes. La menace des Houthis sur les bateaux israéliens constitue un enjeu auquel la technologie peut apporter une réponse. Et le monde entier sera intéressé par ces développements lorsqu’ils seront prêts.

rencontré de nombreux investisseurs : ils sont prêts à investir en Israël, nous signons des contrats, tous les signes nous indiquent que malgré tout ils ont confiance en notre économie. Mais il ne faut pas oublier que le gouvernement doit aussi faire son travail et préparer un nouveau budget conforme aux nouveaux besoins de notre économie.

Qu’en est-il du monde israélien de la high-tech aujourd’hui ? Malgré toutes les difficultés, les Israéliens font un travail extraordinaire. Nous ne sommes pas en retard dans nos livraisons ! Les Israéliens travaillent d’arrache-pied pour rester au niveau car nos compétiteurs ne nous attendent pas. Et c’est très important, parce que nous devons redresser l’économie. Cette guerre a un prix et l’économie israélienne doit fonctionner pour le payer. Je reviens d’un voyage aux États-Unis où j’ai

Quelle est la chose la plus importante à vos yeux aujourd’hui ? Que nos soldats rentrent en bonne santé du front. Ce qui me donne des forces est ce que m’ont dit beaucoup de nos soldats avec qui j’ai discuté : il y a un vent d’entrepreneuriat parmi les troupes aujourd’hui. Ils me disent : « Quand cette guerre va se terminer, je veux monter une société qui aura un impact positif sur le monde. » Eh bien moi, de mon côté, je n’attends qu’une seule chose : sortir mon carnet de chèques et investir en eux ! n AJ MAG N° 1004

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REPORTAGE

Réfugiés dans leur propre pays PAR NATHALIE HAMOU

Depuis le 7 octobre, la station touristique de la mer Rouge est devenue le plus grand camp de réfugiés des 250 000 « déplacés internes » que compte le pays. Eilat, dont la population de 50 000 habitants a plus que doublé, accueille notamment les rescapés du kibboutz Nir Oz, qui concentre près du tiers des otages israéliens détenus à Gaza.

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ne vue imprenable sur des eaux couleur turquoise, bordées de montagnes pourpres. C’est dans le cadre paradisiaque d’un hôtel quatre étoiles de la baie d’Eilat qu’ont trouvé refuge quelque 160 évacués du kibboutz Nir Oz, l’une des communautés frontalières de la bande de Gaza les plus touchées par les attaques terroristes du 7 octobre. Le tribut humain payé par ce village collectif fondé en 1955 est terrible : un quart de ses membres ont été soit tués (38) soit kidnappés (75) lors de l’assaut terroriste du sinistre samedi. À lui seul, ce kibboutz concentre près du tiers des otages israéliens détenus à Gaza. Dans le lobby de l’hôtel, la première chose qui saute aux yeux est un panneau venant rappeler la commémoration du mois de deuil de Carmela et de Noya Dan, la grand-mère et sa petite-fille autiste, dont les dépouilles ont été identifiées. Dans la salle de réunion de l’établissement, parmi des dizaines d’affiches, on distingue le portrait de Kfir Bibas, 10 mois, un autre enfant du kibboutz et le plus jeune des otages à Gaza. On y trouve également un autel orné de fleurs et de bougies, dédié aux neuf employés thaïlandais qui ont péri dans l’assaut meurtrier. Des visages qui hantent ces familles de réfugiés que l’on rencontre dans une cafétéria étonnamment calme ou aux abords de la piscine étrangement vide. « Ces gens sont arrivés sans rien, pieds nus, en

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pyjama, après avoir perdu des proches et, pour certains, vu leurs maisons brûler. Leur première question est : “Combien de temps va-t-on rester ici ?” », témoigne Yotam Polizer, le directeur d’IsraAID, une ONG israélienne née voilà deux décennies et qui pour la première fois mobilise son expertise sur le sol national. Intervenue en 2014 pour aider les victimes yézidies de l'État islamique, en 2021 pour évacuer 205 femmes d'Afghanistan après la prise de pouvoir des talibans, en Ukraine ou lors du dernier tremblement de terre au Maroc, l’ONG est habituée à gérer des situations d’urgence, associant terrorisme et déplacements de populations. « D’un point de vue purement humanitaire, nous n'avons toutefois jamais rien connu de pareil », poursuit Yotam Polizer. « Le traumatisme des survivants des atrocités du 7 octobre est immense et il faut le traiter au plus vite, sinon il ressurgira des années plus tard, comme cela s’est produit pour les rescapés de la Shoah ou les vétérans de la guerre de Kippour. » « Nous avons essayé d’organiser des activités pour distraire les familles, mais personne n’a le cœur à assister à des concerts », raconte Irit Lahav, en faisant visiter un immense local en sous-sol où s’empilent les dons de vêtements, de livres et de jeux pour enfants, jouxtant une buanderie où les réfugiés, dont le gîte et le couvert sont pris en charge par l’État, viennent eux-mêmes laver leur linge. Fille des cofondateurs


de Nir Oz, un kibboutz de 427 âmes situé à deux kilomètres de la bande de Gaza et privatisé il y a seulement deux ans, cette agente de voyage n’en finit pas, comme ses « frères et sœurs » du village collectif, de raconter son « samedi noir » : « Avec ma fille de 22 ans, nous nous sommes barricadées dans le noir et le silence dans notre abri antimissiles pendant près de onze heures avant d’être secourues par l’armée. À partir de 6 h 45, les terroristes ont tiré non-stop. Ils ont incendié nos voitures pour que nous ne puissions pas nous échapper, assassiné des familles entières et leurs animaux de compagnie, et tout pris sur leur passage : chaussures, vélos, téléphones, cartes de crédit, passeports, avant de réduire en cendres la moitié de nos habitations. » Seuls quelques membres du kibboutz disposaient d’armes individuelles. Irit Lahav (photo ci-contre) dit avoir perdu aussi tous ses idéaux dans cette tragédie : « J’avais pris l’habitude de conduire des habitants de Gaza depuis le poste-frontière d’Erez jusqu’aux hôpitaux israéliens. Lors du désengagement de l’armée israélienne de Gaza en 2005, j’étais sûre que les Palestiniens avaient obtenu ce qu’ils voulaient. Mais aujourd’hui, après le massacre intentionnel de personnes âgées, de femmes et d’enfants, ce n’est plus seulement le Hamas ou le Jihad islamique que je veux

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Le kibboutz Nir Oz après le passage des terroristes du Hamas le 7 ocobre 2023

pointer du doigt. Je réalise à quel point nos voisins étaient impliqués et à quoi l’argent qu’ils recevaient de la communauté internationale était affecté. » La nuit du 6 au 7 octobre, Renana Gome Yaakov, pour sa part, logeait chez une amie avec sa fille, laissant ses deux fils, Yagil, 12 ans, et Or, 16 ans, dormir seuls dans leur maison de Nir Oz. lll AJ MAG N° 1004

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Elle raconte que lorsque les terroristes du Hamas ont attaqué au petit matin, ses fils l’ont alors appelée en chuchotant depuis la pièce sécurisée dans laquelle ils se cachaient. La dernière chose qu’elle a entendue, c’est son cadet, Yagil, qui disait : « Ne me prenez pas, je suis trop jeune ! » Renana Gome Yaakov (photo ci-dessus) a ensuite été contactée par des hommes du Hamas qui lui ont annoncé que ses fils étaient captifs, comme 73 autres membres de Nir Oz. Pour relater

© Gefen Eglash/ MediaCentral

L’école d’Eilat pour les communautés de la région Eshkol dont fait partie Nir Oz, avec les volontaires d’IsraAid

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son cauchemar, elle montre un court métrage d’animation de 80 secondes intitulé Désastre, créé à sa demande par Yoni Goodman, le directeur artistique du célèbre film Valse avec Bachir, réalisé par Ari Folman et nominé aux Oscars en 2009. Refusant de commenter la vidéo du Jihad islamique divulguée le 9 novembre montrant Yagil amaigri, les yeux creusés, mais vivant, elle ajoute : « Nous pensions que Nir Oz était un coin de paradis. En moins de deux heures, il s’est transformé en enfer. Personne ne pourra retourner y vivre avec des enfants. » De retour à la maison, il n’en sera de toute façon pas question avant longtemps. Les évacués de Nir Oz devraient d’abord séjourner pendant huit mois dans un nouveau quartier de Kiryat Gat, une ville du Sud, avant d’être hébergés pendant deux ans dans un kibboutz voisin. Leurs enfants ont récemment pu reprendre le chemin de l’école, grâce à l’ouverture, avec l’aide d’IsraAID, d’un établissement primaire à Eilat pour 600 écoliers des communautés frontalières de la bande de Gaza. Les classes se tiennent sur un ancien camping, dans de grandes tentes blanches climatisées, avec certains de leurs anciens professeurs – ceux qui ont survécu à l’assaut meurtrier et qui ne sont pas mobilisés par la guerre. n


OPÉRATION DE SOUTIEN

Michel Nakache : « La chaîne économique du pays est brisée » Les responsables militaires et politiques le répètent dans cesse : il ne s'agit pas d'une guerre éclair. La guerre durera longtemps, et ses conséquences économiques et sociales seront lourdes pour les milliers de familles touchées directement ou indirectement. Michel Nakache, directeur du programme d'aide aux familles de Qualita, nous explique pourquoi.

Des volontaires assurent la distribution de nourriture et de vêtements à Sdérot.

LPH : Vous faites face à une demande croissante de la part des familles du Sud. Concrètement, quelle est leur situation ? Michel Nakache : Les familles du Sud souffrent d'une double peine : elles ont été exposées de plein fouet à la plus incroyable violence et sont désormais livrées à

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elles-mêmes sur le plan matériel. Pour elles, le monde s'est écroulé, et le plus inquiétant c'est qu'elles ont du mal à imaginer comment le reconstruire. Elles se trouvent dans la plus totale incertitude quant à leur avenir. Nous sommes là pour les remettre sur les rails. Mais le travail sera long. lll AJ MAG N° 1004

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OPÉRATION DE SOUTIEN lll

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi la guerre a fait basculer ces familles de la classe moyenne dans la précarité ? C'est très simple : le 7 octobre a totalement immobilisé des secteurs d'activité qui employaient des milliers de personnes. Le tourisme, la grande distribution, les chaînes de montage et l'enseignement sont en grande partie paralysés dans le Sud, sans oublier toutes les petites professions indépendantes : la restauration, les jardins d’enfants, les services à domicile ou encore les salles de mariage, qui fournissaient des © Flash90

rapidement leur équilibre d’avant la guerre, la crise a priori conjoncturelle s’annonce de plus en plus structurelle, et de nouveaux pauvres risquent d’apparaître. Les victimes de la guerre sont aussi des victimes économiques. Il est de notre devoir de les aider de façon régulière avant que le mal ne s’étende.

Pourquoi pensez-vous que c’est une crise qui prendra du temps à se résoudre ? Parce que dans certains secteurs économiques, la chaîne économique du pays est brisée, faute de main-d’œuvre ou de compétences – mobilisées par la guerre. Les producteurs n’arrivent plus à produire, les transporteurs sont parfois immobilisés, les administrations qui, déjà avant la guerre, peinaient à fournir des aides aux plus démunis sont totalement dépassées par l'ampleur des problèmes, et les délais d’indemnisation sont très longs. Les risques d’endettement des foyers pour faire face aux besoins courants vont augmenter pour certains, et il faudra beaucoup de temps pour rétablir la situation et retrouver une consommation courante stable. L’heure n’est pas encore aux grandes décisions budgétaires du Ashkelon : face à la violence terroriste, les commercants sont démunis et se demandent comment s'en sortir. gouvernement ; mais il faudra reconstruire, mieux protéger certaines zones et trouver des solutions pour revenus à des centaines de familles. Sans salaire, les familles déplacées qui ne pourront ou ne voudront comment payer son loyer ? Or les propriétaires pas revenir. À Ashkelon, par exemple, il n'y a pas réclament sans pitié leur loyer, et parfois euxsuffisamment d'abris pour permettre le retour à une mêmes dépendent de ces loyers qui leur assurent vie scolaire normale et garantir un avenir sécurisé. un complément de retraite. Savez-vous que la Je donne ces détails pour que les lecteurs famille d'un jeune kidnappé s'est vue assignée comprennent de quelle manière concrète la guerre en justice pour payer le loyer de son fils retenu impacte et impactera encore longtemps le quotidien en otage à Gaza ?! Les foyers israéliens disposent – sans même parler des personnes traumatisées qui généralement de très peu d’épargne et vivent ne sont pas en mesure de reprendre une quelconque pour la plupart au jour le jour. Dès lors, sans activité. salaire ou rentrées d’argent régulières, on ne peut La population a besoin d'aide et de générosité. Plus assurer les charges élémentaires d'un foyer ! Pour que jamais. n bon nombre de foyers, qui ne retrouveront pas 28

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OPÉRATION DE SOUTIEN

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Matthieu Clouvel-Gervaiseau, consul général de France à Tel Aviv

’aide sociale est une priorité pour le consulat après le tremblement de terre du 7 octobre. Nous connaissons bien les communautés françaises en difficulté. Celle qui vit dans les localités proches de Gaza est particulièrement défavorisée en temps normal : ces personnes, qui m’ont toujours tenu à cœur, travaillent beaucoup, elles n’ont parfois pas de quoi terminer la semaine et sont soumises à une très forte tension psychologique. Depuis le 7 octobre, ces familles sont à terre : il n’y a plus de travail et les factures continuent de tomber. Le ministère français des Affaires étrangères a accordé une enveloppe de plus de 200 000 shekels pour l’aide d’urgence aux familles déplacées qui n’avaient plus de revenus ni

de ressources, et à celles dont les maisons ont été touchées par des missiles. Nous avons aidé plus de 350 personnes et avons pu répondre à toutes les demandes. Cela s’est fait main dans la main avec Qualita dont le travail est extraordinaire. Nous nous sommes aussi appuyés sur le Club des Français d’Ashkelon et d’autres associations. Nous avons obtenu une rallonge de 20 000 euros sur l’enveloppe de base de 90 000 euros pour aider le tissu associatif. J’appelle les gens de bonne volonté à soutenir ces associations ! » n Service des affaires sociales du consulat : social.tel-aviv-jaffa-cslt@diplomatie.gouv.fr Cellule d’assistance psychologique du lundi au jeudi de 8h30 à 17h30 et le vendredi de 8h30 à 12h30 : +972-58-7521333

Témoignage de Séphora Attia de Gan Yavné « Depuis le 7 octobre, nous souffrons psychologiquement. Mon mari a été appelé en tant que chauffeur ce fameux samedi noir pour une période de quinze jours, afin d’amener nos soldats se préparer puis les déposer sur le terrain. Je me suis retrouvée seule avec mes cinq enfants. Par peur d’infiltrations, nous sommes restés vingt et un jours chez de la famille qui habite plus au nord. J’ai dû arrêter de travailler pour m’occuper de mes enfants mais nous nous sommes rendu compte qu’aucune compensation financière ne nous serait versée. Qualita est intervenu par la providence divine. Les dons de Qualita m’ont permis de faire des courses afin de continuer à vivre dignement. Je tiens à remercier tous les donateurs : vos dons servent vraiment à faire du bien à des familles. Vous m’avez libérée de cette charge mentale, je vous en remercie ! Votre soutien nous renforce dans notre confiance en Dieu. Nos enfants vivent des choses qu’ils ne devraient pas connaître. Nous savons que c'est un pays qui a traversé beaucoup de guerres. Le savoir est une chose, mais le vivre… c'est très compliqué au quotidien. Nous entendons tout le temps des « boums », de jour comme de nuit. Nous avançons et nous n’avons pas le droit de nous plaindre quand on sait tout ce que vivent nos otages et nos soldats qui se battent pour que nous puissions continuer à vivre normalement. On leur doit bien ça ! On doit vivre et prier pour eux et pour tous ceux qui sont partis au combat depuis la création de l’État d’Israël. En priant pour des jours meilleurs. » n AJ MAG N° 1004

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BOUILLON DE CULTURE

Urban Sketchers : dessiner ou peindre ensemble PAR CHARLES SZLAKMANN

Face aux difficultés actuelles, le plaisir de se rencontrer et de dessiner ensemble peut constituer un moment fort de convivialité et de création. Amateurs, professionnels, débutants ou confirmés, vous aimez crayonner et conserver dans votre carnet la silhouette d'un bâtiment historique, d'un olivier noueux rencontré au détour d'un chemin, ou de personnages en conversation animée sur une place publique ? Adhérez sans tarder à Urban Sketchers – « croqueurs urbains » –, où vous ferez mille rencontres en Israël et dans tous les pays du monde.

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SK est un réseau international de bénévoles organisé en « chapitres » dans chaque ville de notre vieille planète. Il se définit par une charte bien précise : on ne dessine ni de mémoire ni d'après photo, mais de visu, on croque sur le vif, on dessine le monde tel qu'il est. Voici comment cela fonctionne concrètement : dans chaque « chapitre », un coordinateur (souvent une coordinatrice…) propose un « sketchcrawl », c’està-dire une sortie collective. Par exemple, à Paris, Toulouse, Berlin, Rome, Jérusalem ou Tel Aviv, on se réunit tel jour à telle heure à tel endroit. Arrivés sur le lieu du

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rendez-vous à l’heure dite, les sketchers se saluent, puis chacun prend son matériel et s'en va croquer ce qui lui plaît, bâtiments, commerçants, marchandises, etc. Quatre heures plus tard, les sketchers se retrouvent sur le lieu du rendez-vous, ils déposent leurs œuvres par terre (délicatement) et chacun admire les travaux des autres. La séance se conclut parfois par un apéritif, avec la promesse de se revoir bientôt. Un beau moment de création et de convivialité ! Urban Sketchers est ouvert à toutes et à tous, sans distinction. Comment adhérer ? C'est simple, tout se passe par Meta (anciennement

Facebook). Il faut y chercher les divers groupes USK selon les pays et villes. Vous y trouverez le groupe international nommé simplement USK, le groupe USK France, USK Paris, USK Toulouse, etc., et aussi, bien entendu, le groupe USK Jérusalem et USK Tel Aviv. Vous vous engagez à respecter la charte, vous adhérez, et à partir de ce moment-là, non seulement vous recevrez les invitations aux rendezvous, mais vous pourrez contempler les œuvres de vos amis USK et vous pourrez également vous-même, sans attendre la prochaine séance, poster vos croquis et recevoir commentaires, compliments et autres likes.


© DR - Photos issues de la page Facebook de Urban Sketchers Tel Aviv

BOUILLON DE CULTURE

Chacun travaille avec ce qui lui plaît, feutres, crayons de couleur, aquarelle, stylo… Pour ma part, j'avoue avoir peu participé aux USK France, vu que la majorité des séances se déroule le samedi – chabbat. Mais j'ai eu la joie de participer à Tel Aviv – au Kikar haAtarim – et à Jérusalem – à Mishkenot Shaananim. Le groupe telavivien est très actif et dynamique, il compte plus d'une quarantaine de personnes très sympathiques de tous les âges avec lesquelles vous pourrez explorer la ville. Le groupe de Jérusalem a été actif il y a quelques années, il est un

peu en sommeil pour le moment, mais assurément il reprendra vie, tant la capitale est riche de lieux intéressants, comme les ruelles de Nahlaot ou la Vallée des biches, et, si l’on pousse un peu plus loin, le village d’Ein Kerem, baignant dans la verdure. Un peu de technique : chacun travaille avec ce qui lui plaît, feutres, crayons de couleur, aquarelle, stylo, etc. Votre serviteur utilise l'aquarelle. Une boîte de douze couleurs suffit largement, un carnet A4 fera l'affaire même si le papier n'est pas de la plus haute qualité (300 g coton). Et n'oubliez pas, l'aquarelle n'est pas de la peinture, mais de

l'eau colorée, il faut laisser voir la couleur et la texture du papier, laisser des blancs, travailler spontanément et ne pas craindre de « dépasser ». Quant aux pinceaux, je recommande les pinceaux à réservoir d'eau, qui évitent de sortir bouteille, gobelet, etc. Enfin, un gilet multipoches sera très utile pour y fourrer votre matériel. Alors inscrivez-vous sur Facebook, participez aux séances, postez vos dessins ! Urban Sketchers aiguisera votre vue et vous apprendra à mieux apprécier le spectacle de la vie. Une dernière suggestion : lorsque vous deviendrez un sketcher, proposez une sortie au zoo de Jérusalem. Vous pourrez y capturer le mouvement et les couleurs de nos amis les animaux, c'est un plaisir infini. Commencez par les tortues : c'est facile, elles ne bougent quasiment pas ! n Charles Szlakmann http:// urbansketchers.org/ (monde) http://france.urbansketchers.org/ Pour le reste, écrivez dans la loupe de recherche de Meta : « Urban sketchers Tel Aviv », « Urban sketchers Jerusalem », « Urban sketchers » suivi de la ville de votre choix. AJ MAG N° 1004

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NEWS À LA LOUPE

Ces lanceurs d’alerte qui n’ont pas été écoutés PAR SARAH ALLOUCHE

Et si… Ces deux mots résonnent dans la tête de la plupart des Israéliens. Et si l’on avait pu éviter la catastrophe du 7 octobre… Et si l’on avait pu anticiper les plans machiavéliques du Hamas…

M

ême s’il n’y a évidemment pas de retour en arrière possible, le scénario qui consiste à penser que l’on aurait pu passer à côté d’un tel massacre ou du moins s’y préparer n’est pas complètement utopique. Le Hamas ne cesse de se targuer de s’être préparé à son attaque meurtrière pendant près de deux ans. Et avant ce samedi noir, des lanceurs d’alerte, militaires, civils, journalistes et hommes politiques, ont en effet mis en garde contre les intentions belliqueuses du Hamas. Ils ont été ignorés, on ne les a pas pris au sérieux, quand on ne les a pas gentiment remis à leur place.

Des civils actifs

Ces activités inhabituelles ont également été remarquées par les résidents des localités juives proches de la bande de Gaza. Menachem Gida est l’un d’entre eux. Souvent surnommé « l’homme qui voit tout », il disposait d’un système privé d’écoute et de visualisation fort de 7000 satellites, qui lui a permis de documenter pendant quatre ans les « exercices » du Hamas, consistant à franchir la clôture, occuper des villages, kidnapper des civils, blesser des soldats et passer d’un site de massacre à un autre. Le 9 mai dernier, il a envoyé un rapport à son À l'échelon militaire amie Yifat Ben Shoshan, résidente du mochav Netiv HaAssara, à proximité Les militaires israéliens chargés de de la frontière avec Gaza : « Le Hamas surveiller la barrière séparant Israël de dit qu’il essaiera de mener une la bande de Gaza ont fait état à plusieurs activité d’infiltration sur le territoire reprises des exercices inhabituels Le général Itzhak Brik à la Knesset en 2018 © Yonatan Sindel/Flash90 israélien. On ne sait pas clairement de simulations d’attaques de la part si c’est dans le but d’enlever des du Hamas. Le général Itzhak Brik, citoyens ou de tenter de nuire. » Six mois plus tard, commandant de division de réserve, rapporte : « Pendant le 12 septembre, il a de nouveau sonné l’alerte : « Le un an, ils ont procédé à des entraînements, ils ont sorti Hamas prévoit une attaque maritime accompagnée des plans, répété des exercices, fait des simulations… de tirs de missiles et d’une opération terrestre. Ils sous nos yeux. » Ces informations inquiétantes ont été disposent de mortiers et de charges artisanales, remontées et malgré tout ignorées. « Dans la nuit du ainsi que de missiles. » 6 octobre, il y a eu de nouveau deux avertissements à Menachem Gida n’était pas le seul à « veiller » sur la quelques heures d’intervalle : le Hamas avance vers la frontière. Avec d’autres résidents, ils avaient créé un barrière. Les hauts responsables militaires concernés ont groupe WhatsApp dont les membres étaient à l’affût alors été prévenus. Ils ont choisi de ne pas prendre cette de la moindre activité suspecte de la part du Hamas : menace au sérieux. Le chef du Shabak s’est néanmoins « Nous étions les yeux et les oreilles de l’armée et des rendu à son bureau et a prévu une réunion d’urgence localités sur le terrain, et nous avons transmis des pour le lendemain à 8h », poursuit Brik. 32

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NEWS À LA LOUPE

Dans un tweet publié le 3 octobre, le journaliste Assaf Pozailov écrivait : « L'organisation du Jihad islamique a mené un exercice de simulation extrêmement bruyant tout près de la frontière, comprenant des lancements de missiles, l'incursion de terroristes en Israël et le kidnapping de soldats. »

informations selon lesquelles, ces deux dernières années, le Hamas s'entraînait surtout à l’occupation du territoire israélien, à des activités de l’autre côté de la barrière, à des enlèvements », affirme-t-il. À chaque fois qu’elle recevait un avertissement de la part de Gida, son amie Yifat surveillait les manœuvres du Hamas depuis la fenêtre de sa maison : « Nous croisions nos informations. Je les ai vus s'entraîner pendant quatre ans […], de chez moi je voyais tout, chacun de leurs exercices. Ils simulaient des raids et lançaient des roquettes dans la mer. Il y a eu des journées entières de manœuvres et un bruit énorme de l’autre côté de la clôture. J’ai aussi essayé de transmettre ces informations à l’armée mais ils ne nous ont pas pris au sérieux. » Quelques jours avant Sim'hat Torah, Gida a lancé des avertissements concernant un entraînement inquiétant du Hamas : « Les terroristes ont mené une simulation de grande envergure juste en face de la partie sud de Netiv HaAssara, et j'en ai parlé dans notre groupe de surveillance. Un journaliste de la chaîne Kan m’a contacté et la radio a fait un reportage à ce sujet. Avant la diffusion, j'ai dit au producteur : “J'espère qu'ils ne nous préparent pas un deuxième Yom Kippour ici.” C'était mardi [3 octobre]. Quatre jours plus tard, tout a commencé. » Rafael Hayon, un autre résident de la région, arabophone, a lui aussi tenté de tirer la sonnette d’alarme. Au fil des ans, grâce à du matériel sophistiqué fourni par l’armée et lui permettant d'écouter ce qui se passait à la frontière avec Gaza, il a recueilli de nombreuses informations. Il a eu vent des plans machiavéliques du Hamas et en a informé les responsables régionaux ainsi que des membres de l’armée qui ont choisi de ne pas remonter l’information, considérant qu’il fabulait. En avril dernier, après plusieurs mises en garde,

un des commandants de l’armée, las des sombres prédictions de Hayon et de ses amis, a décidé de leur retirer les licences qui leur permettaient de procéder à des écoutes.

Les journalistes et les instances étatiques Au sein du monde journalistique également, de nombreux reporters israéliens, dont Almog Boker et Ohad Hemo, ont à plusieurs reprises, lors de conférences ou à la télévision, fait état des velléités de plus en plus véhémentes du Hamas, ainsi que du regain d’activités enregistré à Gaza. À l’échelon étatique, il est impossible de ne pas rappeler ce document classé « top secret », écrit en 2016 par le ministre de la Défense de l’époque, Avigdor Liberman, dans lequel on peut lire : « Le Hamas a l’intention de porter le conflit en territoire israélien en envoyant un nombre important de forces bien entraînées – comme les commandos de [l’unité dite] “Nukhba” [“élite”, en arabe], par exemple – en Israël pour essayer de capturer une communauté israélienne – ou peut-être même plusieurs communautés – à la frontière de Gaza et de prendre des otages. Au-delà des dommages physiques causés à la population, cela entraînera également des dommages significatifs pour le moral et les sentiments des citoyens d’Israël. » À l’époque, ce document a été présenté au Premier ministre Benyamin Netanyahou et au chef d’État-major de l’armée israélienne Gadi Eizenkot, avec un appel à mener une attaque surprise contre le Hamas pour déjouer ses plans. Le moment n’est pas venu de chercher qui est à blâmer. Mais bien de souligner le courage et la vigilance de ceux qui ont fait le nécessaire en temps voulu. n AJ MAG N° 1004

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ÉCONOMIE

En finir avec les monopoles et la mauvaise gestion pour accroître le pouvoir d’achat des Israéliens

© DR

Professeur Yaron Zelekha :

Connu pour ses coups de gueule et ses révélations fracassantes, l’économiste Yaron Zelekha avait formulé en 2003 un plan d’urgence qui permit de sauver l’économie israélienne. Ses priorités sont le pouvoir d’achat des Israéliens et la réduction des inégalités. Même si l’État hébreu est actuellement en économie de guerre, cet incorruptible propose des mesures de bon sens pour restaurer l’économie. LPH : Que faire pour aider l’économie israélienne en cette période de crise ? Yaron Zelekha : Les petites et moyennes entreprises sont la colonne vertébrale de l’économie israélienne. Il faut les aider à conserver leurs employés pour surmonter la crise. Indemniser les employés qui restent chez eux ne sert à rien ; il faudrait plutôt donner aux patrons les moyens de ne pas les licencier. Les grandes entreprises, elles, font assez de bénéfices et reçoivent suffisamment d’avantages et de subventions du gouvernement pour survivre à cette guerre. 34

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Il ne faut surtout pas augmenter les taxes ni les prix à la consommation. De plus, je préconise de supprimer immédiatement les quotas, taxes et normes en douane pour favoriser la concurrence, ce qui entraînera une rapide baisse des prix. Une telle action ne demande que trois heures de travail au ministre des Finances pour être réalisée ! Concernant l’immobilier, une loi d’urgence doit être votée à la Knesset pour obliger les banques à annuler l’augmentation des taux de crédit à hauteur de 6 milliards de shekels pour les crédits en cours


ÉCONOMIE

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich (à gauche) et Nir Barkat, ministre de l'Économie, lors de la première session de la commission pour la décentralisation et l'ouverture de la compétition sur les produits alimentaires et ménagers

© Chaim Goldberg/Flash90

sur l’achat d’une habitation principale, et non pour les investisseurs. L’an dernier, les banques israéliennes ont affiché 20 milliards de shekels de bénéfices. Sous le gouvernement de Bennet-Lapid, les prix de l’immobilier avaient bondi de 20 % et les impôts avaient explosé. Il faut nommer des hommes et des femmes compétents pour gérer le pays. Il en va de notre survie. Quels sont les vrais générateurs de pauvreté ? On met en avant le budget de la défense, la taille du pays et la supposée non-participation des orthodoxes et des Arabes israéliens au monde du travail. Mais c’est faux. Les vrais générateurs de pauvreté sont l’impôt trop faible sur les bénéfices des grosses sociétés (Israël est cosignataire de la réforme fiscale mondiale OCDE obligeant les sociétés – CA au-dessus de 750 millions d’euros – à payer 15 % d’impôts), l’absence de concurrence, le pillage des ressources naturelles, le pouvoir des lobbies, le clientélisme et la bulle immobilière. Michal Cohen, directrice de l’Autorité de la concurrence, n’a toujours pas nommé les 85 monopoles. Avec Gali Baharav-Miara, la conseillère juridique, elles ont convaincu en mars dernier la Cour suprême de ne pas condamner Tnuva pour les prix abusifs du fromage « Cottage » et de quasiment annuler les recours collectifs contre les monopoles, à l’encontre de la loi – adaptée d’une loi européenne – qui s’appliquait jusqu’ici. Voudriez-vous être conseiller de la politique économique d’Israël ? Pourquoi pas ? Je suis celui qui a le plus d’expérience. J’ai fait annuler de nombreuses exemptions d’appels d’offres pour des marchés publics. La réforme que j’avais initiée, que Moshé Kahlon a achevée et qui a permis de casser le monopole des téléphones portables, doit être déployée d’urgence pour l’alimentation, les banques, l’automobile et l’immobilier. En mai 2023, le ministre des Finances Bezalel Smotrich a chargé un comité public de formuler pour la rentrée des

Yaron Zelekha a été comptable général au ministère des Finances de 2003 à 2007 et directeur de la politique économique de Benyamin Netanyahou. Titulaire d’un doctorat en macroéconomie de l'Université Bar-Ilan, il enseigne au Collège académique Ono. En 2005, il a empêché de justesse la vente de la banque Leumi par Ehud Olmert à son ami le milliardaire Frank Lowy. Son parti, HaKalkalit, n’a pas atteint le seuil d’éligibilité aux dernières élections. Porte-parole HaKalkalit pour les francophones : Éliane Setbon-Lezmi https://www.hakalkalit.org/zelikha-en-français

recommandations pour démanteler les monopoles. Mais selon certains, aucun plan de ce type ne serait en cours. Nir Barkat voudrait obliger les entreprises privées dont le CA dépasse 300 millions de shekels à publier les bilans de produits courants. Mais cette coalition, comme la précédente, est trop proche des milieux d’affaires. Mon parti est indépendant des politiciens, des monopoles, des magnats, des groupes de pression ou des médias. Je veux supprimer les taxes et quotas à l’importation pour susciter une vraie compétition, favoriser les normes européennes et américaines (les normes alimentaires européennes devaient entrer en vigueur en Israël au 1er janvier), et désigner les importateurs exclusifs en tant que « monopoles ». L’effet sera immédiat. Je veux donner aux travailleurs un pouvoir d’achat décent. n Propos recueillis par Esther Amar AJ MAG N° 1004

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HISTOIRE

Les « populations civiles »

de Zeev Jabotinsky à Amit Segal PAR YOËL HADDAD

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© Flash90

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orsqu’on ouvre un vieux livre dans une bibliothèque, on peut parfois être étonné de l'actualité d'un texte. C'est ce qui m'est arrivé quand, dernièrement, en ouvrant un livre dans la bibliothèque du Centre Begin, j’y ai lu les lignes suivantes : « Le choix n'est pas entre une réaction ciblée contre les assassins ou bien contre la population qui nous est hostile. Le choix est uniquement entre les deux options réalisables : une réaction contre la population hostile dans sa totalité ou une non-réaction générale. » L'auteur de ces lignes : Zeev Jabotinsky. Date de publication : 9 juillet 1939. Le contenu n'est donc pas lié à la Seconde Guerre mondiale, qui à cette date n'a pas encore éclaté. Je cherche à connaître le contexte : le long article de Jabotinsky duquel ces lignes sont extraites expose la politique officielle du Yichouv depuis la publication du dernier « Livre blanc », paru au mois de mai précédent. Jabotinsky y critique la fameuse « havlaga », la retenue, qui consiste à ne pas s'opposer trop vigoureusement aux dures restrictions imposées par l'Empire britannique à l'implantation juive en Eretz Israël, considérées comme une trahison de la Déclaration Balfour. Ce débat amène l'auteur à élargir son propos, dans des paragraphes quasi prophétiques qui m'ont frappé par l'actualité de la question dont ils traitent : « Il faut aussi mettre fin à une autre incompréhension, ou plus

Zeev Jabotinsky (à gauche), fondateur de la Légion juive et leader de la droite sioniste, et le journaliste Amit Segal, commentateur politique de la chaîne 2 israélienne

exactement, un autre grand mensonge. Il y a peu de temps, on m'a transmis un extrait d'un journal juif qui rapportait le récit d'une attaque d'un gang arabe contre une implantation juive, des tirs de riposte des policiers juifs, de l'arrivée des soldats britanniques qui, pour pourchasser les assassins arabes, ont pris avec eux des policiers juifs et ont abattu une douzaine d’assaillants. “C'est notre méthode de riposte face à ces agressions” – déclarait fièrement le journal juif –, “nous ne nous en prenons pas à des innocents, mais précisément aux coupables.” C'est très beau [commente Jabotinsky], mais c'est du bavardage. […] Ne nous laissons pas tromper par un sophisme dénué de fondement. Chacun d'entre nous aurait voulu

que dans le cas où il y a contrainte de réagir, la réaction vise directement les assassins. […] Le choix n'est pas entre une réaction ciblée contre les assassins ou bien contre la population qui nous est hostile. Le choix est uniquement entre les deux options réalisables : une réaction contre la population hostile dans sa totalité ou une non-réaction générale. Ce n'est pas un nouveau problème. Tous les peuples lui ont fait face. Et si une nouvelle guerre éclatait maintenant, ils lui feraient face de nouveau chaque jour. Durant la [Première] Guerre mondiale, alors les Allemands survolaient et bombardaient Londres, pendant longtemps les Anglais ont opté pour la retenue. Mais finalement, l'opinion publique les a contraints à réagir en contre-attaquant les


HISTOIRE

villes allemandes […]. Il ne fait aucun doute que s'ils ont décidé de réagir, il était clair pour ceux qui en ont pris la décision que les “cadeaux” envoyés de l'air allaient forcément toucher des innocents, des femmes et peutêtre même des enfants. Est-ce que cela les a empêchés de poursuivre leur riposte ? Est-ce que pour cette raison ils sont revenus sur leur retenue d'origine ? Et si une nouvelle guerre mondiale éclatait, attendraient-ils une attaque de l'ennemi ? » J’ai poursuivi ma lecture et découvert que le texte ne cessait d'être actuel : « J'ai expliqué cela de maintes fois à mes lecteurs et à mes auditeurs : lorsqu'il s'agit de guerre, on ne peut pas parler de ce qui est “mieux” : tirer ou ne pas tirer. La seule question permise dans ces moments-là est la question inverse : qu'est-ce qui est pire ? Se faire égorger et asservir sans opposition, ou s'opposer par tous les moyens, même les plus cruels, car le “mieux” n'existe pas dans ces moments-là ? Tout ce qui est lié à la guerre est “mal”, et le “bien” n'y existe nullement. […] Si nous commencions à calculer ce qui est mieux, le calcul serait bien simple : si tu veux être “bon”, laisse-toi donc te faire tuer et renonce à tout – tout ce dont la protection est ton objectif : un foyer, une terre, la liberté, l'espoir. […] Entre deux maux, il faut choisir le moindre. Face à une situation où domine la force du bras, une seule question prévaut : qu'est ce qui est pire ? Persister dans la retenue, continuer à voir en silence des Juifs se faire tuer, continuer à laisser s'installer chez les Arabes la conscience que nous sommes abandonnés, à accepter qu’aux

yeux des Anglais et du monde entier nous passions pour de la boue, pour des chiffons qu'il ne faut pas prendre en compte en temps de danger ? »

« Le choix est uniquement entre les deux options réalisables : une réaction contre la population hostile dans sa totalité ou une non-réaction générale. »

Et Jabotinsky de conclure par ces mots : « […] le pire des cauchemars est l'exil ; et la pire caractéristique de l'exil est la tradition de la permission du sang juif, dont le versement ne fait l'objet d'aucune proscription et pour lequel on ne paye aucun tribut. Ici, en Eretz Israël, ce phénomène est donc terminé. Amen ! »

J'aurais pu terminer cet article ici, mais il se trouve que ce texte de Jabotinsky a fait l'objet d'un article

du journaliste israélien Amit Segal, auquel j'en avais envoyé une partie. Segal, féru de Jabotinsky et prônant des positions offensives dans le conflit actuel, en a repris un extrait dans ses colonnes du vendredi dans le Yediot A'haronot. Aux lignes prémonitoires de Jabotinsky, il a ajouté les suivantes : « Les images du 7 octobre n'ont pas conduit un seul Gazaoui à arborer une affiche “Not in my name !” ; pas un seul groupe de résistance – tel que celui de la Rose blanche dans l’Allemagne nazie – ne s’est manifesté. Pas un seul appel. Sur tout le Net, on n’a pas pu trouver ne serait-ce qu'un seul post en provenance de Gaza émettant des réserves face aux horreurs perpétrées. Les “nonimpliqués” du 7 octobre sont bel et bien impliqués : ils ont voté pour le Hamas, ils ont mis le Hamas sur le trône, ils ont permis l'existence du Hamas et ont célébré ses horrifiants succès. » n

L'article de Zeev Jabotinsky est tiré du livre Ba-Saar, édité par Eri Jabotinsky, Jérusalem, 1953. Il a paru pour la première fois en yiddish dans le journal Der Moment du 9 juillet 1939, sous le titre : « Amen ! ». Il a été traduit du yiddish en hébreu par Yaakov Rubin, et de l'hébreu au français par Yoël Haddad. L'article d'Amit Segal, traduit de l'hébreu par Yoël Haddad, a paru dans le supplément « HaMoussaf leChabbat » du journal Yediot A'haronot du vendredi 3 novembre 2023. Yoël Haddad est chercheur au Centre Begin à Jérusalem.

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SANTÉ

Zoom sur les champignons PAR ORLIE NABET

Avec Orlie Nabet, naturopathe, nous allons nous intéresser chaque mois aux vertus d’un aliment, d’une plante ou d’une épice.

A

ujourd’hui, nous allons nous intéresser aux champignons. Les champignons ne font partie ni du règne animal ni du règne végétal, ils sont un règne à part : le troisième règne – le règne fongique. En effet, ils n’ont pas de feuilles, pas de fleurs, pas de chlorophylle. On trouve des champignons dans la terre, essentiellement dans des forêts, mais aussi sur des arbres. Ils poussent sous tous les climats, de - 6 degrés à 60 degrés. Le champignon n’est ni une plante, ni un fruit, ni un légume. Mais il est consommé et cuisiné 38

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comme un légume, très prisé des végétariens et cependant encore pas assez connu. Dans les champignons, il y a la partie haute, celle que l’on mange – le pied et chapeau –, et la partie cachée sous la terre : le mycélium, que l’on ne mange pas mais qui a quelquefois, pour certains champignons, une grande valeur thérapeutique. Il n’y a pas de pesticides dans les champignons, il n’y a pas d’allergies aux champignons (très rarement, certaines personnes peuvent avoir des maux de ventre après en avoir consommé, mais ces douleurs

se dissipent au bout de vingt minutes environ).

Valeur nutritionnelle des champignons Les champignons contiennent des vitamines du groupe B, de la vitamine D, du calcium, du potassium, du magnésium, du fer, du zinc, des fibres alimentaires et des protéines ; ils sont riches en eau et pauvres en calories, et faciles à digérer. De ce fait, ils renforcent le système immunitaire, ce sont des anti-inflammatoires, ils diminuent le stress et ont un pouvoir de détoxification du corps.


SANTÉ Où trouve-t-on des champignons ? Je ne parle pas ici des champignons cueillis dans les forêts – seules des personnes très avisées sont à même de savoir s’ils sont comestibles ou vénéneux. On trouve des champignons frais, en général sous blister, dans tous les supermarchés – on trouve aussi des champignons déshydratés. Vous seriez étonnés de voir toutes les sortes de champignons que l’on peut trouver dans les rayons : champignon de Paris, mais aussi pleurote, portobello, shinoki, shimeji, maitaké, shiitaké… Ne vous laissez pas impressionner par ces noms qui ne vous parlent pas encore ; essayez-les, goûtezles, découvrez-les…

Comment consommer les champignons ? Éviter les conserves. Choisir des champignons petits

RECETTES Ragoût champignons-carottes

l Utiliser des pleurotes royales (« melekh haYaar »), ces champignons ont

une chair épaisse et ferme qui convient bien à un ragoût.

l Les couper en assez gros morceaux. l Les faire macérer avec un peu de sel, de poivre, de curcuma, de cumin et

de coriandre fraîche.

l Dans un faitout, faire suer les oignons, ajouter des carottes coupées en

rondelles, du céleri coupé en petits morceaux. Ensuite, y adjoindre les champignons macérés et laisser cuire comme n’importe quel ragoût. C’est très bon !

Shawarma de champignons

l Faire revenir des oignons avec un peu

d’huile d’olive, couper des champignons et les mélanger aux oignons. l Ajouter des épices à shawarma. Servir avec ce que l’on aime.

ou moyens. Ils ne doivent pas coller au doigt. Ne pas peler le chapeau, ne pas enlever le pied, tout se mange, il suffit de les laver avant de les manger. À part les classiques champignons de Paris qui peuvent se manger crus, les autres doivent être cuits. On les consomme poêlés avec ail et fines herbes ; on les introduit dans une omelette, une soupe, un ragoût… Autre façon de manger

des champignons : on peut réduire en poudre des champignons déshydratés et les ajouter à une soupe, une sauce tomate, une salade – même une cuillère ou deux suffisent. C’est une très bonne façon d’en faire profiter les enfants et d’augmenter la valeur nutritionnelle du repas.

Les champignons thérapeutiques / champignons médicinaux Il existe des champignons thérapeutiques en capsules, qui peuvent aider dans divers problèmes de santé et s’ajouter à des traitements médicaux conventionnels sans les gêner. n

Orlie Nabet, naturopathe : 058-6277009 Consultations Zoom Ateliers détox/nutrition santé/perte de poids AJ MAG N° 1004

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CONSCIENCE

Parlons-nous vraiment la même langue ? Chacun de nous a un profond besoin de remplir son réservoir émotionnel d’amour. L’amour consiste à agir dans l’intérêt de celui ou celle que nous aimons. Cela a des effets très bénéfiques et crée un climat favorable à la résolution des conflits.

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PAR HAGIT BIALISTOKY

ans son livre Les langages de l’amour, Gary Chapman part d’un postulat fort : les gens parlent des langages d’amour aussi différents que le français et le chinois – mais ils ne le savent pas ! Lorsqu’on lui parle dans le langage d’amour auquel elle est le plus sensible, la personne se sent aimée pour ce qu’elle est et son réservoir émotionnel se remplit. La difficulté se présente lorsque l’on parle à l’autre à partir de son langage à soi mais que notre partenaire ou nos enfants ne parlent pas forcément le même langage. Il est nécessaire d’en avoir conscience et de découvrir quels sont les vrais besoins affectifs de nos proches. C’est aussi pourquoi on ne peut pas avoir le même comportement avec tous les membres de sa famille, car certains se sentiront aimés et d’autres moins.


CONSCIENCE Les 5 langages d’amour

l Écoutez les plaintes de l’autre : « Pourquoi ne

Les paroles valorisantes : compliments verbaux sincères, encouragements, remerciements… Les mots sont importants. Pour un impact maximal, donnez au moins une parole valorisante par jour.

l Repérez ce que votre partenaire demande le

Les moments de qualité : accorder à l’autre une attention totale et sans partage, « offrir des minutes de vie ». Il peut s’agir d’être ensemble, tout simplement, ou de partager des activités communes. Invitez votre partenaire à faire une activité qui lui plaît. En général, les femmes apprécient beaucoup ce langage. Les cadeaux : c’est la pensée exprimée par le geste qui est l’expression de l’amour, c’est un signe extérieur et visible du lien intérieur et spirituelémotionnel. Ce n’est pas une question d’argent ! Le cadeau est un symbole. Les cadeaux hors contexte (non motivés par un anniversaire, une fête ou autre) ont une valeur encore plus grande.

m’aides-tu jamais pour les tâches ménagères ?! » plus souvent. S’il vous réclame régulièrement d’aller faire un tour dehors après le repas ou de prendre quelques jours en amoureux quelque part, il réclame en fait des moments de qualité. Si elle vous demande souvent de lui masser le dos ou de la prendre dans vos bras, elle recherche le contact physique. Quand vous partez en voyage, il s’enquiert : « Tu me rapportes un souvenir ? » Il vous informe que son son langage d'amour, ce sont les cadeaux.

Vous pouvez aussi découvrir quel est votre langage d'amour grâce à un test gratuit que vous trouverez facilement sur Google. Pour que règne une harmonie familiale, il faut apprendre à remplir le réservoir affectif de nos enfants, celui de notre conjoint ou conjointe, et leur apprendre également à remplir notre propre réservoir d’amour ! n

Les services rendus : aide et assistance, faire le café le matin, contribuer aux tâches ménagères, s’occuper des enfants… Le service a une valeur encore plus grande lorsqu’il est rendu sans qu’on nous le demande. Le contact physique : le toucher, les gestes tendres, une tape dans le dos… Le contact physique est le langage d’amour le plus techniquement facile à pratiquer. Il permet de se rapprocher physiquement pour créer une certaine intimité. Attention, ce langage ne se pratique pas dans toutes les cultures ! De plus, les femmes étant très sensibles au contact physique, il pourrait être interprété comme un franchissement de leur distance de sécurité.

Comment identifier votre propre langage d’amour et celui de votre partenaire ? l Écoutez les plaintes que vous formulez à

l’autre : «Tu n’as jamais de temps pour moi », « tu es toujours négatif avec moi »… l Observez le comportement de votre conjoint ou conjointe : de quelle manière exprime-t-il/elle généralement son amour ou son appréciation envers les autres ? Est-ce une personne particulièrement tactile ? Sait-elle encourager par ses paroles ? Offre-t-elle souvent des cadeaux aux autres ? Est-elle de celles qui apprécient de passer deux heures à discuter avec un ami ? AJ MAG N° 1004

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CONSCIENCE

Résilience en temps d'épreuve :

l'unité nationale au cœur de la reconstruction

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ous sommes tous acteurs et témoins de la remarquable capacité de notre peuple à persévérer face à l'inimaginable. Dans le contexte actuel, la pensée positive ne se confond pas avec l'insensibilité à la souffrance ou l'ignorance de la gravité des événements. C’est plutôt une approche où chaque épreuve est envisagée comme une étape vers une forme de résilience accrue. L'attaque barbare qui a marqué notre nation de son empreinte tragique a non seulement déchiré le voile de la normalité, mais elle a aussi révélé la profondeur de notre histoire collective et de notre identité nationale. C'est dans cette histoire que nous puisons la force de notre résilience, une force qui transcende nos capacités de résistance individuelles et qui est le reflet de notre solidarité inébranlable. Le processus de transformation par lequel nous passons actuellement, où la pensée positive s'entrelace inextricablement avec la réalité du deuil, requiert de nous que nous reconnaissions pleinement la complexité des émotions en jeu. La colère, la peur et la tristesse ne sont pas des faiblesses, mais des réponses humaines authentiques qui méritent d'être exprimées et entendues. C'est ici que la pensée positive intervient, non pas pour étouffer ces émotions, mais pour frayer une voie à travers elles, un chemin qui permette à la fois à l'individu et à la société de se tourner vers l'avenir avec résolution. En effet, la résilience n'est pas une destination mais un chemin, un processus dynamique par lequel notre peuple, en pleurant ses pertes, renforce sa cohésion et son identité. C'est dans l'unité et la solidarité que 42

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PAR FRANCKY PEREZ se forge notre capacité de résistance et de reconstruction. Des actes de solidarité spontanés aux initiatives communautaires, chaque geste contribue à la réparation du tissu social mis à mal. Les défis auxquels nous sommes confrontés sont nombreux et complexes : comment traiter le trauma collectif ? Comment intégrer cette expérience dans le récit national sans qu'elle ne dicte notre avenir ? Comment allons-nous naviguer dans le processus de deuil tout en posant les fondations pour les générations futures ? Ces questions sont au cœur de la résilience israélienne. En quête de stabilité et de sécurité, notre société se tourne vers des solutions concrètes et pragmatiques. Nous cherchons à renforcer notre sécurité physique, mais aussi notre robustesse psychologique et sociale. Les stratégies sont diverses, incluant des programmes de soutien psychologique, des campagnes d'éducation post-traumatique et des discours publics qui visent à renforcer l’unité nationale. Notre peuple a toujours été caractérisé par sa capacité à faire face à l'adversité, à s’adapter et à évoluer. Nous traversons ces temps difficiles avec la ferme intention de maintenir et de préserver notre ténacité et notre invincibilité. C'est dans cet esprit que nous continuons à être à la fois acteurs et témoins de notre propre histoire, une histoire de détermination inébranlable. Demain, la nécessité de maintenir l'unité nationale sera d'autant plus impérative, lorsque le discours politique reprendra ses droits, avec son cortège de commissions d'enquête

visant à identifier et sanctionner les responsabilités politiques dans les manquements sécuritaires qui ont précédé le 7 octobre. Cette phase d'introspection sera une étape cruciale dans le processus de guérison et de renforcement de notre société. L'histoire nous enseigne que l'unité forgée dans l'adversité est souvent mise à l'épreuve lorsque vient ensuite le temps de l’analyse et de la critique. Pourtant, c'est précisément dans ces moments-là que la cohésion nationale doit être la plus affirmée. L'unité ne signifie pas l'uniformité de pensée ni l'absence de responsabilité, mais plutôt la capacité collective à affronter les vérités inconfortables avec courage et à travailler ensemble pour aboutir à des solutions constructives, tout en préservant le tissu social qui nous unit. Lorsque viendra le temps des enquêtes et des débats politiques pour faire la lumière sur les tragiques événements qui ont eu lieu, il sera primordial de ne pas perdre de vue le respect de la douleur des victimes et la résilience de la nation. La recherche de la vérité et de la justice devra s'accompagner de la ferme volonté de maintenir un dialogue ouvert, inclusif et empathique, qui renforce l'unité plutôt que de la fragmenter. Dans cet esprit, chaque citoyen, chaque leader, chaque institution devra contribuer à une réflexion nationale qui ne perde pas de vue le bien commun. En préservant cette unité, en la mettant au service de la vérité et de la reconstruction, nous honorerons non seulement la mémoire des disparus mais aussi l'esprit irréductible de notre peuple. n


LEADERSHIP

Responsabilité(s) PAR ANDRÉ DAN

Le premier principe du leadership nous est donné dans les quatre premières parachiot de la Torah : c’est la RESPONSABILITÉ.

C

hacun d’entre nous devrait le faire sien et l’appliquer. Je m’inspire ici du livre passionnant du rabbin Jonathan Sacks : Lessons in Leadership. Ce principe de la responsabilité y est développé au travers de quatre figures bibliques : Adam, Caïn, Noa'h et Avraham l’Hébreu qui éclaire notre civilisation. Quand Dieu demande à Adam pourquoi il a mangé le fruit défendu, celui-ci répond que c’est « à cause de la femme ». Même chose pour Ève qui, elle, se défausse sur le serpent. Tous deux refusent d’assumer leur responsabilité personnelle. Ensuite, lorsque Dieu demande à Caïn où est son frère Abel, Caïn – qui l’a assassiné – répond : « Suis-je le gardien de mon frère ? » Lui non plus n’assume donc pas sa responsabilité morale. Et Noa'h ? Certes, il a construit l’arche, et sauvé sa famille et les couples d’animaux pour préserver la Création. Néanmoins, bien qu’il connaisse la décision de Dieu de détruire l’humanité, il n’a pas essayé de convaincre ses contemporains de changer de comportement, ni de faire changer Dieu d’avis. En cela il n’a pas su faire preuve de responsabilité à l’égard de la collectivité. Qu’a fait Avraham ? D’abord, lorsqu’il s’est querellé avec son neveu Lot en Eretz Israël, il lui a dit : « Si tu vas à droite, j’irai à

gauche, et si tu vas à gauche, j’irai à droite. » En cela, il a fait preuve d’une véritable responsabilité personnelle. Puis, quand Lot a été fait prisonnier, alors qu’Avraham aurait pu rester indifférent, il a levé une armée et s’est battu pour le libérer. Le comportement d’Avraham a été guidé par le sens de la responsabilité morale.

Avraham et Lot : « Si tu vas à droite, j’irai à gauche, et si tu vas à gauche, j’irai à droite. »

Enfin, nous assistons à une « négociation » inouïe entre Avraham et Dieu : après que Dieu lui a annoncé son intention de détruire Sodome et Gomorrhe, Avraham, qui fait montre d’une admirable « responsabilité

collective », négocie pour essayer de sauver ces villes s’il s’y trouve 50 justes, ou même seulement 45, voire 40, 30, 20… ou ne serait-ce que 10 justes. Hélas, il n’y en avait même pas 10 ! Ces villes ont donc été détruites. Comment, de nos jours, appliquer ces trois niveaux de responsabilité dans nos vies personnelles et professionnelles ? Il faut d’abord se poser les bonnes questions et y répondre en conscience, avant de passer à l’action : l Comment être à la hauteur de mes responsabilités personnelles ? l Comment assumer mes responsabilités en faisant preuve de moralité ? l Enfin, pour ce qui est de la « responsabilité collective », comment m’engager à l’égard de ma famille, de ma communauté, de mon peuple, et même audelà ? Être un digne descendant d’Avraham, le plus grand leader de l’histoire de l’humanité, exige que nous souscrivions à ce premier principe du leadership : pour être la meilleure personne possible, il nous faut être responsable ! n

André Dan Coach en leadership a@andredan.com

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JUDAÏSME On parle souvent du rôle des parents dans l’éducation de leurs enfants en général et dans leur rôle de passeurs de la Torah en particulier. Mais que nous disent nos Textes sur la place des grands-parents ? C’est ce que Yaël nous propose de découvrir dans cette rubrique. Pédagogue, titulaire d’un doctorat en études juives et bénévole auprès de clubs de grands-parents, elle s’est penchée sur le rôle éducatif des grands-parents selon le judaïsme. Elle nous invite à revenir aux Textes, et à découvrir si le judaïsme a un message à proposer aux papis et aux mamies.

Épisode 4

«R

La pierre à l'édifice

abbi Yehochoua ben Levi apprenait de l’écoute de la paracha de la bouche de son petit-fils chaque veille de chabbat. Une fois, il oublia et entra aux bains de Tibériade. Il était à côté de Rabbi 'Hiya bar Aba et il se souvint qu’il n’avait pas entendu la paracha de son petit-fils, alors il sortit. Comment cela s’est-il déroulé ? Rabbi Drosaï dit : “Comme ça : il est entré et s’en est tout de suite souvenu, et il est sorti.” Rabbi Éliézer fils de Rabbi Yossi dit : “Il s’était déjà déshabillé. Rabbi 'Hiya lui a dit : ‘Ne m’as-tu pas appris, mon Maître, que si l’on a commencé son bain, on ne s’interrompt pas ?’ (Traité Chabbat, chapitre 1, michna 2). Il lui dit : 'Hiya, mon fils, cela peut te paraître futile, mais celui qui écoute la paracha de son petit-fils, c’est comme s’il l’entendait du mont Sinaï.’” Et pourquoi ? Il se base sur les versets de Devarim IV, 9-10. » (Talmud de Jérusalem, Traité Chabbat 1, halakha b) Que vient nous enseigner ce passage ? Tout d’abord que, où qu’il se trouve, l’homme est rattrapé par ses engagements et son devoir. Le bain aurait pu être un moment de détente – mais non, le devoir vous appelle et vous rappelle. Le bain en l’honneur du chabbat est très important mais il ne passe pas avant cette opportunité d’apprendre avec son petitfils. Le terme employé, « lamoud », signifie que Rabbi Yehochoua apprenait du fait même d’écouter son petit-fils. Tout d’abord, cela nous enseigne qu’il faut une 44

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PAR YDOT forme de rituel, un temps dédié à cette rencontre intergénérationnelle. De plus, l’expérience de pouvoir par nous-mêmes écouter de la voix de notre descendant ces paroles de Torah nous fait prendre conscience de cette part prise à l’édifice. Maintenant arrivés à l’âge mûr, nous connaissons ces textes, tant de fois répétés, étudiés, commentés. Mais jaillissant de la bouche de notre descendance, ils sont comme une source vive : un Texte pur, sans ses couches herméneutiques, juste la voix naïve d’un enfant qui s’approprie chaque semaine un peu plus le Texte, sa lecture, sa cantillation, sa compréhension. « Rabbi Hezkiya, Rabbi Yirmiya, Rabbi 'Hiya au nom de Rabbi Yohanan : “Peux-tu remonter la chaîne de transmission jusqu’à Moïse ? Sinon, reviens

© Flash90


JUDAÏSME

Chabbat VaYichla'h 1er décembre 2023-18 Kislev 5784 Jérusalem 15h54 17h15 Tel Aviv 16h14 17h16 Netanya 16h13 17h15 Chabbat VaYechev 8 décembre 2023-25 Kislev 5784 Jérusalem 15h55 17h15 Tel Aviv 16h14 17h17 Netanya 16h13 17h16

Horaires de chabbat Chabbat Miqetz 15 décembre 2023-3 Tévet 5784 Jérusalem 15h56 17h17 Tel Aviv 16h15 17h18 Netanya 16h14 17h18

Chabbat VaYigach 22 décembre 2023-10 Tévet 5784 Jérusalem 15h59 17h20 Tel Aviv 16h18 17h22 Netanya 16h17 17h21

Jeûne du 10 Tévet 22 décembre 2023-10 Tévet 5784 Jérusalem 5h17 17h12 Tel Aviv 5h19 17h13 Netanya 5h19 17h12

Chabbat VaYe'hi 29 décembre-17 Tévet 5784 Jérusalem 16h03 17h25 Tel Aviv 16h22 17h26 Netanya 16h21 17h25

Roch 'hodech Tévet Entrée lundi 12 décembre 2023 à l'apparition des étoiles, Roch 'hodech mercredi 13 décembre

au premier ou au dernier.” Pourquoi ? Toujours en fonction des fameux versets de référence de Devarim IV, 9-10. Celui qui cite sa source première, c’est comme s’il se trouvait en présence de ce Sage – ainsi qu’il est écrit dans Tehilim : “Oui, les mortels s’avancent comme une ombre !” (Psaume XXXIX, 7). » (Talmud de Jérusalem, Traité Chabbat 1, halakha b, suite) En effet, tant que l’on peut remonter à sa source, on dira que telle loi émane de « Moïse au Sinaï ». Sinon, on remontera à la source certaine et l’on en citera l’auteur, car « qui rapporte une parole au nom de son auteur apporte la délivrance dans le monde » (Traité Meguila 19a). Et en citant ces Maîtres, nous pouvons nous reposer à l’ombre de leur enseignement, même des centaines d’années après leur disparition. Il est écrit que le Sage, après sa mort, est appelé vivant ! Ainsi, toute personne capable de léguer un enseignement qui lui « survivra » vit par ses paroles, tant qu’elles sont transmises. Nos descendants sont des bâtisseurs. L’individu est symbolisé par le Aleph : unique et particulier. Quand il a des enfants, il devient av – père – de son fils, ben. Mais en fait, il faut entendre ce « ben » plutôt comme « boné » : bâtisseur, car le fils construit l’identité du père ; et le petit-fils, nekhed, renforce la construction, comme une pierre dans l’édifice des générations. L’acrostiche Av-Ben-Nekhed donne le mot « even » : la pierre. Comme le dit Salomon : « Triple fil ne se désagrège pas vite » (Ecclésiaste IV, 12) ; et cette expression est rapportée dans le Traité Ketoubot pour désigner le lien entre Rabbi Bissa, son fils Rabbi 'Hama et son petit-fils Rabbi Hochaaya. Et si l’on lit l’acrostiche dans l’autre sens – des descendants vers

les ascendants –, on obtient Noun-Beth-Aleph, qui est la racine de l’inspiration. Ainsi les anciens sont-ils source d’inspiration pour leur descendance. n

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JUDAÏSME

La force de la parole

E

n chemin pour le Kotel, vous êtes sur le point d’entrer dans le lieu de prière lorsque, à quelques mètres, vous voyez le grand-rabbin d’Israël : sans réfléchir, vous allez à sa rencontre, vous lui embrassez la main et lui demandez une bénédiction pour la santé, la parnassa et encore plein de bonnes choses. Imaginons une autre situation : vous êtes en chemin pour la britmila du fils d’un très bon ami à vous, et votre femme vous rappelle de demander au « sandak » une bénédiction pour la santé et la parnassa : à la fin de la brit-mila, vous attendez votre tour pour recevoir votre bénédiction. Si vous vous identifiez aux situations ci-dessus et que dans les deux cas vous iriez demander une bénédiction, je suppose que vous croyez à la force de la parole. Car après tout, qu’est-ce qu’une bénédiction ? Des mots, de bons mots qui sortent de la bouche d’un grand Sage ou d’une personne simple comme un sandak ; mais ces mots-là, vous y croyez et vous savez qu’ils ont la possibilité de vous affecter en bien. Après tout, lorsque nous prions trois fois par jour, ou lorsque nous prions pour le rétablissement d’un malade, nous croyons qu'avec l'aide de nos paroles, nous pouvons et demandons à HaKadoch Baroukh Hou de changer la réalité. Quelle puissance énorme ! Nous avons la force, par le biais de nos mots, de changer la réalité ! La parole est l’une des plus grandes forces dont dispose l’être humain, une force qui lui permet

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de réparer, de construire – mais malheureusement le contraire aussi est possible. La parole n’est pas seulement un outil de transmission d’informations ou de communication entre les personnes, c’est bien plus que cela : merveilleux cadeau reçu de HaChem, la parole est en ellemême une force de création. C’est pourquoi nous devons l’utiliser avec prudence et ne pas nous en servir à mauvais escient. Maintenant que nous comprenons le pouvoir des mots, réfléchissons à ce qui se passe lorsque nous utilisons ce pouvoir de manière inappropriée. Si vous donnez une claque à quelqu'un, sa joue sera probablement un peu rouge pendant quelques minutes, cela lui fera un peu mal, mais cela passera, tandis que si vous avez blessé quelqu'un, si vous l'avez insulté, cela peut rester gravé en lui pendant des années – et je suis sûr que chacun de nous, en lisant ces lignes, se souvient d'un ou deux cas qui lui sont arrivés personnellement. Ainsi, il est très important de faire attention à notre langage, à ce que nous disons, car une fois que les mots sont sortis de notre bouche, il est impossible de les rattraper. Si nous ne réfléchissons pas avant de parler, nous regretterons ce que nous avons dit, et quelquefois il sera déjà trop tard : la personne en face de nous n’acceptera pas toujours nos excuses. Parfois, des élèves de la mekhina (Gour Arié) m'appellent : c'est un peu dur pour eux à l'armée, ils

me font part de leurs difficultés et espèrent un peu de motivation. Nous discutons, je leur rappelle ce que nous avons appris au cours de l'année, et là, vers la fin de la conversation, je sens le sourire sur leurs visages, je sens qu'ils sont sortis renforcés de notre échange. Que s'est-il passé ? C’est la force de la parole, et des mots qu’on utilise. Nous avons la capacité de prononcer de bonnes paroles et de rendre les gens heureux, de les fortifier et de les encourager. Lors d’un cours de Torah, les paroles prononcées par le rabbin peuvent donner envie de s’améliorer et d’élever son niveau de spiritualité : tel est le pouvoir des mots. Un discours positif et constructif ajoute de la lumière et de la joie, brise les barrières, rassemble les amis et la famille, et apporte la paix dans le monde. En conclusion, trois choses importantes : F Attachons-nous à dire de bonnes paroles. F Nos paroles ont le pouvoir de changer la réalité. Ces jours-ci, il faut multiplier nos prières pour nos héroïques soldats et pour le peuple d'Israël. F Nos paroles ont du pouvoir et de l'influence. Réfléchissons à deux fois avant de sortir les mots de notre bouche, afin de ne pas blesser les autres. n Yehouda Salama Directeur du programme Gour Arié de préparation à l’armée israélienne pour les jeunes Juifs français Yehuda@betar.org.il


AU NOM DE LA LOI

Moralité et vaillance : c’est possible ! « Je poursuivrai mes ennemis et les combattrai, je ne rentrerai pas du combat sans les avoir anéantis. » (Roi David, Psaumes, chapitre 18)

L

'exil a façonné notre perception, nous conduisant à croire que les Juifs pieux, justes et droits, sont bien souvent faibles et passifs. Quant aux hommes courageux, forts et combattants, ils sont loin de posséder la finesse d'âme des Sages et des Tzadikim, les Justes. Pourquoi cette dichotomie ? Parce que l'exil a anéanti les forces vives de la nation au point que la seule survie physique ou spirituelle était devenue la préoccupation essentielle des uns et des autres. Pourtant, tout au long de notre histoire, de ses origines jusqu'à la période des Hasmonéens et de 'Hanouka, cette double faculté fut le signe distinctif de la plupart des grandes figures d'Israël. Ainsi Abraham était-il à la fois un homme d'une foi intègre, et un personnage puissant et riche. Lorsque Loth, son neveu, fut fait prisonnier, Abraham n'hésita pas à partir en guerre contre quatre rois pour le délivrer. Le roi David fut un grand homme d'État et un invincible guerrier. C'est finalement lui qui édifia le royaume d'Israël. Il sut vaincre de nombreux ennemis et réussit à unifier le peuple d'Israël, qui était jusque-là un amalgame de tribus, sous sa bannière : l'étoile de David. Il fut un homme d'une grande piété, l'auteur des Psaumes, un amoureux de Dieu, et en même temps un roi courageux et un vaillant combattant. Nulle contradiction, donc, entre la pureté intérieure d'une part, et le courage et la puissance d'autre part : le Juste et le soldat ne font qu'un. Or, plus tard, s'est opérée une profonde dislocation entre ces deux vocations. Nos Sages, dans le Midrach sur le livre des Lamentations, ont pris l'exemple de quatre rois : David, Assa, Josaphat et Ézéchias. « Le roi David a dit : “Je poursuivrai mes ennemis et je les frapperai !” Dieu a répondu : “D'accord, Je t'aiderai !” Le roi Assa a dit : “Je veux bien poursuivre mes ennemis, mais je ne peux pas les frapper. Alors moi, je poursuis mes ennemis, et Toi, Tu les frapperas.”

Dieu a répondu : “D'accord, Je t'aiderai !” Le roi Josaphat a dit : “Poursuivre des ennemis, ce n'est pas noble. Alors moi, je récite des cantiques, et Toi, Tu mènes la guerre.” Dieu a répondu : “D'accord, Je t'aiderai !” Enfin, le Roi Ézéchias a dit : “Je ne peux ni combattre mes ennemis, ni les poursuivre, ni même réciter des cantiques. Je vais me coucher et Toi, Tu combattras.” Dieu a répondu : “D'accord, je t'aiderai !” » Plus les rois d'Israël se sont éloignés de la grandeur originelle qui fut celle du roi David, plus ils ont craint de faire la guerre et de porter atteinte à la pureté de leur personnalité. On aurait tendance à croire qu'une victoire miraculeuse qui rendrait les combats fortuits et inutiles, telle que la victoire du roi Ézéchias face à l'armée d'Achour et de Sennachérib, serait le modèle idéal. Mais le modèle présenté par le Midrach est profondément différent. Le dialogue entre Dieu et les rois suggère au contraire que même si Dieu laisse le choix de la nature du combat à chacun des rois, et qu'Il promet son appui et son soutien à chacune de leurs décisions, la prise de responsabilité du roi David et l'initiative active de mener la guerre contre l'ennemi est sans aucun doute le modèle recommandé par la vision divine et transmis par nos Sages dans ce Midrach. Le combat mené aujourd'hui par Tsahal – Glaives de fer – est en réalité la réincarnation de cette double vocation et faculté d'Israël : allier moralité et justice avec courage et vaillance. Que Dieu bénisse nos combattants et inspire avec bienveillance nos dirigeants, jusqu'à la victoire face à nos ennemis et à la libération de nos frères et sœurs captifs. n Rav Avraham Dray Rabbin de communauté à Ashdod - Fondateur de Chadarim Directeur du Desk France du Mizra'hi mondial Pour contacter le rav Dray : avdery7@gmail.com AJ MAG N° 1004

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LE KLING DU MOIS

Ayeka ? Lettre ouverte aux jeunes Juifs de France

S

halom ! Après la première crise de l'humanité, lorsqu'Adam mangea du fruit défendu, Dieu l'interpella sous la forme d'une interrogation restée célèbre : Ayeka ? Où es-tu ? Ou, plus précisément : où en es-tu à présent ? Comment te situes-tu par rapport à Moi, par rapport à toi et à ta conscience ? Depuis, à chaque grande crise qui nous touche, qu'elle soit collective ou individuelle, nous sommes sommés de nous remettre en question et de nous demander : où suis-je ? En quoi ce qui vient d'arriver a bouleversé ma situation, mon quotidien ? Où en suis-je de mes relations avec ce qui fait de moi ce que je suis, mon identité, ma foi, mes prises de position, ma manière de vivre ? Le tremblement de terre qui a frappé le sud d'Israël le jour de Sim'hat Torah n'a pas seulement atteint tous ceux qui en ont été les victimes directes : les témoins, les survivants, les torturés, les kidnappés et leurs familles. Il n'y a pas un seul Israélien, pas une seule Israélienne, qui n'ait ressenti au plus profond de luimême, d’elle-même, la plus ancienne des questions bibliques : Ayeka ? Ayeka, le disciple de Viviane Silber, fondatrice du mouvement « nachim ossot chalom », membre du fameux Betselem qui lutte pour les droits des Palestiniens, et qui depuis des années transportait gratuitement des Gazaouis malades pour les emmener se faire soigner dans les hôpitaux israéliens, Viviane Silber sauvagement assassinée le 7 octobre par les tueurs venus de Gaza, dans son kibboutz, à Be'eri ? 48

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PAR ELIE KLING Ayeka, le militant de droite de Sdérot, qui a toujours voté Bibi, croyant ainsi assurer ainsi la sécurité de ses enfants, Bibi sous la gouvernance duquel le pays a connu le pogrom le plus sanglant de son existence ? Ayeka, le Juif 'haredi de Méa Chéarim qui, une semaine encore avant Sim'hat Torah, collait sur les murs de son quartier des affiches expliquant qu'il était absolument interdit de s'engager dans cette armée de « dépravés » et de « soldats sans foi ni loi », et qui, depuis deux mois, lit tous les jours des récits de combattants faisant le Chéma, réclamant des tsitsit et mettant les tephillin ? Ayeka, toi le grand-rabbin d'Israël, qui osas traiter tous ceux qui ne mangent pas cacher de Juifs sans valeurs et sans morale, et qui, depuis deux mois, constates comme tout le monde que ces mêmes Juifs sont prêts à donner leur vie pour sauver celles de leurs frères ? Ayeka, le Juif sioniste qui pensait que la simple existence d'un État juif, puissant et technologiquement avancé, suffirait à empêcher de revoir des scènes des pogroms qui étaient à la mode dans la Russie des tsars ? Ayeka, la militante de Kfar Aza que je croisais tous les vendredis au carrefour de Saad sur la route du Gouch Katif, qui brandissait des écriteaux exigeant l'évacuation du Gouch afin de vivre enfin dans la paix et la bonne entente avec nos voisins de Gaza, et qui se moquait de ceux qui l'avertissaient que si l'évacuation devait se réaliser, non seulement sa vie serait en danger, mais des roquettes pleuvraient sur Ashdod et Ashkelon ?

Oui, en quelques semaines, les Israéliens ont été bien obligés de se remettre en question. Mais qu'en est-il de toi, jeune Juif de France ? Ayeka, jeune étudiante en deuxième année de droit à la Sorbonne ? Ayeka, jeune étudiant en première année de médecine à Montpellier ? Toi qui calmes ta conscience en écoutant BFM TV en continu ou en envoyant un commentaire courageux mais anonyme en réaction à un post antisémite, pardon, antisioniste, de l'un de tes camarades de promo. Toi qui regardes impuissant les manifestants qui, sous tes fenêtres et à proximité de ta syna, soutiennent en hurlant les nazislamistes. Lorsque dans quinze ans tes futurs enfants te demanderont où tu étais lorsqu'Israël avait besoin de jeunes volontaires pour venir au secours des agriculteurs, consoler les endeuillés, aider les mamans seules à s'occuper de leurs enfants lorsque le mari était au front, aller dans une base militaire faire des paquets de médicaments pour nos soldats, que répondras-tu ? Que tu avais peur de rater dix jours de cours ? Que tu avais peur de voyager parce que le bruit des sirènes t'incommode ? Que tu ne voulais pas inquiéter tes parents ? Qu'attends-tu pour sauter dans le premier avion pour Tel Aviv, comme l'ont fait les Juifs français qui avaient ton âge en 1967 ou en 1973 ? Aujourd'hui ou demain, tu auras besoin d'Israël. En ce moment, c'est Israël qui a besoin de toi. Ayeka ? Arrêtez-moi si je dis des bêtises… n klingelie@gmail.com


RECETTE

Cigares à la viande

INGRÉDIENTS

PRÉPARATION l Faire chauffer l'huile dans une poêle, et y faire revenir légèrement l'oignon et

les gousses d'ail hachés.

l Ajouter la viande et laisser cuire pendant 10 minutes tout en remuant. l Ajouter les épices puis retirer du feu. l Incorporer les carottes et la coriandre, et mélanger soigneusement. l Déposer une bonne cuillérée de farce sur le bord de la feuille de brick ou pastilla,

puis rouler en rentrant les bords préalablement enduits de jaune d'oeuf.

l Pour une cuisson au four, enduire les cigares d’huile et les enfourner pour 10 à

15 minutes à 180 °C. Sinon, les faire cuire à la poêle dans un bain d’huile.

Pour 8 personnes • • • • • • • • • •

16 feuilles de brick ou pastilla 400 g de viande hachée 1 jaune d’œuf 2 oignons hachés 2 gousses d'ail hachées 2 carottes râpées Coriandre hachée Huile sel et poivre 1/4 de c. à c. de piment fort (facultatif)

Trouve les 10 différences Solution page 54

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JEUX ELLE VEUT SE VENGER SANS ARRÊT

PROGRAMME SPATIAL POUFFÉ

OS DU PIED ANCIEN DO

ÉCIMÉE CHOISI

PRONOM PERSONNEL FAUTE AU TENNIS

PRÉNOM FÉMININ PAS ENCORE BLANCHIE

RÉVOLUTION TRÈS JOYEUX

ASSURANCE MALADIE HOMMES DANS L’ARÈNE

FLEUR PARFUMÉE A BRILLÉ SUR LE NIL

ITALIENNE DANS LES ALPES

CADEAU DU CIEL

SAISIE VIAN L’A ÉTÉ EN CHANSON

FEUILLETA MÉDITERRANÉEN PASSE AU CAIRE PERSONNE ÂGÉE

CONJONCTION N’A RIEN À FAIRE ICI

LEVANT JEU DE PIONS

DYNASTIE CHINOISE

SORTIE DU COURT D’HUMEUR BADINE CHEMIN BALISÉ ÉTAT AMÉRICAIN

DÉPARTEMENT 61 RETIRER

PASSE SOUVENT À LA RADIO

BARRAIT LA ROUTE VAGUE SPORTIVE

POSSÉDÉS

SENSUEL PETIT SAINT

LAIT BATTU PARFAITES

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donner un exemple de problème. Écoute attentivement : deux hommes montent sur un toit, ils descendent par la cheminée. L’un sort blanc et l’autre noir. Lequel des deux va se laver ? – Celui qui est noir, répond le Goy, c’est évident. – Pas du tout. Celui qui est noir voit en face de lui quelqu’un de blanc. Comme ils sont sortis par la même cheminée, il pense que si l’autre est blanc, lui l’est aussi. Donc le noir ne va pas se laver. Par contre, le blanc voit en face de lui quelqu’un de noir, il imagine donc qu’il est noir lui aussi et va se laver ! – Ah, c’est ça l’esprit talmudique ? Je crois que j’ai compris.

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– Tu crois que tu as compris ? Alors, prenons un deuxième exemple : les deux types redescendent par la cheminée, l’un sort blanc et l’autre noir. Lequel va se laver ? – Bon, ça va, j’ai compris : celui qui est blanc ! – Non, tu n’as rien compris ! C’est celui qui est noir qui va se laver. – Mais pourquoi ? – Parce que le noir a vu que la fois précédente le blanc est allé se laver et il se dit : « S’il est allé se laver, c’est parce qu’il pense qu’il est noir. Et comment a-t-il pu penser qu’il était noir ? Parce qu’il avait en face de lui quelqu’un de noir ! Donc je suis noir. » Et c’est donc le noir qui va se laver. – Ah, c’est ça l’esprit talmudique ? Je crois que j’ai compris. – On va voir ça tout de suite. Troisième exemple : les deux types redescendent une troisième fois par la cheminée. L’un sort blanc et l’autre noir. Lequel va se laver ? – Alors là, franchement, je ne sais pas. – Imbécile ! Comment veux-tu que deux types qui passent par la même cheminée sortent l’un blanc et l’autre noir ? Les blagues sont issues du livre de Josy Eisenberg, Ma plus belle histoire d'humour. Avec l'aimable autorisation de la famille.


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AJ Magazine (anciennement LPH magazine) 7 décembre 2023 by LPHactuj - Issuu