Jeudi 3 mars 2022 30 Adar I 5782 nº 983 | Mensuel
Dossier
Pourquoi la vie est-elle devenue si chère ?! Ô mon Kinneret Jean-Jacques Pierrat : « Je voulais depuis longtemps être en poste en Israël »
le chef
ASSAf GRANIT Interview exclusive
Opération Israël Tsedaka by Qualita cette année, plus nécessaire que jamais !
Un cœur si vaste
מנכ''ל Directeur de la publication Ariel Kandel עורכת ראשית Rédactrice en chef Anne-Caroll Azoulay caroll@actualitejuive.com
«
Journalistes : Eve Boccara Nathalie Sosna-Ofir Pascale Zonszain Richard Darmon
Correctrice Carine Brenner Directrice artistique Tsipora Design t.benchimol@gmail.com 050-263-4303
a vigne sera abondante mais le vin sera cher », dit une prophétie juive.
Autour de nous : la profusion, la surenchère, la surabondance de vêtements, de produits ménagers, de nourriture, de voitures… Et puis, comme un double message : l’endettement des foyers, les difficultés à boucler les fins de mois, les prix aberrants des denrées élémentaires comme les produits laitiers et les fruits, qui conduisent à un lent étranglement économique des familles israéliennes, y compris celles qui travaillent – et parfois celles-là mêmes qui servent le plus fidèlement le pays, notamment dans le corps médical, le corps enseignant, les services sociaux… Comment en sommes-nous arrivés là ? C’est la question que nous nous sommes posée en préparant ce dossier, au même moment que des milliers de citoyens en rogne.
édito
Contributeurs : Jonathan Aikhenbaum Stéphanie Weill Gilles Bernheim Yohan Habib Gaelle Hanna Serero Nathalie Hirschprung Yoel Benharrouche
L
Car, sans pencher vers un socialisme forcené, le paradoxe de notre société interpelle. Face à la colère, le gouvernement, conscient lui aussi du problème, essaie de jouer son rôle de régulateur. Il y est parvenu sur certains points – mais pour combien de temps ? En attendant, il faut agir et aider les familles exsangues. L’opération Israël Tsedaka by Qualita a été conçue pour agir vite et bien. Trois ans déjà que les donateurs et les bénévoles répondent fidèlement à l’appel du cœur, ce cœur juif si vaste et vibrant quand il s’agit d’aider son prochain, à l’instar de notre reine Esther qui, par son abnégation, parvint à inverser la tendance et à sauver son peuple promis à la destruction. Un geste à jamais inscrit dans notre tradition avec Pourim, que nous célébrerons les 16, 17 et 18 mars prochain. Un Pourim que nous vous souhaitons joyeux et solidaire.
Service commercial et publicitaire Daniel Ohnouna pubil@actualitejuive.com 058-530-0174 Service abonnements contactisrael@actualitejuive.com Secrétariat LPH/AJ Tsipora Malka 058-461-6262
Bonne lecture !
Anne-Caroll Azoulay
Adresse 10-12 rehov HaRav Agan, Jérusalem Contact petites annonces pubil@actualitejuive.com LPH Supplément mensuel de l’hebdomadaire Actualité Juive הפצהDistribution Points francophones partenaires
Attention : passage à l’heure d’été en Israël le 25 mars
Horaires de Chabbat 16,17 et 18 mars
Lecture en ligne sur Cafeyn.co La direction décline toute responsabilité quant au contenu des textes et des publicités, qui n'engagent que leurs auteurs.
Liste des points de vente : www.lphinfo.com/points-de-vente
EN COUVERTURE : © Guy Kushi & Yariv Fein
POURIM 4 mars
11 mars
18 mars
25 mars
Pekoudei
Vayikra
Tsav
chemini
• Jérusalem
• Jérusalem
• Jérusalem
• Jérusalem
16h31
Début : 16h59
Début : 17h04
Début : 17h09
Début : 18h14
Fin du jeûne: 18h21
Fin : 18h16
Fin : 18h21
Fin : 18h26
Fin : 19h31
• Tel Aviv
• Tel Aviv
• Tel Aviv
• Tel Aviv
• Tel Aviv
Début du jeûne :
Début : 17h19
Début : 17h24
Début : 17h29
Début : 18h34
16h36
Fin : 18h18
Fin : 18h23
Fin : 18h28
Fin : 19h33
Fin du jeûne : 18h19
• Jérusalem Début du jeûne :
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sommaire n°983
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6 L’interview Le chef Assaf Granit économie
Jean-Jacques Pierrat, directeur de l’Institut français d’Israël
Covid et chemita : 10 quand l’économie a besoin de souffler
sur table 12 cartes Dire les choses telles qu’elles sont
Dossier
Binational
Pouvoir d'achat : le bonnet d'âne israélien
présidentielles et législatives françaises : 25 Élections Comment voter en Israël ?
SILVER
chez les séniors en Israël : 28 Leunebénévolat deuxième vie
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Ô mon Kinneret
27 24
30
bon à savoir
34
Développement durable
38
UNe pensée juive moderne
40
'HODEcH TOV
47
le kling du mois
Attention, tache d’huile !
18
YAELLE Ifrah : « Le coût de la vie est le plus grand scandale social d’Israël. » Face à l'augmentation,
20 le Covid aurait-il bon dos ? Tsedaka Israël by Qualita :
21 plus que jamais nécessaire 23 Témoignages
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26
Manitou : de Juif à Hébreu
Adar : pourquoi tant de joie ?
L'appel
La question de la GPA pour tous, par le grand-rabbin Gilles Bernheim
ARRÊT sur image
C'
était sa reine Esther à lui. Comment Jonathan passera cette fête de Pourim sans elle ? Esther Pollard, Zeits de son nom de jeune fille, s’est éteinte le 31 janvier. Née à Toronto, elle a voué sa vie à la lutte pour la liberté de son mari, ancien analyste de la marine américaine reconnu coupable d’espionnage pour le compte de l’État hébreu, et rentré en Israël il y a un an, trente-cinq ans après son arrestation. Le port de tête altier et le regard profond de cette femme toujours impeccable ont marqué les esprits. Sur cette photo prise en 2014, elle manifeste devant l’ambassade des États-Unis à Tel Aviv. Depuis son mariage avec Jonathan dans la prison de Butner en 1994, elle a assumé sans jamais faillir le leadership du mouvement de libération de son mari qu’elle aimait passionnément. Elle s’est éteinte le 31 janvier, mais restera à jamais un exemple d’une femme vaillante eshet 'hail.
© Roni Schutzer/Flash90
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L'interview
rencontre exclusive avec
Assaf Granit Le chef
Chef israélien étoilé, star de la téléréalité culinaire, des pages people et récemment de la pub sous des allures de James Bond, Assaf Granit est devenu sans conteste l’Ambassadeur par excellence de la cuisine israélienne en France. Propos recueillis par Nathalie Sosna-Ofir
Comment définiriez-vous la cuisine israélienne ? Assaf Granit. Il n’y a pas de véritable cuisine israélienne au sens d’une cuisine qui soit propre à Israël. Le pays est trop jeune. Ce qui la caractérise, c’est plutôt son cosmopolitisme : c’est un véritable melting-pot – au sens propre ! Personnellement, j’ai des origines allemandes et polonaises que l’on retrouve dans ma cuisine. 6
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Où puisez-vous votre inspiration ? A.G. Essentiellement de Jérusalem, la ville où je suis née, où j’ai grandi et que j’aime. C’est ma grand-mère Léa qui m’a fait découvrir les goûts et les arômes des rues de Jérusalem, des étals des marchés et de sa poêle à frire ; c’est elle qui m’a donné le goût de la cuisine. Elle-même avait appris à cuisiner auprès de sa grand-mère, en Pologne. Sa cuisine était celle du shtetl d’Europe de l’Est. En arrivant à
Construire un pont entre Israël et la France, Jérusalem et Paris © Guy Kushi & Yariv Fein
Jérusalem, elle s'est retrouvée dans un nouvel univers, entourée de gens venus du monde entier. Pendant qu’elle cuisinait, elle parlait par la fenêtre avec ses voisines : l’une, née au Maroc, lui a appris à utiliser le safran ; une autre, originaire du Yémen, lui a appris à faire le malawa'h, ce pain plat traditionnel de la cuisine juive yéménite, frit à la poêle.
Vous venez d’ouvrir une table cachère à Tibériade, dans le prestigieux hôtel Galei Kinneret. Cacherout et gastronomie fontelles bonne assiette ? A.G. Bien sûr ! Il suffit de choisir de bons produits. À Tibériade, nous avons choisi des matières premières régionales. Les poissons, les fromages et les légumes viennent de Galilée ; et nous grimpons sur les hauteurs du Golan pour y cueillir des fraises et des baies pour nos pavlovas. La cacherout n’ôte rien à la qualité de nos plats qui séduisent tous nos clients, qu’ils mangent cacher ou non.
C’était un rêve, pour vous, d’ouvrir un restaurant ? A.G. Oui, j’ai toujours rêvé d’un endroit à moi, qui exalterait les secrets culinaires de ma grand-mère et ceux de Jérusalem. Et bien que chacun de mes treize restaurants – que ce soit Machneyuda à Jérusalem, Coal Office à Londres ou Shabour et Balagan à Paris – ait son histoire et sa personnalité propres, tous fleurent bon les rues de Jérusalem et les leçons que ma grandmère m’a transmises. Jérusalem est votre inspiration, mais également les villes dans lesquelles vous ouvrez de nouvelles tables ? A.G. Tout à fait. D’ailleurs, quand j’ouvre un nouveau restaurant, que ce soit dans une ville israélienne ou étrangère, mon premier souci est d’édifier un pont entre Jérusalem et ce nouveau lieu, et de comprendre quelles techniques et quels ingrédients respectifs vont pouvoir se mêler harmonieusement. Mes menus parlent toujours à la fois de Jérusalem et de la ville où ils sont proposés.
Le Machaneyuda, lieu culte du chouk Ma'hanei Yehouda de Jérusalem
Partons à Paris, à présent. Le Tekes – terme qui signifie « cérémonie », en hébreu –, le nouveau restaurant que vous venez d’y ouvrir, est pour Le Figaro l’une des tables les plus attendues dans la capitale en 2022. Mettez-nous l’eau à la bouche… A.G. C’est le troisième restaurant de mon groupe Machneyuda dans la capitale française, cinq ans après l’ouverture du Balagan et près LPH ACTUJ 983
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L'interview
de deux ans après celle du Shabour. Il s’agit d’une table végétarienne inspirée d’un mélange de traditions et de cérémonies israéliennes, et de cuisines innovantes. Chaque plat met en scène des rituels liés au melting-pot propre à Jérusalem et fait la part belle au végétal. Le menu du Tekes ne répond pas au traditionnel « entrée-plat-dessert », mais il est structuré autour des éléments : terre, feu et air. Le Tekes a aussi pour ambition d’être un restaurant éco-responsable : comment cela s’illustre-t-il ? A.G. C’est un véritable défi, lorsqu’on s’installe dans un ancien bâtiment du centre-ville de Paris. Dans la cuisine, nous n’utilisons pas l’électricité, mais le feu et le charbon. Le restaurant n’a pas non plus de climatisation. Tout est dans la tendance durable, des murs à la vaisselle en passant par les ingrédients servis dans les assiettes. Seuls les légumes de saison sont au menu, toutes les matières premières sont originaires de France et tous les déchets partent en production de compost.
Pas d'électricité en cuisine au Tekes
Ne craignez-vous pas que les Français ne vous comprennent pas ? A.G. Les Français ne savaient pas non plus comment « manger » le restaurant Balagan quand nous l’avons ouvert, ni le Shabour qui sert du jus de salade de légumes. Pour faire avaler aux gens des choses qui n’appartiennent pas à leur culture, il faut être très précis, ce qui oblige à faire encore plus d’efforts et se ressent dans l’assiette. Pas besoin d’explications. D’ailleurs, lorsque nous avons ouvert Machneyuda au chouk Ma'hané Yehouda à Jérusalem, les Israéliens ne nous comprenaient pas non plus. Vous avez déclaré que Paris était le rêve de tout chef : pourquoi ? A.G. En premier lieu parce qu’on y trouve des ingrédients, des produits d’une qualité exceptionnelle et des producteurs uniques au monde. C’est une ville dont les quartiers sont chargés d’histoire ; j’aime me promener dans celui de Montorgueil, pas très loin de mes restaurants. Et puis la France a une grande passion pour la gastronomie et un grand respect pour la cuisine – aussi bien les chefs qui la préparent que les personnes qui la dégustent –, sans compter que les chefs qui m’ont le plus influencé sont français : Alain Ducasse et Alain Passard. Comment expliquez-vous le succès de la cuisine israélienne en France, notamment à Paris ?
Au Tekes, les brochettes, cuites au charbon, ne sont pas de viande mais de légumes.
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A.G. Tout d’abord, les Français sont très attirés par les saveurs présentes dans la cuisine israélienne : l’acidité, les épices, une cuisine qui n’est jamais fade. Et puis la clientèle française apprécie notre sens de l’accueil et de la convivialité, et l’ADN de notre groupe : atmosphère festive, plats à partager, musique, ballet du personnel, cuisine ouverte pour faire participer les convives au processus de préparation – et cette pointe d’insolence propre aux Israéliens.
Le Shabour a été élu restaurant le plus sexy de Paris.
français m’ont personnellement félicité. C’est comme si un rockeur israélien recevait une lettre de Mick Jagger ! De quel ingrédient ne pourriez-vous pas vous passer dans votre cuisine ? Le Tekes est l'une des tables les plus attendues dans la capitale en 2022
Quel est votre plus beau souvenir de chef ? A.G. Ce sont surtout plein de petits moments. Mais si je devais en choisir deux, ce serait l’ouverture de mon premier restaurant en Israël et celle du Shabour à Paris, la consécration de mon parcours. Pour lequel vous avez décroché votre première étoile Michelin en janvier 2021 – une première pour un chef israélien… A.G. Ce fut une grande émotion mais surtout un rêve qui pour moi se réalisait, et la reconnaissance de ce que mes collaborateurs et moi-même avions accompli. Les chefs
A.G. Sans aucun doute la te'hina, cette crème lisse à base de graines de sésame broyées. C’est le seul ingrédient qui peut être ajouté partout. Dès que j’imagine un plat, j’ai envie d’en mettre. Pourquoi ? Parce que je sais que ce sera toujours bon ! Quelle est la recette d’un plat réussi ? A.G. Il faut qu’il raconte une histoire. Chez vous, quel plat mijote toujours sur le feu ? A.G. Du bouillon de poulet. Que peut-on vous souhaiter ? A.G. Une seconde étoile ! LPH ACTUJ 983
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économie
Covid et chemita :
quand l’économie a besoin de souffler
La chemita a souvent pu faire sourire, tant l’idée d’un arrêt économique volontaire semblait absurde. Mais depuis que le Covid a frappé les économies, ses conséquences ramènent au premier rang cette idée d’arrêt compensé par un soutien des États aux économies, un arrêt suivi, comme nous le voyons aujourd’hui, par une croissance économique hors norme.
L'
économie, dans sa démarche, a toujours été confrontée à l’antagonisme entre l’esprit idéaliste et l’esprit matérialiste. L’esprit matérialiste a conduit aux idéaux de croissance, en laissant de côté l’esprit idéaliste qui prône la justice, le développement durable, etc. Depuis la fin des années 1990, la littérature économique recherche une stratégie qui allierait économie, croissance et développement durable. Dans cette perspective, elle nous invite à déconstruire l’imaginaire économique pour répondre à la demande d’un changement profond et d’une nouvelle réflexion sur la croissance et ses buts, afin d’ouvrir un débat sur la légitimité de la croissance comme fondement de l’économie politique, certains auteurs allant jusqu’à défendre l’idée de la décroissance économique. Depuis des millénaires, la Torah nous invite à mettre en place des idées révolutionnaires pour le bonheur des hommes, que ce soit le chabbat – qui depuis a été adopté par l’humanité – ou la chemita. 10
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Le Covid nous interpelle et nous amène en effet à nous pencher sur l’idée de la chemita prônée par la Torah : et si cette magnifique idée n’était pas si naïve et surannée ? Lors de la chemita, la Torah interdit aux agriculteurs de cultiver leurs champs pendant une année ; les dettes accumulées sont annulées. Cette année est chargée de corriger les imperfections du marché des six années précédentes. La Torah nous propose donc une pause d’un an, dont le but est avant tout social. Si, pendant les six années précédentes, le commerce et la production étaient relativement libres de toute contrainte, lors de la septième année un devoir de réflexion s’impose, ainsi qu’un partage des profits de façon équitable entre les individus qui composent la société. Durant cette année, les détenteurs des moyens de production (au temps de la Bible : les agriculteurs) devaient, selon la Torah, cesser les travaux des champs et, pendant une année entière, se défaire d’une partie de la jouissance de leurs productions. Ce qui est remis en cause dans cette année de chemita, c’est une jouissance égoïste de la production, sans regard porté vers les autres. Seule une partie du profit récolté pendant cette année pourra être utilisée par l’entrepreneur
Le covid nous amène à nous pencher sur l’idée de la chemita.
pour sa consommation courante, le surplus étant redistribué de façon équitable. C’est la croissance zéro… Disposant de ce dont il a besoin pour sa propre consommation, l’entrepreneur doit faire preuve de charité. Cependant, il n’y a pas d’arrêt de l’activité économique, comme nous le confirme la Torah :
Alors pourquoi ne pas repenser le système biblique, qui paraît de moins en moins absurde ? En cette année de chemita, appelons nos deux députés francophones à lancer une initiative de réflexion à la Knesset, sur la base d’un comité composé de rabbins, d’historiens et d’économistes, pour déterminer comment conjuguer chemita et modernité.
« Ceux-là tu ne les vendangeras pas, mais seulement ceux qui sont à la disposition de tout le monde. »
Cette nouvelle voie donnerait une impulsion à des valeurs souvent oubliées et abandonnées : le droit de l’individu à la solidarité, à la liberté, à la dignité, dans une société où l’effort de tous contribue au progrès de chacun. Richard Sitbon, économiste, essayiste, auteur
Pour le commentateur (Rachi), il ne s’agit pas de stopper totalement les vendanges. S’il n’y a pas arrêt de l’activité économique, il y a cependant ralentissement, afin de permettre une meilleure intégration sociale, freiner l’exclusion et la marginalisation, et donner à l’activité économique la possibilité de redémarrer dans un contexte de paix et d’harmonie sociales. Le parallèle entre le Covid, arrêt imposé à l’économie, et la chemita doit être pensé. Tous deux sont des arrêts exogènes au système, qui ne proviennent pas de son déséquilibre, d’une crise. Tous deux sont caractérisés par un arrêt avec un soutien du gouvernement. Mais le plus impressionnant, ce sont les prévisions économiques de cet arrêt imposé : une fois la crise du Covid contrôlée, l’économie mondiale s’est accélérée et a rapidement retrouvé le niveau de 2019. En France, par exemple, le rebond a dépassé les 5.5% en 2021, et plus encore en 2022. Pour l’ensemble des pays de l’OCDE, les perspectives de la croissance pour 2022 sont de 7%… Il semblerait donc qu’un arrêt exogène au système, accompagné par une politique de soutien, non seulement n’entraîne pas un effondrement économique, mais contribue à une poussée dynamique à la reprise…
Les derniers ouvrages de Richard Sitbon
C'est le FMI qui le dit ! Selon un rapport publié en février dernier par le FMI, l’économie israélienne, après un léger ralentissement en 2020, s’est fortement redressée en 2021, avec un PIB réel dépassant son niveau prépandémique et une croissance d’environ 6,5 % l’année dernière. « Le rebond a été plus fort que dans d’autres économies avancées », a indiqué le FMI, qui a également constaté que l’industrie technologique florissante d’Israël a « mené la reprise », la consommation privée « s’accélérant ». Selon la très sérieuse institution, « la reprise économique d'Israël devrait se consolider en 2022, la croissance étant soutenue par une forte consommation privée, des investissements et des exportations nettes, et l'inflation devant diminuer à moyen terme. »
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cartes sur table
Dire les choses telles qu’elles sont par Ariel Kandel
Raconter ou pas. La question m'a souvent été posée, le dilemme s’est présenté à de nombreuses reprises. Nous savons que 90 % des olim de France arrivés ces dix dernières années ont réussi leur alya et leur intégration. Mais pour 10 % d'entre eux, c'est plus difficile. Accidents de vie pour certains, incapacité de se détacher du système d'aide sociale à la française pour d'autres… Tant de raisons qui nous obligent à en parler, car il est de notre devoir à tous de les aider. Après l'attentat de Toulouse et le début de la vague actuelle d'alya, de nombreux journalistes du monde entier se sont intéressés à ce phénomène. Occupant à l'époque le siège de directeur de l'Agence juive en France, je répondais à toutes les questions, sans langue de bois. Dans mon bureau était (et est toujours) affiché un poster sur lequel figuraient des ronces et les mots suivants : « On ne vous a jamais promis un jardin de roses. » Un jour, un journaliste de la CNN est entré dans mon bureau et m'a interpellé : – Le directeur de l'Agence juive ne peut pas avoir cela sur son mur ! J’ai répondu : – Et pourquoi pas ? – Parce que votre rôle est de convaincre le maximum de Juifs de fuir la Diaspora pour venir vivre en Israël ! – Vous vous trompez. Mon rôle est de permettre à ceux qui le souhaitent de venir vivre en Israël, et de leur permettre ensuite de s'y intégrer et d'y rester. Il me semble que le secret de l'intégration des olim est de dire les choses telles qu’elles sont. Dans le cas des nécessiteux, c’est même une obligation, une mitzva. Nous nous devons d'impliquer le maximum de gens pour qu'ensemble, nous transformions pour tous le présent en un meilleur avenir. C'est pour cette raison qu'a été créée l'opération Israël Tsedaka by Qualita, par nécessité et par devoir d'aider le dixième de la totalité des olim de France venus ces dernières années, qui a davantage de difficultés. Nous tapons à toutes les portes : ministères, mairies, fondations, ainsi qu’aux portes de tous les anciens et nouveaux olim qui peuvent aider, chacun à son échelle. « Kol Israël arévim zé laZé », disent nos sages : nous devons être garants les uns des autres, y compris dans l'accomplissement même de la mitzva. 12
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C’est pourquoi, lorsque chacun donne, nous faisons l'effort de doubler la somme donnée en y associant des fonds de généreux philanthropes. C'est aussi pour cette raison que l'opération a lieu quelques jours avant Pourim, afin qu'une partie des fonds serve, le jour de Pourim, à l'accomplissement de la mitzva de « Matanot la-Évionim ». C’est seulement ainsi que nous pourrons également réduire le taux de retour vers la France, qui d'ailleurs est déjà très faible aujourd'hui, contrairement à ce que beaucoup tentent de prouver. En effet, les gens en difficulté le sont justement parce qu'ils ne veulent pas repartir et ne veulent pas retourner profiter du système social français. Ils veulent se battre pour réussir ici, en Israël. Notre rôle est de les aider, et non de les blâmer. à nous de tout mettre en place pour les approcher sans les blesser. Aide à la recherche d'un emploi, coupons d’alimentation, soutien psychologique, aide aux devoirs et financement de colonies de vacances pour les enfants, etc. : autant de moyens développés pour les aider, grâce, aussi, à des centaines de bénévoles et membres d'associations, de communautés et de groupes de jeunesse partenaires. Telle était la vision de Ben Gourion : lorsqu’il parlait d'un désert à faire refleurir, il s'agissait également d'un désert social. « Ceux, disait-il, qui s'apprêtent à partir pour Eretz Israël et qui pensent à un pays romantique, à son avenir, aux souvenirs de son passé et à son antiquité fascinante, s'éloignent du pays réel et de la dureté de sa vie quotidienne. Arrivés sur place, au lieu du Carmel et du Sharon, du Jourdain et du Néguev, de la terre des prophètes et des Maccabim, de la résurrection glorieuse, ils trouvent la simple réalité, nue, prosaïque : un petit village, un travail qui ne s'accompagne pas de chants patriotiques, contrairement à ce qu'on disait à la maison, un vrai travail, fatiguant, épuisant. Ceux dont l’idéalisme était imaginaire se découragent vite, les pires se mettent à haïr ce qu’ils idolâtraient les yeux fermés. Mais ceux dont l’idéal bat avec le cœur, circule avec le sang et respire avec le souffle, un souffle saint et fort, ceux-là restent fidèles avec lucidité, jusqu’au bout, jusqu’à la victoire finale. » (David Ben Gourion, Mémoires – Israël avant Israël)
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dossier
Pouvoir d’achat :
le bonnet d’âne israélien DOSSIEr Réalisé PAR EVE BOCCARA
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« Tachloumim ? » Que celui qui n’a pas vécu un grand moment de solitude et d’incompréhension la première fois qu’un caissier de supermarché lui a posé cette question en Israël lève la main. Tachloumim… « Combien de paiements ? » 2, 4, 6, 10… Les Israéliens vivent à crédit. Ils vivent à crédit sans la culpabilité qui hante encore la société française, peu attirée par le fait de dépenser de l’argent qu’elle n’a pas. Les Israéliens vivent à crédit comme ils vivent tout court, en se souciant assez peu de lendemains qui déchanteraient. Ils travaillent, dur. Ils dépensent. À Tel Aviv, la ville tout juste désignée comme la plus chère du monde par The Economist, les cafés et les restaurants ne désemplissent pas, et les loyers ne cessent d’augmenter. Preuve que la demande est là. Les inégalités se creusent. Les riches s’enrichissent dans la Start-up Nation, laissant les plus pauvres, tout salariés qu’ils soient, sur le carreau. En Israël, on a pris le meilleur du monde occidental sans en intégrer les chiens de garde. La libéralisation la plus sauvage des années 1980 a accouché d’une société, certes concurrentielle sur le papier, mais dans laquelle les dix entreprises qui règnent sur le secteur alimentaire établissent leurs propres règles sans être mises en difficulté, ou très peu, ni par l’État, ni par les consommateurs qui préfèrent vivre à crédit plutôt que se priver. La fabrication et la production des produits cacher coûtent cher, elles aussi, tout comme les retraites très élevées de nombreux fonctionnaires, encore en vigueur et qu’il faut bien payer. Une des sources de l’État pour assurer ces dépenses réside dans les terrains, et donc les appartements : « C’est simple, raconte Sarah : pour le prix de ma maison à Marseille, je peux m’acheter un demi-appartement à Ashdod ! Pour l’instant, nous logeons chez ma mère, mais à terme je ne sais pas du tout comment nous allons faire… » Sarah vend des formations au téléphone pour la France. Elle estime que tout son salaire, d’environ 5000 shekels, couvre les dépenses
en alimentation et en produits domestiques de la famille. « Nous habitons dans le nord de Tel Aviv », raconte quant à elle Liora. « La plupart du temps, je fais mes courses au petit supermarché du coin. J’ai vu très clairement la différence ces derniers mois. Alors que pour 200 shekels, je sortais avec deux ou trois sacs de courses, là j’ai l’impression d’acheter le tiers ! » Liora et son mari n’auraient pas envisagé d’habiter ailleurs qu’à Tel Aviv. Le couple qui, à eux deux, gagne environ 25 000 shekels brut par mois, paie 10 000 shekels de loyer et 3000 shekels pour la crèche des enfants. « Et encore, nous avons eu de la chance d’avoir une place en crèche publique, sinon c’est 4000 ou même 4500 shekels par mois pour un enfant. À ce prix-là, avec deux ou trois enfants en bas âge, à moins d’être riche, le calcul est vite fait. Je connais beaucoup de mères qui s’arrêtent de travailler jusqu’à l’entrée à l’école… » Devant la fronde populaire qui s’est levée ces dernières semaines, certaines marques, comme Osem, ont accepté de suspendre ou de renoncer à la hausse des prix prévue. Pour sa part, le gouvernement, qui avait fait de l’augmentation du pouvoir d’achat un point fort de son programme, a présenté début février un plan pour le moins décevant : la baisse des droits de douane sur certains produits du quotidien importés, une hausse de l’électricité moins élevée que prévue et diverses aides pour les salariés, dont un crédit d’impôt d’environ 223 shekels par mois par enfant… En Israël où le salaire moyen est d’environ 12 000 shekels mensuels, proche de celui de la France mais où le pouvoir d’achat est comparativement bien plus faible, on espérait mieux. Pourtant, malgré l’agacement, les Israéliens continuent de dépenser… Dans le pays, on attend le Black Friday comme le messie. Le 26 novembre dernier, en ce vendredi béni, cette journée de promotions importée des États-Unis, 1,1 milliard de shekels ont été dépensés en vingt-quatre heures. Un record absolu. Une situation préoccupante sur laquelle nous avons souhaité faire le point à travers ce dossier. LPH ACTUJ 983
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dossier
« Le coût de la vie
© Aurèle Medioni
est le plus grand scandale social d’Israël »
Entretien avec Yaelle Ifrah, attachée parlementaire et experte en droit de la consommation et de la concurrence Israël traverse une période agitée. On sait que la vie y est déjà très chère, mais les prix continuent d’augmenter… Yaelle Ifrah. En effet, nous avons assisté dès le mois de septembre 2021 à une vague d’annonces des plus grands producteurs et distributeurs israéliens de produits alimentaires, prévenant les consommateurs que leurs prix allaient augmenter. La faute, selon eux, en incombe à la crise sanitaire, avec notamment la hausse des prix des matières premières et du pétrole, et la hausse du coût des transports maritimes. Il faut dire que Strauss, Tnuva, Osem et ces quelques entreprises qui occupent quelque 80 % des rayons des supermarchés se sont largement enrichies ces deux dernières années ; elles se sont même 16
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« goinfrées » sur le dos des consommateurs, sur fond d’épidémie et de confinements qui ont cloué les Israéliens à la maison. Toutefois, un certain nombre d’événements récents sont venus freiner leur ardeur… En novembre, l’affaire du cartel des supermarchés entre Strauss et Shufersal a été révélée, sur la base de soupçons d’entente illicite sur les prix : c’est-à-dire que producteurs, distributeurs et supermarchés s’étaient concertés pour augmenter les prix. Ce scandale est survenu juste après celui du site « caché » de Shufersal, appelé Shufersal Mehadrin Direct, qui vendait bien moins cher au public orthodoxe des produits identiques à ceux vendus à un prix plus élevé au reste de la population israélienne. Pourquoi ? Parce que le public orthodoxe ne consomme pas de produits chers et qu’il est indifférent au marketing des marques. Le comble est que lorsque le scandale a été révélé, Shufersal, au lieu de baisser ses prix pour tout le monde, a simplement fermé le site réservé aux orthodoxes ! Les Israéliens ont commencé à comprendre qu’on se moquait d’eux. Alors, quand Osem, Strauss, Diplomat, en tout six compagnies, ont annoncé une hausse de leurs prix au 1er février, utilisant encore une fois l’argument de la crise du Covid pour justifier cette hausse, les appels au boycott ont commencé à affluer sur les réseaux sociaux. Ces sociétés ont donc annoncé qu’elles suspendaient l’augmentation prévue jusqu’après Pessa’h. Osem a même renoncé – jusqu’à nouvel ordre… Pourquoi les prix en Israël sont-ils si élevés par rapport au reste du monde, notamment en comparaison de la France ? Y.I. Israël est le pays des concentrations, des monopoles. La concurrence n’y est pas la bienvenue, ce qui permet aux dinosaures du marchés, ces compagnies créées quasiment en même temps que l’État, de faire plus ou moins ce qu’elles veulent. Israël est pourtant un pays libéral… Y.I. La privatisation, dans les années 1980-90, des grandes entreprises publiques qui dominaient le
marché de l’alimentaire a souvent été menée avec amateurisme. Les grandes entreprises ont obtenu de l’État de puissants avantages concurrentiels pour se protéger. On a donc pour résultat une situation où cohabitent un capitalisme sauvage et un très fort protectionnisme. Lorsque, dans ces années-là, l’économie a été libéralisée, les marques étrangères sont effectivement arrivées dans les rayons des supermarchés, mais par le biais d’importateurs exclusifs – c’est par exemple le cas des pâtes Barilla, des dentifrices Colgate, etc. Ces importateurs exclusifs règnent sur le marché et appliquent les prix qu’ils veulent auprès de leurs clients, les revendeurs. Côté supermarchés, c’est la même chose. Shufersal, par exemple, domine le marché des supermarchés. Il lui est facile de s’accorder avec les autres pour aligner les prix et maintenir une vie chère – car il en va toujours ainsi en Israël : une société lance l’annonce d’une hausse des prix, et les autres suivent. Et ce, d’autant plus que dans le caddie du consommateur israélien, on compte environ 80 % de produits de marque, contre seulement 43 % dans un panier européen. Le coût de la vie est le plus grand scandale social d’Israël. Le pouvoir d’achat du consommateur israélien est beaucoup plus faible qu’ailleurs, même si les salaires peuvent être comparés à ceux de la France. Les prix des produits laitiers, par exemple, sont de 40 % à 60 % plus élevés qu’en France, et les marges de profit sur les produits alimentaires sont parmi les plus grandes au monde. Pourquoi les consommateurs font-ils preuve d’un tel immobilisme ? Y.I. D’abord, les consommateurs ne sont pas éduqués. Les orthodoxes devraient être un exemple pour eux : ils ne paient pas… parce qu’ils ne peuvent pas payer ! Et ils n’ont pas le culte des marques, car leurs critères sont seulement liés à telle ou telle certification de cacherout, parfois au soutien d’une cour hassidique à une entreprise dont le dirigeant a fait des dons ou est lié à cette communauté. Les autres Israéliens, eux, pour des raisons historiques et culturelles, ont été éduqués à consommer uniquement certains produits bien spécifiques, ce qui peut par exemple amener un Israélien à dire : « Je n’aime que les pâtes Osem ! » Pendant longtemps, le seul café ou les seuls chocolats proposés étaient ceux de la marque Elite – et l’on ne change pas si facilement ses habitudes. Il semble que lorsque quelques
petites marques ont réussi à percer sur le marché israélien, elles n’ont pas tenu. Le mouvement de 2011, appelé « la révolte des tentes » et déclenché après qu’un Israélien avait pris en photo un Milky vendu deux fois moins cher en Allemagne qu’en Israël, n’a rien changé. D’ailleurs, à l’époque, une étude édifiante de Tnuva avait révélé que les Israéliens continueraient à acheter même si les prix augmentaient – alors dans ces conditions, pourquoi les entreprises se gêneraient-elles ?!
Le gouvernement a pourtant fait de la baisse des prix un point fort de son programme… Y.I. Le gouvernement a des outils, certes. Nous avons des lois – mais aujourd’hui elles ne sont pas appliquées… L’État est faible. Il peut abaisser les taxes douanières pour favoriser les importations, et donc la concurrence ; il peut abaisser la TVA sur les produits de première nécessité ; il aurait pu faire pression sur la société d’électricité pour que les prix n’augmentent pas, et de même pour l’essence ; il pourrait favoriser les importations de fruits et légumes, aujourd’hui aux mains de l’ultrapuissant lobby des agriculteurs. Mais l’État est « addict » aux recettes fiscales de ces impôts. Par ailleurs, il faut remarquer que les monopoles tuent l’innovation. En France, les marques des distributeurs de supermarché, telles que Leclerc, sont moins chères ; les autres investissent dans la recherche, et proposent par exemple des paquets avec ouverture facile. En Israël, on s’en contrefiche ; rien n’est investi. Nous continuons donc de payer extrêmement cher des produits médiocres. Et je ne vois pas de véritables changements se profiler à l’horizon. LPH ACTUJ 983
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dossier
Face au l'augmentation,
le Covid aurait-il bon dos ? par Nathalie Sosna-Ofir
augmentation des prix des matières premières, des emballages et du transport des marchandises, rallongement des délais de livraison et hausse des factures énergétiques des fournisseurs.
+ 2,8 % : c’est le montant de la hausse des prix en Israël en 2021. Du jamais vu depuis treize ans. Le pouvoir d’achat des Israéliens, quant à lui, n’a pas suivi le rythme de l’augmentation des prix ; et à la caisse, c’est le coup de massue. Les entreprises agroalimentaires et les importateurs pointent un doigt accusateur vers le Covid. À juste titre… en partie. Depuis deux ans, l’économie mondiale tourne au ralenti et les prix à la consommation en ont été impactés. La situation sanitaire a affecté les activités industrielles, technologiques, économiques et financières dans le monde entier : ralentissement des chaînes d’approvisionnement,
Même aujourd’hui, alors que les économies reprennent, les fabricants peinent à répondre à l’afflux des commandes et à reconstituer leurs stocks restés longtemps désapprovisionnés, sans compter que certaines matières premières ou matériaux manquent à l’appel. Mais soyons honnêtes : dans plusieurs pays, et notamment en Israël où l’économie a repris avec succès bien avant le reste du monde, de nombreuses entreprises et enseignes en ont profité pour augmenter leurs prix de manière disproportionnée. Les chaînes et les importateurs d’électroménager accusent l’inflation aux États-Unis d’être à l’origine de la hausse des prix des produits. C’est un fait, mais s’ils étaient honnêtes ils reconnaîtraient que la baisse du dollar face au shekel la compense largement. Bref, si l’épidémie de Covid a affecté, et affecte toujours, notre quotidien, l’épidémie de « j’en profite pour augmenter mes prix » aussi ! Seul vaccin : la mobilisation des citoyens sur le long terme.
Coût de la vie comparé France / Israël (janvier 2022) En Israël, les prix sont en moyenne 24 % plus élevés qu'en France. (Les prix sont indiqués en euros.) Litre d'essence
1,7
1,56
↑+ 12 %
Kilo de rôti de bœuf
19
16,63
↑ + 13 %
Litre de lait
1,6
1,01
↑+ 62 %
Jean Lewis
85
35
↑ + 59 %
Litre de vin
10,9
7
↑ + 56 %
Paire de Nike
112
84
↑ + 34 %
Billet de cinéma
11,2
9
↑ + 25 %
67
34
↑ + 95 %
Déjeuner au restaurant
17
14
↑ + 17 %
Abonnement mensuel salle de fitness
Dîner : entrée, plat, dessert
35
25
↑ + 37 %
Carte Navigo
59
50
↑ + 17 %
Voiture VW Golf neuve
36 832
23 000
↑ + 61 %
Un menu McDonald’s
13,7
9
↑ + 50 %
Bière pression locale
8,2
6
↑ + 37 %
Location studio en centre-ville
966
679
↑ + 43 %
Capuccino
3,5
2,87
↑ + 21 %
1 m2 immobilier en ville
7217
5485
↑ + 32 %
Nuit en hôtel 3*
131
93
↑ + 41 %
L'incontournable pizza livrée à domicile
22
10
↑+ 115 %
Pain de 500 g
2
1,49
↑ + 37 %
1 kg de riz
2,4
1,85
↑ + 32 %
12 œufs
3,5
3,05
↑ + 17 %
Salade
1,5
1,16
↑ + 31 %
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Et nous vous épargnons les prix des yaourts, mieux vaut pour vous ! … Cependant : ↓ « fromage jaune », poulet, oranges, pommes de terre, tomates, la minute de communication mobile et ma canette de coca sont moins chers en Israël – tout comme l'abonnement ADSL, qui vous coutera 10 % moins cher qu’en France.
Tsedaka by Qualita, plus que jamais nécessaire Pour certains foyers déjà fragiles économiquement, l’augmentation du coût de la vie a eu des conséquences désastreuses. Malgré les très bons chiffres affichés de l’économie israélienne et la bonne gestion – de l’avis unanime – de la crise par le gouvernement, la pauvreté n’a cessé de croître dans le pays. Derrière un bilan global positif et salué se cachent de plus en plus de cas de familles déjà en difficulté dont les faibles revenus ont encore baissé, et de nombreuses autres qui ont découvert le désespoir. La crise du Covid a encore abaissé le faible pouvoir d’achat des Israéliens et elle a fait basculer des milliers de familles dans la réelle pauvreté. 233 000 foyers israéliens sont ainsi tombés dans la spirale infernale du contrôle
des dépenses pour chaque produit de première nécessité ; et parmi elles, les familles francophones sont largement représentées. Selon le rapport 2021 de l’association Latet sur la pauvreté, 27 % des individus qui vivent sur le territoire israélien sont considérés comme « pauvres ». Parmi eux, 51,8 % sont contraints de limiter la consommation de lait en poudre de leurs bébés, 67,5 % font l’impasse sur des médicaments pourtant nécessaires, 77 % limitent leurs achats alimentaires, et 73,6 % ceux des fournitures scolaires de leurs enfants : des chiffres qui font froid dans le dos, et qui doivent tous nous alerter au moment où Qualita lance, pour la troisième année consécutive, son opération Tsedaka !
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dossier
Michal Schliachter :
« Les difficultés financières ne sont que la partie visible de l’iceberg. » Depuis le lancement de l’opération Israël Tsedaka by Qualita, il y a deux ans, plus de 1000 familles francophones en très grande difficulté sociale et financière ont été identifiées par Qualita et les associations partenaires. Rencontre avec Michal Schliachter, responsable du guichet social de l’organisation. de budget, de l’accompagnement pour les devoirs des enfants… Notre objectif, au-delà de l’aide financière : leur tenir la main sur la route de la réinsertion et de l’espoir. Concrètement, comment cet accompagnement s’organise-t-il et quelles sont les aides proposées aux familles ?
Dans la foulée de la grande opération Tsedaka, Qualita a mis en place un guichet social. Comment s’inscrit-il dans le processus d’aide aux familles en difficulté ? Michal Schliachter. Initialement, l’opération Tsedaka a été conçue pour apporter une aide financière à certaines familles de olim ; c’était l’urgence absolue. Mais nous avons rapidement compris que les difficultés financières cachaient souvent beaucoup de choses et qu’elles n’étaient que la partie visible de l’iceberg. Parmi les quelque 1000 familles qui bénéficient de bons d’achat mensuels, environ 650 sont en lien permanent avec des associations au fait de leurs besoins et demandes. Nous nous sommes rapprochés des autres, celles qui sont plus isolées en termes de réseaux, pour leur tendre la main et aller audelà de la distribution d’argent. Ainsi le guichet social de Qualita a-t-il vocation à accompagner la réintégration de ces hommes, de ces femmes, de ces familles, grâce à tous les services fournis par Qualita : le Centre des droits, le Hub de l’emploi, l’aide de nos bénévoles pour les aider à obtenir des droits qui leur reviennent mais dont ils ignorent tout – auprès des mairies ou du Bitoua'h Leoumi –, par exemple, mais aussi des conseils en gestion 20
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M.S. Nous sommes en contact permanent avec les associations sur le terrain, pour comprendre les besoins spécifiques de ces familles en difficulté. Un cas ne ressemble pas à un autre, même si le dénominateur commun est souvent la difficulté d’intégration, les problèmes de scolarité des enfants et un engrenage qui tire les gens vers le bas. Nous sommes en train de mettre en place un soutien psychologique – prodigué par des psychologues certifiés recrutés par nos soins – et des aides à la gestion de budget, ce qui nous semble essentiel. Nous leur proposons déjà un accompagnement pour trouver un emploi ainsi qu’un accompagnement scolaire pour les enfants. Parfois même, grâce à un nouveau service que nous avons mis en place, un « parrain » étudiant établit un contact privilégié avec la famille, notamment avec les plus jeunes. Nous voulons à tout prix éviter la dégringolade.
POUR DONNER à ISRAEL TSEDAKA BY QUALITA 10 rue Harav Agan, Jérusalem Tel. : 054 302 63 25 Email : israel-tsedaka@qualita.org.il Numéro : 580609964 www.israel-tsedaka-by-qualita.org.il
*Déduction fiscale selon le Seif 46 pour les dons à partir d’Israël et reçu CERFA pour les dons à partir de la France.
Témoignages Sarah, 32 ans « J’ai six enfants et je travaille tous les jours pour remplir le frigo. Quand on a un salaire minimum de 29 shekels de l’heure, même en travaillant dix heures par jour, on n’arrive pas à 4000 shekels le mois. Donc en étant seule, sans aucune aide, mes difficultés sont l’électricité et la Arnona. C’est-à-dire que je bataille tous les mois pour payer ça, et là je suis en retard, je n’y arrive plus. Je m’occupe de personnes âgées, mais les personnes âgées, à cause du Covid, veulent de moins en moins qu’on vienne les aider. Donc ça réduit mes heures, ça réduit mon salaire. J’ai fait appel à l’association Adir et à l’opération Tsedaka by Qualita… Grâce à Dieu, ils m’ont aidée, et ça m’a permis de payer quelques factures. Ils sont venus, on aurait dit Machia'h, parce que je n’avais plus rien dans mon frigo. C’est important de savoir que, si par malheur il nous arrive quelque chose, il y a une porte à laquelle frapper, des gens qui nous aideront à savoir quoi dire, comment réagir. J’ai grandi dans une famille qui n’aurait jamais demandé, qui aurait eu honte, mais ça fait sept ans que je me bats et je n’y arrive plus. Il faut accepter de demander, il n’y a pas de honte à avoir. Ce n’est pas notre faute si on en arrive là. Et j’espère qu’un jour je serai à la place de celui qui donne. »
Noémie, 41 ans « Je suis maman de six enfants. Lorsque j’ai reçu de l’aide de Tsedaka, je sortais d’une longue maladie, j’avais eu un cancer. Je ne pouvais pas travailler, je ne pouvais que suivre mes traitements. Donc élever six enfants avec… rien… ce n’est pas simple. Le jour où je me suis retrouvée dans cette situation qui m’est tombée sur la tête, j’ai contacté une association qui a répondu présent et m’a conduite à Qualita. Sans elle, je ne sais pas comment j’aurais fait. Il y a eu les vacances, avec les enfants à la maison qui ont faim toutes les trois secondes. Sans cette aide, je n’aurais pas pu. Un enfant qui a faim…. Après, il y a tout le reste. Je n’arrive pas à payer mon loyer, je n’arrive pas à payer mes factures… Je dois renouveler mon contrat de location, mais je ne peux apporter aucune garantie ; je n’ai ni chéquier ni fiches de paie, donc je ne sais pas où je vais aller. Quand on a touché le fond, comme ça m’est arrivé, on n’a plus de fierté, on est prêt à crier au secours à celui qui veut bien l’entendre. Il y a des gens extraordinaires qui sont là pour nous. C’est une question de vie ou de mort, alors on n’hésite pas. »
Appel à bénévoles le 13 mars pour l’opération Israël Tsedaka by Qualita Dans le cadre de la campagne « Israël Tsedaka by Qualita » qui aura lieu le dimanche 13 mars 2022, Qualita est à la recherche de volontaires pour aider à passer des appels et récolter des dons. Cette grande campagne permettra de venir en aide en Israël à plus de 1000 familles francophones nécessiteuses durant toute une année. Pour Sarah Simha, responsable Qualitime, et Sabine Grinfeld, responsable des bénévoles de l’organisation : « C’est important de venir, de participer, de passer une heure ou plus, décrocher son téléphone pour récolter un maximum de dons, peu importe la somme… L’important est de se mobiliser. Pour s'inscrire, c'est très simple : contactez-nous par téléphone et donnez-nous vos disponibilités. Tous les centres d'appels seront ouverts de 10h à 22h. Il suffit d’être à l’aise au téléphone et convaincu par la cause ! » Vous voulez passer une journée ou quelques heures avec une équipe dynamique ? Contactez le 054-8276800 et choisissez l’horaire et la ville qui vous conviennent (Jérusalem, Tel Aviv, Netanya, Ashdod et Ashkelon). LPH ACTUJ 983
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région
Ô mon Kinneret par Nathalie Sosna-Ofir
L
e niveau du Kinneret, le lac de Tibériade, est en hausse ; il est même au plus haut point qu’il ait atteint ces vingt-sept dernières années, et à quelques dizaines de centimètres de la ligne supérieure. C’est peut-être un détail pour vous, mais en Israël ça veut dire beaucoup ! Cette donnée est scrutée et diffusée par tous les médias, car ce lac est la plus importante ressource hydraulique du pays. Il reste la seule source d’eau douce pour les habitants et les agriculteurs de la région. Certes, il existe aujourd’hui de nombreuses usines de désalinisation, ce qui permet de réduire les prélèvements sur le Kinneret ; cependant, c’est un processus cher car il consomme beaucoup d’énergie. Et si le niveau du lac tombe sous la barre des 215,5 mètres en dessous du niveau de la mer, tout pompage d’eau des nappes phréatiques est impossible.
Ce n’est pas seulement un paysage, le lac de Tibériade, ni un fragment de nature – le destin d’un peuple s’allie à son nom. Avec des yeux sans nombre il nous regarde des profondeurs de notre passé, avec mille lèvres il parle au cœur. Rachel la poétesse, Sur les rives de Tibériade
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Ce niveau est aussi très observé par les nombreux pêcheurs de la région de Tibériade, où la pêche est une activité économiquement importante, à laquelle sont également liés les restaurateurs pour qui le poisson représente la plus importante part du chiffre d’affaires. On pêche environ deux mille tonnes de poissons chaque année dans le Kinneret, qui regorge de vingt-deux espèces de poissons. Toutefois, la baisse du niveau du lac renforce son taux de salinisation, car il n’est pas alimenté uniquement par la rivière du Jourdain mais aussi par des sources salines souterraines qui remontent quand il s’assèche ; et dans une eau très salée, les poissons ont du mal à se reproduire. De surcroît, la ville de Tibériade vit essentiellement du tourisme et si le niveau du lac est trop bas, hôtels et campings sont délaissés par les Israéliens, pourtant très amateurs de ses plages pendant les weekends, les fêtes et les vacances ; et les bateaux qui transportent les visiteurs sur le lac, une attraction des plus convoitées, doivent parfois ancrer à plusieurs mètres de la rive et ne peuvent pas voguer. Le nom « Kinneret » apparaît déjà dans le livre des Nombres, le quatrième livre de la Torah, et dans celui de Josué, le premier livre des Prophètes. Il serait tiré du mot « kinor » qui, en hébreu, désigne la lyre – sans doute du fait de sa forme, mais aussi parce que, selon le Talmud, les fruits qui poussent sur ses rives sont doux comme le son de cet instrument. Au fil des siècles, le lac a été une source d’inspiration pour les peintres. En raison de l’importance du site pour le christianisme, de nombreuses œuvres le représentent en rapport avec des thèmes empruntés au Nouveau Testament. Parmi les plus célèbres tableaux, citons Le Christ sur la mer de Galilée, peint par
Giovanni Lanfranco en 1305 et qui se trouve dans la basilique Saint-Pierre de Rome, Le Christ sur le lac, d’Eugène Delacroix, accroché au Walters Art Museum de Baltimore, Tempête dans la mer de Galilée, réalisé par Rembrandt en 1633. Si le lac de Tibériade est si important pour le christianisme, c’est parce que Jésus y aurait accompli un certain nombre des miracles rapportés par les Évangiles, qui racontent, entre autres, qu’il marché sur ses eaux, y a noyé des démons et calmé des tempêtes. Sur les rives du lac, l’ancienne ville de Bethsaïde est le lieu de naissance des apôtres André, Jean, Jacques le Majeur et Pierre, tous pêcheurs sur le lac de Tibériade jusqu’à leur rencontre avec Jésus de Nazareth, qui leur a demandé de tout abandonner pour le suivre. Autour du lac, se trouvent d’autres sites chrétiens : le mont Thabor, lieu de la Transfiguration de Jésus ; le mont des Béatitudes et le site de Tabgha, rattachés au miracle de la multiplication des pains et des poissons ; et Yardenit, où des pèlerins chrétiens du monde entier viennent se faire baptiser – le président brésilien Jair Bolsonaro et ses deux fils étaient parmi les derniers en date avant le Covid.
sionistes. La plupart des poèmes de Rachel, dont beaucoup figurent au programme du ministère de l’Éducation, évoquent le dur travail des pionniers, mais aussi sa gratitude et son amour pour la Terre d’Israël, ainsi que son adoration pour le lac qu’elle aimait tant contempler. Elle est d’ailleurs enterrée dans le cimetière de Kinneret, qui surplombe le lac, conformément à son vœu exprimé dans ces vers : « Quand le Destin décidera / Habitant loin de ta région / Je viendrai, Kinneret / Pour dormir dans ton lieu de repos. » Un autre de ses poèmes a donné naissance à une chanson inscrite au patrimoine musical d’Israël : « Kinneret cheli » – « Mon Kinneret » –, une ode à la beauté et à la sérénité du lac, mise en musique par Naomi Shemer, l’une des plus célèbres autricescompositrices d’Israël, elle-même enterrée près de la tombe de Rachel.
Le lac de Tibériade est important aussi pour l’islam, puisque selon cette tradition son assèchement annoncerait la fin des temps. C’est bien sûr avant tout un lieu de pèlerinage pour le judaïsme. Les fidèles viennent prier dans la ville de Tibériade sur la tombe de Rabbi Akiva, contributeur essentiel à l'élaboration de la Michna et considéré comme l’un des fondateurs du judaïsme rabbinique, ainsi que sur celle de son disciple, Rabbi Meïr Baal Haness. Dans l’ancien cimetière se trouvent les sépultures d’influents rabbins et surtout celle de Moïse Maïmonide, philosophe, médecin et savant du XIIe siècle, auteur du code de loi Michné Torah. À l’extrémité sud de la ville, on peut admirer les vestiges – en particulier une magnifique mosaïque – de la synagogue de Hammath, construite sans doute au IIIe siècle, en pleine période talmudique. Le Kinneret a également inspiré de nombreux poètes israéliens. Il est d’ailleurs au cœur de l’œuvre de Rachel la poétesse, nom de plume de Rachel Blaustein, née en 1890 à Saratov. En 2011, elle a été choisie comme l’un des quatre plus grands poètes d’Israël et son portrait figure sur les billets israéliens de vingt shekels. C’est en 1909, à l’âge de 19 ans, que Rachel visite Eretz Israël pour la première fois avec une de ses sœurs ; elles décident d’y rester en tant que pionnières
Outre l’impact économique du niveau du lac, il paraîtrait qu’il influence aussi le moral des Israéliens. S’il est haut, leur moral l’est aussi, et celui-ci baisse quand le lac s’assèche. De plus, il a été très sérieusement constaté que lorsque le niveau du Kinneret chute, Israël connaît des jours éprouvants : guerres, attentats, crises économiques ; et quand il remonte, des jours heureux – accords de paix, normalisation, prospérité. Souhaitons donc qu’il reste toujours à son summum ! LPH ACTUJ 983
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BInational
Élections présidentielles et législatives françaises : Comment voter en Israël ? En faisant notre alya, nous devenons des Israéliens à part entière. Il n’en demeure pas moins que nous sommes aussi des binationaux. Les implications de ce double statut sont peu ou mal connues. Cette rubrique a pour objectif de les éclairer en vous fournissant des informations dans différents domaines. Ce mois-ci, les élections présidentielles et législatives
L
e premier tour des élections présidentielles se tiendra le dimanche 10 avril, et le second tour le dimanche 24 avril.
Le premier tour des élections législatives se tiendra le 5 juin, le second tour le 19 juin. Attention : pour les Français établis hors de France, le premier tour des élections législatives se tient une semaine avant le premier tour en France. Près de 60 000 Français sont inscrits sur la liste électorale consulaire de Tel Aviv et Haïfa (le district de Jérusalem relève du Consulat général de France à Jérusalem). Pour mémoire, les taux de participation aux élections de 2017 étaient bas : • 1er tour PR 2017 : 15% • 2e tour PR 2017 : 17% • 1er tour LEG 2017 : 5% • 2e tour LEG 2017 : 9% (5090 votants pour 57 727 inscrits)
Un prérequis indispensable pour voter : l’inscription au consulat Pour pouvoir voter, il faut être inscrit au consulat, sur la liste électorale consulaire (LEC). LPH ACTUJ 983
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BInational
CE QU’IL FAUT RETENIR POUR POUVOIR VOTER EN ISRAEL ctorale consulaire • S’inscrire sur la liste éle : le nt ava ion présidentielle ect l’él ur po -› 4 mars 2022 élections législatives -› 29 avril 2022 pour les par procuration pour • Il est possible de voter l’élection présidentielle par procuration, • Il est possible de voter par Internet pour les par correspondance et élections législatives
électorale communale en France (l’inscription sur l’une entraîne automatiquement la radiation sur l’autre).
élections présidentielles : Deux modalités de vote : • directement à l’urne dans les 13 bureaux de vote ouverts dans six villes : Haïfa, Netanya, Tel Aviv, Ashdod, Beer-Sheva et Eilat • par procuration en faveur d’une personne de confiance
En général, l’inscription va de pair avec l’inscription au registre consulaire (registre des Français établis hors de France), qui donne lieu à une carte consulaire. L’inscription sur la liste électorale consulaire est toujours possible jusqu’au : • 4 mars 2022 pour les élections présidentielles • 29 avril 2022 pour les élections législatives Si vous n’êtes pas encore inscrit(e), vous pouvez le faire sur le site www.service-public.fr. Il faudra scanner votre passeport ou votre carte d’identité français (valides ou périmés depuis moins de deux ans), un justificatif de résidence (facture, bail, teoudat zeout) et une photo d’identité. Beaucoup d’électeurs n’ont pas communiqué leur adresse mail lors de leur inscription, ce qui oblige à envoyer des milliers de convocations par courrier ; et souvent, la convocation n’arrive pas, ou elle arrive trop tard. Pensez à nous communiquer une adresse électronique (e-mail) valide : vous faites ainsi un geste pour la planète et êtes sûrs de recevoir les informations à temps. De plus, vous pourrez éventuellement voter par Internet pour les législatives ! Si vous avez déménagé depuis votre arrivée en Israël, vous pouvez aussi vérifier que vous êtes rattaché(e) au bureau de vote qui correspond à votre nouvelle adresse. À noter que depuis 2019, il n’est plus possible d’être inscrit à la fois sur une liste électorale consulaire et sur une liste 26
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élections législatives : Quatre modalités de vote : Les électeurs disposent de modalités de vote plus larges que pour les présidentielles. En plus du vote à l’urne et par procuration, les Français de l’étranger pourront voter par Internet (sous réserve de l’homologation de ce système de vote avant la tenue du scrutin), mais aussi par correspondance. Le vote par Internet sera ouvert pendant cinq jours consécutifs : • du vendredi 27 mai 2022 au mercredi 1er juin 2022 pour le premier tour • du vendredi 10 juin 2022 au mercredi 15 juin 2022 pour le second tour Quant au vote par correspondance, une demande d’ « activation de l’option de vote par correspondance sous pli fermé » doit avoir été faite auprès du consulat par courrier ou par courriel avant le 31 mars 2022. Les votes par correspondance pourront être réceptionnés au plus tard au consulat le 3 juin 2022 à 18h.
Appel à des bénévoles Afin de permettre aux Français de l’étranger d’exercer leur droit de vote au plus près de leur domicile, près d’une quarantaine de bureaux de vote vont être ouverts. En raison de l’importance de ce dispositif, les consulats généraux de Tel Aviv et de Haïfa font appel à des bénévoles pour la tenue des bureaux de vote.
Les consulats auront ainsi besoin de 500 à 800 bénévoles pour assurer l’accueil sur les sites de vote, ainsi que les contrôles et la tenue des bureaux de vote. Si vous êtes inscrits sur la liste électorale consulaire, vous pouvez faire acte de candidature pour participer une journée ou une demi-journée. Retrouvez toutes les informations sur notre site internet : https:// il.ambafrance.org/Elections-2022-appel-avolontaires/.
Conditions pour établir une procuration Au cas où vous ne pourriez pas vous rendre dans votre bureau de vote le jour du scrutin, vous pouvez dès à présent établir une procuration en faveur d’une personne de confiance qui votera à votre place, dans votre bureau de vote (mandataire). Vous pouvez faire une procédure papier ou vous rendre sur le site Maprocuration, qui permet un suivi numérique de votre demande de procuration électorale. Il vous faudra cependant vous déplacer, au consulat à Tel
Aviv, au consulat général à Haïfa, ou auprès des consules honoraires à Netanya et à Eilat pour faire vérifier votre identité et valider votre procuration. Les consulats généraux à Tel Aviv et à Haïfa effectueront également des tournées consulaires dans plusieurs villes pour recueillir les procurations près de chez vous. Un mandataire peut recevoir au maximum trois procurations, dont une seule établie en France si au moins un des mandants est inscrit sur une liste électorale consulaire. Le mandataire n’a pas besoin d’être inscrit sur la même liste électorale que le mandant. Il devra cependant se déplacer le jour du scrutin dans le bureau de vote de son mandant. Une rubrique spéciale élections 2022 est disponible sur le site internet du Consulat général de France à Tel Aviv : https://il.ambafrance.org/Elections-2022-1205-/.
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silver
Le bénévolat chez les séniors en Israël :
une deuxième vie
L
e bénévolat – ou « hitnadvout », comme on le nomme en hébreu –, est l’art de donner gratuitement à autrui. Les Pirkei Avot enseignent que le monde repose sur trois piliers : Torah, tefila et guemilout 'hassadim. Ce dernier pilier est la base du volontariat. La racine de « guemilout » – les trois lettres ( גמלguimel-mem-lamed) – signifie littéralement « sevrage » : il s’agit d’aider celui qui en a besoin jusqu’à le sevrer de tout accompagnement, jusqu’à son autonomie. La guemilout est encore plus forte que la tsédaka car elle dépasse l’ordre financier. En effet, ce que la guemilout demande, c’est du temps – parfois beaucoup de temps –, de l’énergie, des compétences, du savoir-faire, des qualités humaines pour
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aider, écouter et répondre à tous les besoins d’autrui de son vivant et au-delà ! Cette mitzva est enseignée dès leur plus jeune âge aux Israéliens : comme le souligne Ayala Blum (responsable du Centre des droits « Mitsouy zekhouyot » Qualita-Mairie de Jérusalem), elle figure même dans les programmes scolaires. Elle se rappelle ensuite à eux tout au long de leur vie, à commencer par le passage des jeunes Israéliens par l’armée ou le chirout leoumi – donner trois ans de sa vie à son pays donne le ton… Au fil des ans, les Israéliens sont ensuite invités à s’engager dans diverses missions, et cet engagement est décuplé au moment où ils quittent la vie active. Ils vont répondre à des besoins dans les secteurs social, associatif, sportif et culturel,
Vous aussi vous souhaitez devenir bénévole ?
Yad Sarah :
yad-sarah.net/letsvolunteer *6444
Latet :
www.latet.org.il/en/world-1/ articles/volunteer-in-israel/
Cercle francophone de Modiin : www.franco-modiin.com
Qualita : www.qualitime.org.il sabineg@qualita.org.il 054 827 6 800
pour la jeunesse, la santé, l’éducation… Ils deviennent ainsi des partenaires à part entière de la vie économique du pays. En Israël, les bénévoles représentent 20 % de la population, tous âges confondus, au sein de 278 associations bénévoles d’utilité publique (source : embassies.gov.il). La longévité augmente et après les années d’activité professionnelle, le temps libre donne l’opportunité d’un engagement choisi, comme en témoigne par exemple Nicole Okra, médecin gériatre à la retraite et bénévole, notamment au sein de la Mafta (Maison Francophone de Tel Aviv) : « Grâce à mon expérience professionnelle et à mon parcours de vie, je souhaite donner du sens à mon alya, donner de mon temps, participer à des projets en lien avec la santé pour essayer, en toute humilité, de pallier des besoins. Faire du bénévolat répond en moi à une motivation profonde et ancienne, depuis mon engagement dans les mouvements de jeunesse, en passant par la vie associative et communautaire. Le bénévolat à la retraite en est l’aboutissement naturel. » Selon une étude scientifique (Konrath, 2011), il a été démontré que le bénévolat à l’âge
adulte contribue également à prolonger l’espérance de vie. « Le bénévolat améliore l’image de soi et la confiance en soi, ainsi que les compétences. Il contribue à donner du sens et un but à la vie. » (Simkin, 2010 – source : israelvolunteercouncil.org.il) Le volontariat est donc inscrit dans l’ADN du pays. Les associations et les entreprises sont toujours ravies d’accueillir des bénévoles, quels que soient leur origine, leur âge et leur itinéraire. Au Centre des droits de Qualita, c’est une équipe de dix bénévoles retraités qui accompagne les olim francophones. Les 120 agences de Yad Sarah réparties sur l’ensemble du territoire et qui aident 750 000 personnes chaque année comptent 7000 bénévoles, dont une grande majorité de séniors. Ces quelques exemples nous montrent l’ampleur du phénomène, qui ne cesse de croître et nous encourage chaque jour à donner un peu plus… Stéphanie Weill, psychologue psy.sweill@gmail.com
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bon à savoir Droits, informations utiles, changements de lois… Nous ne sommes jamais assez informés concernant la vie administrative en Israël. Cette rubrique a pour objectif de vous éclairer sur tout ce qui est bon à savoir.
Augmentation du salaire minimum
Indemnités supplémentaires de la Claims
Marc Folhen-Weill, missionné par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, informe de la possibilité d’octroi d’indemnités complémentaires destinées, sous certaines conditions, aux victimes juives du nazisme. Les fonds sont versés par la Claims Conference, notamment sous forme de programmes d’aide au maintien à domicile pour les personnes reconnues comme victimes juives du nazisme et ayant précédemment reçu une indemnisation de la Claims. Sont concernés les déportés, les enfants cachés, les personnes visées par les rafles, mais aussi, plus largement, ceux qui ont connu d’autres types de persécutions : Juifs d’Algérie ayant dû quitter l’école, Juifs de Tunisie dont un des membres de la famille était en camp de travail… Pour toute information : externe.mweill@fondationshoah.org
Annulation d’un achat ou d’une transaction
Un achat ou une transaction peuvent être annulés dans un délai de quatre mois à compter du jour de la réception de la commande ou de la conclusion de l’affaire : • s’ils ont été effectués par un olé 'hadach (dans les cinq premières années de son alya), par une personne âgée de plus de 65 ans ou par une personne handicapée ; • à condition que l’achat ou la transaction se soient faits sans la présence physique de la personne dans le commerce en question – par exemple : achat par Internet, achat par téléphone, ou encore via un démarcheur venu à domicile sans avoir pris rendez-vous au préalable ; • et à condition qu’il y ait eu une conversation téléphonique ou par messagerie entre l’acheteur et le vendeur. Dans tout autre cas, la possibilité d’annulation ne vaut que dans un délai de 14 jours.
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Le processus législatif relatif au salaire minimum a débuté : l’accord global récemment signé entre les ministères des Finances et de l’Économie, la Histadrout et les organisations patronales a été publié pour consultation publique. Dans le cadre de cet accord, le salaire minimum augmentera progressivement pour atteindre les 6000 shekels d’ici la fin 2025. Il connaîtra une première augmentation de 100 shekels (soit moins de 2%) dès le 1er avril 2022 et s’élèvera alors à 5400 shekels. L’idée d’un jour de congé supplémentaire est également discutée.
L’impôt sur les retraites perçues de France
Si la convention France-Israël considère que seules les retraites de source privée sont redevables en Israël, le fisc israélien les impose après dix ans d’alya depuis l’année 2007. Par ailleurs, la sévère baisse de l’euro en 2021 a sensiblement réduit les montants imposables des retraites perçues en euros, ce qui, dans de nombreux cas, occasionne un impôt faible, voire nul. Prenons l’exemple d’une retraitée disposant d’une retraite mensuelle de 4000 euros : En 2022, les 4503 premiers shekels d’une retraite ne sont pas imposables. 4000 euros, au taux de change de 3.55, équivalent à 14 200 shekels. La partie imposable de cette retraite s’élève donc à 14 200 – 4503 = 9697 shekels. L’impôt dû sur cette somme, après déduction des abattements fiscaux dont bénéficie un résident israélien, s’élève à 513 shekels. Si nous complétons cet exemple en prenant en compte les 500 shekels mensuels que cette retraitée donne avec Cerfa, il ne lui restera à payer que 338 shekels d’impôts mensuels. À la lumière des données actuelles et des pénalités prévues en cas d’absence de déclaration, chaque retraité devrait régulariser sa situation fiscale au plus vite. Information communiquée par Esther Amar Expertise comptable, fiscalité internationale, Essec Paris www.esther-amar.com
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L'ère 2.0
Cyberespionnage :
ce qu'il faut savoir PAR David SCHIFFERS
C
Ces derniers mois, le sujet du cyberespionnage ne cesse de défrayer la chronique. Dans ce contexte, on a beaucoup parlé de la société NSO et de son logiciel Pegasus. Le premier scandale, d’envergure internationale, avait révélé que Pegasus aurait été utilisé par des régimes peu scrupuleux pour espionner des opposants politiques, des journalistes (dont le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, assassiné en Turquie en 2018) et autres personnalités (dont Emmanuel Marcon). Le dernier scandale, révélé par le journal Calcalist, accusait la police israélienne
d’utiliser Pegasus pour espionner arbitrairement des individus afin de trouver des prétextes d’accusation, voire des arguments pour exercer une pression sur eux. Ainsi, la police aurait espionné le téléphone d’un des leaders du mouvement « Drapeau noir », y aurait découvert une application de rencontre LGBT (alors que la personne en question est père de famille) et aurait inscrit « à utiliser comme levier de pression » dans un dossier d’enquête. Il s’agit de techniques de cyberespionnage à grande échelle. À l’instar des écoutes téléphoniques, qui se font depuis l’opérateur, l’accès au contenu d’un téléphone demande de s’introduire directement dans le téléphone de la victime. Pour les espions,
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c’est le graal ; pour les hackers, une énorme aubaine, car c’est une affaire de gros sous. Alors comment cela fonctionne-t-il ? Nos téléphones renferment des logiciels, en premier lieu le système d’exploitation : iOS pour les iPhone et Android pour les autres – puis les différentes applications. Dans chacun de ces logiciels, des failles peuvent permettre à des espions de s’y infiltrer en se connectant. Ces failles, appelées vulnérabilités – ou « vulns » –, font l’objet d’un marché à part entière. Un site comme zerodium.com (il en existe d’autres) propose de payer jusqu’à 2.5 millions de dollars pour la découverte d’une vulnérabilité importante. Une fois découverte, elle devient une vulnérabilité « zero-day » (vulnérabilité non corrigée et donc exploitable). Si une faille peut valoir jusqu’à 2.5 millions de dollars, c’est qu’elle peut se vendre bien plus cher encore à un « exploitant ». Ce dernier – qui pourrait par exemple être NSO, avec son logiciel Pegasus – utilisera cette vulnérabilité pour espionner des ordinateurs et des téléphones pour le compte de ses clients. Vu les sommes en question, seuls des gouvernements ou des grands organismes en ont les moyens. Pour se protéger, voici quelques conseils : Toujours installer les mises à jour de sécurité. Ne jamais cliquer sur un lien inconnu (surtout via SMS). Redémarrer son téléphone chaque jour. Ne jamais installer des applications hors « Store ». Vérifier régulièrement les « autorisations » des applications.
L’application du mois :
Weather2day
C’est un fait connu : les Israéliens sont très friands de prévisions météorologiques. Été comme hiver, même avec six mois de soleil par an, l’Israélien doit savoir, à deux degrés près, quelle température il fera demain. C’est dans ce contexte qu’évolue Weather2day, une application
gratuite qui propose tout ce qu’un amateur de météorologie peut attendre. Cela inclut des prévisions à huit jours (même si l’application s’appelle « 2day ») pour chaque ville en Israël, des images radar des pluies en temps réel, les précipitations des derniers jours et mois, la météo des plages, des images satellite et des webcams. Mais le grand plus de cette application est son aspect participatif : en effet, l’application compte une grande communauté d’amateurs actifs qui informent en temps réel des conditions météo à travers le pays. Attention toutefois : cette application n’est disponible qu’en Israël. Si vous ne la trouvez pas dans le Store de votre téléphone, changez votre localisation dans les paramètres du Store afin d’y avoir accès.
LES NEWS TECH Meta (Facebook) et Google investissent massivement dans l’Internet du futur qui, selon eux, sera totalement virtuel. Comme dans Matrix, nous aurons une vie parallèle jouée par un avatar dans un monde composé d’amis virtuels, de déplacements virtuels et d’objets virtuels. Ces objets virtuels représentent un énorme marché, dont nous voyons l’essor avec les fameux NFT (Non Fungible Token : « Jetons non fongibles ») : il s’agit d’objets certifiés uniques grâce à la technologie blockchain (la même que pour le Bitcoin), ce qui les rend rares et donc chers. Par exemple, une maison virtuelle certifiée unique a été vendue 500 000 dollars. Aussi les géants du Net veulent-ils capter ce marché et s’apprêtent à ouvrir leurs propres plateformes de NFT. La course est lancée ! LPH ACTUJ 983
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développement durable
Attention, tache d’huile ! I
l y a un an presque jour pour jour, le mercredi 17 février 2021, l’attention de promeneurs sur une plage de la Méditerranée israélienne est attirée par une tache noire qui contraste avec le beige clair du sable qui s’étend à des kilomètres à la ronde. Ils s’approchent, la forme est visqueuse, l’odeur caractéristique : pas de doute, il s’agit bien de goudron. Au même moment, des surfeurs sont horrifiés de constater que la mer charrie de nombreuses formes qui noircissent l’écume des vagues. L’une des plus grandes catastrophes écologiques d’Israël est en marche. Rapidement, le ministère de l’Environnement est alerté, se rend sur place et commence à faire ce que font toutes les agences gouvernementales du monde quand elles sont surprises alors qu’elles ne le devraient pas : il balbutie des explications, et donne à croire que la situation est « sous contrôle » et qu’il « coordonne les opérations ». « Sous contrôle » ? En quelques heures, effectivement, des milliers de volontaires affluent de tout Israël et entament une immense opération de nettoyage des centaines de tonnes de goudron qui ont noirci le bord de mer. La viscosité du pétrole est un avantage décisif qui permettra de nettoyer relativement rapidement l’ensemble du bord de mer. Cependant, personne n’est dupe : derrière les apparences, se profile l’image d’une gouvernance totalement dépassée par les événements – ce qui soulève de graves questions. Pouvait-on prévoir ? C’est la première de ces questions. La réponse est bien entendu : oui. Il
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existe des systèmes satellites qui permettent de repérer des « taches d’huile » sur la mer (le pétrole, structure lipide, rend la mer plate, ce que les satellites voient). Dans les jours suivants, Greenpeace Israël mène une enquête indépendante qui révèle d’autres taches, donc d’autres probables catastrophes pétrolières qui, elles, n’ont pas souillé le bord de mer. À cela, le ministère de l’Environnement réplique qu’il manque de moyens – et il a raison. Il est facile, a posteriori, de critiquer les priorités d’une équipe réduite, et d’affirmer qu’il n’est pas compliqué d’affecter quelqu’un au suivi des images satellites ou de désigner une personne en charge des liens avec l’agence européenne qui suit la Méditerranée sur ces questions. Depuis, d’ailleurs, cela a été corrigé et il y a quelques semaines le ministère a repéré une nouvelle nappe suspecte qui, cette fois, ne menace pas Israël. L’insuffisance du ministère de l’Environnement a surtout révélé le fort dénuement dans lequel il se trouve pour faire face à des catastrophes d’hydrocarbures. Alors que les plateformes gazières Tamar et Leviathan ont régulièrement des fuites de produits toxiques, le ministère ne dispose que de moyens très limités sur la mer et doit se reposer sur les informations que les compagnies pétrolières veulent bien lui communiquer. Pas vraiment réjouissant. Pour faire face aux casse-têtes du développement de nouvelles structures de production et
d’acheminement du gaz, le ministère avait demandé des renforts et s’était vu opposer une fin de non-recevoir de la part du tout puissant ministère des Finances, acquis à une approche nettement néolibérale et pour lequel des instances comme le ministère de l’Environnement sont des empêcheurs de prospérer en rond. La catastrophe pétrolière a surtout révélé, une nouvelle fois, devrait-on dire, que la mer est un lieu de non-droit, où tout est permis. L’intense trafic de pétroliers sur la Méditerranée donne lieu à toutes sortes d’abus. À l’occasion, on avait d’ailleurs découvert que des pétroliers iraniens acheminaient du brut vers la Syrie, faisant fi de l’embargo imposé à ces deux pays. Une fois passé le canal de Suez, le GPS est réduit au silence et il devient impossible de suivre les mouvements des navires. Nous tenons enfin notre histoire : il est probable qu’un pétrolier iranien en route vers la Syrie s’est débarrassé de quelque mille tonnes de brut à une centaine de kilomètres des côtes israéliennes. S’agissait-il pour autant d’un « attentat écologique », comme l’a maladroitement suggéré l’ancienne ministre de l’Environnement Gila Gamliel à quelques semaines des élections ? Rien n’est moins sûr. D’une part, si l’Iran veut acheminer du brut vers la Syrie, elle a tout intérêt à éviter la moindre publicité. Et puis, voulait-il également souiller les plages du Liban, elles aussi lourdement affectées ?
Une fois de plus, il faut résister à la politisation de la question environnementale. Des accidents arrivent tout le temps, de même que des manœuvres volontaires ou involontaires qui finissent en taches d’huile sur la mer bleue. Ces dernières semaines ont été riches en accidents pétroliers, du Pérou au Nigéria. Peut-on les éviter ? Bien sûr ! Et il n’y a pas quatre chemins pour y arriver. À l’heure du dérèglement climatique, c’est la transition énergétique qui doit être portée avec courage et intelligence par les décideurs. Elle passe notamment par la mobilité électrique et les énergies renouvelables. Elle nécessite une politique volontaire qui profitera à long terme à ceux qui la porteront, et bien sûr à Israël. Nous y reviendrons.
Les conseils utiles pour préserver notre planète : Passer à l’électrique et planifier sa semaine pour assurer une plus grande part de sa mobilité sur des modes de transport plus respectueux de la planète : le vélo, les transports publics, la marche à pied, le covoiturage. On voyage plus léger et on avance plus vite ! Faire pression sur les décideurs. Peu importe votre tendance politique, les politiciens doivent sentir en permanence que le public « les attend » sur ces thématiques et qu’ils vont devoir rendre des comptes. On pourra simplement envoyer un message à un élu ou à un candidat, en lui posant directement la question : « Que comptez-vous faire pour mettre fin à de telles catastrophes ? » Jonathan Aikhenbaum Directeur de Greenpeace Israel www.greenpeace.org/israel/ LPH ACTUJ 983
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Un rabbin dans la cité
La question de la GPA pour tous à la lumière de l'éthique juive par le grand-rabbin Gilles Bernheim
médicalement assistée) et de la GPA (gestation pour autrui) pour tous… En Israël, ces mêmes questions n’ont pas fait l’objet de débats, ou très peu – à quelques exceptions près, dans le monde religieux en particulier : le rav Cherlow parle d’ « un silence assourdissant » sur ces questions et le Dr Michaël Wygoda a consacré plusieurs articles à ces sujets. Pour nous, aujourd’hui, il ne s’agit pas d’être pour ou contre des lois qui, très souvent, sont déjà adoptées, mais de prendre au sérieux la dimension « éthique » dans l’expression « bioéthique » : qu’est-ce qui pourrait n’être pas éthique dans ces lois ?
J
e souhaiterais poser quelques questions de fond, sans volonté de polémiquer sur des problèmes de société sensibles et souvent personnels. Mon propos n’est ni de juger ni de condamner, mais de réfléchir ensemble. On a parfois l’impression que le monde s’emballe et que la législation vient seulement entériner des états de fait, inscrire dans le droit des évolutions sociétales. Ne faudrait-il pas plutôt, à l’inverse et comme le fait le Talmud, avant de légiférer, réfléchir en amont à toutes les conséquences possibles, aux valeurs fondamentales que telle ou telle digression halakhique (ou de droit) est susceptible d’impacter, et au risque, en accordant des droits à certains, de léser d’autres dans leurs droits ? En France, les lois de bioéthique ont donné lieu à des débats très vifs autour des questions du mariage pour tous, de la PMA (procréation
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La question, ici, n’est pas de se déterminer pour ou contre les minorités et communautés homosexuelles, pour ou contre les unions de personnes de même sexe, ni d’exclure qui que ce soit, mais de voir si des principes fondamentaux ne sont pas altérés ou définitivement écartés de notre humanité par la mise en œuvre de nouveaux modes de procréation, de parenté, de filiation, d’engendrement, tels qu’ils sont aujourd’hui institutionnalisés par la société. C’est un principe de prudence et de précaution que de se donner le droit, et de donner le droit à ceux qui le souhaitent, de réfléchir, de penser ces questions à l’aune de la tradition biblique et talmudique. Même si c’est dans l’après coup de la promulgation de ces nouvelles possibilités, il est important de réfléchir ensemble aux nouveaux défis que posent les mutations sociétales. Israël a depuis longtemps, et bien avant la France, octroyé aux minorités LGBTQ (lesbiennes, gays, bisexuel[le]s, transgenres, queers) de nouveaux droits concernant la procréation. Mais jusqu’à présent, la gestation pour autrui (GPA) restait inaccessible aux
C’est un principe de prudence et de précaution que de se donner le droit, et de donner le droit à ceux qui le souhaitent, de réfléchir, de penser ces questions à l’aune de la tradition biblique et talmudique.
couples de même sexe et aux hommes célibataires. Le recours à des mères porteuses a été légalisé en Israël en 1996, mais uniquement pour les couples hétérosexuels, puis pour les femmes célibataires. En juillet dernier, la Cour suprême a estimé que l’exclusion des couples homosexuels et des hommes célibataires du droit à la GPA était anticonstitutionnelle et que le gouvernement avait six mois pour légiférer en tenant compte de cette décision ; et désormais, depuis le mardi 11 janvier 2022, la GPA est ouverte à tous. Notons que si l’on s’était abstenu d’autoriser la GPA pour les couples d’hommes, cela n’aurait pas signifié pour autant une mise à l’écart des enfants nés d’une telle gestation. Entre faire face à une situation de fait, fruit d’une initiative privée – c’est-à-dire qui n’est pas planifiée et organisée par la société – et instituer, juridiquement, la légalisation d’enfants issus de tels couples, la différence est considérable. Il importe de souligner que désigner comme « parents » deux personnes du même sexe revient nécessairement à inventer une nouvelle parenté, déconnectée de la référence à l’engendrement de l’enfant. C’est admettre que puissent être parents des personnes qui,
non seulement n’ont pas engendré, mais surtout n’auraient pas pu engendrer. Certes, l’enfant issu de l’union de deux personnes de même sexe sera sans doute fortement désiré, aimé, éduqué ; mais, si bonnes que soient les intentions à son égard, il ne pourra pas se représenter comme issu d’eux. La filiation par GPA non thérapeutique découle désormais exclusivement de l’intention du projet parental. On l’appelle « parenté intentionnelle » ou « parenté sociale », mais l’idée est toujours la même : la parenté découle de l’investissement affectif et éducatif des adultes auprès de l’enfant. Dans cette perspective, le parent serait alors celui qui désire l’enfant, s’investit auprès de lui, l’éduque. Le bouleversement ne tient pas au fait que des enfants soient éduqués par des adultes de même sexe, mais au fait que ces personnes soient désignées, ensemble, comme parents de l’enfant. Autrement dit : la parenté n’est plus fondée sur un rapport d’engendrement et de filiation, mais seulement sur un rapport d’éducation. Or fonder la parenté sur le seul investissement éducatif auprès de l’enfant revient à doter l’enfant d’éducateurs et à le priver de parents, selon la définition qui est la nôtre. Le rôle constitutif des parents est de donner à l’enfant son origine et sa généalogie. La filiation structure la société en y désignant à chaque personne sa place ; la généalogie indique à chaque personne d’où elle vient, pourquoi elle se trouve là à telle époque, dans telle famille. Elle lui assigne sa place à la fois dans l’espace et dans le temps, en lui permettant de se situer dans la chaîne des générations. Ce sont ces définitions qui donnent tout son sens à la notion biblique de « toledot ». Nous voyons donc que la construction d’une parenté fondée sur l’intention implique la déconstruction de la parenté fondée sur l’engendrement de l’enfant. Comprenons bien que cette réflexion n’est pas l’expression d’une habitude de pensée héritée du passé ni d’un parti pris en faveur de l’hétérosexualité, mais qu’elle découle de l’importance de la référence à l’engendrement de l’enfant dans la définition de ce qu’est un père et de ce qu’est une mère. Cours du grand-rabbin Bernheim chaque lundi à 19h30 au 3 rue Chopin à Jérusalem Renseignements : bernheimgilles@gmail.com LPH ACTUJ 983
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© Collection AIU
UNe pensée juive moderne
Manitou
De Juif à Hébreu
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ehouda Léon Ashkenazi, dont c’est le centenaire, est né en 1922 à Oran, en Algérie, et il a quitté ce monde en 1996, à Jérusalem. Il est l'une des figures marquantes de la renaissance du judaïsme français d'après-guerre et a marqué de son empreinte lumineuse les dernières générations. Son grand-père maternel était le rav Haïm Ibn Touboul, éminent maître du Maroc et disciple du Ari HaKadoch. C’est aux Éclaireurs et Éclaireuses Israélites de France (EEIF), où il est entré en 1940, que Léon Ashkenazi est totémisé du nom de Manitou. Mobilisé en 1943 en tant qu’aumônier dans la Légion étrangère, il prend brutalement conscience de la fracture existant au sein de l’identité juive française. Il creuse la notion de « mutation d’identité », celle du Juif en exil qui cherche le chemin du retour et se transforme à chaque étape de sa vie : de Juif à Hébreu, d’Oran à Jérusalem, en passant par Paris, amassant ainsi les différentes manières d’être juif et reconstituant peu à peu l’identité humaine sous toutes ses facettes. Avec les EEIF, Manitou participe à la Résistance contre l’occupant nazi. Il y rencontre sa femme Esther – Bambi – et Robert Gamzon – Chameau –, avec lequel il fonde l’École des cadres Gilbert Bloch d’Orsay. Il fait connaissance avec celui qui deviendra son maître : Jacob Gordin, philosophe et kabbaliste russe en exil. Ce dernier meurt en août 1947, peu après leur rencontre, en laissant l’héritage de sa pensée à son élève. Manitou prend alors la direction de l’École d’Orsay et de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF). Diplômé en philosophie, anthropologie et ethnologie, il fait le lien entre yechiva et université, universel et particulier. Dans les années 1950, Manitou rencontre le rav Tzvi Yehouda Kook, fils du premier grandrabbin ashkénaze d’Israël. Cette rencontre « entre deux Yehouda » marque un tournant dans la vie de Manitou, qui vient soudain
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confirmer toutes ses intuitions au sujet d’Eretz Israël : le retour du peuple juif sur sa terre, ce sont les prémisses de l’ère messianique, un temps universel qui concerne chaque peuple de la terre. Manitou « monte » en Israël en 1968, peu après la guerre des Six Jours, et y étudie auprès du rav Kook et du rav Ashlag. Son prophétisme, à la fois spirituel et politique, prend corps avec son alya. Il crée de nombreux centres d’études, comme le Centre Yaïr et l’Institut Mayanot à Jérusalem, et s’engage également dans le dialogue interreligieux. Tout au long de sa vie et de son œuvre, Manitou s’est employé à revivifier l’identité du peuple juif, et à renouer avec le destin collectif d’un retour et de retrouvailles entre un peuple et sa terre. S’attachant à penser le Tikoun Olam – « la réparation du monde » –, il a développé une Torah des Toladot, des engendrements, qui vise à donner naissance à l’être capable d’être frère de tous les autres tout en restant lui-même.
Un jour, dans le long temps des jours, l’infiniment Secret, l’infiniment Mystérieux, l’Énigmatique, l’Ancien des Jours décida de mettre fin à la souffrance des Visages de la Solitude. Il tira l’épée magique de son fourreau d’éternité et, dans un soupir dont l’écho se fait encore entendre, il fendit le mur en son milieu et en retourna les brisures, Face à Face. Celles de l’extérieur se rencontrèrent enfin ; et la lumière fut. ( Extrait du dernier poème de Manitou, écrit à l’hôpital le 2 janvier 1996 ) Gaelle Hanna Serero Directrice des programmes du NAC, enseignante-chercheuse en Pensée juive moderne à Bar-Ilan et au Centre Beno Gross. Membre du Laboratoire de pensée juive française MatanelBar-Ilan
'HODEcH TOV
Adar Le rav Yoel Benharrouche nous révèle le sens de chaque mois du calendrier juif. Un rendez-vous mensuel précieux pour nous permettre de comprendre les secrets et la force du temps selon le judaïsme.
Pourquoi tant de joie ?
L
e mois d’Adar, dans le judaïsme, est synonyme de joie. La Meguila – Esther 9, 22 – dit en effet que ce mois a la capacité de transformer la douleur en bonheur. Il y aurait donc une douleur qui se serait transformée en bonheur ? Par ailleurs, le Talmud – Traité Taanit, 26b – préconise d’intensifier la joie dès le début du mois d’Adar, comme pour nous laisser entendre que le niveau habituel de joie n’est pas suffisant. Pourtant, Pourim donne sa tonalité joyeuse à tous les jours de ce mois d'Adar. En réalité, tout aurait pu se terminer en catastrophe, car Haman avait compris que le peuple d’Israël, qui fut créé unique, était dispersé dans ses exils, et donc très affaibli. Bannis de leur terre, sans défense et à la merci des lois de la nature, les Juifs étaient au plus bas. Le Temple de Jérusalem, où la présence divine se manifestait, était en ruines. La prophétie de Jérémie disait clairement qu’après soixante-dix ans d’exil, Dieu ramènerait Israël sur sa terre et reconstruirait le Temple ; mais voilà que sous le coup de la faiblesse inhérente à l’exil, tous s’étaient trompés dans le compte de ces soixante-dix années, et que ne voyant pas la prophétie se réaliser, Israël perdait confiance. Haman savait que c’était le moment idéal pour mettre en œuvre sa « solution finale ». Alors, quelle est la puissance cachée dans ce mois d’Adar ? Pourquoi tant de joie ? L’état de bonheur ressenti tout au long de ce mois exige, comme le demandent nos sages, une prise de conscience du fait que nous sommes une nation, et non pas seulement un ensemble d’individus. Nous avons une nature de peuple et une identité nationale. Oublier cela, c’est commencer à dévier de notre nature. La joie doit être intensifiée par cette prise de conscience nationale. Le judaïsme n’est pas une religion. Nous faisons partie d’un peuple divin. Les hauts et les bas de notre histoire doivent nous
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renforcer dans notre emouna quant au rôle qui est le nôtre parmi les nations du monde. Nous devons toujours nous souvenir activement de notre devoir d’être un peuple sur notre terre et de cesser d’être des Juifs errants dans les différents exils. Notre relation perpétuelle avec l’Éternel est évidente lorsque nous sommes rassemblés à la place que l’Infini a créée pour nous. À la demande des sages d’Israël, nous devons donc, durant ce mois exceptionnel, retrouver les fondements de notre nature pour redevenir ce que nous sommes, ce pour quoi nous avons été créés. Seule notre force nationale peut nous procurer cette joie et éviter d’autres catastrophes historiques.
s’est déroulée au mois de Nissan – est indirectement reliée à l'histoire de Pourim. C’est la raison pour laquelle, lors d’une année embolismique, qui comporte deux mois d’Adar, les décisionnaires ont statué qu’il fallait célébrer Pourim le deuxième mois d’Adar. La raison en est claire : la libération d’Adar est intimement liée à celle de Nissan. Il faut bien entendu étudier et comprendre leurs différences, mais il y a là matière à réflexion. À Pessa'h, la libération nous est venue d’en haut, sans aucun mérite, via des miracles qui nous ont placés au-delà de la nature (les dix plaies, l’ouverture de la mer, etc.), alors qu’à Pourim nous sommes devenus en quelque sorte associés à notre libération.
Seule notre force nationale peut nous procurer cette joie et éviter d'autres catastrophes historiques.
Mordekhaï a fait en sorte qu’Esther devienne reine pour qu’elle puisse agir depuis le palais du roi. Le peuple juif s’est réuni autour d’Esther en réponse à son appel au rassemblement et au jeûne. Mordekhaï est entré en guerre et a vaincu les ennemis d’Israël. Haman et ses enfants ont été pendus… Rav Yoel Benharrouche, artiste peintre, enseignant www.orotvekelim.com
La naissance du Libérateur d’Israël, Moché Rabbénou, au mois d’Adar en fait l’heureuse conjoncture du miracle de Pourim, nous révélant par là même un sens caché : la libération du peuple d’Israël d’Égypte – qui
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tranches de vie
« La nuit la plus froide de l’année » … par richard darmon, Journaliste et conférencier
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n commençant cette chronique le mois dernier, je n’avais pas du tout l’intention de ne la consacrer qu’à des analyses critiques et des commentaires virulents sur le fonctionnement et les bévues des médias israéliens, mais la coupe est pleine – et pas à cause d’un dérapage politico-idéologique ! Jugez-en par vous-mêmes… Une première vague de froid assez sérieuse, voire des chutes de neige étaient annoncées par tous les météorologues israéliens en ce mercredi 19 janvier. Comme les équipes de journalistes qui conçoivent chaque jour les journaux télévisés du soir étaient lasses de mettre sans cesse à la une la cacophonie indigeste des retombées de l’épidémie ou de revenir une énième fois sur les ornières juridico-parlementaires et partisanes dans lesquelles, depuis des années, s’est profondément enlisée la scène politique du pays, nos « producteurs » du journal télévisé de ce mercredi-là ont donc opté – dès leurs séances de préparation, tenues en début de matinée, du journal télévisé des trois grands canaux télévisés – pour une « une » météorologique grand public censée intéresser tout le monde, à savoir : l’arrivée de cette vague de froid aux quatre coins d’Israël. Jusque-là, en fait, rien de bien grave, puisque fabriquer quotidiennement de l’information, c’est vouer un culte obligé au « règne de l’éphémère » dans toute sa diversité : après que le menu des journaux télévisés de la veille est devenu forcément obsolète et donc jetable, il est essentiel de réussir à renouveler le « sommaire » de news à diffuser le soir suivant… Mais les médias d’aujourd’hui fonctionnent véritablement sur le mode des agences de publicité : avec leurs formules toutes faites, eux aussi fabriquent des slogans et des mots d’ordre qui n’ont rien à envier aux messages en kit de leurs confrères des grandes agences de pub vantant sempiternellement les mérites de certains produits ou services en vente sur le marché. Nos journalistes et leurs directeurs
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ont donc opté ensemble, ce jour-là – se sont – ils vraiment concertés d’une chaîne à l’autre ? –, pour un titre qui se voulait fracassant, en annonçant au public israélien, déjà prompt à s’emmitoufler dans ses écharpes et ses gants face à la moindre intempérie, la venue, en ce dramatique mercredi soir, de « la nuit la plus froide de l’année »… Le tout, accompagné d’une série de reportages et d’interviews sur les préparatifs des pouvoirs locaux pour traverser, sains et saufs jusqu’au matin, cette sinistre nuit ! Or, si l’on y réfléchit un instant, il n’y avait rien de plus idiot et aberrant – sauf, bien sûr, dans le but de faire monter l’audimat ! – que de lancer un tel titre en « super-une » télévisée. Et ce, pour deux raisons évidentes : d’abord, comment les services météorologiques de n’importe quel média pouvaient-ils déterminer que s’annonçait « la nuit la plus froide de l’année », alors qu’en cette mi-janvier on était en fait à peine en train de clore le premier mois de l’hiver ? Et ensuite, tous les Israéliens savent très bien que le cœur le plus glacé de la saison froide se situe ici fin février ou début mars. Faire ainsi le choix de ce titre « à sensation », à la fois mensonger et manipulateur, en capitulant devant l’empire de l’immédiateté, c’était une fois de plus prendre les téléspectateurs israéliens pour des imbéciles ou, aux mieux, pour des moutons écervelés ! Inquiétante interrogation subsidiaire : s’il en va déjà ainsi des titres prosaïquement météorologiques, qu’en est-il alors des « unes » souvent plus politiques et idéologiques de nos médias ? On n’ose y songer… Ah, j’allais oublier : une semaine à peine après cette supposée « nuit la plus froide de l’année », on a assisté en Israël, dans la soirée du 26 janvier, à une tempête hivernale bien plus rude, accompagnée de fortes chutes de neige. Mais sans, cette fois, que les médias en aient fait « la super-nuit la plus glaciale de l’année »...
BOUILLON DE CULTURE
JEAN-JACQUES PIERRAT : « Je voulais depuis longtemps être en poste en Israël. »
Jean-Jacques Pierrat, conseiller de coopération et d’action culturelle, directeur de l’Institut français d’Israël, fait le point sur les missions du département culturel de l’ambassade de France et nous livre sa vision pour l’Institut français d’Israël. Jean-Jacques Pierrat, qui êtes-vous et comment êtes-vous arrivé en Israël ? Jean-Jacques Pierrat. J’ai un parcours plutôt atypique pour un conseiller culturel, car mes domaines de compétence sont la science et les nouvelles technologies. Je suis docteur et ingénieur, diplômé de l’Institut national polytechnique de Grenoble. On est un peu loin de l’art et de la culture – mais finalement, pas tant que ça, car la coopération scientifique fait partie intégrante des missions de l’Institut français d’Israël. Le monde de l’innovation exerce une transversalité dans tous les domaines, y compris la culture. Après un premier poste à Paris comme chef de bureau sur la coopération technologique et la valorisation de la recherche et de l’innovation au sein de la sous-direction dédiée à la recherche, j’ai été en poste à Boston, à Shanghai puis à Berlin. Partout, j’ai été en contact avec des Israéliens, dans tous les domaines – hospitaliers, universitaires, scientifiques, culturels –, en particulier à
Boston et à Berlin où convergent l’esprit start-up, le goût pour l’innovation et une forte présence internationale. Ce sont les hommes et les femmes que j’ai rencontrés dans mes domaines de compétence qui m’ont apporté une compréhension d’Israël et fait prendre conscience de l’incroyable capacité novatrice du pays. Pour moi, Israël est un pays extrêmement important dans le domaine de l’innovation et de la créativité, et ce, depuis longtemps. C’est pourquoi, naturellement, j’avais envie d’être en poste ici. Quel est aujourd’hui le rôle de l’Institut français d’Israël ? J.-J.P. La première mission de l’Institut français d’Israël, c’est la promotion de la culture et de la langue françaises. Et nous nous y employons au travers d’événements que les francophones connaissent bien : le Festival du film français, les Rendez-vous de la Francophonie, la Nuit de la philosophie, le festival Livres en scène… LPH ACTUJ 983
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BOUILLON DE CULTURE
© AST Par exemple ? J.-J.P. Depuis 2019, avec le CNC, le Gesher Multicultural Film Fund et le festival Séries Mania, nous avons lancé une résidence de coécriture de séries, en association avec la GUILD – l’Association des scénaristes israéliens de cinéma et de télévision –
Jean-Jacques Pierrat reçoit Hili Tropper, ministre israélien de la Culture et des Sports, avec les lauréats israéliens du Festival de Cannes 2020, en présence d’Éric Danon, ambassadeur de France en Israël.
Notre rôle consiste également à apporter notre soutien aux festivals et aux institutions israéliennes pour qu’ils proposent une programmation française : faire venir de France des invités – experts, universitaires, personnalités culturelles et scientifiques… –, exposer un artiste français, projeter un film français, etc.
Enfin, l’Institut français d’Israël s’emploie également à faciliter les coopérations bilatérales entre la France et Israël, au travers d’actions moins exposées et donc moins connues du grand public. 44
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© S. Rabourdin
Nous œuvrons aussi pour faciliter l’enseignement du français dans les établissements scolaires – en lien avec le ministère israélien de l’Éducation –, dans nos centres à Tel Aviv, Haïfa et Nazareth, et en soutenant le réseau des associations FLAM qui existent dans tout le pays pour assurer des cours de proximité aux enfants issus de parents francophones. Notre objectif est d’amener le public local qui ignore tout de notre langue et de notre culture à les connaître. Nous sommes donc très engagés auprès de partenaires israéliens locaux qui constituent un fort relais culturel auprès des Israéliens, et dans leur langue. Nous soutenons également les initiatives locales, notamment francophones, qui vont dans le sens de la promotion de la langue et de la culture françaises, en relayant au maximum l’information sur nos outils de communication, en français et en hébreu, voire en arabe. Mais nous ne sommes pas nous-mêmes producteurs d’événements. D’autres acteurs sur le terrain mènent parfaitement cette mission.
et l’Association des producteurs israéliens. Tous les ans, un atelier réunit douze scénaristes – six Français et six Israéliens – qui vont travailler ensemble et mettre en commun leurs talents afin de développer des séries à ambition internationale. Avec l’aide d’experts français, nous accompagnons également des projets israéliens de films d’animation pour les amener jusqu’au Festival international du film d’animation d’Annecy, le plus important au monde dans cette discipline, afin qu’ils aient l’opportunité d’être repérés par des producteurs et des distributeurs internationaux.
Événement Cannes XR à l’Institut français de Tel Aviv, l’événement consacré aux œuvres et aux technologies immersives du Festival de Cannes 2020
Quels sont les projets à court et moyen terme de l’Institut français d’Israël ? J.-J.P. Lorsque je suis arrivé en septembre 2019, Israël venait d’être sélectionné par la France comme l’un des 37 pays prioritaires pour le développement d’une forte collaboration technologique au service des industries culturelles et créatives. L’idée est d’investir avec des partenaires israéliens sur ce que sera la culture de demain : les expositions virtuelles, les œuvres ou les films en réalité
Enfin, mon troisième objectif, et peut-être le plus ambitieux, est de modifier en profondeur l’image de l’Institut français auprès du public. Nous avons commencé à le faire en ouvrant notre galerie d’accueil au public boulevard Rothschild, avec un programme d’expositions qui se renouvelle tous les deux mois environ. Mais j’aimerais aller plus loin et faire en sorte que l’Institut, en partenariat avec des structures israéliennes, soit davantage un lieu de rencontres et d’échanges, avec plus d’espaces ouverts au public – à tous les publics, jeunes et moins jeunes –, des espaces riches et variés qui permettraient à l’Institut d’être un lieu de passage obligé pour les Israéliens. J’imagine un lieu branché, innovant, où l’on pourrait accéder à des productions françaises au format VR/AR et à des jeux vidéo, avec une
Le réalisateur français Claude Lelouch, invité d’honneur du Festival international du film de Haïfa en 2019, avec Éric Danon, ambassadeur de France en Israël, et Jean-Jacques Pierrat
médiathèque connectée, repensée à l’heure du numérique, et une galerie aménagée pour recevoir des projections et des expositions virtuelles. Pour plus d'informations : institutfrancais-israel.com
Les prochains rendez-vous de l’Institut français d’Israël © IFI
Par ailleurs, outre la transversalité, mon deuxième objectif est de promouvoir l’attractivité de la France et d’en faciliter l’accès à ceux qui le souhaitent – en particulier d’aider à la mobilité des étudiants, des professeurs et des chercheurs. Pour ce faire, nous disposons notamment du service Campus France Israël, installé dans nos locaux, qui accompagne les étudiants israéliens désireux de poursuivre leurs études en France.
© Sivan Farag
augmentée (VR/AR), le développement des jeux vidéo, les projets en design innovant, en urbanisme ou en architecture, avec les espaces connectés et l’utilisation de la technologie au service de la préservation du patrimoine. En 2020, dans le cadre de « Novembre Numérique », nous avons par exemple organisé des rencontres entre des professionnels français et israéliens sur la préservation de la mémoire urbaine grâce au numérique. Dans le cadre de la conférence DesAIgn, organisée en ligne par l’Institut de Technologie de Holon (HIT), nous avons également – autre exemple – reçu l’architecte Stanislas Chaillou, spécialiste de l’impact de l’intelligence artificielle dans le domaine du design contemporain. Mon souhait est de travailler avec les services de l’Institut de la façon la plus transversale possible : associer les disciplines entre elles, en y ajoutant le volet de l’innovation. L’expertise française, que nous valorisons, associée à l’innovation et à la créativité israéliennes, permettent d’envisager un vaste champ de collaborations possibles.
• Festival du film francophone du 1er au 8 mars • Les Journées de la Francophonie • Exposition Annette Messager : Désirs-Désordres, au Musée d’Art de Tel Aviv jusqu’au 3 septembre • Exposition Jennifer Abissera et Julien Donada à l’Institut français de Tel Aviv, du 10 mars au 22 avril • Exposition Enrique Ramirez : What Will We Do…, au Center for Contemporary Art jusqu’au 19 mars
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L'art du Je
SILENCE ! ON TOURNE ! L’instant d’avant était d’une folle effervescence, pour ne pas dire d’une agitation frénétique : le chef opérateur occupé à peaufiner sa lumière, les machinistes répétant les mouvements du traveling, le cadreur l’œil rivé à l’œilleton de la caméra, le réalisateur donnant ses dernières directions aux acteurs en même temps que la maquilleuse faisait ses raccords… Et soudain, ça tourne. Le plan durera 40, 45 secondes, rarement d’avantage. Puis l’on entendra : « Coupez ! » Tant d’énergies, d’efforts déployés pour cela ! 45 secondes ! Oui, mais ce sont des secondes exceptionnelles d’intensité, durant lesquelles on tente de capturer la vie. Le résultat dépendra bien sûr de la qualité du scénario, des acteurs, du réalisateur et de
Le plan se termine donc lorsque le réalisateur dit : « Coupez ! » – mais « coupez » quoi ? Simplement ce qui déclenche le plan : l’action demandée par le réalisateur. Celui-ci dit : « action ! » Il ne dit pas « émotion ! » ou « concentration ! », ni même « Jouez ! ». Action ! Être vivant, c’est agir.
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L’acteur commet souvent l’erreur de chercher les émotions et d’en faire la pierre angulaire de son jeu. Mais les émotions ne font pas un personnage. Les émotions ne sont que les conséquences d’une action. Pour intégrer véritablement un rôle, il faut chercher de quelle manière il agit.
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l’ensemble de l’équipe. Mais d’abord et surtout de la conscience, de la volonté et du désir d’être habité par cette quête : laisser vivre ce qui est potentiellement vivant.
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Dans notre vie de tous les jours aussi, la recherche de l’action devrait être ce qui nous guide. Cependant, « action », ici, ne veut pas dire s’affairer à telle ou telle activité – mais agir ! Agir afin de donner forme, agir afin de découvrir, de construire et de façonner ce qui, en chacun de nous, est en attente de nous rencontrer : le mouvement, le chemin qui fera de nous un être vivant, intense. En a-t-on jamais fini de se connaître ? Est-ce véritablement souhaitable ? Être en mouvement, en chemin, est un scénario toujours à écrire, une histoire toujours à entendre et à raconter. Pour ce faire : d’abord… SILENCE ! Puis… ON TOURNE ! ACTION ! Steve Kalfa, acteur, auteur, réalisateur, coach kalfasteve@gmail.com
le kling du mois
L'appel par ELIE KLING Yossi est né en 1981, il a aujourd’hui 40 ans. Yomtov est né en 1986, il a 35 ans. Yossi est né à Paris ; Yomtov à Sarcelles. Yossi a grandi dans une famille d’origine tunisienne ; Yomtov aussi. Yossi a fait son alya à 17 ans ; Yomtov à 18 ans. Yossi a étudié à la Yechiva de Mir. Yomtov à celle d’Eikhal Eliyahou. Yossi a travaillé avec l’Agence juive sur des projets éducatifs, notamment lors de sa chli'hout à Toulouse. Yomtov a travaillé avec l’Agence juive sur des projets éducatifs, notamment à travers la « 'Havaya Israelit ». Yossi est devenu député à la 23e Knesset grâce à la fameuse loi norvégienne. Yomtov est devenu député à la 24e Knesset grâce à cette même loi. Yossi était numéro 10 sur la liste de Shas aux dernières élections. Yomtov était numéro 11 sur la liste de Yamina. Aujourd’hui, après la démission d’Aryé Dery, Yossi retrouve sa place à la Knesset. Baroukh Chouvekha ! Cela signifie que, pour la première fois dans l’histoire d’Israël, nous avons à la Knesset deux députés nés en France (et tunes, en plus !). L’un est dans l’opposition, l’autre dans la coalition au pouvoir. Dans cette Knesset où, par principe, les deux camps s’opposent sur tout et dans laquelle la discipline de la coalition comme celle de l’opposition priment sur l’intérêt bien compris des citoyens israéliens, on a pu voir des députés de droite de l’opposition saboter la loi interdisant le regroupement, chez nous, des familles palestiniennes – pour la plus grande joie des Arabes de la « formation unifiée » et d’Ahmed Tibi. Et l’on a pu voir des députés de droite de la majorité voter contre la régularisation des nouvelles localités de JudéeSamarie – pour la plus grande joie des Arabes du parti Raam et de Mansour Abbas !
Malheureusement, il semble bien que cette dynamique stupide et dangereuse se maintienne. Nous avons donc toutes les chances de voir Yossi et Yomtov voter l’un contre l’autre, par principe plus que par idéologie. Il existe cependant un sujet cher à leurs yeux, sur lequel Yossi et Yomtov peuvent œuvrer main dans la main : la défense des intérêts du public francophone israélien et des olim hadachim de France. Par le passé, ils ont prouvé l’un comme l’autre à quel point ils y sont sensibles. Imaginez combien leurs efforts conjugués pourraient être efficaces ! C’est la raison pour laquelle je leur lance à tous deux cet appel. Cher Yossi, cher Yomtov, vous avez eu ces derniers temps des échanges difficiles sur les réseaux sociaux. Ayez le courage, l’un et l’autre, de tourner la page. Il y a tant à faire : la reconnaissance des diplômes, les allègements concernant les déplacements entre les deux pays, les difficultés bureaucratiques, l’évaluation correcte des notes du bac… Certains se tournent vers Yossi lorsqu’ils ont besoin d’aide, d’autres vers Yomtov. Je propose de créer un « minilobby » francophone et qu’il n’y ait plus qu’une seule adresse pour tous ! Prouvez à notre public francophone qu’on peut ne pas être d’accord, appartenir à des partis différents et même à des camps politiques opposés, mais travailler malgré tout ensemble, lechem Chamayim, pour une cause commune ! Non seulement nous y gagnerons en efficacité, mais ce sera un grand kidouch HaChem pour nous tous ! Votre collaboration sera un exemple pour les autres députés et contribuera, sans nul doute, à atténuer les flammes de la discorde et de la haine qui, trop souvent, nous font oublier que ce qui nous unit est bien plus important que ce qui nous divise. Arrêtez-moi si je dis des bêtises… klingelie@gmail.com LPH ACTUJ 983
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COIN LECTURE
Les coups de cœur de Nathalie HIRSCHSPRUNG
Jean-Paul Belmondo nous a quittés le 6 septembre dernier à l’âge de 88 ans. Avec sa disparition, la France a perdu l’un de ses acteurs majeurs. Deux très beaux livres lui rendent un vibrant hommage.
Belmondo entre deux vies de Bernard Pascuito Robert Laffont, 2021
Dans ce très bel essai, le journaliste Bernard Pascuito met en exergue les qualités humaines de l’inoubliable comédien. « Je m’empresse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer. » Pour l’auteur, cette maxime de Figaro – le spirituel valet créé par Beaumarchais –, dit beaucoup de la philosophie de celui que ses admirateurs ont surnommé « Bébel ». Bernard Pascuito raconte pourquoi, selon lui, la mémoire de Jean-Paul Belmondo, l’homme autant que le magnifique saltimbanque, ne s’effacera jamais de nos mémoires. Il met en avant son courage, sa
flamboyance, son appétit de la vie, qu’il a su communiquer aux autres – mais aussi un côté tragique. Oui, Belmondo aura eu deux vies. Le 8 août 2001, il est victime d’un AVC et son existence bascule dans une vie au ralenti qui va durer vingt ans, sans que jamais il ne se plaigne. Avec autant de pudeur que de courage, Belmondo aura été un vrai héros de la vie. « Parti une dernière fois. Il s’en était déjà allé si souvent et depuis si longtemps, que cette fois ne change, au fond, pas grandchose. À bout de souffle, Pierrot le Fou, Cartouche, Borsalino, L’Héritier, Stavisky, Le Professionnel… Autant de manières de dire adieu. »
Jean-Paul, mon homme de Rio de Carlos Sotto Mayor Flammarion, 2021
Jean-Paul Belmondo et Carlos Sotto Mayor, couple mythique du show-biz. En dépit des années, des tentations et de la jalousie, ils se sont tant aimés… En 2020, soit quarante ans après leur liaison orageuse, Belmondo, malade et affaibli, demande à Carlos, sa « fée atomique », avec qui il est toujours resté en contact, de revenir en France. La passion des années 1980 a fait place à la tendresse. Dans ce livre hommage à l’homme de sa vie, Carlos Sotto Mayor, incandescente chanteuse et actrice brésilienne, revient sur son parcours et son amour pour Bébel. Elle n’a rien 48
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oublié, et nous livre ses confidences sur son couple rock and roll et glamour. « Jean-Paul aurait adoré ce coucher de soleil sur l’une des plus belles plages de l’Algarve. Le connaissant, il aurait attendu ce mystérieux et improbable rayon vert qui porte chance. Le Magnifique était un enfant du soleil, qu’il traquait inlassablement sous toutes les latitudes. J’ai eu le privilège de partager son existence pendant sept ans. Nous avons vécu une passion amoureuse merveilleuse et dévastatrice. […] Pour moi, comme pour ses millions d’admirateurs, la vie sans Jean-Paul Belmondo est devenue morne et grise ! Bonjour tristesse… »
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Le matin du 31 juillet 1944, --------- s’envole de Borgo, en Corse, pour une mission de reconnaissance militaire. Personne ne le reverra jamais. Sa disparition demeurera une énigme pendant près de soixante ans jusqu’à ce qu’à la suite d’un étonnant concours de circonstances on repêche en Méditerranée quelques débris du bimoteur américain sur lequel il volait. Est-ce pour autant la fin du mystère --------- ? Le corps de l’écrivain n’a jamais été retrouvé, les rares récits des témoins se contredisent. Que nous reste-t-il aujourd’hui pour élucider sa disparition ? -------- aurait-il semé des indices derrière lui ? Existe-t-il une clé dans ses derniers écrits ? Un peu plus d’un an avant sa mort, avant de retourner combattre en Europe, l’écrivain a rédigé un court texte, d’abord considéré comme une œuvre mineure et naïve, ---------. Et si ce conte était son testament ? Et si --------- y révélait les secrets de sa disparition ? La mort brutale du ------ dans le conte et celle de ---------- quelques mois plus tard présentent d’étonnantes ressemblances. On n’a retrouvé de --------- qu’une carcasse rouillée d’avion, alors que --------- annonçait qu’on ne retrouverait de lui qu’une vieille écorce abandonnée.
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