Le corps
Louvr’Boîte n°34 - Février 2016 - 0,5€
Michel-Ange
Araki
Les déformations anatomiques d’Ingres à Lady Gaga
How I met my body
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Bourdieu et le triomphe du steack gay stéroïdé
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FPP : Le corset
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Souffrance, Christ et Gloire 12
Étude de cas : le tatouage
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La fille du Samouraï : une épopée sur l’art du corps
Kubrick et les automates
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Le musée ou la police des corps
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Test : à quelle catégorie sexuelle appartenez-vous ? 10
Trois accords dans mon corps
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Perspective : le sein esprit 37 B.F.M. : la panne
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L’Écho de nos Corps
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Courriers du palpitant
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Sexo : ces zones érogènes particulières
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La Junior entreprise de l’École du Louvre
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Jheronimus B.
Coup de steak !
Louvr’Boîte Le journal des élèves de l’École du Louvre. Septième année. 0,5 €.
Ont contribué à ce numéro, dans l’ordre alphabétique. Herminie Astay, Yvine Briolay, Camille Giraud, Maximilien Grémaud, Anne-Elise Guilbert-Tetart, Bastien Hermouet, Sophie Leromain, Aurélien Locatelli, Morgane Martin, Salomé Moulain, Lorenzo Oliva, Célien Palcy, Vincent Paquot, Orégane Plailly, Elise Poirey, Marie Rafin, Lucie Revellin, Margaux Ruaud, Laure Saffroy-Lepesqueur, Clémence Trossevin.
École du Louvre, Bureau des Élèves, Porte Jaujard, Place du Carrousel, 75038 Paris cedex 01. Tél. : +33 (0) 1 42 96 13. Courriel : journaledl@gmail.com. Facebook : fb.com/louvrboite. Twitter : @louvrboite. Tumblr : http://louvrboite.tumblr.com. Instagram : @louvrboite
ISSN 1969-9611. Dépôt légal : février 2016. Imprimé sur les presses de l’École du Louvre (France). Sauf mention contraire, © Louvr’Boîte et ses auteurs.
Directrice de publication. Sophie Leromain. Rédacteurs en chef. Herminie Astay & Aurélien Locatelli. Maquette. Aurélien Locatelli. Relecture. Camille Giraud, Marie Rafin.
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Michel Ange boursouflures et dĂŠformations
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Les déformations anatomiques Texte & Illustration : Bastien Hermouet Ingres est l’artiste chez qui les conventions atteignent presque la subversion par leur rigidité. Et il est connu pour ces déformations qui en ont mis beaucoup mal à l’aise. Cet aspect de son art est extrêmement visible dans Jupiter et Thétis ou la Grande Odalisque, deux œuvres de ses débuts de carrière, où il se voulait révolutionnaire, la seconde nous regardant autant qu’on la regarde dans la salle du Sacre de David si vous daignez tourner la tête (ou même y aller, ne niez pas). Si Ingres recompose la forme à l’extrême en tendant vers l’abstraction, c’est pour atteindre une beauté tirée de l’absolu. Il remet en cause la forme même du corps, ajoutant des vertèbres et allongeant démesurément ses corps féminins, et tout cela par pure conviction esthétique. On pourrait être sur sa faim, réclamer que ce
Il n’est pas question ici de parler d’idéalisation par un quelconque « photoshopage » où les formes réelles se retrouvent stylisées. Il s’agit d’un aspect bien plus ambigu de la représentation du corps, ou même du corps lui-même, la déformation de son essence-même. Pour des raisons de bon goût je me circonscrirai aux artistes reconnus, je ne suis pas juge de l’avant-garde, ne vous attendez donc pas à ce que je parle homme-chat ou homme-lézard. Mais l’aspect de répulsion que ces deux-là soulèvent chez beaucoup rejoint quelque peu la fascination-répulsion que peuvent avoir ces déformations quand elles sont faites, pour ainsi dire, dans les règles de l’art. Si je dis règles c’est pour parler conventions, et si je dis conventions, c’est pour parler Ingres.
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d’Ingres à Lady Gaga dépassement du corps ou même sa simple idéalisation, découle d’autre chose que la soif de beauté, mais c’est peut-être cela le plus subversif. Cette façon de rendre abstraite d’une manière nouvelle la chose qui nous paraît le plus tangible, notre corps, en tant que corps humain, est la révolution après laquelle Ingres a couru. Ingres n’aura malheureusement qu’un suiveur dans cette voie et ce dernier mourra avant lui, en la personne de Théodore Chassériau. Ce fils prodigue a moins poussé cette étiration (le mot élongation n’est même pas assez fort donc j’en invente un bitchiz, et parce qu’« étirement », ça fait trop Rugby EDL, et puis il y a un moment où un intellectuel n’a plus à se justifier, « merde, putain, chiotte »). Elle n’aura pour ultime descendance qu’une merveilleuse débauchée alanguie des Romains de la décadence de Thomas Couture. Les principes académiques célèbrent d’ailleurs un autre exemple de déformation, sans forcément en avoir une conscience véritable : le nez grec. On a cru en effet à une époque que ces nez étaient véritablement ceux des Grecs. Ce nez, tant révéré par l’Europe académique, existe originellement pour offrir à la représentation divine, ou héroïque, un corps esthétiquement à la hauteur de son statut, proprement sur- ou inhumain. Si la déformation anatomique est parfois académique, elle est ailleurs avant-gardiste. ORLAN repousse les médiums artistiques pour utiliser, non pas sa peau et l’extérieur de son corps, mais l’intérieur, le déformant par des chirurgies. Il est étonnant de remarquer que l’art est là en retard sur la société et notamment sur les augmentations mammaires qui sont parfois d’une perfection formelle et mathématique à en faire pâlir d’envie Pythagore. Ici encore la forme corporelle devient abstraction. En grande subversive, ORLAN va plus loin, par le lieu, le visage et par les formes, elle crée des excroissances quelque peu irrégulières sur des surfaces autrefois lisses. Notre nouvelle Andy Warhol, Lady Gaga, y a passé son aspirateur à concepts pour le recracher sous une version pop dans le projet Born This Way. Elle arbore des excroissances osseuses, qui tiennent quelque peu de l’imaginaire de l’extra-terrestre, sur le visage et les épaules. ORLAN elle-même y a vu une reprise, enfin, selon elle un plagiat, mais c’est un autre débat. En repensant les limites formelles du corps, ORLAN interroge le statut de cette enveloppe qui nous incarne, face à la société. Elle a commencé son travail à une heure où investir le corps était chargé de politique et elle a poursuivi cette idée en
en faisant un lieu de débat sur les normes esthétiques. Et le processus-même de la modification est fait art, mis en scène de manière totale. Elle y tient un rôle actif dans la mesure du possible, lisant des textes par exemple, pour affirmer son indépendance. Elle se distingue du body art par son rapport à la douleur, qu’elle voit comme archaïque ; le corps doit être libre et plaisir. Il est intéressant de voir, dans la lignée d’ORLAN, à quel point la société fabrique le corps, et donc le désir, ou la souffrance. Il y a un aspect de fabrication de la représentation ou du corps lui-même, parfois dans un but de contrôle social. Il peut y avoir une forme de domination masculine, de la chirurgie esthétique actuelle aux cous démesurément allongés par une succession de colliers chez les femmes Padaung en Asie ou Ndébélés en Afrique. Chez ses dernières le nombre de colliers correspond à la réputation de la santé sexuelle de l’époux. Comme marqueur social, on peut penser aux déformations crâniennes des Mayas ou des Burgondes (ouais, ouais, comme Bourgogne), qui comme le nez grec, créaient un corps au-dessus du commun des mortels. Les déformations anatomiques ne sont ainsi pas purement esthétiques, elles marquent une volonté politique, que ce soit l’affirmation d’un contrôle sur un corps, la marque d’une supériorité, comme a pu l’être le nez grec, ou au contraire une volonté d’indépendance sociale pour sa propre enveloppe charnelle. Si Lady Gaga reprend ORLAN, elle démolit elle-même un code pour en créer un autre : l’injonction à la libération, pas uniquement corporelle dans son message, devient presque convention. Le message perd de sa force au fur et à mesure qu’il gagne en audience dans ce revival Pop Art qui semble soudain nourri de références plus audacieuses qu’il n’y paraît et qui nous ferait presque imaginer que le postérieur de Nicki Minaj rend hommage à la Vénus de Willendorf.
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Bourdieu et le triomphe du steak gay stéroïdé Texte : Célien Palcy - Illustration : Bastien Hermouet Il existe dans la communauté LGBT une série de termes pour définir les individus. En voici un aperçu : La Folle : Celle qui boit comme un trou n’importe quel alcool fort, a les doigts et le cou très souples, pour réaliser des moulinets très « féminins ». Volubile, elle twerke mieux que Nicki Minaj et a forcément son amie hétérotte à rejoindre dans une friperie dans dix minutes. Souvent assimilée au « Twink ». C’est la « pédale » par excellence pour les homophobes. Le Bear : Rond-musclé, poilu, parfois le crâne rasé. Un peu bourru, très « masculin » voire pas du tout. Il se définit par le poil, et est souvent assimilé au poncif « cuir moustache ». Il boit de la bière et va avec ses congénères dans le même bar rouge de la rue des Archives. On lui casse moins souvent la gueule qu’à la Folle en sortie de soirée. L’Otter : Grand, brun, barbu, musclé mais finement, un sourire éclatant et une peau ambrée, satinée comme une fesse de bébé. Il est moins poilu et musclé que le Bear, plus fuselé. Il adore sa barbe qu’il soigne tous les matins. Une hétérotte mal informée le prendrait pour un hipster. Le Twink : Il est jeune, mince, imberbe. Il porte des slims pour mettre en avant sa minceur et son postérieur rebondi et rose. À la recherche d’ « expérience » il est souvent plus facilement abordable que les autres. Le Daddy : Il est « vieux », a le poil poivre-et-sel, quelques muscles un peu fatigués de son passé de Bear/Otter. Souvent à la recherche de « chair fraîche » dans les bars, il chasse au choix le Twink ou l’Otter qu’il assaisonne de son aisance matérielle due à son âge mûr.
Cette classification non-exhaustive et terriblement stéréotypée fait l’objet de nombreuses études sociologiques. Ce qui est marquant, c’est que pour un mouvement culturel et politique souhaitant se détacher des catégories et des préjugés, la culture dominante LGBT en arrive à en créer de nouvelles. Et elles peuvent être facilement stigmatisantes, car fondées principalement sur le corps et son usage, si bien qu’elles ne valorisent finalement qu’une minorité d’hommes homosexuels.
Daddy, Twink, Otter » sont ainsi des cases imposées à la fois par les gays à eux-mêmes dans leurs interactions sociales mais aussi par des institutions culturelles comme les productions pornographiques. En outre, les médias LGBT tendent à valoriser certaines catégories par rapport aux autres : les unes des magazines gays affichent de nos jours des séries d’hommes à la plastique « parfaite » : un regard de tueur, leurs crêtes iliaques bien huilées et une pondération à faire pâlir Polyclète himself. Le corps masculin est depuis des dizaines d’années l’objet d’une vénération particulière dans la culture LGBT. Paraître sain et dynamique peut être une des conséquences des préjugés sur les maladies que l’on associe souvent aux gays depuis les années 80, cependant jamais l’uniformisation du corps ne s’est autant imposée aux gays. L’image des bars américains où une multitude de corps tous plus divers les uns que les autres dansent ensemble s’efface peu à peu au profit du seul métrosexuel… et les témoignages sur les discriminations et la pratique consumériste des sites de rencontre gays se multiplient. La minceur est alors assimilée au féminin. Il faut faire « mec-mec ».
En atteste la violence symbolique exercée par les médias LGBT. Notre bon vieux Pierre Bourdieu définit cette « violence symbolique » comme le levier de pouvoir le plus puissant qui soit : imposer des catégories de pensée, sculpter la manière dont les hommes conçoivent le monde Les phénomènes qui en découlent sont multiples. qui les entoure et la place qu’ils y occupent. « Folle, Bear, On peut citer l’arrivée d’une application de rencontres 8
qui discrimine « les moches ». Des fonctions permettant d’exclure les « vieux » etc. facilitent la recherche du partenaire qui est de plus en plus idéalisé. La violence symbolique pousse les individus à se tordre pour entrer dans un moule. On est alors en droit de se demander pourquoi est-ce moule-ci qui s’impose ? Pourquoi le modèle de la Folle n’est-il pas valorisé ?
bars gays, on en a une image essentiellement masculine : les rares filles que l’on y trouve sont hétérosexuelles, et viennent s’éclater avec l’espoir vain d’éviter les « lourds » des boîtes lambda. Le Marais est ainsi un quartier virilisé, où les hommes trouvent plus facilement leur bonheur que les femmes. La Folle, elle, est bizarre, elle dérange. Elle n’est pas réellement un homme. Elle rappelle trop la transsexuelle avec laquelle l’hétéro la confond souvent. Elle fait « trop gay », trop femme. Une rhétorique qui est, et c’est effrayant, issue du discours discriminant que la communauté LGBT a combattu depuis sa constitution. Cela montre entre autres que si le féminisme est une lutte cousine de la cause LGBT, les discriminations contre les figures féminines et efféminées sont également présentes dans la « communauté ».
Il intéressant de voir la collision entre cette culture du corps idéal du gay et la plastique qui s’impose chez les hétéros parisiens. Car le métrosexuel parisien peut être situé physiquement à la lisière de cette culture gay homogénéisée : il doit être poilu du visage, rasé de près pour le reste du corps. Musclé, il s’habille avec soin pour mettre en valeur sa plastique. Un écarteur noir à l’oreille, il se prend régulièrement en selfie, son café fraîchement acheté dans une enseigne américaine connue au nom étoilé. Jamais l’hétéro n’a autant paru gay, jamais le gay n’a autant paru hétéro. Cette zone grise est en soi rassurante : valorisée par des médias des deux côtés, archétype de l’« homme des années 2010-2020 », cette figure métrosexuelle constitue une niche de tranquillité pour les gays, qui peuvent marcher en pleine rue, à la face du monde, sans subir de violence symbolique de la part de la société hétérosexuelle. De stigmatisé, le « gay idéal » devient involontairement stigmatisant. Bourdieu dirait que de la périphérie du champ social, cette frange de la communauté gay tend à s’en rapprocher du centre, définissant la tendance, concentrant les envies, les fantasmes.
Une autre violence symbolique induite par les catégories LGBT est le traitement de la diversité phénotypique. Le « steak stéroïdé » est également souvent accolé à la figure de l’homme de couleur. Fantasmé pour ses performances sexuelles, ses mensurations extraordinaires, sa virilité innée, il s’inscrit alors dans cette zone grise métrosexuelle. Outre les relents tout droits sortis d’un XXe siècle colonial et raciste que ces stéréotypes émettent, il y a également un danger d’intégration et d’acceptation de soi qui est ici menaçant. Naissant dans des milieux souvent dominés par une forte identité religieuse et une vision traditionnelle de l’individu, ces personnes de couleur, qui ne sont pas forcément « viriles » et musclées, ne trouvent pas facilement leur place dans le casier LGBT. En atteste la mention « bisexuel » qu’ils s’accolent spontanément, manière de s’assumer à demi, pour ne pas se haïr tout à fait. Si la bisexualité existe bel et bien, il est ainsi dommage qu’elle devienne parfois un paravent destiné à masquer un problème d’identité chez des personnes qui ne sont pas bisexuelles.
Si nous pouvons y voir une forme d’heureuse porosité entre des catégories artificielles et peu légitimes, il est triste de constater l’éradication supplémentaire qu’elle entraîne de la figure « féminine » : le gay est de moins en moins une folle et il se « masculinise » à l’extrême, tandis que la visibilité de la lesbienne, déjà écrasée depuis les débuts du mouvement LGBT, s’accentue. La figure transsexuelle, elle, est enterrée. Pourquoi est-ce que je ne connais pas bien moi-même des « catégories » de lesbiennes ? Pour une simple raison : les lesbiennes, à l’image de la femme dans la société patriarcale traditionnelle, est mise en minorité. Les repères sociaux lesbiens sont ainsi moins connus. La culture LGBT est compartimentée, souvent limitée dans l’imaginaire collectif à la seule culture des hommes que ce soit dans les médias présents dans l’ensemble de la société, ou dans celle de la « communauté LGBT ». Des 9
Moyen d’expression privilégié de la communauté LGBT depuis ses débuts, le corps est au centre de l’identité individuelle homosexuelle, plus encore que dans la société dans son ensemble. Espérons que de temple d’expressivité et d’identité, le corps n’en devienne pas une prison aliénante, où l’individu disparaît sous son apparence. Je me suis levé ce matin, je me suis trouvé métis, maigre, peu barbu, jamais je ne me suis autant aimé.
Test : à quelle catégorie sexuelle appartenez-vous ? 1 / Pour vous le ménage c’est : œ Le quoi Ø En gardant ses chaussettes (parce que c’est mouillé) ≠ Juste votre chambre ^ Plus ça frotte plus ça brille Z Tous les jours
Par Elise Poirey - Illustration : Envy 2 / Les midis à la cafète c’est : œMcDonald’s trois fois par semaine Ø Pâtes au ketchup ≠ Chez vous ^ Un brownie mais que pour vous Z5 fruits et légumes par jours, ni plus ni moins
3 / Comment faites-vous les soldes ?
4 / Si ces spés existaient vous auriez choisi :
œ Vous calculez les réductions au centime près œSpé Art des nouveaux riches : vous préférez les miroirs à dorure Ø Vous achetez tout, même la nouvelle collection ≠ Vous arrivez trop tôt Ø Spé jardin à la française : vous aimez vos buissons bien taillés ^ Vous n’y allez pas, il y a trop de monde Z Vous prenez toutes les tailles en cabine. Et toutes les ≠ Spé paint ball : vous aimez quand ça gicle couleurs. ^ Spé gaming : vous ne maniez pas le bon joystick ZSpé tapisserie : vous rasez les murs 5 / Votre moyen de transport :
œ La 3bis : parce qu’il n’y jamais personne Ø Le millenium falcon : vous préférez les transports en Solo ≠ Vous rester chez vous, au moins c’est stérile ^ La Malaysia Air Lines : vous êtes souvent au fond du trou Z La RATP : y a toujours des problèmes sur les voies
6 / Votre leitmotiv :
œ« Comme d’hab les plus bonnes sont toujours en couple » (Bigflo et oli)
Ø « Je ne sais pas, tu sais j’ai peur moi » (Vitaa) ≠ « Suce ma bite pour la Saint Valentin » (Orelsan) ^ « Prends mon yaourt dans ta face » (Liza Monet) Z« J’aimerais devenir la chaise sur laquelle elle s’assoit. » (Maître Gims)
7/ En acrosport, votre figure c’était : œ La pyramide : les figures à plusieurs c’est votre dada Ø La roulade avant : la galipette ≠ Vous étiez dispensé pour une raison obscure ^ Le salto : pour votre propre swag Z Le ruban : minimal avec le sol
8/ Votre ordonnance prescrit : œDu gel hydro-alcoolique remboursé par la sécu Ø De la crème pour les mycoses ≠ Du Voltarène pour votre tendinite au poignet ^ Des anxiolytiques pour votre agoraphobie ZDe la Vaseline (ça marche pour toutes les lèvres)
9/ Parlons enfin de sexe : votre catégorie favorite sur youporn : œ « Blowjob » ; « pregnant » ; « truffle butter » ; « Valde - Selfie » Ø « Shower » ; « no cum » ; « condom » ≠ « Threesome » ; « foursome » ;« fivesome»; « Fifty stades of some » ^ « Amateur » ; « teen » ; « cougar » ; « Clara Morgane » Z « Love » ; « romantic » ; « shemale »
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Q — m K
Le puceau Référez vous à G-inger Point, et ne perdez pas espoir, si vous un êtes un mec il y a quand même beaucoup de filles à l’école, si vous êtes une zouze il y en a beaucoup aussi. Le timide On ne fait pas de bébés en faisant la bise, lancez-vous dites bonjour à la french ! L’égoïste Désolé de vous l’apprendre mais il faut être deux pour baiser. Le maniaque Stresser pas vous changerez les draps après. Faudrait se calmer Comme dirait Diam’s « si tu veux parler s’il te plais rhabille toi »
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Souffrance, Christ et Gloire Texte : Bastien Hermouet - Photo : Maximilien Grémaud La souffrance physique a été éradiquée. C’est le constat que nous pouvons faire pour notre époque contemporaine où tout grand acte de médecine comprend une anesthésie. Peu de gens peuvent aujourd’hui attester d’avoir vécu une chose comme une amputation à vif, sauf éventuellement de façon artisanale dans un immeuble effondré après une tornade en mode film catastrophe américain. Mis à part quelques migraines et courbatures, nous ne connaissons plus de souffrances qui nous font oublier la notion-même de réalité. Disparaissant presque du quotidien, la souffrance est devenue un objet d’exploration pour l’art corporel historique des années 1960. Eurent lieu de nombreuses performances
où le corps subissait maints outrages, tel Chris Burden se faisant tirer dans le bras en 1971 dans Shoot. Mais un des aspects qui est peut-être le plus intéressant est celui apporté par Michel Journiac dans Messe pour un corps en 1969. Il y réinterprète la liturgie catholique, en mettant en scène son propre sang sous forme de boudin offert à la consommation du public, le pain et le vin ne font plus qu’un. Un courant de cet art voit donc une forme de résurgence biblique de l’aspect rédempteur de la souffrance et presque de sa dimension glorieuse. Le christianisme se distingue des autres religions dites du Livre par cet aspect purificateur de la souffrance. Si l’islam et le judaïsme sont des religions verbales, le christianisme est éminemment corporel. Son mythe fondateur est l’incarnation de Dieu dans un corps humain, « le verbe se fait chair ». Cette dimension physique se poursuit dans la Passion où les souffrances du corps sont autant voire plus importantes que les tiraillements personnels du Christ. Le sacrifice d’un homme-dieu et non plus d’un petit agneau permet la rédemption de l’Homme. Et c’est la reproduction de ce sacrifice qui fonde le rite eucharistique et inspire les pratiques de nombreux saints et martyrs. Les églises sont toutes peuplées de la représentation d’un cadavre sanguinolent encore chaud, parfois dans une gloire de lumière. L’acte ultime porté à la plus grande révération est un acte de souffrance, une souffrance corporelle et terrestre.
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La souffrance est la voie permettant d’être sauvé, et c’est un peu l’histoire de l’artiste Bob Flanagan. Par l’expression de son art constitué d’automutilations, il prolonge de vingt ans la vie que lui laissait espérer sa mucoviscidose. Mais son œuvre ne se limite pas à une douleur pure, elle repose sur son ambiguïté et ses liens avec le plaisir. Dans le clip Happiness in Slavery de Nine Inch Nails, il se met en scène comme objet d’une machine de torture, qui lui apporte autant douleur que plaisir, après avoir offert une bougie à un autel. Il fait se rejoindre masochisme et dimension sacramentelle de la souffrance et termine par la mort dans une apothéose. Ce plaisir dans la douleur s’est banalisé mais il garde une dimension tabou importante, tant l’idée de souffrance volontaire met souvent mal à l’aise dans une société où on a permis de l’éviter.
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Araki douloureuses appropriations
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Texte : Elise Poirey - Illustrations : Clémence Trossevin l’inoffensif, le perçage des oreilles, au délabrant, comme les scarifications. Cela exclut les mutilations punitives et les auto-mutilations relevant de troubles psychiatriques. Si les modifications corporelles sont attestées depuis le paléolithique supérieur, elles ont beaucoup évolué dans le temps, mais aussi dans leur géographie. À la base associées à des rituels sociaux, prophylactiques ou votifs, elles sont aujourd’hui dans notre société occidentale l’expression même d’un individu. On dit souvent que lorsque l’on modifie notre corps, c’est l’intérieur qui ressort à l’extérieur. C’est notamment le cas avec les tatouages ou scarifications qui permettent de dessiner des motifs sur son corps, à la manière d’une toile vierge sur laquelle un peintre apposerait ses couleurs. C’est ce type de modifications qui, à mon sens, permettent le plus de prendre le pouvoir sur son corps. La sensation grisante que l’on ressent lorsqu’une aiguille pénètre pour la première fois notre peau, lorsque l’on sait que c’est quelque chose qu’on a choisi et qui restera à jamais inscrit sur notre corps, n’a pas d’égal. Cette adrénaline est mélangée à une appréhension excitante, de savoir que, pour une fois, notre corps est tel qu’on le veut réellement. Ces modifications sont d’autant plus fortes qu’il est simple de leur associer une signification, une histoire. Il est évidement possible de se faire tatouer dans un but purement esthétique, et c’est tout à l’honneur de la personne qui décide alors de décorer son corps. Lorsque les tatouages ont une signification, notre corps est alors le livre avec lesquels les tatouages racontent, tels des mots, ce qui fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui. Marquer son corps avec ses souvenirs, ses espoirs, ses croyances, ses goûts, permet de faire de son corps quelque chose de semblable à son esprit. Notre corps n’est alors plus un organe éloigné de notre âme, mais au contraire, quelque chose qui lui ressemble.
Notre corps est la chose la plus proche de notre esprit, mais aussi paradoxalement l’une des plus éloignées. Physiquement ils ne font qu’un, mais pourtant il est très dur de se sentir proche de son corps, de l’accepter, de prendre le pouvoir sur lui. On pourrait même dire que notre corps n’en fait qu’à sa tête. Que ce soit notre poids, notre peau, les maladies, on ne contrôle rien sans faire attention. Si les gens se laissaient aller à leurs envies, leur corps ne leur conviendrait peut-être plus autant que c’est le cas maintenant. Mais sommes-nous réellement obligés d’être soumis à toutes ces contraintes ? Est-ce que la seule manière de se sentir proche de son corps, de le contrôler, est vraiment de se restreindre ? Évidement que non. Et c’est là qu’interviennent les modifications corporelles. On peut définir une modification corporelle comme une transformation, réversible ou non, qu’un individu exerce sur son corps. Bien que la vieillesse, la grossesse, la croissance, ou certaines opérations chirurgicales déforment le corps, l’expression est utilisée en anthropologie pour désigner les modifications délibérées et contrôlées que nous pouvons soumettre à notre propre corps. Il existe une multitude de modifications, allant de l’éphémère, comme le henné ou les colorations de cheveux, au permanent, tels que les tatouages, de 16
D’autres types de modifications, comme les piercings, implants, ou plus actuellement les oreilles taillées en pointes d’elfes ou les langues coupées de façon reptilienne, sont des modifications corporelles plus proches de la décoration et de l’esthétisme. Aujourd’hui, le perçage des lobes d’oreilles est la transformation la plus répandue, à un tel point qu’elle n’est plus vraiment considérée comme un piercing. Pourtant, elle est aussi importante qu’un trou réalisé au nez ou à la langue. Nous ne parlerons pas du piercing au nombril, pratique évidemment interdite depuis que Jenifer a sorti Au Soleil
How I met my body en 2002. Cette démocratisation du perçage des oreilles, montre qu’aujourd’hui l’esthétisme prend le pied sur les convictions religieuses et sociales tribales. C’est peut-être parce qu’il est plus dur de donner une signification à des oreilles percées ou à un anneau au nez, mais beaucoup réalisent ce genre de modifications dans un but esthétique. On peut notamment le voir grâce aux nombreuses boutiques de bijoux qui vendent des boucles d’oreilles à côté de bracelets ou colliers, ou encore plus récemment des piercings pour le cartilage. Cet esthétisme est tout de même à nuancer, étant donné que le fait que se faire percer, notamment au visage, peut encore être mal perçu actuellement, comme un signe que la personne se met en contre-pied de la société, qu’elle marque ostensiblement son visage.
protestation, ainsi que la sexualité et les désirs sexuels. On peut aussi noter l’identité des genres comme le montre les expositions photographiques de Nath-Sakura, artiste féminine née dans un corps d’homme, à travers lesquelles elle explore les thèmes de l’identité, le passage entre les genres et la transformation du corps. Son changement de sexe faisant partie intégrante de son œuvre, elle note sur chacune de ses photographies ses indices de testostérone libre puis de progestérone.
Finalement, les modifications corporelles restent un moyen de s’approprier son corps, de façon symbolique ou esthétique. Elles marquent une prise de pouvoir sur soi-même, un moyen de s’affirmer. Si aujourd’hui il est beaucoup plus facile d’y avoir accès, c’est en partie grâce à cette démocratisation, qui passe tant par les émissions Si l’idée de modifier son corps est aussi mal vue de télé-réalité que par les créations artistiques qui en par certaines personnes c’est probablement à cause de découlent. Modifier son corps permet d’en avoir une l’interdit religieux mentionné dans le Lévitique 19:28, nouvelle approche, de se dire pour la première fois « mon dans lequel Dieu dit à Moïse « Vous n’imprimez point corps est tel que je le veux, tel que je l’ai choisi ». Et cette de figures sur vous ». Par la suite, le concile de Calcuth en sensation n’a pas de prix. 789 prôna l’abolition des « restes des anciennes religions païennes », dont les modifications corporelles faisaient partie. Certains chrétiens continuèrent tout de même de se faire tatouer, notamment au Proche-Orient, pour se distinguer des musulmans. Le fait de toucher à sa peau, création du divin, était vu, et peut encore l’être, comme une abomination et un parjure. Pourtant, les modifications corporelles sont dans notre société actuelle de plus en plus acceptées, elles se démocratisent en particulier dans notre génération. Cette démocratisation a fait des modifications corporelles un médium artistique à part entière, notamment avec l’art corporel. Ce courant artistique, né dans les années 50, a considérablement modifié l’art contemporain. L’artiste fait de son corps une œuvre d’art à part entière, à travers des performances et des installations. Parmi celles-ci on peut citer les corps peints d’Yves Klein, les corps mutilés de Gina Pane et Acconci, les travestissements de Luciano Castelli, mais aussi la chirurgie esthétique mise au rang de phénomène de foire par ORLAN. Dans les années 70 des artistes d’art corporel ont repoussé certaines limites de représentations, dans des actions politiques et parfois subversives, ce qui suscita des réactions négatives. Parmi les principes qu’ils explorèrent on peut trouver la douleur, comme avec David Wojnarowicz qui se cousit les lèvres en signe de
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FFP : le corset Texte : Anne-Elise Guilbert-Tetart illustrée par Lucie Revellin Le corset est apparu au XVIe siècle et a bien évolué jusqu’à nos jours. Objet oppressant comme sexualisant, il a subit aussi bien des critiques que des odes tout en restant cependant un symbole d’une certaine féminité. Retour sur cette pièce de lingerie qui, à la base, se voulait d’usage médical.
désormais des éléments métalliques qui suivent les formes du corps.
Mais le corset n’est pas exclusivement féminin. On le retrouve à cette même époque chez les hommes, surtout les dandys. Les critiques de l’époque disaient que cela donnait à leur corps une allure plutôt féminine, ce Au début de son existence, le corset était créé qui n’était pas trop apprécié. Ce corset masculin était exclusivement par le corsetier et était composé de tissus, souvent accompagné de faux-mollets ou autres artifices de fanons de baleine et de divers matériaux pour le busc. dont le but était aussi de modifier le corps pour répondre Il se ferme par un laçage sur l’arrière et ainsi son intensité aux canons de beauté. peut être modifiée. Il existait aussi des corsets pour enfants. La croyance Il était fait pour redresser le corps, notamment la colonne voulait que ceux-ci naissent mous et donc en grandissant vertébrale, et guérir des malformations. Il se portait sur se consolidaient. Pour les aider à grandir bien droit, les une chemise qui était alors un sous-vêtement. Le but adultes leur faisaient porter un corset. premier n’était donc pas d’affiner la taille tout en mettant les hanches et la poitrine en valeur mais juste de remettre Le corset est abandonné au XXe siècle car il est vu d’aplomb des pauvres corps abîmés. comme une répression du corps et donc de la femme. On Ce n’est qu’aux siècles suivants qu’il devient accessoire souhaite le supprimer du vestiaire mais la notion de corps de mode. Pourquoi une telle forme ? Par la minceur de pensé est toujours présente. Il reste alors la gaine pour la taille, il permettait de sculpter les hanches et seins le modeler doucement ou sinon le soutien-gorge qui étaient par excellence les attributs féminins. Par actuel et ses différentes formes modifiant la cette féminité exacerbée, le message voulait être « Je poitrine. suis quelqu’un de très fertile et je peux donner une descendance masculine ». Il est à la fois utilisé comme vêtement de dessous mais aussi comme vêtement de Le FFP : le corset par Jeandessus. On le retrouve par exemple au XVIIIe siècle dans Paul Gaultier. Apparu chez le la partie supérieure du grand habit. créateur en 1984 sous forme de robe, il est mis par la Il a subit les avancées technologiques de son suite en avant par des stars. temps, surtout au XIXe siècle. La vague de mode dite Celles-ci se nomment Lady historiciste le remet sur le devant de la scène. On souhaite Gaga, Dita Von Teese modeler le corps pour obtenir un canon de beauté. ou encore Madonna. L’actrice Polaire, au XIXe siècle, a un tour de taille de Cette dernière lui trente-trois centimètres et la raison d’une telle dimension demande spécialement peut être liée à son port. des modèles pour ses C’est d’ailleurs dans ce XIXe siècle que le corset revient. Il tournées. réapparaît dès le Premier Empire et par la suite s’améliore. Sentant à plein nez Il y a toujours le laçage mais avec une poulie pour que la les années 80 et 90, femme le fasse seule, sans une quelconque aide. De plus, il pourrait devenir il y a l’utilisation de goussets qui sont des pièces de tissus un élément « vintageplacés à des endroits stratégiques pour la mise en avant chic ». Mais hélas pour lui, des attributs féminins. le mauvais goût reste présent Les fanons de baleine qui étaient très onéreux avec ses filles trop colorées et il finit sont abandonnés pour d’autres matières. Pour les plus dans la catégorie « kitsch ». pauvres il y avait déjà l’osier mais pour le XIXe siècle c’est 18
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étude de cas :
LE Tatouage Au Louvr’Boîte, on aime le corps, on l’aime sous toutes ses formes, et on aime les tatouages. Pour vous éclairer sur tous les aspects de la profession de tatoueur, on vous a concocté une double interview avec Ben, qui a plaqué son boulot il y a trois ans pour devenir tatoueur professionnel et avec Flavie, étudiante à l’École du Louvre et apprentie tatoueuse. Yvine : Présente-toi en quelques mots. Ben : Je m’appelle Benoît, j’ai 41 ans, je suis tatoueur chez Hand In Glove. Depuis quand tatoues-tu, et comment as-tu commencé ? Je suis tatoueur depuis trois ans. Plus jeune j’ai fait des petits boulots, j’ai suivi une formation de graphisme à l’ESATT pendant cinq ans. Après je suis rentré dans une boîte avec laquelle j’avais déjà bossé avant, Goéland, j’étais aussi graphiste freelance et j’ai fait de l’illustration, par exemple des sérigraphies pour des concerts, etc. Au bout de quatorze ans j’ai eu envie de changer et quand j’ai décidé de partir je connaissais Romain [fondateur du shop Hand In Glove, ndlr] qui travaillait chez Tin-Tin [très célèbre salon de tatouage sur Paris, pour les novices, ndlr]. Je traînais beaucoup dans leur ancien shop à Froissart, à l’époque je me faisais tatouer là-bas. On s’est très bien entendus, Romain devait me tatouer, puis finalement on a sympathisé. Il voulait ouvrir son salon, il m’a dit qu’il avait une place si je voulais apprendre, je me suis dit qu’il était vital que je fasse autre chose. J’ai croisé le tatouage toute ma vie, c’était enfin l’occasion de mettre les pieds dedans. Quelle fut ta première approche du tatouage ? Mon premier rapport au tatouage date de vachement plus longtemps, ça doit être quand j’avais 15-16 ans. Ça m’a toujours plu, ça a toujours fait partie d’une culture musicale, j’achetais des magazines de tatoueurs. Je m’y suis mis beaucoup plus tard pour des raisons de vie, mais j’ai toujours aimé ça en fait. Le premier tatouage que tu as eu ? Tout un bras, le bras gauche, dans un style qu’on appelle « biomécanique ». C’est pas figuratif, c’est plutôt un emboîtement de machineries et d’organique. C’est marrant parce que les premiers tatouages qui m’ont marqué étaient de ce style. Le premier tatouage que tu as fait ? C’est quand j’étais apprenti, je crois bien que c’était une petite paire de ciseaux sur le ventre d’un copain de Romain. Je tremblais, le tatouage était immonde, j’étais très stressé, lui il s’est
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Parmi les étudiants de l’EDL se cache une apprentieplutôt bien marré ! J’ai peut-être la mémoire qui flanche mais le premier tatouage que j’ai fait était vraiment raté ça c’est sûr. tatoueuse ; nous l’avons débusquée et lui avons posé quelques questions : Elise : Présente-toi en quelques mots. Le tatouage qui t’a le plus marqué ? Des tatouages marquants il y en a plein, c’est ceux que je publie Flavy : Je m’appelle Flavie, j’ai 26 ans et je suis en deuxième sur Instagram que j’aime vraiment. Je ne peux pas dire au bout année à l’École du Louvre. de trois ans, c’est compliqué de dire le tatouage qui m’a le plus marqué. Avoir préféré une pièce à une autre oui, il y a plein de Quelle fut ta première approche au tatouage ? pièces que j’aime beaucoup. J’essaie toujours de me dire que Ça a été quand je me suis fait tatouer pour la première fois, la prochaine je l’aimerai plus que les autres, je pense que c’est le premier contact que j’ai eu. J’avais 14 ans et je me suis fait comme cela qu’on progresse. J’ai pas envie de rester figé sur un une bague sur le doigt de pied, dans des conditions d’hygiènes tatouage fait il y a un mois, un tatouage j’en suis content sur le déplorables. moment. Je pense que c’est bien dans n’importe quel processus créatif de kiffer ce que tu fais, mais toujours en ayant envie du Depuis quand tatoues-tu, et comment as-tu commencé ? Je tatoue depuis environ deux ans et demi, j’ai commencé en prochain pour faire mieux. autodidacte. J’ai rencontré une copine qui tatouait en loisir, et En fait tu es à la recherche d’une certaine évolution c’est ça ? qui m’a appris les bases (faire un atelier, monter la machine, etc.), maintenant je me rends compte qu’elle ne savait pas tatouer. Le Tu trouves que tu as déjà évolué en trois ans ? Oui, je tatoue mieux oui ! Mais une évolution, je le ressens un premier tatouage que j’ai fait c’était sur elle, c’était la première peu par rapport à la manière dont je tatoue mais c’est pas moi fois que je touchais une machine. Je l’ai suivie quand elle faisait qui le voit. Peut-être que c’est plus laisser libre cours aux choses des petits trucs. Et je me suis achetée ma première machine avec l’aide de mes amis, et à partir de là pleins de gens m’ont fait que j’ai envie de voir. confiance, j’ai pris des rendez-vous, etc. Comment les gens réagissent quand tu leur dis que tu es À terme qu’est-ce que tu voudrais faire ? tatoueur ? Rien de spécial. Les gens que je connais savent que j’ai toujours Dans l’immédiat je travaille jusqu’au mois de mars dans le salon, aimé ça, c’est pas vraiment une surprise. Du milieu d’où je viens, après je vais faire un showroom privé chez moi. Dans quelques des gens avec lesquels j’ai traîné depuis très longtemps, des gens années j’aimerais bien arriver à ouvrir mon propre salon, tout en que j’ai croisé, c’est surtout ma mère qui a réagi. Aujourd’hui, gardant un rapport à l’art. c’est beaucoup plus facile de dire que tu es tatoueur qu’il y a dix, quinze ans. Il y avait beaucoup moins de tatoueurs, il y Le premier tatouage que tu as fait ? avait pas cet engouement autour du tatouage, tous ces shops La première impression que j’ai eu est que c’était difficile, très qui se montent à Paris. Ce n’est plus ciblé sur une catégorie de stressant, comme c’était la première fois que je prenais une personnes ou certains milieux, il y a une meilleure acceptation. machine j’étais stressée. Ça m’a fait une sensation qui ne m’a plus lâchée, comme une révélation. C’était une constellation sur une cuisse, qu’avec des lignes droites donc compliqué. C’est à Et comment perçois-tu le métier de tatoueur aujourd’hui ? Pour moi c’est un métier artistique comme un autre, on gagne partir de ce moment-là que j’ai compris qu’il fallait que je me notre vie avec ça. Après ce n’est pas reconnu comme tel, et lance là-dedans. c’est là notre problème, et ça fait un moment que le SNAT [Syndicat National des Artistes Tatoueurs, ndlr] se bat pour Le tatouage qui t’as le plus marqué ? faire accepter ce métier avec un vrai statut de métier artistique. C’est peut-être l’arrière de la cuisse de ma meilleure pote, tête de mort avec fleur de lys, car c’était le premier tatouage où j’ai fait un dessin à moi. Quand on commence on fait des choses Te considères-tu comme un artiste ? Comme un artiste, non, j’ai jamais trop aimé le terme. Je suis basiques, et là c’était la première fois qu’on me disait « j’adore tatoueur, je veux juste avoir un statut qui corresponde à ma ton dessin je le veux », donc une vraie création à moi, en plus c’était une grosse pièce, aussi première fois. profession. Quel est le rapport que tu entretiens avec le corps des autres ? Comment est-ce que tu ressens le fait de marquer leur peau à vie ? Au début ça me faisait énormément stresser, mais ça ne me fait plus grand chose. Au bout d’un moment, tu oublies d’une certaine manière. Maintenant je ne me pose plus trop la question, je me demande par rapport au dessin, à l’exécution, si ça va plaire à la personne que je tatoue. C’est plus une question de satisfaction personnelle et satisfaction du client. Je n’ai pas un rapport au corps des autres très particulier. En quoi d’après toi le fait de se faire tatouer peut changer notre rapport à notre corps ? Je sais que j’ai certains clients qui se font tatouer pour mieux accepter leur corps, parce qu’ils n’aiment pas leur corps. Sinon, je ne saurais pas vraiment dire. Je me suis fait tatouer mais pas pour modifier mon corps, je l’ai fait parce que j’aime ça, parce que ça me renvoie à des choses que j’aime aussi. Après je suis pas dans une philosophie de tatouage qui doit avoir obligatoirement avoir une signification, chacun le fait à sa manière, chacun a son rapport. Certains ont un angle esthétique, d’autres un angle philosophique, ou les deux. Il y a des gens qui viennent nous voir pour des tous petits tatouages
Comment les gens réagissent quand tu leur dis que tu es tatoueuse ? Ils sont étonnés, parce que je ne suis pas tatouée de partout, je ne suis pas stéréotypée. Ils sont quand même intéressée, posent beaucoup de questions, tout le monde a un rapport au tatouage, qu’ils aiment ou qu’ils n’aiment pas, que ce soit personnel ou en expérience. Et toi, comment perçois-tu le métier de tatoueur aujourd’hui ? Te considères-tu comme une artiste ? Je considère les tatoueurs comme des artistes, tout dépend lesquels, évidement. Mais je ne sais pas si je peux me considérer moi-même comme une artiste, ça doit être un point de vue extérieur. Quand je fais un dessin, je me dis que je fais ce que j’aime et que c’est ma passion, sans point de vue particulier. Je pense que comme le tatouage se démocratise à cause des télésréalités, etc., les gens ont une autre approche du tatouage, mais le métier reste assez obscur, j’ai l’impression que les gens trouvent que c’est facile à cause des émissions, alors que tout est accéléré, les gens ne se rendent pas compte du temps, du stress, du boulot, etc. Ils se disent alors que c’est trop cher.
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et te font des dissertations pendant une demi-heure, c’est très bien mais bon, il faut relativiser. Par rapport au corps des autres, on en arrive à refréner les envies des jeunes qui n’ont aucun tatouage et qui veulent se faire tatouer les mains, le cou, sans savoir ce qu’ils vont faire de leur vie. Des fois on est obligés d’aller dans l’autre sens et de les dissuader.
Est-ce que le fait d’être tatoueur a changé ton rapport à ton propre corps ? Non, pas du tout ! Je fais du sport pour ça ! [rires] Ton conseil pour une personne qui veut faire son premier tatouage ? Je lui dirais de bien se renseigner, de bien choisir son tatoueur pour l’hygiène du salon, mais aussi le travail qu’ils font, le niveau. De ne pas se précipiter dans un mauvais studio parce qu’il y a de la place ou parce que ce n’est pas cher. On a eu beaucoup de retours de gens tatoués dans des mauvais shops qui viennent se faire rattraper leurs tatouages parce que c’était moins cher. D’autres viennent et nous disent que c’est trop cher, qu’ils préfèrent aller ailleurs, on peut pas les convaincre, ils font ce qu’ils veulent. Il y a des gens qui arrivent et qui veulent se faire tatouer dans la journée, parfois on peut les prendre, parfois non. Il faut que ce soit un mélange de coup de tête et de réflexion. Si on réfléchit trop, on va jamais se faire tatouer ou alors on prend la tête à son tatoueur pendant trois jours ! On a aussi la situation des gens qui viennent juste pour avoir un tatouage sans avoir la moindre idée de ce qu’ils veulent, finalement c’est une autre forme de consumérisme. C’est bien d’avoir une idée réfléchie, et de se décider sur un coup de tête pour l’exécution, mais un tatouage c’est une démarche, il faut se poser les bonnes questions.
Quel est le rapport que tu entretiens avec le corps des autres ? Comment est-ce que tu ressens le fait de marquer leur peau à vie ? C’est aussi pour ça que je fais du tatouage, ça me donne, me transcende. J’ai une grande satisfaction de me dire que la personne est contente de son dessin, et qu’elle vivra et mourra avec. Pour moi le corps des clients est comme une toile vierge que je décore avec son choix, ce n’est pas comme acheter une toile, car ça a une portée symbolique pour lui. Mais aussi chaque peau, chaque personne est différente et du coup je pense que c’est important de prendre en compte la personnalité des personnes que l’on tatoue. Le corps c’est mon médium, donc je le respecte de ouf. En quoi d’après toi le fait de se faire tatouer peut changer notre rapport à notre corps ? En tant que tatouée, pour moi c’est l’intérieur qui se reflète à l’extérieur, quand tu fais un tatouage c’est soit une envie, soit une histoire, un moment de ta vie où t’as envie d’exprimer quelque chose sur ta peau, tellement fort qu’on veut le garder toute sa vie, ça a une forme d’importance. C’est de marquer sur mon corps une expérience, un moment, un état d’esprit. Mais chaque personne est différente. En tant que tatoueur, souvent j’ai des clients qui viennent parce qu’ils ont un défaut physique qu’ils ont envie de cacher, donc ça change nos complexes. Forcément inscrire quelque chose sur sa peau à vie ça change quelque chose, c’est déjà une satisfaction personnelle, de pouvoir changer son corps selon ses envies, et ça crée une forme d’addiction. C’est une modification qui change aussi ton rapport à la société, car surtout pour le visage et les mains, tu te poses en contre-pied de la société, ça change le regard des gens sur toi, donc forcément tu perçois ton corps différemment.
Ben est tatoueur chez Hand In Glove, un tattoo shop parisien. Vous pouvez leur faire un petit coucou au 44 rue Trousseau, 75011 Paris (métro Ledru-Rollin). Vous pouvez les suivre sur Facebook : Hand In Glove Tattoo Shop ou suivre Ben sur Instagram : @beninglov, ou encore le contacter par mail : rhitewiot@gmail.com.
Est-ce que le fait d’être tatoueur a changé ton rapport à ton propre corps ? Quand je tatoue quelqu’un je ne réfléchis pas sur mon corps à moi mais à celui de la personne, car un tatouage ne va pas forcément à tout le monde vu qu’on est tous anatomiquement différemment, mais sinon non. Ton conseil pour une personne qui veut faire son premier tatouage ? Mon premier conseil est de ne pas se précipiter, de bien réfléchir. De choisir un endroit qu’on ne voit pas forcément histoire de pas se lasser trop vite et ne pas se choquer soi-même en faisant quelque chose de trop voyant car c’est difficile de s’habituer au premier, de choisir une petit pièce pour tester la sensation. Et de ne pas céder aux sirènes de la mode. Est-ce que tes études en histoire de l’art t’apportent un regard nouveau sur le tatouage ? Oui, car j’ai des clients qui des fois arrivent avec des œuvres d’artistes en inspiration, et comme je suis en art contemporain beaucoup de choses peuvent s’y recouper. Comme je demande des planches d’inspiration souvent j’ai des œuvres d’histoire de l’art, donc oui j’ai un regard neuf. Mais ça me fait aussi me rendre compte que c’est un art à part, qui pour moi fait partie de l’art contemporain, alors qu’on n’étudie pas ce médium. Cela influence-t-il ton graphisme ? Non, ça m’inspire au nouveau des idées, mais pas niveau graphique car j’ai un style particulier qui est géométrique, graphique, qui s’inscrit plus dans l’air du temps que les poteries géométriques de la Grèce antique. Vous pouvez suivre Flavie sur Instagram : flavy_hink, sur Facebook : Holy ink / Flavy, par mail : flavy.holy.ink@ gmail.com
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Jheronimus B. corps en abyme
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La fille du Samouraï, une épopée sur l’art du corps Salomé Moulain - Illustration : Camille Giraud Il est plutôt rare quand on ne vit pas tous les jours à proximité de petits mouflets de s’approcher d’une si étrange chose qu’on appelle « album jeunesse ». Bien sûr on se rappelle tous de l’édifiant Martine à la plage ou du classique Roule-galette, mais ici, on veut parler de la vraie littérature jeunesse. Celle qui nous berce, nous accompagne le soir et nous transporte dans un autre monde. Peut-être connaissez vous L’arbre sans fin de Claude Ponti qui vous a fait chavirer dans les racines d’un arbre millénaire ? Ici on va parler de l’album jeunesse pour les grands, dont les adultes. « Contradictoire ! » direzvous, que nenni ! L’album jeunesse s’adapte à n’importe qui veut bien le lire, et certaines histoires s’accordent bien mieux aux plus grands. La Fille du Samouraï nous raconte une histoire dans une histoire. Il s’agit d’un de ses livres de grand format qui vous engloutissent dans leurs pages, ces grandes pages, remplies par l’illustration, vous absorbant dans l’histoire. Tout commence donc dans un théâtre où a lieu un concours d’« histoires vraies ou presque des îles d’Orient ». Tous les ingrédients d’un de ces contes asiatiques comme on les aime sont réunis pour satisfaire nos esprits avides d’épopées légendaires. Une île au fin fond de l’océan, un beau jeune homme (celui qui raconte l’histoire), un vieux sage maître dans les arts ancestraux du combat, une belle jeune fée et … un dragon. Beaucoup trop classique ! Peut-on s’insurger. Mais qui n’aime pas une belle histoire d’amour, surtout si elle est si délicieusement contée ? Et les Happy End. Mais non, les Happy End c’est pour les cocottes ! Ici on a des combats, des blessures et des tristesses, c’est pas les bisounours. Il y a même de la philosophie et de l’art. Car cette histoire nous parle en effet de l’art, et de la façon de le préserver. L’art n’est pas seulement esthétique, il est également physique. Il y est question d’un art porté par le corps, par la mémoire des muscles, l’attention des sens. L’art martial. Tomé, jeune homme occidental échoué sur une île rencontre un vieil homme aveugle, Maître Masumi Musashi. Ce dernier décide de lui apprendre son art, un art du sabre ou comment faire d’une simple lame métallique
une extension de son propre bras. Comment s’approprier une lame et la rendre mortellement dangereuse. Mais également « l’art d’user de l’esprit comme d’une arme ». Un art si puissant et précieux qu’il nécessite d’être préservé et protégé. Comment le transmettre ? Le samouraï vieillissant entreprend de retranscrire ce savoir, l’art des mouvements et de l’encoder sur le corps de sa propre fille, Tomo Musashi, des années durant « peu à peu, à tâtons avec amour et précision ». Il utilise pour ce faire un autre art du corps, celui du tatouage. Ces arts du geste sont destinés à être utilisés. Et c’est là que survient la douleur. Car le corps incarne à la fois l’art et la souffrance qu’il provoque. Une souffrance qui contraste violemment avec la beauté de ces personnages, « les tatouages et les amputations étaient légion dans les histoires de pirates et de marins, mais pas sur des corps aussi jeunes et beaux ». Bien sûr, l’amour naît entre les jeunes gens, les complications arrivent et les secrets se dévoilent… C’est une histoire pleine de beauté et de sens qui nous est contée, avec une écriture souple et habile, celle de Fred Bernard, conteur de talent. Les illustrations de François Roca, elles, sont des œuvres d’art en elles-mêmes et méritent que les historiens de l’art que nous sommes s’attardent un peu dessus. Bourrée de références, une seule image suffit à nous faire entrer dans la scène. La peinture léchée rappelle les grands du XIXe, Lawrence Alma-Tadema, John W. Waterhouse et leurs princesses médiévales, nymphes et légendes, figures de la peinture académique et du préraphaélisme. Mais également J.-L. Gérôme pour ses mises en scène saisissantes de théâtralité. Un lyrisme bienvenu pour accompagner une histoire envoûtante et savoureuse à découvrir. À la beauté des images s’ajoute un avantage propre à l’album : c’est rapide à lire. De quoi pourrait-on rêver de plus, nous historiens de l’art surbookés par les études ? À lire La Fille du Samouraï, Fred Bernard et François Roca, Albin Michel Jeunesse, 2013.
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Trois accords dans mon corps Changeons un peu d’angle de vue, et abandonnons un temps la représentation visuelle du corps pour parler un peu de musique. Les Trois Accords est un groupe québécois formé en 1997, composé de Simon Proulx, Alexandre Parr, Charles Dubreuil et Pierre-Luc Boisvert. Si ces noms ne vous ne disent rien, c’est parce que, si leur succès dans l’hexagone est finalement assez modeste, le groupe atteste cependant d’une certaine renommée dans leur contrée d’origine. Ils se sont fait connaître grâce à leurs mélodies entraînantes et dansantes, ainsi que grâce à leurs textes à l’humour absurde et aux propos décalés, voire juste complètement cons. Ayant sorti cinq albums, ils sont actuellement en tournée après le lancement du petit dernier, Joie d’être gai, sorti en 2015. Mais nous allons nous pencher sur leur troisième album, le fameux Dans mon corps. Avant de nous intéresser en profondeur au sens des textes de ce disque, revenons un temps sur son histoire. En effet, cet album a été contemporain de quelques changements au sein du groupe, qui l’ont fait devenir celui que l’on peut entendre aujourd’hui. Dans un premier temps, Les Trois Accords sont passés de cinq à quatre, Olivier Benoit ayant décidé d’abandonner son rôle de chanteur pour se consacrer à la gestion du groupe, laissant Simon Proulx assurer seul la partie vocale du groupe. En parlant de ce dernier on remarque que sa voix a changé : si elle reste fluette et juvénile (comme je les aime), elle n’est plus autant nasillarde que sur le précédent album, Grand champion international de course. Outre le fait de nous permettre de mieux apprécier une voix que je trouve, en toute subjectivité, très belle (et oui j’aime l’accent québécois, Simon fais moi l’amour – le chanteur hein, si tu t’appelles Simon aussi bah... Oh et puis fais moi l’amour aussi), elle est aussi plus maîtrisée et plus dans la subtilité, comme si le chanteur croyait davantage en l’absurdité de ses textes. Absurdité plus modérée que sur les précédents albums, on suit plus facilement les histoires racontées, aussi fantasques soient-elles. Cet album est aussi celui où la joyeuse bande a le plus expérimenté au niveau des sonorités : on reste dans un habillage très pop-rock, mais s’y sont rajoutés des cuivres, renforçant l’aspect festif de certains titres. Notons aussi dans certains morceaux l’ajout de violons, de mellotron ou encore de fanfares, faisant de ce disque un vivier de mélodies plus riches que celles des précédents. Toutes ces caractéristiques nouvelles vont se retrouver sur les albums suivants, que ce soit J’aime ta grand-mère ou Joie d’être gai.
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Texte : Vincent Paquot Maintenant que le sujet est planté, que vous écoutez déjà ce groupe et que vous êtes déjà fan (l’espoir fait vivre), intéressons-nous un peu plus en profondeur sur le contenu même de l’album à l’origine de cet article. La thématique du corps est toute logiquement abordée, mais en s’attardant plus sur ses frasques. Les textes font souvent état des réactions plus ou moins gracieuses du corps à des instants donnés. Par exemple, la chanson Nuit de la poésie raconte la réaction d’un individu ressentant lors d’une nuit de la poésie autant d’émotions intenses que s’il était à un concert de hard-rock. Le texte appuie justement sur sa réaction physique : notre protagoniste n’en peut plus d’un point de vue corporel, il sert tout le monde dans ses bras et transpire abondamment (olfactophiles du jour bonjour). Une autre réaction corporelle atypique a lieu dans la chanson Ton pantalon est plein, où une personne arrive à faire l’effet d’un antihistaminique au narrateur. Et puis d’une certaine manière, rien que le titre de la chanson est assez évocateur d’un autre phénomène physique bien connu des jeunes adolescents détenteurs d’un service trois pièces. Plusieurs chansons de l’album jouent en plus sur les questions du genre, la plus évidente étant Elle s’appelait Serge. Et encore, bien qu’il soit répété dans la chanson « Mais je sais qu’elle s’appelait Serge / Avant de s’appeler Bianca », on retient plus les comparaisons alimentaires improbables de la chanson que son thème premier ! Il y a aussi la chanson titre de l’album, Dans mon corps. Le chanteur y incarne une jeune fille en plein bouleversement autant physique que sentimental, puisqu’en plein espoir de voir l’élu de son cœur tomber éperdument amoureux d’elle. Sauf que la pauvre semble se faire des idées. Là encore, ce qui semble être le sujet principal, soit les changements dans son corps de jeune fille, n’est finalement que secondaire face à celui de l’espoir vain de cette dernière. Mais pour recentrer sur la question du genre, le fait que le chanteur incarne, et ce intensément, la jeune fille de la chanson, est un élément intéressant, puisqu’il y croit. On sent vraiment sa conviction dans sa voix, qui plus est juvénile ; le chanteur interprète fidèlement son personnage. Dernier exemple de chanson jouant sur le genre, La lune, où le chanteur nous avoue qu’il aime porter les vêtements de sa petite amie, ce qui ne dérange pas cette dernière car c’est elle qui lui fournit consciemment. Le chanteur continue en disant qu’il lui importe peu que les gens se moquent quand il porte le maillot de bain de sa dulcinée, car il trouve qu’il épouse ses formes et l’avantage plus que le sien... Donc
à ce stade, en prenant en compte mon fantasme sur le chanteur (accent compris), vous vous doutez bien que cette image m’a donné une crise d’orgasmes compulsifs. Après ma crise, ayant principalement consisté à baver par terre en position latérale de sécurité, poursuivons et achevons cette analyse. Les thèmes restent néanmoins variés dans cet album, ce n’est que dans les albums suivants que Les Trois Accords se rapprochera de l’idée d’albumconcept. Je retiendrai pour conclure deux chansons notables, pouvant avoir un lien avec le corps, enfin plutôt la sexualité, et même plutôt un lien avec des pratiques minoritaires et possiblement sexuelles. Pour étayer mes propos, prenez l’exemple de Croquer des cous, l’histoire d’un certain Sébastien qui aime se dissimuler dans le frigo de ses voisins déguisé en vampire pour les effrayer. Bon, vous admettrez que c’est proche du fétichisme tout ça, ou tout du moins du jeu de rôle, avec le bonus costume. Et même sans le point de vue sexuel, en grande partie exposé ici parce que l’auteur de cet article est un obsédé, on est dans une obsession, d’autant plus maladive qu’elle en est illégale. En effet, il est toujours interdit de se dissimuler dans le frigo d’autrui (du moins à l’heure où cet article s’écrit). Dernière chanson que nous allons traiter, et elle va vous plaire : il y a le bonus histoire de l’art dedans. C’est nulle autre que Caméra Vidéo, une des chansons de l’album qui a connu le plus de succès. En effet on trouve dans ce texte des références au photographe Henri Cartier-Bresson par le biais de deux de ses photographies : Derrière la gare Saint-Lazare et Café-terrasse, boulevard Diderot. La chanson raconte les pérégrinations d’un photographe bien peu doué, qui ne sait saisir la beauté des instants qu’il a sous les yeux, instants correspondants aux deux photographies précédemment citées. Ce dernier préfère dégainer sa caméra, et non plus son appareil photo, quand il voit une certaine personne, pour en saisir « Les cris de joie » et « Tout les éclats (qui) explosent dans le studio ». Là encore, libre à chacun d’interpréter cela comme il l’entend, mais vu le ton global de l’album et la fascination que semblent éprouver les gonades du narrateur pour la fameuse personne, on ne m’ôtera pas de la tête qu’il s’agit de la filmer dans des situations peu propices pour des projections en public (enfin vous allez dans les cinémas que vous voulez, ça ne nous regarde pas). Que penser de cet album donc ? Et bien je ne peux m’empêcher de vous inviter vivement à l’écouter, ne serait-ce que pour découvrir un groupe atypique. De plus, cet album est finalement plus simple d’accès que les deux
précédents, car voulant plus nous raconter quelque chose. Toute la thématique du corps est finalement vue de biais, elle n’est jamais prise directement. On observe ainsi un jeu constant de la part du groupe, aimant l’humour absurde, qui, en voulant traiter d’un sujet, nous en parle toujours comme d’un élément secondaire. Cependant ceci permet à l’album de traiter de sujets vastes : transsexualité, fétichisme, passions amoureuses, addiction à la nicotine, travestissement... On a un bouillonnement de thèmes, toujours traités de manière décalée, mais non moqueuse ou blessante, vu que le groupe contourne généralement le thème qu’il s’impose. Certes, on pourrait avoir l’impression qu’avec tout cela, on ne sait plus trop où l’on se situe. C’est une effusion globalisée, et finalement, avec cet album, n’est-ce pas dans leur corps, aux Trois Accords, que l’on se trouve ? (Et je précise : si c’est le cas, le chanteur est à moi !)
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L’Écho de nos Corps Texte : Marie Rafin - Illustration : Envy l’intérieur, à se haïr et ne plus pouvoir se regarder en face. C’est une affaire de regards, s’exposer à soi et aux autres. Alors on ferme les yeux. On laisse la musique envahir son esprit et le noir est un immense espace de création. Tout est possible et rien n’est tangible. Le corps, son corps, évolue dans les ténèbres bienfaisantes. Rien n’est écrit, seule l’imagination joue, rebelle et impossible à contenir. On se rappelle que la subjectivité de la beauté nous rend tous parfaits dans la monstruosité de nos chairs. Au contraire, la grâce d’une pirouette, la sensualité d’une arabesque, la force vibrante d’un porté éclipse le travail et l’effort, dépasse la technique quand l’amour de l’art et du corps transcende tout. La danse est un art aussi exigeant que la vie, beau aussi parce qu’il nous met face à l’humain. On est toujours touché par le spectacle de l’autre, de son corps. On est attiré, d’ailleurs. Il y a dans l’exposition à l’autre, dans le regard, un désir toujours contenu, latent, qui émerge de ces corps en mouvement. On a de la curiosité pour cet autre qui nous ressemble et qui pourtant est si différent. On attire à soi son partenaire, on le repousse, on joue des rapprochements des corps, comme parfois les barrières infranchissables. À un souffle de se toucher, l’émotion est là, intense. C’est presque un plaidoyer pour un art auquel on se dévoue corps et âme mais c’est définitivement un hommage. Et il y aura toujours quelque chose de magique dans ces corps qui défient, l’espace d’un instant, les lois de la gravité.
Il y a des rituels qui font sens. Dévêtir son corps pour le libérer, pour épurer la ligne. Sur l’immense surface vide, glisser un instant et prendre possession de l’espace. Poser sa main sur le bois, prendre une grande inspiration et plier les genoux. Grand plié. L’échauffement a commencé. Quand on s’apprête à danser, il a des instants sacrés à respecter. Le moment où le corps se délie et s’échauffe, prêt à entreprendre tant d’efforts dédiés à son art, est un moment de concentration. L’esprit se vide, les soucis quotidiens s’évaporent et ne reste que soi, son corps en mouvement. Le silence parfois, et la musique surtout, supports de méditation et d’expression artistique, accompagnent le danseur. Le corps est une formidable machine d’expression. D’un simple geste de la main, fendant l’air, le monde se crée et se défait. L’histoire d’une vie, d’un moment, se développe au gré des lignes que le corps trace. Parfois, le danseur n’est plus homme, le sang et la chair n’ont plus de sens, il n’est qu’art, entre grâce et harmonie. Seul, on peut apprécier la formidable force d’un corps s’approprier l’espace d’une scène. En duo, ou en groupe, l’harmonie de ceux qui dansent ensemble, à l’unisson, comme connectés par la musique et le rythme, lancine dans les cœurs un battement transcendant. Peu importe le genre, du classique à la street dance, du modern jazz à la danse de salon, des danses indiennes à la danse africaine, qu’on les pratique séparément ou qu’on les mélange, on parle toujours du corps. Il se transforme au fur et à mesure des entraînements, il se façonne, en muscles et en courbes. Seulement la danse, c’est toujours soi, face au miroir. C’est une rencontre, se confronter à son image. C’est aussi voir évoluer son corps, se l’approprier, parfois même l’accepter. Amateur ou professionnel, les enjeux physiques sont à la fois différents et pourtant toujours si proches. L’image de soi. Il y a toujours une incidence, quand le corps à peine vêtu, on l’expose à ses regards, debout face un mur recouvert de glaces, dans la lumière crue d’un studio. Elle a pu mener à tous les excès, les obsessions les plus intenses, la chasse au moindre défaut. L’autre qui danse à ses côtés peut-être toujours mieux, plus mince, plus souple, plus beau. On peut se mettre à hurler de
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Ces zones érogènes particulières
Le lobe d’oreille : zone qui peut paraître évidente pour certaines personnes, le lobe d’oreille (et l’oreille entière d’ailleurs) est souvent sous-estimé. Un petit coup de langue bien placé et même mordiller peuvent faire leur effet. Attention : on a dit « mordiller », pas « mordre jusqu’au sang », nuance. Le petit plus : efficace à tout moment.
Les orteils : « dégoûtant », « ce n’est que pour les fétichistes ! » me direz-vous. Et bien, détrompez-vous. Certaines personnes ne connaissent pas l’importante sensibilité de leurs petits petons. Il faut cependant être complètement décomplexé, décontracté et surtout subtil parce qu’il/elle peut trouver ça bizarre si soudain, vous décidez de lui gober les panards. Attention : vérifiez l’hygiène de votre partenaire, et évitez si celui-ci vient de se balader pendant une heure pieds nus. Le petit plus : euh…
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Lorsque l’on parle du corps, comment ne pas l’évoquer dans sa sensualité, dans son essence, dans ce qu’il sait faire de mieux : se mouvoir et ressentir ? Pour combiner ces deux aspects, un seul moyen : le sport. Cependant, par « ressentir », je n’entends point « souffrir en courant deux heures dans le froid aux Tuileries » mais plutôt « désirer », « frissonner », « savourer »… Cette enveloppe charnelle est fascinante : recouverte de connexions nerveuses qu’un simple effleurement peut mettre en alerte, elle est le meilleur moyen pour l’esprit qu’elle renferme de s’en aller et lâcher prise. Certaines zones sont plus sensibles et permettent un envol, si ce n’est immédiat, du moins plus aisé : les organes sexuels, les tétons ou la bouche. Mais, si certaines personnes sont classiques et se cantonnent à ces endroits-
là, d’autres connaissent leurs faiblesses et savent que le meilleur des plaisirs peut parfois venir de parties un peu… surprenantes de leur corps. Il ne faut pas en avoir honte et plutôt les assumer. Et surtout, il ne faut pas négliger ces zones particulières chez votre partenaire, certaines sont pleines de ressources ! Laissez-moi donc vous donner une petite liste (non exhaustive !) de ces endroits surprenants qui ont pu, chez quelques-uns de mes amis de lit, se révéler très efficaces. N.B. : Je ne suis en aucun responsable si, en mettant en pratique ces quelques conseils, vous passez pour un freak. Changez de partenaire et trouvez-en un(e) qui soit un peu plus aventurier(e).
G-inger Point La clavicule : si le cou, c’est trop mainstream, passez donc à la clavicule. Et là, c’est quartier libre : effleurez des doigts, de la langue, du bout du nez, comme vous le souhaitez. Attention : Un seul maître-mot : assumer. Il ne faudrait pas que l’on croit que vous vouliez viser le cou mais que vous n’êtes pas assez nyctalope pour y arriver. Le petit plus : vous pouvez solliciter la clavicule pour finalement arriver au cou, histoire que ça ne sorte pas de nulle-part.
Les avant-bras : des caresses du bout des doigts émoustilleront doucement les sensations des avantbras, avant de passer aux choses sérieuses. Appelées « papouilles » et plutôt banalisées entre copines, elles peuvent prendre un tout autre aspect dans un contexte propice. Attention : ne vaut que pour les préliminaires des préliminaires (c’est-à-dire au tout tout tout début). Le petit plus : généralement, plus on approche du creux du coude, plus on frissonne.
L’intérieur des cuisses : C’est bien connu, plus on se rapproche de l’entre-jambe, plus c’est sensible. Rien de mieux que l’intérieur des cuisses pour donner un avant-goût de ce qui va suivre mais sans y arriver trop tôt, un peu comme si vous disiez « oui… mais non ». Attention : un peu c’est bien, beaucoup c’est trop. Veillez à ne pas trop le/la laisser s’impatienter, sinon il/elle finira par se lasser. Le petit plus : essayez de planter la lame d’un poignard ou la pointe d’une flèche à cet endroit-là, ça peut visiblement être apprécié. 31
Coup de steak ! 32
Kubrick et les automates Texte : Maximilien Grémaud - Illustration : Clémence Trossevin Le cinéma n’est directement évoqué qu’à deux reprises dans toute l’œuvre de Stanley Kubrick. Dans Lolita, Humbert, sa logeuse et la fille de celle-ci se rendent à un drivein voir un film d’épouvante. L’horreur provoque la saisie des mains d’Humbert par les deux femmes, qui finissent par se rencontrer et susciter un malaise. Dans Orange Mécanique ce sont les projections curatives imposées à Alex, pris dans une camisole de force et des écarteurs lui empêchant de fermer les yeux. Les films projetés, séquences de viol, actualités nazies, sont combinées à un traitement chimique qui empêchera désormais à Alex d’adopter un comportement violent et d’avoir des rapports sexuels, étant victime de suffocation dans ces moments. Dans ces deux cas le cinéma provoque des réactions corporelles, immédiates ou à long terme. Si comme le pensait Chastel un tableau dans un tableau indique comment le regarder, il en est certainement de même du cinéma. D’où notre première inquiétude : ne risquons-nous pas de passer à côté de ce cinéma corporel en en faisant une analyse intellectuelle ?
La possibilité même de la planification implique que le monde soit assez régulier pour que des événements puissent se répéter de façon similaire et qu’ainsi des prévisions puissent s’avérer exactes. Alors on est comme pris dans un piège, ou dans un labyrinthe, au cœur de ce monde d’automatismes où chaque pas en avant provoque des conséquences indépendantes de notre volonté. C’est là le drame de l’incarnation, angoisse de se sentir soi-même rouage malgré soi. Et ce corps, que je dis mien, n’existe qu’éclaté dans le monde, machine parmi les machines, fonctionnant malgré moi. Alors tout se met à ressembler à un jeu, des petits soldats de Barry Lyndon à la grande table de décisions de Docteur Folamour qui évoque une table de poker. C’est que la situation est close, refermée sur ellemême. Le jeu implique délimitation, terrain, ring, règles. Et ce sont de telles situations closes qui nous sont montrées. Déjà Lolita et Humbert se coupaient du monde dans des intérieurs renfermés et toute sortie à l’extérieur se faisait au risque de se faire renverser par une voiture ou bien consistait en la traversée d’un paysage désertique à toute vitesse. Tous les événements de Docteur Folamour se déroulent dans trois lieux (la caserne, la chambre de guerre et l’intérieur du bombardier) entre lesquels la communication est impossible. 2001 décrit principalement la vie à bord du vaisseau perdu au milieu de l’espace et dont l’antenne radio le reliant à la Terre tombe en panne, la scène finale a lieu dans un intérieur XVIIIe sans la moindre porte ni fenêtre ; l’hôtel Overlook de Shining, si grand et labyrinthique soit-il, est isolé en pleine montagne, les liaisons routière et radio coupées. La première partie de Full Metal Jacket a lieu dans une caserne, les exercices en extérieurs se déroulant sur une pelouse dont la ligne d’horizon parfaitement plane n’appelle aucun dehors. Orange Mécanique et Eyes Wide Shut présentent tous deux une structure dissymétrique (une symétrie faussée), un retour du personnage principal (Alex, Bill) durant la seconde partie du film dans les mêmes lieux et rencontrant les mêmes personnages que dans la première, structure qui ferme le film sur lui-même. Cette clôture n’est pas seulement présente dans les films, elle est le projet même de ce cinéma. Comme le remarquait Michel Ciment : « La démarche de Kubrick (...) est centripète. Elle est fondée sur la concentration et vise à créer un système autarcique » d’où la multitude d’évocations des films antérieurs.
Et c’est d’abord avec le corps que débutait la filmographie de Kubrick. Son premier court-métrage, Day of the Fight, retraçait de façon documentaire la journée d’un champion de boxe un jour de combat. Préparation puis confrontation à l’adversaire. Si la lutte est d’une grande importance dans tous ses autres films (six films de guerre sur treize) elle ne nous apparaît cependant pas comme valant pour elle-même mais comme condition d’une chose qui elle apparaît dans chaque film : l’action planifiée. Le sujet de L’Ultime Razzia n’est pas l’histoire d’un braquage mais celle de sa planification (préparation puis confrontation). Le fonctionnement de l’hippodrome est étudié afin de pouvoir introduire une brèche dans le système et détourner l’argent des paris. Le plan dépend de la bonne marche d’un nombre important d’acteurs, des conséquences prévisibles de leurs actions. La planification se retrouve par la suite : comment Humbert met en place la conquête de la fille (Lolita) et prévoit leur vie commune ; comment deux nations prévoient leur système de défense l’une contre l’autre (Docteur Folamour) ; l’organisation face à la découverte d’un objet extraterrestre (2001, l’Odyssée de l’espace) ; comment une société cherche à planifier le comportement d’individus (Orange Mécanique) ; les prévisions et actions d’un individu pour faire sa place dans une société (Barry Lyndon) ; la préparation de la garde d’un hôtel pendant l’hiver qui coïncide avec le projet d’écriture d’un roman (Shining) ; la préparation des Marines et leur confrontation à la situation vietnamienne (Full Metal Jacket) ; l’organisation de la vie rangée d’un couple new-yorkais ayant réussi et les préparatifs de l’époux pour tromper son épouse (Eyes Wide Shut).
Cette dichotomie de l’intérieur et de l’extérieur est le pendant au monde des automatismes. Le corps, en tant qu’il fonctionne, qu’il est un automate en quelque sorte, n’est pas grand chose d’autre qu’une fonction entre un intérieur et un extérieur : le bras se tend pour aller chercher la nourriture et la ramener à la bouche qui va l’incorporer, la joindre à son intériorité. Le cerveau est l’interface qui gère autant le bon fonctionnement interne de l’organisme que
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ses rapports avec son environnement. Et sa partie consciente, ce que nous appelons nos pensées, est un système de signes arrachés à l’extérieur et recombinés en une logique interne. On peut considérer le phénomène de la vie comme la lutte d’un intérieur avec un extérieur (corps se prolonge dans le territoire...). Mais il faut aborder ces notions avec beaucoup de tact. Intérieur et extérieur n’existent pas en soi, il s’agit d’un rapport, chaque entité étant fonction l’une de l’autre. Nous pourrions définir l’intériorité comme un retour sur soi, à l’exclusion de l’extérieur. Un mur ne constitue une maison que lorsqu’il revient sur lui-même. L’extérieur est ce qui n’a pas été pris dans cette limitation, ce qui est trop fort plus que ce qui est trop loin. Si bien qu’il ne peut être connu ou senti que dans la lutte qu’entreprend une intériorité avec lui.
étonnamment symétrique avant que la caméra ne chute de côté, c’est également ainsi que débute Barry Lyndon, un duel vu symétriquement dont un des deux hommes s’effondre, et Orange Mécanique, sur le visage de face d’Alex dont un seul œil est pourvu de cils sur-dimensionnés. On sent que l’on a devant les yeux un système sur le point de se rompre, au bord de l’éclatement (« Il y a longtemps que vous êtes à bout de nerfs Madame Torrance » demande gentiment le médecin). Les plans-séquences laissent la place à des inserts brusques. Ces ruptures sont souvent le fait de visions, qu’elles soient réelles ou imaginaires, mais généralement la distinction est indéterminable. Et de ces visions le corps ressort tétanisé : l’astronaute Bowman après avoir traversé des champs de couleur intenses, Alex se tordant sur son siège lors des visionnages curatifs, et dès lors impuissant, Danny tombé inconscient après avoir demandé à Tony de lui montrer des images de l’hôtel (elles apparaissent à l’écran dans la version américaine), Bill incapable de faire quoique ce soit après avoir « vu » les fantasmes de son épouse pour un autre. Ils ont été exposés à des fulgurances trop fortes pour eux, ce sont des millénaires perçus en un instant, comme l’os lancé en l’air qui devient instantanément vaisseau spatial.
Ces deux pôles se font sentir dans le style formel de Kubrick. Les longs travellings (qui acquirent encore une nouvelle dimension avec la Steadycam) suivent des personnages qui font le tour de leur domaine (le colonel Dax inspectant les tranchées, le jogging de l’astronaute, Danny traversant les couloirs de l’hôtel sur son tricycle, l’instructeur Hartman circulant dans la caserne, le docteur Bill pris dans son traintrain quotidien), continuité souvent marquée par la figure du cercle, qui s’exprime également dans la très présente symétrie. Mais sa présence finit par sembler obsédante : trop d’ordre, trop de constance, le retour perpétuel des mêmes éléments. C’est le repli trop fort de l’intériorité sur elle-même, le système tombe malade : ce sont les généraux français qui programment leur promotion en fonction d’actions tentées, pure logique coupée de la réalité des soldats qui partent à l’abattoir, c’est le général Ripper qui fait le lien entre la fluorisation de l’eau et le complot communiste et décide de déclencher une guerre atomique, c’est l’ordinateur Hal 9000 réputé infaillible qui provoque la mort des habitants du vaisseau pour mener seul la mission, c’est le gouvernement d’un futur proche qui coupe certaines ficelles au pantin Alex pour assurer la paix sociale, l’enfermement spatial de l’hôtel qui répond à l’enfermement familial, gênant dans le projet d’écriture ; ou encore l’enfermement militaire, l’enfermement dans un type de vie. Coupure spatiale, coupure de communication (le téléphone dans Docteur Folamour, la radio dans 2001 et Shining). Mais relève-t-elle de la panne ou du sabotage ? Le doute plane parfois, si bien qu’on ne peut savoir ce qui relève du réel et ce qui relève du rêve. L’intériorité, de par son retour sur soi, implique répétition, redondance, tautologie (par exemple l’ADN). C’est le retour des mêmes choses dans le monde mais c’est également la production du Même par le cerveau, et l’on ne sait plus dès lors qu’estce qui relève de la connaissance ou du décalque mental : les déguisements et les masques qui permettent de ne pas être reconnu ou de passer pour celui qu’on est pas (la police conduisant elle-même Barry déguisé en marquis alors qu’il ne doit pas quitter le territoire), les doubles et répétitions : le nom Humbert Humbert, les quatre monolithes, les diverses versions de Bowman, le labyrinthe extérieur qui répond aux couloirs de l’hôtel Overlook, les deux petites filles jumelles qui invitent Danny à venir jouer pour toujours, le roman de Jack Torrance composé d’une seule phrase mille fois répétée : « All work and no play makes Jack a dull boy ». Nécrose de l’intériorité sur ellemême, retour perpétuel sur soi-même. Bill demande « Pour toujours ? – N’utilise pas ce mot-là, il me fait peur » répond Alice. Mais ce n’est là qu’un des risques.
Mais ce n’est qu’à travers cette expérience terrible qu’une guérison sera possible et que le docteur Folamour pourra se relever de son fauteuil, que le corps putrescible de Bowman pourra donner naissance à un fœtus astral, qu’Alex, encore plâtré jusqu’au cou, pourra déclarer : « Pas d’erreur, j’étais guéri », que Jocker après avoir achevé une Vietcong pourra affirmer « Je vis dans un monde de merde, mais je n’ai plus peur », qu’Alice et Bill pourront reprendre leur vie. Qu’est ce qui s’est passé ? Par cette brèche s’ouvre la possibilité d’un progrès, devenir « plus qu’une machine » et croire ainsi en ce monde que nous hantons et qui nous hante.
L’autre c’est l’éclatement par l’exposition trop forte à l’extérieur. Cela commence par le sentiment que quelque chose ne va pas, inquiétante étrangeté. Soudain la belle symétrie se voit désaxée, c’est le premier plan de Shining : un paysage
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Le Musée ou la police des corps Texte : Herminie Astay des architectes servant surtout à changer régulièrement l’accrochage. Un autre exemple, dans un genre différent, peut être trouvé au musée Rodin de Paris, rouvert en novembre dernier, qui se trouve, lui, dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle. La disposition intérieure composée de petites pièces en enfilade se prête à une déambulation continue. Le visiteur est donc amené à se déplacer en boucle sur deux étages. Chaque musée, selon ses particularités, impose un type de déplacement différent. Cependant, la contrainte des déplacements des visiteurs n’est pas l’unique fait de l’architecture. Comme nous l’avons mentionné plus tôt, le musée créé un scénario à suivre qui explique les objets présentés. Potentiellement, le parcours est une proposition que le visiteur n’est pas contraint d’effectuer, mais la plupart du temps il s’y oblige. Seulement, pour certains musées ou lieux d’expositions, la densité de la fréquentation pousse à rendre le parcours contraignant. Citons les expositions très fréquentées du Grand Palais où il devient quasi impossible de revenir en arrière. Pour gérer le flux de visiteurs, le personnel de l’institution impose aux visiteurs un mouvement allant toujours vers l’avant, sans qu’il lui soit possible de revenir dans une salle pour revoir une œuvre ou relire un cartel. Là, le musée passe de l’invitation à emprunter un certain itinéraire à la contrainte. Le corps perd sa liberté de déplacement, il est « endigué » dans certains espaces de l’exposition afin de faire de la visite un flux continu pour absorber le grand nombre de visiteurs de la manière la plus efficace possible. L’institution muséale peut donc être vue comme un dispositif au sens définit par Giorgio Agamben : « […] tout ce qui a, d’une manière ou d’une autre, la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler et d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants. ». Sans rejoindre totalement la métaphore avec l’univers carcéral, dans la multitude de valeurs dont le musée ressort, il faut envisager celle-ci : le musée est un lieu de gestion des corps.
Cet article ne parlera ni de performance, ni de body art. Nous ne parlerons pas non plus des rencontres possibles entre le corps et les œuvres comme dans les galeries tactiles. Ce que nous voulons ici c’est réfléchir un peu à ce qui se passe pour nos corps quand nous visitons un musée. Lors d’une visite, nous voyons, nous entendons et surtout nous nous déplaçons de vitrine en vitrine, de salle en salle. Le visiteur est dans une contemplation qui est non pas une attitude physiquement passive mais qui engage son corps tout entier. C’est d’ailleurs à cause de cela que les visites sont si fatigantes. À ceci s’ajoute la rencontre avec la multitude des corps rassemblés dans un même lieu, la file d’attente pour acheter son billet, les petites salles bondées… La foule donc. Il faut imaginer les difficultés du personnel du musée du Louvre pour gérer les près de 20 000 visiteurs par jour. Il faut les diriger dans leurs déplacements, les contenir, bref, les contrôler. Tous les musées ne sont pas fréquentés dans les mêmes proportions que le musée du Louvre et sont pourtant conçus de manière à administrer les déplacements des visiteurs. Le parcours mis en place indique une direction à emprunter pour pouvoir suivre sans en rater un morceau le « scénario » que le musée déroule pour le visiteur. Ces passages obligés sont formés par toute la signalisation (panneaux, flèches) mais aussi par la structure même des bâtiments. Il est une sorte d’invitation à emprunter un certain chemin décidé par les concepteurs de la muséographie. L’architecture du musée influence beaucoup la liberté de déplacement du visiteur. Le Centre Georges Pompidou a été pensé par les architectes Renzo Piano et Richard Rogers de manière à ce que, structuralement, le plancher de chaque étage soit entièrement libre de murs. En théorie, l’entrée et la circulation dans le musée est totalement libre. Néanmoins, l’espace continu des salles d’exposition est surtout utilisé découpé en salles, l’astuce
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Perspective :
le sein esprit Texte : Margaux Ruaud - Illustration : Vincent Paquot Quel art paradoxal que d’être une femme. Forte mais évidemment fragile, parfaite mais toujours naturelle, indépendante mais étroitement entourée. Mince, mais avec une belle paire de seins. Mais c’est bien connu : plus la taille est importante, moins la négociation est aisée. « T’as vraiment des gros seins » est une phrase assez commune lorsque la mensuration de ton soutiengorge dépasse le bonnet C. Cette remarque, simple constat mi-amusé mi-étonné, lance presque automatiquement une discussion annoncée plus houleuse qu’une marée montante en Normandie. Deux camps s’opposent pratiquement à chaque fois, comme si une règle tacite de l’univers fixait que la juste mesure est inexistante : les gros versus les petits boobs. Le débat tourne souvent en rond, alimenté par l’envie éternelle d’avoir ce qui reste inaccessible. Autant le dire une bonne fois pour toutes : balayer du revers de la main les arguments d’une fille qui n’est pas en extase devant sa forte respiration, c’est faire preuve de bêtise face à toutes les contrariétés qu’apporte cette « chance ». Il ne s’agit pas ici d’un réquisitoire pour transformer toutes les femmes en Amazones à la poitrine tranchée. Il est plutôt question des difficultés souvent occultées d’aimer sa gorge quand le monde entier vous en empêche. Rien de nouveau au paradis, la haute couture les aime (trop) fines et offre une belle opportunité à la société de vivre dans des mythes de perfection corporelle inatteignables. La folie atteint son apogée dès que ça touche de près ou de loin le téton et sa géographie vallonnée. Le sein serait l’apanage de la féminité. Selon cette logique, les femmes à la poitrine légèrement prononcée n’en posséderaient que superficiellement. La vie serait bien entendu fort douce pour la part balconnée de la gent ovarienne. Si seulement. Les gros seins parfaits n’existeront jamais. Ils ne pourront pas être vrais et tenir tous seuls, par la force du Sein Esprit, adressant par là même un royal doigt à la Gravité. Ils ne sauraient adopter une forme en coupe dans la main sans s’en échapper par un souple affaissement. Ils ne pourraient s’être développés brusquement, à l’adolescence ou pendant la grossesse, sans avoir récupéré au passage quelques vergetures. Ces seins-là ne sont que fantasme et Photoshop. Il serait temps de réaliser à quel point cette vision si outrageusement fausse est un frein à l’acceptation de soi. Ce mythe irrigue les médias et la mode, cela va de soi. Ainsi, le prêt-à-porter, si friand de la norme et de la rapidité, va concevoir des vêtements qui ne seront adaptés qu’à un nombre réduits de femmes, à coup de
grands dos nus, larges échancrures laissant entrevoir les côtes, décolletés vertigineux… Comment se sentir à l’aise avec son corps quand le shopping devient un véritable casse-tête où l’enjeu est d’être à la fois belle et maintenue ? Parce que bon, les gros seins qui tombent sont laids et ont l’inconvénient non négligeable d’être douloureux pour le dos. Là vient le challenge, être maintenue sans y laisser un bras. Avoir des gros seins implique souvent de devoir aller dans des magasins de lingerie plus chers que les basses et moyennes gammes, tout simplement pour trouver sa taille. La justification la plus «logique» est bien sûr de corréler l’utilisation plus conséquente de matériaux à la cherté de la pièce de tissu. Un petit rappel dans ce cas: un t-shirt en L n’est pas plus onéreux que son homologue en XS. Pourquoi devrait-il en être autrement pour deux bouts de dentelle accrochés ensemble par une baleine? De même, pourquoi priver les clientes de l’intégralité des tailles quand les collections sont prévues pour accepter la diversité du corps féminin? Le choix d’une marque comme New Look de présenter des modèles de la collection Kelly Brook du A au C, quand elle est conçue jusqu’au G, est nébuleux. Surtout quand la Française moyenne porte du C, donc potentiellement beaucoup plus grand. La France n’aime pas la poitrine quand elle est trop généreuse, génératrice de clichés sur la femme facile, vulgaire, obèse, parfois les trois. Elle n’est pas prête à accepter que ses habitantes changent, évoluent et veut rester dans la certitude qu’il ne faut combler aucun manque, modifier aucune mentalité. J’aimerai toujours mes seins. Je ne me passerai jamais de leur rondeur, de leur douceur et de leur incongruité (il faut avouer que c’est un appendice étrange). Il serait simplement temps que j’aie le droit de les accepter comme ils sont. 37
B.F.M.
Courriers du palpitant Réponses sincères : Gaumar & G-inger Point Gaumar et G-inger, j’ai passé la Saint-Valentin avec mon chat dans mon lit à regarder Love Actually en mangeant de la glace… dites-moi, vais-je finir vieille fille ? C’est sûr que c’est bien parti pour. Tu peux toujours te rassurer en te disant que les chats, ça pue moins que les chiens. L’année prochaine, un conseil pour rendre la chose moins pathétique : fais la même soirée, mais avec des copines en plus ! Salut l’équipe, il y a un chargé de TD dont j’aimerais bien faire mon quatre-heures, que savez-vous du règlement intérieur concernant ce point ? Du moment que c’est que des cours particuliers, de cinq à sept, il devrait pas y avoir de problème. Bonjour, cher(e)s Gaumar et G-Inger ! J’aimerais poser une question que bon nombre d’élèves ( féminins, pour meubler les pauses café) se posent : de quels bords sont nos professeurs d’HGA, afin de savoir si il est possible de recréer l’enfant abâtardi de l’Amour est dans le pré et d’Amour, Gloire et Beauté au sein de l’école avec nos chères idoles ! Ils sont tous artosexuels, quelle question !
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La Junior Entreprise de l’École du Louvre Texte : Anne-Elise Guilbert-Tetart
peu d’aide avant de commencer la commercialisation de leur produit. La mission était plutôt administrative, le but étant de rentrer en contact avec les Directions Régionales des Affaires Culturelles (DRAC), musées, collectionneurs et propriétaires privés... afin de connaître leurs besoins et intérêts face à une telle invention. Le but était de rendre un business plan à l’entreprise pour que celle-ci puisse établir ses propres plans de commercialisation. Ces deux missions sont les plus importantes de la Junior Entreprise car elles ont mobilisé beaucoup de monde. Cependant, cela n’est qu’un simple échantillon. La Junior c’est aussi faire des études pour le Ministère de la Culture et de la Communication, des visites culturelles dans le XVe arrondissement de Paris, des calendriers de l’Avent animés... Bref, une multitude d’activités avec toujours une équipe chaleureuse et bienveillante. C’est aussi une expérience à part entière. Lorsque l’on interroge ses membres, les mots revenant le plus souvent sont « professionnalisant », « dynamisme », « accueillant » et « entraide ». Elle regroupe des élèves de première année du premier cycle à des élèves de master, créant ainsi de nouveaux liens et échanges tout en gardant une joie de vivre garantie sans burn out. La Junior-Entreprise du Louvre est pionnière dans le secteur culturel, ce type de structure se retrouvant habituellement dans les écoles de commerce. Elle permet aussi à des élèves de comprendre un peu mieux le système de l’entrepreneuriat sans faire de stage et avec des horaires en accord avec leurs cours. C’est la découverte de l’univers du secteur culturel qui se développe de jour en jour et auquel beaucoup d’élèves risquent de prendre part dans leurs futures carrières professionnelles. Envie de participer à leurs projets ? L’équipe du bureau permanent se renouvelle chaque année. Il faut candidater au printemps pour une affectation à la rentrée de septembre (le temps de faire passer des entretiens mais aussi participer à des formations). Pour uniquement participer aux missions, il suffit de répondre aux appels d’offre. Devenir adhérant évite d’un louper un, sinon il faut suivre les actualités de leur site internet, page Facebook, compte Twitter, Instagram... i vous souhaitez les rencontrer en chair et en os, leur local se trouve au sein de l’Ecole, à Flore, en face de celui du BDE.
La Junior Entreprise
L’École du Louvre Junior Conseil, plus communément connue sous le nom de « La Junior » est une Junior-Entreprise créée en 2012. Elle fonctionne comme une entreprise (des contrats sont passés avec des clients, les personnes travaillant dans les missions sont rémunérées...) mais avec un statut d’association loi 1901 et un bureau permanent composé de bénévoles. Ils sont vingt-six, repartis entre les pôles communication, qualité et commercial. Mais ce n’est pas tout, il est possible d’adhérer à la Junior en monnayant dix euros pour une année. Cela permet de recevoir des informations en avantpremière, notamment les missions. Ce sont celles-ci qui font bouger l’association tout en faisant sa renommée.
Le plus grand musée de France.
Cette mission a commencé en 2013 et a duré deux ans. Au total, une cinquantaines d’élèves ont sillonné la France en quête d’œuvres perdues. Pour cela, ils ont été aidés de La Sauvegarde de l’Art Français, association veillant à la conservation du patrimoine et surtout des chapelles et églises. Mais la mission était un peu plus ardue. En effet, il fallait trouver des mécènes qui pouvaient être aussi bien des entreprises que des associations ou personnalités locales. Monter un tel dossier était long mais nécessaire pour que la restauration des œuvres redécouvertes puisse se réaliser. Cette mission est la plus connue de l’association car sa retombée médiatique a dépassé les frontières françaises. Les magazines spécialisés comme les journaux nationaux et régionaux ce sont intéressés à ce projet qui était le premier du genre. Pourquoi tant de jeunes souhaitaient promouvoir un patrimoine inconnu de fond de campagne ? Cette mission a ainsi attisé la curiosité de nombreuses personnes tout en la mettant en avant et en sensibilisant à la sauvegarde du patrimoine.
La mission « champignon »
C’est la mission de l’année scolaire 2014-2015. Tout commence par le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) qui a inventé un boîtier-détecteur permettant de déterminer le seuil critique de présence de champignons ou micro-organismes dans l’air pour une œuvre. Ne sachant pas vraiment qui pourrait être intéressé par un tel objet, ils se tournent vers la Junior pour avoir un
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Instagram: edl_juniorconseil
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I m a g e s combinatoires
Z
Une idée originale de Maximilien Grémaud, à découper en suivant les pointillés.
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Laure Saffroy-Lepesqueur 41
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Maximilien GrĂŠmaud 43
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Bastien Hermouet 45
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Envy 47
Crédits photographiques : • New York Public Library p. 10, 28, 46, 48. • Wikimedia Commons p. 8, 49.
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louvrboite.fr